Ricasso Andy Pecoraro
Ricasso Andy Pecoraro
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0. L’homme est un loup pour l’homme (ou en tout cas, c’est ce qu’ils disent). L’année importe peu (même si l’on y reviendra). Nous sommes dans le premier secteur de l’État Global. Une ville aux trois quarts enterrée surmontée d’un dôme comme le sont toutes les cités conçues sur le même principe qui survécurent à la chute du météore nommé à juste titre la « Faucheuse ». Le monde s’est refait… Il y aura mis le temps. Mais il semble bel et bien avoir retrouvé l’espace de quelques années quelque chose qui se rapproche d’une forme de vie anodine hors du tumulte et du marasme au sortir de la centaine d’années de vie précaire pour ceux qui connurent l’hiver nucléaire causé par le cataclysme. La liberté et la paix sont deux choses résolument récentes mais la population peut à nouveau jouir de choses aussi triviales que les jeux retransmis sur les divers médias locaux dans l’indifférence. Dans ce contexte, la gladiature remporte naturellement un franc succès. Mêlant la violence simulée des guerres passées sans épanchement de sang pour nourrir la catharsis du citoyen lambda sans aucune espèce de remord au sortir de conflits dont le poids pèse pourtant toujours à en croire leur attrait… C’est ici que l’histoire commence. A l’approche du premier match de son poulain dans les ligues officielles de gladiature du premier secteur, le laniste MacAlistair Fierce (dont la réputation est assise dans le milieu depuis longtemps) et Aeguyllon, son élève, discutent tous deux peu avant son entrée dans l’arène pour tenter d’évacuer le stress. Le laniste entend aussi par là marquer le coup et encourager l’aspirant dans un match qui s’annonce loin d’être simple avec un discours pourtant éculé au cours de sa longue carrière. - Laniste MacAlistair Fierce : J’aime bien parler. Ca ne te dérange pas au moins ? - Aeguyllon : C’est ok pour moi, coach. - Laniste : J’aime bien parler donc… Ça me détend. J’ai passé ma vie à distribuer les gnons alors quand ça s’est arrêté, le goût pour la discussion m’est venu naturellement. Je n’ai jamais eu peur de prendre une raclée. Mais bizarrement, le vertige du silence, c’est autre chose : 5
c’est peut-être le seul truc qu’on tente vainement d’éviter toute une vie durant. Mais je suppose que la vie a toujours d’autres projets pour nous. Tu rencontreras un tas de monde ici et au cours de ta carrière. Y a malgré tout quelques choses toutes bêtes à ne pas perdre de vue. Tout d’abord, quoiqu’il arrive, n’aie jamais honte si tu dois voler quelque chose dont tu as besoin. On pardonne plus facilement au salaud. Après tout, il est peut-être seul garant d’un avenir tangible dans un monde ou l’on doit essentiellement composer avec l’humaine nature. Une raison comme une autre d’ignorer tout autant le vertueux jusqu’à ce qu’il pourrisse sur les cendres de royaumes que personne ne verra jamais et dont tout le monde se fout ou jusqu’à ce qu’il franchisse de plein gré la limite tacite qui le différenciait toutefois du premier. Et les héros n’existent plus. Ou ils sont morts sans un râle et sans une tombe que plus personne aujourd’hui n’irait de toute façon fleurir. Ceux qui croient en leurs rêves sont maudits. Ceux qui sont maudits ne se posent pas la question de savoir s’ils le sont ou tout du moins de s’en préoccuper quand il n’y a simplement pas d’espoir de succéder seul et donc que tu as abandonné tout espoir (que tu t’apprêtes par là même à entrer en enfer sciemment). La vie a toujours le dernier mot et ce seul mot est simplement la mort qu’elle administre à dose industrielle. Nés condamnés. Et on vole tous sans vergogne à plus ou moins grande échelle ce qu’elle nous refuse obstinément tout au long de notre cheminement pour le reprendre en une fois à grand fracas. Certains espèrent encore qu’elle ne se remboursera pas d’avantage à postériori. Il y en a aussi même pour croire qu’on aurait une chance de trouver un paradis derrière après une vie de larcins quelque soit leur nature (fut-elle divine). La seule chose qu’on peut espérer à mon sens c’est peut-être le silence (même si ça me fait flipper), ou tout du moins, l’inconscience primordiale. Au-delà de ça, mieux vaut ne pas trop conjecturer histoire d’éviter tout retour de karma. La vie aime bien ça aussi : gifler bien fort celui qui se croirait dans son bon droit. La seule réponse que tout le monde te sortira, c’est de se relever à chacun de ses coups jusqu’à ce qu’on ne puisse plus le faire quand elle vous aura usé jusqu’à la corde contre toute attente (comme si c’était pas couru d’avance à chaque pu6
tain de fois). Mais hey… On n’a qu’une vie. A une époque, pourtant, certains espéraient simplement et humblement passer le flambeau, sans plus. Mais aujourd’hui plus que jamais c’est compliqué de pouvoir prétendre à un quelconque héritage quand de toute façon, chaque ancêtre possible s’est inévitablement évertué à planqué son lot de cadavres sous le plancher histoire d’être réglo en apparence vis-à-vis de l’éternité ou quelque chose comme ça : au cas où y aurait finalement quelqu’un qui tienne les comptes contre toute attente. Mais si c’est le cas, on n’a plutôt pas fini d’être dans la merde. De loin, tout ce qu’on fait, c’est accumuler les dettes de génération en génération. Alors toi, gamin. En quoi crois-tu ? Et dans quel camp seras-tu ? Et en vrai, y en a jamais qu’un seul… Mais toi, t’as le choix (et c’est un luxe) : marche ou crève. Moi, ce choix, je ne l’avais pas. - Aeguyllon : C’est sensé m’encourager ça ? Ptain coach, vous parlez trop. J’ai l’impression d’entendre feu ma grand-mère (paix à son âme)… - Laniste : Voilà, c’est précisément de ça que je parle ! - Aeguyllon : Oué béh : vous radotez tout pareil, effectivement… - Laniste : Rah t’es con. Bon, tant pis pour le sermon, ton match commence dans deux minutes. Prépare-toi et bonne merde ! - Aeguyllon : Ok, boss, on va faire ce qu’on peut ! - Laniste : Oui, c’est ça, fais de ton mieux (pour ce que ça change)… - Aeguyllon : Ca veut dire quoi ça ? - Laniste : Juste qu’on est pas le treize janvier de l’an de grâce 2206. Simplement ça. - Aeguyllon : Pourquoi : que se passe-t-il ce jour là ? - Laniste : *soupirant* Oublie, ça a à voir avec la Pythie mais t’occupes. Fais de ton mieux fils : C’est le principal !
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c’est à toi, Aeguyllon!
j’arrive!
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1.
Entrée en Matière.
Entre autres problèmes résolus, la guerre est finie. Depuis quelques années maintenant. Comme dit précédemment, la vie semble reprendre peu à peu ses droits de manière presque triviale mais non sans tenter de compenser le manque du à l’absence des violences qui accablèrent les survivants humains des cités bunkers il n’y a pas si longtemps pourtant. A croire que la paix n’est peut-être pas le but final de l’Homme : il semble en tout cas que nous ayons tout le mal du monde à y trouver un quelconque refuge même après l’horreur. Après tout, ce qui reste n’est peut-être que quelque chose du genre « si vis pacem, para bellum » ou si tu veux la paix, prépare la guerre. L’IA de classe titan, la Pythie, de manière imagée, est plus moins froide depuis un certain temps déjà. « Morte » prématurément en opération et elle laisse derrière elle un tas de conjectures. Ses prédictions dont la justesse lui valut son surnom lui ont précédé même si sa disparition a vu le renouveau des paris de combat d’arène au-delà de celles-ci. Entre les estimations tenues sous silences pour raison d’état et les simples demandes de l’individu lambda dans l’espoir de contrecarrer l’industrie des jeux à des fins toutes à fait lucratives, il est un oracle qui reste dans la mémoire plus que les autres. Il s’accompagne d’une date précise dans le futur. Celle de la défaite annoncée du seul champion des ligues officielles de gladiature. Le seul invaincu. Le regretté commandeur Gretchencko est mort lui aussi et avec lui la plupart de sa garde personnelle lors du putsch de l’arsenal orbital. Mais un homme, un seul, a eu le culot de reprendre le surnom de l’ombre du commandeur. Et ainsi, le champion toute catégorie rebaptisé Tacitus semble planer sur l’arène à défaut de pouvoir apporter une quelconque vengeance à son défunt supérieur virtuel. Les spéculations sur sa réelle identité ont toujours cours et la Pythie est morte avant son entrée dans les ligues mais elle en avait déjà prédit l’ascension. L’identifiant par le pseudonyme que lui-même revendiqua par la suite pour lui donner raison. Une raison de plus pour ses fans de suivre ses affres au cours de sa carrière dans les ligues officielles pour voir si l’ultime prédiction de la Pythie s’avère exacte ou si leur seul champion est capable 9
de la mettre, même elle, en échec, à contrario. Quoiqu’il en soit, ce soir, il entre une nouvelle fois dans l’arène comme de coutume pour affronter nombres d’adversaires dont l’un d’entre eux, nommé Aeguyllon ne semble en rien différent de ses camarades du moment pourtant. De près comme de loin, il s’agit plus ou moins d’un illustre inconnu sans grand avenir de prime abords : un poissard fini en tous les cas… Tacitus
VS
Aeguyllon - Commentateur Alymaine Austin : Bonjour à tous si vous nous rejoignez, nous sommes en direct de ce match de charité au profit des orphelins des guerres d’Institutions, ici, sur Praetorean TV, la seule chaîne entièrement dédiée à la retransmission des combats des ligues officielles de gladiature. Aujourd’hui, comme vous le savez, nous suivons le champion en titre dans ce match à pénalité qui opposait Tacitus face à pas moins de sept adversaires. - Commantateur Barryl B. Blockers : Tout à fait Alymaine et on peut dire que jusqu’ici le match a plutôt été expédié. Tacitus, fidèle à sa réputation n’a fait qu’une bouchée des six premiers opposants, lesquels étaient supposés entrer dans le champ à intervalle régulier de soixante secondes. Tacitus ne leur a tout simplement pas laissé le temps de se regrouper.
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- Commentateur A. : C’est exactement ça. Et il s’apprête à présent à faire face sereinement au dernier combattant de la soirée qui aura l’insigne honneur de l’affronter seul. - Commentateur B. : Insigne honneur peut-être, mais il n’a pas de grande chance de réussite sans le soutien de ses camarades Alymaine. - Commentateur A. : C’est ce que nous allons voir… - Commentateur B. : Le voilà qui entre dans l’arène. - Commentateur A. : Son nom est Aeguyllon. Et ma fiche me dit que c’est son tout premier combat. Aeguyllon de l’écurie du fameux lanniste MacAlistair Fierce. Il a pour blason, la tête de panthère de son école et il évolue ce soir en tant que secutor ou poursuivant (ce qui dénote d’un certain panache pour un premier affrontement : à bien des égards, cette classe est loin d’être la plus évidente pour un début de carrière à plus forte raison dans un match comme celui-ci). Il porte une simple targe et une arme relativement courte de type kopis voir kukri (lame courte courbée vers l’avant), une arme qu’il tient en main de manière bizarre oserais-je dire. Mais passons : puisque c’est son premier match, il n’a donc pas de pénalité d’armure. - Commentateur B. : Sortant de l’école de Fierce, on peut tout de même dire qu’il a un certain pedigree. - Commentateur A. : Pedigree ou pas, il n’a pas de veine de se retrouver en tête à tête avec le champion des ligues pour son premier combat. - Commentateur B. : Tacitus quant à lui utilise son attirail habituel. Comme toujours, outre son heaume et sa brachiale gauche faisant office de targe, il ne porte pas d’armure en dehors de la simple combinaison réactile des ligues. Il porte toujours une épée bâtarde en main droite. - A : L’arène baigne dans les lumières du stade alors que les deux opposants se rapprochent l’un de l’autre autour du champ peuplé des ennemis vaincus par Tacitus et maintenant rigidifiés dans leur combinaison réactile activée par les touches ayant validé leur défaite. - B : Les deux adversaires restent pour lors à bonne distance. Aeguyllon sait sans doute ce qu’il a à perdre s’il s’avance avec trop de hâte mais à vrai dire, il a plutôt l’avantage. L’initiative ne viendra certainement pas du champion qui peut se contenter de rester tranquillement à 12
distance grâce à son épée bâtarde. - A : Aeguyllon semble faire quelques pas hésitants. Le voilà maintenant qui s’élance. Il a pour lui la sécurité non négligeable qu’offre ses pièces d’armure. - B : S’en suit un enchaînement de brêves passes d’armes, Aeguyllon, logiquement, cherche le corps à corps tandis que son adversaire a, quant à lui, tout intérêt et à contrario à se maintenir hors de portée de son kopis quand Aeguyllon demeure de facto toujours en proie à l’épée bâtarde du champion dont l’allonge bien plus importante le tient à l’abri de toute riposte à moyenne portée. - A : De manière maladroite, Aeguyllon se précipite sur son adversaire réussissant quelques parades de fortune, mais comptant d’avantage sur l’intégrité de ses protections pour avoir l’ascendant sur ce qui s’apparente pour l’instant à des semblants de feintes de son visà-vis lesquelles sont censées lui donner une fenêtre pour se dérober de quelques pas de retraits et ainsi maintenir ses distances. - B : Aeguyllon n’a pas vraiment le choix. Même en partie blindé, il doit de toute manière réduire à tout prix la distance entre eux et entrer dans le champ du corps à corps s’il veut ne serait-ce qu’essayer d’inquiéter son adversaire qui peut se borner à jouer de la pointe de loin en attendant une vraie opportunité. Mais pour l’instant Aeguyllon se permet même le luxe de réussir quelques belles parades au bouclier, obligeant le champion, contre toute attente, à reculer, faute d’ouverture. - A : Momentum… Les deux adversaires sont à présent tous les deux hors de portée l’un de l’autre. En effet, Aeguyllon à fait un pas en arrière se mettant hors d’atteinte de l’épée bâtarde du champion sans doute pour réévaluer la situation. Les deux adversaires se jaugent en décrivant un arc de cercle sans entrer dans la zone d’attaque de l’un ou l’autre. Mais à ce jeu, le cadet à la panthère est fatalement perdant si les choses perdurent. Il doit le savoir. - B : Là : Aeguyllon semble sortir de sa réserve et se lance à l’assaut. Le champion s’est immédiatement mis en posture défensive d’un pas en arrière pour tempérer, épée en avant au dessus de la tête du haut de cette posture intermédiaire appelée ochs obligeant son adversaire, maintenant à portée d’une contre-attaque, à la prudence alors que Tacitus déploie à présent l’arc de cercle défensif caractéristique de la pos13
ture qu’il décrit devant lui avec son épée dans un geste majestueux pour esquisser une parade sur la première attaque de taille du jeune aspirant et d’un geste fulgurant dans la même trajectoire circulaire mais dans le sens inverse il place une attaque appuyée du bout de sa lame. - A : Attaque qu’Aeguyllon encaisse toutefois en bloc grâce au blindage du haut de son plastron non loin du gorgerin et donc de la partie non protégée du cou du jeune homme que le champion entendait surement viser alors que ce dernier se dégage aussitôt d’un pas de côté, imité immédiatement par son vis-à-vis dans le sens opposé cherchant de ce fait lui aussi à se prémunir de toute contre-offensive ultérieure. Mais elle ne semble pas venir pour lors alors que le champion est pourtant de nouveau à moyenne portée accentuant la pression sur son jeune adversaire. C’est à présent à Aeguyllon d’être acculé, lui-même, cherchant désespérément à retrouver le confort de la longue portée pour un instant. - B : Et le champion de refermer son étreinte. En position semi-défensive jusque là, apportant le danger dans la défense de son jeune ennemi du moment sans trop s’exposer, il suit immédiatement d’une attaque d’estoc. Il cherche visiblement à cibler les orifices sous les aisselles d’Aeguyllon ce qui l’obligera peut-être à saisir son épée par la lame pour une meilleure précision lors des touches (mais donc aussi, de réduire drastiquement l’allonge de son épée et de fait, de le rapprocher dangereusement de son adversaire). - A : Attaque pourtant effacée non sans mal par le jeune aspirant, lequel est toujours hors de portée de son adversaire qui n’a joué de la pointe que pour entrer un peu plus dans le périmètre défensif de son opposant, cherchant subtilement les interstices derrière les spallières de ce dernier d’un enchaînement de taille sur son flanc droit exposé. La targe d’Aeguyllon n’a pas pu servir. Mais le jeune homme a pu effectuer une parade d’arme in extremis à l’aide de son kopis qui l’amène en avant, au corps à corps à présent et donc à portée, envoyant l’épée du champion au dessus de sa tête, bien que toujours en contact, sur sa droite et ouvrant de la même manière la garde de Tacitus dont le même flanc est maintenant totalement exposé à son tour. Si le jeune homme parvient à placer une attaque pour suivre sa parad… - B : Mais... - A : Et bien, c’est un nouveau retournement de situation. Alors 14
que le jeune homme semblait trouver l’ascendant se permettant de repousser son adversaire de sa targe sans doute pour placer une ultime attaque gagnante, le champion a de manière équivoque finalisé le mouvement qui exposait son flanc : sa lame poursuivant rapidement sa course, glissant sur tout le long de la lame du kopis ennemi jusqu’à la garde, entrant simplement en contact avec l’index non protégé d’Aeguyllon, lequel était posé à même la lame du kopis à l’endroit où elle n’est pas réellement « tranchante », à même le ricasso de son arme donc, plutôt que refermé simplement sur la garde de celle-ci. Cette posture de main est étrange pour une arme employée essentiellement de taille (même si l’estoc est possible) et avec une garde aussi basique. Mais celle-ci, tout aussi rudimentaire qu’elle soit aurait toutefois procuré une réelle protection naturelle pour toute sa main s’il avait seulement tenu son arme correctement. Une imprudence qui lui coûte sa main droite toute entière. La combinaison réactile a immédiatement fait son office raidissant le membre touché. Une erreur relativement innocente qui l’ampute malgré tout de toute chance de victoire. Quel dommage. - B : Vous pensez que Tacitus avait vu ce singulier détail dans la tenue de l’arme de son adversaire? - A : C’est possible. En tout cas, l’erreur lui aura bel et bien profité. - B : Je note tout de même que vous aviez vous-même repéré la tenue fautive dès l’entame Alymaine : on voit le regard avisé de l’expert. - A : Mon égo vous dit merci Barryl! - B : Aeguyllon, quant à lui, vient de lâcher son arme contre son gré, sous la contrainte de sa combinaison. Il est maintenant à genou. Il a encore sa main gauche pour tenter de ramasser celle-ci mais logiquement Tacitus se précipite et l’empêche de se ressaisir d’une simple touche (en half swording, une main sur le plat de sa lame pour assurer sa touche) sous le menton, au niveau de la jugulaire, à travers l’espace vacant entre le casque d’Aeguyllon et son gorgerin, touche qui conclut l’issue de ce match. Une belle fin de rencontre malgré tout. La combinaison d’Aeguyllon se contracte à présent toute entière pour confirmer la décharge victorieuse. - A : Aeguyllon, dont le corps est maintenant contrit dans la 15
combinaison rigidifiée. Il demeure comme une sorte de statue ployant le genou face au champion invaincu comme pour rendre hommage au seul vainqueur. - B : Tiens, que fais le champion ? On dirait qu’il… Oui, c’est bien ça : il touche consécutivement chacune des épaules du jeune Aeguyllon du plat de sa lame comme pour l’adouber. - A : Ah, et bien, on peut dire que c’est une bien belle conclusion pour le match de ce soir. Aeguyllon a peut être perdu. Mais il n’a pas manqué d’une certaine ténacité et je suppose qu’il aura malgré tout conquit nombre de cœurs ce soir pour ce match de charité. Une bien belle entrée en matière. - B : C’est donc sur cette image que nous nous apprêtons à rendre l’antenne tout en vous remerciant de nous avoir suivis et en vous donnant rendez-vous pour le prochain challenge, ici, et nulle part ailleurs : sur Praetorean TV.
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2. Alea Jacta Est (ou un truc du genre)… Le canal principal des ligues officielles est en ligne pour un match qui en temps normal serait sans grande importance ou à tout le moins, il demeure sans grands enjeux. Mais dans l’excitation de sa dernière prestation, certains attendent toutefois Aeguyllon au tournant… - Barryl : Bonjour Alymaine ! Qu’avons-nous aujourd’hui ? - Alymaine : Et bien Barryl, vous vous souvenez sans doute du dernier match de Tacitus et de ce jeune espoir qui a fait grande impression pour son premier match ? Jeune aspirant que tout le monde surnomme à présent affectueusement Ricasso en raison de l’erreur qui lui coûta le match. - B : Comment pourrais-je l’oublier ? J’ai encore toute ma tête Alymaine, je ne suis pas si vieux. - A : Loin de moi l’idée d’insinuer quoique ce soit. Toutefois, suite à son premier match très remarqué, la cote du jeune aspirant est montée en flèche. Et beaucoup aujourd’hui, sont prêt à parier leur sœur sur Aeguyllon pour ce match contre un vétéran de l’arène, j’ai nommé Parsifal. - B : Comment savez-vous pour ma sœur ? - A : Mais trêve de bavardage et place au show. Les deux opposants sont sur le point d’entrer dans l’arène. -B : Tout à fait Alymaine. Suite à son dernier match soldé par une défaite, comme vous le savez tous, le jeune Ricasso écope d’une pénalité d’armure votée par le public, laquelle se déclenchera automatiquement endéans les trente premières secondes de la rencontre. - A : Les voilà qui s’avancent. La notification du début de la rencontre ne va pas tarder à tomber… - B : « Maintenant » ! - A : Et le match commence donc à l’instant sous les vivas de la foule… - B : Les deux opposants, pour lors, se bornent encore à tourner autours l’un de le l’autre, jaugeant les possibilités offertes mais Ricasso aurait peut-être tout intérêt à prendre rapidement l’initiative dans l’espoir de nier la pénalité d’armure avant qu’elle ne tombe s’il parvenait à 17
placer ne serait-ce qu’un coup chanceux. - A : Mais à contrario, on notera plutôt que le jeune Aeguyllon à l’air peut-être moins assuré que lors de son premier match. Il erre tout près du plus proche pilier sans doute pour attirer son adversaire dans cette zone et jouer d’une forme de couvert, peut-être dans l’espoir de compenser un peu sa pénalité à venir plutôt que d’essayer de l’anticiper. Je ne sais pas si c’est un bon choix. - B : Je ne sais pas non plus Alymaine. Mais Parsifal a l’air de mordre à l’hameçon et vient à la rencontre de son
Parsifal
adversaire. - A : Il faut dire que Ricasso n’a pas à faire face à une arme de plus longue portée comme à sa dernière rencontre. Il peut donc, en théorie, se permettre d’être un peu plus dans l’expectative. Tous les deux sont équipés d’armes courtes et de targe. C’est bien simple, ils évoluent tous deux comme secutor. - B : L’anti-rétiaire contre l’anti-rétiaire. Cela peut-être intéressant malgré tout. - A : Et voilà Parsifal qui s’élance… Alors qu’on me dit que la pénalité d’armure est sur le point d’être sélectionnée par le public via notre sondage en ligne… - B : Et ce sera donc… - A : Une vue voilée à 50 pourcent. - B : Les iris du casque de Ricasso doivent déjà s’être en partie refermées pour valider le handicap. - A : Cette pénalité est une plaie. Je ne salue pas le public pour ce choix. Mes amitiés à votre sœur Barryl. 18
- B : Merci de compatir Alymaine mais le match n’est pas fini. - A : Ricasso a toutefois l’air d’avoir beaucoup de mal. Parsifal a du voir la notification de la pénalité sur l’affichage du public à en croire son soudain regain de mobilité. Il bouge rapidement autours de son adversaire de manière habile à fin de perdre son regard. - B : Aeguyllon n’a pas de chance. Son adversaire connaît son affaire. Les piliers derrière lesquels le jeune homme entendait se réfugier sont maintenant une source supplémentaire de confusion. - A : Alors que Parsifal entame à présent une série d’attaques. Aeguyllon tente de suivre mais il semble décontenancé. Il parvient toutefois à parer un coup et… Et… - B : Arf… -A : Et bien ce qui devait arriver arriva. Avec une visibilité diminuée ce n’était pas évident. Au temps pour votre sœur Barryl. - B : La ferme Alymaine ! - A : Et bien la messe est dite. Le canal va donc passer hors-ligne. Restez avec nous sur la chaîne suivante pour la suite des jeux du jour sponsorisés par la bière Ol’Mace. « Ol’Mace, la bière qui tabasse ! » -B : A tout de suite, sur Praetorean tv ! Pour autant, à l’issue de la rencontre, le coach d’Aeguyllon entend essayer de lui remonter le moral comme il peut et comme il se doit en tant que responsable de son école. Aussi, dans les vestiaires… - Laniste : Ca va petit ? - Ricasso : Ca devrait aller coach - MacAkistair : « Laniste », gamin, je préfère que tu m’appelles laniste… Le jeune aspirant bien que dépité n’a pas pu s’empêcher de noter la sorte d’écharpe vivante qui se meut pour lors autours du cou de son mentor. - Aeguyllon : Vous avez ramené Zarbi ?! Zarbi en l’occurrence est une sorte de créature d’origine inconnue. 19
Ressemblant vaguement de loin à un serpent velu aux yeux globuleux surmontant la touffe de poils qui lui sert de tête. Son espèce n’est répertoriée nulle part scientifiquement parlant… Difficile aussi de dire si c’est un mâle ou une femelle en l’absence de réels organes génitaux. Mais en y réfléchissant bien, aux jours d’aujourd’hui, il y a un tas d’espèces bizarres qui pullulent dans les égoûts (plus précisément, depuis que la Pythie n’est plus). Zarbi quant à lui semble avoir toujours fait partie de « la famille ». Du moins aussi loin qu’Aeguyllon puisse se rappeler. C’est-à-dire depuis son entrée dans l’écurie à la panthère. Le laniste lui a dit un jour qu’il avait simplement trouvé la bête sur le site de l’école quand il a réhabilité la structure pour ses besoins mais son élève n’en sait pas beaucoup plus sur la chose et ne s’en soucie pas d’avantage de toute manière. - Laniste : Je me suis dit que ça te remonterait un peu le moral de voir sa tête poilue... - Ricasso : (…) - Laniste : Faut pas te formaliser petit, la défaite fait partie du jeu. - Ricasso : Ca en fait deux… Deux pénalités à gérer lors du prochain match. C’est cumulable coach… - Laniste : C’est pas à moi que tu vas l’apprendre. Mais tu peux maintenant choisir la nature de la première pénalité après le match où 20
elle a été votée, tu te souviens, n’est-ce pas ? - Ricasso : Oui et si ça se trouve, le public va quand même me remettre la même plâtrée pour la suivante au prochain match en plus, merci… - Laniste : Bah, essaye de ne pas trop y penser, sinon tu risques de te braquer… - Ricasso : (…) - Laniste : *agitant le boudin mobile qui lui sert d’animal de compagnie* Regarde, elle te fait coucou… - Ricasso : Par pitié, coach… - Fierce : « Laniste » putain, laniste !
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3. A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire (je crois que c’est ça)… Un match, d’apparence normale. Le tableau d’affichage notifie « Vestige versus Aeguyllon » pour cette rencontre somme toute banale. Mais pour Ricasso, c’est un espoir comme un autre de se refaire au moins un peu (et mieux vaut pour lui ne pas envisager les conséquences d’une troisième défaite d’affilée). - Alymaine : Bonjour Barryl. - Barryl : Bonjour Alymaine. - A. : Et bien nous voici réunis à nouveau aujourd’hui pour un match de ladder opposant Vestige à Aeguyllon. - B. : Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’Aeguyllon a manqué de chance jusqu’ici et le match d’aujourd’hui s’annonce pourtant loin d’être simple. - A. : Tout à fait Barryl. Vestige a pour l’instant une place assez confortable dans le classement qui témoigne d’une carrière sinon excellente au moins honnête. Ricasso va avoir fort à faire. - B : Mais trêve de mondanités et place aux jeux. Nos yeux sont rivés sur l’arène qui s’apprête à accueillir les deux combattants du jour. - A : Ricasso cumule désormais deux pénalités d’affilée dont l’une d’elle a été commuée en pénalité simple (l’intégrité de la protection de son mollet droit est tombée à 0%) et la nouvelle pénalité sera votée sous trente seconde après l’entame du match conformément au
Vestige
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règlement. - B : Vestige n’a pas de pénalité au compteur pour avoir effacé celle de sa précédente rencontre par la victoire de celle-ci. - A : Et il n’est pas nécessaire de rappeler une évidence, mais en dehors de la suppression de pénalité d’armure consécutive à une victoire, vous savez tous que les « bonus » d’armure n’existent simplement pas, même en cas de victoires multiples. - B : Pas dans nos bonnes vieilles ligues officielles en tout cas (ce serait trop facile). - A : Les voilà qui entrent dans le champ. - B : Ils se font face, le début du match va bientôt être annoncé… - A : Une seconde… - B : Que se passe-t-il ? - A : Je crois que... - B : On dirait que Vestige… - A : Oui, elle semble faire un signe de la main. - B : Mais qu’est-ce que… - A : Le match est interrompu ?! - B : Et bien, ça m’en a tout l’air… Et nous voilà déjà à l’après match, de retour dans les vestiaires où Ricasso semble plutôt amer comme à son habitude à la suite de cette rencontre alors qu’il n’a pourtant pas perdu cette fois. Mais le goût de cette victoire gratuite lui reste en travers de la gorge. - Laniste : Bah quoi, t’as gagné pourtant cette fois ? C’est ta première victoire, merde : tu devrais sauter de joie ! - Ricasso : Oui, béh, une première victoire par forfait quoi… - Laniste : T’es jamais content ! - Ricasso : … Une victoire par forfait contre une bête IA putain ! - Laniste : Rah, IA d’équivalence humaine, c’est pas rien! Elle a passé tous les pseudos tests de Turing, bordel! - Ricasso : Toutes les IA même molles du genou passent ces tests de nos jours !! La belle blague : vos robots d’entraînement passent ces tests c’est pour dire ! - Laniste : Arf… 23
- Ricasso : Et à cause d’une panne soudaine de son système de refroidissement, vous le croyez ça ? - Laniste : Hé hé. Oui, la panne de ventilo qui va bien. Mais arrête de faire la gueule bon-sang ! Avec une victoire sur deux défaites, t’effaces quand même un peu l’ardoise. Ca fait une pénalité en moins au prochain match (sans compter la prime de victoire que t’empoches sans en branler une). Je ne sais pas ce qu’il te faut de plus ! Ricasso ne répond pas vraiment autrement qu’en laissant planer le silence. Il n’y a rien à faire, il demeure aigre et gardera sans doute son air renfrogné encore un petit temps. Mais le laniste n’en a pas totalement fini avec son jeune élève. - Laniste : Quoi, T’aurais préféré perdre ? - Ricasso : (…) - Laniste : Arrête de râler, sur ce coup, t’as de la chatte en vrai. C’est pas pour dire, mais Vestige est plutôt gratinée en temps normal : ‘fin quand son matos lâche pas toujours. - Ricasso : Coach, ça m’aide pas…
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4. C’est quoi ton nom déjà ? Nous sommes dans les vestiaires à l’aube d’une nouvelle rencontre. Nombre de gladiateurs sont réunis pour cette journée spéciale de jeux dédiés aux fêtes de l’Institution et dans l’attente de combats hors ligue entre les rixes, les simulacres d’escarmouche ou de joutes improvisées et autres réjouissances prévues pour les jeux du jour. Dans ce contexte, Aeguyllon « Ricasso » ne peut s’empêcher de noter une figure familière dans le lot. Figure qu’il ne peut identifier en partie qu’à son armure. Elle ne porte pas encore son casque sinon (lequel est simplement posé à ses côtés) : son corps en armure est surmonté d’une singulière tête robotique aux traits épurés sans réel facies mais faite de divers alliages métalliques et de parties polymériques diverses… - Ricasso : Hem… Vestige, c’est ça ? Absorbée par sa tâche du moment, patientant vraisemblablement en attendant qu’on l’appel pour son combat et d’une voix résolument distraite (pour autant que Ricasso puisse en juger en parlant d’une IA), elle répond pourtant à l’importun de manière succincte usant d’une sorte de politesse dont Ricasso ne semble pas comprendre lui-même l’origine. - Vestige : Oui. - Ricasso : Ca va mieux depuis la dernière fois ? - Vestige : Ca peut aller, la panne était mineure et ne touchait qu’une partie du système auxiliaire. Mais j’aurais pu griller une partie de mes procos. - Ricasso : Ok. Content d’apprendre que ça n’ait pas empiré… Sa diversion est maladroite mais bientôt Ricasso semble vouloir en venir au réel sujet qui le taraude depuis qu’il l’a aperçue dans le vestiaire alors pourtant que son match va bientôt commencer… - Ricasso : Tiens… Tu lis ? - Vestige : J’essaye… - Ricasso : Hem… C’est quoi comme livre ? - Vestige : *bottant en touche* Un roman… 25
- Ricasso : Je voulais dire, c’est quoi le titre ?… - Vestige : (…) - Ricasso : Je, désolé, c’est juste que je ne comprends pas bien : pourquoi tu lis un livre au lieu de le télécharger ?
Vestige
(sans armure)
Ricasso ne se pose même pas vraiment la question de savoir s’il peut l’agacer : dans sa tête, l’équivalence humaine n’existe pas, ce n’est qu’une IA point barre. - Vestige : C’est juste qu’à une époque l’odeur des pages me parlait. - Ricasso : L’odeur ?... - Vestige : J’avais encore mes senseurs olfactifs à ce temps là… Mais hm… Ils ne marchent plus des masses aujourd’hui. - Ricasso : C’est qu’une impression où tu tombes littéralement en pièce ? - Vestige : Quand t’auras plus de cent-cinquante ans dans les pattes tu feras moins le malin toi aussi. - Ricasso : Plus de cent-cinquante ans ?! T’aurais réellement plus de cent-cinquante piges ? - Vestige : La ferme, pas si fort ! - Ricasso : *murmurant aussitôt* une espérance de quarante c’est déjà beaucoup pour un androïde normal alors au-delà de cent… 26
- Vestige : Je suis restée en stase pas mal de temps et hormis certains composants vitaux disons, je n’ai plus grand-chose niveau pièces d’origine. J’ai du remplacer pas mal de systèmes défaillants au fil des ans. - Ricasso : Cent-cinquante piges, ouahhh…. Mais attends… T’aurais même connu le monde avant la faucheuse je suppose, non ?! - Laniste : Ricasso, c’est bientôt à toi, grouille ! - Ricasso : Arf, ok, désolé du dérangement, A+ - Vestige : Bon match… - Ricasso : Heu… Merci ( ?) Et une fois dans l’arène, les jeux de reprendre leurs droits… - Alymaine : Bonjour Barryl… - Barryl : Bonjour Alymaine, aujourd’hui est un jour particulier dans le calendrier. - Alymaine : En effet Barryl, nous sommes aux ides de mars et vous savez tous ce que cela signifie… - Barryl : Que César va se faire planter une vingtaine de fois devant la curie romaine? - Alymaine : Votre culture générale m’étonnera toujours Barryl… Il y a peut-être un peu de cela on va dire. Mais surtout, aujourd’hui, il y a quelques années déjà mourrait Victor Gretchencko dans le putsch de l’arsenal orbital comme vous le savez tous. Un des initiateurs de la charte institutionnelle commune aux corporations sectorielles tombait avec l’ensemble du gouvernement global présent dans la partie haute de la station reconvertie alors en siège de l’assemblée mondiale et perdue depuis. - L’occasion de commémorer cette date fatidique par une série de jeux dont nous suivrons la plupart sur les multicanaux de la chaîne comme tous les ans. - Quel est le match du moment ? - On me souffle à l’oreille qu’il s’agirait de Ricasso contre Ajax. - Nous rappelons que les matchs par équipe commencent juste après cette rencontre. - Les deux opposants ont déjà pris leur place dans l’arène et le 27
match peut commencer. - Comme toujours l’alerte du début de la rencontre notifiée sur le tableau d’affichage est simultanée à l’activation des armes et armures des combattants. - Et le match commence… « MAINTENANT » ! Après une poignée de seconde de flottement toutefois… quelque chose semble dénoter. A la surprise générale le match risque d’avoir un tournant inattendu et ce, une nouvelle fois, dès l’entame. - (…) - Que se passe-t-il ? - Ricasso… - On dirait qu’il : oui, il a lâché son arme !!! - Et son adversaire de se ruer sur lui dans l’incompréhension totale du public qui paraît sidéré pour profiter de cette opportunité inespérée pour l’achever sur place ! - Ahlala. Mais que s’est-il passé ?! - C’est à n’y rien comprendre … Mais on me dit à l’instant qu’il y a eu deux touches et non pas une, de validées… - Mais comment ?! - Quoiqu’il en soit, le public qui n’en a certainement pas eu pour son argent est en train de huer les participants mais surtout le perdant... Cela fait déjà trois matchs relativement inconsistants pour Ricasso. Et le débriefing est amer une fois de plus… - Laniste : Merde Aeguyllon… - Ricasso : Désolé coach… - Laniste : C’est pire qu’un forfait, c’est une auto-touche… Comment t’as pu oublier tes gants de protection? - Ricasso : j’étais à la bourre, j’avais la tête ailleurs… - Laniste : On n’oublie pas ses gants bordel, ça protège pas l’extérieur de la main, mais la protection de l’intérieur est gratuite. Tu ne peux juste pas saisir ta lame sans et pouvoir agripper sa lame mais surtout celle de son adversaire est un must ! Et cette manie putain. Cette 28
manie de garder l’index sur la lame : une fois tu peux te faire avoir, mais bordel pas deux, c’est juste ridicule à ce stade. - Ricasso : (…) - Laniste : Et là, tu t’es juste puni tout seul, comme un grand. A la grande rigueur, tu peux utiliser cette tenue de main avec une arme spécialisée pour l’estoc! Genre une rapière avec une vraie garde qui protège l’entièreté de la main qui tient l’arme, même avec un doigt sur la lame… A condition d’avoir tes gants bougre de bourricot ! - Ricasso : J’ai pas accumulé assez d’avoirs pour me payer une arme de meilleure portée que celle que j’ai, coach. J’ai déjà claqué ce qui me restait après l’achat de l’armure dans une simple targe… - Laniste : C’est sûr que si tu continues de perdre la majorité de tes matchs, ta bourse ne risque pas de se remplir. - Ricasso : Par pitié, coach, n’en rajoutez pas… - Laniste : J’en rajoute si je veux: t’as tout intérêt à faire gaffe à ce que t’as déjà niveau matos au lieu de lorgner sur du meilleurs stuff que tu peux de toute façon pas te payer! Et t’as fait quoi des gains du match gagné contre Vestige ? - Ricasso : Coach, je dois bien manger aussi… Puis on avait décidé de prendre un chien avec ma copine et… - Laniste : Allons bon… V’là autre chose… - Ricasso : Coach… Ca coûte cher un fléau d’arme homologué? - Laniste : *soupirant* T’as pas idée…
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5. A bout de souffle. Un soir de plus, un match en plus… - Alymaine : Bonsoir Barryl ! - Barryl : Bonsoir Alymaine ! - A : Nous voici réunis pour le prochain match de la soirée sur l’un des canaux principaux de Praetorean tv, match qui oppose le jeune Aeguyllon qui a manqué de fortune tout au long de son parcours jusqu’ici… Aeguyllon de l’école de Fierce face à Minos de l’écurie d’Augias. - B : Ecurie d’Augias… Héhé… - A : Vous êtes le seul que ça fait rire Barryl… - B : Je… hum… - A : Bien, reprenons. Et avant toute chose, rappelons au passage, comme vous le savez tous, que demain a lieu le match évènement opposant Tacitus à rien de moins qu’un exécuteur certifié de la cité 42, j’ai nommé Hérodote de Trèbes. - B : Un match attendu par bon nombre de fans (nous y compris), c’est le moins qu’on puisse dire… - A : « Vous ne voulez pas rater ça » ! - B : Certainement pas ! - A : Mais toutefois et bien que cela m’attriste un peu, nous n’y sommes pas encore. Pour lors, il s’agit toujours d’Aeguyllon contre Minos donc pour un match de classement. La question que tout le monde se pose ce soir est de savoir si Ricasso parviendra à briser la malédiction qui semble peser sur lui depuis le début de sa carrière (hormis un seul match gagné par simple forfait) et à se refaire avec cette rencontre ou au contraire Minos profitera-t-il logiquement de son large avantage ? - B : C’est ce que nous allons voir. - A : Les deux adversaires sont en place et se saluent l’un l’autre après un bref geste à l’égard de la foule présente ce soir dans les gradins. - A : Le début du match va bientôt être notifié sur le tableau principal… - B : « Maintenant » ! 30
Les deux adversaires s’avancent donc l’un de l’autre avec prudence. L’armure du dénommé Minos semble bardée de tout un tas de sponsors allant de la firme de cigarette locale à la série d’établissement de fitness la plus en vue des neuf niveaux du premier secteur au contraire de celle de Ricasso qui est, elle, vierge de tout autocollant publicitaire. C’est un choix de management imputable directement à Fierce, refusant obstinément de compromettre son établissement, mais choix qui lui tient plus ou moins préjudice aujourd’hui malgré la bonne réputation de son école. - A : Aeguyllon semble vouloir prendre l’initiative. Il a l’intégrité virtuelle d’une grève en moins suite à une première pénalité d’armure commuée en suppression de pièce. La seconde pénalité va bientôt être votée. Cette fois pourtant, il entend bien tenter de la devancer. - B : Aeguyllon est à portée, il tente quelques attaques simples sur son vis-à-vis. - A : Attaques parées assez facilement par Minos alors que le compteur tourne. - B : Minos cherche à tempérer brièvement en attendant logiquement la pénalité. - A : Pénalité qui vient d’être votée à l’instant. - B : Ce sera une surchauffe de la combinaison. - A : La combinaison réactile de Ricasso va donc monter en température assez rapidement provoquant une impression notable d’inconfort qui peut perturber même un combattant aguerris à moyen terme. - B : C’est toujours largement mieux que la vue voilée si vous voulez mon avis. Je crois que le public a voulu épargner le jeune homme malgré tout. - A : Possible. Ils veulent un vrai match après tout. - B : Alors qu’Aeguyllon accentue toujours la pression sur son adversaire : il a tout intérêt à éviter que la partie ne s’éternise au contraire de son adversaire qui cherche clairement à perdre du temps. - A : Mais Ricasso avance, imperturbable, décochant un succinct enchaînement de taille paré maladroitement par Minos d’abord au bouclier puis avec son glaive. Minos qui semble plus ou moins bizarrement 31
en difficulté pour ce début de match. - B : Ricasso tente d’en profiter… Contraignant son adversaire à reculer et… - A : Oui, il trébuche… Minos manque carrément de tomber à la renverse mais se redresse de justesse alors qu’Aeguyllon avance toujours sur lui non sans prudence. - B : Le match s’éternise inutilement. Minos qui tente toujours d’éviter le contact en attendant que la pénalité fasse pleinement effet… Ce qui semble être plus ou moins un peu le cas. - A : Ricasso qui défait un peu son étreinte. On dirait qu’il souffre malgré tout. - B : On dirait qu’il tente de reprendre son souffle. Il vient carrément de s’arrêter un instant. - A : Minos qui tourne toujours autours de lui, circonspect. - B : Aeguyllon tente de se reprendre et d’avancer. Mais les quelques attaques qu’il effectue sont loin d’être inquiétantes pour son vis-à-vis qui les esquive sans mal. - A : Ricasso semble soudainement au bout de sa vie… Que se passe-t-il ? Alors que le public semble s’agacer et protester. - B : Les frappes du jeune Ricasso sont maintenant sans plus aucune conviction. Le public est prêt à huer d’avantage Minos pour son manque d’audace. Il y a clairement une fenêtre ouverte pour une riposte. Mais Minos semble vouloir garder sa réserve encore un peu. - A : La tournure du match est de plus en plus bizarre. - B : Ricasso est clairement en difficulté maintenant. Il est à présent à genou, totalement à la merci de son adversaire qui s’apprête cette fois à l’achever. - A : Alors que… - B : Incroyable, alors que Minos s’approchait pour porter le coup de grâce, dans un sursaut d’orgueil, Ricasso effectue une touche à l’aveugle en portant une attaque de taille au hasard mais touchant la main de son adversaire tenant son arme… Obligeant se dernier à la lâcher, sa combinaison réactile validant la touche. - A : Ricasso n’a plus qu’à… - B : Mais que se passe-t-il ? - A : On dirait que… Oui, c’est ça. Il semble que Ricasso soit 32
carrément tombé sur place. - B : Alors que Minos ramasse à présent son arme de la main gauche pour porter l’ultime attaque qui valide une nouvelle défaite pour Aeguyllon. - A : Les infirmiers se ruent aussitôt au chevet de Ricasso qui gît maintenant inconscient au sol. - B : Le verrou de sécurité de la combinaison a automatiquement sauté après la validation de la fin du match pour laisser les soigneurs faire leur travail… - A : Mais que s’est-t-il passé ?! Dans les vestiaires, le constat est une nouvelle fois amer, mais peut-être encore d’avantage que d’habitude (si cela est possible). - Laniste : C’était quoi le problème cette fois ? - Ricasso : Rien… - Laniste : Me prends pas pour un con : le match était à toi. Même avec la pénalité du public. - Ricasso : C’est juste que… J’arrivais plus à respirer. - Laniste : Ca arrive avec la pénalité de surchauffe. Tu fournis un gros effort, la combi monte en température et au bout du compte tu manques d’air. - Ricasso : Non, c’est pas ça. J’avais vraiment l’impression de suffoquer. Comme si l’arrivée d’o2 fonctionnait qu’à moitié. - Laniste : T’es sûr de ça ? - Ricasso : Presque certain. On a déjà pratiqué cette pénalité à l’entraînement et je ne me suis jamais évanoui auparavant. Je ne comprends pas. - Laniste : Arf… Moi je crois que j’ai compris. - Ricasso : Quoi ?! - Laniste : Hm… Ce ne serait pas la première fois qu’une irrégularité est à signaler avec ce type d’adversaire. - Ricasso : Vous voulez dire quoi au juste ? - Laniste : Bah, y a quelques rumeurs qui circulent. Puis la provenance du type d’en face est suffisamment louche en soi. - Ricasso : Ca a à voir avec l’écurie du gars ? 33
- Laniste : Possible. Ils ont plutôt le bras long paraît-il. - Ricasso : Putain !!!! - Laniste : désolé petit… - Ricasso : Je suppose que je ne peux rien faire contre ça ?! - Laniste : Pas tant que la pénalité supplémentaire n’a été notifiée nulle part malheureusement. - Ricasso : Merde, ça fait trois pénalités en tout. - Laniste : Je sais bien… T’as mis un peu d’argent de côté au moins ? - Ricasso : Je… - Laniste : Et ta copine, vous l’avez pris finalement ce chat ?! - Ricasso : « Ce chien » : non. Elle a une autre idée en tête depuis quelques jours… - Fierce : C’est-à-dire ? - Ricasso : Bah, elle songe juste à avoir un môme maintenant… - Laniste : Aïe… - Ricasso : Comme vous dites…
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6. Laisse les grands travailler… Nous sommes dans les quartiers de détente de l’école de Fierce. Tout le monde (ou à peu près) a séché l’entraînement pour se réunir dans la salle afin de visionner le prochain challenge inédit des Ligues officielles. Et tous les yeux avides sont pour lors rivés sur les écrans du local pour soutenir le champion lors d’un match qui s’annonce exceptionnel avec un adversaire qui semble l’être tout autant. Il s’agit d’un ciyoyen de la cité 42, la cité vaticane, mais pas n’importe lequel. Ce singulier adversaire fait partie de l’ordre des exécuteurs (jadis, une sous branche de l’Inquisition ayant gagné son autonomie depuis que le titre d’inquisiteur n’est plus qu’honorifique). Dans cette ambiance effervescente prompte à la ferveur populaire et au chauvinisme pour le secteur premier, le laniste a pourtant une annonce loin d’être anodine à faire. Le match est pour bientôt mais l’assemblée a encore quelques minutes de répis avant le début et Fierce entend parler à tous ses élèves rassemblés pour cette occasion afin de présenter sa nouvelle recrue en date. Zarbi se dandine autours du cou du maître des lieux comme souvent. - Laniste : *dans le brouhaha de l’avant-match et dans la relative indifférence* Bien, vous êtes tous là… Je vais essayer d’être bref. Je ne vous embête pas longtemps, je sais que vous avez tous ce match en vue et ce n’est pas une mauvaise chose de voir ce qui se fait au haut niveau. Je tenais juste à vous présenter la nouvelle venue dans notre école et à vous inviter à l’accueillir comme elle le mérite… Le laniste fait un geste en direction de la dite recrue à ses côtés laquelle se contente de saluer l’assemblée à laquelle elle ne va pas tarder à se mêler de toute façon pour les mêmes raisons. Vestige se contente de faire un signe amical auquel la salle fait distraitement écho avant que les yeux ne se détournent à nouveau vers les écrans. Seul Ricasso semble réellement prendre conscience de la présence de son ancien adversaire. Il ne sait d’ailleurs pas s’il doit être circonspect ou être enthousiaste de la nouvelle. Mais à en croire Fierce, 35
si Vestige fait à présent partie de la même écurie, ils demeurent à présent dans la même équipe et aucun différent même mineur ne saurait subsister dans son âme. Aussi s’apprête-il à aller à sa rencontre alors qu’elle s’est assise sur un siège un brin à l’écart pour la saluer. Vestige est posée simplement, tenant d’une main le livre qu’elle lisait déjà à leur dernière rencontre, lequel est simplement sur ses genoux, une image comme marque-page dépassant à peine des feuillets du bouquin. - Ricasso : Et bien, je suppose que je ne devrais pas être surpris. Après tout, Fierce est réputé pour flairer les bons coups… - Vestige : (…) - Ricasso : Arf, je veux dire, le coach a du voir en toi un sacré potentiel. - Vestige : J’avais compris. Mais je ne suis pas sûr que son intuition l’ait desservi en tant que coach de son école jusqu’ici. - Ricasso : Bah, ce n’est pas la faute de son école ou de ses élèves. Juste que le coach a du mal avec les sponsors et ces derniers grignotent jusqu’à la dernière miette du marcher. Fierce, lui, est un dur, un de l’ancienne école justement. Il était dans les ligues de gladiatures clandestines durant la guerre. C’est un ancien esclave affranchi. Il a du mal avec l’aspect business autours des nouveaux jeux mais en général il reconnaît la valeur de chacun de ses aspirants. - Vestige : *d’un ton dont Ricasso ne peut fatalement pas juger s’il est emprunt d’une quelconque ironie* C’est vrai que ton premier match était plutôt prometteur, je l’admets. - Ricasso : Bah, je ne parlais pas de moi à vrai dire… ‘fin bref. - Vestige : Tu as raison, il a un sixième sens pour les bonnes affaires. En temps normal, je n’aurais pas réellement pris en considération son invitation. Son écurie est une bonne structure à garder dans le collimateur. C’est important d’avoir un mètre étalon en termes de concurrents. - Ricasso : Pourquoi nous avoir rejoins dans ce cas ? - Vestige : Je suis un peu à la rue niveau classement à cause de mes récentes défaites. Disons que mon parcours depuis quelques mois est en dent de scie. 36
- Ricasso : Laisse-moi deviner. Des forfaits pour panne ? - Vestige : A peu de choses près. - Ricasso : Bah, ne t’en fais pas, ici tu seras bien. - Vestige : Je n’en doute pas. Mais je crois que le match va bientôt commencer. - Ricasso : Oui, on est tous là pour ça après tout. Et bientôt donc, la gloire des jeux reprend tout son droit sur les chaînes officielles. Les commentateurs ouvrent déjà le bal en se lançant dans leur habituelle partie de ping-pong verbale juste avant l’entame. - Alymaine : Bonjour Barryl. - Barryl : Bonjour Alymaine ! - A : Je ne vous ferai pas l’affront de vous demander ce que nous avons aujourd’hui. - B : En effet, il faudrait vivre au fond d’une grotte pour ne pas savoir de quoi le match qui nous occupe aujourd’hui a attrait. - A : Rien de moins que le champion des ligues, j’ai nommé Tacitus, face à Hérodote de Trèbes, originaire de Rome et exécuteur de son état (rien de moins). - B : Un exécuteur adoubé qui plus est (comme en atteste sa longue natte de cheveux qui touche terre, natte parsemée de ses anneaux énergétiques caractéristiques lesquels coulissent encore librement le long de celle-ci). Zarbi, qui est lui aussi présent dans le local commun lors de la retransmission semble soudain agité en voyant les deux combattants faire leur entrée dans l’arène. Tant et si bien que Fierce est obligé de le laisser descendre de sur ses épaules pour tenter de le contenir sur l’une des tables faisant face à l’écran principal de la salle. - Laniste : *soufflant pour lui-même* Qu’est-ce qui te prend, satané bestiau ??!!!! Alors que les commentateurs à la télé continuent leurs échanges…
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- A : A présent, les deux adversaires vont solennellement se saluer. Le match va bientôt débuter. - B : Et voilà le gong ! - A : Match débutant à longue portée, sans limite de temps et sans armure virtuelle autre qu’une simili-targe pour les deux combattants (en lieu et place de leur brachiale gauche). - B : C’est toujours utile de le préciser. - Brèves passes d’arme mais sans grande conviction de part et d’autre. L’exécuteur est attentiste, il se contente pour lors de parer nonchalamment les attaques laconiques de son adversaire du bout de la lame. L’exécuteur manipule ici son arme à deux mains, une flamberge, semblable à l’épée énergétique de son ordre, avec une habilité commune à tous les membres de celui-ci. - Saviez-vous qu’ils sont tous autistes ? - Bien sûr : c’est même un critère de recrutement obligatoire. A Rome, le dépistage a lieu en bas âge (très tôt donc) précisément pour ce fait. Le heaume des exécuteurs était à l’origine destiné à aider et prévenir les problèmes liés à la simple communication. Des choses comme simplement adoucir certains sons ambiants pour prendre un seul exemple basique mais cette technologie de plus en plus performante en matière d’assistance cognitive au cours des ans a fait de cet outil l’icône de cet ordre tel qu’on le connaît aujourd’hui. - Pour lors, pas de réelle initiative d’un côté comme de l’autre. Tacitus s’assure de rester hors de portée de l’arme démesurée de son vis-à-vis mais il devra fatalement tôt ou tard prendre des risques (s’il veut inquiéter l’exécuteur) en s’aventurant dans le cercle défensif ennemi où il reste malgré tout à la merci de l’allonge plus grande de l’espadon romain : du moins jusqu’à ce qu’il soit à très courte portée auquel cas, l’équilibre des forces pourrait temporairement s’inverser. - Si quelques feintes sont bien engagées, c’est pour l’instant à la seule fin de se dérober : on peut dire que les adversaires prennent ce début de combat pour réellement prendre la mesure de la partie adverse. - L’avantage est toutefois à l’exécuteur sur bien des points. Ne serait-ce que pour le port de son heaume mais aussi quant à la portée de son arme à deux mains. Pour autant, sa brachiale (à cause de son épée précisément) risque de ne pas trop servir au contraire de celle de Tacitus 38
Hérodote de Trèbes.
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qui risque d’avoir fort à faire. - Hérodote a dû vous entendre : il a en tout cas l’air bien décidé à prendre à présent les devants et se rapproche en conséquence d’avantage de son ennemi, moyennant quelques parades d’arme sans doute inutiles à cette portée (puisque les coups de notre champion sont encore portés de trop loin). Et Hérodote anticipe la moindre avancée ennemie d’un simple pas de retrait : il ne faudrait pas non plus qu’une foulée hasardeuse expose la jambe la plus proche aux coup de l’épée bâtarde du «Seul Invaincu» (bien trop courte sinon). Il essaye donc habilement de jouer sur les deux tableaux pour «s’approcher sans s’exposer» et porter des attaques dangereuses bien à l’abri depuis la longue portée conférée par sa flamberge. - Mais le champion n’a pas l’air dupe. En effet, il semble à présent à son tour opter pour une posture plus agressive. Il sait sans doute qu’il doit aller chercher l’ennemi. Puisque, paradoxalement, c’est bien au plus près qu’il sera le plus en sécurité : là où la lame démesurée de son ennemi deviendrait de facto pratiquement inutile. - Il tente donc finalement un passage en force dans la défense ennemie. Percée facilitée par des contre-attaques de l’exécuteur certes habiles mais aussi relativement lourdes et laconiques en comparaison de celles de Tacitus qui le harcèle à présent activement par des tentatives de touches bien plus rapides (puisque le poids réduit de son épée lui permet encore ce luxe) qu’il appuie en cherchant de la main gauche la lame ennemie tout en offrant un véritable barrage de couverture pour appuyer son approche, contraignant soudain son adversaire à reculer. - Comme vous le disiez, la lame du prétendant de Rome semble à présent se trouver dans une zone grise où son efficacité est nettement moindre, contraignant en outre l’exécuteur à saisir in extremis la lame de son épée au quart intérieur pour en réduire la portée effective (en half-swording donc) pour pouvoir espérer porter une simple attaque avec une allonge réduite et à reculons, au niveau des yeux de Tacitus qui l’esquive somme toute assez facilement. Attaque maladroite certes, mais qui n’avait visiblement d’autre vocation que de donner un peu de temps à l’exécuteur pour se dégager. Ils semblent tous deux être à nouveau hors de portée l’un de l’autre...
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Zarbi semble de plus en plus agité à tel point que le laniste à du mal à le maintenir en place à même la table, songeant un instant à carrément quitter la pièce dans l’espoir de calmer la créature mais se ravisant tout aussi tôt. En tant qu’expert lui aussi, pas moins que le reste de l’assemblée, veut voir le déroulement de ce match clef. Aussi se contentet-il pour lors de peser de tout son poids dans l’espoir d’empêcher le serpent tout en poils de se faire la malle, mais non sans mal. - La passe d’arme n’est pourtant pas finie : profitant d’un court instant de flottement, l’exécuteur, d’un geste foudroyant, semble vouloir essayer de placer une singulière attaque d’estoc à très longue portée (même pour lui, mais toujours hors de portée de la lame de Tacitus), se déployant soudain de tout son long, cherchant à donner le maximum d’allonge de tout son bras, en tenant son arme d’une seule main glissant jusqu’au pommeau sur lequel elle est refermée dans l’espoir de surprendre le champion d’une allonge d’une main, une main et demie en plus mais Tacitus a vu venir le coup et d’un pas de côté, sans même esquisser une parade… - Et c’est au champion d’enchaîner : il agrippe maintenant la lame de son adversaire de la main gauche, profitant de cette erreur grossière et la maintenant à présent fermement en empêchant tout usage de celleci alors qu’il se fait aussitôt avant dans l’espoir de clouer l’exécuteur sur place, lequel est pratiquement sans défense désormais. - Mais ce dernier, d’un geste salvateur a toutefois eu le temps de lâcher son arme, anticipant l’attaque du champion pour reculer de quelques pas, esquivant au préalable la frappe d’opportunité que Tacitus avait malgré tout réussi à placer mais toujours à la lisière de la longue portée. Et le champion du Primus Sector de laisser choir la flamberge sur le sol sur lequel elle gît à présent, inutile. - S’en suit un léger temps mort. L’exécuteur tourne le long de l’arène, cherchant temporairement le couvert du moindre pilier à portée alors que Tacitus qui lui fait toujours face, peine un peu à le poursuivre. Il ne veut sans doute pas non plus trop s’éloigner de l’arme de son ennemi qui aurait tôt fait de la reprendre si ses diversions devaient jamais porter leur fruit. Tacitus semble même un peu hésitant quant à la marche à suivre : il sait que l’exécuteur, malgré les apparences, n’est pas entiè41
rement démuni non plus. - Mais c’est pourtant bien à l’exécuteur cette fois de revenir carrément à la charge. Il a au préalable laissé négligemment retomber la natte qui était jusque-là enroulée autours de son cou et il se rapproche dangereusement de Tacitus : mais dangereusement surtout pour lui-même! - Je ne serais pas aussi catégorique si j’étais vous : je crois plutôt en l’occurrence que les choses sérieuses vont peut-être enfin pouvoir commencer… - Tacitus aura juste eu le temps d’anticiper malgré tout, mais face à lui, le chevalier de Rome effectue à présent des mouvements de tête circulaires faisant virevolter sa natte et les anneaux mobiles en mode offensif qui décrivent d’amples et majestueuses trajectoires apportant le danger dans le périmètre défensif du champion sous les acclamations d’un public conquis. Face à ce véritable fouet énergétique et sans une réelle possibilité de parer autre qu’avec la maigre protection de sa brachiale sur des impacts directs toutefois, Tacitus s’est logiquement décalé en conséquence abandonnant sur place et sans trop d’autre choix la flamberge qu’Hérodote peut maintenant ramasser à loisir. En temps normal, les anneaux mobiles d’Hérodote se déplaçant le long du filet métallique contenant sa natte (faisant office de cage de Faraday) enverraient une décharge mortelle au contact à tout ennemi assez fou pour le défier au corps à corps. Mais pour cette rencontre ils ont été spécialement reconfigurés et n’infligeront bien entendu que la décharge réglementaire pour les touches de bases captables par les combinaisons réactiles de chacun des combattants ce soir. - L’exécuteur continue donc sur sa lancée : toujours dans une posture plus offensive, il déploie un véritable balais inspiré de combats à la chaîne orientaux et tirant au mieux profit de son arme principale ainsi que de celle de ses anneaux énergétiques lestant sa natte comme le ferait le boulet étoilé d’un fléau d’arme. - Ses frappes aux anneaux énergétiques rebondissent par moment sur le plat du haut de la brachiale du champion contraint à des parades au bouclier relativement délicates dans l’espoir d’avoir une fenêtre de riposte. - En effet, les anneaux mobiles ne sont pas forcément des plus évidents à gérer : surtout si le champion ratait jamais une de ses parades 42
directes avec sa brachiale (une parade d’arme étant le plus souvent inutile), auquel cas, avec la natte s’enroulant autour du bras coupable, les anneaux mobiles du fléau ennemi pourraient très bien venir librement percuter une partie non protégée du corps de notre favori sans aucun effort : d’autant que les anneaux coulissent encore sur la natte qui se subdivise en plusieurs branches à loisir. Mais le champion tempère malgré tout de ses parades au bouclier avec une réussite insolente jusqu’à présent quand il n’esquive pas tout simplement la menace de prime abord : ce qui l’oblige toutefois à se déplacer à reculons, tout en maintenant une garde haute (qui est sa posture de prédilection) et bien qu’il n’ait pas vraiment le temps de placer une quelconque attaque en riposte. - Hérodote entend bien ne lui laisser aucun répit et le harcèle donc continuellement. Il a laissé poussé sa natte bien au-delà de sa propre taille (comme c’est souvent le cas parmi la plupart des exécuteurs) ce qui lui confère là encore une allonge un brin plus avantageuse que celle de l’épée de Tacitus qui pourrait peut-être malgré tout tenter l’une ou l’autre attaque opportuniste (si son vis-à-vis lui en laissait toutefois le temps). Tandis que l’exécuteur se rapproche toujours, effectuant dans la foulée de ses attaques secondaires, des mouvements rapides à la flamberge qui ne sont pourtant toujours pour lors que de simples intimidations plus que de vraies actes offensifs. De manière logique, tant qu’il tournoie pour donner de l’ampleur à la menace de ses masses énergétiques, les attaques avec son arme principale (loin d’être aussi maniable que l’épée bâtarde de son vis-à-vis) sont moins faciles à placer. Et ses mouvements circulaires l’amènent parfois à exposer son dos à son adversaire : même s’il « voit » techniquement derrière lui, cela peut devenir un vrai problème. - Ce n’est pas faux. Et pour expliciter votre pensée, contrairement à la vision simple du champion, Hérodote peut à loisir voir arriver une menace venant même de l’angle mort de l’arrière. Sa vision périphérique permise par la surface à multi facettes sensorielles de son casque assure une perception à pratiquement 360° alentours et lui octroie une attaque ou une défense virtuelle sur tous les fronts ou du moins en théorie. - Il voit le monde un peu à la façon d’une mouche disons. 43
- C’est exactement ça. Certains disent en outre pour confirmer cet exemple que la perception même du temps de l’exécuteur, grâce à son heaume, serait considérablement ralentie, lui permettant sur le papier d’anticiper le moindre mouvement avec une rapidité surhumaine mais nous n’avons que des conjectures à ce sujet. - Bref, en résumé, le champion a sans doute plus de chance de toucher son adversaire lors d’une riposte sur un assaut ennemi manqué, que s’il doit compter sur ses attaques directes. - Mais comment fonctionne donc ce maudit casque ? - Aucune idée. Et les huiles vaticanes ne nous ont pas laissé inspecter le casque de leur représentant ce soir. Même pour les besoins de ce match. Nous devons nous fier aux modifications de la branche romaine de nos ligues pour la mise en conformité quant aux standards de nos rencontres. Mais ils sont aussi là pour respecter le secret autour de ce type de technologie que notre secteur envie clairement malgré tout. - Mais que…? - Pendant que nous discutions, loin de se laisser impressionner par la danse mortelle de son adversaire, il semble que Tacitus ait finalement trouvé une ouverture, parant la flamberge ennemie à l’aide de son épée tout en s’engouffrant simultanément sur le flanc droit de celui-ci à la faveur d’une tentative de frappe aux anneaux effacée (pour être moins bien ajustée). Il aura attrapé dans le même geste la natte d’Hérodote en amont de celle-ci et au vol (de la main gauche, libre) tandis que le champion en aura profité pour critiquement déséquilibrer le chevalier au même moment d’un balayage dévastateur dans ses appuis, le faisant chuter avant même que les anneaux mobiles n’aient réellement eu le temps de remonter jusqu’à la main de l’assaillant non loin de la nuque. - L’exécuteur contre toute attente est une nouvelle fois dans une position précaire. Son arme gigantesque sera très clairement plus une gêne qu’autre chose pour se relever et Tacitus le surplombe déjà pour tenter de l’achever. - Hérodote a à peine le temps de lâcher son arme dans le vain espoir de s’en sortir que Tacitus est déjà là... Et pourfend dans la foulée son ennemi au sol et impuissant d’un geste fulgurant... - Mettant ainsi un terme à cette rencontre (sous les vivas de la 44
foule)! - Un bien beau match, assurément. - Oui et qui aura largement tenu ses promesses dans l’ensemble. - Tout à fait. Par ailleurs, n’oubliez pas que nous nous retrouvons de toute façon après une simple page de pub dans l’espoir d’interviewer les deux opposants. - Restez connectés ! Mais alors que la partie vient juste de finir, Zarbi, jusque là clairement instable, sur une des tables en face de l’écran alors que le laniste a tout le mal du monde à le tenir (il est resté fébrile durant toute la durée de la rencontre), se contractant soudainement et parvenant à se libérer à peine un instant de l’étreinte de son bienfaiteur, il surgit, d’un bond gigantesque, pour atterrir sur l’écran le plus proche tout en brisant les attaches murales à cause de son poids tout entier forçant sur la structure métallique, envoyant à la renverse et détruisant le précieux moniteur. - Laniste : Merde !!!! Putain de serpent possédé par le démon ! Attrapez cette foutue bestiole bordel ! Et en un instant une nuée d’élève saute sur la créature bientôt immobilisée au centre de la mêlée. Dans le chaos soudain, pourtant, Vestige se lève sereinement alors que Ricasso étouffe un fou rire au vue de la situation pour noter d’un œil distrait le départ de sa nouvelle comparse. Dans son sillage il perçoit pourtant et en outre un singulier bout de papelard gisant au sol. Et de l’interpeler avant qu’elle ne passe définitivement le pas de la porte du local. - Ricasso : Hey… Vestige : c’est à toi ça ?! - Vestige : *Se retournant notant l’image dans sa main* Ah… Oui, merci… - Ricasso : Un marque-page peut-être ? - Vestige : Oui… C’est ça… - Ricasso : Elle est mignonne. - Vestige : Merci… C’est… Hum… « Ma petite amie ». 45
- Ricasso : T’as une petite amie humaine ? - Vestige : Pourquoi, ça te pose un problème ? - Ricasso : Non c’est juste que… Comment ça se passe au lit ?! Je veux dire : t’as des organes de synthèse encore opérationnels ? Pourquoi t’as des organes de synthèse pour ça à la base ?! Et puis je croyais que tu partais en miette… Un silence gêné plane un instant dans l’indifférence générale pour toute réponse. Tout le monde est occupé avec Zarbi mais Ricasso, encore une fois, loin de se douter du grossier de son propos en mettant une fois de plus les pieds dans le plat de manière inconsciente sous prétexte qu’il n’a à faire qu’à une IA, semble malgré tout réaliser ce fait après coup. - Ricasso : Désolé, c’est juste que… - Vestige : Je dois y aller maintenant ! Et alors qu’elle s’éloigne sans rien témoigner d’une colère silencieuse, le laniste n’a pourtant rien perdu de la scène… bloc.
- Fierce : T’as toujours le chic pour dire un tas de connerie en
- Ricasso : Rah, coach… - Fierce : C’est un fait, tu ne sais pas quand fermer ta gueule ! - Ricasso : Je suppose que lui demander pardon… - Fierce : Non, pour l’instant ça sert pas des masses, garde ça pour plus tard. Après, les apparences sont parfois trompeuses… Mais je t’ai rien dit. - Ricasso : Ca veut dire quoi ?! - Fierce : Que t’as assez fait de dégâts comme ça et que je dois en plus nettoyer après le merdier causé par les facéties de Zarbi alors boucle-le ton claque-merde pour le moment s’il te plait.
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7. Habeas Corpus. Ricasso s’entraîne dans la salle principale de l’école de Fierce. Zarbi joue dans le cœur du bâtiment adjacent aux quartiers d’habitation dans ce qui ressemble à un ancien autel. Personne ou presque ne fait réellement attention à lui de toute manière. Ce spot est « son » spot. L’endroit qu’il préfère dans toute l’école. En effet, il reste parfois des heures durant à se percher sur la forme de T barré qui chapeaute le meuble central du cœur. Alors que dans l’espace non négligeable sous les nefs adjaccentes, la plupart des élèves de l’école à la panthère sont occupés à réviser leurs postures face aux manequins articulés qui leur servent de punching ball. Ricasso est naturellement présent lui aussi, tout occupé qu’il est à passer ses nerfs sur un robot d’entraînement basique. Il a toujours en mémoire son dernier combat qu’il a le sentiment de s’être fait tout bonnement volé lorsqu’il aperçoit Vestige entrer à son tour dans la salle à pour imiter ses camarades et tabasser des IA inférieures. Mais Aeguyllon entend se racheter de leur dernière discussion. Ou au moins essayer. - Ricasso : Hm… - Vestige : Fous-moi la paix, « s’il te plait ». - Ricasso : Arf… Je voulais juste te demander pardon pour… - Vestige : Laisse tomber : s’excuser d’être un con n’a jamais imuniser qui que ce soit contre sa propre bêtise crasse. Touché. La dernière phrase de Vestige prend le jeune homme un peu de court alors qu’il entendait vainement articuler quelques paroles. - Ricasso : Je n’aurais pas du parler comme ça. C’était déplacé. - Vestige : Sans blague… - Ricasso : Je ne voulais pas te manquer de respect ou à ta copine, je… - Vestige : Pour commencer, c’est pas ma copine ! - Ricasso : Je, quoi ? - Vestige : Ok, t’as gagné… Et sur cette dernière phrase, elle quitte la grande salle sans réel47
lement pouvoir témoigner sur son faciès synthétique une quelconque émotion avant même d’avoir entamer le moindre exercice. Mais Ricasso sent bien qu’il a encore tout faux. Le laniste est là aussi, surveillant de près les travaux préparatoires de ses élèves et il n’a pas pu s’empêcher de noter la scène impliquant Ricasso et Vestige dans l’indifférence générale pourtant. Il se rapproche donc avec quelques mots à l’adresse de son maladroit aspirant. - Fierce : T’es vraiment con, elle a raison… - Ricasso : Coach… - Fierce : Ca te coûtait quoi de laisser couler un peu d’eau sous les ponts ?! - Ricasso : C’est juste que… - Laniste : Bah, tu vois le résultat maintenant. - Ricasso : (…) - Laniste : Bon, t’es con mais t’as un bon fond alors pour ton bien je vais te donner une indication utile mais motus : je t’ai rien dit. Si tu mouftes un mot à qui que ce soit et surtout à Vestige, je te fous à la porte de cette établissement fissa ! Ok ?! - Ricasso : Je ne suis pas sûr de vouloir savoir du coup… - Laniste : Béh tu vas assumer ta connerie jusqu’au bout maintenant que t’as mis les deux pieds dans le plat, j’vais dire… *pratiquement murmurant* c’était pas sa copine sur son marque-page… - Ricasso : Oui, j’avais bien compris avant qu’elle se barre… Mais si ce n’est pas sa copine, c’est qui ? - Laniste : C’est juste une photo d’elle-même… Une visualisation de son but à atteindre… - Ricasso : Elle veut devenir humaine ?! - Laniste : Mais non patate, elle est déjà humaine ! C’est un cyborg ! - Ricasso : Comment ça ?! Et les tests de Turing et tout ?! - Laniste : C’est du vent. Elle a toujours trop de caractéristiques qui la rapprochent encore de nous sur le plan sentimental par exemple malgré la centaine d’année qu’elle a déjà. C’est juste un subterfuge pour avoir un match-up plus facile avec des gus dans ton genre qui croient avoir à faire à une bête IA sans cervelle… Y a un flou juridique autour 48
de cette législation qui ne différencie pas vraiment les IA des cyborgs. - Ricasso : Je comprends pas bien. - Laniste : A l’âge de dix-huit ans, elle s’est mangé une sorte de maladie dégénérative qui a contraint les spécialistes de l’époque à mettre en quarantaine dans un corps d’emprunt ce qu’ils pouvaient sauver de son ancien corps, juste les organes vitaux donc. Elle attendait une nouvelle greffe de ce qui lui restait sur un corps greffon certifié sans avarie ADN, obtenu par clonage. Mais ça prend du temps si tu ne veux pas que le nouveau corps ait un vieillissement accéléré une fois arrivé à l’âge adulte. Le corps doit idéalement mûrir pendant pas mal d’années et le monde s’est mangé la faucheuse entre temps. - Ricasso : La vache… - Laniste : Voilà, tu commences à percuter. Avec le monde détruit, elle pouvait dire adieu à son nouveau corps biologique. Elle a passé l’hiver nucléaire dans un coin perdu du secteur à l’abri et en stase, zappant de ce fait les guerres d’institution. Aujourd’hui, elle s’en fout de tomber sur des adversaires à moitié débiles tant qu’ils sont faciles à vaincre et qu’elle peut accumuler grâce à ses victoires assez d’argent pour se refaire un nouveau corps neuf via les banques de clonage. Le seul problème c’est que son corps robotique est en train de lâcher l’affaire avant elle. Et remplacer les pièces coûte de toute façon bonbon. L’argent de ses victoires passe entièrement là dedans au lieu de financer le clonage de son nouvel avatar (quand elle ne perd pas bêtement par forfait). - Ricasso : Je ne vous savais pas philanthrope, coach. 49
- Laniste : Tu me casses les burnes, idiot. C’est toujours donnant, donnant. J’ai pas la thune pour lui payer un nouveau corps tout entier mais sa hargne à réaliser ce but peut être utile à mon école. C’est clairement un gage de ténacité… Si je ne peux pas compter sur des cons dans ton style pour réajuster le budget de mon école à la hausse, avec elle y a peut-être déjà d’avantage espoir. - Ricasso : Sauf que son corps d’emprunt est en train de claquer… - Laniste : « Sauf que son corps d’emprunt est en train de claquer » : Effectivement, c’est un léger écueil… On n’a rien sans rien : faut parfois risquer. J’espère que tu commences à comprendre : quand tu lui cherche des poux, tu « Me » fous potentiellement dans la merde avec. Tu amputes mes chances d’aller vers une économie de redressement tangible. Et cette chance passe par Vestige ! - Ricasso : C’est bon, coach, j’essayerai de faire attention la prochaine fois. - Laniste : T’as plutôt intérêt !
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