Skip to main content

Melokaan #2 - A creative approach on Dakar

Page 1

Vol.2

Avril 2017

ME LOK AAN #2 Topographie de la ville une approche crĂŠative de Dakar


TEXTE // OUMAR SALL PHOTO // SANDY HAESSNER

La ville a de longues jambes À JOE OUAKAM Dakar, avec ses longues jambes en paille, faites de ruralité et d’urbanité inachevée, porte les germes de sa propre lenteur. Ici, tout est astuce : négociation avec le réel, enjambement des impossibles et évitement des règles. Cocktail d’infaisables dont aucune logique n’arrive à expliquer la survie. Ici, tout tient et se retient. Les excès sont utiles pour que la représentation porte un sens. La part d’humanité déteint alors sur tous les citadins, autochtones et afropolitains. Tous, amants de Dakar.

Ici et ailleurs. Là-bas et nulle part. Dakar est dans les dehors et les dedans. Parée de toutes ses couleurs-monde pour lisser sa coquetterie urbaine, la ville se voit quotidiennement sortie de son rêve par ce chaos si attachant qui la hante et entretient l’ornement de ses traces. Ceci est le rurbain, Rude baignade bientôt irréelle d’une cité ordinairement agressée par l’absurde gigantisme d’une modernité que rien ne justifie. Si ce n’est un entrelacement touffu de laideur. Le dernier village. 3


RUR BAN ISA TION 4


TEXTE // OUMAR SALL PHOTOS // ANDREWS:DEGEN

Ces villages dans la ville Par une imbrication lente et permanente, des arts d‘être et de faire, partis de l‘hinterland, se sont ossifiés dans l‘espace dit urbain pour en dé-structurer les codes et parfois même les transfigurer ; engendrant une ville rurbaine. Aussi, du fait d‘une approche très sélective, par la modernité, des caractéristiques du citoyen « assimilé » et de ce qui doit être son espace de vie, tout « corps étranger » est rapidement identifié et pointé. Régulière dualité aux origines économiques que des projets sociaux et politiques de modernisation n‘ont pu

absorber. Entre une zone rurale productrice, notamment d‘arachide mais manquant de tout et une ville urbaine d‘acheminement à l‘export, prototype de la modernité et du confort, l‘ici et l‘ailleurs s‘imbriquent et génèrent une esthétique bâtarde. La rurbanisation est une esthétique irréversible avec laquelle toute politique autour de l‘aménagement doit s‘intégrer, aux risques de générer tensions sociales et ostracisme. Ce visage gênant du rural envahissant quotidiennement la ville est continuellement interrogé.

5


CES MARQUES DE LA RURALITÉ Aujourd‘hui encore, les quartiers traditionnels dakarois sont appelés « village » par les autochtones : « village de Ngor », « village de Ouakam », « village de Yoff ». Une sémiotique de résistance face au rouleau compresseur colonial voulant dégommer leurs rites, coutumes et chefs. Ces villages de pêcheurs ont une particularité architecturale : la précarité de l‘habitat. La terre ferme n‘est qu‘un espace d‘un minimum social dans un régime patriarcat fort. L‘essentiel de la vie se passant en mer, l‘habitat flottant qu‘est la pirogue a plus d‘égards. Les constructions de type « baraques », faites de planches de récupération, de tôles et d‘autres matériaux estampillés « fragiles », résistent encore à la furie de la modernité que symbolisent le bêton et le verre. Ces villages sont tous à Dakar, dernière des communes à faire partie des « Quatre Vieilles », ou « Quatre communes », après Saint-Louis, Gorée et Rufisque. La personnalité de la forte autorité coloniale, jusqu‘à la fin des années 60, « protégeait » Dakar, devenue Capitale. La grande sécheresse des années 70 marquera le début des grandes vagues de migration du rural vers l‘urbain. Si certains venaient retrouver un parent proche ou lointain, d‘autres, dans leur projet original, y venaient juste en transit pour rallier l‘Europe ou d‘autres pays d‘Afrique, notamment centrale. Beaucoup de « transitaires » finiront par se sédentariser. A côté de cette migration interne, les grands chantiers de bâtiments et travaux publics attirèrent communautés Cap-Verdiennes et Bissau-guinéennes qui marquèrent leur espace à la Sicap Baobab, Cité Capverdienne, etc.

6


Ailleurs dans la capitale, des héritages communautaires (ethniques) se prolongèrent aussi : làmbb1 tukuloor, làmbb sèrère, làmbb joola, jakka2 tukuloor, garage Casamance, garage Fouta, marché Casamance, Pakk3 Lambaay, etc. Il se raconte d‘ailleurs que la forte présence de communautés du Sud dans la zone de Grand-Yoff et fulfulbe à Pikine, Guédiawaye ou Wakhinaane serait le fait d‘un régime socialiste qui, craignant une percée de l‘opposition, procéda simplement à une « importation massive » de familles à qui on affecta des habitations dans des zones officiellement inhabitables. Ce n‘est pas étonnant que ces communes soient les plus victimes des inondations. Les installations communautaires favorisèrent ainsi le prolongement de pratiques culturelles et cultuelles dans un nouvel espace en partage avec d‘autres communautés. 1 arène

de lutte

2 mosquée 3 brocante

7


MANGER ET RESTER HUMAIN // Demba Guèye

Manger et rester

Humain 8


Les dakarois ne mangent pratiquement plus chez eux. Les « gargottes » prennent place un peu partout dans les coins animés, toujours remplies de monde. Ces lieux de restauration sont appelés « tangana », « kundung-kadang », « haoussa », « forox caaya », etc. et accueillent commerçants, marchands ambulants, étudiants, chauffeurs, bureaucrates, etc. Ces espaces sont aussi des lieux de rencontres, de partages, de discussions, d’humanité tout court.

9


MANGER ET RESTER HUMAIN // Demba Guèye

Amy Sèye, vendeuse de déjeuner au marché Kermel, 40 ans d’activité, nous dit qu’elle accueille dans sa gargotte toutes les couches de la société sénégalaise et des liens s’y tissent. « J’avoue que je n’ai pas un grand restaurant, mais les relations sociales qui se tissent ici sont d’une valeur inégalable » nous a aussi dit Mère Penda, gérante d’une gargotte à la Sicap Liberté.

10

10


11


JAAYKATU GERTE CAAF // Mohamed Dione

Jaaykatu gerte caaf Occupant directement ou indirectement 4 millions de sénégalais, L’arachide a profondément marqué la société sénégalaise. Cela peut-être illustré par l’augmentation exponentielle des vendeuses d’arachide dans notre capitale, Dakar. En effet, la forte présence des femmes dans cette activité nous témoigne de son impact dans notre ville.

12


« Gertè ndimbël jaboòt la » Mariama Balde

13


JAAYKATU GERTE CAAF // Mohamed Dione

« Gertè deh, mooy Sénégal » Saly Ndiaye

14


15


JAAY NDOX CI NDAKAARU // Trinité Kainen

Jaay ndox ci Ndakaaru

16


L’accès à l’eau à Dakar montre une disparité dans sa répartition aussi bien spatiale que socio-culturelle. La capitale connait une forte agglomération, avec une demande en eau de plus en plus croissante. La population, elle, peine à faire face aux pénuries fréquentes. Laquelle situation dessine un nouveau paysage urbain. En effet, au fur et à mesure qu’on s’éloigne du centre urbain, les réservoirs de type moderne cèdent la place à des moyens rudimentaires de stockage : « bidons 10 litres », bassines, sceaux, fûts, bols pour conserver une eau difficilement obtenue.

Dans certains quartiers, elle coule si tardivement du robinet qu’elle entraine des veillées nocturnes et favorise l’apparition de nouveaux livreurs. Comment imaginer une vie sans eau ? Si péniblement acquise, cette eau mérite une utilisation rationnelle.

17


JAAY NDOX CI NDAKAARU // Trinité Kainen

Consommation et paiement mensuel de l’eau

BANLIEU

6

=

F CFA 30.000 15

VILLE = 1.000 Litres

18

=

F CFA 10.000


19


TEXTE // OUMAR SALL PHOTOS // SANDY HAESSNER

Pulse of the city Venues parfois de très loin, des minorités ont fini par prendre racine en Capitale. Les liens avec les espaces d‘origines s‘effritèrent au fil du temps. Il fallut les reconstruire, dans des contextes différents, un voisinage différent, un rythme différent et, peut-être même, en une langue nouvelle. Une « langue ville ». Cette mobilité, mère des métissages, de superpositions et des oppositions de us et coutumes venus de l‘hinterland, fonde les cultures en milieu urbain. Ici, rien n‘est figé. Tout est métissage, doux ou violent. Les coutumes ne peuvent plus se permettre le luxe d‘être radicales. L‘habillement, le parler, la cuisine, tout passe au filtre du commun pour n‘en garder que la nostalgie et, parfois, le nom.

20

Partout, cependant, la bataille de conquête d‘espaces physiques et psychiques continue pour imposer un pouvoir du nombre et de la force sonore. Entre « dahira » (association religieuse), regroupement ethnique décliné sous l‘appellation « les ressortissants de… » et écurie de lutte, la conquête d‘espaces est constante ; subtile mais très structurée. ENTRE LA MISE ET L‘IMAGE Les identités visuelles sont importantes dans ces stratégies d‘occupation. Les signes distinctifs, religieux notamment, sont goulûment exhibés comme preuves d‘appartenance. Dans les « cars rapides », « Ndiaga Ndiaye4» et bus Tata5 , les photos de religieux renseignent sur la confrérie du propriétaire ; la musique aussi. Autre élément de l‘identité rurale, la mise. Bonnet, style de boubou et autres parures sont de forts indicateurs sur les localités d‘origine.


CUL TUR ES URB AIN ES

21


L‘ALCHIMIE PAR LES ARTS A des degrés très avancés, les pratiques artistiques (hip hop, danse, musique moderne) fédèrent et greffent des sens multiples auxquels le temps a ôté tout isolement. Tout s‘affecte et s‘influence, représentant cette racine rhizome : Le Goumbé lébou de Yoff se dansant sous la baguette des batteurs sérère, le Yela fulfulbe au rythme du sabar walaf et des migrants du Waalo auteurs de rythmes du Sud. Pour couronner le tout, le hip hop est venu, chez la frange la plus jeune de la population, condenser tous les « multiples » (foi, habillement, rythme et danse) dans une dynamique appelée « mouvement ». Le chapelet, par moment point d‘attache entre le talibé (disciple), le lutteur et le chanteur, parait comme dénominateur commun d‘un ailleurs envahissant un « ici » qui a cessé d‘être depuis bien des aubes. Tous les signes d‘origine de cette dualité rural Vs urbain muent alors vers une identité nouvelle, parée du sceau de « l‘assimilé » des « 4 Communes », libérée du statut « d‘asservi » (appelé « seer » dans le langage populaire) des indigènes avant la loi Lamine Coura Guèye6 de 1946. Une modernité aux apparences minorées cependant. Parce qu‘ici, les indications pour trouver son chemin sont, en beaucoup d‘endroits, non pas un nom de rue, mais la mosquée (Jakka tukulor), un arrêt du nom d‘une star de la musique (Arrêt Dial Mbaye à Guédiawaye) ou « les lingères sérère de la Médina ». Toujours dans ces stratégies de conquêtes et de symboles fédérant les communautés d‘origine, la pratique de la lutte s‘impose, par sa popularité, comme un bon moyen, avec des lutteurs attachant leur nom d‘écurie à la localité de leur père et mère : « écurie Baol », « écurie Waalo » ou au nom du quartier qui a accueilli les migrants de parents : « écurie Ndakaru », « écurie Lamsaar », « écurie Grand Yoff », « écurie Pikine », etc., cristallisant des milliers de familles d‘origine diverses mais que l‘adresse d‘une localité a fini par unir. 22


4 cars

de transport en commun de couleur blanche. ils sont baptisés du nom de l’entrepreneur propriétaire de transport en commun introduit pour remplacer progressivement les «cars rapides» et les «ndiaga ndiaye» 6 homme politique sénégalais, chef du Parti sénégalais d’action socialiste. Sur sa proposition, le 7 mai 1946, une loi accorda la citoyenneté française à tous les ressortissants des territoires français d’outre-mer fut votée. 5 bus

23


ALIBETA : LE TROUBADOUR AFROPOLITAIN // Saliou Waa Guendoum Sarr

Alibeta : Le troubadour afropolitain 24


C’est l’histoire d’un poète nomade qui arpente les voies de l’oralité et des rythmes cosmopolites. Griot des temps modernes, il quitte son île au-delà des océans pour rejoindre Dakar : Carrefour du Monde, Porte de L’Afrique subsaharienne. Dans ses bagages, il emporte avec lui sa musique , ses mots et son Art de Vivre ! Soumbédioune l’accueille avec les eaux usées de son canal 4, cette rivière de déchets qui se déverse dans l’océan Atlantique, nez à nez avec son célèbre marché aux poissons qui alimente notre « Tiébou dieune » national … Comme cette société qui jette ses enfants dans les vagues de l’immigration clandestine à la recherche de Saaraba ; le lointain et pourtant très proche !

25


ALIBETA : LE TROUBADOUR AFROPOLITAIN // Saliou Waa Guendoum Sarr

Venu retrouver ses pairs, il découvre avec eux une ville aux milles odeurs et couleurs, du linge étalé dans les rues, des graffitis sur les murs des maisons. Le quartier de la Medina lui donne le tempo d’une ville en pleine effervescence politique et sociale, mais surtout multiculturelle … Peulh, Wolof, Mandingue ou encore Cap Verdiens, tisssent le lien social grâce au cousinage à plaisanterie qui sert de régulateur social . Pas à pas, ils jouent et chantent aux mélodies du « riti » traversant le marché du mercredi là où le dakarois lambda vient faire ses achats : chausssures , chausettes, draps, habits … Pas loin du supermarché Casino qui offre une plus grande gamme de produits : Consommation Oblige ! Après une longue marche à distiller joie et bonne humeur, à faire danser les écoliers qui rentrent d’une longue journée, cette troupe de troubadours se décide à prendre le Car Rapide où « Cerceuil Ambulant », véritable laboratoire social pour celui qui veut tâter le poul du peuple …

26

NDAKAARU NJAAY ! « Reewum Taax » ou encore la ville des Bâtiments ! Sa beauté réside dans ses innombrables contradictions du quotidien ; mais surtout dans la diversité de ses habitants venus de partout : Gambiens, Djiboutiens, Belges ou Allemands ; tous décidés à saisir leur chance pour vivre et devenir … InshAllah !!! Car, en réalité, cette ville est le reflet de ce que nous sommes. Il incombe donc à chacun de nous d’en faire un espace propice à un meilleur vivre ensemble ! Le voyage continue …


27


VILLE MYSTIQUE // Amadou Mbaye Gueye

Ville Mystique

28


29


VILLE MYSTIQUE // Amadou Mbaye Gueye

30


Dakar, ville mystique où la plupart des habitants ont recours aux marabouts mais rares sont ceux qui savent la signification des amulettes qu’ils portent ou qu’ils voient chez le marabout.

31


VILLE MYSTIQUE // Amadou Mbaye Gueye

32


33


MO BILI TE TEXTE // OUMAR SALL PHOTOS // SANDY HAESSNER & ANDREWS:DEGEN

Code de la route « nandité » 34


Sembène Ousmane, avec son tout premier film « Borom sareet » réalisé en 1963, posait remarquablement « l‘esprit » de ruralité du transport en commun à Dakar. Entre un citoyen qui espère gagner sa vie en investissant dans l‘achat d‘une charrette et d‘un cheval et une population qui croit, comme au village, qu‘une charrette ne peut être payante, la ville est ainsi témoin de ce „choc“ des pratiques. Le transport en commun d‘aujourd‘hui, par l‘accessibilité de ses tarifs, peut être présenté comme un prolongement de cet esprit « solidaire ». Il peut arriver, de nos jours, qu‘on y voyage sans payer, dans les « cars rapides » notamment. Comme le pêcheur avec sa pirogue, le charretier passe la majorité de son temps avec son outil de travail qui détermine un statut professionnel et social. Il l‘embellit au mieux. C‘est cet héritage là que le transport populaire a entretenu avec les « Cars rapides »,

« Ndiaga Ndiaye » et, plus récemment, les taxis et « Tata ». Entre le visuel d‘un lion pour montrer un statut de leader à celui de l‘aigle comme preuve de rapidité, le « baay fall » ou les minarets pour exposer sa confrérie, ces moyens de transport sont de véritables galeries mobiles. Le car est aussi un investissement à assurer. Aussi, la queue de vache, la chaussure gauche d‘enfant ou le morceau de miroir y sont présents pour préserver du mauvais œil et des ennuies mécaniques. Plus tard, les portraits de religieux et autres stars, de divers sports (lutte et football notamment), meublèrent les intérieurs. Des écriteaux citoyens ou de propagande s‘affichent aussi à l‘arrière des moyens de transports ; qui pour remercier ses parents, son guide religieux, qui pour sensibiliser sur les méfaits de l‘excès de vitesse, la jalousie ou l‘hypocrisie.

35


LE CAR RAPIDE : À L‘AVANT-GARDE DE LA LIBERTÉ D‘EXPRESSION Si aujourd‘hui les écouteurs sont bien vissés dans les oreilles, calés sur les bandes FM ou les MP3, il n‘en a pas toujours été ainsi. Le Car rapide a été le lieu du débat citoyen, de la contestation, de la liberté d‘expression. Ici, bien avant les émissions « wax sa xalaat7 » qui pullulent sur les bandes FM, la politique, le social, le religieux ou les faits divers étaient passés en revue par les passagers entre deux arrêts. VICTIMES DE LA MODERNITÉ ET DES MESURES POLITIQUES Ce qui est appelé « politique de modernité du transport public » peut se résumer, d‘une part, par la disparition programmée du « car rapide » et du « ndiaga ndiaye » et, d‘autre part, par le renforcement du parc de la société étatique « Dakar Dem Dikk » et l‘ouverture d‘une ligne de crédit aux privés pour le remplacement des cars de la marque française « Saviem » par un type de locomotion nouveau, fruit de la coopération avec l‘Inde, le « Tata ». Le réseau de transport ne se résumant plus à Yoff et environs (RTYE) comme inscrit au début du transport interurbain (aujourd‘hui encore le sigle survit), l‘infrastructure routière s‘étendra à la banlieue avec notamment un réseau modernisé dont la nouvelle autoroute est le symbole le plus abouti.

36


Il apparait donc clairement qu‘entre les charrettes et piétons, appelés « P2 », en référence à la signalétique des bus de la défunte Sotrac (Société de Transport en Commun) et la locomotion la plus moderne symbolisée par la « 4X4 », en passant par le PTB (Petit Train de la Banlieue), le processus de dispersion des citadins aux quatre coins de la ville est complet. Dakar, où, de partout, viennent s‘installer des hommes et femmes, certains fuyant la précarité rurale et d‘autres mus par l‘aspiration à une vie paisible, est le lieu de formation de toutes les diasporas locales ; donc le visage de toutes les hybridités urbaines. Il ne faut pas, comme le dit si bien l‘expression populaire « que le train nous laisse à la gare ».

7 émissions

interactives populaires sur les bandes FM durant lesquelles la population appelle pour donner son avis sur les affaires de la Cité

37


YEETE // Mbar Diop

38


Yeete

Tout ce qui est beau attire et tout ce qui atire véhicule facilement des messages. Avec divers moyens de transport (« Car rapide », bus, charretes, motos, vélos, « Pouss Pouss » etc.), Dakar est une ville en rythmes. Avec « YEETE », il s’est agit d’utiliser des images de ces moyens de transport, incrustées d’art graffiti et de messages. « YEETE » informe, instruit, éduque et communique, afin de stimuler des changements positifs auprès de la population.

39


TAXI STORIES // Ousmane Barry

Taxi stories

40


41


TEXTE // OUMAR SALL PHOTOS // ABDOURAHMANE SÉNE

Accumulation, An-Art-Chic Dans les espaces urbains africains, la modernité semble être perçue, à tort, comme le signe visible du développement. Aussi, la reconfiguration du visage de nos villes, faites désormais de fer, de verre et de béton, souscrit au « chaos urbain » parce que contrastant, à quelques encablures, avec des baraques et taudis qui semblent les narguer. Le lébou, comme tous les peuples à fortes croyances initiatiques, construit sa vie autour de sa baraque précaire, la mer et le bois sacré (tuur). A son arrivée, le pouvoir colonial, avec l’Etat moderne, a cherché à déconstruire le mode territorial traditionnel et la sacralité du lien entre ces différents éléments. Un mépris colonial aujourd’hui encore responsable, pour beaucoup, du contraste qu’on peut constater dans la capitale. Du fait de son peu d’attachement à la terre ferme, l’habitat lébou ne répond à aucune esthétique architecturale particulière. Aussi, le souci, par l’Etat moderne, de tracer, d’ordonner afin de rendre « fluide » toute circulation se voit opposer labyrinthes et obturations, symboles du contournement et de l’enjambement. Les populations autochtones ne voulant pas s’éloigner des espaces sacrés ni les profaner. Face à cette résistance qui perdure, notamment dans les « villages traditionnels » de Yoff, Ouakam et Ngor, le quartier du Plateau est offert comme un exemple

42


ESP ACE URB AIN 43


abouti d’un espace urbain moderne. Ce modèle est repris plus tard dans les zones dites « Cités » et promues par l’administration à travers notamment la Société Immobilière du Cap-Vert (Sicap) et la Société Nationale des Habitations à Loyers Modérés (Sn-hlm) avec les « Liberté 1 » à « Liberté 6 ». Les nouveaux quartiers sont aussi astreints à cette règle de l’ordre et de la mesure. Cependant, chassés du Plateau, des autochtones ont « résisté » en posant leurs baluchons juste à quelques encablures du Palais du Gouverneur : Médina, ancien village bien avant la colonisation et plus proche de Gorée, Fass, Gueule Tapée, comme un pied de nez à l’autorité coloniale qui se souciait de compromis sociaux et gérait les résistances. A cette population, est venue s’ajouter celle issue des territoires nouvellement « assimilés ». Dakar, petite presqu’île, s’étendant, atteignit sa capacité d’accueil et ouvrit son ventre mou jadis lie des eaux : Waqqi Naan, Yeumbël, Guédiawaye, Pikine. Le concept de « faxx dëkk » (balayer et s’intaller) fut ironiquement inventé. Pour beaucoup, ce fut une simple transposition du vivre villageois avec notamment ces enclos aménagés dans les maisons déjà étroites pour élever moutons et poules. La rue devint un prolongement de ces habitations incapables d’accueillir toutes les activités. Une amplification du chaos. Occupé à d’autres priorités, l’Etat laissa faire. L’autorité locale, incompétente ou corrompue, ferma les yeux sur ce désordre qui grandit jusqu’à devenir hors de contrôle. Les conséquences inhérentes sont environnementales : promiscuité, insalubrité, absence d’infrastructures de base, etc. L’usage abusif du plastique par exemple, en l’absence de toute politique de recyclage, est une catastrophe écologique qui se vit dans une grande indifférence. 44


Quand, plus tard, l’Etat voulut étendre son réseau routier, les conséquences furent simplement dramatiques : isolement de quartiers entiers avec des infrastructures comme « la route de l’aéroport », le « Pont Sénégal 92 » devenu « Pont de l’Emergence » qui isolèrent des quartiers comme les Parcelles Assainies. Les murs de l’autoroute à péage et celui des chemins de fer font, eux, de Guinaw Rail une prison à ciel ouvert. Le concept de « banlieue » étant devenue une réalité administrative (avec des ministères dédiés notamment), le centre ville, avec sa population de nouveaux riches et d’expatriés travaillant généralement pour les multinationales, se « protège » de plus en plus et manœuvre pour se tenir loin de la réalité de la banlieue. Des hôtels de luxe et autres résidences privées sont de plus en plus érigés sur le littoral, cachant la magnifique vue de l’Atlantique aux citoyens lambda. L’Etat levant à peine le petit doigt, s’il n’est pas simplement complice de ce bradage.

45


NOTRE PLAGE // Omar Diouf

Notre plage

46


L’accés libre à la plage et la vue de la bordure de la mer doivent être un droit pour tous. Dakar est une presqu’île ; d’ou son nom « Presqu’île du Cap Vert ». Paradoxalement, la bordure de la mer et la plage échappent de plus en plus aux populations, au profit de particuliers, pour des intérêts personnels. Cela doit cesser. Pour la durabilité et les générations futures, nous nous devons de les conserver écologiquement. Est-ce que les génies protecteurs de Dakar sont d’accord avec nos comportements égoïstes et irresponsables envers la plage et la bordure de la mer?

47


NOTRE PLAGE // Omar Diouf

48


Une grande partie de l’intérieur de la mer fait partie intégrante du territoire national. Elle doit donc être utilisée par de multiples projets d’utilité nationale et écologique.

49


LA CORRUPTION DANS MA VILLE // Abdourahmane Séne

La corruption dans ma ville 50


www.youtube.com/watch?v=xJ-UOpOgA5A

51


LA CORRUPTION DANS MA VILLE // Abdourahmane Séne

52

1.

2.

3.

4.

5.

6.

7.

8.

9.

10.


A Dakar, l’argent est roi. Vous-avez un problème à régler ? Et vous avez de l’argent ? Alors la solution est trouvée = corrompre. L’émergence est-elle possible avec ces mauvaises pratiques ? Il y’a deux types de corruption. 1. Lorsque le peuple use de la corruption 2. Lorsque le peuple est corrompu par de mauvaises lois

53


AFR OPO LITAI NE 54


TEXTE // OUMAR SALL PHOTOS // SANDY HAESSNER & ABDOURAHMANE SÉNE

Sénégal dey dem Vingt ans après la création officielle de Dakar en 1857, la ville comptait 1600 habitants. Nous sommes en 1878. Cette population passa vertigineusement à 25.000 habitants, trois décennie plus tard, en 1909. Près d’un siècle après, cette population a simplement été multipliée par… 1000 ! passant à 2.500.000 ! Une des plus forte croissance de population jamais connue au monde. En réalité, administrativement, Dakar est un prolongement de Gorée qui ne contenait plus son développement économique. « Le développement commercial rendant l’île de Gorée trop exiguë, un premier industriel, Jaubert (exportateur d’arachides), installa, peu avant 1846, son entreprise dans la presqu’île du Cap Vert (non loin de l’actuelle place de l’Indépendance, autrefois place Protet) ».8 Des village lébous étaient cependant là depuis des milliers d’années. « La découverte d’un chantier naval préhistorique au Cap Manuel, à Dakar, qui date de 1000 ans avant JC,

confirme une pratique de la navigation séculaire en Sénégambie. Un nombre important d’outils servant à fabriquer des embarcations en bois ont été retrouvés. Les fouilles ont également permis la découverte d’ossements de poissons qui ne se pêchent qu’à des fonds marins importants, indiquant ainsi une pratique de la navigation en haute mer9 ». Avec ses près de 4 millions d’occupants sur une petite superficie de 547 m², Dakar pense déjà son futur avec les « pôles urbains » dont le premier, de Diamniadio, est entré dans une phase avancée de mise en œuvre. Des infrastructures d’envergure comme le nouvel aéroport « Blaise Diagne » ou l’autoroute « Ila Touba » s’inscrivent dans cette politique de désengorgement, étendant de plus en plus ses tentacules vers le Cayor (région de Thiès). Cet allongement de la ville permet aussi l’accueil, déjà problématique, de nouveaux arrivants dans des faubourgs manquant

8 Source 9 Cyr

: Direction du Patrimoine Descamps, préhistorien

55


presque de tout. Dans ces quartiers surpeuplés, où l’urbanisation n’obéit souvent à aucune règle, engendrant des risques sanitaires élevés (pollution, décharges de déchets, inondations, etc.), le futur entrevoit déjà ses habits de détresse. GUÉDIAWAYE ET PIKINE, SES PREMIÈRES MAMELLES DE DAKAR Erigé en commune en 1990, Guédiawaye a toutefois vu ses premiers arrivants dès 1883 avec la communauté religieuse des « Layènes », majoritairement lébous. Des déguerpis du Plateau pour la construction du grand hôpital militaire en 1884 ? En 1952, la zone de dégagement de Pikine est créée pour bloquer l’urbanisation à l’Ouest de Dakar. Le Plateau voulait déjà s’isoler de la vague rurale qui amplifiait, notamment avec les opportunités économiques dès après les indépendances, mais surtout lors de la grande sécheresse des années 70. En 1960, on assistait déjà au développement spontané de Médina Gounass, une des communes d’arrondissement de Guédiawaye. En 1967, les « déguerpis » des quartiers centraux de Dakar sont recasés à la ville nommée « premier Guédiawaye ». Le projet de faire « plusieurs Guédiawaye », à l’image des quartiers « Liberté », était donc clair ! LA GRANDE BANLIEUE, UNE CATASTROPHE ÉCOLOGIQUE QUI GUETTE Avec une longueur de 7 km, la façade maritime de la ville de Guédiawaye abrite un périmètre de reboisement composé de filaos et de dunes défigurées par les activités de l’Homme. Mais, le littoral subit des agressions humaines qui risquent de bouleverser la vie à Guédiawaye dans un avenir proche. L’extraction du sable marin, les dépôts d’ordures, la coupe de bois, le déclassement de plusieurs hectares pour la construction de cimetières et des cités, annoncent

56


des lendemains chaotiques dans cette partie de la banlieue. De 120 hectares, cette forêt est aujourd’hui réduite à moins de 90 hectares et menacées de disparition si rien n’est fait. Le chercheur Abdou Khadir Diop, dans son mémoire de DEA (diplôme d’études approfondies) sur « La problématique de l’assainissement dans le département de Pikine », sonnait déjà l’alerte en 2010. « Pikine, avec son million Cent soixante onze mille habitant et ses 16 communes, est une des doyennes des banlieues. Elle est le condensé de tout ce qu’une ville ne doit pas être : urbanisation sauvage, surpopulation, manque d’assainissement et pauvreté galopante. Créée en avril 1952, Pikine est une agglomération périphérique située au centre de la région de Dakar dont l’histoire se confond à celle de la restructuration de Dakar dans le cadre de projets d’aménagement urbain avec la création de banlieues peuplées de déguerpis des quartiers centraux et de migrants ruraux à la recherche d’un emploi ». QUE FONT NOS ARCHITECTES ET URBANISTES ? Très souvent écartés de tous les grands chantiers de modernisation, les architectes sénégalais s’étaient à nouveau plaints au lendemain de la pose de la première pierre de la « Cité de l’Emergence » en 2014. Le gouvernement du Sénégal vient de procéder à la pose de la première pierre de la « Cité de l’Emergence » ce mardi 23 septembre 2014, sans l’implication de l’Ordre des Architectes du Sénégal. Le conseil de l’Ordre constate malheureusement que plusieurs projets d’envergure sont en train d’être montés sans la participation des architectes sénégalais ; et ce, en violation des textes qui régissent la profession d’architecte au Sénégal » avait alors dit le Président de l’Ordre des architectes du Sénégal, Fodé Diop, pour dénoncer ce fait.

57


ET SI C’ÉTAIT COMME ÇA ? // Boubacar Mendy

Et si c’était comme ça? 58


Le Canal de la Gueule Tapée, communément appelé (canal IV), est une grande équation écologique. Et si… • Nous en faisions un support visuel pour graffiti ? • Nous l’aménagions en un espace de (la promenade des dakarois) ? • Nous en faisions une promenade maritime pendant la période de l’hivernage avec la montée des eaux ?

59


PROJET D’ILES D’ENERGIE MARINE // Mbacké Niang

Projet d’îles d’énergie marine sur plateforme modulaire flottante

60


Les contraintes de l’érosion côtière et des inondations pourraient se transformer en avantage par l’exploitation judicieuse des énergies de la mer pour alimenter les villes du littoral de l’Afrique de l’Ouest. Les architectes-Inventeurs Dominic Michaelis et Alex Michaelis de la société « Energy Island Limited », ont eu l’idée de concevoir une structure flottante, destinée à intercepter et convertir les énergies renouvelables marines accessibles en mer qui pourraient être transmises par câble à terre, ou pour être transformées par hydrolyse en oxygène et hydrogène. L’ETM permet, sur une de ses variantes, de produire d’importantes quantités d’eau dessalée, transportable à terre par pipeline ou par tankers qui peuvent rejoindre des pays distants loin des zones d’implantation des îles d’énergies marines.

61


STRATEGIE D’AMENAGEMENT DE LA ZONE CONTINENTALE // Mbacké Niang

Stratégie d’aménagement de la zone continentale

62


En effet, donner à la Ville de Dakar un nouveau visage, à travers l’habitat traditionnel, l’habitat colonial et l’habitat moderne, exige une stratégie qui s’articule autour des trois axes majeurs d’intervention suivants : Le Recentrage Structurel de la Ville de Dakar, la morphologie générale de la Ville de Dakar, on y entre et on en sort par quatre portes, devra être repensée afin de créer un nouveau centre de gravité, avec des centres satellites pour l’émergence d’un polycentrisme urbain. Cette approche aura le mérite de valoriser toutes les 19 communes d’arrondissement que compte la Ville. Le Redéploiement Territorial de la Ville de Dakar, la restauration de l’espace public sera primordiale sur toute la hiérarchie des lieux de vie au niveau : des maisons (la cour), des ilots-concessions (le patio), de cités et des quartiers (le grand place ou l’arbre à palabre), des arrondissements et la ville (la place publique). En luttant contre l’étalement urbain, les constructions en hauteur devront garantir le confort des populations par la mise en œuvre des concepts d’habitat bioclimatique, d’efficacité

énergétique et thermique des bâtiments, et des énergies renouvelables intégrées aux bâtis. Ainsi, la contrainte de l’érosion côtière pourra se transformer en avantage par l’exploitation judicieuse des énergies de la mer (houle-vagues, courants marins) du littoral atlantique afin d’équilibrer l’offre et la demande d’électricité à Dakar. La Redistribution des Ressources de la Ville de Dakar, la nouvelle structure urbaine de la Ville de Dakar, riche de ses nouveaux pôles, sera les réceptacles des activités mixtes (travail, habitation et loisir), et créera de nouvelles opportunités d’investissement en favorisant une répartition équilibrée des citoyens dakarois dans la nouvelle cité.

63


Cette publication est le résultat d’un atelier dirigé par andrews:degen, un studio de conception graphique basé à Amsterdam en coopération avec Green Eyez Design de Dakar. Pendant une semaine, de jeunes créateurs de Dakar ont eu l’occasion de redécouvrir leur ville sous de nouveaux angles. Dakar, capitale et ville la plus importante du Sénégal, se trouve à la péninsule du Cap-Vert au bord du l’Atlantique et est le point qui est situé le plus à l’ouest du continent africain. Dakar revêt une grande importance au niveau de la vie sociale, culturelle, académique, économique et artistique de toute l’Afrique, de l’Ouest particulièrement. L’agglomération de Dakar compte environ 2,45 millions d’habitants. Les sujets des créateurs sont basés sur des urgences sociales, des histoires personnelles ou encore sur la communication visuelle dans la ville. Les créateurs ont développé leurs propres idées, leurs documentations, des interventions, des campagnes et aussi des déclarations visuelles poétiques. Ils ont pu également se faire une idée de ce qu’est le « Design Thinking », la méthode de rechercher, explorer, développer et proposer des solutions pour une agglomération à fort peuplement comme Dakar. Ce projet a pu être réalisé grâce au soutien de Goethe-Institut Sénégal. Pour tous les résultats visitez : www.mappingthecity.com


Turn static files into dynamic content formats.

Create a flipbook
Melokaan #2 - A creative approach on Dakar by andrews & degen - Issuu