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LEEDS : au rythme du trottoir (Tome 2)

Page 1

LEEDS

au rythme du trottoir TOME 2 -

AliĂŠnor MUSCAT - Lucie PERRIER Architecture, villes, ressources


Source couverture : Prostituée à Leeds, www.istockphotos.com


Avant-propos

p.2

Lexique et acronymes

p.3

Introduction : Au retour de l’Inner city

p.5

1.La marche en difficulté

p.11

∙ Holbeck et son viaduc

p.12

∙ Les conditions de travail des TDS : lois et politiques publiques

p.22

∙ Prostitution de rue dans la zone dépénalisée

p.26 `

2.Marcheurs & Marcheuses ∙ Ceux qui foulent le sol de Holbeck

p.35

I. TDS II. West Indian Carnival III. Queen’s of industry IV. Les riverains

p.33 p.36 p.38 p.42 p.44

∙ Les acteurs du programme

p.46

∙ Comment faire pour tous ?

p.47 p.47 p.54 p.54

I. Calendrier programmatique II. Domesticité de l’espace public III. Maîtriser pour mieux s’oublier

3. Un programme pour des prostituéEs ?

p.59

∙ Représentations

p.60

∙ Revendications

p.62

∙ Une architecture au service de l’émancipation

p.65

Conclusion : Note pour l’engagement

p.72

Bibliographie

p.75

SOMMAIRE ∙1


Avant-propos Ce texte s’inscrit dans le prolongement du tome 1 : entre continuité et rupture, il traduit les réflexions et recherches qui nous sont apparues suite à un séjour de 10 jours dans la ville de Leeds.

2∙

Logées dans le quartier étudiant de Hyde Park, ce quartier a été le point de départ de nos rencontres et de notre arpentage. Comme les recherches du premier tome le laisser présager, l’université représente un des leviers que la ville met en avant pour sa renommée. Situées géographiquement dans le bandeau lent de l’inner city, nous avons dans un premier temps suivi les étudiants — majoritairement piétons — dans leur quartier. Un territoire qui se limite aux alentours proches du campus et qui s’élargit en fin de semaine pour atteindre les pubs du centre-ville. Nous avons alors continué cette marche en traversant le centre-ville jusqu’à la partie sud de l’inner city où la marche est plus difficile. C’est ici que se sont révélées les disparités d’investissement de la ville entre différents wards. C’est aussi en se retirant du territoire étudiant que des problématiques plus tacites nous sont apparues. Ces dernières sont porteuses de réflexion et permettent de nouvelles perspectives quant au traitement de l’espace. Le thème de ce tome renvoie à cette expérience et portera sur la prostitution de rue. Choisir de placer la prostitution comme l’activité substantielle d’un quartier est un choix réfléchi. Il ne s’agit pas d’accabler un lieu mais de trouver une porte d’entrée à une analyse territoriale, urbaine et locale. Le thème permet aussi de soulever de nouvelles problématiques et interrogations lors de la conception d’un projet architectural.


Lexique et acronymes Des termes renvoyant à la prostitution de rue ponctueront ce texte et, il nous semble indispensable d’expliquer en amont ce vocabulaire, son orthographe et ses acronymes. TDS n.f/m acronyme pour TravailleurSEs du Sexe STRASS n.m acronyme pour Syndicat du TRAvail Sexuel (Organisme Français créé en 2009 par des travailleurSEs du sexe. Le STRASS représente touTEs les travailleurSEs du sexe, quels que soient leur genre ou le type de travail sexuel concerné. Nous sommes des prostituéEs [de rue ou indoor], des acteurTRICEs porno, des masseurSEs érotiques, des dominatrices professionnelles, des opérateurTRICEs de téléphone/webcam rose, des strip-teaseurSEs, des modèles érotiques, des accompagnantEs sexuelLEs, etc.) «Nous revendiquons l’application du droit commun à touTEs les travailleurSEs du sexe. A ce jour, la législation française est particulièrement discriminatoire à l’égard des travailleurSEs sexuelLEs que sont les prostituéEs (de rue ou indoor), en conséquence de la politique prohibitionniste menée par la France.»

ECOP n.m acronyme pour English Collective Of Prostitutes

(Organisme Britannique équivalent du STRASS ). Le collectif se définit comme un “self-help group” des TravailleurSEs du sexe. Il existe depuis 1975. «Nous faisons campagne pour la décriminalisation et la sécurité. Nous nous opposons à être traités comme des criminels. Nous aidons les travailleurSEs du sexe de tous les genres à gagner contre les accusations de racolage, etc. Nous menons campagne contre les coupures d’austérité et d’autres ressources de survie. Chacun d’entre nous peut quitter la prostitution si nous le voulons et quand nous le voulons.» Dans ce texte, nous utiliserons pour les termes travailleurSEs du sexe et prostituéEs l’écriture inclusive utilisée par le STRASS, syndicat créé par et pour les prostituéEs.

∙3


introduction

DE RETOUR DE ∙5 L’INNER CITY

figure 1 : Couches paysagères de Leeds Succesivement, du premier à l’arrière plan : les couches de Hyde Park, la zone commerciale entre Armley et Hyde Park le ward d’Armley et La campagne de Bradford. Source : photo personnelle


Marqués par une topographie vallonnée, Leeds et ses bras industriels s’étendent dans les sillons creusés par la rivière Aire et ses affluents. Sur les collines jouxtantes, résident les anciens quartiers ouvriers de Back to Back Houses. Cette situation géographique participe au zoning accru des activités de Leeds. Ainsi, ces zones se matérialisent à travers des espaces industriels puis commerciaux, un centre-ville, des quartiers anciennement ouvriers et des suburbs très étendus. Au niveau des activités, la ville s’organise aussi suivant des logiques de zones homogènes ; une zone universitaire, une zone d’affaires, des docks… Cette logique s’applique également aux communautés et minorités ethniques. On assiste à un regroupement communautaire par quartier ; majoritairement musulman, sikh ou encore antillais, pakistanais, indiens, du Sud-Ouest africain… Malgré une ségrégation spatiale évidente, les zones communautaires sont généralement plus perméables entre elles que celles des différents secteurs d’activités. 6∙

D’un point de vue paysager, cette situation physique et socio-économique se matérialise par une succession de plans. Visuellement, ces successions aident à l’orientation spatiale dans la ville et aussi l’identification de points de repères urbains. Lors de nos rencontres sur place, nos échanges semblaient appuyer que ces couches constituaient des représentations mentales bien ancrées dans l’imaginaire des habitants.(fig. 1) Au cours de notre séjour à Leeds, nous avons décidé d’emprunter les trois modes de déplacements les plus courants : la voiture, le bus et la marche à pied. Si lors de notre analyse à distance, nous avions pris conscience de l’étalement de la ville, cette expérience a confirmé le caractère chronophage de notre mobilité. Aidées par l’effet des repères urbains expliqués ci-dessus, nous avons rapidement constitué une carte mentale de la ville. Nos longues heures de marche différaient bien sûr selon le quartier exploré.


La déambulation en centre-ville est fluide et rapide grâce aux rues piétonnes, à la vitesse limitée des voitures, le peu d’espace qui leur était réservé, au bon éclairage public, aux arcades révélant des raccourcis ponctuels et un abri aux intempéries, aux larges trottoirs et passages piétons ; ajoutés à la proximité des commerces et services. La marche dans les suburbs très étalés, se révèle agréable grâce aux larges trottoirs et nombreux passage piétons. La présence de grands espaces verts (parcs et champs) requalifie le cadre urbain nous projetant dans une nouvelle ruralité aux distances étendues. Les zones industrielles étaient les plus pénibles à arpenter. Contrairement à l’identité forte et prégnante du centre-ville, les zones industrielles isolées du reste de la ville, ne jouissent d’aucune qualité spatiale. Répondant strictement à une organisation liée aux hangars de stockage typique de ces zones commerciales et liée au réseau automobile omniprésent. Ces zones laissent donc peu de place aux piétons, mais surtout constituent un obstacle pour eux. Les détours incessants, le mauvais éclairage nocturne, les nombreuses impasses et l’inconfort de cette marche frustrante finissent par établir ces zones comme des poches de non-droit piéton. Cette problématique de la marche, comme un phénomène ségrégatif nous a semblé être le point de départ d’un projet incluant les dynamiques1 propres à Leeds.

Dynamiques évoquées dans le Tome 1 sur Leeds. 1

Une de ces zones en marge partage un patrimoine industriel, historique, mais aussi social avec la ville de Leeds : le ward de Holbeck, aussi appelé par les habitants “Red Light District” comme quartier rouge de la ville.

∙7


CHAPEL ALLERTON

HEADINGLEY

BME* : 48.8 %

BME* : 18.2 %

CHAPELTOWN

HYDE PARK BME* : 43.7%

CAMPUS

CITY

QUARTIER D’AFFAIRES

ARMLEY

GARE

BME* : 21.6%

GRANARY WHARF

HOLBECK

BME* : 27.4%

BEESTON

DOCKS


LEEDS ZONNÉE figure 2

LEEDS RENAISSANCE : quartiers revalorisés depuis 2001 et futures extensions Anciens quartiers ouvriers sur les colines de Leeds

LEEDS RENAISSANCE :

LEEDS RENAISSANCE : quartiers revalorisés depuis 2001 City Center

Anciens quartiers ouvri

Anciens quartiers ouvriers sur les colines de Leeds

City Center

Quartier où réside au moins 8% d’habitants City Center nés dans un pays étranger :

Édifice commercial / in

Édifice commercial / industriel Carraïbes

pre1900 Date de construction d Date de construction de la majorité des habitations Pakistan et Inde Quartier où réside au moins 8% d’habitan Quartier où réside au moins 8% d’habitants nés dans un pays étranger :

pre1900

Carraïbes

Afrique du Sud Est

Carraïbes ∙9

Pologne

Pakistan et Inde

Pakistan et Inde

BME*

Pologne Leeds : 18,9% Afrique du Sud Est

*Black & Minority Ethnic Communities Pologne Afrique du Sud Est

Mosquée / Salle de prière

Mosquée / Salle de pri

Temple Sikh Mosquée / Salle de prière Temple Sikh

Édifice commercial / industriel

Temple Sikh

Viaduc et site de projet BME*

*Black & Minority Ethni

*Black & Minority Ethnic Communities BME* Leeds : 18,9%

Leeds : 18,9%

Aire River

Aire River

Aire River

Parade du West Indian Carnival

Parade du West Indian Carnival

N

N

N 0

0.25

0.625

0

Parade du West Indian

0.25

Source : cartographie personnelle

1.25km

0.625

0

1.25km

0.25

0.6


Première partie

LA MARCHE ∙11 EN DIFFICULTÉ

figure 3 : Prostitute Holbeck Leeds - Sous le viaduc de Holbeck Source : James W Bell www.flickr.com


Holbeck et son viaduc Longé au nord par le Leeds & Liverpool Canal et ses nombreuses écluses, Holbeck est un quartier divisé par une voie ferrée du nord au sud et un viaduc victorien abandonné d’est en ouest. Ces infrastructures contiennent, à l’échelle du quartier, des zones sectorisées. (fig. 4) À l’est de la voie ferrée, le quartier industriel historique qui a connu son apogée au début du XIXe siècle, constitue la première zone. Certains habitants aiment dire que ce sont alors les 2 km2 d’espace urbain les plus importants du monde, si l’on regarde tout ce qui y a été produit.1

12∙

La majorité des anciennes fabriques ont été détruites laissant des parcelles vacantes. La plupart des bâtiments de la révolution industrielle restants ont été réhabilités pour accueillir des bureaux tournés vers le centre-ville et en prolongement du quartier des affaires ; ce plan de rénovation urbaine nommé «Leeds renaissance project» cherche à promouvoir une image de la ville en invitant les jeunes classes dynamiques à venir y vivre et travailler dans les secteurs de la finance et de l’entreprenariat. (fig. 5) D’autres présentent des caractéristiques étonnantes et manifestent un intérêt pour le pastiche, représentatif de cette époque. C’est le cas du Temple Mills et des Tower Works.2 Les deux autres poches de Holbeck se déploient le long du viaduc abandonné. Remontant sur la colline une partie résidentielle, des Back to Back Houses et qui accueillent parmi ces 24 000 habitants, des communautés ethniques majoritairement Pakistanaise, Polonaise et Africaines et s’y côtoient avec des minorités religieuses révélées par la présence de trois mosquées et d’un temple sikh. Ancien quartier ouvrier des usines à proximité, la population qui y vit témoigne d’un patrimoine ouvrier construit sur la solidarité entre travailleurs. Les habitations sont d’origines, et peu ou pas rénovées. Ainsi, plutôt désuètes, elles se caractérisent par des foyers qui appartiennent aux plus précaires du Royaume-Uni.2

1: Matthew Murray : pionnier de la révolution industrielle, y a inventé la locomotive à vapeur commercialement viable à être exploitée, la Salamanca en 1812. John Marshall, inventeur du premier immeuble en acier, le grandpère de tous les gratte-ciel, le premier film du monde ou encore le premier chemin de fer à crémaillère se sont produits ici. 2: - Temple Mills : fabrique textile de lin, bâti par Marshall peu après les campagnes napoléoniennes en Égypte, et ayant pour façade une réplique du temple d’Horus à Edfu. - Tower Works : construit deux décennies plus tard dans la zone, est une fabrique d’épingles et de mercerie, dont il reste quelques bâtiments. Parmi eux et révélateur de la toute-puissance des industriels de l’époque ; les tours d’extraction de vapeur, répliques du Campanile de Giotto à Florence, de la Torre dès Lamberti à Vérone et d’une des maisons-tours toscanes de San Gimignano. 2

Selon l’IMD (Index of Multiple Deprivation)


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figure 4 : Vue aérienne du quartier de Holbeck Source : https://www.thecitytalking.com


figure 5 : Vue sur le quartier de «Leeds renaissance project» depuis le viaduc victorien abandonné


Enfin, la dernière poche au nord et à l’ouest du viaduc est un espace commercial majoritairement lié au secteur automobile (parking, terminal de bus, concessionnaire, garage, etc.) qui place la zone en situation de désert alimentaire. figure 6 : Territoire miné par les interstices

City

16∙

Viaduc d’Holbeck

Beeston & Holbeck

Source : cartographie personnelle


Un territoire miné par les interstices Actif la journée et traversé par de larges axes routiers le quartier est divisé par de grands hangars clôturés qui rendent l’accès aux piétons difficile. La nuit, il revêt un tout autre visage ; une partie de la zone vient accueillir la première zone de dépénalisation de la prostitution en Angleterre. Selon les autorités, une cinquantaine de travailleur.SEs du sexe investissent la zone. Holbeck s’entoure alors de canaux, de bureaux d’affaires, d’un viaduc, de réseaux de chemin de fer et automobile, à la croisée des grosses infrastructures de la ville, des quartiers ouvriers, commerciaux et de la gare principale. Il est un immense carrefour urbain, que l’on évite pourtant. En effet, l’aménagement ne prend pas en compte ses piétons que ce soit dans leurs déplacements ou leurs besoins de services et commerces de proximités. De nombreuses zones interstitielles existent, découlant du réseau de mobilité passant par le quartier, mais aussi des friches, des champs et des bâtiments vacants ou abandonnés. (fig. 6) Une partie de cette vacance est rachetée pour la rénovation et la construction neuve d’immeubles de bureaux. C’est un nouveau territoire qui s’offre alors aux diverses initiatives. La ville en comporte déjà quelquesunes comme l’ancienne brasserie du Tetley’s, la zone de dépénalisation de la prostitution, le carnaval antillais, les projets de East Street Arts. Cf. d’autres exemples sur l’occupation de la vacance abordée dans le troisième chapitre « Leeds résiliente ou suivre les ressources » du tome précédent. À l’inverse, parfois, les infrastructures de mobilité deviennent des espaces vacants. C’est la cas atypique du Viaduc victorien de Holbeck. Long de 1.7 km, il traverse le quartier et se décompose en deux entités. Une première partie franchit les routes par des arches en brique. Une seconde partie se base sur un terre-plein, et sa surface est recouverte par des bouleaux. Par son emplacement, il pourrait connecter les quartiers d’habitations de Beeston et Holbeck avec la gare et donc le reste du centre-ville.

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LA ZONE DE PROSTITUTION À LA CROISÉE DES INFRASTRUCTURES ET DE LA VACANCE figure 7

Zone de dépénalisation de la prostitution Viaduc Parcelles nues accéssibles Batiments du projet Zone de dépénalisation Zone industrielle de la prostitution Viaduc

Zone d’habitation

Parcelles nues accéssibles

Zone d’affaires

Batiments du projet

Chemin ferrovière

Zone industrielle

Route

Zone d’habitation

Rivière aire

Zone d’affaires

Batît

Chemin ferrovière Route Rivière aire Batît N 0

60

150

Source : cartographie personnelle N 0

60

150

280m

280m

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Obstacle et objet paysager

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Un viaduc du XIXe avec de belles arches en briques noires et une emprise territoriale non négligeable est a priori l’opportunité d’une nouvelle bulle spéculative à Holbeck. Or ce viaduc ne traverse pas que d’anciennes fabriques à l’esthétique industrielle de qualité incontestable, il surplombe aussi la vaste zone d’entrepôt en tôle métallique : zone de prostitution la nuit. Témoins de la difficulté d’y marcher, nous emploierons l’expression une marche en difficulté, pour rendre compte de cette expérience. Également objet urbain, le viaduc représente à la fois un obstacle aux piétons au sein du quartier puisqu’il est inaccéssible et difficilement contournable (fig. 8) mais aussi un réel potentiel architectural. Éffectivement, les paysages urbains qu’il créer au fil de son parcourt dans la zone, mariant sa propre matérialité, faites de brique noire et de végétaion indigène, à celle de la ville et sa composition accidentelle de matière et de couleurs (fig.9). Nous pensons important de s’impréigner de cette plasticité changeante que représente Holbeck afin d’en nourrir notre future intervention.

figure 9 : Les matériaux du site. Source : photos personelles


figure 8 : Viaduc de Holbeck

source : www.flickr.com

∙21


Les conditions de travail des TDS : lois et politiques publiques.

La zone dépénalisée et les aides apportées aux prostituées

22∙

Holbeck accueille depuis 2014 la première zone de prostitution dépénalisée d’Angleterre. Qu’est-ce qu’une zone de prostitution dépénalisée ? Cela signifie dans un premier temps que de 19 heures à 7 heures, dans cette zone précisément, la police ne peut pas arrêter les prostituéES et leurs clients sur ce motif. Cette mesure pilote dans le pays témoigne néanmoins d’une certaine démagogie des autorités locales puisqu’aucun investissement, programme, ni législation sur le plan financier ou humain n’est mis en place pour accompagner la population concernée. De plus, la trêve policière est rompue en octobre 2016 où 6 travailleuses migrantes sont arrêtées et enfermées dans l’attente d’être déportées dans leur pays d’origine. Cet événement est marquant comme en atteste les témoignages des prostituées leedsiennes qui considèrent cette mesure comme participant aux arrestations de migrantes. On compte près de 50 prostituéES qui exercent dans la zone industrielle de Holbeck où l’aménagement est hostile, de jour, mais davantage de nuit. En septembre 2015, dans son rapport à propos de la zone dépénalisée3, Teela Sanders, professeure en criminologie a formulé un certain nombre de recommandations. Elle préconise des services de police supplémentaires, un meilleur éclairage des rues, de la vidéosurveillance et reconnaissance des plaques d’immatriculation. Selon la chercheuse, la zone favorise un climat où les travailleurs du sexe sont plus susceptibles de s’engager dans des activités de sensibilisation et pendant de plus longues périodes. Par exemple, des travaux sont en cours avec Basis Sex Work Project.3 Cette tendance doit être soutenue en fournissant un espace nécessaire pour des interventions plus longues (telles que des dépistages de santé) au sein de la zone. Ces recommandations amènent avec elles la question de

Dr Teela Sanders & Vineeta Sehmbi, Evaluation of the Leeds Street Sex Working Managed Area, University of Leeds, September 2015 3

3: Basis Sex Work Project soutient les travailleurSEs du sexe qui travaillent dans la rue à Leeds. Ils apportent un soutien juridique et médical et proposent des formations professionnelles. Ils donnent également des recommandations pour la sécurité, les dénonciations des Ugly Mugs (injures faites au TDS ), etc.


services fixes et continus destinés aux TDS. Des exemples d’associations d’aide aux personnes prostituées, en Angleterre, se déplaçant dans un bus la nuit apportent des produits de première nécessité : préservatifs, lubrifiants… Ces démarches ont montré leur efficacité et leur popularité auprès des TDS. Pourtant la place des prostituées dans l’espace public fait débat. Les mœurs et les législations qui en découlent vise aujourd’hui à criminaliser (ou pas) certains aspects du métier. Législation et impacts sur l’architecture et l’urbanisme En effet, la prostitution au Royaume-Uni est légale dans le sens où toute personne consentante peut échanger un service sexuel contre rémunération. Pourtant de nombreuses pratiques directement liées à la prostitution sont criminalisées : solliciter ou proposer des services sexuels dans l’espace public ; posséder ou tenir un établissement proposant des services sexuels ; être proxénète : toute personne tirant profit de la prostitution d’autrui, incluant compagnons, enfants majeurs, propriétaire du logement de la personne prostituée, etc. En criminalisant ce métier, et en précarisant ces principales travailleurSEs, il est ainsi question d’interroger ces lieux d’exercice, c’est-à-dire la rue et ses environs, mais aussi l’espace domestique. De ce fait, la prostitution de rue implique, des enjeux spatiaux qui lui sont spécifiques.

Entretien téléphonique avec Catherine Deschamps, en mars 2018. 4

Mais alors quelles sont les différentes actions entreprises sur la question de la prostitution dans la pratique de l’urbanisme et de l’architecture ? De manière générale, l’urbanisme est utilisé comme un outil de dissuasion : comme un corps hostile à la pratique de la prostitution et ses acteurs. Certains exemples sont aujourd’hui connus dans le milieu : à Paris par exemple4, des quartiers investis par la prostitution ont vu leur sens de circulation inversé, et ce régulièrement, de sorte à désorganiser la nuit les habitudes mises en place par les travailleurSEs et leurs clients. Le réseau d’éclairage

∙23


public est lui aussi mis à contribution : à Paris toujours, une rue célèbre pour sa prostitution a été éteinte la nuit. La fréquentation des clients a drastiquement baissé ainsi que la présence des prostituées, décrivant elles-mêmes le lieu comme un « coup-gorge »4 ; ou les arrêtés préfectoraux concernant le stationnement de minibus en les interdisant de rester parqué pendant la nuit sous peine d’amende. De même, le caractère genré des espaces publics et les « oublis » de service fondamentaux empêchent un bon exercice de l’espace partagé ; comme l’absence ou l’extrême rareté de points d’eau et toilettes publiques nous renvoyant à un urbain qui oublie les femmes. Et c’est notamment ce que nous avons remarqué à Holbeck. Nos présomptions au service de notre négligence

24∙

Mais la planification urbaine à l’échelle de la ville rejette également ces individus en dehors des espaces à fort investissement ou pratiqués par la population prédominante5. Toutes les actions et projets mis en place n’ont été finalement qu’une opposition et un rejet de l’activité. On découvre un urbanisme cherchant à fragiliser les TDS5, jouant sur leurs insécurités. Conscientes que de telles décisions, hégémoniques, prises par et pour les prédominants rendent difficile l’appropriation de l’espace public à certaines populations, par exemple les femmes, les personnes ayant un handicap, les transgenres, les noirs, les gros etc. ; nous participons ainsi, part notre manque d’autocritique à entraver leurs droits à la ville. Travailler sur les spatialités du quotidien des TDS implique à considérer l’architecture comme un levier sociopolitique. Or, et suite à nombre de recherche, il s’est avéré que le milieu de l’architecture, pris au sens large, n’est pas concerné par la place et les lieux de vie des TDS. Les rares propositions de projets sur ce sujet gravitent autour de bordel et centre de soins, témoignant d’une représentation majoritairement binaire de cette population.

4: Lyon : le quartier chic de Confluence s’est construit sur une zone de prostitution. L’activité s’est alors déplacée à Gerland, un quartier moins convoité. Il est également courant que les autorités municipales dirigent leurs frappes de polices sur les quartiers favorisés en laissant aux prostituées des quartiers de replis évidemment plus précaires. 5: «le Jardim Itatinga (dans l’état de São Paulo) a été construit de toutes pièces exclusivement pour les activités de prostitution dans les années soixante. (...) Ce quartier, qui regroupe environ 2 000 prostituées, est considéré comme la plus grande zone con née de prostitution d’Amérique du Sud. Même s’il a été initialement planifié par les autorités municipales, son aménagement est actuellement affecté par les dynamiques urbaines et les rapports des différents acteurs de la ville.» (Helene 2015) Par prédominants il est entendu « qui l’emporte en supériorité, en puissance et en importance. » (cnrtl). C’est à dire nous, dans les représentations que nous avons ainsi que dans les idéologies que nous portons par défaut.

5


Dans le cas de la prostitution, nombre de recherches académiques affirment que les prostituées sont des victimes, sans chercher à vérifier cette hypothèse. Si même les académiciens se trompent et desservent leur causes en lissant le statut de la prostituée, cela prouve que l’imaginaire commun est encore plus simpliste. En architecture, peu de chercheurs s’y intéressent. Un cercle vicieux, politique, économique, social mais aussi architectural. En niant cette population, on finit par l’exclure. Une indifférence qui participe à déplacer toujours plus loin une population spécifique, de nos villes et de ce que nous considérons être des espaces respectables. Là, où personne ne les voit, où la ville ne les protège plus, où ils et elles disparaissent.

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Prostitution de rue dans la zone dépénalisée

Spatialité et prostitution de rue Ainsi, la législation autour de la prostitution définit un cadre impliquant des conséquences spatiales plus ou moins importantes pour les TDS. La prostitution de rue étant donc d’une certaine manière criminalisée, les TDS doivent donc veiller à ne pas être vues dans l’espace public, se cacher tout en restant visibles pour leurs clients ; surveiller les collègues et les environs ; noter les numéros de plaques d’immatriculation des clients douteux ; s’organiser en groupe ou rester seule ; choisir certains endroits plus que d’autres pour solliciter et pratiquer leurs services. Après l’écoute, le visionnage et la lecture de témoignages et expériences de TDS, nous avons élaboré le tableau d’analyse suivant. (fig 10) 26∙

PROSTITUTION DE RUE À HOLBECK - LEEDS RACOLAGE Trottoirs Camionnettes

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1ER CONTACT NN

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TRANSACTION FINANCIÈRE S N SSSSS S NNNNN N

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Ponts figure 10 : Analyse des lieux de prostitution de rue Source : tableau d’anlayse personnel

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RETOUR AU LIEU DE RACOLAGE S N SSSSS S NNNNN N

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Les TDS semblent s’organiser en groupe ou seul dans chacun des cas de façon sédentaires ou nomades. Les sédentaires privilégient une régularité par l’établissement de leur « adresse » comme point de rendez-vous habituel avec leurs clients. Leur territoire, constituant la plupart du temps une petite part de l’espace public comme une section de trottoir ou un angle de rue. « L’adresse » des unes ne peut pas être prise par les autres. Les nomades tendent à investir un territoire plus large aux limites plus floues. Il peut être question d’une rue comme d’un pâté de maisons jusqu’au quartier entier. Si les unes restent en solitaire pour demeurer plus discrètes et garder leur indépendance, les autres s’organisent en groupe pour se surveiller, se conseiller et donc se protéger. Cette organisation de l’activité évolue dans le quartier de Holbeck autour de deux entités différentes : le quartier et ses rues ainsi que le viaduc abandonné qu’il traverse. La cartographie à la page suivante (fig 11) montre où et comment l’activité s’organise.

IEU E N N N NNN

Les zones dites « d’arpentage » sont les intersections de rues où les TDS ont une visibilité du trafic sur deux rues simultanément. Les zones où les passes semblent se faire en dehors des voitures de clients sont les nombreux recoins et impasses de Holbeck. De ce fait, les arches traversantes du viaduc constituent elles aussi des espaces intimes favorables aux TDS. La végétation et les espaces de parcs sont également au même titre que les arches du viaduc, des espaces propices aux rapports sexuels.

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NNN N

NN

NNN

NN

NNN N

DANS LA ZONE

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Travailleur.se.s :

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Nomade En Groupe

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NN

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NN

NN

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Sédentaire En Groupe

SS S S

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Nomade Seul

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NNN

Sédentaire Seul

Spatialité et prostituées Il est alors entendu que nous laissons dans nos villes des territoires spécifiques dédiés à la prostitution. Pourtant, jusqu’où fait-on une place aux prostituées ? Les travailleurSEs du sexe se sont toujours accommodées de l’espace qui leur était attribué ; un espace que l’on peut caractériser le plus souvent de résiduel et absent de toute considération de cette population voir du piéton en général.

∙27


LIEUX DE PROSTITUTION DE RUE À HOLBECK figure 11


Zone deZone dépanalisation de dépanalisation de la prostitution de la prostitution Arpentage Arpentage de prostitution de prostitution Zone de dépanalisation de la prostitution Arpentage de prostitution à l’abri des regards Espace àEspace l’abri des regards / recoins/ recoins Espace à l’abri des regards / recoins

Archesà l’abri videsdes à l’abri des regards Arches vides regards Arches vides à l’abri des regards

Arches pleines Arches pleines

Arches pleines

du viaduc ÉlévationÉlévation du viaduc Élévation du viaduc Viaduc Viaduc

Viaduc Bâtit

Bâtit

Bâtit

Espaces libres accolés aux arches du viaduc

libres accolés auxdu arches du viaduc EspacesEspaces libres accolés aux arches viaduc

Rivière Aire / Leeds and Liverpool Canal

Rivière Aire Rivière / Leeds Aire /and Leeds Liverpool and Liverpool Canal Canal N

0

20

50

100m N

0

20 0

20

50

50

100m

N

100m

Source : cartographie Route personnelle Route Route

Ponts / passerelles Voies ferées


Mais alors quelle est la place des prostituées ? De la même manière que nous ne cherchons pas à discriminer les TDS en les excluant de certains espaces de la ville, nous ne cherchons pas non plus à leur modeler un espace portant le stigmate d’une zone réservé et pensé pour les prostituées, risquant alors de les ostraciser de la ville et de la société. D’une certaine manière, il est question ici de rendre aux personnes prostituées leur place au cœur de nos considérations. Puisqu’ici, certains de nos piétons et piétonnes se prostituent, nous voulons leur porter une attention toute particulière en répondant à leurs besoins spécifiques. C’est aussi une occasion pour nous de reconsidérer la création de lieux dits « pour tous ».

Mais alors, comment proposer un espace répondant aux besoins spécifiques des prostituées tout en s’adressant au reste de la population ? 30∙

Nous pensons nécessaire la négociation d’une cohabitation urbaine et architecturale, faite d’évitement et de rencontre heureuse entre la population des prostituées et les autres. Ainsi, au cœur du quartier de Holbeck où la marche est difficile et les équipements manquent, il semble opportun de proposer un système d’infrastructure urbaine capable de rendre aux piétons le droit de marcher ainsi qu’un programme soutenant les richesses propres aux populations du quartier. Le viaduc comme amorce au projet Abandonné, le viaduc parcourant Holbeck ne joue aujourd’hui plus son rôle d’axe de mobilité ferroviaire. Et nous considérons ce viaduc comme le point de départ d’une reconquête piétonne du quartier. Prenant en compte cette situation politique, sociale et les usagers “cachés” de l’espace public, nous décidons de réhabiliter cet ancien axe de mobilité à un usage uniquement piéton et cycliste.


Nous tentons de retarder voire de détourner le processus de gentrification et de spéculation qui accompagnerait l’investissement trop poussé du viaduc ainsi que le risque de déplacer la prostitution vers des zones plus reculées et encore plus précaires. Le viaduc accompagnerait alors la marche vers des lieux plus hospitaliers à la création d’un programme s’adressant aux habitants de Holbeck. Nous travaillons donc sur la création d’accès à ce viaduc pour permettre à tous types de personnes de s’extraire de la zone. Cela constitue théoriquement son seul usage. Nous ne vouons pas cet espace à une nouvelle économie spécifique tels que : cafés, magasins, espaces culturels, etc. ; comme le fait la highline gentrifiée de New York. Notre intervention ténue, de nature à peine perceptible, occupera le niveau des anciennes voies ferrées et rendra la promenade praticable et sécurisante. Cette intervention s’insère dans une vision plus globale qui cherche à requalifier l’espace public : le viaduc comme infrastructure, du mobilier urbain (assise, éclairage…), des services (points d’eau, toilettes…) Notre analyse de l’activité prostitutionelle conforte notre intuition : nous investissons seulement la partie haute du viaduc : là où les trains passaient marchent maintenant les passants ; nous laissons aux prostituées les arches en l’état. Le viaduc se divise alors en deux niveaux distincts : une voie piétonne en haut et la prostitution au niveau du sol. Nous cherchons à détourner les actes de voyeurisme, mais aussi la rencontre fortuite avec des populations qui évitent la vision de sexualités dans l’espace public. Stratégiquement, nous utilisons la végétation mi-haute et un traitement de sol au niveau de l’axe piéton. Et par endroit le chemin s’éloigne de la bordure, empêchant les passants d’observer la prostitution en contrebas. (fig 12)

∙31


De plus en nous appuyant sur les témoignages de TDS, nous soumettons l’hypothèse que les travailleurSEs dans leurs trajets domicile-travail utilisent des taxis ou voitures d’amis ainsi que le réseau de bus de ville. La gare des bus se trouvant dans le centre-ville, à proximité de la fin du viaduc abandonné, le temps de marche se situe entre 10 et 25 min. Un flux de marcheur et de marcheuses prostituées est donc à prendre en compte en début et fin de soirée sur ces trajets.

32∙


figure 12 : Diagnostic / intervention : l’investissement du haut du viaduc

Arches passantes

∙33

Arches pleines Parcelles nues accéssibles Spatialités anxiogènes :

Arches Arches passantes passantes Labyrinthe Arches passantes Arches passantes Arches pleines Arches pleinesRuelle Arches Arches passantes pleines Arches pleinesDésert Parcelles nues Arches pleines Parcelles nues accéssibles accéssibles Parcelles nues accéssibles Parcelles nuesVégétation accéssibles locale Spatialités :: Spatialités anxiogènes anxiogènes Parcelles nues accéssibles Spatialités anxiogènes : Spatialités anxiogènes : Briques Labyrinthe Labyrinthe Spatialités anxiogènes : Labyrinthe Accès au viaduc Labyrinthe Ruelle Lampadaires ajoutés Ruelle Labyrinthe Ruelle Ruelle Lumière sur le viaduc Désert Arches passantes Désert Arches passantes Ruelle Désert Désert Arches pleines Arches pleines Désert Parcelles nues accéssibles Parcelles nues accéssibles Arches passantes

Spatialités anxiogènes : : Spatialités anxiogènes

Arches pleines Parcelles nues accéssibles

Labyrinthe Labyrinthe Ruelle Ruelle Désert Désert

Spatialités anxiogènes : Labyrinthe

Végétation locale Végétation locale

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Végétation Végétation locale locale Végétation locale Végétation locale Briques Végétation Briques locale Briques Briques Accès au Accès au viaduc viaduc Briques Accès au viaduc Accès au viaduc Lampadaires ajoutés Lampadaires ajoutés Accès au viaduc Lampadaires ajoutés Lampadaires ajoutés Lumière sur Lumière sur le le viaduc viaduc Lampadaires Lumière sur leajoutés viaduc Lumière sur le viaduc Lumière sur le viaduc

50

100m

1:2 000e


deuxième partie

Marcheurs & ∙35 Marcheuses

figure 13 : Qualités spatiales de la vacance. Les bouleaux du viaduc abandoné Source : photo personelle


Ceux qui foulent le sol de Holbeck

Holbeck et sa population plurielle Un grand nombre de projets architecturaux ou urbains s’enorgueillissent de s’adresser à « tous » et faire pour « tous ». Mais ce « tous » s’avère parfois n’embrasser qu’une partie étriquée de la population. Une partie sortie d’un imaginaire commun qui vise à considérer l’usager de l’espace public seulement comme celui qui rentre dans les carcans bien visibles et respectables de la société. N’est-il pas rare d’observer dans nos productions graphiques des usagers tels que: prostituéEs, toxicomanes, personnes handicapés autre qu’en fauteuil roulant ou encore gros ? Dans le terme « tous », disparaissent alors tous les usagers marginalisés de l’espace public. Faire pour « tous » ne serait-il pas en premier lieu, de requestionner ce « tous » ? En deuxième lieu, apporter une réponse en faisant aussi pour une population plurielle ? 36∙

TravailleurSEs prostituées ou non, riverains de la zone, passants, foulent le sol du quartier de Holbeck. Ces marches contraires se croisent créant l’interstice essentiel à la cohabitation des usagers de l’espace public à Holbeck. Notre intuition première se base sur l’exemple positif que transmet le carnaval en termes de détournement de la gentrification6, mais aussi sur la capacité d’une communauté à se mettre en avant au profit des habitants de la ville et de son rayonnement. Nous souhaitons insuffler à Holbeck la dynamique créative en terme d’innovations sociales des quartiers résilients du Nord de l’inner; tout en tirant parti de la situation et des qualités historiques, patrimoniales et fonctionnelles du quartier. Nous choisissons comme site de projet plusieurs parcelles accolées, situées à la fin du viaduc. Aujourd’hui, ce sont des parkings pour les bureaux alentours, et trois édifices vacants qui possèdent également un accès direct au Leeds&Liverpool Canal. (fig 14)

cf : chapitre Leeds résiliente ou suivre les ressources , Tome 1 sur Leeds.

6


PROGRAMMES

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figure 14 : un site, un programme. Sources: photo: www.thecitytalking.com ; schéma personnel

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Mettre à l’honneur les ressources masquées de Leeds Dans ce complexe de bâtiments vacants, nous souhaitons installer des programmes avec des usagers aux moeurs a priori antagonistes, mais qui soutiennent les dynamiques mélioratives et intégratives des communautés leedsiennes. Ce genre d’innovation sociale est une inspiration pour l’élaboration d’un programme mixte support à l’épanouissement des communautés leedsiennes et professionnalisant s’adressant aux TDS. I. TDS

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L’innovation sociale passe également par la reconnaissance des prostituéEs comme travailleurSEs et la création d’un équipement ouvert aux TDS, sans différenciation. L’ancienne fabrique et lieu de stockage de cigares Globe Mill est située à mi-distance entre la zone de dépénalisation de la prostitution et des stations de bus et train. Nous cherchons à réhabiliter le bâtiment pour apporter une réponse architecturale aux besoins des personnes prostituées. Après avoir mieux compris les besoins de ces travailleurSEs7 nous leur proposons un espace pour s’organiser, un espace de détente pour décompresser et un moyen de se réfugier en cas de problème. II. WEST INDIAN CARNIVAL6 Contrairement aux zones communautaires du nord de la ville8 la diversité culturelle de Holbeck peine à s’affirmer au-delà des petites épiceries de produits exotiques et du culte religieux. Dans le quartier Chapeltown, au nord du centre-ville, la population antillaise met en valeur certains rituels culturels tel que le carnaval. Depuis 50 ans, l’événement met la ville

MULLIN, Frankie, On a demandé à des prostituées à quoi ressemblerait leur bordel idéal, VICE [en ligne]. Publié le 7.06.16 7

cf : chapitre Leeds résiliente ou suivre les ressources , Tome 1 sur Leeds.

8

6: Le carnaval antillais s’exprime par des costumes, des groupes de musique et un cortège de mascarades ; une longue déambulation organisée sur plusieurs temporalités et suivant les différents styles de musique qui s’y produisent. Il se tient le dernier lundi d’août et se complète par d’autres concerts et les élections des King et Queen du carnaval quelques jours qui précèdent. Les rues leedsiennes se remplissent d’une foule joyeuse et fière. La communauté antillaise revendique son appartenance grâce à la musique et les danses qui se succèdent, mais met surtout en avant le partage et la transmission d’une tradition avec les carnavaliers.


figure 15 : Manifestation des TDS au Royaume-Uni Source : https://www.leedslist.com

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en émule pendant trois jours. La phase des préparatifs ne semble pourtant pas participer à cette mise en avant culturelle. Aujourd’hui, ces préparatifs prennent place effectivement dans les maisons en favorisant un certain entre-soi et une invisibilité. Il en est de même pour la scène musicale caribéenne. Il semble nécessaire de proposer dans notre programme des espaces qui répondent à ce manque de visibilité tels que des ateliers, des studios et salles de concerts.

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L’Engine House est l’ancienne fabrique de merceries des Tower Works et ses trois tours italiennes. Nous réutilisons l’ancienne fonction d’atelier de production pour y loger un atelier de création. La Queens’Factory en souvenir des travailleuses au temps des Queens of Industry7 et des successives reines du carnaval antillais: un fab lab dédié à la couture et à la création de costumes en amont des festivités. Un des deux volumes, accueille le showroom s’ouvrant sur la place. Le hangar, au sud de Globe Road, qui accueillait un parking couvert, est reconverti en salle de concert et en hall de marché. Cette structure simple (poteau-dalle) permet une grande capacité d’appropriation et peut accueillir une foule. L’entrepôt devient la salle CALYPSO en hommage à la chanteuse caribéenne Calypso Rose. Le vaste espace accueille une salle de concert à capacité moyenne (1200 personnes) et la présence de nombreuses ouvertures zénithales permet l’établissement d’un marché en journée avec la possibilité de s’étendre sur un des parkings qui devient la place du marché. Nous dédions ce marché à une économie plus solidaire et responsable privilégiant les petits artisans/producteurs locaux et les articles de seconde main. Pendant la déambulation, la ville revêt, elle aussi un nouveau costume, coloré et divers. La foule comprend une diversité de protagonistes qui partagent un instant, une même joie.


figures 16 : Parade du West Indian Carnival source : www.flickr.com

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Lors du passage de la parade, la ville et ce qui la compose (façades, mobilier urbains, etc.) se retirent au profit de la foule. Les corps prennent avantage sur ces éléments, généralement visibles et omniprésents. On assiste à une transformation de la constitution et de la hiérarchisation de la rue. Les voies appartenant normalement aux automobiles sont investies par le cortège, l’espace des trottoirs s’élargit pour englober toute la chaussée. Un raz de marée de marcheurs heureux. Les façades sont les réflecteurs du son de la fête mais aussi le perchoir des gens qui prennent part au défilé en hauteur, sur les balcons, dans le cadre des fenêtres. Le sentiment d’insécurité est réduit par cette submersion d’occupants de la rue. Mais c’est paradoxalement lors de ces instants où l’espace public est bondé, où peut émerger l’impression d’anonymat, d’indifférence et d’enfouissement des appels à l’aide en cas d’agression. Les jours de carnaval révèlent le potentiel de transformation festive de l’espace public comme scène.

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Selon nous, par le travail d’une place publique où vient se jeter le viaduc nous pouvons souligner la dimension théâtrale de notre site. III. QUEENS OF INDUSTRY Leeds est une habituée des carnavals depuis les années 20. Dans son passé ouvrier, à la manière du West indian carnival, chaque type d’industrie (coton, acier, lin, etc.) élisait alors leur Queen parmi les ouvrières de l’usine même.7 Ces compétitions se terminaient par des processions très populaires dans le monde ouvrier, avec fanfare et chars. Ces événements s’inscrivent dans une tradition ouvrière déambulatrice de la parade que l’on retrouve aujourd’hui dans le carnaval antillais. Là où les queens promouvaient et défendaient leurs industries, la communauté antillaise y célèbre leur culture et la fin d’une ère esclavagiste. Un passé populaire appropriable et approprié par les habitants actuels de Holbeck.

7: La gagnante avait l’occasion de promouvoir son industrie, accéder à une réputation au sein de l’usine et des communautés ouvrières leur permettant ainsi d’influer dans les hautes sphères de l’entreprise. Un nouveau statut appuyant les revendications de l’amélioration des conditions de travail ainsi que la mise en avant des ouvriers des différentes filières industrielles nord-britanniques. La compétition participait donc à l’empowerment de ces « queens of industry » leur permettant de voyager à travers l’Europe, et de s’émanciper de leur classe sociale.


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figures 17 : Queens of industry à Leeds soucre :www.leodis.net


VI. LES RIVERAINS Dans la démarche de compréhension la plus étendue possible des usagers, il nous faut aussi entendre le point de vue des riverains de la zone de dépénalisation. L’association Save Your Eyes tient un blog (fig 18) et reporte les incidents, les offenses liées à l’activité des prostitués sur les passants. La plupart des incidents reportés sont des outrages publics à la pudeur ou la présence des déchets liés aux passes et à la prise de stupéfiants. À l’aide de pétitions et d’assemblées habitantes, ils mènent des actions en faveur de la fermeture de la zone. Bien que la zone soit éloignée des habitations et se situe dans une zone d’entrepôts commerciaux, la voix des propriétaires insurgés contre la situation domine dans les médias.

44∙

Cependant, d’autres discours apparaissent lorsque l’on creuse un peu la question. Certains chefs d’entreprises se voient rassurés d’une présence nocturne proche de leurs entrepôts diminuant le risque de cambriolage. Ailleurs, dans beaucoup de situations similaires, cette opinion émerge dans les populations riveraines de zones de prostitution dépénalisées ou non. Notre programme se développe alors à l’échelle du territoire, de la ville et de l’édifice. Les usagers de Holbeck foulent un même sol. Cet élément urbain est le dénominateur commun du projet, celui par lequel sont retranscrites les valeurs patrimoniales, théâtrales, populaires et revendicatrices du contexte. Un espace public à partager, conciliant les besoins de chacuns.


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figure 18 : Site internet de save our eyes Source : https://www.saveoureyes.co.uk


LesACTEURS acteurs du programme Dessert Utilise

-Leeds City Council -Association d’habitants : Holbeck Viaduct Project

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Gérée par l’association antillaise de Leeds, l’espace d’atelier est en libre-service, mais nécessite une adhésion à l’association. Lorsqu’il n’est pas utilisé comme tel, il peut être utilisé par les travailleurs du bâtiment des Tower Works ce qui soutient son financement. L’atelier peut être loué à la semaine ou à la journée (hors période de préparation du carnaval) par les entreprises de Leeds, à l’occasion d’événement en vogue dans les entreprises à capitaux puissants la Queens’Factory peut être investie lors de réunions dans un lieu insolite ou pour de la cohésion d’équipe ou des séminaires.

figure 19 : Autonomie des programmes

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gestion -Association du West Indian Carnival -Communauté antillaise

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Les marchés et les concerts constituent un levier financier et attractif pour l’ensemble du site, pouvant être loué pour diverses autres activités. Un bar/brasserie vient faire vivre le lieu en dehors des événements sporadiques et répond au calendrier des bureaux à proximité.

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gestion -Communauté antillaise -Acteur privé de l’événementiel

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gestion -Syndicat des TDS : ECOP -Associations de soutien

Batiments listés de la ville sous mendat d’un «Draft lease of land or permission use». Assimilable à l’Autorisation d'Occupation Temporaire française, Ce bail implique une date d’occupation définie, d’un maximum de 99 ans et permet aux locataires de rénover le bâtiment ancien qu’ils occupent par leur soins et grâce à un budget délivré par le bailleur au début du contrat. À la fin de ce contrat, le propriétaire récupère son bâtiment réhabilité.


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QUEENS’ FACTORY Comment faire pour tous?

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CALYPSO - MARCHÉS

CALYPSO - MARCHÉS

Nous cherchons alors à -ménager une cohabitation des CALYPSO JUI JUIL AOÛ SEPT OCT NOV DÉC MAISON différents marcheurs et marcheuses à travers l’élaboration MAISON QUEENS’ FACTORY - d’un calendrier programmatique. Il s’agit d’un partage MAISON CALYPSO du temps et de l’espace. Ce procédé permet de proposer CALYPSO MAISON des temps de rencontres et d’évitement entre des publics CALYPSO étrangers. MAISON -

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I. CALENDRIER PROGRAMMATIQUE

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Le calendrier programmatique est Ouverture un moyen de créer et permanente Ouverture dédiée au carnaval étendre une cohabitation complexe entres les usagers mais publics hebdomadaires aussiCarnaval entre les activités. Des intersticesÉvenements apparaissent alors et Évenements publics mensuels Préparatifs du carnaval sont les moyens de rencontre. RéussirÉvenements à partager un même publics trimensuels Ouverture régulière urbain, avec des aspirations contraires, a pour but Ouverture Rrservée aux d’éviter TDS Ouverture permanente Événements réservés aux TDS les stigmatisations des espaces et des usagers. Le calendrier Ouverture dédiée au carnaval Évenements publics hebdomadaires programmatique sert alors le croisement et l’évitement de Évenements publics mensuels ces différents flux.

Carnaval Préparatifs du carnaval Ouverture régulière Ouverture permanente Ouverture dédiée au carnaval Évenements publics hebdomadaires

ndant de l’activité de la Queens’Factory Évenements publics mensuels

Évenements publics trimensuels

Évenements publics trimensuels

nibilité des locaux et présence de l’association

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Ouverture Rrservée aux TDS

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Jours de marché Disponibilité du Calypso

Concert Fripes

Jours de marché Jours de marché Disponibilité de la Queens’factory Disponibilité du CalypsoDisponibilité du Calypso

Concert Fripes

Disponibilité de la Queens’factory Disponibilité de la Queens’factory

Exposition au showroomExposition au showroom

Ouverture de la Maison Ouverture des bains de la Maison des bains

Campagne d’informationCampagne vih d’information vih

Reservation du Calypso pour Reservation une répétition du Calypso de soca pour une répétition de soca

Évenement non mixte àÉvenement la Maison des nonbains mixte à la Maison des bains

Ouverture de la Maison des bains

Reservation du Calypso pour une répétition de soca

figure 20 : Calendrier programmatique mensuel

Concert Fripes

Exposition au showroom Campagne d’information vih

Évenement non mixte à la Maison des bains

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Après le travail, les employés des bureaux vont prendre un verre au bar du Calypso. Ils sont rejoints par une foule qui assiste à un concert une heure plus tard. À l’aube, la maison des bains est investie par les prostituéES ayant également l’accès au canal alors sans vis à vis. Le week-end, des producteurs et artisans ont installé leur stand sur la place du Calypso, les proches riverains empruntent le viaduc pour se rendre sur la place, ils continuent leur balade le long du canal. Au même moment la maison des bains est investie par les TDS pour des journées informatives. Les habitants s’installent sur la place pour y manger pendant que d’autres participent aux ateliers de la Queen’s Factory.

48∙

Lors de Carnaval, Globe Road, est fermée à la circulation automobile, les costumes sortent de la Queens Factory, sont montés sur le parvis du bâtiment et rejoignent le cortège. Les spectateurs perchés sur le viaduc s’agglutinent contre les garde-corps pour regarder la parade qui s’engouffre en dessous. L’English Collective of Prostitutes a installé un stand de prévention des mst sur la place devant la maison des bains. Des activités et festivals sont répartis sur l’année ainsi que de réguliers événements au mois, qui ponctuent la vie de ce lieu.

QUEENS’ FACTORY

QUEENS’ FACTORY

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MAISON - ORGANISATION SYNDICAT MAISON - REFUGE

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ORG-A R-EFOURG-G-ABAOINRGSA- -REFO-URGGB-AAINRNSEF-UG ORREFGUA-G -BAINRESF-UG BNAIN-S RBEAFINUS - BAINS N - BAIN S S S S S S S SO O S SO S SS NS S IS SNSSI NSOI SSOS OSTINSOSTI OTSII OINPSO I OTIT TI S I TI N I NTOIN TN TI ONNTI N TOINN NTNSON SOSNON SON SONSOSNONSSOONN SOSNOSNOSNONISO SOSNONSONISO QUEENS’ NFACTORY OO S S I I I I I I I I I I I I I I I I I A A A eUsEENCAQLUYuECPrEeANsLYuPCrQAeLUsYuECPrEQeANUsLYECEPuNASrQLeYUsPCEQhSAEeUeuLNrQEYuesUEPreNESCsEQANULEYEQPNUQPUQEEOUEEICENNQAEPTULNOYEQIPCEQNUQNEAUTPEULEOEYEEIPNNCSQTAULCAEYCLEYPAPCNLPAYLRPQYCOSUPCASEAPLLEYRYPCOPASCPLPAYROLPOYICNSPALYPCCOPAAINSPTLLYYOPINSCTALYPPRSOPSCORAIONLSYTPPOINPTORIONMSTAPIOSMIONAPTIRSOMMOPASIAOSPISNRMOOAPSIRMSAMOOISSAIPSMROOAMSAIISSMOMAPIRASOMIOSSAOI24 A A A A A A AA A A A A M MMA A MA M MA M he he he he h 1MM M M M M MM MM M M QUEENS’ FACTORY 16 2 CALYPSO 17 CALYPSO 3 18 CALYPSO 4 19 MAISON 5 20 MAISON 6 21 MAISON 7 22 MAISON 8 23 9 24 10 1 11 2 Y 12 LIC RY R B O O Carnaval U T T N FO P UTIO 3ENS’ FAC QUEENS’ FAC CALYPSO - ALYPSO ON ON ON STIT NT IN 13 res QUE POI PRO MAIS MAIS MAIS C Préparatifs d heu 4 14 Ouverture ré 16 5 15 Disponibilité des locaux Ouverture p 17 JA 16 6 Ouverture d 18 Activités en cours 17 7 Évenements 19 18 Dépendant de l’activité de la Queens’Factory Évenements 8 20 19 Évenements 9 Disponibilité des locaux et présence l’associati 21 QUEENS’ FACTORY -de ATELIER 20 Ouverture R 10 22 22 Distinction entre activité publique Événements QUEENS’ FACTORYet-ciblée SHOWROOM 11 23 23 12 CALYPSO CONCERTS 0 JAN FÉV MAR AVR 24 Alternance JAN FÉV nuit / jour MAR AVR S ON figure 21 : Calendrier programmatiqueCALYPSO - MARCHÉS 13 MAI 1 DEST DESTINÉ AU PUBLIC 14 quotidien 2 TRAVAILLEU CALYPSO BAR 15 3 JAN MAR MAI JUI JUI MAISON JAN FÉV FÉV MAR MAI AVRAVR - ATELIER JUIL AOÛ - POINT SEPT JUILINFO PUBLIC 16 QUEENS’ QUEENS’ FACTORY FACTORY - ATELIER 4 17 MAISON - ORGANISATION QUEENS’ ∙49 SYNDICAT 5 QUEENS’ FACTORY FACTORY -- SHOWROOM SHOWROOM Disponibilité des locaux 18 6 MAISON - REFUGE CALYPSO 19 Activités CALYPSO -- CONCERTS CONCERTS QUEENS’ FACTORY - ATELIER JAN FÉV MAR MAIen cours JUI AVR JUIL AOÛ 7 20 CALYPSO MARCHÉS MAISON - BAINS CALYPSO - MARCHÉS QUEENS’ FACTORY - SHOWROOM QUEENS’ FACTORY ATELIER Dépendant de l’activité de la Queens’Factory 8 22 CALYPSO 9 CALYPSO - CONCERTS CALYPSO -- BAR BAR 23 Disponibilité des locaux et présence de l’association FACTORY - SHOWROOM 10 JAN 0 QUEENS’ MARCHÉS MAISON POINT INFO PUBLIC FÉV MAR CALYPSO MAI JUI AVR JUIL AOÛ SEPT OCT NOV DÉC QUEENS’ FACTORY - ATELIER MAISON - POINT INFO PUBLIC Distinction entre activité publique et ciblée 11 CALYPSO BAR CALYPSO CONCERTS DESTINÉ AUXMAISON FÉV12 MAR MAI JUI AVR JUIL AOÛSYNDICAT SEPT OCT NOV MAISON -- ORGANISATION ORGANISATION SYNDICAT QUEENS’ DESTINÉ AUFACTORY PUBLIC - SHOWROOM Alternance nuit / jour TRAVAILLEUSES DUMAISON SEXE - REFUGE MAISON - POINT INFO PUBLIC CALYPSO MARCHÉS 13 MAISON - REFUGE CALYPSO - CONCERTS FACTORY - ATELIER MAISON - ORGANISATION SYNDICAT C 14 MAISON CALYPSO MARCHÉS MAISON -- BAINS BAINS CALYPSO - BAR FACTORY - SHOWROOM MAISON - REFUGE 15 P Disponibilité des locaux CALYPSO - BAR OCT 16JUIL UI- CONCERTS AOÛ - POINT SEPT NOV DÉC MAISON - BAINS MAISON INFO PUBLIC O 17 - MARCHÉS Activités en cours MAISON - POINT INFO PUBLIC 18 MAISON - ORGANISATION SYNDICAT O - BAR MAISON - ORGANISATION SYNDICAT Dépendant de l’activité de la Queens’Factory 19 figure 22 : Calendrier programmatique annuel O - POINT INFO PUBLIC 20 MAISON - REFUGE - REFUGE DisponibilitéMAISON des locaux et présence de l’association Év 22 Carnaval - ORGANISATION SYNDICAT Carnaval MAISON - BAINSpublique et ciblée MAISON - BAINS Distinction entre activité 23 Év Carnaval - REFUGE Préparatifs Préparatifs du du carnaval carnaval 0 Préparatifs du carnaval - BAINS Év Alternance nuit / jour Ouverture Ouverture régulière régulière DESTINÉ AUX DESTINÉ AU PUBLIC Ouverture régulière O TRAVAILLEUSES DU SEXE Ouverture Ouverture permanente permanente Disponibilité des locaux Ouverture permanente Év Ouverture Ouverture dédiée dédiée au au carnaval carnaval Ouverture dédiée au carnaval Activités en cours Évenements Évenements publics publics hebdomadaires hebdomadaires Carnavalpublics hebdomadaires Évenements Évenements publics mensuels Évenements publics mensuels Carnaval Dépendant de l’activité de la Queens’Factory publics mensuels Préparatifs du carnaval Carnaval Évenements Évenements Évenements publics trimensuels Préparatifs du carnaval Évenements publics publics trimensuels trimensuels Ouverture régulière Disponibilité des locaux et présence de l’association PréparatifsOuverture du carnaval Ouverture Rrservée aux Rrservée aux TDS Ouverture régulière Ouverture Rrservée aux TDS TDS Ouverture permanente Distinction entre activité publique et ciblée Événements réservés aux TDS Ouverture permanente Événements réservés aux TDS LUN MAR LUN MER MAR JEU MER LUN MAR MER Ouverture régulière Événements réservés aux TDSJEU VENJEU VEN SAM Ouverture dédiée au carnaval Ouverture dédiée au carnaval Évenements publics hebdomadaires Ouverture permanente Alternance nuit / jour - 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LE CARNAVAL COMME UNE POSSIBILITÉ DE FUSION DES FLUX

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SOIGNER L’ÉVITEMENT ET LA RENCONTRE DES FLUX EN SEMAINE

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BAR SALLE / HALLE COUVERTE

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PARKING

Chemins empruntés par les passants Attroupements

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Flux à l’aube Flux nocturnes Flux en afterwork figure 24 : Plan masse : en semaine N


II. DOMESTICITÉ DE L’ESPACE PUBLIC Le Calendrier programmatique s’adresse à des groupes, avec des habitudes et usages spécifique ( ex : employés de bureau, caravanier, etc.) et tente de les faire cohabiter. Or, en choisissant de domestiquer l’espace public, nous cherchons à s’adresser également à l’individu dans sa particularité. Nous cherchons à dilater les espaces interstitiels par de micros attentions. Ce sont des espaces de transition entre des atmosphères variées. Grader l’intimité et le confort, dans un premier temps à l’échelle du territoire avec notre viaduc puis à celle d’un lieu et sa place et enfin à l’échelle d’un bâtiment. De l’urbain à l’architecture, la domesticité des espaces passe par une attention des détails et dispositifs que rencontrent nos usagers : des accès à l’eau dans la ville aux diverses façons de nettoyer son corps.

54∙

Travailler l’idée de la domesticité c’est proposer dans le projet une démultiplication des compositions spatiales de sorte qu’avec cette diversité, une personne puisse y trouver un endroit pour se sentir à l’aise; rendre l’espace public plus familier et accueillant; assembler un espace communautaire à des individualités à respecter. La domesticité place le corps et son confort au centre de la réflexion : le corps qui travail, celui qui déambule, danse, se repose, se nettoie… III. MAÎTRISER POUR MIEUX S’OUBLIER Il s’agit d’intervenir sur ce site de Holbeck avec un message clair : extérieurement peu de choses changent et notre intervention architecturale s’oublie. Les façades des bâtiments réhabilités sont quasi inchangées. Le projet d’aménagement du viaduc et de la place se base sur la réinterprétation des formes et textures présentes à Holbeck. Conscientes de la controverse que peut apporter l’implantation d’un programme dédié au TDS, nous voulons qu’il s’intègre au “déjà là” le plus simplement possible.


figure 25 : traitement domestique de l’espace public

∙55


Au niveau de la place, nous proposons d’appréhender par le déplacement différents pavages, revêtements et motifs. Nous employons des matériaux du site et de la végétation propres aux friches alentour qui se révèlent une fois que l’on s’élève sur le viaduc. À l’échelle du bâtiment, il s’agit de réguler les éléments extérieurs comme la pluie, la lumière, les matériaux et les codes de la rue. Et ainsi réinventer un extérieur protecteur au cœur de la maison des bains. Dans le cas du carnaval mais aussi des mouvements des prostituées, une revendication dans l’urbain par la marche sert à se réapproprier une ville pensée par et pour les prédominants. Le programme que nous proposons tente d’être le support plus pérenne de cette appropriation. Cherchant à être le plus juste possible, en particulier pour le cas des TDS, une phase de déconstruction des à priori est nécessaire.

56∙


figure 26 : intégration au déjà là.

∙57


troisième partie

Un programme pour des ∙59 prostituéEs

figure 27 : Le bordel idéal. Polly William Source : www.vice.com


Représentations

60∙

Il est aisé de se représenter les travailleurs prostitués dans la rue comme majoritairement des femmes, dépendante physiquement ou psychiquement à des substances et sous l’emprise d’un proxénète ou d’une mafia. Généralement ce sont les concernés qui parlent de travail lorsque les non concernés parlent de victimes. L’English Collective of Prostitutes rapporte que 74 % des TDS de la rue « ont mentionné le besoin de payer les dépenses du ménage et de soutenir leurs enfants » ainsi qu’« un quart des jeunes femmes sans-abri se livrent au travail sexuel pour financer un logement ou dans l’espoir d’avoir un lit pour la nuit. » Le syndicat révèle que la prostitution est avant tout une affaire d’argent et de pauvreté.9 Nos recherches sur les travailleur.SEs du sexe nous ont menés vers beaucoup de questionnements concernant la façon dont l’architecte représente ces usagers dans ses projets et dont il prend en compte les sexualités dans l’espace public. Bien que développée théoriquement en sociologie et anthropologie, dans les domaines de l’espace, la question de la représentation est absente. Cependant, dans le domaine de l’illustration une plus grande diversité apparaît comme les travaux de Rebecca Hendin et Polly Williams. (fig 21 & 22) La chercheuse Catherine Deschamps nous met cependant en garde sur un point: « Il s’agirait, sans précaution définitionnelle précisant l’étendue de ce qui est nommé discriminations, de prouver ce dont ils ou elles sont déjà convaincues, sans prendre la peine de se référer au préalable à la littérature existante ni, sur un mode déductif, de poser les discriminations comme hypothèse à vérifier ». 10 Dans le cas des travailleur. SEs prostituéES, il très commun de réduire leur situation à des personnes stigmatisées ou en souffrance. Quand bien même cette situation serait avérée pour une majorité de ces personnes, il faut aussi entendre et intégrer les personnes qui ne vivent pas ce stigmate, ne subissent pas de pressions ou encore revendiquent leur activité et ces droits pleinement. Les représentations des TDS que nous choisissons d’intégrer dans notre production graphique et textuelle tentent de suivre cette logique. Le but étant de représenter les profils différents des TDS, avec une vision plurielle et poussée que nos lectures, nos écoutes, nos visionnages ont laissé transparaître.

9

Travail genré : 88 % de femme TDS au Royaume-Uni

DESCHAMPS, Catherine, Discriminations, genre et espaces publics parisiens. L’effet pervers est pavé de bonnes intentions , 2017 10


figures 28 : Rebecca Hendin, How Safe Are Sex Workers In The City Where One Was Killed Under Police Watch?

∙61


Revendications Nous relevons que le travail du sexe est une profession qui tend à s’organiser pour défendre ses droits. Témoins de ces besoins spécifiques, nous proposons une architecture au service de l’émancipation. Comment revendiquent elles ? La création de groupes et syndicats de prostituées dans le monde permet à cette population de militer pour la reconnaissance de leurs droits et de leurs statuts et de faire élever les voix, donc évoluer les consciences.

62∙

Diana Helene, chercheuse à l’observatoire de la prostitution de Rio de Janeiro, s’intéresse au mouvement social des TDS. La fin des années 1980 voit émerger au Brésil le Réseau brésilien des prostituées (RBP) qui se consolidera par la formation de nombreuses associations de TDS à travers le pays. Depuis sa création, il a obtenu des résultats encourageants, en particulier la reconnaissance par le Ministère du Travail et de l’Emploi du métier de « professionnel du sexe » 11 Découlant de ces associations, des événements sont organisés et sont pour nous des exemples d’empowerment des prostituées brésiliennes qui nous semble pertinent pour Leeds. Par exemple, la célébration du PUTADEI (jour des putes) le 2 juin dans la ville de Campinas (SP) qui voit la place où travaillent les prostituées de la ville investie par des festivités au grand jour. Aussi, le défilé controversé DASPU, événement dans les rues de Rio, où la marque utilise des mannequins prostitués pour porter les vêtements qui reflètent l’exercice de leur métier. Des vêtements sexy, affichant un message clair et assumant leur travail. On assiste alors à la revendication de ce qui est à l’origine de leur stigmate ; l’affichage d’une sexualité dans l’espace public.

HELENE, Diana, o movimento social das prostitutas e o direito à cidade para as mulheres, Seminário Internacional Fazendo Gênero 11 & 13 th Women’s Worlds Congress , Florianópolis, 2017 11

SIMÕES, Soraya. Vila Mimosa: etnografia da cidade cenográfica da prostituição carioca. Niterói: EdUFF, 2010, p. 26 e 27 12

Autrement dit, tandis que les prostituées montrent leurs attributs à la parade, elles montrent également leur visage et sont à leur façon profondément politique12.


figure 29 : Défilé DASPU à Rio de Janeiro, 2010


63∙

figure 30 : ChloĂŠ, pute en lutte. 2017, par Louise S. Vignaud et Aleksi Cavaillez

www.sans-a.fr


SAUZON, Virginie. La déviance en réseau : Grisélidis Réal, Virginie Despentes et le féminisme pragmatique. In: TRANS [en line] , n° 13, 2012., p. 3 e 4 13

HELENE, Diana, o movimento social das prostitutas e o direito à cidade para as mulheres, Seminário Internacional Fazendo Gênero 11 & 13 th Women’s Worlds Congress , Florianópolis, 2017 14

Selon Helene, la visibilité de ce mouvement social dans la société et dans la ville contribue en effet à se défaire des paradigmes liés aux droits sexuels, mettant ainsi en évidence la déconstruction de stigmates à partir de la valorisation de l’identité de putain. Il s’agit, comme l’a montré Virginie Sauzon, d’un « mouvement de réappropriation de sa propre marginalité. […] La déviance est devenue affirmation identitaire, véritable arme politique. […] la prostituée dispose […] d’un pouvoir performatif agissant qui la conduit à s’inventer plutôt qu’à se laisser inventer » 13. Ainsi, lors d’une redéfinition des préjugés associés au stigmate de la putain, il est retourné comme un gant : le stigmate se transforme en source de fierté, la fierté d’être putain.14 Ces exemples d’empowerment nous proposent une relecture des conditions des protistituéEs vue alors comme des travailleurSEs qui posent la question de la matérialisation d’un lieu professionnalisant pour les TDS. ∙64


Une architecture au service de l’émancipation L’émancipation des TDS de la rue dans notre projet passe par un empowerment professionnel et personnel. En recul de Globe Road, l’ancienne fabrique Globe Mill s’étire sur quatre niveaux et possède deux façades aveugles à l’est et à l’ouest. Les deux autres sont largement vitrées et sont tournées respectivement vers le canal et vers l’allée donnant sur la chaussée. Un accès privé au canal est ménagé par les murs encerclant les parkings. C’est dans ce bâtiment que nous cherchons à apporter une réponse architecturale aux besoins des personnes prostituéEs ; en dehors de leur zone de travail et de leur lieu de résidence, potentiellement sur leur trajet d’aller ou de retour. Les quatre étages se scindent en 3 niveaux qui s’adressent aux problématiques auxquelles elles font face :

65∙

- R+2/R+3 Les Studios : Offrir une sécurité matérielle, éviter le statut de proxénète des propriétaires immobilier, loger les intervenants ponctuels, protéger les personnes en situation d’urgence. - R+1 Le Plateau : Permettre l’organisation et le dialogue, organiser l’espace selon les besoins acoustiques grâce à un plan libre et des cloisons souples. - RDC Les Bains : Protéger l’individualité et offrir une diversité, du confort et de l’hygiène entre la rue et chez soi. La maison est ouverte aux TDS, sans différenciation, nous proposons, non seulement, un endroit pour les personnes qui revendiquent la prostitution comme un travail avec la possibilité d’organiser des événements tels que conférences, point d’informations, séminaire, accès aux soins et conseils juridiques.8 Mais aussi, un espace de détente et d’équipements sanitaires pour décompresser, prendre soin de soi, se nettoyer après le travail ou s’extraire de son quotidien. Un lieu avec des bains individuels et variés, mais aussi collectifs. Le nettoyage du corps pouvant revêtir plusieurs

8: Du fait de leur profession si particulière, elles ne bénéficient pas de soutien de tous mais uniquement de leurs pairs. Le tabou de cette profession, les problèmes restent secrets ou se partagent uniquement entre collègues.


construit / détruit / conservé

construit / détruit / conservé

planchers c

planchers chauffants

isolation logique matériaux

construit / d

isolation logique matériaux

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isolation

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planchers chauffants logique matériaux

figures 31 : Lumière naturelle et chaleur par radiation : la maitrise du confort.

planchers chauffants

construit / détruit / conservé

construit /


significations symboliques : se détendre, se laver, se rafraîchir, se réchauffer, se soulager, récupérer, discuter, etc. Ici, le but étant d’engager une reconquête de l’individu et de son statut de travailleurSEs. Nous voulons également nous adresser aux travailleurSEs qui se sentent coincées dans cette situation. Ce lieu communautaire peut être, dans ce cas, un refuge qui se soustrait à la réalité de la rue. Un lieu privilégiant le confort physique et psychique. À toute les échelles, le projet que nous proposons se situe sur le fil entre le visible et l’invisible. À tous niveaux nous choisissons d’investir ou de laisser vacant, de réhabiliter ou de s’abstenir, de montrer ou de cacher, de planifier ou d’improviser. Nous travaillons le passage sans cesse d’une action à l’autre et proposons un support à ces rencontres, un entre-deux fragile et éphémère.

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C’est dans cette volonté de nuance perpétuelle que nous imaginons une des solutions répondant aux intérêts des prostituéEs de Holbeck.

figure 32 : Dispositif pour l’eau sur le viaduc


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figure 33 : Rez-de-chaussée

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figure 34 : Coupe perspective sur la maison des bains

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conclusion

NOTE POUR L’EN- ∙72 GAGEMENT

figure 35 : Globe mill, à l’aube. Source : photo personelle


De ces attentions ponctuelles, nous souhaitons embrasser les échelles territoriales, urbaine et architecturale, croiser les échelles sociales, communautaires et individuelles. De la maison des bains au viaduc victorien, nous avons identifié les leviers permettant de régénérer l’urbain tout en s’inscrivant dans le contexte réel. Faire avec, interroger nos certitudes et les idées reçues. C’est en tentant d’offrir aux usagers du projet un pied d’égalité que nous assumons cette contre proposition à une highline à Leeds. Placer au centre du projet une population “cachée”. Quel est le rôle de l’architecte et quel parti prendre lorsque le projet est porté par le politique ? Quelle est notre marge de manœuvre dans une situation législativement instable ? Comment traiter des sujets qui divisent l’opinion publique ? Dans quelle mesure devons-nous intervenir ? Prendre parti ou pas ?

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Nous ne pensons pas avoir trouver une solution idéale, mais il est certain que nous avons avancé dans notre réflexion et poussé la définition des usages et usagers de l’espace public. Le quartier de Holbeck, nous a permis de démontrer les potentiels infinis d’une situation conflictuelle ou complexe. Dans le cas de la prostitution de rue, les seules perspectives existantes sont des démarches urbaines hostiles. Les seules initiatives constructives émergent directement des concernées en groupes organisés. Nous avons décidé d’accompagner, à distance, ces groupes. Développer un tel projet confirme notre conviction : affirmer son lieu d’énonciation, déplacer son regard. C’est-àdire savoir d’où je parle (la voix de qui) et de quelle position. N’existe-t-il pas des usages et des usagers qu’on ne sait pas ou qu’on ne veut pas voir?


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figure 35 : Tract pour le défilé DASPU à Rio de Janeiro, 2010


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Ce texte s’inscrit dans le prolongement du tome 1 : entre continuité et rupture, il traduit les réflexions et recherches qui nous sont apparues suite à un séjour de 10 jours dans la ville de Leeds. Logées dans le quartier étudiant de Hyde Park, ce secteur a été le point de départ de nos rencontres et de notre arpentage. Puis, nous avons continué en traversant le centre-ville jusqu’à la partie sud de l’inner city où la marche est plus difficile. C’est ici que se sont révélées les disparités d’investissement de la ville entre différents wards. C’est aussi en se retirant du territoire étudiant que des problématiques plus tacites nous sont apparues comme la prostitution de rue. Choisir de placer la prostitution comme l’activité substantielle d’un quartier est un choix réfléchi. Il ne s’agit pas d’accabler un lieu mais de trouver une porte d’entrée à une analyse territoriale, urbaine et locale. Le thème permet aussi de soulever de nouvelles interrogations lors de la conception d’un projet architectural.

Directeur d’études : Stéphanie DADOUR Responsable du master : Stéphanie DAVID


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