LEEDS mesure du passage TOME 1
AliĂŠnor MUSCAT - Lucie PERRIER Architecture, villes, ressources
Source couverture : Christian Bodden, Leeds West Indian Carnival Parade, 2017 www.flickr.com
Introduction : Typique donc oubliée Ville de passage?
p.3 p.5
Conjoncture actuelle d’une ville en décroissance p.10 Notre a priori 1. Leeds attractive : suivre les diplomés
p.12 p.15
∙ Construction du suburbs’ dream
p.16
∙ SHOPPING CENTER : the place to be
p.24
∙ City Center : du gros au détail
p.26
2. Leeds immersive : suivre les étudiants
p.33
∙ Une mixité culturelle pas générationelle
p.34
∙ BACK TO BACK HOUSES : foyers de la précarité
p.36
∙ (Dé)chiffrement des difficultés
p.40
3. Leeds résiliente : suivre les ressources
p.43
∙ Détournement de la gentrification
p.45
∙ Vivre la vacance
p.51
∙ BROWNFIELDS : le passé au présent
p.52
Conclusion : Rencontre des solidarités
p.57
Bibliographie
p.60
SOMMAIRE ∙1
introduction
TYPIQUE DONC ∙3 OUBLIÉE
Peter Mitchell, Quarry Hill Flats, Leeds, 1977. Le site avait été annoncé comme l’avenir du logement moderne des décennies plus tôt. Un an plus tard, en raison de la mauvaise qualité de la construction et du vandalisme, il a été démoli. Source : http://strangelyfamiliar.co.uk
4∙
N
N
figure 1 : Leeds centrale 0
5
12.5
25km
1:500 000e
0
2.5
6.25
12.5km
1:250 000e
0
2
5
10km
1:200 000e
Ville de passage ?
Chiffres relayés sur l’observatoire de Leeds, d’après le recensement de 2011. http://observatory. leeds.gov.uk 1
Située à mi-distance entre la source et l’embouchure de la rivière Aire, Leeds est une ville du nord de l’Angleterre et appartient à la région du West Yorkshire. Dans les plaines entre le massif des Pennines culminant à 700 m et le delta du Humber, la ville va tirer profit de cette position territoriale médiane et de l’ouverture d’un canal la reliant Liverpool (fig.1). Berceau oublié de la révolution industrielle, à la fin du XVIIIe siècle, elle développe son savoir-faire dans l’industrie textile grâce à un climat humide favorable. Dès le début du XXe siècle, le déclin s’amorce et la ville sombre jusque dans les années 1980. Elle tente de diversifier sa production au gré des différentes crises et récessions, mais n’échappe pas à son lot d’usines abandonnées et de quartiers désertés. La rédemption s’opère par ce qui a fait sa fortune : les grands magasins et les services. Place emblématique de la consommation, elle maintient aujourd’hui sa renommée dans le secteur du shopping qui occulte cependant la plupart des autres activités de Leeds. Fidèle au caractère médian de la ville, le vote au sujet du Brexit en juin 2016 s’est soldé par l’un des résultats les plus serrés du Royaume-Uni, avoisinant le cinquante-cinquante. Les 551 km2 de l’aire métropolitaine leedsienne accueillent 751 000 habitants d’après le dernier recensement de 2011, dont 474 632 vivants dans le county of Leeds, l’aire urbaine de la ville . À majorité blanche et britannique, la population tend à se diversifier depuis les vingt dernières années, représentant, dans ces limites municipales, 88 % de la population en 2001 contre 73 % en 20111. Au-delà d’un passé de pionnière de l’industrie éclipsé par ces célèbres voisines Manchester et Liverpool, l’attrait touristique de Leeds et son offre culturelle peinent à émerger face à ces deux Géantes historiques. Le football non plus , ne rétablit pas cette lacune. Ainsi, dans les esprits britanniques Leeds reste cantonnée à l’image d’une ville où l’on vient faire du shopping, quelques jours, ou faire ses études, quelques années. Malgré sa deuxième position dans la finance en Angleterre, elle paraît toujours comme une ville de passage.
∙5
figure 2 : flux net de population entre Leeds et les autres villes britaniques, 2009-2015
6∙
N
N
0
5
12.5
25km
1:500 000e
0
2.5
6.25
12.5km
1:250 000e
0
2
5
10km
1:200 000e
0
1
2.5
5km
1:100 000e
0
0.75
1.875
3.75km
1:75 000e
0
0.5
1.25
2.5km
1:50 000e
0
0.25
0.625
1.25km
1:25 000e
0
0.2
0.5
1km
1:20 000e
0
100
250
500m
1:10 000e
0
75
187.5
375m
1:7 500e
0
50
125
250m
1:5 000e
Source: ONS internal migration data http://www.centreforcities.org
The great British brain drain, An analysis of migration to and from Leeds, CentreForCities, March 2017 www.centreforcities.org 2
Avec 61 900 étudiants, Leeds concentre la cinquième population étudiante du pays se répartissant majoritairement entre la University of Leeds, et la Leeds Beckett University. Pour l’année universitaire 2014-2015, la ville enregistre le plus haut chiffre d’entrée net d’étudiants d’Angleterre2. Puissante de cette position, on peut imaginer que la ville investit beaucoup pour l’installation de ces étudiants. Cependant, le phénomène de fuite des cerveaux particulièrement présent à Leeds appuie le sentiment de ville de passage. Le mouvement des jeunes domine les schémas de migration de la ville. Dans son rapport The great British brain drain2, l’organisme indépendant CentreForCities analyse les déplacements entre Leeds et le reste de la Grande-Bretagne. Or, de 2009 à 2015, Leeds renouvelle sa population avec une augmentation nette très légère (fig.3). Ces arrivées concernent les personnes âgées entre 16 et 21 ans qui ont très probablement fréquenté l’université. Cependant, toutes les autres classes d’âges ont une balance négative. Déséquilibre qui signale le désintéressement de la population active à rester à Leeds. La classe la plus sujette aux départs est celle des 22-25 ans sortant des universités de Leeds et qui s’installent en direction du Sud et majoritairement Londres où il y a plus d’opportunités d’emplois (fig.2). De surcroît, l’exode des classes plus âgées, 35-55 ans, peut s’expliquer par l’importance qu’ils accordent à leur qualité de vie. La taille et le type de maison et l’accès aux écoles locales les incite à préférer vivre à l’extérieur des centres urbains. Grâce à la forte attraction des universités, la ville semble maintenir sa population. Néanmoins, n’ayant aucune difficulté pour attirer des étudiants Leeds révèle une incapacité à retenir ses diplômés. figure 3 : Afflux net de population à Leeds par âge, 2009-2015 Source: ONS internal migration data, http://www.centreforcities.org
∙7
LEEDS METROPOLITAN & COUNTY: UNE PRÉCARITÉ CONCENTRÉE figure 4
*indice de précarités multiples
8∙
Rivière Aire Limite municipale (County of Leeds) Limite métropolitaine (City of Leeds) Voies ferrées Autoroutes Routes nationales Bâtit
*Index of Multiple Deprivation L’Indice de précarité multiple étude qualitative du gouvernement Zone appartenant au 10% est desune quartiers les plus défavorisés du Britanique sur les zones défavorisées anglaises. L’ étude (publiée en 2015) couvre sept aspects de précarité (deprivation) : le revenu, Royaume-Uni, selon l’IMD* l’emploi, la privation de santé et handicap, les compétences en éducation et formation, les obstacles au logement et aux services, la criminalité et le cadre de vie. 0
1
2.5
5km
1:100 000e
∙9
N
N
Source : http://observatory.leeds.gov.uk 0
5
12.5
0
2.5
6.25
0
2
5
0
1
2.5
Conjoncture actuelle d’une ville en décroissance Son histoire triviale, sa position géographique médiane, son image de ville de passage explique certainement la réputation qu’a Leeds. Dans la bouche des anglais elle parait lambda. Dans notre imaginaire sur la Grande Bretagne, elle est inexistante malgré des chiffres qui indiquent le contraire.
10∙
Urbainement, le City Center reflète la période faste de la ville pendant son essor industriel. Il témoigne de l’apparition des emplois de services et l’explosion de la vente en gros à cette époque. Aujourd’hui les bâtiments servent au secteur tertiaire et constituent un mall à ciel ouvert. Ceinturant le City Center, plusieurs zones de stockage et de logistique remplacent la plupart des usines de la révolution industrielle de la ville. Au même moment, l’exode rural provoque un afflux de main-d’œuvre et on assiste à l’édification de nombreux quartiers ouvriers et des tristement célèbres, Back to Back houses. Sans réels investissements, ces quartiers côtoient encore les zones industrielles, ils forment la banlieue proche de Leeds : l’Inner city (fig.5). À cheval sur le centre et la proche banlieue se trouve le campus universitaire de la ville. Il draine une population d’étudiants qui investissent ces lieux historiques. L’évolution des standards de vie au long du XXe siècle, voit émerger les suburbs verdoyants, une réaction à la ville industrielle polluée et l’avènement d’une utopie libérale3. Aujourd’hui encore, cet étalement urbain, l’Outer city , quasi exclusivement résidentiel, est symbole d’un meilleur confort de vie. Ce phénomène est tel que la limite métropolitaine de Leeds se brouille dans les territoires des villes voisines. L’éloignement du tissu résidentiel avec le City Center implique une densification des flux qui s’accompagne du développement du réseau routier (fig.4). Une des deux rocades de la ville dessert les nombreux shopping centers des suburbs. City Center, banlieue proche et suburbs annoncent une dynamique à deux logiques apparemment distinctes.
TARICAT, Jean, Suburbia : une utopie libérale, Paris, la Villette, École d’architecture de la ville & des territoires à Marne-la-Vallée, France, 2013 3
figure 5 : Leeds, division territoriale concentrique
∙11
N
N
0
5
12.5
0
2.5
6.25
0
2
5
Notre a priori,
12∙
À travers ces deux logiques se dessinent deux poumons économiques. Ils suggèrent une forme d’interdépendance, majoritairement financière. La première logique est celle d’une Leeds attractive. La couronne externe formée par les suburbs et le City Center ; deux pôles qui relient la plupart des capitaux (fig.6a). C’est là que se concentre une population vieillissante de classes moyennes à aisées et majoritairement blanches. Entre ces deux territoires, un flux cyclique de déplacement du capital généré par les salariés et entrepreneur du City Center est réinvesti dans les suburbs, mais aussi dans la consommation de bien à travers les malls et l’économie du shopping du centre-ville. Cette migration de richesses qui se matérialise donc par un déplacement de personnes s’appuie sur le vaste réseau de mobilité, mais insuffisant ; Leeds demeurant la première ville embouteillée du Royaume-Uni. La seconde logique économique s’exerce dans l’Inner city (fig.6b). La banlieue adjacente au centre-ville concentre la précarité. Elle hérite des activités industrielles de Leeds, mais aussi de son déclin avec des habitations vacantes et des friches. Ces activités attirent des populations moins qualifiées et des classes sociales moins aisées. La zone pâtit de la forte interaction entre suburbs et City Center et voit son territoire morcelé par les voies à grandes vitesses, cloisonnant le tissu urbain. Cette couronne semble donc accumuler les difficultés, mais pas seulement. Grâce au campus universitaire, cette zone précaire acquiert un autre type d’usagers liés à la formation et l’apprentissage. En perpétuel renouvellement, des étudiants d’autres villes et de l’étranger, ils participent à la renommée de la ville sur le plan international. Partageant avec la population ouvrière un faible pouvoir d’achat, ces nouveaux arrivants alimentent une économie bien plus locale. Bien que ces deux logiques s’avèrent fonctionner quasi indépendamment, elles semblent à la fois cause et conséquence de l’autre. Ce paradoxe nous questionne, ainsi que ces répercussions sur le territoire leedsien et ses enjeux pour demain. Parmi les acteurs de la ville, comment les étudiants puis diplômés, constituent-ils un des rouages de ce développement à deux vitesses ?
figure 6a : L’Outer city et le City Center : dynamique des capitaux
∙13
figure 6b : L’Inner Inner city : couronne interne de précarité
LEEDS ATTRACTIVE : SUIVRE LES PLUS ∙15 DIPLÔMÉS 1er poumon économique
80 % du territoire métropolitain de Leeds est occupé par les suburbs or, seulement 38 % de la population y réside4. Majoritairement des classes moyennes et supérieures, diplômées, dont les enfants font en priorité des études universitaires. Un mode de vie désiré qui découle d’une histoire urbaine plus ancienne.
Peter Bartlett, City Center, Leeds, 2013. Source : https://www.flickr.com
Construction du suburbs’ dream
16∙
Pas réellement limité par son milieu naturel, c’est plutôt le long des infrastructures que l’accroissement de Leeds s’opère. Jusqu’en 1850, la tache urbaine leedsienne dépasse à peine le centre-ville actuel (fig.7). Une partie de la population vit encore à l’extérieur de la ville, subsistant avec la culture des terres. Ces habitants se regroupent autour de lieux dits qui constituent les quartiers actuels — wards — de la ville. À cette date d’apogée, la rivière Aire incarne un moteur du développement. Les canaux concentrent la plupart du trafic des matières premières en provenance de Liverpool. Le débit de l’eau alimente les nombreux textile mills5 qui fleurissent sur les rives. L’arrivée du chemin de fer accélérera l’expansion des lieux de production le long des voies. Le centre-ville attire alors de nouvelles activités comme la finance ou les services. L’industrialisation des terrains dans la bordure extérieure de Leeds, pousse les classes moyennes à privilégier d’autres zones d’habitations, s’éloignant du centre-ville. Des quartiers de travailleurs viennent s’adosser aux fabriques et avec eux, les phénomènes de surpopulation, de pollution et d’insalubrité. Au XXe siècle, la concurrence des colonies et l’interdiction du travail des enfants provoquent le recul de l’industrie textile. Leeds se maintient tant bien que mal en diversifiant ses secteurs de production comme l’imprimerie ou les équipements de construction6, mais la croissance folle d’habitants est ralentie par la grande Dépression des années 1930. Entre les deux guerres, de vastes programmes menés par le conseil municipal viseront à réduire les bidonvilles, construisant des immeubles de logements neufs à l’extrémité de la ville qui crée les premiers suburbs. À partir des années 1950, certains de ces logements seront abandonnés ou détruits, repoussant encore les limites des suburbs (fig.8). La population de Leeds stagnant aux alentours de 700 000 habitants depuis 1960, retrouve un regain plus appuyé depuis les dix dernières années. Cependant aujourd’hui, le nombre de résidants dans la limite municipale piétine autour de 450 000, et ce sont surtout les suburbs qui bénéficient de l’augmentation de la population participant à l’étalement urbain accru de la ville.
Chiffres relayés sur l’observatoire de Leeds, d’après le recensement de 2011. http://observatory. leeds.gov.uk 4
5
fabriques de textile.
Discovering Leeds, http://www.leodis.net 6
«The city that makes everything»
«Stagnant city»
1850
1950
∙17
Rivière Aire
«1ère destination commerciale»
2017
Rivière AireAire rurale Aire rurale Tache urbaine Quartiers Industriels Tache urbaine Réseau ferré Quartiers Industriels Réseau routier Réseau ferré Municipalité (County of Leeds) Réseau routier
Métropole de Leeds créée en 1972 Municipalité (County of Leeds) figureMétropole 7 : Développement de la tâche urbaine de Leeds créée en 1972
N
N
0
5
12.5
0
2.5
6.25
0
2
5
CONSTRUCTION DU SUBURB’S DREAM figure 8
18∙
Carte de 1953 Source : www.oldmapsonline.org/en/Leeds tissu urbain des suburbs de type «garden-city» Nouveaux quartiers résidentiels d’après 1953 Quartiers ouvriers réqualifiés après 1953 Rivère Aire Limite municipale actuelle (County of Leeds)
0
0.75
1.875
3.75km
1:75 000e
∙19
N
N
0
5
12.5
0
2.5
6.25
0
2
5
Il existe deux entités de suburbs, ceux de la campagne de l’Outer city sont constitués par les hameaux qui font maintenant partie de la métropole (fig.9a). Alors que les suburbs des urban districts de l’Inner appartiennent à la limite municipale de Leeds (fig.9b). Ces lieux concentrent les classes moyennes à supérieures. Le taux de demandeurs d’allocations chômage y est moins important et le prix moyen d’une maison est trois à quatre fois plus coûteux que dans les zones de précarité élevée selon l’IMD9. La proportion des personnes retraitées, âgées de plus de 65 ans est aussi supérieure à la moyenne de la ville10.
20∙
La diversité des origines ethniques y est beaucoup moins présente que dans le centre et sa proche banlieue; s’élévant à seulement quelques pourcents de la population contre un tiers dans le quartier de Gipton & Harehills10. Enfin, le niveau de qualification des habitants des suburbs constitue une nouvelle disparité. Les foyers dans ces territoires concentrent le plus de diplômés niveau licence et plus. Phénomène là encore attendu, ce sont les quartiers ceinturant le City Center qui comptabilisent un taux de personnes sans qualification supérieur à la moyenne de Leeds. Les situations les plus contrastées sont polarisées de l’Outer à l’Inner city concentriquement. Jouissant d’un niveau de vie plus élevé, les habitants les plus qualifiés s’exilent loin du centre après leurs études. Leurs enfants peuvent apprécier un cadre plus agréable et surtout de la présence de nombreuses écoles. Comme à l’époque de l’expansion urbaine, les infrastructures de transport rapide traversent Leeds dans tous les sens, reliant principalement le centre-ville. La voiture restant le mode de déplacement privilégié. En dehors des écoles, ils existent très peu de lieux qui attirent les habitants hors de leurs maisons individuelles. En réponse au manque d’espaces publics de rencontre et aux faibles températures annuelles, le shopping mall se place comme le point culminant de la vie du suburbiste. Dans les banlieues leedsiennes, les malls constituent des microcentralités dans ce tissu répété et vastement déployé (fig.10).
Index of Multiple Deprivation est une étude du gouvernement Britanique sur les zones défavorisées. L’ étude (2015) couvre sept aspects de précarité (deprivation) : le revenu, l’emploi, la privation de santé et handicap, les compétences en éducation et formation, les obstacles au logement et aux services, la criminalité et le cadre de vie. 9
Chiffres relayés sur l’observatoire de Leeds, d’après le recensement de 2011. http://observatory. leeds.gov.uk 10
Zones favorisées de la ville, l’Outer City rassemble, avec le centre-ville, la grande majorité des investissements privés. Son cadre, vert et recherché ainsi que la disponibilité du foncier attirent les nouveaux projets de complexes d’habitations. Mais cet étalement urbain créateur d’une haute densité végétale et d’un éloignement du voisinage proche (fig.9a) est farouchement défendu par ses habitants. La population, peu encline à voir ses paysages naturels investis ni à partager une ruralité tant convoitée, s’organise en associations avec comme argument principal la conservation d’un patrimoine naturel et également, bien qu’à demi-mot, celle d’une vie privilégiée à ne pas partager. figure 9a : Suburbs de l’Outer city
∙21
Quant à l’Inner City, on assiste à un stade plus avancé des suburbs où la ville s’est emparée des grandes zones naturelles restantes (fig.9b). L’investissement y est minime considérant le challenge qu’il représenterait : des habitations peu, voir pas rénovées depuis leur construction à un urbain complexe fait d’un réseau de mobilité trop présent. Zone « fourre-tout » de la ville, L’Inner-City se voit reléguer les zones industrielles et commerciales ainsi que l’ensemble des maisons de retraite de la ville. Inutile de préciser que le déplacement piéton y est difficile et donc trop peu pratiqué. figure 9b : Suburbs de l’Inner city
DÉCENTRALISATION DE LA CONSOMMATION ET DE L’ÉDUCATION figure 10
Owlco
22∙
tissu urbain des suburbs Shopping Center et City Center Rivère Aire Limite métropolitaine (City of Leeds) Limite municipale (County of Leeds) Attractivité du mall ≈ 20 min en voiture Écoles Grands axes routiers Axes routier secondaires 0
0.75
1.875
3.75km
∙23
N
N
0
5
12.5
0
2.5
6.25
0
2
5
SHOPPING CENTER : the place to be
24∙
Le shopping mall, terme nord-américain, s’exporte en Angleterre où on le renomme shopping center, en référence aux premiers grands magasins, exclusivement situés dans les city center des villes. Mais ce n’est qu’en 1964, que s’installe le premier shopping center hors des centres-ville en Angleterre. Il marque les débuts du système consumériste que nous vivons aujourd’hui où les clients se déplacent individuellement en voiture. En 1967, le premier centre commercial couvert de type Mall américain ouvre à Leeds. Situé dans le suburb de Cross Gates ce shopping center marque le début d’une prolifération des malls au sein des suburbs11. Bâtiment de transition entre les galeries de magasins se limitant aux rues existantes du centre ancien et les malls des suburbs sans réelles limites physiques d’expansion, le Cross Gates Shopping Center (fig.12) est considéré comme un marqueur d’une Leeds changeante. S’installant spécifiquement en banlieue, ces centres commerciaux profitent de l’étalement urbain des suburbs et accroissent leur emprise au sol. Les parkings fleurissent et les bretelles des grandes voies rapides se multiplient. Et ce pour en arriver à notre schéma si familier : les zones commerciales. Le White Rose Shopping Mall (fig.13) est l’exemple récent d’un des plus grands shopping center de la ville. Représentant une surface de 71 150 m2, il peut être considéré comme un regional mall étendant son influence sur plusieurs quartiers. Il reste pourtant, à l’échelle du pays, de taille modeste. Typiquement, le White Rose est un établissement situé au bord de l’autoroute A621 dans la banlieue de la ville et une bretelle le dessert. Ses aires de parkings représentent le double de son emprise au sol, une grande zone agricole le ceinture, puis vient le tissu urbain des suburbs. Depuis leur essor dans les années 70 jusqu’à aujourd’hui, les shopping centers ont écrasé et poussé à la faillite les petits commerces de Leeds.
Vue aérienne du parking d’un shopping center source :https://www.youtube.com/watch?v=D8JPLr5O94Q
Cross Gates Mall history, www.shopcrossgates. com
11
figure 11 : :Plan masse du Trinity Leeds (City -Center) 2013 Superficie totale : 83 000m2
∙25
figure 12 : Plan masse et situation
Crossgates Shopping Center (Suburbs de l’Inner City)1967 Superficie totale : 18 500m2
figure 13 : White Rose
Shopping Center (Suburbs de l’Outer City). 1997 Superficie totale : 71 150m2
City Center : du gros au détail Véritable shopping center à ciel ouvert, le City Center est un témoin de la capacité de Leeds à se reconvertir. Il est aujourd’hui un point d’attractivité fort, et ce à l’échelle locale, régionale et nationale (fig.14).
26∙
Destination shopping prisée, son succès repose principalement sur l’offre qu’il propose. En effet, son shopping mall et ses rues piétonnes comptent plus de mille magasins. Tendant vers la consommation d’une classe moyenne supérieure, voire aisée, le centre accueille boutiques indépendantes, designers, marchés de qualité, ainsi que des marques de grand renom. Il prend pour décor les anciennes rues et façades d’une Leeds faste aux abords du XXe siècle. Ce contexte actuel est issu d’une reconversion de la ville : d’un passé commerçant et industriel à une prédominance de la vente et de la finance. C’est pendant la révolution industrielle que ce tournant s’opère. Le City Center voit ses grandes artères se congestionner par des flux exponentiels dus à l’exode rural. Drainant alors les allées et venues des ouvriers, mais aussi des commerçants et acheteurs des marchés de gros, la ville entreprend des travaux d’élargissement et de déconstruction. Les entrées et allées principales telles que Board Lane et Briggate (fig.15) se dilatent, annexant les propriétés voisines12. La révolution industrielle enrichit la ville, attirant alors des professions libérales, liées à la finance ainsi que l’ensemble du secteur tertiaire. Le niveau de vie augmente avec l’arrivée de cette nouvelle population et l’apparition desD’oùsyndicats ; de même que, les débuts de l’hygiénisme. viennent les shoppers?
Discovering Leeds, http://www.leodis.net
12
YORK
BRADFORD
LEEDS
HULL
SHEFFIELD
N
23millions
figure 14 : Une connection régionale
de shoppers 0 par an visitent le
LEEDS METROPILITAN DISTRICT WEST YORKSHIRE YORKSHIRE
N
5
Trinity Leeds Shopping Center ville d’origine de 0 2.5
Marks & Spencer
Élue meilleure destination shopping
0
2
12.5
25km
1:500 000e
6.25
12.5km
1:250 000e
10km
1:200 000e
5
figure 15 : Le territoire du shopper, un territoire historique.
Trinity Leeds Briggate St.
Ancienne gare de Leeds
Gare de Leeds
∙27
Carte de1850 Source : www.oldmapsonline.org/en/Leeds Voies férées persistantes depuis 1850 Voies férées à l’abandon Nouvelles voies férées Anciens canaux Rivière Aire Ilôts persistants depuis au moins 1850 Ilôts requalifiés Hyper-lieux actuels Territoire du Shopper ≈ 20 min à pied Grands lieux de vente textile du XIXe N
N
0
N
5
0
12.5
0.2
25km
1:500 000e
0.5
0
2.5
6.25
0
2
5
0
1
2.5
0
0.75
1.875
1km
12.5km
1:250 000e
10km
1:200 000e
5km
1:100 000e
3.75km
1:75 000e
28∙
figure 16 : Birggate Street
Echoppe 1800
Immeuble High Victorian Gothic
figure 17 : Évolution des façades commerciales
1850
Queen’s Arcade Kirkgate Market
1900
900
Briggate, la populaire
Briggate est la High Street la plus populaire de Leeds, elle en est aussi l’une des plus anciennes. Allant du nord au sud du centre-ville, Briggate (fig.16) se prolonge et s’arrête sur le Bridge End, le premier pont traversant la rivière Aire ; d’où la rue tient son nom. Carrefour du commerce et centre administratif depuis les origines de la ville, elle s’est adaptée dans le temps pour devenir au début du XIXe siècle un shopping center. Les marchés et les bâtiments administratifs s’éloignent de Briggate qui devient alors une promenade urbaine dédiée à la nouvelle classe moyenne de Leeds (fig.16). Magasins, galeries marchandes et théâtres ouvrent ainsi leurs portes. Les façades actuelles de Briggate témoignent du passé de la rue : des petits commerces aux grands magasins huppés, la rue conserve son esthétique hétéroclite. Cependant, le style architectural dominant demeure l’architecture victorienne. On observe toujours les petites échoppes vieilles de plus de deux siècles, hautes de 2 à 3 étages (fig.17). Elles accueillent aujourd’hui dans leur rez-de-chaussée boutiques et librairies de qualité. Contrastant avec ces petits bâtiments, les immeubles victoriens et leur style High Victorian Gothic , qui prédomine à Londres, s’élèvent de 4 à 6 étages. Ajoutant l’acier aux systèmes constructifs de l’époque, l’architecture victorienne se réinvente en s’adaptant à une société désireuse de confort et de beauté.
∙29
Trinity Leeds 1950
Crossgates Shopping Center
2000
County
figure 18 : Terrain de chasse du shopper
Thornton’s
Cross
Queen’s
Grand
Trinity Leeds
Nouvelles voies férées Rivière Aire Ilôts persistants depuis au moins 1850 King Edward Stre et Ilôts requalifiés Hyper-lieux actuels Briggate Street
Nouvelles voies férées Rivière Aire Ilôts persistants depuis au moins 1850 Ilôts requalifiés Hyper-lieux actuels
≈ 20 min à pied ≈ 6 min à pied Territoire du Shopper Thornton’s/Queen's/Grand/County/Cross/Arcades
≈ 20 min à pied ≈ 6 min à pied Territoire du Shopper Thornton’s/Queen's/Grand/County/Cross/Arcades
Gare de Leeds N
0
0.2
0.5
1km
N
30∙
0
0.2
0.5
1km
Nouvelles voies férées Rivière Aire Ilôts persistants depuis au moins 1850 Ilôts requalifiés Hyper-lieux actuels ≈ 20 min à pied ≈ 6 min à pied Territoire du Shopper Thornton’s/Queen's/Grand/County/Cross/Arcades figure 19 : Le Trinity Leeds un jour d’affluance, décembre 2013 Source : https://trinityleeds.com N
0
0.2
0.5
1km
Les Arcades
Discovering Leeds, http://www.leodis.net 13
Trinity Leeds Fashion Food Film https://trinityleeds. com 14
LUSSAUTL Michel, Hyper-lieux - Les nouvelles géographies de la mondialisation, Édition Seuil. Collection La couleur des idées. France, 2017 15
Vient le temps des grands magasins et de leurs grandes distributions. À Leeds, ces lieux prennent la forme d’Arcades : des rues couvertes, abritant une multitude d’échoppes et magasins. Beaucoup se concentrent ainsi dans les nouvelles Queen Victoria Street et King Edward Street, appelées Arcades13. Représentatif alors d’une évolution de classe au cours de l’histoire, le shopping center anglais est un lieu aux différentes formes architecturales. Leeds conserve, dans son City Center et ses suburbs, deux exemples caractéristiques. Les premiers, voyant le jour pendant la période faste de la ville, deviennent alors les toutes premières galeries de la ville en 1889 (fig.17). Hautes de trois et quatre étages respectivement, elles sont couvertes par une toiture de verre et d’acier et abritent la récente multitude de magasins leedsiens. The Grand Arcade, Cross Arcade et County Arcade se construisent durant les dix années suivantes. C’est dans ces galeries que la nouvelle dynamique de la ville prend place et s’étend dans les rues voisines, témoin d’une architecture innovante pour de nouveaux modes de vie. En 2013, le Trinity Leeds14, l’actuel shopping center du centre-ville ouvre ses portes. Près de quatre fois plus grand que ses ancêtres, il piétonnise et couvre les trois rues qu’il investit, rappelant les anciennes galeries du quartier (fig.18). Avoisinant les 100 000 m2, Le Trinity brasse aujourd’hui plus de deux milliards de livres par an et représente une des destinations favorites des touristes et passants. Véritable hyper-lieu15 de Leeds, il attire une grande diversité sociale : shoppers, habitants des suburbs, population défavorisée de l’Inner city aux étudiants de la ville. Réel lieu de loisirs et promenade urbaine (fig.19), le centre est un endroit de partage d’une population hétérogène et répartie inégalement sur le territoire de la ville. Les étudiants investissent ce quartier et participent à sa dynamique. Diplômés et étudiants vivant respectivement dans l’Outer et l’Inner font partie des nombreux acteurs animant ce poumon économique de cette Leeds attractive. Les étudiants semblent finalement établir un pont économique avec le deuxième poumon propre à leur présence même.
∙31
LEEDS IMMERSIVE : SUIVRE LES ∙33 ÉTUDIANTS 2eme poumon économique
Une économie secondaire qui se découvre en suivant l’établissement des étudiants dans les quartiers proche du centre et du campus. Plus inventive, elle nous propose une lecture plus subtile de la Leeds des shoppers.
Alph Thomas, Students crossing Hyde Park, Hyde Park & Woodhouse, Leeds, 2013 Source : https://www.flickr.com
Une mixité culturelle pas générationnelle Suburbs étendu sur plus de 500 km2, prolifération des malls, prédominance de la voiture et shopping comme principal loisir, constituent une Leeds attractive pour les classes moyennes. Mais ce sont aussi des phénomènes attendus pour beaucoup de villes britanniques. Toutefois, une catégorie de la population, presque un dixième de la ville, semble révéler une singularité. Les étudiants forment une passerelle immersive vers un aspect plus souterrain de Leeds. Le campus universitaire occupe un espace très restreint de la ville. Quatre universités s’y côtoient : l’University of Leeds, la Leeds Beckett University, le Leeds College of Art et la Northern School of Contemporary Dance. Au nordouest du campus s’étend un ancien quartier de Back to Back Houses construit avant le XXe siècle. Cette zone accueille une population quasi-exclusivement étudiante entre 19 et 25 ans. Contrairement aux autres quartiers de la ville où la pyramide de population est plus semblable à une cloche, le quartier de Hyde Park & Woodhouse par exemple, à un profile très atypique (fig.20). Ici, le mode de déplacement privilégié est piéton ou en bus, le centre-ville se trouvant à 30 minutes à pied de Hyde Park. Autre fait notable, le quartier rassemble environ 20 000 emplois, dont la moitié dans le secteur de l’éducation16. Cependant, une part importante de la minorité d’actifs qui résident à Hyde Park travaille dans le secteur de la restauration17. Ce chiffre nous parle d’un paradoxe entre lieu de résidence des travailleurs et secteur fournisseur d’emplois du même lieu.
34∙
Chiffres relayés sur l’observatoire de Leeds, d’après le recensement de 2011. http://observatory. leeds.gov.uk
16
Consumer Data Research Center, Top Industry Map, for OAs across UK. mars 2016 https://data.cdrc. ac.uk/dataset/24
17
figure 20 : Pyramide de la population de Hyde Park & Woodhouse Pyramide des habitant de Hyde Park & Woodhouse Source : http://observatory.leeds.gov.uk 90+ 85-89 80-84 75-79 65-69 60-64 55-59 50-54 45-49 40-44 35-39 30-34 25-29 20-24 15-19 10-14 5-9 0-4
40%
Comparaison à Leeds
30%
20%
10%
0
10%
20%
30%
40%
figure 21 : Hyde Park & Woodhouse, territoire quasi-exclusivement étudiant
∙35
City center
Tissu urbain des Backtoback Houses Hyde Park & Woodhouse Trajet de bus Gare de Leeds Rues de vie nocturne Rivière Aire Quartiers à grande majorité de 20-25ans Campus N
0
0.5
1.25
N
0
5
12.5
0
2.5
6.25
0
2
5
0
1
2.5
2.5km
1:50
BACK TO BACK HOUSES : foyers de la précarité
«Un ménage est en situation de fuel 36∙ poverty (précarité énergétique) lorsque ses membres n’ont pas les moyens de se maintenir suffisamment au chaud à un coût raisonnable, compte tenu de leur revenu.» BOARDMAN,Brenda, Fixing Fuel Poverty, éditions Routledge, 2009 18
Consumer Data Research Center, Top country of birth for OAs across UK. mars 2011 https://data.cdrc. ac.uk/dataset/topcountry-of-birth 19
Les Back to Back représentent une grande partie du territoire construit de Hyde Park. À plusieurs, les étudiants co-louent ces maisons ouvrières. Accolées dos à dos et mitoyennes pour économiser des briques, elles dessinent un tissu urbain étroit, rectiligne qui contraste avec celui des suburbs et du centre (fig. 23). Pas supérieures à deux étages et organisées selon un plan quadrilatéral simple (fig.24), elles incarnent une précipitation de construction qui tente de suivre l’essor industriel. Aujourd’hui, les quartiers qui gardent ces habitations en série paraissent figés dans le temps même si l’asphalte est venu recouvrir les pavés de yorkstone. Sans les fumées épaisses au loin et la saleté dans les rues, l’aspect extérieur des Back to Back véhicule une image poétisée, nostalgique de la période industrielle. Une esthétique révélée par des artistes comme Peter Mitchell dans des travaux sur Leeds (fig.22). Malgré cette charge pittoresque, l’espace intérieur y est restreint, ainsi que l’apport lumineux. La typologie coïncide souvent avec les zones de plus forte fuel poverty18 de la ville (fig.25). À Leeds, 38 000 foyers souffrent de précarité energétique. L’image se répète d’un quartier à l’autre où subsistent ces logements. Les occupants des Back to Back leedsien partagent un faible pouvoir d’achat cependant, ils reflètent une diversité culturelle. Par exemple, excluant les personnes nées en Grande-Bretagne, les Back to Back de Gipton & Harehills concentrent en plus grand nombre des habitants nés aux Antilles et au Pakistan. Dans le quartier de Hunslet, ce sont des Polonais et Bengladais. Le quartier étudiant de Hyde Park où les universités accueillent 20 % d’étudiants étrangers héberge une forte concentration de gens d’Asie du Sud-est19.
figure 22 : Peter Mitchell, Back to Back, Leeds, 1979
figure 23: Quartier de Harehills, Leeds.
∙37
figure 24 : Façade et coupe de Back to Back Houses avant1900
DES ÉTUDIANTS MAL LOGÉS figure 25
38∙
City Citycenter center Tissu Tissuurbain urbaindes desBacktoback BacktobackHouses Houses
Tissu Tissuurbain urbainindustriel industriel Quartier Quartierà grande à grandemajorité majoritédede20-25ans 20-25ans PicPicdededensité : >10 000 hab/km2 densité : >10 000 hab/km2 Fuel FuelPoverty Poverty>35% >35%des desménages ménages Fuel Poverty >16% des ménages Fuel Poverty >16% des ménages Campus Campus Rivère RivèreAire Aire
Limite Limitemunicipale municipale(County (CountyofofLeeds) Leeds) Limites Limitesdes desWards Wards(Quartiers (Quartiersadministratifs) administratifs)
0
0
0.75 0.75
1.875 1.875
3.75km 3.75km
∙39
N
N
Source : http://observatory.leeds.gov.uk 0
5
12.5
0
2.5
6.25
0
2
5
0
1
2.5
(Dé)chiffrement des difficultés
40∙
Bien que depuis dix ans, Leeds tend à réduire les maisons vacantes, sept des 33 wards de la ville comptent encore des Back to Back houses, et concentrent une majorité de maisons vides. Hyde Park et Headingley sont les quartiers qui ont le plus significativement réduit leurs habitations inoccupées ; ce sont aussi ceux qui négocient la vente des Back to Back à un prix moyen deux fois et demi plus élevé que dans les autres wards ouvriers20. Ce phénomène s’explique par à l’attraction croissante des universités et le renouvellement des élèves nourrissent, dans ces wards — Hyde Park et Headingley— la spéculation des propriétaires et les poussent à l’achat. Cependant, cette catégorie d’usager ne s’installe pas à long terme ; l’investissement dans la rénovation et le confort énergétiques manque. Au sein même de cette couronne interne ralentie subsistent des inégalités palpables. Exclus ces quartiers à majorité étudiante, la tâche couvrant les espaces parmi les plus précaires du Royaume-Uni21 se superpose aux wards qui encerclent le City Center au Sud et à l’Est. Ils accueillent la proportion la plus importante de travailleurs sans qualification. La diversité culturelle accumule donc une réalité sociale et économique précaire. C’est aussi grâce à ces classes populaires, les Back to Back de la ville sont encore en majorité occupés (fig.25). Politiquement, les habitants de l’Inner représentent un tiers de Leeds, ils expliquent en partie le résultat équilibré du Brexit de Leeds alors que le nord de l’Angleterre a voté en majorité pour. On remarque une tendance des villes avec un âge médian bas (fig.27a) et une proportion élevée de non nés au Royaume-Uni (fig.27b) à voter majoritairement pour rester dans l’Union européenne. Or, l’âge moyen de ces quartiers est de 30 ans et le pourcentage d’habitants appartenant à une minorité ethnique est de 40 % (fig.26) 20. Par ailleurs, un engagement politique se traduit par la présence d’une autre population qui cohabite dans l’Inner ; les classes créatives. Ils partagent également un faible pouvoir d’achat avec les communautés présentent, mais ils décident de s’installer dans ces quartiers, car les difficultés et la mixité sont un véritable terreau pour leur travail. À l’image du photographe Peter Mitchell pour le déclin de la fin des années 1970 ; ils sont aujourd’hui animés par l’effervescence des événements alternatifs qui gagnent Leeds, la jeunesse dans ces lieux et les traces d’un passé refoulé par l’Outer.
Chiffres relayés sur l’observatoire de Leeds, d’après le recensement de 2011. http://observatory. leeds.gov.uk 20
Index of Multiple Deprivation est une étude du gouvernement Britanique sur les zones défavorisées. L’ étude (2015) couvre sept aspects de précarité (deprivation) : le revenu, l’emploi, la privation de santé et handicap, les compétences en éducation et formation, les obstacles au logement et aux services, la criminalité et le cadre de vie. 21
figure 26 : Une mixité en difficulté, terreau des artistes engagés
Part de minorité éthnique par wards <64% <3% City Council elections 2015 Labor Party Conservative Liberal Democrat Green Independent Limite municipale Limites de la métropole Bâtit IMD* le plus bas
N
0
2.5
6.25
*indice de précarités multiples ans
N
0 5 12.5km
12.5
1:250
0
2.5
6.25
0
2
5
0
1
2.5
0
0.75
1.875
0
0.5
1.25
0
0.25
0.625
0
0.2
0.5
0
100
250
ans
ans
RESTER
PARTIR
figure 27a : vote du Brexit des villes britaniques en fonction de l’âge médian des résidents.
RESTER
0
75
187.5
0
50
125
PARTIR
25
62.5
0
figure 27b : vote du Brexit des0 villes 20 britaniques en fonction du pourcentage de 0 10 résidents pas nés au Royaume-Uni. Source : www.theguardian.com
50
25
0
7.5
18.75
0
5
12.5
0
2.5
6.25
LEEDS RÉSILIENTE : SUIVRE LES ∙43 RESOURCES Énergie grandissante au cœur du second poumon économique, la Leeds de la résilience construit sa dynamique sur ses propres obstacles.
Jonathan Turner, Imprint Theatre Company, Wellington St, Leeds, 2007 Spectacle de rue lors de la Night Lights à Leeds Source : https://www.flickr.com
figure 28 : Jonathan Turner
Street Studio Project 2014-2015 Chapeltown, Chapel Allerton Source : www.jonathan-turner.com
Détournement de la gentrification Soutenus par des associations comme East Street Art, des artistes leedsiens ont la possibilité de louer des locaux, y établir un atelier pour une somme dérisoire. Le coût de la vie à Leeds est moins élevé proportionnellement aux salaires que dans le sud du pays. De plus, ces dernières décennies ont été riches pour Leeds en termes de festivals de cinéma indépendant, de danse ou encore de carnavals. En Angleterre, il existe une certaine fierté à revendiquer la culture d’où l’on est issue en transposant par exemple des festivités traditionnelles vers sa nouvelle culture. Ainsi dans le ward de Chapel Allerton, la communauté antillaise organise depuis 50 ans un des plus importants défilés de carnavals des Caraïbes en Europe qui fait aujourd’hui partie de la programmation officielle de la ville (fig.29). Entre les classes créatives et ces communautés souvent regroupées sur le territoire par origines, il existe un rapport vertueux réciproque. Le travail photographique de Johnathan Turner se base essentiellement sur la diversité culturelle du quartier décrié de Chapeltown. Dans son projet Street Studio (fig.28), il réalise des portraits des habitants de son quartier, il les place ainsi au centre de son discours artistique. En 2014, le projet Dark and Lovely propose une semaine de performance autour du débat culturel et social à propos des cheveux noirs et de ce qu’ils révèlent de notre compréhension de l’identité noire. Des artistes sont eux même issus de ces communautés racisées, comme Akeelah Bertram. Cette jeune plasticienne métisse élabore ses installations dans le but de perdre nos repères et d’oublier nos frontières physiques, spatiales et mentales, militant contre l’exclusion sociale. Une cohabitation vertueuse Il apparaît que le phénomène de regroupement de populations d’origines immigrées et la cohabitation avec la classe créative qui base sa production sur cette diversité réalisent le détournement de l’effet de gentrification dans ces quartiers. Ces espaces se redynamisent avec leurs propres résidents. Les initiatives par et pour les habitants de ces quartiers populaires nous véhiculent un regard neuf sur les difficultés de ces lieux ; pourtant accablés par les chiffres officiels. Une grande volonté d’entraide et de partage émane de ce ralenti économique ainsi qu’une requalification spatiale. On assiste à un véritable retournement de la valeur de ces lieux et ces quartiers. D’un aspect désuet et précaire, ils prennent le temps d’une installation ou d’un festival le visage de renouveau de Leeds.
∙45
46∙
figure 29 : Kevin Ryan, 50th Leeds West Indian Carnival, 2017 Chapel Allerton. Source : https://www.flickr.com
À travers cette dynamique de solidarité, un autre type d’économie s’organise dans ces quartiers populaires, les Charity shops. Au Royaume-Uni le revenu combiné des organismes de bienfaisance est d’environ 39 milliards de livres sterling par an. C’est supérieur aux universités et à peu près la même chose que Tesco22. Les bénévoles, dans ce secteur, sont majoritairement des étudiants alors que les principaux donateurs de biens sont les retraités.
Charity Shops initiateurs d’une autre économie Avec l’explosion de la vente en ligne et la concurrence des grandes chaînes internationales de vente au détail, les rues commerçantes se sont vues désertées petit à petit par les vendeurs nationaux. Pour freiner ce processus, le gouvernement anglais établit, en 2007, une taxe importante sur les propriétés commerciales vides. Pour réduire cette taxe de 80 %, l’État propose aux sociétés immobilières d’accueillir des organismes de bienfaisance dans leurs locaux vacants. Gratuitement ou pour un loyer symbolique, les charity shops s’installent en premier dans les quartiers en décroissance. Le rapport du Centre for Retail Research de 2013 nous explique que : « Ces villes [du nord de l’Angleterre] sont en déclin et, à quelques exceptions près, de nombreux détaillants ont fermé et se sont retirés en faveur des charity shops, des bookmakers, et des magasins d’argent » 23. Soutenues par le gouvernement, les charities prennent le contrepied de la logique économique qui vide les quartiers ouvriers des grandes enseignes commerciales. Véritable point d’impulsion, les charities et leur inversion économique sont suivies par l’installation de nouveaux commerces plus indépendants, plus locaux dans ces rues. NFP Synergy, Facts and figures about the charity sector September 2015, London, UK
22
BAMFIELD, Joshua A. N. Retail Futures 2018: Shop Numbers, Online and The High Street, The Centre for Retail Research, May 2013, UK 23
Rues principales et commerçantes d’une ville ou d’un quartier. 24
C’est en effet ce qu’on remarque à Leeds, sur Dewsbury Road, dans le quartier de Hunslet, se succèdent un prêteur sur gages, un monnayeur et un magasin de charité qui récolte des meubles (fig.30). Les charity shops utilisent les échoppes situées le long des High streets24 qui entouraient autrefois les quartiers ouvriers et les reliaient au centre-ville. Aujourd’hui, ces rues abritent de nouveaux usages commerciaux liés à la précarité économique des habitants. Les boutiques occupées au XXe siècle par un tailleur, un boucher ou un boulanger (fig.30) et détrônées par les malls des périphéries n’existent plus sur la High street. Malgré l’instabilité de certaines activités (fig.31), ces rues commerçantes sont investies par des épiceries de produits exotiques en lien avec les communautés qui y résident et des services de restauration rapide. La cohabitation entre étudiants, précaires et classes créatives maintient cette petite économie quotidienne et fait survivre, tant bien que mal, les wards proches du centre.
∙47
figures 30 : évolution des activités des High Streets des anciens quartiers ouvriers de Leeds
1938
2017
1936
2017
1980
2017
1999
2017
48∙
Source : http://www.leodis.net
Source : https://www.google.com/maps
figures 31 : 133 Beeston Road, Beeston & Holbeck. Précarité des activités
commerciales
175 - Beeston Road, Beeston & Holbeck 1938 ·Tailleur Abraham Marks ·Cordonnier Alfred T. Tallant ·Boutique vacante
2008
2017 ·Ofosua’s African Supermarket ·Oaza European Foods ·Beeston Rolls (food) 135 - Beeston Road, Beeston & Holbeck 1936 ·Boucher George Senior ·Boulangerie Eli Jowett ·Boutique pour linge de maison et enfants Annie et de Nellie Green 2017 ·Al-Shafa pharmacy ·Umar Halal Meat & Poultry ·Divine hair & beauty
2012
2014
∙49
211 - Dewsbury Road, Hunslet 1980 ·Rowbottom estate agents business (agence immobilière) ·Broadhead Ltd ·Halifax Building Society
2015
2017 ·Cash Converters ·El Shaddai - Afro Caribbean & international food ·St Luke’s Cares - Charity Shop St Mary’s Street , Burmantofts & Richmond Hill : 1999 ·St Charles School fermée
2016
2017 ·Emmaus
Source : www.google.com/maps
figure 33 : Union 105, Studio proposĂŠ par East Street Art, Chapeltown Road, Leeds
Source : http://eaststreetarts.org.uk
50∙
figure 34 : Catherine Williams, Bays in Bloom,
Situation Leeds festival, Hessel Place, Hyde Park Source : https://www.flickr.com
figure 35 : Janis Rafailidou, Cultural Travelling in Leeds communities, Situation Leeds festival
Source : https://www.flickr.com
Vivre la vacance Le Royaume-Uni vit aujourd’hui une crise du logement représentant plus de 700 000 habitations vides sur le territoire anglais. Leeds n’y échappe pas avec ses 5 623 maisons vacantes25. Ces « empties » sont depuis 2011, au cœur du programme « Leeds Empties » au budget de 2,300 000 livres, financé par le Leeds City Council, ayant réussi en 6 ans à réduire de près de moitié le nombre de maisons vides dans la ville. Vient s’ajouter les 198 hectares de friches, ou « brownfields », dont 24 % situées dans l’Inner city. Bien que de nombreux sites soient actuellement répertoriés dans les listes officielles, d’autres sont à préciser. Issus du développement brutal de la ville, ces espaces avoisinant les axes des réseaux de mobilité ainsi que certaines anciennes propriétés de compagnies privées subsistent.
Leeds City Council City wide empty properties trends, 2017 https://datamillnorth.org 25
Mais contrairement aux attentes, Leeds voit ses habitants, ses charities et sa classe créative, investir cette vacance, synonyme de décroissance, mais aussi de nouvelles possibilités et d’opportunités. Vacance contre laquelle la population leedsienne s’était révoltée dix ans plus tôt, prend aujourd’hui un tournant plus souterrain. Leeds développe depuis quelques années une culture alternative faite de vernissages, de concerts, de rencontres sportives, de partage, et ce autour des délaissés urbains de la ville. Des festivals tels que le Festival Situation Leeds introduisant une réflexion sur la création et son contexte urbain et social, du détail aux plus grandes évidences. Festival pendant lequel sont proposés des interventions sur l’espace public (fig.34) et de petits événements de partage (fig.35). De même que des organisations telles qu’Emmaus, East Street Art rachète des locaux désaffectés (fig.33) ou des bâtiments vides dans les friches de la ville et participent alors à la revitalisation des ces zones. L’organisation East Street Art supporte les artistes grâce aux rachats de ces friches, en leur proposant des locations d’ateliers à prix modique, en les programmant sur certaines expositions et créant un réseau sur lequel ils peuvent s’appuyer. Une nouvelle dynamique d’appropriation de la ville au service d’une nouvelle communauté, plus diversifiée, solidaire et épanouie.
∙51
figure 36 :Acienne bibliothèque publique de Holbeck, 2018
BROWNFIELDS : le passé au présent De simples installations de charities, aux ateliers créatifs, les empties et brownfields semblent apporter un support à une organisation spontanée des habitants. Les empties sont l’ensemble des bâtits abandonnés et/ou vides appartenant soit à la ville soit, et ce dans la plupart des cas, à des particuliers. Ils sont la conséquence d’un changement de mode de vie des habitants de la ville. Ces habitants héritant de propriétés à rénover, situées dans des quartiers vétustes, qui finiront donc par rester en l’état jusqu’ à ce que la ville s’en occupe. Les brownfields sont des parcelles de terrains vagues, souvent laissées après la délocalisation d’une entreprise ou d’une usine. Le City Council de Leeds met à disposition sur son site internet, l’intégralité de ses données sur la population de la ville. Il cherche à informer les futurs groupes des quartiers dans le besoin. Leur présence territoriale appuie ainsi l’hypothèse selon laquelle l’Inner City et les zones interstitielles restent, la plupart du temps, un support à la précarité (fig.38).
52∙
Armley Mills.
Moulin à laine (le plus grand du monde à son époque). 1805. Aujourd’hui le musée du pratrimoine industriel de Leeds.
Bank Mills.
Moulin à vappeur pour le traitement de la laine, du lain et du cotton et bureaux. 1833. Batiment partiellement ignifugés pour le lain.
Entrepôts de Central Trimmings Ltd : vendeur de vêtements en gros. 1872.
Les canaux de la ville représentent un premier lieu de vacance. On y trouve les anciennes industries textiles et les départs de lignes de chemin de fer et viaduc de Leeds tels que l’Hunslet Mills, vieille fabrique de textile et le viaduc d’Holbeck (fig.37). Ces friches restent les seules où l’on peut encore trouver d’anciens bâtiments. Fabriques, usines, hangars, galeries, berges des canaux et cheminées abandonnées sont, la plupart du temps, de la couleur des célèbres briques anglaises (fig.36). En s’éloignant de la rivière Aire, les friches et espaces de non-lieu se retrouvent dans les zones industrielles de l’Inner. Ici, la vacance se crée par le roulement entre propriétaires exploitants. Lorsqu’une entreprise se délocalise, elle laisse derrière elle un lieu de latence négligée et non entretenue qui stagne par la suite pendant plusieurs années avant d’être enfin réinvestie. Les propriétaires de ces brownfields sont le plus souvent des concessionnaires automobiles, magasins de pièces détachées pour professionnels, ventes de gros ou même les anciens sites des gasholders de Leeds. Enfin restent les espaces de non-lieux, accidents du développement suburbain de la ville. Tels que des ronds point, échangeurs, espaces interstitiels ou même les dessous des ponts et viaducs, ils demeurent des lieux inaccessibles, représentant cependant plusieurs dizaines d’hectares. Souvent investie par la végétation et reconvertie en place de parking privé par certains automobilistes opportunistes, cette vacance produite par un étalement de la ville se situe habituellement dans l’Inner de Leeds. Entrepôts Pavleigh Ltd, clothing manufacturers. années 1890.
figures 37 : Collection du patrimoine industriel proche du canal
de la rivière Aire. Beeston & Holbeck et City & Hunslet. Holbeck Viaduct
construit par l’ingégnieur T.E. Harrison en 1869, en réponse à l’explosion de Leeds comme centre important de commerce, terminé en 1882.
∙53
LES FRICHES, FABRIQUES À RÉSILIENCE
Headingley
figure 38
56∙
Viaduc d’Holbeck
N
0
0
N
5
12.5
25km
1:500 000e
2.5Rivière Aire 6.25
12.5km
1:250 000e
10km
1:200 000e
5km
1:100 000e
Limite municipale 0
2
5
0
1
0
0.75
0
0.5
1.25
2.5km
1:50 000e
0
0.25
0.625
1.25km
1:25 000e
0
0.2
0.5
1km
1:20 000e
Voies ferrées
Autoroutes2.5 Voies principales
1.875 3.75km High Streets des quartiers ouvriers
1:75 000e
Friches & non- lieu Évènement d’art alternatifs et conventionnels
Beeston & Holbeck
∙55
N
N
0
5
12.5
0
2.5
6.25
0
2
5
52∙
conclusion
RENCONTRE ∙57 DES SOLIDARITÉS
Holbeck abandoned viaduct, Beeston & Holbeck. 2016 Source : https://www.flickr.com
Le parc immobilier en friches abandonnées de Leeds offre alors une diversité de nature et de statut. Il est en grande partie la résultante du développement économique, et territorial de l’Outer City. Il maintient cette mécanique fortuite de vacance pour plusieurs raisons. De l’attractivité de la vie en banlieue, provoquant le départ des classes moyennes et aisées, résulte une dévalorisation des quartiers impactés par la précarité. C’est un des premiers phénomènes de vacance liés à l’habitation. Phénomène de nos sociétés capitalistes, qui perdure encore aujourd’hui, s’adaptant aux préoccupations contemporaines de sécurité et d’individualisme.
58∙
Une fois éloignés du centre-ville, les nouveaux modes vie exigent une forme de décentralisation puis de regroupement de la consommation de biens. La grande distribution et ses marques multinationales supplantent les commerces locaux de petite proximité faisant alors faillite face à la nouvelle concurrence. La grande majorité des High Streets, grandes rues commerçantes, se voient désertées laissant place là encore à l’abandon. Alternative aux aller-retour avec le centre-ville pour se ravitailler, les shopping centers sont un intermédiaire de temps et de distance confortable pour l’automobiliste. L’expérience sociale des shopping centers comble également les besoins de conformisme de la population des suburbs. Équivalant à une place publique, la galerie marchande fournit un lieu de partage, sécurisant au climat tempéré artificiel : un hyper-lieu. Le centre-ville concentrant la moitié des emplois, les trajets suburbs-City Center sont inévitables. Cette situation densifie, ramifie et élargit le réseau de mobilité urbaine, occasionnant des espaces de non-lieu sous les ponts, autoroutes et échangeurs. Ces grosses infrastructures servent à relier le centre distancé par les zones industrielles immenses, qui participent au zonage accru des activités de la ville.
En reste de ces phénomènes, la population de l’Inner City, partage un même faible pouvoir d’achat, regroupant étudiants, minorité ethnique, classe créative et autres précaires. Au-delà d’être accablé par ces phénomènes porteurs d’inégalité, ils en révèlent les potentiels de solidarité. Détournant les accidents urbains résultant de l’Outer City, cette population entre dans une dynamique résiliente d’entraide, de survie. Chaque acteur a un rôle singulier dans cette mécanique. Les étudiants tirent parti du coût moins élevé de la vie dans ces quartiers, et maintiennent leur économie locale. La classe créative s’inspirant de cette multitude de cultures, établit un lien social et critique au sein de la population. Les minorités développent les commerces de proximité se basant sur les demandes spécifiques d’une communauté. Par ailleurs, la présence de différentes communautés n’est pas toujours synonyme d’homogénéité et d’ententes. Les lieux de résidence de ces minorités restent plutôt cloisonnés et distincts d’une rue à l’autre de Leeds. Un paradoxe là encore. Un dernier enjeu se dessine dans cette couronne précaire de la ville et révélé par la cartographie de la vacance (fig.38). Une division apparaît entre les lieux délaissés et non investis du sud de l’Inner City par rapport à l’action des artistes et le dynamisme culturel du nord. N’existe-t-il pas un rééquilibrage possible de ces quartiers, en descellant de nouvelles potentialités aux obstacles d’aujourd’hui ; en utilisant les dynamiques résilientes et solidaires des habitants de l’Inner City ?
∙59
LIVRES BOARDMAN, Brenda, Fixing Fuel Poverty : Challenges and Solutions, Édition Earthscan, London, 2010, 244p. HOWARD, Ebenezer, Garden Cities of To-morrow ; nouvelle édition, Edition Attic Books, Eastbourne, 1985, 125p. LUSSAULT, Michel, Hyper-lieux - Les nouvelles géographies de la mondialisation, Édition Seuil, Paris, 2017, Collection La couleur des idées, 307p. TARICAT, Jean, Suburbia une utopie libérale, Édition de la Villette , Paris, 2013, 157p.
RAPPORTS EN LIGNE BAMFIELD, Joshua A. N. Retail Futures 2018: Shop Numbers, Online and The High Street. [en ligne].The Centre for Retail Research, Nottinghamshire, May 2013, 55p. Format PDF. Disponible sur :< http://www.leeds.gov.uk/docs/CD9-3%20Retail%20 2018%20MayReporto.pdf > (Consulté en janvier 2018) CENTRE FOR CITIES, The Great Britain Brain Drain. An analysis of migration to and from Leeds [en ligne].Center For Cities Org, London, March 2017, 24p. Format PDF. Disponible sur :< http://www.centreforcities.org/wp-content/uploads/2017/03/1703-02-The-Great-British-Brain-Drain-Leeds-Analysis.pdf > (Consulté en janvier 2018)
60∙
BIBLIOGRAPHIE
ARTICLES EN LIGNE COOPER, Raquel, High Street ‘loses one shop every hour’. The Telegraph [en ligne]. Publié le 28.02.2013. Disponible sur :< http://www.telegraph.co.uk/finance/newsbysector/retailandconsumer/9899257/High-Street-loses-one-shop-every-hour.html > (Consulté en janvier 2018) IQBAL, Aisha, Greed is the real cause of Leeds’s empty homes crisis. Yorkshire Evening Post. [en ligne]. Publié le 05.01.2018 Disponible sur :< https://www.yorkshireeveningpost.co.uk/news/aisha-iqbal-greed-is-the-real-cause-of-leeds-s-empty-homes-crisis-1-8939000 > (Consulté en janvier 2018)
SITES INTERNET CONSUMER DATA RESEARCH CENTER, Dwelling Age. [en ligne]. (modifié le 21.12.2015). Disponible sur : < https://maps.cdrc.ac.uk/#/metrics/dwellingage/default/BTFTFTT/11/-1.5531/53.7953/ > (Consulté en janvier 2018) CONSUMER DATA RESEARCH CENTER, Top Country of Birth. [en ligne]. (modifié le 16.03.2016). Disponible sur : < https://maps.cdrc.ac.uk/#/metrics/countryofbirth/ default/BTTTFTT/12/-1.6400/53.8000/ > (Consulté en janvier 2018) CONSUMER DATA RESEARCH CENTER, Top Industry. [en ligne]. (modifié le 31.03.2016). Disponible sur : < https://maps.cdrc.ac.uk/#/metrics/industry/default/ BTTTFTT/10/-0.1500/51.5200/ > (Consulté en janvier 2018) CROSSGATES MALL, visit. [en ligne]. (modifié en janvier 2018). Disponible sur : < www.shopcrossgates.com > (Consulté en janvier 2018)
SITES INTERNET (suite) DATA MILL NORTH, City wide empty properties trends [en ligne]. (modifié en 22.12.2017). Disponible sur : < https://datamillnorth.org/dataset/city-wide-emptyproperties-trends > (Consulté en janvier 2018) EAST STREET ARTS, Projects. [en ligne]. (modifié en novembre 2017). Disponible sur : < http://eaststreetarts.org.uk > (Consulté en janvier 2018) GOV.UK, Sub-regional fuel poverty data 2017. [en ligne]. (modifié le 29.06.2017). Disponible sur : < https://www.gov.uk/government/statistics/sub-regional-fuel-poverty-data-2017 > (Consulté en janvier 2018) LEED CITY COUNCIL, Non-Council Owned Browfield Sites [en ligne]. (modifié en décembre 2016). Disponible sur : < http://democracy.leeds.gov.uk/documents/s84521/ Appendix.pdf > (Consulté en janvier 2018) LEEDS OBSERVATORY, Leeds Wards Profiles. [en ligne]. (modifié le 25.11.2017) Disponible sur : < http://observatory.leeds.gov.uk/leedsprofiles > (Consulté en janvier 2018) LEODIS, a photographic archive of Leeds. Discovering Leeds. [en ligne]. (modifié en 2003). Disponible sur : < http://www.leodis.net/discovery/ > (Consulté en janvier 2018) NFP SYNERGY, Facts and figures about the charity sector [en ligne]. (publié le 18.09.2015) Disponible sur : < https://nfpsynergy.net/free-report/facts-and-figuresuk-charity-sector > (Consulté en janvier 2018) ONS, Office for National Statistics. People Population and Community. [en ligne]. (modifié le 15.01.2018) Disponible sur : < https://www.ons.gov.uk/peoplepopulationandcommunity > (Consulté en janvier 2018) PARALLEL, interactive mapping and data visualisation. Fuel Poverty. [en ligne]. (modifié en juin 2017). Disponible sur : < https://parallel.co.uk/3D/fuel-poverty/#11.32/53.8051/-1.5482/0/60 > (Consulté en janvier 2018) PARALLEL, interactive mapping and data visualisation. ONS POPULATION ESTIMATES. [en ligne]. (modifié en octobre 2017). Disponible sur : < https://parallel.co.uk/3D/ population-density/#11.32/53.8051/-1.5482/0/60 > (Consulté en janvier 2018) PETER MITCHELL, Gallery. [en ligne]. (modifié en 2017). Disponible sur : < http://strangelyfamiliar.co.uk/gallery/ > (Consulté en janvier 2018) THE GUARDIAN, EU referendum: full results and analysis. [en ligne]. (publié en juillet 2016). Disponible sur : < https://www.theguardian.com/politics/ng-interactive/2016/ jun/23/eu-referendum-live-results-and-analysis > (Consulté en janvier 2018) TRINITY LEEDS, Fashion Food Film. [en ligne]. (modifié en janvier 2018). Disponible sur : < https://trinityleeds.com > (Consulté en janvier 2018) UNIVERSITY OF LEEDS, Facts and Figures. [en ligne]. (modifié la 15.01.2018). Disponible sur : <https://www.leeds.ac.uk/info/5000/about/140/facts_and_figures > (Consulté en janvier 2018) WHITE ROSE SHOPPING CENTER. [en ligne]. (modifié en janvier 2018). Disponible sur : < https://white-rose.co.uk > (Consulté en janvier 2018)
∙61
Directeur d’études : Stéphanie DADOUR Responsable du master : Stéphanie DAVID