L E R EGARD
15 mai 2021
Revue du Territoire d’Haïti de la Compagnie de Jésus
Rédaction:
P. Jean Denis Saint-Félix, S.J
Rose Gaëlle Raphaël Mise en page:
Rose Gaëlle Raphaël
Correction:
Rose Gaëlle Raphaël
Comité d’information:
Maréus Tousséliat, S.J P. Rogério Da Silva, S.J Sudzer Charélus, S.J Ketler Lysius, S.J Novices Ière & IIème année
25 FÉVRIER 2021
2! SUR ! 21
REVUE DU TERRITOIRE D'HAÏTI
EDITORIAL
J’écris
cet éditorial à partir de Port-Salut. Avec les compagnons Marcel et Antony, nous avons profité du couloir ouvert et offert par les gangs armés (incroyable mais vrai) pour venir visiter et superviser la finalisation de la maison de repos. C’est Doblas Savien, notre collaborateur au Bureau de développement qui conduit, depuis octobre dernier, avec une main de maître les travaux de construction. Cette visite m’a permis personnellement de me reposer ne serait-ce que subrepticement du stress ambiant et de la violence trop quotidienne de Port-au-Prince et de renouer de manière coquette avec la beauté et l’hospitalité naturelles de cette zone du pays. On rappellera aussi dans ces lignes la nature de plus en plus complexe du moment que vit le pays du point de vue politique et sociale et de l’allure on ne peut plus imprévisible que prend la crise, annihilant les grilles d’analyse conçues par les experts les plus avisés en la matière. L’épuisement analytique ne nous autorise cependant à aucune économie d’imagination et encore moins à celle de l’action. Au contraire, l’acuité de la crise sollicite la noblesse de notre imagination et la souplesse dans notre agir. En même temps nous continuons d’espérer qu’à un certain moment nos « soi-disant" gouvernants se rendront compte qu’il faille absolument rester à l’écoute du peuple et que le bien-être de ce dernier devrait être la boussole de toute action politique digne de son nom. Plus que jamais, l’heure est au consensus, à l’ouverture et au sauvetage de la barque nationale. Mais… ces hommes et ces femmes politiques- tels que notre culture les a produits ces dernières décennies- n’ont pas encore atteint cette hauteur ni cette longueur de vue. Par ailleurs, comme nous le savons tous, la covid-19 est bel et bien de retour, elle est venue compliquer davantage nos situations et nos conditions d’existence. À la crise politique et sécuritaire chronique, s’ajoute la crise sanitaire dans un pays ou les infrastructures de base sont pratiquement inexistantes. Encore une fois, nous faisons un appel solennel à la vigilance et à la sagesse légendaire du peuple et de tout un chacun pour stopper la lugubre marche de ce saugrenu visiteur. A coté de nos potions traditionnelles, revenons immédiatement aux gestes barrières, ces gestes qui sauvent !
P. jean Denis Saint-Félix, S.J
15 MAI 2021
3! SUR ! 21
REVUE DU TERRITOIRE D'HAÏTI
Mon expérience d’ordination diaconale
Le
10 avril dernier, j’ai vécu la grande expérience de mon ordination diaconale. Je ne peux que rendre grâce à Dieu pour ce grand pas qu’il m’a permis de franchir dans mon Sudzer Charélus aux côtés de cheminement à la l’Evêque YOULON suite de son Fils : « le Puissant fit pour moi des merveilles, Saint est son nom » (Lc 1, 49). Nous étions 16 compagnons jésuites à recevoir ce sacrement par l’imposition des mains du Mgr Alexis Touably YOULON, évêque d’Agboville (Côte d’Ivoire). Grâce au dévouement des différents membres de la communauté, nous avons eu une très belle célébration, avec une bonne chorale. Dans sa riche et profonde homélie, l’évêque nous a invités à trouver « le sens de notre engagement dans la vie du Christ ». C o m m e diacres, nous s o m m e s appelés à exercer notre ministère « avec simplicité mais dans la v é r i t é » ; n o u s s o m m e s envoyés pour être le visage du « Christ dans la chair de ce monde qui a tant besoin de Dieu ». Ces
exhortations ont renforcé mon désir de me donner entièrement dans le service du Règne. J’ai vécu ce moment loin de mon pays, mais je savais
au plus profond de moi que ma famille et mes compagnons étaient avec moi en esprit. En ce sens, je leur adresse mes profonds remerciements pour m’avoir gardé présent au cœur de leurs prières. J’ai eu la chance d’être entouré par des religieux haïtiens de la communauté des Frères de l’Instruction Chrétienne (FIC) qui sont ici en mission en Côte d’Ivoire. Ces compatriotes m’ont très souvent accueilli dans leur communauté lors des vacances de décembre. Je prie notre Dieu de bénir leur mission ici en Côte d’Ivoire. Je demande aussi à Dieu de me donner sa grâce afin que je puisse continuer à avancer sur ce chemin qu’il a lui-même tracé pour moi.
15 MAI 2021
4! SUR ! 21
REVUE DU TERRITOIRE D'HAÏTI
Avec le peuple de Dieu (partage d'une expérience) Il y a des créatures comme la canne: même mises dans le moulin, écrasées de tout, réduites en bagasse, elles savent seulement donner de la douceur. Mgr Hélder Câmara (Don!)
Ce petit texte se veut un partage, de manière
je veux aujourd’hui... REMERCIER [le peuple haïtien nous enseigne à avoir un cœur reconnaissant; le Pape François nous invite aussi à la Gratitude (EG 76) ] Il ne manque pas de motifs. Cependant, je choisis une raison spéciale, en ces temps-là; une expérience qui condense tout un ensemble d’expériences vécues au long des dernières années. Après avoir accompagné les huit novices jésuites de la première année en Exercices Spirituels ignaciens de trente jours (Centre de Spiritualité Manrèse, Cazeau, du 03/01 au 02/02/2021), je devais m’accorder une bonne semaine de repos. L’occasion se faisait sentir ; Voici le temps favorable (2 Co 6, 2), qu’on ne devrait pas gaspiller. Je suis donc allé pour le repos et “en” mission…
semblable à celle de la Femme pauvre de l’Évangile (Lc 15, 8-10) qui a appelé ses voisines à participer à sa joie parce que la petite monnaie qu’elle avait perdu, elle a pu la retrouver. Lorsque quelqu’un est injustement appauvri(e) et doit « bouske » son pain quotidien dès l’aube; s’échiner toute la journée au petit marché informel (à la manière de ces J’ai ainsi pu incomparables accompagner, « Madan Sara » en collaborer, mais sans Haïti), tel penny peut me plonger dans signifier le pain l’intensité du rythme quotidien pour la des activités locales famille ou, au (école, kindergarten, contraire, aller dormir soin de la santé, une fois de plus rencontres de la « grangou ». À la Jeunesse et des lumière d’une telle Enfants, les expérience, quelle célébrations, et nouvelle concrétude plusieurs d’autres Avec les Sœurs et Frères de la Mission Bethléem gagne la prière à Notre services au peuple du Père / Donne nous quartier). Beaucoup de aujourd’hui notre Notre Pain de chaque jour! ??? belles initiatives qui sont déjà là! Je vous invite à REMERCIER avec moi. Il y a Et c’est comme ça que je me suis rendu du 13 au 22 de moments où il nous semble que remercier seul février 2021 à Wharf Jérémie, où habitent et servent n’est point suffisant, et qu’on a besoin des autres pour les Sœurs et les Frères de la Mission Bethléem, jeune partager notre merci. Communauté brésilienne, insérée dans la dure La situation actuelle d’Haïti est marquée de périphérie de Port-au-Prince, au bord de la mer, où la grands troubles et défis, nous le savons. Pourtant, ici, métropole déverse débordement pluviaux et détritus maintenant, sans naïveté, sans méconnaissance de qu’elle accumule. l’énormité des impasses, de la violence, de la misère, du cadre d’insécurité qui nous oblige à devenir (Suite P. 5) précautionneux à l’extrême … malgré toutes ces réalités tristes, stressantes, et malgré notre impuissance, et la mienne, et mes faiblesses et péchés,
15 MAI 2021
5! SUR ! 21
Ce bidonville, n’est-il pas dangereux? Il n’a jamais été décrit autrement. La route, pour arriver, est risquée et requiert la prudence. Cependant, elle est la même que nous empruntons pour aller vers d’autres artères. Et, une fois qu’on arrive dans ce quartier populaire, qu’on commence à créer un lien avec les habitants, et on est accueilli chez les Sœurs et Frères qui connaissent bien la réalité du lieu, alors on expérimente en grande tranquillité et sécurité. Prudence, oui. Nous en avons besoin. Rester en otage de ravisseurs est triste. Mais peut-être plus
Entouré des Enfants de l’École
REVUE DU TERRITOIRE D'HAÏTI
vraies fleurs qui Il y a beaucoup de poussent dans ce qu’on préjugés par rapport aux considère un bourbier endroits pauvres. Un - des Fleurs du marais! q u a r t i e r m a rg i n a l i s é À Wàf Jeremi, le n’est pas l’enfer, sinon Kreyòl est la langue l’ambiance où se déroule officielle et la vie de beaucoup de pratiquement gens qui luttent exclusive. Là-bas le silencieusement pour français n’existe vivre en dignité, qui presque pas, sauf à construisent leur vie l’école. Si l’État est comme de vraies fleurs totalement absent, on ne doit pas qui poussent dans ce s’étonner que la qu’on considère un zone soit aux mains bourbier - des Fleurs des bandes armées. du marais! Leurs chefs ont aussi le pouvoir moral (définition du bien et du mal, à leur manière et leurs méthodes), l’autorité judiciaire, l’ascendance (même religieuse) sur ceux/celles qui demeurent aux alentours. La violence de ces groupes est grande, principalement en vue de se défendre de leurs possibles rivaux pour le contrôle d’une zone d’influence. Mais il s’agit d’une violence bien plus petite que la violence structurelle qui plonge toute une population dans une situation violant sa dignité. Les femmes souffrent, les enfants mal nourris souffrent, les jeunes sans aucune perspective pour l’avenir souffrent, ... Nous ne pouvons accepter passivement une telle injustice. (Suite P. 6)
triste (parce que cela dépend plutôt de nous), serait de rester en otage de la peur qui nous paralyse et nous empêche d’accompagner le peuple haïtien dans ses douleurs et en ses joies, même au prix des risques correspondants à l’option de la solidarité. En Haïti actuellement, si on se laisse mener par la peur, on ne pourra rien faire. Il y a beaucoup de préjugés par rapport aux endroits pauvres. Un quartier marginalisé n’est pas l’enfer, sinon l’ambiance où se déroule la vie de beaucoup de gens qui luttent silencieusement pour vivre en dignité, qui construisent leur vie comme de
15 MAI 2021
6! SUR ! 21
Qu’ai-je fait là-bas? D’abord, je n’étais pas préoccupé de faire beaucoup de choses. J’étais là-bas, j’ai accompagné les gens, j’ai partagé un petit morceau de leur quotidien, me suis récréé avec les enfants et conversé avec les jeunes. Un peu de loin, j’ai accompagné l’activité des jeunes, divisés en équipes, organisés pour répondre à quelques questions, pour représenter quelques
REVUE DU TERRITOIRE D'HAÏTI
notre société idolâtrique qui mondialise l’indifférence). Ce qui m’a touché davantage a été le Chemin de la Croix, en parcourant les rues du quartier: le visage douloureux du Christ mêlé au visage douloureux des Crucifié(e)s du lieu, nous a rappelé celui toutes les victimes répandues partout, aujourd’hui et au long de toute l’Histoire. Le peuple qui souffre, le Serviteur Souffrant, est déjà là à accomplir sa mission! Ne le voyons-nous pas? Que le Seigneur nous donne la grâce de le voir!, de voir l’Inattendu du Royaume de Dieu parmi son Peuple qui souffre mais qui célèbre la Vie, qui maintient sa Foi, qui marche avec Espérance contre toute Espérance et qui, au milieu de situations extrêmes, sait partager l’Amour. (Suite P. 7)
Chemin de la Croix sous le soleil de plomb de Wharf Jérémie
scènes, pour composer un chant. Les jeunes avaient aussi des moments de recueillement et prière. Et ce sont aussi eux qui se sont chargés de la préparation de la Liturgie et des chants liturgiques. Avec les agents de santé, nous sommes allés vers les enfants affaiblis pour la malnutrition et, par conséquent, par la maladie. Après, dans le petit “Hôpital” des petits Enfants, ces êtres souffrants, innocents et aimants choisissaient en balbutiant de nous appeler « Papá, Papá » dans leur amour pur et sincère. Le Mercredi de Cendres (17/02), avec le Peuple de Wàf Jeremi j’ai commencé le Carême: les messes, les confessions (célébrer le Sacrement de la Miséricorde et de la Réconciliation: les pêchés personnels dans le contexte des victimes des structures de pêché de
Des jeunes se récréant!
15 MAI 2021
7! SUR 21 !
REVUE DU TERRITOIRE D'HAÏTI
Pendant ces jours-là, j’ai reçu le témoignage des manger et moi, je dois aller me coucher avec faim me Sœurs et Frères de la Mission Bethléem: leur tiraillant?”. simplicité de vie, leur sens de Prière, leur accueil et Ce qui j’ai reçu de plus fort, plus beau, plus leur esprit fraternel/sororal, leur proximité avec plus profond des gens avec qui Dieu m’a donné la grâce pauvres et leur capacité de service aux plus de vivre, pendant ces jours-là, ce sont les marginalisé(e)s et abandonné(e)s. C’est un autre SOURIRES - Sourire d’un Peuple qui veut la vie, charisme, par rapport à celui de la Compagnie de qui tient à vivre! Des enfants spécialement, et aussi Jésus, et il nous interpelle... des jeunes et des adultes. Ce qui attire l’attention ce Au milieu de la mission, je me suis reposé en sont les sourires gravés sur les visages, qui Wharf Jérémie. Mon corps, ma tête mais surtout manifestent l’attitude du cœur. Le contraste étonne ! mon cœur, ma vocation, ma consécration en sont On peut penser qu’un visage et une biographie sortis confirmés, revitalisés, remplis de la Joie de marqués par la douleur et comblés de blessures doit l’Évangile. Je peux dire, sans crainte de me tromper, être obligatoirement triste, condamné à la que cette période à Wharf Jérémie condense tout ce mélancolie ; cependant, lorsqu’on observe que j’ai vécu au long de mes années sur le sol d’Haïti. attentivement, on voit que c’est tout le contraire! Les Et je me demandais: quel poème peut naître subtilités du Royaume jaillissent en ces visages. inspiré par Wharf Béni soit Jérémie? Quel Dieu ! Car, par Poème peut-on sa Grâce, son dédier aux habitants Esprit travaille de cette zone, sans pour nous aider risquer de trahir à contempler leur expérience de (regarder et vie, leur vérité voir) ces intégrale et histoires comme profonde? des réalités L’expérience sacrées (le corps apostolique permet blessé des d’identifier p a u v r e s , l’extériorité visible. temples de L’expérience l’Esprit). Loué spirituelle, interne soit Dieu qui pour sa part, Dieu anticipe et fait l’apporte comme se réaliser La Messe avec le Peuple de Dieu don, goutte à l’occasion, qui goutte, dans le Silence, pour nous donne comme cadeau arroser notre cœur, à travers des visages, des noms, bien plus de ce que nous pouvions imaginer et des sourires. planifier. J’ai pris quelques photos, mais j’ai autant que possible évité de multiplier les images extérieures, (Suite P.8) car je ne voulais pas tomber dans la tentation de me réduire à un touriste à l’envers, assoiffé d’enregistrer les paysages de la tragédie, comme si la Périphérie, devenue spectacle, se résumait en plaies et drames. Une fois, j’ai été interpellé de la sorte: « Pè Woje, grangou. » Ce cri est là, toujours à nous interpeler prophétiquement: « Pourquoi toi tu peux
15 MAI 2021
8! SUR 21 !
D’une façon cachée et discrète, dans le Silence, le Seigneur travaille Ce que j’ai reçu de chaque jour, chaque plus fort, de plus instant, dans le cœur de beau, plus profond ceux et celles qui sont ses des gens avec qui préféré(e)s, les plus Dieu m’a donné la faibles de notre société Grâce de vivre injuste et qui subissent pendant ces jours-là, l’exclusion. Et Dieu fait ce sont les pousser un peu de ce Sourires…. mystère intérieur, et le les sourires gravés fait déborder sur ces sur les visages, qui lèvres et dans ces yeux m a n i fe s t e n t qui sourient. Je veux amener ces Sourires, à l’attitude du jamais, dans mon cœur, Coeur. » comme des bougies qui illuminent. Pendant la Semaine Sainte je suis retourné à Wàf Jeremi (Nazareth d’aujourd’hui!, d’où on n’imagine pas qu’il puisse sortir quelque chose de bon; voir Jn 1, 46). Et cependant, l’Évangile saute devant nous à chaque pas. Moi, je suis allé prêcher le Mystère Pascal (la vie, la mort et la Résurrection de Jésus de Nazareth, le Christ, Fils de Dieu). Mais, plutôt, le Seigneur m’a donné la belle occasion d’être évangélisé par ses hommes et ces femmes résilients. Merci beaucoup, Seigneur! En plusieurs reprises je me pose la question: où habite l’Espérance? Et, parmi la grande quantité de mauvaises nouvelles qui sont répandues, devant la si réelle souffrance des gens, devant les situations si injustes, je vois l’Espérance dans le quotidien de ce Peuple qui souffre mais qui marche avec Foi, qui résiste, qui nous enseigne que, malgré tout, il faut suivre, parce que la vie continue. C’est dans ce terrain du quotidien des humbles de Dieu que s’enracine la semence de la Nouvelle Société, que nous aussi nous sommes appelés à aider à édifier. Et à chaque fois que je célèbre avec le Peuple de nos Communautés ecclésiales, à chaque fois que je rends visite aux malades, à chaque fois que je rencontre de bons pasteurs, qui prennent soin de leur famille, cette expérience se renouvelle. Ce qui j’ai reçu comme don, je me sens appelé à partager un peu de tout cela, poussé par un mouvement de gratitude, selon l’esprit de la contemplation ad amorem, des Exercices Spirituels.
REVUE DU TERRITOIRE D'HAÏTI
Partager ma vie, dans la pratique du Service! Ici en Haïti, pendant quelques années, en évoluant au pays, en collaborant au processus de notre Territoire jésuite d’Haïti, à la Vie Religieuse Consacrée, à
À l’Hôpital des petits Enfants
l’Église. La motivation vient de l’Évangile: pour que nos Frères et Sœurs aient la Vie! (cf. Jn 10, 10). Que la vie, surtout là où elle est plus menacée, parmi les défavorisés, jaillisse. Vivre! Après, un peu de tout ce qu’on vit peut être communiqué, parfois aussi par paroles. Je n’avais pas planifié cela d’avance, mais à Wharf Jérémie, j’ai célébré mes 20 ans d’ordination presbytérale (18/02/2001) ; par extension, j’ai célébré aussi mes 37 ans de Vie Religieuse Consacrée (07/02/1984) et (pourquoi pas?), mes 6 années en Haïti (28/04/2015). En marchant avec les Pauvres de Dieu, en mission; en partageant un peu du quotidien de mes prochains que je suis appelé à servir pourrait-il avoir une meilleure manière de célébrer la Consécration de la vie et le Service? P. Rogério Mosimann da Silva, S.J
15 MAI 2021
9! SUR !21
REVUE DU TERRITOIRE D'HAÏTI
Les Exercices Spirituels Ignaciens Centre de Spiritualité Manrèse, Cazeau (du 03 janvier au 02 février 2021)
Comme mentionné dans les ES, 21, «les Exercices Spirituels se font pour vaincre soi-même et pour ordonner sa vie». Au cours de cette expérience que j’ai vécue, j’ai fait l’expérience de l’amour et de la miséricorde de Dieu, où je me suis senti libéré de mes culpabilités. La Retraite de 30 jours que j’ai faite a été une expérience personnelle avec Dieu à travers laquelle j’ai fait une relecture de ma vie où je me suis exercé dans l’indifférence, afin de parvenir à un bon discernement. Donc, après avoir vécu cette expérience qui m’a permis de ressentir les différents motions et désirs, je suis arrivé à cerner le sens de la phrase suivante : l’expérience de Dieu est une expérience libératrice. Jean Isnaïder ADAM, nsj
elle a été mémorable. C’est une expérience de rencontre avec le Seigneur, de conversion, de réciprocité, de changement, de ressourcement spirituel, tout en me réconciliant avec mon histoire personnelle. Cette expérience spirituelle m’a invité à voir le Seigneur plus clairement, à l’aimer d’un amour qui dépasse amplement mon amour pour moi-même et à le suivre plus étroitement jour après jour. Bref, j’ai cherché et trouvé Dieu au cours de la Retraite et je continue à Le chercher encore, avec le désir de Le trouver dans le quotidien de ma vie. Tout cela va se concrétiser à travers les motions et les désirs que j’ai expérimentés dans un esprit d’indifférence et du magis ignacien. Antonio BONHEUR, nsj
Par ces termes d’exercice spirituel, je constate que je
trouve plusieurs manières d'examiner ma conscience et mon histoire (cf. ES, 2). Je prends aussi le temps de méditer, de prier vocalement et mentalement et d’autres omme le dit Saint Augustin: «chercher Dieu avec le opérations spirituelles désir de le trouver; le (id.). De même que trouver avec le désir de le promener, marcher et chercher encore». C’est à courir sont des travers cette parole que je exercices corporels que voudrais remercier le je pratique pour garder Seigneur pour toutes les ma santé physique, les grâces que j’ai reçues et Exercices Spirituels pour l’opportunité qu’Il m’a sont toute manière de offerte de vivre les préparer et disposer Exercices. mon âme pour me Ce moment détacher de toute favorable a été un parcours affection désordonnée ; au cours duquel j’ai fait ils sont la manière l’effort d’adopter les ignacienne de dispositions nécessaires proposer de chercher Le groupe des novices jésuites, à la fin de la Retraite, accompagné pour mieux vivre la du maître de novices et trouver la volonté Retraite en me laissant aller divine en toute chose dans un grand Silence (cf. ES, 3). intérieur. Tout cela a été une grande prière continuelle avec Denulson THEODORE, nsj pour but de chercher à consolider ma relation intime avec le Seigneur et à construire sur le roc l’appel que j’ai ressenti. Cette nouvelle expérience, je l’ai vécue avec enthousiasme ;
C
15 MAI 2021
REVUE DU TERRITOIRE D'HAÏTI
! SUR !21 10
Les Exercices Spirituels Ignaciens
Les Exercices Spirituels d’Ignace de Loyola sont un cadeau
pour l’Église, et ils sont là pour modeler la vie de tout jésuite. J’ai répondu à l’appel pour faire, avec le père-maître comme accompagnateur spirituel, la grande Retraite ignacienne de 30 jours. C’était une belle opportunité de prendre conscience une énième fois de la raison d’être de mon existence (Principe et Fondement). C’était également un temps de silence prolongé, d’intériorisation, de rencontre avec ma personne ayant pour miroir la Parole de Dieu, la vie du Christ, le Roi Éternel que je contemplais. C’était enfin un temps de tentation, celle de rompre à tout le Silence. Bref, la grande Retraite ignacienne a été un temps de désert, au cours duquel j’ai été à l’écart, loin de toute préoccupation pour être à l’écoute de Dieu, pour essayer de me regarder à travers la vue christique. Pierre Cœur-Saint JEAN-CLAUDE, nsj
Bénis le Seigneur, oh mon âme ! N’oublie aucun de
Après avoir vécu cette expérience qui m’a permis de mieux me connaître, mieux connaître Dieu et ma conduite, je me sens plus animé à servir le Christ présent à travers mes prochains. Maintenant, me voilà plus disponible et disposé que jamais à avancer dans la mission dans une plus grande liberté intérieure. Que Dieu m’aide à mieux discerner sa volonté dans ma vie quotidienne et à donner le meilleur de mon être pour ne choisir que ce qui conduit à sa plus grande Gloire. Robens JONAS, nsj
S
elon la tradition de la Compagnie, tous les novices doivent faire la grande Retraite de 30 jours, par laquelle le jeune se soumet à une pleine conscience de sa vocation à la vie religieuse et surtout chez les jésuites. Donc, c’était dans cette perspective que j’ai participé à cette profonde aventure spirituelle. A travers laquelle que j’ai ressenti des édifiantes motions qui vont pouvoir m’aider à avoir des relations plus saines avec moi-même, mon entourage et surtout avec Dieu. En gros, après avoir vécu les Exercices ignaciens, je sens qu’à l’intérieur de moi des transformations se sont opérées qui, avant, ne se notaient pas. ADMG.
ses bienfaits. Dans sa bonté et sa miséricorde infinie il a fait de moi son serviteur. Même si je n’en suis pas digne. Du 03 janvier au 02 février 2021 j’ai eu la chance de vivre les Exercices Spirituelles de St. Ignace. Avec quelle joie immense je me préparais à plonger dans cette expérience tant attendue depuis ma rentrée au Noviciat! C’était intense et riche en profondeur. Tout au long de cette Retraite, j’ai continué à contempler l’amour incommensurable de Dieu et examiner ma réponse à son appel. Que Tout le groupe des exercitant(e)s et quelques formateurs puis-je mieux donner au Seigneur en guise de réponse à cet amour que ma pauvre vie pour accomplir sa très sainte volonté? En accompagnant Jésus dans son itinéraire, je suis arrivé à une meilleure connaissance de sa personnalité et de son chemin. Chemin sur lequel je désire lui emboîter le pas. J’ai expérimenté plusieurs motions. Tantôt la consolation, tantôt la désolation. Mais au milieu de tout cela, ma joie a été d’avoir su écouter sa voix qui me parle et ainsi y donner une réponse positive.
Suffren JEUNE, nsj
15 MAI 2021
REVUE DU TERRITOIRE D'HAÏTI
! SUR 21 11 !
Expériment de pèlerinage Lieux des expériences Karisal, Belladère : Anderly Azémar, Lucson Celestin et Miteau Andréus • Malpasse : Mahens Chanzy Mondésir, Petherson Lys •
Présentation démographique de ces zones, selon les informations recueillies sur google (source numérique) et nos constatations.
M
alpasse est une localité d’Haïti dépendante de la commune de Ganthier et notamment de la section communale de Fonds-Parisien dont elle est distante d’environ 10 km, située dans le département de l’Ouest. Malpasse se trouve à la frontière avec la République Dominicaine sur la rive Sud-Est de l’étang Saumâtre connu également sous le nom de lac Azuei. C’est d’ailleurs le principal poste-frontière entre les deux pays, puisque plus de la moitié des échanges commerciaux se font par ce point de passage, dont la route nationale no 8 qui le franchit relie directement les deux capitales: Port-au-Prince et Saint-Domingue. Nous avions constaté des sortes de petits restaurants (informels) tout le long de la route; la présence de l’État haïtien est visible à travers la douane haïtienne, un sous-commissariat et l’immigration. Nous avons remarqué quelques autres bureaux comme le MSPP (Ministère de la Santé Publique et de la Population), OIM (Organisation Internationale des Migrants), SJM (Service Jésuite aux Migrants) et les agents de Polifront, un nouveau corps de la PNH- créé il y tout juste trois ans- devant maintenir l’ordre à la frontière. Selon les informations que nous avons recueillies lors d’un entretien avec une employée de l’OIM, ce corps est soutenu par l'OIM sur le plan financier et en matière d’équipements.
K
arisal (écrit Carissal en français) est une zone frontalière de Belladère située à environ 2 km de la commune dont elle dépend. À Karisal comme dans les autres zones frontalières d’Haïti, la politique commerciale adoptée est le libre-échange alors que les dominicains eux-mêmes appliquent le protectionnisme. C’est une frontière très vaste par
rapport à Malpasse et Ouanaminthe, et qui favorise davantage la contrebande. Sur cette dernière se trouvent: la douane haïtienne, un sous-commissariat, l’immigration, un centre de quarantaine pour les personnes testées positifs de la covid-19. Sont également présents les bureaux nationaux et ceux d’organisations nationales-internationales qui y œuvrent, comme par exemple l’ONM (Office National de la Migration), la BPM (Brigade de Protection des Mineurs), le MSPP, l’OIM et le SJM. Puis à gauche de l’entrée de la barrière principale se trouve la résidence des agents du CIMO (Corps d’Intervention et de Maintien d’Ordre) qui sont les principaux policiers qui sécurisent et assurent le service de la circulation sur la frontière. Nous avons pu de manière anonyme, nous entretenir avec les membres de ces différents bureaux. ‣
Le contact avec les gens et la relation personnelle avec Dieu
S
elon le nº 67 des Constitutions de la Compagnie de Jésus: «les novices iront en pèlerinage, sans argent, mendiant même aux portes, à certains moments, pour l’amour du Christ, pour pourvoir s’habituer à mal manger et à mal dormir. On le fera aussi pour que, abandonnant toute la confiance qu’on pourrait avoir dans l’argent ou dans d’autres choses créées, on la place entièrement avec une foi vraie et un amour intense, en son créateur et Seigneur». Approximativement c’est cette expérience que nous, les novices de la 2ème année, venons de faire dans les zones frontalières mentionnées ci-dessus. De cette expérience, nous avons recueilli beaucoup de fruits sur les plans: spirituel, apostolique, communautaire et intellectuel. Cela donne l’idée que, comme novices jésuites, là où nous allons, nous nous faisons accompagner de notre identité qui a son fondement dans la spiritualité ignacienne. (Suite P. 12)
15 MAI 2021
REVUE DU TERRITOIRE D'HAÏTI
! SUR 21 12 !
La prière est la clé du matin et le verrou du
‣
Un bain de réalité: soir. Phrase riche en profondeur avec laquelle nous La dure situation des migrants et notre commençons ce nouveau paragraphe pour dire que expérience avec eux durant toute l’expérience la prière a été pour nous une source inépuisable de consolation. Un moment de rencontre avec Dieu pour nous ressourcer en Lui. ux frontières, il y a un phénomène très La Messe quotidienne n’était pas pour nous une fréquent de migration massive des haïtiens. Cette règle sage de discipline religieuse, mais comme le activité fonctionne en réseau entre les deux peuples ; centre de nos journées et un désir qui jaillissait du des haïtiens traversent la frontière de manière cœur. Nous avions aussi des temps de recul pour clandestine avec la complicité de certains haïtiens et prier Dieu dans le silence intérieur, pour méditer sa dominicains. Celui qui souhaiterait quitter le pays Parole, pour lui demander la force et le courage verse une somme d’argent à un buscón pour pouvoir nécessaire pour pouvoir continuer avec traverser. Les migrants haïtiens qui franchissent les enthousiasme cette dure expérience. Nous nous frontières dominicaine sont majoritairement des donnions également un temps pour présenter au jeunes et adolescents. L’un des travaux que nous Seigneur toutes les doléances reçues des migrants avons accompli avec joie et simplicité du cœur est qui se plaignaient d’être maltraités et exploités par d’accompagner ces migrants déportés, les aidant à les dominicains. Le soir trouver un lieu de avant de dormir, c’était le refuge. Ces moment de faire l’examen derniers quand spirituel de notre ils sont arrêtés et conscience en rendant déportés vers grâce à Dieu pour la Haïti, nous osons journée passée en bien et croire vivent l’une pour la façon dont il se des plus terribles faisait présent dans toutes expériences de nos activités sur les leur vie. Ils sont frontières. soumis à toute Un contact nous a sorte d’abus et introduit à la frontière. Au d’injustice. début, puisque nous sommes j e u n e s , De gauche à droite: Miteau Andrés, lucson Célestin, Petherson Lys, (Suite P. 13) apparemment étrangers de Mahens Mondésir, Anderly Azémar la zone qui viennent d’arriver, les gens nous prenaient pour des kongos accompagnés d’un buscón. La réalité des zones frontalières est surtout marquée par la violence voilà pourquoi il a fallu faire preuve d’une grande prudence. Si la personne n’a pas d’arme à feu, elle porte au moins une arme blanche. La méfiance étant toujours présente, ils nous ont ensuite assimilés à des espions ou quelqu’agents de renseignements de la DCPJ (Direction Centrale de la Police Judiciaire) ou du BLTS (Bureau de Lutte Contre le Traffic des Stupéfiants).
A
25 FÉVRIER 2021
! SUR 21 13 !
L
e s femmes sont en quelque sorte les « Ce qui a vraiment plus maltraitées du marqué cette expérience, fait qu’elles sont c’est notre témoignage de exposées aux violences sexuelles. communion fraternelle. Arrivées en Haïti, Nous avons travaillé elles ne peuvent ensemble, nous souciant porter plainte puisqu’aucune les uns des autres… instance étatique Nous avons œuvrant dans ce expérimenté combien est domaine n’est présente pour nécessaire une vie de r e c e v o i r l eur communion fraternelle doléances et assurer authentique pour mieux le suivi y relatif et accomplir notre mission» ainsi faire respecter leur droit d’être traitées comme des p e r s o n n e s humaines. Elles font la douloureuse expérience de l’impuissance face à leurs agresseurs ; livrées à elles-mêmes, elles sont en ce sens des sans-voix, laissées pour compte, incommensurablement blessées dans leur dignité et dans leur corps. Ce phénomène est l’un des facteurs d’accroissement du taux de la natalité et de l’enfance abandonnée (beaucoup d’enfants naissent et grandissent sans protection aucune). Nous nous sommes entretenus plusieurs fois avec des enfants de rue qui vivent sur les frontières ; ils nous révèlent vivre de la mendicité. Ils sont généralement cireurs de botte, travaillent comme manutentionnaires dans les camions privés de toute opportunité de fréquenter l’école.
Certains migrants relatent leur périples avec
parfois la larme contre à l'oeil, meurtris et désanchantés après avoir été si inhumainement exploités; ils se sont échinés sans être rémunérés ; certains ont même été dénoncés aux autorités de migration dominicaine après leur quinzaine de travail au lieu de recevoir leur dû. De ceux qui reviennent,
REVUE DU TERRITOIRE D'HAÏTI
certains décident de retourner chez eux, mais d’autres convaincus qu’il vaut mieux endurer ce calvaire que de rester à croupir en Haïti font de nouvelles tentatives. L’on verra donc au cours de la même journée débarquer un même groupe de migrants deux à trois fois. En voyant leur situation, nous avons éprouvé de la désolation. Cela nous interpelle davantage à marcher avec les pauvres et les exclus de notre monde ainsi qu’avec les personnes blessées dans leur dignité, en assumant notre engagement pour la Réconciliation et la Justice, selon la mission à laquelle nous appelle aujourd’hui la Compagnie.
‣ Autres expériences
Nous
avons fait également l’expérience de quelques petits emplois. Au début, cela n’a pas été une chose facile, méfiance oblige ! Cependant, à force d’insister, des patrons dominicains nous ont embauchés. De fait, avec d’autres personnes engagées, nous avons travaillé comme manutentionnaires déchargeant plusieurs conteneurs de biscuits (bonbons), de jus, de farine et de maïs. En retour, le salaire reçu n’a pas été proportionnel au travail mais a su garantir notre seule subsistance. Nous avons créé des liens avec des marchandes de nourriture auxquelles nous avons également offert nos petits services ce qui nous a garanti notre repas quotidien. (Suite P. 14)
15 MAI 2021
! SUR 21 14 !
Ce qui a vraiment marqué cette expérience, c’est notre témoignage de communion fraternelle. Nous avons travaillé ensemble, nous souciant les uns des autres. Nous avons mis en commun ce que nous sommes, des biens, des gestes et des petits détails. Nous avons expérimenté combien est nécessaire une vie de communion fraternelle authentique pour mieux accomplir notre mission. D’autant plus, que ce moment a été vécu dans un parfait anonymat. Nous avons été insultées repoussés parfois , bien accueillis et remerciés souvent. Mais, comme il est si bien dit par le P. Peter-Hans Kolvenbach: «Il est toujours nécessaire d’adapter les divers expériments du Noviciat aux conditions concrètes et actuelles de chaque Province, région et culture». Cet expériment de pèlerinage était adapté à notre situation socio-politique-culturelle. L’expérience qui était fixée à vingt-trois jours a été écourtée alors qu’approchait la date dite « fatidique » du 7 février. Puis, dans le contexte pandémique actuel, il a fallu chaque jour se rappeler et observer les gestes barrière et se protéger en tout pour éviter de se faire contaminer. ‣
Appelés à la confiance en Dieu et au service à son peuple
Cette expérience nous laisse avec le désir de nous abandonner davantage à l’amour du Christ Notre Seigneur. Une confiance placée entièrement avec une foi vraie et un amour intense en Dieu notre créateur et Seigneur. Évoluer auprès des migrants nous invite à la transformation (conversion) personnelle et nous emmène vers un grand abaissement. Nous avons découvert le visage souffrant du Christ qui nous interpelle à être plus sensible à réalité de la souffrance humaine. Nous avons également découvert notre degré de maturité
REVUE DU TERRITOIRE D'HAÏTI
aussi bien que nos limites et résistances pour affronter la réalité, notamment la dure réalité de ces zones frontalières surtout marquée par la violence. La réalité nous poussait constamment à la créativité et à sortir de notre zone de confort, pour offrir le meilleur de nous-même. En somme nous tenons à remercier Dieu pour tout ce qu’Il est dans notre vie, pour cette expérience vécue avec peur, parfois, mais aussi avec une grande confiance en sa bonté de Père. Nous avons expérimenté que le service, même s’il est dur, permet la possibilité de la Joie (de l’Évangile) Merci à tous ceux dont la prière nous a accompagné et a été d’un grand secours ; aux membres de l’équipe de formation du Noviciat, à nos confrères novices de la 1ère année et à tous les jésuites du Territoire qui, d’une façon ou d’une autre nous ont aidés.
˜˜˜˜˜˜Mille et un mercis˜˜˜˜˜˜
15 MAI 2021
! SUR 21 15 !
REVUE DU TERRITOIRE D'HAÏTI
Rapport de la « rencontre-études » virtuelle du 2 mai 2021 Ketler Lysius, S.J
Le
18 avril
dernier, nous avons reçu l’invitation du Supérieur à propos de la tenue d’une rencontre de tous les scolastiques du Territoire d’Haïti. Dans son adresse, il s’est exprimé en ces termes : « La présente est pour convoquer tous les jésuites du Territoire qui sont aux études et en régence à une rencontre en vue de partager leurs expériences actuelles (consolations et désolations) et d’exprimer en même temps leurs points de vue et leurs souhaits quant à l’avenir du Territoire ». En prélude à cette rencontre, le père Saint-Félix nous avait suggéré une lecture priante du texte de la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique, intitulé Témoins de la beauté de Dieu, publié à l’occasion des vingt-cinq années de l’Exhortation apostolique Vita Consecrata de saint Jean-Paul II. Le dimanche 2 mai, nous avons eu l’opportunité de nous réunir via zoom, depuis les trois continents où les jésuites se trouvent aux études. Selon l’agenda prévu et piloté par le père Gabriel, la rencontre a débuté avec un temps de prière réalisée par le père Germain Clervaux, qui nous a invité à demeurer dans le Christ, et selon l’Acte de confiance de saint Claude de la Colombière, pour pouvoir porter du fruit aujourd’hui dans une terre fertile et un contexte social éclaté comme le nôtre. Après les propos de bienvenue du Supérieur du Territoire, l’espace a été ouvert aux compagnons afin de pouvoir se saluer et se connaitre un peu ; un total de vingt-deux
participants qui se trouvent actuellement à Boston, en Côte-d’Ivoire, en République Dominicaine, en Colombie, au Canada, en France, en Allemagne et en Haïti. Ensuite, nous avons socialisé les réflexions autour des trois questions susmentionnées dans la lettre d’invitation du Supérieur. Les scolastiques sont très contents de leurs expériences qu’ils essayent de vivre dans une intégration généreuse et responsable entre vie spirituelle, vie communautaire, vie académique et apostolique. Tout cela les confirme et les conforte dans leur vocation pour répondre avec promptitude et dans la disponibilité à la mission de la Compagnie universelle, mais surtout en Haïti. Ils ont toutefois souligné quelques situations limites qui les désolent et les purifient, comme diraient les grands mistiques. Par exemple : les limites imposées par la pandémie, la situation dramatique de notre peuple, les défis rencontrés dans leur champ apostolique surtout au niveau de la Régence. Ils ont tous exprimé leurs rêves pour le Territoire que nous pourrions résumer en ces t e r m e s : a ) C o n s o l i d a t i o n d u p r o j e t d’institutionnalisation de la Compagnie en Haïti; b) un Territoire autonome, surtout économiquement; c) un Territoire structuré, surtout administrativement; d) un corps uni et unifié, surtout spirituellement et apostoliquement; d) la valorisation de l’œuvre Saint Ignace; e) une Compagnie moins critique et des jésuites capables de dépassement de tout possible esprit de clan selon le magis ignatien; f) la révision du programme académique du Centre Bonó et celui du Noviciat en Haïti;. Par la formation de « l’homme-projet » selon l’horizon des besoins et du Projet du Territoire tout en pensant à former intégralement des jésuites responsables et généreux, conscients des besoins du Territoire, mais toujours dans une dynamique de corps.
15 MAI 2021
! SUR 21 16 !
REVUE DU TERRITOIRE D'HAÏTI
Rapport de la « rencontre-études » virtuelle du 2 mai 2021 Après ce temps de plénière, le Supérieur nous a entretenu autour de la question suivante : Quel profil pour le jésuite haïtien du 21e siècle ou pour les vingt prochaines années ? Il s’est réjoui des rêves et souhaits pour le Territoire. Par ailleurs, il a souligné qu’il est vrai qu’il faille acquérir des compétences techniques et professionnelles selon les besoins du Territoire, mais il est bon de miser surtout sur le caractère incontournable que revêt la maîtrise des compétences de base en humanités, langues, sciences sociales, philosophie et théologie. Pour cela, manifestant sa désolation et son désaccord pour le tourisme académique, il a surtout insisté sur la responsabilité personnelle dans les études selon les normes de la Compagnie. Le profil du jésuite haïtien a été présenté en dix points : 1) connaissance approfondie et amour passionné de sa culture et de l’histoire de son pays; 2) connaissance et amour du Christ et de la Compagnie; 3) proximité réelle et efficace avec les pauvres; 4) profondeur spirituelle et intellectuelle; 5) équilibre affectif et sexuel, ie relations équilibrées avec hommes et femmes; 6) ouverture et disponibilité à la mission de la Compagnie universelle; 7) simplicité et joie de vivre en communauté; 8) sentire cum ecclesiae; 9) bonne
capacité d’analyse sociale et politique; 10) ouverture aux cultures et collaboration avec d’autres. Pour conclure chaque compagnon est invité à aller au-delà de sa science pour vivre généreusement sa vocation autour des quatre piliers suivants : a) se sentir aimé et aimer ; b) une culture de discrétion, de transparence et de benedicere ; c) être créateurs et porteurs d’un nouveau discours ; d) être promoteurs d’une nouvelle image de nousmêmes et du pays ; d) connaissance et amour de notre culture. Par ailleurs, les scols ont beaucoup insisté sur la question de la Pastorale Vocationnelle, incluant la pastorale des jeunes et la candidature. Enfin, le père Saint-Félix a exprimé sa gratitude à l’endroit de tous les participants, tout en réitérant sa volonté d’un travail en commun pour la construction du Territoire que nous rêvons tous pour Haïti. La rencontre s’est donc terminée avec la prière d’action de grâce à travers le psaume 117, dirigée par Gérard Myriam qui, nous le rappelons, avec Jean-Francky, seront ordonnés prêtres ce 5 juin en Haïti.
Ketler LYSIUS, SJ mai 2021, Bogotá.
15 MAI 2021
REVUE DU TERRITOIRE D'HAÏTI
! SUR !21 17
L’expérience des études au temps de la crise sanitaire de la covid-19 Depuis près de deux ans déjà, la covid-19 est devenue un souci mondial, s’imposant dans les affaires de l’humanité et s’installant sans gêne, sans contrainte, sans aucune barrière de race, de couleur, de nationalité et de territoire géographique. Ainsi, l’homme doit chercher à s’adapter à ce nouvel ordre des choses sans cesser de chercher des moyens d’éradication. Ce n’est point une chose facile au vu des lourdes conséquences à tous les points de vue. Les plus grandes institutions, universités et collèges du monde ne peuvent plus réclamer une présence physique même de la part de ceux dont les tâches sont conditionnées par une présence physique. Des mesures de restriction (confinement, voyage et déplacement etc.) ont été prises par beaucoup de pays, des scientifiques ont émis leurs avis, de grandes courses aux vaccins sont au rendez-vous…mais, nous sommes encore loin du bout du tunnel même si parfois nous avons l’impression, par moment, de voir poindre la lumière à l’horizon.
envahie par la peur et l’incertitude ? Il me semble qu’on n’est pas capable de répondre à ces interrogations comme si c’était une équation cartésienne ou chimique à laquelle on applique une formule scientifique conventionnelle pour trouver des solutions. Nous ne savons jusqu’à quand et jusqu’à quel point la pandémie nous fera subir empêchements et restrictions. Nous ne savons guère quelles seront les retombées politiques et économiques pour les années à venir. Ce qui est évident, c’est que nous ne sortirons pas de cette crise comme avant. Nous serons meilleurs ou pires selon les propos du Pape François le 22 avril dernier, lors de la célébration de la journée mondiale de la terre. Le temps nous parle et nous donne des signes qui exigent de nous de prendre des décisions personnelles et communautaires pour un monde meilleur.
C’est dans ce contexte difficile de crise sanitaire mondiale que je suis arrivé en France, l’un des pays européens Petit moment de détente communautaire les plus touchés par ce fléau, pour entamer des études de théologie au Centre Sèvres. Un lieu qui accueille des étudiants venant des quatre coins du monde, pour des études en théologie, philosophie et bioéthique. Il cherche à articuler les études et les réalités du monde actuel en vue de pouvoir répondre aux exigences du temps. Aujourd’hui, devant cette réalité de crise sanitaire, quel serait la place de la théologie ? Comment pourrait-elle servir de tremplin pour redonner l’espoir à l’humanité souffrante,
(Suite P.18)
15 MAI 2021
! SUR !21 18
REVUE DU TERRITOIRE D'HAÏTI
La science est appelée à lutter contre la surtout ceux d’angoisse et de peur, peuvent avoir crise sanitaire certes, mais ce ne sont pas seulement une attraction particulière. La force de la peur les scientifiques qui arriveront à une solution réside dans la conviction intime qu’elle est justifiée. miraculeuse. C’est l’affaire de tous, un engagement Comme aucun autre sentiment, la peur trouve des de tous les secteurs qui englobent la vie humaine et arguments subtils pour renforcer sa crédibilité et une collaboration de chaque citoyen du monde pour s’installer au plus profond de notre humanité. Ce lutter contre la pandémie. C’est l’occasion de qui peut nous aider à transcender ce sentiment, c’est comprendre que la science, à la différence de la de ne pas nous laisser enlever notre joie et notre religion, ne peut pas prétendre avoir un répertoire espérance. C’est ce désir qui m’habite et m’invite à de vérités absolues, elle doit se mettre davantage au aller jusqu’au bout à la suite du Christ qui appelle travail pour sauver le monde. En plein cœur de tout un chacun dans sa mission. Dieu est en cette crise qui fait permanence à l’œuvre jaillir la peur et au cœur de sa création l’incertitude chérie. Tout passe, partout, les même ce temps dur théologiens et passera, mais l’amour théologiennes sont de Dieu pour nous ne donc appelés à passera jamais. Rien risquer une parole, n’est impossible à Dieu une parole certes, mais il lui est d’espérance qui est quand même capable de faire i m p o s s i b l e renaître la vie au d’abandonner sa cœur des création qui souffre et événements qui implore son aide. Apéritif communautaire désastreux de notre Ayons confiance en monde. Une parole qui permet à Lui et redisons avec plus l’humanité de redonner à Dieu sa place centrale et de ferveur « Notre secours est dans le Nom du ultime. C’est un moment propice pour approfondir Seigneur qui a fait le ciel et la terre ». cette Parole de Jésus lui-même : « Sans Moi vous ne pouvez rien faire », Jn 15,5. La création a besoin de son Créateur. L’expérience que je fais au Centre Sèvres me permet de réaliser davantage et cela de manière plus concrète, combien il est nécessaire de prendre en considération toutes les dimensions de la vie humaine dans la formation pour mieux répondre aux exigences du temps actuel et à venir. Le temps qui court nous révèle la nécessité de s’enraciner dans une foi solide en Dieu qui s’est révélé à l’Homme pour lui offrir son salut en Jésus-Christ. Le fondement de notre vie spirituelle ne saurait passer en dehors des épreuves et des calamités de toutes sortes. En temps de crise, les sentiments négatifs,
Maréus TOUSSELIAT sj Paris, Mai 2021
15 MAI 2021
! SUR 21 19 !
Co in
1.
du S
up éri eu
REVUE DU TERRITOIRE D'HAÏTI
r
Le dimanche 2 mai dernier s’est tenue, en mode virtuel, la rencontre des scolastiques haïtiens. Nous étions plus d’une vingtaine a répondre affirmativement à cette invitation. Le Socius et moi avons participé à cette rencontre. Ce fut un beau temps de partage et d’échange.
2. Du lundi 10 au vendredi 14 mai a eu lieu la 41e Assemblée de la CPAL. Ce fut, comme d’habitude, un haut lieu d’écoute et d’échange fraternels sur la situation des différentes provinces et régions qui intègrent la CPAL. L’accompagnement et la formation des jeunes eurent une place de choix dans nos discussions. 3. Le samedi 29 mai prochain se tiendra notre neuvième rencontre de Consulte pour cette année. Le Centre de Spiritualité accueillera cette rencontre mensuelle. La situation financière du Territoire sera présentée et les questions administratives et financières y seront abordées et traitées. Au terme de notre rencontre, nos confrères Achange, Stanley et Max prononceront leurs derniers vœux qui les incorporeront définitivement au corps de la Compagnie. Nous leur disons déjà notre joie profonde et notre félicitation.
4. Le samedi 5 juin 2021 nous aurons la joie de célébrer l’ordination sacerdotale des diacres Gérard et Francky. Merci de les porter dans vos prières pour que leur don soit de plus en plus parfait. 5.
Nous accueillerons dans les premiers jours du mois de juin, deux jésuites chiliens. Un, qui est médecin, ira travailler au dispensaires des sœurs du Sacré-Cœur à Balan. L’autre, Alejandro Pizzara, viendra nous aider dans l’évaluation du travail que nous réalisons au Collège St-Ignace. Nous leur souhaitons la bienvenue.
15 MAI 2021
! SUR 21 20 !
REVUE DU TERRITOIRE D'HAÏTI
Comme c’est beau ! Comme elle est belle la vie, quand on en fait un don Comme c’est beau de rire ou de pleurer ensemble Goûter, danser la vie et ne pas la maudire Pardonner de tout cœur si l’on veut vivre en paix Féminin, masculin dont la source est en Dieu Dieu a besoin de nous pour embellir la vie Il nous envoie Jésus qui pleure sur Haïti Ce qu’il voit est affreux, le mal est très puissant Il enverra ses anges pour combattre avec nous Offrons-lui un repas avant qu’il ne reparte Cassave avec mamba, mais pas trop pimenté Un bon mango francique qu’il va bien déguster Avec dans sa valise quelques bonbons sirop Jésus partit content, se sentit accueilli Comme c’est beau l’accueil, ça goûte le sirop miel C’est la vie qui l’exige pour un peu de poésie Qu’on ne nous trouve pas chez les faiseurs de mal Notre choix c’est le bien, le beau, le vrai, l’amour Travaillons en équipe pour être plus efficace Seul on peut aller vite, à deux on va plus loin Aimons donc consulter, c’est du temps de gagné Aimons aussi prier, c’est pas du temps perdu Articuler toujours écouter et parler Voici la bonne nouvelle : Dieu est papa, maman Portant un joli nom : il est Beauté Suprême Comme tu es beau mon frère, tu es image de Dieu Que tu es belle ma sœur, ton Dieu habite en toi.
P. Godefroy Midy Sj.
Source image de fond : istock by Getty images Description: Beauté en plume et bannière vierge. Plume plume, encrier - Illustration libre de droits
15 MAI 2021
! SUR 21 21 !
REVUE DU TERRITOIRE D'HAÏTI
Coin anniversaire Mai Charbonneau André, 6 Souffrant Claude, 6 Simon Antony, 17 Belotte Paul-Fils, 18 Lisssaint Antoine, 27
Juin Milorme P. Reginald, 08 Joazile Maxène, 09 Charles Stanley, 25
Juillet Lamothe Miller, 14 Délices Brillaire, 16 Masséba Jhonny, 17