mutualiste N° 135 • JUILLET 2020 • 1,88 € • TRIMESTRIEL • ISSN : 2292-2772
DE LA PRESSE, DU SPECTACLE ET DE LA COMMUNICATION
ACTUALITÉ DE LA MUTUELLE
Élection des délégués
ÉPIGÉNÉTIQUE LOISIRS/CULTURE
UME
Limoges dans son assiette
Comment l’environnement influence nos gènes
Le mot du président
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Quel monde après ? Même s'il est trop tôt pour tirer un bilan de la pandémie, la covid-19 est un révélateur des inégalités sociales. Partout dans le monde ce sont les plus vulnérables qui ont été le plus touchés par la maladie, la France n'échappe pas à ce constat. Ainsi le nombre des décès est plus élevé là ou la précarité sociale et l'absence de services publics sont le plus prégnant. Paradoxe de la situation après des décennies de réformes successives qui ont mis à mal l'hôpital public et les équipes soignantes, ils ont soudainement retrouvé grâce dans le discours présidentiel. La première ligne, hier « lacrymogénisée », quand elle réclamait plus de moyens pour fonctionner, plus de lits pour faire face aux urgences, a été applaudie tous les soirs. Face à cette crise alors que la majorité de la population était confinée, c'est l'ensemble du personnel soignant qui s'est mobilisé pour sauver des vies malgré l'absence criante d'équipement de protection. Certains l'auront payé au prix fort. Avec eux d'autres ont été exposés au virus en continuant leur activité professionnelle considérée comme essentielle au fonctionnement du pays. À l’instar des caissières, éboueurs, livreurs, facteurs, pompiers, personnels des pompes funèbres, salariés de la presse… qui ont répondu présent sans forcément en
attendre une reconnaissance, ces oubliés de la globalisation de l'économie souvent sous-payés ont, au travers de la crise sanitaire, mis en lumière le rôle social essentiel que jouent leurs métiers dans notre société. La covid-19, si elle a montré les limites de notre système de soins, a également bouleversé le monde du travail. Ceux qui fustigeaient les systèmes d’assurances sociales en ont redécouvert les vertus. Cette crise sanitaire ne peut être considérée comme un nouvel incident du système dans lequel le gouvernement serait exempt de reproches. À ce titre les commissions d’enquête devront faire toute la lumière sur les choix de l’exécutif et sur les causes des nombreux dysfonctionnements qui ont conduit à constater les manques de médicaments, de masques, de gel hydroalcoolique etc. Mais surtout devant la crise sociale et économique qui s’annonce, n’avons-nous pas collectivement à nous interroger sur la pertinence du modèle de libre-échange, des productions délocalisées à l’autre bout de la planète au mépris de l’environnement, de l’orthodoxie budgétaire qui a contribué à creuser les inégalités et mis à mal les solidarités ? Le mouvement mutualiste comme d’autres acteurs de l’économie sociale doit prendre sa place dans le débat pour faire que le monde d’après ne soit pas pire que le monde d’avant. Laurent Joseph, président d’uMEn
Le Mutualiste, n° 135, juillet 2020. Trimestriel d’uMEn, mutuelle des professionnels de la presse, du spectacle et de la communication. Direction, rédaction, administration et publicité : 29, rue de Turbigo, 75081 Paris cedex 02. Directeur de la publication : Laurent Joseph • Responsable de la rédaction : Alain Poulet • Comité de rédaction : Pierrette Chenot, Michel Dursen, Jean-Jacques Hocquard, Julie Kapour, Chantal Lebec, Yves Louchez, Bernard Montini, Jean-Pierre Moreux, Marc Norguez, Dominique Patte, Jean-Claude Tiphangne, Serge Vittoriano • Collaborateurs permanents : Denise Cabelli, Françoise Janin, Alain Noël • Conception graphique, réalisation et fabrication : Ciem, 12, rue de l’Église, 75015 Paris. Tél. : 01 44 49 61 00 • Commission paritaire : 0919 M. 06967 • Prix du numéro : 1,88 € • Abonnement annuel : 7,50 € (4 numéros par an) • Ce numéro a été tiré à 30 039 exemplaires • Couverture ©Shutterstock. Origine du papier : Leipzig (Allemagne) • Taux de fibres recyclées : 100 % Ce magazine est imprimé sur un papier porteur de l’écolabel européen et de l’écolabel allemand Ange bleu (der Blaue Engel). « Eutrophisation » ou « Impact de l’eau » : PTot 0,002 kg/tonne de papier.
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LE MUTUALISTE 135
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Dans ce numéro
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ace à cette pandémie, notre Mutuelle a dû adapter son mode de fonctionnement tout en continuant à accompagner les professionnels de la presse, du spectacle et de la communication. Que ce soit par son site, sa plateforme de gestion, son centre de santé, par l’aide aux plus démunis et aux professionnels en ce qui concerne leurs cotisations. Pendant cette période, uMEn a mené à bien le renouvellement de ses délégués par vote électronique (p. 4 et 5). Avec sa formule rénovée, fluide et aérée, sa pagination resserrée au service d’un contenu toujours plus dynamique et son papier 100 % fibres recyclées, le nouveau numéro de votre magazine est le parfait symbole de cette période post-confinement qui voit la vie reprendre ses droits. Les plages rouvrent, les magasins ne désemplissent pas et les terrasses de cafés font à nouveau entendre leur joyeux tintamarre… Tous les signaux ne sont pas encore au vert – « A l’heure où l’on se parle, on ne sait pas du tout quelle évolution va suivre cette pandémie », prévient ainsi le professeur Antoine Flahault dans nos colonnes (p. 6) – mais une page se tourne. Avec le confinement, de nombreux salariés ont découvert le télétravail, parfois loin des villes, au calme à la campagne. Une vraie révélation pour certains, mais aussi pour des entre-
prises, dont de nombreuses promettent de ne pas revenir en arrière. Notre analyse sur ses avantages et ses limites (p. 10). Cette période de covid-19 a eu, aussi, pour conséquence, d'accroître la mise en danger de femmes et d'enfants face à des conjoints ou parents violents. La vigilance reste de mise (p. 11). Le centre de santé rénové qui s’était mis aux normes de cette crise sanitaire, s’adapte maintenant au déconfinement (p. 12). Labellisée « Ville d'art et d'histoire » et « Capitale créative » par l'Unesco, Limoges a l'insigne privilège d'être l'une des capitales mondiales de la porcelaine, matériau délicat inventé en Chine et dont le secret n'a été percé en Occident qu'au XVIIIe siècle. Un fil conducteur pour découvrir la Haute-Vienne sur les routes de la Porcelaine (p. 20 et 21). Déconfinement oblige, ce numéro nous entraîne au large, sur les traces du Polarstern, un brise-glace qui dérive dans l’Arctique pour étudier les effets du réchauffement climatique sur la banquise. Une aventure extraordinaire rendue plus complexe encore par la crise sanitaire (p. 18). D’environnement, il en est également question avec l’épigénétique, cette science qui nous apprend que notre environnement et notre mode de vie peuvent perturber le fonctionnement de nos gènes et avoir un impact sur notre santé (dossier p. 14). Bonne lecture ! La rédaction du Mutualiste
Sommaire 4-5 // ACTUALITÉ DE LA MUTUELLE 6-7 // INTERVIEW
Antoine Flahault
Professeur de santé publique et directeur de l’Institut de santé mondiale à l’université de Genève.
11 // SOCIÉTÉ Quand confinement rime avec violence conjugale ou sur enfant. 13 // NUTRITION Allergique aux fruits à coque : surveiller de près son alimentation.
8-9 // MÉDECINE
Anosmie
Quand perdre l’odorat fait perdre le goût de vivre. 10 // INTERVIEW
Maurice Thévenet
14-17 // DOSSIER
Épigénétique
18-19 // ENVIRONNEMENT
Mosaic
Une expédition inédite pour observer le climat 20-21 // LOISIRS-CULTURE
Limoges
Dans son assiette. 22 // PSYCHO La thérapie familiale, qu’est-ce que c’est ?
Comment l’environnement influence nos gènes.
Télétravail, les avantages et les limites.
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ACTUALITÉ DE LA MUTUELLE
Comme vous l’avez sans doute constaté, pendant cette période exceptionnelle de pandémie liée à la covid-19, uMEn a dû adapter son mode de fonctionnement tout en continuant à accompagner les professionnels de la presse, du spectacle et de la communication.
uMEn
à vos côtés pendant la covid*
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i, pendant la période de confinement, il nous était impossible d’assurer la réception physique des adhérents de la mutuelle, la plateforme de gestion est bien sûr restée opérationnelle, ainsi que les espaces sécurisés (en ligne et via l’application uMEn Santé). En complément, toute l’expertise du département psychosocial de notre assistance a été mise au service des bénéficiaires les plus fragilisés, en s’engageant à les soutenir dans cette période inédite en France et dans le monde. Le centre de santé, quant à lui, est resté ouvert pour les consultations de médecine générale et la pharmacie, les espaces audition et optique assurant un service de réparation. En quelques jours, nous avons pu multiplier par deux le nombre de médecins pratiquant la
IDF - GRANDE COURONNE
NORD-OUEST
Ont été élus 134 délégués ■ Nord-Est Contrats individuels BOURGEOIS Maryse LOURDEZ Christiane MAIGROT Bernard SEVEZEN François Contrats collectifs ELBAZ Cyril
NORD-EST
IDF - PETITE COURONNE IDF - PARIS INTRA-MUROS SUD-EST
SUD-OUEST
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■ Nord-Ouest Contrats individuels DE LESPARDA Gil FARFAL Pascal GAUDIN Jean-Marc LELLOUCHE Daniel LEMONNIER-LEBRUN Bertrand VANNERAUD Jean-Paul ■ Sud-Ouest Contrats individuels LAPERGUE Maryse PAILHES Jacques PORRE Thierry TORRES Alain
téléconsultation dont les plages horaires ont été élargies et mises à disposition sur simple rendez-vous. Le site internet a régulièrement été mis à jour avec les informations nécessaires destinées à nos adhérents. uMEn, la mutuelle des professions de la presse, du spectacle et de la communication a démontré une nouvelle fois son engagement en annonçant des exonérations totales ou partielles de cotisations santé pour ses entreprises adhérentes. Après leur avoir déjà proposé un report de cotisations, uMEn a franchi ainsi une nouvelle étape dans son accompagnement. Une attention particulière envers les adhérents individuels indépendants a également été mise en place afin de répondre à l’urgence économique créée par la crise sanitaire. Les adhérents rencontrant des difficultés dans leur activité professionnelle ont pu déposer un dossier auprès de la commission uMEn Solidarités afin d’étudier un accompagnement sur mesure. Laurent Joseph, président d’uMEn, déclare : « La crise que nous traversons est d’une intensité jamais égalée tant sur le plan sanitaire qu’économique. Notre rôle, en tant que mutuelle engagée, est d’aider nos adhérents à y faire face en mettant en œuvre toutes les solutions possibles de manière concrète et simple pour les aider à maintenir leur activité et l’emploi. »
Depuis le 11 mai, nos espaces adhérents à Paris et à Nice sont de nouveau ouverts au public, et le centre de santé René-Laborie vous accueille du lundi au vendredi de 8 heures à 20 heures, soit en téléconsultation, soit au cabinet sur rendez-vous, tout comme les espaces audition et optique. Toutes les mesures sanitaires et les gestes barrières ont été mis en place pour assurer la sécurité de tous et maintenir la plus faible propagation du virus, le respect des mesures de protection individuelles et collectives étant nécessaire. Enfin, comme vous avez pu le constater, uMEn a mené à bien le renouvellement de ses délégués, en vous conviant à les élire de façon traditionnelle par courrier ou bien par un vote électronique. Ce dernier a rencontré un vif succès puisque plus d’un quart des votants ont choisi ce mode d’élection. Nous remercions l’ensemble des participants à cette élection pour leur engagement au fonctionnement démocratique de la mutuelle.
* Acronyme de corona virus disease 2019, que l'on peut traduire par « maladie provoquée par le coronavirus 2019 ». Les acronymes prennent le genre du premier mot de l'appellation. Le cas présent se traduit par « La Covid-19 ».
se répartissant comme sur l’illustration suivante pour les sections statutaires : ■ Sud-Est Contrats individuels BEAUJEU-DUFOUR William CANOVA Jean-Marc CHIOSSONE Eliane DANIEL Philippe FORTE Nadia GAZAGNE Martine JEROME Christian LOBEZ Jean-Yves MAS Claude MELON William MONNET Ulla PIERI Denis ROCHER Annick VIALE Gérard VIALE Simone VIGIER Maurice VIOLA Jean VITTORIANO Serge Contrats collectifs LETREGUILLY Sébastien FARRUGGIO Corine DESLOIRES Laurence ■ Île-de-France Paris intra-muros Contrats individuels ARCHASSAL Pierre-Valéry ARDHUIN Danièle BRIONE Benoist
CHENOT Pierrette CURTA Francis DAHBAL Sabbah FIDRIE Andrée FLORET Jean-Michel GUVEN Erhun HERNANDEZ Guy HOCQUARD Jean-Jacques KAPOUR Julie KORWILL Guy LALLAIN Jacques LE BIHAN Martial LEFEL Hervé MARIETTE Isabelle MOREUX Jean-Pierre PATTE Dominique VENDART Jean VOLANT Yann Contrats collectifs DUCOLONER Philippe KHEDADI Jean-Pierre WISZNIAK Martine ■ Île-de-France Petite couronne Contrats individuels AUSTRUY Jean-Claude BAUD Alain BENICHOU Michel BURGUIERE Michel COLS Philippe
DAGONEAU Jean-Marie DEISS Inès DESFONTAINES Michel DUQUENNE Lionel FONTAINE Michel HEDOUIN Jean-Jacques LEBON Fabien LELOUP Claude MECIBAH Fouzia MONTINI Bernard NORGUEZ Marc NUEVO José PEREZ GONZALEZ Eva PITOUT Jean-Jacques POULAIN Gérard QUALITE Patrick SCHNEIDER Michel TIPHANGNE Jean-Claude YBANEZ Daniel TAHIRI Moulay VANDROMME Michel Contrats collectifs BARBOSA COSTA Manuel CHIGOT Bruno DUBUC Frédéric JOLY Jean-Claude JOSEPH Laurent LE PELLETER Gwenaël PILLAS Valérie RONDEAU Corinne SALGUES Frédéric
■ Île-de-France Grande couronne Contrats individuels BACQUET Roger BODIN Roger BOIVIN Maurice BOYER Jacques GALLOIS Bernard GROT Jean-Pierre HANED Bernard JOUANNE Serge LEBON Aude LEBON Jean LEGEROT Daniel LEGRAND Daniel LOPES Michel MEZIANE Abdenour NADAL Martial PEPINO Gilbert QUITTARD Jean-Claude ROUSSEAU Daniel TESSON Lyliane Contrats collectifs BERTIN Nathalie BRIANT Valérie LOURDEZ Didier PIGEON Arnaud PRUVOST Patricia ROBIN Philippe YACINE Ahmed
Sections d’entreprises comportant des contrats collectifs de plus de 500 membres : Pour l’Afp : BRECHEMIER Eric LEIN Richard LESEUR Christophe REBIB Oualid Pour Le Monde : DUMAS Eugénie LANTERI Bruno LERI Julien LETOURNEUR Christophe MORIO Joël Pour la Sad : DUMONTEIL Stéphane FALVARD Cyril GUILLEN Thierry MAMMAR Jaouad
Notre assemblée générale, qui se tient traditionnellement en juin, a été reportée en octobre en raison de la pandémie.
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ENTRETIEN ANTOINE FLAHAULT,
épidémiologiste, directeur de l’Institut de santé globale à l’université de Genève, ancien directeur de l’École des hautes études en santé publique (EHESP).
« Tous les scénarios sont possibles pour cette pandémie » En 2008, Antoine Flahault publiait Des épidémies et des hommes (éditions de La Martinière). Il prévenait : « L’histoire des maladies infectieuses reste à écrire. » Dans le même temps, il dirigeait avec Patrick Zylberman l’exposition Epidemik, l’expo « contagieuse », à la Cité des sciences et de l’industrie à Paris. Celle-ci se terminait par un panneau annonçant la « fin de l’optimisme ». 2020 : les craintes ont explosé. La covid-19, partie de Chine fin décembre 2019, s’est propagée partout dans le monde.
Quelques jours après le 11 mai, date de la fin du déconfinement en France, quel « pré-bilan » tirez-vous de la gestion de la crise, en France et en Europe ? Antoine Flahault. À l’heure où l’on se parle, on ne sait pas du tout quelle évolution va suivre cette pandémie. À Genève, où il y avait pourtant un important foyer de contamination, seulement 10 % de la population du canton a été infectée par le virus, ce qui est très peu. L’immunité collective nécessaire pour bloquer toute nouvelle flambée épidémique (qui pourrait être de l’ordre de 70 % de la population) n’est pas près d’être atteinte. La situation est à peu près la même dans toute l’Europe, malgré des stratégies de réponse assez différentes, allant d’une grande liberté de circulation au confinement strict. Des chiffres interpellent : avec un nombre de cas à peu près équivalent, certains pays, comme
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l’Allemagne ou la Suisse, s’en sortent mieux et affichent un taux de mortalité très inférieur à celui d’autres pays européens comme la France, l’Italie ou l’Espagne. Comment l’expliquezvous ? Est-ce dû à des différences de comportement ? Les Italiens, les Français et les Espagnols ont été disciplinés dans le confinement strict qu’on leur a imposé. L’Autriche affichait, le 14 mai 2020, un taux de mortalité de 69 par million d’habitants, l’Allemagne de 94, la Suisse de 216, quand la France (415), l’Italie (514) et l’Espagne (580) enregistraient des taux beaucoup plus élevés. Il y a donc en effet une très importante différence de mortalité rapportée à la population qui s’explique, à mon avis, essentiellement par la politique de test, de traçage et d’isolement des personnes contaminées. Le test RT-PCR, qui vise à identifier si vous êtes porteur du virus, a été pratiqué de façon beaucoup plus importante et précoce dans
le cours de l’épidémie en Allemagne, en Suisse ou en Autriche qu’en France. Ce que n’ont pas compris immédiatement les autorités françaises, c’est que lorsque le test vous identifie comme positif au virus, même si vous avez peu de symptômes, votre attitude change vis-à-vis de vos proches. Vous vous autoconfinez, voire on vous propose un isolement strict de quelques jours. Cela permet de casser de nombreuses chaînes de transmission, y compris internes au domicile. La détection précoce des cas, associée à une méthode de traçage – non seulement on vous teste mais on essaie aussi de retrouver vos contacts à risque, ceux qui sont passés à moins de deux mètres, sans masques de protection ou qui sont restés plus de 15 minutes avec vous – a porté ses fruits dans les pays d’Asie du Sud-Est qui l’ont mis en œuvre, ainsi qu’en Allemagne. Que pensez-vous de la Suède qui s’est démarquée par sa politique sanitaire ? À la grande différence de tous les autres pays européens cités, la Suède n’a pas confiné son économie. Les bars, restaurants, cinémas, commerces et écoles sont restés ouverts. Elle n’a pas non plus appliqué de testing de masse, mais n’a pas pour autant vu ses hôpitaux engorgés. Avec un taux de 343 décès par million d’habitants, elle se situe entre la Suisse et la France, mais ses indicateurs sont moins bons pour le moment par rapport aux autres pays nordiques – Norvège, Danemark, Finlande – où ces taux sont beaucoup plus bas (entre 41 et 92 par million). La Suède est un pays de très grande culture de santé publique, sa population est très observante vis-à-vis des conseils que lui donnent les autorités sanitaires. Les Suédois se sont autoconfinés, alors qu’ils pouvaient circuler dans le pays sans contraintes. Une modélisation de l’EHESP a montré qu’entre le 19 mars et le 19 avril, plus de 587 000 hospitalisations ont été évitées en France et 60 000 vies épargnées grâce à la mise en œuvre du confinement. Selon vous, faut-il
continuer dans la voie d’un confinement aménagé ? Il ne faut jamais perdre de vue que l’objectif du confinement n’était pas d’abord d’éradiquer le coronavirus mais d’éviter l’engorgement des hôpitaux et en particulier des soins intensifs. Il y a d’autres maladies qui prélèvent des vies, y compris chez des jeunes, et on n’arrête pas l’économie et la vie sociale du pays pour autant. Le confinement a bien sûr eu un effet très puissant sur l’épidémie puisque les courbes sont redescendues. On doit néanmoins en sortir car ce n’est pas une solution viable à long terme et elle finirait même par être dangereuse, y compris pour la santé, si la vie économique et sociale ne repartait pas. Il y a quand même de nouveaux foyers de contamination, des clusters, qui apparaissent, à Singapour, en Chine, en France, en Allemagne. Craignez-vous une reprise de l’épidémie ? Ce qui se passe, en particulier à Singapour, montre que le contrôle de cette pandémie reste très fragile et en effet les courbes peuvent remonter à tout moment. L’expérience suédoise prouve cependant que l’on peut contrôler la situation, notamment en évitant l’engorgement des réanimations par des mesures barrières. Le déconfinement peut entraîner un rebond dans les semaines qui vont venir. Les hôpitaux seront mieux préparés, mais ils seront un peu plus fatigués aussi. On souhaiterait un peu de répit estival mais nous ne sommes pas du tout certains que l’été va freiner la transmission du virus comme il le fait pour d’autres virus respiratoires comme celui de la grippe. Est-ce que la recherche de l’immunité collective est encore une piste envisageable ? Je pense que c’est la seule. Elle va prendre plus ou moins de temps et elle pourrait être opportunément accompagnée par l’arrivée d’un vaccin. Mais sans vaccin, l’immunité collective risque d’être longue à obtenir. Il faut toutefois que l’on parvienne à reprendre une vie la plus normale possible, en sachant que des hôpitaux auront à faire face à la
covid-19 probablement encore pendant plusieurs mois. Combien de temps, à votre avis, va-t-il encore falloir appliquer les règles de distanciation physique ? Je ne me permets pas de faire des prévisions à long terme parce que l’on ne sait pas comment tout cela va évoluer. Je dirais que quand le virus circule à un niveau très faible, de l’ordre d’un ou deux cas par jour par million d’habitants, comme c’est le cas à La Réunion, en Nouvelle-Zélande, en Autriche ou en Australie, les mesures barrières n’ont plus tellement lieu d’être car le risque de contamination dans la population devient très faible. Le R0, ce fameux taux de reproduction du virus, qui correspond au nombre de personnes que le porteur peut infecter, est de 3 à 4 pour ce coronavirus. Avec le confinement, il est descendu en dessous de 1 en France ou en Suisse. Pour éviter toute résurgence, il faut qu’il reste au-dessous de 1 et donc continuer à adopter les mesures barrières au moins pendant quelques semaines. Si l’impact de la saison estivale est le même sur le R0 que celui de la grippe (l’été réduit le R0 de 60 % sous nos latitudes), alors l’été pourrait contribuer à accompagner et sécuriser en partie le déconfinement. Mais nous ne savons pas si l’on va avoir un phénomène de ce genre pour le coronavirus. Quels sont vos pronostics concernant le développement de la pandémie ? Il faut être prudent. Au-delà de 8 jours, toutes les prévisions sont incertaines pour cette pandémie. Les modèles mathématiques ont prédit beaucoup de choses. Je ne sais pas ce qu’il en restera. Pour beaucoup d’épidémies - sida, maladie de Creuzfeld Jacob, Zika, Ébola… - les modèles mathématiques se sont beaucoup trompés dans leurs prédictions. Tous les scénarios sont possibles. Le SRAS avait disparu au bout de neuf mois dans plus de vingt pays dans le monde. Aucun modèle ne l’avait pourtant prévu. Le sida ou la grippe, eux, n’ont jamais cessé de circuler. Propos recueillis par Isabelle Coston Photos : @Shutterstock
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Anosmie
Quand perdre l’odorat fait perdre le goût de vivre On en a beaucoup parlé depuis quelques mois : l’anosmie – le nom scientifique de la perte d’odorat – est en effet l’un des premiers symptômes de la covid-19. Mais ce signe clinique peut avoir bien d’autres causes. Loin d’être anodine, cette maladie pourtant mal connue bouleverse le quotidien de ceux qui ne perçoivent plus les odeurs.
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maginez : le savon sous la douche, le café et le pain grillé du matin, l’herbe fraîchement coupée du jardin, les gaz d’échappement des voitures… Vous ne sentez plus rien. Quasiment du jour au lendemain, toutes les odeurs ont disparu et vous vous retrouvez comme enfermé dans une bulle. Votre vie est devenue vide et fade. « Cela m’a valu des années de dépression car une vie se construit autour des odeurs, qui sont aussi des souvenirs, témoignait Bernard Perroud, président de l’Association française pour l’anosmie et l’agueusie (la perte du goût) lors d’un entretien à LCI. Dès qu’il s’agit de marcher dans les bois ou de passer à côté d’une boulangerie, le nez est à la base de notre appétit et de notre enthousiasme.
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MÉDECINE
C’est donc vraiment difficile de vivre sans. C’est comme si la vie était devenue en noir et blanc : il y a quelques nuances mais il manque l’essentiel. » Cette perte de sens, au propre comme au figuré, c’est ce que décrivent tous les anosmiques.
Une pathologie méconnue
L’anosmie était jusque-là une pathologie méconnue. Depuis la crise de la covid-19, tout le monde en parle. Il faut dire qu’avec les maux de tête, elle est l’un des premiers signes cliniques, avant la fièvre, la toux et les difficultés respiratoires, qui font envisager une infection au nouveau coronavirus. Pourtant, ce trouble de l’olfaction était présent bien avant. Il en existe deux formes : l’anosmie acquise, qui survient au cours de la vie, et l’anosmie congénitale, heureusement très rare (environ une naissance sur 40 000), que connaissent des enfants qui naissent sans système olfactif. Ce handicap toucherait près de 3 millions de Français, mais aucune étude ne permet, à ce jour, d’estimer exactement le nombre de personnes atteintes. Les causes, quant à elles, sont plus ou moins connues. Un virus, un choc à la tête, une tumeur ou tout simplement le vieillissement peuvent être à l’origine d’une perte d’odorat permanente ou temporaire. Tous les âges sont concernés et il n’y a pas non plus de différences en fonction du genre. Ce mal peut donc affecter n’importe qui, n’importe quand.
Des conséquences sur la santé physique et mentale
Si la personne qui en est atteinte est privée des petits plaisirs de la vie que procurent des odeurs agréables, elle peut aussi se mettre en danger. « J’ai 33 ans et ça fait 25 ans que je suis anosmique, se désespère Nicolas dans « J’ai rien senti », le documentaire poignant de Mélanie Van Kempen pour Arte Info. Les gens, je pense, ne connaissent pas l’anosmie en tant que telle, mais ne connaissent pas non plus le rôle qu’ont les odeurs dans la vie. Ne plus avoir d’odorat, c’est déjà être en danger physique, puisqu’il y a le brûlé, il y a l’odeur du gaz, il y a les aliments périmés. […] Il faut que les gens comprennent à quel point j’ai moins de plaisir à vivre ma vie qu’eux. » Danger physique donc, puisque l’anosmique, en perdant le goût (agueusique), peut par conséquent s’alimenter de façon déséquilibrée mais surtout s’intoxiquer en mangeant des produits avariés. Il n’est pas non plus en mesure, par exemple, d’identifier l’odeur d’une fuite de gaz ou celle de la fumée d’un début d’incendie. Les anosmiques sont également souvent sujets à la dépression. À l’image de Caroline qui expliquait en juin 2017, dans les colonnes du Figaro : « On ne se sent pas soi-même, donc on n’est pas à l’aise.
Tout au fond du nez se trouvent des récepteurs neuronaux (400 environ) dans lesquels viennent s’imbriquer des molécules volatiles qui seront reconnues comme autant de parfums. En traversant l’os qui forme le toit des fosses nasales par d’étroits orifices, ces récepteurs transmettent, via le bulbe olfactif, relié à des zones de l’encéphale (cerveau, cervelet et tronc cérébral), des signaux permettant l’interprétation de l’information sensorielle. Situé entre les deux yeux, le bulbe olfactif va coder, sous forme d’impulsions électriques, une carte d’identité pour chaque odeur. Cette information est ensuite traitée par différentes zones du cerveau impliquées également dans les processus de la mémoire et de l’émotion.
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COMMENT FONCTIONNE L’ORGANE OLFACTIF ?
L’odeur de mon compagnon, de mon fils me manque tellement que parfois j’en pleurerais. C’est comme si on m’avait enlevé quelque chose, que je n’étais pas complète. Toute la vie sociale est pleine d’odeurs qu’on ne sent plus. C’est un néant d’ennui. » Entre 60 et 80 % des personnes ayant subi une perte de l’odorat connaîtraient un épisode dépressif parfois grave.
Pas de traitement miracle
« Les anosmiques ont de grosses difficultés à se nourrir, parce qu’ils perdent 80 % des composantes du goût, explique Bernard Perroud, président de l’Afaa Sos anosmie. Il ne leur reste que quatre saveurs essentielles : le sucré, le salé, l’amer et l’acide. Au bout de quelques années, ils peuvent réussir à rééduquer leur goût à travers des exercices très personnels, car il n’existe aucune méthode. Par exemple, manger la viande et les légumes à part, pour essayer de capter chacune des saveurs. » Cette pathologie n’est pas toujours détectée immédiatement, elle peut s’installer progressivement et devenir irréversible. La perte de l’odorat étant, de plus, un marqueur de maladie neurodégénérative comme Alzheimer, il est important de la repérer. C’est la raison pour laquelle il faut consulter le plus tôt possible un oto-rhino-laryngologiste (ORL) afin de poser un diagnostic et de mettre en place un traitement – si tant est qu’il en existe un, tout dépend de l’origine du trouble. Ce dernier pourra consister en l’administration de corticoïdes si l’anosmie résulte d’une maladie inflammatoire, ou d’exercices de « rééducation olfactive » : pendant deux ou trois mois, le patient s’entraînera à reconnaître certaines odeurs caractéristiques. Isabelle Coston
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INTERVIEW MAURICE THÉVENET, professeur à l’ESSEC
Télétravail, les avantages et les limites
Même après la fin du confinement, le télétravail devrait continuer à se développer. C’est ce qu’estiment plusieurs spécialistes du travail, qui voient différents indices prouvant que cette forme d’activité a en quelque sorte gagné ses lettres de noblesse à l’occasion de la récente pandémie. Pour Maurice Thévenet, professeur à l’ESSEC, avoir pu peser les pour et les contre du télétravail devrait offrir une vision plus équilibrée.
Le Mutualiste. Peut-on prévoir un impact du télétravail sur le travail, les relations sociales, et l’équilibre travail/télétravail ? Maurice Thévenet. On assistera sans doute à une attitude plus équilibrée concernant le télétravail car les entreprises, autrefois prudentes sur le sujet, ont pu en expérimenter les bienfaits et les limites. Nous n'aurons sans doute pas une explosion du télétravail mais des approches plus raisonnables. Car il a des limites, notamment en matière de sécurité (cyberattaques) dont le bilan n'est pas encore établi. Dans l’urgence, des risques ont été pris. Et on réalise le plaisir de se retrouver physiquement. Par ailleurs, on sous-estime le fait qu’on est dans la première période de crise, et qu’à la mobilisation succède la monotonie du temps long… Du reste, le télétravail s’avère plus fatigant, stressant. On cherchera sans doute un équilibre entre télétravail et présentiel. Mais le télétravail épargne la fatigue du trajet ! C’est peut-être une idée à relativiser. Car le trajet est aussi un sas entre vie professionnelle et vie personnelle… dont on ne soupçonnait pas les vertus. Ce temps (que l’Insee évalue
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PLÉBISCITÉ PAR 60 % DES FRANÇAIS
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Après le 17 mars, nombre de salariés ont cessé le travail, mais 30 à 40 % d’entre eux ont « télétravaillé ». Et, selon un
à une demi-heure en moyenne) entre travail et domicile est une sorte de mode de récupération, même s’il est monotone quand il est quotidien. Mais il est trop tôt pour tirer des conclusions. Cela dit, il y a eu une forte évolution depuis plusieurs années. Un cadre a beaucoup de possibilités de télétravail. Ce mode de travail s’est banalisé en peu de temps. Mais on en voit aussi ses limites : pour travailler sur un projet, s’accorder sur une stratégie, il pose problème. Même si, pour un travail sur une banque de données ou une tâche répétitive, c’est une bonne solution. Et, je le répète, on a besoin de proximité, de se voir, c’est une question anthropologique ! Certains dirigeants d’entreprises posent aussi la question de la surveillance du salarié en télétravail … Les études montrent qu’y compris en présentiel, les sites les plus consultés sont ceux de vente en ligne ou d’autres de même type. N’ayons pas le discours angélique sur le salarié qui, derrière son bureau, est toujours au taquet ! Dans le même ordre d’idées, les syndicats travaillent au plus près du salarié. Le télétravail est l’ennemi du syndicalisme.
sondage (Deskeo, avril 2020), ils seraient 60 % à être prêts à intégrer le télétravail dans leur vie professionnelle après la crise. Les conditions inhabituelles dans lesquelles il a été expérimenté – présence d’enfants en bas âge, travail plutôt le matin
Propos recueillis par Alain NOËL
tôt et le soir tard… – rendent délicat, ou tout au moins prématuré, d’en tirer des leçons pour les entreprises qui le pratiquent habituellement, même si des réflexions sur l’évolution de nos modes de travail peuvent être engagées à l’issue de la période actuelle.
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SOCIÉTÉ
Quand confinement rime avec violence conjugale ou sur enfant La période de confinement liée à la covid-19 a eu, aussi, pour conséquence d’accroître la mise en danger de femmes et d’enfants face à des conjoints ou parents violents. La vigilance reste de mise.
L
e confinement chez soi, chacun d’entre nous pourrait en témoigner, n’est pas une expérience de vie très agréable. Encore ne s’agit-il que de l’ennui éventuel qui peut nous gagner. Mais que dire du conf inement pour une femme avec un conjoint violent ? Le danger est alors constant. Et les violences ont, en une semaine, augmenté « de 32 % en zone gendarmerie et 36 % dans la zone de la préfecture de Police de Paris (n° d’appel : 3919) », indique Christophe Castaner.
ministres de la Justice et de l’Intérieur, ainsi que le secrétaire d’État en charge de la protection de l’enfance.
En accord avec l’Ordre des pharmaciens et avec le concours des pharmaciens d’officine, le ministère de l’Intérieur a donc mis en place un dispositif permettant aux femmes d’appeler à l’aide et de prévenir les forces de l’ordre. Ce système est destiné à permettre à une femme risquant d’être battue de donner l’alerte lorsqu’elle se rend sans son mari dans une pharmacie pour y chercher des médicaments. Et si son mari est avec elle, elle a la possibilité d’utiliser un « code », par exemple le code « masque 19 » (une mesure qui est déjà opérationnelle en Espagne depuis le 17 mars 2020). Le personnel de la pharmacie compose alors le 112, numéro d’urgence pour joindre les autorités.
Par rapport à la période de 2019, les moyens d’écoute (en effectifs comme en temps d’écoute disponible), mais aussi d’intervention, ont été fortement renforcés.
Les violences sur enfant se sont également accrues. On a enregistré, depuis le début du conf inement, 9 000 appels au 119, numéro dédié à l’enfance en danger, une augmentation de 89 % du nombre des signalements. C’est le constat qu’ont fait les
Mais force est de constater que la vigilance et l’intervention demeurent de rigueur afin d’augmenter le nombre de signalements d’actes de violence conjugale ou sur enfants, et de contribuer à faire diminuer la survenue de ces comportements.
Après une campagne de sensibilisation du gouvernement à destination du grand public, lancée la semaine du 30 mars 2020 sur l’ensemble des chaînes radio, TV et des plateformes en ligne, des résultats positifs ont été enregistrés. Parmi les appelants, les mineurs eux-mêmes s’emparent davantage du 119 (+ 80 %), leurs camarades (+ 60 %) et les voisins également (+ 80 %).
Il a dans le même temps été constaté une augmentation significative des interventions des services de police ou de gendarmerie à domicile pour des différends familiaux (+ 48 % pour la période du 16 mars au 12 avril 2020). Les interventions des services de justice (permanences pour juger les auteurs de violence et protéger les mineurs victimes) ont de la même façon été réaffirmées.
Alain NOËL
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Le centre de santé René-Laborie après le confinement Votre centre de santé est ouvert pour vous accueillir du lundi au vendredi de 8 heures à 20 heures sur rendez-vous. Vous pouvez bien sûr continuer à consulter vos professionnels de santé en vidéo ou à leur cabinet. Le centre a mis en place toutes les mesures sanitaires et les gestes barrières pour assurer la sécurité de tous. Cet été le centre sera fermé du 31 juillet au soir au 23 août. Dès le lundi 24, il vous accueillera avec un étage dentaire rénové et une entrée redéployée.
VENIR AU CENTRE
27-29, rue Turbigo, Paris 2e. Du lundi au vendredi, de 8 heures à 20 heures. Le samedi, de 8 h 30 à 13 h 30.
L'espace audition au 5, rue de Palestro.
La pharmacie mutualiste au 1, rue de Palestro.
Pôle médical 01 49 27 09 20
Espace audition 01 40 28 33 17
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Pharmacie 01 40 28 33 12
L'espace optique au 27, rue de Turbigo.
En raison de la pandémie covid-19, vérifiez, avant de venir, les conditions d'accès sur : www.cds.renelaborie.fr
NUTRITION
Allergique aux fruits à coque : surveiller de près son alimentation Dans la liste des allergies alimentaires les plus fréquentes, celle aux fruits à coque figure en bonne place. Pour éviter la survenue de réactions immunitaires qui provoquent des symptômes respiratoires, cutanés et digestifs, l’éviction de l’allergène reste parfois la seule solution.
A
près le lait, l’œuf et les arachides, l’allergie aux fruits à coque est l’une des plus répandue chez les enfants, mais les adultes ne sont pas en reste puisqu’elle arrive également en quatrième position. « Cette famille regroupe les fruits secs oléagineux, issus des fleurs des arbres, et comporte la noix, l’amande, la noisette, la pistache, la noix de pécan, la noix de cajou, la noix de macadamia, la noix du Brésil et la noix de coco, explique Pascale Couratier, directrice de l’Association française pour la prévention des allergies (Afpral). En revanche, la cacahuète n’en fait pas partie puisque c’est une légumineuse qui pousse sous terre. » La prévalence de l’allergie à l’un ou l’autre des fruits à coque varie en fonction des habitudes alimentaires mais en Europe, c’est la noisette qui prédomine, suivie par la noix de cajou et la pistache.
Des symptômes variés
Comme toutes les allergies alimentaires, celle aux fruits à coque engendre des réactions immunitaires variées, liées à l’ingestion ou au contact avec l’allergène. « Il peut s’agir d’urticaire, de gonflement au niveau des lèvres, de larmoiement, d’asthme, d’eczéma, de douleurs abdominales, de troubles digestifs… », indique Pascale Couratier. Des symptômes plus graves peuvent aussi apparaître et nécessiter une prise en charge rapide, comme un œdème pharyngé ou laryngé – appelé aussi œdème de Quincke –, une crise d’asthme importante ou encore un choc anaphylactique. Plus fréquent chez l’adulte, ce dernier a un impact sur l’ensemble de l’organisme, touche les systèmes cardiovasculaire, neurologique, respiratoire et cutané, et comporte un risque vital. Il faut alors pratiquer en urgence une injection intramusculaire d’adrénaline « mais les patients conservent toujours avec eux un stylo auto-injectable
pour pouvoir réagir en cas de problème », rassure la directrice de l’Afpral.
Identifier l’allergène pour l’éviter
En cas de symptômes et de suspicion d’allergie, il est conseillé de consulter son médecin traitant qui pourra orienter le patient vers un allergologue. Celui-ci pourra confirmer le diagnostic après avoir procédé à un bilan. Il est important d’identifier précisément l’allergène afin de mettre en place un régime d’éviction pour limiter la survenue de symptômes. « Les fruits à coque font partie de la liste des 14 principaux allergènes alimentaires qui doivent être mentionnés et inscrits en gras, en italique ou surligné sur les étiquettes », précise Pascale Couratier. Les allergiques doivent donc être très attentifs au moment de faire leurs courses et étudier en détail la liste des ingrédients, notamment des produits transformés. De même, au restaurant, il est recommandé de demander la carte des allergènes et de signaler sa situation au personnel. En complément de ces mesures préventives, l’allergologue peut prescrire des antihistaminiques pour l’urticaire, des bronchodilatateurs pour l’asthme, des corticoïdes pour l’eczéma, etc. Ces traitements ont pour objectif de calmer et de stabiliser les manifestations allergiques mais aussi d’améliorer la qualité de vie du patient. Benoît Saint-Sever
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DOSSIER
Épigénétique :
comment l’environnement influence nos gènes
Selon des études récentes, l’air que nous respirons, ce que nous mangeons, notre activité physique ou l’exposition au stress auraient un impact direct sur le fonctionnement de nos cellules. En laissant des traces sur notre ADN, notre environnement pourrait favoriser le développement de maladies. Mais nous aurions aussi, par notre comportement, le pouvoir de faire disparaître certaines de ces empreintes épigénétiques pour maintenir notre organisme en bonne santé et lutter contre le vieillissement.
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LE MUTUALISTE 135
« Avec la génétique, on a longtemps cru que l’ADN était le programme immuable de toute une vie », nous expliquait, en juillet 2018 (Mutualistes n° 338), Joël de Rosnay, scientifique français, ancien enseignant-chercheur au Massachusetts Institute of Technology (MIT) et ex-directeur des applications de la recherche à l’Institut Pasteur. « L’épigénétique, qui signifie par-dessus (épi) la génétique, nous a permis de comprendre que ce n’était pas le cas. C’est certainement l’une des plus importantes découvertes des vingt dernières années. » Alors que la génétique étudie les gènes, l’épigénétique s’intéresse aux mécanismes qui définissent comment ces gènes vont être utilisés par une cellule. Pour bien comprendre, revenons aux bases : un gène est une petite partie de l’ADN (support universel de l’information génétique propre à chaque individu), le long fil qui constitue les chromosomes présents dans les noyaux des cellules de tous les êtres vivants. Chacune de nos cellules porte donc l’ensemble de notre patrimoine génétique, soit 46 chromosomes hérités de nos parents, sur lesquels on compte environ 25 000 gènes. « Mais si toutes nos cellules contiennent la même information, elles n’en font pas le même usage, précise Pierre-Antoine Defossez, directeur de recherche (CNRS) au centre Épigénétique et destin cellulaire à Paris. Par exemple, une cellule musculaire n’exprime pas les mêmes gènes qu’un neurone ou qu’une cellule de sang. » C’est l’activation de gènes spécifiques qui va déterminer la fabrication des protéines et des enzymes nécessaires au développement de nos organes, de nos tissus et de tout ce qui fait fonctionner notre corps.
Gène exprimé, gène réprimé
Autrement dit : « Un gène contient l’information nécessaire à la synthèse d’une ou de plusieurs molécules qui constituent notre organisme. (Il) est dit actif/allumé/ exprimé lorsque cette synthèse a lieu. Sinon, il est inactif/ éteint/réprimé », détaille l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Grâce à l’épigénétique, nous avons compris que l’expression de ces gènes n’était pas seulement prédéterminée mais qu’elle était aussi influencée par l’environnement. Notre destin n’est donc pas seulement inscrit dans notre génome. Notre qualité de vie, notre alimentation, l’exposition au stress ou aux pesticides, ajoutent des marques (empreintes épigénétiques ou biomarqueurs) à nos gènes. Celles-ci affectent leur expression et donc le fonctionnement de nos cellules, sans toutefois modifier notre ADN (c’est-à-dire sans induire de mutations). « Ce sont les mécanismes épigénétiques qui expliquent pourquoi, au cours des années, deux jumeaux monozygotes qui partagent exactement le même patrimoine génétique,
LES MÉDICAMENTS ÉPIGÉNÉTIQUES
Contrairement aux mutations génétiques, les empreintes épigénétiques ne sont pas forcément immuables : elles constituent donc des cibles thérapeutiques intéressantes. C’est cette idée qui a conduit au développement de médicaments destinés à éliminer les marquages épigénétiques anormaux à l’origine de maladies humaines. Certains de ces « épimédicaments » sont déjà validés, par exemple pour lutter contre les cancers du sang comme la leucémie myéloïde aiguë. Cependant, « les molécules qui existent aujourd’hui manquent encore de spécificité d’action, ce qui les rend rapidement toxiques pour l’organisme », précise l’Inserm. D’autres médicaments épigénétiques sont toutefois en cours de développement, la difficulté étant de parvenir à cibler les bonnes régions du génome. En outre, en les associant « à d’autres approches thérapeutiques, il sera peut-être possible d’en retirer un bénéfice clinique tout en limitant les doses administrées et donc les effets secondaires », conclut l’Inserm.
vont évoluer différemment au niveau de leur santé, mais aussi de leur psychologie », explique Ariane Giacobino, professeur au département de médecine génétique et développement de l’université de Genève. Chez les insectes, l’exemple des abeilles est également très parlant : en fonction de ce qu’elles mangent au cours de leur développement (gelée royale ou gelée royale et pain d’abeille), les mêmes larves au génome identique deviennent soit des reines, soit des ouvrières. C’est-à-dire des individus très différents par leur apparence, leurs fonctions et aussi leur durée de vie.
Perturbateurs endocriniens
Autre exemple : des études sur des souris ont montré que « l’exposition à certains perturbateurs endocriniens (que l’on trouve dans l’alimentation ou les pesticides) pouvaient directement influencer l’expression des gènes et avoir des conséquences sur la fertilité », ajoute Ariane Giacobino. On retrouve le même phénomène avec les médicaments dits « épitoxiques » comme la Dépakine, cet antiépileptique donné à de nombreuses femmes enceintes entre 2007 et 2014. En modifiant l’activité des gènes de la mère et de l’embryon, « ce produit est à l’origine de malformations génitales chez des enfants exposés in utero », précise Joël de Rosnay. On sait aussi désormais que certains biomarqueurs contribuent au développement de cancers. « Des anomalies épigénétiques (par exemple liées au tabagisme) activant des oncogènes (gènes dont Photos : @Shutterstock
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DOSSIER la surexpression favorise la cancérogénèse) ou inhibant des gènes suppresseurs de tumeur ont pu être mis en évidence », souligne l’Inserm. Mais ce n’est pas tout : le rôle de l’épigénétique est par ailleurs « soupçonné et très étudié dans le développement et la progression de maladies complexes et multifactorielles comme les maladies neurodégénératives (Alzheimer, Parkinson, sclérose latérale amyotrophique, Huntington) ou métaboliques (obésité, diabète de type 2) », note, sur le site Encyclopedie-environnement.org, le professeur Emmanuel Drouet, enseignant-chercheur à l’Institut de biologie structurale de l’université Grenoble-Alpes.
Transmission intergénérationnelle
Certaines marques épigénétiques semblent même être verrouillées dans le temps et se transmettre à travers les générations : selon un article publié par le site Mediapart en avril 2019, près d’une centaine de petitsenfants de femmes qui ont pris de la Dépakine pendant leur grossesse présenteraient de graves malformations ou troubles neuro-développementaux. Autre exemple avec cette étude1 menée en 2008 aux Pays-Bas. Les chercheurs ont montré que les enfants des femmes enceintes ayant connu la famine de l’hiver 1944-1945 avaient plus de risques de développer des troubles métaboliques, un diabète ou une obésité. Ils étaient aussi plus petits que la moyenne. Une fois adultes, ils ont eux-mêmes donné naissance à des enfants de petite taille. « Ces données suggèrent que la famine vécue par les mères avait provoqué des modifications épigénétiques transmises aux générations suivantes, explique le professeur Drouet. Nous savons aujourd’hui que ces effets sur la taille proviennent de changements au niveau des marqueurs épigénétiques présents sur leur ADN, liés aux carences en certaines molécules cruciales dans l’alimentation des grands-mères hollandaises de cette période ». Mais concernant le diabète et l’obésité, quelles auraient été les conséquences si les descendants de ces femmes avaient suivi un régime alimentaire particulièrement sain ? Difficile à dire. Cependant, « par comparaison, on a constaté que des sujets dont les ascendants n’avaient pas été exposés à la famine ne développaient pas ces troubles, bien qu’ils aient globalement le même mode de vie », souligne le professeur Giacobino.
Influence du maternage
Le comportement maternel laisserait lui aussi des traces sur l’ADN de la descendance. L’équipe du professeur Michael Meany (université McGill de Montréal)
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a montré que le gène NRC31, un gène protecteur contre le stress, était défectueux et non exprimé chez de jeunes rats qui n’avaient pas reçu suffisamment d’affection via le « léchage » de leur mère. Conséquence : devenus adultes, ces rats vivent dans un état de stress permanent, même dans un environnement apaisé. D’autres recherches vont dans le même sens : selon les travaux d’Isabelle Mansuy, professeur à l’université et à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ), des souris ayant vécu des traumatismes durant l’enfance présenteraient des altérations de leur épigénome dans de nombreux tissus, ainsi que des symptômes tels que des affections de leur métabolisme, des dépressions ou des comportements antisociaux. On retrouverait ces mêmes troubles jusqu’à la troisième, voire la quatrième génération. Si ces marques épigénétiques se transmettent aux descendants, sans que l’on sache d’ailleurs vraiment pourquoi, la bonne nouvelle est que la plupart d’entre elles ne sont pas irréversibles.
Les cinq clés de notre santé
Nous pourrions, à notre tour, modifier l’activité de nos cellules par notre comportement. La grande majorité des biomarqueurs induits par le tabagisme disparaît par exemple progressivement après le sevrage. Selon Joël de Rosnay, cinq clés nous permettraient « de modifier l’expression des gènes de façon bénéfique pour notre santé et notre équilibre mental : la nutrition, l’exercice physique régulier, le management du stress par exemple par le yoga et la méditation, le plaisir de faire les choses que l’on aime et l’harmonie du réseau
ALCOOL ET GROSSESSE :
LES PAPAS ÉGALEMENT CONCERNÉS ! D’après une revue de littérature scientifique publiée en 2016 sur l’influence des modifications épigénétiques du père sur sa descendance, les risques de la consommation d’alcool sur l’embryon ne concerneraient pas que les femmes enceintes. Les chercheurs expliquent que l’alcoolisme paternel pourrait aussi avoir des conséquences sur l’enfant en activant certains gènes censés rester silencieux. Ces modifications épigénétiques correspondraient aux données observées par les épidémiologistes dans une étude de 2004 sur les enfants dont le père boit, à savoir une baisse du « poids à
la naissance, (des) malformations cardiaques congénitales et (…) des troubles cognitifs légers ». Si le phénomène reste toutefois très complexe à étudier, il semble toutefois de plus en plus évident que l’environnement du père peut se refléter dans les mécanismes qui régulent la fonction des gènes et se transmettent lors du développement du fœtus à partir des spermatozoïdes. Ainsi, une étude parue f in 2019 dans le European Journal of Preventive cardiology, suggère aux hommes qui envisagent de fonder une famille d’arrêter l’alcool six mois avant la conception.
social, familial et professionnel ». Combinés entre eux, ces cinq éléments conduiraient à la libération de « bons » micro-ARN, c’est-à-dire les petites molécules qui activent les gènes dont l’expression est utile à la bonne santé de notre organisme et à la lutte contre le vieillissement. Si l’on sait depuis longtemps que manger équilibré et faire du sport sont des facteurs déterminants pour rester en bonne santé, la nouveauté est qu’aujourd’hui on connaît mieux les mécanismes biologiques en jeu. Depuis 20 ans, de nombreuses publications scientifiques démontrent « que tout cela est bien vrai, précise le professeur Giacobino. Grâce à l’évolution de la technologie, il y a eu, surtout au cours des cinq dernières années, des études très rigoureuses menées sur l’homme avec des mesures méthodiques et précises de ces marques épigénétiques. » On imagine facilement les conséquences de ces découvertes en matière de prévention santé. « Par les choix que l’on fait, on sait maintenant avec certitude que l’on peut agir sur notre devenir sanitaire, un peu comme les chefs d’orchestre d’une symphonie, conclut Joël de Rosnay. Nous sommes responsables, coauteurs de nos vies, de notre équilibre et nous pouvons mieux gérer notre organisme. »
Déterminisme génétique
Mais attention, personne ne peut pour autant échapper complètement au déterminisme de son génome. On le voit avec les maladies génétiques ou avec les cancers, dont 5 à 10 % sont héréditaires, c’est-à-dire attribuables à une mutation génétique irréversible qui se transmet
d’une génération à l’autre. Chez les femmes par exemple, être porteuse d’une mutation des gènes BRCA1 ou BRCA2 accroît considérablement la probabilité de développer un cancer du sein, que l’on ait une vie saine ou non. « Même si nous avons une marge de manœuvre, elle reste tout de même très liée à notre fond génétique », tempère Ariane Giacobino. Le déterminisme génétique est aussi ce qui explique qu’un régime alimentaire, un mode de vie identique ou une psychothérapie similaire n’auront pas forcément les mêmes résultats selon les personnes. De même, un individu qui fume toute sa vie ou qui est exposé à des pesticides ne développera pas systématiquement un cancer ou des troubles endocriniens. Au final, l’épigénétique permet de clore l’éternel débat entre l’inné et l’acquis. « Elle rapproche les théories de Lamarck et de Darwin, souligne Joël de Rosnay. Selon Darwin, la variété des espèces vivantes naît de mutations de l’ADN qui s’effectuent au hasard et de la conservation ou non des sujets par la sélection naturelle. Pour Lamarck, au contraire, c’est la fonction qui créé l’organe, c’est-à-dire que certaines fonctionnalités acquises par les parents sont transmises aux enfants. Il donne l’exemple du cou de la girafe qui s’allonge de génération en génération pour aller chercher les feuilles dans les arbres. L’épigénétique montre qu’il peut y avoir transmission de caractères acquis par les parents vers leurs enfants et ainsi de suite pendant deux, trois générations et même plus. Ces caractères acquis ne sont pas transmis à 100 %, mais au moins à 10 %, voire à 20 % ou à 30 %. » Notre génome et notre épigénome sont donc étroitement imbriqués. Nous sommes en réalité « un mélange des deux, conclut Ariane Giacobino. On ne peut pas s’écarter complètement de la génétique en ne faisant confiance qu’à notre mode de vie, mais en même temps il y a toujours quelque chose en jeu dans notre environnement. » Delphine DELARUE
La symphonie du vivant, comment l’épigénétique va changer votre vie, de Joël de Rosnay. Editions
Les Liens qui libèrent (240 pages, 20 euros). Peut-on se libérer de ses gènes ? d’Ariane Giacobino. Editions Stock (340 pages, 19 euros). La révolution épigénétique, de Valérie Urman. Editions Albin Michel (160 pages, 14 euros). La santé cellulaire, de Jean-Louis Vidalo et René Olivier. Editions du Dauphin (285 pages, 20 euros).
1 - Abel E. Paternal contribution to fetal alcohol syndrome. Addict Biol. 2004 ; 9(2):127‐136.
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ENVIRONNEMENT
Mosaic : une expédition inédite pour observer le climat
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Le brise-glace allemand Polarstern est parti en septembre 2019 du port norvégien de Tromsø pour une mission qui doit durer plus d'un an. Pris dans la banquise, il se laisse dériver au cœur de l’Arctique. À son bord, quelque trois cents chercheurs de vingt pays se relaient afin d’étudier les effets du réchauffement climatique.
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Une logistique impressionnante
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Ce périple inédit a nécessité des moyens colossaux – les frais de fonctionnement s’élèvent à eux seuls à environ 200 000 euros par jour, hors coût des instruments ou des chercheurs. Mosaic, pour Multidisciplinary drifting observatory for the study of arctic climate, (Observatoire multidisciplinaire de dérive pour l’étude du climat arctique) a été planifié sur un peu plus d’un an (390 jours) par l’institut Alfred-Wegener de Bremerhaven (nordouest de l’Allemagne), qui dirige l’opération. Tout au long du parcours, quatre brise-glace, en provenance de Chine, de Russie et de Suède, sont chargés de réapprovisionner le Polarstern et de permettre la rotation des équipes. Emprisonné dans la glace, le navire allemand, qui compte à son bord 50 membres d’équipage et 50 scientifiques, doit dériver en moyenne à une vitesse de 7 kilomètres par jour et parcourir en tout 2 500 kilomètres. Au total, ce ne sont pas moins de vingt nations et 600 experts qui participent à l’aventure : 300 se relaient à bord du Polarstern et 300 autres travaillent en arrière-plan pour rendre l’expédition possible.
Au plus près du pôle Nord
Le Polarstern doit rester pendant 60 à 90 jours à 200 kilomètres environ du pôle Nord
géographique et à plus de 1 000 kilomètres de la terre ferme. Jamais un bateau ne s'est aventuré aussi loin en Arctique en hiver. Autant dire que les chercheurs ne devraient pas apercevoir beaucoup la lumière du jour. La nuit polaire, pendant laquelle le soleil ne se lève jamais au-dessus de l’horizon, dure en effet 150 jours, d’octobre à mars. Au royaume des ours polaires, mieux vaut cependant garder les yeux bien ouverts. C’est la raison pour laquelle six personnes, au moins, sont affectées exclusivement à la surveillance de ces animaux afin d’assurer la sécurité des scientifiques pendant qu’ils effectuent leurs travaux. Ce ne seront d’ailleurs pas les seules difficultés auxquelles ils seront confrontés, car avec l’hiver polaire, les températures peuvent descendre jusqu’à - 45 °C. Il faut donc s’attendre à devoir gérer toutes sortes de problèmes, y compris médicaux.
s’inquiètent pour leurs proches, tous peuvent néanmoins continuer à travailler sans avoir à prendre de mesures de précaution particulières. Mais la crise du sanitaire est toutefois venue perturber le déroulement du projet. Mi-mars, la Norvège ayant fermé son espace aérien, l’Institut Alfred-Wegener a dû annuler un des volets de l’expédition, sans être sûr qu’il pourra être reporté. Celui-ci consistait à prendre des mesures en plein hiver, à la fois dans l’air avec deux avions et sur la glace depuis le bateau. La troisième rotation n’ayant pu avoir lieu, décision a été prise de suspendre pour trois semaines la dérive du Polarstern, le temps de rejoindre un fjord du Svalbard, un archipel de la Norvège situé dans l’océan Arctique. Grâce à deux navires allemands, le changement d’équipage et de scientifiques a donc pu se faire mi-mai au Svalbard.
Réchauffement et crise sanitaire
Pour la suite, l’incertitude demeure au moment où sont rédigées ces pages. Les prélèvements et observations scientifiques sur la banquise continuent jusqu’en septembre. Mais cette dernière fond plus vite qu’attendu, et la dérive du bateau s’est accélérée. Or, « la glace de mer doit avoir au moins 1,5 mètre d’épaisseur, afin que l’infrastructure nécessaire puisse être mise en place à sa surface », précise le site de Mosaic. En septembre, le Polarstern devrait arriver près du détroit de Fram, entre le Groenland et le Spitzberg, et se libérer des glaces. En raison du réchauffement climatique, l'échéance devrait arriver plus vite que prévu et ceux qui attendent encore leur tour pour monter à bord du bateau ne peuvent être sûrs de rien.
Pour mieux comprendre la façon dont le changement climatique affecte la région et le monde entier, les experts observent et
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recueillent des données à la fois sur l’atmosphère, les nuages, l’océan (de petits robots téléguidés sont envoyés chaque jour jusqu’à 4 000 mètres de profondeur), la mer de glace et l’écosystème. « Aucune autre partie de la Terre ne s’est réchauffée aussi vite ces dernières décennies que l’Arctique », souligne Markus Rex sur le site internet de Mosaic. Bien qu’elle soit au centre du réchauffement global, la région restait très mal connue. Sur le bateau, près de vingt nationalités différentes se côtoient. Heureusement, étant isolés depuis plusieurs mois, aucun des chercheurs à bord n’a été touché par la covid-19. Même si beaucoup d’entre eux
Accélération
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Il s’agit « d’un événement majeur », « un rêve qui devient réalité », avait jugé le chef de la mission Mosaic, Markus Rex, lors d’une conférence de presse à Tromsø, quelques heures avant le départ du bateau. Il faut bien reconnaître qu’à ce jour, il n’y avait encore jamais eu d’expédition comparable dans le centre de l’Arctique.
Isabelle Coston
Site officiel de l’expédition (en anglais) : Mosaic-expedition.org.
01 - l'ours polaire, à surveiller
de très près.
02 - la mer de glace à perte de vue…
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LOISIRS/CULTURE
Limoges dans son assiette
Labellisée « Ville d’art et d’histoire » et « Capitale créative » par l’Unesco, Limoges a l’insigne privilège d’être l’une des capitales mondiales de la porcelaine, matériau délicat inventé en Chine, dont le secret n’a été percé en Occident qu’au xvIIIe siècle. Un fil conducteur pour découvrir la Haute-Vienne sur les routes de la porcelaine.
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À quoi reconnaît-on un Limousin à table ? Que ce soit chez des amis en toute simplicité ou dans un restaurant étoilé, il ne peut s’empêcher de retourner son assiette afin d’y déchiffrer au dos le logo indiquant sa provenance. Une signature que bien peu savent aujourd’hui reconnaître. À la faveur du changement dans les habitudes de consommation, le nombre d’entreprises porcelainières a considérablement chuté au XXe siècle, réorientant progressivement la production vers le secteur du luxe. Pour valoriser ce savoir-faire unique, le département de la Haute-Vienne a créé des « Routes
blanche, translucide, brillante et dure. La découverte du kaolin et la présence d’un gisement important à Saint-Yrieix-la-Perche, localité voisine de Limoges, a fait le reste. Au cœur de la ville, Bernardaud jouit d’une renommée internationale. En 2023, cette entreprise familiale fêtera ses 160 ans. Les services de table vendus dans le monde entier ont assuré sa célébrité. Un peu passés de mode, ils ont laissé la place à des pièces uniques tels des bijoux, des luminaires, du mobilier, réalisés par des artistes contemporains. Un espace muséographique et un parcours découverte guidé permettent aux visiteurs de découvrir les techniques et les gestes d’un savoir-faire ancestral et maîtrisé. Bernardaud fait partie des 81 entreprises du comité Colbert qui représentent, à l’étranger, l’industrie française du luxe. En ville également, l’emblématique manufacture Haviland, l’une des plus importantes, maintes fois récompensée et médaillée pour ses créations référencées sur les plus belles tables de France et du monde. Labellisée « Entreprise du patrimoine vivant », Haviland a créé son propre musée où l’on peut suivre les différentes étapes de la création, de la fabrication et de la décoration, notamment les incrustations en or réalisées à la main. @Shutterstock
de la porcelaine » : sites historiques, musées, ateliers, boutiques de créateurs, des bijoux aux arts de la table, dédiés à l’or blanc sous toutes ses formes font la plus grande joie des touristes. On peut rayonner en étoile au départ de Limoges. Que vous soyez néophyte ou expert, la première étape du voyage nécessite une halte au musée national
Adrien-Dubouché, généreux mécène, grand collectionneur de la fin du XIXe siècle, qui fit du musée éponyme le lieu où est exposée la collection de porcelaine de Limoges la plus riche au monde. De l’Antiquité à nos jours, à travers les continents et les civilisations, l’histoire rocambolesque d’un art qui exerça une fascination sans pareille à travers le monde. De passage à Quanzhou, en Chine, Marco Polo fut l’un des tout premiers à révéler l’existence de ces « escuelles de porcelaine qui sont très belles ». Plusieurs siècles ont été nécessaires aux Européens pour lever le voile sur le secret de fabrication de cette matière
Pour les technophiles, le musée du Four de Casseaux retrace les évolutions de la fabrication et la progression de la connaissance à travers les échecs et les succès rencontrés par l’homme en quête de la maîtrise du feu. Ce vieux four, classé monument historique, est le témoin des prouesses techniques chèrement acquises, longtemps méconnues du grand public. Préparation des pâtes, coulage, calibrage, cuissons, etc., n’auront plus de secrets pour le visiteur curieux.
Mais la porcelaine n’est pas uniquement un art du passé, comme le prouve Esprit Porcelaine, basée à Boisseuil, à une quinzaine de kilomètres de Limoges, une association qui regroupe des artistes contemporains désireux de créer des formes et des destinations nouvelles pour ce matériau d’exception qui n’a pas encore épuisé ses possibilités : vases, bijoux, luminaires, sculptures, etc., des pièces uniques font l’objet d’expositions dans le monde entier. À l’est de Limoges, vos pas vous mèneront à Saint-Léonard-de-Noblat, cité médiévale sur la route de Saint-Jacquesde-Compostelle, dont la collégiale, aux dimensions impressionnantes, est classée au patrimoine mondial de l’Humanité. Elle a conservé sa structure en plan circulaire et son lacis de ruelles étroites, et on peut y admirer de très jolies maisons à pans de bois et pierres de granit. Saint-Léonard était renommée pour ses usines de porcelaine. Deux sont encore en activité, dont la maison artisanale Carpenet, riche de plusieurs milliers de modèles répartis dans une dizaine de collections, dont le « bleu de four ». Cette couleur bleu profond très particulière obtenue à partir du cobalt, est très utilisée de nos jours pour des petits objets de décoration tels que miniatures, petites boîtes, bonbonnières, etc. Un des « Plus beaux détours de France » à ne pas manquer. Mais gare à la tentation ! Les sites inscrits sur « la Route de la porcelaine » proposent, dans leurs magasins d’usine, de magnifiques objets à rapporter. Denise Cabelli et Françoise Janin
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PSYCH
La thérapie familiale, qu’est-ce que c’est ? Face à certaines difficultés ou pour dénouer des situations de souffrance, le thérapeute peut proposer de prendre en charge toute la famille. Cette approche a pour objectif de rétablir la communication entre les générations, de mieux se comprendre et d’avancer ensemble.
du symptôme. « Cette dernière approche met l’accent sur la parole, précise la thérapeute. Les membres de la famille sont ainsi invités à s’exprimer librement. Nous pouvons aussi proposer le dessin par exemple qui peut être un support adapté pour les enfants comme pour les adultes. »
S’intéresser au contexte familial
L’objectif est de permettre à chacun de participer afin de mieux comprendre le contexte familial. « À travers les échanges, il est possible de reconstruire des liens dans le respect de la différence entre les générations », ajoute Chantal Diamante. La thérapie permet aussi de revisiter son histoire. « Devenir parent est un bouleversement qui réactive à la fois l’enfant que l’on a été et les parents que l’on a eus, constate-t-elle. Les séances peuvent faire remonter des souvenirs, parfois traumatisants comme un accident de la vie, un inceste ou un décès. » En plus des parents et des enfants, les grands-parents aussi peuvent participer. « C’était le cas notamment d’un monsieur dont l’épouse était décédée et qui était retourné vivre chez ses parents avec ses enfants, illustre la psychanalyste. Le quotidien était très tendu entre les générations et il était nécessaire de rassembler tous les membres de cette famille pour démêler la situation. L’important n’était pas tant de donner des conseils, des leçons ou des devoirs à faire mais bien de comprendre ce qui ne fonctionnait pas, de prendre le temps et de laisser chacun s’exprimer pour se faire entendre. »
Progresser en groupe
L
a thérapie familiale est préconisée quand une cellule familiale est dysfonctionnelle. « C’est le plus souvent par le biais de l’enfant que l’on repère cette souffrance collective, explique Chantal Diamante, présidente de la Société de thérapie familiale psychanalytique d’Île-de-France (STFPIF). Un enfant très excité, qui sollicite sans cesse son père ou sa mère et veut attirer leur attention, peut avoir ce comportement pour empêcher ses parents de se disputer. » Il existe plusieurs approches en thérapie familiale : comportementale et cognitive, qui propose des techniques pour supprimer le comportement problématique ; systémique, qui s’intéresse à la fonction du symptôme ; et psychanalytique, qui s’attache au sens
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LE MUTUALISTE 135
Avant d’entreprendre une thérapie familiale, une première rencontre est nécessaire pour évaluer la situation et proposer aux différents membres de participer. « Il arrive parfois qu’une personne soit réticente à l’idée de suivre une thérapie, observe la présidente du STFPIF. Il faut alors prendre le temps de lui expliquer pourquoi on veut voir tout le monde et en quoi sa présence est importante. » Durant généralement une heure, les séances ont lieu chaque semaine, tous les quinze jours ou tous les mois selon les disponibilités. La famille entière est reçue en même temps par le psychanalyste. Le but est que « le groupe avance ensemble », précise Chantal Diamante avant d’ajouter : « Si les parents sont séparés, soit nous les recevons tous les deux, soit séparément, mais toujours avec l’enfant. Dans le second cas, une restitution de la séance précédente est toujours effectuée afin que chacun ait le même niveau d’information. » Léa Vandeputte
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