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Mutualistes N°346

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JUILLET 2020 - TRIMESTRIEL 1,88 € - ISSN : 0154-8530

MAGAZINE DE PRÉVENTION SANTÉ - N°346

L’HISTOIRE DU SAVON Saponification, hygiène corporelle et barrière antivirale

ÉPIGÉNÉTIQUE ANTOINE FLAHAULT « Tous les scénarios sont possibles pour cette pandémie »

Comment l’environnement influence nos gènes


ÉDITO

A

vec sa formule rénovée, fluide et aérée, sa pagination resserrée au service d’un contenu toujours plus dynamique et son papier 100 % fibres recyclées, le nouveau numéro de votre magazine est le parfait symbole de cette période post-confinement qui voit la vie reprendre ses droits. C’est l’été et la France sort de l’étrange léthargie dans laquelle l’a plongé une crise sanitaire d’une ampleur inédite. Les plages rouvrent, les magasins ne désemplissent pas et les terrasses de cafés font à nouveau entendre leur joyeux tintamarre… Tous les signaux ne sont pas encore au vert – « A l’heure où l’on se parle, on ne sait pas du tout quelle évolution va suivre cette pandémie », prévient ainsi le professeur Antoine Flahault dans nos colonnes (p. 6) – mais une page se tourne. Chacun espère qu’elle marquera la fin du chapitre. Pour autant, la liberté de mouvement recouvrée ne doit pas faire oublier celles et ceux que les Français ont applaudis quotidiennement pendant deux mois. Face à l’urgence, les personnels de la santé ont en effet démontré des capacités de résilience et d’inventivité hors du commun en se coordonnant efficacement pour travailler main dans la main. Le témoignage dans ce numéro du professeur Marc Beaussier, chef du département d’anesthésie à l’Institut mutualiste Montsouris (IMM), éclaire ce constat (p. 23). À cet égard, le « Ségur de la Santé » lancé par le gouvernement pour refonder le système de santé après la crise du coronavirus, revêt une importance décisive : il s’agit de capitaliser sur la formidable mobilisation observée au cœur de l’épidémie. Répondra-t-il aux demandes - anciennes pour la plupart - du personnel soignant en matière de moyens et de marges d’action pour améliorer leurs conditions de travail et la prise en charge des malades ? Selon le ministère, les conclusions de cette vaste concertation impliquant des représentants des hôpitaux mais aussi des Ehpad, des établissements médico-sociaux et de la médecine de ville, seront rendues mi-juillet. Certaines des mesures retenues pourraient ainsi être inscrites dans le budget 2021 de la Sécurité sociale présenté fin septembre. C’est peu dire que ces mesures sont attendues : elles détermineront l’avenir de notre système de santé. Celui qui, tel le roseau de la fable, a ployé sous la tempête mais n’a jamais rompu. En attendant, déconfinement oblige, ce numéro 346 d’OAM nous entraîne au large, sur les traces du Polarstern, un brise-glace qui dérive dans l’Arctique pour étudier les effets du réchauffement climatique sur la banquise. Une aventure extraordinaire rendue plus complexe encore par la crise sanitaire (p. 18). D’environnement, il en est également question avec l’épigénétique, cette science qui nous apprend que notre environnement et notre mode de vie peuvent perturber le fonctionnement de nos gènes et avoir un impact sur notre santé (dossier p. 14). Sans oublier les rubriques habituelles - notamment une plongée dans l’histoire du savon (p. 10) – et une nouvelle rubrique « Jeunesse » (p. 20) consacrée à l’addiction des ados à la pornographie. Bonne lecture ! La rédaction

Mutualistes, n° 346, Juillet, août, septembre 2020. Trimestriel d’informations mutualistes et sociales édité par Ciem, Coopérative d’information et d’édition mutualiste, pour Utema (organisme régi par le Code de la mutualité). 12, rue de l’Église, 75015 Paris. Tél. 01 44 49 61 00. Ciem.fr. • Directeur de la publication : Gérard Quittard, président de la Ciem.• Directeur délégué aux publications : Philippe Marchal, administrateur. • Directrice des rédactions : Laurence Hamon, directrice générale de la Ciem. • Rédactrice en chef : Amandine Gombault. • Secrétaire de rédaction : Alexandra Cluzel. • Rédacteurs : Catherine Chausseray, Isabelle Coston, Delphine Delarue, Benoît Saint-Sever, Léa Vandeputte et Aliisa Waltari. • Réalisation graphique : Delphine Colas. • Impression : Maury Imprimeur SAS, rue du Général-Patton, ZI, 45330 Malesherbes. • Couverture © Shutterstock. Ce numéro 346 de « Mutualistes, Objectif et Action » de 24 pages comprend : une couverture et une page spéciale (4) pour la Mutuelle saint-aubannaise ; une couverture et deux pages spéciales (4 et 5) pour la Memf ; une couverture et sept pages spéciales (2, 4, 5, 6, 7, 8 et 9) pour la MCA ; une couverture et six pages spéciales (4, 5, 6, 7, 8 et 9) pour MIP. Commission paritaire : 0723 M. 06546. Dépôt légal : juillet 2020. © Mutualistes, Objectif et Action, 2020. Reproduction interdite sans autorisation. Origine du papier : Leipzig (Allemagne) • Taux de fibres recyclées : 100 % Ce magazine est imprimé sur un papier porteur de l’écolabel européen et de l’écolabel allemand Ange bleu (der Blaue Engel). « Eutrophisation » ou « Impact de l’eau » : PTot 0,002 kg/tonne de papier. Prix du numéro : 1,88 €. Abonnement annuel : 7,50 € (4 numéros par an) à souscrire auprès de la Ciem, 12, rue de l’Eglise, 75015 Paris.

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18-19

8-9

10-11

Sommaire 4-5 // ACTUALITÉ 6-7 // INTERVIEW

Antoine Flahault

12 // PSYCHO La thérapie familiale, qu’est-ce que c’est ?

13 // NUTRITION Professeur de santé publique Allergique aux fruits à coque : et directeur de l’Institut de santé surveiller de près mondiale à l’université de Genève. son alimentation. 8-9 // MÉDECINE

Anosmie

Quand perdre l’odorat fait perdre le goût de vivre.

14-17 // DOSSIER

Épigénétique

Comment l’environnement influence nos gènes.

10-11 // HISTOIRE

18-19 // ENVIRONNEMENT

Saponification, hygiène corporelle et barrière antivirale.

Une expédition inédite pour observer le climat.

L’histoire du savon

Mosaic

20-21 // JEUNESSE Ados : Je regarde du porno sur mon téléphone, et alors ? ■ Et toi, à quelle heure tu te couches ? ■

22 // VIE PRATIQUE Téléconsultation : comment ça marche ? 23 // TÉMOIGNAGE

Marc Beaussier

Chef du département d’anesthésie à l’Institut mutualiste Montsouris (IMM) et président de la Commission médicale d’établissement (CME).

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ACTUALITÉ

30,4 %

C’est la proportion de fumeurs en 2019, évaluée dans la population française par l'étude annuelle de Santé publique France, publiée fin mai 2020. Même si ce chiffre reste élevé, l’agence de santé souligne une baisse de 1,4 point sur un an. Les femmes, notamment, ont largement réduit leur consommation de tabac : aujourd'hui, 20,7 % des Françaises déclarent fumer tous les jours, alors qu’elles étaient 22,9 % à le faire un an plus tôt. Par rapport à 2014, le tabagisme est en baisse de 3,9 points et de 4,5 points pour le tabagisme quotidien. Mais la cigarette reste un marqueur social. L’étude montre en effet un écart de 17 points entre le tabagisme des chômeurs et des actifs occupés.

Moustique-tigre :

58 départements désormais placés en « vigilance rouge » Selon le site spécialisé Vigilance-Moustiques, l’expansion du moustique-tigre progresse de façon « spectaculaire » : l’insecte est désormais présent dans 67 départements parmi lesquels 58 sont placés en « vigilance rouge » (le moustique y est « officiellement implanté et actif »). Cette année, sept nouveaux départements rejoignent cette liste : la Charente, le Cher, la Loire-Atlantique, les Yvelines, les Deux-Sèvres, la Vienne et la Haute-Savoie. Vecteur de maladies tropicales comme la dengue ou le chikungunya, le moustique-tigre est l’une des espèces les plus invasives au monde. Les cas locaux de contamination sont toutefois très rares sur notre territoire et concernent en majorité les personnes ayant séjourné à l’étranger, dans les zones où ces virus circulent activement.

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La minceur, une affaire de gènes ? Pourquoi certaines personnes n’arrivent pas à maigrir tandis que d’autres restent minces, sans pour autant faire attention à ce qu’elles mangent ? Cette injustice de la nature pourrait s’expliquer par la génétique, selon une étude publiée dans la revue scientifique américaine Cell. Des chercheurs de l’université de Colombie-Britannique (Canada) ont en effet découvert que les personnes minces avaient une variation génétique spécifique du gène ALK (Anaplastic lymphoma kinase). Ils ont utilisé pour leur étude une base de données biologiques collectées auprès de 47 000 patients estoniens âgés de 20 à 44 ans. L’expérience a été poursuivie par des tests sur des souris et des mouches. Les animaux qui avaient le gène ALK désactivé sont restés plus minces que la normale, malgré une alimentation très riche. La mise en lumière du rôle prépondérant de ce gène dans l’obésité ouvre des perspectives thérapeutiques intéressantes. Mais beaucoup d’autres gènes étant associés au phénomène de la prise de poids, la mise au point d’une pilule minceur n’est malheureusement pas pour demain.


Environnement : le gouvernement donne un coup de pouce au vélo Après le déconfinement, place à la bicyclette ! Le gouvernement a annoncé qu’il allait débourser 20 millions d’euros pour aider les municipalités et départements volontaires à développer des pistes cyclables et des zones piétonnes. L’objectif : éviter que la population se détourne des transports en commun par crainte de la maladie Covid-19 et se déporte massivement sur l’automobile (alors que déjà 60 % des trajets effectués en voiture font moins de 5 kilomètres). Ce plan devrait notamment permettre à ceux qui souhaitent se tourner vers la petite reine de bénéficier d’un forfait de 50 euros pour faire réparer son vélo d’occasion (dérailleur, changer les freins, les lumières ou les pneus…) chez les réparateurs référencés. Le forfait mobilité durable, dont le décret d’application est paru le 10 mai, permettra quant à lui aux employeurs « de prendre en charge jusqu’à 400 euros des frais de déplacement de leurs salariés en vélo, covoiturage ou  encore  engins  disponibles  en  free-floating », a précisé Élisabeth Borne, ministre de la Transition écologique et solidaire.

Plan hôpital : les chantiers du « Ségur de la santé »

Sécu :

vers la création d’une branche dédiée à la perte d’autonomie ?

Faire face à la hausse des dépenses liées au grand âge et à la dépendance, tel est l’objectif de deux projets de loi transmis par le gouvernement aux partenaires sociaux le 19 mai. Ces derniers visent notamment à ouvrir la voie à la création d’une cinquième branche de la Sécurité sociale – en plus des quatre déjà existantes : maladie, retraite, maladies professionnelles et accidents du travail, famille – consacrée à la prise en charge de la perte d’autonomie. Les textes prévoient également de réorienter, à partir de 2024, un budget de 2,3 milliards d’euros issu de la contribution sociale généralisée (CSG) vers la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA). La Fédération nationale de la Mutualité française (FNMF) a, de son côté, salué cette annonce mais pointe une recette « tardive » et « insuffisante ». Elle souhaite participer pleinement aux débats pour obtenir une réforme « ambitieuse » qui « s’inscrive dans le temps long et qui garantisse un financement sur l’ensemble  du territoire ».

Lancé le 26 mai, le « Ségur de la santé » doit dessiner l’avenir du système de santé après la crise sanitaire liée à l’épidémie de Covid-19 et permettre de mettre en œuvre le plan « massif d’investissement et de revalorisation de l’ensemble des carrières » du secteur hospitalier promis par le président de la République, Emmanuel Macron. La concertation est menée avec les différents acteurs (professionnels de santé, étudiants, syndicats, agences régionales de santé, financeurs, usagers…) autour de quatre principaux piliers : les salaires et les carrières, l’investissement, la territorialité et la gouvernance des établissements. Les conclusions sont attendues pour la mi-juillet.

Photos : @Shutterstock

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@DR

ENTRETIEN ANTOINE FLAHAULT,

épidémiologiste, directeur de l’Institut de santé globale à l’université de Genève, ancien directeur de l’École des hautes études en santé publique (EHESP).

« Tous les scénarios sont possibles pour cette pandémie » En 2008, Antoine Flahault publiait Des épidémies et des hommes (éditions de La Martinière). Il prévenait : « L’histoire des maladies infectieuses reste à écrire. » Dans le même temps, il dirigeait avec Patrick Zylberman l’exposition Epidemik, l’expo « contagieuse », à la Cité des sciences et de l’industrie à Paris. Celle-ci se terminait par un panneau annonçant la « fin de l’optimisme ». 2020 : les craintes ont explosé. Le Covid-19, parti de Chine fin décembre 2019, s’est propagé partout dans le monde.

Quelques jours après le 11 mai, date de la fin du déconfinement en France, quel « pré-bilan » tirez-vous de la gestion de la crise, en France et en Europe ? Antoine Flahault. À l’heure où l’on se parle, on ne sait pas du tout quelle évolution va suivre cette pandémie. À Genève, où il y avait pourtant un important foyer de contamination, seulement 10 % de la population du canton a été infectée par le virus, ce qui est très peu. L’immunité collective nécessaire pour bloquer toute nouvelle flambée épidémique (qui pourrait être de l’ordre de 70 % de la population) n’est pas près d’être atteinte. La situation est à peu près la même dans toute l’Europe, malgré des stratégies de réponse assez différentes, allant d’une grande liberté de circulation au confinement strict. Des chiffres interpellent : avec un nombre de cas à peu près équivalent, certains pays, comme

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l’Allemagne ou la Suisse, s’en sortent mieux et affichent un taux de mortalité très inférieur à celui d’autres pays européens comme la France, l’Italie ou l’Espagne. Comment l’expliquezvous ? Est-ce dû à des différences de comportement ? Les Italiens, les Français et les Espagnols ont été disciplinés dans le confinement strict qu’on leur a imposé. L’Autriche affichait, le 14 mai 2020, un taux de mortalité de 69 par million d’habitants, l’Allemagne de 94, la Suisse de 216, quand la France (415), l’Italie (514) et l’Espagne (580) enregistraient des taux beaucoup plus élevés. Il y a donc en effet une très importante différence de mortalité rapportée à la population qui s’explique, à mon avis, essentiellement par la politique de test, de traçage et d’isolement des personnes contaminées. Le test RT-PCR, qui vise à identifier si vous êtes porteur du virus, a été pratiqué de façon beaucoup plus importante et précoce dans


le cours de l’épidémie en Allemagne, en Suisse ou en Autriche qu’en France. Ce que n’ont pas compris immédiatement les autorités françaises, c’est que lorsque le test vous identifie comme positif au virus, même si vous avez peu de symptômes, votre attitude change vis-à-vis de vos proches. Vous vous autoconfinez, voire on vous propose un isolement strict de quelques jours. Cela permet de casser de nombreuses chaînes de transmission, y compris internes au domicile. La détection précoce des cas, associée à une méthode de traçage – non seulement on vous teste mais on essaie aussi de retrouver vos contacts à risque, ceux qui sont passés à moins de deux mètres, sans masques de protection ou qui sont restés plus de 15 minutes avec vous – a porté ses fruits dans les pays d’Asie du Sud-Est qui l’ont mis en œuvre, ainsi qu’en Allemagne. Que pensez-vous de la Suède qui s’est démarquée par sa politique sanitaire ? À la grande différence de tous les autres pays européens cités, la Suède n’a pas confiné son économie. Les bars, restaurants, cinémas, commerces et écoles sont restés ouverts. Elle n’a pas non plus appliqué de testing de masse, mais n’a pas pour autant vu ses hôpitaux engorgés. Avec un taux de 343 décès par million d’habitants, elle se situe entre la Suisse et la France, mais ses indicateurs sont moins bons pour le moment par rapport aux autres pays nordiques – Norvège, Danemark, Finlande – où ces taux sont beaucoup plus bas (entre 41 et 92 par million). La Suède est un pays de très grande culture de santé publique, sa population est très observante vis-à-vis des conseils que lui donnent les autorités sanitaires. Les Suédois se sont autoconfinés, alors qu’ils pouvaient circuler dans le pays sans contraintes. Une modélisation de l’EHESP a montré qu’entre le 19 mars et le 19 avril, plus de 587 000 hospitalisations ont été évitées en France et 60 000 vies épargnées grâce à la mise en œuvre du confinement. Selon vous, faut-il

continuer dans la voie d’un confinement aménagé ? Il ne faut jamais perdre de vue que l’objectif du confinement n’était pas d’abord d’éradiquer le coronavirus mais d’éviter l’engorgement des hôpitaux et en particulier des soins intensifs. Il y a d’autres maladies qui prélèvent des vies, y compris chez des jeunes, et on n’arrête pas l’économie et la vie sociale du pays pour autant. Le confinement a bien sûr eu un effet très puissant sur l’épidémie puisque les courbes sont redescendues. On doit néanmoins en sortir car ce n’est pas une solution viable à long terme et elle finirait même par être dangereuse, y compris pour la santé, si la vie économique et sociale ne repartait pas. Il y a quand même de nouveaux foyers de contamination, des clusters, qui apparaissent, à Singapour, en Chine, en France, en Allemagne. Craignez-vous une reprise de l’épidémie ? Ce qui se passe, en particulier à Singapour, montre que le contrôle de cette pandémie reste très fragile et en effet les courbes peuvent remonter à tout moment. L’expérience suédoise prouve cependant que l’on peut contrôler la situation, notamment en évitant l’engorgement des réanimations par des mesures barrières. Le déconfinement peut entraîner un rebond dans les semaines qui vont venir. Les hôpitaux seront mieux préparés, mais ils seront un peu plus fatigués aussi. On souhaiterait un peu de répit estival mais nous ne sommes pas du tout certains que l’été va freiner la transmission du virus comme il le fait pour d’autres virus respiratoires comme celui de la grippe. Est-ce que la recherche de l’immunité collective est encore une piste envisageable ? Je pense que c’est la seule. Elle va prendre plus ou moins de temps et elle pourrait être opportunément accompagnée par l’arrivée d’un vaccin. Mais sans vaccin, l’immunité collective risque d’être longue à obtenir. Il faut toutefois que l’on parvienne à reprendre une vie la plus normale possible, en sachant que des hôpitaux auront à faire face au

Covid-19 probablement encore pendant plusieurs mois. Combien de temps, à votre avis, va-t-il encore falloir appliquer les règles de distanciation physique ? Je ne me permets pas de faire des prévisions à long terme parce que l’on ne sait pas comment tout cela va évoluer. Je dirais que quand le virus circule à un niveau très faible, de l’ordre d’un ou deux cas par jour par million d’habitants, comme c’est le cas à La Réunion, en Nouvelle-Zélande, en Autriche ou en Australie, les mesures barrières n’ont plus tellement lieu d’être car le risque de contamination dans la population devient très faible. Le R0, ce fameux taux de reproduction du virus, qui correspond au nombre de personnes que le porteur peut infecter, est de 3 à 4 pour ce coronavirus. Avec le confinement, il est descendu en dessous de 1 en France ou en Suisse. Pour éviter toute résurgence, il faut qu’il reste au-dessous de 1 et donc continuer à adopter les mesures barrières au moins pendant quelques semaines. Si l’impact de la saison estivale est le même sur le R0 que celui de la grippe (l’été réduit le R0 de 60 % sous nos latitudes), alors l’été pourrait contribuer à accompagner et sécuriser en partie le déconfinement. Mais nous ne savons pas si l’on va avoir un phénomène de ce genre pour le coronavirus. Quels sont vos pronostics concernant le développement de la pandémie ? Il faut être prudent. Au-delà de 8 jours, toutes les prévisions sont incertaines pour cette pandémie. Les modèles mathématiques ont prédit beaucoup de choses. Je ne sais pas ce qu’il en restera. Pour beaucoup d’épidémies - sida, maladie de Creuzfeld Jacob, Zika, Ébola… - les modèles mathématiques se sont beaucoup trompés dans leurs prédictions. Tous les scénarios sont possibles. Le SRAS avait disparu au bout de neuf mois dans plus de vingt pays dans le monde. Aucun modèle ne l’avait pourtant prévu. Le sida ou la grippe, eux, n’ont jamais cessé de circuler. Propos recueillis par Isabelle Coston Photos : @Shutterstock

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Anosmie

Quand perdre l’odorat fait perdre le goût de vivre On en a beaucoup parlé depuis quelques mois : l’anosmie – le nom scientifique de la perte d’odorat – est en effet l’un des premiers symptômes du Covid-19. Mais ce signe clinique peut avoir bien d’autres causes. Loin d’être anodine, cette maladie pourtant mal connue bouleverse le quotidien de ceux qui ne perçoivent plus les odeurs.

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I

maginez : le savon sous la douche, le café et le pain grillé du matin, l’herbe fraîchement coupée du jardin, les gaz d’échappement des voitures… Vous ne sentez plus rien. Quasiment du jour au lendemain, toutes les odeurs ont disparu et vous vous retrouvez comme enfermé dans une bulle. Votre vie est devenue vide et fade. « Cela m’a valu des années de dépression car une vie se construit autour des odeurs, qui sont aussi des souvenirs, témoignait Bernard Perroud, président de l’Association française pour l’anosmie et l’agueusie (la perte du goût) lors d’un entretien à LCI. Dès qu’il s’agit de marcher dans les bois ou de passer à côté d’une boulangerie, le nez est à la base de notre appétit et de notre enthousiasme.

@iStock

MÉDECINE


C’est donc vraiment difficile de vivre sans. C’est comme si la vie était devenue en noir et blanc : il y a quelques nuances mais il manque l’essentiel. » Cette perte de sens, au propre comme au figuré, c’est ce que décrivent tous les anosmiques.

Une pathologie méconnue

L’anosmie était jusque-là une pathologie méconnue. Depuis la crise du Covid-19, tout le monde en parle. Il faut dire qu’avec les maux de tête, elle est l’un des premiers signes cliniques, avant la fièvre, la toux et les difficultés respiratoires, qui font envisager une infection au nouveau coronavirus. Pourtant, ce trouble de l’olfaction était présent bien avant. Il en existe deux formes : l’anosmie acquise, qui survient au cours de la vie, et l’anosmie congénitale, heureusement très rare (environ une naissance sur 40 000), que connaissent des enfants qui naissent sans système olfactif. Ce handicap toucherait près de 3 millions de Français, mais aucune étude ne permet, à ce jour, d’estimer exactement le nombre de personnes atteintes. Les causes, quant à elles, sont plus ou moins connues. Un virus, un choc à la tête, une tumeur ou tout simplement le vieillissement peuvent être à l’origine d’une perte d’odorat permanente ou temporaire. Tous les âges sont concernés et il n’y a pas non plus de différences en fonction du genre. Ce mal peut donc affecter n’importe qui, n’importe quand.

Des conséquences sur la santé physique et mentale

Si la personne qui en est atteinte est privée des petits plaisirs de la vie que procurent des odeurs agréables, elle peut aussi se mettre en danger. « J’ai 33 ans et ça fait 25 ans que je suis anosmique, se désespère Nicolas dans j’ai rien senti, le documentaire poignant de Mélanie Van Kempen pour Arte Info. Les gens, je pense, ne connaissent pas l’anosmie en tant que telle, mais ne connaissent pas non plus le rôle qu’ont les odeurs dans la vie. Ne plus avoir d’odorat, c’est déjà être en danger physique, puisqu’il y a le brûlé, il y a l’odeur du gaz, il y a les aliments périmés. […] Il faut que les gens comprennent à quel point j’ai moins de plaisir à vivre ma vie qu’eux. » Danger physique donc, puisque l’anosmique, en perdant le goût (agueusique), peut par conséquent s’alimenter de façon déséquilibrée mais surtout s’intoxiquer en mangeant des produits avariés. Il n’est pas non plus en mesure, par exemple, d’identifier l’odeur d’une fuite de gaz ou celle de la fumée d’un début d’incendie. Les anosmiques sont également souvent sujets à la dépression. À l’image de Caroline qui expliquait en juin 2017, dans les colonnes du Figaro : « On ne se sent pas soi-même, donc on n’est pas à l’aise.

Tout au fond du nez se trouvent des récepteurs neuronaux (400 environ) dans lesquels viennent s’imbriquer des molécules volatiles qui seront reconnues comme autant de parfums. En traversant l’os qui forme le toit des fosses nasales par d’étroits orifices, ces récepteurs transmettent, via le bulbe olfactif, relié à des zones de l’encéphale (cerveau, cervelet et tronc cérébral), des signaux permettant l’interprétation de l’information sensorielle. Situé entre les deux yeux, le bulbe olfactif va coder, sous forme d’impulsions électriques, une carte d’identité pour chaque odeur. Cette information est ensuite traitée par différentes zones du cerveau impliquées également dans les processus de la mémoire et de l’émotion.

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COMMENT FONCTIONNE L’ORGANE OLFACTIF ?

L’odeur de mon compagnon, de mon fils me manque tellement que parfois j’en pleurerais. C’est comme si on m’avait enlevé quelque chose, que je n’étais pas complète. Toute la vie sociale est pleine d’odeurs qu’on ne sent plus. C’est un néant d’ennui. » Entre 60 et 80 % des personnes ayant subi une perte de l’odorat connaîtraient un épisode dépressif parfois grave.

Pas de traitement miracle

« Les anosmiques ont de grosses difficultés à se nourrir, parce qu’ils perdent 80 % des composantes du goût, explique Bernard Perroud, président de l’Afaa Sos anosmie. Il ne leur reste que quatre saveurs essentielles : le sucré, le salé, l’amer et l’acide. Au bout de quelques années, ils peuvent réussir à rééduquer leur goût à travers des exercices très personnels, car il n’existe aucune méthode. Par exemple, manger la viande et les légumes à part, pour essayer de capter chacune des saveurs. » Cette pathologie n’est pas toujours détectée immédiatement, elle peut s’installer progressivement et devenir irréversible. La perte de l’odorat étant, de plus, un marqueur de maladie neurodégénérative comme Alzheimer, il est important de la repérer. C’est la raison pour laquelle il faut consulter le plus tôt possible un oto-rhino-laryngologiste (ORL) afin de poser un diagnostic et de mettre en place un traitement – si tant est qu’il en existe un, tout dépend de l’origine du trouble. Ce dernier pourra consister en l’administration de corticoïdes si l’anosmie résulte d’une maladie inflammatoire, ou d’exercices de « rééducation olfactive » : pendant deux ou trois mois, le patient s’entraînera à reconnaître certaines odeurs caractéristiques. Isabelle Coston

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HISTOIRE

Une histoire du savon : saponification, hygiène corporelle et barrière antivirale

Sa recette de base n’a pas changé depuis plus de 4 500 ans. Aujourd’hui, le savon reste un produit essentiel à l’hygiène et à l’asepsie cutanée. D’où vient-il ? Quelles sont ses propriétés lavantes et antibactériologiques ? Depuis quand est-il devenu incontournable ? Retour sur ce produit phare.

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L

es premières indications écrites de ce qui ressemble à n ot re s avo n a c t u e l remontent au IIIe millénaire avant J.-C. Une tablette d’argile datant de - 2 500 ans révèle que les Sumériens maîtrisaient déjà le processus de saponif ication (réaction chimique qui permet la fabrication du savon). Elle fait état d’une formule « contenant de l’eau, une base alcaline et de l’huile », rappelle Julia Rioual dans une thèse soutenue à la faculté de pharmacie de Nantes en 2011. Ces sortes de pâtes à savon n’étaient alors pas utilisées pour l’hygiène corporelle mais pour nettoyer la laine. On en retrouve également des traces dans l’Égypte antique : le papyrus Ebers, un des plus anciens documents médicaux originaux connus, rédigé entre 1 600 et 1 500 ans avant J.-C., précise que les Égyptiens utilisaient une forme de savon

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composé de graisses animales et d’huiles végétales mélangées à un minerai proche de la soude.

L’invention du savon attribuée aux Gaulois par Pline l’Ancien

Plus tard, vers 77 après J.-C., Pline l’Ancien attribue l’invention du savon (sapo) aux Gaulois. Composé principalement de suif de chèvre et de potasse de cendres de hêtre, ils s’en servaient surtout pour colorer leurs cheveux en roux. Ce n’est finalement qu’au IIe siècle après J.-C. que le médecin grec Galien recommande l’usage du savon pour l’hygiène. Au Moyen Âge, les Maures produisaient des savons à base d’huile d’olive et en exportaient notamment jusqu’à Marseille (dès le IXe siècle). Le fameux savon d’Alep, quant à lui, produit millénaire d’origine syrienne, à base d’huile d’olive et de laurier, aurait été introduit en Occident par les croisés au XIe siècle. Les Espagnols (à partir du XIIe siècle) et les Marseillais (à partir du XIIIe siècle) s’en seraient inspirés pour leur propre production. À ce moment-là, les savons sont fabriqués avec de l’huile d’olive et une solution caustique obtenue à partir de plantes comme la salicorne ou la fougère.

Un produit réservé aux plus riches

Toujours au Moyen Âge, le savon reste réservé aux classes les plus aisées. Il sert à l’hygiène mais surtout au nettoyage

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ET LE GEL HYDROALCOOLIQUE ? S’ils ne lavent pas, les gels hydroalcooliques sont, en revanche, très utiles contre les virus et les bactéries. « L’efficacité des gels  sur le Covid-19 n’a pas été testée, mais il n’y a pas de raison  d’en douter car elle a été confirmée sur d’autres coronavirus », explique Olivier Schwartz, responsable de l’unité « Virus et  immunité » à l’institut Pasteur, cité par Que Choisir début mars. Comme le savon, ils s’attaquent à l’enveloppe lipidique du virus et le détruisent. Pour que le gel soit efficace, il faut en verser une bonne dose au creux des mains et frotter au moins pendant une minute. On l’utilise de préférence en plan B lorsque qu’il n’y a pas de lavabo à disposition. Se laver les mains au savon est tout aussi efficace et coûte bien moins cher.

des vêtements. Son utilisation corporelle disparaît au début du XVIe siècle au profit des parfums, censés être plus efficaces pour prévenir les maladies comme la peste. Le savon destiné à la toilette, mais aussi à des fins thérapeutiques (affections dermatologiques), réapparaît ensuite au siècle des Lumières (XVIIIe), sous l’impulsion des théories hygiénistes. Ce n’est qu’en 1823 que le chimiste français Michel-Eugène Chevreul décrit précisément, pour la première fois, la réaction chimique à l’origine de la saponification. L’industrie savonnière poursuit son essor tout au long du XIXe siècle, permettant l’amélioration de la qualité et du rendement du produit, tandis que la création de grands groupes industriels finit de rendre accessible son prix à tous. À la fin du XXe siècle, favorisés par la pénurie de graisses animales et végétales pendant la Seconde Guerre mondiale, les tensioactifs de synthèse dérivés du pétrole complètent l’offre. Aujourd’hui, le savon reste le produit de base de l’hygiène.

Comment le savon nettoie et nous protège des virus ?

C’est par ses propriétés chimiques que le savon nettoie notre peau. Ses molécules ont la particularité d’être tout en longueur. L’une des extrémités de cette molécule (la tête) « aime » l’eau mais pas la graisse (on dit qu’elle est hydrophile et lipophobe). Pour l’autre extrémité (la queue), c’est l’inverse : elle accroche la graisse mais « n’aime pas » l’eau (la queue

ANTIQUITÉ 2 500 avant J.-C. : première indication écrite de l’existence du savon. Une tablette d’argile sumérienne décrit une formule contenant de l’eau, une base alcaline et de l’huile. Entre - 1 600 et -1 500 avant J.-C. : le papyrus Ebers précise que les Egyptiens utilisaient une forme de savon composée de graisses animales, d’huiles végétales et d’un minerai proche de la soude. Vers 77 après J.-C. : Pline l’Ancien attribue l’invention du savon (sapo) aux Gaulois. Ils le fabriquent alors principalement avec du suif de chèvre et des cendres de hêtre. ııe siècle après J.-C. : le médecin grec Galien recommande l’usage du savon pour l’hygiène. MOYEN-ÂGE xıe siècle : les croisés rapportent le savon d’Alep, premier savon à base d’huile d’olive et de laurier, en Occident. xıııe siècle : Marseille commence à fabriquer son propre savon à base d’huile d’olive et ouvre ses premières manufactures.

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de la molécule de savon est dite lipophile et hydrophobe). Lorsque l’on mélange du savon à de l’eau, les molécules de savon se regroupent pour former des petites sphères. Les queues de molécules (qui n’aiment pas l’eau) se regroupent au centre, et, vers l’extérieur, on retrouve les têtes (qui sont attirées par l’eau). Quand on se lave avec cette eau savonneuse, les queues de molécules de savon accrochent les graisses qui se retrouvent emprisonnées dans les petites sphères. Avec le rinçage, les têtes de molécules s’attachent à l’eau qui est évacuée. Tout part : l’eau, le savon et les graisses qu’il emprisonne. C’est le même principe avec les virus et notamment avec le Covid-19. Celui-ci se compose d’un génome (ARN) enveloppé d’une membrane protectrice constituée de lipides (graisses). A son contact, les queues de molécules de savon s’accrochent à l’enveloppe lipidique du virus. Lors du rinçage, elles y restent attachées, tandis que les têtes de molécules sont entraînées par l’écoulement de l’eau. Cela provoque la rupture de la membrane et désactive le virus. Delphine Delarue

ÉPOQUE MODERNE xvıe siècle : l’utilisation du savon pour se laver disparaît au profit des parfums, considérés à l’époque comme efficaces pour prévenir les maladies contagieuses. xvıııe siècle : le savon destiné à la toilette, mais aussi à des fins thérapeutiques, réapparaît sous l’impulsion des théories hygiénistes. ÉPOQUE CONTEMPORAINE xıxe siècle : l’industrie savonnière poursuit son essor. Le savon se démocratise. 1823 : le chimiste Eugène Chevreul décrit pour la première fois la réaction chimique à l’origine de la saponification. Fin du xxe siècle : les tensioactifs de synthèse dérivés du pétrole complètent l’offre.

L’âme du savon d’Alep, de F. Cloarec. Ed. Noir sur Blanc (2013, 208 pages, 21 euros). Le savon, de la Préhistoire au XXIe siècle, de R. Leblanc. Ed. Pierann (2001, 396 pages, 22,11 euros). Que faut-il savoir sur les savons ? Zoom sur le savon d’Alep, de J. Rioual. Thèse de pharmacie, 2011, Nantes. 01 - Savon d'Alep. 02 - Tablette d'argile sumérienne. 03 - Publicité 1900.

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PSYCH

La thérapie familiale, qu’est-ce que c’est ? Face à certaines difficultés ou pour dénouer des situations de souffrance, le thérapeute peut proposer de prendre en charge toute la famille. Cette approche a pour objectif de rétablir la communication entre les générations, de mieux se comprendre et d’avancer ensemble.

du symptôme. « Cette dernière approche met l’accent sur la parole, précise la thérapeute. Les membres de la famille sont ainsi invités à s’exprimer librement. Nous pouvons aussi proposer le dessin par exemple qui peut être un support adapté pour les enfants comme pour les adultes. »

S’intéresser au contexte familial

L’objectif est de permettre à chacun de participer afin de mieux comprendre le contexte familial. « À travers les échanges, il est possible de reconstruire des liens dans le respect de la différence entre les générations », ajoute Chantal Diamante. La thérapie permet aussi de revisiter son histoire. « Devenir parent est un bouleversement qui réactive à la fois l’enfant que l’on a été et les parents que l’on a eus, constate-t-elle. Les séances peuvent faire remonter des souvenirs, parfois traumatisants comme un accident de la vie, un inceste ou un décès. » En plus des parents et des enfants, les grands-parents aussi peuvent participer. « C’était le cas notamment d’un monsieur dont l’épouse était décédée et qui était retourné vivre chez ses parents avec ses enfants, illustre la psychanalyste. Le quotidien était très tendu entre les générations et il était nécessaire de rassembler tous les membres de cette famille pour démêler la situation. L’important n’était pas tant de donner des conseils, des leçons ou des devoirs à faire mais bien de comprendre ce qui ne fonctionnait pas, de prendre le temps et de laisser chacun s’exprimer pour se faire entendre. »

Progresser en groupe

L

a thérapie familiale est préconisée quand une cellule familiale est dysfonctionnelle. « C’est le plus souvent par le biais de l’enfant que l’on repère cette souffrance collective, explique Chantal Diamante, présidente de la Société de thérapie familiale psychanalytique d’Île-de-France (STFPIF). Un enfant très excité, qui sollicite sans cesse son père ou sa mère et veut attirer leur attention, peut avoir ce comportement pour empêcher ses parents de se disputer. » Il existe plusieurs approches en thérapie familiale : comportementale et cognitive, qui propose des techniques pour supprimer le comportement problématique ; systémique, qui s’intéresse à la fonction du symptôme ; et psychanalytique, qui s’attache au sens

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Avant d’entreprendre une thérapie familiale, une première rencontre est nécessaire pour évaluer la situation et proposer aux différents membres de participer. « Il arrive parfois qu’une personne soit réticente à l’idée de suivre une thérapie, observe la présidente du STFPIF. Il faut alors prendre le temps de lui expliquer pourquoi on veut voir tout le monde et en quoi sa présence est importante. » Durant généralement une heure, les séances ont lieu chaque semaine, tous les quinze jours ou tous les mois selon les disponibilités. La famille entière est reçue en même temps par le psychanalyste. Le but est que « le groupe avance ensemble », précise Chantal Diamante avant d’ajouter : « Si les parents sont séparés, soit nous les recevons tous les deux, soit séparément, mais toujours avec l’enfant. Dans le second cas, une restitution de la séance précédente est toujours effectuée afin que chacun ait le même niveau d’information. » Léa Vandeputte

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NUTRITION

Allergique aux fruits à coque : surveiller de près son alimentation Dans la liste des allergies alimentaires les plus fréquentes, celle aux fruits à coque figure en bonne place. Pour éviter la survenue de réactions immunitaires qui provoquent des symptômes respiratoires, cutanés et digestifs, l’éviction de l’allergène reste parfois la seule solution.

A

près le lait, l’œuf et les arachides, l’allergie aux fruits à coque est l’une des plus répandue chez les enfants, mais les adultes ne sont pas en reste puisqu’elle arrive également en quatrième position. « Cette famille regroupe les fruits secs oléagineux, issus des fleurs des arbres, et comporte la noix, l’amande, la noisette, la pistache, la noix de pécan, la noix de cajou, la noix de macadamia, la noix du Brésil et la noix de coco, explique Pascale Couratier, directrice de l’Association française pour la prévention des allergies (Afpral). En revanche, la cacahuète n’en fait pas partie puisque c’est une légumineuse qui pousse sous terre. » La prévalence de l’allergie à l’un ou l’autre des fruits à coque varie en fonction des habitudes alimentaires mais en Europe, c’est la noisette qui prédomine, suivie par la noix de cajou et la pistache.

Des symptômes variés

Comme toutes les allergies alimentaires, celle aux fruits à coque engendre des réactions immunitaires variées, liées à l’ingestion ou au contact avec l’allergène. « Il peut s’agir d’urticaire, de gonflement au niveau des lèvres, de larmoiement, d’asthme, d’eczéma, de douleurs abdominales, de troubles digestifs… », indique Pascale Couratier. Des symptômes plus graves peuvent aussi apparaître et nécessiter une prise en charge rapide, comme un œdème pharyngé ou laryngé – appelé aussi œdème de Quincke –, une crise d’asthme importante ou encore un choc anaphylactique. Plus fréquent chez l’adulte, ce dernier a un impact sur l’ensemble de l’organisme, touche les systèmes cardiovasculaire, neurologique, respiratoire et cutané, et comporte un risque vital. Il faut alors pratiquer en urgence une injection intramusculaire d’adrénaline « mais les patients conservent toujours avec eux un stylo auto-injectable

pour pouvoir réagir en cas de problème », rassure la directrice de l’Afpral.

Identifier l’allergène pour l’éviter

En cas de symptômes et de suspicion d’allergie, il est conseillé de consulter son médecin traitant qui pourra orienter le patient vers un allergologue. Celui-ci pourra confirmer le diagnostic après avoir procédé à un bilan. Il est important d’identifier précisément l’allergène afin de mettre en place un régime d’éviction pour limiter la survenue de symptômes. « Les fruits à coque font partie de la liste des 14 principaux allergènes alimentaires qui doivent être mentionnés et inscrits en gras, en italique ou surligné sur les étiquettes », précise Pascale Couratier. Les allergiques doivent donc être très attentifs au moment de faire leurs courses et étudier en détail la liste des ingrédients, notamment des produits transformés. De même, au restaurant, il est recommandé de demander la carte des allergènes et de signaler sa situation au personnel. En complément de ces mesures préventives, l’allergologue peut prescrire des antihistaminiques pour l’urticaire, des bronchodilatateurs pour l’asthme, des corticoïdes pour l’eczéma, etc. Ces traitements ont pour objectif de calmer et de stabiliser les manifestations allergiques mais aussi d’améliorer la qualité de vie du patient. Benoît Saint-Sever

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DOSSIER

Épigénétique :

comment l’environnement influence nos gènes

Selon des études récentes, l’air que nous respirons, ce que nous mangeons, notre activité physique ou l’exposition au stress auraient un impact direct sur le fonctionnement de nos cellules. En laissant des traces sur notre ADN, notre environnement pourrait favoriser le développement de maladies. Mais nous aurions aussi, par notre comportement, le pouvoir de faire disparaître certaines de ces empreintes épigénétiques pour maintenir notre organisme en bonne santé et lutter contre le vieillissement.

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« Avec la génétique, on a longtemps cru que l’ADN était le programme immuable de toute une vie », nous expliquait, en juillet 2018 (Mutualistes n° 338), Joël de Rosnay, scientifique français, ancien enseignant-chercheur au Massachusetts Institute of Technology (MIT) et ex-directeur des applications de la recherche à l’Institut Pasteur. « L’épigénétique, qui signifie par-dessus (épi) la génétique, nous a permis de comprendre que ce n’était pas le cas. C’est certainement l’une des plus importantes découvertes des vingt dernières années. » Alors que la génétique étudie les gènes, l’épigénétique s’intéresse aux mécanismes qui définissent comment ces gènes vont être utilisés par une cellule. Pour bien comprendre, revenons aux bases : un gène est une petite partie de l’ADN (support universel de l’information génétique propre à chaque individu), le long fil qui constitue les chromosomes présents dans les noyaux des cellules de tous les êtres vivants. Chacune de nos cellules porte donc l’ensemble de notre patrimoine génétique, soit 46 chromosomes hérités de nos parents, sur lesquels on compte environ 25 000 gènes. « Mais si toutes nos cellules contiennent la même information, elles n’en font pas le même usage, précise Pierre-Antoine Defossez, directeur de recherche (CNRS) au centre Épigénétique et destin cellulaire à Paris. Par exemple, une cellule musculaire n’exprime pas les mêmes gènes qu’un neurone ou qu’une cellule de sang. » C’est l’activation de gènes spécifiques qui va déterminer la fabrication des protéines et des enzymes nécessaires au développement de nos organes, de nos tissus et de tout ce qui fait fonctionner notre corps.

Gène exprimé, gène réprimé

Autrement dit : « Un gène contient l’information nécessaire à la synthèse d’une ou de plusieurs molécules qui constituent notre organisme. (Il) est dit actif/allumé/ exprimé lorsque cette synthèse a lieu. Sinon, il est inactif/ éteint/réprimé », détaille l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Grâce à l’épigénétique, nous avons compris que l’expression de ces gènes n’était pas seulement prédéterminée mais qu’elle était aussi influencée par l’environnement. Notre destin n’est donc pas seulement inscrit dans notre génome. Notre qualité de vie, notre alimentation, l’exposition au stress ou aux pesticides, ajoutent des marques (empreintes épigénétiques ou biomarqueurs) à nos gènes. Celles-ci affectent leur expression et donc le fonctionnement de nos cellules, sans toutefois modifier notre ADN (c’est-à-dire sans induire de mutations). « Ce sont les mécanismes épigénétiques qui expliquent pourquoi, au cours des années, deux jumeaux monozygotes qui partagent exactement le même patrimoine génétique,

LES MÉDICAMENTS ÉPIGÉNÉTIQUES

Contrairement aux mutations génétiques, les empreintes épigénétiques ne sont pas forcément immuables : elles constituent donc des cibles thérapeutiques intéressantes. C’est cette idée qui a conduit au développement de médicaments destinés à éliminer les marquages épigénétiques anormaux à l’origine de maladies humaines. Certains de ces « épimédicaments » sont déjà validés, par exemple pour lutter contre les cancers du sang comme la leucémie myéloïde aiguë. Cependant, « les molécules qui existent aujourd’hui manquent encore de spécificité d’action, ce qui les rend rapidement toxiques pour l’organisme », précise l’Inserm. D’autres médicaments épigénétiques sont toutefois en cours de développement, la difficulté étant de parvenir à cibler les bonnes régions du génome. En outre, en les associant « à d’autres approches thérapeutiques, il sera peut-être possible d’en retirer un bénéfice clinique tout en limitant les doses administrées et donc les effets secondaires », conclut l’Inserm.

vont évoluer différemment au niveau de leur santé, mais aussi de leur psychologie », explique Ariane Giacobino, professeur au département de médecine génétique et développement de l’université de Genève. Chez les insectes, l’exemple des abeilles est également très parlant : en fonction de ce qu’elles mangent au cours de leur développement (gelée royale ou gelée royale et pain d’abeille), les mêmes larves au génome identique deviennent soit des reines, soit des ouvrières. C’est-à-dire des individus très différents par leur apparence, leurs fonctions et aussi leur durée de vie.

Perturbateurs endocriniens

Autre exemple : des études sur des souris ont montré que « l’exposition à certains perturbateurs endocriniens (que l’on trouve dans l’alimentation ou les pesticides) pouvaient directement influencer l’expression des gènes et avoir des conséquences sur la fertilité », ajoute Ariane Giacobino. On retrouve le même phénomène avec les médicaments dits « épitoxiques » comme la Dépakine, cet antiépileptique donné à de nombreuses femmes enceintes entre 2007 et 2014. En modifiant l’activité des gènes de la mère et de l’embryon, « ce produit est à l’origine de malformations génitales chez des enfants exposés in utero », précise Joël de Rosnay. On sait aussi désormais que certains biomarqueurs contribuent au développement de cancers. « Des anomalies épigénétiques (par exemple liées au tabagisme) activant des oncogènes (gènes dont Photos : @Shutterstock

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DOSSIER la surexpression favorise la cancérogénèse) ou inhibant des gènes suppresseurs de tumeur ont pu être mis en évidence », souligne l’Inserm. Mais ce n’est pas tout : le rôle de l’épigénétique est par ailleurs « soupçonné et très étudié dans le développement et la progression de maladies complexes et multifactorielles comme les maladies neurodégénératives (Alzheimer, Parkinson, sclérose latérale amyotrophique, Huntington) ou métaboliques (obésité, diabète de type 2) », note, sur le site Encyclopedie-environnement.org, le professeur Emmanuel Drouet, enseignant-chercheur à l’Institut de biologie structurale de l’université Grenoble-Alpes.

Transmission intergénérationnelle

Certaines marques épigénétiques semblent même être verrouillées dans le temps et se transmettre à travers les générations : selon un article publié par le site Mediapart en avril 2019, près d’une centaine de petitsenfants de femmes qui ont pris de la Dépakine pendant leur grossesse présenteraient de graves malformations ou troubles neuro-développementaux. Autre exemple avec cette étude1 menée en 2008 aux Pays-Bas. Les chercheurs ont montré que les enfants des femmes enceintes ayant connu la famine de l’hiver 1944-1945 avaient plus de risques de développer des troubles métaboliques, un diabète ou une obésité. Ils étaient aussi plus petits que la moyenne. Une fois adultes, ils ont eux-mêmes donné naissance à des enfants de petite taille. « Ces données suggèrent que la famine vécue par les mères avait provoqué des modifications épigénétiques transmises aux générations suivantes, explique le professeur Drouet. Nous savons aujourd’hui que ces effets sur la taille proviennent de changements au niveau des marqueurs épigénétiques présents sur leur ADN, liés aux carences en certaines molécules cruciales dans l’alimentation des grands-mères hollandaises de cette période ». Mais concernant le diabète et l’obésité, quelles auraient été les conséquences si les descendants de ces femmes avaient suivi un régime alimentaire particulièrement sain ? Difficile à dire. Cependant, « par comparaison, on a constaté que des sujets dont les ascendants n’avaient pas été exposés à la famine ne développaient pas ces troubles, bien qu’ils aient globalement le même mode de vie », souligne le professeur Giacobino.

Influence du maternage

Le comportement maternel laisserait lui aussi des traces sur l’ADN de la descendance. L’équipe du professeur Michael Meany (université McGill de Montréal)

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a montré que le gène NRC31, un gène protecteur contre le stress, était défectueux et non exprimé chez de jeunes rats qui n’avaient pas reçu suffisamment d’affection via le « léchage » de leur mère. Conséquence : devenus adultes, ces rats vivent dans un état de stress permanent, même dans un environnement apaisé. D’autres recherches vont dans le même sens : selon les travaux d’Isabelle Mansuy, professeur à l’université et à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ), des souris ayant vécu des traumatismes durant l’enfance présenteraient des altérations de leur épigénome dans de nombreux tissus, ainsi que des symptômes tels que des affections de leur métabolisme, des dépressions ou des comportements antisociaux. On retrouverait ces mêmes troubles jusqu’à la troisième, voire la quatrième génération. Si ces marques épigénétiques se transmettent aux descendants, sans que l’on sache d’ailleurs vraiment pourquoi, la bonne nouvelle est que la plupart d’entre elles ne sont pas irréversibles.

Les cinq clés de notre santé

Nous pourrions, à notre tour, modifier l’activité de nos cellules par notre comportement. La grande majorité des biomarqueurs induits par le tabagisme disparaît par exemple progressivement après le sevrage. Selon Joël de Rosnay, cinq clés nous permettraient « de modifier l’expression des gènes de façon bénéfique pour notre santé et notre équilibre mental : la nutrition, l’exercice physique régulier, le management du stress par exemple par le yoga et la méditation, le plaisir de faire les choses que l’on aime et l’harmonie du réseau


ALCOOL ET GROSSESSE :

LES PAPAS ÉGALEMENT CONCERNÉS ! D’après une revue de littérature scientifique publiée en 2016 sur l’influence des modifications épigénétiques du père sur sa descendance, les risques de la consommation d’alcool sur l’embryon ne concerneraient pas que les femmes enceintes. Les chercheurs expliquent que l’alcoolisme paternel pourrait aussi avoir des conséquences sur l’enfant en activant certains gènes censés rester silencieux. Ces modifications épigénétiques correspondraient aux données observées par les épidémiologistes dans une étude de 2004 sur les enfants dont le père boit, à savoir une baisse du « poids à

la naissance, (des) malformations cardiaques congénitales et (…) des troubles cognitifs légers ». Si le phénomène reste toutefois très complexe à étudier, il semble toutefois de plus en plus évident que l’environnement du père peut se refléter dans les mécanismes qui régulent la fonction des gènes et se transmettent lors du développement du fœtus à partir des spermatozoïdes. Ainsi, une étude parue f in 2019 dans le European Journal of Preventive cardiology, suggère aux hommes qui envisagent de fonder une famille d’arrêter l’alcool six mois avant la conception.

social, familial et professionnel ». Combinés entre eux, ces cinq éléments conduiraient à la libération de « bons » micro-ARN, c’est-à-dire les petites molécules qui activent les gènes dont l’expression est utile à la bonne santé de notre organisme et à la lutte contre le vieillissement. Si l’on sait depuis longtemps que manger équilibré et faire du sport sont des facteurs déterminants pour rester en bonne santé, la nouveauté est qu’aujourd’hui on connaît mieux les mécanismes biologiques en jeu. Depuis 20 ans, de nombreuses publications scientifiques démontrent « que tout cela est bien vrai, précise le professeur Giacobino. Grâce à l’évolution de la technologie, il y a eu, surtout au cours des cinq dernières années, des études très rigoureuses menées sur l’homme avec des mesures méthodiques et précises de ces marques épigénétiques. » On imagine facilement les conséquences de ces découvertes en matière de prévention santé. « Par les choix que l’on fait, on sait maintenant avec certitude que l’on peut agir sur notre devenir sanitaire, un peu comme les chefs d’orchestre d’une symphonie, conclut Joël de Rosnay. Nous sommes responsables, coauteurs de nos vies, de notre équilibre et nous pouvons mieux gérer notre organisme. »

Déterminisme génétique

Mais attention, personne ne peut pour autant échapper complètement au déterminisme de son génome. On le voit avec les maladies génétiques ou avec les cancers, dont 5 à 10 % sont héréditaires, c’est-à-dire attribuables à une mutation génétique irréversible qui se transmet

d’une génération à l’autre. Chez les femmes par exemple, être porteuse d’une mutation des gènes BRCA1 ou BRCA2 accroît considérablement la probabilité de développer un cancer du sein, que l’on ait une vie saine ou non. « Même si nous avons une marge de manœuvre, elle reste tout de même très liée à notre fond génétique », tempère Ariane Giacobino. Le déterminisme génétique est aussi ce qui explique qu’un régime alimentaire, un mode de vie identique ou une psychothérapie similaire n’auront pas forcément les mêmes résultats selon les personnes. De même, un individu qui fume toute sa vie ou qui est exposé à des pesticides ne développera pas systématiquement un cancer ou des troubles endocriniens. Au final, l’épigénétique permet de clore l’éternel débat entre l’inné et l’acquis. « Elle rapproche les théories de Lamarck et de Darwin, souligne Joël de Rosnay. Selon Darwin, la variété des espèces vivantes naît de mutations de l’ADN qui s’effectuent au hasard et de la conservation ou non des sujets par la sélection naturelle. Pour Lamarck, au contraire, c’est la fonction qui créé l’organe, c’est-à-dire que certaines fonctionnalités acquises par les parents sont transmises aux enfants. Il donne l’exemple du cou de la girafe qui s’allonge de génération en génération pour aller chercher les feuilles dans les arbres. L’épigénétique montre qu’il peut y avoir transmission de caractères acquis par les parents vers leurs enfants et ainsi de suite pendant deux, trois générations et même plus. Ces caractères acquis ne sont pas transmis à 100 %, mais au moins à 10 %, voire à 20 % ou à 30 %. » Notre génome et notre épigénome sont donc étroitement imbriqués. Nous sommes en réalité « un mélange des deux, conclut Ariane Giacobino. On ne peut pas s’écarter complètement de la génétique en ne faisant confiance qu’à notre mode de vie, mais en même temps il y a toujours quelque chose en jeu dans notre environnement. » Delphine DELARUE

La symphonie du vivant, comment l’épigénétique va changer votre vie, de Joël de Rosnay. Editions

Les Liens qui libèrent (240 pages, 20 euros). Peut-on se libérer de ses gènes ? d’Ariane Giacobino. Editions Stock (340 pages, 19 euros). La révolution épigénétique, de Valérie Urman. Editions Albin Michel (160 pages, 14 euros). La santé cellulaire, de Jean-Louis Vidalo et René Olivier. Editions du Dauphin (285 pages, 20 euros).

1 - Abel E. Paternal contribution to fetal alcohol syndrome. Addict Biol. 2004 ; 9(2):127‐136.

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ENVIRONNEMENT

Mosaic : une expédition inédite pour observer le climat

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Le brise-glace allemand Polarstern est parti en septembre 2019 du port norvégien de Tromsø pour une mission qui doit durer plus d'un an. Pris dans la banquise, il se laisse dériver au cœur de l’Arctique. À son bord, quelque trois cents chercheurs de vingt pays se relaient afin d’étudier les effets du réchauffement climatique.

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Une logistique impressionnante

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Ce périple inédit a nécessité des moyens colossaux – les frais de fonctionnement s’élèvent à eux seuls à environ 200 000 euros par jour, hors  coût des instruments ou des chercheurs. Mosaic, pour Multidisciplinary drifting observatory for the study of arctic climate, (Observatoire multidisciplinaire de dérive pour l’étude du climat arctique) a été planifié sur un peu plus d’un an (390 jours) par l’institut Alfred-Wegener de Bremerhaven (nordouest de l’Allemagne), qui dirige l’opération. Tout au long du parcours, quatre brise-glace, en provenance de Chine, de Russie et de Suède, sont chargés de réapprovisionner le Polarstern et de permettre la rotation des équipes. Emprisonné dans la glace, le navire allemand, qui compte à son bord 50 membres d’équipage et 50 scientifiques, doit dériver en moyenne à une vitesse de 7 kilomètres par jour et parcourir en tout 2 500 kilomètres. Au total,  ce ne sont pas moins de vingt nations et 600 experts qui participent à l’aventure :  300 se relaient à bord du Polarstern et 300 autres travaillent en arrière-plan pour  rendre l’expédition possible.

Au plus près du pôle Nord

Le Polarstern doit rester pendant 60 à 90 jours à 200 kilomètres environ du pôle Nord

géographique et à plus de 1 000 kilomètres  de la terre ferme. Jamais un bateau ne s'est aventuré aussi loin en Arctique en hiver. Autant dire que les chercheurs ne devraient pas apercevoir beaucoup la lumière du jour. La nuit polaire, pendant laquelle le soleil ne se lève jamais au-dessus de l’horizon, dure en effet 150 jours, d’octobre à mars. Au royaume des ours polaires, mieux vaut cependant garder les yeux bien ouverts. C’est la raison pour laquelle six personnes, au moins, sont affectées exclusivement à la surveillance de ces animaux afin d’assurer la sécurité des scientifiques pendant qu’ils effectuent leurs travaux. Ce ne seront d’ailleurs pas les seules difficultés auxquelles ils seront confrontés, car avec l’hiver polaire, les températures peuvent descendre jusqu’à - 45 °C. Il faut donc s’attendre à devoir gérer toutes sortes de problèmes, y compris médicaux.

s’inquiètent pour leurs proches, tous peuvent néanmoins continuer à travailler sans avoir à prendre de mesures de précaution particulières. Mais la crise du sanitaire est toutefois venue perturber le déroulement du projet. Mi-mars, la Norvège ayant fermé son espace aérien, l’Institut Alfred-Wegener a dû annuler un des volets de l’expédition, sans être sûr qu’il pourra être reporté. Celui-ci consistait à prendre des mesures en plein hiver, à la fois dans l’air avec deux avions et sur la glace depuis le bateau. La troisième rotation n’ayant pu avoir lieu, décision a été prise de suspendre pour trois semaines la dérive du Polarstern, le temps de rejoindre un fjord du Svalbard, un archipel de la Norvège situé dans l’océan Arctique. Grâce à deux navires allemands, le changement d’équipage et de scientifiques a donc pu se faire mi-mai au Svalbard.

Réchauffement et crise sanitaire

Pour la suite, l’incertitude demeure au moment où sont rédigées ces pages. Les prélèvements et observations scientifiques sur la banquise continuent jusqu’en septembre. Mais cette dernière fond plus vite qu’attendu, et la dérive du bateau s’est accélérée. Or, « la glace de mer doit avoir au moins 1,5 mètre d’épaisseur, afin que l’infrastructure nécessaire puisse être mise en place à sa surface », précise le site de Mosaic. En septembre, le Polarstern devrait arriver près du détroit de Fram, entre le Groenland et le Spitzberg, et se libérer des glaces. En raison du réchauffement climatique, l'échéance devrait arriver plus vite que prévu et ceux qui attendent encore leur tour pour monter à bord du bateau ne peuvent être sûrs de rien.

Pour mieux comprendre la façon dont le changement climatique affecte la région et le monde entier, les experts observent et

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recueillent des données à la fois sur l’atmosphère, les nuages, l’océan (de petits robots téléguidés sont envoyés chaque jour jusqu’à 4 000 mètres de profondeur), la mer de  glace et l’écosystème. « Aucune autre partie de la Terre ne s’est réchauffée aussi vite ces dernières décennies que l’Arctique », souligne Markus Rex sur le site internet de Mosaic. Bien qu’elle soit au centre du réchauffement global, la région restait très mal connue. Sur le bateau, près de vingt nationalités différentes se côtoient. Heureusement, étant isolés depuis plusieurs mois, aucun des chercheurs à bord n’a été touché par le Covid-19. Même si beaucoup d’entre eux

Accélération

@Shutterstock

Il s’agit « d’un événement majeur », « un rêve qui devient réalité », avait jugé le chef de la mission Mosaic, Markus Rex, lors d’une conférence de presse à Tromsø, quelques heures avant le départ du bateau. Il faut bien reconnaître qu’à ce jour, il n’y avait encore jamais eu d’expédition comparable dans le centre de l’Arctique.

Isabelle Coston

Site officiel de l’expédition (en anglais) : Mosaic-expedition.org.

01 - l'ours polaire, à surveiller

de très près.

02 - la mer de glace à perte de vue…

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JEUNESSE

Ados

Je regarde du porno sur mon téléphone, et alors ? Visionner des contenus pornographiques sur son smartphone, n'a rien d'exceptionnel. Il est tout à fait normal de s’intéresser au sexe. Mais il faut bien garder en tête que ce n’est que du cinéma : les relations sont bien différentes dans la réalité !

L

e succès de la pornographie n’est pas nouveau, mais avec le smartphone que l’on garde dans sa poche toute la journée, à la maison et à l’école, il est encore plus facile d’y accéder ; d'autant plus que les parents ne peuvent que difficilement contrôler. Si le visionnage peut être volontaire, comme c’est le cas de Timéo, 17 ans, qui dit « aller sur les sites gratuits quelques fois par mois pour passer un bon moment », il peut

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aussi être subi : « Je suis tombée dessus avec des copines en traînant sur internet et nous avons regardé par curiosité mais c’était violent », raconte Elina, 16 ans. Selon un sondage commandé par l’Observatoire de la parentalité et de l’éducation numérique (Open) en 2017, l’âge moyen de la première exposition à la pornographie est de 14 ans et 5 mois. Les 15 à 17 ans sont de plus en plus nombreux à consommer ces contenus puisque 51 % ont déjà surfé sur un site porno en 2017 contre 37 % en 2013. Maëlle Challan-Belval, auteure de l’ouvrage Osez en parler ! (Interéditions) qui anime des séances autour de la vie affective et sexuelle auprès des jeunes, constate aussi ce phénomène sur le terrain : « Lors des interventions dans les classes, les ados posent désormais des questions très précises et nous interrogent sur les pratiques sexuelles qui ont du succès dans les films. »

Un impact sur sa future vie sexuelle

Le porno est pourtant très différent de la réalité. C’est une fiction qui diffuse une représentation parmi d’autres de la sexualité et c’est bien là le souci quand on est ado. « La pornographie influence la vision que l’on a de la vie sexuelle, impose des fantasmes et bride la créativité, estime Maëlle Challan-Belval. Or, on n’a pas toujours les moyens de mettre à distance, de “digérer” ce que l’on voit. Le risque est de reproduire un rapport sexuel type sans prendre en compte ses


Et toi,

à quelle heure tu te couches ? propres préférences et celles de son ou ou de sa partenaire » Un autre phénomène, proche de l’addiction, alerte de plus en plus les spécialistes. « Les jeunes regardent beaucoup de porno, y pensent toute la journée et ensuite culpabilisent », constate l’auteure. Si vous êtes dans ce cas ou si vous souhaitez échanger sur ce que vous avez vu, l’important est de trouver une personne de confiance pour en parler. « On peut se tourner vers un CPE, une infirmière, un professeur, conseille Maëlle Challan-Belval. Il est aussi possible de dialoguer avec ses parents si l’on se sent à l’aise. » Un professionnel qui intervient dans le cadre des séquences d’éducation à la sexualité à l’école peut également répondre aux questions. « Il est parfois plus facile d’aborder ces sujets avec un adulte qu’on ne reverra pas, confirme Maëlle Challan-Belval. Dans ces échanges, l’enjeu est de remettre le porno à sa place – c’est normal de s’y intéresser mais c’est conçu pour les adultes –, de travailler son esprit critique et d’élargir le débat sur d’autres questions : l’amitié garçon-fille, les relations amoureuses, l’orientation sexuelle, le consentement, la pudeur… ». Léa Vandeputte

Pour en savoir plus, rendez-vous sur Comitys.com qui propose plus d’une centaine de vidéos sur les thèmes de la vie sexuelle et affective.

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VIE PRATIQUE

@Shutterstock

médical rapidement, plusieurs plateformes proposent aussi de vous mettre en relation, même le soir ou le week-end, avec un généraliste ou un spécialiste. Pour bénéficier de ce type de service, il faut généralement créer un compte sur le site et répondre à quelques questions avant de choisir un créneau d’appel.

Comment faire sans connexion à internet ?

Jusqu’à présent peu utilisée, la consultation à distance avec son médecin est désormais fortement encouragée par les autorités sanitaires en cette période d’épidémie de Covid-19. Voici toutes les réponses à vos questions sur cette nouvelle forme de rendez-vous médical.

Téléconsultation : comment ça marche ? Qu’est-ce que c’est ?

La téléconsultation est une consultation à distance entre un médecin - qui peut être un généraliste ou un spécialiste - et un patient. Ce dernier peut éventuellement être assisté d’un autre professionnel de santé, comme un infirmier ou un pharmacien par exemple. Par écrans interposés, il est possible d’échanger facilement mais l’auscultation n’est, bien entendu, pas possible.

Qui est concerné ?

Tous les patients peuvent recourir à ce type de consultation, qui est également ouverte à tous les médecins quels que soient leur spécialité, leur mode ou leur lieu d’exercice. Auparavant, la téléconsultation n’était possible qu’avec un professionnel que vous aviez déjà rencontré « physiquement » mais cette barrière a été levée avec la crise sanitaire.

1

MILLION

de téléconsultations par semaine relevées au mois d’avril (10 000 en mars).

80 ∏

%

ONT ÉTÉ RÉALISÉES PAR DES GÉNÉRALISTES.

Quelle est la procédure à suivre ?

Si votre praticien habituel propose la téléconsultation, il suffira de prendre un rendez-vous et de suivre les instructions (se connecter sur un site sécurisé ou installer une application pour un appel en visioconférence, par exemple). Si vous avez besoin de recevoir un avis

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∏ 1 MÉDECIN LIBÉRAL SUR 2

y a eu recours en avril (contre 2 % en mars).

La téléconsultation nécessite d’avoir à sa disposition un minimum de matériel : un ordinateur, un smartphone ou une tablette, avec une bonne connexion internet, une caméra, un microphone et un haut-parleur. Toutefois, depuis le début du mois d’avril, le gouvernement a autorisé les consultations médicales par téléphone pour les patients malades du Covid-19 ou susceptibles de l’être, ceux en affection de longue durée (ALD), les personnes de plus de 70 ans ou qui résident dans une zone blanche, c’est-à-dire une zone non desservie par un réseau de téléphonie mobile ou par internet.

Puis-je avoir une ordonnance ?

Le praticien peut établir, si nécessaire, une prescription pour des médicaments ou pour des examens complémentaires. L’ordonnance vous est alors transmise par voie électronique ou postale. Par ailleurs, à l’issue de la téléconsultation, le professionnel de santé rédige un compte rendu qui sera transmis au médecin traitant ou intégré directement dans votre dossier médical partagé (DMP).

Combien cela coûte ?

La téléconsultation est facturée au même tarif qu’une consultation en face-à-face, selon la spécialité et le secteur d’exercice du médecin (1 ou 2). La base de remboursement pour un rendez-vous avec un généraliste de secteur 1 par exemple est de 25 euros, pris en charge à hauteur de 70 % par l’Assurance maladie. Ce taux est porté à 100 % dans le cadre de la crise sanitaire liée au Covid-19 et la participation forfaitaire de 1 euro ainsi que la franchise sont supprimées. Le tiers payant est par ailleurs appliqué pour les personnes en affection de longue durée (ALD), les femmes enceintes, les patients bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire (CSS) ou de l’aide à la complémentaire santé (ACS). Les soins prescrits à la suite de la téléconsultation sont, quant à eux, remboursés dans les conditions habituelles. Benoît Saint-Sever


TEMOIGNAGE PROFESSEUR MARC BEAUSSIER,

« La crise du coronavirus a créé un véritable élan de solidarité entre les soignants » A l’Institut mutualiste Montsouris (IMM), la prise en charge des patients Covid-19 a bousculé les rapports entre les professionnels de santé. Le professeur Marc Beaussier, chef du département d’anesthésie, qui a assuré la mission de directeur médical de crise pendant l’épidémie, revient pour nous sur cette période inédite. En quoi consiste le rôle de directeur médical de crise que vous avez tenu pendant l’épidémie ? Pr Marc Beaussier. Ma mission a consisté à piloter la réorganisation de l’hôpital avec la direction pour faire face à l’afflux de patients Covid-19. Nous avons arrêté notre activité chirurgicale conventionnelle et transformé deux étages en unités Covid. Nous avons aussi créé un nouveau service de réanimation en lieu et place de l’unité de soins intensifs de cardiologie. Cela a permis de doubler nos capacités d’accueil en réanimation pour arriver à 45 lits. Enfin, le bloc opératoire a été segmenté entre un secteur Covid pour la chirurgie de ces malades et un secteur non-Covid dans lequel nous avons continué à prendre en charge les autres patients prioritaires, par exemple en urgence cardiovasculaire ou cancéreuse, qui ne pouvaient pas attendre avant d’être opérés.

Une telle réorganisation induit beaucoup appuyés pour accompagner les forcément un bouleversement des patients qui n’auraient pas pu supporter rôles au sein de l’hôpital. Comment la réanimation. Cette équipe s’est très cela s’est passé à l’IMM ? fortement mobilisée pour aider les soignants et les familles. À l’heure qu’il est, Certains professionnels sont sortis de à l’IMM, plus personne n’ignore la présence leurs missions habituelles pour venir prêter de ces professionnels et leur importance main-forte. De nombreux chirurgiens, dans la prise en charge. contraints de fermer leurs services ou de réduire leur activité, sont venus nous aider Que retenez-vous pour assurer les visites de médecine destinées de cette période ? aux patients Covid. Ils ont travaillé en binôme avec des médecins spécialisés. Elle nous a mis face à trois défis qu'il D’autres ont assuré des missions d’aidea fallu relever rapidement. Le premier était soignants, et de brancardiers ou ont effecde continuer à assurer notre mission de tué des prélèvements et des tests PCR. service public. Même si l’IMM est un Autre exemple avec les anesthésistes : établissement privé (à but non lucratif), certains, qui n’avaient pas fait de réanimanous faisons partie du service public. Nous tion depuis longtemps, ont tout de même avons donc aidé les autorités de santé travaillé en collaboration avec les infirà prendre en charge les patients Covid dans mières de réa pour créer et supervide bonnes conditions. Pour ser le nouveau service de façon tout autant, et ce fut notre deuxième « Certains à fait efficace. Les équipes ont donc déf i, nous avons continué soignants œuvré de manière très rapprochée, d'opérer les autres patients ont retrouvé permettant de créer une belle cohéurgents. Enfin, troisième défi le sens initial sion entre les soignants. Les chirurrelevé, nous avons réussi de leur vocation » giens ont vécu au plus près tous les à mettre très rapidement en aspects de la prise en charge médicale. place les procédures pour Cette période a ainsi favorisé le partage de minimiser les risques pour nos personnels. compétences et amélioré le regard porté À ce jour, nous avons pu accueillir par chacun sur les autres métiers du soin. 250 patients Covid, avec un taux de mortalité en réanimation plutôt faible Peut-on dire que certains (de l’ordre de 10 %). métiers, jusque-là invisibles, Et puis, je retiens évidemment ce formidable sont devenus visibles ? élan de solidarité entre soignants. Il y aura, c’est évident, un avant et un après Covid. Sans être totalement invisibles, certains Je pense aussi que cette crise a aidé certains métiers n’étaient en effet visibles que par d’entre nous à retrouver le sens initial de une petite partie des soignants. Je pense leur vocation et de leur investissement dans par exemple à l’équipe mobile de soins leur métier. palliatifs sur laquelle nous nous sommes Delphine DELARUE

@Service communication IMM

chef du département d’anesthésie à l’Institut mutualiste Montsouris (IMM) et président de la commission médicale d’établissement (CME)

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