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N° 344 JANVIER-FÉVRIER-MARS 2020 1,88 € • TRIMESTRIEL • ISSN : 0154-8530

VIE SEXUELLE : une question d'éducation

POLLUTION ATMOSPHÉRIQUE Comment se protéger ?

NUTRITION Réconciliez-vous avec votre assiette !

ÉCOLOGIE Des moutons dans la ville


© KAROLL PETIT

MUTUALISTES, n° 344, Janvier, février, mars 2020. Trimestriel d’informations mutualistes et sociales édité par Ciem, Coopérative d’information et d’édition mutualiste, pour Utema (organisme régi par le Code de la mutualité). 12, rue de l’Eglise, 75015 Paris. Tél. 01 44 49 61 00. Internet www.ciem.fr. • Directeur de la publication : Gérard Quittard, président de la Ciem. • Directeur délégué aux publications : Philippe Marchal, administrateur. • Directrice des rédactions : Laurence Hamon, directrice générale de la Ciem. • Rédactrice en chef : Sylvie Irissou (sylvie.irissou@ciem.fr), Amandine Gombault et Capucine Bordet. • Secrétaire de rédaction : Camille Delaunay. • Rédacteurs : Catherine Chausseray, Isabelle Coston, Delphine Delarue, Catherine Doleux, Benoît Saint-Sever, Léa Vandeputte et Aliisa Waltari. • Réalisation graphique : Delphine Colas, Nicolas Buchet et Gary Rathier. • Impression: Maury Imprimeur SAS, rue du Général-Patton, ZI, 45330 Malesherbes. • Couverture © Shutterstock. Ce numéro 344 de « Mutualistes, Objectif et Action » de 32 pages comprend : une couverture et cinq pages spéciales (3, 4, 5, 6 et 7) pour la Mutuelle saintaubannaise ; une couverture et huit pages spéciales (2, 3, 4, 5, 6, 7, 8 et 9) pour la Memf et (3, 4, 5, 6, 7, 8, 9 et 10) pour la MCA ; une couverture et onze pages spéciales (3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 28 et 29) pour MIP.

L'image du moment

Le suicide des agriculteurs 372, c’est le nombre d’agriculteurs qui se sont donné la mort en 2015, selon une étude de la Mutuelle Sociale Agricole (MSA). 292 hommes et 80 femmes, chefs d’exploitation, dont 274 étaient âgés de plus de 65 ans, sont passés à l’acte à cause des conditions de vie et de travail difficiles, du surendettement, de la détresse morale et de la solitude. Des chiffres bien supérieurs au reste de la population, puisque le risque de se suicider dans le monde agricole est plus élevé de 12,6 %. Une surmortalité touchant particulièrement les éleveurs bovins et les producteurs laitiers ainsi que certaines régions, comme la Bretagne ou les Pays de la Loire. Karoll Petit, auteure et

photographe française de 36 ans, habitant à Angers, a réalisé un travail photographique sur ce malaise paysan pendant de longs mois. « Je ne veux pas que la France les oublie. Tous ces morts sont le résultat d’un système agricole qui dégringole. Les agriculteurs sont en détressent », déclare-t-elle pour expliquer la démarche humaine et solidaire de son travail. Partant à la rencontre des familles endeuillées dans toute la France, elle leur propose de déposer une chaise vide, symbole de la perte de leur proche, à l’endroit qu’elles jugent le plus symbolique. Sur cette image, il s’agit d’un éleveur de vaches allaitantes du Limousin qui s’est pendu en août 2018, à l’âge de 61 ans.

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à retourner par courrier à CIEM - Service abonnement : 12, rue de L’Eglise, 75015 Paris ou par e-mail à contact@ciem.fr

Commission paritaire : 0723 M 06546. Dépôt légal : janvier 2020. © Mutualistes, Objectif et Action, 2020. Reproduction interdite sans autorisation. Origine du papier : Allemagne - Augsbourg. Taux de fibres recyclées : + 50 %. Certification : ce magazine est imprimé sur un papier porteur de l’écolabel européen, fourni par UPM, sous le certificat N° FI/11/001. « Eutrophisation » ou « Impact de l’eau » : PTot 0,005 kg/tonne de papier.

Prix du numéro : 1,88 €. Abonnement annuel : 7,50 € (4 numéros par an) à souscrire auprès de la Ciem, 12, rue de l’Eglise, 75015 Paris.

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ED I T O

Vie sexuelle : une question d’éducation

© SHUTTERSTOCK

A l’heure où les violences sexuelles augmentent de manière considérable, bondissant de 173 000 en 2016 à 265 000 en 2017 selon l’Observatoire national de la délinquance, la question de l’éducation sexuelle chez les plus jeunes se fait plus que prioritaire. Comment éduquer nos enfants et nos adolescents face à une société où le sexe est omniprésent (publicité, réseaux sociaux, accès facile à la pornographie…) et paradoxalement face à un manque de communication préventive dans les établissements scolaires et, trop souvent, au sein des familles ? Comment en faire des adultes responsables et respectueux du corps de l’autre (et du leur) pour continuer d’instaurer une égalité homme-femme et lutter contre les déviances actuelles ? (Dossier page 18)

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« Mangez bio, évitez les graisses saturées, essayez tel régime, attention au sucre… » Les injonctions alimentaires alourdissent plus que jamais notre charge mentale. Notre invité, le médecin nutritionniste Arnaud Cocaul, nous propose de « Lâche[r] du lest, mange[r] en paix ! » dans son dernier ouvrage. Eviter la course à la perfection et à la performance tout en écoutant son corps, prendre son temps, manger avec plaisir, acheter moins mais mieux… Il nous livre les solutions alternatives pour une assiette plus « zen » (page 16).

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Au même titre que pour notre alimentation, la question de la prévention se généralise dans notre système de soins. On laisse l’individu libre de ces actes tout en le sommant de suivre les bonnes règles : faire du sport, arrêter de fumer, protéger son capital solaire… Qu’en est-il des conduites à risques comme l’addiction à la drogue ou encore l’alcoolisme ? De quelle manière les politiques de santé publique ont-elles évolué en matière de gestion des conduites à risques ? Quels sont les enjeux de l’accompagnement du risque, à l’image des campagnes contre l’alcool et de l’autorisation de la première salle de shoot installée à Paris ? Les réponses avec Xavier Desmaison, co-auteur du livre La réduction des risques : système de santé, pratiques individuelles et collectives (page 8).

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Et pour clôturer cette année et ce numéro de Mutualistes, nous vous invitons, chers lecteurs amoureux de la nature, à suivre des moutons en pleine ville d’Aubervilliers. Guidé par la coopérative des Bergers Urbains, le troupeau de près de soixante-dix têtes se balade dans les parcs et jardins pour valoriser et développer l’agriculture paysanne en milieu citadin. Une initiative écologique, sociale et solidaire qui nous recentre sur l’essentiel (page 30). Ce que l’on vous souhaite de réussir (ou de continuer) pour cette nouvelle année 2020.

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La rédaction.

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L’IMAGE DU MOMENT L’ÉDITO MUTUALITÉ ÉCONOMIE ET SOCIALE Mutuelle : un nouveau dispositif pour les plus modestes ÉCONOMIE DE LA SANTÉ ENTRETIEN Xavier Desmaison, la réduction des risques dans les systèmes de soins SYSTÈME DE SOINS Les démarches administratives pour être bien remboursé Comment fonctionne le 100 % Santé ? MÉDECINE Prévenir la bronchopneumopathie chronique obstructive et l’asthme Les innovations qui vont bouleverser la médecine PSYCHOLOGIE Multipotentialité : un atout professionnel ? PRÉVENTION Le Grenelle des violences conjugales NUTRITION Comment se réconcilier avec notre alimentation ? DOSSIER Vie sexuelle : une question d’éducation KIOSQUE FORME L’acupression pour se sentir mieux PODCAST Être à l’écoute de sa santé VIE PRATIQUE Alléger son budget voiture Accidents de la vie courante : protéger les jeunes enfants ENVIRONNEMENT Écogestes : connaissez-vous les bonnes pratiques ? Pollution atmosphérique : comment se protéger ? INITIATIVES

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MU T U A L I T É E T É C O N O M I E S O C I A L E

Mutuelle : un nouveau dispositif pour les plus modestes La nouvelle complémentaire santé solidaire est entrée en vigueur le 1er novembre dernier. Celle-ci permet, sous condition de ressources, de bénéficier d’une couverture santé complémentaire gratuite ou à un coût très limité. Le point sur le fonctionnement de cette nouvelle aide.

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epuis le 1er novembre 2019, l’A ide au p a ie me nt d’une complémentaire santé (ACS) a été supprimée et, dans le même temps, la Couverture maladie universelle complément a i r e (C M U - C ) ét e ndue p ou r devenir la Complémentaire santé solidaire (CSS). Lors de sa présentation à la mi-octobre, la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, avait énoncé clairement les objectifs de ce nouveau dispositif : « que plus personne ne renonce aux soins pour des raisons financières et que la santé pour tous ne soit pas juste un slogan ».

À quoi donne-t-elle droit ?

La CSS permet aux ménages les plus modestes d’accéder à une complémentaire santé gratuitement ou à un coût très faible. Les bénéficiaires sont intégralement remboursés pour leurs dépenses de santé (lunettes, aides auditives, soins dentaires, dispositifs médicaux, consultations, médicaments…). Ils n’ont ainsi plus à avancer de frais. Ils ont aussi accès à des tarifs sans dépassement d’honoraires, ils sont exonérés de la participation forfaitaire à 1 euro et de la franchise

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médicale, et le forfait journalier en cas d’hospitalisation est pris en charge en totalité.

Qui peut en bénéficier ?

La CSS est accessible à tous sous cond it ion de r e s sou rce s. L e s 1,3 million de personnes qui avaient accès à l’ACS au 30 juin 2019 et les 5,8 millions à la CMU-C sont intégrés dans le nouveau dispositif. Avec ce dernier, le ministère de la Santé espère abaisser le taux de nonrecours – évalué entre 41 et 59 % en 2017 pour l’ACS – et ainsi couvrir plus de 10 millions de personnes.

Est-elle gratuite ou payante ?

La CSS est gratuite pour les foyers dont les revenus sont inférieurs à 746 euros par mois pour une personne seule. Ceux qui gagnent moins de 1 007 euros par mois, toujours pour une personne seule, doivent en revanche s’acquitter d’une

participation financière. Celle-ci évolue en fonction de l’âge du bénéficiaire : 8 euros par mois pour les moins de 30 ans, 14 euros pour les 30-49 ans, 21 euros pour les 50 à 59 ans, 25 euros pour les 60 à 69 ans et 30 euros pour les plus de 70 ans. Pour ces derniers, la CSS coûte l’équivalent de1 euro par jour, d’où le surnom de « mutuelle à 1 euro ».

Comment en faire la demande ?

Le for mu la i re de dema nde est d i spon ible en l i g ne*. Une foi s complété, le dossier est instruit par la caisse d’assurance maladie. En cas d’attribution de la CSS avec participation financière, le bénéficiaire est libre de choisir son gestionnaire : son organisme d’assurance maladie ou un organisme complémentaire inscrit sur la liste officielle. La CSS est accordée pour une durée d’un an sauf pour les bénéficiaires du Revenu de solidarité active (RSA) et de l’Allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA) pour qui le renouvellement est automatique. ● Benoît Saint-Sever * Rendez-vous sur le site : Complementaire-sante-solidaire.gouv.fr.

LA CSS INTÈGRE PLUS TÔT LE « 100 % SANTÉ » Pour les bénéficiaires de la CSS, le reste à charge zéro, promis par la réforme du « 100 % Santé », est accessible depuis le 1er novembre dernier pour les prothèses dentaires et auditives au lieu du 1er janvier 2021 pour le cas général. Ils ont également accès à un panier de soins prothétiques dentaires plus large.


MU T U A L I T É E T É C O N O M I E S O C I A L E

Valoriser le rôle des mutuelles dans l’accès aux soins

L’EMPLOI DANS L’ESS SE DÉGRADE

Alors que depuis plusieurs années la croissance de l’emploi dans l’économie sociale et solidaire était particulièrement forte, 2017 marque une inversion de la tendance. Au total, 16 100 postes ont été perdus, notamment dans le secteur de l’aide à domicile, du sport et des loisirs, de l’art et des spectacles et de l’hébergement-restauration. Selon une analyse de l’Observatoire national de l’ESS, ce phénomène s’explique par l’impact des politiques publiques opérées récemment. Le gel des contrats aidés, la baisse des dons privés consécutive aux réformes de la fiscalité et la contraction des finances publiques menée dans le cadre de la réforme territoriale ont, par exemple, beaucoup fragilisé les associations. Mais ce n’est pas tout : « la forte concurrence des acteurs privés lucratifs dans certains secteurs (aide à domicile, tourisme) et les mouvements importants de rapprochement dans l’ESS (santé, médico-social, assurance et banque) » ont également contribué au recul de l’emploi, qui « se répercute sur l’ensemble des familles de l’ESS, à l’exception des fondations », précise l’Observatoire.

Transition énergétique : les structures de l’ESS appelées à s’engager En novembre, à l’occasion du Mois de l’ESS, le Laboratoire de l’économie sociale et solidaire a invité les structures du secteur à s’engager concrètement dans la transition énergétique citoyenne. L’objectif : montrer que l’ESS est porteuse de solutions dans la lutte contre le réchauffement climatique. Pour participer à cette initiative, les structures intéressées doivent s’enregistrer sur la page Lelabo-ess.org, choisir parmi les actions proposées (passer à un fournisseur d’électricité 100 % verte coopérative, élaborer un plan pluriannuel de réduction de sa consommation d’énergie, participer à des projets citoyens d’énergie renouvelables…) et s’engager à réaliser leurs objectifs avant décembre 2020.

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Présenter les mutuelles comme des acteurs porteurs de solutions pour favoriser l’accès aux soins : c’est l’objectif de la nouvelle campagne de communication de la Mutualité française lancée début novembre 2019. « Il est plus que jamais nécessaire de valoriser l’impact social de nos organismes mutualistes, explique Thierry Beaudet, président de la fédération. Contrairement à une idée reçue, l’activité des mutuelles ne se limite pas à l’assurance santé. Avec leurs 2 800 services de soins et d’accompagnement, leurs 15 000 professionnels de santé, [elles] jouent un rôle majeur dans l’accès aux soins sur les territoires. » Cette campagne, menée du 3 au 15 novembre, s’est déclinée sous la forme de trois annonces presse et de trois vidéos (Mutualite.fr) incarnant les actions des vraies mutuelles. Elle a aussi été l’occasion de dévoiler le nouveau logo de la fédération mutualiste, qui inscrit le mouvement dans « une plus grande modernité ».

de hausse en moyenne en 2020 pour les cotisations mutualistes

En 2020, « les cotisations des mutuelles augmenteront dans les mêmes proportions que les années précédentes, c’est-à-dire en moyenne de 3 % par an ces dix dernières années », a annoncé le président de la Mutualité française, Thierry Beaudet, le 8 novembre, à l’occasion de la deuxième réunion du comité de suivi de la réforme du « 100 % Santé ». Comme promis, les conséquences de la mise en œuvre des paniers de soins sans reste à charge pour l’optique et le dentaire, prévue au 1er janvier, resteront donc limitées. Thierry Beaudet a, par ailleurs, rappelé que « la réussite de cette réforme reposait sur la mobilisation de tous les acteurs : professionnels de santé, assurance maladie obligatoire et complémentaires santé ».

Page réalisée par Aliisa Waltari

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PASSEZ L’ESPOIR ET SAUVEZ LA VIE D’UN ENFANT Les enfants ont tous le même langage pour dire « l’espoir ». Depuis toujours, d’où qu’ils viennent, ils le dessinent, rond comme un soleil, ils savent le faire rayonner par-delà les frontières pour le partager avec ceux qui ont le plus besoin de soins. Oui, comme les enfants, nous pouvons tous passer l’espoir et c’est cette Chaîne de l’Espoir qui, chaque année, soigne, opère et sauve plus de 200 000 enfants dans 30 pays.

Soyez aux côtés des enfants. Faites un don sur www.chainedelespoir.org 56, rue des Morillons I CS 17938 I 75730 Paris Cedex 15 I Tél. : 01 44 12 66 66


É ONOMIE DE L A SANTÉ EC

Puma : un délai de carence pour les migrants

Tous les actifs (salariés, fonctionnaires ou travailleurs indépendants) qui se verraient obligés de prendre un congé afin de soutenir un proche en perte d’autonomie seront bientôt indemnisés. Conjoints, enfants, membres de la famille ou amis : sur les plus de 8 millions de Français qui accompagnent au quotidien une personne en situation de dépendance, près de 4 millions ont un emploi et doivent souvent sacrifier leur carrière professionnelle. Ce congé de proche aidant, fractionnable et d’une durée maximale de trois mois, sera valorisé à hauteur de 51,22 euros par jour pour une personne seule ou de 43,70 euros pour celles vivant en couple. La somme sera versée par la Caisse d’allocations familiales ou la Mutuelle sociale agricole (MSA) pour les agriculteurs. Elle sera prise en compte pour le calcul de la retraite.

L’OCDE ausculte le système de soins français Dans son Panorama de la santé 2019, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) distribue les bons et les mauvais points à ses trente-six pays membres. La France tire son épingle du jeu. Avec 11,2 % de son produit intérieur brut (PIB) consacré en 2018 à la santé, l’Hexagone reste en tête des Etats qui dépensent le plus – derrière les Etats-Unis (16,9 %) et la Suisse (12,2 %) – mais obtient de « bons résultats ». Le reste à charge des Français est aussi l’un des plus bas et leur espérance de vie à la naissance (82,6 ans) affiche deux ans de plus que la moyenne des autres pays. Cependant, certains des indicateurs sont au rouge, comme le nombre de médecins en exercice pour 1 000 habitants (3,2 seulement en France, contre 3,5 pour l’OCDE) ou le taux de consommation de tabac et d’alcool (25,4 % de fumeurs quotidiens, contre 18 %, et 11,7 litres consommés par an et par habitant, contre 8,9 pour la moyenne de l’OCDE).

© PHOTOS SHUTTERSTOCK

LE CONGÉ DE PROCHE AIDANT BIENTÔT INDEMNISÉ

Les demandeurs d’asile, qui jusque-là bénéficiaient dès le dépôt de leur demande de la Protection universelle maladie (Puma), devront attendre un peu avant de pouvoir être couverts par cette « Sécu de base ». L’Assemblée a en effet approuvé la proposition du gouvernement en votant, le 7 novembre dernier, un délai de carence de trois mois. Cette mesure ne concerne cependant pas les soins hospitaliers vitaux, ni les maladies infectieuses et les soins délivrés aux f e m m e s e n c e inte s e t a u x nouveau-nés. Le délai de carence ne s’applique pas non plus aux mineurs. Cette réforme a pour objectif d’éviter tout « détournement de la demande d’asile dans le seul but d’obtenir la prise en charge », a expliqué le gouvernement.

80 millions d’euros dédiés à la protection de l’enfance Les inégalités sociales et de santé commencent dès le plus jeune âge. En France, 500 000 enfants âgés de moins de 3 ans vivent sous le seuil de pauvreté. « Dans l’objectif de garantir à chaque enfant les mêmes chances et les mêmes droits », le secrétaire d’Etat auprès de la ministre des Solidarités et de la Santé, Adrien Taquet, a dévoilé, en octobre dernier la stratégie nationale de prévention et de protection de l’enfance 2020-2022 du gouvernement. 80 millions d’euros lui seront notamment consacrés. Il a été rappelé à cette occasion que : « Le système de protection de l’enfance de demain passe par l’amélioration de la prise en charge des enfants protégés par l’aide sociale à l’enfance (ASE) mais aussi par la prévention : protéger les enfants commence bien souvent par soutenir les parents. » Page réalisée par Catherine Chausseray

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EN T R E T I E N

Questions à Xavier Desmaison, auteur

« Les actions de réduction des risques se généralisent à toute la santé publique » Dans l’ouvrage La réduction des risques : système de santé, pratiques individuelles et collectives, plusieurs spécialistes, médecins, responsables d’association, professeurs d’université, s’interrogent sur la gestion des conduites à risques dans leur domaine d’action. Xavier Desmaison, co-auteur du livre, détaille les enjeux de l’accompagnement du risque, à l’image des campagnes de limitation de la consommation d’alcool ou de l’autorisation de la première salle de shoot… Mutualistes. – Comment est née l’idée d’un ouvrage sur la façon dont notre système de santé appréhende les conduites à risques, comme l’addiction à l’alcool et à la drogue ? Xavier Desmaison. – La thématique de la réduction des risques est de plus en plus prégnante dans le domaine de la santé publique. Or, par les coûts financiers et humains qu’entraînent ces comportements, les conduites à risques, comme l’alcoolisme ou l’addiction à la drogue, impactent directement la collectivité à travers des enjeux éthiques et économiques. Plusieurs écoles s’opposent d’ailleurs sur la manière la plus efficace d’appréhender les conduites à risques. Si l’approche prohibitive recommande l’abstinence, il existe toutefois une autre démarche qui consiste à accompagner ces conduites pour en limiter les effets néfastes. Il nous semblait intéressant d’inviter plusieurs professionnels de santé, afin que chacun d’eux apporte leur point de vue sur la question. Des médecins, des gynécologues et des psychiatres, mais aussi des responsables d’associations, comme Sidaction et Médecins du Monde, la directrice de la première salle de shoot installée à Paris, et des professeurs d’université, notamment en philosophie, livrent ainsi leur

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approche de la gestion du risque appliquée à leur domaine d’action. De quelle manière les politiques de santé publique en matière de gestion des risques ont-elles évolué ? L’Etat réfléchit et tente d’agir sur ces conduites à risques depuis plusieurs décennies. Il y a eu dans les années 1950-1960 une campagne d’information sur l’alcoolisme qui recommandait de ne pas boire plus de 1 litre d’alcool par jour [soit plus d’une bouteille de vin puisque celle-ci contient 75 cl NDLR]. Le message principal de la campagne était « boire peu, pour boire longtemps » ! L’information visait donc à inciter les gens à réduire leur consommation d’alcool. Non pas d’arrêter, mais de limiter. Ensuite, dans les années 1980, l’un des principaux enjeux de santé publique a été l’addiction à la drogue, qui a très vite été considérée comme une maladie que l’on pouvait guérir grâce à des substituts. Là aussi, l’idée était de gérer cette conduite à risques. Aujourd’hui quel est le regard posé sur ces conduites ? Plusieurs tendances sociétales influencent la façon dont ces pratiques sont considérées. Tout


EN T R E T I E N

d’abord la question de la prévention qui se généralise dans notre système de santé. Par ailleurs, la valorisation actuelle de l’individu conduit à le laisser libre de ses comportements tout en lui soumettant davantage d’injonctions à gérer son « capital solaire » ou à « manger bouger ». On incite les gens à avoir de « bons » comportements, comme le développe la fameuse théorie du Nudge (coup de coude, en français) répandue par le prix Nobel d’économie, Richard Thaler, en référence au petit geste que l’on peut donner à son interlocuteur pour recentrer son attention. Ce concept se base sur l’idée qu’une petite intervention peut modifier les comportements individuels, dans leur propre intérêt ou dans l’intérêt général : colorer les marches d’un escalier incite les gens à l’emprunter plutôt que de prendre l’ascenseur par exemple, ou bien savoir que l’on consomme davantage d’électricité que ses voisins conduit à adopter des comportements plus économes… Et la prise de risque est également de plus en plus considérée comme quelque chose de positif, notamment avec l’essor et la valorisation des start-up et de l’entreprenariat. Avec toutes ces évolutions, les approches coercitives et prohibitives sont de moins en moins adoptées. Quelle est la position des pouvoirs publics vis-à-vis de cette généralisation de l’accompagnement du risque ? Aujourd’hui, l’Etat prend en charge des conduites à risques, y compris lorsque celles-ci sont éthiquement discutables. L’exemple le plus emblématique est la salle de consommation à moindre risque, plus communément appelée salle de shoot. Comme le rappelle dans le livre Elisabeth Avril, médecin généraliste et directrice de cet espace, « il existe une centaine de salles de consommation à moindre risque dans le monde, essentiellement en Europe. Leurs principaux objectifs ont trait à la santé publique et à la tranquillité publique ». En autorisant la mise en place de cet espace, l’Etat tolère l’usage de la drogue, pourtant illicite. La puissance publique accepte de prendre en charge cette pratique néfaste pour la santé de celui qui s’y adonne, dans le but de diminuer les risques pour la personne addict, mais aussi pour protéger et sécuriser les citoyens qui pourraient être mis en

danger. Concernant l’alcool, la recommandation du gouvernement est aujourd’hui de deux verres par jour et pas tous les jours. Certes nous sommes loin du litre des années 1960, mais l’idée est d’accompagner cette consommation. La question du tabac et, surtout, du vapotage pose aussi question. L’Etat doit-il recommander les cigarettes électroniques et les formes alternatives de consommation du tabac, si leur consommation diminue les risques de maladie (ce qu’il faut mesurer), sachant qu’elles peuvent également comporter des risques ? Ces questions politiques et éthiques autour de la prise en charge des risques se généralisent à tous les domaines de santé publique et ne sont pas aisées à trancher.

La réductions des risques : pratiques individuelles et collectives. Hermann éditions (114 pages, 16 euros).

Est-il possible de mesurer l’efficacité d’une action de réduction de risques ? Dans le livre, le professeur de philosophie et de sciences médicales Maël Lemoine propose une approche méthodologique du risque pour mesurer l’utilité globale de l’accompagnement d’une conduite néfaste, à partir d’éléments statistiques autour de l’espérance de vie, de la diminution de la criminalité et des accidents, de l’amélioration du bien-être des citoyens. Il insiste sur l’importance d’un « pragmatisme tempéré » qui permet d’évaluer l’efficacité de la réduction des risques : s’il est légitime d’avoir un regard moral sur les conduites à risques, le pragmatisme incite à les tolérer pour mieux protéger les individus qui s’y adonnent et leur environnement, à condition que l’on puisse mesurer le résultat de cette tolérance. Les études statistiques servent de base à cette approche. Leur suivi dans le temps est également prépondérant pour évaluer le bénéfice de ces actions ou de ces campagnes d’informations. Il faut potentiellement attendre plusieurs dizaines d’années pour voir si une action de prévention ou de sensibilisation a porté ses fruits. Pour optimiser ces études, il faudrait améliorer toujours plus le suivi de ces études en termes de données statistiques, et informer le grand public des résultats. ● Propos recueillis par Capucine Bordet

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SY S T È M E D E S O I N S

Les démarches administratives pour être bien remboursé Pour bénéficier de la meilleure prise en charge possible de ses dépenses de santé, il est nécessaire d’accomplir certaines formalités. Alors pour être sûr de bien compléter son dossier et d’envoyer les bonnes informations au bon endroit, voici la marche à suivre.

Créer son compte Ameli

Ameli.fr est le site Internet de l’Assurance maladie. Pratique, il permet de réaliser vos démarches, de télécharger des attestations mais surtout de suivre plus facilement vos remboursements grâce à la rubrique « Mes paiements », qui affiche les derniers virements et les relevés mensuels et annuels. Il est également possible de vérifier que votre complémentaire santé figure bien dans la rubrique « Mes informations » et que la télétransmission automatique des informations de paiement est activée. Créer son compte est simple et rapide, il suffit de cliquer sur « Compte Ameli » depuis l’accueil du site, puis d’indiquer son nom, son numéro de Sécurité sociale, sa date de naissance et son code postal.

Déclarer son médecin traitant et respecter le parcours de soins

Le médecin traitant est le plus souvent un généraliste – mais il peut aussi être un spécialiste – que le patient choisit pour qu’il gère son suivi médical. Dès 16 ans, les Français sont invités à donner à l’Assurance maladie le nom de ce médecin référent (en ligne ou par courrier). Cette démarche est essentielle car elle conditionne le

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niveau de remboursement des soins. Pour être pris en charge au mieux, il faut en effet respecter le parcours de soins coordonnés. Ce dernier consiste à consulter en priorité le médecin traitant qui pourra ensuite orienter le patient vers un spécialiste en cas de besoin. Toutefois, les chirurgiens-dentistes, les sagesfemmes, les gynécologues, les ophtalmologues, les psychiatres ou les neuropsychiatres et les stomatologues peuvent être vus directement sans subir de décote.

Signaler un changement de situation

Avoir un dossier à jour est la garantie d’être bien remboursé. Un changement d’adresse ou de coordonnées bancaire peut être effectué sur son compte Ameli. Il faut également penser à prévenir votre mutuelle. Un événement comme une grossesse doit aussi être déclaré afin de bénéficier de la prise en charge à 100 % des examens médicaux obligatoires. Lors du premier examen prénatal, le médecin ou la sage-femme peuvent, soit la signaler via votre carte Vitale, soit vous remettre un document papier qu’il faudra envoyer à l’Assurance maladie et à la Caisse

d’allocation familiale (CAF). Enfin, en cas de baisse de revenu, vous pouvez faire une demande de Complémentaire santé solidaire (CSS) depuis Ameli.fr. Ce dispositif, mis en place depuis le 1er novembre, est une aide destinée aux foyers modestes pour payer leurs dépenses de santé.

Être pris en charge même à l’étranger

Même pendant les vacances, vous pouvez avoir besoin de soins médicaux. Si vous partez dans l’un des vingt-huit pays de l’Union européenne, en Islande, au Liechtenstein, en Norvège ou en Suisse, vos frais peuvent être pris en charge par l’organisme de Sécurité sociale local. Pour cela, il faut vous procurer, avant votre départ, la carte européenne d’assurance maladie (CEAM) qui atteste de vos droits. La demande se fait sur votre compte Ameli, par téléphone (au 36 46) ou à l’accueil de votre caisse primaire d’assurance maladie (CPAM). En revanche, en dehors de ces pays, « seuls les soins médicaux urgents et imprévus pourront, éventuellement, être pris en charge par votre CPAM à votre retour en France », prévient la Sécurité sociale. ● Léa Vandeputte


SY S T È M E D E S O I N S

Comment fonctionne le 100 % Santé ? Lancée en début d’année 2019, la réforme 100 % Santé doit permettre à tous les Français d’accéder à des équipements optiques, auditifs et dentaires de qualité intégralement pris en charge. Sa mise en œuvre progressive se poursuivra jusqu’en 2021.

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utter contre le renoncement aux soins en supprimant progressivement les sommes restant à la charge des Français pour certaines lunettes, aides auditives et prothèses dentaires : c’est l’objectif de la réforme 100 % Santé, lancée début 2019 par le gouvernement. Si le reste à charge moyen des Français est l’un des plus faibles des pays de l’OCDE (8,3 %), il est en effet particulièrement élevé dans ces trois secteurs

Pour les lunettes

A partir du 1er janvier 2020, le panier 100 % Santé sera garanti pour les lunettes. Pour bénéficier du reste à charge zéro dans les cas de faible correction, le prix de l’équipement ne devra pas dépasser 95 euros pour des lunettes avec des verres un ifocaux et 180 euros pour un équipement avec des verres progressifs. Pour les cas de très forte correction, le tarif de l’équipement sera de 265 euros maximum avec des verres unifocaux et 370 eu ros avec de s verres progressifs. Chaque opticien aura l’obligation de vous proposer trentecinq montures adultes et vingt montures enfants 100 % Santé ainsi que des verres traitant l’ensemble de troubles visuels avec options amincissement, durcissement et traitement anti-reflet.

(22 % pour les soins optiques, 43 % pour les prothèses dentaires et 53 % pour les aides auditives). Grâce à la réforme, les assurés auront bientôt la possibilité d’accéder à des paniers 100 % Santé regroupant une sélection d’équipements à tarifs encadrés, sélectionnés selon des critères de qualité, et dont le remboursement sera intégralement assuré par les caisses de sécurité sociale et les complémentaires santé.

Pour l’audioprothèse

Pour les prothèses auditives, le déploiement de la réforme a commencé en janvier 2019 et se poursuivra progressivement jusqu’en 2021. Le panier 100 % Santé, qui doit vous être proposé systématiquement par l’audioprothésiste lorsque vous vous équipez, inclut les contours d’oreille classiques, les contours à écouteurs déportés, et les intra-auriculaires. Ces appareils doivent disposer d’au moins douze canaux de réglage, d’une amplification sonore de 30 décibels minimum et d’au moins trois options de confort (système anti-acouphène, connectivité sans fil, réducteur de bruit du vent, dispositif anti-réverbération…). Au 1er janvier 2020, le tarif des appareils pour lesquels le remboursement à 100 % sera garanti ne devra pas dépasser 950 euros pour les plus de 20 ans et 1 400 euros pour les moins de 20 ans. Au final, le reste à charge moyen pour deux prothèses auditives contenues dans l’offre 100 % Santé sera passé de 1 700 euros en 2018 à 1 300 euros en 2019, puis à 800 euros en 2020 avant d’être égal à zéro en 2021.

Pour les prothèses dentaires

Dès le 1er janvier 2020, le panier dentaire 100 % Santé sera intégralement remboursé pour 46 % des actes prothétiques effectués aujourd’hui. Il couvrira un large choix de prothèses avec des matériaux (céramo-métallique, céramique full zircon…) dont la qualité esthétique sera adaptée à la localisation de la dent. Les couronnes et les bridges céramo-métalliques seront par exemple pris en charge à 100 % uniquement pour les incisives, les canines et les prémolaires qui sont les dents les plus visibles. Le céramique zicone, matière qui ressemble le plus à une dent, sera quant à lui sans reste à charge seulement sur les incisives et les canines. En revanche, les couronnes et les bridges métalliques seront remboursés à 100 % quelle que soit la dent, visible ou non-visible. Dès janvier 2021, ce panier intégrera également les prothèses amovibles en résine. Delphine Delarue

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MÉ D E C I N E

BPCO et asthme : attention aux confusions Liée au tabagisme, la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) se manifeste généralement par une toux récurrente et un essoufflement important chez les personnes âgées de 40 à 50 ans, âge où certains déclenchent un asthme tardif. Pour cette raison, les deux maladies sont parfois confondues alors qu’elles sont différentes et ne se traitent pas de la même façon.

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eu connue du grand public, la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) touche pourtant plus de 3,5 millions de personnes en France et provoque 16 000 à 18 000 décès chaque année. Essentiellement due au tabac, cette maladie respiratoire évolutive et irréversible est de plus en plus fréquente chez les femmes, notamment en raison de l’augmentation du tabagisme féminin. Au fil des années, la fumée de cigarette entraîne une inflammation des voies aériennes supérieures qui provoque un épaississement des parois et une hypersécrétion de mucus. Peu à peu, les bronches s’obstruent et les alvéoles pulmonaires qui permettent les échanges gazeux lors de la respiration sont progressivement détruites (emphysème). D’autres facteurs peuvent aussi expliquer l’apparition de la maladie : c’est le cas de l’exposition professionnelle à des substances chimiques (silice, poussière de charbon) ainsi que les infections récurrentes des voies respiratoires au cours de l’enfance.

Réactions inflammatoires distinctes

Les premiers symptômes (toux, expectorations fréquentes, bronchites chroniques et essoufflement) apparaissent autour de 40-50 ans, au moment où se déclenche généralement l’asthme tardif. Les deux maladies peuvent alors être confondues (une étude menée en Espagne en 2012 montre que les médecins de premier recours ne peuvent trancher

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entre asthme et BPCO dans près de 20 % des cas), surtout en cas d’essoufflement important. Pourtant, si les deux affections sont d’origine inflammatoire et qu’elles peuvent parfois être associées, il ne s’agit pas des mêmes mécanismes : « dans l’asthme, la réaction inflammatoire est immédiate et rapide », explique le docteur Jean-Philippe Santoni, pneumologue membre de la fondation du souffle (Lesouffle.org). C’est la rencontre du terrain allergique du patient avec un allergène (acariens, pollens…) qui déclenche la crise. La muqueuse bronchique s’enflamme brutalement, elle s’épaissit en quelques minutes et produit du mucus qui encombre les voies aériennes. Les bronches se contractent, ce qui rétrécit leur calibre et rend la respiration difficile. « Dans la grande majorité des cas, il n’y a pas d’inflammation entre ces crises, précise le docteur Santoni. L’inspiration et l’expiration redeviennent normales et le patient n’est pas essoufflé. Dans la BPCO, l’inflammation des bronches est au contraire chronique et l’essoufflement persistant. »

Examens du souffle

En cas de doute cependant, ce sont les examens du souffle (exploration fonctionnelle et respiratoire) qui permettront de poser le diagnostic et d’adapter le traitement. Pour l’asthme intermittent, un bronchodilatateur, utilisable à la demande et ajouté à l’éviction de l’allergène, suffira. Si l’asthme est persistant, un traitement de fond quotidien, à base de corticoïdes inhalés s’imposera. Dans tous les cas, le patient doit toujours avoir sur lui un bronchodilatateur de courte durée d’action pour la crise aiguë. Le traitement de la BPCO consiste à arrêter de fumer (c’est aussi la principale mesure de prévention). Plusieurs bronchodilatateurs et les corticoïdes par voie inhalée sont également indiqués, associés à une réhabilitation respiratoire et à de l’exercice physique. Seules ces mesures permettront d’enrayer l’apparition de handicaps plus graves nécessitant une oxygénation permanente au Delphine Delarue long cours. ●


MÉ D E C I N E

Les innovations qui vont bouleverser la médecine Tout va désormais très vite et les modes de dépistage des pathologies ainsi que leur traitement sont en passe d’être révolutionnés. A l’origine de ces progrès : l’intelligence artificielle, le numérique et les robots chirurgiens.

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es robots chirurgiens, dirigés par les chirurgiens eux-mêmes, font leur entrée dans certains blocs opératoires. Les avantages de cette technologie : la précision du geste grâce à la miniaturisation des instruments et la suppression des tremblements de la main de l’homme. Le bras robotique, par exemple, atteint des régions de l’anatomie difficile d’accès. En le couplant avec un casque de réalité virtuelle, le chirurgien peut voir à travers la peau, les images en trois dimensions de l’anatomie du patient : son squelette, la position de ses muscles, de ses organes, le trajet de ses nerfs et de ses vaisseaux sanguins. Ces images « projetées » en cours d’intervention sont issues d’examens effectués préalablement (radio, scanner, IRM). Le scalpel intuitif, testé par des équipes de chercheurs japonais, fait aussi son apparition dans le monde de la chirurgie high-tech et détecterait la forme et la texture de ce qu’il touche. Un autre, expérimenté en GrandeBretagne, pourrait distinguer un tissu sain d’un tissu cancéreux. Des outils qui faciliteraient grandement les actes de chirurgie et la guérison de certaines maladies.

Les prothèses intelligentes

En France, pas moins de 100 000 prothèses totales du genou sont implantées. Munies d’une puce RFID (radio frequency indentification), elles pourraient devenir connectées. Le chirurgien pourra ainsi connaître avec un smartphone, muni d’un lecteur RFID, l’état d’usure de la prothèse, savoir s’il y a une infection ou non. Pour les personnes amputées d’un membre, des essais cliniques sont actuellement menés sur des prothèses reliées au cerveau par un implant. Les patients pourraient ainsi contrôler les mouvements de la prothèse comme s’il s’agissait de leur propre membre et percevoir des sensations tactiles. Une véritable révolution.

La diversification des thérapies

La thérapie cellulaire consiste à injecter des cellules-souches pour restaurer les fonctions d’un tissu ou d’un organe. Michael Schumacher, le septuple champion du monde de Formule 1 a été traité ainsi par le professeur Menasché, chirurgien cardiaque, pionnier de la thérapie cellulaire pour traiter l’insuffisance cardiaque et dont les recherches ont été soutenues par la Fondation de l’Avenir pour la recherche médicale, créé en 1987 par la Mutualité fonction publique. La thérapie génique permet, elle, de corriger une anomalie des cellules de l’organisme à l’origine d’une pathologie, par exemple, d’apporter un gène normal dans des cellules comportant un gène altéré. Dans le traitement du cancer, des cellules immunitaires peuvent ainsi être modifiées pour détruire des cellules cancéreuses. « Pour traiter les cancers, jusqu’à récemment, la molécule qui allait être efficace pour le plus grand nombre de malades était recherchée. Avec la thérapie ciblée, le traitement proposé est adapté aux anomalies de la tumeur du patient. Le traitement est donc en quelque sorte personnalisé », précise Dominique Letourneau, président du directoire de la Fondation de l’Avenir.

La médecine « 4P »

La médecine 4P – prédictive, préventive, personnalisée et participative – sera prochainement possible grâce à l’intelligence artificielle. Celle-ci peut analyser et combiner des données de nature très différente : génétique, marqueurs sanguins, signaux physiologiques, images (radio, IRM…), antécédents médicaux, modes de vie parfois enregistrés à l’aide d’objets connectés… Par exemple, grâce à de nombreuses images de tumeurs cancéreuses collectées, une machine pourra être entraînée à reconnaître les caractéristiques biologiques d’un cancer sans procéder à Catherine Doleux la biopsie. ●

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MÉ D E C I N E

La multipotentialité :

un atout professionnel ?

La multipotentialité est aujourd’hui reconnue et commence à être valorisée dans le monde du travail. Pour la psychologue Christel Bourgogne, il s’agit d’un fonctionnement en arborescence favorisant le déploiement de plusieurs faisceaux d’observation et d’analyse sur une situation donnée.

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elon une étude menée en 2019 par Indeed, site Internet spécialisé dans la recherche d’emploi, 88 % des Français souhaiteraient avoir un travail intéressant. Cette quête de l’épanouissement professionnel s’accompagne d’une véritable réflexion sur la psychologie des actifs et de nouveaux profils sont identifiés, comme les « multipotentiels ». Pour l’auteur américaine Emilie Wapnick, dont la vidéo de la conférence TEDx intitulée Pourquoi certains d’entre nous n’ont pas de vocation a été visionnée plus de 6 millions de fois depuis sa mise en ligne en 2015, il s’agit de personnes « curieuses et créatives, ayant des intérêts divers et qui ont toute une palette d’intérêts et de métiers au cours de leur vie ».

Un mode de fonctionnement en arborescence

Pour la psychologue clinicienne Christel Bourgogne, directrice du centre Regards Psy, la multipotentialité est à rapprocher du haut potentiel : cette « forme d’intelligence différente, quantitativement, mais surtout qualitativement, et qui colore l’ensemble de la personnalité », comme le décrit la psychologue praticienne, Jeanne SiaudFacchin, pionnière des recherches sur les adultes surdoués. « Le haut potentiel est souvent associé à une intelligence supérieure, mais il s’agit avant tout d’un mode de fonctionnement en arborescence, transversal, qui permet le déploiement de plusieurs faisceaux d’observation et d’analyse pour une situation donnée. En ce sens, la multipotentialité est pour moi caractéristique du haut potentiel », détaille Christel Bourgogne en précisant que cette pensée créative, appelée également divergente, génère de nombreuses idées et solutions. A l’inverse des spécialistes, qui se focaliseront plus facilement sur un

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champ d’action particulier, en adoptant une seule et unique vocation, les multipotentiels auront naturellement envie de s’intéresser à une multitude de sujets et de centres d’intérêt différents. Ils peuvent alors être vus comme des personnes dissipées et éparpillées… Sur ce point, la spécialiste américaine Emilie Wapnick, a souvent insisté sur les grandes capacités de synthèses et d’apprentissage et l’adaptabilité des multipotentiels.

Renoncer à être compris et reconnus

Mais, parfois, l’environnement de travail n’est pas adapté à ce fonctionnement particulier, notamment par le manque d’encadrement ou l’absence de reconnaissance, et les difficultés professionnelles et relationnelles peuvent alors s’installer. « Au sein d’une entreprise ou d’un projet, leur perfectionnisme apporte souvent plus de pression et peut grandement exacerber leurs « angoisses de performance », notamment sur leur peur de ne pas être à la hauteur de la tâche ou l’impression d’être un usurpateur… Ainsi, ces personnes peuvent développer de forts états de stress. » La psychologue préconise alors la consultation d’un spécialiste, qui permettra dans un premier temps de poser un diagnostic sur la multipotentialité, puis de mieux comprendre leur fonctionnement, pour ne plus subir les incompréhensions et les maladresses de leur entourage professionnel. « Parfois je suggère même à mes patients d’entrer consciemment en clandestinité, c’est-à-dire de ne pas forcément expliquer leur fonctionnement particulier. Non pas pour se cacher, mais plutôt pour renoncer à cette quête, qui peut être épuisante, de chercher à se faire comprendre et reconnaître. » ● Capucine Bordet


PR É V E N T I O N

Violences conjugales :

améliorer la prise en charge des victimes et le suivi des agresseurs Après plusieurs semaines de débats, le Grenelle des violences conjugales s’est achevé le 25 novembre par l’annonce d’un plan gouvernemental d’une quarantaine de mesures. Principales avancées : l’entrée de l’emprise dans le Code pénal, l’aménagement du secret médical et la création de centres de prise en charge pour les conjoints violents.

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endant près de trois mois, associations, représentants de l’Etat, proches de victimes et professionnels de santé ont débattu des dispositions à mettre en œuvre pour lutter efficacement contre les violences conjugales. Ce sont leurs propositions qui ont servi de base à l’élaboration des mesures présentées lundi 25 novembre par le Premier ministre, Edouard Philippe. Parmi les plus significatives, l’entrée dans le Code pénal et le Code civil, de la notion d’emprise. « Il faut mieux définir ce que recouvre dans le droit le terme de violence », a précisé le chef du gouvernement. Le « suicide forcé » de la victime, désormais reconnu, sera par exemple considéré comme une nouvelle « circonstance aggravante pour les hommes violents ». Autre mesure à souligner : la possibilité d’aménager le secret médical pour permettre au médecin de signaler plus facilement les faits de violence « dans des cas très stricts et encadrés, lorsque cela peut sauver des vies ».

Prévention de la récidive

Déjà annoncé les jours précédents, le suivi des conjoints ou ex-conjoints violents pour prévenir la récidive a été confirmé. Le gouvernement lancera prochainement un appel à candidature pour la création de deux centres de prise en charge adaptée par région avant la fin du quinquennat. Parmi les mesures à mettre prioritairement en œuvre figuraient aussi celles de l’amélioration de la prise en charge des victimes dans les commissariats et dans les lieux d’hébergement dédiés. Dans cette optique, le Premier ministre a annoncé la diffusion immédiate d’une grille d’évaluation du danger commune aux forces

de l’ordre. Composée de vingt-trois questions, cette grille permettra aux policiers et aux gendarmes de mieux évaluer les signaux d’alerte lorsqu’une femme vient leur rapporter les violences dont elle est victime.

Armes à feu réquisitionnées

Les armes à feu des conjoints violents seront confisquées dès la première plainte et le bracelet électronique anti-rapprochement sera quant à lui déployé dans le courant de l’année. Par ailleurs, Edouard Philippe a confirmé la création, dès 2020, de mille nouvelles places d’hébergement et de logements d’urgence pour les femmes violentées. Enfin, la ligne d’écoute et d’orientation dédiée aux victimes de violences conjugales, le 39 19, sera prochainement accessible sept jours sur sept et vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Enfin, pour protéger l’ensemble de la famille, un texte de loi destiné à suspendre ou aménager l’autorité parentale du conjoint violent, notamment dès la phase d’enquête en cas d’homicide, sera proposé également au Parlement en janvier 2020. ● Delphine Delarue

UN BUDGET INSUFFISANT SELON LES MILITANTS Au total, le plan de lutte contre les violences conjugales annoncé à l’issue du Grenelle sera financé à hauteur de 360 millions d’euros en 2020. « C’est quasiment la même somme qu’en 2019 », a vivement réagi le collectif #NousToutes à l’origine d’une marche contre les violences sexistes et sexuelles qui a rassemblé 49 000 personnes à Paris le 23 novembre. Très déçu, le collectif, qui attendait 1 milliard d’euros de budget (une somme correspondante à l’évaluation menée par le Haut Conseil à l’égalité), estime que les moyens déployés ne seront pas suffisants et que « les chiffres des violences [213000 victimes chaque année, NDLR] ne baisseront pas ».

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NU T R I T I O N

Comment se réconcilier avec notre alimentation ? Entre les régimes tendance, le bio et la guerre contre la nourriture industrielle, la confusion règne. Et si on essayait de se détendre un peu quant au contenu de nos assiettes et de notre poids en particulier ? Le docteur Arnaud Cocaul, médecin nutritionniste spécialiste des troubles du comportement alimentaire, nous explique comment lâcher du lest pour, enfin, manger en paix !

Arrêter les régimes

Première chose à faire pour se réconcilier avec son alimentation (et avec son poids par la même occasion) : arrêter de maltraiter son corps avec des pertes pondérales brutales qui ne seront jamais stabilisées. Dans un rapport, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) précise que 95 % des régimes aboutissent, au bout de cinq ans, à une reprise de poids souvent amplifiée. « Depuis des millénaires, notre organisme a appris à stocker en prévision des pénuries alimentaires, explique le docteur Arnaud Cocaul, médecin

L’activité physique, l’agent modulateur le plus puissant Qu’on se le dise une bonne fois pour toutes : le sport ne fait pas maigrir. En revanche, « pratiqué comme détente, il procure bien-être, paix mentale, il stabilise le poids et redessine la silhouette », explique le docteur Arnaud Cocaul. Selon l’OMS, trente minutes d’exercice physique d’intensité modérée cinq jours par semaine suffisent à améliorer son état de santé et à rester en forme.

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nutritionniste. Aujourd’hui, le régime est devenu la nouvelle disette des pays occidentaux. Lorsque vous lui imposez des restrictions violentes, votre corps fait en sorte de vous rappeler à l’ordre en vous poussant vers des compulsions alimentaires qui privilégient la plupart du temps les produits gras et sucrés. Au final, les régimes à répétition dérégulent les mécanismes naturels d’équilibre pondéral de la faim et de la satiété et favorisent les troubles du comportement alimentaire ainsi que la prise de poids. » Ces régimes conduisent aussi à une perte de la masse musculaire et se traduisent souvent par des déséquilibres nutritionnels importants. Sans parler des conséquences au niveau psychologique : le fameux effet yoyo induit souvent une perte d’estime de soi et augmente le risque de dépression, indique l’Anses.

Prendre son temps

L’idée est de revenir aux fondamentaux et de retrouver le plaisir de manger. Pour cela, prenez le temps de faire le marché le week-end, de rencontrer les petits producteurs et de cuisiner vous-même votre repas. Exit les plats industriels préparés, trop sucrés, trop salés et bourrés de


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conservateurs, ainsi que les barquettes régime sans goût et sans intérêt nutritionnel. Si ces produits permettent de gagner du temps, n’oublions pas qu’ils sont souvent très chers et que leur teneur en sel présente aussi des risques au niveau artériel. Quant au bio, consommez-en autant que possible en préférant les fruits et les légumes aux repas tout prêts qui ont les mêmes défauts que leurs homologues non-bio (trop de sucre, de sel et de gras). Peut-être pouvez-vous aussi réfléchir à la possibilité de limiter la viande et la charcuterie et laisser une plus grande place aux œufs, à la volaille, au poisson et aux protéines végétales. Au final, « il s’agit surtout d’arrêter de prendre du poids, d’être en bonne santé et d’accepter l’absence de résultats immédiats si l’on veut maigrir », précise le docteur Cocaul. Les repas, enfin, sont pris de préférence à table et en famille. « Ces moments de partage où se développe l’attention portée aux saveurs, aux textures, aux couleurs, et aux senteurs ne doivent pas être oubliés, insiste Arnaud Cocaul. Aujourd’hui, les gens mangent trop vite alors que la mastication est fondamentale. Bien mâcher vous permet d’apprécier le goût des aliments et aide votre cerveau à analyser ce que vous portez en bouche. Ainsi, vous êtes rassasié quand vous avez assez mangé et non pas lorsque vous êtes complètement gavé. » La quantité absorbée sera également mieux adaptée si vous évitez de manger devant les écrans. Ces « distracteurs d’attention » contribuent « à nous faire sous-évaluer le volume réel de ce que nous ingérons », ajoute le docteur Cocaul.

Faire attention à son sommeil

Les études le prouvent : le manque de sommeil altère le métabolisme et favorise la prise de poids. Plus la dette de sommeil est élevée, plus notre sensibilité à l’insuline, l’hormone qui contrôle la glycémie, baisse. En devenant résistant à cette hormone, l’organisme utilise moins efficacement le glucose, ce qui favorise la fabrication de graisse dans la région abdominale. Ce n’est pas tout : le déficit de sommeil altère aussi la sécrétion et l’action d’autres hormones comme l’orexine et la ghréline et conduit ceux qui restent éveillés la nuit à grignoter plus facilement. Bref, « notre intérêt premier est de bien dormir et en quantité suffisante », conseille le docteur Cocaul. Pour favoriser l’endormissement, on éteint les écrans et on réduit l’intensité de l’éclairage ambiant au moins trois heures avant le coucher, on évite de manger après le dîner et on arrête la caféine au moins dix heures

Des assiettes plus petites ! « Dans les années 1960, le diamètre moyen d’une assiette était de 18 centimètres, contre 24 actuellement », constate le docteur Arnaud Cocaul. Les portions qui remplissent aujourd’hui, quotidiennement nos grandes assiettes sont beaucoup trop importantes. « Une personne qui souhaite perdre du poids doit impérativement choisir une taille inférieure à ce qu’elle utilisait jusqu’à présent et bien la remplir. C’est une façon de leurrer le cerveau en douceur. »

avant de se mettre au lit. Autre astuce : prendre un bain chaud avant le coucher (environ 40 - 44 °C), suivi de quelques exercices d’étirement.

Rester vigilant pendant ses courses

« La façon dont vous vous comportez en faisant vos courses influence directement votre assiette et, par conséquent, votre santé », affirme le docteur Cocaul. Avoir le ventre vide vous expose, par exemple, davantage aux tentations. Privilégiez plutôt les petites courses chez les commerçants de quartier : elles vous aideront à acheter les quantités et les formats adaptés à vos besoins réels. Cela vous permettra aussi de mieux connaître vos fournisseurs et d’aller à l’essentiel « en achetant moins mais meilleur ». Si vous optez pour de grosses courses en hypermarché, méfiez-vous des opérations promotionnelles spécialement étudiées pour vous faire craquer. Le plus souvent, ces promotions concernent davantage les produits industriels que les fruits ou les légumes de saison. Enfin, sachez que, contrairement aux idées reçues, manger équilibré ne coûte pas forcément plus cher. Pensez aux boîtes de conserve non cuisinées dont les prix restent modiques et les contenus vertueux d’un point de vue nutritionnel. Idem pour les surgelés, à condition qu’il ne s’agisse pas de plats préparés. Dernier conseil : ne basculez pas dans « l’obsession du flicage de toutes les calories, conclut le docteur Cocaul. Sinon, votre alimentation risque de devenir monotone en raison de choix extrêmement limités. Cela vous expose à des troubles du comportement alimentaire, et, peut-être, à des subcarences relatives à l’absence de variété. » ● Delphine Delarue Pour en savoir plus : Lâchez du lest, mangez en paix !, du docteur Arnaud Cocaul. Flammarion (286 pages, 18 euros).

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DO S S I E R

Vie sexuelle une question d’éducation Inhérente à la vie affective, la sexualité est source de découverte à tout âge. Les enfants comme les adolescents, qui se posent de nombreuses questions à ce sujet, devraient pouvoir trouver à chaque fois des réponses adaptées. Car l’éducation affective et sexuelle est un enjeu important de vie en société, mais aussi de santé publique. Isabelle Coston

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arce que mauvaise estime de soi, sexisme, violences, stéréotypes sont souvent le fait d’une méconnaissance du corps et des besoins de l’autre, tous les enfants devraient pouvoir être informés sur l’amour et la sexualité. Alors, comment surmonter la gêne et les tabous, afin d’apporter ces connaissances essentielles au bon développement de l’enfant ? Peur de choquer, gêne, pudeur… Les raisons d’éluder les questions portant sur la sexualité sont diverses, d’autant que beaucoup d’adultes n’ont pas eux-mêmes reçu d’éducation affective et sexuelle. Ils se sentent maladroits et ne savent pas comment aborder ce sujet avec leurs enfants. Même si dans ce domaine également, l’école doit apporter un socle de connaissances élémentaires, il est important de pouvoir en parler librement à la maison. Comme le constate Maëlle Challan-Belval,

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conseillère conjugale et auteure de l’ouvrage Osez en parler ! (lire l’encadré En savoir plus), « les parents sont intimidés par le sujet de l’éducation affective et sexuelle. Mais je les sais convaincus qu’elle est un rendez-vous nécessaire, une formation utile à la croissance de leurs enfants. Ils voient leur progéniture plongée dans un monde où tout parle de sexe : publicités, magazines, émissions de radio, romans, affiches, films, tutoriels, musique populaire, jeux vidéo, sites pornographiques… Les parents mesurent que ce silence est ambigu et que se taire, c’est laisser dire (les autres). » « Les parents ont une mission de passeurs », insiste-t-elle.

Une histoire à transmettre

Dès l’âge de 3-5 ans, l’enfant commence à s’interroger et les réponses que ses parents lui apportent sont primordiales dans sa construction. Il faut


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bien sûr répondre à ses attentes, mais sans pour autant devancer ses questions. Chaque enfant est différent et sa curiosité sur le sexe peut être plus ou moins précoce. Si aucune question n’est taboue, les réponses n’ont pas besoin d’être « techniques ». Il ne s’agit pas, à cet âge, de donner un cours sur la sexualité, mais plutôt de lui montrer que ce sont des sujets dont on peut parler librement, sans peur d’être jugé. Derrière la question : « comment on fait les bébés ? », ce qu’il veut surtout savoir, c’est « pourquoi suis-je là ? », « où étais-je avant ? ». Il n’est donc pas nécessaire, à ce stade, d’entrer dans les détails. « Les parents doivent rester discrets sur ce qui relève de leur vie intime », conseille Maëlle Challan-Belval. Ce qui compte, c’est que l’enfant se sente en confiance et libre de poser toute question concernant le corps et la vie intime, sans honte. Plus tard, entre 6 et 8 ans, les questions deviennent plus précises et plus pragmatiques. Ce peut être « C’est quoi les règles ? » ou « Pourquoi le sexe des garçons grossit ? » Les parents n’ont pas toujours toutes les réponses, mais là encore, l’important est de rester ouvert au dialogue et de montrer que l’on ne porte aucun jugement, que toutes ses questions sont intéressantes et qu’elles méritent une réponse. Concernant les adolescents, Maëlle Challan-Belval préconise d’éviter les questions frontales, qui peuvent mettre mal à l’aise le jeune. La puberté est une période qui génère un grand nombre de questions, portant notamment sur la normalité. C’est la raison pour laquelle il est surtout important de rassurer et d’instaurer un climat de confiance propice au dialogue.

Employer les mots justes

Si chez le petit enfant, il n’est pas utile d’expliquer précisément en quoi consiste l’acte sexuel pour parler de la conception d’un bébé. Mieux vaut insister sur la dimension affective et amoureuse. En revanche, il est important de nommer les choses, de parler de vulve, de vagin, de pénis plutôt que de « foufounette », « kiki », ou autre « zézette ». « Les enfants et les jeunes ont besoin de mots précis et de définitions adaptées à leurs âges sur le corps, la vie, la sexualité, indique Maëlle Challan-Belval. La nature a horreur du vide : si nous ne nommons pas le corps, la vie amoureuse, la sexualité,

Quel est le rôle exact de l’école ? L’Education nationale estime que « l’éducation à la sexualité contribue à la construction de la personne et à l’éducation du citoyen. A l’école, au collège et au lycée, elle vise à permettre aux élèves d’adopter des attitudes de responsabilité individuelle et sociale ». C’est la raison pour laquelle elle doit jouer un rôle complémentaire de celui des familles. Elle s’articule autour de trois axes : • des questions de santé publique (grossesses précoces non désirées, infections sexuellement transmissibles, dont le VIH/sida) ; • la construction des relations entre les filles et les garçons et la promotion d’une culture de l’égalité ; • des problématiques relatives aux violences sexuelles, à la pornographie ou encore à la lutte contre les préjugés sexistes ou homophobes. Puberté, contraception, lois, respect, stéréotypes hommes-femmes, sexisme, homophobie… De la maternelle à la terminale, la loi prévoit, en plus des cours de Sciences de la vie et de la Terre (au CM2, en quatrième et en troisième) qui abordent le versant biologique de la sexualité, « trois séquences d’éducation à la sexualité au minimum » par an pour aborder ses « dimensions psychologiques, affectives, sociales, culturelles et éthiques ». Ces séquences sont des groupes de parole dispensés par des professionnels formés, issus de l’équipe éducative (prof, infirmière, CPE…) et d’associations agréées, comme le Planning familial ou SOS homophobie.

d’autres le feront, probablement avec des mots inadéquats, approximatifs ou vulgaires. Le sexe des filles en particulier, semble “innommable”. Bien souvent, dans les classes, les jeunes filles n’ont pas de mot pour le désigner. » Savoir nommer les parties de son corps et notamment les organes génitaux peut aussi aider l’enfant à mieux se faire comprendre des adultes, à les questionner, par exemple, sur certaines pratiques d’ordre sexuel ou à leur faire part de soucis intimes. Trouver les mots est aussi parfois difficile quand il s’agit de mettre en garde son enfant contre d’éventuels dangers. Comment parler d’abus sexuel en utilisant des mots simples ? Peut-on vraiment le protéger en l’informant ? « Il n’y a malheureusement pas de vaccin contre la pédophilie, regrette Maëlle Challan-Belval. Il faut bien sûr lui apprendre le respect de son corps, mais le jeune enfant est un ◗◗◗

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DO S S I E R

◗◗◗ être fragile et dépendant. Il fait confiance à son entourage. Or, les actes pédophiles sont souvent commis par des proches. Surtout, l’enfant ne doit pas avoir honte et se sentir suffisamment en confiance pour pouvoir se confier si quelque chose lui paraît anormal. »

Quand la pornographie s’invite dans les cours d’école

Vers 9-11 ans, la sexualité devient une préoccupation plus présente. Elle peut aussi faire irruption de manière brutale dans la vie de l’enfant. Alors que la majorité des parents pensent que leur bambin évolue encore dans un univers préservé, ce dernier peut en effet être exposé à des images à caractère sexuel de multiples façons, par le biais de la télévision, d’Internet, de magazines ou de BD. Dans son ouvrage, A un clic du pire, l’ancienne actrice de films X, Ovidie, décrit comment les « tubes », ces plateformes gratuites de diffusion de vidéos pornographiques, ont facilité l’accès des plus jeunes à ce type de contenus. Normalement réservée aux adultes, la pornographie est maintenant à la portée des mineurs, sans limite, simplement via leur smartphone. « La découverte de la première vidéo pornographique se fait désormais avant le collège », révèle l’actrice. En effet, 9 ans est aujourd’hui l’âge moyen du premier visionnage d’une vidéo pornographique. « Confrontés à ces images, ils ne savent pas trop quoi en faire, témoigne Maëlle Challan-Belval, qui recueille la parole des jeunes dans les établissements scolaires. Ils se disent que s’ils en parlent à leurs parents,

S’informer sur la sexualité Des youtubeurs apportent leur vision de la sexualité et des rapports intimes sur leur chaîne, à l’image de la ChroNique de Blaise ou de celle de Léa Choue. Distrayantes, ces vidéos peuvent apporter de bons conseils, mais ne restent que des points de vue subjectifs. Pour trouver des infos fiables, consultez plutôt les sites Onsexprime.fr, Danstonslip. info ou encore Filsantejeunes.com. Le médecin traitant, le Planning familial ou l’infirmière scolaire sont aussi là pour répondre aux questions des jeunes.

ces derniers vont leur confisquer leur téléphone portable. » Lors de ses interventions dans le cadre de séances d’éducation à la sexualité, elle les invite à réfléchir, les questionne : « Pourquoi ce type d’images est interdit aux mineurs ? Quels sentiments provoquent-elles : excitation, dégoût ? » Ces vidéos peuvent fasciner certains enfants, voire entraîner une véritable addiction. En conséquence, « leur imaginaire est complètement lié à la pornographie et ils sont très déçus après, observe-t-elle. Leurs repères sont très floutés. Ils peuvent penser que ces vidéos, qui sont faites d’abord pour la masturbation, pourraient être des sortes de tutoriels à imiter. » L’autre danger de la pornographie chez les jeunes, selon cette spécialiste, est qu’elle « agit comme un rouleau compresseur, qui ratiboise leur imaginaire sexuel, annihile leur créativité intérieure lorsqu’ils ne savent pas que c’est une fiction ». La pornographie et les réseaux sociaux ne doivent donc en aucun cas tenir lieu « d’éducateurs à la sexualité », d’autant que ces derniers contribuent à la diffusion d’informations erronées.

Lutter contre les idées fausses

Etre informé de façon sérieuse sur la sexualité est une mesure élémentaire de santé publique. Les infections sexuellement transmissibles (IST), le VIH/sida, les grossesses précoces non désirées peuvent ainsi être prévenues. Mais une éducation sexuelle de qualité permet aussi de lutter

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DO S S I E R

Comprendre le consentement sexuel « Quand c’est oui, c’est oui, quand c’est non, c’est non et quand on ne sait pas, on garde ses doigts pour soi », est l’accroche d’une vidéo du site Consentement.info, qui explique aux jeunes ce qu’est le consentement en matière de relation sexuelle. D’autres outils de sensibilisation existent sur le même thème, comme la vidéo de la métaphore du thé ou le jeu de cartes Questions de respect. Ils permettent avec humour, sur un ton décalé, de s’interroger sur son rapport à l’autre et sur sa représentation de la sexualité.

contre les violences sexuelles, a rappelé Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, en septembre 2018, lors de la publication d’une circulaire visant à faire appliquer la loi de 2001 préconisant des cours d’éducation sexuelle dès l’école primaire. Cette déclaration a suscité un véritable tollé et la diffusion d’un grand nombre de fake news sur les réseaux sociaux. Les rumeurs les plus folles ont couru à ce sujet, incitant certains parents à retirer leurs enfants de l’école. Des vidéos partagées des milliers de fois sur Internet annonçaient en effet que la masturbation allait être enseignée aux élèves de maternelle, par exemple, ou que des ouvrages pornographiques allaient leur être montrés. Ladite circulaire sur l’éducation sexuelle, parue le 12 septembre 2018, faisait en réalité d’abord état de ce que disait la loi, à savoir : « Une information et une éducation à la sexualité sont dispensées dans les écoles, les collèges et les lycées à raison d’au moins trois séances annuelles et par groupes d’âge homogène […] ». Il n’y est aucunement question d’un enseignement à l’école maternelle, ni d’éducation explicite à la sexualité. Dans le cadre de l’école élémentaire, qui concerne donc les classes du CP au CM2, la circulaire indiquait : « Au regard des programmes d’enseignement, plusieurs thématiques peuvent constituer un objet d’étude, en prenant en compte l’âge des élèves : l’étude et le respect du corps ; le respect de soi et des autres ; la notion d’intimité et de respect de la vie

privée ; le droit à la sécurité et à la protection ; les différences morphologiques (homme, femme, garçon, fille) ; la description et l’identification des changements du corps, particulièrement au moment de la puberté ; la reproduction des êtres vivants ; l’égalité entre les filles et les garçons ; la prévention des violences sexistes et sexuelles. »

S’épanouir dans le respect de l’autre

Quant à l’enseignement au collège et au lycée, la circulaire liste les thèmes susceptibles d’être abordés : « Liberté, responsabilité et respect face aux choix personnels (réseaux sociaux, Internet, cyberharcèlement, pornographie, etc.), valeurs et normes, impact des stéréotypes et rôles sexués, prévention des violences sexistes et sexuelles, égalité filles-garçons, contraception, prévention des grossesses précoces non désirées, IST et VIH/sida, orientations sexuelles, respect de son corps et de celui de l’autre, etc. » Une éducation sexuelle et affective réussie permet de devenir un adulte épanoui et respectueux des autres. Le Haut Conseil à l’égalité (HCE) souligne dans son rapport relatif à l’éducation à la sexualité que cette dernière est « un enjeu majeur de l’émancipation des individus, elle constitue également un levier essentiel de l’égalité entre les femmes et les hommes et entre les sexualités. Or, l’éducation à la sexualité n’a pas toujours été conçue comme telle et a souvent été cantonnée à une approche moralisatrice et sanitaire ». ● Osez en parler, de Maëlle Challan-Belval, Interéditions (210 pages, 15,90 euros). Conseillère conjugale et présidente de l’organisme de formation Comitys, l’auteure livre avec humour et bienveillance le fruit de quinze ans d’expérience de terrain.

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KI O S Q U E

Les secrets de la mémoire dévoilés Pourquoi se souvient-on de certains événements et d’autres non ? Pourquoi ma mémoire est-elle plus proche de celle du poisson rouge que de celle d’un éléphant ? Ces questions, que l’on s’est tous un jour posées, trouveront leur réponse dans cet ouvrage. A travers une conversation intéressante entre deux sœurs norvégiennes, l’une écrivaine et l’autre neuropsychologue, le lecteur partira à la découverte du fonctionnement du cerveau. Les mécanismes, pourtant complexes, qui mènent à la création des souvenirs sont ici expliqués de manière très claire. Petit plus : les auteurs donnent des conseils pratiques pour optimiser sa mémoire au quotidien. Les mystères de la mémoire, d’Hilde et Ylva Ostby, Marabout (256 pages, 19,90 euros).

Notre cerveau nous raconte des histoires Les illusions d’optique ou les tours de magie réussissent régulièrement à tromper notre cerveau car celui-ci fait des suppositions en fonction des informations qu’il reçoit pour reconstruire une histoire. Au fil des pages, Albert Moukheiber, docteur en neurosciences cognitives et psychologue clinicien, démontre, à travers des exemples concrets, que notre cerveau a horreur du vide et de l’ambiguïté et qu’il cherche donc à donner un sens, à trouver de la cohérence à ce qui n’en a pas. Comprendre son fonctionnement offre ainsi la possibilité au lecteur d’être conscient de ces biais et de limiter leur portée au quotidien. Votre cerveau vous joue des tours, d’Albert Moukheiber, Allary éditions (230 pages, 19,90 euros).

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Faire de sa sensibilité une force Le monde de l’entreprise est parfois impitoyable : il faut être multitâche, performant et compétitif. Or, cette ambiance ne laisse que peu de place à l’empathie, à l’échange et à la bienveillance. Si on vous reproche souvent de prendre votre travail trop à cœur, ce livre est fait pour vous. Ecrit par un psychologue, il s’adresse avant tout aux personnes qualifiées d’hypersensibles. Ces dernières ont pour particularité d’être plus facilement gênées par les bruits dans l’open space, d’être perfectionnistes, voire de se sentir en décalage avec les autres. Mais tous les salariés pourront y trouver, au fil des différents tests et quiz, un moyen de laisser plus de place à leur sensibilité pour enfin s’épanouir professionnellement. Ultrasensibles au travail, de Saverio Tomasella, Eyrolles (208 pages, 16 euros).

Cancer : le témoignage d’un père La boule, c’est le nom donné au cancer du rein de Liam, 5 ans et demi. Pour faire face à cette épreuve, son père, Eric, a tenu un journal de bord. Chaque jour, entre avril et mai 2014 – les deux mois qui ont été nécessaires pour lutter contre la boule – il a raconté la chimiothérapie, les rendez-vous médicaux, la tristesse mais aussi l’espoir. On y découvre les réactions du frère et de la sœur de Liam, l’affection de ses parents et le rôle de son entourage. La religion est aussi très présente et des psaumes introduisent régulièrement le texte. « J’espère sincèrement que ce journal aidera beaucoup de parents dans notre cas », indique l’auteur dans l’épilogue : l’objectif est atteint. La boule, d’Eric Temim, Cherche Midi (256 pages, 18 euros).

Page réalisée par Léa Vandeputte


FO R M E

Trois points d’acupression pour se sentir mieux Pratiquer l’acupression consiste à stimuler manuellement des zones bien précises de son corps pour rééquilibrer son énergie. Facile à utiliser, cet outil de bien-être promet de soulager les petits maux du quotidien. Voici donc trois exemples de pression à réaliser soi-même.

I

ssue de la médecine traditionnelle chinoise, l’acupression, appelée aussi digitopuncture, repose sur l’activation de points d’énergie. A la différence de l’acupuncture qui nécessite l’utilisation d’aiguilles, ici la pression s’effectue avec les doigts. En stimulant les méridiens énergétiques, elle renforce les fonctions vitales de l’organisme, donne du tonus et soulage les tensions. Cette technique a un avantage, elle peut être pratiquée facilement sur soi-même et à tout moment. Avant de se lancer, il existe toutefois quelques

CHASSER LE STRESS

Entre l’index et le pouce

Pincez la chair de votre main entre l’index et le pouce, en vous rapprochant le plus possible de l’intersection des os, pour calmer le stress et vous aider à vous détendre. Massez relativement fermement et respirez profondément.

préalables : en position assise ou couchée, installez-vous confortablement dans un lieu calme et prenez le temps de vous détendre et de respirer. Pendant l’exercice, évitez d’appuyer sur un grain de beauté ou sur une peau abîmée. Quant à la pression qu’il faut exercer, celle-ci doit être assez ferme, sans être douloureuse. Si vous souffrez d’un problème de santé ou si vous êtes une femme enceinte, consultez tout de même, par précaution, votre médecin traitant avant de réaliser ces manipulations. ●

SOULAGER LES MAUX DE TÊTE

Entre les deux sourcils

Appuyez, avec le pouce ou l’index, sur ce point du front qui représente le « troisième œil » en acupression. Effectuez de petits mouvements circulaires en insistant vers le haut.

Benoît Saint-Sever

RETROUVER DE L’ÉNERGIE

Sur le pied

Entre le gros orteil et l’index, placez vos doigts (le majeur et l’annulaire) à environ 1 centimètre au-dessus de la jointure des deux orteils. Ce point favorise la circulation du sang, notamment dans les jambes, et apporte plus de vitalité et de tonus.

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PO D C A S T

Des podcasts pour être à l’écoute de sa santé Sommeil, alimentation, prévention, droit des patients, bien-être… De plus en plus de podcasts traitent du sujet de la santé et proposent des conseils pratiques pour prendre soin de soi au quotidien. Voici une sélection de ces émissions audio instructives qui sont Page réalisée par Benoît Saint-Sever disponibles gratuitement en ligne.

Choses à savoir santé

Bouge ton curcuma

Premier réseau de podcasts français avec 3 millions d’écoutes mensuelles, Chose à savoir est plébiscité par le public. Plusieurs fois par semaine, la chaîne dédiée à la santé répond en deux à trois minutes aux questions que chacun s’est un jour posées : Pourquoi dit-on que l’intestin est notre deuxième cerveau ? ; Pourquoi les hommes grossissent-ils au niveau du ventre ? ; Pourquoi y a-t-il moins de médecins généralistes ? Derrière ce format voulu comme « très court, informatif et stimulant », se cache, non pas un médecin mais un entrepreneur français, Louis-Guillaume KanLacas, passionné de culture générale et qui a trouvé, grâce au podcast, un moyen de partager ses connaissances.

Derrière ce titre original, se cache un podcast healthy. Son auteur, une trentenaire prénommée Cindy, a totalement changé son hygiène de vie après avoir découvert qu’elle était atteinte d’un cancer du sein. Avec cette émission, elle espère donner envie aux auditeurs de « bouger, changer et reprendre leur santé en main ». Pour cela elle part, chaque semaine, à la rencontre de professionnels de la santé complémentaire ou de personnes qui, comme elle, ont modifié leur mode de vie. Alimentation, sommeil, activité physique, gestion du stress et bien-être sont ici abordés de manière concrète afin que les internautes puissent mettre en pratique aisément les conseils délivrés.

A écouter sur Chosesasavoir.com, rubrique « Santé ».

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A écouter sur Bougetoncurcuma.libsyn.com.

Priorité santé Ce podcast est celui de l’émission Priorité santé qui est diffusée du lundi au vendredi sur les ondes de Radio France internationale (RFI). Le format est long (environ cinquante minutes) et chaque épisode traite d’une thématique bien précise, le plus souvent en lien avec l’actualité : être parent aujourd’hui ; les violences sexuelles ; les scandales sanitaires… La journaliste, Caroline Paré, reçoit des spécialistes (médecins, pharmaciens, enseignantschercheurs, sexologues, etc.) pour débattre mais aussi pour répondre aux questions des auditeurs qui interviennent à l’antenne. Des chroniques sur la nutrition ou sur le sport et des reportages réalisés partout dans le monde viennent compléter l’émission. A écouter sur Rfi-priorite-sante. lepodcast.fr.

Au mieux de ta forme Lisa Salis, thérapeute et consultante en nutrition et naturopathie, a créé son émission audio en juillet 2018 « dans le but d’informer et de démocratiser l’accès à la nutrition et à la santé ». Une fois par semaine, sur une durée qui peut varier de quelques minutes à plus d’une heure, elle donne des conseils pratiques pour faire attention à sa santé, et plus particulièrement à son alimentation. Elle y interroge aussi une naturopathe, une énergéticienne ou un chercheur en alimentation préventive et holistique. Enfin, tous les lundis, Lisa organise un « Live santé » dans lequel elle répond aux questions que lui envoient les internautes. A écouter sur Aumieuxdetaforme. podbean.com.


VI E P R AT I Q U E

Alléger mon budget voiture Le budget annuel moyen d’un automobiliste en 2018 s’élevait à 6 833 euros pour une Renault Clio essence, 9 476 euros pour une Peugeot 308 diesel et 9 794 euros pour une Prius hybride*. Ces montants intègrent le prix de la voiture, son entretien, le carburant et l’assurance. Si le prix des voitures est resté stable, tous les autres postes ont augmenté depuis. Nos astuces économiques.

Adapter son contrat d’assurance

Quel usage faites-vous de votre voiture ? Si vous êtes à la retraite ou avez opté pour les transports en commun alors que vous utilisiez jusqu’ici votre véhicule pour les trajets domicile-travail, optez pour la seule garantie « usage privé ». A la clé, une réduction de l’ordre de 10 % du coût de votre assurance. Si vou s rou lez peu, moi n s de 10 000 kilomètres par an, l’assurance aux kilomètres peut vous faire réaliser de substantielles économies (de 10 à 35 %, voire plus). L’idée est de payer en fonction de ce que vous roulez. Un boîtier électronique est installé dans votre véhicule et enregistre tous les kilomètres parcourus (quel que soit le conducteur). Certains contrats prévoient une tarification en fonction du nombre de kilomètres réels, d’autres se réfèrent à un forfait de kilomètres associé à un montant de prime. En cas de dépassement, le montant de la prime est revu à la hausse l’année suivante.

Opter pour les pièces d’occasion

Faire réparer son véhicule avec des pièces de réemploi issues de l’économie circulaire a tout pour plaire : l’opération fait baisser le montant de

la facture (de moitié selon le ministère de la Transition écologique) et réduit le nombre de déchets automobiles à recycler. Le garagiste doit vous proposer des pièces d’occasion plutôt que des neuves pour un grand nombre de réparations. Cette obligation concerne le remplacement des pièces de carrosserie amovibles (ailes, capot…), le garnissage intérieur (intérieur des portes…), la sellerie (sièges…), les vitres et l’optique (phares…) ainsi que les pièces mécaniques ou électriques sauf celles faisant partie des trains roulants, de la direction, du freinage ou des liaisons au sol (amortisseur). N’hésitez pas à réclamer si elles ne vous sont pas proposées.

Choisir les réseaux à bas coût pour les révisions

Avant, au moins pendant la durée de la garantie, il fallait confier les révisions de son véhicule à un réparateur du réseau agréé par le constructeur. Ce n’est plus le cas. Vous pouvez choisir qui vous voulez, ce qui vous permet de mettre en concurrence les garages indépendants et les « centres auto ». Certains sont adossés à un groupe de la grande distribution (Auchan, E. Leclerc…), d’autres sont organisés en franchise ou succursales : Feu vert, Norauto, Point S, Speedy… Leur tarif, sous forme de forfait, est de

20 à 30 % moins cher que ceux des concessionnaires. Vérifiez néanmoins avec le carnet d’entretien de votre voiture que le forfait comprend bien tous les contrôles à effectuer.

Repérer les stations essences les moins chères

Sur le site officiel Prix-carburants.gouv.fr, vous pouvez repérer les stations les moins chères autour de chez vous. Des applis telles que Zagaz.com ou Carbu. com rendent le même service.

Vérifier régulièrement la pression des pneus

Sous-gonflés, ils s’usent plus vite et augmentent la consommation du véhicule et l’émission de CO2. Selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), un sous-gonflage de 0,3 bar entraîne une surconsommation de 1,2 %.

Avoir la main légère sur la climatisation

Celle-ci augmente la consommation de carburant de l’ordre de 1 litre tous les 100 kilomètres. Mieux vaut donc ne pas la régler à une température trop basse et stationner le véhicule à l’ombre en été. Catherine Doleux * Enquête parue en avril 2019 à découvrir sur le site Automobile-club.org.

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VI E P R AT I Q U E

Accidents de la vie courante : protéger les jeunes enfants Chaque année en France, près de 200 enfants décèdent à la suite d’un accident de la vie courante (ACVC). A chaque étape de leur développement correspondent des risques spécifiques. Le point sur les mesures à mettre en place pour les préserver du danger.

C

hute, intoxication, brûlure, noyade… Les accidents de la vie courante (ACVC) sont la première cause de mortalité chez les enfants de moins de 14 ans. Dans le détail, les ACVC sont respectivement responsables de 21 % et 13 % des décès chez les 1-4 ans et chez les 5-14 ans. Avant l’âge de 10 ans, ces accidents, qui regroupent à la fois les accidents domestiques, de sports, de loisirs et les accidents scolaires ont majoritairement lieu au domicile. Sans précaution, la maison peut vite devenir un terrain de jeux périlleux pour les plus jeunes. « Chaque étape de leur développement comporte des dangers spécifiques », précise Santé publique France. Dès la naissance, la table à langer, la baignoire et le lit à barreaux sont des lieux à risque. A partir de 3 mois environ, l’enfant attrape des objets et peut les porter à la bouche, à partir de 6 mois il se déplace à quatre pattes, et dès 9 mois certains se mettent debout pour saisir des objets. Autour de 3 ans, l’enfant peut descendre les escaliers, ouvrir une porte ou une fenêtre. Les parents ont donc la responsabilité de sécuriser toute la maison.

Sécuriser la cuisine et la salle de bains

« Dans la cuisine, votre enfant peut se brûler en buvant un liquide trop chaud ou en renversant un récipient », prévient Santé publique France. Vérifiez toujours la température des aliments et des boissons, ne posez pas un plat chaud sur le rebord de la table et veillez à bien tourner les queues des casseroles vers l’intérieur des plaques de cuisson. Pensez aussi à ranger les ustensiles de cuisine ainsi que les produits ménagers et d’entretien. Placez ces derniers de préférence en hauteur, dans un placard fermé à clé. Dans la salle de bains, même si vous utilisez un tapis antidérapant ou un siège spécifique, ne laissez jamais

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votre enfant seul dans la baignoire. Il pourrait se noyer ou se brûler en ouvrant le robinet d’eau chaude. Attention aussi à la présence d’eau près des prises et des appareils électriques. Prenez l’habitude de ranger sèche-cheveux, rasoir et autre épilateur dès que vous avez fini de les utiliser. D’une manière générale installez des prises à éclipse ou des caches prises à ventouse ou à clé dans toutes les pièces.

Gare aux chutes et à l’étouffement

Chaque année, plusieurs dizaines de petits chutent accidentellement d’une fenêtre. Pour éviter les drames, « ne laissez jamais votre enfant seul dans une pièce avec une fenêtre ouverte ou sur un balcon, conseille Santé publique France. Bloquez si possible l’ouverture par un système de sécurité et veillez à ce que votre enfant ne puisse pas escalader ou passer à travers les barreaux de votre balcon ». Autre conseil : ne placez jamais un meuble ou des objets devant les fenêtres. Les plus jeunes pourraient grimper dessus et basculer à l’extérieur. De même, dès son plus jeune âge, un bébé peut tomber d’une chaise haute, d’un canapé ou de la table à langer. Pour cela, vous devez toujours rester près de lui. Pensez aussi à sécuriser les escaliers en posant des barrières adaptées en haut et en bas des marches. Enfin, sachez que la majorité des accidents par étouffement concernent les enfants de moins de 6 ans. Une attention particulière doit être portée aux tout-petits. Veillez bien à ne pas laisser les petits aliments (olives, cacahuètes, etc.), les petits jouets et les petits objets (pièces de monnaie, piles, bonbons, capuchons de stylo…) à la portée de votre bébé. ● Delphine Delarue


EN V I R O N N E M E N T

Écogestes : connaissez-vous les bonnes pratiques ? Pour éviter de gaspiller et limiter votre empreinte carbone, vous avez changé vos habitudes. Vous pensez tout savoir des petits gestes de tous les jours qui contribuent à préserver l’environnement ? Faites le test. Un emballage avec le logo Point vert indique que le produit est recyclable.

Faux. Ce logo, qui figure sur 95 % des emballages, ne signifie pas que le produit est recyclable. Il permet juste de reconnaître une entreprise partenaire du programme français de valorisation des emballages ménagers.

Les sacs plastique distribués aujourd’hui dans les commerces sont biodégradables.

Vrai et faux. Les sacs mis à votre disposition pour emballer les fruits et légumes, par exemple, peuvent être compostés et, dans le meilleur des cas, peuvent se dégrader en quelques mois. En revanche, jetés dans la nature, ils continuent de polluer l’environnement pendant plusieurs années.

On peut encore consommer des aliments dont la date de durabilité minimale (DDM) est dépassée.

Vrai. Vous pouvez consommer un produit dont la DDM est dépassée. Il peut juste avoir perdu de ses qualités gustatives et nutritionnelles. La date limite de consommation (DLC), elle, est à respecter.

Laver sa vaisselle à la main permet de consommer moins d’eau qu’avec un lavevaisselle.

Faux. Pour la même quantité de vaisselle, un appareil récent utilisera entre 7 et 15 litres d’eau pour un cycle, contre 42 litres pour une vaisselle à la main. Privilégiez les programmes basse température et ne lancez votre lave-vaisselle que lorsqu’il est plein.

Il faut laver les bouteilles et les bocaux en verre pour qu’ils puissent être recyclés.

Faux. Il ne sert à rien de les laver puisqu’ils le seront de toute façon avant recyclage. Contentez-vous de bien les vider et de les déposer dans le bon conteneur.

Selon l’endroit où il est placé un réfrigérateur sera plus ou moins gourmand en énergie.

Vrai. Installé près d’une source de chaleur (four, radiateur…) ou exposé au soleil, votre réfrigérateur consommera davantage d’électricité.

Prendre une douche plutôt qu’un bain permet d’utiliser moins d’eau.

Vrai. Il faut 60 à 80 litres pour une douche de cinq minutes, contre 150 à 200 litres pour un bain. Pour être

encore plus vertueux, utilisez des douchettes économiques qui réduiront encore plus votre consommation.

Les appareils électriques, même éteints, peuvent continuer de consommer de l’énergie.

Vrai. Certains appareils sont équipés de veilles qui consomment de l’électricité, que l’appareil fonctionne ou pas. La puissance totale des veilles cachées pour un foyer dépasse souvent 50 W. L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) conseille d’éteindre, voire de débrancher les ordinateurs, télévisions, consoles de jeux, les appareils de cuisson et le petit électroménager (machine à café, machine à pain…).

Stocker ses données numériques à distance, sur le cloud, permet d’économiser de l’énergie.

Faux. Derrière le petit nuage qui symbolise le cloud se cachent les data centers, de vastes entrepôts qui abritent les serveurs externes par lesquels transitent les données numériques. Ces centres d’hébergement et de traitement des données, qui restent actifs jour et nuit, sont de gros consommateurs d’électricité. ● Isabelle Coston

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EN V I R O N N E M E N T

Pollution atmosphérique : comment se protéger ? Toux, rhino-pharyngites, maladies cardiovasculaires et respiratoires mais aussi cancers ou risques augmentés de fausse couche : la liste des effets connus de la pollution sur la santé ne cesse de s’allonger. Heureusement, des mesures de bon sens permettent de limiter l’exposition, en particulier chez les personnes les plus vulnérables.

«

S

elon les études, il y a chaque année en France entre 48 000 et 67 000 décès liés à la pollution de l’air : c’est à peu près autant que le tabac et l’alcool ! », s’indigne Olivier Blond, journaliste et président de l’association Respire. Trafic routier, industrie, agriculture, chauffage : les sources de pollution atmosphérique sont désormais bien identifiées. « Les trois principaux polluants que l’on retrouve dans l’air extérieur sont les particules, et notamment les particules fines, comme les Pm10 ou les Pm2,5 composées de très nombreuses molécules toxiques différentes, le dioxyde d’azote, principalement émis par les moteurs diesel, et l’ozone qui vient de la transformation des polluants primaires sous l’action de la chaleur », précise le militant écologique. Aujourd’hui, bien que la France ait été récemment condamnée par la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) pour avoir régulièrement dépassé la valeur limite de dioxyde d’azote depuis 2010 dans douze agglomérations, la qualité globale de l’air s’améliore. En particulier grâce aux normes d’émissions imposées aux industries, aux aménagements destinés à réduire la circulation automobile et à l’amélioration technologique des véhicules.

Des conséquences même à faibles niveaux de concentration

Après plusieurs années d’exposition, « diverses pathologies chroniques (cancers, maladies cardiovasculaires et respiratoires) se développent, même à de faibles niveaux de concentration », constate la direction générale de la Santé (DGS) dans un document d’information publié en avril 2016. Parmi ces

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pathologies, les maladies cardiovasculaires sont celles qui ont le plus d’impact en termes de mortalité. « Une fois que la pollution a traversé les voies respiratoires supérieures, elle pénètre dans les poumons et passe dans le sang, explique Olivier Blond. Là, elle attaque l’ensemble de l’organisme et en particulier les veines, les artères et le cœur. D’après l’OMS, la pollution de l’air est responsable d’un tiers des infarctus et des AVC dans le monde. » Des travaux récents ont aussi montré qu’à long terme, les polluants de l’air pouvaient être responsables de troubles de la reproduction, de conséquences sur la grossesse (faible poids du bébé à la naissance, prématurité), d’altération du développement de l’enfant, voire de pathologies neurologiques et d’atteintes cognitives. Ce n’est pas tout : des chercheurs chinois viennent de confirmer que la pollution atmosphérique était aussi fortement liée au risque de faire une fausse couche. « Plus les connaissances avancent, plus l’éventail d’effets que l’on peut mettre en lien avec la pollution atmosphérique s’élargit, souligne Sabine Host, épidémiologiste, chargée d’études environnement santé à l’Observatoire régional de santé (ORS) Ile-de-France. Et malheureusement, les études n’ont pas mis en évidence de seuil protecteur en dessous duquel il n’y aurait aucun effet. »

Impact à court terme

La pollution a aussi un impact à plus court terme avec des conséquences immédiates (irritations oculaires, toux, bronchites, essoufflement) surtout lorsque son niveau s’élève d’un jour à l’autre. C’est particulièrement le cas chez les personnes les plus exposées, comme


EN V I R O N N E M E N T

ZONES URBAINES : AU MOINS TROIS PICS DE POLLUTION PAR AN Les villes françaises connaissent en moyenne trois pics de pollution chaque année. Le premier, qui a lieu au printemps, « est essentiellement dû au mélange des particules issues des transports avec celles émises par l’agriculture : les pesticides mais aussi les nitrates et les sulfates », explique Olivier Blond, président de l’association Respire. En été, l’élévation des niveaux d’ozone est liée aux épisodes de canicule et aux situations météorologiques qui limitent la dispersion de l’air. Polluant dit secondaire, l’ozone se forme à partir des gaz d’échappement et des composés organiques volatils (COV) par réaction photochimique avec les rayons solaires. Enfin, en hiver, le pic de pollution se forme à la suite d’importantes concentrations « de polluants automobiles et de chauffage urbain », précise Olivier Blond.

celles résidant à proximité des axes routiers. Idem pour les sujets les plus sensibles, notamment les enfants dont l’appareil respiratoire est encore immature ou les personnes âgées qui ont des systèmes de défense souvent altérés. L’augmentation ponctuelle des polluants dans l’air a également un effet déclencheur chez les malades chroniques, chez les asthmatiques par exemple. Ces derniers sont alors plus susceptibles de développer des excès de toux ou de faire une crise d’asthme. Lors des épisodes de pollution, on constate aussi un recours plus fréquent aux services d’urgence, une augmentation de la morbidité cardiovasculaire et une incidence sur la mortalité à court terme pour les affections respiratoires et cardiovasculaires.

Stratégie d’évitement

Face à ces menaces, « la première chose à faire pour se protéger est d’adopter une stratégie d’évitement en essayant de ne pas aller dans les endroits les plus pollués, conseille Olivier Blond. En zone urbaine, on observe des niveaux de concentration très réduits dès

que l’on s’éloigne de quelques mètres des grands axes de circulation ». D’une manière générale, on préconise donc d’éviter au maximum le trafic routier, de privilégier les espaces verts et d’aérer les logements en dehors des heures de pointe. Lorsque la pollution est très élevée, les autorités sanitaires recommandent aussi aux personnes les plus fragiles de limiter leurs déplacements et d’éviter les efforts physiques intenses qui accroissent le volume d’air respiré. Il est également préférable de ne sortir les jeunes enfants qu’en début de matinée et en fin de journée. « Plus globalement, nous devons encore renforcer la lutte pour diminuer les niveaux de pollution en continuant à limiter les émissions industrielles, agir davantage sur le trafic routier, isoler correctement les logements et diminuer le chauffage au bois et au fioul », conclut Olivier Blond. Si toutes les communes parvenaient à atteindre les niveaux de PM2,5 observés dans 5 % des villes les moins polluées, 34 000 décès pourraient être évités chaque année, affirme de son côté Santé publique France. ● Delphine Delarue

Masques antipollution : la fausse bonne idée ! Les masques antipollution sont-ils vraiment utiles ? Pas vraiment, affirme l’Agence nationale de l’environnement et du travail (Anses) dans une expertise récente. Pour servir à quelque chose, un masque doit être bien entretenu et par faitement « adapté à la morphologie de l’utilisateur », note

l’Agence. Celui-ci doit savoir s’en ser vir, ce qui n’est pas garanti actuellement. « Si l’efficacité d’un masque testé en laboratoire peut s’avérer élevée, elle ne reflète pas pour autant l’efficacité en conditions réelles d’utilisation par la population », indique l’Agence. L’effet pourrait

même être délétère lorsqu’un masque, trop gros ou trop petit et laissant passer de l’air pollué, gêne la respiration d’un cycliste : dans l’effort, celui-ci risque de se retrouver en hyperventilation au milieu de la circulation, pile au moment où ses poumons sont plus sensibles.

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Des moutons dans la ville Née il y a cinq ans en Seine-Saint-Denis, la coopérative des Bergers urbains gère les espaces verts de la cité par le pâturage en parcours et la production de viande locale. La présence du mouton en ville permet à la fois d’élargir la biodiversité, de favoriser le lien social et de reconnecter les citadins avec la nature.

L

e tintement des clochettes et les huchements des bergers annoncent l’arrivée du troupeau. Au croisement de l’avenue de la République et de la rue Guyard-Delalain à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), les moutons surgissent bruyamment, puis traversent la chaussée, guidés par Julie-Lou Dubreuilh et Guillaume Leterrier, cofondateurs de la coopérative des Bergers urbains. A la fois surpris et amusés, les badauds marquent l’arrêt et sortent leur smartphone, histoire d’immortaliser l’événement. « Regarde ! Des brebis dans la ville, je

n’avais jamais vu ça, c’est super ! », s’exclame cette mère de famille, montrant du doigt les bêtes à son petit dernier. Les yeux écarquillés, l’enfant avance sa petite main : « On peut les caresser ? » Pas de chance, les moutons sont déjà de l’autre côté du passage piétons, occupés à grignoter les carrés de trèfles qui s’échappent des grilles d’arbres. Créée il y a cinq ans, la coopérative des Bergers urbains, a pour objectif de valoriser et de développer l’agriculture paysanne en milieu citadin. « Où que l’on aille, l’accueil est le même, constate Julie-Lou. Les gens nous encouragent, prennent des photos. On se sent vraiment soutenu, ça donne envie de continuer. »

Une bergerie de près de soixante-dix têtes à La Courneuve

@Delphine Delarue

Avant de se lancer dans l’aventure, la jeune femme était chef de chantier dans le BTP et Guillaume développeur territorial en économie sociale et solidaire (ESS) – une profession qu’il exerce encore aujourd’hui en parallèle. A eux deux, ils gèrent désormais une bergerie de près de soixante-dix têtes installée dans le parc Georges-Valbon de La Courneuve. Chaque jour de l’année, leurs moutons de race Bleu du Maine sortent et parcourent plusieurs kilomètres pour pâturer l’herbe grasse, réguler les pousses et

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tailler les haies des espaces verts alentours. Leurs terrains de jeux ? Les parcs, les prairies et les jardins des collectivités locales voisines, de l’Office public de l’habitat (OPH) d’Aubervilliers et des immeubles de bureaux Icade situés sur les docks des portes de Paris. Ce jour-là, le troupeau s’arrête près du stade André-Karman, au pied des barres HLM de l’OPH. Ici, les moutons participent à l’entretien des pelouses, mais pas seulement. « Leur présence permet de monter en biodiversité et en même temps de faire une animation qui décloisonne les territoires, précise Guillaume. Dans des quartiers où les gens ont tendance à rester chez eux, à éviter la cité d’à côté jugée plus dangereuse encore, les bêtes génèrent une zone franche qui aide à arpenter la ville dans son ensemble. Cela aide à créer du lien, à pacifier le site autour d’un animal : le mouton, patrimoine commun à tous les peuples. »

Curiosité et anecdote

Quand le troupeau passe au pied de la cité, adultes et enfants le suivent un moment, de lieu en lieu, et, progressivement, la communication s’installe. « C’est fou comme les gens se livrent plus facilement et sans artifice quand les moutons sont là, renchérit Julie-Lou. Ils aiguisent la curiosité des plus jeunes et les anciens racontent leurs petites anecdotes : ça leur rappelle par exemple comment, eux, fauchaient le blé dans les années 1960 quand ils vivaient en Normandie, avant de venir à la capitale. » Autre avantage : le pâturage en ville permet aussi de reconnecter les citadins stressés et surmenés avec la nature et son rythme. Avec les bêtes, ils ralentissent un instant, prennent leur allure et se réapproprient progressivement les espaces verts, ces lieux oubliés qui pourtant existent encore, même en banlieue parisienne. « Dès que l’on met un troupeau dans un jardin, tout de suite, cela révèle la présence des arbres, des pelouses et des jolis coins auxquels plus personne ne fait attention, poursuit Julie-Lou. Cet été, nous avons fait une grande transhumance autour de Paris : j’ai découvert des lieux magnifiques, comme la Vallée de la Marne, qui m’ont profondément attachée à l’Ile-de-France. Pas besoin d’aller loin et de passer des heures dans les embouteillages pour un week-end au vert finalement ! »

Fonction nourricière

On le voit, l’animal a bien sa place dans la cité. Et ce n’est pas tout : à plus petite échelle, sa fonction est égale-

Guillaume Leterrier et Julie-Lou Dubreuilh, cofondateurs des Bergers urbains.

ment nourricière. « Jusqu’au milieu du XXe siècle, toutes les villes et leurs périphéries vivaient avec les animaux, notamment pour le lait et la viande, rappelle Guillaume. Avec l’invention du réfrigérateur, les fermes urbaines ont progressivement disparu et, aujourd’hui, nous sommes devenus complètement étrangers à la fabrication de notre nourriture et à ce que nous mettons dans nos assiettes. » Par leur action, Julie-Lou et Guillaume entendent aussi recréer cette relation ancienne avec l’animal, brisée par l’industrialisation de l’agriculture. Une fois par an, ils vendent donc leur viande. Les consommateurs peuvent s’approvisionner en passant par le site de l’association paysanne Clinamen (Association-clinamen.fr) ou en donnant un peu de leur temps à la coopérative. « L’idée, c’est un peu de revenir au pacte de domestication originel : en échange de la protection, des soins et de l’affection qu’il offre au troupeau, l’homme prélève les quelques bêtes nécessaires à sa subsistance », précise Julie-Lou. Nourri toute l’année à l’herbe grasse sans complément alimentaire sur des sols exempts de produits phytosanitaires, le cheptel donne d’ailleurs une viande particulièrement douce, très prisée par certains chefs parisiens. Dans cette optique de consommation, le troupeau fait en outre l’objet d’un suivi vétérinaire et sanitaire particulièrement pointu. Un contrôle strict, que l’on ne retrouve pas chez les simples moutons d’agrément, qui peuplent nos zoos et autres parcs animaliers. ● Delphine Delarue

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