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Sélection

LES INNOVATEURS

Elles et ils œuvrent dans des secteurs pointus – industrie, énergie, agriculture, santé, tech, IA, défense… On trouve des jeunes et des moins jeunes, des patrons et des syndicalistes, des intellectuels et des petits génies. Toutes et tous ont un point commun: leur détermination à transformer les règles du jeu et à construire de véritables souverainetés.

Dossier

MINES

PATRICK LUABEYA

«La RDC s’impose comme un acteur souverain»

Le faire

7e ART Maroc veut fa son cinéma

terview

Interview

SUSPECT 95

Je ens une vraie quand je vois in parcouru»

« ressens fierté le chemin « est important le récit

Cameroun

MLEY BOUM « extrêmement im nt d’éclairer t historique»

BADIADJI

HORRÉTOWDO « d’apparence»

RRÉTOWDO no une société apparence»

La voix des Afriques en France

Une radio. Deux continents. Des millions d'histoires

DISCOURS ET RÉALITÉS

Souveraineté.C’estlegrandmot-valisedel’époque. Le code magique qui assurerait de la force, de la prospérité, davantage d’indépendance À force de discours, de colloques, de tribunes, de proclamations. En Afrique de l’Ouest, dans les pays de l’AES, le concept claque plus fort encore qu’ailleurs et, de manière générale, les militaires au pouvoir évitent de trop s’étendre sur le comment et sur le contenu. Et sur les échecs de terrain. Le souverainisme permetauxpopulismesdes’appuyersurlerêve,deséduiredes jeunesses paupérisées, en mal d’horizon et d’avenir Et qui sesententrejetéesparlemondeextérieur.

Uneillusiondangereuse.Lasouveraineté,cen’estpas le discours C’est affronter ses dépendances, accroître ses margesdemanœuvre,créerplusderichesses,deschaînes devaleurcohérentes.Lasouveraineté,c’estlamaîtriseprogressive.C’estaffronterlaréalitédemanièreplusefficace. Et la réalité, justement, s’impose à nous. L’Afrique est en croissance rapide: 4,2% attendus en 2026, au-dessus de la moyenne mondiale de 3,1%. Vingt-deux pays au-delà de 5%. Douze des vingt économies les plus dynamiques de la planète sont africaines. Mais on peut croître et rester dépendant. Croître en vendant ses matières premières brutes, en important une grande partie de ce que l’on mange, en hébergeant ses données ailleurs. Le continentaimportépour97milliardsdedollarsdeproduitsagricoles entre 2021 et 2023, un chiffre en hausse de 19% sur unedécennie.Etpourtant,nouspossédons60%desterres arables non cultivées de la planète.

Nousproduisons1%desvaccinsquenousconsommons. L’Union africaine s’est fixé 60% à l’horizon 2040, un objectif qui souligne surtout le gouffre. Nous importons entre 70% et 90% de nos médicaments. Le Covid et l’actuelleépidémied’EbolaenRDCnousl’ontapprisavecbrutalité: l’Afrique est tout au bout de la file d’attente.

Le numérique? Les start-up? La demande africaine en matière de calcul va quintupler d’ici à 2030 Or, nous n’avons ni les data centers ni l’énergie suffisante pour faire tourner la machine. Et c’est la différence entre subir l’intelligence artificielle et compter parmi ses acteurs.

Être réellement souverain, c’est accepter que la bataille sera longue et difficile. C’est encourager les innovateurs et les disrupteurs [voir p. 30-41] C’est accep-

ter qu’une grande partie de la dynamique doit venir de l’entreprise [voir p. 49-78] Les PME, formelles et informelles, sont au cœur du tissu économique Et pourtant, elles étouffent: la Banque africaine de développement (BAD) chiffre à 330 milliards de dollars le déficit annuel de financement qui les empêche de croître. L’une des clés dort dans nos banques, nos fonds de pension, notre diaspora – près de 4000 milliards de dollars qui sommeillent, faute d’instruments pour les mettre en mouvement. La Nouvelle architecture financière africaine pour le développement (Nafad),lancéeen2026àBrazzavilleparlaBAD,viseprécisément à capter cette épargne dormante.

Être souverain, ce n’est pas s’isoler du monde. Ce n’est pas l’autarcie Au contraire, c’est la capacité à s’engager.Àchoisirsesdépendances,sanslessubir.Àdécider avec qui on commerce et selon quels termes La capacité à attirer des capitaux, des investisseurs, des partenaires, des touristes… Nous en avons besoin; le reste, c’est de la littérature. La souveraineté, c’est la séduction.

D’ailleurs, cette ouverture à l’autre commence ici, en Afrique. Produire et s’industrialiser exigent des pôles régionaux, des marchés intégrés, des zones monétaires opérationnelles, des partenariats transfrontières d’intérêts communs. Un continent de 54 États fragmentés restera fragile de manière permanente D’où l’importance stratégique de ne pas enterrer la ZLECAf dans la bureaucratie et les manœuvres court-termistes. La zone de libre-échange n’est pas un supplément d’âme: c’est la condition matérielle de tout le reste.

Vient alors le mot réellement clé, celui sans lequel tout effort est vain: gouvernance. La capacité de la puissance publique à agir de manière effective et transparente. Sa capacité à encadrer À lutter contre la corruption.Aucundesdéfisneserègleparlaseuleproclamation ou par le seul financement. Produire ses vaccins suppose des agences réglementaires crédibles. Nourrir son marché suppose du foncier sécurisé, du crédit qui atteint réellement les agricultrices. Mobiliser 4000 milliards de dollars supposedesmarchésoùl’onoseplacersonépargne.Attirer les investisseurs, c’est respecter la règle de droit. La souveraineté, c’est aussi une exigence intérieure Un contrat entre gouvernants et gouvernés. ■

RUBRIQUES

3 ÉDITO

Discours et réalités par Zyad Limam

6 ON EN PARLE

TEMPS FORTS

30 Les innovateurs par Cédric Gouverneur

42 Patrick Luabeya: «Nous nous imposons comme un acteur souverain» par Zyad Limam

C’EST DE L’ART, DE LA CULTURE, DE LA MODE ET DU DESIGN

Manière d’entendre

26 PARCOURS

80 Le Maroc veut faire son cinéma par Eva Sauphie

Joyce N’Sana par Astrid Krivian

29 C’EST COMMENT?

Tourisme africain: ça bouge! par Emmanuelle Pontié

104 PORTFOLIO

Arles 2026:

Lumières au sud par Zyad Limam

122 VINGT QUESTIONS À…

Eloïsha Iza par Astrid Krivian

86 Suspect 95: «Je ressens une vraie fierté quand je vois le chemin parcouru» par Jihane Zorkot

92 Hemley Boum: «Il est extrêmement important d’éclairer le récit historique, de lui donner un nom, un visage» par Catherine Faye

98 Badiadji Horrétowdo: «Je dénonce cette société d’apparence» par Astrid Krivian

DÉCOUVERTE

49 CÔTE D’IVOIRE

OBJECTIFS 2030 par Zyad Limam, avec Philippe Di Nacera et Jihane Zorkot

50 PND 2026-2030: mode d’emploi

56 Dix balises sur la route de 2030

66

Les talents de demain et le chemin de l’entrepreneuriat

72 La bataille de la souveraineté alimentaire

78 Carte postale: une nature unique et si fragile

BUSINESS

dossier par Cédric Gouverneur

110 Les centres d’appels africains pris en tenaille

114 Az-Eddine Bennani: «Une rupture réglementaire, technologique et sociale»

116 Dangote opte pour le Kenya

117 Le Mondial de football profite à l’Afrique

118 Fondation OCP: impacts et transformations

120 L’urgence d’assurer les Africains

121 Coup de pouce de Google Play au jeu vidéo africain

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Zyad Limam

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ONT COLLABORÉ

À CE NUMÉRO

Jean-Marie Chazeau, Philippe Di Nacera

Catherine Faye, Cédric Gouverneur, Astrid Krivian, Luisa Nannipieri, Sophie Rosemont, Eva Sauphie, Jihane Zorkot

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et illustrations pris dans Afrique Magazine est strictement interdite, sauf accord de la rédaction. © Afrique Magazine 2026.

ON EN PARLE

C’est maintenant, et c’est de l’art, de la culture, de la mode, du design et du voyage

RÉTROS PECTIVE MANIÈRE D’ENTENDRE

À Londres, la musique noire raconte

une autre histoire de la Grande-Bretagne.

La chanteuse américaine
Willie Mae Thornton, dite Big Mama Thornton

NICHÉ DANS L’ANCIEN QUARTIER OLYMPIQUE de la capitale britannique, le V&A East, nouvelle antenne du Victoria and Albert Museum, propose une relecture passionnante de l’histoire sociale, politique et culturelle britannique de 1900 à 2025. Un parcours immersif à travers la musique des communautés noires et de leurs descendants. Plus de 200 pièces retracent cette aventure collective, entre mémoire des luttes et hybridations culturelles: la guitare de Joan Armatrading, le piano de Winifred Atwell, des archives de clubs mythiques, des costumes de scène ou encore des photographies de figures majeures comme Skepta, Little Simz ou Shirley Bassey. L’exposition rappelle combien les artistes noirs ont renouvelé les langages musicaux britanniques, du jazz au reggae, du lovers rock à la drum and bass Grâce à un dispositif sonore individuel, chaque objet, photographie

ou costume s’accompagne de sa propre bande-son, créant une expérience où l’écoute devient une manière de traverser l’histoire Au fil de quatre moments historiques majeurs – l’esclavage, l’Atlantique noir, les migrations du Nouveau Commonwealth et la construction identitaire dynamique de la culture dite noire britannique –, «The Music Is Black» montre aussi comment la musique est devenue un espace de résistance face au racisme, un lieu de construction identitaire et un puissant vecteur de solidarité. Car, derrière les rythmes et les mélodies, se dessinent les histoires de migrations, de discriminations, mais aussi de créativité et d’allégresse ■ Catherine Faye

«THE MUSIC IS BLACK: A BRITISH HISTORY», Victoria and Albert Museum, Londres, jusqu’au 3 janvier 2027. am.ac.uk/exhibitions/the-music-is-black-a-british-story

Le So Solid Crew, à Londres, en 2001
Deborah Dyer, du groupe de rock alternatif Skunk Anansie.
Les rappeurs Skepta et Jammer, en 2005

MAHI

BINEBINE, Nokta, Orients Éditions, 112 pages, 12,50€.

Mahi Binebine

Le plasticien et romancier marocain, auteur des Étoiles de Sidi Moumen et de La nuit nous emportera, entre autres, signe un premier recueil de nouvelles, Nokta.

PUISANT DANS SON VÉCU et dans son histoire familiale, Mahi Binebine explore l’absurdité de l’existence, les coups du destin bousculant son esprit cartésien, les ironies du sort, au fil de 23 histoires entre contes et tranches de vie, à la fois cocasses, croustillantes et émouvantes, empreintes de sagesse, de poésie, de philosophie mystique et de sarcasme Passé maître dans l’art du tragi-comique, l’artiste aux éclats de rire généreux a fait de l’humour une planche de salut. Nokta ne signifie-t-il pas «blague» en darija? Comme il le note: «La vie adore se moquer de nous » Mû par la nostalgie, il dresse le portrait de sa ville de cœur, Marrakech, avec ses légendes, ses fantômes, la médina «couleur de pain cuit» de son enfance, dont il observe les profonds changements au fil du temps. Évoquant ses rendez-vous manqués avec le pouvoir – son bref échange avec Sa Majesté, la visite de son atelier par un président français, alors qu’il est encore «Momo, plasticien émergent» –, il raconte aussi les coulisses du monde littéraire, ses déboires (plagiat, concurrence…), la littérature, telle «une blessure tenue droite». Sa plume se fait poignante quand il creuse «les sombres sous-sols de l’humaine condition»: la mort de la photographe Leila Alaoui, sa «petite sœur», tuée en 2016 par des terroristes à Ouagadougou lors d’un reportage, ou cette lettre déchirante adressée à un enfant palestinien, en écho au génocide à Gaza. Tels les conteurs de la place Jemaa el-Fna qui le captivaient enfant, il a le sens de la formule, du rythme, du mot juste, cisèle ses phrases et fait mouche. À l’image du mythe camusien de Sisyphe, qui fait rouler son rocher malgré le malheur et l’absurdité, Mahi Binebine continue de résister, de lutter, de créer: «On écrit pour ne pas céder au vertige.» ■ Astrid Krivian

SOUNDS

À écouter maintenant!

Wande Coal, King Coal, Starstruck Management/Symphonic

Vingt ans après ses débuts, l’artiste nigérian revient avec King Coal, qui renoue avec des accents R’n’B sans renoncer à l’afrobeats. Et la liste d’invités est hautement recommandable: Wizkid, Tiwa Savage, BNXN, Ruger ou encore Projexx. Invitant à danser toute la nuit et à assumer ses sentiments, Wande Coal s’impose comme une valeur sûre de son pays natal. Et bien au-delà!

Jorja Smith, What Are the Odds, Because Music.

Elle n’a pas encore 30 ans, et c’est déjà son troisième album. Élaboré avec l’un de ses fidèles complices, Richard Olowaranti Mbu Isong, alias P2J, What Are the Odds concilie euphorie du dancefloor et textes personnels, racontant l’évolution de la chanteuse britannique aux origines jamaïcaines. Elle invite Wizkid sur l’ultra-entraînant «Alive», tout en s’offrant de belles ballades mélancoliques.

Lee « Scratch » Perry, Spatial, No Problem, Domino.

C’est le dernier disque enregistré par l’icône du dub, Lee «Scratch» Perry (1936-2021), avant son décès, aux côtés du duo électronique allemand Mouse on Mars. S’affranchissant des codes reggae, s’amusant avec l’éthio-funk et les sonorités bluesy, le disque s’avère singulier, voire improbable, riche et accessible À la hauteur de cet «Upsetter» («l’emmerdeur»)! ■ Sophie Rosemont

Gugu Gumede (à gauche) et Kwanele Mthethwa (à droite).

CINÉ MA

LA RÉVOLTE DES ÉPOUSES

Joli succès pour la dernière luxueuse production africaine de Netflix. Cette télénovela cruelle dans la haute bourgeoisie zouloue met en scène les mésaventures d’un mari polygame et montre comment des femmes parviennent à se sortir de l’écrasante domination masculine. Ou pas.

VOILÀ UN SOAP OPERA ÉPICÉ, à la sauce sud-africaine, avec les moyens de Netflix! Une histoire familiale à tiroirs, dans un Johannesburg bling-bling, autour d’un chef de famille flamboyant qui entretient plusieurs foyers Quelques incursions dans les townships rappellent les origines de Jonasi Gomora, tout-puissant patron qui s’est extrait de la misère à force de travail. Une réussite financière doublée d’un mariage avec une influenceuse à succès dans le luxe. Mais Joyce va découvrir la duplicité affective et sexuelle de son époux, marié secrètement à d’autres, comme le permet la tradition. Adaptés du roman The Polygamist, de l’autrice zimbabwéenne

Sue Nyathi, ces 22 (courts) épisodes somptueusement réalisés captivent très vite, notamment grâce à de superbes actrices glamour et sophistiquées. Elles incarnent des rôles ambivalents de femmes fortes qui acceptent, jusqu’à un certain point, la domination du mari volage, car elles y trouvent aussi des avantages… D’une clinquante cérémonie

de renouvellement de vœux de mariage à un diagnostic de gonorrhée partagée, en passant par la dégustation de bons petits plats mijotés à Soweto, les hommes apparaissent plus caricaturaux On assiste à une descente aux enfers d’un trash très maîtrisé, entre répliques incendiaires («Dois-je te rappeler qu’on doit cette pagaille au fait que t’as pas réussi à serrer les cuisses?» lance Joyce à une autre épouse) et scènes d’intimité dans des draps de soie – mais pas toujours… Plus féministe qu’il n’y paraît, cette mini-saga montre aussi les répercussions sur les enfants. De quoi relancer le débat sur la polygamie, tradition reconnue par le droit sud-africain. À voir en VO zouloue, ou dans la version française réalisée par le studio Cinékita de Côte d’Ivoire ■ Jean-Marie Chazeau

THE POLYGAMIST (Afrique du Sud), d’Akin Omotoso et Rolie Nikiwe. Avec Gugu Gumede, S’dumo Mtshali, Kwanele Mthethwa Sur Netflix

Le jeune Muhammad Gazawi interprète Khaled, rôle pour lequel il a reçu le prix du meilleur acteur aux Ophir Awards.

LONG -MÉTRAGE

La mer et l’enfant

Un jeune Palestinien de Cisjordanie traverse illégalement Israël sans prévenir personne et voit la Méditerranée pour la première fois. Un regard d’enfant qui ne s’oublie pas.

TOURNÉ EN GRANDE PARTIE EN ARABE, The Sea avait été choisi pour représenter Israël aux derniers Oscars, provoquant la colère du gouvernement Netanyahou! Produit par un Palestinien et réalisé par un Israélien, le film suit les pas du jeune Khaled, 12 ans, débarqué du car scolaire qui emmène son école à la mer, faute de permis en règle pour traverser l’État hébreu. Le lendemain, sans rien dire, il quitte la maison, dans son village près de Ramallah,

un masque de plongée dans le sac. Son épopée clandestine vers les plages de Tel-Aviv, à 60 kilomères de là, va lui faire découvrir des rues et des comportements très nouveaux pour lui, dans une société d’abondance bien loin de son quotidien précaire. Déjà confronté aux incursions israéliennes en Cisjordanie – il récupère les douilles des grenades abandonnées par les soldats de Tsahal –, le voilà en terre ennemie, sans en parler la langue. Tout passe alors par le regard, déterminé,

les yeux grands ouverts. Quelques scènes montrent des rapports entre Juifs et Arabes d’une bienveillance insoupçonnée, mais une tension est palpable tout au long du film. Un petit miracle de cinéma israélopalestinien, qui ne tombe pas pour autant dans l’angélisme. ■ J.-M.C.

THE SEA (Israël), de Shai Carmeli-Pollak Avec Muhammad Gazawi, Khalifa Natour, Marlene Bajali. En salles le 9 septembre.

Reflet de l’univers

Figure majeure de l’espace littéraire francophone, la Mauricienne Ananda Devi retourne à sa terre natale pour composer une fabuleuse épopée où se tissent histoire, mémoire et merveilleux.

C’ESTSANSDOUTESONROMANLEPLUSAMBITIEUX.Toutcommenceau Bouchon,unvillageisolédel’îleMaurice,oùquatregénérationssesuccèdent depuisl’esclavage.Àl’originedecettecommunauté,cinqenfantsbannisd’une plantationsucrière–troisélevéscommedesBlancsparlepropriétaireetsa femme,qui,paruneespècedesubterfugedudestin,vontpasserpendantplusde vingtanspourleursenfantslégitimes;deuxnésd’uneesclavenoire.Enréalité, tousseraientlesdescendantsd’unmêmehomme,lemystérieuxVieuxBouc,un ancienesclaveafricain,dotésemble-t-ild’unmagnétismeirrésistible.Chassés parlepropriétaireblanc,MonsieurDumontais,quiserendcomptedelaméprise, lescinqfrèresetsœursonttrouvérefugeàl’extrêmesud-estdel’îleetfondé unroyaumerégiparsespropreslois,àl’écartdumonde,àl’abrid’uneforêtet d’unebaie.Unesortedeparadisperdu.Danscetuniverscontenudansuntout petitvillage,oùlesmortsparlentauxvivants,oùunefemmerenaîtendivinité végétaleetoùunenfantdevientleconfesseurdugenrehumain,tandisqu’un autrevitparmilesoiseaux,leréalismesemêleàlamagieetaumythe.Fidèleà sonécriture,AnandaDevi,voixmajeuredelalittératuremauricienne,néede parentsd’origineindienne,faitdialoguerlaviolencedel’histoire colonialeavecuneimaginationfoisonnante.Lesurnaturel n’estjamaisunsimpledécor:c’estuneautremanière dedirelesblessuresdelamémoire,latransmission destraumatismesetlapuissancedesliens familiaux.Couronnéeen2006parleprix desCinqContinentsdelafrancophonie etleprixRFOpourÈvedesesdécombres (Gallimard),cetteautriced’uneœuvre récompenséeàplusieursreprises ettraduitedansunedouzainede languespoursuitl’exploration desthèmesquiluisontchers: domination,métissage,désir, cruauté,maisaussirésistancedes oubliés.LevillageduBouchon devientuneminiaturede l’humanité,oùlespassions individuellesrejoignentles bouleversementsdumonde. Unlieuderésistance,mais aussiderésurrection.Parce que,mêmedanslestempsles plussombres,larenaissance esttoujourspossible. ■ C.F.

DEVI, Chronique d’un royaume perdu, Grasset, 464 pages, 24€.

ANANDA

La Pyramide d’Abidjan en construction, autour de 1973

«ARCHITECTS OF LIBERATION: MODERNISM IN WESTERN AFRICA», MoMA, New York (ÉtatsUnis), jusqu’au 2 janvier 2027 moma.org/

Vue de l’exposition

Le modernisme africain à New York

Le MoMA retrace l’effort de reconquête et de réappropriation des architectes en Afrique de l’Ouest après les indépendances à travers une expo majeure.

LE MUSEUM OF MODERN ART (MoMA) de New York accueille une première exposition d’envergure sur le continent américain consacrée à l’architecture d’Afrique de l’Ouest entre la fin des années 1950 et le début des années 1980. Dédiée aux «architectes de la libération», elle est le résultat de quatre années de recherche sur le terrain et explore le lien entre le courant moderniste et les aspirations à l’autodétermination au Bénin, au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Ghana, au Nigeria, au Sénégal et au Togo À l’époque des indépendances, la création d’une nouvelle identité architecturale est traversée par les idéaux du panafricanisme et de l’«africanisation culturelle», en rupture avec la domination coloniale. L’exposition aborde des thématiques essentielles de cet élan bâtisseur, des paysages urbains à l’éducation, en passant par le logement, présentant environ 450 objets – dessins, maquettes et photographies d’archives – issus de plus de 50 collections réparties dans 17 pays ou réalisés spécialement pour ce parcours C’est l’occasion de dévoiler des pièces inédites, mais surtout de valoriser le travail de nombreux architectes encore largement méconnus Leurs noms apparaissent ici aux côtés de bâtiments iconiques: l’auditorium du lycée Mamie Adjoua de Yamoussoukro, dessiné par l’Ivoirien Jean Léon, ou la gare de Bessengué, au Cameroun, imaginée par Jacques Nsangue Akwa et Emilien Douala Bell. Mais aussi les projets bioclimatiques du Nigérian Demas Nwoko et ceux de Cheikh Ngom, premier architecte sénégalais à ouvrir son cabinet dans le pays après l’indépendance. Sans oublier la Pyramide d’Abidjan, de l’Italien Rinaldo Olivieri, ou le CICES de Dakar, un édifice emblématique du «parallélisme asymétrique» codifié par Léopold Sédar Senghor, qui crée des harmonies dynamiques à l’aide d’éléments divers et non répétitifs Les œuvres d’architectes non africains, issus de Yougoslavie (Zoran Bojovic), d’Italie, de France (Henri Chomette) et d’ailleurs, complètent ce parcours, valorisant l’effort fourni pour adapter, adopter et réinventer le vocabulaire moderniste. ■ Luisa Nannipieri

Le lycée Mamie Adjoua de Yamoussoukro, pensé par l’architecte ivoirien Jean Léon

RE NDEZ -VOUS

VOIR AUTREMENT

Ci-contre, Malick Welli et Charlotte

Brathwaite, We Who Remain, «Forgotten Paradise: The Meeting», 2026

Ci-dessous, Thandi Pinto, Observadores das Estrelas, 2026

La foire d’art contemporain AKAA revient du 23 au 25 octobre au Carreau du Temple, à Paris. Cette 11e édition mettra à l’honneur le papier et la photographie.

DEVENUE UN VÉRITABLE TEMPS FORT pour les artistes africains, les collectionneurs et les institutions, la foire d’art contemporain AKAA s’ouvrira pour la deuxième année consécutive sous la direction artistique de Sitor Senghor. Après la céramique, cette 11e édition sera consacrée au papier. Pour faire écho au bicentenaire de l’invention du médium photographique, le parcours accordera une place privilégiée à la photo et invitera à voir autrement les notions de mémoire, d’identité et de représentation. Trois galeries africaines, parmi la vingtaine sélectionnée, seront présentes: Arte de Gema (Maputo, Mozambique), Loft 3 Gallery (Harare, Zimbabwe) et Umoja Art Gallery (Kampala, Ouganda). Côté création, l’installation monumentale du Sénégalais Gabriel Dia déploiera un ensemble de clichés grand format imprimés sur textile et suspendus dans l’espace.

À travers un procédé de surimpression aux tonalités douces, l’artiste explore les

questions d’identité, de transmission et de réconciliation avec soi-même, lui qui a fui Dakar à la majorité en raison des répressions liées à son orientation sexuelle. «Enfant, je me cachais pour essayer les vêtements de femmes que ma mère confectionnait dans son atelier de couture, confie l’artiste. Un jour, je me suis fait attraper et ma mère s’est emportée en me découvrant.» En 2023, il retourne à l’atelier et y organise un shooting pour se réapproprier son souvenir d’enfance et en changer la narration. «Ma mère était présente et y a vu une tout autre dimension dans le cadre de la création.» Une manière de se réconcilier avec la mémoire et l’héritage maternel. Au programme également: des conférences, des performances, des projections et des débats. ■ Eva Sauphie

AKAA, 11e édition, Carreau du Temple, Paris (France), du 23 au 25 octobre. akaafair.com

ARCHIVES

IMAN AHMED, Abdallah superstar, Actes Sud, 160 pages, 16€. s 0 pages, €

De père en fille

Un texte original, où Djibouti, musique pop et figure paternelle insoupçonnée s’entrecroisent

pour dire l’intime.

«COMME CERTAINES CHAÎNES DE VOLCANS, la chaîne YouTube de mon père était restée inactive

Pas morte, inactive » Lorsqu’Iman Ahmed ranime l’espace rassemblant toutes les vidéos de son père disparu, elle ne se doute pas qu’elle va faire émerger un monde englouti Non pas l’enfer décrit par Rimbaud, à la fin d’une courte vie convertie au négoce et à l’exploration en Afrique de l’Est, ni ce pays «à peine sorti du Moyen Âge» dont parle l’INA, mais le Djibouti de son enfance à elle. Une époque jamais racontée: les années 1990, entre l’indépendance et la fin de la guerre civile Sous ses yeux défilent des dizaines de clips, de concerts, d’enregistrements en studio, filmés et consignés par son père, dans lesquels elle découvre l’existence d’un groupe mythique de pop djiboutienne dont la vedette se nomme Abdallah. «Dans ce pays où les militaires tournent en rond, un peuple entier danse sur de la pop acide.» La musique d’Abdallah devient alors obsédante. La star nationale est un prétexte idéal pour se replonger dans la vie flamboyante de son père. ■ C.F.

Acte de résistance

Un premier roman sur le droit à se libérer de l’assignation à la virilité. Et à devenir soi.

LORSQU’ABIBOU DIOUF dédie son premier roman à son père, qui lui a «transmis l’amour de la liberté», c’est une voie singulière qu’il ouvre. Car, dans son exploration de la fabrique des masculinités, des violences symboliques exercées au nom de la tradition et du poids du silence au sein des familles sénégalaises, c’est également le rapport père-fils qu’il interroge avec finesse. Son personnage, Fadel, le narrateur de l’histoire, est né à Dakar, «une ville où l’air est saturé d’un virilisme qui s’infiltre partout: dans les corps, les démarches, les regards, les intonations, et jusque dans les silences». Avant de s’installer à Paris, il grandit dans une société où, dès l’enfance, on apprend aux petits garçons à devenir des hommes forts, dominants, «une virilité brute, dépouillée de douceur, façonnée par des siècles de traditions et de codes sociaux». La mort de son père agit comme un déclencheur. Retour au pays Retour à la famille. Afflux de souvenirs. L’Âge de déplaire explore ce moment où l’on comprend que l’héritage n’est pas seulement ce que l’on reçoit, mais aussi ce que l’on choisit de transformer, de taire ou de brûler Au fil de son parcours de deuil, le narrateur se pose la question de la désobéissance. Courageuse et douloureuse. Nécessaire pour pouvoir faire ses propres choix. Et se construire Un roman habilement subversif, dont le titre sonne haut et fort. Tel un bouclier face à l’oppression, il rappelle notamment la promulgation, en mars dernier, d’une loi discriminatoire durcissant la répression de l’homosexualité au Sénégal. ■ C.F.

ABIBOU DIOUF, L’Âge de déplaire, Albin Michel, 192 pages, 19,90€.

DE SIGN

Géométries variables

Les bijoux étonnants et maximalistes de Kenza listes Klay, aux couleurs éclatantes et aux formes originales, or revendiquent uent une culture lture marocaine e désinvolte et te sans cliché.

La ligne de bijoux «Zelij» s’inspire directement des mosaïques marocaines

LA NOUVELLE GÉNÉRATION de créatifs marocains n’hésite pas à remettre en question l’image stéréotypée du design du royaume. Elle s’attache à l’artisanat et à l’héritage en les modernisant, en explorant d’autres perspectives. Prenons Kenza Alaoui, 38 ans: après une belle carrière dans l’événementiel, stoppée par la pandémie, elle s’est découvert un talent pour la création de bijoux en argile polymère et a lancé la marque Kenza Klay. Ses pièces sculpturales réalisées à la main mélangent couleurs et textures, et sont inspirées par ses souvenirs et son quotidien. Plus récemment, elle les a structurées en collections audacieuses et authentiques. Si sa ligne «Zelij» reprend clairement les motifs de l’architecture marocaine, le lien avec la culture du pays est beaucoup plus fin dans «Flower Affair», une collection dédiée à la flore qu’elle a croisée dans les neuf pays où elle a vécu. Ces pièces féminines, légères et organiques expriment une extravagance, une couleur et une grandeur résolument marocaines. Et les drapés fluides et superposés des pétales n’évoquent-ils pas les plis et les broderies des caftans? «Ce que je fais est marocain, car je suis Marocaine», revendique l’artisane, désormais basée à Casablanca. Un fait reconnu par la Maison de l’artisan, qui a inclus son travail dans le livre Bijoux et parures au Maroc, publié l’année dernière par le musée des Oudayas de Rabat. Des bijoux à découvrir lors de ses pop-up locaux et à l’international, mais aussi dans les shops de plusieurs musées: à Boston, Miami ou Paris, au Petit Palais et au musée Matisse. ■ L.N. kenzaklay.com

MODE

L’ÉLÉGANCE

QUI MET À L’AISE

Les silhouettes raffinées et engageantes du label sénégalais Sayana, pour les femmes épanouies qui ne renoncent pas à leur liberté de mouvement.

Les

de la collection

MARIE-DELPHINE ET DENISE THIAW SONT MÈRE ET FILLE. La première est couturière de longue date, la seconde entrepreneuse dans le domaine de la création.

Elles sont le cœur battant de la marque sénégalaise Sayana. Un nom qui rend hommage à deux autres femmes de la famille, les grands-mères Saye et Anna. Quand, en 2021, Denise décide de se lancer dans la mode, avec des idées mais sans les connaissances techniques pour les réaliser, elle se tourne naturellement vers sa mère.

Deux ans plus tard, elles ouvrent un atelier-boutique à Dakar, dans le quartier du Plateau, et leurs créations se vendent désormais à Abidjan et à Ouagadougou.

L’identité de la marque se structure autour du concept de soulful elegance Ce principe permet à leurs pièces, pensées

robes
«Dakar, Le Plateau» s’inspirent du raffinement de la capitale
La robe Soukaï et la robe Oulaï.
La pièce Guelwaar

Le top Wantaï et le pantalon Bideew.

pour des femmes contemporaines joyeuses et assurées, de conjuguer sans effort style, confort et élégance. Avec leur charme et leurs couleurs fraîches, elles se portent au quotidien, mais elles trouvent tout autant leur place lors d’une soirée spéciale ou d’un rendez-vous important. Le travail sur les tissus et les textures, attentivement sélectionnés, voire spécialement créés, ne naît pas simplement de la volonté de se sentir bien dans sa peau et libre de ses mouvements: les matières choisies permettent de structurer les silhouettes tout en jouant avec les plis et les volumes, pour un effet de souplesse et de douceur. La jupe Ndiakhass,

en bandes de taffetas vert et wax thaïlandais, crée une vibrante harmonie chromatique inspirée de Dakar et un mouvement sculptural singulier. Le haut Soukaï, avec son motif à pois qui se déploie telle une constellation vivante, est aéré mais défini par ses plis et sa ceinture. Quant à la robe Guelwaar, en tweed rouille et à la coupe noble, elle souligne la prestance naturelle des formes féminines grâce à son col officier et à sa ligne boutonnée. Des vêtements à découvrir dans les pop-up stores et qui, d’ici à la fin de l’année et après une halte parisienne, auront fait la tournée de plusieurs capitales du continent. ■ L.N. sayanacollections.com

S

NGALLE JOJO Makossa retrouvé

Le premier album de Ngalle Jojo, Na Bo Ndedi, retourne aujourd’hui dans les bacs, réédité grâce à un label de chercheurs de pépites, Celluloid Records, et s’accompagne d’un nouveau single.

ÉLO-LODIE – CARESSES D’AMOUR. Tout un programme, qui signe le retour aussi inespéré qu’inattendu d’une icône du makossa, Ngalle Jojo. Né à Douala, formé très jeune lors des spectacles d’école et autres fêtes locales, il fait dialoguer les rythmes traditionnels avec les promesses technologiques de la fin des années 1970. C’est «Alliance» qui le révèle, d’abord enregistré au Cameroun, puis remanié à Paris, dans un studio des Champs-Élysées Alors que ce jeune étudiant en droit vient à peine de passer la majorité, il décroche un disque d’or. «Na Bwa Bongo» et «Madillia» l’imposent comme l’un des plus beaux noms de la diaspora camerounaise, à laquelle appartiennent également les instrumentistes Jean-Yves Messan, Patrick Francfort et François Corea, qui interviennent sur le magnifique Na Bo Ndedi, enregistré en 1978 à Paris. Avec ses arrangements luxuriants et son sens du groove, l’album est un appel à danser pour le moins imparable. Mais la disparition de son label, quelques années plus tard, n’encourage pas Ngalle Jojo à poursuivre dans l’industrie musicale Il choisit le métier de juriste, tout en écoutant l’appel de Dieu, qui le conduit à devenir pasteur dans l’Oise. Lorsque le label Celluloid remet la main sur les bandes originales conservées dans les archives Sonodisc, déposées à la BnF, sa tête pensante, Adam Karakos, ne se

contente pas de restaurer un classique. Alors qu’il vient signer des contrats, Ngalle Jojo oublie sa carte d’identité dans un scanner… Et revient la chercher, mais pas seul: avec un DVD à la main On l’y voit interpréter, dans son salon, une chanson inédite sur son synthétiseur: «Élo-lodie». «Je suis auteur, compositeur, arrangeur, interprète, pasteur, évangéliste, juriste. J’ai bien des cordes à mon arc», résume-t-il… En résulte un 45 tours baptisé Élo-lodie – Caresses d’amour, son premier enregistrement inédit depuis plus de trente ans. Le groove est toujours là, comme ce fameux mantra: «Chaud!» ■ S.R.

RY THME
NGALLE JOJO, Élo-lodie – Caresses d’amour et Na Bo Ndedi (Celluloid Records/Modulor).

ON EN PARLE

HOMMAGE

ENTRE MARRAKECH ET TOMBOUCTOU

Un nouveau lieu culturel, au cœur de la ville rouge, accueille la collection personnelle de l’anthropologue

Bert Flint, consacrée à l’héritage afro-berbère.

Vue de l’exposition

ANTHROPOLOGUE ET HISTORIEN DE L’ART, référence incontournable du patrimoine culturel d’Afrique du Nord et de la culture amazighe, le Néerlandais Bert Flint a consacré sa vie à étudier et partager l’histoire des échanges entre le Maroc et l’Afrique de l’Ouest. Jusqu’à sa mort, en 2022, il guidait personnellement les visiteurs à travers les salles mauresques du musée Tiskiwin, chargées d’objets en tout genre. Après la

fermeture du musée, à la suite du séisme de 2023, son neveu s’est engagé à faire revivre son héritage. C’est ainsi qu’un nouveau lieu culturel a ouvert ses portes dans un riad rénové de la médina de Marrakech, proposant une incursion immersive sur les anciennes routes caravanières du Sahara. Sous le signe de la grenouille, symbole de fertilité tant au nord qu’au sud du désert, on découvre bijoux, textiles, masques et

outils du quotidien, issus de la collection personnelle de Bert Flint. Des pièces soigneusement présentées, qui révèlent la complexité des racines africaines du Maroc. Une approche interactive permet même de jouer avec certains artefacts, de tester ses connaissances et de se laisser surprendre par leur ingéniosité.

La collection permanente est répartie entre quatre salles ouvertes sur la cour centrale et le premier étage,

mais le site accueille aussi des activités culturelles et éducatives ou des expositions temporaires. Comme «Photographies du Sud marocain» par Boris Witjas, en cours, un rare témoignage sur le Maroc rural et amazigh des années 1960 et 1970. La visite se termine sur le paisible toit-oasis, où l’on peut se reposer et boire un thé sous une grande tente traditionnelle venue du sud du pays ■ L.N. marrakesh-timbuktu.com

Le théâtre de l’ancienne cité de Leptis Magna, construit entre le Ier et le IIe siècle après J.-C

PATR IMOINE

HONORER LA MÉMOIRE

L’IMA révèle l’extraordinaire richesse archéologique libyenne, qui compte parmi les plus importantes du bassin méditerranéen.

DE LEPTIS MAGNA, sur la côte libyenne, aux paysages archéologiques d’Apollonia, ancienne cité grecque de Cyrénaïque, en passant par les monuments de Latrun, chaque pierre semble dialoguer avec l’horizon marin et raconter encore la puissance d’une cité qui fut l’un des grands centres du monde romain. Pourtant, hors du cercle des archéologues et des historiens, l’ancienne colonie phénicienne, devenue romaine au IIe siècle avant notre ère, demeure méconnue.

C’est l’un des mérites de l’exposition présentée à l’Institut du monde arabe que de remettre en lumière un patrimoine exceptionnel et, à travers lui, une histoire longtemps éclipsée par l’actualité. Car la Libye – carrefour des civilisations dont l’histoire relie l’Afrique, le monde arabe et la Méditerranée depuis plus de deux mille ans –souffre d’un paradoxe. Si son territoire abrite quelquesuns des sites archéologiques les plus remarquables du bassin méditerranéen, au fil des années, le pays apparaît surtout à travers les conflits, les fractures politiques ou les crises migratoires. Cette instabilité favorise, depuis 2011, une intensification alarmante du pillage de ces sites et du

trafic illicite d’œuvres d’art. Face à cette situation critique, «Libye, patrimoine révélé» fait porter notre attention sur les actions menées, depuis les années 1970, par la Mission archéologique française de Libye (MAFL), aux côtés des autorités libyennes et des forces de l’ordre internationales. Ce combat pour la sauvegarde se traduit par un travail minutieux d’identification des œuvres volées et dispersées, de documentation des sites endommagés et d’appui aux procédures de restitution. Ainsi, l’archéologie n’est pas seulement un outil de connaissance, mais aussi un instrument essentiel de coopération internationale et de protection d’un héritage appartenant à l’humanité tout entière. À travers des cartes, des films, des relevés scientifiques et des photographies de terrain, l’exposition ne se contente pas de regarder vers le passé, mais rappelle une évidence souvent oubliée: le patrimoine constitue aussi une ressource pour penser l’avenir ■ C.F.

«LYBIE, PATRIMOINE RÉVÉLÉ», Institut du monde arabe (IMA), Paris (France), jusqu’au 20 octobre. imarabe.org

Vue de l’exposition.

Histoires de plumes

Le musée du Quai Branly propose une traversée éblouissante sur les traces des oiseaux de paradis, qui captivent le monde depuis cinq siècles.

ON CONNAÎT BIEN LE STRELITZIA REGINAE, plante emblématique du monde tropical Originaire d’Afrique du Sud, cette fleur hors du commun évoque le bec et le plumage flamboyant de l’oiseau de paradis, son homonyme. Issu, quant à lui, des forêts tropicales de Nouvelle-Guinée, ce volatile a longtemps semblé appartenir au monde des légendes Ses couleurs éclatantes et ses formes extravagantes nourrissent récits merveilleux, collections princières et recherches scientifiques. L’exposition «Plumes du paradis – Voyages d’un oiseau extraordinaire de Nouvelle-Guinée» se glisse dans le sillage du paradisier, son autre nom, dont les plumes ornèrent, au fil des siècles, les coiffes des Papous comme celles des sultans ottomans et des élégantes parisiennes. Au-delà de la beauté spectaculaire de cet oiseau, le parcours croise les regards de l’histoire naturelle, de l’art, de la mode, de l’ethnologie et de l’écologie. Il évoque aussi les échanges entre les peuples: les plumes deviennent objets de prestige, monnaies ou symboles de pouvoir, circulent sur les routes commerciales et révèlent les liens complexes entre découverte, négoce et domination coloniale. Cette histoire entre en résonance avec celle du continent africain, où les plumes occupent une place importante dans les cérémonies, les parures royales ou les rituels. Un témoignage de la manière dont les sociétés humaines attribuent une valeur symbolique au monde animal, au fil d’une cartographie mouvante. Une invitation à réfléchir à notre relation au vivant. ■ C.F.

Diverses parures. «PLUMES DU PARADIS – VOYAGES D’UN OISEAU EXTRAORDINAIRE DE NOUVELLE-GUINÉE», musée du Quai Branly, Paris (France), jusqu’au 8 novembre quaibranly.fr

QUAND VENISE REGARDE VERS L’AFRIQUE

La réalisatrice tunisienne Kaouther

Ben Hania, Lion d’argent pour son film déchirant sur Gaza l’an dernier, est membre du jury de la 83e édition de la Mostra. Le plus ancien festival de cinéma du monde se tourne régulièrement vers le cinéma de l’autre côté de la Méditerranée, participant même à sa production.

ELLE REVIENT À VENISE comme membre du jury – présidé par l’actrice et réalisatrice américaine Maggie Gyllenhaal –, un an après avoir remporté le Lion d’argent pour La Voix de Hind Rajab. Kaouther Ben Hania connaît bien la Biennale et son festival de cinéma En 2013, la cinéaste tunisienne y présentait Le Challat de Tunis, son vrai-faux documentaire sur un agresseur de femmes dans les transports à Tunis. Un film pas encore terminé, mais projeté à des professionnels du cinéma dans le cadre du Final Cut Venice, tout juste créé pour les cinéastes africains et arabes. Accueil VIP et projection de leurs films, de fiction ou documentaires, parfois sans mixage ni montage définitif, devant un public restreint: distributeurs, sociétés de postproduction, programmateurs de festival, mais aussi responsables d’organisme et d’entreprise octroyant des prix dotés de milliers d’euros, permettant de boucler un budget ou de trouver une diffusion.

C’est ce qui est arrivé au Guinéen Thierno Souleymane Diallo (Au cimetière de la pellicule (1), 2022) ou à Dieudo Hamadi, avec son beau documentaire sur le fleuve Congo, En route pour le milliard (2), soutenu à Venise en 2019 et sélectionné au Festival de Cannes l’année suivante – il y est retourné l’an dernier en tant que membre du jury. Son compatriote Rafiki Fariala avait aussi bénéficié de ce coup de

pouce vital pour son documentaire tourné à Bangui: Nous, étudiants! (3) (2022) Il a, cette année, été remarqué sur la Croisette pour Congo Boy, qui sortira en salles en novembre.

Lauréat du Final Cut Venice 2025, un film camerounais, La Maison du vent, se retrouve un an plus tard en sélection officielle, section Orizzonti. Tourné à Yaoundé, c’est le premier long-métrage de Bernard Auguste Kouemo Yanghu. Aucun film africain en compétition pour le Lion d’or, toutefois… Mais la sélection parallèle Journées des auteurs accueille deux productions, une nigériane et une égyptienne. Par ailleurs, une version restaurée des Yeux bleus de Yonta (1992), de Flora Gomes, sera présentée.

Plus surprenant: douze ans après avoir tourné Timbuktu en Mauritanie, Abderrahmane Sissako y situe le cadre de son premier film en réalité virtuelle: Artou, coproduit par Omar Sy, qui en assure aussi la voix off, est un moyenmétrage en compétition dans la sélection Venice Immersive. Sur la célèbre lagune, l’Afrique n’est pas à l’écart du cinéma mondial et de ses évolutions. ■ J.-M.C

83e FESTIVAL

ON EN PARLE

BRUXELLOISES

La capitale belge accueille des lieux métissés et ouverts, où la gastronomie s’associe à la culture, croisant harmonieusement les horizons les plus divers.

DEPUIS PRÈS DE TRENTE ANS, au cœur de Bruxelles, une brasserie met en valeur les cultures du Sud avec des plats familiaux et généreux.

L’Horloge du Sud naît d’une idée du Sénégalais Ken Ndiaye et de son associé belge Paul Jamoulle À la fin des années 1990, ils reprennent un vieux café de quartier où les personnes racisées n’étaient pas les bienvenues, pour en faire un lieu culturel inédit et ouvert à tous, notamment

aux grands artistes africains de passage dans le pays. Après la disparition de Ken, sa filleule Nakani, 32 ans, a repris le flambeau, apportant une touche moderne au lieu, tout en veillant à en garder l’esprit. Elle a proposé au chef Daniel, aux fourneaux depuis seize ans, des collabs avec de jeunes collègues, sans toutefois renoncer aux classiques. À la carte, on trouve ainsi du dibi et du yassa, avec beaucoup de citron et de moutarde,

comme le lui a appris son parrain, ou encore du mafé. La version à l’agneau, cuit pendant des heures, est une tuerie! Une cuisine savoureuse et fédératrice. Autre spot où manger lors d’une afro-jam ou d’un DJ set, le Café Béguin a été ouvert à l’automne 2017 par un Éthiopien et une équipe métissée, misant sur la fusion de saveurs d’Afrique de l’Ouest et méditerranéennes. Les cocktails maison racontent l’histoire de ce mix de

cultures et d’horizons: de l’African Fire, à base de rhum, de tabasco et de fruit de la passion, au Bombiscus, avec du marasquin et du jus de bissap Sur la table, on trouve des brochettes et des ailes de poulet, mais aussi du thiep, des plantains, du maïs grillé et des moules au mafé. Un syncrétisme porté par les épices et les sauces du continent, ainsi que par des ingrédients locaux et méditerranéens ■ L.N. cafebeguin.be | horlogedusud.be

L’HORLOGE DU SUD
CAFÉ BÉGUIN

ARCHI

Rabat vise le ciel

La tour la plus haute du Maroc, telle une fusée lancée vers l’espace, incarne les ambitions et la montée en puissance du royaume, célébrant son souverain.

SA SILHOUETTE ÉLANCÉE est visible jusqu’à 50 kilomètres à la ronde: inaugurée officiellement au printemps dernier, la tour Mohammed VI a révolutionné la skyline de Rabat. Culminant à 250 mètres au-dessus de la vallée du Bouregreg, ce gratte-ciel de 55 étages à usage mixte est désormais le bâtiment le plus haut du Maroc, et le troisième d’Afrique.

Le projet des architectes Rafael de la-Hoz (Espagne) et Hakim Benjelloun (Maroc) a été inspiré par le PDG de la Bank of Africa, Othman Benjelloun. Invité en 1969 à assister à une simulation de vol avant le lancement d’Apollo 12 vers la Lune, il a été tellement frappé par la fusée sur son pas de tir qu’il rêvait depuis de capturer cette image en réalisant une tour iconique pour son pays.

Le résultat est un exploit d’ingénierie capable de résister à l’activité sismique, aux vents forts et aux risques d’inondation liés au Bouregreg. Une prouesse technique développée en huit ans de chantier – dont quatre de retard – par le groupe belge BESIX, qui souligne le design innovant et durable du projet: de l’amortisseur dynamique au sommet aux fondations de 60 mètres de profondeur, en passant par une ossature en acier qui permet de créer des plateaux sans colonne, entièrement aménageables.

L’intérieur a été aménagé par le Français Pierre-Yves Rochon, avec des pièces de design contemporain marocain et près de 7000 œuvres d’art. On y retrouve des bureaux, des appartements de très haut standing, un hôtel de luxe de 55 clés sous la marque Waldorf Astoria, plusieurs restaurants gastronomiques et une plate-forme panoramique. ■ L.N.

Certifiée pour son efficacité énergétique, la tour est dotée de 2200 m² de panneaux solaires sur le toit et environ 1800 m² sur la façade

Joyce N’Sana

Avec son «afrobluehop» lumineux et sa voix singulière au timbre soul, la chanteuse congolaise cultive les vibrations positives pour panser les blessures intimes et collectives. Présenté à la 40e édition du festival

Nuits d’Afrique de Montréal, son album Télama offre, à travers ses leçons de vie, un message d’espoir et de résilience. propos recueillis par Astrid Krivian

VTélama, 2024, Joyce N’Sana.

este en cuir, cuissardes en skaï, guêpière et short imprimé léopard scintillant, sa longue chevelure rouge nattée se balançant au gré de ses mouvements, Joyce N’Sana a tout d’une prêtresse rock. Avec sa voix aux couleurs blues et soul, elle joue ce soir d’été – face à un public conquis – sur la scène du festival international Nuits d’Afrique de Montréal, au Québec, où elle réside depuis seize ans. L’autrice-compositrice-interprète originaire du Congo-Brazzaville a forgé son propre style, l’«afrobluehop», savoureux mélange de musiques congolaises, de blues, de rock, de hiphop et de reggae Riche de ces différentes esthétiques comme d’énergies lumineuses et galvanisantes, son deuxième album Télama porte un message «d’espoir, de résilience et de rassemblement». Télama ne signifie-t-il pas «lève-toi» en kikongo? L’écriture et la musique lui servent d’exorcisme, comme une connexion avec elle-même et les autres: l’artiste explore ses blessures intimes pour les relier au collectif. «Mon pays natal a été marqué par la guerre J’évoque aussi les violences faites aux femmes et les violences sexuelles, dont j’ai moi-même été victime», confie cette ancienne éducatrice pour enfants, qui a aussi étudié la psychologie pour «guérir de son enfance». Face à ces réalités douloureuses, elle cultive l’espoir «J’avais besoin d’apporter du soleil dans ce disque Les textes forts ne doivent pas seulement faire pleurer ou crier. On peut utiliser la joie pour résister, on peut parler de justice en convoquant la paix Et le travail de changement, d’engagement, doit commencer par nous-mêmes Développons notre paix intérieure avant de la chercher autour de nous » Joyce N’Sana a fait de la quête d’équilibre son mantra «Mon père me répète toujours: “Il y a un temps pour tout – pour crier, pour parler, pour pleurer, pour se ressaisir, pour hausser le ton ou pour dire les choses avec douceur.”» Un père guitariste, auteur-compositeur et pasteur, resté vivre au Congo, et qui a justement participé à Télama Une belle façon de sceller leurs retrouvailles après quatorze ans d’éloignement. «C’est aussi une manière de rassembler tradition et modernité – elles ne s’opposent pas, mais forment une continuité » La musique est décidément une affaire de famille, sa sœur étant sa choriste «On a commencé en faisant les chœurs pour mon père, à la maison, puis à l’église Elle est toujours à mes côtés. On a cette connexion que je ne retrouve avec personne», poursuit celle qui a étudié les langues étrangères à Orléans, en France, avant de poser ses valises au Canada, séduite par la cosmopolite Montréal et son «identité plurielle».

Cet album s’ouvre sur les mots du grand auteur congolais Sony Labou Tansi, dont elle a étudié les œuvres à l’école, et qui résonnent particulièrement en elle: «La vocation, c’est la vie. […] En Afrique, la vie quotidienne, la vie sacrée et la vie esthétique ou artistique se mêlent.» Un reflet de son enfance au Congo, où, à la maison, le jazz, le blues, les musiques traditionnelles et urbaines côtoient les chants religieux, et où, dans la rue, on passe d’une église à un bar. «Je chantais le gospel “Oh Happy Day” le matin. Et le soir, je connaissais par cœur les répertoires de Papa Wemba ou de Zaïko Langa Langa. En grandissant, j’ai abordé la spiritualité différemment, de manière plus ouverte. Elle ne m’a jamais quittée. Aujourd’hui, mon église, c’est la scène; mes prédications, c’est ma musique.» ■

«J’avais besoin d’apporter du soleil dans ce disque. On peut utiliser la joie pour résister, on peut parler de justice en convoquant la paix.»

C’ESTCOMMENT?

TOURISME AFRICAIN: ÇA BOUGE!

On attendait cela impatiemment. Depuis quelque temps, les pays africains lèvent l’obligation de visa pour les ressortissants du continent, partiellement ou totalement, ou annoncent la disparition prochaine de cette autorisation d’entrée. C’est le cas notamment du Rwanda, du Togo, de l’île Maurice, du Bénin, de la Gambie, du Ghana, de l’Angola, du Tchad, du Congo…

La zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) se concrétise enfin. Et c’est évidemment une bonne nouvelle, qui dope déjà les statistiques touristiques globales des États concernés Comme au Rwanda, qui est passé de 1,1 million de visiteurs en 2022 à 1,3 million en 2024. Ou encore au Ghana, qui enregistrait 1,1 million de voyageurs en 2023, contre 1,3 million en 2024. Une grande partie du différentiel est due aux transits africains sur le territoire, que ce soit pour des voyages d’affaires, des participations à de grands événements ou du tourisme tout court.

Et cette bonne nouvelle s’accompagne d’une autre: la suppression de taxes sur le transport aérien intracontinental En effet, la Cedeao a levé, le 1er janvier, l’ensemble des taxes non directement liées au transport aérien sur les vols intrarégionaux. Même si la mesure mettra un certain temps à être opérationnelle, les tarifs des billets d’avion pour un Ivoirien qui veut aller au Bénin ou pour tout Africain qui décide de visiter un autre pays du continent devraient baisser. Car l’un des freins au déplacement est la cherté du transport. Mais pas que… Les routes aériennes ne sont pas des plus fluides et nombreuses. Asky dessert les pays voisins depuis son hub togolais. Ethiopian Airlines et Royal Air Maroc couvrent une partie du marché. Air Côte d’Ivoire offre aussi des correspondances depuis Abidjan.

Mais pas mal de pays sont encore plus ou moins isolés ou atteignables seulement après un voyage sans fin, truffé d’escales ou de changements d’appareil. Et nombre d’Africains préfèrent encore tran-

siter par Paris pour se rendre dans une autre contrée du continent. Par ailleurs, les transports à l’intérieur des pays ne sont pas fluides. On trouve peu de dessertes aériennes, des voies en mauvais état, parfois des tracasseries policières. Enfin, les infrastructures hôtelières, même si elles sont en nette amélioration dans certaines capitales et dans quelques spots touristiques, restent peu développées autour des villes secondaires.

Tout cela pour dire que le pari du tourisme afro-africain n’est pas gagné. Il devra s’accompagner de politiques fortes et cohérentes. Les ingrédients de cette équation sont bien connus: sécurité, transport, hôtellerie et entretien des sites. Dans le domaine, certaines nations avancent vite: le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Rwanda, le Bénin, le Ghana et d’autres pays anglophones sont rodés à l’exercice. Et globalement, l’Afrique de l’Ouest est mieux lotie que l’Afrique centrale, culturellement vissée au tourisme d’affaires et à la rente pétrolière

Il n’empêche, en cette période de villégiature, il faut voir le verre à moitié plein et espérer que nos amis dispensés de visas, et qui ont la chance d’avoir une compagnie proche capable de les amener chez leurs voisins, en profiteront. Pourquoi ne pas partir à la rencontre du modèle rwandais, souvent envié sur le continent, et, au passage, rendre visite aux gorilles à dos argenté, préservés dans leur habitat naturel au sommet des montagnes? On peut aussi choisir une croisière en bateau depuis Saint-Louis du Sénégal, une semaine de farniente sur les plages d’Assinie en Côte d’Ivoire ou sur celles de Kribi au Cameroun, avec les spectaculaires chutes de la Lobé à côté, ou encore découvrir les trésors sous-marins de la mer Rouge à Djibouti, ainsi que ses dunes et ses lacs salés. L’idée, comme on l’a souvent écrit, est de consommer «local». Le continent regorge de sites sublimes et de trésors inestimables. Et finalement, peu d’Africains s’en rendent compte Bonnes vacances à tous! ■

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