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EBOLA

ÉTATSD’URGENCE

DANS LESGRANDSLACS

ÉNERGIE

LE NIGERIA, ROIDUPÉTROLE?

MINERAIS

LA RDCCHERCHE ÀPROTÉGER SESRÉSERVES

SÉNÉGAL DIOMAYE ETLEDUEL DUDUO

Le chef de l’État estdésormais en première ligne. Mais sonmentor, l’ex-Premier ministre et actuel présidentdel’Assembléenationale Ousmane Sonko, n’apas renoncéà son ambition:êtreleseulet vrai patron.

Interviews

FELWINESARR

«Pourune économie politiquedeladignité»

NANA DARKOA

SEKYIAMAH

«L’érotisme, c’estlefaitde se sentir libre»

Et aussi

◗ XAVIER ALDEKOA

◗ ABDERRAZAK EL ALBANI

SOUDAN, UNE GUERRE AFRICAINE

Il y a des guerres que l’on choisit de ne pas voir. Pourtant, elles sont là, sous nos yeux, avec leurs cortèges de drames humains, et pas si loin des belles capitales émergentes, symboles de l’Afrique du futur. Le Soudan appartient à cette catégorie de l’oubli. Trois ans de combats, d’une lutte fratricide dans l’un des plus grands pays d’Afrique.Unenationdévastée Desdizainesetdesdizaines de milliers de morts. Près de 13 millions de déplacés

La pire crise humanitaire de la planète. Et pourtant, un silence assourdissant. Et la difficulté de trouver une cohérencedansl’histoire,àpartcelledel’autodestruction

Décembre 2018: une hausse brutale du prix du pain conduitlesSoudanaisdanslaruecontrelerégimed’Omar el-Béchir La colère du quotidien se mue en révolution Pendant des mois, le peuple tient bon malgré la répression, avec des femmes et des jeunes en première ligne. Le 11 avril 2019, après vingt-neuf ans de règne, Omar el-Béchir tombe. Pour la première fois depuis l’indépendance, le Soudan entrevoit autre chose que la loi de l’uniforme Le 3juin,lestristementcélèbresForcesdesoutienrapide(FSR) du général Mohamed Hamdane Daglo, dit «Hemetti», dispersent un sit-in dans le sang – plus de 100 morts, des corps jetés dans le Nil. La révolution arrache un compromis: un Conseil de souveraineté, un Premier ministre civil, AbdallahHamdok,desréformes,unedated’élection Une fenêtre démocratique pour un pays en souffrance

Octobre2021:lesdeuxgénérauxquis’étaientpartagé l’héritagemilitaire–al-Burhaneàlatêtedel’armée,Hemetti à celle des FSR – renversent ensemble le pouvoir civil. Unis pour écarter les démocrates. Puis ennemis, dès avril 2023, quand il faut établir la hiérarchie L’alliance des putschistes s’estmuéeenduelàmort

Depuis, pendant que le monde regarde ailleurs, à Gaza, en Ukraine, en Iran, le pays se disloque dans la violence. La ville d’El-Fasher est tombée aux mains des FSR enoctobre2025,aprèsplusde500joursdesiège.Desexécutions ciblées, du nettoyage ethnique. Des communautés non arabes traquées Une mission d’enquête de l’ONU a prononcé le mot: génocide

Au moment où ces lignes sont écrites, El-Obeid retient son souffle. La capitale du Kordofan du Nord, verrou stratégique entre l’est et l’ouest, est encerclée depuis

dix-huit mois Les FSR y massent leurs renforts Avec des frappes de drones quotidiennes Le même manuel, exactement, que celui qui a précédé le massacre d’El-Fasher

Danscetteguerresansfin,toutsecombinedemanière explosive.Laluttesanglantededeuxgénérauxpourlepouvoir, qui devront un jour répondre de leurs actes. Les enjeux stratégiques avec la mer Rouge, le contrôle du canal de Suez, les eaux du Nil, les terres fertiles, l’or (qui s’évade vers lescoffresetlesraffineriesdeDubaï)etlagommearabique (quifinitdansnossodasetnoscosmétiques…).Etenfin,l’engagement de puissances régionales Et leurs calculs politico-économiques. D’un côté, les FAS d’al-Burhane. L’armée régulière, l’institution, l’État, mais aussi, en son sein, certains réseaux islamistes hérités d’el-Béchir. Al-Burhane s’appuie surl’Arabiesaoudite,soucieusedestabilitésurlariveopposée de la mer Rouge et de maîtriser les ambitions des Émirats arabes unis, eux résolument engagés du côté des FSR. Khartoum peut aussi compter sur l’appui de l’Égypte d’alSissi,quivoitdansleSoudansonarrière-courstratégique.À celas’ajoutelarivalitéentreLeCaireetAddis-Abebaautour des eaux du Nil et du grand barrage éthiopien. L’Éthiopie que certains accusent de soutenir les «rebelles» des FSR… Un cauchemar géostratégique «local», donc, face auquel les grandes puissances semblent impuissantes. Les Américains menacent et sanctionnent sans grand effet…Uncauchemargéostratégique«local»oùlesarmes affluent en masse, sans que l’on cherche véritablement à bloquer ce commerce tragique et à identifier clairement les «commerçants». Un cauchemar africain aussi, une guerre fratricide que la diplomatie continentale, les conseils de paix divers, les chefs d’État influents ne parviennent ni à arrêter ni à vraiment «nommer». Encore une fois, comme s’il fallait oublier…

Après la séparation avec le Soudan du Sud, luimême englué dans sa propre guerre civile, le pays continue sa désintégration et sa marche tragique vers la partition. Une partition qui n’apportera rien aux victimes, aux survivants, aux millions de déplacés

Peut-on parler d’Afrique du futur, d’émergence, de puissanceretrouvée,derécitcontinental,desouveraineté, alors que le Soudan se déchire et se détruit dans l’indifférenceetl’impuissance? ■

RUBRIQUES

3 ÉDITO

Soudan, une guerre africaine par Zyad Limam

6 ON EN PARLE C’EST DE L’ART, DE LA CULTURE, DE LA MODE ET DU DESIGN Prêt-à-porter sans compromis

24 CE QUE J’AI APPRIS

Intagrist el Ansari par Astrid Krivian

27 C’EST COMMENT? Ces compétences qui s’exportent par Emmanuelle Pontié

54 PARCOURS

Naïl Ver-Ndoye par Astrid Krivian

90 VINGT QUESTIONA À… Créol par Astrid Krivian

TEMPS FORTS

28 Diomaye & le duel du duo par Zyad Limam

38 Ebola: états d’urgence par Cédric Gouverneur

48 Le Nigeria, roi du pétrole? par Moïse Gomis

56 Xavier Aldekoa: «Tous les fleuves africains ont un pouvoir magnétique» par Catherine Faye

62 Felwine Sarr: «D’un bout à l’autre de l’Afrique, les questions restent les mêmes» par Astrid Krivian

68 Nana Darkoa Sekyiamah: «Ce qui est érotique, c’est le fait de se sentir libre» par Astrid Krivian

74 Abderrazak El Albani : «Sommes-nous tous le fruit d’une poussière extraterrestre?» par Catherine Faye

BUSINESS

dossier par Cédric Gouverneur

80 Minerais: la RDC parie sur ses réserves

84 Nathalie Delapalme: «Une crise profonde peut pousser au changement»

86 Kenya et Tanzanie rivalisent pour accueillir la nouvelle raffinerie Dangote

87 Spiro lève 215 millions de dollars

88 Données: alerte sur le «colonialisme numérique»

89 Guinée: une usine chinoise géante pour la bauxite

FONDÉ EN 1983 (43e ANNÉE)

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À CE NUMÉRO

Jean-Marie Chazeau, Catherine Faye Moïse Gomis, Cédric Gouverneur, Astrid Krivian, Luisa Nannipieri, Sophie Rosemont

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La rédaction n’est pas responsable des textes et des photos reçus Les indications de marque et les adresses figurant dans les pages rédactionnelles sont données à titre d’information, sans aucun but publicitaire La reproduction, même partielle, des articles et illustrations pris dans Afrique Magazine est strictement interdite, sauf accord de la rédaction. © Afrique Magazine 2026.

ON EN PARLE

C’est maintenant, et c’est de l’art, de la culture, de la mode, du design et du voyage

La dernière collection du designer, «Mapetla Extension», rend hommage aux années 1990

MODE

PRÊT-À-PORTER

SANS COMPROMIS

Colorées, bouffantes, étonnamment sérigraphiées et toujours puissantes, les créations d’EZOKHETHO regardent le passé pour créer un présent AUDACIEUX.

LE SUD-AFRICAIN MPUMELELO DHLAMINI a choisi Paris et le défilé Africa Fashion Up pour présenter la dernière collection de sa marque Ezokhetho. Un mot issu de l’isiZulu, qui signifie «méticuleusement choisi comme étant le plus approprié par ceux qui nous ont précédés». Pour le designer de 24 ans, l’un des quatre lauréats d’Afup, le premier voyage dans la capitale française est un rêve devenu réalité.

L’occasion de travailler sur l’essence de la marque via le programme de mentorat et de poursuivre un travail de réflexion avec ses nouvelles créations.

«Mapetla Extension», du nom du quartier de Johannesburg où vivait sa grand-mère, est une collection qui mélange mohair et denim avec des tissus rayés et richement sérigraphiés «Elle explore les années 1990 en Afrique du Sud: leurs couleurs, leur nostalgie, les bigoudis, la beauté de cette décennie. C’est un véritable hommage à cette époque.»

Depuis le lancement du label en 2021, Dhlamini a déjà sorti une dizaine de capsules et de collections de prêt-à-porter

percutantes: «Les femmes investissent de plus en plus les domaines traditionnellement masculins. Autrefois, elles devaient adopter une apparence masculine pour y parvenir. Je souhaitais créer une mode qui exprime la puissance avec une perspective féminine Des pièces colorées, à manches bouffantes, qui affirment leur personnalité et leur présence.»

Il tire son inspiration tant de la vie quotidienne que d’expériences très personnelles En 2025, avec «Zodwa», il introduit ses premières créations homme, puisant dans l’esthétique des années 1980 et célébrant «l’amour noir» de ses parents. Avec «Entathakusa», à l’aube, il aborde le deuil et les nouveaux départs: les imprimés et les silhouettes jouent avec les contrastes et expriment la tension entre l’ombre et la lumière à travers des tons profonds et des teintes lumineuses, du bleu marine au marron, en passant par le bleu bonbon. L’introduction du faux cuir et de pièces plus classiques séduit celles et ceux qui ne se voient pas porter de la couleur, sans toutefois renoncer à s’affirmer ■ Luisa Nannipieri

Collection «Zodwa», Pinstripe Suit
Body de la collection «Entathakusa».
Mpumelelo Dhlamini

Balpoussière, d’HenriDuparc (1988)

UNECINÉMATHÈQUE

DesCLASSIQUESetdes PÉPITES de la production du continent, commeneufs,peuvent désormaisêtre vusgratuitementsur TV5monde!

UNEPREMIÈRESÉLECTION de filmsrestaurés,sortis depuis 1955,est à(re)découvrir.Lecélèbre Balpoussière (1988), de l’ivoiro-guinéen HenriDuparc, ou la comédieburkinabè Wendemi, l’enfant du BonDieu (1992),de PierreYameogo,par exemple. Mais aussi des trouvaillescomme LesPrinces noirs deSaint-Germain-des-Prés,court-métrage satiriqueduSénégalaisBen Diogaye Beye, en immersiondansles rues de Parisen1975, surladraguedeBlanches pardejeunesAfricains en pattes d’éph etsansressource,etceconstat amer: «Quinzeans aprèsles indépendances, les mêmesfantasmes!» Tout estaccessible gratuitement,sur tous lescontinents, avec dessous-titres disponiblesendouze langues, dont le swahilietlelingala –générés parIA, est-il précisé. Les (trop) courtesfichestechniquesaccompagnant chaque film surlaplate-forme donnentun résumé et quelques lignes de contexte.Onattendavecimpatiencelasuite: le fondsdel’Institutfrançais, quipréserveces films, est richede1700titres, et lesdroitsdediffusion ontété acquis pour 600d’entre eux! ■ Jean-Marie Chazeau

CINÉMATHÈQUE AFRIQUE, rubrique «Cap surl’Afrique», surlaplate-forme TV5mondeplus.com.

SOUNDS

Àécouter maintenant !

ElGrandeToto, SalgoatVol.2, RCA/Sony Music.

Né àCasablanca, ElGrandeToto s’estimposé commelavoixmajeure du rapmarocain. Avec SalgoatVol.2,ildétourne uneinsulte en darija qu’on luiaadressée, salgot désignantcelui qui«propagele haram». S’entourant du pianiste SofianePamart, du rappeur Jolagreen23oudecompatriotes prometteurs, tels queGelo, Najm et Shaw, l’artistepoursuitune trajectoiresans frontière

Nectar Woode, It’s Like INever Left, Epic

C’estl’une desplusbelles révélationsdelascène britannique. D’origine ghanéenne, la chanteuse Nectar Woodepoursuit sonascension avec un troisièmeEPinspiré parson premier voyage dans le pays de sonpère: It’s Like INever Left.Trèsmaîtrisé, sonmélange de neosoul, de boom bapetdejazz, saupoudréd’afrofuturisme,nousreste longtempsentête.

JalenNgonda, Doctrine of Love, DaptoneRecords

À11ans,cenatif du Maryland découvre «MyGirl» des Temptations. Et depuis, il ne fait quechanter, bercépar la soul des années 1960.Signé chez lesprestigieux DaptoneRecords à NewYork, JalenNgondaafaittrèsfortdès sonpremier album, et maintienthautle niveau avec Doctrine of Love,unvéritable trésor de soul àlafoisatemporelle et contemporaine. ■ Sophie Rosemont

BradleyFiomona (à gauche)interprète Robert dans CongoBoy de Rafiki Fariala.

Clémentine U. Nyirinkindi dans Ben’imana,deMarieClémentine Dusabejambo.

CINÉ

MA

Cannes:retourgagnant pour l’Afrique

S’il n’yavait pasdeprétendants africainspourlaPalme d’or cetteannée, un long-métrage RWANDAISetuncomédienCONGOLAIS dans un film centrafricain onttapédansl’œil desfestivaliersetdes jurésdelasélection officielle… Àdécouvrir dans quelques mois en salles!

LA CAMÉRA D’OR POUR UN FILM AFRICAIN au dernierFestivalde Cannes! Ben’imana,deMarieClémentine Dusabejambo, coproduit parleGabon,areçuceprixqui récompense le meilleurpremier long-métrage (ily en avait29) de la compétition, toutes sélections confondues.Envenantlerécupérer lors de la cérémoniedeclôture présentée parEye Haïdara [voirAM476],lajeune cinéaste rwandaisea renduhommage auxfemmesdeson pays,«quiont trouvé dans leur cœur la capacité de se donner,depardonner et d’avancer –mêmeimparfaitement, même douloureusement, même parfoissans

yparvenir.Cette humanité-là, cette bravoure-làméritentd’êtresaluées.»

Sonfilm, quiraconte brillamment lestentativesderéconciliationentre Hutu et Tutsidix-huitans aprèsle génocide,aégalement rafléleprix Fipresci de la critique internationale Il sortiraenFranceenfévrier prochain. Lesfestivaliersont pu le voir dans le cadredelasélection Un certainregard, où,par ailleurs,unjeune rappeuret comédien congolaiss’est vu décerner le prix d’interprétation pour son incarnationsensibleetincandescente d’un jeunesans-papiersàBanguidans CongoBoy (ensallesennovembre), du cinéaste Rafiki Fariala.

Dans cettemêmesection,la MarocaineLaïla Marrakchi(Rock the Casbah,2013) aprésenté LesFraises Uneimmersion,unbrindémonstrative, auprès destravailleuses agricoles maghrébinesd’Andalousie, avec Nisrin Erradi,l’actrice de EverybodyLoves Touda,deNabil Ayouch,présentéà Cannes il yadeuxans.Letournagedu nouveaufilmducinéastea étéannoncé surlemarchédufilmcannois pour septembre, au Maroc: Run, with No Tears,avecNoomi Rapace et Maryam Touzani. En lice pour la Palmed’or l’an prochain?Une placeque plusieurs filmsafricains vuscette année auraient mérité d’avoir… ■ J.-M.C

Dominique Zinkpè, Les Démasqués des cinq continents, Océanie, 2007

ŒUVR ES

PERSPECTIVES (DÉ)COLONIALES

Le Mémorial de Caen accueille, pour la première fois, une quarantaine de grands artistes africains qui interrogent la MARCHE DE L’HISTOIRE.

Roméo Mivekannin, Hosties noires: Tirailleurs sénégalais à Paris 2021

POUR LE MÉMORIAL DE CAEN, c’est une première. L’institution, consacrée à l’histoire du XXe siècle et à la paix, a imaginé une exposition autour de la colonisation et de la décolonisation, avec une soixantaine d’œuvres qui révèlent la vision, les engagements et les interrogations de 43 artistes originaires du continent et mondialement connus. Leur mise en scène suit une réflexion sur la conception ethnographique des représentations de l’Afrique par les Occidentaux. Elle a été encadrée, entre autres, par la cocommissaire scientifique Ayoko Mensah, dont la pratique curatoriale se focalise sur les enjeux et les narratifs décoloniaux dans le monde de l’art contemporain. Le parcours s’ouvre avec des images tirées des séries

Thandiwe Muriu, Camo 27, 2021.

«Liberty»et«Diaspora» du photographe sénégalais Omar Victor Diop. Il yexplore le concept de «protestationnoire», rendant hommage auxmouvements de contestation et de revendication antiracistes àtravers le monde.Une chronologie historique, qui questionnel’historiographie européenne autour du continent,introduit le visiteur aux salles de l’exposition, partagées sur deuxétages autour de cinq thématiques. «Les soldats africains dans lesguerres», avec les travaux de Roméo Mivekannin et OmarBa, éclaire le rôle majeur que les centaines de milliers de «tirailleurs sénégalais»ont jouédans les guerres colonialeseuropéennes et dans lesdeux conflits mondiaux. «L’ordre de l’injustice», reprenant les mots de Senghor,aborde la violence, la dominationetl’exploitation àl’origine du conceptde colonisation. Les mouvements d’oppositionàl’oppression sont au cœurduchapitre«Résister», avec lesportraits de Samuel Fosso ou l’alphabetbété, inventépar l’Ivoirien Frédéric Bruly Bouabré pourluttercontre la marginalisation de la culture de son peuple. Avec «L’aventure ambiguë», on explore les hybridationsculturelles, les tensionsidentitaires, le néocolonialisme et les régimes autoritaires,maisaussi la résilience et les rêves, postindépendance.Lavisitesetermine par «Unmonde àreconstruire». Une sectionqui regarde les défis d’aujourd’hui et de demain àtraversles œuvres de Bodys Isek Kingelez, Fabrice Monteiro, AliouneDiagne ou Ouattara Watts, qui transcendentles particularismes locaux. ■ L.N.

Franck KemkengNoah, TheArrest– HisMajesty –The Transmission,2025.

EXPOSITION

20 MAI -11NOV.2026

«(DÉ)COLONISATIONS –DES ARTISTES AFRICAINS INTERROGENT L’HISTOIRE», Mémorial de Caen, Caen (France), jusqu’au 11 novembre memorial-caen.fr

Aida Muluneh, Liberté/ Freedom, «The Wolf You Feed», 2014
MÉMORIAL DE CAEN
Fahamu Pecou, Soul Makossa,2021.

El Mehdi Manifeste queer

Ce fier représentant de la diaspora marocaine propose une POP MULTICOLORE d’une prometteuse densité. Talent à suivre!

5 MILLIONS DE VUES SUR TIKTOK et plus de 350000 écoutes: comment passer à côté de l’incantatoire et synthétique «El Khass Hlou»?

Depuis quelques mois, les titres du jeune chanteur se propagent grâce à la magie de la Toile et des réseaux sociaux. Quand le chaâbi croise les textures électroniques contemporaines; quand les mélodies orientales se marient avec les pulsations dance; quand l’anglais côtoie l’arabe et le français; quand la fluidité impose les plus belles tonalités… Bienvenue dans l’univers d’El Mehdi. Né au Maroc, passé par la France avant de grandir au Canada, l’artiste montréalais défend farouchement son identité – plurielle, queer, passionnée des traditions maghrébines qui nourrissent son art –, lui qui écoute autant Dalida que Warda al-Jazairia, Céline Dion que Samira Saïd, Justin

EL MEHDI, Salam, Renaissance/Awal.

Timberlake que Nass El Ghiwane. Moult inspirations, aussi bien occidentales qu’orientales, donc, qui se retrouvent aujourd’hui dans Salam, son premier EP. Sous la houlette du producteur Sun Jun (Laylow, Ramengvrl, AntsLive, Dior),

bénéficiant des cordes de Drew Jurecka (entendu chez Dua Lipa), sa pop devient un lieu de rencontre entre cultures, récits diasporiques et aspirations universelles Formé aux arts visuels, El Mehdi a tourné le clip de son morceau «Encore» en partenariat avec le musée Pierre Bergé des arts berbères à Marrakech, où il convoque artisanat, mémoire amazighe et esthétique contemporaine. À son actif, le film L’Héritier des secrets, de Mohamed Nadif, qui aborde la question de la transidentité et qui a déjà fait l’objet de présentations chaleureusement accueillies. Et c’est d’ailleurs loin des contraintes normatives et genrées qu’El Mehdi a construit sa musique. «J’ai grandi sans modèle, commente-t-il. Aujourd’hui, je construis le monde dont j’avais besoin – et j’espère que d’autres pourront s’y reconnaître aussi.» ■ S.R.

Baudouin Mouanda, Chez la marchande de légumes, «Ciel de saison», 2020

EXPO

Aqua simplex

À

Bruxelles, le photographe Baudouin Mouanda et la peintre Wilfried Mbida placent L’EAU au centre de leurs RÉFLEXIONS.

SYMBOLE SPIRITUEL ET RESSOURCE VITALE, elle est de plus en plus menacée: plus de deux milliards de personnes n’ont pas accès à l’eau potable. L’exposition propose une réflexion sensible sur la manière dont cet élément façonne à la fois les territoires physiques et les mondes intérieurs, des mythes qui l’entourent à la vie quotidienne dans tous ses aspects. «Habiter l’eau», c’est lui redonner sa place, à la fois comme une richesse rare et comme un objet central des communs – cette action collective qui remonte aux origines de l’humanité. À la galerie

Person, le Congolais Baudouin Mouanda et la Camerounaise Wilfried Mbida proposent deux perspectives différentes. Dans le travail photographique du premier, l’eau apparaît comme une force naturelle incontrôlable, révélatrice de la vulnérabilité humaine face aux catastrophes climatiques. Au fil de mises en scène ultracolorées, ses clichés témoignent des conséquences des inondations sur l’environnement et sur les personnes – vendeuses de fruits, de carburant en bouteille, de médicaments illicites, ou encore enseignante avec ses élèves… Dans

les toiles de la seconde, l’eau investit les espaces domestiques de manière silencieuse. Un travail à la lisière du dessin et de la peinture, où la masse liquide tapisse les sols – d’une cuisine, d’un salon, d’une cour intérieure… –et coexiste avec les individus représentés, devenant, plutôt qu’une catastrophe, un vecteur de réparation, de purification et de fertilité. Dans une dimension allégorique. ■ Catherine Faye «HABITER L’EAU: SPIRITUALITÉ ET RÉSILIENCE», Galerie Person, Bruxelles (Belgique), jusqu’au 1er août christopheperson.com

Wilfried Mbida, La Justice, 2026

TÉ MOIGNAGE S

Halte à la soumission

Un livre nécessaire, où les femmes africaines se confrontent aux injonctions de la société pour conquérir leur LIBERTÉ SEXUELLE.

NANA DARKOA SEKYIAMAH,

La Vie sexuelle des femmes africaines, Philippe Rey, 320 pages, 22€.

DEPUISPLUSDEDIXANS,NanaDarkoaSekyiamah[voirinterview p 68-73]parledesexeavecdesfemmesafricainesdetoushorizons. Discuterenpublicd’unsujetsouventconsidérécommetabouestun actepolitique.D’autantplussuruncontinentquivoitmonterlesforces conservatrices.«Onrépètesouventauxfemmesnoires,africaines etafrodescendantesquelesexedoitforcémentseplieràuncertain nombredeparamètresetdecontraintes»,écrit-elledansLaViesexuelle desfemmesafricaines Obligationdumariagehétérosexuel,interdiction decertainespratiques,contrôledesgrossessesnondésirées,violences physiques:lesdiktatsdelareligionetdeladominationmasculine sontnombreux.L’incesteetlesagressionssexuellesendurés dansl’enfanceoul’adolescenceconcernentuntiersdes interviewées.Nombred’entreellesnefonttoujourspasde distinctionentrevagin,vulveetclitoris.Indispensable, révolutionnaireetrigoureux,cetouvrage,enfin traduitenfrançais,estlasommederécitsprovenant d’entretiensapprofondisconduitsentre2014et2020 avecdesfemmesoriginairesde31pays–quivontde l’hétérosexualitéàl’homosexualité,enpassantpar latransidentité,lepolyamour,voirel’abstinence sexuelle.Toutestémoignentavechonnêtetéde leurcheminementintimeverslalibertésexuelle,la guérisonetl’indépendance.Militanteféministeet blogueuse,laGhanéenneNanaDarkoaSekyiamah estuneplumereconnuedanslemondelittéraire anglophone.Cofondatricedublogdevenupodcast AdventuresfromtheBedroomsofAfricanWomen,elle collaboreavecdenombreuxmédias,parmilesquels TheGuardianetCNN.Leparcoursdespersonnes rencontréespourl’écrituredecelivreluiaouvert lesyeuxsurl’universalitédescombatsquecelles-ci mènentcontrelepatriarcat.«Lefoisonnement etlaflamboyancedesexpériencesiciracontées permettentdesortirdesstéréotypesquenousmêmes,femmesafricaines,avonssouvent intégrés»,déclare,dansunepréfaceinédite, l’autricefranco-rwandaiseBeataUmubyeyi Mairesse.Répartisentroisgrandessections –«Sedécouvrir»,«Êtrelibre»et«Guérir»–, lestémoignagesbouleversent,pansent etréparent.Ilsouvrentlesyeuxsurla singularitédechaquefemme.Etundésir inaltérabled’émancipation. ■ C.F.

LITTÉR ATUR E

ÉTOILEFILANTE

Unefiction où le

BALLON

ROND, quifaittantrêver, laisse songeur.

«LACARRIÈREDEJOSEPHDIOPest d’autant plus bellequ’elle afailline jamais commencer.»L’histoiredecette ancienne star sénégalaisedeLiverpool, disparue mystérieusementaprès un transfertenChine,est quantàelle d’autant plus saisissantequ’elle aété inventée.L’écrivain, éditeuret scénariste NicolasCartelet, auteur notammentde Dernièresfleursavant la findu monde –unfutur sans abeilles,étouffé dans la grisailledegigantesqueslatifundia–, s’est, cettefois-ci,glissédanslapeau d’un reporter quiselance dans une enquêtemondialepourreconstituer l’ascensionetlachute de Diop.L’enfant, d’abord, repéré parunagent,qui quitte Dakaretsafamilleà12ans pour rejoindreuncentredeformation de football àRennes. Doué,plein de rêves, il estensuite ballotédecluben club avec, toujours àlaclé,unpeu plus d’argent Pasletemps de s’adapteràunnouveau pays,desefaire desamis, de comprendre la langue ni de la parler Peuàpeu,c’est un naufrage intérieur pour Joseph.Jusqu’oùira-t-il? ■ C.F.

Toutânkhamon forever

ÀParis,leretourducélèbre PHARAON dans uneexpositionspectaculaire, avec près de 1000 objets reconstitués et unesalle immersiveà 360°.

NICOLAS CARTELET, Qui se souvient deJosephDiop?, Flammarion, 240 pages, 20€.

C’EST LE PHARAON le plus populairedel’histoire. Aussi insolite que brève, la viedeToutânkhamon, né il ya plus de troismille ans et mort à l’âgede19ans, fascine autant qu’elle interroge. La découvertede son tombeau intact est la plus extraordinaire trouvaille archéologique detous lestemps:plus de 5400 objets, dont chacun aune histoire particulière et témoigne de la beauté et de la sophisticationdes arts et del’artisanat de la XVIIIe dynastie, considérée comme l’âged’or de l’Égypte. Ce jour-là, le 4novembre 1922, Howard Carter, un archéologue britannique obstiné et passionné, et son équipedefouilles découvrent l’entrée d’un escalier taillé dans la rochedescendant vers une sépulture. En tête de la petite troupe, qui peuàpeu s’habitue àl’obscurité,l’égyptologue s’exclame:«C’est merveilleux. C’est absolument merveilleux!» Cent ans plus tard, l’exposition «Toutânkhamon –Son tombeau et ses trésors»propose un flash-backinédit, où l’on revit l’instant magique de la découverte. Les quatre chambres funéraires ont été reconstituées àl’identique, tellesqu’elles étaient le jour J, sur plusde2500 m2.Àl’intérieur, près de 1000 objets mythiques –bijoux, instrumentsdemusique,chars d’apparat, trônes dorés, statues de gardiens et le fameux masque funéraire en or –, reproduits avec une précision chirurgicalesous l’œild’experts pointilleux, ont étéreplacés dans leur dispositiond’antan. Les originaux sont dorénavant exposés au GrandMusée égyptien du Caire. La restitution parisienne s’accompagne d’une salle de projectionà360° et d’une expériencederéalité virtuelle.Une fois le casqueposé, des images retracent lavie de l’icône égyptienne:son règne, son passage dans l’au-delà, puis la mise au jour desatombe par Carter. La bande-son est signée par le célèbre studio Bleeding Fingers, collectif de compositeurs de musiques de filmsetde séries télévisées. Une plongéespectaculaire dans le monde éblouissant de Toutânkhamon et dans l’Égypte antique. On ne s’en lasse pas. ■ C.F.

La table Straw Console n’a été produite qu’en 25 exemplaires.

DE SIGN

EN MARBRE ET EN PAILLE

Tamiati explore matières et techniques pour traduire dans des pièces de mobilier ÉQUILIBRÉES et CAPTIVANTES l’histoire et la culture égyptiennes.

TAMIATI, LE STUDIO DE SARA ELAMAWY ET AHMED MAGD, doit son nom à celui de la ville côtière égyptienne de Damiette. Les deux architectes de formation ont récupéré l’ancienne appellation de ce centre historique et réputé du travail du bois. Une façon d’annoncer d’emblée leur attachement à l’histoire, à la culture et au savoir-faire du pays. Basés entre Dubaï, Le Caire et Toronto, les deux designers ont débuté sur la scène internationale en novembre dernier avec la première pièce de leur série «Equinox». Une collection de consoles et de tables basses qui, à travers leur équilibre structurel et la variété des matériaux qui les composent, évoquent l’histoire millénaire, mélangée et stratifiée, de la civilisation égyptienne. Composées d’éléments qui se

touchent à peine, connectés par un seul point d’ancrage, les géométries pondérées évoquent des architectures anciennes.

La pierre, la paille, le bois et le cuivre renvoient, quant à eux, chacun à une histoire d’échanges et de rencontres humaines. Le dessus de la Straw Console (console de paille) intègre une composition en marbre inspirée de l’ablaq, une technique décorative née en Syrie et façonnée par des traditions plurielles, tandis que la marqueterie de paille, une technique qui relie à double fil la France et l’Égypte, est reprise et réinventée. De même que le travail minutieux des fines bandes colorées à la main. La composition comme le choix de remplacer les tiges de seigle par des tiges de blé ancrent chaque pièce dans le présent. ■ L.N. tamiati.com

ROMAN

DeKinshasa àMetz

Déboires et débrouilles, entre EXIL,AMOUR maternel et DIGNITÉsociale.

UNEÉPIGRAPHE signée Papa Wemba, légendedela musiquecongolaiseetafricaine.Pourson premier roman, JocelynDanga donneleton sans attendre: «Ilest vrai quenoussommesarrivés loin /Maisle chemin estencorelong/Aucunemontagnen’existe/ Si tu gravis tu vois l’avenir.» Dans cettehistoirequi mêle avec habileté désespoirlucide, humour acideetrage sociale, le héross’appelle Muntu. En langue bantoue, cela veut dire «homme»ou «humain».Unmatin,ce professeur de philosophie découvre L’Avenir de demain, le lycéedeKinshasaoùilenseigne, désert.Par devoir,il fait coursdevantune sallevide, récitant lespréceptes de Socrate. Puis,ilsemet àerrer dans lesruesdeKinshasa, où la nuit s’étiredans l’ivresseetl’oubli S’enchaîne,dès lors,une spiralededéchéance. Jusqu’àcequ’il luisoit proposédes’inscrireà un colloque universitaireà Metz,enéchange de quoi il luifautdétourner lesfonds allouésà son voyage…Rocambolesque, poétique et tragique,le récitsefaittrajectoire de déliquescenceetde résistance,porté parune langue crue nourrie d’argotkinoisetd’éclatsphilosophiques. Un récit décapant,qui interrogeladignité,l’exiletles fractures sociales contemporaines avec uneénergie particulière. Et au cœur duquel s’exprimel’amour inconditionnel d’un fils quinerêveque d’offrir le meilleur àsamère. Poète et dramaturge congolais, JocelynDanga aécrit une dizainedepièces, dont Un oiseau àl’aube et Cettelettre quejet’écrirai peut-êtrejamais.Entre rire et tourment, Né surdes pissenlits impose unenouvellevoix. ■ C.F.

JOCELYNDANGA, Né surdes pissenlits, éditions Elyzad,259 pages, 22,50€

PETERBEARD, TheEnd of theGame, Taschen, nouvelle édition, 304pages,80€

IM AG ES

Sublimeetsilence

Un ouvragedeRÉFÉRENCE, plus quejamaisd’actualité, surles RAVAGEScausés parl’intervention humaine en Afrique.

PETERBEARD afaitdesavie surlecontinent africain uneœuvre d’arttotale, alliantphotographie, militantisme écologiste et journaux intimes. Sesclichés sont superbes, cruels,impressionnants.Composé aprèsvingt ansde recherches et de travauxsur le terrain, actualiséplusieurs fois depuis sa première parution avec de nouveaux documents, TheEnd of theGame estson projet majeur Il ytémoigned’une façonoriginale et poignante–en mêlant images,archives, textes,écritshistoriques…–du massacre de la fauneafricaine.Cecri d’alerte lancé il yaundemi-siècle,avecdes photographiesdemassacres d’éléphants, de rhinocéros,d’hippopotames, au risque de choquer, se dresse commeuntémoignagefondateur suruncontinent transfigurépar la soif d’aventures et de progrès. Et résonnecomme un présage, alors quel’effondrementdelabiodiversités’accélère. Porté disparuen2020, aprèsune viedecréationperpétuelle, ce chasseur d’images visionnaires’érige en symbole. Il s’estéteintenpleineforêt,dansunultimemouvement de retour àlanature. Absolu et instinctif ■ C.F.

Du simulacre à l’hyperréalité

À Tours, Laila Hida dissèque les mécanismes de fabrication des MYTHES CONTEMPORAINS et la TRANSMISSION DU DÉSIR.

DANS LE CADRE d’un partenariat avec le prestigieux musée parisien du Jeu de paume, le château de Tours, situé au cœur de la ville, accueille «La Nuit américaine», où Laila Hida, née à Casablanca en 1983, confronte les récits hérités du XIXe siècle aux réalités d’aujourd’hui.

L’exposition met en lumière la manière dont les images circulent entre différents champs de production – cinéma, publicité, tourisme, architecture ou aménagement urbain –et contribuent à fabriquer des paysages qui semblent naturels, alors même qu’ils relèvent d’opérations de recomposition. Elle s’inscrit dans le projet au long cours de l’artiste et activiste culturelle marocaine, «Le Voyage du phœnix», une exploration critique des imaginaires liés aux paysages d’oasis, oscillant entre mémoire coloniale, désir d’exotisme et reconfigurations actuelles du regard. Du Maroc à Nice, comme à Los Angeles, celle-ci a notamment examiné la conception de la ville inspirée par la reproduction d’un

inconscient stéréotypé. Qu’il s’agisse de photographies, de films analogiques, de vidéos ou d’installations, les œuvres présentées ici explorent passages et glissements, révélant comment certaines images deviennent des modèles qui façonnent notre perception. Le parcours révèle les mécanismes de cadrage, de montage, de répétition et de circulation. Les territoires se transforment progressivement en décors et les histoires en formes narratives stabilisées. Une approche à l’aune de l’une des citations mémorables du sociologue et philosophe Jean Baudrillard: «Le simulacre n’est jamais ce qui cache la vérité – c’est la vérité qui cache qu’il n’y en a pas. Le simulacre est vrai.» ■ C.F.

«LAILA HIDA – LA NUIT AMÉRICAINE», Jeu de paume/château de Tours, Tours (France), jusqu’au 8 novembre jeudepaume.org

Into the Maw of the Spectacle, 2024
Sange Khara, 2025
Google Earth, Coachella Valley, Californie, 2026
Indo Californie, 2024.

AMEL

GUELLATY

Un ROAD-MOVIE flamboyant, de Tunis à Djerba, l’autoradio branché sur les musiques maghrébines d’aujourd’hui. La cinéaste tunisienne nous entraîne dans la virée contrariée d’un garçon et d’une fille, au cœur d’une Tunisie postrévolutionnaire toujours aussi désenchantée…

DEUX JEUNES DE TUNIS d’à peine 20 ans rêvent d’un avenir meilleur: Alyssa la frondeuse pousse son ami Mehdi, qui a un bon coup de crayon, à s’inscrire à un concours de dessin à l’autre bout du pays pour tenter de gagner une bourse en Allemagne. Mais comment faire sans argent et avec des familles compliquées? Une comédie qui s’affirme plus politique en cours de route, et qui nous fait partager, pied au plancher, cette amitié garçon-fille qui ne dérape jamais Cette plongée dans la psyché d’une jeunesse qui a bien du mal à se projeter dans l’avenir, quinze ans après la révolution du Jasmin, navigue assez habilement entre les thèmes dans l’air du temps, autour des contraintes du patriarcat et des assignations de genre… Premier long-métrage de la cinéaste et photographe tunisienne

Amel Guellaty, ce film enlevé et séduisant a été présenté aux États-Unis au festival de Sundance l’an dernier, avant de récolter à domicile trois prix (critique, scénario, public) aux dernières Journées cinématographiques de Carthage

AM: Ce road-movie coloré et plein d’énergie, entre Tunis et Djerba, est-il une façon de parler de la jeunesse tunisienne quinze ans après la chute de Ben Ali, mais sans faire de politique frontalement (même si la fin du film évoque la corruption)?

Amel Guellaty: Oui, entre autres. Mais il ne faut pas oublier que les personnages avaient 5 ou 6 ans au moment de la révolution de 2011 Cette période a sans doute davantage marqué ma génération, celle des millennials, que la génération Z. Bien sûr, la situation économique, sociale et politique de la Tunisie aujourd’hui est liée à cette histoire, mais elle ne s’y résume pas. La réalité de ces jeunes est influencée par beaucoup d’autres choses, par ce qui se passe dans le monde entier, par Internet, par les réseaux sociaux, par les imaginaires qu’ils consomment et les horizons auxquels ils aspirent Ce qui est certain, c’est que

mon envie n’était pas de faire un film politique. Je voulais avant tout raconter une histoire intime entre deux jeunes dont les vies sont, malgré eux, façonnées par la réalité sociale, économique et aussi poétique du pays L’histoire reste avant tout celle d’une amitié, d’un désir de départ, de rêves et de la recherche d’une place dans le monde.

Un garçon (timide et introverti) et une fille (extravertie et qui prend des initiatives), mais pas de love story: c’est une ode à l’amitié homme-femme? Une volonté de montrer une masculinité moins viriliste? Un hommage au féminisme tunisien?

Oui. Au départ, j’avais surtout envie de rendre hommage aux amitiés homme-femme, qui ont été essentielles dans ma vie, particulièrement à l’âge de mes personnages. J’ai l’impression que ces relations sont assez peu représentées, aussi bien dans le cinéma international que dans le cinéma arabe. On voit souvent une amitié entre un homme et une femme évoluer vers une histoire d’amour, alors que ce n’est pas toujours le cas. J’avais envie de parler de ces relations qui ne sont pas amoureuses, mais qui sont quand même pleines d’amour. Des liens parfois étranges, parfois ambigus, parfois fusionnels, mais qui restent fondamentaux dans nos vies. Il y avait aussi l’envie de casser certains clichés sur la jeunesse arabe. Cette idée de l’homme forcément viril et dominant et de la femme forcément soumise ne correspond pas à la réalité que je connais. En Tunisie, les femmes occupent une place importante et jouissent d’une grande liberté, en comparaison avec beaucoup d’autres pays de la région. Je n’ai rien inventé avec Alyssa et Mehdi. Leur relation ressemble à celles que je vois autour de moi depuis toujours, dans ma vie et dans celle de mes proches. Il y a une nouvelle génération de réalisatrices tunisiennes, qui rayonnent au-delà des frontières du pays et s’illustrent dans les grands festivals,

et dont les films rencontrent un certain succès auprès des critiques et du public: Erige Sehiri, Kaouther Ben Hania, Leyla Bouzid, Meryam Joobeur, Manele

Labidi… Vous êtes en contact les unes avec les autres?

Chacune a une approche différente du cinéma et de la société tunisienne, mais est-ce que quelque chose vous unit en particulier?

Je suis en contact avec certaines d’entre elles, et je suis le travail de toutes. Je suis fière de faire partie de cette génération de réalisatrices tunisiennes, qui parviennent aujourd’hui à faire voyager leurs films à travers le monde. J’ai beaucoup d’admiration pour leur travail, même si nos productions sont très différentes les unes des autres Je pense que le cinéma est avant tout un point de vue, quelque chose de profondément personnel. Même si nous sommes toutes tunisiennes, nous ne venons pas des mêmes milieux, des mêmes villes, nous n’avons pas grandi de la même façon ni vécu les mêmes expériences. Il est donc naturel que nos films soient différents. Ce qui nous unit, je crois, c’est avant tout l’envie de faire de l’art, de raconter des histoires qui nous semblent importantes, et d’interroger, chacune à notre manière, certaines réalités de notre région et du monde qui nous entoure. Il y a aussi le fait que nous apportons toutes un «regard féminin», même si cette expression reste assez vaste. Être une femme ne produit pas une vision unique du monde. Chaque personne a son histoire, sa sensibilité et ses obsessions C’est justement cette diversité qui me semble intéressante

Le film a été présenté aux Journées cinématographiques de Carthage, où il a reçu trois prix (critique, scénario, public), mais quel accueil a-t-il reçu ensuite en salles en Tunisie?

Le film est resté plusieurs mois à l’affiche en Tunisie. Cette aventure a été incroyable J’étais extrêmement fière de voir les salles remplies, notamment par des jeunes C’est une génération qui fréquente parfois moins les salles de cinéma, et voir autant de spectateurs de 18 à 25 ans se déplacer pour le film était particulièrement émouvant La présentation aux Journées cinématographiques de Carthage a également été un moment très fort. Recevoir des prix dans son propre pays a une saveur particulière La reconnaissance des pairs, des critiques et du public qui partage votre culture et vos références est quelque chose de très précieux. Au-delà des récompenses, ce qui m’a le plus marquée, ce sont les discussions que le film a suscitées. Qu’elles soient positives ou négatives, elles témoignent d’un véritable engagement du public. Pour moi, le plus important est qu’un film crée du dialogue, fasse réagir, interroge. C’est tout ce que l’on peut espérer en tant que cinéaste. ■ Propos recueillis par Jean-Marie Chazeau

D’OÙ VIENT LE VENT (Tunisie-QatarFrance), d’Amel Guellaty. Avec Eya Bellagha, Slim Baccar, Zeinab Neji. En salles le 15 juillet.

Eya Bellagha et Slim Baccar incarnent respectivement
Alyssa et Mehdi dans le long-métrage.

ON EN PARLE

Little Baobab sert des mets sénégalais raffinés

El Fenn Marrakech propose des plats traditionnels marocains jusqu’à la fin août.

SOUS LE SOLEIL

ANGLAIS

Les cuisines SÉNÉGALAISE et MAROCAINE n’ont d’habitude pas trop leur place parmi les restos africains de Londres: voici deux exceptions à découvrir cet été.

NICHÉ DANS L’AFRICA CENTRE, une institution depuis les années 1960, Little Baobab aime se présenter comme «le seul restaurant sénégalais» de la capitale, même si la carte inclut d’autres spécialités d’Afrique de l’Ouest. Sous la direction de son fondateur et chef, Khadim Mbamba, le lieu est un véritable hub culturel, qui fait aussi fonction d’agence musicale. Le menu du soir, à 47 livres, s’ouvre en ce moment avec des snacks: bananes plantains frites au sel de bissap, pain au beurre de tamarin, ndambe Teranga (ragoût de haricots à œil noir) et thiou boulette (poisson à la sauce tomate). Après les entrées – du chicken dibi à une version végétale du suya –, on choisit entre mafé d’agneau, soupou kandja, ragoût de gombos à l’huile de palme et aux crevettes (le plat préféré du chef) ou thieb végé avec riz jollof et bissap À tester aussi: les plats du midi, plus accessibles et informels, comme le chicken yassa burger ou le mafé végé

Chez Flute, le rooftop du Broadwick Soho, une résidence inédite a pris ses quartiers jusqu’à fin août

Celle du El Fenn Marrakech, qui a transformé le lieu à coups de déco, d’art contemporain et de parfums marocains. Dans un cadre égayé par d’emblématiques rayures rouges et blanches, des lanternes suspendues, des coussins aux imprimés géométriques, des tables en zellige sur-mesure et des céramiques façonnées par des artisans marocains, mis à l’honneur dans la boutique éphémère, on sert tout l’été un menu inspiré de la tradition. Batbout au zaalouk d’aubergine fumée, briouates d’agneau au labneh et paprika fumé, poulpe grillé au charbon… Le tout accompagné des cocktails emblématiques de l’un des plus beaux hôtels du Maroc: Hibiscus Margarita, El Fenn Mule et Marrakech Negroni ■ L.N. littlebaobab.co.uk / broadwicksoho.com/el-fenn

Donner corps à la sociabilité

APRÈS LE COUP D’ÉTAT AU NIGER, la célèbre architecte

Mariam Issoufou Kamara a dû recentrer les activités de son cabinet, Atelier Masomi, en Suisse et aux ÉtatsUnis. Ici, elle a récemment livré le projet d’un restaurant profondément ancré dans la culture afrodescendante. Gourmega, à Manhattan, est la première adresse permanente du collectif culinaire Ghetto Gastro: un mouvement issu du Bronx en 2012, qui fusionne haute gastronomie, culture hip-hop, design et engagement social. Le projet d’Issoufou prend en compte ce désir de valoriser les cultures afro-américaines, caribéennes et africaines, tout en réfléchissant à la façon dont la culture du «mangerensemble» se décline à New York et à Niamey. Elle a ainsi dessiné un lieu intimiste, dont la déco intérieure évoque l’histoire du quartier et le Black and Tan, le premier saloon

Avec GOURMEGA, dans le Greenwich

Village de New York, l’architecte nigérienne Mariam Issoufou célèbre la culture DIASPORIQUE de la table.

clandestin fréquenté par les personnes noires et métisses aux débuts du jazz. Une porte pivotante circulaire en verre translucide jaune s’ouvre sur la cuisine. Elle sert à la fois de séparation spatiale et d’élément performatif, projetant les silhouettes qui animent la pièce et brouillant la frontière entre préparation et dégustation. Mais c’est la table sur-mesure aux formes organiques qui articule et module l’espace. Si, en soirée, elle peut accueillir jusqu’à 14 personnes, favorisant la convivialité dans un cadre plus sobre, en journée, on la découpe pour répondre aux besoins d’un café décontracté. La géométrie et les dimensions de chaque fragment permettent une reconfiguration fluide et rompent avec la hiérarchie des traditionnelles tables carrées occidentales, invitant les clients à se mettre à l’aise. ■ L.N. @gourmega

Intagrist el Ansari

Avec son documentaire Ressacs, une histoire touarègue, l’auteur, journaliste et réalisateur explore l’histoire de ses ancêtres, de Nouakchott à Tombouctou. Ce récit de transmission intime et collective exhume la mémoire du peuple touareg, confronté depuis des décennies aux conflits, à l’exil, à la sécheresse, et met en lumière SA CULTURE,

SES RÉSISTANCES ET SA SURVIE.

propos recueillis par Astrid Krivian

J’ai grandi dans un campement nomade, dans la région de Tombouctou Dans cet espace de liberté, la mythologie ancestrale, les légendes, la musique et la poésie étaient présentes au quotidien. Vers mes 9 ans, à l’école francophone de Gargando, j’ai découvert la langue française – Jean de La Fontaine, Marcel Pagnol Fasciné par le voyage, j’étais curieux d’explorer le monde urbain.

Notable, mon père était chef de fraction au sein de la confédération tribale des Kel Ansar. J’avais 6 ans à son décès. Mes souvenirs de lui sont des ombres, des images imperceptibles d’un homme de grande stature, calme, recevant beaucoup de visiteurs. Ses valeurs étaient la générosité, l’humilité, le sang-froid et l’équité. L’un de ses amis disait à mon sujet: «Cet enfant ira très loin.» Je cherche encore le sens de cette sentence. J’étais tiraillé par un désir ardent de partir et une inquiétude profonde.

La civilisation touarègue s’appuie sur cette philosophie: vivre dans la sobriété, être conscient que notre existence est liée à la nature, à l’humain – un écosystème dont il faut prendre soin pour notre survie Ne pas se définir par son «avoir», mais par son «être» est l’une de ses valeurs cardinales Le voile masculin est une représentation symbolique de ce socle: sobriété, satiété, mesure (pan du bas sur la bouche), politesse, égard, courtoisie (pan du front), responsabilité (partie du chèche enroulée comme une couronne sur la tête).

Les Touaregs font partie des oubliés de l’histoire, car le paradigme de colonisation-décolonisation a abouti à l’intangibilité des frontières. Contrairement à ce que pensent les élites intellectuelles et politiques africaines, l’indépendance ne signifie pas forcément un «État-nation-pays-touareg», mais plutôt une autonomie politique, économique, une considération culturelle – au regard de l’apport historique de ce peuple. Car l’être touareg se considère avant tout comme Saharien, rattaché à un territoire vaste, sans idée de frontières, un bien commun qui n’est pas à administrer.

Ressacs, une histoire touarègue, Prosodie Films, Les Ateliers du réel, Tesshil Vision, Compagnie des 9muZ

Les Touaregs ont exercé la principale hégémonie politique dans l’histoire du Sahara, entre le VIIIe et le XIXe siècle, fondant les cités caravanières (Aoudaghost, Tombouctou, Oualata…) avant de constituer le seul empire africain qui reliait l’Afrique et l’Europe: les Almoravides. Cette histoire est absente des manuels scolaires, du récit national malien, où le pouvoir tente d’effacer l’existence des Touaregs Ce déni est à la base du problème que connaît ce pays depuis les années 1960 À mon sens, les Touaregs n’auraient pas demandé «un État indépendant» s’ils n’avaient pas subi des humiliations majeures et des massacres. Cette situation a atteint son paroxysme ces dernières années: traquées, les populations arabo-touarègues du nord et les Peuls du centre s’exilent dans les pays voisins. Mon film Ressacs est une réappropriation de notre histoire, une boussole pour relier les futures générations à l’héritage de leurs ancêtres

«Les plus vieilles nations se sont reconstruites de leurs cendres», dit Mohamed ag Malha, l’un des intervenants du film Sans les repères traditionnels basés sur l’élevage, le nomadisme, il faut compenser cette perte, imaginer sa vie autrement. Cette reconstruction passe par l’éducation, l’instruction. Celle des filles est un enjeu majeur – les femmes ont toujours été un pilier de l’évolution de la société. ■

«L’être touareg se considère avant tout comme Saharien, rattaché à un territoire vaste, sans idée de frontières, un bien commun qui n’est pas à administrer.»

C’ESTCOMMENT?

CES COMPÉTENCES QUI S’EXPORTENT

La question de la fuite des cerveaux en Afrique est classique, récurrente. Le manque d’opportunités et la faiblesse des salaires dans leur pays d’origine incitent les jeunes diplômés à s’expatrier vers des horizons plus prometteurs pour leur carrière. Il en résulte une pénurie de talents dans plusieurs secteurs

Selon un rapport du Fonds monétaire international (FMI) sur les perspectives de l’économie mondiale en 2050, l’Afrique perdrait pas moins de 35 millions de travailleurs qualifiés partis rejoindre les pays du Nord

Dans le domaine de la santé, le phénomène est particulièrement visible: sur le plan mondial, le continent n’abrite que 3 % des professionnels, alors qu’il porte près de 24% de la charge de morbidité. La plupart des États, conscients du fléau, ont imaginé des réponses Au Togo, par exemple, les autorités exigent depuis trois ans que les étudiants boursiers rentrent obligatoirement après leur cursus à l’étranger. Un retour sur investissement pour le pays, en quelque sorte. Même si la «consigne» serait diversement respectée… Ce que l’on peut comprendre Au Ghana, les médecins fraîchement diplômés doivent travailler au moins deux ans dans le service public avant de pouvoir intégrer le secteur privé ou de postuler pour une carrière à l’étranger

Mais au-delà des mesures « coercitives », d’autres initiatives voient le jour dans la société civile. Comme au Cameroun, où un ingénieur de la diaspora a lancé Primeshare, une école de formation aux nouvelles technologies informatiques et à l’intelligence artificielle Les étudiants reçoivent des cours en ligne dispensés par des professeurs de la Silicon Valley, aux États-Unis. L’objectif: obtenir une formation solide pour répondre à la demande d’entreprises basées à l’étranger et qui investissent en Afrique. Des cursus qualifiants du même genre ont également été créés au Rwanda, en Zambie, au Sénégal et ailleurs encore.

Parce qu’il est évident que le continent a besoin de ses talents pour réussir son développement. Mais il est difficile de les retenir quand le chômage est endémique Quand on propose des émoluments beaucoup trop bas. Et quand, globalement, les conditions pour l’épanouissement professionnel, parfois après dix ans d’études, ne sont pas réunies. À court terme, on ne voit pas trop comment ces freins pourraient être levés dans les pays «émergents».

Alors de plus en plus d’Africains essaient de voir le problème différemment. Sous un angle plus positif. Il faut reconnaître que les diasporas renvoient une manne financière conséquente dans leur pays d’origine, qui contribue activement au développement local. Selon la Banque mondiale, leurs transferts de fonds sont passés de 53 milliards de dollars en 2010 à 95 milliards en 2024. Par ailleurs, la multiplication d’initiatives en faveur de formations innovantes locales est majoritairement le fait de diaspo qui ont fait carrière à l’étranger, et qui font ainsi bénéficier leurs concitoyens de leur expérience et de leur réseau Comme une sorte de transfert naturel de compétences.

Enfin, les expatriés issus de contrées plutôt stables et qui se développent petit à petit rentrent de plus en plus souvent chez eux pour y fonder un business et créer des emplois L’appel des racines est le plus fort Après tout, cette nouvelle émigration dite «circulaire» est une bonne chose. Car on ne voit pas pourquoi les cerveaux issus du continent devraient être condamnés à rester chez eux. Ils ont le droit de voyager, de renforcer leur savoir à l’étranger, de s’épanouir Et accessoirement, de montrer au reste du monde qu’ils existent et représentent une Afrique fière et tournée vers l’avenir D’une certaine manière, rien que ça, c’est déjà une belle façon de servir son pays. Aux États maintenant de créer les conditions pour que la tendance au retour se confirme et s’intensifie ■

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