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AM 381 FREE

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DJIBOUTI

Les grandes

ambitions

Un dossier Découverte spécial de 16 pages

INTERVIEWS

ENQUÊTE

Marokkiat, ou le cri de colère des Marocaines

Chantal
Biya Marième Faye Sall
Dominique Ouattara
Marie-Olive Lembe Kabila
Sylvia Bongo
Sika Bella Kaboré

afriquemagazine.com

ÊTRE EN AFRIQUE, ÊTRE DANS LE MONDE. TOUT LE

TEMPS.

Retrouvez nos vidéos avec AM TV. Toute l’économie du continent avec l’expertise d’ NOUVEAU Afrique Méditerranée

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S’informer. Découvrir. Se cultiver. Et rester connecté.

par Zyad Limam

HÉROÏSMES

Ya-t-il un paramètre particulier, dans la culture malienne, qui pousse parfois à l’héroïsme le plus stupéfiant ? Certainement. Quelque chose de noble, d’intrépide, d’audacieux, un instinct qui pousse vers le bien, ce qui est nécessaire. On pense évidemment à ce geste incroyable du jeune Mamoudou Gassama, fraîchement et clandestinement débarqué à Paris et qui se lance à l’assaut d’un immeuble de sept étages pour sauver la vie d’un jeune garçon suspendu dans le vide, accroché à la vie par ses petites mains, son propre courage et un balcon. On pense aussi à Lassana Bathily, employé de l’Hyper Casher dont le sang-froid et la lucidité permirent de sauver la vie de plusieurs clients lors de l’attentat sanglant du 9 janvier 2015. On pourrait aussi évoquer les héros plus ou moins connus de l’hôtel

Radisson à Bamako, ceux qui ont sauvé des vies lors de l’attaque du 20 novembre 2015. On pense au maître d’hôtel Tamba Diarra qui guida les forces de l’ordre dans les étages.

Romain Rolland (prix Nobel de Littérature 1915) écrivait : « Un héros c’est celui qui fait ce qu’il peut. Les autres ne le font pas. » Mamoudou Gassama a fait ce qu’il a pu. Les autres ont regardé. Et notre monde en crise, matérialiste, individualiste, obsédé par les identités, les murs et les frontières, a besoin de ces moments de pure transcendance. Moments qui rappellent certainement à chacun d’entre nous notre part enfouie d’altruisme et de courage…

Évidemment, les réseaux sociaux et les téléphones nouvelle génération donnent de l’ampleur, de la résonance à l’acte héroïque. Ceux qui filment Mamoudou Gassama font de lui un héros interplanétaire. Le monde entier, littéralement, parle de lui, est captivé. On ne sait plus trop d’ailleurs.

Sommes-nous dans la célébration d’un moment de grâce, d’un moment de dépassement au service de l’autre ? Ou sommes-nous dans la grande société du spectacle, celle où les images envahissent tout et noient le sens ? En Afrique, on récupère le phénomène pour vanter les qualités de courage des fils du continent (que l’on n’arrive pas néanmoins à retenir sur place).

En France, la stupéfiante ascension de Mamoudou Gassama masque la faillite d’une politique migratoire ultra répressive. Cette France des droits de l’homme qui se barricade face à la détresse du monde et qui octroie sa nationalité comme un certificat suprême de bonne conduite…

Et tous ces héros du quotidien, qui n’ont pas eu la chance d’être filmés ? On pense à ces autres migrants, ces hommes, ces femmes, ces enfants, qui traversent les déserts, qui traversent les mers sur des bateaux de fortune, au péril de leur vie, qui suivent le même chemin que Mamoudou Gassama. Beaucoup sont morts de chaud, de soif, noyés au fil de la terrible odyssée. Ils sont héroïques. Et décédés. Ils n’auront pas de nouveaux passeports. On repense à cette image bouleversante du petit Aylan, son corps sans vie, échoué sur une plage turque. L’émotion est passée depuis, son histoire est déjà loin. Le drame des migrants demeure. L’égoïsme des nations riches aussi. Le populisme, la xénophobie, le rejet de l’autre s’enracinent.

On souhaite une belle route à Mamoudou Gassama. On lui souhaite de trouver sa place là où il a voulu être, en France et peut-être même un jour de retourner au Mali et de raconter son histoire à des petits qui n’auraient pas vu le film. Et comme cet édito fait, pour une fois, place à des citations, il pourrait rappeler à ces enfants ce qu’écrivait un autre Prix Nobel de Littérature, Luigi Pirandello (1934) : « Il est plus facile d’être héros qu’honnête homme. Héros nous pouvons l’être une fois par hasard ; honnête homme il faut l’être toujours. » ■

JUIN n°381 SOMMAIRE

Héroïsmes par Zyad Limam

ON EN PARLE

8 Livres : Yambo Ouologuem, un pavé dans la mare par Catherine Faye

10 Musique : Fatoumata Diawara a des choses à nous dire par Sophie Rosemont

12 Écrans : Une Afrique « feel good » par Jean-Marie Chazeau

14 Agenda : Le meilleur de la culture

16 Événement : « Casa », capitale de la mode ! par Fouzia Marouf 20 PARCOURS

Toni Morrison par Catherine Faye

23 C’EST COMMENT ?

Digressions sécuritaires par Emmanuelle Pontié 44 CE QUE J’AI APPRIS

Gilbert Sinoué par Loraine Adam

58 LE DOCUMENT

Ellen Johnson Sirleaf, naissance d’une leader par Catherine Faye

106 VINGT QUESTIONS À…

Akua Naru par Astrid Krivian

TEMPS FORTS

24 Cover Story

Les premières dames par Frida Dahmani, Cédric Gouverneur, Zyad Limam, Emmanuelle Pontié

36 Portrait : Mo Salah, un héros blessé par Zyad Limam avec Alexis Hache

46 Med Hondo : « Je n’ai pas peur de traiter ce que je vois » par Bios Diallo

52 Le cri de colère des « Marokkiat » par Fouzia Marouf

80 Mamane : « Au Gondwana, le rire, c’est la résilience » par Astrid Krivian

86 Saïd Hamich

Le cinéma des origines par Astrid Krivian

90 Portfolio : Citoyens ensemble par Victor Masson

DÉCOUVERTE

Djibouti : Les grandes ambitions par Cherif Ouazani

64 Ports, services, capital humain : Le développement en 3 D

68 Interview : Ali Guelleh Aboubaker

69 Le défi de l’eau

70 Doraleh : Le retour de la souveraineté

72 De l’énergie pour la croissance

73 Interview : Yonis Ali Guedi

74 Entre deux capitales, le train de l’avenir

76 Le logement, priorité nationale

77 Trois questions à... Amina Abdi Aden

78 De la vertu de l’endettement

MADE IN AFRICA

96 Escapades : Fès, la « reine du Maghreb » par Alexis Hache

99 Architecture : Les rivales unies par la Biennale par Alexis Hache

100 Fashion : Ashanti Swimwear, l’histoire du Ghana sur la peau par Luisa Nannipieri

VIVRE MIEUX

102 Maladie des reins, comment se prémunir?

103 AVC, les aliments à effets préventifs

104 Malaise vagal : que faire ?

104 Enfants : Protégez ses yeux des ultra-violets p. 80 p. 63

FONDÉ EN 1983 (34e ANNÉE)

31, RUE POUSSIN – 75016 PARIS – FRANCE

Tél. : (33) 1 53 84 41 81 – fax : (33) 1 53 84 41 93 redaction@afriquemagazine.com

Zyad Limam

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ONT COLLABORÉ À CE NUMÉRO

Loraine Adam, Jean-Marie Chazeau, Frida Dahmani, Bios Diallo, Catherine Faye, Cédric Gouverneur, Alexis Hache, Dominique Jouenne, Astrid Krivian, Cherif Ouazani, Victor Masson, Fouzia Marouf, Luisa Nannipieri, Sophie Rosemont, Jessica Sontag.

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Dépôt légal : juin 2018.

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AFRIQUE MAGAZINE
p. 100

« LE DEVOIR DE VIOLENCE », Yambo Ouologuem, Seuil, 296 p., 18 €

Yambo Ouologuem Un danspavé la mare

Européens ni Africains, ne sort indemne de ce récit foisonnant. Et l’ironie violente d’Ouologuem à l’égard de l’Afrique d’avant le partage européen ne plaît pas.

Un demi-siècle après sa sortie, Le Devoir de violence est réédité. Emblématique et polémique, ce roman, couronné du PRIX RENAUDOT 1968, est à l’image de son auteur (disparu l’année dernière), tour à tour célébré et dénigré.
par Catherine Faye

QUAND, en 1968, paraît Le Devoir de violence, premier roman du jeune écrivain malien Yambo Ouologuem (1940-2017), il est vite salué comme une œuvre qui renouvelle la littérature africaine. Sa liberté de ton et l’audace de ses thèmes sont saisissants. Ses qualités d’écriture indéniables. « Un grand roman africain » titre Le Monde. Le Prix Renaudot, attribué pour la première fois à un auteur africain, confirme cette reconnaissance. Devenu un livre culte, il est aussitôt contesté. Car au-delà de l’exercice littéraire et de la fresque historique, l’ouvrage est aussi une charge politique. C’est l’histoire d’un empire imaginaire, le Nakem, et de la dynastie des Saïfs, qui y règne en maître retors. Une épopée s’étendant du XIIIe au XXe siècle, où l’auteur raconte la compromission des notables africains dans l’esclavage de leur propre peuple et leur soumission ambiguë au colonisateur. À l’opposé de l’image popularisée par la poésie senghorienne. Personne, ni

Mais la charge la plus violente surgit en 1971, lorsqu’un chercheur américain l’accuse d’avoir plagié Le Dernier des justes d’André Schwarz-Bart. D’autres accusations sont lancées, notamment à l’égard d’un roman de Graham Greene, C’est un champ de bataille. Le jeune auteur, 28 ans, a beau répéter qu’il a mis en évidence les citations avec des guillemets dans le manuscrit et que l’éditeur les aurait supprimés, le mal est fait. Sa destinée littéraire fulgurante fait long feu. Et la polémique soulevée par cette affaire de plagiat éclipse les autres titres du romancier écrits à la même époque, dont un roman érotique, Les Mille et une Bibles du sexe, parue sous le pseudonyme d’Utto Rodolph, où il est question de jeux érotiques, de libertinage poussé à ses extrêmes limites et parfois de scènes d’orgies, et un recueil d’essais pamphlétaires, Lettre à la France nègre.

À la fin des années 1970, déçu par la violence de la réception de son œuvre et la mauvaise foi de ses éditeurs qui ne l’ont pas soutenu, Ouologuem quitte définitivement la France, pour se réfugier dans sa terre natale, en pays dogon. C’est là qu’il passe les dernières décennies de sa vie, tourné semble-t-il vers la foi islamique. S’il est mort dans un quasianonymat au Mali, ses livres, un temps épuisés, ont été réédités à partir des années 2000, grâce au combat acharné de sa fille. Aujourd’hui, Le Devoir de violence se lit comme une construction littéraire vertigineuse et subversive. C’est sans doute le critique congolais Boniface Mongo-Mboussa qui a su trouver les mots les plus justes pour en parler : « Considéré à la lumière du grotesque, le livre ouvre, face à l’enfermement dans une pensée unique, à l’invention de nouveaux espaces de liberté. » Magistral. ■

enfance

L’ALGÉRIE RÊVÉE

« QUE ne m’a-t-on dit pour me laisser croire que j’étais un homme libre ? » Pour Yahia Belaskri, journaliste algérien installé en France depuis les émeutes de 1988, écrire est un acte de liberté. Il fait ici le récit d’une jeunesse en Algérie où les liens, l’école, la poésie, le théâtre, les livres façonnent. Mais aussi la guerre, l’exil, la séparation. « Je suis Amray, amoureux du

témoignage

L’ÉQUIPE BIS DE FRANCE

C’ÉTAIT il y a vingt ans. Le 22 mai 1998. Aimé Jacquet, le sélectionneur de l’équipe de France de football, élimine six joueurs présélectionnés pour disputer la Coupe du Monde : Nicolas Anelka, Ibrahim Ba, Sabri Lamouchi, Pierre Laigle, Lionel Letizi et Martin Djetou. « À défaut d’être élus dieux du Stade de France, ils vont, chacun, vivre une malédiction digne d’une tragédie grecque. » Karim Nedjari, grand reporter, a voulu raconter ces instants

monde et de ses mystères. » Né avec la guerre, entre le souffle du chergui et les neiges des Hauts Plateaux, Amray grandit dans l’amour d’une famille nombreuse. Mais bientôt son monde vacille et ses amis d’enfance quittent le pays. Ce roman de toutes les premières fois, où l’histoire s’immisce en toile de fond, est un chant d’amour pour une terre jamais nommée. Et une charge ardente contre tous les intégrismes. ■ C.F.

« LE LIVRE D’AMRAY », Yahia Belaskri, Plon, 144 p., 16,50 €.

déchirants. Pour cela, il a retrouvé les vaincus d’un soir. Des hommes qui ont connu chômage, dépression, divorce, solitude et, parfois même, l’exil. En dévoilant la face cachée du triomphe de juillet 1998, son enquête plonge dans les coulisses du foot français. ■ C.F.

« LA NUIT DES MAUDITS », Karim Nedjari, Fayard, 288 p., 18 €.

PARLE ON EN

roman RETOUR

À « MADA »

GRANDE voix de la littérature de l’océan Indien, l’écrivain malgache Jean-Luc Raharimanana met en scène son double dans ce troisième roman. Le plus autobiographique sans doute. Agencé en cahiers numérotés et titrés, le texte tisse tour à tour deux enfances. La sienne et celle de son père. Une construction à la fois étonnante et captivante

récit

livres

où l’histoire familiale se confond avec l’histoire de l’île à mesure que surgissent les récits. Vers quoi Hira, né le jour du septième anniversaire de l’Indépendance de Madagascar, veut-il vraiment revenir ? Vers les premiers souvenirs d’une enfance enchantée ? Ou vers le passé plus lointain de son père, intellectuel pacifiste, figure de l’opposition, arrêté et torturé ? Un hymne à Madagascar, à la littérature et à la vie. ■ C.F.

« REVENIR », Jean-Luc Raharimanana, Rivages, 300 p., 22 €

D’UNE LANGUE L’AUTRE

ON PEUT perdre sa langue. On peut aussi la retrouver. Z. arrive en France à un âge où la mémoire n’a pas laissé de trace. Trente ans plus tard, elle réalise qu’elle a progressivement oublié sa langue maternelle. Écrit à la première personne, ce premier roman retisse les é it

fragments de vie qui relient deux langues, celle du pays natal et le français, à qui la protagoniste n’arrive pas à se donner entièrement. Dans ce texte très intime, l’auteur parle de son rapport à son héritage, renoue le lien, malgré la loi du silence et du brouillard établie par ses parents une fois quittée l’Afrique de l’Ouest. Au fil des pages, Z. redécouvre l’enfant aux cheveux noirspaillasse, la femme qui boite, les mandats oubliés dans les poches… Autant de mots qui lui permettent de retrouver son chemin. ■ C.F.

« ET MA LANGUE SE MIT À DANSER », Ysiaka Anam, La Cheminante, 122 p., 10 €.

Fatoumata Diawara a des choses à nous dire

Avec son deuxième album, Fenfo, coproduit par Matthieu Chedid, la CHANTEUSE et comédienne malienne montre toute l’étendue de son talent d’artiste engagée.

NÉE en 1982 en Côte d’Ivoire mais élevée au Mali, Fatoumata chante depuis toute petite, adoubée par un père officiant dans une troupe de danse, qui lui a offert sa première guitare. L’enfance heureuse est hélas vite balayée par la mort subite et inexpliquée de sa sœur la plus proche. Âgée de 9 ans, Fatoumata est traumatisée, et, ingérable, se retrouve adoptée par sa tante… qui n’est pas une tendre. Adolescente, elle fait sa première apparition cinématographique devant la caméra d’Adama Drabo. Dans la foulée, elle joue dans La Genèse puis dans Sia, le rêve du python. Un bon début parasité par l’ombre du mariage arrangé avec un cousin.

C’est le metteur en scène Jean-Luc Courcoult, qui dirige la compagnie Royal de Luxe, qui l’encourage à vivre de son art. Elle s’enfuit alors pour rejoindre la troupe avec qui elle parcourt le monde. Michel Ocelot la

repère et lui demande d’incarner sur scène Karaba, la sorcière de son merveilleux dessin animé Kirikou. Fatoumata n’arrête plus de travailler, sortant un premier album solo (Fatou, en 2011), collaborant avec Herbie Hancock, Tony Allen, Damon Albarn ou encore Bobby Womack, s’illustrant dans le documentaire Mali Blues ou le grand gagnant des Césars de 2015 : Timbuktu

En 2017, Matthieu Chedid l’invite sur son album collectif Lamomali et une tournée plus tard, lui propose d’arranger Fenfo, deuxième opus de celle qui affirme ici non seulement son immense talent d’actrice, mais aussi son don, éclatant, pour l’écriture et le chant. Elle y raconte la vie, l’amour, la

« FENFO », Fatoumata Diawara, 3e Bureau/ Wagram.

mort, la folie d’un monde cruel, le pouvoir – celui de la femme, notamment. Car Fatoumata revendique la libre parole féminine, et ne se prive pas de l’utiliser à sa guise. Dans Fenfo, qui signifie en bambara « des choses à dire », elle explore l’acoustique comme le synthétique. Avec des formats ballade (« Ou Y’An Ye », « Takamba », « Don Do ») ou des tempos groovy (« Negue Negue ») voire sous influence électro (« Nterini », « Kanou Dan Yen »), hymnes pop (« Kokoro », « Dibi Bo », « Bonya ») ou manifestes folky (« Fenfo », « Mama ») au gré de ses humeurs et de ses messages – engagés en faveur d’une Afrique libérée du joug de la guerre et du terrorisme. Fatoumata, nouvelle reine de nos cœurs… ■

« PLEASE DON’T BE DEAD », Fantastic Negrito, Cooking Vinyl.

r’n’b/funk L’HYMNE FIÉVREUX À LA VIE DE FANTASTIC NEGRITO

Le bluesman californien à la carrière improbable est de retour…

ÉTRANGE conte de fées que celui de Xavier Dphrepaulezz… En 1995, repéré par le manager de Prince, le musicien californien signait sous le nom de Xavier un contrat d’1 million de dollars. Cinq ans plus tard, sans avoir cassé la baraque commercialement, il manque de mourir dans un accident de voiture. En sortant de son coma, il retourne à une musique plus authentique et, en 2016, revient avec un deuxième album en forme de renaissance, Fantastic Negrito –désormais son patronyme scénique. Et cultive aujourd’hui sur les terres blues et funk des ancêtres. En témoigne Please Don’t Be Dead, qui convoque aussi bien Little Richard que Sly Stone, livrant des brûlots immédiats comme « Plastic Hamburgers » ou « A Letter to Fear ». ■ S.R.

rock touareg

BOMBINO, C’EST DE LA BOMBE

Encore

un sans-faute pour le guitariste

adoubé par Keith Richards !

C’EST sur le somptueux manifeste électrique « Imajghan » que s’ouvre le nouvel album du guitariste nigérien. « Deran » signifie « meilleurs vœux » en tamasheq et, en effet, offre la possibilité d’une lumière au bout du tunnel. Deran explore les amours blues et funk de Bombino, relevés à sa sauce tuareggae. Poursuivi, menacé, exilé, le musicien n’en a pas moins sorti une poignée d’albums depuis le début des années 2000 et, à 38 ans, est l’un des plus glorieux représentants du rock touareg, admiré par Robert Plant, Keith Richards ou encore Dan Auerbach. La verve de ses cordes et les qualités performatives de ses mélodies font de Deran un album de l’accomplissement, qui n’oublie pas la spontanéité en route, comme on l’entend sur un « Tahigren » ou un « Takamaba ». ■ S.R. « DERAN », Bombino, Partisan Records.

folk oriental

musique

NAWEL, ENTRE DEUX RIVES

ELLE aime Tracy Chapman, Lauryn Hill… et la musique arabe qu’elle connaît bien, puisque la blonde Nawel Ben Kraïem (elle a aussi des origines suédoises) a grandi à Tunis. Après avoir écumé les théâtres locaux, guitare en bandoulière, elle est partie à l’assaut des bars parisiens. Depuis 2013, sa version plus orientale et plus pop du folk rencontre son public. Avec cet EP, elle exploite la poésie de la chanson française sans renoncer aux rythmiques et aux mélodies orientales. « La nuit est mon drapeau », « Mer promise » ou encore « Par mon nom » témoignent de sa jolie plume francophone sans oublier l’arabe, qui se mêle à l’anglais sur « Den Den ». Réussi. ■ S.R.

« CHILDQUEEN », Kadhja Bonet, Fat Possum Records.

« NAWEL BEN KRAÏEM », Nawel Ben Kraïem, Capitol/Universal.

soul jazzy DANS LES CIEUX DE KADHJA BONET

ENREGISTRÉ un peu partout en Europe, le deuxième album de la musicienne californienne est cependant très américain dans son épatante capacité à faire revivre l’âge d’or seventies de la soul d’outre-Atlantique. Malgré sa formation classique et son aptitude à tout faire elle-même (écriture, composition et production), Kadhja Bonet dépasse son expertise orchestrale pour livrer un son ultra-contemporain, aux échos funky, jazzy ou expérimentaux. Cordes, cuivres et claviers et une voix céleste qui évoque Solange Knowles ou Sade… Impossible de résister à la beauté à la fois cérébrale et sensuelle de morceaux comme « Delphine », « Antoher Time Love » ou « Nostalgia ». ■ S.R.

« YOMEDDINE » (Égypte) d’Abu Bakr Shawky. Avec Rady Gamal, Ahmed Abdelhafiz.

Yomeddine , ou l’épopée d’un lépreux dans une Égypte rarement vue au cinéma.

Rafiki , qui met en scène une relation entre deux jeunes filles à Nairobi, est interdit au Kenya.

« RAFIKI » (Kenya) de Wanuri Kahiu. Avec Samantha Mugatsia, Sheila Munyiva.

Une Afrique « feel good »

Deux longs métrages ont fait souffler un vent d’optimisme au dernier festival de Cannes. Deux œuvres grand public qui changent l’image du continent et vantent LE DROIT À LA DIFFÉRENCE.
par Jean-Marie Chazeau

LE HÉROS lépreux de Yomeddine, premier film de l’Égyptien A. B. Shawky, et le couple de femmes de Rafiki, de la Nigériane Wanuri Kahiu, ont séduit les festivaliers à Cannes. Deux feel good movies, signés d’une nouvelle génération. Dans le premier cas, en mettant en vedette un homme défiguré et tordu par la maladie (mais qui n’est plus contagieux), dans le second, en évoquant le sujet tabou de l’homosexualité (qui n’est pas une maladie, rappelons-le).

Yomeddine, c’est un road-movie sur les bords du Nil, montrant une Égypte rarement vue au cinéma. Le parcours forcément semé d’embûche d’un homme abandonné dans

son enfance dans une léproserie du nord du pays, qu’il fuit pour tenter de retrouver sa famille au sud. Monté sur son âne et flanqué d’un jeune Nubien surnommé Obama pour sa couleur de peau (« comme le gars à la télé » !), il va croiser sur sa route d’autres victimes de la vie (un nain, un cul-de-jatte, etc.). Loin de visiter une galerie de « monstres », le spectateur est embarqué par ces apprentis comédiens dont le jeu fait merveille. Dans Rafiki, deux jeunes filles de Nairobi découvrent leur attirance l’une pour l’autre, sentimentale et physique (le film reste prudemment prude). L’image joue sur les couleurs, la musique, et un aspect doux et « girly » qui n’atténue pas forcément la violence homophobe qui les entoure.

La grande difficulté pour ces deux jeunes cinéastes, formés aux États-Unis, c’est de partager leur message universel de tolérance dans leur pays d’origine. Pour cela, Yomeddine évite toute allusion politique, et le film doit sortir en Égypte en même temps qu’en France à l’automne. En revanche, Rafiki est interdit au Kenya pour cause de « promotion » de l’homosexualité. Mais tous les deux ont déjà gagné leur pari : changer le regard porté sur le cinéma africain. ■

drame

Le bébé n’est à personne

UN MARIAGE à organiser dans les plus brefs délais à cause d’un bébé… Il ne s’agit pas seulement de sauver les apparences, mais aussi de respecter la loi marocaine qui punit les filles-mères… Or, Sofia, 20 ans, n’a jamais admis qu’elle était enceinte, un déni de grossesse qu’elle va devoir surmonter, avant de trouver une maternité qui veuille bien l’accueillir, puis retrouver le père de l’enfant… L’occasion d’une virée nocturne haletante dans Casablanca. Et d’un portrait d’une société marocaine à deux vitesses : Sofia vit chichement alors que sa cousine, qui lui vient en aide, est d’un milieu aisé, tourné vers l’Europe. Entre bonne conscience et compromissions, le film (prix du scénario

adaptation

écrans

À Casablanca, Sofia, qui vient d’accoucher hors mariage, va se faire aider par sa cousine Léna…

dans la sélection « Un certain regard » à Cannes) avance sur un fil et on ne le lâche pas. C’est aussi le regard d’une réalisatrice sur la condition masculine au Maghreb, le personnage du futur mari n’étant pas le moins intéressant. ■ J.-M.C.

Les charmes du fakir

« SOFIA » (France-Maroc) de Meryem Benm’Barek. Avec Maha Alemi, Lubna Azabal, Faouzi Bensaidi.

AVEC SES FAUX AIRS d’Amélie Poulain et de Slumdog Millionnaire, le film raconte les péripéties d’un jeune arnaqueur des rues de Mumbai, parti à Paris sur les traces d’un père qu’il n’a pas connu. Adapté d’un best-seller au titre à rallonge (L’Extraordinaire Voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea de Romain Puértolas), cette fable colorée mélange le drame et la comédie… parfois jusqu’au malaise, comme lorsqu’un chef des douanes anglaises se met à chanter et danser en renvoyant en Libye des migrants somaliens clandestins : on comprend bien que c’est du simili Bollywood, mais ça ne fonctionne pas vraiment dans le contexte actuel. La fable a pourtant du charme. ■ J.-M.C.

« L’EXTRAORDINAIRE VOYAGE DU FAKIR », (France-États-Unis) de Ken Scott. Avec Dhanush, Bérénice Bejo, Barkhad Abdi.

comédie Si j’veux…

DEUX JEUNES SŒURS se confient leurs histoires de garçons jusqu’à ce que par jeu, l’une d’elles se retrouve contrainte à une relation sexuelle avec le petit copain de l’autre. C’est toute la question du consentement et du viol par manipulation qui est posée, d’une façon aussi crue que le langage parlé ici, celui d’une génération entière de certains quartiers populaires en France. Antoine Desrosières retrouve ses interprètes de Haramiste, moyen métrage où elles incarnaient deux filles voilées, et les filme souvent face caméra dans leur chambre, façon YouTubeur. Le travail sur le naturel des deux actrices est réussi, mais on a du mal à trouver leurs personnages sympathiques dans cet imbroglio sentimental et bavard, porté par une tchatche aux saillies parfois très drôles. ■ J.-M.C.

« À GENOUX LES GARS » (France) d’Antoine Desrosières. Avec Souad Arsane, Inas Chanti, Sidi Mejai, Mehdi Dahmane.

Une farce radicale sur l’oppression masculine qui ne manque pas de culot.

Mixology, de Mounir Fatmi (2010), avec ses vinyles décorés de hadiths du prophète.

exposition

L’ORIENT SUR LES PLATINES

Avec « Al Musiqa », la Philarmonie de Paris offre un florilège de la CRÉATION musicale arabe, soulignant la richesse d’un patrimoine méconnu.

La grande salle de la Maison Ousmane Sow.

Dans son atelier de Dakar, en 2006.

inauguration OUSMANE SOW DANS

SA MAISON-SCULPTURE

À Dakar, « Le Sphinx », où vécut le créateur jusqu’à sa mort en 2016, a OUVERT ses portes. Avec les œuvres du maître.

Affiche de cinéma égyptienne.

« AL MUSIQA » propose un voyage visuel et sonore, à travers le désert d’Arabie, un jardin andalou, un cinéma égyptien, une zaouïa africaine, un café de Barbès, la place trépidante d’une grande capitale arabe… C’est un témoignage de l’exceptionnelle vitalité de la création musicale contemporaine dans le monde arabe. Les œuvres exposées permettent de découvrir de riches collections publiques et privées d’Orient et d’Occident : instruments de musique, calligraphies, miniatures, peintures, photographies. Que viennent compléter installations, affiches de cinéma, films cultes ou archives sonores rares. Entièrement bilingue (français et arabe), l’exposition invite néophytes, mélomanes avertis, amoureux de Fairouz ou passionnés de musique arabo-andalouse à mieux comprendre la manière dont ces sons nourrissent et questionnent notre identité. Telles les grandes figures du raï, Khaled en tête, qui s’imposent comme une vitrine rayonnante de la France à l’étranger, quand Bachar Mar-Khalife enorgueillit le drapeau tricolore en triomphant sur la scène électro. ■ Catherine Faye « AL MUSIQA », Philharmonie de Paris, jusqu’au 19 août. philharmoniedeparis.fr

INAUGURÉE le 5 mai dernier en marge de l’édition 2018 de Dak’Art, la Maison Ousmane Sow est désormais ouverte au public. On y découvre, dans un dédale de pièces bordées de vérandas, son atelier et ses œuvres, des Masaïs et des Zoulous aux derniers Petits Noubas. Des inédits, des sculptures inachevées et des œuvres connues. Notamment les séries africaines, dont une complète, les Peuls, et les « grands hommes » : Nelson Mandela, De Gaulle, Victor Hugo, son père, L’Homme et l’enfant. La maison est singulière. Presque une sculpture. Construite à son idée et baptisée Le Sphinx, elle préfigurait pour lui la série qu’il imaginait réaliser sur les Égyptiens. Tête, bras et dos du sphinx sont représentés symboliquement en une architecture résolument contemporaine. Il avait fait recouvrir les murs de la matière dont il faisait ses sculptures. Une matière restée mystérieuse. Et fabriqué lui-même les carrelages dans des tons ocre, bruns, rouges, verts. Située à Yoff, dans la banlieue de Dakar, il y a vécu jusqu’à sa mort, le 1er décembre 2016. ■ C.F. Maison Ousmane Sow, Yoff, Dakar, Sénégal.

ethnographie

Sacrée

Afrique !

Amulette nzip byang akon de protection, Gabon, début du XXe siècle.

Mystique : Genève part à la découverte des nombreuses pratiques religieuses du continent.

UNE ÉNORME simulation de grotte, une place de village… La mise en scène met l’accent sur l’émotion religieuse, avec ce qu’elle peut comporter de sacré et de profane, d’individuel et de collectif. À travers plus de 300 objets, 200 photos et une quarantaine de vidéos, l’exposition, à la découverte des pratiques religieuses du continent, présente un ensemble de rituels qui relient les vivants entre eux, face aux puissances de l’invisible : dieu unique, divinités multiples, esprits des ancêtres ou de la nature. Les pièces issues des collections du musée d’Ethnographie de Genève sont souvent inédites. Notamment une coupe divinatoire des îles Bijagos, acquise en 1893, et trois cannes malgaches de divination. Elles sont enrichies par de fascinantes images de photographes contemporains de renommée internationale. Tels Fabrice Monteiro au Sénégal ou Santu Mofokeng en Afrique du Sud. Les installations vidéo de l’Éthiopien Theo Eshetu ponctuent le parcours en révélant la notion du sacré dans les religions autochtones africaines. ■ C.F « AFRIQUE. LES RELIGIONS DE L’EXTASE », musée d’Ethnographie de la ville de Genève, jusqu’au 6 janvier 2019. ville-ge.ch/meg concept

festival

GNAOUA VA GROOVER

Le fameux festival d’Essaouira a pour vocation de rendre hommage à la culture tagnaouite et au vaste héritage musical africain. À l’affiche de la 21e édition, sont notamment conviés le collectif Snarky Puppy, mix de jazz, funk et gospel made in Brooklyn, ainsi que les deux Maliennes, Asma Hamzaoui de Tombouctou, jeune artiste gnaouie joueuse de guembri, et la chanteuse Fatoumata Diawara. Sans oublier le collectif béninois super tonique BIM, ou le légendaire percussionniste Zakir Hussain, trésor national indien, aux côtés de Dave Holland et Chris Potter ! ■ Loraine Adam FESTIVAL GNAOUA ET MUSIQUES DU MONDE, Essaouira, du 21 au 23 juin. festival-gnaoua.net

#5-XZ Under Heaven – 2812NH0174 , 2017. Huile sur toile, aluminium.

XU ZHEN, MÉTA-ARTISTE

Fortement inspiré par Andy Warhol, l’ambitieux chef de file de la nouvelle scène CHINOISE investit la galerie Perrotin de Séoul.

MUTANT ! À l’image de l’évolution de son pays, le travail de Xu Zhen (ou plutôt « Xu Zhen® ») incarne à merveille la richesse créative, la disparité et l’éclectisme de la nouvelle scène chinoise, aujourd’hui l’une des plus importantes du marché de l’art. À 41 ans, cet artiste diplômé en design et graphisme, inspiré par Duchamp, Beuys et Warhol, dirige la société MadeIn Company (faisant référence au « made in China », mais également à l’expression chinoise « société sans frontières ») créée en 2009 et basée à Shanghai. Conçue sur le modèle d’une galerie d’art collective, celle-ci produit également les œuvres d’autres artistes. Dans ce gigantesque atelier sont convoqués tous les médiums : vidéos, performances, céramiques, œuvres abstraites, figuratives et les références bouddhistes, africaines ou issues de l’Antiquité se télescopent en un mix inédit. Depuis 2005, cette tête de file et entrepreneur averti ne quitte plus la Chine « pour avoir plus de distance vis-à-vis de la réception de l’art chinois en Occident ». Ce qui ne l’empêche pas de développer sa compagnie à l’étranger et de vouloir créer un musée et une fondation. ■ L.A. « XU ZHEN ® », galerie Perrotin Séoul, jusqu’au 8 juillet. perrotin.com

PARLE ON EN événement

Nawel Debbouze (à g.) et Zaineb

El Kadiri (à dr.), à l’origine de ce nouveau rendez-vous.

« Casa », capitale de la mode !

Première manifestation du genre, AFRICAN FASHION TALENTS, festival entièrement dévolu à la création made in Africa, s’est tenu à Casablanca début mai. Imaginée par Nawel Debbouze et Zaineb El Kadiri, designers engagées et inspirées, cette édition a fédéré jeunes pousses et grands noms des quatre coins du continent.

JOURNÉE ensoleillée, sur les hauteurs de la métropole casablancaise le 3 mai dernier. Nawel Debbouze et Zaineb

El Kadiri, créatrices de mode d’origine marocaine, annonçaient les jalons de l’African Fashion Talents lors d’une conférence de presse à l’hôtel Sofitel. L’événement, exclusivement dédié à la jeune école de designers sur le continent, est une première depuis vingt ans : onze créateurs issus d’Afrique francophone, anglophone, d’Afrique de l’Est, de l’Ouest et du Maghreb sont réunis au Maroc. « Nous souhaitons rassembler ces talents autour d’une plate-forme, forte de professionnels, afin que l’expérience de tous leur soit profitable. Et faire de Casablanca la capitale de la mode africaine » déclaraient de concert, Nawel Debbouze et

Zaineb El Kadiri, ayant grandi en France et nourrissant une passion commune pour l’Afrique. Séduites par la qualité des défilés qu’elles fréquentent au Sénégal, en Afrique du Sud, en Angola, conquises par les liens qu’elles tissent avec de jeunes créateurs, elles décident il y a un an de créer l’African Fashion Talents car « la mode a besoin d’être made in Africa ! »

Le tandem multiplie les voyages entre la France et le continent, redouble de ténacité et de persuasion pour convaincre les partenaires marocains de soutenir ce projet d’ampleur. Dès lors, une table ronde a évoqué les enjeux et la croissance des industries créatives en Afrique dans le secteur de la mode, animée par Frannie Leautier, tanzanienne,

Le bel Alpha, mannequin sénégalais habillé par «

Aux confluents de la tradition et de la modernité, une robe réalisée par Zaineb El Kadiri.

Looks signés Nawel Debbouze et Meryem Zemrani pour la marque
« Jude Jude » lors du défilé au Morocco Mall le 4 mai.
Esprit glam rock signé « Les diamants de l’Orient » alias Nanou.
Les diamants de l’Orient » alias Nanou.

Ci-dessous et ci-contre : la griffe ethnique chic de la créatrice tangéroise Salima Abdel-Wahab lors du défilé du 5 mai au Sofitel.

notamment ancienne vice-présidente de la BAD. Riches de leur expertise et de la volonté d’œuvrer activement en faveur d’une industrie de la mode sur le continent, les participants ont croisé leur business model : Adama Paris, productrice de Dakar Fashion Week et de la première chaîne de télévision 100 % mode en Afrique « Fashion Africa Channel », comptant 40 millions de vues ; Amadou Diaw, président de l’Institut supérieur de management de Dakar ; Anna Getaneh, premier mannequin éthiopien, à fonder la fashion house « African Mosaïque » à Johannesburg, faute de structure consacrée au monde de la mode ; Matthew Rugamba, designer rwandais qui a dessiné le costume de Ryan Coogler, réalisateur de Black Panther, à l’occasion de l’avant-première à Los Angeles. (« D’emblée, j’ai senti que ce film serait un symbole identitaire fort pour notre jeunesse », a-t-il confié.)

Le maître mot revenant sans cesse dans le discours ambiant est le soft power. Côté jury, le président n’était autre qu’Alphadi, « le magicien du désert », fondateur de

Ci-dessus : pièces de Nawel Debbouze et Meryem Zemrani. pour la marque « Jude Jude » lors du défilé le 5 mai au Sofitel.

l’incontournable Festival international de la mode africaine (Fima) dont la 11e édition, celle des 20 ans, devrait se dérouler en novembre prochain au Maroc. Entouré de personnalités emblématiques dont Hisham Oumlil, créateur new-yorkais né à Casablanca, qui a travaillé pour Hermès, Versace ; ou Hicham Lahlou, fer de lance du design au Maroc, fondateur d’Africa Design Award & Days, il a précisé : « It’s time for Africa, nous regorgeons de talents et devons nous unir ». Autre temps fort, le discours de la très attendue Dr Moloi-Motsepe, décorée par le prix Vision et Engagement lors du dernier défilé du 5 mai : « Nous allons créer une fédération de mode qui réunira les rendez-vous marquants en Afrique » a conclu cette ancienne designer en Afrique du Sud, pionnière de la mode de luxe africaine. Les lauréats du défilé du 4 mai au Morocco Mall, Siwana de Azeve Do (Angola) et Zak Koné (Côte d’Ivoire), présenteront leurs collections lors du prochain Fima, qui se tiendra à Dakhla, dans le sud marocain, en novembre prochain. ■

Mafole, designer

composition

UN JURY TRÈS GLAM

Alphadi, créateur nigérien, surnommé le « magicien du désert ».

Hisham Oumlil, styliste new-yorkais.

Flora Coquerel, miss France 2014.

Hicham Lahlou, fondateur d’Africa Design Award & Days.

Vanessa
sud-africaine, habille Nora Ouihi, mannequin marocaine.
Une
de Zaineb El Kadiri.

Toni Morrison

PRIX NOBEL DE LITTÉRATURE et mémoire vivante de l’Amérique ségrégationniste, la romancière américaine

vient de publier L’Origine des autres à 87 ans.

Et elle est bien décidée à survivre à Donald Trump.

«Si Donald Trump est élu, je ne me sentirais plus américaine. » À quelques heures du résultat de l’élection présidentielle, la romancière livrait sur les ondes ses impressions sur cette campagne historique. C’était le 8 novembre 2016. On la retrouve un an et demi plus tard, toujours à New York, dreadlocks argentées retenues par un foulard noué à la pirate, sourire franc, regard déterminé. Un visage sculptural. Sous assistance respiratoire, l’écrivain fait pourtant preuve d’une vitalité contagieuse. « J’ai 87 ans, et je vais survivre à Donald Trump », s’amuse-t-elle à l’occasion d’une récente interview diffusée dans l’émission littéraire « La Grande Librairie ». Toni Morrison représente, avec Barack Obama, l’un des symboles de cette Amérique noire qui, en dépit de l’arrivée du président Trump au pouvoir, a durablement bouleversé l’image que les États-Unis se font d’eux-mêmes. Femme de lettres et de combats, elle vient de publier L’Origine des autres, un ouvrage aux origines du racisme mais surtout, de la violence des oppressions dominatrices. Corrosif et politique, le livre rassemble six conférences qu’elle a prononcées à l’université de Harvard en 2016. Une pierre supplémentaire à cet édifice contestataire de l’écrivain contre l’« obsession de la couleur ». Des récits d’esclaves à l’évocation de lynchages et des récentes violences policières, ses textes s’intéressent à cet étranger qui n’est peut-être, après tout, qu’une partie non reconnue de nous-mêmes. Toni Morrison fait ainsi, encore une fois, acte de résistance. Par la force du langage. Née Chloe Anthony Wofford, cette grande dame de la littérature est une descendante d’esclaves. Son arrière-grand-mère et sa grand-mère lui ont raconté la vie des Noirs au début du siècle. « Ma grand-mère s’est enfuie de sa maison en pleine nuit, parce qu’elle devait de l’argent au propriétaire, elle est partie avec 30 dollars et ses sept enfants, sans savoir où elle allait. » Issue d’une famille ouvrière, elle se passionne très tôt pour la littérature, suit des études universitaires de lettres, enseigne à son tour, puis travaille comme éditrice chez Random House, spécialisée en littérature noire. Professeure de littérature à l’Université de Princeton jusqu’en 2006, elle écrit son premier roman, The Bluest Eye, à 39 ans. Dès lors, elle fait de la communauté noire américaine son terreau romanesque. D’un roman à l’autre – et au fil des six conférences présentées aujourd’hui –, la romancière s’impose ainsi comme une voix essentielle pour explorer les dysfonctionnements et les injustices de la société américaine. « Son œuvre est enracinée dans l’Histoire et puise sa beauté dans ses manifestations les plus monstrueuses », écrit Ta-Nehisi Coates, l’auteur d’Une Colère noire, dans la préface qu’il consacre à L’Origine des autres. Élu meilleur roman de ces vingt-cinq dernières années par le New York Times, c’est Beloved, couronné du Prix Pulitzer 1988, qui lui permet d’intégrer la scène littéraire et intellectuelle mondiale. « Écrire des romans, c’est faire apparaître les gens ordinaires qui ne sont pas dans les livres d’Histoire », assure la première femme noire et le seul auteur afro-américain à avoir été consacré Prix Nobel de Littérature. On est en 1993, et Jazz, paru un an plus tôt, prend le prétexte d’un crime passionnel pour dépeindre l’univers de Harlem. Lors de son discours de réception du Prix Nobel, Toni Morrison a ces mots décisifs : « Le langage de l’oppression représente bien plus que la violence ; il est la violence elle-même ; il représente bien plus que les limites de la connaissance ; il limite la connaissance elle-même. » Si la question raciale est au cœur de son œuvre, la plupart de ses romans se rapprochent du réalisme magique latino-américain. Celui de Gabriel García Márquez ou de Julio Cortázar. « Une force visionnaire et une grande puissance poétique ; une remarquable technique narrative qui porte la marque d’un esprit original », dira d’elle l’Académie suédoise. Décorée de la Médaille présidentielle de la Liberté fin 2012 par le président Barack Obama, cette figure de la littérature afro-américaine manie le verbe avec pugnacité. Comme la pensée. Donner du sens, prendre la parole, dénoncer : son engagement est à l’aune de son humanisme. Citoyenne du monde, elle continue d’écrire, indéfectiblement, « pour apprendre, pour comprendre ». ■

L’Origine des autres de Toni Morrison, traduction de l’anglais (États-Unis) par Christine Laferrière, préface de Ta-Nehisi Coates, Christian Bourgois, 95 p.

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DIGRESSIONS SÉCURITAIRES

Nous ne l’avons pas choisi. Loin de là. Mais, qu’on le veuille ou non, notre quotidien a été totalement révolutionné dans les pays africains qui ont été touchés par le terrorisme ou qui sont supposés prévenir activement d’éventuels attentats. Bamako, Ouaga, et bien d’autres capitales ont totalement changé de visage. Une nouvelle vie s’est imposée, au milieu des armes et des treillis. Les contrôles se sont multipliés, dans les aéroports, sur les routes, les lieux publics, les aires de loisirs. Plus aucun événement ou cérémonie ne se prépare sans que le volet sécurité ne soit pris en compte. Les restaurants sont hermétiquement fermés et les clients doivent passer par des sas équipés de portiques et d’agents assignés à la fouille. Les hôtels, dont les entrées sont hérissées de portails géants ou de plots en béton, sont devenus inaccessibles aux voitures. Les piscines ou les lieux de détente hors des capitales sont aussi gardés par des hommes en tenue. En ville, les gens s’interrogent. Est-ce vraiment utile, vu que les attentats perdurent et semblent déjouer les dispositifs mis en place ? Est-ce conçu pour d’abord rassurer les populations ? Souvent, on assiste à des mouvements d’humeur de citoyens, agacés par les fouilles et les passages de détecteurs qui les retardent pour un rendez-vous… Certes, aucune mesure de sécurité, nulle part dans le monde, n’est efficace à 100 %. Mais elles sont toutes, au minimum, dissuasives, et permettent certainement d’éviter bon nombre d’exactions. Elles sont toutes plus rassurantes qu’inquiétantes pour les habitants ou les visiteurs, qui ont ainsi le sentiment que les pouvoirs publics sont en alerte, gèrent. Et bien entendu qu’il faut accepter de marcher sous un soleil brûlant pour arriver à la porte de son hôtel ou encore de patienter

en file indienne dans son véhicule lorsqu’il y a un contrôle à la sortie de la ville. Évidemment qu’il faut se plier à ces contraintes, voire se réjouir qu’elles existent. En revanche, ce qui est insupportable, c’est que ce bouleversement profond et durable de nos quotidiens africains est une vraie victoire du terrorisme, une véritable mise en coupe réglée de nos vies au jour le jour par Al-Qaïda, Boko Haram et autres mouvances du même acabit qui prospèrent dans la région. En attendant que nos États fragiles se dotent enfin des moyens financiers et humains suffisants, de services de renseignements performants, capables d’éradiquer les attaques meurtrières en amont. Au-delà de la multiplication des plots, des détecteurs et des sas de fortune… ■

En ville, les gens s’interrogent. Est-ce vraiment utile, vu que les attentats perdurent et semblent déjouer les dispositifs mis en place ?

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