Skip to main content

AM 379 FREE

Page 1


CÔTE D’IVOIRE SUR LES CHEMINS DE 2020

Un dossier spécial de 16 pages

Interviews

Sanaa El Aji

« Le corps des femmes est sous le contrôle de la société »

Mahamat

Saleh Haroun

« Pour trouver sa voie, la culture est la seule arme »

Enquête SAHEL LA GRANDE GUERRE DE 100 ANS

ÉDITO

Internet contre la démocratie ? par Zyad Limam

Et aussi Magyd Cherfi, Mahamadou Camara, Dominique Tchimbakala...

LES FANTÔMES DE KADHAFI

Il a été abattu il y a presque 7 ans. Et pourtant, l’ombre du Guide plane encore. Il hante les nuits de Nicolas Sarkozy. Sa fin a provoqué un choc migratoire et sécuritaire à l’échelle du continent. L’argent et le pétrole disparaissent de la Libye. Son fils parle de lui succéder dans un pays dévasté.

UN RÉSEAU ÉBOURIFFANT

Plus de 1000 destinations dont 51 villes en Afrique.

par Zyad Limam

AFRIQUE

3.0

C’est, en particulier pour tous les pays neufs, en demande d’information et d’ouverture, une formidable fenêtre sur le monde, un moyen impressionnant d’expression. Internet, les réseaux sociaux, ont eu en Afrique, comme ailleurs, un impact inouï sur la vie publique, déverrouillant la parole, l’accès au savoir aussi. Une sorte de désenclavement massif des mentalités et des idées. Une évolution spectaculaire, au même titre que la téléphonie mobile. Cette révolution digitale africaine est d’autant plus significative qu’elle n’en est qu’à ses débuts, aux origines. Le taux de pénétration moyen du Net aujourd’hui tourne autour de 25 à 30 %. Soit aux alentours de 350 millions d’Africains connectés (sur une population de 1,2 milliard). C’est malgré tout le taux de progression d’accès à Internet le plus élevé au monde. Avec des fortes disparités régionales. L’Afrique centrale reste en queue de peloton… Partout, les tarifs sont souvent prohibitifs, les connexions aléatoires, le haut débit une rareté, les campagnes et les zones rurales à peine raccordées. Mais quelque chose de fondamental est en marche. Il faut aller « chercher » les 800 millions d’Africains sans accès, ce qui n’est pas impossible si l’on s’appuie plus encore sur les opérateurs mobiles et les énergies décentralisées (solaire en particulier). Il faut utiliser toutes les opportunités du Net et des technologies digitales pour gagner des années de développement, moderniser les services publics (dématérialisation, transparence), imaginer des applications dans les domaines de la santé, de l’éducation, du commerce. L’Afrique est vierge et ici peut se construire une formidable machine à rattraper le temps perdu, à se projeter plus vite dans l’avenir. Passer à l’Afrique 3.0 ! Des milliers d’entrepreneurs et d’entreprises peuvent s’engouffrer dans le secteur.

Évidemment, les obstacles sont nombreux, les falaises du progrès hautes et escarpées… Nous ne sommes pas dans le monde des Bisounours 1.0. Il faut réveiller des États qui au-delà du discours convenu se méfient d’un instrument trop efficace d’émancipation des populations. Il faut aussi trouver les moyens de financer des infrastructures lourdes sans tomber sous la coupe des « very big » géants du Net (les fameux GAFA : Google, Apple, Facebook, Amazon). Et qui regardent petit à petit dans notre direction. Enfin, ce n’est pas parce que le marché en est encore à ses débuts qu’il n’héritera pas des boulets qui plombent son évolution dans le monde entier. Ici comme ailleurs, la liberté digitale s’accompagne de tous les excès possibles couverts par l’anonymat : voyeurisme, violences verbales, haine raciale, religieuse, homophobie, sexisme… Plus grave, les progrès réalisés en termes d’accessibilité génèrent une cybercriminalité active et inventive. Qui coûte cher aux économies locales et qui focalise l’attention des organismes de sécurité internationaux. La protection des données est devenue un sujet majeur, y compris en Afrique. Nous ne sommes pas à l’abri des manipulations politiques. Les tripatouillages sophistiqués sur Facebook ou d’autres réseaux sociaux afin d’orienter les choix électoraux (Russie, Brexit, etc.) déstabilisent des démocraties anciennes, établies. Elles peuvent évidemment concerner plus encore l’Afrique avec ces processus fragiles. Dans les registres de Cambridge Analytica, la société britannique soupçonnée d’avoir siphonné les données privées de 50 millions d’utilisateurs de Facebook à des fins électorales peu recommandables, apparaissent (déjà) deux pays africains : le Kenya et le Nigeria… ■

SOMMAIRE

Avril n°379

3 ÉDITO

Afrique 3.0 par Zyad Limam

ON EN PARLE

6 Livres : Max Lobe, porté disparu par Catherine Faye

8 Écrans : Le mystère Marie-Madeleine par Jean-Marie Chazeau

10

Musique : Maître Gims remonte sur le tatami par Sophie Rosemont

12 Agenda : Le meilleur de la culture

14

Événement : Pour la mère et pour l’enfant par Emmanuelle Pontié

18 PARCOURS

Mahamadou Camara par Emmanuelle Pontié

21 C’EST COMMENT ? Divagations artistiques par Emmanuelle Pontié

86 CE QUE J’AI APPRIS

Magyd Cherfi par Astrid Krivian

98 VINGT QUESTIONS À... Dominique Tchimbakala par Astrid Krivian

TEMPS FORTS

22 Cover story : Les fantômes de Kadhafi par Akram Belkaïd, Hugues Berthon, Frida Dahmani, Maryline Dumas, Zyad Limam et Cherif Ouazani

36 Interview : Sanaa El Aji par Astrid Krivian

42 Sahel : une guerre de cent ans par Cherif Ouazani

50 LE DOCUMENT Tripoli inside par Hedi Dahmani

DÉCOUVERTE

55 Côte d’Ivoire : Vive la démocratie ! par Zyad Limam, Ouakaltio Ouattara et Emmanuelle Pontié

72 Interview : Mahamat Saleh Haroun par Fouzia Marouf

78 Portfolio : L’Afrique dans le regard par Hedi Dahmani

MADE IN AFRICA

88 Escapades : les chutes Victoria, la nature à son sommet par Alexis Hache

90 Carrefours : Yesomi, la visionnaire par Luisa Nannipieri

92 Fashion : Maison Château Rouge, de la Goutte d’Or aux concept-stores par Luisa Nannipieri

VIVRE MIEUX

94 Hypertension : comment se protéger

96 Enfant hyperactif : les signaux d’alerte

97 Stop aux yeux cernés

AFRIQUE MAGAZINE

FONDÉ EN 1983 (34e ANNÉE)

31, RUE POUSSIN – 75016 PARIS – FRANCE

Tél. : (33) 1 53 84 41 81 – fax (33) 1 53 84 41 93 redaction@afriquemagazine.com

Zyad Limam

DIRECTEUR DE LA PUBLICATION

DIRECTEUR DE LA RÉDACTION zlimam@afriquemagazine.com

Assisté de Nadia Malouli nmalouli@afriquemagazine.com

RÉDACTION

Emmanuelle Pontié

DIRECTRICE ADJOINTE DE LA RÉDACTION epontie@afriquemagazine.com

Hedi Dahmani RÉDACTEUR EN CHEF DÉLÉGUÉ hdahmani@afriquemagazine.com

Isabella Meomartini DIRECTRICE ARTISTIQUE imeomartini@afriquemagazine.com

Éléonore Quesnel

PREMIÈRE SECRÉTAIRE DE RÉDACTION sr@afriquemagazine.com

Amanda Rougier PHOTO arougier@afriquemagazine.com

ONT COLLABORÉ À CE NUMÉRO

Loraine Adam, Akram Belkaïd, Hugues Berthon, Jean-Marie Chazeau, Frida Dahmani, Maryline Dumas, Catherine Faye, Alexis Hache, Dominique Jouenne, Astrid Krivian, Ouakaltio Ouattara, Cherif Ouazani, Fouzia Marouf, Luisa Nannipieri, Sophie Rosemont.

VIVRE MIEUX

Danielle Ben Yahmed RÉDACTRICE EN CHEF avec Annick Beaucousin, Julie Gilles.

VENTES

EXPORT Arnaud Desperbasque

TÉL.: (33) 5 59223575

France Destination Media 66, rue des Cévennes - 75015 Paris TÉL.: (33)156821200

ABONNEMENTS Com&Com/Afrique magazine

18-20, av Édouard-Herriot - 92350 Le Plessis-Robinson

Tél. : (33) 1 40 94 22 22 - Fax : (33) 1 40 94 22 32 afriquemagazine@cometcom.fr

COMMUNICATION ET PUBLICITÉ

Ensuite / AMC

31, rue Poussin - 75016 Paris

Tél.: (33)153844181 – Fax: (33)153844193

GÉRANT Zyad Limam

DIRECTRICE GÉNÉRALE ADJOINTE Emmanuelle Pontié regie@afriquemagazine.com

CHARGÉE DE MISSION ET DÉVELOPPEMENT Elisabeth Remy

AFRIQUE MAGAZINE EST UN MENSUEL ÉDITÉ PAR

31, rue Poussin - 75016 Paris.

PRÉSIDENT-DIRECTEUR GÉNÉRAL : Zyad Limam. Compogravure : Open Graphic Média, Bagnolet. Imprimeur: Léonce Deprez, ZI, Secteur du Moulin, 62620 Ruitz.

Commission paritaire : 0219 D 85602

Dépôt légal : avril 2018.

La rédaction n’est pas responsable des textes et des photos reçus. Les indications de marque et les adresses figurant dans les pages rédactionnelles sont données à titre d’information, sans aucun but publicitaire. La reproduction, même partielle, des articles et illustrations pris dans Afrique magazine est strictement interdite, sauf accord de la rédaction. © Afrique magazine 2018.

Max Lobe Porté disparu

Le Camerounais se lance dans un road trip initiatique, de Douala à la frontière nigériane, sur les traces d’un drôle d’oiseau. On le suit…

« OUI, nous avons bien voyagé. Non, nous n’avons pas vu Roger. Pas encore. Mais ça ne saurait tarder. » C’est l’histoire de deux frères à la recherche de leur aîné, Roger, jeune Camerounais parti sur les routes pour tenter clandestinement de gagner l’Europe, via le Nigeria, au nord du pays. « Eh oui, les gars ! Notre Roger Milla est go, lui, en Mbeng ! Il m’a dit qu’il allait boza : qu’il irait en Europe à pied. » Il faut dire que Roger n’a qu’un rêve. Devenir une star du football. Un nouveau Roger Milla en quelque sorte. Pour lui, en dehors du foot, du Real de Madrid ou du FC Barcelone, point de salut. Il décide de fuir la maison familiale, où rien n’est simple. Sans demander son reste et avant même l’enterrement de son père. Son but ? Tenter le tout pour le tout. Simon et Jean se lancent alors à sa poursuite. Une traque qui va les emmener loin de Douala. À Yaoundé, Ngaoundéré, Garoua, Maroua… Mais, plus ils approchent du Nigeria, plus se fait sentir l’impact du groupe djihadiste Boko Haram qui tente d’imposer sa loi. Au fil de ce récit, Max Lobe propose un voyage initiatique et un parcours de son pays natal, du sud au nord, à travers paysages, ambiances, religions et rencontres. On suit le duo formé par les deux frères, Simon et Jean, embringués dans

« LOIN DE DOUALA», Max Lobe, Zoé, 176 p., 16 €.

une traversée humaine et géographique, en taxi-brousse, en bus, en train ou à moto. Ce quatrième roman n’est pas fortuit. L’idée vient à l’auteur en 2015, lors d’un voyage de la capitale économique camerounaise à la frontière nigériane, où l’intensité de ce qu’il perçoit va prendre corps dans l’écriture. D’abord, dans trois chroniques publiées dans Le Monde Afrique. Puis, dans ce nouveau récit qu’une jeunesse aux talents gâchés, l’obsession de quitter le pays, les enfants des rues, les tensions entre le nord et le sud ou encore les exactions de Boko Haram viennent habiter et tresser. Le long des routes, le Cameroun devient un personnage à part entière. « C’est important de savoir d’où l’on vient, où l’on va », estime ce passionné d’histoire et de politique, qui a pourtant élu domicile en Suisse depuis plus de dix ans. À 32 ans, il fait partie d’une nouvelle génération d’écrivains africains, où la langue, l’oralité, le rire, les sons et le rythme ponctuent les textes. « Il est difficile pour moi d’écrire sur quelque chose que je n’ai pas vécu. J’ai besoin de ressentir les choses, de les vivre, c’est le ventre qui écrit », confiait récemment le lauréat 2017 du prix Ahmadou Kourouma à la RTS (radio télévision suisse). Sur son blog, Les Cahiers bantous, où il publie régulièrement des nouvelles, on retrouve ce même univers, vivant, tissé à la lisière du conte et du documentaire. « En tout cas les gars, à l’heure où je vous parle là-là-là, peut-être qu’il est déjà, lui, au Nigeria en train de tracer tranquillement la route jusqu’en Espagne. » Un style bien à lui. Direct et sensuel. ■

essai

« UNE HISTOIRE POPULAIRE DU FOOTBALL », Mickaël Correia, La Découverte, 416 p., 21 €.

SOCIAL FOOTBALL CLUB

OUBLIEZ Messi, Neymar, Cristiano Ronaldo, les millions et les paillettes… C’est à l’autre football, celui d’en bas, de la rue, que s’intéresse cet ouvrage. Construit en vingt-deux chapitres, comme le nombre d’acteurs sur un terrain, il nous entraîne de Manchester à Buenos roman DE CHARYBDE EN SCYLLA

LE DERNIER roman de l’auteur d’Ici même oscille entre autofiction et récit fantastique. Le lecteur assiste à une plongée kafkaïenne au cœur de l’existence marginale des ouvriers des grands chantiers de construction koweitiens. Un témoignage brûlant sur l’exploitation et les disparités sociales au Moyen-Orient, à travers l’histoire d’un jeune professeur égyptien installé au Koweït dans l’espoir d’y trouver un Eldorado.

Aires, de Dakar à Istanbul, de São Paulo au Caire, de Turin à Gaza… À contrepied du foot-business et de son cadre institutionnel, Mickaël Correia propose une autre histoire du ballon rond, depuis ses origines jusqu’à nos jours. Où l’on explore la révolte ouvrière contre l’ordre bourgeois ou découvre, par exemple, comment les ultras égyptiens ont joué un rôle clé dans la chute de Hosni Moubarak… Instructif et rafraîchissant. ■ C.F.

« L’OMBRE DU SOLEIL », Taleb Alrefai, Actes Sud, 192 p., 21 €.

Et qui finit au chômage et enlisé dans les méandres des impasses administratives. Comme des milliers de travailleurs venus des confins de la région pour tenter leur chance. ■ C.F.

PARLE ON EN

livres

« ALGÉRIENNES

1954-1962 », Deloupy & Swann Meralli, Marabout, 128 p., 18 €

bande dessinée

UNE HISTOIRE MÉCONNUE

ALGÉRIENNES rend hommage aux grandes oubliées d’une longue guerre restée profondément traumatisante des deux côtés de la Méditerranée. Toutes ces femmes, moudjahidates résistantes, parfois victimes d’attentat, épouses de harkis, Françaises pieds-noirs… que l’Histoire a eu tôt fait d’oublier. À 50 ans, Béatrice, fille d’appelé français, fait face à ce lourd tabou en questionnant ses parents afin de lever le voile sur plus d’un demi-siècle de non-dits. Elle décide alors de s’envoler pour l’Algérie à la recherche de témoignages de femmes de tous horizons. Swann Méralli, scénariste, urbaniste et réalisateur de courts métrages, et Deloupy, dessinateur notamment pour la jeunesse, ont imaginé une histoire réaliste et pleine d’humanité dont on ne peut que conseiller vivement la lecture. ■ Loraine Adam

réédition

L’HOMME TOURMENTÉ

DE SES NOMBREUSES vies et voyages en Afrique, Graham Greene a signé en 1948 une énième grande œuvre, Le Fond du problème. L’histoire d’amour ombrageuse entre Scobie et Helen, plus jeune que lui, située entre un petit comptoir colonial de la Sierra Leone et l’Afrique du Sud. On est embarqué par le souffle épique de ce récit grouillant de vie, de personnages aussi fascinants qu’irritants : tiraillés entre failles et trahison, au cœur de la puissance évocatrice de l’Afrique, porteuse de thèmes toujours contemporains car inscrits dans la fureur du monde. Réédité 60 ans après, il demeure d’une actualité troublante. ■ Fouzia Marouf

« LE FOND DU PROBLÈME », Graham Greene, Pavillons Poche, Robert Laffont, 400 p., 10 €

C’est l’Américaine

Rooney Mara ( Millenium , Song to Song …) qui a été choisie pour camper ce personnage, avec force et subtilité.

Le mystère Marie-Madeleine

Casting cinq étoiles et scénario féministe pour raconter les derniers jours de Jésus-Christ… Et jeter une lumière nouvelle sur la figure énigmatique de sa célèbre DISCIPLE, loin des clichés.

EN CES TEMPS de #metoo et de #balancetonporc, voici une relecture féministe du Nouveau Testament qui tombe à pic ! Au cœur du film, une des rares femmes de l’entourage de Jésus : Marie-Madeleine. Depuis qu’un pape au VIe siècle avait fait d’elle une prostituée, les Catholiques la vénéraient comme une pécheresse repentante. Victime d’une vision patriarcale décidément très enracinée, elle n’est devenue qu’en juillet 2016 « apôtre des apôtres » par décision du pape François. Elle qui a accompagné le Christ jusqu’au tombeau, aurait donc joué un des premiers rôles à ses côtés, sur un plan spirituel et non sensuel, contrairement à ce qu’imaginait, il y a trente ans, La Dernière Tentation du Christ de Martin Scorsese, ou plus récemment le Da Vinci Code… Pour mener cette réhabilitation, un cinéaste australien : Garth Davis, auteur d’un des grands succès de 2016 : Lion, avec la comédienne américaine Rooney Mara, qui incarne ici une lumineuse Marie-Madeleine. Son compatriote (et compagnon

« MARIE MADELEINE » (Australie) de Garth Davis, avec Rooney Mara, Joaquin Phoenix, Chiwetel Ejioflor, Tahar Rahim

à la ville) Joaquin Phoenix incarne un Jésus à la fois sobre et charismatique. L’AngloNigérian Chiwetel Ejiofor (Twelve Years a Slave) endosse avec gravité les habits de Pierre, futur premier évêque de Rome. Et c’est Tahar Rahim qui joue Judas, dont la trahison est ici transformée en un (vain) moyen de pousser le Christ à révéler sa puissance pour renverser un ordre social et politique profondément injuste… De quoi faire débat. On peut s’étonner aussi qu’une autre femme proche du prophète soit mise un peu sur la touche : sa mère, Marie (l’actrice Irit Sheleg), qui n’apparaît que fugacement. Mais il faut dire que tout le film tourne autour de Marie-Madeleine, depuis sa difficile échappée d’un milieu familial violemment dominé par les hommes, jusqu’à ses échanges avec un Jésus ressuscité. Pas de prosélytisme pour autant derrière cette nouvelle vision d’une histoire si souvent racontée, mais une belle réflexion sur la spiritualité de chacun, qui intéressera aussi bien… les croyants que les autres. ■

histoire

Maman ghetto

C’EST en venant aux Oscars 2016 pour Mustang, en course pour le meilleur film étranger, que la réalisatrice franco-turque Deniz Gamze Ergüven a parlé à Halle Berry de son projet sur les émeutes de Los Angeles en 1992. Résultat : un rôle en or pour la comédienne d’origine sud-africaine, qui incarne une « mama » sur tous les fronts, recueillant les enfants à l’abandon dans son quartier. C’est là que vont éclater des violences interraciales après l’acquittement des policiers blancs qui avaient passé à tabac Rodney King, un automobiliste noir. La jeune cinéaste n’a pas eu les mêmes moyens que Kathryn Bigelow dans Detroit (brillante reconstitution d’autres émeutes, en 1967), mais elle s’en sort avec de bonnes idées de mise en scène et une direction d’acteurs énergique. Le rôle dévolu au voisin irascible mais bienveillant, incarné par l’actuel James Bond, Daniel Craig, est moins convaincant. ■ J.-M.C.

« KINGS » (États-Unis) de Deniz Gamze Ergüven, avec Halle Berry, Daniel Craig, Lamar Johnson.

drame

Millie (Halle

La bise et le sirocco

DANS le nord de la France, l’usine où travaille le quinquagénaire Hervé va être délocalisée en Tunisie : il tente alors avec son fils de se reconvertir en pêcheur. En banlieue de Tunis, le jeune Foued, au chômage, se fait engager dans cette usine délocalisée, pour payer les médicaments de sa mère malade et séduire une ouvrière… Le scénario habile – signé Leyla Bouzid, réalisatrice du superbe À peine j’ouvre les yeux (2015) – et la mise en scène très fluide – premier long métrage de Walid Mattar – fait passer judicieusement le spectateur de l’un à l’autre, et rend attachants des personnages dont le quotidien n’est pas si éloigné. ■ J.-M.C.

« VENT DU NORD » (France-Tunisie) de Walid Mattar, avec Philippe Rebbot, Mohamed Amine Hamzaoui, Corinne Masiero.

Berry), mère d’accueil, tente de protéger ses enfants de la brutalité ambiante lors des émeutes de Los Angeles, en 1992.

Maître Gims remonte sur le tatami

Déjà fort de 4 millions d’albums vendus, le rappeur propose un nouveau BEST-SELLER, le double album Ceinture noire. Le combat ne fait que commencer…

« VIENS t’en prendre à moi directement, je suis 19 avenue de Barbès, je me mets en warning », répondait-il au hacker de son compte Twitter au début du mois de mars dernier, quand un petit malin en avait profité pour livrer deux morceaux inédits sur Internet… Qu’on se le tienne pour dit, Maître Gims a beau être populaire – « J’suis l’pont entre Young Thug et Georges Moustaki / Le Noir le plus aimé du Central Massif » chante-t-il sur son duo avec Orelsan, l’hilarant « Christophe » –, il a gardé toute sa verve. En témoignent les sémillants « Caméléon », « Mi Gna » ou « Loup Garou », points d’orgue d’un double album dont la volonté d’éclectisme reste fidèle aux habitudes de Gims.

Une variété des styles, donc. Non seulement quant à la structure sonore, entre pop mainstream, rap énervé, musique orientale ou africaine et même trap, mais aussi concernant les featurings, de Hayko à Vianney en passant par Sofiane. L’album se décline en trois versions fortes de titres inédits : « 1er Dan », « 2e Dan » et « 3e Dan ». Logique, pour un disque qui s’appelle Ceinture noire… De quoi affirmer un haut niveau, certes, et le chemin parcouru depuis sans naissance à Kinshasa il y a bientôt 32 ans, sous le nom de Gandhi Djuna. Une enfance précaire et une adolescence passée à errer sans but, à flirter avec le danger,

« CEINTURE NOIRE », Maître Gims, Play Two

sans autre possibilité de sortir de la pauvreté que la musique. Dès 2010 et le premier album de Sexion d’Assaut, Maître Gims a trouvé sa voie et un cercle de fidèles sans cesse grandissant, qui le suit même lorsqu’il se lance en solo, avec Subliminal, en 2013. Des millions d’abonnés sur les réseaux sociaux, de Facebook à Instagram, plus d’un milliard de vues sur sa chaîne YouTube, le chanteur est au top de sa gloire mais ne semble toujours pas vouloir se reposer sur ses acquis. Tant mieux pour son public, qui n’est pas près de le lâcher. ■

jazz/hip hop

« VENTRILOQUISM », Meshell Ndegeocello, Because.

MESHELL NDEGEOCELLO OU L’ART DE LA REPRISE

La diva néo-soul se lance dans la réinterprétation de classiques. Élégant.

S’IL Y A BIEN un format d’album très risqué, c’est celui des reprises. On peut s’y casser les dents, par excès de créativité malvenue ou par copié-collé peu surprenant. Des écueils qu’a su éviter la fabuleuse Meshell Ndegeocello, que l’on a récemment entendue sur le deuxième album des sœurs Ibeyi avec le très beau « Transmission/ Michaelion »… Ainsi, on se laisse porter par des réinventions sophistiquées et sensuelles de « Sometimes It Snows in April » de Prince, « Smooth Operator » de Sade, « Atomic Dog » de George Clinton, « Waterfalls » de TLC… Le tout réuni dans un douzième album nommé Ventriloquism, dont les orchestrations n’ont pas à rougir d’être comparées aux versions originales des morceaux que Meshell a choisi de reprendre. Bien joué ! ■ S.R.

oriental glam

SOFIANE SAIDI & MAZALDA BOUSCULENT LE RAÏ

Une rencontre sous le signe du groove et de la transe, on ne peut plus actuelle.

Lfitdlliité

NÉ en Algérie, le Parisien d’adoption Sofiane Saidi chante depuis longtemps les amours, les rêves et les déceptions – en témoignait un premier album en 2015. L’année suivante, il participait avec enthousiasme au fameux

Musique de France d’Acid Arab. Dans la foulée, il rencontrait Mazalda, groupe lyonnais à l’insatiable curiosité sonore…

Le fruit de leur complicité s’écoute aujourd’hui dans El Nedjoum, enregistré entre Sid Bel Abbès et Paris, merveille de raï à la fois respectueux des traditions et inscrit dans notre contemporanéité. ■ S.R.

« EL NEDJOUM », Sofiane Saidi & Mazalda, Irfono / Carton Records / L’Autre Distribution.

highlife

musique

EBO TAYLOR, LE COME-BACK DU PATRON

C’EST avec son groupe Satpond City que le célèbre guitariste ghanéen revient, en pleine forme, avec Yen Ara. On n’y croyait plus, pourtant, depuis la sortie de son dernier album en date, Appia Kwa Bridge, en 2012, et la réédition du cultissime Ebo Taylor and the Pelikans à l’automne dernier. Force est de constater qu’à 82 ans, Ebo Taylor sait toujours fait sonner sa musique, ici enregistrée live à Amsterdam sous la houlette de Justin Adams (Robert Plant, Tinariwen), brillant de ses mémorables polyrythmies et de sa richesse mélodique, nourrie de funk comme de jazz. De « Poverty No Good » à « Aba Yaa », on se régale et on n’en perd pas une miette. ■ S.R. « YEN ARA », Ebo Taylor, Mr Bongo.

premier album ROMANTIQUE COMME REJJIE

ÉCRIT et enregistré entre Los Angeles, Londres et Paris, produit par Kaytranada, Cam O’bi, Rahki ou Lewis Ofman, le premier album de Rejjie Snow s’est tant fait attendre que beaucoup pariaient qu’il ne verrait jamais le jour. Mais à son écoute, on se souvient pourquoi on misait déjà, il y a quelques saisons, sur le talent de ce rappeur irlandais au flow aussi nonchalant qu’irrésistible. Né à Dublin, Alex Anyaegbunam est d’origine jamaïcaine et nigérienne. Il a grandi dans un quartier majoritairement blanc, a suivi les cours des jésuites mais, très vite, est tombé amoureux de la soul, du r’n’b et du hip hop. Après un passage dans le sud des États-Unis pour étudier le cinéma, il a percé à Londres. Encensé par Tyler, the Creator, il nous offre aujourd’hui ce Dear Annie aux accents à la fois exotiques et vintage, fort de tubes comme « Egyptian Luvr » ou « Mon amour ». ■ S.R. « DEAR ANNIE », Rejjie Snow, Because.

Le Quai Branly donne carte blanche à la célèbre photographe, qui fait dialoguer ses IMAGES et les sculptures africaines.

C’EST une conversation inédite entre les photographies de l’artiste et une sélection de sculptures africaines issues de ses collections que propose le musée du Quai Branly. Une exposition conçue comme un cabinet de curiosités contemporain, où corps et visages ultra-présents se font l’écho de figures féminines qui ne se réduisent pas à une allégorie de la beauté ou du désir. Bettina Rheims, photographe de la femme, n’invente pas des icônes mais célèbre des êtres de chair et de sang – mannequins qui ne cherchent pas à séduire, féministes provocatrices défendant leur liberté… Des êtres aussi réels que ceux qu’ont fait surgir les artistes d’Afrique, dont statues et masques les rejoignent ici, telle cette porteuse de coupe béninoise du début du XXe siècle en face-à-face avec un des modèles de la série Héroïnes. Dans cette sélection de Polaroid, l’artiste se saisit des stéréotypes qui dominent la représentation des femmes, les déstabilise, les détourne et, pour finir, les détruit. Ici, comme dans son atelier, peuplé de sculptures d’Afrique et d’Océanie, des femmes du monde entier conversent librement entre elles. ■ Catherine Faye « VOUS ÊTES FINIES, DOUCES FIGURES », musée du Quai Branly, jusqu’au 3 juin. quaibranly.fr

Un portrait d’Asia Argento répond à un masque abdominal en forme de torse de Tanzanie…

L’ennemi de mon ennemi de Neïl Beloufa mêle documents, images et autres œuvres dans un dispositif scénographique chaotique.

cycle

LA NUIT AU MUSÉE

Le Palais de Tokyo rend hommage aux TALENTS franco-algériens, dont le déroutant Neïl Beloufa.

INTITULÉE « Discorde, Fille de la nuit », la nouvelle saison culturelle du musée rassemble les œuvres de plusieurs artistes franco-algériens : Neïl Beloufa, Kader Attia et Massinissa Selmani autour des conflits majeurs du XXe siècle. L’Ennemi de mon ennemi, l’installation proposée par Beloufa, le talentueux trentenaire franco-algérien qui mêle vidéo, sculpture et peinture, mérite à elle seule le détour. Son fascinant dispositif scénographique et articulé représente de façon chaotique et parcellaire la manière dont s’écrit l’Histoire et se légitiment les pouvoirs aujourd’hui. Œuvres, documents, images, artefacts, reproductions et objets, interagissent et interrogent également la place de l’artiste entre désir d’autonomie, servitude et propagande. ■ Loraine Adam « DISCORDE, FILLE DE LA NUIT », Palais de Tokyo, Paris, jusqu’au 13 mai. palaisdetokyo.com

Djamel traverseTatah l’art

Des figures humaines grandeur nature sur des fonds d’apparence monochromes : le style est radical et minimaliste.

Les toiles du plasticien renommé se confrontent aux grands maîtres de la COLLECTION

LAMBERT, d’Antoine Watteau à Cy Twombly.

RADICAL et minimaliste. Natif de Saint-Chamond, Djamel Tatah entretient un lien mystérieux avec l’Algérie de ses parents, qui inspire parfois son œuvre. Il peint des figures humaines, grandeur nature, le plus souvent solitaires, suspendues dans le temps et qui semblent n’appartenir à aucun lieu défini. Pas de décor ni d’horizon dans ses tableaux. Seul l’être humain contemporain l’intéresse. Marcheurs, gisants, penseurs imposent le silence face au bruit du monde, incitent à prendre du recul et à observer attentivement notre rapport aux autres et à la société. Presque une position politique. Ses grands formats polyptiques au fond monochrome sont exposés ici avec des artistes issus de l’abstraction américaine, tels que Barnett Newman, Richard Serra ou Cy Twombly, et de grands noms de la peinture classique – Watteau, Poussin, Delacroix… Une présentation poétique et originale, à l’aune de son dispositif de création, qui associe techniques anciennes et contemporaines – peinture à la cire, photographie, numérisation des images. Un univers saisissant. ■ C.F. « DJAMEL TATAH », Collection Lambert, Avignon, jusqu’au 20 mai. collectionlambert.fr

concert

agenda

festival CASA

VA

JAZZER ! On danse dans la ville blanche avec des pointures comme WAX TAILOR, Morcheeba ou St Germain.

RENDEZ-VOUS musical très attendu, Jazzablanca joue sa 13e partition au rythme d’une programmation toujours plus exaltante.

L’incontournable festival jazzy, offre des univers ouverts à toutes les tendances avec 44 concerts. Le souffle brûlant de la saxophoniste Yolanda Brown résonnera au Village et au Jazz Club. Africa Band, groupe marocain, enflammera la Scène Anfa avec ses riffs électrisants. Scott Bradlee’s Postmodern Jukebox, Morcheeba, Beth Ditto ou encore St Germain sont attendus pour des ballades envoûtantes. À noter : la place des Nations unies accueillera une scène gratuite. ■ Fouzia Marouf « JAZZABLANCA», Casablanca, du 14 au 22 avril. jazzablanca.com

BIM ! VOILÀ LE BÉNIN

C’est un collectif musical étonnant, actuellement en tournée française. Le Benin International Musical est né dans le golfe de Guinée, en terre vaudoue. Démarré il y a cinq ans sous la houlette du producteur Jérôme Ettinger, le projet BIM a reçu le soutien de Radio France, de l’Institut français de Cotonou, du producteur Aristide Agondanou et du journaliste Sergent Markus. Un casting géant les a menés dans tout le pays, de couvents en rituels traditionnels, d’églises évangéliques aux clubs de la capitale. Basse, batterie, percussions, vocalistes venus du gospel, sons hip-hop, rock ou chanson traditionnelle… Le collectif associe toutes les origines ethniques du Bénin aux richesses musicales du monde. ■ L.A.

Morcheeba.

événement

Pour la mère et pour l’enfant

À Bingerville, commune d’Abidjan, la première dame Dominique Ouattara a inauguré une unité hospitalière unique en son genre. Un projet entièrement porté par sa fondation Children of Africa, qui a fêté à cette occasion ses 20 ans !

par Emmanuelle Pontié, envoyée spéciale

Aux côtés de Lalla Malika Issoufou, première dame du Niger et invitée d’honneur,

Dominique

Ouattara invite son époux, le président Alassane Ouattara, à inaugurer officiellement l’hôpital. Sous le regard de Lalla Malika Issoufou, d’Henriette Konan Bédié et de la princesse Ira von Fürstenberg.

C’ÉTAIT le 16 mars dernier. Sous un soleil généreux, le président Alassane Ouattara inaugurait le projet phare de la Fondation Children of Africa en compagnie de son épouse Dominique. La coupure de ruban a coïncidé avec les festivités de l’anniversaire des 20 ans de l’organisation caritative, pour lesquelles la première dame de Côte d’Ivoire avait convié un parterre impressionnant de personnalités venues du monde entier, issues de l’univers des affaires et du show-biz. L’hôpital Mère-Enfant Dominique Ouattara de Bingerville, une commune située à 30 kilomètres à l’est de la capitale, est une formation sanitaire unique dans le pays et en Afrique de l’Ouest. D’un coût global de 25 milliards de francs CFA, dont 5,5 milliards investis dans des équipements de pointe,

Dominique Ouattara aux côtés de Lalla Malika Issoufou, première dame du Niger et invitée d’honneur.

Parmi les personnalités venues témoigner leur soutien à cette initiative, la très populaire chanteuse gabonaise Patience Dabany, ainsi que les stars françaises Isabelle Adjani et Patrick Bruel.

l’établissement a été financé sur capitaux privés à 100 %, mais a une mission de service public, à but non lucratif. L’État fournit le personnel de soins, ainsi qu’une subvention annuelle d’un montant de 1,2 milliard. L’hôpital, qui s’étend sur 49 000 m2, avec une surface bâtie de 16 300 m2 et une capacité de 130 lits, est équipé d’un matériel de dernière génération et se positionne comme une structure de niveau 3, qui compte 475 employés. L’objectif du HME est d’augmenter l’offre de soins en direction du couple mère-enfant et de garantir la qualité des services aux mamans et à leur progéniture. Son plateau technique est impressionnant : trois blocs (chirurgical, obstétrical et néonatal), un double service d’anesthésie et de réanimation, un laboratoire d’analyses médicales, un plateau d’imagerie médicale et une pharmacie. Les femmes souffrant d’infertilité pourront en outre profiter d’un département dédié à l’assistance médicale à la procréation. La prise en charge des affections de l’enfant s’avérera on ne peut plus complète, grâce aux services pédiatriques spécialisés en cardiologie, ophtalmologie, endocrinologie, gastro-entérologie, ORL…

De g. à dr., au 1er rang : le créateur Alphadi, Danielle Ben Yahmed, vice-présidente du groupe Jeune Afrique, Mireille Fakhoury et son époux, l’architecte Pierre Fakhoury, les entrepreneurs Olivier et Martin Bouygues, et Laure Olga Gondjout, médiateur de la République du Gabon.

L’HME permettra de rehausser le niveau de l’offre de soins de l’aire sanitaire de Bingerville et du district d’Abidjan, avec un rayonnement national et sous-régional. L’établissement flambant neuf est aussi le témoin de la préoccupation particulière de la première dame, Dominique Ouattara, soucieuse du niveau de mortalité maternelle et infantile, qui reste encore élevé en Côte d’Ivoire. Un véritable défi à relever, dans le cadre de l’adoption de la Stratégie de prise en charge intégrée de la mère et de l’enfant pour accéder à l’émergence (OMS). La couverture des besoins en soins de santé dans les pays concernés, dont la Côte d’Ivoire, reste insuffisante, et le niveau de mortalité maternelle encore important, affichant un taux de 614 pour 100 000 naissances vivantes (source EDS, 2012). L’Hôpital Mère-Enfant de Bingerville devrait participer utilement à continuer de faire baisser ces chiffres. Dès le lendemain de son inauguration, sa directrice médicale, Sylvia da Silva-Anoma, confiait dans les colonnes de la presse locale être satisfaite des premiers taux de fréquentation. Rien d’étonnant lorsque l’on a pu visiter, le jour de la coupure du ruban, l’intérieur de l’établissement, en compagnie du couple présidentiel et des partenaires de la Fondation Children Of Africa, sous la houlette de son directeur général Frédéric Du Sart. La qualité des matériaux, l’aménagement des espaces et le haut niveau des équipements laissent présager un bel avenir à l’hôpital et, pour reprendre le slogan de la Fondation, « un autre avenir pour les enfants d’Afrique ». ■

PARLE ON EN événement

Pour accueillir dans les meilleures conditions les patients, plus de 8, 3  millions d’euros ont été investis en équipements.

Vingt ans après la création de la fondation Children of Africa, les enfants restent au cœur des priorités de la première dame.

Mahamadou Camara

HOMME DE PRESSE, businessman, ex-ministre… Ce jeune quadra talentueux fourmille d’idées. Il lance aujourd’hui le mouvement citoyen Transformons le Mali !. Sans doute son projet le plus ambitieux.

Il n’aime pas parler de lui et déteste les photos. Il insiste à chaque occasion sur l’effort collectif, l’importance des collaborateurs. Il n’empêche, le patron du groupe Impact Media, à tout juste 40 ans, a déjà été directeur de cabinet et ministre, avant de revenir au privé booster sa société de com, et enfin, lancer un mouvement citoyen qui vient de faire en quelques semaines près de 200 adeptes. Parcours express pour Mahamadou Camara, « diaspo » talentueux qui incarne ce style particulier de réussite à la malienne. Et qui trace sa route. Flash-back. Il naît à Paris où il est élevé au cordeau par une mère au foyer et un père commerçant. Élève éveillé, il suit un double cursus de gestion/ commerce international à la Sorbonne et management à HEC Paris. Diplôme en poche, il entre en 2001 chez Coprosa, le groupe de presse de son prof Jacob Abbou, puis deux ans plus tard, il intègre le groupe Jeune Afrique, où il apprend tour à tour les métiers de journaliste et d’éditeur. Déjà à l’époque, il sait que l’aventure parisienne n’est qu’une étape. Un marchepied pour son retour. Il apprend, enregistre, capitalise. Dès 2006, il monte les éditions Princes du Sahel à Bamako, qui sortent des BD, des guides d’affaires, des romans, puis le quotidien en ligne www.journaldumali.com. Ses allers-retours entre Paris et la terre de ses racines s’intensifient. En 2009, il démissionne et s’installe définitivement au Mali. Il a rencontré quelques mois auparavant un certain Ibrahim Boubacar Keïta. Et décide de l’accompagner jusqu’à sa campagne de 2012, stoppée par le coup d’État militaire d’Amadou Haya Sanogo et l’invasion djihadiste qui s’ensuit. Ce sera partie remise en juillet 2013. Son candidat gagne et le prend à ses côtés, à 35 ans, comme directeur de cabinet, puis le nomme en avril 2014 ministre de l’Économie numérique, de l’Information et de la Communication. Il se souvient : « Un rythme infernal. On n’a aucune vie à soi. On prend des coups. Mais j’ai beaucoup appris au cabinet. J’ai gardé des souvenirs forts, comme le jour où IBK a décidé d’en finir avec Sanogo qui régnait toujours à Kati et l’a fait livrer à la justice un mois et demi après le début du mandat. Ou encore à Yamoussoukro, lors du huis clos de notre premier sommet de la Cédéao, où Blaise Compaoré, médiateur de la crise malienne à l’époque, a parlé du nord en employant le mot Azawad. Le président s’est fâché, et chacun dans la salle a senti qu’il fallait à nouveau compter avec le Mali. Puis j’ai lancé des grands chantiers comme la stratégie Mali numérique 2020 ou la réforme des médias d’État. C’était passionnant, même si tout n’a pas abouti. » En janvier 2015, Camara quitte le gouvernement, s’éloigne de la politique, même s’il reste « par loyauté» membre du parti d’IBK et de sa direction depuis 2016, en charge des relations extérieures. Il prend du recul, retrouve le secteur privé et sa liberté. Il s’occupe davantage de ses deux enfants, Aby, 8 ans et Ibrahim, 3 ans.

Son groupe Impact Media a grandi. Il s’est assorti des publications gratuites Journal du Mali et Journal d’Abidjan, d’un département conseil, d’une régie et de la société d’affichage MIP Mali. Mais il y a un mois, c’est un autre projet qui a vu le jour, capable d’allier carnet d’adresses et envie de faire avancer le pays. C’est le mouvement Transformons le Mali !, à la fois think tank et incubateur citoyen, lancé officiellement le 9 mars à Bamako. « Sur fonds propres, et j’y tiens ! », assure-t-il, pour contrer tous ceux qui pensent qu’un certain IBK serait derrière tout ça. « C’est un collectif. Je n’en suis que l’un des initiateurs et le coordinateur. Tous ensemble, nous allons proposer des solutions innovantes pour le pays, grâce à une plate-forme participative sur le Net et une application vocale pour ceux qui n’écrivent pas ou ne parlent pas français. Nous avons créé des commissions thématiques, dont l’objectif est d’élaborer un projet de transformation que nous présenterons en juin aux différents candidats à la présidentielle. Transformons le Mali ! a aussi un volet incubateur, où l’on coache des jeunes dans divers domaines. » Une nouvelle étape dans le parcours plutôt moderne et décomplexé de ce jeune entrepreneur. Qu’il faudra suivre dans les années qui viennent. ■

Lors du lancement de Transformons le Mali !, le 9 mars 2018, à Bamako, entouré de membres du mouvement.

Inscrivez-vous dès aujourd’hui à WISE@Accra, rencontrez 500 décideurs, dirigeants, innovateurs, enseignants et chercheurs pour débattre de l’avenir de l’éducation en Afrique :

Quelles sont les priorités de l’école pour construire l’Afrique de demain ? Comment préparer la prochaine génération de leaders africains ?

Quelles innovations déployer pour garantir une éducation de qualité ?

DIVAGATIONS ARTISTIQUES

Restituer ses œuvres d’art à l’Afrique. L’idée a été lancée par le chef de l’État français le 28 novembre dernier, à Ouagadougou, lors de son discours à la jeunesse. Il s’ensuivit une flambée passionnelle de réactions à chaud, de tous bords. Les intellectuels du continent, globalement satisfaits, ont rédigé chroniques, éditos et autres analyses sur le sujet, arguant que le retour des œuvres à leur pays d’origine était une évidence, un préalable à la reconstruction de l’Histoire, à la reconnaissance des pillages orchestrés par les colons et les missionnaires en tout genre, à la conscience collective, à la morale mondiale, etc. Puis, le sujet ne passionnant peut-être pas tant que ça les foules continentales, le débat a faibli. Pourtant, le président Macron n’étant pas trop du genre à lancer des paroles en l’air, une vraie mission a été confiée à des experts le mois dernier pour étudier concrètement les modalités de retour d’œuvres pillées, sous cinq ans, avec un premier draft de rapport de faisabilité en novembre prochain. Du coup, retour du débat, passionnant, autour de la question. Et qui soulève un nombre incalculable d’obstacles, évidemment.

Selon un galeriste européen renommé, 99 % du patrimoine africain classique serait hors du continent. Il faudra donc déjà trier le bon grain de l’ivraie parmi toutes les œuvres volées, en gros sur 150 ans. En sachant que, juste pour le Bénin, dernier pays en date dont le président Patrice Talon a demandé la restitution du patrimoine artistique détourné, on estime entre 4 500 et 6 000 le nombre d’objets concernés en France… Vient ensuite le souci évident, soulevé par la plupart des conservateurs internationaux, de la protection des œuvres d’art dans leur pays d’origine. Les musées, les archives, le personnel formé à la conservation ne foisonnent pas. Donc comment faire en sorte que les joyaux soient d’une part bien préservés, et d’autre part exposés au public (car c’est quand même le but, in fine) ?

Voire comment éviter qu’ils soient à nouveau pillés et revendus ailleurs… Certains proposent aussi de dupliquer les œuvres afin qu’elles restent exposées dans les musées occidentaux. OK, mais à qui reviendra l’original ? Autre question encore, au hasard : quid des pays qui ne réclament rien, et que l’initiative pourtant bien louable de Macron n’a même pas fait lever un sourcil ? Bref, un chantier immense, dont le premier casse-tête se situe au niveau juridique, car il va déjà falloir réinventer un cadre législatif pour le processus de restitution… Mais l’idée vaut le coup. L’Afrique le mérite. L’Histoire de l’humanité aussi. ■

Selon un galeriste européen renommé, 99 % du patrimoine africain classique serait hors du continent.

AM vous a offert les premières pages de notre parution d’Avril

Profitez

de nos offres d'abonnements pour accéder à la totalité de nos magazines et bien plus encore

Turn static files into dynamic content formats.

Create a flipbook
AM 379 FREE by Afrique Magazine - Issuu