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RD CONGO

FIN DE RÈGNE

Algérie, Maroc, Tunisie LE

Jérusalem

La bataille perdue

Cinéma

Mehdi Ben Attia : « Une femme qui regarde les hommes, c’est encore une provocation »

Maroc

JERADA

Les raisons de la colère

Peut-on encore espérer un changement pacifique de régime à Kinshasa ?

Côte d’Ivoire AMBIANCES À ABIDJAN par Zyad Limam

LES 20 ANS DE CHILDREN OF AFRICA

Joseph Kabila, le 26 janvier 2018.

JÉRUSALEM

LA

Maroc

JERADA

Les raisons de la colère

Show-biz

Les beaux gosses font leur cinéma !

Interview

MEHDI BEN

ATTIA

« Une femme qui regarde les hommes, c’est aujourd’hui encore une provocation »

RDC

UN RÉGIME

AU BOUT

DU ROULEAU

Algérie, Maroc, Tunisie

Le retour des bébés !

Nous faisons de plus en plus d’enfants. C’est beau. Mais pour le futur, cette nouvelle poussée démographique pose de sérieuses questions économiques, sociales, politiques. Enquête.

Les tendances du marché de la finance

Toutes les offres d’emploi en cours

Les innovations qui font la fierté du continent

Les sucess story et les clés de réussite dans le monde des affaires

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HÔTELLERIE

Douala attire les investisseursP.20

*Une publication de la Société de Presse et d’Editions du Cameroun (SOPECAM)

par Zyad Limam

AMBIANCES À ABIDJAN

Nous sommes mi-février. Le temps ressemble à une belle saison sèche, avec de grands ciels bleus qui soulagent les terres gorgées d’eau après des mois de pluies immenses. Au visiteur, la capitale économique apparaît dans son effervescence habituelle. Ça bosse, ça « trade », ça échange, ça circule, ça se bouscule. Hommes d’affaires, investisseurs, « chercheurs d’or » arrivent parfois de loin pour tester ce marché en croissance, cette porte de l’Afrique. Il y a quelque chose de positif dans l’atmosphère, d’émergent, pour reprendre une expression en vogue. Il y a un voile d’inquiétude aussi. Dans les déjeuners chics, les soirées en ville, on passe souvent de l’optimisme, d’une certaine forme d’enthousiasme, à l’inquiétude face aux enjeux politiques de demain. Et disons-le, à la perspective de l’élection présidentielle de 2020. Trop d’ambitions, trop d’appétits, trop de divisions encore et de blessures qui ne sont pas si lointaines. Et puis ces incidents, ces militaires qui se sont agités… Tout pourrait déraper, mal se passer, mettre un nouveau coup d’arrêt au progrès ivoirien.

Bien sûr, les ambitions sont nombreuses, réelles. Oui, certains se voient président, y pensent en se rasant tous les matins (pour reprendre la fameuse phrase de Nicolas Sarkozy). C’est légitime. Et de toute façon le président Alassane Ouattara l’a dit : tout le monde pourra y aller… Mais 2020, ce n’est pas maintenant. Plus de deux ans, en politique, c’est long. Le calcul de ceux qui parieraient sur une supposée « fragilité de l’intérieur » serait hasardeux. Alassane Ouattara est président, aux commandes, il a de l’expérience, des moyens, une économie qui reprend, il est soutenu par les grands partenaires extérieurs. ADO est soucieux de contrôler l’agenda, décidé à imprimer sa marque sur la suite en se laissant encore plusieurs mois avant de fixer son propre cap. La montée d’Amadou Gon Coulibaly au poste de Premier ministre, avec une vraie autonomie, renforce un exécutif solidaire et motivé.

Certes, la Côte d’Ivoire, malgré les grands progrès des années ADO, reste un pays en construction, dont les ressorts politiques sont toujours marqués par l’ethnicité, les fidélités claniques, et même les fraternités d’armes. Mais la Côte d’Ivoire a aussi changé. Elle est jeune, la plupart des citoyens n’ont pas connu Houphouët, d’autres n’étaient que des enfants au moment de la fin du Gbagboïsme et de la crise de 2010. Cette jeunesse, l’apparition d’une classe moyenne urbaine, fragile mais réelle, la mixité des origines, l’urbanisation créent un « nouvel Ivoirien » attaché à ses origines certainement, mais dont on devine les réelles motivations : de l’éducation, de la formation, du travail, de l’emploi, un logement accessible, plus de justice sociale, une possibilité de modernité, de progrès en quelque sorte. Cet électorat « montant » est nettement moins sensible aux affiliations politiques traditionnelles.

La très grande majorité des Ivoiriens, de cette génération comme de celles qui précèdent, veulent aussi la paix. Ils ont vu ce qui pouvait être perdu, si vite. Plus que jamais, la capacité du pays à se rassembler, à se réconcilier, à s’accorder autour de principes partagés d’exercice du pouvoir, reste la clé du futur.

En 2020, l’élection sera une élection. Personne ne pourra contourner le système, s’installer de force. Personne ne pourra être « désigné » ou « adoubé ». Personne ne gagnera sans convaincre les citoyens qu’il incarne une promesse de progrès et de stabilité. Il faudra y aller. Et les électeurs auront le dernier mot. C’est le processus démocratique, et c’est probablement l’une des évolutions les plus importantes du pays. ■

SOMMAIRE

3 ÉDITO

Ambiances à Abidjan par Zyad Limam

ON EN PARLE

8 Livres : Scholastique Mukasonga, mention très bien par Catherine Faye

10 Musique : Nakhane, le talent clairvoyant par Sophie Rosemont

12 Écrans : Sous le soleil exactement par Jean-Marie Chazeau

14 Agenda : Le meilleur de la culture

16 HOMMAGE

Idrissa Ouedraogo par Emmanuelle Pontié

19 C’EST COMMENT ?

Triste 8 mars par Emmanuelle Pontié

30 PARCOURS

Edward Enninful par Sophie Rosemont

40 CE QUE J’AI APPRIS

Patrick Ruffino par Astrid Krivian

106 VINGT QUESTIONS À...

Seun Kuti par Astrid Krivian

TEMPS FORTS

20 Maghreb : Le retour des bébés par Akram Belkaïd, Julie Chaudier, Frida Dahmani et Hedi Dahmani

32 RD Congo : fin de règne par George Ola-Davis, Zyad Limam et Cédric Gouverneur

42 Jérusalem : la bataille perdue par Sylvie A. Briand et Akram Belkaïd

52 Afrique du Sud : Ramaphosa monte (enfin) au front par George Ola-Davis

56 Jerada, les raisons de la colère par Julie Chaudier

64 Show-biz : les #bogoss font leur cinéma ! par Fouzia Marouf

70 Happy birthday

Children of Africa ! par Alexandra Fish

76 LE DOCUMENT

Immigration : le grand bond en avant par Hedi Dahmani

82 Mehdi Ben Attia : « Une femme qui regarde les hommes, c’est encore une provocation » par Hedi Dahmani et Astrid Krivian

MADE IN AFRICA

88 Escapades : Pemba Island, bijou caché de la Tanzanie par Alexis Hache

90 Carrefours : Hermann Kamte, génie du bois par Luisa Nannipieri

92 Fashion : Aristide Loua, le gentleman afropolitain par Luisa Nannipieri

VIVRE MIEUX

94 Les secrets d’une sacrée mémoire !

96 Entretenez-vous, surveillez-vous !

97 Cinq astuces pour s’endormir vite

AFRIQUE MAGAZINE

FONDÉ EN 1983 (34e ANNÉE)

31, RUE POUSSIN – 75016 PARIS – FRANCE

Tél. : (33) 1 53 84 41 81 – fax (33) 1 53 84 41 93 redaction@afriquemagazine.com

Zyad Limam

DIRECTEUR DE LA PUBLICATION

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Assisté de Nadia Malouli nmalouli@afriquemagazine.com

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Hedi Dahmani RÉDACTEUR EN CHEF DÉLÉGUÉ hdahmani@afriquemagazine.com

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Éléonore Quesnel

SECRÉTAIRE DE RÉDACTION sr@afriquemagazine.com

Amanda Rougier PHOTO arougier@afriquemagazine.com

ONT COLLABORÉ À CE NUMÉRO

Akram Belkaïd, Sylvie A. Briand, Julie Chaudier, Jean-Marie Chazeau, Frida Dahmani, Catherine Faye, Alexandra Fish, Cédric Gouverneur, Alexis Hache, Dominique Jouenne, Astrid Krivian, George Ola-Davies, Fouzia Marouf, Luisa Nannipieri, Sophie Rosemont.

VIVRE MIEUX

Danielle Ben Yahmed RÉDACTRICE EN CHEF avec Annick Beaucousin, Julie Gilles.

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PRÉSIDENT-DIRECTEUR GÉNÉRAL : Zyad Limam. Compogravure : Open Graphic Média, Bagnolet. Imprimeur: Léonce Deprez, ZI, Secteur du Moulin, 62620 Ruitz

Commission paritaire : 0219 D 85602. Dépôt légal : mars 2018.

La rédaction n’est pas responsable des textes et des photos reçus. Les indications de marque et les adresses figurant dans les pages rédactionnelles sont données à titre d’information, sans aucun but publicitaire. La reproduction, même partielle, des articles et illustrations pris dans Afrique magazine est strictement interdite, sauf accord de la rédaction. © Afrique magazine 2018.

p.76
p. 56
p. 64

Scholastique Mukasonga Mention très bien

Grande voix de la littérature rwandaise, maintes fois primée, elle revient avec un RÉCIT autobiographique, en forme de témoignage percutant.

C’EST le génocide qui a fait d’elle un écrivain. Un destin auquel Scholastique Mukasonga, rescapée tutsi, n’avait pas pensé. Mais, pour elle, survivre et témoigner sont inextricablement liés. En 1994, 37 membres de sa famille ont été massacrés. Pour eux, cette survivante a choisi d’entremêler sa voix et les leurs. Et de consacrer son œuvre au drame rwandais. Pour ne pas oublier. Avec Un si beau diplôme !, l’auteur revient à la veine autobiographique. Son style fluide, plein d’humour et de fantaisie, rythme le récit de ses souvenirs, si douloureux soient-ils parfois. Elle y raconte son parcours, ses illusions, ses désillusions, sa foi en la vie, l’importance des rencontres. Un écheveau traversé par un fil rouge déterminant : l’obtention d’un diplôme. « C’est ce papier, si tu l’as un jour et il te le faudra, idipolomi nziza, un beau diplôme, c’est ce qui te sauvera de la mort qui nous est promise, garde-le toujours sur toi comme le talisman, ton passeport pour la vie », lui répète son père alors qu’elle n’est encore qu’une enfant. Munie de ce sésame, elle ne serait plus ni hutu ni tutsi et atteindrait un statut inviolable… « J’étais

« UN SI BEAU DIPLÔME !», Scholastique Mukasonga, Gallimard, 192 p., 18 €.

persuadée qu’il m’ouvrirait toutes les portes et, en premier lieu, celles de l’administration burundaise », écrit-elle. Pour l’obtenir, la jeune fille est obligée de prendre le chemin de l’exil. Elle passe de pays en pays, du Burundi à Djibouti, puis en France. Tantôt les chances que lui promet ce précieux papier apparaissent comme une certitude, tantôt elles se volatilisent tel un mirage. « J’ai passé la moitié de ma vie à courir après un diplôme. Ce n’était pourtant pas une thèse de doctorat, de celles qui restent en chantier toute une vie et couronnent enfin une brillante carrière universitaire : non, ce n’était qu’un modeste diplôme d’assistante sociale. » Qui plus est, ce diplôme qui lui a coûté tant d’efforts, n’a aucune valeur en France. Pourtant, l’accomplissement de ce mythe qu’elle s’est forgé trace le sens de sa vie. Une existence qui connaît dès l’enfance la violence des conflits ethniques. En France, où elle vit depuis 1992, l’écrivain est également assistante sociale. Scholastique, dont le nom signifie « enseignement », s’est fait la voix du peuple rwandais. En témoignant, elle redonne une place aux disparus et apaise les vivants. Plus encore, ce « beau diplôme » lui a ouvert les portes de l’humain, avec pour laissez-passer, la mémoire, inaltérable, la transmission et l’éducation. « Aux premiers chants d’oiseaux, bien avant l’aurore, mon père me réveillait : “Henuka ! Henuka ! Lève-toi ! Lève-toi ! L’école t’attend !”. » Ainsi commence son récit. ■

chroniques

LIBYE INTIME

JUIN 2012. Sept mois après la fin de la révolution, deux journalistes français arrivent à Tripoli, curieux de voir comment les Libyens comptent bâtir cette ère nouvelle. Co-écrit par notre correspondante Maryline Dumas, ce recueil couvre cinq ans et demi de chroniques, mêlant faits d’actualité et petites histoires quotidiennes. Ce sont ces dernières qui valent principalement le détour, comme lorsque les auteurs donnent le mode d’emploi des Libyens pour se procurer de l’alcool. Ou dressent

récit À LA RECHERCHE DES BONOBOS

PARTI sur les traces du Japonais Takayoshi Kano, le premier scientifique à étudier le comportement des bonobos dans leur environnement naturel en 1973, l’auteur du remarqué TraîneSavane – biographie romancée du Docteur Livingstone – s’engouffre dans une aventure rocambolesque au cœur de la forêt congolaise. Son récit s’attache autant à fouiller la personnalité de l’énigmatique primatologue japonais

« JOURS TRANQUILLES À

TRIPOLI », Maryline Dumas et Mathieu Galtier, Rive Neuve, 220 p., 15 €.

PARLE ON EN

livres

document

CARNETS D’UN MÉDECIN DE CAMPAGNE

« SAMOURAÏS DANS LA BROUSSE », Guillaume Jan, Paulsen, 216 p., 21,50 €

le pudique portrait de Tariq, un démineur qui paiera de sa vie de désamorcer sans relâche bombes artisanales et engins de mort. Au final, c’est un hommage au pays que narrent les reporters. ■ Hedi Dahmani qu’à décrire le quotidien de Wamba, village oublié du monde. Un prétexte de plus pour cet écrivain de s’aventurer loin dans la jungle qui l’aimante depuis des années. ■ C.F.

« LIFE AND DEATH IN KOLOFATA », Ellen Einterz, Indiana University Press, 220 p., 28 $ (en anglais).

LE PROFESSEUR Einsterz, ex-Peace Corp américaine, pose ses valises en 1990 à Kolofata, un village situé à l’Extrême Nord du Cameroun en 1990. Durant 24 ans, elle développe et anime un hôpital qui devient la référence dans la région. Jusqu’à l’attaque meurtrière des terroristes de la secte islamiste Boko Haram, le 27 juillet 2014, alors qu’elle est en vacances aux États-Unis. De ses notes et souvenirs, elle tire un ouvrage incroyable, une analyse unique des réalités de cette région « du bout du monde », à travers son stéthoscope de chirurgien. En attendant son retour, et tant que la secte continue à perpétrer ses attentats, l’organisation Médecins sans frontières a pris ses quartiers dans l’établissement. ■ Emmanuelle Pontié

essai

LE CHOIX DE LA LIBERTÉ

« TANT QUE NOUS ATTENDRONS que ce soient les Blancs qui viennent nous construire des W.-C., nous ne serons pas sortis de notre merde. » Ces mots, publiés par l’auteur il y a une douzaine d’années par l’auteur dans la presse, reviennent ici dans sa longue introduction. Et se font l’écho du titre de son ouvrage. Une phrase prononcée lors d’un discours à Boston, en 1865, par un ancien esclave américain, Frederick Douglass, devenu conférencier et homme politique : « Si le Noir n’est pas capable de se tenir debout, laissez-le tomber. Tout ce que je vous demande, c’est de ne pas l’empêcher de se tenir debout. » La démarche afro-sarcastique de Venance Konan, journaliste propulsé sur le devant de la scène littéraire par son bestseller Les Prisonniers de la haine, interroge cette fois-ci les origines d’une Afrique prisonnière de l’aide. Décapant. ■ C.F.

« SI LE NOIR N’EST PAS CAPABLE… », Venance Konan, Michel Lafon, 18 €.

« YOU WILL NOT DIE », Nakhane, BMG

Nakhane Le talent clairvoyant

Tout le monde ne parle que de ce jeune Sud-Africain multi-facettes, et de sa voix aux accents LYRIQUES. Une révélation.
par Sophie Rosemont

UNE SOUL-POP électronisante et parfois électrique, littéralement. Sorti des tripes, un chant qui va droit au cœur, imposant sa nourriture soul et son potentiel lyrique. Né Nakhane Mahlakahlaka il y a vingt-neuf ans, en Afrique du Sud, il a pris ensuite le patronyme scénique de Nakhane Touré (en référence à Ali Farka Touré, l’une de ses idoles) pour se faire un nom dans le vaste domaine de l’art. D’abord en

musique : après s’être essayé au punk rock à la fac, il se lance dès 2013 avec un premier album remarqué, Brave Confusion

Sa famille le soutient, et pour cause : sa mère et sa tante professeur de musique chantent à l’église – mais savent l’encourager, à leur manière : « Si jamais ma tante me voit à la télévision et que je ne suis pas au niveau, elle m’appelle et me crie

dessus : “C’était quoi, ça ? Tu ne vas pas nous humilier à la télévision nationale !” Mais si je suis bon, elle va me dire : “Bon sang, tu les as tous tués !” » De quoi travailler ses performances, assez exceptionnelles en live. Une étoffe de comédien, aussi… Car Nakhane a récemment été vu au cinéma, dans Les Initiés. Il y interprétait jeune homme gay devant affronter son environnement. Pas tout à fait un rôle de composition puisqu’il est régulièrement menacé pour oser assumer son homosexualité. Loin de céder à la peur, il garde la tête haute, ne souhaitant pas revivre les tourments d’une adolescence incertaine… jusqu’à ce qu’il lise James Baldwin. « J’avais 19 ans et jusque-là, j’étais perdu dans ma vie. J’étais noir, queer, je n’avais jamais rien lu sur des personnages qui me ressemblaient et les livres de Baldwin ont été un appel. Tout comme Brenda Fassie, qui a affronté tous les dangers pour vivre sa musique en public. » La reine de la pop sud-africaine est décédée à Johannesburg, où vit aujourd’hui Nakhane. Pourtant, les sirènes européennes lui font de l’œil… « J’adore Londres et j’y passe de plus en plus de temps, mais je ne veux pas vraiment quitter Johannesburg. Les Sud-Africains veulent vivre, sont enthousiastes, ils s’habillent bien, les jeunes font des choses sans attendre d’être embauchés par les grosses sociétés. Et puis moi, c’est la friction qui m’inspire… Le confort, c’est dangereux pour l’inspiration ! »

C’est aussi le crayon à la main que s’illustre Nakhane qui, fort d’un roman publié en 2015, Piggy Boy’s Blues, sait traduire ses émotions et ses combats dans ses chansons. « Clairvoyant », « You Will Not Die », « Fog », « Teen Prayer » : tout sonne bien, mais surtout juste. Influencé par l’authenticité d’artistes comme Joni Mitchell ou Marvin Gaye, il aime aussi ceux qui endossent des personnages tels David Bowie. Réjouissons-nous, Nakhane semble bien appartenir à ces deux catégories. ■

SARAH MAISON, CHANSON DANS LA CASBAH

Aussi FRAIS que langoureux : un premier mini-album séduisant.

DIPLÔMÉE des Beaux-Arts de Nice et dotée d’une voix de rêve, la charismatique Sarah Maison a d’abord exploré le terrain de l’art plastique avant de s’essayer à la musique. Bien lui en a pris : elle a le goût des arrangements qui voient grand et des mélodies addictives. Son titre « Western arabisant », passé en boucle sur les ondes françaises, offre un large panel des influences de la chanteuse. D’origine berbère et catalane, elle convoque pop, rock et chanson dans un seul canevas irrésistiblement langoureux. « Barachicha », « Muzul », « Torrent de chaleur »… autant de joyaux flamboyants que propose cet EP qui sera bientôt suivi, on l’espère, d’un album. ■ S.R.

BALOJI, AUX SOURCES DU RAP

Un mélange euphorisant de SONS traditionnels et électro. Du grand art !

EN SWAHILI, « baloji » signifie « sorcier ». C’est vrai qu’il y a un peu de magie dans la musique de cet artiste belge qui, à l’orée de sa quarantaine, peut se féliciter d’une carrière accomplie. Pour son troisième album, il revient aux sources : son enfance passée à Lubumbashi, où l’électricité est rare mais la chaleur humaine prédominante. Avec 137 Avenue Kaniama, il retrace une ambiance quasi cinématographique, nourrie d’électro, de hip hop, de funk comme des musiques traditionnelles – non seulement congolaises mais aussi nigérienne, zimbabwéenne et ghanéenne. L’ombre du tumulte politique n’est jamais loin mais qu’on se rassure, rien ne semble entamer l’énergie créative de Baloji, qui atteint là son point d’orgue. ■ S.R.

« 137 AVENUE KANIAMA », Baloji, Bella Union

musique

groove

ADY SULEIMAN, SOUL ATTITUDE

À 25 ANS, c’est LE jeune espoir de la scène nu-soul anglaise. Born and raised à Nottingham, mais d’origine zanzibarais par son père, Ady Suleiman est un exemple probant de mélange des cultures. Y compris dans les influences de sa musique, où l’on entend aussi bien des échos reggae que jazz ou folk.

Baptisé Memories, son premier album ne tombe cependant jamais dans la nostalgie, grâce à un don avéré pour la ballade groovy, comme « Longing for Your Love » ou « If I Die ». Appuyé à la production par le gratin de la scène britannique, régulièrement complimenté par des stars comme Chance the Rapper ou Lianne La Havas, Suleiman a une voie royale devant lui qui devrait le conduire bien au-delà de la contrée de Robin des Bois. ■ S.R.

« MEMORIES », A. Suleiman, Pemba/Modulor.

diva

lbum Car à 28 ans, coup

YEMI ALADE, LA REINE DE L’AFRO-POP EST DE RETOUR ! « LA MAGIE, les conquêtes, les luttes et la puissance de la peau noire » : voilà les thèmes annoncés de son nouvel album. Car à 28 ans, la belle Nigériane a beaucoup de choses à dire et ne s’en prive pas. Elle sait aussi toujours bien s’entourer, avec les rappeurs Olamide et Falz mais aussi des producteurs de renom comme Young D, Sarz ou V-Tek. On a trouvé la potion vitaminée qui allait dynamiser notre hiver ! ■ S.R. « BLACK MAGIC », Yemi Alade, Effyzzie LaMusique/ Baleine.

Elle sait urer, e on

hip hop
chanson

Mektoub, my Love : Canto uno , ou l’histoire d’un été en pente douce.

Sous le soleil exactement

Révélation de la dernière Mostra de Venise, LE NOUVEAU FILM d’Abdellatif Kechiche nous fait partager des vacances idylliques. C’est sea, sex & sun à Sète, des années-lumière avant le burkini…

UN ÉTUDIANT franco-tunisien timide, monté à Paris, retourne à Sète, dans le sud de la France, passer des vacances en famille. Ça commence très fort car il surprend derrière les volets sa meilleure amie en pleins ébats avec son cousin… La scène est sans pudeur, elle dure, et on se dit que c’est reparti comme dans La Vie d’Adèle où les corps étaient filmés longuement en pleine action. Et pourtant, le reste du film sera beaucoup moins explicite. Au contraire, si la caméra s’attarde avec insistance sur les fesses des femmes, moulées dans le tissu, elle suit surtout le parcours estival de son jeune héros, Amin, dont on se demande s’il va finir par aller au bout de ses attirances pour les filles qu’il rencontre… Sa famille, ses amis, sont incarnés par des acteurs qui ont du bagout et beaucoup de spontanéité (le plaisir aussi de retrouver, en tatie bavarde et bienveillante, Hafsia Herzi, dix ans après La Graine et le Mulet). La fluidité de la mise en scène ajoute à l’empathie que l’on éprouve, embarqué dans

Abdellatif Kechiche.

« MEKTOUB, MY LOVE : CANTO UNO ».

Avec Shain Boumedine, Lou Luttiau, Ophélie Bau. Sortie le 21 mars (France).

cette longue séquence estivale – 3 heures – où la parole circule très vite, seulement ponctuée d’interludes musicales ancrées dans les années 90. Une époque pas si lointaine où la religion, les interdits, n’avaient pas l’importance qu’ils ont pris aujourd’hui en France. Pas un voile à l’horizon, même les moutons ne sont pas égorgés… Personne n’avait de téléphone portable, on est en 1994. Français d’origine maghrébine ou de souche dansent et boivent de l’alcool ensemble, les hommes draguent lourdement les filles, mais les filles savent très bien se défendre et semblent même plutôt mener la barque du commerce comme celle des affaires sentimentales… Liberté de la parole, des corps et des cœurs, sous un soleil souvent filmé frontalement, qui inonde de lumière ce film chaleureux et envoûtant… Idyllique ? Oui, cela ressemble à un souvenir de vacances, donc ce n’était peut-être pas tout à fait la réalité, mais qu’est-ce qu’on a envie d’y croire ! « Sage est celui qui a gardé son âme d’enfant », dit une des femmes de ce tableau solaire… ■

drame

Hot spot à Tripoli

COMMENT L’ITALIE, accusée de refouler des migrants en perdition en pleine mer, s’arrange pour qu’ils ne quittent plus les côtes libyennes : c’est ce que raconte sous forme de fiction ce film d’un documentariste italien très sensibilisé à cette cause. Son héros est un super-flic envoyé par Rome en mission à Tripoli, pour négocier avec des chefs des milices libyennes la gestion de camps de rétention. Mais il va finir par être touché par le sort d’une des femmes qu’il y croise… Un grain de sable chez un homme dont la vie est pourtant méthodiquement organisée, comme le souligne de façon un peu démonstrative une réalisation très clinique. ■ J.-M.C.

« L’ORDRE DES CHOSES » (Italie) d’Andrea Segre. Avec Paolo Pierobon, Giuseppe Battiston, Yusra Warsama.

série

Dans le lit de Nola

drame

À Tripoli, un policier envoyé en mission dans les camps de rétention va finir par être touché par le sort d’une femme qu’il y croise…

Vivre libre

TROIS ANS après le traumatisme de l’accueil très violent fait au Maroc à Much Loved, son film sur des prostituées de Marrakech, Nabil Ayouch rebondit avec habileté, sans provocation. Dans ce film choral, où l’on croise aussi Ingrid Bergman et Freddie Mercury, il met en valeur les parcours individuels de Marocains dont le milieu social, la religion, les désirs, sont très différents. Chacun à sa manière fait preuve de courage au milieu d’une masse hostile. Alternent les superbes paysages de l’Atlas où, en 1982, un instituteur qui enseigne en berbère fuit l’arabisation de son école, et les rues de Casablanca au bord de l’insurrection en 2015. Le film fait le lien direct entre l’éducation reçue par toute une génération et le fossé qui s’est creusé entre tenants de la tradition et de la modernité. On y voit aussi toute l’indifférence d’une élite marocaine à l’égard du reste de la société… ■ J.-M.C. « RAZZIA » (Maroc) de Nabil Ayouch Avec Maryam Touzani, Arieh Worthalter, Abedelilah Rachid.

SPIKE LEE redonne vie, trente ans après, à son héroïne de Brooklyn, Nola Darling, artiste « pansexuelle, polyamoureuse et libérée » : dans son lit alternent trois amants et… une fleuriste. Le résultat est sexy, drôle, audacieux et politiquement percutant, sur le corps des Noirs, les rapports hommes-femmes, la gentrification, l’esclavage, Trump, le monde de l’art ou encore la diaspora africaine… C’est très rythmé, chaque épisode dure une demi-heure, avec des trouvailles visuelles (les pochettes des disques de la BO apparaissent plein écran) et d’excellents comédiens, à commencer par la très belle DeWanda Wise. Netflix a déjà commandé une deuxième saison. Vite ! ■ J.-M.C.

« NOLA DARLING N’EN FAIT QU’A SA TÊTE » de Spike Lee. Avec DeWanda Wise, Lyriq Bent, Cleo Anthony. Sur Netflix.

C’est en réalisant un reportage que l’artiste a rencontré ces brodeuses, pour lesquelles elle a eu un coup de cœur.

photographie

Des coususportraits d’or

Au Rwanda, Marie

Moroni

a braqué son OBJECTIF sur les femmes d’un atelier de broderie.

CETTE série de portraits, exposée à VOZ’Galerie, spécialisée dans la photographie contemporaine, est née d’une rencontre intime. Celle de la scénographe et plasticienne Marie Moroni et de brodeuses rwandaises. « En mars 2015, lorsque je suis partie au Rwanda pour la première fois, je ne connaissais ni ce pays, ni aucun autre d’Afrique. Je devais réaliser un reportage photo sur un atelier de broderie. Mon travail sur ces femmes brodeuses terminé, je ne pouvais les quitter. Ma rencontre avec elles a été un véritable coup de cœur. L’envie de les révéler m’est apparue comme une nécessité, un témoignage essentiel », confie la photographe, dont les rencontres et les histoires individuelles sont au cœur de son travail. C’est donc à Rutongo, un petit village au milieu des collines au nord de Kigali, dans l’atelier de broderie, que l’artiste est retournée photographier ces femmes. Des visages qui en disent long. ■ Catherine Faye « IBABA – PHOTOGRAPHIES DE MARIE MORONI », VOZ’Galerie, Boulogne-Billancourt, jusqu’au 28 avril. www.vozgalerie.com

Pour composer ses alvéoles, la plasticienne utilise des bouteilles en plastique recouvertes de soie.

galerie L’ART ET LA MATIÈRE

Avec ses tableaux en trois dimensions, la Marocaine Ghizlane Sahli nous entraîne dans son univers POÉTIQUE.

MANIPULANT des objets auxquels est attribuée une valeur pratique, Ghizlane Sahli, artiste marocaine, redéfinit leur représentation symbolique. Une préparation « longue et réfléchie », nous confie-t-elle. « Histoire de tripes » est la somme de compositions insolites, telles des alvéoles qui fonctionnent comme des associations d’idées et de matières entre des bouteilles en plastique, le grillage qui les supporte, la soie qui les recouvre. Autre stigmate ? La broderie des artisanes aux doigts de fée, qui finalisent ses créations. Sahli s’interroge sur l’héritage humain, cette matrice, affranchie d’appartenance sociale, culturelle, religieuse, car « cette gestation vivante forme l’œuvre », conclut-elle. Elle sera a ensuite au Mucem à Marseille du 25 avril au 10 septembre 2018 pour l’exposition « L’or ». ■ Fouzia Marouf « HISTOIRE DE TRIPES », David Bloch Gallery, Marrakech, jusqu’au 15 mars. www.davidblochgallery.com

dialogue

Toute l’Afrique en Martinique

La Fondation Clément déploie une TRÈS ambitieuse sélection d’œuvres d’hier et aujourd’hui.

JAMAIS la Martinique, ni même plus largement la Caraïbe, n’avaient accueilli une manifestation de ce type et de cette envergure. Près d’une centaine de pièces majeures appartenant aux collections de la Fondation Dapper présentent ici un vaste répertoire de styles caractéristiques des grandes cultures des sociétés de l’Afrique centrale et de l’Ouest. Figure de reliquaire fang (Gabon) ou bâton de danse en l’honneur du dieu Shango (Nigeria) évoquent des pratiques qui, dans les Antilles, touchent au plus profond de l’intimité des individus. Les œuvres entrent en résonance avec la Fondation Clément. De fait, avec son patrimoine industriel et les témoignages des anciens travailleurs, l’ancienne distillerie réunit la mémoire du rhum et de l’esclavage. Mais, plus encore, une trentaine d’œuvres contemporaines viennent interroger l’histoire. D’Ousmane Sow à Omar Victor Diop, en passant par Barthélémy Toguo, 17 artistes ouvrent le dialogue. Un dialogue péri-Atlantique, entre Afrique, Amériques et Caraïbe. Une communion enracinée dans un même terreau. Un même héritage ancestral. Rituel, mystique, culturel. ■ C.F. « AFRIQUES, ARTISTES D’HIER ET D’AUJOURD’HUI », Fondation Clément, Martinique, jusqu’au 6 mai 2018. www.fondation-clement.org

Gabon, figure de reliquaire tsogho.

9e art
LA BD

ARABE SECOUE ANGOULÊME

Un panorama réjouissant, POLITIQUE et intime.

ALGÉRIE, Égypte, Irak, Jordanie, Liban, Libye, Maroc, Palestine, Syrie, Tunisie…

L’exposition présente la nouvelle scène de la bande dessinée arabe à travers 200 planches originales, des dizaines d’exemplaires de revues et d’albums. Soit une cinquantaine d’auteurs, issus du Maghreb et du MoyenOrient. Ainsi les collectifs Samandal au Liban, TokTok en Égypte, Skefkef au Maroc, et Lab619 en Tunisie témoignent avec humour et gravité de la situation dans leurs pays. Partagée entre l’évocation du quotidien des grandes villes, l’expérimentation et les récits de l’intime, cette exposition bouscule les codes du 9e art. ■ C.F. « NOUVELLE GÉNÉRATION, LA BANDE DESSINÉE ARABE AUJOURD’HUI », musée de la Bande dessinée d’Angoulême, jusqu’au 4 novembre. www.citebd.org

en immersion

CAVALIERS LIBRES

L’œil de Mohamed Bourouissa distille un mystère que suggère d’emblée le titre de son exposition, «Urban Riders ». Une énigme annonçant la couleur avec le film HorseDay, tourné durant huit mois dans un quartier déshérité de Philadelphie. Le plasticien franco-algérien y explore la représentation de jeunes Afro-Américains auprès de chevaux, image souvent incarnée par des cow-boys blancs. Libérés, inattendus, mis en scène, ces 80 portraits déconstruisent les mythes du rapport entre l’homme et l’animal. Bourouissa questionne l’identité et l’espace au cœur des écuries de Fletcher Street, destinées aux chevaux abandonnés et créées par ces cavaliers qu’on devine tout aussi esseulés. Tels des tableaux vivants, ancrés dans l’humain, qui disent une réalité aussi inconnue qu’intrigante ■ F.M. « URBAN RIDERS », musée d’Art moderne de la ville de Paris, jusqu’au 28 avril. mam.paris.fr

HOMMAGE

21 janvier 1954 - 18 février 2018

Idrissa Ouedraogo

Il promenait sa longue silhouette sur les plateaux de tournage et les festivals, évoquant avec talent des histoires, des images, des projets, des films, des séries… Grand Prix du jury à Cannes en 1990, le réalisateur burkinabè, l’une des figures du cinéma africain contemporain, s’est éteint si prématurément à Ouagadougou, à 64 ans.

En 1987, Yam Daabo (« Le choix ») est projeté dans une salle de Ouaga en plein Fespaco. En sortant du cinéma, un grand type plutôt négligé, en tongs, est assis sur une marche. Je ne le connais pas. Il m’interpelle : « Salut ! Tu as vu le film ? Tu as aimé ? ». Je fais mine de ne pas le voir. Il insiste. Et je lui confie que ce premier long-métrage m’a éblouie, que j’ai adoré. Le naturel des acteurs, la lumière sublime, la caméra lente, les paysages beaux à couper le souffle. Il affiche tout à coup un immense sourire et me lance : « C’est moi qui l’ai fait ! ». Je reste coite. Ce petit chefd’œuvre ouvrira la voie à la carrière exceptionnelle que l’on connaît. Avec Yaaba (1989), puis Tilaï, Grand Prix du jury à Cannes en 1990 et Étalon de Yennenga au Fespaco l’année d’après, suivis de Samba Traoré en 1992 et Kini & Adams en 1997, qu’il tourne en anglais en Afrique du Sud. On se souvient aussi de sa mise en scène de La Tragédie du roi Christophe d’Aimé Césaire en 1991 à la Comédie-Française. Et bien sûr de la première série burkinabè, Kadi Jolie, qui fait le tour du continent. Idrissa, réaliste ou résigné, disait au début des années 2000 à qui voulait l’entendre que le cinéma africain n’avançait pas, que l’heure était aux séries, à la télé, aux DVD aussi. Il sort encore La Colère des dieux en 2003. En tout, son œuvre prolifique laisse dix longs-métrages, une vingtaine de documentaires, courts-métrages ou films collectifs moins connus, plusieurs séries télé. Infatigable militant du 7e art, il œuvre aussi un temps à la restauration des salles de Ouagadougou, à la demande du président Blaise Compaoré. Il anime, programme, attire les spectateurs… Puis moins, les temps changent. Mais Idrissa, jusqu’au bout, parlait images, talents, financements, avenir. De festivals en festivals, dans le monde entier, il défendait la toile africaine. Autour d’un verre, d’une cigarette, tard dans la nuit. Avec ce large sourire vissé sur le visage. Et cette incroyable bonhomie, celle des grands, des généreux, des « au-dessus du lot », qui ne prennent pas la grosse tête. Pourtant, Idrissa Ouedraogo aurait pu. Car c’est une icône du cinéma africain qui s’en est allée le 18 février dernier, à 64 ans. Et aussi un ami. ■

Idrissa Ouedraogo à Montreuil, en 1994, année où il tournera pour la première fois en France (Le Cri du cœur)

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TRISTE 8 MARS

Franchement, on aimerait qu’il n’y ait plus jamais de Journée mondiale dédiée aux femmes le 8 mars. Plus de ministère en charge de la protection de leurs droits non plus. Ça voudrait dire qu’elles ne seraient plus en danger et que leur statut serait enfin considéré comme égal à celui des hommes. Mais, malheureusement, c’est encore loin d’être le cas. Et chaque année, à la même période, s’expose dans les colonnes des journaux une litanie de chiffres épouvantables. En tête, ces 200 millions (au moins) de femmes qui ont subi une mutilation sexuelle dans 30 pays en 2017. Dont 44 millions sont des filles de moins de 15 ans. On lit aussi que, définitivement, et idem dans les pays dits « développés », les grilles de salaire varient du bleu au rose, avec des montants plus élevés pour ces messieurs que pour ces dames lorsqu’ils occupent pourtant le même poste. Au mois de mars toujours, on ressort les statistiques sur la parité, dans tous les pays, domaines, secteurs. Et c’est toujours bancal. La balance penche du même côté. Pire, on débat encore sur le thème : la RDC estelle vraiment « capitale mondiale du viol », comme le déclaraient des ONG pour frapper les esprits sur cette « nouvelle arme de guerre » utilisée dans les conflits. On a envie de dire, qu’elle en soit la « capitale mondiale » ou pas, quelle importance… Et que les viols en question reculent, selon les autorités piquées au vif par la critique, ce n’est pas suffisant ! C’est juste insupportable. On découvre encore, sous d’autres cieux, en France, ces chiffres totalement délirants pour un pays d’Europe, censé baigner dans le droit, l’éducation, la justice pour tous : 225 000 femmes sont victimes chaque année de violences de la part de leur partenaire. En 2016, 123 en sont mortes. Alors oui, cette Journée de la femme est importante. Au moins pour être informés. Pour savoir. Pour enrager de voir que tout ça n’évolue pas. Pour apprendre par exemple au détour d’un site d’infos qu’une femme a été emprisonnée onze ans

au Salvador pour avoir fait une fausse couche, responsable donc pénalement d’avoir perdu son bébé. Il faut quand même avoir le courage de le faire, ça, non ? Et encore plus fort : une toute nouvelle loi a été votée en Russie en janvier dernier (oui, oui, en 2017), qui dépénalise le fait de battre sa femme ! On paye tout au plus une petite amende… La loi précise quand même : sauf si la dame doit être hospitalisée après les coups de son mari. Merci, c’est trop d’honneur ! Donc franchement, au vu et au su de tout ça, merci à la Journée de la femme d’exister encore. Si elle peut un jour par an rappeler au moins que le chemin sera encore terriblement long pour toutes nos sœurs. Rien de plus, apparemment. C’est pourquoi j’ose à peine dire « bonne fête du 8 mars, Mesdames… ». ■

Alors

oui, cette Journée de la

femme est importante.

Au moins pour être informés. Pour savoir. Pour enrager de voir que tout ça n’évolue pas.

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