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TUNISIE MAIS LA RÉVOLUTION CONTINUE !

LIBYE LE MYSTÈRE

SEIF AL-ISLAM KADHAFI

TOGO SORTIES DE CRISE

MAROC NABIL AYOUCH : « IL EST DIFFICILE D’ASSUMER SA DIFFÉRENCE »

SOMMES-NOUS VRAIMENT DES

«PAYS DE M…»?

Le président des États-Unis, himself, l’a dit. Beaucoup, dans le monde occidental, ne sont pas loin d’être d’accord. Même en Afrique, quelques-uns estiment que oui,

et que nous n’avons qu’à nous en prendre à nous-mêmes. Ils sont vraiment à côté de la plaque et voici pourquoi.

PAYS DE M… ?

’Cétait le 12 janvier dernier, une réunion entre le président américain Donald Trump et des élus républicains et démocrates dans le Bureau ovale, à la Maison-Blanche. Un lieu solennel. Le cœur du pouvoir. Sur le sujet hautement inflammable de l’immigration.

Le président, mèche au vent, se lâche, fidèle à son tempérament, à sa perception du sujet.

Il se demande pourquoi l’Amérique accueille ces gens venus de ces « shithole countries », traduit en français par « pays de merde », évoquant l’Afrique, Haïti, certains États d’Amérique centrale comme le Salvador. Et pourquoi ne pas plutôt aller chercher « des Norvégiens » (tout le monde sait que les Norvégiens ne rêvent que d’émigrer…).

Parmi les présents, élus entre autres, certains se chargent d’informer le monde extérieur sur ce dérapage (pour le moins…).

Et ce n’est pas la première fois que le président laisse échapper sa vision de l’Afrique.

On se rappelle des « huttes » (décembre 2017) que les immigrés ne voudraient plus revoir après avoir découvert « la grandeur de l’Amérique ».

Ou de ce pays africain qui n’existe pas (la Nambia) évoqué lors d’un déjeuner à l’assemblée générale des Nations unies. Pays situé dans un continent où les amis de Donald Trump se sont fait « beaucoup d’argent… » (toujours lors du même déjeuner).

C’était pas brillant. Mais shithole countries « Pays de m…. »

C’est du brutal, dans la forme et dans le fond. Du racisme généralisé à l’échelle d’un continent.

Un mot trop vite dit probablement, dans la chaleur de l’échange, mais tout à fait Trumpien

dans son essence. Pour le président et ceux qui pensent comme lui, l’Afrique, c’est le « dark continent », pas de business, pas de tours à construire, que de la pauvreté et de la violence, des maladies, une nature hostile probablement, des gens ingérables, qui n’ont pas grand-chose à acheter, ni à vendre, violents, corrompus, quémandeurs, certainement responsables de leur propre pauvreté.

Trump n’est pas un cas isolé. Il dit « tout haut » ce que beaucoup pensent « tout bas ». En Occident, dans le monde riche, dans une conversation habituelle, de comptoir, l’Afrique, c’est souvent : « mais pour quoi faire ? pourquoi y aller ? C’est dangereux, désespérant… » Aucun intérêt, en quelque sorte. Un regard souvent formaté par ce qui passe à la télévision, ce qui se publie sur les réseaux sociaux, limité évidemment par l’ignorance. L’Afrique est méconnue par le reste du monde. Ce continent vaste de 30 millions de km2 et peuplé de plus d’1,2 milliard d’habitants n’a reçu que 62 millions de visiteurs en 2017 (moins que la France) et la plupart sont allés sur un coin de plage, ou vers une expédition tropicale entièrement balisée.

Bref, nous n’avons pas bonne presse.

Et nous sommes nuls. D’autant plus nuls que certains en Afrique sont d’accord avec ce jugement sans appel. Exemple, l’inamovible président ougandais Yoweri Museveni, qui résume : « J’aime Trump parce qu’il parle avec franchise. Je ne sais pas s’il a été cité de manière incorrecte ou pas, mais il parle des faiblesses de l’Afrique avec franchise », et qui précise sur son compte Twitter : « Les Africains doivent résoudre leurs problèmes, on ne peut pas survivre si on est faible, et c’est la faute des Africains s’ils sont faibles… »

Évidemment, on serait tenté de dire à Yoweri Museweni qu’un pays faible, ce n’est pas un pays

de m…. Et que même, dans le cas de figure, il est au pouvoir depuis plus de trente ans, et qu’on pourrait estimer que son leadership aurait permis de sortir l’Ouganda de la faiblesse… De toute façon, on voudrait d’abord marteler aux uns et aux autres, qu’il n’y a pas de pays de m…, il n’y a que des pays, multiples, différents, parfois faibles, violents, déchirés, prometteurs, en crise, en renouveau, en décadence… Il n’y a qu’une humanité multiple, enserrée sur la même planète, elle-même logée dans un coin perdu de l’univers. Et pour en revenir aux migrations, rappeler que partout dans le monde, du nord au sud, de l’est à l’ouest, les plus défavorisés cherchent toujours une route vers plus de sécurité, vers une vie décente. Que les migrations font partie de l’Histoire, depuis la nuit des temps. Rappeler que les premiers humains ont quitté l’Afrique pour peupler la planète. Que l’Amérique a été fondée entre autres par des bagnards européens. Et que sa richesse est aussi le produit d’une migration cruelle et forcée, celle de l’esclavage, théorisé, défendu pendant des siècles, y compris par les dogmes religieux. On pourrait expliquer que la colonisation, système de domination à l’échelle planétaire d’une minorité sur une majorité, essentiellement à des fins lucratives, n’est pas été sans conséquence sur la fragilisation des dominés, provoquant humiliations et déséquilibres. Et que les Trente Glorieuses européennes n’auraient peut-être pas été si glorieuses sans l’apport de larges populations de travailleurs corvéables venues du sud.

Rappeler que dans l’échelle des valeurs de l’humanité, il n’y a pas que les tours de 50 étages, l’immobilier, le mercantilisme, le business, que les richesses des humains, c’est aussi la culture, l’art, l’humour, la vitalité, le désir, et que de ce point de vue, l’Afrique est loin d’être à la traîne de qui que ce soit. On pourrait aussi proposer à chacun de balayer devant la porte de son pays, rappeler que dans l’Histoire, l’Amérique et d’autres pays « grands » ont montré à quel point ils pouvaient sombrer dans la sauvagerie et la guerre. Que dans les pays « riches », les écarts, les inégalités sont d’autant plus inacceptables, encore plus intolérables que dans les pays de m… On serait tenté d’expliquer aux Américains, certes grande nation parmi les nations, qu’ils sont le seul pays occidental à ne pas garantir une couverture maladie pour tous. Qu’ils sont le seul aussi où l’on peut se balader armé et s’entre-tuer à tout bout de champ… On pourrait évoquer tous ces pays « évolués », qui ont sabordé leur écologie, qui ont mis en coupe réglée l’écosystème de la planète, qui ont puisé, foré, coupé et réchauffé, et qui aujourd’hui cherchent

à ne pas trop payer l’addition… Monter du doigt cette Europe assise sur ces conforts (relatifs) et qui laisse se noyer des centaines, des milliers de damnés de la terre à ses frontières.

On pourrait rappeler aussi , tout en restant respectueux, que par certains côtés, Donald Trump et d’autres personnalités politiques du premier monde n’ont pas grand-chose à envier à certains de nos chefs les moins présentables : confusion entre l’argent public et privé, désordre intime, outrances, mensonges, égocentrisme…

Et on pourrait surtout regarder l’Afrique telle qu’elle est vraiment, en dehors des prismes, des préjugés, de l’anxiété et des peurs de l’Occident. L’Afrique est pauvre, parfois désespérante, certains veulent la quitter par n’importe quels moyens, mais elle change, vite. Très vite. En termes d’éducation, de santé, de progrès démocratique, d’opportunités économiques. Elle se construit à vue d’œil. Une classe moyenne de plus de 300 millions de personnes

émerge. Elle pèsera lourd dans les enjeux du siècle. Que cela soit pour son marché en émergence, pour le business que l’on pourra y faire, mais aussi pour les dangers qu’elle incarne : démographie, climat, migrations, terrorisme… Trump et d’autres sont bloqués dans un espace-temps dépassé. Les pays de m… sont aussi largement les pays du futur. L’Afrique s’insère dans la montée en puissance des Sud, des émergents. Et ces Sud représentent aujourd’hui plus de 50 % de la richesse mondiale. L’Amérique, toujours toute-puissante, s’isole, laisse le chemin plus libre encore à la Chine, qui, elle, voit dans ces pays autant d’opportunités économiques.

Alors oui, oui, nous sommes responsables en partie de notre faiblesse, de notre pauvreté, de nos désordres. Mais nous montons la pente. Nous luttons. Nous faisons le ménage progressivement. Nous prenons notre place dans le siècle. Nous avons de la force et un optimisme mesuré sur l’avenir.

Addis-Abeba, capitale de l’Éthiopie et siège de l’Union africaine. Pour répondre au président des États-Unis sur les réseaux sociaux, les internautes africains ont posté des « cartes postales » de leurs pays de m….

D’ailleurs, on ne s’est pas laissé faire. La réaction a été vive. Et Donald Trump a dû se fendre (tout de même) d’un mea culpa diplomatique. Dans un courrier adressé aux dirigeants présents à Addis pour le sommet de l’Union africaine, le président américain écrit : « Les États-Unis respectent profondément les partenariats et les valeurs que nous partageons avec l’Union africaine, ses pays membres et ses citoyens à travers le continent. Je tiens à souligner que les États-Unis respectent profondément les Africains. » « Nos soldats combattent côte à côte pour défaire les terroristes » et « nous travaillons ensemble pour intensifier un commerce libre, juste et réciproque », a-t-il notamment ajouté.

Bref, Monsieur le président, nous ne sommes pas trop rancuniers, et nous sommes prêts à avancer. À vous croire. Sur les actes. ■

Voir aussi le « C’est comment ? » d’Emmanuelle Pontié p. 25.

SOMMAIRE

Février n°377

3 ÉDITO

Pays de m… ? par Zyad Limam

ON EN PARLE

14 Livres : Tahar Ben Jelloun Une jeunesse sacrifiée par Catherine Faye

AFRIQUE

16 Écrans : La femme qui dévoile les hommes par Jean-Marie Chazeau

18 Musique : Le dandy qui secoue son monde par Sophie Rosemont

20 Agenda : Le meilleur de la culture

22 PARCOURS

Elnathan John par Loraine Adam

25 C’EST COMMENT ?

Lettre à M. Trump par Emmanuelle Pontié

44 CE QUE J’AI APPRIS

Bumba Massa par Astrid Krivian

76 LE DOCUMENT : Les nouveaux Mamelouks par Hedi Dahmani

106 VINGT QUESTIONS À...

Valérie Ekoumè par Astrid Krivian

TEMPS FORTS

26 Interview : Ismaïl Omar Guelleh : « Djibouti est libre de ses choix ! » par Zyad Limam

34 Tunisie : la révolution continue ! par Frida Dahmani, Maryline Dumas et Francis Ghilès

46 Cover story : les travaux d’Hercule de « Mister George » par George Ola-Davies et Hugues Berton

52 Libye : les mystères de Seif Kadhafi par Maryline Dumas

58 Le Liban en mode résilience par Thomas Abgrall

64 Nabil Ayouch : « Au Maroc, il est difficile d’assumer sa différence » par Astrid Krivian

70 Oum Kalthoum, à jamais la diva par Catherine Faye

80 Yasmina Khadra, mémoires d’entre les dunes par Nina Hadjam

DOSSIER

84 Togo : Sorties de crise par Nataka Noun et Emmanuelle Pontié

MADE IN AFRICA

96 Escapades : les merveilles de la mer Rouge par Nina Hadjam

98 Carrefours : David Adjaye, architecte de l’année par Hedi Dahmani

100 Fashion : Noureddine Amir par Loraine Adam

VIVRE MIEUX

102 Ne plus fumer : le voulez-vous vraiment ?

103 Petit-déjeuner, c’est essentiel

104 5 bons réflexes pour retrouver son énergie

AFRIQUE MAGAZINE

FONDÉ EN 1983 (34e ANNÉE)

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Commission paritaire : 0219 D 85602. Dépôt légal : février 2018.

La rédaction n’est pas responsable des textes et des photos reçus. Les indications de marque et les adresses figurant dans les pages rédactionnelles sont données à titre d’information, sans aucun but publicitaire. La reproduction, même partielle, des articles et illustrations pris dans Afrique magazine est strictement interdite, sauf accord de la rédaction. © Afrique magazine 2018.

Le Togo, un pays qui avance

En 2017, le mandat social du chef de l’Etat, SEM Faure Gnassingbé s’est révélé essentiel pour préserver la cohésion dans le pays. L’instabilité politique n’a pas dévié le gouvernement conduit par le Premier ministre Komi Sélom Klassou des objectifs fixés par le Président de la République. Pour aborder sereinement la nouvelle année, il est donc nécessaire de réaliser un inventaire des actions du gouvernement et d’esquisser des perspectives pour permettre aux Togolais de garder le cap du développement sous l’impulsion du chef de l’Etat, Faure Gnassingbé.

Un Togo toujours ouvert à l’international

En 2017, la plupart des différents voyages effectués par le chef de l’Etat, Faure Gnassingbé s’inscrivaient dans le cadre des relations de coopération et d’amitié qui lient le Togo et les pays visités. Ils ont surtout permis au Togo de consolider ses liens d’amitié avec les différents pays mais également d’établir de nouvelles relations de partenariat notamment sur le plan économique. Depuis le 4 juin, le chef de l’Etat togolais Faure Gnassingbé est le

président en exercice de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Il a été élu par acclamation par ses pairs lors du 51e sommet ordinaire de la Conférence des Chefs d’Etat et de gouvernement, tenue à Monrovia (Libéria).

Un mandat social toujours en chantier

Le Président de la République togolaise a fait de son nouveau quinquennat (2015-2020) un quinquennat social.

L’exécutif a annoncé le renforcement des actions dans ce domaine avec l’augmentation du nombre de ménages béné fi ciaire des transferts monétaires qui passera de 30 000 à 120 000 en 2018. Pour l’amélioration des conditions de vie de la jeunesse et pour aider les jeunes entrepreneurs, le Chef de l’Etat envisage par exemple que l’attribution des marchés publics réserve un quota allant jusqu’à 20% aux jeunes entrepreneurs et aux femmes, qui bénéficieront par la même occasion des procédures allégées. Dans le domaine de la santé, le gouvernement a indiqué que les initiatives en matière de protection sociale prendront en compte un plus grand nombre de Togolais en 2018 et le projet de contractualisation des hôpitaux publics sera étendu à ceux de Lomé et de Kara.

Enfin, selon le président de la République, toutes les dispositions seront donc prises par le gouvernement afin que la couverture d’assurance maladie pour les deux millions d’élèves togolais devienne une réalité en 2018.

Mise en œuvre du PUDC en 2017. Le Programme d’Urgence de Développement Communautaire (PUDC) opérationnel depuis juillet 2016 est un projet pion de la mise en œuvre du mandat social de Faure Gnassingbé. Quatre composantes concernent ce programme.

Le développement des infrastructures et équipements socio-économiques de base,

Le renforcement des capacités institutionnelles des acteurs nationaux et locaux

Le développement de l’entrepreneuriat rural

Le développement du système information géo-référencée des infrastructures et équipements.

D’un montant total estimé à 155 milliards de FCFA (environ 258 millions de dollars), le PUDC sera exécuté sur 3 ans avec pour but, la réalisation des principaux Objectifs de Développement Durable (ODD) des Nations Unies.

Le programme d’Appui aux populations vulnérables. Le Programme d’Appui aux Populations Vulnérables (PAPV) qui

Visite de travail de Tony Blair avec SEM
Faure GNASSINGBE dans la région de la Kara Novembre 2017

a également pour objectif, la réduction de la pauvreté. Il a été Initié par le Chef de l’Etat lui-même en 2015, le PAPV est l’un des dispositifs au cœur de la lutte contre la pauvreté, la précarité tout en favorisant l’emploi des jeunes . School Assur. Dans le but de faciliter la vie aux acteurs de l’éducation notamment les élèves et leurs parents, le Chef de l’Etat SEM Faure Essozimna Gnassingbé a initié le programme « School Assur » qui est une nouvelle ère qui s’ouvre dans la vie des élèves togolais.

Renforcement de la démocratie

Sur le plan politique. L’année 2018 sera très riche en activité sur le plan politique au Togo. En se référant au discours de présentation de vœux du Chef de l’Etat Faure Gnassingbé prononcé le 3 janvier 2018, on peut s’attendre à la tenue d’un dialogue national entre pouvoir et opposition sur les questions liées aux réformes politiques. Ensuite, les Togolais seront convoqués aux urnes en 2018 pour trois scrutins différents. D’abord il sera organisé un référendum pour permettre au peuple de se prononcer sur les réformes institutionnelles et constitutionnelles, ensuite le gouvernement prévoit d’organiser les législatives et les locales toujours en 2018.

Les réformes. Le gouvernement a poursuivi le chantier sur les réformes politiques en 2017 en initiant avec la Commission de Ré fl exion sur les Réformes Politiques, Institutionnelles et Constitutionnelles (CRRPIC) une tournée nationale du 1 er au 28 août 2017.

Cette tournée a permis de présenter à l’Assemblée Nationale le 15 septembre 2017, un projet de loi portant modi fi cation des articles 52, 59 et 60 de l’actuelle constitution. Ces modifications visent à limiter à deux le nombre du mandat présidentiel et des députés et l’utilisation d’un mode de scrutin à deux tours pour choisir désormais le président de la République.

Après ce vote, le processus des réformes politiques devrait donc se poursuivre avec l’organisation d’un référendum en 2018, a annoncé le gouvernement.

Le chantier de la décentralisation. En mars 2017, le gouvernement avait adopté en conseil des ministres une feuille de route de la décentralisation et des élections locales comportant les principales orientations et options stratégiques pour une mise en œuvre réussie du processus.

Economie

Le programme économique du Togo pour 2017-19 vise à baisser la dette publique de 76,0 % du PIB en 2016 à 56,4 % à l’horizon 2021. Le gouvernement mobilise des financements pour un programme industriel (2016-18) qui a pour objectif la promotion de l’agro-industrie et la mise en place d’un fonds pour l’entrepreneuriat. Le programme (2017-19) envisagé au titre de la FEC avec le FMI vise à garantir la viabilité de la dette à long terme. Depuis janvier 2017, l’accord au titre de la FEC considère que l’État ne peut plus contracter de nouveaux emprunts non concessionnels sachant que les emprunts concessionnels sont encadrés. Avec cette nouvelle orientation budgétaire, la dette publique du Togo pourrait baisser de 56,4 % du PIB en à l’horizon 2021. Le programme « Facilité Elargie de Crédit du FMI ». Le 18 décembre 2017, le Conseil d’administration du Fonds Monétaire Internationale (FMI) a achevé à Washington (EtatsUnis), la première revue des performances du Togo dans le cadre du programme appuyé par un accord au titre de la Facilité Elargie de Crédit (FEC). Au terme de la réunion, les administrateurs du

Fonds ont jugé satisfaisant l’assainissement budgétaire entamé dans le cadre du programme FEC par le gouvernement togolais.

Par conséquent, le FMI a décidé de mettre à la disposition du régime de Lomé toujours au titre du programme FEC, une nouvelle enveloppe d’un montant de 19 milliards de FCFA (environ 35, 61 millions de dollars américains). Le geste vise à soutenir les efforts engagés depuis mai 2017 par les autorités togolaises pour assainir les finances publiques.

Dons et prêts de la Banque Mondiale et de la BAD. Le Togo a encore bénéficié de plusieurs dons et prêts auprès de la Banque Mondiale dans l’année 2017.

Un prêt de 10 millions de dollars qui servira à continuer les travaux déjà entamés afin d’apporter une amélioration sensible aux productions agricoles et de soutenir les efforts de financement de l’Etat dans les recherches et les politiques de développement agricole.

Trois accords de financement d’un montant de 39 milliards de FCFA destiné à lutter contre la pauvreté.

Un prêt de 30 millions de dollars pour la mise en œuvre du Programme Régional Ouest-Africain de Développement des Infrastructures de Communications.

L’institution de Breton Wood a approuvé un don de 15 millions de dollars de l’Association Internationale de Développement (IDA). Trois nouveaux accords de financement d’un montant de 51, 9 millions de dollars ont été accordés. Ils visent à soutenir les efforts entrepris par le Togo pour améliorer la viabilité de ses finances publiques et favoriser la croissance économique.

Par ailleurs, la Banque Africaine de Développement (BAD) a également fait don d’une enveloppe de 7,47 milliards de FCFA le 21 décembre à l’Etat togolais dans le cadre du Programme d’Appui à la Promotion de l’Agrobusiness (PAGPA).

Baisse d’impôts et taxes sur certains produits. L’Etat togolais à travers l’Office Togolais des recettes (OTR) a décidé en décembre 2017 de revoir à la baisse soit de 8% la Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA) applicable aux produits de première nécessité. Cette disposition est valable du 1er janvier au 31 décembre 2018.

Classement du Togo dans les études internationales. Dans son rapport de 2017 sur le climat des affaires, la Banque Mondiale a classé le Togo à la 156e place sur 190 pays dans le monde. De son côté la Fondation Mo Ibrahim a rendu public le 20 novembre 2017 son indice annuel sur la Bonne Gouvernance en Afrique. Selon l’institution, le Togo a fait des efforts au point de se positionner au rang des pays ayant effectué des « bonds remarquables ». Le pays a donc gagné 7 places. Du 33e rang, il se retrouve au 26e.Le Programme Millenium Challenge Corporation (MCC)

Le programme MCC du Togo avance. D’après les évaluations, le Togo est plus proche des milliards du programme Compact. Le MCC est un programme américain qui aide les pays en développement, éligibles, à réduire la pauvreté à travers la croissance économique durable.

Création de la Cellule Climat des Affaires (CCA) : Le gouvernement togolais poursuit ses initiatives pour l’amélioration du climat des affaires dans le pays. Il a annoncé, la création de la Cellule du Climat des Affaires (CCA).

Lancement à Awagomé de l’initiative présidentielle CIZO (électrification rurale par kits solaires individuels)

2 décembre 2017

Cadre de concertation Etat secteur privé : La volonté manifeste du Président de la République et du Gouvernement de faire du secteur privé la cheville ouvrière de la croissance économique dans notre pays. Le Comité de Concertation entre l’Etat et le secteur privé a tenu sa toute première réunion en novembre 2017. Cellule présidentielle d’exécution et de suivi : Le gouvernement togolais a annoncé, en novembre 2017, la création d’une Cellule présidentielle et de suivi des projets dont le but est de réaliser davantage des projets concourant au bien-être des populations togolaises.

Autres domaines de l’action gouvernementale

Toujours soucieux du développement de la population togolaise, le gouvernement, sous la houlette du Chef de l’Etat SEM Faure Essozimna Gnassingbé, a entrepris en cette année 2017 plusieurs activités dans plusieurs domaines dont certaines sont toujours en cours.

Energie. Les autorités togolaises ont fait de l’accès à l’énergie, une priorité. Les zones urbaines, mais surtout les zones rurales sont prises en compte dans la politique nationale d’électrification, personnellement conduite par le Chef de l’Etat SEM Faure

Essozimna Gnassingbé.

Développement à la base. La vision du développement à la base est de contribuer à la réduction de la pauvreté à travers l’amélioration de l’accès des communautés et des organisations à la base au « minimum vital commun ».

Finance inclusive. La vision est de promouvoir dans la durée auprès des prestataires de services financiers, des approches novatrices qui génèrent des produits financiers pertinents et adaptés, destinés aux personnes pauvres ou à revenus intermédiaires. Pour réaliser cette vision il a été mis en place en 2014 le Fonds National de la Finance Inclusive (FNFI) avec pour objectifs au moins deux millions des Togolais exclus des systèmes financiers classiques touchés à l’horizon 2018.

Projet des transferts monétaires. Dans ses vœux à ses compatriotes pour 2018, le Président de la République a annoncé que

le projet des transferts monétaires qu’il a lancé en 2015 à Landa (préfecture de la Kozah), passera à sa phase d’extension, portant le nombre des ménages de 30.000 actuellement à 120.000 durant les trois prochaines années et dans toutes les régions du pays.

Secteur informel. Ainsi, le gouvernement a instauré en février 2017, le projet « améliorer la gouvernance du travail dans les TPE/PME ». Ce projet favorisera l’intervention des inspecteurs du travail dans l’économie informelle.

Agriculture. Pour ce qui concerne le secteur de l’agriculture au Togo, depuis 2011 le gouvernement sous l’impulsion du Chef de l’Etat, a initié un projet dénommé Programme National d’Investissement Agricole et de Sécurité Agricole (PNIASA) destiné à améliorer la productivité, la qualité et la rentabilité des produits agricoles.

Infrastructures. Pas de développement sans infrastructures. Le développement de l’infrastructure est un pilier essentiel du développement et de la croissance économique à long terme. A fi n d’exploiter le mieux possible les nombreuses possibilités qui s’offrent à elle et de réaliser son potentiel, l’Afrique doit, se montrer beaucoup plus énergique et remédier à l’inefficacité et à l’insuffisance de l’infrastructure des transports. À cette fin, le Togo a pris de l’avance et est devenu en quelques années un hub de transports et de logistiques.

Santé. L’année 2017 est marquée par plusieurs actions du gouvernement dans le but de protéger les citoyens contre diverses attaques pouvant nuire à leur santé physique que mentale. Ainsi, on peut noter le lancement de la campagne des Traitements De Masse pour les Maladies Tropicales Négligées au Togo en août 2017 par le ministère de la santé. Economie numérique. L’un des faits marquants de l’actualité dans le secteur du numérique en 2017 au Togo reste indubitablement

le lancement par le Chef de l’Etat Faure Gnassingbé du projet e-gouvernement.

Outre ce projet, 2017 a été également marqué par l’octroi de deux nouvelles licences à des opérateurs pour la fourniture d’accès à internet au Togo. En plus des opérateurs traditionnels que sont Togo-Télécom, Togocel et Moov, les sociétés Téolis et GVA ont également reçu des agréments de la part du gouvernement en juin 2017 pour la fourniture de l’internet au Togo.

Enfin, la ministre Cina Lawson a signé début janvier à Dakar au Sénégal le protocole d’accord sur le « free roaming ». Environnement. En 2017, le Togo s’est résolument engagé à freiner la dégradation de ses terres. Pour lutter efficacement contre ce fléau, le ministère de l’Environnement et des Ressources forestières a rassemblé les acteurs du secteur pour l’élaboration d’un document stratégique devant reprendre les grands codes utilisés dans la préservation des terres au plan national et ceci à l’horizon 2030.

Sports. Au Togo, sur le plan sportif, l’année 2017 a été marquée par les participations du Togo à la CAN 2017 au Gabon et aux jeux de la francophonie en Côte d’Ivoire, la victoire de Prince Lorenzo dans le championnat du monde des poids moyens et le tour cycliste international du Togo 2017.

Culture. Pour soutenir la culture, le chef de l’Etat Faure Gnassingbé a inauguré le 24 octobre 2017 à Lomé un complexe culturel servant de salle de spectacle et de cinéma. Cette salle dénommée « Canal Olympia » est d’une capacité de 300 places et est dédiée à la jeunesse togolaise.

2018 est une année où les Togolais auront à de multiples occasions, la possibilité de démontrer leur patriotisme. Aucun progrès n’est possible sans la paix. Et le principal défi sera pour tous de protéger la flamme d’une stabilité aussi durement acquise. Les discours extrémistes ne peuvent plus prospérer dans un pays qui se relève doucement mais sûrement de décennies d’instabilité politique. La politique justement est bien l’art de favoriser le mieux vivre des citoyens. Le chef de l’Etat a, conformément à ses prérogatives constitutionnelles, fi xé le cap pour cette année. Cohésion sociale, dialogue, élections démocratiques, promotion de la jeunesse, inclusion financière, renforcement de la santé et de la protection sociale des Togolais, sécurité.... seront les leitmotivs pour faire de 2018 une année exceptionnelle pour notre pays.

Lancement par le Chef de l’Etat des activités de la Ferme Agricole
Moderne Egypto-togolaise
d’Abatchang (FAMETA) à Lama-Tessi dans la préfecture de Tchaoudjo 25 novembre 2017

« LA PUNITION », Tahar Ben Jelloun, Gallimard, 160 p., 16 €.

Tahar Ben Jelloun Une jeunesse sacrifiée

Avec

La Punition, l’écrivain

revient sur la journée du

23 mars 1965 – date symbole au Maroc – et le calvaire de 94 étudiants. Récit d’une

longue nuit.

par Catherine Faye

« POUR avoir manifesté calmement, pacifiquement, pour un peu de démocratie, j’ai été puni. Pendant des mois, je n’ai plus été qu’un matricule, le matricule 10 366. » Depuis la publication en 1973 de Harrouda, son premier roman, avec lequel il fait scandale en abordant la sexualité, Tahar Ben Jelloun, 73 ans, n’a cessé de construire une œuvre multiforme. Son dernier ouvrage revient sur un épisode capital de sa jeunesse sous le règne de Hassan II. Il y raconte les dix-neuf mois de détention arbitraire d’étudiants, dont il fait lui-même partie, punis pour avoir manifesté pacifiquement dans les grandes villes du Maroc le 23 mars 1965. Leur but est d’interpeller les autorités et l’administration sur l’atteinte à leur droit à l’enseignement public. Condamnés à une peine de détention illimitée, les 94 jeunes gens sont enfermés dans des casernes sous couvert de service militaire. Ils y subissent humiliations, mauvais traitements, manœuvres militaires dangereuses. Certains y perdent la vie dans l’indifférence générale, d’autres sombrent dans la folie. Jusqu’à ce que la première tentative de coup

d’État militaire contre le régime de Hassan II du 10 juillet 1971 ne précipite leur libération. La Punition raconte ces jours sombres qui ont marqué à jamais l’auteur de Cette aveuglante absence de lumière (2001). Et qui l’ont également fait naître écrivain. Car Tahar Ben Jelloun a imaginé ses premiers textes dans les camps disciplinaires de El Hajeb et d’Ahermoumou. Des poèmes écrits secrètement. On est en 1966. Deux ans plus tard, alors qu’il vient d’être libéré, il fait lire ses pages au sociologue et romancier Abdelkébir Khatibi. Celui-ci les présente à son tour au futur prix Goncourt de poésie Abdellatif Laâbi, qui a fondé la revue Souffles. C’est dans cette tribune singulière du paysage de la presse marocaine que ses premières lignes sont publiées. En 1971, installé en France, il commence une collaboration avec le journal Le Monde. Il publie son premier recueil de poèmes, Cicatrices du soleil, en 1972. « Sans Souffles, je n’aurais jamais été écrivain », confie celui pour qui la mémoire, notamment celle du Maroc, est la source vive de toute son œuvre, qu’il ne conçoit qu’ancrée dans la société marocaine, ses problèmes, ses violences. Écrire lui permet également d’interroger la complexité des relations entre les individus et le réel. À travers l’intime, les quêtes, l’engagement citoyen. Avec La Nuit sacrée, qui succède à L’Enfant de sable, il reçoit le prix Goncourt en 1987. Ces deux romans connaissent un succès planétaire et sont traduits dans 43 langues. La Punition vient éclairer le sens de son œuvre. Et nous livre ainsi une clé. Essentielle. ■

exil

MILLE ET UNE VIES

EXIT WEST, de Mohsin Hamid, pose une équation basique qui évolue de façon singulière. Saïd et Nadia, jeunes amoureux, pétris de rêves et de désir, vivent dans une ville inconnue du Moyen-Orient. Mais leur destin se corse, ils fuient la guerre civile, le chaos par la sortie ouest : la porte de l’Occident. Au milieu de ce tourbillon de violences, de sacrifices, apatrides, ils errent de Mykonos à

premier roman TANGO

PANACHÉ

2001, année des tours jumelles… De passage à Buenos Aires, une mère et son fils, 11 ans, entrent dans une librairie. Le garçon est fasciné par d’étranges petites boîtes dans lesquelles reposent des poupées. Si le soir on leur confie ses problèmes et soucis, lui explique la maman, ils disparaissent au réveil. Lucien désire une boîte. Hésite. Le temps de se décider, c’est sa mère qui a disparu. Le voilà qui erre dans une ville étrangère. Et les rencontres avec les

« EXIT WEST », Mohsin Hamid, Grasset, 208 p., 19 €.

Londres et échouent en Californie. Ce conte sur l’immigration forcée, dit avec âpreté et poésie l’enfer de nos frères humains contraints à l’exil. Un livre, un cri, scandant telle une litanie le mot réfugié, vrai héros de ce récit. ■ Nina Hadjam

« L’ATTRAPE-SOUCI », Catherine Faye, Mazarine, 300 p., 18 €.

marginaux des rues lui permettent petit à petit à apprendre à se construire. Écrit par notre collaboratrice Catherine Faye, ce premier roman pourrait bien devenir un attrape-cœur. ■ H.D.

PARLE ON EN

« UN OCÉAN, DEUX MERS, TROIS CONTINENTS », Wilfried N’Sondé, Actes Sud, 272 p., 20 €.

aventures DESTIN CHORAL

DES CÔTES africaines au Brésil, puis en mer des Caraïbes et jusqu’à l’Italie en passant par la péninsule ibérique, Dom Antonio Manuel, né Nsaku Ne Vunda vers 1583 sur les rives de fleuve Kongo, va vivre une succession d’aventures et de revers. C’est le destin singulier de ce héros méconnu, premier ambassadeur africain au Vatican, mort à Rome en 1608, que Wilfried N’Sondé raconte au fil de rebondissements et de rencontres inopinées. Un récit picaresque et saisissant, rythmé par un style et une voix poétique et puissante. Un voyage d’hier, au cœur d’une époque marquée par la traite, pour nous réconcilier aujourd’hui. ■ C.F.

génération Y UNE SAGA FRANÇAISE

ELLE raconte des histoires comme l’amie avec qui on discute en buvant un café. Révélée à 19 ans avec Kiffe kiffe demain (230 000 exemplaires vendus en France), récit d’une adolescente délaissée par son père retourné au bled, cette « Sagan des cités » revient, à 32 ans, avec un cinquième roman, Millenium Blues, et une nouvelle alter ego, Zouzou, représentante de la génération Y. Une saga douce-amère où l’héroïne passe de l’enfance à l’âge adulte, où s’entrechoquent des souvenirs marquants, le 11 septembre 2001, le second tour de l’élection présidentielle de 2002 ou la grippe A. Récit d’une femme en marche. ■ C.F.

« MILLENIUM BLUES », Faïza Guène, Fayard, 234 p., 19 €.

« F 2

Faïza Guène a été révélée à seulement 19 ans, en 2004, avec la publication de Kiffe kiffe demain

La femme qui dévoile les hommes

À Tunis, une jeune veuve reprend peu à peu goût à la vie en photographiant des garçons dans la rue, à contre-courant des conventions et des interdits.
par Jean-Marie Chazeau

AMEL est une jeune Tunisienne qui a grandi en France, est devenue photographe à Tunis, et qui perd son mari dans un accident dès le début du film. Sa vie bascule, mais elle va réussir à émerger de son deuil en photographiant le corps des garçons qu’elle croise dans la rue ou sur des chantiers… Voilà un point de vue féministe peu courant dans le cinéma maghrébin. Un rapport de force dans la séduction inversé sans trop de pudeur. Mehdi Ben Attia avait déjà mis en valeur le corps masculin dans Le Fil, qui racontait une belle histoire d’amour entre hommes. Ici, Amel demande à ses modèles de se déshabiller, et son beau-père l’encourage : « Il faut secouer ce pays, la provocation, il n’y en a jamais assez ! »

On est dans un milieu visiblement aisé, intellectuel, une grande maison bourgeoise où, sous des dehors libéraux, se

Amel (Hafsia Herzi) n’a pas peur d’inverser les rôles. Derrière son objectif, un regard féministe sur le monde.

« L’AMOUR DES HOMMES » (France/Tunisie) de Mehdi Ben Attia. Avec Hafsia Herzi, Raouf Ben Amor.

perpétue un certain féodalisme à l’égard du petit personnel, et même un droit de cuissage… C’est une des trouvailles du scénario que de ne pas présenter les personnages les plus progressistes comme étant les meilleurs du monde. C’est d’ailleurs en se retrouvant dans les quartiers populaires que la jeune photographe fera les rencontres qui transformeront son regard sur la Tunisie d’aujourd’hui et les rapports de classes. L’occasion de croiser un coiffeur interprété, le temps d’une courte scène, par… le célèbre cinéaste Férid Boughedir. Quant à Hafsia Herzi, son personnage lui ressemble, jusque dans sa façon de bouger dans ses tenues courtes et légères. Actrice sensuelle et décidée, dix ans après La Graine et le Mulet qui signait son irruption dans le cinéma, devant la caméra d’Abdellatif Kechiche (qui, lui, n’aime rien tant que de s’attarder sur les formes féminines, comme on le verra encore bientôt dans Mektoub, my Love : Canto uno), la voici qui bouscule avec grâce les codes de la virilité. ■

drame

Droit d’exil

UN PROFESSEUR de français (Eriq Ebouaney) qui a perdu sa femme en fuyant la guerre en Centrafrique, se débrouille comme il peut avec ses deux jeunes enfants en travaillant sur les marchés en France. Il y rencontre une femme sensible (Sandrine Bonnaire) à sa situation alors qu’il tente d’obtenir le droit d’asile. Le contexte est parfaitement décrit, et le cinéaste tchadien joue sur l’émotion avec une distance salutaire. Mais les couleurs et la poésie des superbes plans de Grigris ou d’Un homme qui crie se sont comme dilués dans la grisaille parisienne et celle de la « jungle » de Calais… ■ J.-M.C.

« UNE SAISON EN FRANCE » (France) de Mahamat Saleh Haroun. Avec Eriq Ebouaney, Sandrine Bonnaire.

drame

Ménage à trois

écrans

UNE BOURGEOISE des beaux quartiers de Lyon dont on découvrira le passé, un jeune barman tunisien, et une clandestine échouée sur les rives européennes… Entre ces trois-là, bien des sentiments vont se heurter. En toile de fond, la peur de voir surgir le frère islamiste de la jeune immigrée. La réalisatrice de Satin rouge réussit à maintenir une vraie tension entre ses personnages, et traite d’une façon biaisée bienvenue la question de l’immigration, à travers un regard féminin. Hiam Abbass est formidable, entourée de deux jeunes comédiens magnétiques. ■ J.-M.C.

« CORPS ÉTRANGER » (France/Tunisie) de Raja Amari. Avec Hiam Abbass, Sarra Hannachi, Salim Kechiouche.

comics

Ryan Coogler, l’Afrique rêvée

BLACK PANTHER [voir AM 371-372], le blockbuster de Marvel, sera sur les écrans le 14 février. Il fallait se rendre en Afrique pour le tourner. « Personne dans ma famille n’a eu l’opportunité d’y aller, a expliqué le réalisateur américain Ryan Coogler. C’était comme un endroit mythique pour nous, comme pour tous les Afro-Américains. » Il a donc sillonné l’Afrique du Sud, pour s’imprégner du continent. Car au cœur des aventures de Marvel, il y a le Wakanda, pays imaginaire caché en Afrique. Dans le rôle-titre, Chadwick Boseman, mais aussi Michael B. Jordan (Creed ), l’oscarisée Lupita Nyong’o ou Danai Gurira, qui, bien que née dans l’Iowa, a vécu en Afrique, au Zimbabwe, le pays de ses parents. ■ J.-M.C.

Dans le rôle de Black Panther, Chadwick Boseman (le James Brown de Get On Up).

Le réalisateur Ryan Coogler.

« BLACK PANTHER » (États-Unis) de Ryan Coogler Avec Chadwick Boseman, Michael B. Jordan, Lupita Nyong’o, Danai Gurira

Abbas, réfugié centrafricain, se reconstruit une vie en France avec Carole, sensible à son courage.

KillASon Le dandy qui secoue son monde

Avec son flow décalé et ses productions denses, le Français affole les charts.

La vingtaine fringante, un sens de la mise en scène aiguisé et des titres imparables : ce rappeur accompli offre une leçon de hip hop ÉLECTRIQUE et bariolé.

C’EST LE DERNIER chouchou de la presse française, et même The New York Times ou The Quietus parlent de lui avec enthousiasme. Marcus Dossavi-Gourdot alias KillASon cultive un hip hop ultra esthétique et sexy, révélé par les EPs The Rize et STW1. Quand il nous confie avoir été profondément marqué par un live de Michael Jackson diffusé à la télévision lorsqu’il n’avait que 6 ans, on n’est guère étonné… « J’ai eu la chance de grandir dans une famille de danseurs [Julie Dossavi, d’origine béninoise, et Gérard Gourdot, tous deux danseurs/ chorégraphes, NDLR]. La musique était la source première mais j’exprimais l’énergie à travers la danse. Le son m’a toujours ému et le mouvement était la manifestation directe et authentique de cette émotion. »

À l’âge de 8 ans, son beau-père, le percussionniste Yvan Talbot, lui place des baguettes de batterie entre les mains et l’inscrit au conservatoire. Il pratique assidûment la musique comme la danse,

enchaînant compétitions et concours chorégraphiques avec son groupe Undercover. À 14 ans, il enregistre son premier morceau avec l’aide d’Yvan Talbot. Quelques années plus tard, il se lance pour de bon, même s’il étudie aussi à l’université…

Ses références ?

« Enfant, je faisais tourner les platines vinyle toute l’après-midi. J’écoutais en boucle des artistes comme Afrika Bambaataa, The Police, Musical Youth, Bob Marley. Il y avait aussi beaucoup de CD d’électro, de house music, de techno… » Autant d’influences qui se retrouvent dans sa musique anglophone et dans ce nouveau court album, STW2 (pour « Strange the World »). Si l’entertainment reste un objectif, KillAson est aussi conscient de ce qui l’entoure « en tant que Français, métisse africain et caucasien » : « J’espère

par Sophie Rosemont

« STW2 », KillASon, Supanova.

à terme que mes actes pourront témoigner d’une implication plus concrète dans les problématiques de notre monde. La musique est pour moi un transformateur d’énergie en ondes positives. Donc je peux parfois être amené à aborder des thèmes plus durs comme dans mon dernier clip, Blow, qui évoque la xénophobie en Europe, tout en gardant en tête que l’objectif principal est de transporter l’auditeur dans une bonne “vibe”. » Avec ses tempos addictifs et ses mélodies bien pensées, KillAson peut se réclamer de l’influence d’un Stromae, qui fait danser les foules sans oublier son empathie. « J’aimerais atteindre cette efficacité et faire ressentir cet amour au public. Je ne me prends pas au sérieux, je rentre dans l’état, comme dans une performance. » Nul doute que les fans seront plus nombreux à chacune de ses prestations. ■

grande voix

OUM KALTHOUM,

TOUJOURS

Un nouveau best-of fait revivre la légende de l’icône égyptienne.

MARIA CALLAS disait de sa voix qu’elle était incomparable. Une voix qu’Oum Kalthoum avait façonnée, enfant, en psalmodiant des versets du Coran. En témoigne cette nouvelle rétrospective (la poule aux œufs d’or, ce bon vieux concept qui fait toujours ses preuves) consacrée à « L’Astre d’Orient », chanteuse du peuple égyptien, mais aussi du monde oriental dans ses grandes largeurs. Tous ses plus beaux morceaux sont là : « Beredak Ya Khaliqi », « Ghana Rabi », « Leh Tilaweini » ou encore « Men Elli A’Al ». D’où le titre un peu prétentieux mais assez juste de « very best of ». [Lire aussi p. 70] ■ S.R.

Originaire de l’île de São Nicolau, l’artiste veut faire rayonner les genres musicaux de son pays à l’international.

LUCIBELA, JOLIE LUMIÈRE

Avec grâce, la jeune Capverdienne suit les pas de Cesaria Evora. découverte

ENREGISTRÉ à Lisbonne et produit par le célèbre musicien capverdien Toy Vieira (Tito Paris, Cesaria Evora, Lura), voilà un premier album qui ne commet aucun écart, tant rythmique que mélodique. Normal : son auteure est loi d’être une débutante. À 31 ans, cette native de l’île de São Nicolau chante depuis sa plus tendre enfance. Après avoir fait ses armes dans un groupe, Mindel Som, elle écume les hôtels des îles voisines. Aujourd’hui, tout le monde parle de Lucibela au Portugal. À raison : son timbre profondément chaleureux, sa maturité expressive et son interprétation de la morna et de la coladera trouvent peu de concurrence. En témoigne Laço Umbilical, à découvrir notamment sur la scène de l’Alhambra (Paris) le 12 février. ■ S.R.

« LAÇO UMBILICAL », Lucibela, Lusafrica.

musique

blues / world

JACOB SALEM, APÔTRE DU ROCK MOSSI

DESCENDANT d’une famille de serviteurs du Mogho Naba, le souverain du peuple mossi, ce chanteur et guitariste burkinabè a grandi aussi bien au son d’un joueur de kundé traditionnel qu’à celui de James Brown. À 18 ans, lorsqu’un pasteur lui apprend à jouer de la guitare, c’est la révélation. Il invente le rock mossi, mariage passionné de blues et de rythme ternaire warba. Dans les années 2010, le guitariste suisse André Courbat dit « Somkieta » succombe à cette dextérité et lui confectionne un album sur mesure. Nanluli emporte par sa poésie et sa soif de l’absolu, n’hésitant pas à s’attaquer à des sujets sociaux. Déjà un classique. ■ S.R.

« IVY TO ROSES », Mabel McVey, Mercury/ Universal.

R’n’B

« NANLULI », Jacob Salem & Somkieta, RFI Talents.

Y

MABEL MCVEY, DIGNE HÉRITIÈRE

VOILÀ un pedigree qui promet : fille de Neneh Cherry et de Cameron McVey (producteur de Massive Attack), Mabel, à peine la vingtaine, a décidé de suivre la voie familiale, mais en explorant ses idoles de toujours (Beyoncé, TLC…). Examen réussi. Sous influence des années 90, son R’n’B sonne à la fois très soul grâce à une voix de velours et synthétique juste comme il faut. À l’écoute des 8 titres de sa mixtape Ivy to Roses, l’on comprend que cette fille cherry ira loin. D’autant que son physique lui vaut déjà de poser pour les marques et les magazines de mode, tous fascinés par l’aura de Mabel. ■ S.R.

« THE VERY BEST OF », Oum Kalsoum, Addictive Music.

Olu Amoda, « Corner Eye II », (2016), Art Twenty One.

Ouattara Watts, « Matrix 5 », (2004), Galerie (S)itor.

art contemporain

Sanlé, « Elvis » (1974), Yossi Milo Gallery.

1:54 : rendez-vous à Marrakech !

La célèbre

FOIRE prend ses quartiers sur le continent pour la première fois, dans le cadre de la Mamounia.

Dominique Zinkpè, « Femme diva » (2016), Galerie Vallois. ,

ON serait presque tenté de dire « enfin » ! Cinq ans après la première édition à Londres en 2013, trois ans après l’atterrissage à New York, la foire d’art contemporain africain 1:54 pose ses valises sur le continent. Et plus précisément au Maroc, à Marrakech, la ville de Touria El Glaoui, fondatrice de 1:54. Rendez-vous donc les 24 et 25 février dans les salons luxueux et les allées ombragées des jardins fameux de la Mamounia, partenaire de la foire. Dix-sept galeries soigneusement sélectionnées feront le voyage, dont six africaines : Art Twenty One (Nigeria), les ivoiriennes Galerie Cécile Fakhoury, LouiSimone Guirandou Gallery, et les marocaines L’Atelier 21, Loft Art Gallery et VOICE Gallery. Le public de visiteurs, d’experts et surtout d’acheteurs pourra (re)découvrir le travail de plus de 60 artistes africains et de la diaspora. Trois expositions individuelles seront mises en vedette : l’artiste béninois, directeur du Centre Arts et Cultures de Lobozounpka à Cotonou Dominique Zinkpè, Ouattara Watts, le plus américain des Ivoiriens, et le photographe burkinabè Ibrahim Sory Sanlé, incroyable témoin visuel artistique et documentaire, à l’image d’un

Malik Sidibé ou d’un Seydou Keita. Enfin, 1:54 accueillera le traditionnel FORUM, le programme de conférences et de débats réunissant des personnalités culturelles, sur le thème « Always Decolonise! ». Et qui sera organisé pour la première fois par Omar Berrada, commissaire d’exposition et écrivain, directeur de Dar al-Ma’mûn à Marrakech. Pour Touria El Glaoui, il y a clairement un retour aux origines, à l’Afrique, au Maroc, et aussi à la ville de sa famille, là où a travaillé son père, le grand peintre figuratif Hassan El Glaoui. Mais il a y a aussi la volonté de s’arrimer à l’énergie de la Ville ocre, qui dépasse le cliché touristique et qui s’installe parmi les nouveaux hubs artistiques du monde. Également, de nombreux « special projects » en partenariat avec le Musée d’art contemporain africain Al Maaden (MACAAL), le Musée Yves Saint Laurent, la Fondation Montresso, en collaboration avec des institutions locales comme la galerie Comptoir des Mines, Le 18 et le Riad Yima. Voilà. Faites vos valises et rendez-vous à Marrakech ! ■ Zyad Limam « 1:54 », Marrakech, 24-25 février. 1-54.com

Sory

Couple en habits du dimanche, États-Unis, v. 1890-1910.

anthropologie

LES POUPÉES REBELLES

Dans

l’Amérique ségrégée des xixe et xxe siècles, des anonymes créent d’étonnantes figurines. À leur IMAGE.

CONCEVOIR des jouets qui ressemblent à leurs enfants : c’est ce qu’ont fait, entre 1850 et 1940, des mères et nourrices africainesaméricaines, qui ne se reconnaissaient ni dans le poupon (blanc) dominant, ni dans la poupée raciste façonnée selon des stéréotypes. De la figurine la plus abstraite à la plus réaliste et détaillée, ces 150 artefacts de bois, cuir ou tissu, collectés par une avocate de la côte Est et montrés pour la première fois hors des États-Unis, surprennent par leur extraordinaire diversité. Une collection émouvante qui dévoile, surtout, une autre histoire des Noirs américains, culturelle et intime. À une époque où ce geste, bien plus politique qu’il n’y paraît, prenait la forme d’un acte de résistance. ■ Éléonore Quesnel « BLACK DOLLS – LA COLLECTION DEBORAH NEFF », La Maison rouge, Paris, du 23 février au 23 mai. lamaisonrouge.org

spectacles

Une saison africaine

Danse ou littérature : le cycle « Voix d’Afrique » met en avant la création sous toutes ses formes.

Le théâtre Jean Vilar, en région parisienne, battra au RYTHME du continent jusqu’à fin mars.

UN BAL, des spectacles, des rencontres… À travers son cycle « Voix d’Afrique », le théâtre Jean Vilar de Vitry-sur-Seine nous embarque dans un voyage inattendu, des falaises du pays dogon au Shrine, le mythique night-club de Lagos. Où l’on part sur les traces de figures fascinantes : l’écrivain et penseur malien Amadou Hampâté Bâ, chantre de l’oralité, dans un spectacle plein d’humour et de sagesse (le 6/03), ou le sulfureux pape de l’afrobeat Fela Kuti, dans l’« hommage dansé » et effréné Kalakuta Republik (23/03). Mais aussi Requiem, héros de la pièce Tram 83 (25/03), adaptée du roman à succès du même nom de Fiston Mwanza Mujila. Une création poétique mêlant théâtre, littérature et musique, à l’image de ce cycle joliment cosmopolite et résolument étonnant. ■ E.Q. « VOIX D’AFRIQUE », Théâtre Jean Vilar, Vitry-sur-Seine, jusqu’au 25 mars. theatrejeanvilar.com

casablanca

AUTEURS ET LIVRES EN FÊTE

Kamel Daoud.

Très attendu, le 24e Salon international de l’édition et du livre (SIEL) réunira cette année près de 300 auteurs et chercheurs avec, en pays invité d’honneur, l’Égypte. Outre les écrivains marocains, cet événement rassemblera des plumes palestiniennes (le romancier Ibrahim Nasrallah, le poète Ghayath Al Madhoun…), d’Algérie (Kamel Daoud, Bouzid Harzallah) ou du Sénégal (Amadou Lamine Sall). La Syrie sera présente avec Nouri al-Jarrah, le Niger avec le poète touareg Mohamadine Khawad et la Jordanie avec l’écrivaine Racha al-Khatib. À suivre... ■ Nina Hadjam Office des Foires et Expositions, du 8 au 18 février. salonlivrecasa.ma/fr/

PARCOURS

Elnathan John

SON PREMIER roman, enfin traduit en français, a été encensé par la critique. Dans Né un mardi, l’écrivain et satiriste nigérian suit un enfant des rues de Sokoto, jetant une lumière crue sur le contexte politique et religieux de la région. Sans se départir du mordant qui le caractérise.

Il est avocat de formation, né à Kaduna, en 1982. Il écrit régulièrement chroniques, satires. Et vit, comme il le dit lui-même, dans un « ailleurs », quelque part entre Berlin, sa ville d’accueil, et son Nigeria natal. Et son premier roman est un véritable succès. Né un mardi est un récit d’apprentissage poignant et réaliste que le Guardian et le New York Times, entre autres, ont largement encensé. La plume est sûre, maîtrisée, et le style dépouillé, implacable. Paru en 2015 au Nigeria, en 2016 en Grande-Bretagne et aux États-Unis, ainsi qu’en Allemagne l’an dernier, il sort aujourd’hui en France. Un texte en forme d’hommage aux sans-nom « que l’on a délibérément refusé de nommer, dissimulés ou effacés de notre conscience ». Et qui dénonce la situation d’une jeunesse et d’un peuple « victimes des dommages collatéraux du dysfonctionnement nigérian, trop souvent réduits à de simples statistiques englobant pauvres, défavorisés et autres victimes des innombrables tragédies écologiques ou politiques issues de violences entre militants ou du fait de l’État ». Dantala, protagoniste du roman (dont le prénom signifie « né un mardi »), est un adolescent que son père expédie dans une école coranique des faubourgs de Sokoto, loin de son village. À la mort de ce dernier, faute d’argent pour payer sa scolarité, l’enfant intègre une bande de gamins des rues entre bagarres, magouilles, cigarettes de wee-wee et autres basses manipulations électorales. Après de sanglantes émeutes, il trouve finalement refuge dans une mosquée salafiste où l’iman, touché par sa vivacité d’esprit et sa soif d’apprendre, deviendra son mentor sur fond d’escalade de la violence entre extrémismes politiques et religieux. Ce roman est né d’une nouvelle intitulée Bayan Layi, sélectionnée par le Caine Prize de l’écriture africaine en 2013 : « J’ai alors compris que j’avais exposé au monde une histoire incomplète. J’essayais d’y nuancer un débat très local alors qu’on pouvait interpréter cette histoire comme une succession d’actes de violence dépourvus de sens. J’ai donc souhaité développer la trajectoire et les découvertes de mon personnage. »

C’est par la poésie qu’il est arrivé en littérature : « La première fois que j’en ai écrit, c’était en cours d’anglais. Je n’en avais jamais lu et ne savais même pas ce que c’était. J’ai regardé la définition dans la vieille encyclopédie de mes parents et je suis sorti acheter une petite anthologie de poèmes pour voir à quoi ça ressemblait. J’ai essayé d’écrire un sonnet mais la prof n’a pas cru que c’était de moi. Pour lui prouver le contraire, j’ai rempli tout mon cahier. » Sur son site, dans la rubrique « Fiction : Quelques très mauvais poèmes », on peut d’ailleurs en découvrir de plus récents… Avec Cassava Republic, son éditeur nigérian, « aucune pression pour aplanir ou sur-expliquer à l’attention d’un public étranger non averti. Ils comprennent instantanément ce que j’essaie de faire avec ma fiction. » Et dans ce pays où les librairies sont rares et les lecteurs, très demandeurs, il a souvent été surpris par les critiques et retours positifs. « Le gouvernement nigérian, quant à lui, ne lit pas, ce qui nous permet de nous passer de son opinion », lâche l’auteur avec le mordant qui le caractérise et que l’on retrouve avec délectation au fil des pages de son site personnel et de son blog intitulé « Le coin sombre d’Elnathan John ». À Berlin, il se consacre pleinement à l’écriture : « C’est dans notre nature de raconter des histoires, nos histoires. La loi fait son travail de loi, la littérature fait son travail de littérature. On ne pourrait pas dire qui des deux est le plus efficace… » Dans le Daily Trust au Nigeria, il poursuit ses chroniques satiriques hebdomadaires. Il prête parfois sa plume au Guardian, au Monde diplomatique et d’autres encore… Actuellement, il travaille sur un projet de roman graphique et à l’écriture de sa prochaine fiction, tous deux à paraître en 2019. De nouveaux hommages à ceux qui « tels des étoiles sans nom traversent un ciel nocturne aux lumières anonymes ». ■

Elnathan John, Né un mardi , éd. Métailié, 272 p. Site : elnathanjohn.com

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LETTRE À M. TRUMP

Monsieur, J’ai été ravie pour vous le 16 janvier dernier d’entendre la lecture de votre bulletin de santé et d’apprendre que vous étiez donc en pleine forme. En effet, vos propos du 11 janvier où vous avez qualifié Haïti et des États d’Afrique de « pays de merde », auraient pu laisser entendre le contraire. Chacun, bien entendu, a le droit de penser ce qu’il veut. Et dans le cas d’espèce, personne ne doute que vous ayez été très sincère en prononçant ces mots, au vu de votre méconnaissance et de votre mépris du continent, dont vous êtes incapable d’écrire le nom des pays avec la bonne orthographe. Le problème, c’est que vous êtes chef d’État, et de surcroît d’une nation qui pèse plutôt lourd dans le paysage international. Vos propos, véritable insulte à toute règle diplomatique d’abord, sont donc inadmissibles. Et le courrier (une prouesse quand l’on sait que vous n’affectionnez que les tweets et leur mode minimal d’expression) que vous avez adressé au président de la Commission de l’Union africaine dix jours plus tard, pour rappeler que vous respectez les nations du continent et leurs citoyens, est bien le constat d’un drôle de rétropédalage. Comme pour rattraper en vitesse une « boulette ». Heureusement, vos propos choquants ont entraîné une levée de boucliers globale. Laissons de côté quelques intellos avides de pensées à rebrousse-poil qui ont glosé sur le thème « Vous avez raison, on est des nuls, il faut prendre notre destin en main, bla-bla… ». Comme si le continent avait besoin de votre grossièreté pour savoir que l’Afrique a ses défauts, ses travers, ses fai-

blesses. Comme si on avait besoin de vous pour ouvrir le débat. J’ajouterai d’ailleurs un carton rouge au passage au président ougandais, Yoweri Museveni, qui a cru bon d’en rajouter une couche en avouant que sur le fond, vous n’aviez pas tort de pointer ces faiblesses. Vous, un si grand manitou du business au départ, devriez pourtant savoir que l’Afrique, c’est aussi l’avenir, votre richesse de demain, un immense marché de consommateurs, et une terre d’opportunités d’affaires aussi. Mais c’est sûrement un peu loin, un peu compliqué pour vous. Ce n’est pas grave. Essayez juste de respecter votre fonction, Monsieur Trump, et d’éviter à l’avenir ce genre de (grand) écart de langage. Lorsque vous ne serez plus président, vous serez libre de traiter qui vous voudrez de ce que vous voudrez, tout le monde s’en moquera comme de sa première frite d’igname. Car on se sera tous empressé de vous avoir oublié. Mais ces propos n’engagent que moi ! ■

Comme si le continent avait besoin de votre grossièreté pour savoir que l’Afrique a ses défauts, ses travers, ses faiblesses.

Emmanuelle Pontié

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