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Gabon

État d’urgence dans la maison

Bongo

Interview

Isabelle Adjani : « Au nom du père et de l’art »

Portrait

Sofia Boutella, de Bab El Oued à Hollywood

Algérie Au pays du meilleur… et du pire NUMÉRO DOUBLE EN VENTE DEUX MOIS

Et aussi TOURIA EL GLAOUI nous raconte son ambition 1:54 !

et les BLACK COMICS secouent la scène

France

Ces députés presque africains !

UN ENTRETIEN EXCLUSIF

POURQUOI JE ME BATS SINDIKA DOKOLO

Son engagement en RD Congo, ses projets, le business, les diamants, l’art contemporain… Et son épouse Isabel dos Santos.

Breguet, créateur.

Tradition Chronographe Indépendant 7077

Le modèle Tradition Chronographe Indépendant 7077 perpétue l’héritage créatif de Breguet en l’interprétant de manière aussi contemporaine qu’innovative. Il possède deux rouages totalement indépendants. Le premier, fréquencé à 5Hz pour une plus grande précision de mesure, est consacré au chronographe, tandis que le deuxième, fréquencé à 3Hz, est dédié aux heures et aux minutes. L’histoire continue...

BEN JANNET JALEL, TUNIS • RUE DU LAC LÉMAN, 1052 LES BERGES DU LAC – LES JARDINS DE LA SOUKRA, ROUTE DE LA MARSA, 2046 SIDI DAOUD PASSION, CASABLANCA • 83, RUE MOUSSA BEN NOUSSAIR

LA TUNISIE FACE AU CHOIX

Fin juillet, début août, sous le soleil exactement. La Tunisie est profondément, confortablement, installée dans son été. Dans une sorte de dolce vita à contrecourant de l’ambiance nationale générale, assez dépressive, il faut bien le reconnaître. Comme si le pays faisait une pause. S’oubliait quelques semaines. Même les touristes reviennent, un petit peu, motivés aussi par la baisse assez vertigineuse du dinar. Ce n’est pas encore le nirvana, on est encore loin des chiffres de 2010, mais il y a quelque chose d’un peu plus joyeux, plus festif dans l’air. Les Tunisiens profitent aussi de chez eux, postent des images idylliques d’eau turquoise sur les réseaux sociaux, et de nombreuses destinations balnéaires affichent quasi complet. Sur la plage, dans les restaurants, les piscines, sur les routes bondées, on essaye d’oublier, d’éloigner le spectre de la violence terroriste qui plane. On essaye de se défaire de cette sensation d’un pays qui fonctionne un peu à l’aveuglette, sur le chemin escarpé et incertain de la construction nationale.

Les visiteurs qui découvrent la Tunisie ou ceux qui n’y sont pas revenus depuis quelques années ne cachent pas, eux, leur surprise. Voilà un pays qui, fin 2010, donna un formidable coup d’envoi au printemps arabe, et qui apparaît aujourd’hui comme le rare, le dernier des rescapés de cette tempête. Voilà un pays presque démocratique, un des seuls de la région et du monde arabe. Avec un président et un Parlement réellement élus. Où l’on fait de la politique (pas toujours de haut niveau). Bienvenue surtout dans un pays où l’on peut s’exprimer librement, y compris sur des sujets tabous comme la drogue, l’homosexualité, l’égalité, la police, la justice… Ici, on peut parler de presque tout, sur un ton vif et même parfois à tort et à travers, ce qui n’est pas si grave. Talk-shows télévisés, journaux, émissions de radio, réseaux Internet, ça bouillonne. Les débats de l’été ont été musclés. On s’est empoignés sans ménagements sur la venue ou non de l’humoriste Michel Boujenah (enfant de Tunis, taxé

de sionisme) au festival de Carthage. Il est venu. Et ça s’est bien passé. Tout comme le pèlerinage de la Ghriba d’ailleurs, en mai dernier. On a débattu sans fin sur l’invasion des plages par les masses populaires, les uns accusant les autres d’élitisme ou de populisme et vice versa.

Bienvenue, surtout, et au-delà de ce qui peut paraître anecdotique, dans un pays qui propose des réformes réellement révolutionnaires. Le 26 juillet dernier, la ministre de la Femme, Néziha Laabidi, masquait à peine son émotion après l’adoption par l’Assemblée nationale, à l’unanimité des députés présents, d’un texte historique sanctionnant toutes les violences faites aux femmes : celles du mari, d’un parent, d’un employeur, le harcèlement de rue… La violence physique, morale, sexuelle, économique. Un texte unique. Qui ne changera pas du jour au lendemain les comportements des uns et des autres, mais qui pose la loi. Et qui montre que l’esprit de la révolution est toujours vivant. Qu’il y a une recherche de novation, de mouvement, de modernisme.

Pourtant, la révolution est en danger. La construction démocratique est sapée par le défi économique. Le dernier rapport FMI sur la Tunisie (publié le 10 juillet dernier), dont on a déjà beaucoup parlé, ne cache pas la sévérité de son diagnostic : la crise économique et financière menace de tourner à la débâcle. En six ou sept ans, l’endettement extérieur du pays a doublé, passant de 45 % à 72 % du PIB. Un poids insurmontable qui risque de s’aggraver et qui surtout ne profite pas au secteur productif, à l’innovation, à l’exportation, à la valeur ajoutée. Le coût de la fonction publique absorbe près de 50 % des recettes de l’État. L’administration suradministre à vide. Malgré quelques coups de canif dans la machine, la corruption et le marché noir sabotent les efforts des entreprises privées. Les investissements sont en chute libre. Le pays ne produit plus assez, il n’exporte plus assez, il devient entièrement dépendant d’apports financiers extérieurs.

On ne le dira jamais assez, mais le bilan des gouvernements post-révolution et en particulier ceux de la

ÉDITO

Troïka, dirigés par les islamistes d’Ennahda, portent une lourde responsabilité dans cette impasse. Et ceux qui sont issus de la Constitution de 2014 n’ont pas la force nécessaire, la légitimité massive, pour remettre les pendules à l’heure. Et passent une bonne partie de leur temps dans de stériles et suicidaires jeux d’appareils. Ou à attendre que la situation atteigne le point de non-retour et que le pouvoir revienne « naturellement » entre leurs mains…

Le reste du monde, l’Occident, l’Europe en particulier, ne laisseront pas entièrement tomber la Tunisie. On mettra ce qu’il faudra pour permettre au patient de ne pas se noyer, de ne pas sombrer, de montrer que la démocratie peut exister « chez ces gens-là »… Quelques centaines de millions par-ci ou par-là. Mais, devant l’absence de réformes de fond, structurelles, de mise en ordre, de lutte réelle contre la corruption, le marché noir, on ne pourra pas espérer un sauvetage généralisé, un très hypothétique plan Marshall spécial Carthage. Avec à la clé, de toute façon, la mise sous tutelle du pays, un incontournable ajustement social brutal, l’appauvrissement durable avec leurs imprévisibles conséquences politiques. Au mieux une sorte de libanisation de l’économie, disparition du secteur public, explosion de l’économie grise où les plus modestes payeront la facture. Ou pire une sorte de Grèce, une Grèce sans les mécanismes de soutien et de sauvegarde de l’Union européenne…

La sauvegarde ne pourra venir que de l’intérieur. Que de la Tunisie elle-même. On ne peut pas croire que ce pays de 11 millions d’habitants, avec un PIB de près de 45 milliards de dollars, qui fait déjà partie des économies moyennement développées, qui a accompli un si long chemin depuis la décolonisation et son indépendance, ne trouvera pas en lui les ressources pour rebondir. On ne peut pas croire que cette Tunisie, riche en talents, en élites, intellectuelles, commerciales, scientifiques, d’entrepreneurs, se résigne à cette défaite. Et ne trouve pas en elle-même les forces de son sauvetage. On ne pourra pas changer tout d’un coup. Il est temps de sortir des schémas traditionnels du pouvoir, des clivages antiques, de ne pas laisser aux politiciens impuissants le privilège de l’action. Il y a en Tunisie un vrai camp de la réforme, des femmes et des hommes qui y croient, qui ont la capacité d’agir et de rassembler. De transformer le pays. Ils doivent se réunir, s’organiser, informer, convaincre, se présenter, se faire élire. Ils doivent faire bouger les lignes. Proposer une alternative forte. Avant qu’il ne soit trop tard. ■

Instants de farniente sur la plage de La Marsa, à 20 km de Tunis, où résidents et vacanciers oublient les tracas du quotidien.

SOMMAIRE

Août-septembre

3 ÉDITO

La Tunisie face au choix par Zyad Limam

ON EN PARLE

8 Livres : Kamel Daoud, histoires sans fin par Catherine Faye

TEMPS FORTS

18

Interview : Sindika Dokolo par Zyad Limam

26 Événement

Gabon : un an déjà… par Emmanuelle Pontié

10 Musique : Pierre Kwenders, l’orfèvre afrofuturiste par Sophie Rosemont

12 Écrans : Vendre la mèche par Jean-Marie Chazeau

14 Agenda : Le meilleur de la culture

17 C’EST COMMENT ? Famille, je vous hais ! par Emmanuelle Pontié

46 PARCOURS

Alioune Ifra Ndiaye par Sabine Cessou

66 CE QUE J’AI APPRIS

Oulimata Gueye par Sabine Cessou

122 VINGT QUESTIONS À…

Ibrahim Koma par Astrid Krivian

34 Perspectives : Algérie, le paradoxe du pire… et du meilleur ! par Akram Belkaïd

40 Portrait : Sofia Boutella, de Bal El Oued à Hollywood par Fouzia Marouf

48 Interview : Isabelle Adjani par Fouzia Marouf

54 France : Ces députés presque africains ! par Thalie Mpouho

60

68

Interview : Touria El Glaoui par Zyad Limam

Reportage : Une vie clandestine par Maryline Dumas

74 Culture pop : Les super-héros ne sont pas tous blancs ! par Régis Dubois

80 Débat théâtral en Avignon par Sabine Cessou

84

Tendances : Afropunk à Paris par Amanda Rougier

88 Portfolio : Le monde brut par Hedi Dahmani

p.

DÉCOUVERTE

95 Cameroun : Priorité santé par François Bambou et Alexis Huguet

MADE IN AFRICA

112 Escapades : Tanger, belle et rebelle par Abdeslam Kadiri

114 Focus : Hicham Lahlou, designer militant par Sabine Cessou

116 Fashion : Noh Nee, fusion hybride par Catherine Faye

VIVRE MIEUX

118 Gastro : comment se protéger

119 Voyages : les risques du « jet-leg »

120 Tendinite : une douloureuse inflammation

121 Se remettre au sport : 4 règles d’or

FONDÉ EN 1983 (33e ANNÉE)

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Zyad Limam

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Amanda Rougier PHOTO arougier@afriquemagazine.com

ONT COLLABORÉ À CE NUMÉRO

François Bambou, Sabine Cessou, Astrid Chacha, Jean-Marie Chazeau, Frida Dahmani, Régis Dubois, Maryline Dumas, Catherine Faye, Alexis Gau, Virginie Gazon, Alexis Huguet, Dominique Jouenne, Abdeslam Kadiri, Fouzia Marouf, Thalie Mpouho, Sophie Rosemont.

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Kamel Daoud Histoires sans fin

L’auteur du multi-primé Meursault, contre-enquête signe un second roman pétri d’une conviction inaltérable : le pouvoir quasi DIVIN de la littérature.

DEPUIS toujours, Zabor est convaincu d’avoir un don : s’il écrit, il repousse la mort. « Les gens ont essayé la prière, les médicaments, la magie, les versets en boucle ou l’immobilité, mais je pense être le seul à avoir trouvé la solution : écrire. » Fable, parabole, confession, le second roman de Kamel Daoud, journaliste et écrivain algérien, rend hommage à la nécessité de l’imaginaire et à la liberté d’une langue choisie. « L’écriture est la première rébellion, le vrai feu volé et voilé dans l’encre pour empêcher qu’on se brûle. » Et s’il appelle son héros Zabor, ce n’est certainement pas un hasard. Car Zabor

« ZABOR OU LES PSAUMES », Kamel Daoud, Actes Sud, 336 p., 21 €.

est selon l’islam un des livres saints révélés par Allah avant le Coran et fait référence au Livre des Psaumes confié à David. Soit… Daoud en arabe.

« La langue est une aventure en soi. […] Dans mon pays, elle est dissidence, elle est le lieu des imaginaires désobéissants. Comment raconter le monde entre le récit de la guerre de libération, qui fait passer la mort avant la vie, et le récit des religieux, qui fait passer l’au-delà avant l’ici-bas ? C’est une question qui obsède mon écriture : prouver que le monde existe ! » Qu’il brocarde l’islam politique ou la déliquescence du régime algérien, qu’il embrasse l’espoir suscité par les révolutions arabes ou qu’il défende la cause des femmes, ses points de vue tendent un miroir à ses adeptes comme à ses détracteurs. À travers la plume de son héros, imagée, percutante et engagée, Kamel Daoud expérimente nuit après nuit, telle une Shéhérazade voulant sauver ses semblables, la folle puissance des mots, de l’imaginaire. Par la voix de Zabor, père de deux enfants et contraint aujourd’hui d’accepter une protection policière dans les rues d’Oran pour ses prises de position, il affirme sa singularité en défiant la mort au sein d’une société algérienne minée par des croyances.

« Un homme qui vous dit qu’il écrit pour sauver des vies est toujours un peu malade, mégalomane ou affolé par sa propre futilité », écrit-il en 2015 dans une de ses chroniques de La Cause littéraire. Son titre ? « Zabor ». C’est de ce texte court que découle sa fiction. Un roman au cœur duquel s’esquisse une interrogation : peut-on sauver le monde par un livre ? Une question à laquelle l’écrivain et chroniqueur fécond, observateur subtil de la société algérienne et défenseur de la laïcité, répond par l’affirmative. D’abord par son amour de la vie. Mais aussi par son indéfectible travail d’écriture, de lecture et de relecture, en se replongeant notamment régulièrement dans les Mémoires d’Hadrien, de Marguerite Yourcenar, parce que l’homme sans Dieu l’intéresse. « Et si l’écriture est venue au monde aussi universellement, c’est qu’elle était un moyen puissant de contrer la mort, et pas seulement un outil de comptables en Mésopotamie. » Mais au-delà d’une quête d’éternité, c’est de liberté dont Kamel Daoud se fait le chantre. ■

roman

JAMES BROWN, UN MYTHE

« CHACUN dans cette vie, homme ou femme, a sa chanson, et si vous avez un peu de chance, vous ne l’oubliez pas. […] Pour nous, les AfricainsAméricains, la chanson de notre vie, la chanson de toute notre histoire, s’incarne dans l’existence et l’époque de James Brown. » Quarantecinq ans de carrière, plus de 200 millions de disques vendus, 321 albums enregistrés, dont 16 hits, 832 chansons écrites et 45 disques d’or, James Brown a révolutionné la musique. Jazzman et romancier, lauréat du National Book Award, James McBride s’est lancé

« KINSHASA JUSQU’AU COU », Anjan Sundaram, éd. Marchialy, 342 p., 21 €.

METSLEFEU

« METS LE FEU ET TIRE-TOI », James McBride, Gallmeister, 336 p, 23 €.

sur les traces de cette icône. De rencontres en entretiens, il nous offre un tableau magistral de l’univers du parrain de la soul et nous livre une vision troublante de la société américaine actuelle. « Un homme qui échappait à toute tentative de description. La raison ? Brown était l’enfant d’un pays de la dissimulation : le Sud des États-Unis. » Une enquête passionnante. ■ C.F.

NÈGRERIES

« NÈGRERIES », Venance Konan, Michel Lafon, 278 p., 17,95 €

PARLE ON EN

Savoureuses chroniques ivoiriennes.

3 questions à…

VENANCE KONAN, UNE PLUME AU VITRIOL

AM : C’est le troisième recueil de vos chroniques publiées dans le quotidien Fraternité Matin , et le premier qui sort en France et en Europe. Quel public visez-vous ?

V.K. : Les Africains de l’étranger et les Français ou Européens qui s’intéressent à l’Afrique. Ceux qui ont un regard intelligent, décalé, avec un peu d’humour ! Mes derniers ouvrages, comme la série des Catapila, m’ont fait connaître hors de la Côte d’Ivoire. Mon éditeur y croit. Ça devrait se vendre ! Quelle est la chronique qui a le plus fait couler d’encre ou qui vous a attiré le plus de réactions ?

récit UN APPRENTI REPORTER À « KIN »

L’AUTEUR, originaire d’Inde et formé à la finance aux États-Unis, plaque tout et se prend un aller simple pour Kinshasa, en 2006. Un projet des plus fous qui va changer sa vie. Ce carnet de bord rempli de phrases courtes énonce des faits à la mitraillette. Il ne transige pas avec la réalité qu’il observe autour de lui, ni avec ses propres sentiments, qu’il expose aussi. Sa plongée à la fois objective et subjective dans la RDC d’après la deuxième guerre du Congo lui a valu le Reuters Prize en 2006. Elle a été suivie en 2016 d’un autre livre non moins courageux, après cinq années passées au Rwanda. Non traduit, il s’intitule en anglais : Bad News, Last Journalist in a Dictatorship. Un écrivain est né. ■ Sabine Cessou

Peut-être « Le dictionnaire France-Afrique à l’intention de François Hollande », parue au lendemain de son élection. Gros succès. Après, toutes celles qui parlent des questions ivoiro-ivoiriennes, comme la réconciliation ou Laurent Gbagbo. Elles attirent toujours des gens qui adorent et d’autres qui m’appellent, fous de rage. Vous fustigez non-stop vos compatriotes. Quel est, si on devait n’en retenir qu’un, le plus grand défaut des Ivoiriens, selon vous ?

Le fait de toujours rejeter la faute à autrui lorsqu’ils ont un problème. Si on est malade ou si on a un accident de voiture, c’est à cause d’un sorcier qui nous en veut. Si on est sousdéveloppé, c’est la faute à la colonisation, etc. Mais c’est un travers africain en général. ■ propos recueillis par Emmanuelle Pontié

Pierre Kwenders L’orfèvre afrofuturiste

« MAKANDA AT THE END OF SPACE, THE BEGINNING OF TIME », Pierre Kwenders, Bonsound

Lingala, anglais, hip hop, rumba… Grâce à ce Congolais canadien d’adoption, le sens de l’entertainment africain rencontre la culture URBAINE nord-américaine.

À 31 ANS, c’est l’un des musiciens les plus passionnants de la diaspora africaine. Né à Kinshasa, il vit au Canada depuis l’adolescence. C’est dans une église québécoise prisée par la communauté congolaise qu’il pousse pour la première fois la chansonnette. Révélation : il sera chanteur. Quelques années plus tard, il décide de ne pas donner suite à ses études de comptable et commence à enregistrer EP sur EP. Il fonde le collectif artistique montréalais Moonshine, collabore régulièrement avec Win Butler, leader d’Arcade Fire –dont il a récemment assuré les premières parties. Dans son premier album, Le Dernier Empereur bantou (2014), il introduisait sa musique à la fois nourrie de la pop actuelle occidentale et des

grands noms tels Papa Wemba ou Koffi Olomidé. Avec ce deuxième effort baptisé Makanda at the End of Space, the Beginning of Time, Pierre Kwenders affirme, dès les premières minutes, qu’il est capable de beaucoup. Jonglant entre français, anglais, shona ou encore lingala, ce chanteur polyglotte joue aussi la carte des variations avec un son résolument éclectique. On y entend de la rumba congolaise, du hip hop actuel, du folk ancestral, du R’n’B des années 90, de la disco seventies… Alternant ritournelles lancinantes (« Makanda », « Rendez-vous », « Zonga ») et titres plus remuants (« La La Love », « Sexus Plexus Nexus », formidable tube), Makanda reste cohérent grâce à la production avisée de Tendai Baba

Maraire. Moitié du duo de rap indie américain Shabazz Palaces, ce dernier a su en faire un disque synthétique sans excès, utilisant généreusement les claviers électroniques et les beat machines sans négliger les instruments organiques – notamment les cuivres, irrésistibles. Reconstituant l’ambiance des soirées de Kinshasa, le clip de « Sexus Plexus Nexus » témoigne du désir de Kwenders de transmettre toute la sensualité d’un pays sachant célébrer l’amour malgré les troubles sociaux et politiques. Ce que partagent avec lui ses invités comme la chanteuse zaïroise Tanyaradzwa, les rappeurs Fly Guy Dai et Palaceer Lazaro (autres membres de Shabbazz Palaces) ou l’iconique chanteuse funk SassyBlack. ■

tradition revisitée

musique

Le musicien, qui maîtrise l’ilimba et le zeze, fabrique ses propres instruments.

« UHAMIAJI », Msafiri Zawose, Soundway.

MSAFIRI ZAWOSE, ROI DE LA WAGOGO-FUSION

Avec Uhamiaji, le Tanzanien signe son MEILLEUR album à ce jour.

FILS DU CÉLÈBRE

Hukwe Zawose, Msafiri réussit à réinterpréter à sa sauce la musique traditionnelle wagogo – il maîtrise d’ailleurs à la perfection l’ilimba et le zeze. Et, fort de trois disques, il affirme, avec ce superbe Uhamiaji (« frontières » en français), sa volonté d’offrir une nouvelle vague sonore aux mélodies tanzaniennes. Banco, dès l’ouverture « Nzala Urugu », on est hypnotisé par des mélodies profondément organiques, furieusement tribales mais dotées d’une production électronique tendance jazzy – celle de l’Anglais Sam Jones. Capable de fabriquer seul ses propres instruments, s’entourant de nombreux musiciens, pour la plupart issus de sa famille, Msafiri signe là son meilleur album à ce jour. Car, lorsque résonne la conclusion « Hali Halisi », on peine à croire que notre trip a seulement duré 55 minutes. ■ S.R.

BENJAMIN CLEMENTINE, HOBO MAGNIFIQUE

APRÈS un premier album, At Least for Now (2015), couronné de succès, un Mercury Prize et une Victoire de la musique, Benjamin Clementine aurait pu se perdre en chemin. Mais le Londonien d’origine ghanéenne en a vu d’autres, sait la chance qu’il a eue de vivre de son art après une enfance austère et instable. Il cultive toujours le même terrain, celui d’un folk au piano. Sensible, écorché et engagé, quitte à être grandiloquent. De « Farewell Sonata » à « Ave Dreamer » en passant par « Phantom of Aleppoville », il parle de la société, de ce qui l’entoure tout en exposant ses états d’âme. Réussi. ■ S.R.

jazz

JULIA BIEL, UNE VOIX À PART

NÉE en Angleterre d’un père sud-africain et d’une mère allemande ayant immigré à Londres pour changer de vie, Julia Biel se passionne très tôt pour le piano, qu’elle manie dès l’université dans des formations jazz. Après deux disques prometteurs, la voici avec cet album éponyme doté d’une rare élégance, co-écrit avec Idris Rahman et mixé par Laurent Dupuy (Angelique Kidjo, Féfé…). Julia Biel trouve le parfait équilibre entre pop et jazz, étayant la sophistication de sa voix, superbe, et de son jeu au piano par des mélodies finement groovy. En témoignent les très chics « Always » ou « Emily ». ■ S.R.

« I TELL A FLY », Benjamin Clementine, Barclay/Universal.

« JULIA BIEL », Julia Biel, Rokit Record.

« TANGERINE MOON WISHES », Sandra Nkaké, Pias.

groove MAGNÉTIQUE SANDRA NKAKÉ

« J’AI OUVERT mon cœur et mon monde. J’y ai vu de la douceur et des ombres », chante-t-elle sur l’ouverture de « The Dawn ». Camerounaise ayant grandi entre Paris et Yaoundé, la belle Sandra Nkaké dispose d’une voix cristalline et d’un songwriting ciselé, ce qu’ont prouvé ses disques précédents et ses multiples activités musicales. Mais ce talent, cette élégance vocale (soutenue par l’apport de Jî Drû) ainsi qu’une capacité à évoluer entre ciel et terre, eau et lune, prennent toutes leur dimension sur des titres comme « Mon cœur », « Lune rousse » ou « The Last Journey ». Un joli voyage. ■ S.R.

Vendre la mèche

Les réalisateurs ont passé trois ans dans le Xe arrondissement, pour s’immerger dans son atmosphère.

À travers l’histoire de Charles, chef d’un groupe de rabatteurs pour salons de coiffure afro, c’est le PORTRAIT du célèbre quartier parisien de Château d’Eau qui se dessine. Loin des caricatures.

TOUTE L’AFRIQUE connaît le quartier Château d’Eau à Paris : autour de cette station de métro, la plus grande concentration de salons de coiffure afro de France donne la tendance jusque sur le continent noir en matière de mode du cheveu. Mais on s’y livre aussi une concurrence féroce, avec ces équipes de rabatteurs aux sorties du métro qui rivalisent de tchatche pour attirer les clientes vers le meilleur lissage ou la plus belle mèche. Un vrai spectacle qui a inspiré deux réalisateurs parisiens d’origine africaine, pour leur premier long-métrage : Modi Barry et Cédric Ido. Ce dernier en a confié le rôle principal à son frère Jacky, dont le charisme sert parfaitement le personnage, Charles (« comme le prince »), qui se veut à la pointe de l’élégance sur son bout de trottoir. L’argent circule, mais les affaires sont difficiles, le quartier étant « coincé entre les Chinois et les bobos », menacé de transformation par l’évolution immobilière et sociologique du centre de Paris. Dans ce contexte, toute une galerie de personnages hauts en couleur se croise entre quiproquos et magouilles (y compris autour des crèmes de

blanchiment interdites en France…). Mais rien de méchant, on est plus proche des Pieds nickelés, et ce sont finalement les femmes qui semblent tirer les ficelles. Dommage que le rythme du film ne corresponde pas toujours à la vie trépidante qu’il décrit, et que les effets comiques soient parfois dilués dans des séquences qui s’étirent. Mais on apprécie le jeu des acteurs, dont celui de Tatiana Rojo, décidément très en vue (lire ci-contre), et l’aspect documentaire sur un milieu fermé : les deux cinéastes se sont immergés pendant trois ans dans ces rues et ces boutiques, pour pouvoir tourner avec la complicité des habitants et des travailleurs du quartier. Ivoiriens, Congolais, mais aussi Chinois, Indiens ou Kurdes, se côtoient dans un melting-pot très… parisien. Un témoignage drôle et doux à la fois, assez loin finalement de la caricature des habitants d’un quartier tout proche, celui du Sentier, dans La vérité si je mens !… ■

« LA VIE DE CHÂTEAU » (France) de Modi Barry et Cédric Ido. Avec Jacky Ido, Tatiana Rojo, Félicité Wouassi.

comédie musicale

QUAND LAURENT RENCONTRE SAFI

« JE NE SUIS PAS UNE FEMME AFRICAINE, je suis une femme ! », s’écrie Safi, qui réclame à sa famille le droit d’épouser qui elle veut… Il faut dire qu’elle aime un jeune homme de bonne famille de Neuilly, alors qu’elle, de Montreuil, est promise à un riche cousin à Bamako. Chez les Maliens comme chez les grands bourgeois parisiens, pas question de se marier hors de son milieu. C’est l’habileté du scénario d’insister sur ce racisme qui ne s’assume pas, même si côté blanc, la caricature est lourde et presque sinistre, quand elle est exubérante et drôle chez les Africains de Paris. Une comédie musicale où Laurent, le toubab amoureux, sombre dans la guimauve (et tente un zouk) alors que Safi (Tatiana Rojo, subtile dans ce roman-photo) baigne dans le coupé-décalé et le zouglou les plus débridés. ■ J.-M.C.

« LAURENT ET SAFI » (France-Mali) d’Anton Vassi. Avec Tatiana Rojo, Xavier Jozelon, Michel Gohou, Habib Dembélé « Guimba ».

documentaire

Les Cissé contre les Diakité

« O KA », en soninké, c’est « notre maison », celle de la famille Cissé où le réalisateur malien est né, dans le quartier de Bozola (Bamako). Sur son seuil, ses quatre sœurs, expulsées à la demande des Diakité, à qui la justice corrompue a reconnu la validité d’un faux titre de propriété… Le Mali d’aujourd’hui n’a décidément plus rien à voir avec celui de la tradition et de la tolérance, nous dit le grand cinéaste, en partant de ce contentieux qui l’a touché de près. Deux ans après sa présentation au Festival de Cannes, le film n’a rien perdu de son acuité, en mêlant enquête, archives et fiction. Depuis, la cour suprême du Mali a rendu justice à la famille Cissé, confirmant l’espoir qui transparaît malgré tout. ■ J.-M.C.

aventures LE MYTHE DU ROUTARD

De la liaison a priori impossible entre Laurent et Safi, naît une histoire d’amour musicale entre la France et l’Afrique.

« O KA, NOTRE MAISON » (Mali) de Souleymane Cissé.

GABRIEL, étudiant brésilien parti faire le tour du monde, boucle son périple au Kenya et veut faire une incursion au Malawi pour gravir une montagne sacrée, malgré les mises en garde des locaux… Cette histoire vraie qui finit mal, comme on l’apprend dès le début, est une fiction qui a des allures de documentaire : le réalisateur, ami d’enfance du jeune homme, a tourné sur les lieux mêmes en faisant rejouer aux témoins les scènes vécues avec Gabriel. Le personnage force l’empathie, refusant de se comporter en touriste, vivant chez les habitants, apprenant leur langue, etc. Le résultat est troublant et lumineux, et aborde frontalement le comportement des Occidentaux qui, voulant bien faire, ne voient pas forcément leur arrogance… ■ J.-M.C.

« GABRIEL ET LA MONTAGNE » (Brésil) de Fellipe Barbosa. Avec João Pedro Zappa, Caroline Abras.

Marseille

Portrait de don Afonso de Albuquerque, gouverneur des Indes portugaises (1509-1515), Goa, Inde, XVIe siècle.

Le Mucem explore l’Ancien Monde

Entre Méditerranée et océan Indien, mille ans d’aventures maritimes et d’ÉCHANGES entre civilisations.

DE L’EMPIRE PERSE aux conquêtes d’Alexandre le Grand, de l’expansion de l’Islam aux explorations chinoises, des aventures portugaises aux navigations hollandaises, l’exposition conduit le visiteur à travers d’extraordinaires récits de voyages. Un parcours au croisement de l’or d’Afrique et de l’argent d’Occident, des verreries de Venise, des cotonnades indiennes, des porcelaines et des épices venues des mers de Chine. Avec plus de deux cents œuvres provenant de cinquante musées et institutions, de Lisbonne à Singapour, l’Ancien Monde tel qu’il est apparu aux premiers aventuriers des mers, riche d’un avenir à construire. ■ Catherine Faye « AVENTURIERS DES MERS, MÉDITERRANÉEOCÉAN INDIEN, VIIe-XVIIe SIÈCLE », Mucem, jusqu’au 9 octobre. 7, promenade Robert-Laffont, Marseille. mucem.org

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« AKWABA » À ANGOULÊME

Bézoard serti de filigrane d’or, Goa, Inde, fin

Inde, du XVII siècle .

La dixième édition du FESTIVAL du film francophone ouvre ses portes à la Côte d’Ivoire.

C’EST L’UN DE CES FESTIVALS incontournables qui font la trame de l’été. Peut-être moins glam, moins big, moins too much que Cannes, mais tout aussi efficace. Bienvenue donc au Festival du film francophone d’Angoulême (FFA), la grande affaire de deux grands professionnels : Marie-France Brière et de Dominique Besnehard. John Malkovich présidera le jury de ce dixième FFA. On attend avec impatience l’arrivée de Gérard Depardieu et de Catherine Deneuve en guest-stars pour la projection hors compétition de Bonne pomme. Parmi les films en compétition, deux œuvres africaines : les remarqués Frontières d’Apolline Traoré (Burkina Faso) et La Belle et la Meute de Kaouther Ben Hania (Tunisie). Enfin et surtout, cette édition rend hommage à la Côte d’Ivoire à travers expositions, projections et événements. Et avec fin août, la visite de la Première dame Dominique Ouattara (photo), épouse du président Alassane Ouattara, accompagnée d’une forte délégation. Donc, akwaba à Angoulême ! ■ Zyad Limam « FESTIVAL DU FILM FRANCOPHONE D’ANGOULÊME (FFA) », du 22 au 27 août. www.filmfrancophone.fr événement

mémoire

VOYAGE

ENTRE LE HAVRE ET DAKAR

La ville de Normandie, qui fête ses 50 0 a ns, ÉCLAIRE ses liens historiques avec le Sénégal.

10 000 SÉNÉGALAIS et Franco-Sénégalais vivent au Havre et dans sa périphérie. À travers l’exposition « Le Havre-Dakar, partager la mémoire », la Ville, qui fête le cinquième centenaire de sa création, rend hommage à cette communauté. Des liens forts et singuliers, qu’ils soient douloureux – à travers les comptoirs de traite – ou artistiquement féconds. Avec le concours du musée Théodore-Monod (Dakar) et de collections rassemblées en France, les œuvres et objets patrimoniaux côtoient le travail de 14 artistes contemporains (photo, vidéo, peinture, textiles…). Des parcours thématiques complètent l’exposition et une salle de 100 m2 est spécialement dédiée au plus jeune public. ■ Hedi Dahmani Jusqu’au 31 décembre. museum-lehavre.fr

cinéma

LA 11e ÉDITION du Festival de Salé (Maroc) joue une nouvelle séquence au fil d’une programmation dévolue aux premiers films. La condition féminine se dessine selon des chroniques intimistes : « Une majorité de récits initiatiques évoquent des adolescentes et des héros enfants », confie Hicham Falah, directeur artistique. Le jury sera présidé par la réalisatrice Dominique Cabrera et les actrices Saadia Ladib et Souad Hussein. Côté compétition internationale, le Maroc concourt avec « Le Clair obscur » (Khaoula Benomar), l’Afrique subsaharienne avec des opus sur la pérennité des traditions dans nos sociétés modernes : le tendre « Zin’naariyâ ! », de la Nigérienne Rahmatou Keïta, et l’acide « I Am Not a Witch », de la Zambienne Rungano Nyoni. Et des hommages, master class, ateliers de réalisation, débats… ■ Fouzia Marouf « FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM DE FEMMES DE SALÉ », du 25 au 30 septembre. fiffs.ma

festival ARLES, MECQUE DE LA PHOTO

Moins nombreux que par le passé, les ARTISTES du continent se distinguent par une qualité certaine.

« I will learn to like the skies I’m under », de David Ozochukwu.

47 ANS, pas une ride et un engouement toujours intact. Fondé en 1970, le festival d’Arles, qui rassemble chaque été le must de l’art contemporain, a accueilli près de 18 000 festivaliers dans sa première semaine. Un record. Les 250 artistes à l’affiche s’invitent dans différents sites de la ville, parfois habituellement fermés au public, pour exhiber leurs clichés. Le palais de l’Archevêché, par exemple, a animé la projection « Regards croisés » d’AKAA (Also Known As Africa), qui mettait à l’honneur une sélection de photographes africains comme le Nigérian David Ozochukwu ou le Sud-Africain Mohau Modisakeng. Entre rencontres, débats, projections nocturnes, réalité virtuelle et surtout expositions, profitez d’une programmation inédite jusqu’à la fin de l’été. ■ Thalie Mpouho « LES RENCONTRES D’ARLES 2017 », jusqu’au 24 septembre. rencontres-arles.com

« Thiaroye », 1944 (série Liberty, 2016) par Omar Victor Diop.

FAMILLE, JE VOUS HAIS !

C’est la période où les diaspo prennent l’avion. Pour aller passer quelques semaines en famille, au pays. Voir une maman âgée, quelques potes de promotion pour boire des coups dans les maquis-souvenirs. Ou accompagner un enfant chez leur belle-sœur pour les vacances. En Europe, ce genre de programme, classique, ne présage a priori que du bonheur. Mais en Afrique, c’est une autre paire de manches… Le diaspo black, qu’il ait réussi ou non à l’étranger, lui, il est attendu de pied ferme chez les siens. Avec une litanie de doléances et de besoins pécuniaires sonnants et trébuchants. Pas question que la famille restée « souffrir » au bled ne rançonne pas un peu (et souvent beaucoup) celui qui a eu « la chance » de partir s’installer dans un pays riche. Les yeux pleins d’étoiles lorsqu’on évoque la tour Eiffel ou la statue de la Liberté, elle ne peut imaginer qu’il y a aussi des banlieues éloignées sordides où l’on souffre pareil, voire plus en étant déraciné, loin de la chaleur familiale. Que la vie est chère et les revenus souvent non alignés. Du coup, devant un monde aussi impitoyable, les diaspo multiplient les ruses pour échapper au racket organisé. Certains ne préviennent pas qu’ils arrivent, prétextant l’effet de surprise. Juste pour éviter l’interminable liste de courses qu’on leur demande d’apporter par avion, jamais remboursées et entraînant évidemment des excédents de bagages pour leur pomme. Parfois, ils s’installent chez un pote, pour éviter les cohortes de cousins et neveux affamés qui défilent à la maison familiale. J’en connais un qui a même prétexté s’être fait dérober son portefeuille à l’aéroport, pour passer trois semaines à dire à tous qu’il ne pouvait rien donner, malheureusement. Bien sûr, il y a ceux qui prodiguent des largesses, en ayant prévu la dépense à l’avance. Eux, heureux et fiers au départ de montrer

quand même qu’ils ont « réussi », se retrouvent ratissés comme des passe-lacets pour le reste de l’année, contraints de manger des nouilles ou de la bouillie d’igname jusqu’à ce que les économies se reconstituent. Avant d’être spoliés à nouveau l’année d’après. Alors, conseil d’un autre ami qui a tout compris pour l’été : envoyer un billet d’avion à sa mère ou à son père et profiter d’eux loin de la famille-aspirateur. Moins compliqué, même avec les histoires de certificats d’hébergement, assure-t-il. Mais bon, aux autres aussi, bonnes vacances quand même! ■

J’en connais un qui a même prétexté s’être fait dérober son portefeuille, pour passer trois semaines à dire qu’il ne pouvait rien donner.

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