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AM 370 FREE

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Côte d’Ivoire Scénarios pour maintenant et… 2020 !

Enjeux

Les nouvelles batailles du Golfe

Interview

Hervé Bourges

Une passion africaine

ENQUÊTE SUR LE MODÈLE

KAGAME

L’invasion du made in Turkey

Et aussi

Les Jeux de la Francophonie, l’humour de Oualas, les sons de Tony Allen, les réponses de Sianna + Maghreb

Participez à la huitième édition du World Innovation Summit for Education

Co-exist, Co-create

Learning to live and work together

WISE est l’initiative de référence sur les nouvelles approches en matière d’éducation, destinée à encourager la réflexion, la créativité, le débat, la collaboration et l’action concrète.

L’édition 2017, sous le thème « Co-exist, Co-create: Learning to Live and Work Together » , se penchera sur l’avenir de l’éducation face aux ruptures et aux crises auxquelles nos sociétés sont confrontées. WISE 2017 posera la question de la responsabilité de l’éducation en matière de citoyenneté, de son adaptation aux avancées technologiques et scientifiques et de son rôle dans la construction de la société de la connaissance.

WISE rassemble plus de 2000 participants : décideurs, dirigeants, innovateurs, enseignants et chercheurs pour alimenter le débat, partager des solutions, construire des ponts entre projets et faire circuler l’innovation en matière d’éducation.

14 - 16 NOVEMBRE 2017, DOHA, QATAR

Inscrivez-vous dès maintenant pour participer à WISE 2017 et accélérer votre impact sur l’éducation.

http://www.wise-qatar.org/apply-attend-WISE-2017

par Zyad Limam

LES DEUX PRINCES

On les appelle souvent par leurs acronymes : « MBS » et « MBZ ». Ils ont en commun une latitude de souverains alors qu’ils n’en ont pas encore le titre. Mohammed Ben Salman, 31 ans, fils du roi Salman d’Arabie saoudite et nouveau prince héritier (depuis le 21 juin). Et Mohammed Ben Zayed Al Nahyan, 56 ans, ruler d’Abou Dhabi et patron de facto de la fédération émiratie depuis les ennuis de santé de son demifrère l’émir Khalifa. Ils sont bien décidés à remodeler la carte de la péninsule arabique. Dans leur ligne de mire, l’Iran chiite, l’islamisme politique et ses différentes branches (Frères musulmans en particulier). Ils ont déjà une guerre sur les bras, celle du Yémen, avec pour objectif de faire reculer les milices houthistes, perçues comme des agents de Téhéran. Et où l’intervention se solde avant tout par une véritable tragédie humanitaire et bien peu de résultats stratégiques.

Depuis le 5 juin dernier à l’aube, ils ont ouvert un nouveau front. Ce jour-là, l’Arabie saoudite et les émirats (suivis par Bahreïn, l’Égypte et d’autres) imposaient au Qatar un véritable blocus politique et économique (voir p. 28). Les princes pensent avoir le soutien de Donald Trump, l’imprévisible président américain, reçu avec faste à la cour du roi Salman, et bien connecté dans les milieux d’affaires émiratis.

Leurs relations sont complexes. MBZ est l’aîné, disons « le leader ». Il a une formation et une expérience de pilote de chasse. Une expérience militaire qui fait défaut au « jeune » MBS, élevé dans les palais. MBZ, c’est aussi le chef d’une fédération qui a largement entamé la modernisation de son économie et le post-pétrole. Les émirats sont enfin un lieu unique d’expérimentation sociale, de fusion entre la culture orientale, les codes du Golfe et les paramètres occidentaux. Y compris sur le droit des femmes. Autant d’évolutions majeures absentes dans une Arabie saoudite sclérosée, intoxiquée à l’or noir, crispée sur ses fondamentaux archaïques. À Abou Dhabi, il y a une volonté de soutenir cette Arabie chancelante. MBS a lancé mi-2016 un plan de modernisation dénommé « Vision 2030 ». Mais au Royaume des Saoud, les résistances sont immenses. Et la possibilité d’un changement en douceur, planifié, relève du défi majeur. Le prince héritier n’est pas lui-même à l’abri d’une contestation, y compris à l’intérieur de sa famille.

L’affaire qatarie est venue souligner les limites de ce double volontarisme. La position maximaliste de Riyad et Abou Dhabi n’a pas (encore) fait plier Doha. Le dossier saoudien sur le financement du terrorisme est franchement bien faible. Le Qatar résiste, à ce jour, aux ultimatums, et la situation provoquerait même un regain de sympathie à l’égard de la famille Al Thani, « fondatrice », après tout, de la chaîne Al Jazeera . Le soutien de Donald Trump a été fragilisé par les contre-déclarations du département d’État et les objections du département de la Défense. Les princes ont sous-estimé la réaction de l’Iran (prévisible) et de la Turquie (surprenante). Oman et le Koweït apparaissent soucieux de se protéger des volontés hégémonistes du duo. L’enlisement se profile comme la seule option, enlisement favorable avant tout à la position iranienne. Une question iranienne qui sera loin de disparaître de l’agenda. Dans la plupart des pays du Golfe, au sein des Émirats arabes unis, en particulier à Dubaï (où le silence de « Cheikh Mo » est notable), le débat est discret, mais réel. Faut-il s’aliéner l’Iran, voisin immense et incontournable, à quelques encablures, peuplé de plus de 80 millions d’habitants, avec ses potentialités économiques ? Le tout au bénéfice d’une alliance avec une Arabie crispée, en transition douloureuse, tentée par une mise au pas globale de sa sphère d’influence… ? Économiquement, culturellement, géographiquement, on voit mal comment le choix de l’un contre l’autre serait durablement possible. ■

SOMMAIRE

JUILLET n°370

3 ÉDITO

Les deux princes par Zyad Limam

ON EN PARLE

6 Livres : Maryse Condé, femme de tête par Catherine Faye

8 Écrans : Addi Bâ, tombé pour la France par Jean-Marie Chazeau

10 Musique : ce que l’on va aimer cet été par Sophie Rosemont

12 Agenda : Le meilleur de la culture

14 PARCOURS

Oualas par Astrid Chacha

TEMPS FORTS

18 Perspectives

Rwanda : une élection jouée d’avance par Saith Kroub et Sabine Cessou

28 Enjeux

Qatar : la nouvelle bataille du Golfe par Akram Belkaïd et Julien Wagner

36 Pouvoir Côte d’Ivoire : Scénarios pour maintenant et pour… demain ! par Zyad Limam

17 C’EST COMMENT ?

Tournons le dos à Donald par Emmanuelle Pontié

50 CE QUE J’AI APPRIS

Tony Allen par Loraine Adam

64 PORTFOLIO

Le corps, l’effort, le sport par Hedi Dahmani

98 VINGT QUESTIONS À...

Sianna par Loraine Adam

42 Enquête Maghreb, la vague turque par Frida Dahmani, Hedi Dahmani et Abdeslam Kadiri

52 Analyse

Justin Trudeau, le Canada côté soleil par Sylvie A. Briand

58 Interview

Hervé Bourges par Hedi Dahmani et Emmanuelle Pontié

DÉCOUVERTE

DÉCOUVERTE

71 Côte d’Ivoire Vive les jeux! par Julien Wagner

MADE IN AFRICA

88 Hammamet, toujours en fête par Frida Dahmani

90 Carrefours : Cheick Ndiaye, l’assembleur par Loraine Adam

92 Fashion : L’été sera africain par Sophie Rosemont

VIVRE MIEUX

94 Bien respirer, c’est essentiel pour la santé

96 Chaleur : s’hydrater mode d’emploi

97 Jambes lourdes : ce qui soulage

FONDÉ EN 1983 (33e ANNÉE)

31, RUE POUSSIN – 75016 PARIS – FRANCE

Tél. : (33) 1 53 84 41 81 – fax (33) 1 53 84 41 93 redaction@afriquemagazine.com

Zyad Limam DIRECTEUR GÉNÉRAL ET RÉDACTEUR EN CHEF zlimam@afriquemagazine.com

Assisté de Nadia Malouli nmalouli@afriquemagazine.com

RÉDACTION

Emmanuelle Pontié DIRECTRICE ADJOINTE DE LA RÉDACTION epontie@afriquemagazine.com

Hedi Dahmani RÉDACTEUR EN CHEF DÉLÉGUÉ hdahmani@afriquemagazine.com

Isabella Meomartini DIRECTRICE ARTISTIQUE imeomartini@afriquemagazine.com

Alexandra Gil RÉDACTRICE EN CHEF ADJOINTE EN CHARGE DES ÉDITIONS NUMÉRIQUES agil@afriquemagazine.com

Éléonore Quesnel

SECRÉTAIRE DE RÉDACTION sr@afriquemagazine.com

Amanda Rougier PHOTO arougier@afriquemagazine.com

ONT COLLABORÉ À CE NUMÉRO

Loraine Adam, Sylvie A. Briand, Sabine Cessou, Astrid Chacha, Jean-Marie Chazeau, Frida Dahmani, Catherine Faye, Alexis Gau, Dominique Jouenne, Abdeslam Kadiri, Saith Kroub, Astrid Krivian, Thalie Mpouho, Sophie Rosemont, Julien Wagner.

VIVRE MIEUX

Danielle Ben Yahmed RÉDACTRICE EN CHEF avec Annick Beaucousin, Julie Gilles.

VENTES

EXPORT Arnaud Desperbasque

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PRÉSIDENT-DIRECTEUR GÉNÉRAL ET DIRECTEUR

DE LA PUBLICATION : Zyad Limam.

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Commission paritaire : 0219 / I 856 02. Dépôt légal : juillet 2017.

La rédaction n’est pas responsable des textes et des photos reçus. Les indications de marque et les adresses figurant dans les pages rédactionnelles sont données à titre d’information, sans aucun but publicitaire. La reproduction, même partielle, des articles et illustrations pris dans Afrique magazine est strictement interdite, sauf accord de la rédaction. © Afrique magazine 2017.

Maryse CondéFemme de tête

Qu’est-ce que la RADICALISATION ? En s’inspirant des attentats terroristes de janvier 2015 en France, la grande dame des lettres antillaises revient avec un roman MAGISTRAL.

« JE N’AI PAS de maître d’origine, ni père ni mère littéraire. Je me suis faite un peu toute seule et plutôt contre ceux que j’avais lus et que j’avais entendus. Je crois que c’est mieux ainsi. Essayer d’être soi-même. » L’écrivaine prolifique ne s’en laisse pas conter. À 80 ans, elle cultive encore l’esprit de contradiction. Une liberté qu’elle a conquise à la force du poignet. C’est l’essence même de son œuvre, une œuvre considérable et maintes fois primée. Entrée en littérature tardivement, l’auteure de Ségou et de La Vie sans fards trouve son

inspiration dans les questionnements, les illusions et les désillusions du monde. Dans ses origines sociales et sa propre histoire aussi. Si elle a trouvé aujourd’hui une forme de sérénité, son parcours n’en a pas été moins chaotique. Née Maryse Boucolon au sein de la petite bourgeoisie de Pointeà-Pitre, en Guadeloupe, elle grandit entre contes de Perrault et poèmes de Rimbaud, d’Apollinaire, de Nerval. À 12 ans, elle a lu tout Victor Hugo. Bercée de mots et de représentations littéraires, elle ne s’interroge pas encore sur sa genèse africaine. « Je croyais que les Noirs poussaient aux Antilles comme les goyaves poussent aux goyaviers et les fleurs parfumées de l’ylangylang aux arbres du même nom. Natifs natals. » Elle va bientôt découvrir que ses parents sont parvenus dans les îles de la Caraïbe au terme d’une douloureuse dépossession. Cette quête identitaire est au cœur de ses écrits. Comme elle, ses personnages aux origines complexes arpentent le monde. « Les gens qui ne bougent pas ne comprennent pas le monde autour d’eux », estime celle qui, après avoir

« LE FABULEUX ET TRISTE DESTIN

D’IVAN ET IVANA », Maryse Condé, JC Lattès, 250 p., 19 €.

quitté son île et longtemps enseigné en Guinée, au Ghana, au Sénégal et à l’université Columbia, à New York, vit aujourd’hui à Gordes, dans le sud de la France, avec son second mari, Richard Philcox, traducteur. Maryse Condé vibre d’une vigueur et d’une sagesse que ne semblent en rien altérer l’âge et la maladie. Son dernier roman, Le Fabuleux et triste destin d’Ivan et Ivana, conte lumineux et tourmenté, puise sa source dans les attentats de Charlie Hebdo et de Montrouge, lorsque la policière martiniquaise Clarissa Jean-Philippe est abattue par Amedy Coulibaly, en janvier 2015. Pour l’écrivain, c’est comme si un frère avait assassiné sa sœur. Elle met alors en scène des jumeaux, en Guadeloupe. Un frère et une sœur aux trajectoires contrariées. « Comme si elle obéissait à un signal, une force invincible assiégea les jumeaux. » Le héros, Ivan, sera terroriste. Une destinée entremêlée de références à la vie de l’auteur. « Désormais, Ivan connut deux passions. Celle qu’il éprouvait pour sa sœur qu’il aimait et désirait chaque jour davantage, au point qu’il se réveillait la nuit convaincu que l’irréparable s’était produit. Et celle pour son arme, son Mauser. » Magistral. ■

roman

MAUX CROISÉS

« DEPUIS la vitre ouverte de sa voiture, l’homme l’abat avec un silencieux. Elle s’effondre : une balle dans la nuque pour la faire taire. » Ce quatrième roman de la Libanaise Imane Humaydane s’ouvre sur le meurtre de Noura, journaliste syrienne en exil. Nous sommes en août 1978 à Beyrouth. Seize ans plus tard, Maya découvre, au cours du tournage d’un documentaire sur la reconstruction du centre-ville, une sacoche abandonnée dans un immeuble en ruine. À l’intérieur, parmi photos et

«CINQUANTE GRAMMES DE PARADIS », Imane Humaydane, Gallimard, 232 p., 20 €

documents d’avant la guerre civile, le journal posthume d’une certaine Noura. Et les lettres d’Istanbul de son amant Kamal. Passant d’une époque à l’autre dans ce MoyenOrient de la fin du XXe siècle, l’auteure croise deux destins de femmes. Et s’érige contre toute forme de barbarie. ■ C.F.

«NOTRE HISTOIRE », vol. 2, L. Thuram, J.-C. Camus, S. Garcia, Delcourt/Mirages, 142 p., 18 €.

« PLEINE LUNE SUR BAGDAD », Akram Belkaïd, éd. Érick Bonnier, 260 p. 20 €.

« MARCHAND D’ARMES», Romain Mielcarek, Tallandier, 112 pages, 13,90 €

PARLE ON EN

nouvelles

LES LOIS DE L’ATTRACTION

20 MARS 2003. C’est par une nuit de pleine lune que les États-Unis entament l’invasion de l’Irak. Au même instant, entre Washington et Koweït City, des hommes et des femmes connaissent, tel un imperceptible effet papillon, des changements dans leur quotidien. À Tunis, un qawwad (délateur) du parti fracasse une bouteille de boukha sur le crâne d’un avocat. Dans le désert irakien, un chauffeur de taxi jordanien fait une rencontre inattendue… À travers 14 nouvelles, Akram Belkaïd décrit d’une plume fine, parfois sombre, ce temps suspendu qui voit des destins basculer. À dévorer avant la prochaine lune. ■ H.D.

enquête DES AFFAIRES CANONS

DANS LES DEUX ANNÉES à venir, la France créera 40 000 emplois dans l’armement. Et produira sans doute plus dans ce secteur que dans l’automobile… Comment être à la fois « la patrie des droits de l’homme » et le troisième marchand d’armes mondial ? L’auteur décrit les coulisses de cette schizophrénie qui amène, pour être militairement indépendant, à conquérir des nouveaux marchés et à devenir ainsi dépendant de ces mêmes ventes. Intermédiaires, pratiques de facturation… Instructif pour tous les béotiens. ■ H.D.

bande dessinée

LA MÉMOIRE DANS LA PEAU

TROIS ANS APRÈS le premier tome, voici la suite des aventures du jeune Lilian Thuram. En 1984, la France de Platini et Tigana est championne d’Europe et l’apprenti footballeur, 12 ans, rêve d’intégrer le club de Fontainebleau. Commence alors une ascension rapide, faite de rencontres avec des éducateurs qui l’aident à trouver sa voie. Ce passage vers l’adolescence éveille sa conscience, guidée par le personnage fictif de Neddo, gardien de l’harmonie universelle. Le vieil homme convoque les grandes figures noires de l’histoire, du pharaon Taharqa à Angela Davis, en passant par Marcus Garvey ou Ésope, l’esclave poète affranchi qui inspirera les fables de La Fontaine… Un bon antidote à l’amnésie du monde. ■ H.D.

Marc Zinga (notamment vu dans « Bienvenue à Marly-Gomont ») incarne une figure particulièrement courageuse mais tout en ambivalences.

Addi Bâ, tombé pour la France

Les nazis l’appelaient le « TERRORISTE NOIR ». Nos patriotes fait revivre ce « tirailleur sénégalais » guinéen, héros oublié de la Résistance. Un bel hommage.

DIX ANS après Indigènes de Rachid Bouchareb, voici une nouvelle mise en lumière de la participation des troupes coloniales à la Seconde Guerre mondiale. Nous sommes cette fois au début du conflit, en 1940. Addi Bâ, jeune Guinéen prisonnier des Allemands, s’évade et se cache dans les Vosges avec la complicité de quelques villageois. Et même si certains ont du mal avec sa couleur de peau, il va participer activement à la formation du premier « maquis » de résistants dans l’est de la France. Une histoire vraie, un fait d’armes méconnu, illustré de façon assez scolaire mais très honnête, avec au passage un bel hommage au 12e bataillon des « tirailleurs sénégalais » qui s’était illustré dans la Meuse.

Adapté du Terroriste noir (c’est ainsi que les nazis qualifiaient le fuyard) de Tierno Monénembo, le film est porté par Marc Zinga, comédien belge (natif du Haut-Katanga, en RDC) qui aligne les films en tête d’affiche depuis Qu’Allah bénisse la France, d’Abd Al Malik, puis Bienvenue à MarlyGomont avec Aïssa Maïga. Le trentenaire bruxellois a aussi été vu chez les frères Dardenne et en méchant dans le dernier James Bond… Dans Nos patriotes, il a su se glisser dans la peau de ce tirailleur héroïque et particulièrement courageux, mais loin d’être parfait. Une ambivalence très bien incarnée. « J’ai voulu faire ce métier depuis mon enfance et ce projet m’a donné l’occasion d’approfondir mon travail en termes de composition du personnage, explique-t-il. Celui-ci constituait un défi mis au service d’une histoire qui me touche profondément. » Le message passe très bien dans les yeux et le jeu de Marc Zinga. ■

« NOS PATRIOTES » (France) de Gabriel Le Bomin. Avec Marc Zinga, Louane Emera.

thriller

LE MEURTRE

DU NILE HILTON

LE CAIRE juste avant la chute de Moubarak : un flic taciturne, sorte de Lino Ventura des bords du Nil, mène une enquête après la mort d’une jeune chanteuse tunisienne… Ce polar orientalisé sans folklore montre les dessous peu reluisants d’un régime où l’argent donne le sentiment de la toute-puissance jusque dans les commissariats. On comprend mieux la révolution qui éclatera bientôt contre la corruption et la police. Cette parfaite immersion dans l’atmosphère d’une capitale tentaculaire est un vrai tour de force quand on sait que les services de sécurité égyptiens ont fermé le plateau trois jours avant le tournage, obligeant à le délocaliser… à Casablanca. À l’image, on n’y voit que du feu. ■

« LE CAIRE CONFIDENTIEL » (Suède), de Tarik Saleh. Avec Fares Fares, Hania Amar. En salles le 5 juillet.

comédie

Égypte, janvier 2011. Une femme est retrouvée égorgée dans une chambre d’hôtel. Noredinne mène l’enquête, à ses risques et périls…

Sous le voile des filles

UN ÉTUDIANT parisien se cache sous un voile intégral et se fait passer pour une pieuse musulmane afin d’approcher sa copine maghrébine, quasi séquestrée par son frère radicalisé après un séjour au Yémen… Les premières scènes sont plus glaçantes que drôles, car un peu trop réalistes, et n’est pas Gérard Oury qui veut : difficile de faire du Rabbi Jacob dans la France de 2017. Mais le film finit par trouver le ton d’une comédie à l’italienne, quand la communauté iranienne de Paris (les parents de l’étudiant avaient fui le régime des mollahs) s’en mêle, menée par une actrice formidable, Anne Alvaro, dans le rôle de la mama perse et féministe. ■ J.-M.C.

Rire de la radicalisation… le pari était osé !

« CHERCHEZ LA FEMME » (France), de Sou Abadi. Avec Félix Moati, Camélia Jordana, William Lebghil.

en ligne

DÉSERT ANIMÉ

SAHARA, film d’animation français de Pierre Coré, co-scénarisé par Nessim Debbiche, est déjà disponible en VOD et sur Netflix (sauf en France et en Chine) quelques semaines seulement après sa sortie en février (le délai minimum dans l’Hexagone est de 10 mois pour le cinéma en ligne pour l’instant). Omar Sy, la voix du héros, le cobra Ajar, mais aussi Roschdy Zem, Sabrina Ouazani et Reem Kherici, pourraient reprendre du service pour faire parler leurs personnages dans la version française : un Sahara 2 est en projet. ■ J.-M.C.

Ce que l’on va aimer cet été

A & M : le couple malien fait son retour avec un single dansant et festif. Tout comme Pharrell, le rappeur planétaire, qui a plus d’un hit dans son chapeau.

La saison 2017 mise sur le groove et le synthétique. D’AMADOU & MARIAM à PHARRELL WILLIAMS, tour de piste des TUBES qui vont mettre le feu aux dancefloors…

À LA TÊTE DE LA BANDE ORIGINALE de Moi, moche et méchant 3, saga animée à laquelle il est fidèle depuis quelques années, Pharrell Williams offre, pour la sortie du nouveau volet, le tube de l’été, le bien nommé « Yellow Light ». Ici, le funk, sur une structure électro-pop, s’avère ludique (il faut plaire au public junior du film) tout en étant aussi imparable sur le dancefloor (les parents ont, eux aussi, le droit de s’amuser).

À seulement 23 ans, Denai Moore s’impose quant à elle comme la rivale de Solange de l’autre côté de l’Atlantique. Elle manie avec une féminité assumée et subtile le R’n’B, la folk et l’électro-pop. L’Anglo-Jamaïcaine a déjà collaboré avec la crème de la scène indie britannique et, avec son second album produit par Steph Marziano (Radiohead, The Prodigy, FKA Twigs), elle entre pour de bon dans la cour des grands. En témoigne ce single absolument irrésistible, « Does It Get Easier ?», tout en groove synthétique – à l’image du son de Calvin Harris. Lui l’envisage en version calibrée pour le dancefloor. Juste pour l’été, il publie son album Funk Wav Bounces Vol. 1. Une ribambelle de tubes au programme, dont

« Heatstroke », avec Ariana Grande, Young Thug et Pharrell Williams (encore lui), excusez du peu. Joyeux comme une fête d’anniversaire au bord de la piscine. Mais aussi « Rollin’ », single langoureux où le hip hop s’accompagne d’un clavier pop. Avec les interventions du chanteur Khalid, la nouvelle valeur sûre du R’n’B américain, et du rappeur Future. Même si on se languit du prochain album d’Amadou & Mariam, leur EP Bofou Safou, porté par le morceau-titre, nous réjouit suffisamment pour arrêter de trépigner. Mais pas de danser : doté d’une production nourrie d’afrobeat comme de disco, « Bofou Safou » n’aurait pas détonné durant les nuits blanches du Studio 54, avec la magie du bambara en plus. Enfin, trois semaines après sa sortie, le nouvel album de Kendrick Lamar était déjà certifié platine. Guère étonnant au vu de la dextérité du rappeur de Compton. Single hyper porteur, « DNA » fait preuve d’un flow d’une rare puissance, radical et fulgurant, de paroles sombres et sans concession. En un mot, imparable. ■

Denai Moore, Kendrick Lamar et Calvin Harris : la bande son estivale.

« JIW », Sahad & The Nataal Patchwork, autoproduit.

pop / afrobeat

PREMIERS ALBUMS POUR LES FRÈRES SARR

La famille du philosophe Felwine Sarr partage le même GOÛT pour la musique. Majnun avec Waliyaan, et Sahad avec Nataal Patchwork. Inspirant !

« KINDÉPILI », Majnun, autoproduit

LES FRÈRES cadets de Felwine Sarr, économiste et écrivain sénégalais parti en orbite depuis la parution en 2016 de son essai Afrotopia (Philippe Rey/Jimsaan, 2016), partagent avec lui son goût pour la musique. Felwine Sarr, engouffré dans un marathon de conférences internationales, n’a plus beaucoup de temps à consacrer à sa guitare… Majnun et Sahad Sarr, eux, sortent presque au même moment, mais séparément, leurs premiers albums respectifs. Leurs points communs font inévitablement penser à leur frère aîné : même éclectisme, même quête spirituelle, titres autoproduits en toute indépendance et textes « à message ». Majnun, qui emprunte ce surnom à un personnage de la littérature soufie, est basé à Orléans. Il tient avec son groupe Waliyaan (« exil » en wolof) des compositions qui rafraîchissent la pop sénégalaise, dans le sillage de d’illustres aînés tells que Xalaam. De son côté, Sahad a formé le Nataal Patchwork (« portrait » ou « photo » en wolof) avec des amis africains rencontrés à l’université de Dakar – notamment nigérians, ce qui s’entend dans les cuivres et les pointes d’afrobeat à la Fela. « Je suis le parent de l’eau et de la lumière, mon nom est couleur », chante Sahad. Fils de militaire, peut-être, mais aussi poète que ses frères. ■ Sabine Cessou

r’n’b

LYNA

PARLE ON EN

musique

MAHYEM, LE SON JEUNE

NOUVELLE PÉPITE de la scène R’n’B, Lyna Mahyem a créé le buzz en janvier 2016 avec une reprise afro-trap (texte rap sur un rythme afro) du titre « 92i Veyron » du rappeur Booba. Un succès soudain qui lui a valu plus de 37 millions de vues sur YouTube ! Depuis, la chanteuse de 21 ans enchaîne les tubes qui cartonnent tels que « Tiens ça », « À mes côtés » ou encore « Tsunami ». Son dernier titre « Prenons le large », sorti début juin, s’impose déjà comme l’un des sons phare de cet été avec des sonorités orientales au rythme entraînant. Incontournable si on aime le genre. ■ Thalie Mpouho

« TSUNAMI », Lyna Mahyem, Universal Music.

rock SONGHOY BLUES, TOUT FEU TOUT FLAMME

OMAR, Aloui, Garba et Nat : voici quatre garçons dans le vent qui, depuis deux ans, secouent la scène de Bamako, refusant la violence environnante. Enregistré à Londres avec Neil Comber (M.I.A, Django Django, Crystal Fighters), Résistance s’offre des interventions VIP comme celle d’Iggy Pop. Normal, le deuxième album du groupe malien assume ses racines de l’ethnie songhoy et son amour pour le Sahara tout en s’ouvrant aux influences seventies anglosaxonnes. Résultat, un rock électrique, polyglotte et indispensable. ■ S.R.

« RÉSISTANCE » , Songhoy Blues, Transgressive/Pias Coop.

saison culturelle

Avec ses figures fantômes, Jompet Kuswidananto propose son interprétation d’une Indonésie – son pays –en quête identitaire.

« Rock the Kasbah » électrise Paris

La musique comme subversion : du karaoké au rock METAL, à travers des concerts, exposition et

projections,

l’ICI déroule une programmation plus détonnante que jamais !

ANGELICA MESITI, Adel Abidin, Hiwa K… « Rock the Kasbah » rassemble des artistes modernes et engagés venus « dénoncer » à travers l’art musical. L’exposition tient en effet son nom d’une chanson du groupe punk The Clash, écrite en 1982, suite à l’interdiction faite par l’ayatollah Khomeiny d’écouter du rock en Iran. En passant par les quatre coins du monde (Maghreb, Afrique subsaharienne, États-Unis…), « Rock the Kasbah » expose des œuvres à la fois contemporaines et spirituelles accompagnées d’un programme diversifié bravant tout tabou : débats, projection de films et documentaires, karaoké franco-arabe, battle de clips… Mais aussi éclectisme musical. Comme avec Lelahell, groupe algérien dans la lignée de Slayer. Ne ratez pas les derniers évènements programmés d’ici la fin du mois. ■ Thalie Mpouho « ROCK THE KASBAH », Institut des cultures d’Islam, jusqu’au 30 juillet. 19, rue Léon, Paris. rockthekasbah.fr

57e

Biennale LA DERNIÈRE TENTATION DE VENISE

Moins nombreux cette année, les ARTISTES du continent se distinguent toutefois par leur qualité.

BRÉSIL, installation textile de 7 mètres d’Abdoulaye Konaté, où s’entremêlent les similitudes culturelles guarini et malienne, The Mountain, film envoûtant de l’Égyptien Moataz Nasr, ou encore The Biography of the Forgotten du Nigérian Victor Ehikhamenor, fusion de formes abstraites avec une sculpture traditionnelle béninoise : la sélection africaine de la 57e Biennale de Venise se place sous le signe de l’interaction. Avec 86 pavillons et 120 artistes, l’événement se veut toujours plus ouvert, avec une majorité de nouveaux artistes et des formes créatives multiples. Présent pour la première fois, le Nigeria a pris ses quartiers dans une ancienne école. La Tunisie, qui fait aussi son baptême vénitien à l’initiative de la jeune mécène Lina Lazaar, a quant à elle choisi le thème de la migration, en installant deux kiosques où des douaniers fournissent un visa universel fictif. Une présence africaine remarquée. ■ Catherine Faye « BIENNALE DE VENISE », jusqu’au 26 novembre labiennale.org

Des centaines de languettes de tissus teintes, coupées et cousues : Abdoulaye Konaté travaille surtout le textile.

fête

« AFROPUNK » L’AGITATEUR DE LA VILLETTE

L’édition parisienne du festival new-yorkais verra se produire des pointures comme FFF ou TYLER, THE CREATOR.

CETTE ANNÉE, le festival Afropunk remet le couvert pour la troisième fois à Paris. Le succès des deux éditions précédentes a été tel que c’est la Villette et non plus le Trianon (devenu trop exigu) qui accueillera l’événement. Et ça promet ! Pendant deux jours, la culture noire américaine et celle du punk rock ne feront qu’une à travers ce mouvement anti-raciste et anti-homophobe né à Brooklyn au début des années 2000. Au programme, FFF, Tyler, The Creator ou encore Petite Noir, illustreront ce mélange des genres à travers des performances inédites. Également à l’affiche : street art, débats, cinéma… Serez-vous de la partie ? ■ T.M. « Afropunk Paris », la Villette, les 15 et 16 juillet. 211, av. J. Jaurès, Paris, et les 22 et 23 juillet à Londres. afropunkfest.com

Manchester Art Gallery PORTRAITS

DÉCOIFFANTS

Prenant la chevelure comme prétexte, Boris Nzebo évoque diverses RÉALITÉS à travers ses toiles.

musée d’Art moderne

d’Alger Nouveau regard

ILS ONT moins de 30 ans et sont originaires de différentes régions d’Algérie. Ces 20 auteurs témoignent de la richesse du nouvel élan photographique qui traverse le pays. « Ils se racontent et nous racontent des histoires qui révèlent l’Algérie contemporaine », explique Bruno Boudjelal, commissaire de l’exposition. « Ikbal/Arrivées » fait suite à un atelier à la Villa Abdellatif durant lequel des photographes avaient travaillé dans la perspective des Rencontres de Bamako. Avec 200 clichés d’hommes, d’enfants et de femmes dans leur environnement social, l’ensemble pose un regard intime sur l’univers algérien et se démarque du champ photographique patrimonial classique. L’exposition sera présentée à la Cité internationale des arts à Paris, du 12 septembre au 4 novembre. ■ C.F. « Ikbal / Arrivées », musée d’Art moderne d’Alger, jusqu’au 13 juillet. 25, rue Larbi Ben M’hidi. mama-dz.com

« COMMENT comprendre que notre environnement ne soit pas aussi bien soigné que nos têtes ? Quand nos cheveux sont malades, nous les soignons, mais nous ne faisons rien pour combattre la corruption… » Exposées au milieu d’œuvres de grands noms tels que Giacometti, Bacon ou Modigliani, les toiles du Camerounais Boris Nzebo mettent le feu. Superposition de bâtiments fondus dans les visages, lignes entrecroisées, architecturées, couleurs éclatantes, la construction singulière de ses portraits questionne les sociétés africaines à travers les coiffures. Présentés à la Manchester Art Gallery, au Royaume-Uni, à l’occasion d’une exposition consacrée à la place de l’humain, ses tableaux s’inscrivent dans une perception très personnelle de l’autre. S’il a commencé en peignant des devantures de coiffeurs, sa technique particulière et ses œuvres significatives font aujourd’hui de lui un artiste afropop à part entière. En explorant la coiffure dans l’espace urbain, il interroge le monde et la construction de l’identité. ■ C.F. « To be human », Manchester Art Gallery, jusqu’au 3 septembre. Mosley Street. manchesterartgallery.org

Jaden, le fils de Will Smith, avait joué en 2015.
« She Wants Love », 2014.

PARCOURS

Oualas

UN IVOIRIEN (PRESQUE) COMME LES AUTRES.

À Abidjan, c’est l’étoile qui monte. Découvert par… Mohammed VI,

ce comédien marocain, qui vient de se produire de nouveau à l’incontournable Marrakech du rire, propose un humour « Afrique-fusion ».

«Ivoirien ? Vous êtes sûr ? Il n’a pas une tête d’Ivoirien celui-là… » Difficile, lorsqu’on évoque Oualas, de convaincre les sceptiques. Pourtant, passeport à l’appui, Tahar Lazrak – de son vrai nom – est bien le compatriote de Yaya Touré et Tiken Jah Fakoly. À Abidjan, dans le quartier résidentiel de Biétry Zone 4 où il demeure, ses voisins n’ont aucun doute. Il est des leurs. Il suffit de l’entendre parler nouchi, le dialecte local, pour s’en convaincre. Ses anecdotes font mouche, en particulier celles où il moque « les Libanais », la puissante communauté qui occupe une grande place au sein de l’économie nationale. Mais entretient aussi des rapports complexes avec le reste de la population. « Le dragueur libanais », « Le président libanais »… Relayés par sa chaîne YouTube, ses sketches ont eu un tel retentissement que la communauté, furieuse dans un premier temps, a finalement dû demander grâce pour qu’il lève le pied et cesse d’être étrillée. Les Ivoiriens, eux, à en juger par les commentaires postés sur les réseaux sociaux, en rigolent encore. Doué pour appuyer là où ça fait mal, Oualas, 28 ans, a pourtant failli passer à côté de cette voie. Il y a quatre ans, il travaillait encore comme directeur d’exploitation au Freeman Hôtel, dans le quartier de Marcory. Hôtelier le jour, comédien la nuit. Il tente déjà de se faire un nom parmi les aspirants comiques, lui qui rêve de cette carrière depuis le collège. Avec un brin de chance, le destin, facétieux forcément, s’invite. Nous sommes un soir de mars 2013, Oualas est convié à se produire à un dîner. Invité de marque : Mohammed VI, qui séjourne alors dans la capitale. Le roi le remarque, demande à le rencontrer. « À la fin de la soirée, Sa Majesté m’a invité à le rejoindre, m’a demandé si j’étais binational. Je lui ai répondu que c’était le cas et raconté ma vie. Il m’a alors suggéré de faire comique à plein temps plutôt qu’hôtelier. » Le souverain intercède pour qu’il se produise au très prisé Festival Mawazine qui se tient chaque année à Rabat et Salé. « Ce soir-là, Sa Majesté m’a offert un bien précieux : son temps et sa bénédiction. » Sa carrière est lancée. Dakar, Libreville, le Marrakech du rire… La popularité viendra avec un passage à « Bonjour 2015 », un show télévisé de la RTI (Radiodiffusion télévision ivoirienne) qui le fera connaître aux quatre coins du pays. Oualas écume désormais les scènes, répondant présent aux nombreuses invitations, notamment celles de soirées privées pour VIP, à Abidjan, où lui seul a le micro. « Plus qu’un métier, ce que je fais est une distraction, dit-il. Plus je suis sur scène, mieux je me porte. » Thèmes de prédilection : les conflits politiques, l’islamisme radical ou encore le bien contre le mal, un sujet abordé dans Sept jours pour une éternité… de Marc Lévy, son inséparable livre de chevet. Mais son cheval de bataille reste le racisme. Oualas est bien placé pour en parler, lui qui est entre deux rives. Son père, originaire de Fès et sa mère, berbère, sont arrivés en Côte d’Ivoire en 1956. À l’indépendance, ils demandent et acquièrent la nationalité ivoirienne. « Je suis autant attaché à mon origine marocaine qu’à ma nation ivoirienne. Ces deux cultures sont une chance… » Lui-même, bien que né à Casablanca, arrive bébé à Abidjan où il grandira à Treichville. Épris de reggae et de coupé-décalé, fan de bodyboard qu’il pratique à Assinie, Oualas, qui parle anglais, arabe, espagnol, français et nouchi, dit vouloir « œuvrer à renforcer les fraternités ». À ceux qui le taxent de « faux Ivoirien », il rétorque invariablement : « un vrai Ivoirien doit-il forcément être noir ? ». Oualas, l’Ivoirien blanc : un joyeux luron à suivre de près. ■ Facebook.com/OualasOfficiel

Depuis leur rencontre en 2013, le roi du Maroc et l’humoriste se revoient régulièrement, comme ici au mois de mars dernier.

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TOURNONS LE DOS À DONALD

Et voilà, c’est fait. Les Iraniens, les Libyens, les Somaliens, les Soudanais, les Syriens et les Yéménites n’iront plus visiter la statue de la Liberté. Papy Trump a fait passer son décret. J’entends déjà chez certains hauts cadres africains, issus de contrées rodées aux méthodes rudes et expéditives, des cris d’approbation. En gros : « Si on ne veut plus d’immigrés terroristes, c’est ce qu’il faut faire ! » Idem chez les électeurs frenchs férus des thèses Marine et déçus de la défaite de leur championne toutes catégories des solutions à l’emporte-pièce. Alors bien sûr, les ressortissants des pays

bannis qui ont un « très » proche parent chez l’oncle Sam (un mari par exemple, mais pas une grandmère, allez savoir…) pourront rentrer. Pareil s’ils ont un contrat de travail (bonne nuit pour qu’une boîte américaine les choisisse pour un boulot…). Par contre, le vrai terroriste qui a une double nationalité, disons un Franco-Syrien qui a envie de se faire exploser au pied de la Trump Tower, par exemple, lui, il peut éventuellement entrer… Inutile de préciser qu’au-delà de l’humiliation pour les étrangers concernés et de la démonstration de force pathétique de Donald, la solution qui consiste à fermer ses frontières pour lutter contre les kamikazes est absurde. L’auto-radicalisation, y compris chez des 100 % Américains, est impossible à prévoir et enrayer… Pas la peine de parler ici de l’importance bénéfique des flux intellectuels, culturels, économiques dans le monde, bla, bla, bla… On passe alors pour des Bisounours à côté de la plaque pour certains. Par contre, j’espère bien que les nations concernées par ces méthodes de discrimination globale, vont aussi interdire l’entrée des Américains chez eux, au moins un temps, juste pour marquer le coup ? Après, on peut aussi dire que les États-Unis de Donald, on se passera bien de les visiter tant qu’il est en place et que ses « grands » électeurs ne se mordent pas encore les doigts d’avoir voté pour lui. On se passera donc d’aller arborer des oreilles de Mickey à Disney World, de se goinfrer de malbouffe qui rend obèse, d’aller se pavaner à cheval dans des réserves d’Indiens coiffés d’un Stetson à la JR, de rapporter des ridicules boules de verre où la neige tombe sur l’Empire State Building… Et on évitera aussi de se faire choper par un égaré du Ku Klux Klan, le sinistre mouvement qui a repris du poil de la bête. Ou encore, de se faire menotter à tout bout de champ par des flics à gros bras, qui multiplient les délits de faciès. Car c’est aussi ça, l’Amérique. Cette terre où finalement, on n’a plus vraiment envie d’aller depuis ce triste matin du 20 janvier dernier. Depuis qu’un grand peuple a décidé de tourner le dos au monde en jouant la carte Trump. ■

On se passera donc d’aller arborer des oreilles de Mickey à Disney World, de se goinfrer de malbouffe qui rend obèse.

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