
Tunisie
Pèlerinage
Messages d’espoir à la Ghriba
Guinée
Du potentiel à la réalité
Sénégal
Hommes-femmes, rudes combats !
Témoignages
Djihad La grande douleur des mères
Et aussi Daouda Coulibaly, Oxmo Puccino, Didier Claes, Samia Orosemane…
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Tunisie
Pèlerinage
Messages d’espoir à la Ghriba
Guinée
Du potentiel à la réalité
Sénégal
Hommes-femmes, rudes combats !
Témoignages
Djihad La grande douleur des mères
Et aussi Daouda Coulibaly, Oxmo Puccino, Didier Claes, Samia Orosemane…
L’élection en France d’Emmanuel Macron, 39 ans, ouvre le débat en Afrique, continent de traditions et d’un « grand-frérisme » actif. Un dossier spécial de 16 pages

par Zyad Limam

u nous as quittés d’un coup, comme ça. À Taormina, en Sicile, le 26 mai dernier, où tu étais venu couvrir le sommet du G7 pour France 24. 59 ans. C’est brutal… J’ai appris ton départ, ce jour-là, juste avant d’arriver sur les plateaux de la chaîne, pour une émission de débat.
Des souvenirs et des images sont remontés. Lors de mes premiers voyages sur le terrain, je te croisais souvent, un aîné de quelques années, avec déjà beaucoup plus d’expérience que moi, et une sorte d’assurance et de calme qui me faisaient largement défaut. Et puis aussi, tu avais déjà ta vraie légende, le côté tout-terrain, le côté baroudeur, 4×4.
Le journaliste qui bien au-delà de ses airs d’intellectuel et de lettré, avait couvert les premières poussées d’Ebola au Zaïre, suivi le Liberia, et Charles Taylor (dont ton ami, le journaliste Cyril Bensimon, raconte que tu imitais si bien « la voix suave et traînante »), la mise à sac de Kinshasa (en 1991)… Pour moi et d’autres, peut-être plus institutionnels dans le style, tu avais ce côté fascinant du vrai reporter, au « contact ». Longtemps à RFI, donc, avec des postes en Côte d’Ivoire, où tu as été, je crois, le premier à nous informer de la mort de Félix Houphouët-Boigny, et au Gabon, où la gestion d’Omar Bongo n’a pas dû être facile tous les jours… Directeur du fameux, du célèbre, de l’emblématique service Afrique (1996-2012). Puis RFI quitté dans le déchirement avant de rejoindre France 24, où tu avais retrouvé un nouveau souffle. En ouvrant aussi tes perspectives. Tout au long de ces années, ta voix et ton image nous ont accompagnés au rythme des événements d’une Afrique toujours en devenir, souvent convulsive. Et puis, il y a ce métissage que nous avons en commun, toi enfant d’une mère française et d’un père sénégalais, Kader Fall, qui fut ministre. Cette capacité à appréhender l’Afrique avec le cœur et la passion tout en pouvant s’en détacher, la regarder avec raison, de l’extérieur.
Je ne vais pas faire ici ta « nécro », comme on dit dans notre métier. Des gens beaucoup plus proches de toi, tes collègues, tes amis l’ont fait bien mieux que je ne pourrais le faire. Mais du coup, m’adressant à toi, le journaliste, je voudrais m’adresser à nos lecteurs.
Le journalisme est essentiel à l’Afrique. La presse et les médias sont essentiels. Nous avons besoin de raconter notre histoire, notre actualité, notre vision du monde. Nous avons besoin aussi d’interpeller nos puissants, nos hommes d’État, nos entrepreneurs, la société civile, la société tout court aussi, avec ses réussites, ses faiblesses, ses complaisances. Le chemin est difficile. La presse est fragile et il faut se faufiler au mieux entre les intérêts des uns et des autres, tout en cherchant une part de vérité, tout en s’adaptant à un métier en plein bouleversement.
Jean-Karim, tu pars bien trop tôt, mais tu as montré l’exemple, tu as fait ta part du travail.
À nous de continuer.
À d’autres aussi de suivre, de venir, de prendre la relève. ■







3 ÉDITO
Mon cher Jean-Karim par Zyad Limam
8 Musique : Disiz La Peste, la révolte tranquille par Sophie Rosemont
10 Livres : Léonora Miano, labyrinthes initiatiques par Catherine Faye
12 Écrans : Le camp des sorcières par Jean-Marie Chazeau
14 Agenda : Le meilleur de la culture
17 C’EST COMMENT ?
De l’art, dare-dare ! par Emmanuelle Pontié
18 PARCOURS
Maryam Madjidi par Catherine Faye
62 CE QUE J’AI APPRIS
Oxmo Puccino par Loraine Adam
64 LE DOCUMENT
En selle et aux quatre coins du monde par Zyad Limam
98 VINGT QUESTIONS À...
Samia Orosemane par Astrid Krivian
20 Perspectives
Le pouvoir jeune par Sabine Cessou, Frida Dahmani, Hedi Dahmani, Zyad Limam, Emmanuelle Pontié, Sophie Rosemont, Julien Wagner
36 Reportage
Djerba: À la Ghriba, une Tunisie de l’espoir par Julien Wagner
42 Enquête
Sénégal : hommes, femmes, rudes combats par Sabine Cessou
48 Interview
Didier Claes par Sabine Cessou
52 Temps fort
Djihad, l’immense douleur des mères par Hedi Dahmani
58 Les Gens
Daouda Coulibaly par Jean-Marie Chazeau


AFRIQUE MAGAZINE
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Éléonore Quesnel
DOSSIER GUINÉE
68 Devenir la perle de l’Afrique de l’Ouest par Coralie Pierret
72 Bauxite, un filon si convoité
75 Il y a huit ans, un massacre toujours impuni
76 Pour une capitale propre
80 Interview : Jacqueline Sultan
82 La tradition en héritage
84 Elles sont bien décidées à compter ! par Jean-Noël Caussil et Faustine Sappa
88 Escapades : Saint-Louis, le temps suspendu par Emmanuelle Pontié
90 Carrefours : Cheick Diallo, le défi du fer par Aurélie Dupin
92 Fashion : Sidi Marrakech Tailoring par Loraine Adam
VIVRE MIEUX
94 Acupuncture : La méthode du Qi !
95 Deux condiments qui font du bien
96 Allergies : comment faire face ?
97 Écrans : 6 bons conseils contre la fatigue visuelle


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40 ans, l’âge de raison ? Assagi, le rappeur inspiré des années 2000 revient plus en VERVE que jamais avec l’ambitieux album Pacifique.
par Sophie Rosemont
QUI DIT Disiz dit « J’pète les plombs », énorme tube antisocial qui lui a valu d’être étiqueté enfant terrible du hip hop français en 2000. À l’époque, ses références étaient nettement au-dessus du lot de la plupart de ses pairs rappeurs. Il s’y inspirait de la prestation rageuse de Michael Douglas dans Chute libre de Joel Schumacher (1993), l’irradiant de son humour aux échos désespérés. Puis il n’a plus arrêté de produire, ne manquant jamais de surprendre son public – notamment en 2010, avec Dans le ventre du crocodile, qui témoignait de son amour pour le rock’n’roll. Outre ses incursions littéraires (via Les Derniers de la rue Ponty en 2009 et René en 2012), il a su renouveler le langage du rap francophone avec une verve narrative
plutôt épatante… Et continue de le faire aujourd’hui avec ce superbe Pacifique, qu’il a tenu à réaliser lui-même… hormis deux coproductions avec Stromae sur « Splash » et « Compliqué ».

On tient là un album qui épouse à la fois l’air du temps (on y entend de l’auto-tune, des beats synthétiques, une trame électro-pop) tout en respectant l’ADN sonore de Disiz, à savoir un hip hop mâtiné d’influences éclectiques, du zouk à la chanson française. Il s’offre même le luxe de reprendre un des plus grands tubes d’Alain Souchon avec « Quand je serai chaos ». Approuvé par l’intéressé ! Une fois encore, ses inspirations relèvent le niveau, avec des

« PACIFIQUE », Disiz La Peste, Polydor.
allusions à Tolstoï, Aldous Huxley, Massive Attack, Jack London ou Steven Spielberg. Et s’attaque à ce que l’actualité a de plus révoltant : « Poisson étrange » évoque Aylan, enfant syrien retrouvé mort sur une plage… Plombant, Pacifique ? Non, il est au contraire traversé de cette insatiable soif de vivre et de raconter qui caractérise Disiz La Peste depuis ses débuts. Impossible de ne pas esquisser quelques pas de danse sur « Radeau », « ADN » ou « Ça va aller ». Enfin, « Auto Dance » ferme ce 11e album avec un panache se nourrissant des jolies mélodies de ses ancêtres comme de son présent musical foisonnant. ■
« ENNANGA VISION », Ennanga Vision, Soundway Records/ Kartel.




ENNANGA VISION, TRIBAL ET ACIDE
DERRIÈRE CE DRÔLE de nom s’activent le producteur londonien Jesse Hackett et le multiinstrumentiste Albert Ssempeke, fils d’un des musiciens de la cour royale du Bouganda. Ce sont ces mélopées oubliées, issues du répertoire traditionnel ougandais, que l’on retrouve dans cet album ultra-contemporain, mais passées à la moulinette des beats et des effets électroniques. Le tout accompagné d’un xylophone géant ou d’un violon à une corde africain... Et ça fonctionne ! On se laisse prendre par les rythmes saccadés et la beauté des mélodies tribales. ■ S.R.
afro-funk
LE SUPER COMBO DE SUPERGOMBO

« EXPLORATIONS », Supergombo, PAG/Inouie Distribution.
ICI, ON PARLE le langage du funk américain et de la Blaxeploitation comme des soukous congolais wet des gammes mandingues… Sans besoin de traduction. Dès l’irrésistible ouverture d’Explorations, « Faraphonium », on a envie de danser. Tant mieux, c’est l’objectif d’Étienne Kermarc, entouré des prodigieux musiciens (et compagnons de route !) Nacim Brahimi, Aurélie Joly, Romain Nassini, Riad Klai, David Doris et Wendlavim Zabsonré. Ensemble, ils offrent à l’afrofunk ce qu’il y a de mieux en termes de mélodies référencées et de grooves balancés. Un trip collectif qu’on ne demande qu’à rejoindre. ■ S.R.
« ZAÏRE 74 », LE WOODSTOCK DE KINSHASA Revivre le MYTHIQUE festival qui rassembla des pointures comme Tabu Ley Rochereau et Miriam Makeba ? Indispensable !
LE COMBAT de boxe entre Mohammed Ali et George Foreman au Zaïre est resté dans les annales, grâce à When We Were Kings Ce documentaire a été réalisé en 1996 par Leon Gast, après un long procès contre Don King, l’organisateur du match, qui avait mis sous clé les bobines de film et les bandes rapportées de Kinshasa. Soul Power, un autre, a retracé les performances à Kin de James Brown, B.B. King et The Crusaders, entre autres pointures américaines. Or, c’est un « Woodstock africain » qu’a abrité Kin en septembre 1974. Il aura fallu 43 longues années pour pouvoir en retrouver les fantastiques vibrations africaines, avec Franco, Tabu Ley Rochereau et Miriam Makeba au sommet de leur art. L’intégrale figure dans cette double compilation que l’on doit au musicien de jazz sud-africain Hugh Masekela et son ami américain Stewart Levine, producteur new-yorkais. Les deux hommes avaient participé en 1974 à la programmation « afro » du festival. Ils ont négocié avec l’avocat de Leon Gast pour avoir les droits sur les bandes ici remixées. Le résultat : une pépite dont on n’est pas près de se lasser. ■ Sabine Cessou


« ZAÏRE 74 », collectif, Caroline Records.

Le saxophoniste et bassiste Étienne Kermarc s’est entouré de nombreux musiciens pour son projet, où le groove règne en maître.
Ses romans sans concession touchent à l’INTIMITÉ. L’auteure franco-camerounaise livre ici une déroutante SUITE au premier volet de Crépuscule du tourment. Passionnant.
par Catherine Faye
SA VOIX PROFONDE, chaude, presque rauque, rappelle le timbre de Nina Simone ; son style rythmé, parfois incantatoire, swingue comme les notes d’une partition de jazz, sa passion. L’écriture de Léonora Miano est un son qui porte, qui captive. À 44 ans, l’auteure de huit romans dont La Saison de l’ombre, prix Femina 2013, revient avec un récit initiatique où la perte de repères conduit à une quête de soi. Si Crépuscule du tourment 1, Melancholy mettait en scène quatre voix de femmes – la mère, la sœur, l’épouse et l’amante – s’adressant au même homme, Crépuscule du tourment 2, Héritage part de l’intériorité de cet homme, autour duquel gravitent d’autres figures masculines et les femmes de sa vie. « D’abord, effrayé par son propre geste, il était remonté en voiture, avait foncé droit devant. Le déluge qui menaçait de noyer le monde ne l’avait pas arrêté, c’était autre chose, une puissance inconnue. » Ainsi commence le parcours tragique d’Amok, un nom prédestiné – l’amok désignant cet état de folie criminelle décrite par Stefan Zweig dans sa nouvelle éponyme. Car Amok est en fuite. Il vient de laisser pour morte sa femme après l’avoir frappée dans une crise de violence paroxystique. Horrifié par
son acte, il décide alors d’affronter son père dont il pense avoir hérité d’un « fauve caché dans l’âme des hommes de sa lignée ». Ce n’est qu’en se confrontant à son histoire familiale et à ses blessures secrètes que ce héros maudit trouvera peutêtre son salut. Léonora Miano écrit comme on construit un pont. Pour relier deux rives, deux mondes. La déraison et la sagesse, la réalité et le rêve, le crime et la rédemption. L’Afrique et l’Europe aussi, qui ne cessent d’habiter ses questionnements. Ses engagements aussi. Si ses personnages sont souvent africains, sa littérature se joue des frontières et les questions qu’elle aborde traitent aussi bien des relations entre les hommes et les femmes que des rapports entre le Nord et le Sud. Elle tisse chacun de ses romans avec un phrasé particulier, des figures contrastées, une émotion palpable. Ce récit-spirale teinté de surnaturel est à l’image de ses déambulations intimes. Puissant et illimité. Comme son regard. Brûlant. Sans concession.





« CRÉPUSCULE DU TOURMENT 2, HÉRITAGE », Léonora Miano, Grasset, 320 p., 20 €.

Crépuscule du tourment est né d’obsessions qui la poursuivaient depuis des années. De questionnements liés à son histoire, à sa construction, aux figures féminines qui l’ont entourée, à la sexualité. Alors, pour percer à jour les non-dits familiaux, « il a fallu que j’invente une histoire », confesse celle qui a grandi dans une famille bourgeoise africaine, à Douala où elle est née. Cette micro-société, elle en a exploré les moindres replis, jusqu’à son départ pour la France où elle vient faire ses études à 18 ans. Mais, à 21 ans, enceinte, elle se retrouve sans domicile ni papiers. « J’ai mis dix ans à sauver ma peau et celle de ma fille. C’est la seule période de ma vie où je n’ai pas écrit. » Naturalisée française en 2008, elle tient à son identité « frontalière » et ne s’embarrasse d’aucune compromission. « Je me tiens là où les mondes se rencontrent en permanence. » Une façon de renouer les liens brisés. Et de réécrire l’histoire. Indéfiniment. ■
APRÈS Meurtres rituels à Imbaba, on retrouve Makana, réfugié politique soudanais devenu détective privé au Caire, dans une troisième enquête. Quelques mois après le 11 Septembre, des manifestations pro-palestiniennes envahissent les rues du Caire suite au siège de Ramallah par les Israéliens. Et les forces américaines, CIA en tête, obsédées par la chasse aux terroristes, s’infiltrent
roman noir LA FOLLE MACHINATION D’UN
DÉLINQUANT MÉGALO
TURIN, début des années 80. Giovanni Oddone, petit dealeur et demi-maquereau, est arrêté à la suite d’un imbroglio qui lui vaut d’être accusé de terrorisme. Emprisonné, il se lance dans une entreprise à l’aune de son hilarante mégalomanie : monter une arnaque impliquant la Fiat, la Toro (l’autre équipe de foot turinoise) et Kadhafi. Il utilise les charmes de Cosetta, sa petite amie


« LES OMBRES DU DÉSERT », Parker Bilal, Seuil, 432 p., 22,50 €.


« KADHAFI, LE FOOT ET MOI », Luca Masali, Métailié, 336 p., 21 €.
dans tout le pays. Un roman haletant où Bilal (pseudonyme de Jamal Mahjoub) évoque la condition des femmes de façon très incarnée, sans que la fiction ne pâtisse du propos politique. ■ C.F. pas vraiment soumise, et les folies cocaïnées d’une héritière fantasque de l’empire Agnelli. Un roman délirant sur fond historique d’un des meilleurs écrivains italiens de science-fiction et de romans noirs. ■ C.F.


« LES DEUX VIES DE BAUDOUIN », Fabien Toulmé et Valérie Sierro, Delcourt, 272 p., 25 €.


bande dessinée


LED ZEPPELIN, les Rolling Stones, les Doors… Baudouin, passionné de rock, a toujours rêvé d’être musicien. Seulement, à 30 ans, juriste, il mène la vie la plus monotone qui soit, seul, métro, boulot, dodo. Jusqu’à ce qu’une détestable nouvelle change le cours de son destin. Et l’invite à revisiter sa vie. Un basculement qui prend la forme d’une tumeur maligne sous son bras. Sans espoir. Il décide alors de tout envoyer valser et de suivre son frère en mission humanitaire au Bénin. Un album surprenant. Et qui fait du bien. Parce qu’il n’est jamais trop tard. ■ C.F.
DU NDOLÉ au poulet DG en passant par le farofa de manioc aux gambas ou l’injéra éthiopienne au veau, Christian Abégan, ambassadeur camerounais de l’art culinaire africain, nous invite à un savoureux périple au gré des coutumes alimentaires, des ingrédients phares et des traditions du continent. Les recettes de cet artiste épicurien, à la fois conseiller culinaire et de l’art de la table, chef de cuisine et chanteur lyrique, sont décrites avec pédagogie et illustrées par de très belles photos. Astucieuses et variées, elles nous dévoilent les secrets des marmites africaines qui se trouvent ainsi, comme par magie, à la portée de tous. ■ C.F.


« LE PATRIMOINE CULINAIRE AFRICAIN », Christian Abégan, Michel Lafon, 156 p., 24,95 €.


Une sorte de zoo humain où sont retenues l’héroïne et ses comparses et qui sert aussi d’attraction pour touristes…
I Am Not a Witch, film zambien très remarqué au festival de Cannes, raconte comment une orpheline accusée de faits abracadabrants se retrouve internée. Une belle claque aux PEURS ancestrales.
par Jean-Marie Chazeau
DES TOURISTES EUROPÉENS (et africains) derrière une grille demandent à prendre en photo des femmes au visage peinturluré de blanc : nous sommes à l’entrée d’un camp de sorcières, et ce relent de zoo humain ouvre le premier film très original de Rungano Nyoni. Des sorcières parquées, « cela existe surtout au Ghana, explique la cinéaste zambienne, c’est encadré par le gouvernement depuis plus de cent ans. En Zambie, où l’État laisse beaucoup de pouvoir aux chefs locaux, c’est surtout en zone rurale qu’on peut en trouver : l’un de ces chefs fait même travailler des “sorcières” dans son palais… ». Presque toujours des femmes, vite accusées de sorcellerie par une belle-famille qui veut récupérer la part d’une veuve, ou par un gendre trop heureux de se débarrasser ainsi de sa belle-mère ! « Pour moi, ce film est un conte de fées, j’ai mixé des faits réels et de la fiction », ajoute Rungano Nyoni. Elle a choisi de se concentrer sur une petite fille d’à peine 9 ans, abandonnée et mutique, arrivée dans un village où sa présence effraie les femmes qui vont chercher de l’eau au puits. S’ensuit une enquête et un procès expéditifs mais plutôt cocasses (le comédien qui incarne le représentant du « ministère du Tourisme et des Croyances traditionnelles » est très drôle).

Shula (Maggie Mulubwa) est attachée avec un ruban, pour ne pas s’envoler…
Baptisée Shula (« la déracinée ») par les femmes de ce camp de travaux forcés, elle se retrouve comme elles attachée par un long ruban blanc relié à une énorme bobine installée sur un camion orange… pour ne pas s’envoler. Visuellement, au milieu de la savane zambienne, l’effet est très réussi, et pour la cinéaste, « la situation est tellement absurde que le film va vers l’absurde… ». Le ton n’est pourtant pas si léger, plusieurs scènes montrent le poids des superstitions aujourd’hui, jusque sur le parking d’un supermarché. Et la petite fille au cœur du film est magnétique. ■
« I AM NOT A WITCH » (Zambie-Grande Bretagne-France) de Rungano Nyoni, avec Margaret Mulubwa, Henry B. J. Phiri. En salles prochainement. DR (4)
COMMENT PORTER PLAINTE quand vos bourreaux sont ceux qui sont censés vous protéger ? Librement adapté du témoignage d’une étudiante violée par des policiers*, ce film de Kaouther Ben Hania (Le Challat de Tunis) est d’abord un défi formel : cette nuit de cauchemar est racontée en seulement 9 séquences, à l’intérieur desquelles aucun montage n’a été réalisé. Une façon très efficace de vivre au plus près ce qui arrive à la jeune victime, de clinique en hôpital, de commissariat en poste de police. Dans cette charge contre les abus de pouvoir, le film montre aussi quelques signes de bienveillance au sein des institutions de la Tunisie postrévolutionnaire. ■ J.-M.C.
*Coupable d’avoir été violée de Meriem Ben Mohamed et Ava Djamshidi, éditions Michel Lafon.

« LA BELLE ET LA MEUTE » (Tunisie) de Kaouther Ben Hania, avec Mariam Al Ferjani, Ghanem Zrelli. En salles le 18 octobre.



Présentée au Festival de Cannes (sélection « Un certain regard »), cette œuvre choc a fait sensation.
« ALI, LA CHEVRE ET IBRAHIM » (Égypte) de Sherif El Bendary, avec Ali Sobhy, Ahmed Magdy. En salles le 7 juin.


DEUX HOMMES et une chèvre : Ali, amoureux de Nada et son joli pelage blanc, et Ibrahim, ingénieur du son victime d’acouphènes intolérables, partent ensemble du Caire vers Alexandrie puis le Sinaï, sur les conseils d’un guérisseur… Ce trio improbable s’embarque dans un road movie qui se suit avec plaisir. C’est drôle, mais rien n’est appuyé, même la chèvre ne cabotine pas (le réalisateur en a « auditionné » 2 000 pour trouver celle qui méritait le rôle !). Une vision de l’Égypte un peu déconnectée de la situation politique, mais qui laisse la part belle au petit peuple du Caire d’aujourd’hui, digne héritier d’une tradition de grands cinéastes. ■ J.-M.C.
ADY, ADOLESCENT métis, grandit sous la mauvaise influence des jeunes voisins de sa cité en banlieue lyonnaise. Son père décide de l’envoyer chez son frère, dans la campagne burkinabè, du côté de Gaoua. Il se croit en vacances au bled, mais son oncle veut le remettre dans le droit chemin, et en faire un homme… Sa grand-mère (incarnée par la doyenne des comédiens du Burkina Faso, Joséphine Kaboré) qui l’appelle « mon petit blanc, mon petit mari », est celle qui va l’aider le mieux à comprendre qui il est et d’où il vient. Un très beau film généreux et sobre sur la recherche identitaire, porté par d’excellents acteurs. ■ J.-M.C.





Ady, 13 ans, retrouve sa grand-mère le temps d’un été, remarquablement interprétée par Joséphine Kaboré.
« WALLAY » (France-Burkina Faso) de Berni Goldblat, avec Makan Nathan Diarra, Ibrahim Koma, Hamadoun Kassogué. En salles le 28 juin.

manifestation

Trois jours de musiques du monde et de fête, au cœur de la MÉDINA D’ESSAOUIRA : c’est le programme de l’édition anniversaire de l’événement.
ISMAËL LÔ, Ray Lema, Carlinhos Brown, Lucky Peterson, Bill Laurance… Cette année encore, les grands noms de la scène musicale internationale sont invités à rencontrer les maîtres gnaouis au cœur de l’ancienne Mogador inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco. Trois jours d’intenses moments de fusion et d’improvisation musicale inscrits sous le signe de la convivialité et du dialogue des cultures. Cette édition particulière vient couronner vingt années d’existence et de reconnaissance mondiale. Au-delà du divertissement, c’est un véritable acte de foi et de résistance. Une célébration du patrimoine culturel gnaoui – confrérie religieuse populaire descendante de populations d’esclaves d’Afrique subsaharienne –, de ses rituels, de ses rythmes, plus que jamais ouvert sur le monde. Un espace de création et d’échange à ciel ouvert, avec plus de 300 000 festivaliers et une programmation inédite. ■ Catherine Faye
« FESTIVAL GNAOUA ET MUSIQUES DU MONDE », Essaouira (Maroc), du 29 juin au 1er juillet. festival-gnaoua.net



À l’occasion des 30 ans de sa disparition, le Palais Galliera célèbre la diva à travers son DRESSING exceptionnel.

Robe bustier à sequins de Loris Azzaro, 1976.
FEMME-ENFANT, vamp hollywoodienne, disco queen en fourreau lamé ou caftan de Turquie, bella donna hantant Montmartre en trench coat ou Le Caire en robe noire traditionnelle, dans le film Le Sixième Jour… À travers son éblouissante garde-robe, fruit d’une donation de son frère Orlando, le Palais Galliera dévoile les métamorphoses de l’interprète de « Salma Ya Salama », née au Caire en 1933, de son arrivée à Paris à 21 ans pour faire carrière dans le cinéma à sa disparition en 1987. Son vestiaire, qui a toujours suivi les caprices de la mode, est aussi le reflet de l’évolution artistique de la chanteuse et actrice, dont les robes se « dramatisent » au fur et à mesure que son répertoire s’assombrit. Ses couturiers fétiches ? Pierre Balmain, Yves Saint Laurent ou Nina Ricci, mais aussi des costumiers comme Michel Fresnay, qui façonnera des pièces spectaculaires à la mesure de sa plastique affolante. En filigrane, un portrait émouvant de l’ex-Miss Égypte ingénue devenue superstar internationale, qui aura été « toutes les femmes ». ■ Eléonore Quesnel « DALIDA, UNE GARDE-ROBE DE LA VILLE À LA SCÈNE » au Palais Galliera, jusqu’au 13 août. 10, avenue Pierre 1er de Serbie, Paris. palaisgalliera.paris.fr

exposition
Shakir Hassan Al Said, « Jala Aidun (Evacuation, We Will Return) », 1983.

Une partie de cet IMMENSE fonds d’art moderne et contemporain arabe est à découvrir à l’IMA.
POUR LA PREMIÈRE fois en France, l’Institut du monde arabe présente une sélection de l’une des plus importantes collections d’art moderne et contemporain arabe. Celle du sultan émirati Sooud Al-Qassemi, créée en 2010 à Sharjah. Avec déjà 1 300 œuvres d’artistes originaires du Moyen-Orient, le collectionneur souhaite que ces pièces deviennent un instrument de tolérance, soulignant l’importance de l’art et de la culture dans la société. Ce fonds d’une immense richesse rend hommage à l’énergie créative de la scène artistique arabe en réunissant les grandes signatures, de Baya à Kader Attia en passant par Adel Abdessemed, Marwan, Ahmed Cherkaoui ou encore la jeune irakienne Hayv Kahraman. Mais aussi des artistes méconnus ou oubliés. Une sélection qui retrace l’histoire de la création arabe depuis la seconde moitié du XXe siècle et présente une nouvelle lecture de l’histoire de l’art. ■ C.F. « 100 CHEFS-D’ŒUVRE DE L’ART MODERNE ET CONTEMPORAIN ARABE – LA COLLECTION BARJEEL », Institut du monde arabe, jusqu’au 2 juillet imarabe.org/fr
concert
DICAP LA MERVEILLE alias « le prince de la pop congolaise », est un véritable phénomène devenu en 20 ans le 6e artiste africain le plus riche du continent. Explorateur de sonorités africaines, ses collaborations avec Koffi Olomidé, Olivia ou Youssou N’Dour ont largement confirmé sa popularité. En mai dernier à Paris, il a été le premier artiste congolais à décrocher un single d’or pour sa chanson « Kiname » en featuring avec Booba, catapulté au Top des ventes digitales en cinq mois à peine. L’ancien gamin des rues devenu poids lourd de la rumba se produira à la Cigale à Paris le 22 juin prochain pour un concert initié par l’Unicef au profit d’un hôpital de Kinshasa, qui lutte contre la malnutrition chronique dont souffre un enfant sur deux dans son pays. Il se dit également que Fally va de nouveau collaborer avec MHD, une autre tête d’affiche du rap français. ■ Loraine Adam



Les bluesmen du désert de Terakaft.
festival Africa Fête LA CITÉ PHOCÉENNE CÉLÈBRE L’AFRIQUE
À l’affiche : ROCKERS touaregs et bals endiablés ! ddlb
Pour sa 13e édition à Marseille, le festival Africa Fête rend hommage à son fondateur Mamadou Konté, dix ans après sa disparition. Sénégalais d’origine malienne, cet entrepreneur culturel, organisateur de concerts, de tournées, producteur de musique, créa en 1978 ce festival itinérant (France, États-Unis, Sénégal…) puis le label du même nom. Il fut un pionnier dans la promotion des artistes africains en Occident (Salif Keïta, Angélique Kidjo, Baaba Maal…), et un acteur majeur du développement du secteur musical panafricain. Manu Dibango, Ray Lema, Cheick Tidiane Seck et Touré Kunda lui feront honneur lors d’un concert exceptionnel. Autre temps fort : l’événement invitera le mythique Festival au désert du Nord-Mali, en exil depuis 2013 suite à l’instabilité de la région. Les rockers touaregs Terakaft, accompagnés du guitariste anglais Justin Adams, et les bluesmen d’Ali Farka Touré Band, jadis musiciens de feu le grand Ali Farka Touré, transporteront le public au-delà de la Méditerranée. Également au programme des festivités : cinéma, conférences, danse, ateliers artistiques… ■ Astrid Krivian « FESTIVAL AFRICA FÊTE », Marseille, du 30 juin au 8 juillet. africafete.com
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Afriques capitales, Africa Now, L’Afrique des routes, Art Paris Art Fair, Art/Afrique… Quelle mouche pique donc Paris et quelques voisines européennes cette année ? On assiste à un véritable printemps afro de la scène artistique. Les expositions consacrées aux talents contemporains déferlent à Paname, les interviews de spécialistes du milieu se multiplient dans les colonnes des journaux, ainsi que les interrogations sur la cote, pas la cote, de ces traits de pinceaux et coups de burins issus de l’extraordinaire créativité du continent. Un bel effet de mode selon certains, qui s’en ira aussi vite qu’il est venu.
Pour d’autres, la vitalité artistique africaine s’exporte, faute de cimaises locales. Pas faux. Il n’y a qu’à voir le nombre de musées nationaux fermés, ou juste ouverts à quelques calebasses anciennes, témoins des civilisations passées, et jamais à l’art contemporain. Faute de moyens, faute de clients, faute de mécènes, faute d’acheteurs. Bref, faute d’intérêt généralisé pour la culture du moment, voire pour la culture tout court. Pourtant, dans certains pays d‘Afrique de l’Ouest (eh oui, l’Afrique centrale est un peu en retard…), et l’on peut citer la Côte d’Ivoire, le Sénégal ou le Bénin, les galeries, les fondations, les happenings, bref, les initiatives inspirées ou non fleurissent depuis quelques années.
Les « élites » collectionnent, consomment du contemporain. Et avec elles, un petit marché, voire certaines cotes s’installent, grandissent. Et c’est, évidemment, un phénomène hyper réjouissant pour demain. Car, enfin, on le sait, un talent reconnu et soutenu dans son pays n’en sera que plus fort et pourra rayonner. Avant de l’être en Europe, c’est en Afrique que l’art contemporain doit être mis à la mode. Une mode durable. Lorsque ce sera beaucoup plus chic de

Pascale Marthine Tayou, plutôt que d’accrocher dans son salon une aquarelle d’un paysage de Bretagne rapportée d’un voyage à Camarec, ce sera gagné ! Et avec le temps, en Occident, on ne parlera plus de l’art africain contemporain comme un phénomène à part, passager, sans véritable cote. Mais plutôt de tel ou tel artiste génial ou de telle œuvre monumentale. Alors, encore un petit effort. Le printemps africain de Paris, c’est super bien, mais le printemps africain d’Afrique, ça sera encore mieux ! ■
On le sait, un talent reconnu et soutenu dans son pays n’en sera que plus fort et pourra rayonner.
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