Commentaires et perceptions africaines sur une élection présidentielle hors norme
Avec les réactions de Felwine Sarr, Véronique Tadjo, Gilles Yabi, Tierno Monénembo…
DOSSIER SPÉCIAL Bénin, la révolution Talon
MAROC
Mohammed VI, roi artiste
Avec l’interview de Mehdi Qotbi
TUNISIE Le mystère Youssef Chahed
CAMEROUN
Exclusif : vivre à Maroua au temps de Boko Haram
CONGO Voyage à Oyo, le « village » du chef !
par Zyad Limam
L QUELQUE CHOSE DE RASSURANT
es images sont d’une violence insoutenable. Des enfants qui meurent de soif et de faim. Le spectre de la famine s’abat sur l’Afrique de l’Est. En 2017. La sécheresse joue son rôle. Mais les guerres qui ravagent le Soudan du Sud participent à ce désastre. Les États de la région, les institutions sont incapables de proposer un début de solution concrète. En France, on célèbre une autre Afrique. Paris se retrouve à l’épicentre de la création artistique continentale. « Afriques capitales » au parc de la Villette, expositions à la fondation Louis Vuitton, mise en scène dans un célèbre grand magasin, invitation d’honneur (qui ne va pas sans polémiques) au festival d’Avignon… Les couvertures de magazines célèbrent le dynamisme du continent, sa créativité. De la Ville lumière à Londres, en passant par New York ou Berlin, on peut même évoquer une forme d’« afromania » rafraîchissante et encourageante.
Ce qui nous laisse perplexe sur l’état réel de notre continent. Si l’on regarde la situation politique, économique, sociale, le tableau peut se montrer déprimant. La croissance est trop faible et mal répartie, les problèmes de gouvernance sont si profonds que la pauvreté ne recule pas, au contraire. La croissance profite à quelques élites urbanisées (qui avaient déjà beaucoup). La plupart des grands pays sont en crise ou en stagnation : Nigeria, Afrique du Sud, Égypte, Algérie… L’Éthiopie part de très loin et reste menacée par des conflits ethnicorégionalistes. La République démocratique du Congo offre le visage d’un « État » au bord de la guerre civile permanente. Autre point : la question sécuritaire et le terrorisme, qui soulignent la fragilité des structures de défenses institutionnelles.
Sur le plan des infrastructures, l’Afrique reste « un continent dans le noir » : 600 millions d’Africains vivent sans électricité et la plupart des autres n’y ont accès que par intermittence. Comment construire une stratégie économique sans énergie ? Poussés par la démographie, des dizaines de dizaines de millions de jeunes Africains n’ont aucune chance ou presque de trouver un emploi dans le secteur formel. On pourrait évidemment évoquer la santé. Ou bien l’éducation. On pourrait céder à l’afro-pessimisme. Et pourtant, en voyageant, en écoutant, il y a quelque chose de rassurant, qui relève de l’énergie positive. Une manière encore confuse mais vivace de dire non à la résignation. Partout, des entrepreneurs émergent. Ils cherchent à sortir des sentiers battus. Le boom de la scène artistique est un marqueur fort de cette nouvelle vivacité. Tout comme l’émergence du nord au sud de sociétés civiles actives, qui interpellent les pouvoirs et les institutions, dopées par les technologies et les réseaux sociaux. Je peux paraître naïf, mais il y a quelque chose qui bouge dans cette Afrique aux problèmes immenses. Quelque chose qui a trait à l’innovation, à l’imagination, à l’ambition, à l’inclusion, aux nouvelles solidarités, qui part du bas et remonte vers le haut, vers les vieilles élites, issues d’un monde ancien. Cela peut sembler encore modeste, désordonné, mais c’est là, et c’est le plus important. ■
SOMMAIRE
3 ÉDITO
Quelque chose de rassurant par Zyad Limam
6 À SUIVRE
L’essentiel de l’actualité
ON EN PARLE
10 Livres : Chimamanda Ngozi Adichie, femme de paroles par Catherine Faye
12 Écrans : Black, proud & gay par Jean-Marie Chazeau
14 Musique : Y’akoto, chant de sirène par Loraine Adam
16 Agenda : Le meilleur de la culture
19 C’EST COMMENT ?
À bas les kilos ! par Emmanuelle Pontié
26 PARCOURS
Bouchra Jarrar par Catherine Faye
58 CE QUE J’AI APPRIS
Solo Soro par Astrid Krivian
90 LE DOCUMENT
Malek Chebel, comme autant de signes… par Catherine Faye
106 VINGT QUESTIONS À...
Kamel le Magicien par Astrid Krivian
TEMPS FORTS
20 Enquête
Le mystère Chahed par Frida Dahmani
28 Débat
La France est-elle fichue ? par Zyad Limam avec Akram Belkaïd, Sabine Cessou, Hedi Dahmani, Emmanuelle Pontié et Julien Wagner
36 Reportage
Revivre à Maroua, malgré Boko Haram par Alexis Huguet
44 Culture
M6, le roi artiste par Zyad Limam
52 Reportage
Si tu vas à Oyo… par Julien Wagner
60 Perspectives
Kenya, menaces sur le pays « start-up » par Dounia Ben Mohamed
86 Interview
Simon Njami : « Soyez exigeants!» par Sabine Cessou
DOSSIER BÉNIN
66 La révolution Talon par Emmanuelle Pontié
70 Le bal des réformes par Delphine Bousquet
74 La modernité au pouvoir
76 Vers la valorisation de l’Histoire et du patrimoine
80 Les 10 qui font le « move »
MADE IN AFRICA
96 Escapades : Oran la frondeuse par Zyad Limam
98 Carrefours : la belle année de Diébédo Francis Kéré par Zyad Limam
100 Fashion : Laduma Ngxokolo par Sophie Rosemont
VIVRE MIEUX
102 AVC : pourquoi de plus en plus jeune ? par Annick Beaucousin
103 Bien-être : huiles essentielles, mode d’emploi par Annick Beaucousin
104 Visage : le nettoyage du soir in-con-tour-nable par Julie Gilles
105 Dents : en prendre vraiment soin par Annick Beaucousin
« Je sais que vous avez fait campagne contre moi… » Pour Issa Hayatou, le responsable de la défaite est Gianni Infantino, le président de la Fifa.
Fin
de règne pour l’« Empereur »
Le Camerounais Issa Hayatou ne préside plus la puissante CONFÉDÉRATION africaine de football.
Bienvenue au Malgache Ahmad Ahmad.
C’ÉTAIT UNE MÉCANIQUE d’horloger suisse diront certains. Issa Hayatou, président de la confédération africaine de football (CAF) depuis 1988, ne pouvait pas perdre. Il visait un 8e mandat. Malgré ses 70 ans, ses ennuis de santé, peu voyaient une défaite de l’« Empereur ». Comme à son habitude, ce personnage contesté et haut en couleur avait joué la carte de la « petite » politique supposée efficace. Celle des couloirs, des arrangements et des coups de force. Pas vraiment de campagne. Pas vraiment de programme. Il avait verrouillé l’élection en amont. Évincé les adversaires les plus dangereux grâce à une disposition stipulant que « tout candidat à la présidence de la CAF […] devra être ou avoir été membre du comité exécutif ». Réussi à supprimer des statuts la limite d’âge qui l’aurait empêché de briguer un nouveau mandat. Joué de l’intimidation, en retirant l’organisation de la CAN 2017 des moins de 17 ans à Madagascar sitôt annoncée la candidature du Malgache Ahmad Ahmad (futur vainqueur). Et pourtant… À la surprise générale, le 16 mars, l’« homme de Garoua » (Nord-Cameroun) était défait 34 votes à 20 lors de l’assemblée générale de la CAF à Addis-Abeba par son opposant. Depuis, bien des explications ont été avancées. En premier lieu, une véritable usure du pouvoir, un besoin de changement de génération et de renouvellement pour la confédération. En second lieu, les multiples sources de frictions ne manquaient pas : l’enquête lancée en Égypte sur l’attribution des droits médias et marketing du foot
africain pour la période 2017-2028, les bisbilles avec les fédérations maghrébines, en particulier le Maroc et l’Algérie, l’hostilité de l’Égypte qui craignait un déménagement du siège de la confédération du Caire vers une autre capitale, les tensions nées des attributions des prochaines CAN (Cameroun 2019, Côte d’Ivoire 2021, Guinée 2023)…
Pour Hayatou, en revanche, il n’existe qu’un responsable à ce fiasco : Gianni Infantino, nouveau président de la Fédération internationale de football (Fifa) depuis février 2016. « Je sais que vous avez fait campagne contre moi », a lancé le Camerounais à l’issue du vote qui mit fin à son règne. L’Italien, malgré ses seize ans de présence à la Fifa, s’active depuis son élection pour incarner le renouveau suite aux scandales de corruption liés aux attributions à la Russie et au Qatar des Coupes du monde 2018 et 2022. Après la mise à la retraite du Suisse Sepp Blatter, ex-président de la Fifa, qui avait fait d’Hayatou et de ses 54 fédérations la clé de voûte de son pouvoir, il ne pouvait finalement en être autrement. Il faut certainement se réjouir de ce renouvellement comme de l’ambition affichée par M. Ahmad Ahmad d’organiser une Coupe du monde en Afrique, en 2026 au Maroc. Mais le changement des hommes n’est pas à lui seul un gage de changement des pratiques. M. Ahmad avait été cité dans le Sunday Times britannique à propos de pots-de-vin pour l’obtention de la Coupe du monde 2022 au Qatar… Accusation formellement démentie par l’intéressé. ■ Julien Wagner
Le plein emploi... pour le gouvernement
Le nouveau chef de l’État ghanéen, Nana Akufo-Addo, a-t-il trouvé un moyen ORIGINAL de combattre le chômage ?
VOULAIT-IL entrer dans le Livre Guiness des records ?
Nana Akufo-Addo, tout fraîchement élu président du Ghana, vient de réaliser une belle performance : nommer un gouvernement qui ne compte pas moins de… 110 ministres : 40 ministres (dont 4 d’État), 50 ministres délégués et 20 ministres régionaux. Auxquels il faut rajouter leurs suppléants. « C’est un investissement nécessaire pour la transformation rapide de ce pays. Les ministres vont travailler, ils ne seront pas en vacances », a déclaré AkufoAddo. En ces temps d’austérité où la mode est aux équipes réduites et aux gouvernements resserrés, la nouvelle a fait le tour du monde, suscitant critiques et railleries. Mais à y regarder de plus près, c'est au contraire une excellente initiative dans un pays où 12 % de la population active –taux record en mars 2017 – est sans emploi. Pensez donc, à 110 ministres, il suffit de compter le nombre de chauffeurs, gardes du corps, secrétaires, assistants, rédacteurs, conseillers et autres chargés de mission dont tout ce petit
Accra, le 7 janvier. Le président prête serment. monde aura besoin. Sans compter le parc automobile qu’il faudra entretenir, les policiers et gendarmes affectés à la sécurité de chacun, les appartements et villas de fonction qui devront être rutilantes et nécessiteront employés de maison, cuisiniers, jardiniers… Un millier de postes créés en un clin d’œil, cela mérite d’être salué ! ■ Hedi Dahmani
Tunisie : le mariage pour toutes
Des femmes réclament de pouvoir ÉPOUSER un non-musulman.
C’EST L’UNE des plus grandes hypocrisies du monde arabo-musulman. Et c’est aussi une honteuse réalité. Contrairement aux hommes qui peuvent épouser qui bon leur semble, les femmes ne peuvent pas se marier avec des non-musulmans. Pire, dans certains cas, elles ne peuvent même pas transmettre leur nationalité à leurs enfants quand elles s’unissent avec un musulman d’un autre pays. Dans ce dernier cas, des progrès ont été faits, la Tunisie ayant été une pionnière en ce sens (pour résumer, la fille d’un Marocain et d’une Tunisienne est aussi tunisienne au regard de la loi du pays de sa mère). Par contre, aucune ouverture n’a été accomplie pour ce qui concerne les mariages interreligieux. Si une musulmane veut épouser un chrétien, un juif, un hindouiste ou un époux de toute autre confession (ou supposée telle car l’athéisme est une autre paire de manches), il faut que l’intéressé se convertisse à l’islam (et qu’il fournisse un certificat en ce sens…). Ce qu’il fait le plus souvent, histoire de lever les obstacles administratifs
et sans que personne ne soit dupe de la sincérité de cette entrée dans l’oumma. Cette inégalité devant le mariage est un scandale car nombre de musulmanes mariées à des non-musulmans demeurent considérées comme des célibataires par leurs pays voire des filles mères quand elles ont des enfants de cette union. On imagine aisément les dégâts que ce genre de situation peut provoquer. Aussi, il faut saluer l’initiative d’une coalition d’associations tunisiennes qui exige le retrait d’une circulaire de 1974 interdisant le mariage des Tunisiennes musulmanes avec des non-musulmans. Pour elles, ce genre de dispositif viole la liberté de conscience inscrite dans la Constitution de 2014. L’affaire est néanmoins loin d’être gagnée. Sur la Toile, la démarche a provoqué des commentaires rageurs, y compris de femmes. Quant aux autorités tunisiennes, elles bottent prudemment en touche tandis que les responsables religieux rappellent que la charia est la charia et qu’elle interdit de tels mariages. ■ Akram Belkaïd
Une goutte d’eau dans l’océan…
Jérôme Jarre, idole potache des RÉSEAUX SOCIAUX, a réussi à acheminer plus de 60 tonnes de vivres en Somalie. Mais l’initiative, louable, est presque anecdotique face aux MENACES de sécheresse et famine qui frappent certains États du continent.
C’EST LA « JOLIE HISTOIRE » des journaux télévisés aux États-Unis et en France. Un jeune humoriste français de 26 ans vivant aux États-Unis, star des réseaux sociaux (8,6 millions de suiveurs sur Vine et 1,3 million sur Twitter), a réussi l’exploit de récolter plus de 2 millions de dollars et de se faire prêter un avion par la compagnie Turkish Airlines afin de venir en aide aux Somaliens accablés par la famine. Plus de 80 000 personnes ont répondu à son action et envoyé un don, avec des relais de la part de stars internationales comme les acteurs Ben Stiller ou Omar Sy. Le 29 mars dernier, soit deux semaines seulement après l’appel lancé sur les réseaux sociaux, 60 tonnes d’eau et de nourriture atterrissaient à Mogadiscio. « Une goutte d’eau dans un océan », reconnaissait malheureusement Jérôme Jarre lui-même. En effet, pour faire face, la Somalie, dont le pic de crise alimentaire est annoncé entre juin et septembre, aurait besoin de 864 millions de dollars d’après l’Organisation des Nations unies (un tiers de la somme récolté jusqu’à présent d’après Le Monde). Et elle est loin d’être la seule dans ce cas.
La famine est depuis quelques années déjà de retour et la situation ne cesse de s’aggraver. D’après l’Agence des ÉtatsUnis pour le développement international (USAID), le besoin en aide alimentaire va atteindre en 2017 un niveau « sans précédent », en augmentation de 40 % par rapport à 2015. Les quatre pays dans la situation la plus préoccupante sont le Nigeria (État de Borno), la Somalie, le Soudan du Sud et le Yémen. Chacun frappé par des conflits persistants, la sécheresse et le renchérissement des prix des aliments. Mais d’autres encore sont dans des situations inquiétantes, comme l’Afghanistan, le Malawi, Madagascar ou le Mozambique. L’Afrique retrouve de vieux démons qu’elle croyait oubliés. Et ce ne sont pas des opérations humanitaires ponctuelles, aussi louables soient-elles, qui y changeront quoi que ce soit. « Pour sauver des vies, les gouvernements et la communauté internationale doivent accroître leurs efforts pour résoudre les conflits, assurer l’accès aux humanitaires et faire en sorte que davantage de ressources soient disponibles pour faire face aux situations d’urgence », selon l’USAID. ■ Julien Wagner LE SALON DU LIVRE, FESTIVAL DE CARACTÈRES
DU 26 AU 30 AVRIL 2017
Dépénalisation de l’homosexualité en Afrique, parlons-en !
Travaux forcés, emprisonnement ou même peine de mort : sur le continent, 37 pays la répriment encore. Il est plus que TEMPS que les mentalités – et les législations – évoluent…
Michel Togué Avocat au barreau du Cameroun et consultant en droits de l’homme.
LA DÉFINITION de l’homosexualité n’est pas aisée eu égard aux passions qu’elle a déchaînées depuis l’existence de l’humanité. L’homosexualité est le désir, l’amour, l’attirance ou les relations sexuelles entre personnes de même sexe, selon une perspective comportementaliste ou empirique. C’est également un goût, une orientation sexuelle, selon une perspective psychologique ou sociologique. Par opposition à l’hétérosexualité, l’homosexualité est vue comme une appétence sexuelle « anormale ».
L’histoire enseigne que l’homosexualité, dans toutes ses formes, a toujours été connue de l’Afrique, et ce, bien avant l’avènement des missions civilisatrices. Selon les cultures et les coutumes, elle est plus présente dans certaines régions que d’autres, ainsi que l’aborde le sociologue camerounais Charles Gueboguo. Celui-ci va au-delà de ces définitions et distingue deux sortes d’homosexualité : l’homosexualité identitaire et la pseudo-homosexualité ou encore homosexualité situationnelle.
Dans 77 États au monde, les personnes LGBTI (lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres, intersexes) s’exposent à la prison, à la torture ou aux travaux forcés. Dans dix pays, l’homosexualité est passible de la peine de mort. En Afrique, 37 pays pénalisent l’homosexualité. Seulement, l’implémentation de la loi est différente d’un pays à un autre, d’où l’observation des arrestations récurrentes des personnes LGBTI plus dans certains pays que dans d’autres – comme au Cameroun, qui s’est illustré ces dernières années par la recrudescence des détentions et la marginalisation de cette catégorie de citoyens.
D’ailleurs, dans plusieurs affaires dites d’homosexualité, il semble plus difficile pour le procureur de la République, accusateur universel, de démontrer que les personnes ont été prises en flagrant délit. Bien sûr, malheureusement « le sexe ne se faisant pas à la foire ».
Et puis à quoi servirait de maintenir dans son arsenal juridique, une infraction qui non seulement remet en cause le droit de punir, mais de plus, ne protège en réalité aucune victime et en crée même parmi les citoyens ?
Par la sanction, chaque société devait pouvoir se prémunir contre les justices personnelles, afin d’éviter que ne se propage le poison social de la vengeance. La priorité a donc souvent été de neutraliser le criminel, de l’écarter de la société et de ses victimes. Puis, d’utiliser cette sanction comme un outil de prévention pour que celui qui a commis un crime ne le commette plus ; pour que tous ceux qui souhaiteraient le commettre en soient dissuadés.
Une infraction qui, en réalité, crée des victimes parmi les citoyens.
Autrement dit, il faut punir celui qui a péché, afin qu’il ne pèche plus. Appliquée à l’homosexualité, cette théorie de la peine perd son sens et son contenu, en ce que le séjour dans un pénitencier d’une personne ayant une orientation sexuelle différente influencerait moins son orientation sexuelle, quelle que soit la durée de ce séjour. L’expérience commande d’ailleurs de réaliser que l’effet contraire peut être facilement obtenu.
Pourquoi faut-il dépénaliser l’homosexualité ?
Pour protéger tous ces citoyens indépendamment de leur orientation sexuelle. Car c’est un droit considéré comme un droit humain élémentaire par beaucoup d’instances internationales. Pour éviter l’instauration d’une société homophobe. Afin de protéger le droit à la santé des personnes LGBTI. Et pour orienter les forces vives vers les enjeux de développement… ■ La version intégrale de cette tribune est à consulter sur afriquemagazine.com
Les fondements de cet engagement à la « chasse à l’homosexuel » restent divers et varient en fonction des tendances. Il existe des pays africains dont les législations se sont affranchies de telles infractions. Et puis, comment peut-il y avoir des valeurs continentales protégées par les uns et ignorées des autres ?
Chimamanda Ngozi AdichieFemmes de paroles
Traduite en trente langues, cette écrivaine nigériane majeure prend position pour l’ÉGALITÉ des sexes. Un texte militant.
par Catherine Faye
ŒIL DE BICHE et chignon impeccable, la Nigériane fait le buzz. Son dernier ouvrage, une lettre à une jeune mère – qu’elle est également –, prodigue 15 conseils d’éducation féministe. Véritable manifeste pour l’égalité des sexes, ce texte procède d’une de ses convictions : l’urgence morale de créer un monde plus juste. Depuis L’Hibiscus pourpre, loué par la critique en 2003, Chimamanda Ngozi Adichie a su imposer son caractère bien trempé. Et son humour. Que ce soit dans les médias ou lors de sa conférence TEDx largement relayée depuis quatre ans sur les réseaux sociaux avant d’être publiée
« CHÈRE IJEAWELE, OU UN MANIFESTE
POUR UNE ÉDUCATION
FÉMINISTE », Chimamanda
Ngozi Adichie, traduction
Marguerite Capelle, Gallimard, 84 p., 8,50 €.
chez Gallimard en 2015 (We Should All Be Feminists, « Nous devrions tous être féministes »), on a pu découvrir une auteure engagée et ancrée dans un monde protéiforme. En marche. Beyoncé a même repris une partie de ce discours – samplé dans son titre « Flawless » (« Sans défaut »). Elle y dénonce les diktats et les représentations culturelles, sociétales ou historiques qu’on nous impose. Cette idée où l’on voudrait que chaque femme soit parfaite. Féministe, Chimamanda l’est. Mais plus que tout, elle lève la voix contre toutes les formes de discrimination et de pensée unique. L’histoire de l’humanité ne se lit pas, ne se transmet pas dans un aveuglement collectif. La vie est inflexions, perceptions, points de vue. « Il n’y a pas une seule version des choses », répète-t-elle à l’envi. Ces regards multiples l’ont façonnée depuis son enfance dans une famille éduquée, au sud-est du Nigeria, jusqu’à son arrivée aux États-Unis, à l’âge de 19 ans, où elle obtient plusieurs diplômes universitaires. Dès lors, cette pluriculturalité va tisser l’écheveau de son œuvre, à l’instar de Camara Laye ou de Chinua Achebe, auteurs qui l’ont marquée. Dans L’Autre moitié du soleil, paru en 2006, on suit la vie de deux sœurs séparées par la guerre du Biafra. Adapté par le réalisateur nigérian Biyi Bandele en 2013, ce livre est couronné par l’un des plus prestigieux prix littéraires du Royaume-Uni, l’Orange Prize for Fiction.
Cette consécration lui ouvre la voie des mots qui portent. Mais l’auteure n’aime pas qu’on l’assigne à un rôle. Écrivaine avant tout, elle relie deux continents qu’un océan sépare. En témoigne son roman, Americanah, paru en 2015, dont l’adaptation devrait bientôt sortir en salle, avec Lupita Nyong’o dans le rôle principal. « Fais de la différence une chose ordinaire. Fais de la différence une chose normale », écrit-elle enfin dans Chère Ijeawele, paru le mois dernier. Elle y affiche plus que jamais son rôle de passeuse et de femme libre. Et s’extirpe d’un monde purement littéraire pour occuper la scène internationale des idées féministes, antiraciales et humanistes. À 39 ans, l’élégante, établie à Baltimore et férue de mode, n’a pas hésité à poser pour la marque britannique de maquillage Boots No7. Et à défiler contre l’élection de Donald Trump. « Parce que la réalité de notre monde, c’est la différence. » ■
UN FANTASME
OCCIDENTAL
L’ORIENT fascine les artistes européens du XIXe siècle. L’expédition d’Égypte de Bonaparte, la prise d’Alger, les combats puis l’amitié d’Abd el-Kader avec Napoléon III, furent autant d’étapes pour que l’imaginaire arabo-oriental envahisse la production artistique française et européenne. Au cœur de cette fascination, le harem, « cité interdite » du tabou et de la tentation. Lieu tenu secret où sont réunies des femmes soumises au plaisir du sultan. Les hommes du siècle ne cessent de rêver de cet Orient lascif, caricatural, érogène. À ses femmes aux regards perdus derrière les voiles, pourtant prisonnières ou esclaves. L’orientalisme cherche à représenter ces scènes, des œuvres qui servent de prétexte pour dessiner des art
photographie
CHRONIQUE
DU QUOTIDIEN
« HAREM, L’ORIENT AMOUREUX », Valentine Gallet, Place des Victoires, 320 p., 29,95 €.
corps alanguis de femmes nues, représentations érotiques qui ne sont guère tolérées à l’époque. L’ouvrage est le témoignage de ce regard occidental où la réalité quotidienne disparaît derrière le fantasme. Il présente de multiples œuvres (peinture, gravure, lithographie, dessin), dont une grande partie est issue du Victoria & Albert Museum. Les textes agréablement courts, de Valentine Gallet, sont traduits en cinq langues. ■ Zyad Limam
320 000 ABONNÉS et plus de 3 000 publications ! Depuis 2012, le compte Instagram Everyday Africa (@everydayafrica) propose un regard nouveau sur l’Afrique contemporaine. Un projet photographique bien décidé à s’éloigner des clichés, du sensationnalisme pour s’approcher du quotidien et du familier, de la vie qui passe, dans toutes ses nuances et ses complexités. À l’origine de l’aventure, deux compères : Peter
PARLE ON EN
livres
« LA MAISON AU BOUT DES VOYAGES », Yvonne
Adhiambo Owuor, Actes Sud, 448 p., 23 €.
roman
LE POIDS DU SILENCE
TOUT COMMENCE par un meurtre. Le soir des élections du 27 décembre 2007, Odidi Oganda est tué par la police lors d’une rixe armée dans une rue de Naïrobi. Lorsque sa sœur Ajany apprend sa mort, elle quitte le Brésil et revient sur les lieux de son enfance, dans un village du nord aride du Kenya, où elle retrouve des parents dévastés. Sa rencontre avec un officier de l’armée britannique va la contraindre à interroger les silences du passé. Enfin traduit de l’anglais (Dust, 2013), ce roman propulsif et incantatoire mêle violence et corruption, mais aussi poésie et humanité. ■ C. F.
DiCampo, photographe, a commencé comme volontaire dans le programme des Peace Corps au Ghana, tout comme son partenaire, Austin Merrill, en Côte d’Ivoire. Autour d’eux, des dizaines de photographes venus des quatre coins du monde, mais qui ont tous une expérience africaine. Ils y sont nés ou y ont vécu. Après le site est venue l’idée de ce livre, publié par
« EVERYDAY AFRICA, 30 Photographers Re-Picturing a Continent », T. van der Heijden, P. DiCampo, A. Merrill, N. Kofi Acquah, Kehrer, 445 p., 42 €.
l’éditeur allemand Kehrer et financé par une opération très réussie de crowdfunding sur Internet. Une sélection de 260 photos, un voyage à entrées multiples dans l’Afrique d’aujourd’hui, des commentaires parfois factuels, parfois émouvants, parfois caustiques… ■ Z. L.
Un huis clos à ciel ouvert et sous haute tension, dans les montagnes du Cap-Oriental, en Afrique du Sud.
Black, proud & gay
Un film fort sur les traditions, la masculinité et l’homosexualité à travers le rite d’initiation de l’ethnie XHOSA, en Afrique du Sud.
par Jean-Marie Chazeau
COMME UNE RÉPONSE À ROBERT MUGABÉ et consorts… Face aux discours pointant l’homosexualité comme un symptôme de la « décadence occidentale » contaminant la culture traditionnelle, coup sur coup deux films se risquent à mettre en scène la sexualité entre hommes noirs. Pour mieux dépasser les idées reçues. Il y a bien sûr Moonlight, consacré par l’oscar du meilleur film en février dernier, qui raconte comment un jeune Afro-Américain des quartiers défavorisés de Miami grandit en acceptant, difficilement, son attirance sexuelle pour les hommes… tout en devenant chef de gang. Le réalisateur Barry Jenkins a touché tous les publics, sans doute au prix d’un renoncement à montrer toute fièvre amoureuse… Ce mois-ci, Les Initiés du Sud-Africain John Trengove, coscénarisé par l’écrivain Thando Mgqolozana (A Man Who Is Not a Man), est encore plus ambitieux. Le film perce les mystères d’un rite imposé depuis des générations aux jeunes garçons de l’ethnie xhosa, dans les montagnes du Cap-Oriental : circoncision à vif et vie monacale pendant quelques jours sous l’autorité d’hommes qui vont les soigner et les encadrer. Le passage à l’âge adulte se fait en cicatrisant et en coupant du bois ! Ce rituel, l’Ukwaluka, a longtemps été tabou, jusqu’à ce que le plus célèbre des Xhosa, Nelson
Mandela, le décrive dans son autobiographie Un Long chemin vers la liberté. Le réalisateur a fait appel à d’authentiques membres de cette ethnie, qui ne parlent que leur langue et n’ont pour la plupart jamais joué la comédie. L’immersion est totale et cette fiction aux allures de documentaire, superbement mise en images, nous entraîne à la suite d’un adolescent de la riche bourgeoisie black de Johannesburg, envoyé là par son père qui espère le mettre sur le droit chemin. Mais le jeune garçon va comprendre peu à peu que son initiateur, solitaire et taiseux, vit une histoire d’amour cachée avec un autre homme, charismatique et populaire, parmi ceux qui les encadrent… Un vrai suspens s’installe alors autour de ce secret. Le film, parfois cru, réussit à parler en même temps des différentes variations de la masculinité africaine. et de la perpétuation des rites ancestraux à l’heure du téléphone portable. Surtout, il n’est jamais donneur de leçons : il ne condamne pas la tradition dont il montre aussi les aspects positifs, le principal étant de donner des repères à des jeunes un peu perdus. Le message de tolérance du réalisateur ne peut en sortir que renforcé. ■
« LES INITIÉS » (Afrique du Sud), de John Trengove, avec Nakhane Touré, Bongile Mantsai. Sortie le 19 avril.
prochainement 2049, L’ANNÉE FASTE DE HIAM ABBASS
ACTRICE SANS FRONTIÈRES, on verra Hiam
« BLADE RUNNER 2049 » (États-Unis), de Denis Villeneuve, avec Ryan Gosling, Jared Leto, Harrison Ford. Sortie le 4 octobre.
Abbass aux côtés de Ryan Gosling dans le très attendu Blade Runner 2049, avec Harrison Ford, qui reprend son rôle 35 ans après le film de Ridley Scott. La Warner a confié cet « épisode 2 » au réalisateur canadien Denis Villeneuve, qui a choisi l’héroïne des Citronniers et de Satin Rouge pour compléter son casting. Avant cela, Hiam Abbass sera en tête d’affiche d’une comédie résolument féministe de la Franco-Algérienne Rayhana Obermeyera : À mon âge je me cache encore pour fumer (sortie le 26 avril). ■ J.-M. C. drame
L’univers esthétique du « Blade Runner » de Ridley Scott est toujours là.
documentaire
Caméra au poing, au-delà des murs
ON COMMENCE à en avoir vu des fictions et des documentaires sur les « migrants » africains cherchant à gagner l’Europe. Mais ce film-là est inédit : deux réalisateurs danois ont confié une caméra à un jeune Malien qui a campé plusieurs mois avec des dizaines d’autres personnes venues de toute l’Afrique au Maroc, sur le Mont Gururu, face à l’enclave espagnole de Melilla. Le résultat est passionnant : on vit avec ces hommes qui acceptent et finissent par oublier la caméra tenue par l’un des leurs, au milieu des ânes et des détritus, attendant de tenter de franchir les clôtures qui encerclent ces arpents d’Europe en terre maghrébine. Un match de foot Mali-Côte d’Ivoire s’improvise tandis que certains fomentent un passage en masse, acteurs de ces fameuses images captées par les caméras de télésurveillance qui ont fait le tour du monde, montrant des grappes humaines escaladant les hauts murs de fer. ■ J.-M. C.
« LES SAUTEURS » (Danemark) de Moritz Siebert et Estephan Wagner en coréalisation avec Abou Bakar Sidibé. Dans les salles.
UNE ÉNERGIE CONTAGIEUSE
APRÈS « 17, RUE BLEUE » (2001), Chad Chenouga repart aux sources de son passé, avec une pointe de fiction. Ici, Nassim perd sa mère toxicomane, après un week-end avec ses amis du lycée (auxquels il refuse d’avouer qu’il a été placé en foyer d’accueil). Porté par la présence lumineuse du jeune et déjà très habité Khaled Alouach, De toutes mes forces détourne avec habileté le sujet du déterminisme social. On y parle d’une jeunesse pas forcément bien née mais qui pratique aussi bien la street dance que l’analyse de textes baudelairiens. Avec, toujours, la même énergie contagieuse. ■ S. R.
« DE TOUTES MES FORCES » (France), de Chad Chenouga, avec Khaled Alouach et Yolande Moreau. Sortie le 3 mai.
« MERMAID BLUES », Y’akoto, WEA.
Y’akoto Chant de sirène
Envoûtante, l’artiste nous attrape une fois encore dans ses MÉLODIEUX filets.
par Loraine Adam
« NE VOUS MÉPRENEZ pas : l’expression artistique sincère est difficile et épuisante, peu importe l’approche que vous choisissez. C’est l’âme qui parle. » Y’akoto, née d’un père ghanéen musicien et d’une politologue allemande, n’y va pas par quatre chemins. De son vrai nom Jennifer Yaa Akoto Kieck, la chanteuse
aime à faire revivre toute l’histoire de la musique africaine, mâtinée d’arrangements américains : blues, soul, pop ou ambient, les élégantes mélopées de son nouvel album « Mermaid Blues » révèle justement l’âme de Y’akoto. Et plus que l’âme, la profondeur. La profondeur de l’eau, des eaux, qu’elle évoque à longueur
de sillons dans ce CD. L’eau est sa force vitale, son élément. Sans doute parce qu’elle a toujours vécu dans de grandes villes portuaires, aussi bien en Afrique (Dakar, Accra et Lomé) qu’en Europe (Hambourg ou Stockholm) et aux ÉtatsUnis, lorsqu’elle s’est installée à Los Angeles. Aussi, qu’y a-t-il d’étonnant à ce que le titre de cet opus se réfère aux sirènes, et à leur « blues », ces chants qui selon la mythologie charmaient les marins jusqu’à leur perte ? Sortes de Mami Wata dans le culte vaudou, ces créatures moitié femmes, moitié poissons survivent dans deux mondes parallèles. La jeune femme de 29 ans accepte totalement cette ambivalence : « Dans notre société où la satisfaction des besoins prime sur le reste, on attend toujours des femmes qu’elles soient mignonnes, souriantes et de préférence en même temps. On nous demande toujours d’être la “girl next door” (fille d’à côté) idéale. Pour certaines, ça peut fonctionner. Mais inutile de vous préciser que ça ne marche pas pour moi. » C’est ainsi que Y’akoto, dotée d’une voix plutôt sombre mais d’une étonnante expressivité, a été comparée à des icones du jazz comme les inoubliables Nina Simone et Billie Holiday. Mieux, plus qu’une chanteuse, c’est aussi un auteur hors pair : libre, revendicative, elle possède en elle l’irrévérence des grandes dames du jazz et du blues américains en passant par la force de caractère d’une Miriam Makeba. Tenace, volontaire. Une grandeur et une élégance qui se traduisent par des chansons à l’écriture sincère, puissante, loin des clichés que l’on accole systématiquement à la première jolie chanteuse qui passe. Elle est bien plus que ça, on l’avait deviné. ■
Inspirations traditionnelles et punk attitude : l’artiste revisite les codes habituels.
tradi-moderne
KING
D’URGENCE
Avec une nouvelle expérimentation…
« 1 000 CAN DIE », King Ayisoba, Glitterbeat.
LE CHARISMATIQUE King Ayisoba signe un retour gagnant avec ce nouvel album dont est extrait le très militant « Africa Needs Africa », vibrant d’intensité et d’urgence. Couronné aux Ghana Music Awards en 2007, l’artiste a hérité de son grand-père chaman l’art du kologo (une guitare à deux cordes montée sur une calebasse) qui rythme une musique enracinée, puissante et « tradi-moderne ». Et c’est avec une voix rocailleuse qu’il chante en frafra, twi ou en anglais créole, sur des thèmes syncopés de beats électroniques doublés d’instruments traditionnels. ■ L. A.
pop
EMEL MATHLOUTHI, PRIORITÉ
À « L’HUMAIN »
DEPUIS DIX ANS et la sortie de son titre « Kelmti Horra » (Ma parole est libre), hymne du Printemps arabe, Emel Mathlouthi a été sacrée « voix de la révolution tunisienne ». Une lourde responsabilité à laquelle elle répond en musique avec un second album, « Ensen » (Humain) coproduit par l’Islandais surdoué Valgeir
« ENSEN », Emel
Mathlouthi, Partisan Records.
Sigurðsson (Sigur Rós, Feist, Björk). À la fois synthétique et organique,
rythmé de percussions orientales et sous influence gnawa, il utilise aussi bien des nappes électros alternatives que des instruments traditionnels comme le guembri, le bendir ou la zukra. Ce qui en fait un objet sonore de pop nord-orientale assez fascinant. ■ Sophie Rosemont
musique
« LAMOMALI », M, Wagram Music / 3ème Bureau
afro-pop
M, COMME MALI
MATTHIEU CHEDID n’est pas au bout de ses explorations. Après une ribambelle de disques solos, un projet de livre musical, la B.O2-M-, et une exposition sonore aux côtés de Martin Parr à la Cité de la Musique de Paris, le voici parti au Mali. Étonnant ?
Non, Ali Farka Touré est l’une de ses grandes influences. D’où une tracklist ultra rafraîchissante témoignant de la pop intuitive de Chedid, en mode afro, mais aussi du savoir-faire musical des Maliens Toumani et Sidiki Diabaté, les grands joueurs de kora qu’on ne présente plus. On y entend également Jain, Fatamatou Diawara, Amadou & Mariam, Oxmo Puccino, Mamani Keita ou encore Youssou N’Dour. Une belle prestation. ■ S. R.
EN TOUTE LOGIQUE, c’est le département mode qui en porte les fruits. Quand sont mis à l’honneur des créateurs travaillant les matières et motifs africains (Château Rouge, Koché, J. W. Anderson, Marco de Vincenzo ou Walter van Beirendonck), certaines marques présentent des modèles exclusifs : du sweat « Bamako » de RAD à la robe au tissu d’inspiration Out of Africa de Max Mara Weekend. À la Galerie des Galeries, au cinquième étage, se tient l’exposition « Le Jour qui vient ». Majoritairement originaires d’Afrique du Sud, les artistes qui y sont exposés manipulent la peinture, la photographie, la sculpture, la vidéo ou la performance : on y retrouve Lawrence Lemaoana, Frances Goodman, Ruby Onyinyechi Amanze… D’autre part, on pourra admirer les clichés du photographe de mode nigérian Lakin Ogunbanwo dans les vitrines boulevard Haussmann, à Paris, mais aussi ceux de la Guinéenne Namsa Leuba, dans les autres enseignes des Galeries Lafayette. Toujours prêt à
Pour la parade du 2 avril, cinq tableaux vivants raconteront l’Afrique contemporaine. À la Galerie des Galeries, une composition de Turiya Magadlela.
Les photos de la Guinéenne Namsa Leuba sont inspirées par la mode et le design.
questionner le public, l’artiste malgache Joël Andrianomearisoa présente quant à lui son installation « Le Grand Geste », sous la coupole. Enfin, « Africa Now » est aussi l’occasion de faire la fête. À 15 h le dimanche 2 avril, débutera une parade mettant à l’honneur les Sapeurs, le gospel ou la transe vaudoue. ■ « AFRICA NOW », Galeries Lafayette, 40, boulevard Haussmann, Paris. Jusqu’au 25 juin. haussmann.galerieslafayette.com
Figurines en étain, Nuremberg, vers 1900.
mémoire
L’ALLEMAGNE REVISITE SON PASSÉ COLONIAL
UNE MITRAILLETTE Maxim (l’arme la plus efficace de l’époque et un symbole de la soumission coloniale de l’Afrique), une affiche de 1900 où une femme noire aux traits occidentaux exhibe un collier de défenses d’éléphant, un serpent enroulé autour de son buste dénudé… Inédite dans sa diversité et sa pédagogie, cette première grande rétrospective allemande analyse le déroulement et la dynamique de son histoire coloniale à travers 500 œuvres, objets et documents. Togo, Cameroun, Tanzanie, Burundi, Rwanda et actuelle Namibie n’ont pas échappé à la politique d’expansion des autorités allemandes. Les textes de la conférence de Berlin sur l’Afrique (1884-1885) sont d’ailleurs au cœur de cette exposition thématique. Une première au pays de Bismarck et Merkel. Et une restitution audacieuse. ■ C. F. « DEUTSCHER KOLONIALISMUS (COLONIALISME ALLEMAND) », Musée de l’Histoire allemande, Unter den Linden, Berlin. Jusqu’au 14 mai. dhm.de
Ça
jazze à Saint-Louis
QUI L’EÛT CRU ? Lancé en catimini en 1993 avec deux groupes locaux, le Festival de Jazz de Saint-Louis est devenu, un quart de siècle plus tard, une référence en la matière. Un événement qui voit affluer des mélomanes de tous horizons qui profitent aussi, alors, des charmes de l’une des villes les plus agréables du Sénégal, que ce soit en visitant le parc du Djoudj (16 000 ha, troisième réserve ornithologique mondiale) ou en dégustant le sublime mulet à la saintlouisienne, la spécialité culinaire locale. Côté scène, l’édition 2017 verra notamment se produire deux géants – Marcus Miller, Stanley Clarke –, Baaba Maal clôturant l’événement après une semaine de festivités. ■ Hedi Dahmani
« SAINT-LOUIS JAZZ FESTIVAL », Saint-Louis (Sénégal), du 24 avril au 1er mai. www.saintlouisjazz.org
« Se débrouiller pour devenir grand », de Baudouin Mouanda.
photographie À ANGOULÊME, LE MOIS DE L’ÉMOI
Quatre artistes immortalisent petites et grandes histoires.
À L’OCCASION du cinquième Festival de photographie d’Angoulême (Charente), l’association Émoi Photographique présentera, comme à son habitude, le travail de talentueux photographes africains. Warren Saré nous convie sur les sentiers de la mémoire en consacrant une série de portraits aux anciens combattants ayant porté les armes sous le drapeau français. Baudouin Mouanda (photo ci-dessus) fait découvrir les petits métiers à travers la thématique intitulée « Comment se débrouiller pour devenir grand ? », tandis qu’Arnaud Makalou suit le quotidien des ouvriers des sociétés asiatiques d’extraction de pierres installées à Brazaville. Louis Oke Agbo, enfin, à travers « Folie » se penche sur la troublante singularité de personnes atteintes de maladies mentales, signaux longtemps synonymes de déchéance et de relégation sociale. Quatre photographes, quatre stories particulières qui témoignent de la vivacité et la diversité de la photographie africaine. ■ H. D.
« L’ÉMOI PHOTOGRAPHIQUE, HISTOIRE ET PETITES HISTOIRES », à Angoulême et dans sa région, jusqu’au 30 avril. emoiphotographique.fr
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par Emmanuelle Pontié
À BAS LES KILOS !
C’est un tic nerveux de tous les Africains ! Surtout chez les dames. Je veux parler de l’obsession des kilos. Pas des bourrelets sur les hanches. Mais plutôt de ces satanés « kilos » en plus que l’on veut absolument faire passer dans les avions. Observez une salle d’enregistrement à Roissy pour un vol à destination de Cotonou ou Libreville. Vous verrez des gens venir vous aborder, la bouche en cœur : « S’il vous plaît, vous n’avez qu’une valise ? Vous pouvez prendre celle-ci en plus. Ma fille viendra la récupérer à l’aéroport »… Si vous décidez de passer outre l’interdiction formelle de transporter le bagage d’un tiers, et surtout si vous êtes particulièrement bien lunée, vous direz oui. Et là, l’enfer commence. Arrivé à destination, bien sûr, personne ne vient chercher le colis en question. Vous devez vous le trimballer à l’hôtel. Et attendre encore, après 8 rendez-vous manqués, que l’on vienne le retirer. Insupportable. Au retour, même combat, avec le sac de 32 kg que la copine vous a collé au dernier moment, rempli en général de plats cuisinés pour les enfants qui résident en France, et ficelés dans des marmites pas toujours étanches… Vous aurez l’immense plaisir, vers 6 h 30 du matin, épuisée par votre vol de nuit, de vous coltiner la valise-enclume jusqu’en haut des escaliers de votre immeuble. La suite, idem. Vous attendrez que les destinataires trouvent votre adresse, à laquelle ils arriveront forcément en retard, pour vous libérer du paquet. Alors, je comprends parfaitement que l’on ait des frénésies gargantuesques de shopping à Paris, car sur place, à Bamako ou à Lomé, il n’y a peut-être pas grand choix en matière de consoles vidéo pour les chérubins ou en mules stilettos pour Madame. Je comprends que l’on ait envie de régaler ses jeunes étudiants expatriés avec le tô ou le saka saka de maman, afin qu’ils ne
coupent pas le cordon avec leurs racines. Mais… Comment vous dire… Lorsque l’on a vécu l’expérience de « passeur de kilos » dix ou vingt fois, on est en droit de dire stop. Et de ne plus prévenir quand on débarque dans un pays africain, pour éviter la phrase qui tue : « Ah, tu arrives dimanche ? Tu peux m’acheter ceci et cela et prendre une toute petite valise que mon oncle t’apportera à l’aéroport ? »
On sait d’avance que le colis sera plombé de 23 ou 32 kg, selon la classe dans laquelle vous voyagez, et dont le poids autorisé respectif est connu par cœur par votre interlocuteur. Donc, on n’appelle plus. Voire, on devient carrément dur, en rappelant clairement que ces pratiques « culturelles » africaines, ne font pas partie de celles, « culturelles » aussi, des Européens. Et là, on se fait des ennemis. Mais tant pis, non ? Vous en pensez quoi, vous ? ■
« Ah, tu arrives dimanche ? Tu peux m’acheter ceci et cela et prendre une toute petite valise que mon oncle t’apportera à l’aéroport ? »
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