ÊTRE

Interview
JAMEL




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Interview
JAMEL








✓ Des Présidentielles à hauts risques
✓ UN Maghreb instable ?
✓ DES économies convalescentes
✓ le choc démographique
✓ Rd Congo : Droit dans le mur ?
✓ Coincés entre Trump et Xi Jinping…
✓ Coupe du monde : enfin un exploit ?









Un dossier spécial de 16 pages

















































par Zyad Limam

Nous sommes de plus en plus nombreux (1 milliard et quelques aujourd’hui, plus de 2 milliards en 2050). Nous sommes jeunes (la moitié de notre population a moins de 30 ans). Nous avons des sources d’énergie abondantes, un sous-sol largement pourvu de matières premières, des terres fertiles et de l’eau. Des travailleurs éventuels à foison. Mais aussi une classe moyenne nouvelle avec plus de 200 millions de personnes. Quelque chose change, se transforme, on bouge, il y a de l’énergie, comme si on sortait de la gangue épaisse, collante, de l’échec permanent. Et le monde entier nous regarde (à l’exception peut-être de Donald Trump et ses amis). Nous sommes devenus un enjeu autre que sécuritaire ou migratoire. Nous sommes une opportunité historique. Pour la Chine et l’Asie, soucieuses de garantir ses accès aux matières premières et de délocaliser des emplois à bas coût. Pour les pays du Golfe motivés par les questions de sécurité alimentaire. Pour l’Europe, à la recherche de nouveaux business pour ses entreprises et de consommateurs pour ses produits… Oui, sûrement, nous sommes la nouvelle usine du monde, un laboratoire des technologies du XXIe siècle, la prochaine frontière du capitalisme global.
Nous sommes un continent en mutation. Un monde de tradition rurale en train de devenir un monde d’économie tertiaire, poussé par l’urbanisation. Une terre de croissance pour tous les services qui devront s’adresser à des centaines de millions de nouveaux clients : éducation, santé, alimentation, télécoms, digital, finance, déplacements, voyages… Et puis, évidemment, nous sommes au centre des immenses enjeux climatiques. Peut-être le continent leapfrog, le continent saute-mouton, celui qui entrera le premier dans un système à bas carbone en évitant l’étape industrielle. Peut-être que c’est ici à Lagos, à Tunis, à Abidjan, à Casablanca que s’invente l’économie propre du futur…
La promesse est là, tout cela est possible, la perspective n’est pas si lointaine. À condition de ne pas se laisser bercer par les discours béats, de ne pas se laisser abuser par les images travaillées du centre des grandes villes avec leurs nouvelles tours, les grands hôtels, les belles voitures. À quelques kilomètres de là, la réalité est beaucoup plus dure. L’Afrique d’aujourd’hui est pauvre. En 2018, la majorité de ses enfants n’a pas accès à une véritable éducation, à la santé, ni même pour beaucoup à l’eau potable ou l’électricité. Nous sommes pauvres et aussi, globalement, pas assez bien gouvernés. Les statistiques sont rudes. L’Afrique subsaharienne a l’indice de développement humain (IDH) le plus faible de la planète (0,523), juste derrière les pays arabes (0,687), bien en dessous de la moyenne mondiale (0,717).
Depuis les indépendances, évidemment, le chemin parcouru n’est pas négligeable, loin de là. Nous avons fait preuve de résilience, nous n’avons pas disparu de la scène. Nous avons commencé à construire, à semer, à avancer. Pour ceux qui arpentent le sol africain, c’est une réalité visible, indéniable. Mais si nous voulons aller plus loin, plus vite, nous devrons faire preuve de plus de lucidité et de courage. Nous devrons faire face à l’Afrique quotidienne, l’Afrique du terrain. Remettre la lutte contre toutes les corruptions au centre des préoccupations nationales. Agir pour la bonne gouvernance, pour l’émergence d’institutions publiques fortes, pour des processus démocratiques relativement transparents. Accepter l’alternance, le renouvellement des élites. Promouvoir les nouvelles générations, la montée en puissance d’une jeunesse créative, énergique, explosive. Investir dans la formation. Se battre pour la promotion et la protection des jeunes filles et des femmes. Et sortir des schémas traditionnels, du clan, du village, de la région, qui induisent la permanence du mal-développement et du clientélisme. L’Afrique sera certainement le continent de demain. À condition de faire elle-même sa propre révolution. ■


Décembre-Janvier
3 ÉDITO
L’Afrique demain par Zyad Limam
6 Livres : Véronique Olmi, envers et contre tout par Catherine Faye
8 Spécial : Grands formats pour les fêtes ! par Hedi Dahmani et Éléonore Quesnel
10 Musique : MC Solaar, messie des MC par Sophie Rosemont
12 Écrans : La piste noire ! par Jean-Marie Chazeau
14 Agenda : Le meilleur de la culture
16 PARCOURS
Hervé Renard par Hugues Berton
19 C’EST COMMENT ? Vœux pieux par Emmanuelle Pontié

36 CE QUE J’AI APPRIS
Rachid Taha par Loraine Adam
84 PORTFOLIO : Vincent Michéa par Hedi Dahmani
90 LE DOCUMENT : Kadhafi l’Africain par Hedi Damani
122 VINGT QUESTIONS À... Rungano Nyoni par Astrid Krivian
20 COVER STORY : ATTACHEZ VOS CEINTURES ! par François Bambou, Akram Belkaïd, Dounia Ben Mohamed, Julie Chaudier, Frida Dahmani, Hedi Dahmani, Olivier Dubois, Zyad Limam, George Ola-Davies et Emmanuelle Pontié
38 Reportage
Libye : Terminus en enfer par Maryline Dumas
46 Jamel Debbouze : « Les préjugés ont la vie dure » par Fouzia Marouf
54 Golfe : Stupeurs et tremblements par Sylvie A. Briand et Zyad Limam
62 Elles et eux : Et Dieu créa Ouidad par Fouzia Marouf
66 Air France, compagnie africaine par Julien Wagner
72 Interview : DJ Arafat par Dounia Ben Mohamed
76 Pirelli, merveilleusement black par Hedi Dahmani
80 Sofia Djama : L‘Algérie aux deux visages par Fouzia Marouf


95 Côte d’Ivoire : vive l’ambition ! par Dounia Ben Mohamed
112 Escapades : Dakhla, une porte entre l’océan et le désert par Fouzia Marouf
115 Carrefours : Siana, l’architonique par Catherine Faye
116 Fashion : Serge Mouangue par Loraine Adam
118 Fêtes : se faire plaisir en se faisant du bien
119 Avoir une belle peau le jour J
120 Les bienfaits des oligo-éléments
121 La bonne et la mauvaise graisse



FONDÉ EN 1983 (34e ANNÉE)
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C’est une histoire vraie.
Celle d’une femme née au Darfour, vers 1876, devenue tour à tour captive, domestique, religieuse. Et sainte. Prix du roman Fnac 2017, Bakhita raconte ce destin hors du commun.
par Catherine Faye
« ILS NOUS enlèveront jusqu’à notre nom, et si nous voulons le conserver, nous devrons trouver en nous la force nécessaire pour que, derrière ce nom, quelque chose de nous, de ce que nous étions, subsiste. » Ce n’est pas un hasard si Véronique Olmi a choisi cette citation de Primo Levi en exergue de son dernier roman. Une phrase à l’aune du destin incroyable de son héroïne : Bakhita. Ce nom, ce sont ses négriers musulmans qui le lui ont donné après l’avoir enlevée dans un village du Darfour, vers 1876. Il signifie « la chanceuse ». Mais, peut-on parler ici d’ironie du sort ? Elle a à peine 7 ans lorsqu’elle devient esclave. Rachetée à l’adolescence par le consul italien de Khartoum, elle quitte le Soudan, devient la domestique d’un couple de Vénitiens. Placée chez des Sœurs, elle demande à être baptisée et à rentrer dans les ordres. Après un procès retentissant intenté par ses maîtres, elle est finalement affranchie. Son vrai nom, elle ne le connaît pas, ne s’en souvient pas. « Elle ne sait pas en quelle langue sont ses rêves. Elle se souvient de mots en
« BAKHITA », Véronique Olmi, Albin Michel, 455 p., 22,90 €.



arabe, en turc, en italien, et elle parle quelques dialectes », écrit la romancière. Seulement, comment fait-on pour se construire lorsque l’on n’a ni souvenirs, ni lieux, ni langue maternelle ? C’est là toute l’histoire de Bakhita, dont le parcours exceptionnel traverse les horreurs de l’esclavage, le colonialisme, les deux guerres mondiales, l’avènement de Mussolini en Italie. Véronique Olmi, dramaturge, scénariste et comédienne, a puisé la trame de son roman dans la Storia Meravigliosa, le livre officiel publié en Italie en 1931, où Bakhita raconte ses souvenirs sous la plume d’une institutrice. « Je ne connaissais pas l’existence de Bakhita. J’ai une maison en Touraine. En faisant mon marché, j’ai poussé la porte de l’église pour la visiter et découvert son portrait avec des dates biographiques. J’ai été happée par le parcours de cette femme. J’avais un roman en cours, j’ai tout mis à la poubelle et je me suis lancée pendant deux ans, corps et âme, sur le personnage », révèle-t-elle dans Nice-Matin. Commence alors un travail de documentation, puis un départ à Venise. Elle va de couvent en couvent, sur les lieux où elle a été domestique, écrit de jour comme de nuit. À 55 ans, la Niçoise a déjà remporté quelques prestigieuses récompenses. Bakhita était d’ailleurs retenu parmi les quatre finalistes du Goncourt. Impétueux, ce récit initiatique, interroge le mystère d’une personnalité exceptionnelle, canonisée le 1er octobre 2000 par le pape Jean-Paul II. La première sainte soudanaise. Et la première femme noire devenue sainte sans passer par le martyre. ■
document
PAGES
D’HISTOIRE
DANS UNE BANLIEUE de Damas, encerclée et bombardée par les forces de Bachar al-Assad depuis 2012, une quarantaine de jeunes révolutionnaires a décidé d’exhumer des milliers de volumes ensevelis sous les décombres. Clandestinement, ces volontaires s’activent à classer, ranger, numéroter ces milliers d’ouvrages sauvés. C’est l’incroyable histoire de la bibliothèque secrète de Daraya, calfeutrée dans
essai VIVRE
ENSEMBLE
NÉ de la volonté de rendre hommage à la littérature, Delphine Horvilleur, rabbin du Mouvement juif libéral de France et Rachid Benzine, islamologue, proposent un dialogue qui convoque l’Histoire. Éclairé, critique, croisant la genèse et les questionnements entre les textes de la Bible et du Coran, l’ouvrage s’inscrit en creux dans le contexte actuel car «il importait que nous fassions dialoguer ensemble leurs textes, leurs traditions de


« LES PASSEURS DE LIVRES DE DARAYA.
UNE BIBLIOTHÈQUE
SECRÈTE EN SYRIE », Delphine Minoui, Seuil, 160 p., 16 €.
un sous-sol de la ville, que Delphine Minoui, grand reporter au Figaro, raconte. Un récit nourri de la correspondance qu’elle a menée via Skype avec ces activistes insoumis. ■ C.F.


« DES MILLE ET UNE FAÇONS D’ÊTRE JUIF OU MUSULMAN », Delphine Horvilleur et Rachid Benzine, Seuil, 256 p., 19 €.
lecture et leurs lecteurs », précisent les auteurs. Une belle leçon d’humanité face à la montée des extrêmes. ■ Fouzia Marouf


« L’ANNÉE DU LION », Deon Meyer, Seuil, 629 p., 23 €.
DEON MEYER, auteur de polars qui se déroulent au Cap, traduit dans plus de 30 pays, s’éloigne de son genre favori avec ce dernier roman, L’Année du lion, histoire hallucinée de l’Afrique du Sud d’après l’apocalypse, un pays qui se reconstruit tant bien que mal sur une planète décimée par une fièvre qui a emporté 95 % de la population. Réflexion sur les conflits qui rongent toute société humaine, métaphore à peine voilée sur les démons de l’Afrique du Sud actuelle, l’intrigue raconte comment l’un des survivants, un Sud-Africain blanc, fonde une nouvelle communauté. Elle ne manque pas de faire penser à celle des Afrikaners, ces descendants de Huguenots hollandais et français, arrivés au XVIe siècle sans projet de retour. Sauf que cette nouvelle nation s’appelle Amanzi (« l’eau » en isiXhosa), abrite aussi bien des Noirs que des Blancs, des faibles et des puissants, des croyants et des athées, des pacifistes et des guerriers. Accompagné de son fils, ce père fondateur pétri de bonnes intentions sera assassiné… Ce page turner embarque le lecteur dans une tragédie à portée universelle. ■ Sabine Cessou


« LE BAISER DU RAMADAN », Myriam Blal, Bayard, 164 p., 16,90 €.
roman
MON MARIAGE, MA BATAILLE
MYRIAM, journaliste d’origine tunisienne, pose ses valises à Casablanca. À son retour en France, elle rencontre Maxime, qui lui demande de l’épouser. Un simple mariage, perçu comme une menace par ses parents, rassurés si le garçon se convertissait à l’islam. Refus net. Au fil de cette confession intime, l’auteure, tiraillée entre sa famille et son amour, déconstruit l’aveuglement religieux. Et « libère la parole d’autres femmes concernées par cette réalité ». Un combat faisant écho à la récente loi qui autorise les mariages des Tunisiennes avec des non-musulmans.■ F.M.
musique
LES CINQ MOUSQUETAIRES
HUIT ANS après la disparition de Michael, leur King of Pop de frère, Jackie, Tito, Marlon et Jermaine reviennent sur la formidable épopée soul des Jackson Five. Une première publication officielle nourrie d’archives –photos d’anciennes guitares, interviews… – qui permet d’entrer dans les coulisses d’un mythe. ■ Éléonore Quesnel




« LES JACKSON, NOTRE HISTOIRE », Chêne, E/P/A, 35 €

« QUAND L’AFRIQUE S’ÉCLAIRERA », Pascal Maître et Jean-Marc Gonin, éditions Lamerhubber, 49,90 €.
PLUS de 600 millions de personnes n’ont pas accès à l’électricité en Afrique. Comment apprendre, travailler, voire accoucher dans la nuit noire ?
À travers de beaux et pudiques clichés, le photographe Pascal Maître, qui sillone le continent depuis quarante ans, témoigne de cette pénurie de lumière, l’un des défis à relever en ce siècle. ■ Hedi Dahmani

« VILLES-PAYSAGES DU MAROC », Mounia Bennani, Éditions Carré, 39 €.





UNE ODE à la mise en scène de la nature : c’est ce que propose cet ouvrage richement illustré de photos anciennes, dessins et plans historiques. À travers l’étude des projets paysagers à Rabat, Meknès, Fès…, il permet de comprendre le contexte de création des parcs au Maroc sous le protectorat. Et met l’accent sur le savoir-faire des grands créateurs de jardins méditerranéens. ■ E.Q.



MALICK SIDIBÉ, décédé en 2016, n’était pas seulement le portraitiste de génie dont le minuscule studio de Bagadadji ne désemplissait pas. Il a aussi capturé la jeunesse élégante et euphorique du Swinging Bamako post-indépendance des années 60-70, annonçant son arrivée dans les « surpats » (surprise-parties) d’un coup de flash. Et se faisant, un cliché après l’autre, l’œil d’une génération en quête de liberté. Galvanisant. ■ E.Q. « MALICK SIDIBÉ, MALI TWIST », Fondation Cartier pour l’art contemporain, éditions Xavier Barral, 45 €.






« THE ART & SCIENCE OF ERNST HAECKEL », R. Willmann, J. Voss, Taschen, 150 €.
NE CRAIGNANT jamais d’emmener ses lecteurs en terres inconnues, Taschen se penche sur l’œuvre du biologiste allemand du XIXe siècle Ernst Haeckel, qui sut saisir la beauté de la faune et de la flore. Ce recueil ressemble 450 planches du scientifique (dessins, aquarelles…), consacrées au monde sous-marin. Une plongée aussi belle que fascinante. ■ E.Q.
« DANSE, PETITE LUNE ! », Kouam Tawa et Fred Sochard, éd. Rue du Monde, 16 €.
« L T S d
AUTREFOIS, Petite Lune était la meilleure danseuse du village. Bien des années plus tard, celle qui était « pirouette des hirondelles et des libellules dans le beau temps » est devenue une vieille dame qui va au moulin concasser des grains de maïs pour les oiseaux. Un bel hommage aux anciens et au temps qui passe, servi par la plume d’un auteur camerounais. ■ H.D.

PORTFOLIOS, interviews, analyses… Dix ans après sa création, l’excellente plateforme participative Afrique in visu regroupe ici l’essentiel de ses collaborations. Au menu, Roger Ballen, Baudouin Mouanda ou encore le Congolais Sammy Baloji… Indispensable pour qui s’intéresse à la « photographie africaine ». ■ H.D. « LE MÉTIER DE PHOTOGRAPHE EN AFRIQUE, 10 ANS, AFRIQUE IN VISU », collectif, éditions Clémentine de la Féronnière, 39 €.

Après une décennie de silence, Claude M’Barali s’offre un retour de toute beauté avec un huitième album bien nommé, Géopoétique. par Sophie Rosemont

« TANDIS QU’ILS PRENNENT les sashimis comme d’hab’ moi je prends le maki » : ne fût-ce qu’une simple punchline, qui conjugue agilité de la plume, goût du jeu de mots et engagement (ici dans le titre « La Clé »), et tout le monde est d’accord : Solaar demeure le grand prêtre du rap français. Pourtant, sa carrière n’a pas été un long fleuve tranquille, bousculée par les tensions avec ses labels, notamment après le succès de Prose Combat, au milieu des années 90. De plus, l’artiste voulait aussi profiter de ses deux enfants afin de pouvoir les voir grandir sans contraintes de tournées. Il fallait donc se retirer dans l’ombre, mais sans tomber dans l’oubli. En effet, la ferveur demeure autour de cet artiste lettré, qui a fait du hip hop français un terrain de jeux sonores et stylistiques. En témoigne l’excellente réception de Géopoétique, publié dix ans après Chapitre 7, alors que l’on ne croyait plus au retour de MC Solaar. Malgré le temps passé, la voix n’a pas changé, même si la trame musicale, elle, brille par son éclectisme. Enregistré dans le studio du beatmaker Tefa (Kery James, Diam’s) et produit avec les fidèles Eric K-Roz et Alain J, le disque ose les contrastes entre rap, musique classique, jazz (« Géopoétique »), trap (« Eksassaute », « L’Attrape-Nigaud »). Il ne se prive pas non plus d’honorer la mémoire de Serge Gainsbourg. Après un « Nouveau Western » qui samplait « Bonnie & Clyde », « Super Gainsbarre », duo avec l’une des découvertes de « The Voice », revisite « Initials B.B. » et assume pleinement son héritage. Sans pour autant oublier ses racines puisque que « AIWA » et « Pili-Pili » chantent leur amour pour les paysages lointains ou l’Afrique des ancêtres : « Ici Sadio se transforme en B-Boy / On doit en baver pour la bavette d’aloyau / On chauffe au toto et puis on troque au yoyo / Afrique envers toi nous devons rester loyaux. »


« GÉOPOÉTIQUE », Mc Solaar, PlayTwo.
Ainsi, lorsque Solaar chante qu’il se rapproche de l’automne de sa vie dans « Sonotone », on salue l’autodérision et sa philosophie existentielle, à la fois fataliste, pacifiste et combative malgré tout. Mais on ne le croit pas une seconde : les messies possèdent la jeunesse éternelle, n’est-ce pas ? ■
Blues, girl power, et une petite touche de désert.


TROIS FILLES, un garçon, une multitude de possibilités. Emmenées par l’une des rares guitaristes féminines touarègues, Fatou Seidi Ghali, Les Filles de l’Illighadad ont fait de leur village du Sahara nigérien un centre musical haut en couleur. En témoigne ce premier album qui convoque le takamba et le tendé, mais aussi le blues de Tinariwen. Repérées par Christopher Kirkley, qui les a signés sur son label Sahel Sounds, ces filles soudées et indépendantes (mais qui tolèrent cependant un homme dans leurs rangs) ont tout pour aller loin grâce à la puissance évocatrice de leur musique électrique et psychédélique qui n’en oublie ni ses racines, si sa poésie tribale. ■ S.R. « EGHASS MALAN », Les Filles de l’Illighadad, Sahel Sounds.

Et
si c’était lui, le
nouveau boss de la pop électro ? L’écouter, c’est l’adopter. big sound
IL EST PARTI il y a huit ans de Casablanca, dont il était l’une des figures de proue de la scène indie, pour s’essayer à la nuit et à l’effervescence artistique parisiennes. Derrière le micro et en studio, il ne garde que son nom de famille, qui signifie « la royauté ». Bingo : repéré il y a deux ans grâce à son premier EP She Gets Too High, Malca fait aujourd’hui très fort avec sa pop électronique, teintée de R’n’B, de funk sous influence Prince et de chaâbi. Irrésistibles, les cinq morceaux de son nouvel EP baptisé Casablanca Jungle font le pont avec une sensuelle dextérité entre Orient et Occident tout en revendiquant le droit à la liberté (sexuelle, sociale, politique). Mention spéciale au titre éponyme et à « Shalom ». ■ S.R.
« CASABLANCA JUNGLE » Malca, Jakarta Records /Arista/Sony.
AUX TRANSMUSICALES de Rennes de 2016, le festival français où le public comme les labels viennent écouter les artistes de demain, Rozzma a impressionné à peu près tout le monde. D’une part parce que ce jeune MC originaire du Caire s’est inventé un personnage fictif venu tout droit de l’espace. D’autre part car son mélange d’électro chaâbi, de hardcore gabber et de bass music d’obédience anglo-saxonne, souligné d’un rap ou d’un chant soumis aux manipulations du vocodeur, fait preuve d’une énergie contagieuse. Impossible de ne pas danser. Le groupe Acid Arab ne s’y est pas trompé et a créé son propre label afin de sortir Donya Fakka ■ S.R.
« DONYA FAKKA EP », Rozzma, Acid Arab Records / Crammed Discs.




BEAU, intelligent, chouchou de la presse musicale comme des magazines de mode… Connu pour avoir publié un roman et un premier album en Afrique du Sud, Nakhane Touré est également un comédien remarqué dans Les Initiés (2017). Avec cet EP, (avant l’album qui sortira en mars), il confirme que la pop peut être synthétique, organique, euphorique, mélancolique, soul… Et avec une reprise de « Sweet Things » de David Bowie, s’il vous plaît. On y croit beaucoup, et on présage du meilleur à venir. ■ S.R.

Pour l’instant, tout va bien. Pour l’instant…

Huit ans après le succès de LA PREMIÈRE ÉTOILE, le réalisateur et comédien antillais Lucien Jean-Baptiste renvoie joyeusement ses personnages en vacances à la neige, quitte à abuser un peu trop de « l’esprit de Noël »…
par Jean-Marie Chazeau
ON AVAIT bien ri en 2009 aux maladresses du Martiniquais de Créteil, Jean-Gabriel, emmenant ses enfants et sa mère (Firmine Richard, déchaînée) à la montagne. On avait apprécié la peinture assez fine d’un certain racisme basique, notamment chez un couple de retraités (dont Bernadette Lafont, décédée depuis, à laquelle cette suite ne manque pas de faire un clin d’œil). Depuis, les enfants sont devenus des ados accros à leur portable, les parents réconciliés embarquent cette fois, en plus, un grand-père ancien combattant de l’Algérie française, et une bande de pieds nickelés va essayer de les retrouver dans leur chalet pour récupérer un van customisé appartenant à un ami de la famille, joué par Édouard


« LA DEUXIÈME
ÉTOILE » (France) de Lucien Jean-Baptiste. Avec lui-même, Firmine Richard, Anne Consigny.
Montoute : plus délirant que jamais, le comédien finit en clone clownesque de Leonardo DiCaprio dans The Revenant,
survivant dans les forêts alpestres… Le film est d’ailleurs bourré de clins d’œil cinématographique (Nikita, Les Chariots de feu…), mais aussi de bons sentiments… Et là, on avait connu Lucien Jean-Baptiste plus subtil. Le voici auteur d’un « feel good movie » familial, véritable produit calibré pour les fêtes de fin d’année. Même les effets comiques sont surlignés et répétitifs (ralentis, bruitages). Reste un talent indéniable pour croquer l’antillanité et les rapports Noirs/Blancs, et même Antillais/Africains. Avec une mention particulière pour un second rôle de « méchant » tenu par Medi Sadoun (Les Kaïra, Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ?) qui joue avec un accent antillais parfait, comme celui des békés (les Blancs de la Martinique), peut-être histoire de souligner le métissage français et de mieux brouiller les pistes (de ski) ! ■
UNE JEUNE avocate, déterminée et droite, se voit proposer de défendre un dangereux criminel de guerre dans un procès très médiatisé. Elle accepte, malgré les dangers pour sa vie et sa carrière, et se retrouve ainsi dans « l’œil du cyclone », où s’entremêlent l’enfance de son client traumatisé à vie par l’assassinat de ses parents, et les intérêts des hautes sphères du pouvoir où gravite… la riche famille de l’avocate. Le pays n’est jamais cité, mais le drame des enfants soldats est réel : ils seraient, aujourd’hui adultes, 150 000 sur le continent, véritable bombe à retardement de bien des conflits… Le Burkinabè Sekou Traoré, dont c’est le premier

Quitte à mettre sa vie en péril, une avocate va défendre corps et âme un chef rebelle.
film, a adapté une pièce à succès et fait appel aux deux comédiens qui avaient créé ces personnages sur scène : l’Ivoirien Fargass Assandé, habité, et Maïmouna N’Diaye, au jeu très épuré. Tous deux ont décroché le prix d’interprétation au 24e Fespaco. ■ J.-M.C.
ALGER, 2008. Il y a le fils étudiant qui fume des joints avec son pote fan de « taqwacore punk halal » et cherchant à se faire tatouer un verset du Coran dans le dos. Il y a leur copine farouchement indépendante, à la répartie assassine, mais marquée par la terreur islamiste durant son enfance (Lyna Khoudri, prix d’interprétation à Venise). Il y a les parents, couple amoureux mais déchiré après avoir traversé les années de plomb. Ils ne supportent plus « la bigoterie que l’État distille dans nos veines » : voulant fêter leurs vingt ans de mariage, ils sont chassés d’un comptoir (pas de femme au bar), d’une terrasse (pas d’alcool à cause des voisins). Et puis il y a Alger, superbement filmée sous toutes les coutures, belle et sordide, généreuse et inquiétante, où les personnages semblent enfermés. Deux générations, beaucoup de bienveillance, une angoisse larvée et des désirs contraires : le film parvient à l’équilibre sur le fil des émotions. ■ J.-M.C.
« LES BIENHEUREUX » (France-Belgique-Qatar) de Sofia Djama (voir interview p. 80). Avec Sami Bouajila, Nadia Kaci, Faouzi Bensaïdi.
« LES LEADERS de la prochaine génération », titrait en octobre le magazine Time, avec John Boyega en couverture. L’acteur britannique d’origine nigériane a signé pour trois épisodes de la saga des étoiles : après Les Forces du destin et avant l’épisode IX en 2019, le voici dans Les Derniers Jedi. À 25 ans, il n’est pas le premier comédien black de la série (Billy Dee Williams et Samuel L. Jackson l’ont précédé, dans des rôles moins importants), mais c’est un grand militant de la diversité. En juillet, dans un autre magazine américain, GQ, il déplorait qu’on ne voie pas de Noirs dans Game of Thrones, ou dans Le Seigneur des anneaux : « Je ne paye pas pour voir toujours le même genre de personnes à l’écran. » Après avoir été l’agent de sécurité impuissant face à la répression des émeutes raciales de Detroit, il tentera dans quelques mois de sauver le monde dans Pacific Rim : Uprising. Figure de proue d’une nouvelle génération de superhéros afro qui a déjà pris son envol… ■ J.-M.C.
« L’ŒIL DU CYCLONE » (Burkina Faso) de Sékou Traoré. Avec Fargass Assandé, Maïmouna N’Diaye.



John Boyega, le visage de la relève.

photographie
À dr. : la synagogue de la Ghriba, sur l’île de Djerba.
À g. : le New-Yorkais Leonard Freed, spécialisé dans les sujets sociaux, a consacré de nombreux reportages au mouvement pour les droits civiques. Ici, un cliché de 1963.


Pleins feux sur l’emblématique « quartier
afro-américain ».
EVE ARNOLD, Raymond Depardon ou encore Wayne Miller signent l’exposition collective « Magnum in Harlem », telles 31 chroniques croisées, posées sur plusieurs décennies. Une sélection de clichés de 13 photographes Magnum y sont rassemblés et livrent à chaque fois une vision particulière de Harlem, que ce soit dans la rue lorsque qu’une nuée d’enfants improvise une marelle sur un marquage de la police ou au cultissime Savoy Ballroom où se trémoussent des danseurs survoltés. Au nord de Central Park, Harlem a toujours suscité autant d’intérêt que son histoire aura été féconde, incisive ou meurtrie. Au fil de son territoire, une géographie de vies se dévoile, indissociable de la culture afro-américaine et de la lutte pour l’égalité des droits civiques. À travers des portraits de personnages emblématiques comme Malcom X, Muhammed Ali, James Brown, « Black is beautiful » s’incarne ici par une affirmation identitaire puissante. ■ Catherine Faye « MAGNUM IN HARLEM », Maison des arts de Créteil, jusqu’au 27 janvier 2018. maccreteil.com


APRÈS LE MUSÉE du Bardo à Tunis et, jusqu’au 21 janvier 2018, le Musée d’histoire de l’immigration à Paris, c’est bientôt au Musée des Confluences de Marrakech, puis à New York, que l’exposition « Lieux saint partagés » posera ses valises. Conçue à partir d’enquêtes anthropologiques, elle recense les endroits rarement mis en valeur et qui concernent pourtant des millions de croyants, où les trois monothéismes cultivent de bonnes relations. Et une force spirituelle importante. Des sanctuaires qui génèrent des croisements entre juifs, chrétiens et musulmans. À l’image de la synagogue de la Ghriba, sur l’île de Djerba, où, chaque année, juifs et musulmans se retrouvent pour prier. Ou encore du projet architectural House of One (Maison de prière et d’enseignement des trois religions), qui sera bâti sur l’emplacement d’une ancienne église à Berlin. Ainsi, à la manière d’un pèlerinage, l’exposition emmène le visiteur, à travers photos, objets et films, de Jérusalem à Hébron, de Bethléem au mont Carmel, de Lampedusa à Djerba… Une ode à la coexistence des cultes. ■ C.F. « LIEUX SAINTS PARTAGÉS. COEXISTENCES EN EUROPE ET EN MÉDITERRANÉE », Musée national de l’histoire de l’immigration, Palais de la Porte Dorée, jusqu’au 21 janvier 2018. histoire-immigration.fr

Parure du Niger, population
Kel Aïr, XXe siècle.

L’artiste brouille les frontières entre la photographie de studio et l’installation.
Ci-contre, « Younes in da Shop », 2012.

L’enfant terrible du pop art rend hommage à son Maroc originel.
CONNU
Artisanat,
musique,
poésie : le savoir-faire de ce peuple du désert mis en lumière.
TÉMOIGNER DU DYNAMISME
et de la résistance de cette société nomade, disparate et en constante évolution, tel est le but de l’exposition qui se tient au musée des Confluences. En levant le voile sur ce peuple dont le territoire s’étend de l’Algérie au Niger, mais aussi du Mali à la Libye en passant par le Burkina Faso, on découvre autour d’un idiome commun une esthétique globale à travers l’artisanat, la poésie et la musique. Aussi y croise-t-on archives et tableaux incarnant clichés et fantasmes autour de l’homme bleu du Sahel suivis d’une belle sélection de bijoux et d’objets du quotidien codifiant cette société, puis de photos et reportages témoignant d’une amère réalité. ■ Loraine Adam « TOUAREGS », musée des Confluences, Lyon, jusqu’au 4 novembre 2018. museedesconfluences.fr civilisation
POUR METTRE EN SCÈNE dans ses clichés ses amis du showbiz, le photographe britannique originaire de Larache au Maroc, signe ici un véritable retour aux sources. Après une première série intitulée My Rock Stars présentant des artistes du monde entier, ce maître du kitsch à la sauce pop art et fashion street propose cette fois My Maroc Stars. Un travail de longue haleine réalisé dans son riad, qui s’est étalé sur une vingtaine d’années, permettant ainsi à l’ami des artistes d’immortaliser le groupe de rap Shayfeen, la chanteuse Hindi Zahra, le photographe Yoriyas, le designer Yassine Morabite ou encore l’actrice Sarah Perles. Le premier volet de ces œuvres sera présenté en avantpremière à Casablanca avant de sillonner le monde de l’art. ■ C.F « MY MAROC STARS », Galerie L’Atelier 21, Casablanca, jusqu’au 13 janvier 2018. atelier21.ma/fr
QU’EST-CE qui unit les gamins d’Alger, Barcelone , Naples ou Tunis ? Pour décrypter l’amour du ballon rond, le Mucem de Marseille rend hommage au football, sport le plus populaire au monde mais aussi générateur de l’un des plus florissants business. À travers un parcours thématique et plus de 300 œuvres et objets, le visiteur plonge dans un univers qui aborde aussi bien les problématiques des supporters et hooligans que la marchandisation des transferts. De quoi faire sienne la devise des ultras du Club africain (Tunis) : « créé par les pauvres, volé par les riches. » ■ Hedi Dahmani « NOUS SOMMES FOOT », Mucem, Marseille, jusqu’au 4 février 2018. mucem.org

par Hugues Berton

le
des autres. En qualifiant le Maroc pour la Coupe du monde 2018, l’entraîneur français a éliminé la Côte d’Ivoire, son ancienne sélection nationale. Déjà vainqueur de deux Coupes d’Afrique des nations, ce marabout du ballon rond poursuit son histoire d’amour avec le continent.
Ce 11 novembre 2017 au soir, Casa la Blanche devient rouge de plaisir. Dans les artères de la ville, les klaxons s’enchaînent. Aux portières des voitures, les jeunes brandissent des drapeaux. Les passants hurlent de bonheur. Jusqu’au bout de la nuit, c’est tout un pays qui exulte de joie. Ils l’ont fait ! IL l’a fait… Hervé Renard, devenu sélectionneur de l’équipe nationale moins de deux ans plus tôt, est en effet parvenu à qualifier le Maroc pour la prochaine Coupe du monde en Russie. « Les joueurs ont réussi un match exceptionnel, commentera-t-il modestement, à chaud. La solidarité a fait la différence. » Le roi Mohammed VI, qui tient Renard en haute estime, salue immédiatement l’exploit. Vingt ans que les Lions de l’Atlas attendaient ça. Mais, pour le stratège de 49 ans, cette qualification obtenue au terme de l’ultime rencontre a un goût particulier. Le succès s’est en effet dessiné à Abidjan, au détriment de la Côte d’Ivoire qui, elle, a pleuré de rage et de frustration. En janvier, au Gabon, elle avait déjà été éliminée de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2017 par le Maroc de Renard. Ironie du sort : c’est à la tête des Éléphants que le sélectionneur avait offert aux Ivoiriens leur deuxième CAN en 2015. En plus d’un joli bonus financier, le coach avait surtout reçu les louanges du président Alassane Ouattara : « Grâce à vous, la Côte d’Ivoire est rassemblée de nouveau », insistant sur le sentiment d’unité nationale. Renard avait déjà inscrit son nom au palmarès de la CAN 2012 : alors aux commandes de la Zambie, il avait battu en finale, signe du destin, la… Côte d’Ivoire, devenant alors le premier sélectionneur à remporter deux fois ce trophée à la tête de deux formations différentes. Engagé jusqu’en 2022 avec les Lions de l’Atlas, s’il ne prétend pas offrir la Coupe du monde aux Marocains, qui affronteront le Portugal et l’Espagne en groupe qualificatif, il se contenterait de rafler sa troisième CAN en 2019, au Cameroun… Un triplé inédit qui finirait de sculpter sa statue de commandeur sur le continent africain. Car, en France, l’histoire est toute différente. Né à Aix-les-Bains, sur les rives du Lac du Bourget, ce fils unique est élevé humblement par sa mère. Elle accepte de le laisser partir ado au centre de formation de Cannes. Mais la concurrence est rude et l’élite se refuse à lui. Défenseur anonyme, il rejoint les clubs modestes de Vallauris puis de Draguignan, dont il devient l’entraîneur à 30 ans. Son itinéraire bascule quand Claude Le Roy (vainqueur de la CAN 1998 avec le Cameroun) le prend sous son aile, d’abord à Shanghai, puis à Cambridge et enfin au Ghana en 2006. Renard adopte l’Afrique au premier contact. L’inverse ne tarde pas. Deux ans plus tard, le voilà propulsé sélectionneur de la Zambie. La suite est connue. Ses deux retours express en France (entraîneur éphémère à Sochaux en 2013 et à Lille en 2015), considérés comme des échecs, confirment que ses vraies racines sont sur le continent. C’est là qu’il mène sa vie professionnelle et refait sa vie sentimentale – sur laquelle il ne s’étend guère. Au mieux sait-on que sa fille, Candide, affole Instagram, elle qui a hérité du physique avantageux de papa. Œil azur, peau toujours hâlée, ligne svelte et muscle saillant dans son éternelle chemise blanche, le coach assure. Superstar loin de sa Savoie natale, il admet : « J’ai certainement une bonne étoile. » Vert espérance. Comme celle du drapeau du Maroc. ■
Pour affronter l’Espagne ou le Portugal, le sélectionneur comptera notamment sur Younès Belhanda, le milieu offensif qui évolue au Galatasaray SK (Turquie).





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par Emmanuelle Pontié

C’est la coutume sous presque tous les cieux. Passer d’une année à l’autre entraîne son lot de bonnes résolutions, et de vœux de ceci ou de cela. La superstition, bien sûr, s’en mêle, et fait joyeusement croire que tous les souhaits se réaliseront à coup sûr en ce moment particulier, où l’on tourne une page et le dos à une année qui s’achève avec son cortège de mauvais souvenirs que l’on a hâte d’oublier, pour entrer le cœur vaillant dans une nouvelle ère.
Alors, on peut donc se mettre à rêver un peu, l’espace de quelques jours, et espérer. Espérer que 2018 sera – pourquoi pas ? – l’année de l’Afrique. Imaginer que le développement, le vrai, celui qui passe par la lutte contre la pauvreté, l’accès à l’emploi ou aux services de base comme l’éducation, la santé, l’électricité ou l’eau potable, fera un bond de géant. Imaginer encore que les flots de migrants, perdus dans leur route vers un monde meilleur, réduiront d’euxmêmes parce que leurs terres natales leur offriront une vie meilleure. Imaginer aussi que les terrorismes seront enfin éradiqués, n’ayant plus de prise sur un continent fort, où l’on n’enrôlera plus les âmes perdues dans des actions de violence aveugle. Imaginer enfin que le renouvellement des leaderships, l’installation de bonnes gouvernances et la ringardisation de la corruption gagneront le pari de l’économie, avec des retombées locales, sociales, sonnantes et trébuchantes tellement attendues.
Allez, puisque c’est le seul moment de l’année où l’on peut formuler les rêves les plus fous, divaguons à loisir. Même si, merci, on le sait bien : ces vœux pieux ne se réaliseront pas en 2018, ni même en 2019, et ainsi de suite. Certains esprits chagrins s’empresseront d’ajouter qu’ils ne se réaliseront peut-être jamais. Pourtant, si l’on y regarde de plus près, avec un œil résolument positif, plusieurs pays avancent peu à peu, inversent doucement la tendance, construisent, réforment, installent du neuf. Et montrent au minimum, à travers d’innombrables petits mieux, dans

plein de domaines, qu’ils prennent le bon chemin pour que l’Afrique change. Et surtout, parce qu’il faut boucler l’année avec une méga note d’espoir. N’ayons pas peur dans cette fameuse nuit du 31 décembre de formuler les vœux les plus fous, les plus gratuits, les plus irréalisables, pour qu’un jour, justement, ils se transforment en réalité. Même si c’est dans dix, cinquante ou cent ans !
Bonne année donc à notre continent, avec son potentiel et ses avancées. Et accessoirement, une excellente année à vous tous, qui de près ou de loin, êtes les artisans de cette Afrique qui gagnera demain. ■
Si l’on y regarde de plus près, avec un œil résolument positif, plusieurs pays avancent peu à peu, inversent doucement la tendance, réforment, installent du neuf.
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