On se rappelle cette théorie de « la fin de l’histoire », développée par le politologue Francis Fukuyama, dans un livre perçu comme un texte majeur du XXe siècle. Publié en 1992, l’essai avance une théorie à laquelle beaucoup d’entre nous ont cru, et croient encore : la chute du communisme aurait marqué la victoire définitive de la démocratie et du libéralisme, dans un puissant mélange conquérant, celui de « la démocratie libérale ». Ce n’est pas l’extinction des conflits, écrivait Fukuyama, mais le triomphe du modèle, l’aboutissement définitif de l’évolution idéologique de l’humanité. Commerce, marchés, ouverture, démocratie…
La fin de l’histoire ?
En ces derniers jours de l’année 2016, le modèle et la prédiction semblent avoir largement pris l’eau. La démocratie libérale est en repli général. Le commerce, les marchés, la globalisation sont accusés d’avoir capté le progrès et ses bénéfices au profit d’une caste de privilégiés. L’enrichissement global du monde, généralement en faveur des anciens défavorisés, lamine les classes moyennes des pays riches. Ici et là, en particulier en Occident, l’idée de démocratie ne semble plus aussi axiomatique. L’identité, le nationalisme, les frontières, le protectionnisme sont l’alpha et l’oméga du moment. Les extrêmes ne sont plus tabous. Pour faire front au chaos du monde, aux hordes de migrants, ceux poussés par les guerres ou ceux qui tentent leur chance pour éviter la famine et la pauvreté, l’autoritarisme est redevenu une valeur positive, moderne. La multiculturalité, l’Islam surtout, apparaissent comme des menaces, et ils alimentent comme du kérosène les réacteurs du populisme. Avec en paradigme majeur, outre le Brexit, la prise du pouvoir dans le pays le plus puissant du monde, de Donald Trump. Un matador sans scrupule, outrancier et fantasque, élu sur le thème du déclassement et de la grande peur de l’homme blanc working class. Un président « du peuple » mal élu et qui s’apprête à mettre en place un gouvernement de milliardaires et de militaires ultrachargés de façonner un monde adapté à leur vision et à l’aune de leurs intérêts (voir p. 32).
Un séisme réel… Quelle débâcle intellectuelle. Quel affaissement de la société…
La fin de l’histoire ?
La démocratie libérale a certainement du plomb dans l’aile au « nord ». Ici, la bataille est claire. Il faut réinventer d’urgence un nouveau libéralisme qui mette au cœur de son discours et de son action la grande angoisse des peuples. Mais ailleurs, l’idéal démocratique progresse partout. Il pousse les murs, les lignes rouges, en Afrique, en Asie, aux Amériques
La fin de l’histoire ?
Les discours martiaux n’empêcheront pas les mutations, les transformations en marche de l’humanité. L’Occident n’est plus l’unique centre. Des pôles de puissances alternatives se développent, vite. La grande émancipation des anciens colonisés est en marche, laborieusement certes, mais en marche. Le monde est devenu multiple et vouloir le réduire à des équations binaires est illusoire.
Regardez aussi la révolution technologique et scientifique qui nous submerge, sans que l’on sache vraiment où elle nous emmène. D’ici à vingt ans sans doute, le fameux moteur à explosion rendra l’âme, poussé dans la tombe par les exigences de notre survie sur cette planète. Et par la technologie de plus en plus performante du stockage de l’énergie par les batteries ou la domestication de l’hydrogène. Regardez ce que l’avènement de l’ère numérique entraîne. Regardez ce que la machine prend à l’homme en termes d’emplois. Regardez l’accès inouï à l’information, au savoir. La révolution médicale en marche, les implants et les greffes, les codes génétiques, les limites de la mort...
Les barrières ne protègent pas du changement, ni des idées, ni de la créativité et du dynamisme des « autres ». Les barrières ne protègent pas du déclin, au contraire. Un monde nouveau est en train de naître. On pense évidemment à cette citation d’Antonio Gramsci, communiste italien persécuté par Mussolini : « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres. »
On est loin de la fin de l’histoire. On est loin, encore, de la défaite définitive des idéaux et de l’humanisme. Le roman de l’homme continue. ■
PAR zyad limam
DÉCEMBRE 2016-JANVIER 2017 N°364
8 Les Casques blancs syriens à l’honneur dans notre Best Of des personnalités 2016.
3 Édito
La fin de l’histoire ? par Zyad Limam
26 L’agenda
Ériq Ebouaney
56 Entretien sans tabou avec Amal Chabach, première femme sexologue du Maroc.
28 Hommage
Ousmane Sow
31 C’est comment ?
Une nouvelle jeunesse ! par Emmanuelle Pontié
62 Ce que j’ai appris Freddy Tsimba
138 Duty free Tenue de soirée
146 Les 20 questions Flora Coquerel
LES GENS
8 LE BEST OF 2016 des personnalités de l’année
Des écrivains, des sportifs, des artistes, des chanteurs… Good feeling !
LES TEMPS FORTS
32 Donald Trump et nous… (A priori, il s’en fiche)
44 Cameroun Les héros du train
52 Maghreb : les nouveaux codes amoureux
56 Amal Chabach, sexologue marocaine
90 RDC Léopold II, le massacre occulté
94 Humanitaire Soins à bâbord, bible à tribord
98 Portfolio Dans les pas d’Obama
100 Le document Magie noire, magie blanche ?
DOSSIER MALI
Bienvenue à Bamako !
64 Sommet Afrique-France : les enjeux
70 Sécurité : un défi à relever
72 Nord : une accalmie fragile
74 Accueil : la confiance envers et contre tout
78 Économie : la belle embellie
80 Agriculture : le pari gagnant
86 Sorties : suivez le guide !
DÉCOUVERTE
111 Côte d’Ivoire
Identité et diversité
MADE IN AFRICA
128 Djibouti : entre grand rift et mer Rouge
132 Exposition : « L’Éveil d’une nation », à Tunis
près la crise que le Mali a connue en 2012, nous sommes engagés dans une politique active de réunification du pays. Beaucoup d’efforts sont ainsi consentis pour reconstruire les fondations de la République et apporter une solution définitive aux problèmes du Nord. En cela, nous bénéficions du concours inestimable de la communauté internationale.
Les engagements pris dans l’Accord pour la Paix et la Réconciliation au Mali signé par toutes les parties suivent leur cours afin de préserver la paix et la stabilité sur toute l’étendue du territoire Malien.
Notre programme de renforcement des capacités opérationnelles de nos forces armées et de sécurité poursuit son cours afin de les rendre aptes à faire face aux défis permanents de sécurité.
Au niveau institutionnel, des lois d’orientation et de programmation militaire et de sécurité sont préparées pour améliorer la gestion de nos forces, leur offrir de meilleures perspectives et les préparer aux nouveaux types de menaces.
Au moment où le Mali accueille l’Afrique et la France, nous assistons à la renaissance de notre économie. Grâce à la mobilisation de nos ressources internes et l’appui financier de nos partenaires internationaux, nous avons renoué avec la croissance. Ainsi, le pays a enregistré des taux de croissance de 7,2% en 2014 et 6% en 2015 ; les perspectives pour 2016 et 2017 restent favorables.
Cette croissance est tirée par le secteur minier et l’agriculture. Ces trois dernières années, 15 % du budget national ont été alloués à la modernisation et la diversification de notre agriculture. Notre ambition est d’en améliorer sa contribution à la croissance et aussi à la lutte contre la pauvreté, notamment en milieu rural. Nous avons partagé les fruits de cette embellie économique afin d’améliorer les conditions d e vie
Inauguration de la station compacte de production d’eau potable à Kalanbancoro, le 1 7 o ctobr e 2 016.
des populations. Ainsi, nous avons procédé à une augmentation de 20 % du point d’indice des fonctionnaires sur trois ans (10 % en 2015, 3 % en 2016 et 7 % en 2017). De même, nous avons procédé à une baisse de 8 points de l’Impôt sur les traitements et salaires pour relancer la consommation des populations et soutenir la croissance.
Nous avons partagé avec le secteur privé et les investisseurs notre vision à moyen et long termes du développement du pays. De nombreuses réformes ont été initiées pour améliorer le climat des affaires. Ces réformes ont permis au Mali de prendre la première place des pays réformateurs de l’espace UEMOA et OHADA selon le rapport Doing Business 2017.
La tenue du 27e Sommet Afrique-France, en janvier 2017 à Bamako, marque le retour de notre pays sur la scène internationale. Nous remercions pour cela toute la communauté africaine et la France pour la confiance qu’elles nous ont manifesté. Toutes les forces vives de la Nation sont mobilisées pour le succès de cet événement.
Avec l’appui de nos partenaires, nos forces de défense et de sécurité sont à pied d’œuvre pour relever le défi sécuritaire que représente un tel rendez-vous.
Les travaux sont en cours pour finaliser l’extension et la modernisation de l’aéroport international
Président Modibo-Keïta Bamako-Sénou afin d’en renforcer ses capacités d’accueil. De même, notre industrie hôtelière se prépare activement à répondre aux attentes de nos hôtes.
Visite de chantier du nouveau terminal de l’aéroport international de Bamako, le 9 novembre 2016.
Notre jeunesse est engagée partout à changer le visage de la capitale et offrir à nos hôtes un séjour de qualité et mémorable.
Ce sommet, placé sous le thème de la Paix et de la Sécurité sera une occasion inouïe d’envisager dans le cadre d’un partenariat gagnant-gagnant, d’une part les ressorts d’une croissance mieux partagée pour nos peuples respectifs, et d’autre part la conjugaison de nos efforts pour faire face aux menaces sécuritaires multiformes de notre temps.
Le Mali est pour sa part debout pour partager son expérience et apporter sa contribution aux échanges qui auront lieu.
J’invite tous nos pairs africains et nos partenaires français à se mobiliser ensemble pour la réussite de ce Sommet. »
Son Excellence Ibrahim Boubacar Keïta Président de la République du Mali
Le président à la manœuvre pour le lancement de la route
Bougouni-Kolondiéba à la frontière ivoirienne, le 13 novembre 2016.
LES GENS
Good Feeling !
Voici notre sélection des personnalités de l’année. Et pour changer d’ambiance, cap sur le succès, la créativité, le courage, le talent, l’enthousiasme, l’espoir.
B
Le Of e est 2016
Riad Sattouf Retour vers le futur
Raconter sa vie reste un exercice particulier, faire partager son univers d’enfance aussi. D’autant plus s’il s’agit de l’histoire d’un petit garçon franco-syrien ballotté par les aléas de la vie de ses parents. C’est la saga assez incroyable de L’Arabe du futur, une bande dessinée émouvante, drôle, réaliste, la chronique d’une vie entre l’Occident et un Orient aujourd’hui disparu. Un formidable succès de librairie aussi : la trilogie a dépassé le million d’exemplaires vendus (dont 700 000 en France) et a été traduite dans 17 langues… Le premier volume couvre la période 1978-1984, de sa naissance à ses 6 ans, entre la Libye sinistre du Guide, la Bretagne et la Syrie ubuesque d’Hafez el-Assad. Le second tome, paru en 2015, raconte une première année d’école en Syrie (1984-1985). Le troisième tome, qui court jusqu’en 1987, voit le jeune Riad commencer à prendre conscience des contradictions du monde qui l’entoure et celles de son père également, jusqu’alors son « héros » absolu. Réflexion savoureuse sur l’enfance, L’Arabe du futur est aussi un portrait drôle mais radical d’un monde arabe socialiste figé et despotique. À découvrir, toujours chez Riad Sattouf, Les Cahiers d’Esther, chronique de la vie (vraie) d’une petite Parisienne de 10 ans (décidément…). Et la carrière d’acteur et de réalisateur d’un artiste qui veut tout faire sans se prendre trop au sérieux. ■ Zyad Limam
Trois tomes ont déjà été publiés aux éditions Allary. Deux autres compléteront la série.
Pretty Yende
Une voix aux couleurs de l’Afrique
Elle a 31 ans, une beauté australe, un immense sourire et une voix qui fait chavirer les audiences et les publics. En quelques années, elle a conquis le monde fermé de l’art lyrique et de l’opéra. À la fois insouciante, talentueuse et perfectionniste. Elle vient de tenir le rôle principal dans Lucia di Lammermoor de Donizetti à l’Opéra Bastille de Paris. Elle sort son premier disque, A journey, chez Sony Classical. En arrièreplan de cette grande carrière en train de naître, une histoire personnelle africaine et émouvante. Pretty Yende est née en 1985 en Afrique du Sud, à Piet Retief, township de la province de Mpumalanga. Une petite fille noire, aînée d’une fratrie de quatre, dans un pays soumis à l’apartheid, aux convulsions de la lutte, alors que Nelson Mandela est toujours en prison. Une histoire rythmée par les chants zoulous et les gospels de l’église. À 16 ans, une publicité de British Airways avec l’air du « Duo des fleurs » de Léo Delibes agit comme une révélation et bouleverse sa vie. La voilà partie pour l’université du Cap où Angelo Gobbato, baryton milanais, a largement ouvert ses classes aux enfants « de couleur ». Très vite, l’artiste part pour Milan. Le début de l’ascension. Aujourd’hui, elle incarne une rareté, une voix africaine dans l’opéra. Son talent et son originalité lui permettent de développer un chant aussi instinctif et authentique que possible. En 2013, elle a créé une fondation pour ouvrir l’éducation musicale aux jeunes du township et des milieux ruraux. ■ Z.L.
Paru en septembre dernier chez Sony Classical, « A Journey » est le premier album de la chanteuse.
MATHIEU ZAZZO/PASCO
Sadiq Khan Mister Mayor
De cette année si particulière, l’histoire retiendra qu’avant le hold-up du Brexit, c’est haut la main que Sadiq Khan est devenu maire de Londres. 57 % de voix, ce n’est pas une victoire. Plutôt une déclaration d’amour. N’en déplaise aux amateurs de clichés, les électeurs ne l’ont pas choisi parce qu’issu d’une famille modeste, ou d’origine pakistanaise ou – roulement de tambours – parce qu’il est musulman. Laissons ces punchlines pour story-tellers et communicants. Sadiq Khan a été élu par les Londoniens pour son amour de la ville (où il est né et a grandi dans sa banlieue) et parce que, au même titre qu’un David Beckham, c’est un Britannique typique – en lequel beaucoup de ses concitoyens se reconnaissent. Londres la cosmopolite n’a que faire des étiquettes. Au pays du pub, du football et du rock, on ne naît pas gentleman. On le devient. Comme Khan. Et si sa Majesté la reine a le pouvoir d’anoblir des roturiers, le peuple, lui, a tenu à rappeler qu’il peut encore se choisir ses icônes. ■ Hedi Dahmani
Gaël Faye L’enfant devenu grand
Il est musicien, franco-rwandais, a 34 ans, le corps tout en longueur, métis de peau et de culture. Il s’est fait un nom dans le hip-hop, avec un slam obsédé par la jeunesse et l’exil. Un éditeur l’encourage à raconter son histoire. Ce sera Petit pays, celle de Gabriel et de sa bande de copains qui grandissent dans les ruelles de Bujumbura. Un succès stratosphérique en France et à l’étranger, avec des droits vendus à une vingtaine de maisons d’édition. Sa mère est une Tutsie rwandaise, née dans les camps de regroupement en 1959, puis déplacée au Burundi. Son père, un scientifique français qui travaillait là-bas, amoureux de cette terre. Un pays secoué par des conflits entre Tutsis et Hutus. Le génocide de 1994 au Rwanda voisin aggrave les tensions. Des scènes de lynchage ensanglantent Bujumbura, la capitale, et la situation devient intenable. Dans sa chambre, la couverture sur la tête, Gaël griffonne alors ses premiers textes « sous les obus et les balles traçantes ». Il sera finalement exfiltré vers la France. Dans Petit pays, Gabriel demande à son père les raisons de ces tragédies cruelles. Mais les adultes n’ont pas toujours les bonnes réponses, celles qui parlent aux enfants. Petit pays a reçu le prix Goncourt des lycéens et celui des lecteurs de la Fnac. Gaël Faye, lui, s’est installé au Rwanda il y a quelques mois, après tant d’années en banlieue parisienne, avec sa femme, elle-même métis franco-rwandaise, et leurs deux filles. Peut-être pour ne pas oublier, et trouver les réponses. ■ Z.L.
« Petit pays » par Gaël Faye (Grasset).
Leïla Slimani
Femme de l’être
Elle a 35 ans, elle est francomarocaine, talentueuse, souvent à contre-pied, avec une émotion et une sensibilité brutes de décoffrage loin de ses apparences tranquilles et bourgeoises. Journaliste (elle a travaillé à Jeune Afrique), elle est entrée en littérature il y a deux ans avec Dans le jardin de l’ogre, un roman coup de poing, déstabilisant, sur l’addiction sexuelle féminine. Aujourd’hui, elle touche juste de nouveau avec Chanson douce, qui raconte avec un talent narratif sec, clinique, glacé, précis, rythmé, saccadé, la délirante dérive meurtrière d’une nounou. Qui plonge dans les ambiguïtés de la relation qui unit les parents avec ceux qui gardent leurs enfants. Qui explore la solitude, les affres de la mère. Chanson douce a remporté le prix Goncourt 2016, le Graal de la littérature française. Leïla Slimani en est la douzième femme (seulement) lauréate en cent treize ans. Et la seconde africaine après Marie NDiaye (en 2009). Écrivaine, elle cherche la vérité crue, l’authenticité au plus près. Citoyenne, elle n’hésite pas à s’exprimer, sans circonvolutions, sur le Maroc, sur la condition des femmes, sur l’homophobie, sur la France et les différences... ■ Z.L.
« Chanson douce » (Gallimard), le roman primé de Leïla Slimani.
Casques blancs
Les Anges gardiens
Malgré les pétitions et le soutien de George Clooney, ils n’auront pas obtenu le prix Nobel de la Paix 2016, décerné à Juan Manuel Santos, président de la Colombie. Et pourtant, ils auraient bien mérité cette distinction, ces dévoués « Casques blancs » d’Alep qui, après chaque bombardement, extraient les victimes des décombres. Lorsqu’en 2013 naît dans les zones rebelles la Défense civile syrienne, ses volontaires ne sont qu’une vingtaine, formés aux premiers secours par un consultant anglais et une ONG turque. Désormais, ces héros anonymes seraient près de 3 000, et revendiquent le sauvetage de plus de 60 000 vies. « Ils avaient le choix de prendre une arme ; à la place, ils ont pris un brancard », résume Raed al-Saleh, leur chef, qui souligne que, depuis l’appui militaire de Moscou au régime d’El-Assad, « les choses ont empiré ». Non contents de bombarder les hôpitaux (y compris pédiatriques), voilà que des double tap (secondes frappes aériennes) visent les secouristes agglutinés sur le site de la première… Au moins 145 Casques blancs ont péri en service. ■ Cédric Gouverneur
Inès Boubakri et Cheick Cissé
Au bout du rêve
Avec 45 médailles dont 10 d’or, la moisson, aux Jeux olympiques de Rio, a été belle pour les athlètes du continent. En distinguer certains est forcément injuste. Alors, au-delà des disciplines dans lesquelles nos sportifs brillent habituellement, le parcours de ce duo de cœur méritait d’être mis en lumière. Inès Boubakri d’abord. Sa médaille a beau être de bronze, la Tunisienne est la première africaine à être récompensée en escrime. Un podium conquis à force de courage. Comme à 18 ans, lorsqu’elle se résigne à quitter son pays, faute de trouver des adversaires à sa mesure. Comme lors de ses premiers pas en France, puis face à l’impossibilité d’intégrer l’Insep (la structure pour athlètes de haut niveau) parce que de nationalité étrangère… Et comme lors de ces Jeux où la fleurettiste a connu des douleurs au dos. Émue, une fois sur le podium, Inès a notamment dédié sa médaille à « la femme arabe et aux jeunes. »
Cheick Cissé ensuite. En rapportant à la Côte d’Ivoire la première médaille d’or de son histoire, le champion de taekwondo a réalisé un exploit qui lui a valu d’être accueilli en héros à Abidjan. D’autant que le natif de Bouaké continue contre vents et marées de s’entraîner au pays. Et à Rio, malgré de nombreux problèmes – avec une membre de Comité d’organisation ou encore un sponsor non homologué –, le champion n’a rien perdu de sa concentration. Quelques jours après son triomphe, les écoles de taekwondo de Côte d’Ivoire ont été prises d’assaut. ■ H.D.
Mehdi Qotbi L’art passionnément
On le connaissait self-made-man, autodidacte, artiste de renom, graphiste, charmeur, bateleur, épicurien, voyageur, et surtout marocain de toutes ses fibres. Le voici en charge depuis 2011, six ans tout de même, d’un très grand projet culturel, la Fondation nationale des musées (FNM). Une mission de la plus haute importance confiée par le roi Mohammed VI. La fondation gère 14 musées du Maroc pour le compte de l’État. Le défi va évidemment au-delà. L’objectif est aussi de « dynamiser l’offre »,
d’avoir une grande ambition, de répondre aux normes muséales modernes, de donner envie aux marocains et aux visiteurs d’entrer dans ces lieux de culture. Un travail titanesque pour Mehdi Qotbi et son équipe. À la proue de la fondation, le MMVI, musée d’art moderne et contemporain Mohammed VI de Rabat, dirigé par Abdelaziz Elidrissi. Inauguré en octobre 2014, le MMVI aura déjà accueilli une rétrospective Giacometti et s’apprête à dévoiler une grande exposition Picasso en avril. À l’affiche aujourd’hui :
« Femmes : Artistes marocaines de la modernité 1960-2016 », présentée jusqu’au 8 mars. Une date qui n’a pas été choisie au hasard, puisqu’il s’agit de la journée internationale de la femme. Autre point fort du projet FNM, la rénovation du musée La Kasbah des cultures méditerranéennes de Tanger qui a rouvert ses portes dans un palais du XVIe siècle en juillet dernier. Diplomate, homme d’action, Qotbi avance, renverse les obstacles et les critiques (même quand elles peuvent être fondées). Sa passion, finalement, emporte tout ! ■ Z.L.
Tinariwen
L’hymne à la joie
Parce qu’on ne présente plus les rockeurs poètes du Sahara, lauréats d’un Grammy Award en 2012 et qui depuis prêchent leur bonne parole musicale bien au-delà des frontières africaines. En témoigne leur présence le 21 novembre dernier sur la scène du Bataclan, qu’ils avaient déjà investi il y a quelques années avec Robert Plant. Un symbole en phase avec leur engagement farouche pour les droits de l’homme et une liberté d’agir dont ils refusent de se priver. Et dans la joie d’être ensemble, s’il vous plaît. Terminant actuellement sa tournée française, Tinariwen repartira sur les routes européennes et américaines au printemps 2017 pour défendre un huitième album, le somptueux Elwan, dans les bacs en février prochain. L’instabilité du nord du Mali a contraint les six musiciens à enregistrer à Taragalte, dans le désert sud-marocain, après avoir confectionné quelques titres dans celui de Joshua Tree, en Californie. Y sont nés des morceaux d’une énergie rare, tels « Tiwàyyen » ou « Sastanàqqàm », nourris de blues électrique et de mélopées africaines ancestrales, conjugués par les deux générations présentes au sein du groupe. Quand les cordes du rock’n’roll US rencontrent les guitares ishumar, cela fait des étincelles – d’espoir, avant tout. ■ Sophie Rosemont
« Elwan », par Tinariwen (Anti/Epitaph) sera dans les bacs le 10 février.
MARIE PLANEILLE
Ahmed Mhiri
En route pour le succès
Il est à l’image de ces entrepreneurs qui, d’une idée simple, ont réussi à développer une véritable affaire qui roule. Ahmed Mhiri, 33 ans, est le PDG fondateur de TravelerCar, première plate-forme de location de voitures entre voyageurs aux aéroports, fondée en 2012 en France. Un service efficace qui permet de mettre votre véhicule en location pendant votre voyage plutôt que de payer au prix fort le parking à l’aéroport. Une déclinaison de l’économie collaborative dont Ahmed Mhiri est un fidèle adepte. La société compte aujourd’hui 45 collaborateurs, 150 partenaires dans huit pays (France, Suisse, Espagne, Allemagne, Belgique, Autriche, Portugal et Pays-Bas) et a servi plus de 250 000 clients. Et ce n’est que le début car l’ambition du projet est mondiale ! Une philosophie self-made-men, pour un pur produit made in Tunisia. Ahmed est diplômé de l’École supérieure des technologies et d’informatique de Charguia (devenue l’École nationale d’ingénieurs de Carthage) avant de poursuivre par un master en sécurité informatique à l’université de Versailles en France, où il est installé depuis maintenant treize ans. Après quelques années passées en entreprise, où il travaillait dans la sécurité des systèmes d’information, il décide de se lancer : « J’en ai eu assez d’écouter le récit des aventures des autres. » ■ Dounia Ben Mohamed
Faada Freddy Il chante en corps
Faada Freddy était la voix haut perchée du groupe de rap sénégalais Daara J. Il s’impose désormais en Mister Good Vibes sur les scènes de Paris, parti dans une carrière solo et acoustique. Un Gospel Journey qui a déjà fait l’objet d’un album, produit par Think Zik !, le label de son ami franco-sénégalais Malick Ndiaye, également producteur d’Imany. Souvent habillé de blanc sur scène, son
éternal chapeau melon noir rivé sur ses longues dreadlocks, il provoque l’enthousiasme du public. Il est d’autant plus puissant qu’il parvient à transporter les esprits et les cœurs avec de la musique sans instruments, tous les sons étant produits par le seul corps (voix, mains, pieds…). Avec ses cinq choristes, Faada Freddy a enchanté ces derniers mois le Trianon, l’Olympia et le Zénith, emmenant le public poursuivre le
concert dans les rues et le métro pour communier plus largement. Son énergie, qui commence à devenir légendaire, lui vaut d’être comparé à Dakar au grand Bob Marley, plutôt qu’à Bobby McFerrin, adepte du chant a capella. Lui-même, en adepte d’une confrérie soufie du Sénégal, parle en toute humilité du pouvoir thérapeutique de la musique. ■ Sabine Cessou
« Gospel Journey », paru en 2015 chez Think Zik !.
Michelle Obama Toujours première
S’attaquer en quelques lignes au portrait de Michelle Obama, c’est se confronter à un tri sélectif. Celui des superlatifs. L’intelligence ? Brillante. Même ses plus zélés détracteurs le lui reconnaissent. L’élégance ? Elle n’en manque pas, qu’il s’agisse de son attitude ou de sa garde-robe. Le charisme ? Incontestable. Au point qu’à la fin du mandat de Barack Obama, nombre d’observateurs se demandaient si elle n’aurait pas été la candidate idéale. Durant ces huit années à la Maison Blanche, Michelle O. aura été l’une des femmes les plus influentes de la planète. Il faut dire que depuis Jackie
Kennedy, jamais First Lady n’avait été aussi magnétique, charmant les photographes comme les auditoires. Mais sa plus grande qualité aura sans doute été d’être restée elle-même, malgré les pièges et chausse-trappes de sa fonction. Une figure féminine puissante – noire qui plus est, indépendante, ni potiche de salon, ni monstre d’ambition au point de cannibaliser l’aura de son mari, qu’elle aura épaulé sans faillir. Si la femme est l’avenir de l’homme, qui sait si, dans quelques années, Michelle Obama n’incarnera pas aussi le futur d’une nation qui doute désormais de son destin. ■ H.D.
Nouria Benghabrit
Droite dans ses bottes
Des appels au meurtre sur les réseaux sociaux, le qualificatif de « danger pour la nation » et de « traître à la patrie » par des leaders politiques… Mais qui donc effraie à ce point une partie de la société algérienne ? Inutile de chercher dans les fichiers d’Interpol, celle qui est vouée aux gémonies n’est autre que Nouria Benghabrit, 64 ans, ministre de l’Éducation nationale. Depuis deux ans et demi, les attaques contre cette chercheuse et enseignante sont d’une telle violence que ses amis se demandent chaque lundi ce qu’on lui reprochera durant la semaine. Nouria Benghabrit, qui veut réformer le système éducatif et a des ambitions pour l’avenir de la jeunesse, n’en a cure. Droite dans ses bottes, elle défend ses idées avec sourire et fermeté. Notamment sa conviction qu’enseigner la darija (arabe dialectal) permettrait de mieux former les écoliers. Ses opposants l’accusent de vouloir détruire l’arabe classique et, par extension, de s’attaquer à la langue du Coran. Ambiance… Dans les faits, au-delà de toutes les attaques dont elle fait l’objet, la ministre dérange car, non issue du sérail politique, elle bouscule les chapelles, chasses gardées et petits arrangements entre amis. Jusque-là, Abdelaziz Bouteflika lui maintient sa confiance. ■ H.D.
Phiona Mutesi La reine de l’échiquier
Parce que tout la donnait perdante et qu’elle a su jouer serré, Phiona Mutesi est devenue symbole d’espoir. C’est le story-teller américain Tim Crothers qui la découvre en 2011, lui consacrant un article dans le prestigieux magazine de sport ESPN Magazine, puis un livre, The Queen of Katwe (La Reine de Katwe). Très vite, Disney rachète les droits de cet incroyable récit pour l’adapter au grand écran. Le parcours de l’adolescente a tout d’un conte de fées. Rien ne prédestine en effet la jeune Ougandaise à devenir championne internationale d’échecs. Obligée de quitter l’école à 6 ans, elle grandit à Katwe, un bidonville de Kampala, vit avec sa mère et ses frères dans la rue, à l’affût de nourriture. Elle découvre le jeu d’échecs par hasard, grâce à un programme de sensibilisation installé dans une église qui offre aux enfants un repas en échange d’une partie. Elle a 9 ans et c’est la révélation. Douée, elle observe chaque tactique, joue à l’instinct. En à peine deux ans, elle devient championne junior d’Ouganda et première femme titrée à cette discipline du pays. Rescolarisée, elle apprend à lire, affine son jeu, adoube, capture, attaque, enchaîne les victoires. En Turquie, elle a l’honneur de disputer une partie contre la légende russe Garry Kasparov. Autant de victoires sur elle-même qui renversent sa destinée. À 21 ans, tous les rêves lui son permis : elle vise rien de moins qu’un titre de grand maître international et un diplôme de docteur en médecine. Phiona tient la cadence. ■ Catherine Faye
DANNY MOLOSHOK/REUTERS
SES LIVRES
◗ J’ai hâte d’avoir du temps pour lire
Petit pays de Gaël Faye. Sinon, Lettres à un jeune poète de Rainer Maria Rilke est mon livre de chevet. Je peux l’ouvrir à n’importe quelle page, il me nourrit, m’apaise, me rassure.
SON HÉROS
◗ Gandhi m’impressionne : son combat pour la paix, pour l’amour des uns et des autres. Si on avait plus de personnes comme lui, le monde tournerait mieux. Il a réussi à rassembler son peuple, avec ce discours de nonviolence. Notre monde est trop belliqueux. Peutêtre suis-je naïf, et n’ai-je pas compris qu’il a toujours marché ainsi…
l’agendaÉRIQ EBOUANEY
L’acteur français d’origine camerounaise, notamment connu pour avoir interprété Lumumba dans le film du même nom, évolue aussi bien dans des productions internationales que dans le cinéma d’auteur. On le retrouve aujourd’hui dans le thriller « Le Gang des Antillais », tiré de l’histoire vraie de Loïc Léry, Martiniquais tombé pour braquage dans les années 1970.
PRÉSENTÉ PAR ASTRID KRIVIAN
SA TABLE
◗ Le salon de thé Le Loir dans la théière dans le quartier du Marais, à Paris, est un peu mon QG. Un lieu relaxant, qui propose d’énormes et délicieux gâteaux comme ceux de nos grands-
mères ! Je me régale d’une tarte au citron généreusement meringuée, accompagnée d’un thé fumé Lapsang Souchong. Je peux y passer des heures à observer les gens. Je suis curieux, j’essaie de comprendre les êtres humains, leurs complexités, leurs contradictions. Pourquoi, par exemple, on souhaite tous que notre vie soit douce, agréable, et on se la gâche malgré tout, parfois. Qui sait ? Si je n’avais pas exercé ce métier, j’aurais peut-être été psy.
SON VOYAGE
◗ Découverte lors d’un tournage de film, où je jouais un Himba, la Namibie m’a profondément marqué. Une nature magnifique, des gens d’une grande simplicité, malgré leur histoire difficile… On peut traverser en voiture ses paysages pendant des heures sans voir personne, ni même une maison, seulement des animaux parfois. Il y a cet endroit extraordinaire où le désert rencontre la
Parc national d’Etosha, au nord de la Namibie.
mer… Sublime. Je veux y retourner, avec ma famille. Sinon, je vais plusieurs fois par an en Afrique. Pas nécessairement au Cameroun, mon pays d’origine, mais au Congo, Sénégal, Gabon… J’en ai besoin pour recharger les batteries, me reconnecter à l’essentiel, aux choses simples.
SES PROJETS
◗ Le film Le Gang des Antillais de Jean-Claude Barny vient de sortir. Adapté de l’ouvrage autobiographique de Loïc Léry, il raconte la rébellion de quatre Antillais en France dans les années 1970 contre le système du Bumidom (Bureau pour le développement des migrations dans les départements d’outre-mer). Les Afro-Antillais n’existent pas tellement dans le paysage cinématographique et télévisuel. Il faut décoloniser les imaginaires. Que les personnages noirs sortent des stéréotypes habituels. Sinon, je tourne actuellement le dernier film du réalisateur tchadien Mahamat-Saleh Haroun, avec Sandrine Bonnaire. Je fais au minimum un film africain par an. C’est ainsi que j’apporte ma pierre à l’édifice, celui d’un cinéma en devenir. A-t-on oublié que les Africains sont de très grands conteurs ?
SA MUSIQUE
SES FILMS
◗ Je suis sensible aux musiques qui ont un message à faire passer ou sont empreintes de mélancolie. J’aime le jazz, les pointures : John Coltrane, Miles Davis, Billie Holiday… Et Bob Dylan, Leonard Cohen, Barbara, Léo Ferré… Je suis content de retrouver Youssou N’Dour avec son dernier album Africa Rekk, il m’avait manqué. Je partage les valeurs qu’il défend.
SON EXPO
◗ Cinéphile, j’ai besoin de voir un film par jour. Même si je tourne. La vie est belle de Frank Capra est mon film culte. Je le regarde quand je déprime, c’est-àdire souvent ! (rires) Il me redonne goût à la vie. Chaque Noël, période à laquelle se déroule l’histoire, je le montre à mes enfants. Et je tiens à ce rituel. Dernièrement, j’ai vu Moi Daniel Blake, de Ken Loach. Une réussite, un film humaniste, nécessaire à notre époque où chacun tend à se replier sur soi.
◗ Il faut aller voir le travail de l’artiste afro-américain Kehinde Wiley, actuellement exposé au Petit Palais à Paris. Il revisite les classiques de l’histoire de l’art à travers la figure de l’homme noir. Des vitraux très colorés, des peintures monumentales… C’est fort, émouvant. Sinon, je suis un grand fan du peintre américain Jean-Michel Basquiat. Une carrière courte, fulgurante. Ses œuvres me bouleversent.
Kehinde Wiley, « Femme piquée par un serpent », 2007, s’inspirant d’une sculpture d’Auguste Clésinger.
10 OCTOBRE 1935-1er DÉCEMBRE 2016
OUSMANE SOW
L’ADIEU AU MAÎTRE
Ancré à Dakar, où il vivait, l’artiste nous a quittés à l’âge de 81 ans.
Son rêve inachevé était d’ouvrir un musée au Sénégal rassemblant ses œuvres plus grandes que nature et hors du temps.
PAR SABINE CESSOU
Le Sénégal pleure la disparition d’un géant, qui laisse une œuvre universelle. Premier Africain à avoir été admis à l’Académie des Beaux-Arts en France, en 2013, il avait ainsi endossé le même costume brodé que feu le poète-président Léopold Sédar Senghor, premier Africain à être entré à l’Académie française en 1984.
Né en 1935 à Dakar, l’artiste a d’abord été kinésithérapeute, pendant trente ans, avant de se consacrer entièrement, à partir de 50 ans, à sa passion pour la sculpture monumentale. À sa connaissance
du corps humain, qui lui permet de sculpter au toucher sans modèle, se mêle une quête de l’intime comme de l’histoire. Il s’intéresse ainsi aux tribus nomades d’Afrique et d’Amérique, victimes des mêmes crimes coloniaux. Entouré de mystère, son matériau de prédilection mélangeait la terre, la paille, le sable, des aliments « et une vingtaine d’autres produits macérés durant des années, dont il a emporté le secret », note Olivier Rogez en lui rendant hommage sur RFI. Le sculpteur s’étonnait qu’on s’intéresse tant à son matériau, qui évoquait certains des « rituels » animistes, alors qu’à son avis, seul le résultat comptait.
Révélé au Centre culturel français (CCF) de Dakar en 1987, Ousmane Sow avait fait sensation en 1999, en présentant ses statues géantes de héros indiens de la bataille de Little Big Horn sur le pont des Arts, à Paris. Cette installation avait attiré 3 millions de visiteurs. Ses œuvres puissantes, desquelles émane une impression de vie, lui ont valu de nombreuses expositions à travers le monde, bien des rétrospectives. Des musées aux États-Unis ont acheté beaucoup de ses œuvres. Il travaillait dans son atelier à une dernière commande, Le Paysan, une statue de cinq mètres de hauteur, à la demande de la présidence du Sénégal et de l’Agence de la francophonie. La documentariste française Béatrice Soulé, sa compagne, lui a consacré un beau livre chez Actes Sud en 2006, simplement intitulé Ousmane Sow, ainsi qu’un ouvrage touchant, destiné à la jeunesse, Même Ousmane Sow a été petit (éditions Le P’tit Jardin/Actes Sud, 2009). ■
UNE NOUVELLE JEUNESSE !
Fin d’année. Ambiance morose. Le terrorisme gagne du terrain. En Afrique centrale avec la secte Boko Haram, à l’Ouest avec des groupes plus ou moins affiliés à Al-Qaïda. Tous faisant plus ou moins allégeance à Daesh, qui fait trembler la terre entière. Les économies du continent souffrent de la baisse des cours du pétrole, des minerais, de la déliquescence des services sociaux. Souvent, les salaires sont payés en retard, les bourses non versées, les grèves interminables. La bonne gouvernance peine à s’installer dans des pays arc-boutés sur des méthodes d’hier. Les petite et grande corruptions prospèrent ici ou là. De l’autre côté, les droites dures s’emparent de l’Occident, recroquevillé sur la peur de la « menace » venue d’ailleurs, entre les migrants, les attentats, les autres extrémismes. En bref, sympa les fêtes de réveillon dans un contexte aussi gai !
Pourtant, à la veille de la nouvelle année, une tendance super-réjouissante, une vraie renaissance, une évolution réelle se dessine au sud du Sahara. Il s’agit de la montée d’une jeunesse décomplexée, pleine d’idées, d’ambitions, affranchie des lourdeurs des pays dont elle est originaire, qui avance, crée, emploie et réalise, envers et contre tout. Les incubateurs, les start-up, les applications new tech fleurissent. Des profils formés, pros, « mondialisés », intègrent de hauts postes dans des sociétés internationales installées en Afrique. Et surtout, une diaspora de qualité fait courageusement le pari du retour au pays et crée des structures dans des secteurs très variés. Banque, finance, agriculture, commerce, grande distribution, tourisme, communication… Ils embauchent sur place, imposent
une autre forme de management, façonnent les ressources humaines, tiennent compte du contexte local tout en introduisant des méthodes originales. Une autre culture d’entreprise est en train de naître grâce aux jeunes, et dope sérieusement le secteur privé. Si la tendance se confirme (et c’est bien parti pour), on peut parier que l’Afrique de demain sera plus armée pour être compétitive, faire front, opérer une mutation vers des économies gagnantes. Ces jeunes sont la cheville ouvrière de « l’émergence », ce concept favori de toutes les campagnes présidentielles et autres « visions » à vingt ou trente ans. Un mot qui, jusqu’à ce jour, reste… un mot. Ces nouvelles générations, grâce à leur action, devraient le changer en réalité sonnante et trébuchante. Alors, avec cette belle perspective d’avenir, bonne année 2017 ! (et surtout suivantes…) ■
UNE DIASPORA DE QUALITÉ FAIT LE PARI DU RETOUR AU PAYS ET CRÉE DES STRUCTURES DANS DES SECTEURS TRÈS VARIÉS. UNE AUTRE CULTURE D’ENTREPRISE EST EN TRAIN DE NAÎTRE.
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