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Soyez au centre de toutes nos attentions : bienvenue dans notre classe Business.

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ICI TOUT TOURNE AUTOUR DE VOUS
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C’est certainement l’un de nos meilleurs moments, ici à AM, quand en mars 2008, nous avons décidé, avant tout le monde, de mettre en couverture ce jeune sénateur de l’Illinois, fils d’un économiste et homme politique kényan et d’une Américaine blanche de souche irlandaise. Un type smart, cool, incarnation d’une autre Amérique, qui s’était fait connaître par un discours brillant – uplifting, comme disent les Américains – à la convention démocrate de 2004. Presque contre toute attente, Barack Hussein Obama sera élu 44e président des États-Unis le 4 novembre 2008. Et réélu pour un second mandat de quatre ans, le 6 novembre 2012. Deux dates à tout point de vue historiques. Huit ans plus tard, l’homme s’apprête à quitter la Maison-Blanche. Il est en fin de mandat, dépouillé petit à petit de son énergie et de son influence politique. Le 8 novembre prochain, l’Amérique votera pour choisir le 45e président des États-Unis. Les regards sont d’ores et déjà tournés vers le combat pour la succession, combat qui oppose Hillary Clinton et Donald Trump. Hillary, incarnation d’un establishment démonétisé, de l’entre-soi des élites. Et Donald, figure incontrôlable et dangereuse du populisme, de la misogynie, du racisme et de l’ego trip… Le tout dans une ambiance lourde, celle d’une humanité comme à bout de souffle, en proie aux désordres, aux changements systémiques et bouleversants, au terrorisme, à l’impasse écologique… L’enthousiasme, l’espoir, le dynamisme et l’envie d’y croire générés par le premier discours
On se rappellera que son épouse, Michelle, est certainement aussi douée que lui.
de Barack Obama, la nuit du 4 novembre 2008, semblent si loin. Yes, we can… Il est tôt encore tôt, même très tôt pour tenter de faire un premier bilan de la présidence Obama. L’Histoire prend du temps pour faire le tri, pour dépasser les émotions ou les vérités médiatiques de l’instant présent. Peut-être retiendra-t-on l’image de cet intellectuel au sens propre du terme, « conceptualiste », prudent, si différent du mode opérationnel traditionnel américain basé sur le mythe de l’action. Peut-être se rappellera-t-on de cet orateur hors pair à la voix remarquablement rythmée et grave, chaloupée et modulée, comme celle d’un pasteur inspiré. On retiendra certainement son sens de l’humour, sa photogénie, son côté super-papa avec ses filles. On se rappellera que son épouse, Michelle, est certainement aussi douée que lui, et que, si elle n’avait justement pas été femme et noire aussi, elle aurait peut-être pu prétendre à un destin politique de première ampleur (cela pourrait d’ailleurs être possible dans un avenir proche). Peutêtre, au fond, ne restera-t-il que cette image, celle du président noir, le premier de toute l’histoire des États-Unis, pays marqué par la tragédie de l’esclavage, la guerre civile, la ségrégation institutionnelle, et l’épopée magnifique et souvent tragique des droits civiques. Le début des années 1960, lorsqu’un Noir et un Blanc n’avaient pas les mêmes droits, n’est vraiment pas si loin. À peine
un demi-siècle. Obama est donc une révolution en soi. Le témoignage vivant que tout est possible. Un exemple pour tant de Noirs, tant de métèques, tant d’immigrés, tant de gens de couleur à travers le monde. L’exemple est là, mais les choses ont-elles changé ?
La question du racisme est plus que jamais au cœur de la société américaine avec le nombre impressionnant de bavures policières dont sont victimes les citoyens noirs. Une société américaine incapable, malgré les efforts, les discours et les exhortations présidentielles, de se débarrasser du fléau des armes à feu. L’image restera sûrement, pour de longues années : le chef de la nation la plus puissante du monde, au bord des larmes, évoquant le massacre de l’école de Sandy Hook (28 morts dont 20 enfants, le 14 décembre 2012).
Un exemple pour tant de Noirs, tant de métèques, tant d’immigrés à travers le monde.
À l’échelle du monde, de la grande politique internationale, l’action de Barack Obama reste tout aussi complexe à décrypter, à mettre en perspective.
Le 44e président a voulu promouvoir l’idée d’un système multipolaire, où la diplomatie et le dialogue des nations doivent primer par rapport à l’expression brute du pouvoir américain. C’est le sens de l’accord avec l’Iran. Le sens aussi du dialogue avec La Havane. C’est la grille de fond qui explique la volonté de s’extraire du bourbier moyen-oriental, de mettre fin aux guerres d’Irak. D’orienter le dynamisme de la nation étoilée vers le Pacifique et l’Asie. Mais le monde n’obéit pas toujours à la volonté des hommes d’État. L’Amérique est embourbée jusqu’aux yeux dans les guerres du Moyen-Orient et doit faire face à la menace de l’État islamique. La Syrie restera probablement comme un échec majeur aux conséquences aussi imprévisibles que désastreuses (dont la tragique crise des migrants, elle-même à l’origine de la déstabilisation de l’Union européenne). La paix véritable entre Israël et les Palestiniens s’éloigne chaque jour un peu plus encore. Le leadership américain est remis en cause par l’émergence de la Chine et le retour de la Russie. Le prix Nobel (en 2009) paraît déjà si loin. Une autre

image s’impose finalement, celle du chef de guerre dans la Situation Room de la Maison-Blanche, les yeux rivés sur des écrans qui envoient en direct les images d’un commando s’apprêtant à liquider l’ennemi numéro un, Oussama Ben Laden (2 mai 2011). Un ami de New York relativise : « La période Obama aura un impact profond sur l’identité américaine. Sur la manière dont nous nous percevons. Nous ne sommes plus un peuple blanc. Nous sommes une mosaïque complexe de couleurs, d’identités, de trajectoires culturelles divergentes. Et elle aura eu un impact tout aussi profond sur la définition de la place de l’Amérique dans le monde. Obama

sera probablement le dernier président de la toutepuissance américaine. » La trajectoire fulgurante (et on l’espère sans lendemains victorieux) d’un Donald Trump peut d’ailleurs se lire en partie comme la réponse fantasmée à Barack Obama, à la volonté plus ou moins consciente de démolir son héritage, de revenir aux « valeurs » : la prédominance de l’homme blanc, et une Amérique forte, toute-puissante à l’écart du monde.
Le 20 janvier 2017, le 45e président des ÉtatsUnis entrera en fonction. Barack Obama l’a laissé entendre à de multiples reprises : il sera un jeune retraité très actif. Il n’aura que 55 ans. Avec une
Septembre 2010, dans la Green Room de la Maison-Blanche, avant une conférence de presse.
expérience colossale. Un carnet d’adresses grand comme l’Amérique. Une épouse, militante et tout aussi active que lui, libérée des contraintes de son statut de première dame. Barack Obama dira tout ce qu’il pense et tout ce qu’il sait. Essayera de faire changer les choses, de faire bouger les lignes. On le souhaite. Mais c’est troublant tout de même. Cet homme, qui aura été le plus puissant du monde, doit quitter sa fonction et le fameux bureau ovale, s’éloigner des boutons de l’arme nucléaire, ne plus diriger une administration tentaculaire et des services aux quatre coins du globe, pour pouvoir enfin être libre, pour pouvoir enfin espérer peser, en bien, sur le cours de l’humanité… ■







78 Avant la sortie de son nouvel album, Youssou N’Dour s’est longuement confié à AM. Il revient sur les menaces terroristes, le panafricanisme, la politique, la place de la religion. Et la musique, bien sûr…

19 Révélation du film Divines , Oulaya Amamra a tout pour devenir une grande.
3 Édito
Barack, premier bilan par Zyad Limam
20 L’agenda
Nawel Ben Kraiem
23 C’est comment ?
Sur un air de pollution… par Emmanuelle Pontié
48 Ce que j’ai appris
Fouad Laroui
84 Une image, une histoire
17 novembre 1986
Le clash SankaraMitterrand
98 Le document
D’où qu’ils viennent, où qu’ils aillent
130 Duty free Chic, la rentrée !
138 Les 20 questions
Sophia Aram
10
Maître Gims
Des racines et du zèle
14 Nantenin Keïta
Une revanche en or
16 Felwine Sarr
« Sortir du temps postcolonial »
19 Oulaya Amamra
Le parcours d’une combattante
24 Gabon Une « victoire » pour quoi faire ?
32 Khalifa Haftar
L’homme qui voulait être « Guide »
38 RDC Un géant sous haute tension
78 Youssou N’Dour : « Le Sénégal incarne une vision du vrai islam »
86 Tanger Le royaume regarde vers son nord

52 DOSSIER COP22 LES DÉFIS DU SIÈCLE
54 Le Maroc au sommet
56 Où en est-on depuis l’Accord de Paris ?
58 Quand la démographie s’en mêle
62 Et si l’on freinait l’exode rural ?
64 Mythes, réalités et... instruments politiques
67 Sachons chasser les sachets
69 Demain sera plus drone
70 Relever les défis électriques
92 Portfolio Face à la folie du monde, 28e édition de Visa pour l’image
103 Cameroun. Le festival des CAN Spécial Coupes d’Afrique des nations
120 Carthage fête 50 ans de cinéma
124 Mode : Ikiré Jones, haut en couleur !
126 Danse : À corps défendus
127 Cinéma : Basta maman !
128 Événement : Rentrée littéraire
132 Cholestérol : la preuve par 8
135 Hémorroïdes : des traitements efficaces
136 Troubles digestifs : halte aux ballonnements !
137 « Mal partout » : et si c’était la fibromyalgie ?
ANNONCEUR
52 Du 7 au 18 novembre, Marrakech est l’hôte du sommet mondial du climat.
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103 Cameroun : en attendant la CAN 2019, voici le coup d’envoi de l’édition féminine.


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ONT COLLABORÉ À CE NUMÉRO






130 Aux couleurs de la rentrée, des accessoires un brin chics.
Un encart AM PROMO de 6 pages sur la Côte d’Ivoire est inséré entre les pages 72 et 77.
Loraine Adam, François Bambou, Habibou Bangré, Julie Chaudier, Sabine Cessou, Jean-Marie Chazeau, Frida Dahmani, Maryline Dumas, Catherine Faye, Loïc Franck, Cédric Gouverneur, Dominique Jouenne, Abdeslam Kadiri, Sophie Lebeuf, Sabine Meynard-Gueye, Sophie Rosemont, Julien Wagner.
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Protégé par ses éternelles lunettes noires, le rappeur originaire de Kinshasa surfe sur un succès incroyable. Tout en gardant la tête bien froide.
par Sophie Rosemont
Maître Gims ne s’en cache pas : il a flambé, fait le « zaïko ». Mais n’a pas oublié d’où il vient. En décembre 2013, il est retourné dans sa ville natale, Kinshasa, pour s’y produire sur scène. Après Michael Jackson, c’est lui, écrit-il dans son autobiographie, qui règne dans le cœur des Kinois (sic !). Il le leur rend bien en mettant en scène des sapeurs du bassin du Congo avec Sapés comme jamais. Apparaissent ainsi dans son clip et sur la scène des Victoires de la musique, parés de leurs plus beaux atours, Noko Sona Ekembe GPS, Hassan Salvador 2, Ghislain de Claise, Lydia la Vraie Chérie, Huguette Moussodiat ou encore

Chardel Lucie Ewing Matsanga, président de l’Association des sapeurs en France. En 2015, il a créé la fondation Eau de Terre, qui aide à construire des puits en Afrique. Et cette année, il s’offre un Warano Tour sur le continent qu’il avait déjà écumé avec Sexion d’Assaut en 2012. « Dawala [producteur qui a aidé le chanteur à ses débuts, NDLR] veut construire des ponts entre l’Afrique et la France, et a travaillé pour que Sexion d’Assaut soit très présent sur le continent », glisse Laurent Bouneau, directeur des programmes de Skyrock.
Ainsi, Gims est récemment passé à Brazzaville, Tunis, Kinshasa, Abidjan, Ouagagoudou…


Après un succès fulgurant, les membres de Sexion d’Assaut ont, comme Maître Gims (ici, aux côtés de Barack Adama, Maska, Doomams, JR O Chrome, Black M et Lefa) entamé une carrière solo.
Le Cameroun (Yaoundé puis Douala) est au programme les 18 et 19 novembre et, pour conclure, il se produira à Dakar le 24 décembre.
Gandhi Djuna – son vrai nom à l’état civil – reste congolais, même si une procédure de naturalisation est en cours. Pourtant, « plus français que Gims ou Black M, c’est difficile à trouver, commente Laurent Rossi, directeur du label Jive Epic. Mais ils sont fiers de leurs racines : quand ils sont en Afrique, ils restent accessibles. Je n’ai jamais vu Gims refuser un autographe ou des photos, même après 2 h 30 de concert. Cela s’inscrit dans la tradition du show-business à l’ancienne, où l’on respecte énormément son public – et c’est l’une des clés de sa réussite. » Si certains montrent du doigt les tarifs souvent élevés des billets du Warano Tour, tous reconnaissent que Maître Gims, qui laisse ce genre de détails au promoteur, ne vient pas pour empocher les billets. Son amour pour son continent natal n’est pas feint. En 2012, il chantait déjà dans Sexion d’Assaut : « Je ne suis qu’un Africain / Je veux marcher sur la lune mais l’avouer c’est m’humilier / Et tous les jours, mes frères meurent par centaines et par milliers / J’ai les cheveux crépus, j’pourrais pas les gominer. »
En 1988, son père, Djanana Djuna, musicien dans le groupe de rumba congolaise Papa Wemba, fuyait Kinshasa et la dictature de Mobutu avec femme et enfants. Gims s’appelle encore Gandhi (du nom de l’idole de son géniteur) et n’a
que deux ans. Mais, dès son arrivée en France, il est placé dans un centre social de Forges-les-Bains, dans l’Essonne, avec ses trois frères et sœurs. Leurs parents peuvent les récupérer uniquement le week-end et les emmènent où ils peuvent. Parfois chez des amis, parfois dans des squats.
Gandhi grandit donc entre les coupures d’électricité, les visites de dealers, les expulsions. L’entrée au collège n’améliore pas sa situation : il dort dans la rue, dans des cages d’escalier, arrive en classe sans avoir fait ses devoirs. Mais il dessine et chante. De l’opéra, surtout. C’est un « enfant de la rue », comme il l’avouera plus tard, tout en ajoutant qu’il n’a jamais été « au mauvais endroit au mauvais moment ». Outre un bon sens qui l’empêche de tomber dans le trafic de drogue, sa persévérance et des (bonnes) rencontres l’aident à se forger un destin en or massif. C’est à l’école qu’il se lie d’amitié avec Maska, Barack Adama ou encore JR O Chrome, avec lequel il fondera Prototype 3015 puis, avec d’autres rappeurs du XIXe arrondissement parisien, le collectif Sexion d’Assaut en 2002. Il se baptise Le Fléau avant de choisir à la fin des années 2000 le nom de Maître Gims – en référence aux mangas japonais qu’il affectionne. Après plusieurs mixtapes de haute qualité, le premier album officiel du groupe, L’École des points vitaux (2010) fait exploser sa carrière. Derrière ce succès, un soutien
Plutôt discret sur sa vie privée, Maître Gims a épousé sa femme «DemDem» (ici à Saint-Tropez) alors qu’il avait 19 ans. Le couple a aujourd’hui quatre enfants.
précieux : Badiri Diakité, alias Dawala. Arrivé du Mali à 11 ans sans parler un mot de français, passionné de rap, ce dernier est un self-made-man qui a monté son label, Wati B. Il a veillé sur Sexion d’Assaut jusqu’à l’arrivée du label de Sony, Jive Epic, qui a signé en licence le groupe. Mais Dawala continue d’avoir plein pouvoir pour les décisions artistiques.
... EN HAUT DE L’AFFICHE
2013. La tournée avec Sexion d’Assaut et le succès inattendu de son premier album solo, Subliminal, vendu à 1 million d’exemplaires, le classe parmi les chanteurs français les mieux payés devant Johnny Hallyday. Gims frôle le burn-out. Il s’impose un break pour profiter de ses quatre enfants, élevés dans la religion qu’il a choisie à l’âge de 19 ans, l’islam – alors que ses parents sont chrétiens. Il recharge les batteries.

« Il ne s’arrête jamais, commente Laurent Rossi. Quand il rentre de tournée, c’est pour retourner en studio. Les musiciens de Sexion d’Assaut sont tous des guerriers, dotés d’un esprit de sportifs de haut niveau. Ils ne se droguent pas, ne boivent pas… On ne les voit pas en boîte de nuit à Saint-Tropez, ils travaillent même durant leurs rares jours off… Forcément, au bout d’un moment, ça craque. Mais jamais entre eux . » Ainsi, si Maître Gims, Black M ou Lefa s’activent en solo, l’histoire de Sexion d’Assaut est loin d’être terminée.
« Je ne suis pas de ceux qui pensent que le rap devrait éternellement sentir le bitume, rester à jamais cloîtré dans un quartier à se plaindre », a écrit Gims sur les réseaux sociaux. Six millions d’abonnés sur Facebook, 1,67 sur Twitter, 1,1 million sur Instagram, 500 millions de streams vidéo et audio dans toute l’Europe de son dernier single (Est-ce que tu m’aimes ?), 1,2 milliard de vues sur l’ensemble de ses clips ! Maître Gims est une star. Alors que l’industrie du disque bat de l’aile, son second album, Mon cœur avait raison, s’est vendu à 700 000 copies depuis 2015. En l’espace d’un mois, sa réédition bonus baptisée À contre-cœur s’est écoulée à
50 000 exemplaires. Et voilà qu’il prête sa voix au héros d’un nouveau jeu vidéo, Skylanders Imaginators, qui sort ces jours-ci : « Il est charismatique et possède des super-pouvoirs, j’ai trouvé que ça collait bien avec mon propre personnage », déclarait-il au Télégramme en septembre dernier. Rien que ça. Il prépare aussi une BD et a déjà écrit ses mémoires, Vise le soleil (Fayard, 2015). Un soleil qu’il voit peut puisque Gims ne quitte jamais ses lunettes… Clin d’œil à Kayne West ? Sans doute, mais pas seulement. Lui parle de « protection ». « C’est une manière de prendre de la distance par rapport au public, et ça fonctionne », affirme Laurent Bouneau, , qui nous explique pourquoi il a tant de succès : « Il est auteur-compositeurinterprète et n’est tributaire de personne. Une indépendance cruciale, même s’il sait s’entourer. Autre force : sa puissance vocale qui lui permet de toucher des gens qui ne seraient pas susceptibles d’aimer un rappeur. Dans ses concerts, on voit des enfants, de jeunes parents, des adolescents, des seniors… Mais il ne suscite pas la même sympathie qu’un Black M. On ne lui pardonnera pas de se laisser aller. C’est pour cette raison qu’il doit toujours avoir des titres qui surprendront le public. Il doit rester hyperattentif, tout le temps. » Rien n’est jamais gagné, Gims le sait depuis ses deux ans. ■
Tomber deux fois, se relever une troisième… Après les échecs de 2008 et 2012, la fille de qui vous savez s’est enfin imposée aux Jeux paralympiques de Rio.
par Hedi Dahmani
Lorsque La Marseillaise a résonné dans le stade du Maracanã, ses yeux se sont légèrement embués. Était-ce dû à l’émotion ?
Au soleil qui, au même moment, a irradié son visage ? Un peu des deux, dira-t-on.
Médaille d’or autour du cou, cette minute savourée sur la plus haute marche du podium venait récompenser trois ans d’efforts et de sacrifices. Trois ans au terme desquels, Nantenin Keïta, 31 ans, devenait championne paralympique du 400 m, catégorie T13. T13 ? Un sigle un peu sec, qui désigne les athlètes malvoyants atteints d’une importante déficience visuelle. Cette invalidité, « Nanto » la porte depuis son enfance. Née à Bamako, elle est la fille du musicien Salif Keïta. Et, comme lui, elle est albinos. Une particularité génétique qui la fait très tôt se sentir différente. Moins à cause de ce handicap visuel que des regards posés sur elle. Des insultes parfois. Petite, elle ne comprend pas pourquoi les enfants la fuient. « C’est en discutant avec mon père que j’ai compris que je n’étais pas comme les autres », dit-elle. Direction la France et la région parisienne où elle grandit. Une échappatoire : le sport qui lui permet de s’affirmer et surmonter les préjugés. De s’imposer plutôt que de subir. Nanto est bonne. Très bonne : en 2002, à 18 ans, elle est vice-championne du monde du 400 m. Elle enchaîne les performances mondiales, mais aux Jeux paralympiques, la médaille d’or la fuit, tant à Pékin (2008) qu’à Londres (2012). Jusqu’à cette récompense à Rio de Janeiro, tant attendue. Alors, le public (re)découvre l’athlète et la femme, charmé par son aisance et sa joie de vivre. Employée par un assureur, elle parle de son handicap et sensibilise qui veut l’entendre au sort fait aux albinos. En Afrique surtout, où ils continuent d’être victimes de persécutions, des croyances ancestrales attribuant des vertus magiques à leur sang, organes ou membres… Au vu de ses fantastiques performances, il est peu probable que les ignares changent d’avis. ■

TROIS ANS D’ENTRAÎNEMENT ET 400 M DE PISTE POUR, FINALEMENT, ARRACHER LA PLUS BELLE MÉDAILLE.


«
LE JOUR OÙ LE RESTE DU MONDE NE RENVERRA PAS À L’AFRICAIN UNE IMAGE PLEINE DE PRÉSUPPOSÉS, NOUS N’AURONS PLUS BESOIN DE NOUS DÉFINIR. »
« Il est l’heure de sortir du temps postcolonial »
Après Afrotopia, son essai coup de poing en début d’année, l’intellectuel sénégalais organise à Dakar et Saint-Louis un colloque pour penser et interroger l’Afrique contemporaine et du futur.
par Sabine Cessou
Auteur d’Afrotopia (éditions Philippe Rey, 2016), succès en libraire largement débattu, l’économiste et écrivain sénégalais Felwine Sarr, 44 ans, organise avec l’historien et philosophe camerounais Achille Mbembe la première édition annuelle des Ateliers de la pensée, fin octobre à Dakar et Saint-Louis. L’objectif : faire le point sur l’état de la réflexion en Afrique francophone, avec une vingtaine de chercheurs et d’écrivains en vue, parmi lesquels Léonora Miano, Souleymane Bachir Diagne, Mamadou Diouf, Nadia Yala Kisukidi, Boubacar Boris Diop, Romuald Fonkoua, Alain Mabanckou, Abdourahman Waberi et Sami Tchak, afin d’impulser un courant de pensée que l’on espère novateur. Fils de militaire sérère, né à Niodior, dans les îles du Saloum, élevé entre Strasbourg et les villes du Sénégal où était affecté son père, cet agrégé en économie et professeur depuis 2007 à l’université Gaston Berger de Saint-Louis ne se limite pas à sa science. Musicien, il joue de la guitare, du piano et chante. Il pratique aussi les arts martiaux japonais, la méditation zen, et rêve de passer plusieurs années à Kyoto, à la découverte du Japon ancien. Que ne fait donc pas ce mari et père de famille attentif à ses enfants ? « Du dessin, du ski, de l’escalade », sourit-il. Mais il pense déjà aux pics, cordes et crochets qu’il lui faudrait un jour pour gravir l’Himalaya.

AM : Quel est l’objectif de ces Ateliers de la pensée ?
Avec Achille Mbembe, nous avons eu le sentiment que la création littéraire et artistique africaine de ces dernières années est entrée dans un tournant. Elle renouvelle les discours, en avance sur la pensée et les recherches universitaires. Les artistes vivent déjà tous nos débats intellectuels sur la « synthèse heureuse » [entre l’Afrique et les apports extérieurs, NDLR], le renouvellement de l’imaginaire et une nouvelle lecture du passé.
Le photographe Omar Victor Diop, par exemple, opère une synthèse entre la tradition ouest-africaine du portrait, une forte modernité et une touche afrofuturiste.
A-t-on besoin, d’ailleurs, de définir une quelconque africanité ?
Oui, tant qu’elle ne sera pas devenue une notion indifférente.
Le jour où le reste du monde ne renverra pas à l’Africain une image pleine de présupposés, le jour où le monde parlera du Nigeria, de l’Égypte ou du Congo et non de l’Afrique, nous n’aurons plus besoin de nous définir. Pour l’instant, nous sommes obligés d’interroger les entités qui nous symbolisent – « sauvage, esclave, Nègre, migrant, banlieusard, citoyen de seconde zone… » – et dans lesquelles on nous enferme. Qui nous définit ? Le regard de l’autre… Nos masses ont intériorisé une partie de ce regard projeté depuis les anciennes métropoles coloniales. Il s’est construit sur une
longue durée avec un impact fort, véhiculé par les médias, le cinéma, etc. « Africain », « Noir »… Il faut se battre pour se faire reconnaître comme individu tout le temps !
Ce n’est pas une question théorique, mais une réalité performative vécue au quotidien.
Au Sénégal, la majorité des citoyens se sent-elle définie par le regard de l’autre ?
À partir du moment où l’on va à l’école et qu’on regarde la télévision, on est confronté à un effet miroir. C’est cette image de soi qu’il faut rectifier.
Le racisme n’est-il pas démonté pièce par pièce par Achille Mbembe dans ses livres ?
Dans son essai Sortir de la grande nuit, Achille Mbembe dit que l’Europe a décolonisé sans se décoloniser elle-même. Il a raison. Elle perpétue un rapport empreint de colonialisme avec l’Afrique et sa diaspora. Je me focalise quant à moi sur l’autre versant du même problème, en partant de nousmêmes. Comment nous regardonsnous ? Comment pouvons-nous nous libérer et imposer un rapport beaucoup plus équilibré ?
Je peux refuser les rapports aliénants et cesser d’être le complice de ma propre destruction.
D’où mes choix. Je pense, par exemple, que c’est au Sénégal qu’il faut que j’investisse mon énergie.
L’Afrique francophone a-t-elle un grand retard sur l’Afrique anglophone ?
Les Anglophones semblent avoir mieux réglé la question de la déconnexion coloniale.
Les Nigérians se moquent des Britanniques et font leur vie comme bon leur semble… Est-ce en raison d’une colonisation différente ?
J’aimerais passer du temps au Nigeria pour le comprendre.
Pourquoi l’Afrique révère-t-elle le passé ?
de la vieille culture judéo-chrétienne, il décide d’arrêter de s’opposer pour créer. Quand il verra le mal ou la laideur, il détournera le regard. Ce contre quoi vous vous opposez vous détermine, vous maintient dans sa logique, dans son rythme. Beaucoup de révolutions se sont produites lorsqu’on a simplement changé de regard. La plus grande révolution des dernières années a sans doute été celle des femmes. Elles ont profondément bousculé l’ordre sociétal sans faire la guerre, en gagnant des espaces avec des batailles individuelles tous les jours, et en faisant changer le regard sur elles, même s’il y a encore du travail.
Tout le monde a-t-il compris Afrotopia ?
Certains, oui. D’autres, selon leur entendement. C’est normal. Hélas, certains le commentent parfois sans l’avoir lu. C’est un signe du temps. Les recensions dans la presse, les différents commentaires donnent l’illusion de connaître le contenu d’un texte dont on fait l’économie de la lecture. Il faut beaucoup de pédagogie pour faire passer un propos un peu inhabituel.
Les derniers ouvrages de l’auteur, Afrotopia (éd. Philippe Rey, 2016) et Méditations africaines (éd. Mémoires d’encrier, 2012).




« UN GRAND NOMBRE DE JEUNES ÉTAIENT TRÈS
HEUREUX QUE QUELQU’UN
LEUR DISE : “NOUS NE SOMMES PAS À LA TRAÎNE.” »
Parce qu’elle n’a l’a pas soldé… L’indépendance, c’était avanthier ! Quatre siècles de semi-domination et un siècle de colonisation ne s’effacent pas en cinquante ans. D’autant que la rencontre coloniale n’a pas été belle, mais s’est faite avec le visage hideux de l’autre ! Des mécanismes de compensation et des instances de cure se sont mis en place dans nos sociétés… Même la puissance des confréries musulmanes du Sénégal peut s’expliquer sous cet angle : elles ont accueilli, protégé et réconforté des populations vulnérables. La figure tutélaire du khalife général traite le traumatisme de la perte et de la violence, il offre une protection non dispensée par les autres institutions. Pourquoi évitez-vous d’être antagoniste dans votre travail ? Nietzsche, dans Le Gai Savoir (1882) dit que désormais, il ne sera plus un négateur. Après avoir détruit les idoles
M’entendre dire que l’Afrique n’a personne à rattraper a été difficile à accepter par certains, qui en concluent que nous n’avons pas de défis à relever. Ces défis existent, bien sûr, mais relèvent plus de nos potentialités que d’un rattrapage. Par ailleurs, un grand nombre de jeunes étaient très heureux que quelqu’un leur dise : « Nous ne sommes pas à la traîne. » Une forme de réhabilitation à leurs yeux, un mot de réconfort et l’expression d’une réalité qu’ils vivent, mais dont personne ne restitue la complexité. « Ah, enfin !, me dit-on, quelqu’un nous rappelle que nous ne sommes pas que des pauvres qui appliquons mal la démocratie. Notre être au monde est plus large, plus riche et plus complexe ! » Ce propos n’est pourtant pas évolutionnaire. Qu’on le dise en 2016 et que ça fasse de l’effet en dit long sur l’image dégradée que nous avons de nousmêmes… Nous avons beaucoup intériorisé des discours qui nous confinent à une place de subalterne, à une humanité reléguée. À tel point que nous ne voyons plus les qualités qui sont les nôtres, parce que les autres ne les (re)connaissent pas. Au Sénégal, nous avons mille manières de cultiver l’harmonie sociale – un apport non matériel inestimable. Une culture n’est ni inférieure ni supérieure. Elle est une réponse à un moment donné aux questions que pose l’environnement humain. Les Indiens arawaks n’ont pas apporté les mêmes réponses que les Zoulous aux défis posés par leur réalité. C’est toute la richesse de l’humanité ! ■

Elle crève l’écran dans Divines, le film de sa sœur, Houda Benyamina. La comédienne veut devenir une grande, et s’en donner les moyens.
par Jean-Marie Chazeau
Petite frappe à l’écran dans un film coup de poing, Oulaya Amamra a pourtant le parcours d’une enfant sage. Cette jeune Française d’origine marocaine, qui a grandi en banlieue parisienne, a fait ses études dans l’enseignement catholique, et suivi des leçons de danse classique pendant près de quinze ans avant de prendre goût au théâtre dans les cours donnés par sa sœur. Houda Benyamina, réalisatrice franco-marocaine récompensée à Cannes par la Caméra d’or en mai dernier, avait d’abord refusé qu’elle participe au casting pour son projet de long-métrage. Pour ne pas faire de favoritisme, et parce qu’a priori, elle n’avait pas l’aptitude à jouer les dealeuses vivant dans un camp rom . Mais Oulaya s’est invitée et a emporté le morceau parmi 3 000 candidates… On la retrouve déjà au cinéma dans Tamara, comédie grand public dans un rôle secondaire, mais pour elle, le jeu, c’est d’abord la scène. Elle qui rêve d’entrer à la Comédie-Française poursuit sa formation au Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris. En septembre, à la sortie d’un cinéma parisien qui projetait Divines, elle organisait un happening fait d’étreintes. Prête aussi à embrasser une grande carrière, et démontrer que cela est possible, d’où que l’on vienne. ■


◗ Théâtral, étrange, gothique et envoûtant, le dernier live de PJ Harvey, The Hope Six Demolition Project, est une pure audace. Avec des propositions scénographiques et des sons qui bousculent, cette Anglaise n’a peur de rien et propose quelque chose de dense, d’habité, où l’on se surprend à chercher des aspérités.

Autodictate, la chanteuse et compositrice tunisienne à la voix douce et au grain voilé est une fille des deux rives de la Méditerranée.
Celle qui mêle les sons d’Orient à la pop occidentale vient de sortir Navigue, un album rock et folk ciselé comme un moucharabieh avec vue sur mer.

◗ L’ouvrage Peau noire, masques blancs de Frantz Fanon, toujours actuel quant aux rapports avec l’oppression, m’a permis de mettre des mots sur les injustices et d’appréhender le monde avec plus de lucidité. Une humanité en quête d’une autre à partir d’un exil est aussi ce qui m’interpelle chez l’écrivaine turque Elif Shafak ; la construction moderne imprégnée d’une spiritualité de ses romans, dont Soufi mon amour et La Bâtarde d’Istanbul, me ramènent aux allers-retours entre ancrage et décalage. Une sorte d’intime que je retrouve dans les poésies de l’Américaine Sylvia Plath. Les vers de « Verticale je suis » et leur charge poétique sont une source d’émotion à chaque lecture.

PRÉSENTÉ PAR FRIDA DAHMANI

SA TABLE
◗ Je ne résiste pas à la street food, plus précisément celle de mon enfance. Le must est le fricassé, beignet salé fourré d’harissa, de thon et de câpres, vendu sur l’avenue Bourguiba à La Manouba, près du quartier de Tunis où j’ai grandi. Le kaak warka de Sfax est ma douceur préférée mais rien ne vaut un thé sous le bruissement du peuplier du Saf Saf à La Marsa suivi d’un sorbet citron-fraise chez Salem sur la corniche. Des goûts d’enfance et de terroir avec lesquels je renoue à Paris autour d’un couscous berbère à la façon algérienne au Miyanis, à Ménilmontant.

◗ Je chante mais c’est la danse qui m’éblouit. Uniquement composée de femmes, la compagnie des Swaggers Crew dirigée par la chorégraphe Marion Motin m’enchante par son travail entre contemporain et hip-hop, avec une mention spéciale à leur spectacle In The Middle et à la performance de la danseuse et poète Lydie Alberto. Ces femmes, d’abord amies, se sont lancées sur scène en assumant leurs corps différents devenus vivants loin des diktats de la danse ; un superbe lâcher-prise sur une musique de Lhasa.

◗ Partir et revenir rythme ma vie. J’ai une certaine nostalgie d’Istanbul pour ses oiseaux, ses bars underground à la berlinoise et ses mosquées. Aux antipodes de cette ville dans ses grandes eaux, entre deux continents, je conserve en mémoire la lumière magique de l’archipel de Kerkennah en Tunisie. Un territoire insulaire, suspendu en dehors du temps, qui ramène à l’essentiel des éléments ; terre et mer confondus dans une harmonie qui inspire la paix de l’âme. Mais la découverte à entreprendre serait celle de l’Iran.
◗ L’un de mes récents coups de cœur a été pour Voiler la face, un court-métrage d’Ibtissem Guerda dont j’ai assuré la partie musicale. Le regard décapant que porte la réalisatrice sur la société de la diversité est une bouffée d’oxygène pertinente et hilarante. Les lectures du monde actuel m’interpellent ; La Loi du marché de Stéphane Brizé sur le capitalisme, les valeurs morales et la solitude engendrée est une pépite. Mais c’est au cinéaste Alejandro González Iñárritu,

réalisateur de Babel, que je décerne ma palme. Ce Mexicain bouscule les codes, va et vient d’un univers à un autre, crée des passerelles vers des destinées qu’un simple coup de feu fait basculer.
◗ Je viens de faire mes premiers pas au cinéma cet été devant la caméra de Mehdi Ben Attia (photo), aux côtés de Hafsia Herzi qui tient le premier rôle. Le tournage de L’Amour des hommes a été une belle expérience mais j’en ai vécu une tout aussi, si ce n’est plus, exaltante en faisant une collaboration à peine entamée avec Julie Zenatti, qui devrait aboutir à un CD. Il s’agit d’un projet de femmes où nous revisitons les chansons de la Méditerranée ; un patrimoine commun qui réunit alors que beaucoup de positions, notamment politiques, sont clivantes. Mon prochain album est aussi en cours de finition.

◗ Je viens de revoir à la Fête de l’Humanité Lauryn Hill qui, à travers un mélange de chant et de rap, impose un groove à l’énergie toujours charismatique. Je suis épatée par le minimalisme soul de James Blake, qui a collaboré sur le dernier album Beyoncé. Mais la diva incontestable restera toujours Warda al-Jazairya, avec son univers sensuel. À l’opposé, je suis fascinée par la gestion du silence dans les œuvres d’Anouar Brahem.
























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Àl’heure du second grand raout sur l’environnement à Marrakech, on reste un peu perplexe quand on parle d’Afrique. Elle doit réduire ses émanations polluantes. OK. Elle doit imposer les sacs en papier, cesser la déforestation avec la coupe intempestive du bois de chauffe, recycler ses ordures, faire du compost, se mettre aux énergies renouvelables, etc. Et, normal, les États demandent des sous pour tout ça, qui coûte les yeux de la tête. Mais les participants à ces grandes réunions internationales savent-ils comment ça se passe dans les quartiers ? Et comment les questions vertes et pures sont le cadet des soucis de la ménagère des quartiers de New Bell à Douala, de Yolo Nord ou Sud à Kinshasa ou de Lalala À Droite ou À Gauche à Libreville ? La plupart des habitants, oubliés des ramassages, jettent leurs ordures dans un caniveau ou un terrain vague derrière leur masure. Ils empruntent des taxis ou des bus collectifs qui lâchent des nuages noirs de fumée au détour de routes cabossées. L’eau potable est pratiquement inexistante. La liste est interminable… En ville comme à la campagne, le manque de moyens est si criard que l’on se préoccupe d’abord de nourrir ses mômes et d’acheter des comprimés à l’unité quand ils sont malades. Alors, la COP, les COP, c’est loin, loin, très loin… L’enjeu environnemental passe bien après les questions urgentes de développement. L’un n’ira pas sans l’autre. Et les États ont beau réclamer des fonds pour ne pas voir le lac Tchad mourir ou leur bétail s’empoisonner en avalant des sachets plastifiés, leurs gouvernements font tout le contraire au quotidien. Les questions d’environnement sont reléguées dans un pauvre ministère doté de peanuts. Le pétrole roi ne cède pas la place

au solaire, trop cher de toute façon pour les foyers privés. La collecte des ordures se fait seulement sur les trois belles artères goudronnées des zones chic (et encore). L’eau, malgré des « usines à gaz » (polluantes) qui fleurissent dans les programmes des grands travaux (eux, très lucratifs pour une certaine élite) n’arrive quasiment jamais au robinet de la maison de Fatima ou Germaine. Et certains États ferment encore les yeux (souvent dans leur intérêt sonnant et trébuchant) quand un pays riche vient déverser ses déchets polluants sur son sol. Bref, il faut aider les États africains. Évidemment. Mais il est encore plus urgent qu’ils comprennent enfin que l’avenir de leurs enfants nés ou à naître passe par une prise de conscience généralisée. Du haut en bas de l’échelle sociale. Et vu qu’ils sont en haut, censés donner le la, c’est à eux d’agir. Vite. ■
LE MANQUE DE MOYENS EST SI CRIARD QUE L’ON SE PRÉOCCUPE D’ABORD DE NOURRIR SES MÔMES MALADES. ALORS, LA COP, LES COP, C’EST LOIN, LOIN, TRÈS LOIN…
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