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NUMÉRO 467-468 EN VENTE DEUX MOIS

LE BEST OF MUSIC

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Notre sélection exclusive des afro-artistes qui font vibrer la planète.

Le chef d’État ivoirien Alassane Ouattara.

MAROC Le futur stade Hassan II.

L’ODYSSÉE 2030 EN CHEMIN VERS LA COUPE DU MONDE INTERVIEWS

Fatou Diome.

FATOU DIOME ISAACH DE BANKOLÉ ◗ SÉPHORA PONDI ◗ BLAISE NDALA

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CÔTE D’IVOIRE

LE CHOIX D’ADO

Le président s’engage dans la bataille pour un nouveau mandat. Retour sur les grands enjeux de l’élection d’octobre 2025 et sur les exigences de demain.

N° 467-468 - AOÛT-SEPTEMBRE 2025

L 13888 - 467 - F: 5,90 € - RD France 5,90 € – Afrique du Sud 49,95 rands (taxes incl.) – Algérie 320 DA – Allemagne 6,90 € - Autriche 6,90 € – Belgique 6,90 € – Canada 9,99 $C – DOM 6,90 € – Espagne 6,90 € – États-Unis 8,99 $ Grèce 6,90 € – Italie 6,90 € – Luxembourg 6,90 € – Maroc 39 DH – Pays-Bas 6,90 € – Portugal cont. 6,90 € - Royaume-Uni 5,50 £ – Suisse 8,90 FS – TOM 990 F CFP – Tunisie 7,50 DT – Zone CFA 3 500 FCFA ISSN 0998-9307X0


édito PAR ZYAD LIMAM

LE CHOIX D’ADO « C’est pourquoi, après mûre réflexion et en toute conscience, je vous annonce que j’ai décidé d’être candidat à l’élection présidentielle du 25 octobre 2025 […]. Je suis candidat parce que notre pays fait face à des défis sécuritaires, économiques et monétaires sans précédent, dont la gestion exige de l’expérience. En effet, la menace terroriste grandit dans la sous-région et les incertitudes économiques au niveau international constituent un risque pour notre pays. C’est une réalité que personne ne peut nier. C’est une réalité que je ne peux ignorer.» Nous sommes le 29 juillet, et Alassane Ouattara met fin au relatif suspense. Il se présentera pour un nouveau mandat. La décision était attendue. Pour tout dire, on ne voyait ni l’émergence ni l’adoubement, pour le moment, d’un véritable successeur. ADO reste au centre de l’équation. Les doutes, les possibles divisons ou ambitions internes s’effacent devant la stature du chef. La majorité reste unie, et comme soulagée. Le président est réaliste. Il connaît son âge, il sait que quatre mandats, c’est beaucoup. Il sait qu’on lui reprochera cette longévité. Il aime certainement le pouvoir, cette capacité à agir sur le cours des choses et sur le parcours des hommes. Mais surtout, il se sent nécessaire. Il se sent responsable et capable. Il veut protéger le pays des dangers et des menaces. Il y a aussi chez lui cette volonté constante de marquer sa différence. D’avoir mis en œuvre un véritable modèle africain d’émergence, d’avoir obtenu un résultat. Cet héritage doit encore être protégé, renforcé. On va bien sûr parler bilan aux cours des semaines à venir. Se souvenir d’où l’on vient, tout de même. En 2011, avec l’arrivée au pouvoir d’Alassane Dramane Ouattara (ADO), la Côte d’Ivoire sort d’un long cycle de crises, ouvert à la mort du fondaAFRIQUE MAGAZINE

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teur de l’indépendance Félix Houphouët-Boigny (en décembre 1993) et porté par la promotion du poison de l’«ivoirité». Le pays est exsangue, ruiné. Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire est entrée dans le top ten des économies africaines. Sur les quinze dernières années, le pays a connu l’une des croissances les plus soutenues au monde (7% en moyenne). Cette croissance s’est accompagnée d’investissements massifs dans les infrastructures de transport, d’énergie, d’éducation et de santé. Abidjan se positionne comme une grande métropole en interface avec le grand large. La nation est crédible sur les marchés internationaux, la signature ivoirienne «vaut», la Côte d’Ivoire reste le premier producteur mondial de cacao, une puissance agricole, et elle s’engage dans la production de pétrole et de gaz, d’or aussi. Oui, les inégalités demeurent, oui, la pauvreté persiste, mais elle n’a jamais été aussi basse en pourcentage de la population. Et l’indicateur d’IDH a connu en 2024 une nette progression. Et puis, il y a ce «luxe» si rare, si précieux, celui de la paix et de la normalité. Un pays de plus de 30 millions d’habitants, entre le Sahel et l’océan Atlantique, stable, une nation largement réconciliée avec elle-même, aux identités multiples. Où l’on peut circuler normalement. De nuit comme de jour. Investir. Faire des études dans une université loin de la capitale économique. Cette normalité et le progrès économique accentuent les brassages et les métissages. Malgré les différences ethniques, l’idée d’une «Côte d’Ivoire nation » progresse. On ressent une volonté d’unité dans la diversité, de tout faire pour ne pas retomber dans les tragédies de la division. De surmonter ce qui doit l’être, de protéger ce qui doit être protégé. Dans cette Côte d’Ivoire, jeune par son histoire et sa population (75% des habitants ont moins de 35 ans), repose un double héritage : celui des divisions qui

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édito

s’éloignent, et celui d’une grande ambition nationale qui se construit. Le passage est complexe. La Coupe d’Afrique des nations (février 2024), véritable moment de réussite et d’ambition collective, aura montré la force de cet attachement à un récit national commun. Sur ces quinze dernières années, les pays africains qui peuvent se prévaloir d’avoir connu une telle trajectoire positive, dynamique, créatrice, ne sont pas si nombreux. Et comme l’a souligné le prestigieux hebdomadaire britannique The Economist : «It is Africa’s best kept secret.» Le cycle électoral s’ouvre. Le président domine la scène. C’est un homme d’État, son équipe est soudée, les lieutenants sont préparés. Il y aura bien «campagne». Tidjane Thiam, le patron du PDCI, et l’ancien président Laurent Gbagbo ne seront pas candidats. Éliminés, avec d’autres, pour raisons juridiques. Mais on les voit mal ne pas s’exprimer, ne pas contester un processus dont ils sont exclus, ne pas critiquer frontalement le bilan et la perspective. D’autres candidats légitimés seront présents. Bien décidés à gagner des voix, à se positionner pour l’avenir, à négocier leur place sur l’échiquier politique du pays. L’affaire ne sera pas qu’une compétition purement électorale. Le pays a changé. Les dernières élections législatives (mars 2021) et municipales (septembre 2023) ont été ouvertes, transparentes. Une société médiatique et civile a pris de l’ampleur. Les électeurs, jeunes et moins jeunes, demanderont un débat. Il aura lieu dans la presse, dans les médias audiovisuels, sur les chaînes internationales, dans les maquis et les restaurants huppés, à Abidjan comme en province. Il aura lieu en Côte d’Ivoire et à l’extérieur de la Côte d’Ivoire, en particulier avec la diaspora. D’une manière ou d’une autre, l’avenir sera au cœur des préoccupations et des échanges. Ce qui se joue dépasse de loin les destins personnels. Le progrès et le développement ne sont pas des acquis irréversibles. Les Ivoiriens seront probablement près de 50 millions à l’échéance du demi-siècle. L’immigration reste une préoccupation majeure dans le septentrion du pays. La sécurité impose de lourdes contraintes financières et organisationnelles à la nation. Les effets du changement climatique pourraient bouleverser les schémas futurs de croissance, de souveraineté alimentaire, de la culture reine du cacao. Dans un contexte global instable, il faudra continuer à croître, transformer et moderniser profondément l’économie, 4

Le palais présidentiel, à Abidjan.

augmenter la productivité, industrialiser les filières, créer de nouveaux emplois, garantir la souveraineté alimentaire, soutenir le secteur privé, investir et attirer les capitaux pour accélérer la cadence. S’adapter aussi aux nouvelles technologies qui viennent, ne pas rester à la périphérie du monde digital. L’inclusivité restera une priorité à la fois politique et sociétale. Il faudra plus de richesses pour pouvoir mieux répartir, sortir tous les Ivoiriens de la précarité et installer clairement le pays dans un schéma d’émergence durable. Avec une première étape quantifiable. Aujourd’hui, malgré la renaissance de la dernière décennie, la Côte d’Ivoire reste un pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure. L’objectif en 2030 sera de passer à la tranche supérieure, avec un revenu moyen par habitant de plus 4000 dollars et un taux de pauvreté aux alentours de 20%.

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PRÉSIDENCE DE CÔTE D’IVOIRE/DR

L’effort sera conséquent. Il nécessitera la mobilisation des «forces vives du pays», pour reprendre une expression pas si datée. Le président a de l’expérience. L’économie, le social, la sécurité resteront des enjeux majeurs. Mais le politique va revenir au centre de l’équation. Les nouvelles générations ont besoin d’être impliquées, d’adhérer au modèle et aux discours. De participer aussi à la prise de décisions. C’est l’enjeu «quadra-quinqua» de la Côte d’Ivoire. Le président est réaliste, aussi. Il sait qu’il faudra agir, ouvrir les pistes de ce changement de génération. Il l’a réaffirmé dans son allocution du 29 juillet. Le processus sera complexe. On ne succède pas comme ça… La transmission est certainement une affaire d’ambitions, de destins particuliers, de compétences et de… chance. Mais elle doit surtout s’inscrire dans un projet collectif de maturité démocratique et AFRIQUE MAGAZINE

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institutionnelle. La modernité économique, sociale et sociétale appelle la modernité politique. Plus que jamais, il faudra investir dans les institutions, promouvoir l’indispensable dialogue, le collectif, l’ouverture. Plus que jamais, il faudra échapper aux conflits d’ambitions, dépasser les référents régionaux ou religieux. S’adapter, protéger, transformer l’économie, se projeter vers l’avenir… Le mandat qui s’ouvre pour ADO et la Côte d’Ivoire sera réellement déterminant. Au lendemain de l’échéance d’octobre, l’enfant de Kong, le cinquième président de la République ivoirienne, celui qui aura mis le pays sur le chemin réel du développement, aura entre les mains une responsabilité majeure, historique. Celle de créer les conditions de la pérennité du modèle ivoirien, de créer les conditions du passage de témoin, d’ouvrir la perspective de demain. ■

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N °4 67- 4 6 8 A O Û T - S E P T E M B R E 2 0 2 5 ÉDITO Le choix d’ADO

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ON EN PARLE

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Maroc, l’odyssée 2030

C’EST DE L’ART, DE LA CULTURE, DE LA MODE ET DU DESIGN

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Fatou Diome: «Je dis haut et fort ce que je pense»

par Zyad Limam

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En attendant le prix Aga Khan

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C’EST COMMENT? La complainte du diaspo

Isaach de Bankolé: «Incarner le Dr Mukwege, c’était de l’ordre du divin» par Jean-Marie Chazeau

CE QUE J’AI APPRIS Mabeye Deme

par Catherine Faye

par Astrid Krivian

106 Blaise Ndala: «La littérature est un terrain de lutte»

112 PORTFOLIO Nécessaires indisciplines par Zyad Limam PHOTOS DE COUVERTURE: PRÉSIDENCE DE CÔTE D’IVOIRE/DR - DR - PATRICE NORMAND/LEEXTRA/ÉDITIONS ALBIN MICHEL

par Cédric Gouverneur

100 Séphora Pondi: «Les mots permettent de mettre du sens»

par Emmanuelle Pontié

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par la rédaction d’AM

par Catherine Faye

PARCOURS Diaka Camara par Astrid Krivian

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TEMPS FORTS LE BEST OF MUSIC

par Astrid Krivian

130 VINGT QUESTIONS À… Patricia Essong par Astrid Krivian

Afrique Magazine est interdit de diffusion en Algérie depuis mai 2018. Une décision sans aucune justification. Cette grande nation africaine est la seule du continent (et de toute notre zone de lecture) à exercer une mesure de censure d’un autre temps. Le maintien de cette interdiction pénalise nos lecteurs algériens avant tout, au moment où le pays s’engage dans un grand mouvement de renouvellement. Nos amis algériens peuvent nous retrouver sur notre site Internet: www.afriquemagazine.com 6

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SYLVAIN CHERKAOUI - ALAMY

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P.57 FONDÉ EN 1983 (41e ANNÉE) 31, RUE POUSSIN – 75016 PARIS – FRANCE Tél.: (33) 1 53 84 41 81 – Fax: (33) 1 53 84 41 93 redaction@afriquemagazine.com Zyad Limam DIRECTEUR DE LA PUBLICATION DIRECTEUR DE LA RÉDACTION zlimam@afriquemagazine.com Assisté de Laurence Limousin

llimousin@afriquemagazine.com

P.106 DÉCOUVERTE 57

58 63 70 74 84 88

CÔTE D’IVOIRE AUX URNES, CITOYENS par Zyad Limam, avec Philippe Di Nacera, Emmanuelle Pontié, Amélie Monney-Maurial et Jihane Zorkot

Scrutin, mode d’emploi Histoire d’élections Des faits et des chiffres Transformer en profondeur À elles et eux la parole Ambiance de maquis

BUSINESS NABIL ZORKOT - GABRIELLE DALLAPORTA - MAYARA FERRAO

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Le plastique s’accroche Adams Tidjani: «La volonté politique est indispensable à une lutte efficace» La bonne santé du café malmenée par Trump Toujours plus de barrages Zeynep Harezi Yilmaz: «Karpowership contribue à accélérer l’accès universel à l’énergie» Au Cap-Vert, on change de division Le corridor de Lobito face aux doutes par Cédric Gouverneur

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RÉDACTION Emmanuelle Pontié DIRECTRICE ADJOINTE DE LA RÉDACTION epontie@afriquemagazine.com Isabella Meomartini DIRECTRICE ARTISTIQUE imeomartini@afriquemagazine.com Camille Lefèvre PREMIER SECRÉTAIRE DE RÉDACTION sr@afriquemagazine.com Amanda Rougier PHOTO arougier@afriquemagazine.com ONT COLLABORÉ À CE NUMÉRO Jean-Marie Chazeau, Philippe Di Nacera, Catherine Faye, Jean-Louis Gouraud, Cédric Gouverneur, Astrid Krivian, Amélie Monney-Maurial, Luisa Nannipieri, Sophie Rosemont, Jihane Zorkot.

VENTES FRANCE Destination Media 66, rue des Cévennes - 75015 Paris TÉL.: (33)1 56 82 12 00

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ABONNEMENTS OPPER SERVICES 20, rue Rouget de Lisle 92130 Issy-Les-Moulineaux Tél.: (33) 1 40 94 22 22 Fax: (33) 1 40 94 22 32 afriquemagazine@cometcom.fr

COMMUNICATION ET PUBLICITÉ regie@afriquemagazine.com AM International 31, rue Poussin - 75016 Paris Tél.: (33)1 53 84 41 81 Fax: (33)1 53 84 41 93

AFRIQUE MAGAZINE EST UN MENSUEL ÉDITÉ PAR 31, rue Poussin - 75016 Paris. SAS au capital de 768200 euros. PRÉSIDENT : Zyad Limam. Photogravure: Philippe Martin. Imprimeur: Léonce Deprez, ZI Secteur du Moulin, 62620 Ruitz. Commission paritaire: 0229 D 85602. Dépôt légal: août 2025. La rédaction n’est pas responsable des textes et des photos reçus. Les indications de marque et les adresses figurant dans les pages rédactionnelles sont données à titre d’information, sans aucun but publicitaire. La reproduction, même partielle, des articles et illustrations pris dans Afrique Magazine est strictement interdite, sauf accord de la rédaction. © Afrique Magazine 2024.

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ON EN PARLE C’est maintenant, et c’est de l’art, de la culture, de la mode, du design et du voyage

Le hall de la gare de Dakar, rénové par Caroline Geffriaud et le cabinet GA2D.

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CONCOURS

En attendant le prix Aga Khan

SYLVAIN CHERKAOUI - AHMED SALEM - CHRISTOPHER WILTON-STEER - AMINE HOUARI

QUATRE PROJETS AFRICAINS sont dans la shortlist de cette prestigieuse récompense. LE PRIX TRIENNAL d’architecture Aga Khan a toujours mis en avant des projets innovants. Doté d’un million de dollars, il compte parmi les plus importants du secteur et les mieux récompensés. Dans la séquence 2022-2025, quatre projets de la shortlist arrivent du continent. Le plus connu est sans doute le Startup Lions Campus, construit à Turkana (Kenya) par Kéré Architecture. Ce pôle éducatif et entrepreneurial en pierre volcanique locale rappelle les termitières que l’on trouve en nombre dans la région. Il intègre un système de récupération des eaux de pluie et utilise de l’énergie solaire, faisant de la durabilité environnementale et de la résilience face au climat aride ses atouts principaux. Plus discret, le projet de restauration d’Esna (Égypte) réimagine l’identité de la vieille ville, en promouvant une croissance touristique et économique multiple et inclusive. Le cabinet Takween Integrated Community Development a ainsi travaillé sur un projet de réutilisation adaptative d’un caravansérail de l’époque mamelouke, rénové un marché traditionnel couvert, une maison d’hôte royale et 15 sites majeurs, mais aussi créé la première cuisine locale dirigée par des femmes. La rénovation de la gare de Dakar montre comment intégrer une infrastructure moderne à un bâtiment classé (1914) en sublimant son charme. Le projet, signé par Caroline Geffriaud et le cabinet GA2D, crée un contraste entre l’architecture coloniale et l’extension contemporaine, tout en revitalisant l’espace public. La continuité esthétique se joue ici sur l’utilisation des couleurs, le choix des matériaux et les éclairages. Le dernier projet retenu est celui de la réhabilitation de la place Lalla Yeddouna, dans la médina de Fès. Conçu par un consortium international, dont le studio casablancais Yassir Khalil, il reconnecte la place aux quais du fleuve avec un parcours piéton et offre des espaces rénovés. Les architectes ont travaillé sur la climatisation passive des architectures vernaculaires et offert une interprétation contemporaine de la tradition locale du zellige avec une œuvre signée par un artiste britannique. ■ Luisa Nannipieri

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Le caravansérail Wakalat al-Geddawi d’Esna.

La façade est du Startup Lions Campus, à Turkana.

La place Lalla Yeddouna, dans la médina de Fès.

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ON EN PARLE SOUNDS

À écouter maintenant !

❶ Jon Batiste, Big Money.

COURONNÉ À CANNES cette année avec la Palme d’or, le cinéaste iranien Jafar Panahi offre un film populaire et politique à la fois, digne des comédies italiennes de la grande époque. Tournage clandestin en prime… LE LONG-MÉTRAGE COMMENCE dans une voiture abritant un homme, sa femme voilée et leur fillette. Il fait nuit, la route est mal éclairée, quand soudain, un chien traverse… Pour faire réparer le véhicule, la famille se rend dans un garage. L’un des employés entend au loin la voix du client accidenté, et croit reconnaître celle de l’homme cagoulé qui l’a torturé en prison, ainsi que le bruit de son pas claudicant… Va s’ensuivre une série d’événements tout à la fois rocambolesques et glaçants, le mécanicien partant à la recherche d’autres victimes capables de lui confirmer qu’il s’agit de la bonne personne, dans l’optique de tuer leur bourreau présumé. L’occasion de rencontrer des personnages hauts en couleur, qui évoquent les comédies italiennes de l’âge d’or. Sauf que le film a été tourné dans les rues de Téhéran et qu’il a fallu ruser avec la police. Son réalisateur, déjà placé en résidence surveillée par le passé, ne voulait pas risquer une interdiction au regard de son scénario dépeignant le joug du régime des mollahs… Ces conditions ne l’ont pas empêché – au contraire – de décrocher la Palme d’or cette année, ni de venir à Cannes, puis de rentrer dans son pays malgré les risques judiciaires et policiers… ■ Jean-Marie Chazeau UN SIMPLE ACCIDENT (Iran, France), de Jafar Panahi. Avec Vahid Mobasseri, Maryam

Afshari, Ebrahim Azizi. En salles le 1er octobre. 10

❷ Florence Adooni,

A.O.E.I.U., Philophon.

Originaire du nord-est du Ghana, la chanteuse Florence Adooni est l’un des plus beaux emblèmes du highlife. En témoigne ce nouvel album, fruit de sa riche collaboration avec le producteur allemand Max Weissenfeldt, fondateur du label Philophon. En effet, brillant de mélodies jazz et soul, A.O.E.I.U. cultive, en quatre chapitres (chant, danse, paroles et conclusion) envoûtants, son patrimoine frafra-gospel.

❸ Curtis Harding,

Departures & Arrivals: Adventures of Captain Curt, ANTI-Records.

Le soul man d’Atlanta revient avec un quatrième album concept, retraçant les aventures du Captain Curt, perdu dans l’espace… Nourrie de funk comme de disco, cette proposition sertie de superbes cordes confirme le talent de songwriter de Curtis Harding, qui imagine et peint une autre galaxie pour nous réconforter. Mais aussi pour nous faire danser, comme le prouve l’enthousiasmant «The Power». Superbe! ■ Sophie Rosemont

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LE PRIX DU COURAGE

CINÉMA

On vient de l’admirer à la prestigieuse salle Pleyel, et il est de retour dans les bacs avec l’irréprochable Big Money. Ici, il s’agit non pas d’argent mais d’inspiration musicale, ce dont ne manque pas le crooner et chef d’orchestre américain, sept fois couronné aux Grammy Awards et (entre autres) collaborateur de Stevie Wonder et Mavis Staples. Au programme: soul, jazz, gospel, mais aussi folk americana et R’n’B.


H O M M AG E

RÉPARER LES VIVANTES

PETITES POUPÉES PRODUCTION

En 2011, le DR MUKWEGE rencontre un chirurgien belge. Le point de départ d’un film au scalpel sur la résilience des femmes victimes de viols de guerre en RDC et sur le parcours du futur Prix Nobel de la paix. APRÈS un démarrage coup de poing à destination des spectateurs blancs, ce biopic partiel déroule un épisode du parcours de Denis Mukwege, avant qu’il reçoive le prix Nobel de la paix. En 2011, il rencontre un chirurgien belge, Guy-Bernard Cadière, admiratif du travail de son confrère, marié à une Congolaise, et très critique de l’implication de son pays en Afrique : « Il est grand temps que nous assumions notre passé colonial », déclare-t-il en marge d’une réception organisée par le roi des Belges en l’honneur du médecin de Bukavu. Dans le nord-est de la RDC, les viols collectifs sont utilisés comme armes de guerre pour terroriser les populations et leur faire fuir les zones minières convoitées (voir le beau documentaire Le Sang et la Boue de Jean-Gabriel Leynaud, en salles le 6 août). Des centaines de femmes sauvagement agressées et aussitôt rejetées par leur famille trouvent refuge dans l’hôpital de Panzi, fondé par le chirurgien congolais. AFRIQUE MAGAZINE

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« Bienvenue en République dramatique du Congo », dit le chauffeur de taxi au médecin arrivé de Bruxelles (incarné par Vincent Macaigne, très juste) pour prêter main-forte, et d’abord perçu comme un « marabout blanc » par une patiente méfiante. « Elle a du caractère », constate le docteur belge. « On lui a tiré à bout portant dans le vagin », explique le Dr Mukwege… Tourné au Gabon (pays natal de la réalisatrice), ce film nous plonge pourtant au cœur du conflit en RDC, offrant une ode à la résilience, partagée : « Je répare ces femmes, mais elles me réparent aussi », confie le médecin, menacé de mort, tiraillé entre le doute et sa foi, incarné avec prestance et humanité par le charismatique Isaach de Bankolé [voir son interview pages 94-99]. ■ J.-M.C. MUGANGA, CELUI QUI SOIGNE (France, Belgique), de Marie-Hélène Roux. Avec Isaach de Bankolé, Vincent

Macaigne, Babetida Sadjo. En salles le 24 septembre.

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ON EN PARLE

MUSIQUE

UZI FREYJA

«IMPOSSIBLE N’EST PAS CAMEROUNAIS»

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Avec BHELIZE DON’T CRY, cette musicienne aux inspirations métisses nous bouleverse tout en cultivant ses mélodies. Une superbe promesse. Interview, en attendant de la retrouver en tournée européenne. AM: Comment est né ce premier album, très intime? Uzi Freyja: Je souhaitais être libre d’exprimer toutes

les émotions que j’ai traversées durant ces vingt dernières années. En 2023, j’avais l’impression que tout me dépassait, que je ne pouvais pas m’exprimer, et cela m’a renvoyée à mon enfance et à mon adolescence, où je n’avais pas la possibilité d’exprimer mes ressentis, négatifs ou positifs. Connaître à nouveau cette frustration en tant qu’adulte m’a fait comprendre à quel point j’avais délaissé mon enfant intérieure. Si j’avais la possibilité de la guider, que pourrais-je lui dire? De là est né le besoin de lui adresser douze lettres, en répétant comme un mantra qu’il y a toujours de la lumière au bout du tunnel. Bhelize Don’t Cry,

Fougue.

En quoi les mythes, que vous citez souvent, nourrissent-ils votre inspiration?

Depuis toute petite, je suis fascinée par les mythologies grecque et nordique. J’avais l’impression que tout le monde pouvait être une déesse ou un dieu. J’ai saisi la complexité des histoires que l’on nous raconte enfant: il ne s’agit pas seulement du bien ou du mal, le chemin de la liberté n’est pas forcément celui qu’on croit, et le consentement en réalité ne doit jamais être une option. Enfant, je voulais être Athéna; aujourd’hui, je me sens bien plus proche de Méduse. Comme elle, j’ai été meurtrie lorsqu’on ne m’a pas crue, j’ai été pointée du doigt, on m’a rendue responsable des violences que j’ai pu subir, on m’a fait croire que je les méritais. Malgré tout cela, comme elle, j’ai trouvé une manière de transformer mes blessures en une force. C’est ce que j’exprime dans «Medusa»: «They made me bad, now they’re calling me a monster.» Comment vos origines camerounaises se manifestent-elles dans votre musique?

Il existe ce proverbe: «Impossible n’est pas camerounais, l’humilité ce n’est pas pour nous.» Cette phrase a été mon carburant pendant la création de l’album. Plusieurs fois, on m’a dit que je prenais un risque en mélangeant plusieurs genres de musique et en collaborant avec plusieurs compositeurs. Et j’ai toujours répondu: «Impossible n’est pas camerounais!» ■ propos recueillis par Sophie Rosemont

LANG SEBASTIEN (2)

En tournée, entre autres, le 29 août à Dijon, le 25 septembre à Nantes, le 27 septembre à Lille, le 9 octobre à Marseille, le 20 novembre à Berlin, le 22 novembre à Bruxelles, le 26 novembre à Londres.

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RÉVOLUTIONS INTIMES ET POLITIQUES

Un triangle amoureux dans l’ALGÉRIE DES ANNÉES 2010.

FESTIVAL ARABESQUES, RENCONTRES DES ARTS DU MONDE ARABE,

APRÈS Écorces, premier roman paru il y a cinq ans – une saga familiale où du 9 au 21 septembre 2025, Domaine d’O s’entrecroisent les histoires personnelles et Opéra Comédie, et les moments clés de l’histoire de Montpellier, e l’Algérie du XX siècle –, Hajar Bali revient France. avec une histoire d’amour fusionnelle, presque mystique. Deux adolescents s’aiment passionnément, mais ils étouffent sous le conformisme ambiant. Leur rencontre avec Slim, en révolte lui aussi, embrase leur destin. L’ancien prof de fac, érudit et généreux, devient leur ÉVÉNEMENT pygmalion, les initie à la philosophie, au cinéma, à la littérature. «Je ne regrette pas qu’on soit partis. Il est fou, imprévisible. – Oui. Un bateau se rapproche du port. Il y a des gens sur la passerelle. Ils poussent des cris d’émerveillement […]. Je les envie de tant aimer la vie.» Dans ce texte poétique et ambitieux, publié simultanément en Algérie, aux éditions Barzakh, l’écrivaine, dramaturge et mathématicienne dresse le tableau d’un pays complexe, MANIFESTATION MAJEURE des arts et des cultures du monde arabe aux prises avec la modernité et en France et en Europe, le festival Arabesques à Montpellier fêtera ses paradoxes. ■ Catherine Faye cette année ses 20 printemps, du 9 au 21 septembre 2025. Pour cette édition anniversaire, l’événement né du désir de l’association Uni’Sons de tisser des liens entre les rives de la Méditerranée rendra un vibrant hommage à deux figures iconiques des musiques orientales, Oum Kalthoum et Rachid Taha. À l’Opéra Comédie, la chanteuse tunisienne Dorsaf Hamdani incarnera l’intensité et le lyrisme de la voix de l’Astre d’Orient, la diva égyptienne disparue il y a cinquante ans. Quant au Rockeur de la casbah, il sera célébré lors d’un concert-création du Couscous Clan (Sofiane Saidi, Yousra Mansour, Justin Adams…). Amis du festival, le maître du oud et poignant vocaliste Dhafer Youssef et l’élégante chanteuse Natacha Atlas présenteront chacun leur nouvel album en exclusivité. L’Orchestre national de Barbès fêtera ses trente ans de tournée. En partenariat avec la Fondation Hiba, la programmation mettra en avant l’effervescence de la scène artistique marocaine, qu’elle soit électronique (Aziz Konkrite, Guedra Guedra, Mr ID) ou chaâbi (avec la grande Najat Aâtabou ou le flamboyant Kabareh Cheikhats). Sans oublier les contes, les rencontres littéraires, les DJ sets, les spectacles d’humour (Meryem Benoua, Houria les yeux verts, ou encore le Comte de Bouderbala). La rencontre «Un dimanche à Gaza» clôturera HAJAR BALI BALI, Partout le même ciel ciel, l’édition, pour continuer d’alerter sur le génocide en cours. ■ Astrid Krivian Belfond, 320 pages, 21 €.

Un riche

patrimoine

Le festival montpelliérain continue de CONSTRUIRE DES PONTS entre les rives de la Méditerranée.

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LIVRE

ON EN PARLE


One Must Be Seated, 2024.

TOTEM ET TABOURET EXPO

TEAM 1000 WORDS - DR

Au Cap, RITA MAWUENA BENISSAN célèbre les coutumes royales du GHANA. L’ARTISTE INTERDISCIPLINAIRE ghanéenne-américaine présente une série d’œuvres photographiques, de vidéos, de tapisseries et de sculptures à travers lesquelles elle commémore les traditions akan et ashanti au Ghana. Dans cette exposition personnelle, Rita Mawuena Benissan explore ainsi la cérémonie d’intronisation d’un futur chef, semblable à un couronnement. Un appel à prendre sa place légitime sur le tabouret qui a été choisi pour lui. La scénographie imite la tradition du couronnement, conduisant à la sélection, à la préparation, à la confirmation et à l’installation d’un roi comme chef traditionnel. Chaque galerie successive du musée d’art contemporain sud-africain symbolise une étape du processus. Le spectateur se déplace entre sept salles où il découvre les installations de Kyiniye, ou parapluies, utilisés par la royauté, les sculptures totémiques d’animaux, d’oiseaux et de représentations de mythologies recouverts de feuilles d’or en guise de AFRIQUE MAGAZINE

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We Process at Sunrise, 2024.

virole, ou pointe. Sans oublier le tabouret vénéré pour l’intronisation elle-même, Sit at my Right Hand, qui incarne non seulement le pouvoir principal mais aussi les histoires anticoloniales, y compris le soulèvement ashanti de 1900, communément appelé la guerre du tabouret d’or. Tout a été réalisé par l’artiste et, dans le cas des parapluies et des tapisseries, en collaboration avec des artisans ghanéens. L’œuvre de Benissan est un acte de récupération et de restauration de la fierté culturelle qui remonte au moins au XVIIe siècle. ■ C.F. «ONE MUST BE SEATED», Zeitz MOCAA,

Le Cap (Afrique du Sud), jusqu’au 5 octobre.

zeitzmocaa.museum

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ON EN PARLE ES SAI

CHRONIQUES RELIGIEUSES ET BIENVEILLANTES

Un texte fort qui entend mettre un terme aux idées reçues et aux malentendus sur l’ISLAM.

Seuil, 272 pages, 21 €.

ROMAN

DE FIL

EN AIGUILLE

ALAIN MABANCKOU enchante une nouvelle fois LE BANAL comme LE SINGULIER.

IL Y A NEUF ANS, le premier écrivain nommé à la chaire annuelle Création artistique du Collège de France invitait à un voyage, grave et drôle à la fois, dans les contrées de la littérature africaine francophone, caribéenne et afro-américaine. Son quatorzième roman propose une aventure au pays de l’exil et des livres, dans un univers fantasque où les personnages, attachants et drôles, se séduisent, s’interrogent, galèrent et voguent de plaisirs en déceptions. Construit comme une sorte de Mille et une nuits africain, sans majuscule en début de phrase ni point final, le récit de Berado, écrivain en herbe, se déroule au fil d’une intention littéraire plaisante, où chaque chapitre ou court récit fait référence à une œuvre littéraire. Au total, 55 fictions, préconisées au jeune héros par un certain Ramsès, réceptionniste et barman d’un hôtel parisien: «Grâce à elles tu écriras un livre qui laissera au lectorat le soin de juger par lui-même ta part de lumière, mais aussi ton inclination pour l’ombre.» De Cent ans de solitude à La Promesse de l’aube, en passant par Allah n’est pas obligé ou Shining, on se régale des va-et-vient sensibles et extravagants entre les mondes et les cultures, la France et le Congo, les obstacles et les fous rires. L’auteur de Mémoires de porc-épic, prix Renaudot en 2006, et du Commerce des Allongés, qui vit à cheval entre les ÉtatsUnis, où il enseigne les littératures francophones à l’Université de Californie (UCLA), et la France, n’a pas fini de mettre en relief les jours et les nuits. Accentuant même les silences. ■ C.F. 16

DEPUIS QU’ON LUI A CONFIÉ le rectorat de la Grande Mosquée de Paris au début de l’année 2020, l’actualité n’a pas cessé de compliquer, sinon contrarier, la tâche de Chems-eddine Hafiz: donner à l’islam en France la place qu’elle mérite, prouver sa compatibilité avec les principes de la République, et montrer sa capacité à s’ancrer dans le monde d’aujourd’hui. Il a dû affronter la montée des extrémismes, laver son institution des soupçons d’affairisme que lui vaut la gestion de la certification halal, et résister aux tensions politiques entre la France et l’Algérie – pays auquel la Grande Mosquée de Paris est liée par l’histoire. Loin de chercher à faire profil bas, Chems-eddine Hafiz est au contraire parti à l’offensive. Il a multiplié les rencontres, les visites, les interviews, avec une inlassable pugnacité. Pour prouver son ouverture d’esprit, sa recherche de l’apaisement, il est allé par deux fois voir le pape; il a convié à la Grande Mosquée des rabbins, des journalistes et des hommes politiques de diverses obédiences. Surtout, il s’est lancé dans la publication d’un billet hebdomadaire dans lequel il aborde sans tabou les questions du moment. D’une belle écriture ciselée, ses chroniques dénoncent tantôt un mensonge, dissipent tantôt un malentendu, appelant toujours au calme et à la réflexion. Comme le lui a dit un de ses lecteurs assidus, «vos billets, Monsieur le recteur, sont comme des petits pansements que vous appliquez chaque semaine sur nos blessures intimes». Français ou pas, croyant ou non, musulman, juif, chrétien, athée, on a intérêt (et plaisir) à relire ces textes bienveillants, réunis dans un petit livre accessible. ■ Jean-Louis Gouraud CHEMS-EDDINE HAFIZ, Défaire les ombres,

Albouraq, 160 pages, 10 €.

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ALAIN MABANCKOU, Ramsès de Paris,


RY T H M E S

THEODORA

LA PATRONNE

Personne n’a pu passer à côté de SON TUBE « Kongolese sous BBL ». Avec sa mixtape Bad Boy Lovestory, la chanteuse fait déjà preuve d’un indéniable bagou. À suivre !

Bad Boy Lovestory,

Maison Neptune x NBFD/ Virgin Music France/ Universal.

ELLE A À PEINE dépassé la vingtaine. Pourtant, Theodora semble déjà avoir vécu mille vies. Ayant grandi entre la Suisse (où elle est née), le Congo, la Réunion, la Grèce et la banlieue parisienne, cette chanteuse à la plume affûtée ne choisit pas entre le rap, le R’n’B et le baile funk. Sans oublier une touche de rock insolent et de fiévreuses sonorités électroniques… Celle qui s’autoproclame Boss Lady a, en effet, du répondant, et ne compte pas se laisser enfermer dans des cases génériques bien trop étroites pour sa personnalité flamboyante. Aux côtés de son frère Jeez, elle mijote une musique intime, hybride, contemporaine, mais aussi respectueuse de l’héritage transmis à une diaspora congolaise qui a le sens de l’anecdote comme le goût de la vie. Ce qui se traduit par une énergie scénique confondante et des morceaux que l’on écoute en boucle, tel l’incontournable «Kongolese sous BBL»: «Baby boo, tu sais, je vaux beaucoup/Même si parfois, je ne joins pas les deux bouts.» ■ S.R.

LEA ESMAILI (2)

En concert au Zénith de Paris les 29, 30 et 31 mars, et le 1er avril 2026.

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ON EN PARLE

INTE RVIEW

OMAR DEGAN: «LES PROJETS AFRICAINS SONT INVISIBILISÉS» La première Biennale d’architecture panafricaine se tiendra à Nairobi en septembre 2026. Intitulée Shifting the Center – From Fragility to Resilience: Reclaiming Africa’s Architecture and the Future, elle présente le continent comme un CENTRE D’INNOVATION et de résilience. Entretien avec son commissaire, l’architecte somalien-italien Omar Degan.

AM: Pourquoi une Biennale panafricaine d’architecture sur le continent? Omar Degan : Les projets africains sont invisibilisés, sauf

Pourquoi choisir le Kenya et Nairobi?

à ce qu’ils correspondent aux canons occidentaux. J’ai eu un déclic lors de la Biennale de Venise de Lesley Lokko, que tout le monde qualifiait de «première Biennale africaine». Mais une biennale sur l’Afrique doit avoir lieu en Afrique, au risque de n’être qu’un énième produit néocolonial. Quel est le concept clé de cet événement, qui sera accueilli par l’Association d’architecture du Kenya?

Il repositionne l’Afrique au centre du discours architectural mondial. Au cœur de cette vision curatoriale se trouve le concept de fragilité – non pas comme un état passif de vulnérabilité, mais comme une condition spatiale et historique façonnée par la colonisation, les déplacements, l’extraction économique et la précarité environnementale. Pourtant, cette condition implique une résilience profonde: pratiques vernaculaires adaptatives, continuité culturelle malgré l’effacement, réinvention de la vie urbaine dans des contextes d’abandon.

D’une part, le Kenya est un pays accessible, où presque tous les Africains peuvent entrer sans visa. D’autre part, Jomo Kenyatta représente ce mouvement panafricain pour l’indépendance. Et le Centre international de conférences qui porte son nom incarne une identité africaine moderne. Comment s’articulera-t-elle concrètement et comment la financerez-vous?

Nous avons déjà des fonds, mais nous allons poursuivre la collecte, parce que l’organisation coûte cher, mais aussi parce que je souhaite pérenniser l’événement. Nous inviterons les 55 pays reconnus par l’Union africaine, et chaque pavillon national disposera du même espace dans un but d’équité. Des open calls élargiront le champ aux pays qui ont un lien direct avec l’Afrique – je pense au Brésil, aux États-Unis, mais aussi à l’Italie et à la France. La parité hommes-femmes entre les participants nous tient à cœur. Enfin, l’événement sera l’occasion de prendre position, d’expérimenter et de provoquer le débat. ■ Propos recueillis par Luisa Nannipieri

ERICK FORESTER - SIEGMUND K. M. (2)

L’espace architectural de Nairobi.

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RONELDA S. KAMFER, Le Cantonnement,

Zoé, 288 pages, 21,50 €. LIVRE

QUELQUE PART ENTRE BLANC ET NOIR

NATHAN-TRANTRAAL - DR

La Sud-Africaine Ronelda S. Kamfer DONNE LA VOIX à la communauté métisse dans un style direct et SANS CONCESSION. ÉCRIT EN KAAPS, la langue des métis du Cap, un mélange d’afrikaans et d’anglais, le premier roman de la poétesse sud-africaine fait parler une génération née au début des années 1980. Composé de cent trente courts chapitres et porté par une écriture intrépide, le texte commence ainsi: «Quand elle tousse, les nichons de tante Bettina lui sortent de la blouse…» Ronelda S. Kamfer n’a pas la langue dans sa poche et elle sait en jouer. Au fil de ce récit à deux voix, tour à tour poétique et tragique, on suit l’enfance et l’adolescence de Nadia et de Xavie, nés dans une famille métisse, nombreuse et dysfonctionnelle. Deux jeunes cousins révoltés, à l’identité imprécise, au sein d’une «nouvelle Afrique du Sud», où les traces de l’ancienne sont partout à vif. Le «sang-mêlé» des personnages met ainsi en lumière toute une communauté marginalisée. Déjà, sous l’apartheid, on regroupait les métis sous l’appellation coloureds, dénomination toujours utilisée pour le recensement de la population sud-africaine, désignant les gens qui ne sont ni AFRIQUE MAGAZINE

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des Noirs, ni des Blancs, ni des Indiens, et parmi lesquels on retrouve les descendants d’aborigènes khoïsans, d’esclaves malais et d’unions interraciales. Aujourd’hui, ils représentent quelque cinq millions et demi d’individus, soit plus que la population blanche. Dans cet univers fictionnel bancal, pétri d’ambiguïtés et de contradictions, c’est donc toute une généalogie du traumatisme qui dévoile ses racines. Féministe et engagée, Ronelda S. Kamfer s’est d’abord fait connaître par sa poésie. Ses recueils, notamment J’écris en afrikaans, la langue du diable et Chinatown, font souvent écho aux expériences de violence qu’elle a traversées au Cap: gang, drogue, pauvreté, brutalité intrafamiliale… Dans un mélange de colère, d’humour amer et de résilience, l’intime se mêle toujours au politique. Provocatrice et émouvante, cette écrivaine, d’une grande douceur dans la vraie vie, livre ici un roman pionnier, par la langue qu’il déploie, le paysage humain qu’il décrit, sa construction en fragments. Une composition efficace. Qui ne laisse pas indifférent. ■ C.F.

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ON EN PARLE

Randa Maroufi, Nabila & Keltoum & Khadija, 2015.

UNE TRADITION RÉVOLUTIONNAIRE EXPO

À Bordeaux, la MÉCA réunit trente artistes marocains dans une exposition POLYPHONIQUE.

AU-DESSUS d’un muret en pierres, une inscription: «Pour proclamer sa dignité, ne pas sombrer dans le nombre, pour que son souffle reste à jamais imprimé et attesté dans le cri.» Tirés du Règne de la barbarie, de l’écrivain marocain Abdellatif Laâbi, ces quelques mots donnent le ton. La poésie est tout ce qui reste à l’homme. Un appel à la résistance que prône l’événement – dont le nom «Aïta» signifie l’«appel», le «cri» –, dans le sillage du souffle vibrant de l’art oratoire de Hadda Al Ghaîtia, dite Kharboucha. Célèbre figure féminine, cette immense voix populaire du XIXe siècle, analphabète mais indomptable, dénonçait les abus des puissants dans ses improvisations orales. Aujourd’hui, à 20

travers peintures, photographies, vidéos, installations et performances, la critique d’art et commissaire d’exposition Sonia Recasens a voulu sonder l’héritage de la Aïta en tant que vecteur de luttes, de récits intimes, souvent féminins, et de transmission. Les artistes invités viennent de divers horizons, mais partagent tous un lien fort avec le Maroc, sa culture orale et ses formes d’expression populaire. Parmi ces femmes et ces hommes: Meriem Bennani, Bouchra Ouizguen, M’barek Bouhchichi, Randa Maroufi, Amina Agueznay, Daoud Aoulad-Syad, Khadija El Abyad, Abdellah El Hariri, Fatima Hassan El Farouj, Amina Rezki ou encore Chaïbia Talal… Une immersion vibrante dans le patrimoine immatériel chérifien, pour mettre en lumière l’inventivité d’un langage populaire, poétique et politique, qui porte une mémoire collective comme individuelle. Un art de conter et de se raconter, aiguisé comme un outil d’émancipation et de lutte au Maroc. ■ C.F. «AÏTA, FRAGMENTS POÉTIQUES D’UNE SCÈNE MAROCAINE», Frac Nouvelle-Aquitaine MÉCA,

Bordeaux, jusqu’au 4 janvier 2026.

fracnouvelleaquitaine-meca.fr

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AMINA REZKI - DR - RANDA MAROUFI

Amina Rezki, Untitled, 2025.


LE POIDS DU MENSONGE

L O N G - M É T R AG E

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Une famille ARABE ISRAÉLIENNE se déchire autour de non-dits et de dissimulations… Un film intense, qui offre au spectateur plusieurs points de vue et bouscule LES PRÉJUGÉS. «LE DRAME dans ce monde, c’est que chacun a ses raisons», entendait-on dans La Règle du jeu (1939), de Jean Renoir. Et c’est d’autant plus vrai dans une famille! Si vous en observez une en Israël, côté arabe, dans le contexte d’une société militarisée, avec la crainte du qu’en-dira-t-on, on peut être sûr que les sentiments seront exacerbés… C’est ce qu’il se passe dans ce passionnant drame familial disséqué par le cinéaste palestinien Scandar Copti qui, comme dans son premier long-métrage (Ajami, 2009, nommé aux Oscars), a fait appel uniquement à des comédiens et comédiennes amateurs pour incarner des personnages qu’il rend plus vrais que nature. Dans une famille chrétienne palestinienne de la ville israélienne d’Haïfa, chacun cache son jeu: la jeune Fifi rencontre secrètement des garçons avant le mariage, contrairement à sa sœur bien sage, et leur frère Rami a une petite amie juive hôtesse de l’air qui lui annonce qu’elle est enceinte. Quant aux parents, ils sont surtout préoccupés par l’avenir de la famille: la mère veille avant tout à la réputation des siens, tandis que le père est en train de faire faillite sans rien dire. Mensonges, déni, non-dits, femmes AFRIQUE MAGAZINE

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fortes mais rapports de domination dans une société patriarcale menacée par les nouvelles générations… Autant d’ingrédients que l’on retrouve aussi chez leurs voisins juifs, qui connaissent en prime un endoctrinement militaire dès la maternelle, particulièrement bien montré dans une école de Jérusalem où Fifi fait un stage: les enfants y dessinent pour les soldats. Dès la première scène dans un hôpital, on se pose bien des questions, dont les réponses vont changer au fur et à mesure. Découpé en quatre chapitres, chacun étant centré sur l’un des personnages principaux, le film rejoue en partie les scènes selon un point de vue différent, et nous pousse à revoir nos préjugés. Ludique et politique, il joue astucieusement avec les nerfs autant qu’il s’amuse avec l’intelligence du spectateur. Une subtile coproduction palestino-européenne, soutenue par des fonds arabes, primée aux festivals de Marrakech (Étoile d’or) et de Venise (Meilleur scénario) l’an dernier. ■ J.-M.C. CHRONIQUES D’HAÏFA – HISTOIRES PALESTINIENNES (Palestine, Allemagne, France), de Scandar Copti.

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Avec Manar Shehab, Toufic Danial, Wafaa Aoun. En salles le 3 septembre. 21


ON EN PARLE

Le maillot une pièce Celosia et ses couleurs chatoyantes.

MODE

GLAMOUR AU FIL DE L’EAU Le modèle une pièce Hedera.

La styliste Toluwani Wabara.

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PASSER DE LA PLAGE au brunch sans aucun effort. C’est dans cet esprit que la designer nigériane Toluwani Wabara a imaginé la première collection de maillots de bain de sa marque de vêtements de luxe pour femmes, Wanni Fuga (combinaison de son prénom et de son nom de jeune fille, Oyefuga). Le label, créé en 2014, produit toutes ses pièces dans son usine de Lagos. Il s’est imposé à l’international grâce à une esthétique moderne et minimaliste, ancrée dans l’héritage africain, mais aussi à travers ses silhouettes inclusives. Que ce soit sur une plage tropicale ou au bord d’une piscine, Toluwani Wabara souhaite célébrer les

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La première COLLECTION de maillots de bain de WANNI FUGA se drape d’imprimés ensoleillés, à porter à la piscine ou lors d’une escapade tropicale.


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femmes africaines contemporaines avec des pièces qui incarnent la féminité et la liberté, et qui allient luxe et confort. Le mélange d’élasthanne et de nylon haut de gamme utilisé pour la confection des maillots est à la fois fonctionnel et raffiné. Il répond aux besoins esthétiques de la créatrice, qui a voulu jouer avec l’imprimé signature de la marque et son anagramme distinctif, les revisitant et les adaptant afin de créer des motifs solaires inédits et particulièrement élégants. Le résultat ajoute une touche expressive et espiègle aux indémodables maillots une pièce (classiques, asymétriques ou décolletés et échancrés), mais aussi à son bikini taille haute. Des AFRIQUE MAGAZINE

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Le bikini taille haute Vinca, à droite. Le maillot Nara au profond décolleté, à gauche. Ci-dessous, le modèle lacé Turi.

pièces à associer à des kimonos en mousseline ou à des tuniques en soie pour un look de plage raffiné. Ou bien à porter sous des chemises en lin oversize et avec des jupes tendance pour un effet casual-chic. «J’ai toujours imaginé Wanni Fuga comme bien plus qu’un simple prêt-à-porter, détaille Toluwani Wabara. Pour moi, c’est un véritable art de vivre. Lancer des maillots de bain m’est donc apparu comme une évolution naturelle, d’autant plus que nos clientes sont constamment en déplacement, de Lagos au sud de la France, de Zanzibar à Miami. Je voulais proposer une belle collection, fonctionnelle et fidèle à notre ADN, qui les accompagne partout.» wannifuga.com ■ L.N.

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ON EN PARLE ENTRETIEN

SITOR SENGHOR: «REVENIR AUX ORIGINES DES CHOSES»

La foire AKAA fête ses DIX ANS EN OCTOBRE et annonce l’ouverture d’un nouveau chapitre en confiant sa direction artistique au commissaire indépendant Sitor Senghor. Banquier d’affaires reconverti en galeriste, collectionneur passionné et fier petit-neveu de Léopold Sédar Senghor, il répond à nos questions. AM: Pourquoi vous engager dans cette nouvelle aventure? Sitor Senghor : Après dix-huit ans passés dans l’univers

Quelles sont vos pistes pour ce «nouveau départ» de la foire?

Vous pouvez nous donner un aperçu?

Nous avons avant tout changé le comité de sélection des galeries, en impliquant des personnes beaucoup plus proches des réalités du marché et avec un état d’esprit plus anglo-saxon: pour qu’une foire marche, il faut que les galeries vendent, soient contentes et puissent revenir. La sélection cette année a été bien plus stricte. On est dans quelque chose de beaucoup plus dépouillé, qui met davantage en valeur les artistes présentés. Et vous verrez que les artistes qui seront présentés et que les galeries choisies sauront surprendre le public. C’est un mouvement que je veux donner à la foire. On ne peut pas tout faire en un an.

Nous remettrons un prix en association avec le musée Ettore Fico de Turin, qui exposera aussi une partie de sa collection africaine. Et le thème de l’édition sera «la matière», signant le retour de la céramique, du tissu, de la vraie peinture. Je voulais revenir aux origines des choses, sortir du côté conceptuel de l’art contemporain. Nous ferons une exposition-vente sur la céramique africaine, sa diversité et sa richesse. En plus d’une installation monumentale qui fera se rencontrer le Japon et l’Afrique, nous exposerons des pièces de grands artistes, confiées par des galeries qui ne seront pas forcément à la foire. Enfin, un salon VIP sera conçu par le designer ivoirien Jean Servais Somian. ■ Propos recueillis par Luisa Nannipieri

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PATRICK COUSSEAU - DR

de la banque, j’ai recommencé à zéro dans le monde de l’art. Et avec cette direction artistique, je tourne une nouvelle page. Quand j’ai fait ce mouvement vers l’art africain, je voulais surtout retrouver mes racines. Je suis très fier de l’association de ce nom, Senghor, avec l’art, et c’était pour moi une manière de poursuivre le travail de mon grand-oncle. Là, j’espère également réconcilier l’Afrique et la France: c’était l’un des messages, mal compris, de mon grand-oncle. On l’a beaucoup accusé d’être un «collabo français», alors qu’il invitait à associer l’africanité à la France, en prenant ce qu’il y avait à prendre dans la culture pour devenir plus fort. Paris est en train de redevenir une place importante dans le monde de l’art, et je pense que c’est le moment idéal pour que cette ville soit à nouveau associée à l’art africain contemporain, qui était surtout porté par Londres et par une diaspora ghanéenne-nigérienne.


DESIGN

Un salon trois pièces

Entre symboles, icônes et maîtrise des codes artisanaux marocains, YOUNES DURET associe trois meubles en un ensemble espiègle et imaginatif.

INSTALLÉ AU MAROC depuis 2006, Younes Duret est un designer actif sur plusieurs fronts, de la scénographie muséale à l’agencement urbain. Il poursuit en même temps son travail créatif, ce qui l’a notamment amené à renouveler les salons d’accueil du siège social d’Attijariwafa Bank à Casablanca. La collection «A.Jamaï» a été conçue pour l’occasion. Elle comprend la dernière itération de son fauteuil Pouf, qui surélève sur un piédestal

l’enveloppant siège ancestral, et le canapé modulable Aji n’safrou, un sofa qui détourne la malle de voyage, la transformant en base polyvalente et centrale du mobilier. Érigée en symbole de la culture marocaine, elle est protégée par une iconique sangle en cuir. La nouvelle table basse Raïma complète l’ensemble, avec un plateau qui reprend la forme emblématique d’un nuage flottant. Qu’on ne s’y trompe pas, toutefois: ce n’est pas le souffle du vent qui a sculpté les pieds en bois du meuble, mais la main habile du mâalem, qui leur offre leur rondeur suave. Parce que la qualité et la précision que recherche Younes Duret ne peuvent être offertes que par les meilleurs artisans du pays. Une cinquantaine de menuisiers, ferronniers et tapissiers qui insufflent une essence unique à chaque pièce. ■ L.N. younesduret.com

YOUNES DURET

Le fauteuil Pouf, issu de la collection « A.Jamaï ».

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BISTROTS AFROVOYAGEURS

Ci-dessus, les tables accueillantes de Bouyon, où l’on peut déguster de bons plats (ci-contre).

DANS LE QUARTIER DE BELLEVILLE, à Paris, deux adresses décontractées où explorer le monde sous le prisme des cuisines afro. LE CHEF BAROUDEUR Diadié Diombana, aka Freddy’s Kitchen, a posé ses valises dans une ancienne boulangerie de la rue de Belleville entièrement rénovée en style brut industriel. Bouyon, c’est le bistrot dédié aux cuisines noires, où le cuistot passé par les USA, la Côte d’Ivoire et les Antilles invite à une balade libre entre classiques du continent revisités et recettes piochées sur les tables des diasporas. La carte change tous les mois et se décline en menu du midi, du brunch – une réinvention africaine du poulet du dimanche – et du soir, où c’est la dimension partage qui prime. Aux côtés du yassa et de l’attiéké, on trouve des plats signature comme le PPP (plantain panée au panko, mayo au paprika et parmesan) ou la salade tomates et pastèque, avec tamarin, vinaigrette d’huile moringa et épices cajuns. Une fusion noire aux influences subtiles et multiples. Quelques pas plus loin, le Touki Bouki vient de fêter son premier anniversaire. Ce bistrot de quartier hybride, 26

Le chaleureux Touki Bouki.

comme le film homonyme, a un encrage multiple et un ADN africain. Imaginé par Étienne Biloa comme un lieu de rencontres et d’accueil, on peut y croiser des chefs en résidence ou découvrir la carte saisonnière qui fait la part belle aux terroirs du continent. On y trouve des plats comme le thieb et le ndolé – le meilleur de Paris, assure le globe-trotteur aux origines camerounaises et mexicaines. Ou encore le dip de safou, crémeux et délicieux. Comme dans tout bon bistrot, il convient de jeter un œil à la carte des boissons: entre cocktails maison étonnants (rhum-gombo, ça vous parle?), mezcal de qualité et vins en accord avec les plats, c’est une belle découverte. bouyon.co/toukiboukibelleville.com ■ L.N.

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LE KABUKI (2) - DR

SPOTS

ON EN PARLE


ARCHI

Élégance et volupté

Conçue pour une artiste casablancaise, cette résidence transforme les contraintes et les limites en une FORCE CRÉATRICE et innovante.

DRISS KETTANI MIRO

LE MAROCAIN DRISS KETTANI est reconnu mondialement pour son projet de l’École supérieure de technologie de Guelmim (2011), mais son cabinet propose également des solutions intéressantes pour les particuliers. Un bel exemple de la créativité de l’architecte et de son équipe est la villa Miro. Une résidence avec piscine à l’esthétique sobre, sans jamais être froide, conçue pour une artiste casablancaise. Les contraintes du terrain (la maison repose sur une parcelle triangulaire) et réglementaires ont imposé des limites précises et particulières à la silhouette du plan. Ce qui a poussé Driss Kettani à organiser les espaces autour d’un escalier hélicoïdal, devenu la rotule structurante de l’ensemble. Ce noyau central, protégé par des lattes en bois qui contrastent joliment avec les murs clairs, permet de gérer l’accès aux zones de service de manière discrète et fluide à la fois, dégageant un séjour familial et libérant le reste de l’espace pour créer une zone de réception vaste et lumineuse. À l’étage, trois chambres et un salon familial s’articulent également autour de l’escalier. La piscine complète la composition: elle est toujours visible depuis l’intérieur à travers de larges baies vitrées qui éclairent les lieux. drisskettani.com ■ L.N. AFRIQUE MAGAZINE

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PARCOURS

Diaka Camara

PRODUCTRICE DE L’ÉMISSION LE MANNEQUIN, mêlant compétition et divertissement, l’animatrice et journaliste guinéenne propose des récits audiovisuels inspirants. Engagée pour l’éducation et les droits des femmes, elle partage sa vision du leadership dans un texte passionnant. propos recueillis par Astrid Krivian

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assionnée d’histoire, elle rêvait enfant d’être archéologue. Finalement, elle choisit de «raconter, donner la voix aux sans-voix, lutter contre les injustices», précise la Guinéenne aux multiples casquettes – journaliste, productrice, animatrice, auteure, communicante, entrepreneure et militante. Sa mère lui a inculqué la valeur du travail et des études: «Nul ne peut t’enlever ce que tu gagnes à la sueur de ton front, me disait-elle. En tant que femme dans une société patriarcale, j’ai dû étudier pour gagner le respect, travailler deux fois plus que mes frères.» Née à Bruxelles, et après quelques années passées en Guinée, Diaka Camara grandit au Texas, aux États-Unis. Sa passion pour la production audiovisuelle naît lors de ses études, d’abord en communication et journalisme à l’Université de Houston, puis en relations publiques à l’Université de Syracuse à New York. Lassée de voir, dans les médias occidentaux, son pays d’origine constamment réduit à ses problèmes politiques, elle retourne s’y installer en 2011 et fonde l’agence de communication et de production CBC Worldwide. «Je voulais apporter ma touche au développement de mon pays et montrer sa beauté. L’audiovisuel est un outil très puissant pour véhiculer des messages, marquer les esprits, changer les mentalités. Mon objectif est de raconter des histoires africaines inspirantes, par les Africains, pour les Africains d’abord, puis pour le reste du monde. C’est important que la jeunesse dispose de repères et de success stories made in Africa.» Parmi ses multiples réalisations, elle lance en 2018 Le Mannequin, émission pionnière en Afrique francophone, adaptée du programme américain America’s Next Top Model: une compétition entre candidates, avec à la clé l’opportunité de démarrer une carrière de mannequin à l’international. Le succès est au rendezvous, malgré les nombreuses difficultés de départ. «Produire la première saison m’a pris huit ans. Je me suis heurtée aux refus financiers mais aussi culturels. On me prétextait: le spectateur africain n’est pas prêt pour la téléréalité. Et le mannequinat souffrait d’une mauvaise image. Or, c’est un métier très difficile. L’émission a réussi à faire bouger les lignes: désormais, les pères accompagnent leur fille au casting!» La troisième saison, actuellement diffusée sur plusieurs chaînes du continent, se Le Leadership authentique, veut panafricaine, mettant au défi des aspirantes mannequins issues de RDC, du L’Harmattan, 136 pages, 15 €. Cameroun, du Burkina Faso, du Mali, du Sénégal, de Côte d’Ivoire et de Guinée. Avec sa fondation Diaka Camara pour l’éducation, elle œuvre pour la scolarisation des jeunes filles en milieux défavorisés, l’autonomisation des femmes, lutte contre les violences qui leur sont faites en les accompagnant, en les sensibilisant, et dote des écoles en bibliothèques. «Le développement de notre pays ne passera que par l’éducation.» Dans son livre Le Leadership authentique, elle distille des conseils inspirés de son riche parcours, des leçons apprises de ses expériences, de même qu’elle partage ses erreurs, les obstacles et les défis rencontrés. «Ma vision du leadership? Être soi-même, fidèle à ses valeurs, à ses mœurs, à la connaissance de soi – sans laquelle tu ne peux inspirer l’autre.» ■


«En tant que femme dans une société patriarcale, BACHIR TAYACHI

j’ai dû étudier pour gagner le respect.»

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C’ESTCOMMENT ?

PAR EMMANUELLE PONTIÉ

LA COMPLAINTE DU DIASPO Et voici revenu le temps du racket pour les diaspos qui rentrent à la maison lors des vacances. Ils vont voir une maman âgée, accompagnent un enfant pour un séjour détente chez la belle-sœur, ou tout simplement ont une envie dévorante, et bien légitime pour des déracinés à l’année, de venir un peu humer l’air du pays, celui du tô ou du ndolè, autour d’une bonne bière au maquis, entourés d’une brochette de potes d’hier. Mais à quel prix? La famille attend obligatoirement son diaspo de pied ferme, avec une litanie de doléances et de besoins pécuniaires sonnants et trébuchants. Pas question pour elle, qui est restée « à souffrir au bled », de ne pas rançonner un peu (et souvent beaucoup) celui qui a eu la chance de partir loin, dans les pays riches où il fait bon vivre. Cette même famille, les yeux pleins d’étoiles lorsqu’elle reçoit des cartes postales de la tour Eiffel ou de la statue de la Liberté, ne peut pas s’imaginer qu’il y a aussi là-bas des banlieues éloignées, souvent sordides, où l’on souffre autant voire plus qu’au village, assailli par des frais élevés propres aux « pays riches » pour un salaire souvent modeste. Peu leur importe. Ils sont sans pitié. Jaloux aussi, sûrement, du symbole de réussite – même si elle est parfois fausse – que représente celui qui a pris le large. Résultat : devant un monde aussi impitoyable, celui qui rentre au pays est prêt à toutes les ruses. Certains ne préviennent pas qu’ils arrivent, prétextant l’effet de surprise. Juste pour éviter la liste interminable de courses qu’on leur demande d’apporter par avion, jamais remboursées et entraînant évidemment des coûts d’excédents de bagages pour leur pomme. D’autres s’installent chez un ami, dribblant ainsi les cohortes de cousins et de neveux affamés qui défilent à la maison, des tonnes d’ordonnances médicales ou de traites à payer dans les poches. Impossible de se soustraire à la dictature familiale, sous peine d’être considéré comme un «Blanc ingrat» et de se fâcher avec tout le monde. Alors bien sûr, il y a ceux qui capitulent. Ils ont prévu la dépense à l’avance, assument et prodiguent des largesses à leur arrivée, AFRIQUE MAGAZINE

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fiers malgré tout de montrer ou de faire croire qu’ils ont réussi. Mais ceux-là se retrouvent raides comme des passe-lacets pour le reste de l’année, condamnés à manger de la bouillie d’ignames sans condiment jusqu’à ce que les économies se reconstituent. Avant d’être à nouveau spoliés l’année suivante. Un cycle infernal… Au final, les plus malins envoient un billet à papa ou maman pour les rejoindre à l’étranger. C’est toujours moins coûteux loin de la famille pognonphage, et malgré les tracasseries de certificats d’hébergement et de visas, qui, comme chacun le sait, ne s’arrangent pas avec les années. Au-delà du phénomène classique de racket familial envers les parents fortunés, ou qui sont simplement partis grossir les rangs des diasporas à l’étranger, il est assez injuste d’en vouloir sciemment ou non à celui qui est parti. La plupart du temps, ce n’est pas de gaîté de cœur que l’on quitte sa terre natale. Mais parce que l’on souffre et que l’on pense, souvent à tort, que l’herbe est plus verte ailleurs. Ou parce que l’on a fait de bonnes études et que le pays d’où l’on vient n’a qu’un salaire de misère à nous offrir si on est médecin ou professeur. Deux professions, par exemple, bien mieux rémunérées en général à l’extérieur du continent. Mais lorsque vous parlez avec eux, à Paris, à Berlin ou à New York, le pays leur manque cruellement et ils rêveraient de lui apporter leurs compétences. Ce qu’ils font sans hésiter quand leur gouvernement leur tend la main, avec un vrai projet. Certains décident malgré tout de rentrer, et de monter une affaire sur place, pensant mettre leur savoir-faire au service du développement local. Et pourtant, que cette affaire marche ou pas, quoi qu’il arrive, on traitera toujours le nouvel entrepreneur de… diaspo. Avec les sempiternels sous-entendus, du style: «Pour qui il se prend, lui?»; «Il croit qu’il sait mieux faire que nous?» Tout cela est tout de même sacrément injuste. Mais bon, on ne change pas les mentalités en un claquement de doigts. Alors, que nos amis diaspo décident de rentrer ou non, on leur souhaite tout de même de bonnes vacances! ■

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