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Lycée Sud-Médoc Année 2011-2012

Travaux personnels encadrés Santé et bien être L'adrénaline peut-elle être considérée comme une drogue ?

Une étude menée par: ARNAUDEAU Alexandre HERBRETEAU Sébastien LE HO Viet-Tam


Sommaire Introduction

I La libération d'adrénaline ………………………………..p 1 A) Une émotion ………………………………………………………………………..…….p 1 B) Le système nerveux……………………………………………………………………….p 2 C) La libération d'adrénaline et sa dégradation…………………………………………...….p 3 D) Mécanisme d'action…………………………………………………………………….....p 5 E) Expérience ………………………………………………………………………....……..p 7

II Circuit de la récompense et action des drogues….……p 11 A) Localisation et anatomie du système de récompense……………………………………p 11 B) Les types de drogues…………………………………………………………….………p 14 C) La communication entre neurones………………………………………….……...……p 16 D) Action des drogues sur le système de récompense : exemple de la cocaïne…….…...….p 18

III Addictions sans substance A) Drogue, addiction ou toxicomanie ?.................................................................................p22 B) Points communs entre les addictions sans substance………………………………...….p 23 C) Classification des addictions………………………………………………………..…..p 24 D) Addiction à l’adrénaline …………………………………………………………….......p 25 E) Le jeu pathologique…………………………………………………………………...…p 29

Conclusion Lexique Bibliographie Remerciements


Introduction

Véritable phénomène représentations.

de

société,

le

stress

a

plusieurs

Alors que certains le voient comme une agression de l'organisme et cherchent à l'éviter, d'autres au contraire en raffolent et vont jusqu'à le provoquer volontairement. Sports extrêmes, parcs à sensations fortes, films d'horreur..., il existe de nombreux moyens pour se faire peur ou entretenir un certain goût du risque. Une situation de stress engendre immédiatement une poussée d'adrénaline dont les effets ont pour but de préparer le corps à fuir ou à lutter (c'est le "fight or flight": bats-toi ou fuis). Cependant, le sentiment d'invulnérabilité que produit l'adrénaline peut sembler conduire à une véritable addiction.

Mais peut-on pour autant considérer l'adrénaline comme une drogue? Dans un premier temps, nous étudierons l'origine de la libération de l'adrénaline dans le corps et tenterons de comprendre comment elle agit. Puis, nous nous intéresserons au circuit de la récompense qui, lorsqu'il est déréglé par une drogue, génère une dépendance. Enfin, nous nous attacherons à comprendre ce qu'est l'addiction et à montrer s'il y a véritablement un lien entre l'adrénaline et les drogues telles qu'on les connaît.


I La libération d'adrénaline A) Une émotion Un bruit sourd, une odeur inquiétante, une ombre furtive ou une piqûre soudaine... C’est suite à une information sensorielle inattendue que la peur envahit le corps. Il s'agit d'une émotion forte et intense. Elle n’est rien de moins qu’une sonnette d’alarme qui déclenche, en réponse à une menace imminente, un comportement pour protéger notre sécurité et notre intégrité physique. La colère, quant à elle, se manifeste dans le cas d'une situation contrariante. Ces deux émotions sont étroitement liées au stress, car ce sont elles qui vont le provoquer. Nos émotions prennent forme au plus profond de notre cerveau sous les circonvolutions du cortex dans ce qu'on appelle le système limbique avant même que l'on ait conscience de ce qui se passe. Le système limbique est le nom donné à un groupe de structures du cerveau jouant un rôle très important dans le comportement et en particulier, dans diverses émotions dont la peur et la colère. Schéma du système limbique

Toutes les zones qui le constituent sont situées vers la base du cerveau, autour du thalamus. Ce sont le septum, le fornix, l'hippocampe, l'amygdale, le cortex insulaire et fronto-orbitaire postérieur. Certains y ajoutent l'hypothalamus. Tout commence par une alerte sensorielle telle qu'une odeur, un son, une image qui va stimuler cette partie du cerveau. L'information arrive d'abord au niveau du thalamus qui attribue un sens à l'alerte. Puis celle-ci est envoyée vers l’hippocampe qui fouille dans la mémoire à la recherche d’une situation similaire déjà vécue. Toutes ces informations confluent enfin dans l’amygdale (une par hémisphère). Elles font office de gendarmes: elles détectent les éléments nouveaux. Le cas échéant, l'hypothalamus, situé à l'extrémité du système limbique, va être à son tour stimulé. Il s'agit d'une zone qui contrôle le système nerveux autonome. L'hypothalamus va donc répercuter sur l'organisme les effets de l'émotion. Dans le cas de la peur, il va envoyer un message nerveux grâce aux neurones auxquels il est relié afin de provoquer l'état d'urgence, autrement dit le stress.

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B) Le système nerveux Le système nerveux est avec le système circulatoire le réseau le plus important du corps humain. Il est responsable de l’envoi, de la réception et du traitement des influx nerveux. Tous les muscles et les organes du corps dépendent de ces influx pour fonctionner. Deux systèmes travaillent de concert pour remplir cette mission : le système nerveux central et le système nerveux périphérique. Le système nerveux central est formé par l’encéphale et la moelle épinière. L’ensemble des informations sensitives y arrive (voie afférente) et l’ensemble des informations motrices (voie efférente) en part. Il a donc pour fonction la régulation et l’intégration de toutes les informations de l’organisme. Le système nerveux périphérique est, quant à lui, constitué des nerfs crâniens et des nerfs rachidiens (nerfs qui naissent de la moelle épinière). Il sert donc de ligne de communication entre le système nerveux central et l’organisme. Cette portion du système nerveux se divise elle-même en deux parties : le système nerveux somatique dit "conscient", et le système nerveux autonome (ou végétatif), également appelé "inconscient".

Schéma du système nerveux

Une situation de stress se traduit nerveusement par un déséquilibre dans l'activité des systèmes nerveux sympathique et parasympathique qui sont les deux composantes antagonistes du système nerveux autonome:

le système nerveux sympathique (ou orthosympathique) qui a pour rôle d'accélérer l'organisme, notamment en sécrétant de l'adrénaline. - le système nerveux parasympathique dont la fonction est de ralentir l'organisme, souvent après l'intervention du premier, et ce en provoquant des effets inverses censés freiner l'activité corporelle.

Le système nerveux est constitué de milliards de neurones reliés par des synapses et organisés en réseau à travers lequel les messages nerveux sont conduits. Ces derniers se propagent sous forme de potentiel d’action de nature électrique, le long des axones des neurones, et par voie chimique, au niveau des synapses. Ces messages sont ensuite intégrés au niveau des Une synapse (modélisation)

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centres nerveux, moelle épinière et encéphale, qui produisent une réponse adaptée.

C) La libération d'adrénaline et sa dégradation

Les glandes surrénales sont deux petites glandes qui coiffent le pôle supérieur des deux reins. Ce sont des glandes endocrines, ce qui signifie que les hormones qu’elles fabriquent sont directement versées dans le sang. Elles sont divisés en deux parties : la partie centrale est appelée médullo-surrénale et la partie périphérique est la corticosurrénale. La corticosurrénale libère trois types d'hormones dans la circulation sanguine: -Les glucocorticoïdes: dont l'hormone phare est la cortisone aux nombreux effets stimulants. -Les androgènes: ces hormones ont un pouvoir plus modeste que leurs homologues testiculaires, mais Schéma des reins humains contribuent cependant au développement de la pilosité (caractère sexuel secondaire). -Les minéralocorticoïdes: hormones régulant la circulation de l'eau et des sels minéraux. La médullosurrénale, quant à elle, est la principale source corporelle d'hormones du groupe des catécholamines. Elles sont constituées de cellules chromaffines. Les hormones sont stockées de façon importante dans les granules chromaffines, ce qui permet leur libération quasi-instantanée en cas de besoin. L’adrénaline reste la catécholamine la plus sécrétée puisqu’elle concerne 86% des hormones sécrétées, vient ensuite la noradrénaline avec 10% de sécrétion et enfin, la dopamine avec 4% des hormones sécrétées. Lors d'une quelconque agression, l'hypothalamus, comme on l'a vu, envoie un message nerveux. Ce message peut se propager dans le système nerveux grâce à un neurotransmetteur excitateur: l'acétylcholine. Elle joue un rôle très important dans les systèmes nerveux central et périphérique. Dans le système nerveux central, elle assure le transfert des signaux entre neurones. Dans le système nerveux périphérique, elle relaye l'influx nerveux jusqu'aux muscles. Pour transmettre l'information nerveuse, les synapses des premiers neurones vont libérer l'acétylcholine. Elles sont spécialisées donc ne peuvent utiliser que l'acétylcholine comme neurotransmetteur. Au niveau de la corticosurrénale, l'acétylcholine active la sécrétion du cortisol. Celui-ci, arrivée au contact des cellules chromaffines, active les glandes médullosurrénales qui fabriquent et libèrent les catécholamines nécessaires, qui sont stockées de façon importante dans les granules chromaffines : l’adrénaline et la noradrénaline, en plus ou moins grande quantité selon le type et l’intensité de « l’agression ». Il existe plusieurs groupes d'hormones appelés familles. L'adrénaline fait partie des catécholamines, composés organiques synthétisés à partir de la tyrosine. L'adrénaline est l'aboutissement d'une succession de réactions chimiques qui transforment la tyrosine en dopa, 3


dopamine, noradrénaline et adrénaline. Ces transformations s'effectuent par le biais d'enzymes, c'est à dire de catalyseurs biologiques qui vont accélérer la réaction. Ces transformations sont plutôt complexes, c'est pourquoi les indications au niveau des "ponts de passages" ne sont mises que pour information.

Synthèse des catécholamines

Il faut savoir que beaucoup de substances utilisées comme hormones dans l'organisme deviennent des neurotransmetteurs dans le système nerveux central. C'est le cas de l'adrénaline. Ainsi, elle est synthétisée dans les fibres nerveuses des neurones, ou axones du système nerveux central, puis sécrétée par ce dernier dans tout l'organisme. Elle agit sur le système nerveux sympathique. L'action de l'adrénaline comme neurotransmetteur est très rapide, mais également très brève. Les neurotransmetteurs diffèrent d'une autre catégorie de signaux chimiques, les hormones, secrétées par le système endocrinien. En effet, les hormones exercent leur action sur des cellules cibles éloignées de la cellule sécrétrice. Cette "action à distance" se fait par libération des hormones dans la circulation sanguine. Les neurotransmetteurs agissent à des distances beaucoup plus faibles, le plus souvent inférieures au micromètre (les neurotransmetteurs se lient aux récepteurs de la cellule postsynaptique immédiatement adjacente aux terminaisons présynaptiques). Dans certains cas, le neurotransmetteur diffuse localement et modifie les propriétés électriques de plusieurs cellules cibles situées à proximité des sites de sécrétion.

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Après utilisation, l'adrénaline doit être détruite ou bien rendu inactive. Il existe deux manières de dégrader l'adrénaline : une pour l'adrénaline libre (sous forme d'hormone) et une autre pour l'adrénaline sous forme de neurotransmetteur. Cette dégradation débute environ deux minutes après la fin de la libération de l'adrénaline. L'adrénaline libre est détruite par les enzymes catechol-O-methyltransférase (COMT) et monoamine oxydase (MAO). Ces deux groupes d'enzymes agissent sur les catécholamines et donc l'adrénaline, qui sont transformées en différents acides ensuite éliminés par les urines. Au cours de la neurotransmission, plusieurs systèmes participent simultanément à la régulation de la transmission synaptique. Ainsi il existe un processus de recapture du neurotransmetteur libéré dans la fente synaptique qui est localisé au niveau présynaptique. L'adrénaline sous forme de neurotransmetteur est, en effet, "recapturée" : les molécules d'adrénaline présentes dans les espaces synaptiques sont captées à l'aide de canaux ioniques, qui sont des ensembles de protéines se situant sur la membrane des cellules, ici des cellules nerveuses. Les molécules recapturées pourront ainsi être réutilisées.

D) Mécanisme d'action La réaction émotionnelle se poursuit, et les neurotransmetteurs et les hormones sont maintenant libérés dans l’ensemble de l’organisme. L'adrénaline se fixe sur des récepteurs membranaires appelés "récepteurs adrénergiques" qui sont couplés aux Protéines G, et deviennent donc ainsi la cible des catécholamines. Ils sont les derniers points de passage du parcours de l'adrénaline. Cette dernière est compatible avec ces récepteurs autant sous la forme d'hormone que sous la forme de neurotransmetteur. Les organes et les muscles étant tous reliés au système nerveux ainsi qu'au système circulatoire, l'adrénaline parcourant l'organisme va emprunter les ramifications de ces deux systèmes, connectées aux cellules, et ainsi venir se fixer aux récepteurs adrénergiques. Dans ce cas-ci, l'adrénaline est nommée "ligand", autrement dit une molécule se fixant sur un récepteur et entraînant une modification de l'activité de la cellule : c'est la réaction au stress. Les récepteurs ayant pour ligand l'adrénaline sont situés dans la membrane de la cellule. Il existe deux genres de récepteurs adrénergiques : Alpha et Bêta. Chacun possède plusieurs types de récepteurs répartis de différentes manières sur les organes et les muscles du corps. Leur stimulation par la réception d'adrénaline incitera la cellule à répondre par une réaction de stress, différente selon les récepteurs. Alpha-1 : leur stimulation entraîne une hausse de la pression artérielle due à une vasoconstriction (diminution de la taille des vaisseaux sanguins), une dilatation des pupilles (mydriase), ainsi qu'une forte hausse de la quantité de glucose (glycogénolyse) dans l'organisme. Alpha-2 : situés principalement dans l'encéphale, la stimulation de ces récepteurs provoque une diminution du tonus du système sympathique ainsi qu'une contraction des muscles (via les cellules musculaires). 5


Bêta-1 : ces récepteurs sont situés sur le cœur et les reins. Leur action entraîne une activation cardiaque (augmentation de la force et de la fréquence de contraction du cœur). Bêta-2 : leur stimulation provoque une vasodilatation (taille des vaisseaux sanguins plus importante), d'où une baisse de la tension artérielle (le sang ayant plus d'espace pour circuler), une hypoglycémie, la dilatation des bronches (bronchodilatation) ainsi qu'une relaxation des muscles de l'intestin, de la vessie et de l'utérus. Les récepteurs stimulés dépendent de la dose d'adrénaline dans le corps. En effet, si les récepteurs alpha sont plus nombreux, les récepteurs bêta ont une plus forte affinité avec l'adrénaline et celle-ci ira prioritairement se fixer sur eux. Ainsi, une faible dose favorisera la stimulation des récepteurs bêta et une forte dose stimulera les deux types de récepteurs. Il est à noter que les effets des récepteurs alpha sont prédominants sur les effets des récepteurs bêta. Cela explique le fait qu'il y ait par exemple une vasoconstriction sur les récepteurs alpha 1 qui s'oppose à une vasodilatation sur les récepteurs bêta 2. En fait, ces effets antagonistes permettent à l'organisme de retrouver son calme plus rapidement en cas de fausse alerte par exemple. On voit tout de même que tous les effets que procure l'adrénaline permettent à l'organisme d'augmenter sa vigilance: -la mydriase fait entrer une plus grande quantité de lumière dans l'oeil; cela compense une perte de luminosité de l'environnement et de se préparer à un effort physique important: -les effets combinés de la vasoconstriction et de l'augmentation de la fréquence cardiaque permettent aux muscles d'être alimentés plus rapidement en énergie et de façon plus importante -la bronchodilatation joue un rôle important dans l'apport du corps en dioxygène, molécule essentielle pour fournir aux cellules de l'énergie. -enfin, l'activation des récepteurs alpha-1 entraîne une augmentation du phénomène de glycogénolyse. L'activité du foie est accélérée. Il va ainsi produire plus du glucose, libéré ensuite dans le sang. Cela aura pour effet d'augmenter la glycémie (taux de sucre dans le sang), et donc de permettre au corps d'utiliser plus de ressources. L'adrénaline joue un rôle essentiel dans notre organisme en lui permettant de s'armer contre un danger. Les effets qu'elle provoque donnent au corps la possibilité de réagir plus efficacement à une situation, pour fuir ou pour lutter (c'est le "fight or flight": bats-toi ou fuis). Après l’action immédiate des neurotransmetteurs, les hormones vont commencer à agir afin de maintenir l’émotion. Les hormones sont distribuées à chaque organe par voies sanguines. Elles vont également agir sur un certain nombre d’organes déjà stimulés par les neurotransmetteurs. C’est une façon de 6


prolonger l’état d’alerte et de les inciter à varier leur réaction. Ainsi le foie, qui libérait déjà des sucres sous l’action des neurotransmetteurs, va également transformer des acides aminés en glucose, « nourriture » des muscles. Elles vont également inciter les muscles à libérer plus d’acides aminés, destiné au foie, créant ainsi une sorte de cercle sans fin dans la recherche de performance des muscles. L’action conjuguée des neurotransmetteurs et des hormones sur les organes constitue donc la réponse proprement dite de l’organisme.

E) Expérience Afin de vérifier les effets de l'adrénaline sur l'organisme, nous avons décidé de réaliser une expérience permettant de mettre en évidence deux d'entre eux: la vasoconstriction et l'augmentation du rythme cardiaque. Il s'agit des effets les plus faciles à observer; les autres étant techniquement impossibles à mesurer au lycée. Par exemple, la bronchodilatation aurait demandé l'utilisation d'un masque, gênant la vision, ce qui aurait été problématique pour notre expérience. PROTOCOLE EXPERIMENTLAL Objectifs :-mesurer la fréquence cardiaque et la tension artérielle pendant le visionnage d’un film d'horreur. -Matériel : logiciel jeulin cardio, tensiomètre, ordinateurs Sur un échantillon de 12 personnes (6 garçons, 6 filles), on mesure les effets de la peur et donc de la poussée d’adrénaline sur la fréquence cardiaque et la pression artérielle.

Etapes : 1. Dégraisser la peau au niveau des zones correspondantes au schéma, puis placer les électrodes. 2. Mesurer la pression artérielle a l’aide du tensiomètre. 3. Lancer la mesure de la fréquence cardiaque, puis lancer le film 10 secondes plus tard. 4. Immédiatement après la fin du film mesurer la pression artérielle. 5. Arrêt de la mesure de la fréquence cardiaque. 6. Imp écran courbe sur Word. 7. Ordre de passage : 1)-ALEX 2)-CLEMENT 3)-CLARA 4)-CAMILLE THIBAULT -ANTOINE - CHLOE PAUL

LOUIS –

PERRINE -

ANNE-LAURE LUCIA

Explication des valeurs trouvées: -la pression artérielle: elle est donnée par deux chiffres qui correspondent à deux pressions. Lorsque le cœur se contracte, il expulse et pousse le sang dans les vaisseaux. La pression du sang est alors maximale, on parle de pression systolique. Lorsque le cœur est au repos, entre deux contractions, la pression dans le sang redevient minimale, c'est la pression diastolique. Généralement, après cinq minutes de repos en position assise, elles ne dépassent pas 14 pour la pression systolique et 9 pour la pression diastolique. L’unité internationale de mesure de

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pression est le pascal (Pa). Toutefois, on la mesure plus généralement en centimètre de mercure notée cmHg. -la fréquence cardiaque: il s'agit du nombre de battement du cœur par minute. Au sens médical du terme, elle correspond au nombre de contractions des ventricules du myocarde (le muscle du cœur) généralement par minute. Au repos, chez l'adulte, il oscille entre 50 et 80 battements par minute. Compte-rendu de l’expérience Conscient du fait que l'étude au cas par cas de toutes les personnes aurait été fastidieuse, nous décidons d'en sélectionner quatre qui sont représentatives. Résultats obtenus :

Paul, 16 ans Tension début : 12/8 Tension fin : 13/8

Barbara, 15 ans Tension début : 12/5 Tension fin : 15/6

8


Antoine, 17 ans

Tension début : 12/7 Tension fin: 15/7

Gabrielle, 16 ans

Tension début : 14/8 Tension fin: 15/8

Observations Il est constaté pour toutes les personnes testées une forte et soudaine augmentation de la fréquence cardiaque, qui correspond au « moment qui fait sursauter » (à environ 0 :50 min). Au repos, la fréquence cardiaque est d’environ 80 pulsations par minute (Paul étant plus sportif, son rythme cardiaque est moins élevé que ses camarades) mais arrivé à « l’instant qui fait sursauter », la fréquence cardiaque augmente soudainement à près de 200 pulsations par minute. Soit une augmentation de 150%. Il en est de même pour la pression artérielle qui connait aussi une augmentation importante et subite. L’augmentation de la fréquence cardiaque et de la pression artérielle sont bien des manifestations de la libération de la molécule d’adrénaline dans le sang.

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Remarque : Ces observations sont valables qu’elles que soient le sexe et l’âge de la personne testée. En effet, nous avons choisi six garçons et six filles pour pourvoir comparer par la suite sur le paramètre du sexe. De plus, il y avait parmi l’échantillon testé une personne âgée d’un an de moins que le reste du groupe et une autre personne âgée d’un an de plus. Tous les résultats obtenus sont similaires et correspondent plus ou moins aux observations écrites précédemment. L’hypothèse de départ qui prévoyait une vasoconstriction et une augmentation de la fréquence cardiaque, pendant un moment de stress, est validée. Réserves L'expérience a en fait nécessité l'utilisation de deux vidéos. Lors du visionnage de la première vidéo choisie, les trois garçons choisis pour l’expérience se sont mis à rire dès les premiers instants, ce qui a faussé les mesures (étant donné que la fréquence cardiaque augmente aussi lorsqu’on rit). Cela était peut-être dû au fait que la vidéo durait trop longtemps (environ 10min). Peut-être aurait-il fallu choisir des personnes n’ayant pas beaucoup d’affinités afin que cellesci puissent rester concentrées sur le visionnage de la vidéo. Le fait que la salle n’ait pas été pourvue de volets ou de stores n’a pas permis non plus d’installer l’atmosphère « inquiétante » voulue. Le choix de changer pour une vidéo plus courte s’est avéré payant, en effet, cette dernière vidéo a surpris la totalité des personnes testées. Cependant, on peut déplorer des mesures pas tout à fait cohérentes avec la réalité. En effet, des courbes (comme celle de Barbara) frôlent par moment l’axe des abscisses, ce qui signifie que le cœur des personnes concernées ne bat plus. Ceci est évidemment une défaillance de la part du logiciel.

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II Le circuit de la récompense et action des drogues A) Localisation et anatomie du système de récompense

Au cours des années 50, les travaux d'Olds et Milner ont permis d'identifier un ensemble de structures cérébrales, regroupées sous le nom de "système de récompense" (également appelé système hédonique). Les deux chercheurs avaient imaginé une expérience dans laquelle un rat pouvait s'auto-stimuler grâce à un levier relié à des électrodes implantés dans plusieurs régions de son cerveau. Le résultat fut pour le moins révélateur de la puissance de ce système. En effet, une fois le truc découvert, le rat s'auto-stimule sans arrêt, ne prenant même plus le temps de manger. L'animal oublie très vite ses besoins fondamentaux et meurt quelques jours plus tard. Le système de récompense est un système fonctionnel fondamental des mammifères, situé dans l'encéphale. Ce système est indispensable à la survie, car il fournit la motivation nécessaire à la réalisation d'actions ou de comportements adaptés, permettant de préserver l'individu et l'espèce. Il est habituellement stimulé lors d’actions bénéfiques pour le fonctionnement de notre système. Par exemple lorsqu’on a très faim et que l’on mange, le cerveau est récompensé afin qu’il comprenne naturellement que cette action sera à répéter à l’avenir. Au cours de l’évolution un véritable circuit de la récompense s’est développé pour favoriser ces comportements reliés à nos besoins fondamentaux. Ce circuit s’est ensuite élargi pour nous inciter à répéter les expériences plaisantes apprises au cours de la vie. Le circuit de la récompense oriente donc tous nos comportements. Ce circuit est complexe et implique de nombreuses régions de l'encéphale. Avec des dispositifs d’auto-administration (comme chez les rats d'Olds et Milner) et des techniques expérimentales apparentées, les neurobiologistes ont cartographié les régions cérébrales impliquées dans les comportements d’addiction, et ont découvert le rôle essentiel du circuit de la récompense. Parmi les structures cérébrales regroupées sous le nom de "système de récompense", trois paraissent déterminantes : l’aire tegmentale ventrale (ATV), le noyau accumbens (ou striatum ventral) et le cortex préfrontal. Comme on peut le voir sur le schéma, ces régions sont reliées par ce que l’on appelle le faisceau de la récompense ou du plaisir qui fait partie du « medial forebrain bundle (MFB) »

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Aires cérébrales du circuit de la récompense

1. Le noyau accumbens Le noyau accumbens, aussi connu sous le terme latin nucleus accumbens septi (qui signifie noyau appuyé contre le septum), est un ensemble de neurones situés dans une zone que les scientifiques appellent la zone corticale prosencéphale (terme issu du Grec : pro : en avant et enképhalos : encéphale). Il joue un rôle important dans le système de récompense mais il est aussi impliqué dans le rire, le plaisir, la peur et même l'effet placebo. Son fonctionnement repose sur deux neurotransmetteurs principaux, la dopamine, qui est un amplificateur de désir et d'envie, et la sérotonine, qui produit les sentiments de satiété et d'inhibition. La sérotonine est donc un antagoniste de la dopamine puisqu'elle ralentie l'action de la dopamine.

2. L'aire tegmentale ventrale L'aire tegmentale ventrale (aire A10) est constituée par un groupe de neurones localisés dans le mésencéphale. C'est l'une des régions les plus primitives du cerveau. Elle est située au sommet du tronc cérébral. Ce sont les neurones de cette région qui synthétisent la dopamine que leurs axones dirigent ensuite dans le noyau accumbens. L'aire tegmentale ventrale est aussi sous l'influence des endorphines dont les récepteurs sont la cible des drogues opiacées (héroïne, morphine…). Juste à côté de l’aire tegmentale ventrale se trouve une autre région riche en dopamine: la substance noire.

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3. Le cortex préfrontal

Le cortex préfrontal est la partie antérieure du cortex du lobe frontal du cerveau. Cette région est le siège de différentes fonctions cognitives dites supérieures (notamment le langage, la mémoire de travail, le raisonnement, et plus généralement les fonctions exécutives). C'est aussi la région du goût et de l'odorat. C'est l'une des zones du cerveau qui a subi la plus forte expansion au cours de l'évolution. Le cortex préfrontal joue un rôle de planificateur et de motivateur de l'action qui est bien établi. Il est un relais significatif du circuit de la récompense et est également modulé par la dopamine. Outre ces trois structures cérébrales importantes, d'autres viennent s'ajouter: - Le locus coeruleus, centre d'alarme du cerveau qui est rempli de noradrénaline, est une autre structure cérébrale qui joue un rôle important. C'est elle qui pousse l'individu à reproduire les expériences agréables. Il entretient d'étroites relations avec l'amygdale. -Deux structures que l'on a vu plus haut et qui font partie du système limbique participent aussi activement au circuit du plaisir. D'abord l'amygdale, qui s'occupe de colorer affectivement les perceptions façon agréable ou désagréable. L'hippocampe, pilier de la mémoire, participe à l’enregistrement des souvenirs associés à une expérience agréable, notamment où, quand et avec qui elle s’est produite. Toutes ces différentes structures ne vivent pas en autarcie et communiquent grâce aux neurones. Voici, ci-contre, un schéma montrant les différents liaisons qu'il existe entre les structures cérébrales du système de récompense. Pour « communiquer », les neurones de ces structures utilisent des neuromédiateurs différents. Par exemple, l’aire tegmentale ventrale utilise la dopamine pour moduler l’activité du noyau accumbens, mais d’autres neurotransmetteurs comme la sérotonine, les endorphines et le GABA sont aussi utilisés dans d’autres parties du circuit de la récompense pour renforcer certains comportements. Tout commence par une évaluation de la satisfaction des besoins. Lorsque une expérience agréable (faim, soif, sexe, amitié) 13 Schéma des types de neurones impliqués dans le circuit de la récompense


est détecté par le cerveau, une information provenant de l'hypothalamus est envoyée vers l'aire tegmentale ventrale grâce aux neurones sérotoninergiques puis aux neurones enképhalinergiques (l'enképhaline est semblable à l'endorphine). Il faut savoir que d'autres types de neurones activent l'aire tegmentale ventrale comme ceux à GABA faisant la liaison avec la substance noire. Ensuite, lorsqu’un neurone de l’aire tegmentale ventrale est activé, il envoie un signal électrique le long de son axone jusqu’au noyau accumbens. C'est à la fin de ce circuit qu'un « message de récompense » est créé. On le ressent tous les jours après avoir mangé par exemple, lorsqu'un certain bien-être nous envahit. La notion de bien-être, voire de plaisir, n'est a priori pas simple à définir en neurobiologie. Des études récentes ont montré que le plaisir éprouvé dépend d'une molécule synthétisée par les neurones : la dopamine. Lorsque la quantité de dopamine augmente dans ces structures et en particulier dans le noyau accumbens, quelle qu'en soit la raison, nous ressentons du plaisir et considérons que tout va bien, même si par ailleurs notre corps souffre ou que nous sommes déprimés. Ainsi, tous les produits augmentant la quantité de ce neurotransmetteur au niveau des fentes synaptiques dans le cerveau (en particulier les drogues) peuvent déclencher une dépendance. Une molécule de dopamine : Formule brute : C8H11NO2

Formule topologique

B) Les types de drogue Définition : Donner une définition complète de "drogue" n'est pas une mince affaire, étant donnée la grande diversité des substances concernées et de leurs effets. Selon l'Académie Nationale de Médecine, il s'agit d'une « substance naturelle ou de synthèse dont les effets psychotropes suscitent des sensations apparentées au plaisir, incitant à un usage répétitif qui conduit à instaurer la permanence de cet effet et à prévenir les troubles psychiques, voire physiques, survenant à l'arrêt de cette consommation qui, de ce fait, s'est muée en besoin.[...] » Comme il est dit dans la définition, une drogue peut conduire à une dépendance Sud 'elle soit psychologique ou physique. Il nous semble bon, là aussi, de définir ces deux termes. -La dépendance psychologique est l’état de malaise et d’angoisse qui accompagne la privation d’un produit, qui déclenche généralement des comportements irrépressibles (recherche du produit, voire d’un dérivatif) pour mettre fin à cet état de malaise.

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-La dépendance physique, quant à elle, se traduit par un état de manque qui s’exprime en symptômes physiques (selon les produits : tremblements, sueurs, douleurs, convulsions), souvent accompagnés de certains signes comportementaux (irritabilité, anxiété, angoisse, dépression, agitation…).

Les drogues sont toutes des psychotropes : elles modifient l'état et le fonctionnement du cerveau en altérant les fonctions normales de différentes structures cérébrales On peut les classer en trois catégories en fonction des effets qu'elles produisent sur l'organisme : -Les stimulants : Ce sont des substances qui augmentent l’activité du système nerveux. Elles accroissent les facultés physiques et intellectuelles du sujet. De plus, ils accélèrent le rythme cardiaque et la fréquence respiratoire et augmentent la pression artérielle. Ils peuvent provoquer un sentiment d’euphorie et à forte dose ils peuvent également être à l’origine d’hallucinations. En outre, ils augmentent la confiance en soi, la vigilance et l'impression d'être performant. On remarque que ces effets sont comparables à ceux de l'adrénaline. Parmi les stimulants, on peut citer la cocaïne, les amphétamines et le crack qui est un dérivé de la cocaïne. -Les sédatifs Les drogues appartenant à cette catégorie ont pour effet principal de diminuer la douleur et l'anxiété : elles entraînent une forte sensation de bien-être. Il s'agit de substances qui ont une action dépressive sur le système nerveux central et qui entraînent un apaisement, une relaxation, une démarche chancelante, une somnolence, des troubles du jugement et une diminution des réflexes. À forte dose, la plupart des sédatifs peuvent entraîner l'inconscience et la mort. Dans cette catégorie, on citera notamment, les somnifères et les tranquillisants, l'alcool et les substances opiacées comme la morphine ou l'héroïne. -Les hallucinogènes Comme son nom l'indique, ces drogues provoquent des hallucinations : le cerveau "crée" des informations sensorielles (visuelles, auditives,...) qui n'ont rien à voir avec la réalité perçue. Certaines informations sensorielles nous informant sur la position de notre corps, les hallucinations provoquées peuvent parfois correspondre à des impressions de "flotter" en l'air, voire de sortir de son corps décrites par certaines personnes. Bien qu'elles altèrent les perceptions, la cohérence de la pensée et la régularité de l'humeur, ces types de drogue ne causent de confusion mentale persistante ou de troubles de la mémoire. Les exemples les plus connus sont le LSD, le PCP (phénylcyclidine, ou poudre d'ange), ou encore la mescaline, extraite des boutons séchés du peyotl (petit cactus qui pousse sur les hauts plateaux mexicains).

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Dans notre société, la notion de drogues est intimement liée au code pénal. De plus, le terme de drogue est souvent utilisé pour désigner les substances interdites mais en réalité toutes les drogues ne sont pas illicites même si toutes bénéficient d'un cadre légal. En France certaines substances, en accord avec les conventions internationales, sont illicites comme l’héroïne, la cocaïne, l'ecstasy... Cependant, le caractère illicite de certaines drogues varie d'une législation (et donc d'un pays) à l'autre. Le cannabis, par exemple, est illicite en France mais autorisé sous réglementation stricte à la vente et à la consommation aux PaysBas. D'autres produits peuvent être prescrits sous ordonnance par un médecin comme la morphine et ses dérivées. Les effets psychoactifs aident à soigner diverses pathologies telles que les troubles du sommeil, l'anxiété et la dépression notamment. Enfin, il existe en France deux substances autorisés, le tabac et l'alcool, qui sont une des principales causes de mortalité. L'alcool par exemple est mis en cause dans un accident mortel sur trois.Cependant ces produits sont licites et leur vente autant que leur consommation sont libres.

C) La communication entre neurones Toutes les drogues agissent sur le circuit de la récompense. Mais comment expliquer le mode d’action propre à chacune de ces drogues? Pour cela, il faut d'abord étudier les neurones, ces cellules excitables du système nerveux estimées à plus de 100 milliards. C'est en effet, sur ces cellules que les drogues agissent. Comme toutes les cellules du corps, les neurones comprennent plusieurs compartiments délimités par des membranes, notamment un noyau où se trouve l'information génétique portée par l'acide désoxyribonucléique (ADN). Les neurones se différencient, néanmoins, des autres cellules de l'organisme par l'existence de prolongements ou neurites, émanant du corps cellulaire, que l'on classe en deux catégories : les dendrites et l'axone. Les dendrites forment parfois un arbre extrêmement ramifié à partir d'un tronc dendritique unique. Ils sont chargés de collecter les informations reçues par les autres neurones en contact. A l'opposé de l'arbre dendritique part un fin prolongement, l'axone qui conduit des messages, sous la forme de signaux électriques, à destination d'autres cellules du corps. Ces signaux électriques que véhiculent les neurones sont dus à des modifications des concentrations ioniques, positives ou négatives, de part et d'autres de la membrane délimitant la cellule nerveuse. La propagation d'un signal électrique, porteur d'un message est en fait due à une inversion brève de la polarité de la cellule définie en amplitude dans le temps, appelée potentiel d'action (PA). Les Pa se propagent à partir du corps cellulaire le long de l'axone lorsque le Schéma d'un neurone

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neurone est localement recouvert de myéline, une gaine lipidique isolante constituée par des cellules gliales particulière. La propagation du signal électrique est d'autant plus rapide que l'axone a un gros diamètre et qu'il est myélinisé. C'est en fonction de la fréquence de décharge de la cellule (c'est-à dire le nombre de décharge par seconde) que le message se crée pour générer l'information comme dans le langage en morse finalement. A l'intérieur des neurones, l'information, comme on vient de le voir, se propage sous forme électrique. Par contre, pour pouvoir communiquer l'information aux autres cellules, le message se transforme en communication chimique au niveau de structures particulières : les synapses. Les premiers scientifiques à avoir mis en lumière ses zones de contact entre les neurones, sont des biologistes espagnol et italien, Cajal et Golgi, qui partagèrent le prix de médecine en 1906. Tout d'abord, il faut savoir que les neurones ne sont pas « collés » les uns aux autres mais sont séparés par des discontinuités mêmes si celles-ci sont souvent de tailles inférieures au micromètre. Cette particularité ne permet pas la propagation d'un signal électrique. On assiste alors à une traduction de l'information électrique en une information chimique compréhensive par le neurone récepteur. En fait, suivant la fréquence et le patron de décharge des potentiels d'action (PA) arrivant à la terminaison de l'axone, une quantité plus ou moins grande d'une molécule synthétisée par le neurone et stockée préalablement dans des compartiments appelés vésicules sera libérée dans l'espace entre les deux cellules. Les vésicules vont se lier à la membrane du neurone pour permettre cette libération de molécules dans la fente synaptique (on appelle ce phénomène l'exocytose). C'est cette molécule chimique, appelée neurotransmetteur (ou neuromédiateur) qui devient alors le messager portant l'information à délivrer à la cellule réceptrice. On en a vu plusieurs jusqu'à présent : la dopamine, la sérotonine, les enképhalines, le GABA, l’acétylcholine et bien sûr l'adrénaline. En tout, on en compte plus de cent dans l'organisme! Pour faire passer le message, le neurotransmetteur se fixe sur des récepteurs « spécifiques » présent sur la membrane de cette cellule ainsi que le ferait une clef dans une serrure. Une 17


cellule cible, portant les bons récepteurs sur sa membrane sera donc sensible au neurotransmetteur. De même, tous les neurones ne produisent pas les mêmes neurotransmetteurs. C'est pourquoi, on parle de neurones dopaminergiques, adrénergiques... A ce niveau, il ne s'agit plus d'un codage en fréquence comme cela l'était à l'intérieur du neurone mais un codage en concentration : c'est la quantité de neurotransmetteurs libérés dans la fente synaptique qui influence la réponse de la cellule réceptrice. La durée a aussi un rôle important pour donner du sens au signal. Le neurotransmetteur est donc rapidement éliminé de la fente synaptique, soit en étant dégradé par des protéines spécialisés dans cette fonction, soit en étant recapturé par les transporteurs du neurone qui recyclent la molécule en la faisant réintégrer les vésicules du bouton présynaptique. La fixation du neurotransmetteur sur le récepteur de la cellule postsynaptique entraîne l'ouverture de canaux ioniques dans la membrane plasmique. Soit ce canal est directement inclus dans le récepteur (on parle alors de récepteur de type ionotropique), soit ce canal est activé indirectement par le récepteur (récepteur de type métabotropique) Les récepteurs ionotropiques ont une structure en forme de canal sélectif qui s'ouvre lorsque le neurotransmetteur s'y fixe. Les récepteurs métabotropiques s'activent lorsque le neurotransmetteur les contacte et déclenchent une chaîne de réactions à l'intérieur de la cellule, aboutissant finalement à l'ouverture de canaux ioniques membranaires. Dans ces deux structures, l'ouverture des canaux ioniques permet le passage des ions à travers la membrane du neurone. Ce passage d'ions qui s'en suit, modifie l'équilibre électrique de la cellule. De plus, suivant le type d'ions passant à travers, la conséquence est soit une dépolarisation (entrée de charges positives dans la cellule), soit une hyperpolarisation (sortie de charges positives et entrée de charges négatives). Lors d'une dépolarisation le potentiel postsynaptique est dit excitateur alors que lors d'une hyperpolarisation on parle de potentiel postsynaptique inhibiteur. Il y a donc activation ou inhibition du neurone postsynaptique. Par exemple, la noradrénaline est un neurotransmetteur excitateur très courant dans le cerveau, tandis que la sérotonine est l'inhibiteur le plus répandu. Les excitateurs et les inhibiteurs travaillent de pair dans l'encéphale même s'ils ont des rôles antagonistes.

D) Action des drogues sur le système de récompense : exemple de la cocaïne Malgré leur diversité, les drogues partagent toutes une caractéristique commune : elles jouent sur le circuit de la récompense et stimulent la libération de dopamine. Les vertus gratifiantes des drogues ont été établies dès la fin des années 1960 en démontrant que les animaux s'administraient eux-mêmes du produit si on leur en donnait la possibilité. Ces expériences d'auto-administration, permettant d'observer la motivation de l'animal pour la drogue rejoignent en fait les expériences d'Olds et Milner (voir pages précédentes). Cet effet récompensant sur le cerveau sur le cerveau, que les drogues partagent artificiellement avec de nombreuses expériences comme un bon repas, une relation sexuelle, un film de qualité, etc..., laissent penser que les drogues agissaient sur l'organisme en modifiant de quelque manière que ce soit le fonctionnement normal du circuit de la récompense. Des études récentes ont finalement montré que les drogues altèrent le 18


fonctionnement des neurones du système de récompense en gênant la communication entre ces cellules nerveuses. Que ce soit de manière directe ou indirecte, ces substances dont abuse l'Homme finissent par dérégler les structures du cerveau ayant pour conséquence une libération de dopamine (étroitement liée au plaisir). Gaetano Di Chiara et Assunta Imperato, deux neurobiologistes à l’université de Cagliari, en Sardaigne, ont montré que tous les produits qui déclenchent de la dépendance chez l’homme, comme l’amphétamine et la cocaïne, mais aussi la morphine, l’héroïne, la nicotine et l’alcool, augmentent la libération de dopamine dans le noyau accumbens du cerveau. En 1988, ils imaginent une expérience où l'on injecte différentes drogues chez le rat, tout en contrôlant les variations des quantités de dopamine présentes dans différentes structures du cerveau de l'animal. Les résultats sont sans appel (voir graphique ci-dessous) puisqu'on observe pour chacune de ces drogues une augmentation des molécules de dopamine. Dans le cas des amphétamines, la quantité ira même jusqu'à être multiplié par 11 (1000% d'augmentation), une heure après l'injection. Cette avancée scientifique fut possible grâce à un système appelé « dialyse cérébral » qui mesure la quantité des neurotransmetteurs. Effet des drogues sur la libération de dopamine dans le noyau accumbens.

Graphiques montrant le pourcentage d'augmentation de la dopamine en fonction du temps après l'injection d'une drogue donnée chez le rat

DOPAC et HVA : produits de dégradation de la dopamine

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Exemple de la cocaïne : Toutes les drogues agissent différemment au niveau des fentes synaptiques des neurones du cerveau bien qu’elles aient la caractéristique commune d’augmenter l’action de la dopamine. Il était impossible pour nous de décrire le mécanisme de toutes ces drogues, c’est pourquoi nous avons décidé d’en choisir une en particulier: la cocaïne. Ce choix nous semblait pertinent car cette drogue à des effets comparables à ceux de l’adrénaline. En effet, la cocaïne augmente la quantité de noradrénaline au niveau des terminaisons nerveuses innervant les organes. La noradrénaline est un neuromédiateur qui stimule la vasoconstriction, autrement dit la baisse du diamètre des vaisseaux sanguins et augmente ainsi la pression artérielle. Parallèlement, l’action de la cocaïne sur les cellules musculaires responsables du rythme de contraction du cœur augmente la fréquence des contractions cardiaques. Le rythme cardiaque s’accélère. A l’origine, la cocaïne est une substance extraite des feuilles d'une plante qui pousse en Amérique du Sud : la coca. Dans ces régions, mâcher des feuilles de coca est une tradition, et dès le plus jeune âge, tous en font usage, principalement pour éviter la faim et éliminer la fatigue pendant les chasses ou les travaux des champs ou de la mine. Mais comment agit-elle sur le cerveau ? La cocaïne (symbolisée en rose sur le schéma ci-dessous) agit en empêchant la recapture de certains neurotransmetteurs comme la dopamine, la noradrénaline et la sérotonine. Pour cela, elle se fixe sur les transporteurs de ces molécules. Ces structures, placées au niveau des terminaisons axonales, sont chargées d’éliminer l’excès de neurotransmetteurs dans la fente synaptique. Lorsque la cocaïne est présente, elle bloque le système de recapture. Les neurotransmetteurs libérés par le neurone émetteur restent donc dans la fente synaptique et s’accumulent alors qu’ils auraient dû retourner dans les vésicules. Cette augmentation de leur concentration amplifie donc l’effet naturel de la dopamine créant un plaisir plus intense qui peut conduire à une dépendance par la suite. La sérotonine et la noradrénaline (à l’origine de la vasoconstriction et de l’augmentation du rythme cardiaque) sont également libérées en excès. Les effets de la cocaïne ne durent que quelques minutes. Peu après la prise, il s’opère une dégradation de la drogue pour libérer les transporteurs.

20 d'une synapse de Action de la cocaïne au niveau neurones dopaminergiques


Néanmoins, les personnes qui consomment de la cocaïne peuvent développer une accoutumance aux effets euphoriques de la cocaïne c’est-à-dire une tolérance visà-vis du produit : l’organisme s’adapte et il faut que le toxicomane prenne une plus grande quantité de cocaïne pour obtenir les mêmes effets. L’accoutumance est très commune à toutes les drogues. Tirée d’une étude d’imagerie cérébrale faite avec un PET scan, les images ci-contre illustrent bien ce phénomène. En effet, elles montrent que les noyaux accumbens de personnes alcooliques ou cocaïnomanes ont moins de zones rouges représentant de fortes quantités de récepteurs à la dopamine. En réalité, pour diminuer la stimulation chronique de ces neurones, le noyau accumbens va tout simplement diminuer le nombre de ses récepteurs à la dopamine: l’organisme s’adapte. Toutefois, ces adaptations progressives dans le circuit de la récompense sont responsables du développement de la dépendance. Cette dernière qui est le plus haut degré de la « spirale addictive » (juste après l’usage récréatif et l’abus) se Neurones dopaminergiques présents dans caractérise par une impossibilité chez le toxicomane de le noyau accumbens chez des personnes stopper sa consommation de drogues sous peine de droguées comparées à des personnes souffrances physiques et psychiques importantes. En témoins effet, l’absence du produit s’accompagne d’une part de symptômes physiques incommodants (douleurs avec les opiacés, tremblements majeurs avec l’alcool) appelés le sevrage et d’autres part d’un phénomène de craving, mot anglais signifiant « soif », qui traduit bien l'envie extrême de consommer et de ressentir les effets du produit. Avec des techniques d’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) ou de tomographie par émission de positons (TEP), qui mesurent les modifications du flux sanguin associées à l’activité neuronale, les neurobiologistes ont observé que le noyau accumbens de personnes dépendantes à la cocaïne s’activait dès qu’ils leur présentaient de la drogue. Lorsque ces drogués regardent un film présentant une personne qui se drogue, leur noyau accumbens, le complexe amygdalien et certaines régions corticales s’activent. Ces expériences montrent bien toute l’importance de la dépendance psychologique chez le cocaïnomane. A noter qu’il peut être très dangereux, voire mortel, d'arrêter brusquement la consommation de certains psychotropes consommés régulièrement.

Il est clair de voir que l'adrénaline n'agit pas comme une drogue. Tout d'abord, il s'agit d'une substance endogène c'est-à-dire produite par le corps. Or toutes les drogues décrites par les scientifiques sont exogènes. En outre, l'adrénaline n'a pas la particularité d'agir au niveau des neurones du cerveau pour augmenter de quelque manière que ce soit la quantité de dopamine pour mener progressivement à la dépendance. Mais alors d'où vient cette addiction si commune aux adeptes des sports extrêmes? La réponse est peut-être dans l'étude des addictions sans substances.

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III Addictions sans substance A) Drogue, addiction ou toxicomanie ? Les termes d'addiction et de drogue tendent à se banaliser dans le langage courant : ainsi nous pouvons entendre parler autour de nous de personnes « addictes » au travail ou encore de parents se plaignant que leurs ados sont « drogués » aux jeux vidéo. Mais peut-on parler d'addiction et de drogue pour autant ? Les notions d'addiction, de dépendance et de toxicomanie sont souvent confondues, ainsi il nous a semblé judicieux de chercher à définir chacun de ces termes. - Le terme d'addiction est d'étymologie latine : « ad-dicere », qui signifie « dire à ».Dans la Rome antique, les esclaves n'avaient pas de noms de famille et étaient « dits à » à leur Pater Familias, c'est-à-dire le patriarche de la famille. Etymologiquement, l'addiction exprime donc une absence d'indépendance et de liberté, un esclavage. Au Moyen-âge, une personne qui ne pouvait pas rembourser son créancier était temporairement « ad dictée », c'est-à-dire qu'elle devait s'acquitter par le travail. Venons en maintenant à une définition actuelle plus scientifique. En 1990, l'Américain Aviel Goodman donne une définition de l'addiction qui fait désormais consensus au sein de la communauté scientifique. L'addiction est ainsi : « une notion générale qui englobe celle de la dépendance, mais s'inscrit dans le triptyque ( Bio-Socio-Psycho ). Tout d'abord biologique, car l'addiction peut être liée au pouvoir de dépendance d'un produit, ainsi l'héroïne possède un potentiel addictif bien plus Ensuite sociologique, parce que le contexte dans lequel se trouve la personne addicte peut contribuer à ses mauvaises motivations. Les aspects psychologiques sont propres à chacun et peuvent relever des traits de caractère conduisant à amorcer et à entretenir son addiction. » Claude Olivenstein, qui fut l'un des grands spécialistes français de la toxicomanie, indique aussi qu'une addiction nait de la rencontre entre trois éléments : « Un produit, une personnalité et un moment socio-culturel. ». Le moment socio-culturel est donc celui du milieu qui favorise ou non la consommation, la personnalité est ou plus ou moins prédisposée, enfin le produit lui-même est plus ou moins addictif. L'idée d'un « triangle addictif » souligne ainsi que le phénomène est multifactoriel et suit surtout une dynamique changeante faite de phases d'arrêt, de rechutes, de consommation plus intensive, et de sevrage. Ce processus dynamique montre qu'il existe de multiples voies d'entrée dans l'addiction.

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- La dépendance quant à elle est « un des facteurs servant à évaluer la dangerosité des produits psychoactifs. Elle s'estime par l'énergie dépensée pour parvenir à l'abstinence et par les efforts déployés pour se procurer le produit. Elle varie selon deux facteurs importants : les propriétés du produit (propriétés pharmacologiques de sensibilisation et d'accoutumance, mode de consommation, concentration, etc.) et la prédisposition de l'usager (personnalité, antécédent d'usage, trajectoire personnelle, etc.) » De ce fait, L'addiction désigne donc la dépendance d'une personne à une substance ou une activité dont il a contracté l'habitude par un usage plus ou moins répété. - La toxicomanie désigne l'usage habituel et excessif, préjudiciable, de substances toxiques ce qui engendre un état de dépendance psychique et/ou physique. La valeur de toxicité est variable mais les scientifiques ne font pas de différence entre drogues dites dures et celles désignées comme douce. Citons par exemple peu toxique (caféine), toxiques (nicotine) ou des drogues dures (héroïne), mais le phénomène de dépendance peut être similaire. Voici un schéma («artisanale ») regroupant toutes les notions vues précédemment :

B) Points communs entre les addictions sans substance

Une addiction sans substance ou addiction sans produit regroupe toutes les addictions sans prise de drogue ou substances psychoactives*, elles sont aussi appelées « addictions 23


comportementales ». Parmi les addictions comportementales, on peut citer par exemple l'achat compulsif, le jeu pathologique, ou encore l'ergomanie (l’addiction au travail). Quelle que soit l'addiction sans substance étudiée, les notions de perte de contrôle sur le comportement, la place grandissante d'une conduite addictive dans la vie de l'individu au détriment du reste, sa persistance même en cas de retombées négatives, et la période de sevrage observée en cas d'arrêt restent cependant valables quelle que soit l'action. Ces comportements pathologiques peuvent se rapprocher des phénomènes de dépendance aux drogues car, de la même façon, ils provoquent une sensation de plaisir chez la personne considérée, du moins au début de la « spirale addictive* » ( cf chapitre II). A l'origine, répéter telle ou telle action lui permet de se sentir bien, ou a minima de lui faire oublier les préoccupations qu'elle rencontre dans sa vie personnelle ou professionnelle. Le circuit de la récompense, activé artificiellement par les drogues, l'est aussi par tous les autres processus récompensant, autrement dit toutes les expériences agréables possibles. Les addictions sans substances seraient donc des conséquences de la dérégulation du circuit de la récompense non pas par apport régulier d'une substance exogène, mais bien par réitération d'un comportement ayant des effets notoires sur ce circuit. Le plaisir éprouvé initialement participerait à la mise en place de la compulsion, c'est à dire la répétition incontrôlée du comportement.

C) Classification des addictions

Aussi, une classification des addictions reste-t-elle difficile à établir, face à cet enchevêtrement des comportements et des conduites. Comme nous l'avons vu précédemment, tout comportement procurant du plaisir est susceptible de provoquer une addiction. Il est alors judicieux de s'orienter vers les différents sources « hédoniques *» possibles. Sept sources hédoniques peuvent être envisagées : 1- Les stimulations psychoparmacologiques qui admettent une utilisation de substances psychoactives (les différentes drogues et les produits psychotropes) 2- Les stimulations psychiques endogènes qui admettent l’utilisation de contenus mentaux (rêveries, fantasmes et en particulier les fantasmes érotiques, réflexions intellectuelles...) 3- Les stimulations psychiques exogènes qui admettent l'utilisation de sources d'informations (télévision, cinéma, lectures, ordinateur, Internet, jeux vidéo,...) 4- Les simulations somatiques* qui admettent l'utilisation de sensations rattachées au corps propre, dans le cadre du comportement alimentaire ou sexuel 5- Les stimulations motrices qui admettent l’utilisation de sensations rattachées au corps propre dans le cadre des activités motrices (activités sportives, danse, motricité fine du pianiste, du joueur dans le jeu vidéo...)

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6- Stimulations sociales avec l'expérience de sensations ou de vécus hédoniques rattachés aux relations avec autrui (vie de couple, vie familiale, activités de groupe, vie dans une secte...) et enfin 7- Ce que l'on va appeler des « stimulations contextuelles » qui admettent l’utilisation d’effets hédoniques produits par des contextes particuliers, extraordinaires (festivités, commémorations, recherches de sensations fortes, contextes transgressifs, soit délinquants, soit criminels, comme dans les activités de vol, d’agression, de viol, les actes de torture, de barbarie...).

D) Addiction à l'adrénaline Venons en maintenant au cas de l'addiction à l'adrénaline « Il y a seulement trois sports : la tauromachie, la course automobile et l'alpinisme ; tous les autres ne sont rien que des jeux d'enfants » Il semblerait que cette phrase attribuée au romancier américain Ernest Hemingway et datant des années 1950, soit à l'origine de la notion de « sport extrême ». Si la phrase de Hemingway peut faire débat de nos jours, elle a au moins le mérite de reconnaître explicitement le risque d'être tué en pratiquant certains sports, et donc la nécessité de les classer à part des autres. C'est peut-être alors cette promiscuité de la mort durant l'activité que recherchent les addicts aux sensations fortes ? Pour le vérifier nous allons nous intéresser aux études et recherches scientifiques qui ont été réalisées sur le sujet.

Officiellement, l'addiction à l'adrénaline n'est pas incluse dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders : DSM). Néanmoins, cela ne signifie pas pour autant que l'addiction à l'adrénaline n'est pas un intense sujet à débat ou qu'elle ne sera pas incluse dans le DSM dans le futur.

Il a été observé que les personnes « addictes à l'adrénaline » : -Des difficultés à se relaxer ou dormir - Le sujet s'ennuie facilement - Il peut travailler de longues heures sans que cela le dérange - Le sujet est très enclin à faire de nouvelles connaissances mais rencontre plus de difficultés à conserver ses relations. 25


- Il est mal à l'aise devant trop d'intimité, de proximité (« uncomfortable with too much closeness and intimacy » (« Symptoms include:     

have trouble relaxing or sleeping getting easily bored work long hours and still never get done good at starting relationships, but have trouble sustaining them uncomfortable with too much closeness and intimacy.

These individuals have developed the belief that they will be highly successful when they are speeding along in life. However, when this becomes a pattern of behavior, it can cause health and performance issues to surface. Unlike other addicts whose behaviors are socially frowned-upon, adrenaline addicts are often praised for their frantic activity, even promoted for it during their careers. (which helps it to be such a pervasive disorder, adrenaline addiction can be very difficult to conquer) » A noter également que contrairement aux autres addictions comportementales qui sont souvent désapprouvées socialement, les « addicts à l'adrénaline » sont souvent encouragées dans leur pratique, voyant leur activité promue par certains évènements sportifs tels que les « X-Games » par exemple. La question de savoir si l'adrénaline est directement en cause dans l'addiction est difficile à trancher étant donné que la molécule d'endorphine est également libérée durant la réponse au fight or flight. De plus, aucune recherche réalisée spécifiquement sur l'addiction à l'adrénaline n'a été faite. Néanmoins, certaines données et constats ont pu être réunis concernant cette addiction aux sports extrêmes.

Sportifs de l'extrême : des «junkies à l'adrénaline» ? Dans le cas de la «dépendance au risque», ceci signifierait que l'individu ferait, dans un premier temps, l'expérience que la réaction de stress liée au risque pourrait servir à «effacer» des émotions désagréables. Par la suite, cette expérience se répéterait, se consoliderait et deviendrait un apprentissage selon les principes du conditionnement classique*. Finalement, cette gestion de l'émotion déplaisante s'automatiserait à tel point qu'elle «s'imposerait» à la personne et qu'elle deviendrait prioritaire devant d'autres activités au service de l'intégrité personnelle et qu'elle entraînerait des conséquences négatives. Plusieurs auteurs ont décrit cette apparence d'acharnement chez de nombreux alpinistes qui persistent dans leur activité et qui augmentent souvent les difficultés même si des complications plus au moins graves surviennent comme par exemple des blessures, des difficultés relationnelles ou professionnelles, ou encore la perte d'un partenaire dans l'activité en question (critère de la perte de contrôle, du désinvestissement et des effets négatifs). De plus, de nombreux sportifs extrêmes expriment un sentiment de «vide intérieur» dès qu'ils ont atteint un objectif ou quand ils se voient contraints à se reposer. Ce «vide intérieur» est difficilement supportable et accule les sportifs à reprendre rapidement leur activité et à chercher un nouveau défi, encore plus exigeant, encore plus téméraire (critère de tolérance). Cet état de souffrance psychique comporte une similitude avec l'état de manque observé dans le syndrome de sevrage (psychique plutôt que physique) au cours de la consommation régulière de certaines substances psychoactives.

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Des comportements addictifs ont été plus particulièrement décrits dans certaines catégories de sportifs, surtout chez des athlètes pratiquant l'haltérophilie ou la course à pied. C'est avant tout dans les sports d'endurance que des liens entre les traits addictifs souvent observés et une sécrétion endogène de molécules apparentées aux opiacés (les endorphines) ont pu être établis. Une dépendance «sans substance» se développerait selon des mécanismes similaires à ceux imputés aux dépendances aux drogues, avec une dérégulation a neurotransmission dopaminergique dans le noyau accumbens (le centre de récompense étant lié du système limbique). Jusqu'à ce jour aucune étude ne s'est penchée sur le fait de savoir si «le junkie à l'adrénaline» existait réellement, que ce soit sous la forme d'un toxicomane s'administrant des dérivés de catécholamines ou d'un athlète pratiquant des sports à risque qui se procurerait «sa substance» en cherchant des défis dans les airs, sur terre ou sur ou sous les eaux.

Recherches en addictologie

En matière de recherche, il faut relever la quasi-absence de moyens alloués à l'étude des mécanismes des conduites addictives non liées directement à l'usage de substances psychoactives. Ceci malgré une prise de conscience émergente des coûts réels directs et indirects dus aux conduites apparentées aux comportements à risque. A ce jour, la seule addiction sans substance qui a fait l'objet d'études approfondies reste le jeu pathologique. Il est intéressant de noter que les travaux relatifs aux addictions aux jeux d'argent réactualisent non seulement les questions liées à la dopamine, mais également les hypothèses sérotoninergiques et adrénergiques. Ainsi, l'étude des comportements de prise de risque constitue un champ d'investigation de choix pour la neuro-imagerie, qui poussera vraisemblablement utilement la compréhension d'ensemble du concept d'addiction. Malgré tout, une des rares études ( menée par l'université de Wollogong en Australie ) à s'être penchée sur l'addiction aux sensations fortes, suggère qu'affirmer qu'il y a un réel lien entre l'adrénaline et pratiques de sports extrêmes serait vraiment hasardeux (« a recent study suggests that the link to adrenaline and extreme sports is tentative »). Ainsi, ces recherches insinuent plutôt que la « poussée d'adrénaline » liée à l'activité de sports extrêmes ne serait pas due à une libération d'adrénaline comme une réponse à une situation de stress mais à une augmentation du niveau de dopamine, d'endorphine, de sérotonine à cause de l'effort physique soutenue.

Prise de risque et évolution La recherche de sensations et de nouveauté, le besoin d'explorer le monde, l'attirance de voir ce qui est au-delà de l'horizon sont des traits de base propres à la nature humaine. La tendance à s'exposer à des risques représente peut-être même un des objectifs principaux des mécanismes subtils qui se sont mis en place dans le psychisme humain au cours de l'évolution, elle ne représenterait donc pas simplement un effet nuisible qu'il s'agirait de 27


bannir du fonctionnement en raison d'un prix parfois très élevé à payer. Au regard de l'évolution dans le monde animal, la tendance à prendre des risques est peut-être une qualité bien plus importante que l'évitement du danger. Ceci peut sembler évident si l'on pense par exemple à la nécessité de se confronter au sexe opposé pour procréer, ou encore si l'on pense simplement aux avantages que confère, dans la compétition entre les espèces, le fait qu'une population modifie progressivement sa manière de vivre ou quitte son lieu de vie habituel. Peut-être pourrait-on même avancer que, sans une tendance de l'individu à s'exposer au risque, l'évolution n'aurait pas avancé au-delà du stade unicellulaire ou alors aurait été restreinte à l'univers des plantes, et ainsi le développement du monde animal n'aurait été possible qu'à partir de l'«invention» de la tendance à s'exposer au risque. Puisqu'une prise de risque trop élevée ou insuffisante amène à l'extinction de la population, un équilibre entre l'évitement et l'exposition au danger semble donc indispensable pour la survie de l'ensemble de l'espèce. Comme a pu l'écrire le Professeur Marvin Zuckermann : «La valeur biologique d'un Christophe Colomb pour l'espèce est incommensurable. Mais pour chaque Christophe Colomb il est indispensable qu'un certain nombre d'individus plus prudents restent à la maison, s'occupent des livres, dressent des cartes des étoiles, établissent des lois et plantent le blé.»

Pour la suite, nous avons choisi de nous intéresser au jeu pathologique, premièrement parce que c'est la seule addiction sans substance qui a vraiment bénéficié de recherches approfondies, et deuxièmement parce que le jeu pathologique induit tout comme l'activité à sensations fortes la libération de l'adrénaline.

« Ne devrais-tu pas d'abord attacher cette corde autour de tes chevilles ? »

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E) Le jeu pathologique

Quel rapport y a-t-il entre le jeu pathologique et l'adrénaline ? Les jeux d'argent de quelques natures qu'ils soient procurent un certain stress : le stress de perdre ou même le stress de gagner. On a vu plus haut que le stress engendre une poussée d'adrénaline rendant l'organisme plus apte à faire face à la situation. Les joueurs pathologiques recherchent-ils cette montée d'adrénaline ou le plaisir global du jeu ? La question est difficile à trancher.

Les jeux d’argent peuvent provoquer une excitation voire un plaisir évident chez le joueur occasionnel. On peut constater chez ce dernier des modifications physiologiques comme une augmentation du rythme cardiaque, liés l’afflux d’adrénaline sanguine.

En étudiant les zones cérébrales de personnes jouant à des jeux à enjeux financiers les chercheurs de l’hôpital de la « Pitié Salpêtrière », ont montré récemment une activation spécifique du striatum et de l’amygdale notamment. On peut remarquer que ces deux structures sont des constituants principaux du circuit de la récompense et sont aussi activées lors de la prise de drogue.

E).1 Présentation du jeu pathologique Définition du jeu pathologique (aussi appelé jeu compulsif, jeu excessif ou encore ludomanie) Le joueur pathologique, appelé aussi joueur compulsif, est une personne qui a perdu le contrôle de sa relation au jeu, pour qui le jeu n'est plus un plaisir, mais un besoin qui mobilise toute son énergie et lui cause une souffrance telle qu'il souhaite arrêter, mais n'y arrive pas sans aide. C'est la phase extrême d'un parcours généralement assez long, pendant lequel ce joueur aura nié tous les signaux d'alarme. Au fil du temps, sa situation s'est dégradée de plus en plus, notamment sur le plan social, familial, professionnel et bien sûr financier. 29


« Pour gagner, puis pour étonner, enfin pour espérer. Il n'a pas misé seulement de l'argent mais sa vie elle-même.» Dostoïevski

Le problème du jeu pathologique est de plus en plus présent de nos jours du a l'arrivée des jeux d'argent multiples sur internet qui facilitent ainsi leur accès, leur rapidités et le montant du gain. Le jeu sur internet est devenu une source de plaisir beaucoup plus accessible et donc plus attirante, elle serait presque équivalente à une drogue avec substance. De nombreuses personnes qui ont un problème avec le jeu compulsif, jouent dans le but de fuir des émotions douloureuses. Par exemple, les joueurs dépressifs peuvent ressentir un regain d'énergie ou une libération d'endorphine en jouant. Le jeu demande également de l'attention, ce qui a pour effet de distraire l'individu de ses problèmes. De plus, les activités à hauts risques comme le jeu, de par les sentiments d'excitation qu'elles procurent, combattent le sentiment de vide et de mort.

Dépenses des ménages français dans les jeux d'argent et de hasard (JAH) Année

Dépenses des ménages Dépenses moyenne par pour les jeux d’argent et ménage de hasard (en milliards d’euros)

% du budget des ménages

1970

0,37

-

0.54 %

1980

1.44

-

0.59 %

1990

3.33

-

0.57 %

2000

6.23

-

0.84 %

2003

7.74

130

0.94 %

2004

8.30

134

-

Source : Insee [On peut constater par ce tableau que la somme que dépensent les ménages français ne cessent d'augmenter, ainsi que la part des dépenses en jeu d'argent et de hasard dans le budget des ménages. Cela est notamment du à la prolifération des casinos et de l'émergence des sites de jeux en ligne]

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Les résultats indiquent, à l'instar de ceux des études portant sur les stimuli tactiles, gustatifs et les drogues euphorisantes, un réseau commun de circuits neurologiques qui sont activés avec l'attribution de certaines récompenses. Il est évident d'en conclure que plus l'exposition au jeu est longue et fréquente, plus le risque d'une dépendance physiologique est élevée. Différents neurotransmetteurs tels que l'endorphine et la dopamine semblent jouer dans cette dépendance un rôle tout aussi important que pour la dépendance aux drogues neurostimulantes telle que la cocaïne.

E).2 Études de l'Université d'Harvard En effet, une étude réalisée par la Harvard Medical School vient étayer la similitude entre le jeu pathologique et les autres dépendances aux drogues. Ainsi, les réponses neurologiques des personnes à qui il a été demandé de jouer à un jeu d'argent ont pu être visualisées par Imagerie par Résonance Magnétique. L'expérience comprend une phase d'anticipation (« prospect phase ») au cours de laquelle trois différents montants d'argent sont présentés aux sujets, puis une phase de résultat lors de laquelle le montant est octroyé. Les données hémodynamiques* indiquent que les réponses neurologiques sont plus importants suivant les deux moments attendus (durant les phases d'anticipation et de résultat) et sont surtout localisées dans l'aire tegmentale ventrale et le noyau accumbens, ces mêmes zones et régions du cerveau qui sont impliquées dans la consommation de cocaïne. Ainsi, les recherches faites par le « Motivation and Emotion Neuroscience Centre » du Massachussetts General Hospital ont permis de conclure que la récompense monétaire dans une situation de jeu d'argent entraine une activation cérébrale très similaire à celle que l'on peut observer chez une personne cocaïnomane recevant sa dose de cocaïne. (« Monetary reward in a gambling-like experiment produces brain activation very similar to that observed in a cocaine addict receiving an infusion of cocaine »). Contexte de l'expérience Des recherches avaient déjà commencé à examiner les bases neurophysiologiques du jeu pathologique. Toutefois, le lien entre le trouble comportementale et une quelconque une modification de l'activité cérébrale dans un véritable contexte de jeu d'argent n'avait pas encore été rapportée. Déroulement 20 joueurs pathologiques et 21 joueurs occasionnels sont invités à jouer à une version informatisée du jeu de cartes BlackJack. Toutes ces personnes sont reliées à des électroencéphalogrammes (EEG) qui mesurent l'activité électrique du cerveau à l'aide d'électrodes placées sur le cuir chevelu. On demande alors aux joueurs de choisir s’ils veulent tirer une ou plusieurs cartes supplémentaires afin d'arriver plus près de 21 points que l'adversaire (simulé par ordinateur) ou ne pas prendre de carte supplémentaire afin d'éviter de dépasser 21 points et de perdre leur mise.

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Résultats Arrivé au score critique de 16 points (qui est le score médian entre le minimum 11 et le maximum 21), il est constaté que les joueurs pathologiques choisissent la plupart du temps de tirer une carte supplémentaire même si ils sont perdus de l'argent à la manche précédente. Les joueurs occasionnels quant à eux, décident le plus souvent de « s'arrêter ». Les EEG montrent alors que le potentiel évoqué* cérébral dans le circuit de récompense des joueurs pathologiques, en cas de succès, a une amplitude bien supérieure à celle d'un jouer occasionnel qui aurait gagné en « s'arrêtant » à 16 points. Conclusions de l'expérience Il y a donc la preuve expérimentale d'une corrélation* entre le comportement avec une grande prise de risques des joueurs pathologiques et un grand potentiel évoqué. Ces résultats suggèrent que la grande prise de risques chez les joueurs pathologiques est associée à une augmentation de la réponse neuronale du circuit de la récompense qui est d'autant plus importante si les gains sont peu fréquents. Le fait de jouer aux jeux permet la synthétisation de certain neurotransmetteurs tels que la dopamine ou encore l'endorphine agissant chacun d'une façon différente. La dopamine nous intéresse d'avantage car elle est le précurseur de l'adrénaline et de la noradrénaline. Il a était montré que toutes les substances psychoactives qui déclenchent une pharmacodépendance chez l'homme, telles que l'amphétamine, la cocaïne, la morphine ou encore l'alcool, ont en commun la propriété de déclencher la libération d'une substance, la dopamine, dans une zone du cerveau de rongeur, le noyau accumbens. Il a également été montré que cette molécule agissait directement sur le circuit de récompense car elle crée la sensation de plaisir. Dès lors, la dopamine et les cellules dopaminergiques qui stimulent le circuit de récompense se sont trouvées au centre de toutes les explications neurophysiologiques des processus de plaisir (cf. chapitre II), la dopamine étant souvent qualifiée de molécule du plaisir. Ces différentes études semblent bien montrer que la dopamine est au cœur du processus addictif. Partant de ce constat, le syllogisme suivant est-il correct ? « La dopamine est responsable des processus addictifs. » « Le jeu pathologique est analogue à un processus addictif. » « Donc la dopamine est responsable de l'addiction au jeu. »

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E).3 Origines du jeu pathologique

De récentes études concernant le traitement de la maladie de Parkinson semble contredire cette dernière phrase.

La maladie de Parkinson est un trouble neurologique qui regroupe trois symptômes : une akinésie (une difficulté dans l'initiation des mouvements), une hypertonie plastique (une résistance continue à l'étirement d'un membre) et un tremblement au repos. Or les neurones dopaminergiques dégénèrent chez le malade. Cette dégénérescence peut être traitée notamment par un précurseur* de la dopamine, la L-DOPA, ou par des substances stimulant directement les récepteurs de la dopamine, les agonistes dopaminergiques ; l'un et l'autre rétablissant, au moins partiellement, la transmission des signaux assurée par les neurones dopaminergiques. Or, en 2000, une équipe de chercheurs de l'Université de Stellenbosh, en Afrique du Sud, remarque que 20% des patients des patients traités par des agonistes dopaminergiques voyaient leur impulsivité* augmenter avec le traitement ; et parmi ceux dont l'impulsivité avait augmenté, 45% sont devenus des joueurs excessifs, 40 % des acheteurs compulsifs et 15 % des hypersexuels*. Cette étude semble donc montrer que le jeu pathologique n'est qu'une des expressions comportementales possibles d'une impulsivité mal contrôlée due à une transmission dopaminergique artificiellement stimulée de manière exacerbée par un agoniste dopaminergique. Mais si le jeu excessif peut être associé à une impulsivité incontrôlée, est-il vraiment attribuable à la dopamine ? Il est intéressant d'ajouter que la L-DOPA, qui est à la fois le précurseur de la dopamine et de la noradrénaline, n'induit que très peu, voire aucun comportement de jeu excessif chez les parkinsoniens. Mais alors comment expliquer la différence des effets entre la L-DOPA et un agoniste dopaminergique ? Il semble que ce soit plutôt un déséquilibre entre l'activation des différents récepteurs dopaminergiques qui soit en cause. Ainsi, en 2007, des chercheurs de l'Université d'Arizona, à Tucson, montrent que dans les aires cérébrales qui reçoivent le plus de dopamine, deux populations de neurones ont des effets opposés : des neurones dits « Go » portent des récepteurs D1 de la dopamine alors qu'une autre population de neurones dits « No-Go » portent des récepteurs D2 de la dopamine. -Quand la dopamine se fixe sur les récepteurs D1, c'est le circuit de neurones Go qui est activé. -Quand elle se fixe sur les récepteurs D2, c'est le circuit No-Go qui est activé.

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Or, le circuit Go intervient lorsqu'il s'agit de rechercher et de mémoriser les actions qui stimulent le circuit de la récompense, autrement dit, des actions procurant du plaisir. Au contraire, le circuit de neurones No-Go joue un rôle important dans l'apprentissage des actions ne procurant pas de plaisir, il convient donc d'apprendre à les éviter. Dans le cas du jeu pathologique chez les parkinsoniens traités par agonistes dopaminergiques, ce sont les récepteurs D2 qui sont en permanence stimulés par le produit, de sorte qu'ils finiraient par être désensibilisés et deviendraient par conséquent, moins efficaces. Puisque ces récepteurs deviennent inefficaces, le circuit No-Go serait inhibé* et donc les sujets n'apprendraient pas à éviter les actions qui ne procurent pas de plaisir, ni les conséquences négatives de leurs choix. Cette incapacité à résister à l'attrait du jeu n’apparaît pas lors d'un traitement avec la L-DOPA parce qu'elle stimule à la fois les récepteurs dopaminergiques D1 et D2. Ainsi, ce ne serait pas l'aspect récompensant qui serait primordial dans le cas du jeu pathologique mais plutôt une stimulation excessive de certains récepteurs de la dopamine entraînant une perte du contrôle de l'impulsivité. Ces résultats indiquent donc que le jeu n'est pas une addiction comme les autres. La prise en charge des personnes addictes au jeu pourrait donc, en tenant en compte de ces spécificités, être différente de celles des autres addictions. L'étude du jeu pathologique est donc un bon moyen d'appréhender le cas de l'addiction aux sensations fortes, d'une part parce que les recherches sur le sujet sont de plus en plus nombreuses, et d'autre part, parce que les deux addictions ont pour trait commun une libération d'adrénaline en réponse à une situation de stress.

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Conclusion Une réponse franche à la problématique annoncée ne peut pas être donnée car tout d’abord les domaines des drogues et de l’addictologie bénéficient de toujours plus d’avancées scientifiques, qui remettent en cause les conclusions établies auparavant. Ce TPE nous a, entre autres, fait prendre conscience à quel point le cerveau est un champ d’investigation inépuisable, qui est loin d’avoir révélé tous ses secrets (le conditionnel a été omniprésent dans les documents utilisés durant la phase de recherches. ) De plus, la réponse varie selon le point de vue adopté : Si on se place dans un contexte purement neurobiologique, l’adrénaline n’affecte pas directement le circuit de la récompense ; les connaissances actuelles suggérant que ce soit plutôt la dopamine qui soit impliquée dans le phénomène de dépendance. Le point de vue apportée par la psychologue que nous avons rencontrée est plus ouvert : selon elle, la société actuelle est elle-même addictive, tout peut être considéré comme une drogue dans la mesure où il y a abus de la substance (ou de l’activité). Enfin, l’addiction à l’adrénaline reste tout de même un cas assez marginal, les recherches en matière d’addictologie se focalisant plus sur les possibilités de guérison des différentes toxicomanies.


LEXIQUE

Catécholamine: composé organique synthétisé à partir de la tyrosine et jouant le rôle d'hormone ou de neurotransmetteur Cellules chromaffines : Les cellules chromaffines sont de petites cellules présentes dans les glandes médullosurrénales et dans les ganglions du système nerveux sympathique Conditionnement classique : Cette théorie s'intéresse aux résultats d'un apprentissage dû à l'association entre des stimuli de l'environnement et les réactions automatiques de l'organisme. Cette notion de réaction non volontaire est le principal point qui la différencie du conditionnement opérant. Corrélation: La corrélation est la relation existant entre deux notions ou concepts dont l'un ne peut être pensé sans l'autre. Dépolarisation : La dépolarisation d'une cellule, désigne la modification du potentiel de membrane, d'une valeur négative, dites de repos, vers une valeur positive, due le plus souvent à une entrée d'ions positifs Enképhaline : L'enképhaline est une catégorie de neurotransmetteurs libérés par des neurones lors d'une sensation douloureuse trop intense. Fornix: C'est un composant important du système limbique , il appartient au circuit de Papez. Il mesure environ 10 cm de long. Glycogénolyse : ensemble de réactions qui vont transformer la très grande molécule de glycogène en de nombreuses petites molécules de glucose qui vont pouvoir passer dans le sang Hémodynamique: L'hémodynamique (ou « dynamique du sang ») est l'étude des propriétés du flux sanguin. Le sang est pompé par le cœur dans tout le système cardiovasculaire. Le sang oxygéné quitte le cœur via une série d'artères. Il existe différents facteurs qui influencent l'hémodynamique : le diamètre des artères ou des veines, la consistance du sang et la vascularisation. Hédonique: relatif à l'hédonisme (théorie philosophique qui ne refuse pas le plaisir et évite la douleur)


Hormone: molécule produite par une glande ou un tissu. Généralement transportée par le sang, elle agit sur un organe ou sur un autre tissu situé à distance. Les hormones sont de véritables "messagers" qui, avec le système nerveux, coordonnent l'activité des milliards de cellules du corps humain. Hypersexualité : L'hypersexualité, aussi appelée « sexualité compulsive », est un comportement sexuel humain qui se traduit par une recherche continue et persistante du plaisir sexuel. Impulsivité : Fait de céder à ses impulsions, ses penchants incontrôlés. Inihibiteur : En chimie, un inhibiteur est un composé (en général une molécule) dont l'action est d'inhiber (c'est-à-dire de ralentir ou d'arrêter) une réaction chimique, c'est-à-dire qu'il agit de manière plus ou moins importante sur la vitesse de réaction (facteur cinétique). On peut le qualifier de contraire d'un catalyseur. Nerf : cordon blanchâtre composé de fibres nerveuses, conduisant les messages moteurs du système nerveux central vers les organes, et les messages sensitifs et sensoriels en sens inverse. Neurone : cellule nerveuse constituée d’un corps cellulaire et de deux types de prolongement (dendrite et axone). Neurotransmetteur: molécule chimique qui assure la transmission des messages d'un neurone à l'autre, au niveau des synapses. Postsynaptique : Situé en arrière de la fente synaptique Potentiel évoqué: Un potentiel évoqué (PE, dit aussi ERP pour l'anglais Event-Related Potential) désigne la modification du potentiel électrique produite par le système nerveux en réponse à une stimulation externe, notamment sensorielle (un son, une image, etc.) mais aussi à un évènement interne Précurseur : Précurseur est un terme utilisé dans de nombreux domaines ,en biochimie, un précurseur est un composé qui en précède un autre dans une séquence Psychoactive : Se dit d'une substance qui agit principalement sur l'état du système nerveux central en y modifiant certains processus biochimiques et physiologiques cérébraux, sans préjuger de sa capacité à induire des phénomènes de dépendance, ni de son éventuelle toxicité. Récepteurs ionotropiques : Un récepteur ionotrope sensible à un ligand est une protéine membranaire qui ouvre un canal ionique suite à la liaison d'un messager chimique ou neurotransmetteur. Sérotonine : La sérotonine sert de neurotransmetteur dans le système nerveux central. Elle est majoritairement présente dans l’organisme en qualité d’hormone locale. Sa part dans le cerveau où elle joue le rôle de neurotransmetteur ne représente que 1 % du total du corps. Tout comme l’adrénaline, la noradrénaline, elle joue donc un double rôle d’hormone et de neuromédiateur du


système nerveux central. Somatiques: (dans le contexte) qui concerne le corps (s'oppose à "psychique") Système circulatoire: En biologie, un système circulatoire est un système d'organes en circuit permettant le déplacement de fluides dans un organisme. Le système circulatoire est ainsi très souvent utilisé pour définir le système de circulation sanguine qui est un circuit fermé assurant le transport du sang.


Bibliographie Ouvrages complets ➔ SALOMON, Lucas. Cerveau, drogues et dépendances. Belin, 2010, 143 p. (Bibliothèque Scientifique) ➔ DIAZ, Michèle et Marc-Eden AFEWORK. La drogue. Hachette, 1995, 79 p. (Qui, quand, quoi ?) ➔ DANTZER, Robert. Les émotions. Puf, 2002, 128 p. (Que sais-je ?) ➔ ROQUES, Bernard. La dangerosité des drogues. Odile Jacob, 1998, 315 p. (La documentation française)

Articles de périodiques ➔ TASSIN, Jean-Pol. « Le jeu, une drogue comme les autres ». Pour la Science, no 372, Octobre 2008, p 28-31 ➔ « Tous accrocs ? Addictions et dépendances » (Novembre 2011) (dossier). Sciences Humaines, no231, p 28-33 ➔ « Les nouvelles addictions » (Juin 2005) (numéro spécial). Le nouvel Observateur, no58

Sitographie ➔ L'Internaute Science. « Coup de Stress ». http://www.linternaute.com/science/biologie/dossiers/06/0611-neurones/1.shtml Consulté le 18/10/11 à 15h25. ➔ Emission « C'est pas Sorcier ». http://www.culturestreaming.fr/Science-C-est-pas-sorcier-Cest-pas-sorcier-Joie-peur-tristesse-colere...-que-d-emotions-1931.htm Le lien n'est plus disponible désormais, étant donné la fermeture de Megaupload. Consulté le 14/10/11 à 19h. ➔ Vidéo de la conférence du neurobiologiste français Jean-Pol TASSIN. « Neurobiologie de l'addiction » http://www.dailymotion.com/video/xck3o2_jean-pol-tassin-neurobiologie-del_tech Consulté le 22/01/12 à 17h30. ➔ Article « Epinephrine » de Wikipedia en Anglais. Rubriques « Adrenaline Junkie » et « Adrenaline addiction » http://en.wikipedia.org/wiki/Epinephrine#Adrenaline_junkie Consulté le 28/12/11 à 10h ➔ Le dossier « Adrénaline, l'hormone du stress » par la rédaction de Bonjour-docteur. http://www.allodocteurs.fr/actualite-sante-adrenaline-l-hormone-du-stress-287.asp?1=1 Consulté le 15/11/11 à 16h15.


Remerciements

A toute l’équipe pédagogique du Lycée Sud Médoc, pour la qualité des enseignements dispensés nous ayant permis d’acquérir les compétences nécessaires à la réalisation de ce dossier,

A Monsieur DELGUEL, Monsieur LAVANDIER et Monsieur JAECK pour nous avoir guidés dans notre travail d’écriture,

A tous les documentalistes du CDI, pour leur aide dans nos recherches documentaires,

A Madame Véronique GARGUIL, psychologue au département d’addictologie de l’Hôpital Charles Perrens et au Docteur BEX-BACHELLERIE, endocrinologue à SaintMédard-en-Jalles pour la qualité de leur accueil et la teneur des entretiens qu’ils ont bien voulu nous accorder,

A nos parents, pour leurs encouragements et conseils.


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