ACTES SUD/DRASSM
Créé en 1966 par André Malraux, le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (Drassm) s’est progressivement imposé au premier rang d’une discipline que la France, dès 1952, avait contribué à inventer au pied de l’îlot marseillais du Grand Congloué : l’archéologie sous-marine.
L’enjeu était d’importance. Fantastique machine à rêver, le patrimoine immergé a conservé quelques-unes des pages les plus essentielles de l’histoire de l’humanité. Ainsi, des navires romains chargés d’amphores aux jonques de la mer de Chine, du buste de César aux frégates de Lapérouse, des habitats protohistoriques submergés aux épaves du Débarquement de Normandie, de l’estran aux abysses, cet ouvrage invite le lecteur à un fascinant voyage dans notre mémoire engloutie.
Dépôt légal : avril 2016 15 € TTC France www.actes-sud.fr ISBN : 978-2-330-06405-1
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MÉMOIRE À LA MER
Plongée au cœur de l’archéologie sous-marine
Ce demi-siècle de recherches opiniâtres méritait qu’on en tire un bilan, une réflexion, des stratégies pour l’avenir… Pour y parvenir, une collaboration s’est nouée afin que le ministère de la Culture et de la Communication, la ville de Marseille et Columbia River inaugurent le 28 avril 2016 au musée d’Histoire de Marseille une exposition reconnue d’intérêt national : “Mémoire à la mer. Plongée au cœur de l’archéologie sous-marine”.
MÉMOIRE À LA MER
Plongée au cœur de l’archéologie sous-marine Michel L’Hour et Élisabeth Veyrat
ACTES SUD/DRASSM
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Michel L’Hour et Élisabeth Veyrat
MÉMOIRE À LA MER
Plongée au cœur de l’archéologie sous-marine
Avec la collaboration de Florence Richez
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Ouvrage publié à l’occasion de l’exposition “Mémoire à la mer. Plongée au cœur de l’archéologie sous-marine”, reconnue d’intérêt national par le ministère de la Culture et de la Communication/ direction générale des patrimoines/service des musées de France.
Musée d’Histoire de Marseille, du 29 avril 2016 au 28 mai 2017.
“Mémoire à la mer” est une coproduction de la ville de Marseille et de Columbia River, en partenariat avec le Drassm. Commissariat d’exposition : ÉLISABETH VEYRAT, commissaire générale MICHEL L’HOUR, commissaire scientifique, conservateur général du Patrimoine, directeur du Drassm, membre de l’Académie de marine L AURENT VÉDRINE, commissaire scientifique, conservateur en chef du musée d’Histoire de Marseille Comité de pilotage : XAVIER CORRÉ, DAMIEN DÉGREMONT, NATHALIE HUET, MICHEL L’HOUR, LILA REBOUL, FLORENCE RICHEZ, SOLANGE RIZOULIÈRES, LAURENT VÉDRINE, ÉLISABETH VEYRAT Scénographie : Agence Fouet’Cocher, Christian et Jean-Pierre Baudu, Saint-Nicolas de Redon Production : Claire Forest, Columbia River, Paris
Cette exposition n’aurait pu exister sans le soutien financier apporté par : La ville de Marseille Le ministère de la Culture et de la Communication, direction générale des patrimoines, département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines La société Columbia River La société Aqualung France
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SOMMAIRE Fouille de l’épave de la Boussole, dit “site de la Faille”, Vanikoro, 2005. (Fouille Alain Conan, expertise Michel L’Hour, Élisabeth Veyrat, cliché Teddy Seguin)
Préface de Jean-Claude Gaudin, maire de Marseille . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6 Préface d’Audrey Azoulay, ministre de la Culture et de la Communication . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7 À Vigo (1870-1873), le scaphandre Rouquayrol-Denayrouze marque les prémices de l’archéologie sous-marine. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8 Des pionniers aux archéologues aux pieds palmés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10 Voyages et commerce maritime . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25 Coques en stock . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32 La poudre et les épices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36 Hommes à la mer ! . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44 De rouille et d’os . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50 La mer est le plus grand musée du monde . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 57 Entre terre et mer . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 63 La route des abysses. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71 Orientation bibliographique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 78
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REMERCIEMENTS Pour la mise à disposition de leurs clichés, nous adressons nos plus vifs remerciements aux photographes suivants : Kurt Amsler ; Jean-Gabriel Aubert ; Frédéric Bassemayousse ; Stéphane Cavillon ; Chrystelle Chary ; Antoine Chéné ; Yves Chevalier ; Jérôme Delafosse ; Éric Dulière ; Christine Durand ; Philippe Foliot ; Yves Gladu ; Patrick Grandjean ; Jean-Claude Hurteau ; Marie-Pierre Jézégou ; Nicolas Job ; Jean-Pierre Joncheray ; Frédéric Leroy ; Denis Metzger ; René Ogor ; Frédéric Osada ; Alain Ponchon ; Teddy Seguin ; Patrice Strazzera. Ainsi qu’à : Marie Arnautou ; Aurélie Coste ; D. Espitalier ; Oussama Khatib ; Serge Valcke ; musée du Scaphandre d’Espalion. Nous souhaitons adresser des remerciements chaleureux pour leurs dessins à : Hermine Baron ; Catherine Boulmer ; Luc Long ; Patrice Pellerin ; Pierre Poveda. Ainsi qu’à : Maxime Cazaux ; Frédéric Conil ; Jérémy Pasquet ; Daniel Schiano. Nous tenons à remercier pour leur accord bienveillant les prêteurs suivants : Jacques Abdoun Hélène Dumas et Juliette Tilquin, La Ciotat, Jean-Louis Gaucher, Sailly-au-Bois, Frédéric Osada, Châlon-sur-Saône. Ainsi que les institutions suivantes : Association des Amis du Musée national de la Marine (AAMM), Paris, Château des Ducs de Bretagne, musée d’Histoire de Nantes, Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines, Mairie de Biarritz, Mairie de Lecci, Musée d’archéologie sous-marine de Port-Vendres, Musée de l’Abbaye Sainte-Croix, Les Sables-d’Olonne, MuCEM, Marseille, Musée d’Archéologie de Nice, site de Cimiez, Musée d’Art et d’Histoire de Saint-Brieuc, Musée dauphinois, Grenoble, Musée de Bretagne, Musée de Fécamp, Musée de Frontignan, Musée de la Mer, île Sainte-Marguerite, Cannes, Musée de l’Éphèbe et d’archéologie sous-marine, Agde, Musée de Préhistoire régionale, Menton, Musée de Saint-Raphaël,
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Musée départemental Arles antique, Musée départemental de préhistoire corse et d’archéologie de Sartène, Musée des Phares et Balises, Ouessant, Musée d’Histoire de Marseille, Musée d’Histoire de Saint-Malo, Musée d’Hyères, Musée archéologique intercommunal d’Istres, Musée du château de Noirmoutier, Musée du Scaphandre, Espalion, Musée maritime de Carantec, Musée maritime de l’île Tatihou, Musée maritime de Nouvelle Calédonie, Musée maritime du Cap-Sizun, Audierne, Musée national de la Marine, Paris, Musée Ziem, Martigues, Succession Saint-Exupéry-d’Agay. Nous souhaitons enfin remercier pour leur aide à la préparation du catalogue les personnes suivantes : Nathalie Huet (Drassm), Jean-Pierre Joncheray, René Ogor, Frédéric Osada, Muriel Peissik, Lila Reboul (Drassm), Et tous les personnels du Drassm, du musée d’Histoire de Marseille et de la ville de Marseille qui ont contribué à la préparation de cette exposition et de cette publication. Les textes sont de Michel L’Hour et Élisabeth Veyrat, à l’exception des notices signées par David Djaoui (MDAA , p. 29), Marine Jaouen (Drassm, p. 61), Muriel Peissik (musée du Scaphandre, p. 8-9) et Magali Veyrat (CRHIA , p. 68).
Ce catalogue est dédié à tous les archéologues sous-marins amateurs et professionnels qui ont accompagné l’archéologie sous-marine française depuis ses premiers pas et lui ont permis d’atteindre un rôle de premier plan qui lui est aujourd’hui universellement reconnu. Cette publication, comme l’exposition qu’elle accompagne leur doivent tout. Qu’ils en soient tous remerciés.
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CETTE EXPOSITION, QUI RETRACE LE BILAN DE CINQUANTE ANS D’ARCHÉOLOGIE SOUS-MARINE EN FRANCE, RÉUNIT POUR LA PREMIÈRE FOIS des objets issus de l’ensemble des littoraux français. Le choix de Marseille pour son installation ne doit rien au hasard. C’est en effet dans la rade de Marseille qu’eut lieu, entre 1952 et 1957, la première fouille sous-marine au monde réalisée par l’équipe de Jacques-Yves Cousteau et de l’archéologue Fernand Benoit. C’est bien sûr en 1966 qu’a ensuite été créé le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (Drassm) primitivement installé dans le fort Saint-Jean, à l’entrée du Vieux-Port, puis plus récemment sur les quais de l’Estaque. Le navire d’exploration L’Archéonaute, puis l’André Malraux sont des hôtes familiers de la rade de Marseille. De nombreux plongeurs bénévoles marseillais ont permis la découverte et l’étude de vestiges immergés de notre patrimoine national, depuis le navire de l’Esteou dou Miet, chargé d’une cargaison étrusque du VIe siècle av. J.-C., à l’avion d’Antoine de Saint-Exupéry qui s’est écrasé en mer, devant les calanques de Marseille, en 1944. C’est aujourd’hui, en 2016, que nous célébrons le cinquantenaire du Drassm avec cette exposition “Mémoire à la mer. Plongée au cœur de l’archéologie sous-marine”. L’archéologie sous-marine est une machine à rêves et nous sommes fascinés par l’étude de ces épaves, de ces “capsules de temps” qui racontent l’histoire d’hommes et de femmes naufragés et témoignent de drames maritimes dont les archéologues sous-marins tentent de retrouver la mémoire. La recherche archéologique sous-marine permet de mieux connaître la vie quotidienne des équipages, les relations commerciales entre les différentes mers du globe, les techniques de construction navale qui favorisent les échanges maritimes et les instruments et équipements qui participent de l’art de naviguer. Les explorations d’épaves à très grande profondeur, comme celle, récente, du vaisseau de Louis XIV la Lune, nous permettent, tout en restant à terre, d’accompagner les archéologues à la découverte de ces sanctuaires marins ponctuellement exhumés de leur pénombre abyssale. Chaque objet présenté dans l’exposition offre un instantané sur la vie intime des êtres qui ont vécu dans ce monde clos qu’est un navire en mer. Cette connaissance de l’intime nous parle de l’universel, des échanges entre les hommes, de leurs peurs du naufrage et de la mort. L’un des exemples qui nous touche est celui de ce bougeoir découvert dans la cale de l’Astrolabe, navire de La Pérouse perdu en 1788 sur les récifs coralliens de l’île de Vanikoro. Il y fut sans doute oublié par le matelot venu inspecter les voies d’eau dans la coque brisée… Cette exposition au musée d’Histoire de Marseille est aussi une invitation à un voyage dans le temps et au fond des mers, grâce à la présentation d’un patrimoine inestimable, de photographies superbes, de dispositifs multimédia et d’expérimentations proposées aux enfants. L’exposition propose ainsi une rencontre unique avec notre histoire immergée grâce au travail rigoureux et passionné des archéologues sous-marins. Bon anniversaire au Drassm et à l’archéologie sous-marine ! Jean-Claude Gaudin, Maire de Marseille Président de la Métropole Aix-Marseille-Provence Vice-président du Sénat
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1966, À PARIS. AVEC SA FORCE D’INTUITION BIEN CONNUE, ANDRÉ MALRAUX CRÉE AU SEIN DE SON MINISTÈRE DES AFFAIRES CULTURELLES un service unique au monde, le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sousmarines (Drassm), et le dote d’un navire de recherche archéologique, L’Archéonaute. Établi à Marseille, devenu service à compétence nationale, le Drassm réunit aujourd’hui une équipe d’archéologues-plongeurs et dispose, pour assurer ses missions en mer, d’un nouveau navire, l’André Malraux, conçu par le bureau d’architecture navale Mauric et construit par le chantier naval H2X de La Ciotat. 2016, à Marseille. L’exposition “Mémoire à la mer. Plongée au cœur de l’archéologie sous-marine” présente le bilan exceptionnel d’un demi-siècle de recherches et de découvertes, de préservation du patrimoine immergé, d’études scientifiques, d’innovations techniques et de collaborations pluridisciplinaires et internationales. L’exposition revient aussi sur l’évolution de l’archéologie sous-marine caractérisée par la diversité de ses thèmes de recherche. Elle offre enfin un regard inédit sur le développement et l’avenir de cette discipline dans laquelle la France a toujours joué un rôle pionnier. Par sa muséographie éminemment originale, mise en scène par l’agence bretonne Fouet’Cocher, l’exposition parvient à convoquer les très grandes émotions que suscite l’exploration des fonds marins. Réalisée dans le cadre d’une coproduction entre la mairie de Marseille, l’agence Columbia River et le ministère de la Culture et de la Communication, cette exposition est un bel exemple de coopération qui vise à faire connaître au grand public l’immense potentiel et l’extraordinaire valeur des archives de l’humanité qui demeurent consignées au fond des océans. Ce catalogue d’exception en gardera la mémoire. Je vous invite à y plonger avec passion. Audrey Azoulay Ministre de la Culture et de la Communication
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COQUES EN STOCK C’EST
À TERRE QUE NAISSENT LES NAVIRES, MAIS C’EST EN MER QU’ILS DOIVENT NAVIGUER.
TOUTE
LA
prouesse des charpentiers de marine est de bâtir sur le chantier des carènes qui résisteront aux contraintes maritimes. Pendant longtemps, leur savoir a procédé de tâtonnements et de retours d’expérience, plans graphiques et calculs mathématiques ne s’étant réellement imposés qu’à partir du XVIIIe siècle. Des embarcations préhistoriques aux grands clippers, en passant par les corbitas romaines,
RELEVÉ ARCHÉOLOGIQUE, EN 2011, DES FORMES DE CARÈNE DE L’ÉPAVE ROMAINE OUEST GIRAGLIA 2 (CORSE). (Inventeur Jean-Michel Minvieille, fouille Franca Cibecchini, Drassm, cliché Teddy Seguin)
les nefs génoises ou les vaisseaux de ligne, tous les bateaux témoignent ainsi de l’ingéniosité de ceux qui les ont bâtis, comme du contexte technique et économique dans lequel ils ont été façonnés, des outils et des matières premières dont
“
disposaient leurs charpentiers et de l’usage auquel ils étaient destinés. Depuis cinquante ans, les littoraux
Comprendre les vestiges architecturaux d’une épave, c’est tenter de restituer le portrait du bateau, sa conception, sa construction, sa fonction, son équipage. Derrière les vestiges en bois, les hommes sont là. Éric Rieth
français ont révélé des centaines d’épaves que l’eau, le sable et la vase ont préservées, parfois magnifiquement, depuis des siècles. De ces coques surgies du passé, les archéologues ont extrait des informations cruciales sur les méthodes de construction et la conception des charpentes. L’analyse
attentive des signatures techniques, des traces d’outils, des assemblages ou des inscriptions a ainsi révélé les savoir-faire, les improvisations et les innovations qui ont au fil des siècles jalonné la lente maturation pluriséculaire de la construction navale. 32
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Longtemps le bois a régné en maître, puis les hommes s’en sont détournés au cours des XIXe et XXe siècles pour lui privilégier le fer. Les coques rivetées puis soudées se sont donc imposées avant que le plastique et le composite ne viennent aujourd’hui leur contester cette primauté. C’est sous les mers que sont aujourd’hui conservées les “archives du sol” de la construction navale. Étonnant paradoxe qui veut que ce soit le naufrage qui, en emportant dans l’abîme les navires, a permis à ces témoins d’un savoir patiemment acquis de se conserver…
Patience et longueur de temps… Déclarée en 1965 par 41 m de fond au large de Saint-Raphaël, aussitôt expertisée puis fouillée de 1981 à 1990, l’épave Dramont E a attendu quarante ans pour que ses formes soient enfin restituées. Grâce aux relevés architecturaux consignés par l’équipe de fouille, la restitution du navire a été menée à bien en 2008. (Inventeurs Frédéric Dumas, Jacqueline Issaverdens, expertise Yves Chevalier, Drassm, fouille Claude Santamaria, restitution Pierre Poveda, CNRS/CCJ/AMU)
DE L’ENREGISTREMENT DES VESTIGES À LA MODÉLISATION DES CHARPENTES Vue de l’intérieur de la charpente de l’épave Aber Wrac’h 1 après démontage partiel des varangues. On aperçoit le décroché caractéristique des virures de la coque montées à clin. (Inventeur René Ogor, fouille Michel L’Hour, Drassm, cliché Frédéric Osada)
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Hypothèse de restitution 3D du chaland romain Arles-Rhône 3 sous voile. (Restitution Maxime Cazaux, Frédéric Conil, Jérémy Pasquet, Daniel Schiano, Supinfocom, 2009)
De 2010 à 2013, la fouille, le remontage, le traitement et la présentation au public de l’épave du chaland romain Arles-Rhône 3 ont offert un magnifique exemple de projet intégré où, dès l’amorce de l’étude, l’ensemble des aspects techniques, scientifiques, financiers et muséographiques du projet a été pris en compte. (Inventeur Drassm, fouille David Djaoui, Sabrina Marlier, MDAA, Sandra Greck, Arkaeos, cliché Rémi Bénali, MDAA-CG13)
LES INSCRIPTIONS DES ÉPAVES Inscription C.L.POSTU marquée au fer sur l’intérieur du bordé monoxyle tribord du chaland romain Arles-Rhône 3, daté du Ier siècle apr. J.-C. Cette marque apparaît deux fois sur l’épave aux côtés d’autres graffites. Ces inscriptions pourraient indiquer que le navire a été construit au sein d’un chantier où plusieurs charpentiers œuvraient simultanément. (Inventeur Drassm, fouille David Djaoui, Sabrina Marlier, Greck, Arkaeos, cliché Christine Durand, CNRS/CCJ)
MDAA, Sandra
Rarissimes sont les traces de peinture conservées sur les vestiges demeurés longtemps en milieu sous-marin. Ainsi, la flèche blanche tracée à l’intérieur de la muraille de l’épave du navire suédois Jeanne Elisabeth, coulé en 1755 au large de Villeneuve-lès-Maguelone (Hérault), est un cas unique parmi les découvertes françaises. Gravées ou peintes, les inscriptions et décorations portées sur le bois des navires jettent un éclairage particulier sur le savoir-faire des charpentiers et l’environnement de ceux qui vivaient à bord. (Expertise Patrick Grandjean, Frédéric Leroy, Michel L’Hour, Drassm, fouille Marine Jaouen, Drassm, cliché Teddy Seguin)
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DE ROUILLE ET D’OS SI
LE GRAND PUBLIC ET LES AMATEURS DE PLONGÉE SOUS-MARINE ENVISAGENT LE MONDE DES ÉPAVES
essentiellement au travers des majestueuses structures métalliques des navires des XIXe et XXe siècles, ces dernières ont en revanche longtemps été délaissées par les archéologues au profit des seules charpentes de bois enfouies dans les sédiments. Aussi, c’est à l’opiniâtreté des chercheurs amateurs de la Méditerranée et de l’Atlantique que l’importance historique et archéologique de ce patrimoine largement menacé doit sa récente reconnaissance. Il y avait urgence ! Minées par la corrosion et par l’action des hommes, les coques des épaves contemporaines s’effondrent comme châteaux de cartes, victimes de la houle et des chaluts de pêche autant que des propriétés chimiques du matériau
“
qui avait garanti leur succès. Le temps
L’archéologie de la vapeur est reconnue en France grâce à des travaux récents. Elle constitue un indispensable outil d’investigation de notre riche, mais fragile, patrimoine contemporain.
en effet fait insidieusement son œuvre
Jean-Pierre Joncheray, 2012
inévitable des architectures de fer et
sur les imposantes silhouettes rivetées et soudées dressées en pleine eau. La rouille ronge inexorablement l’épaisseur des tôles jusqu’à l’effondrement d’acier dont l’orgueil le cède alors aux
murailles de bois qui les ont précédées, celles-ci bénéficiant quant à elles d’une protection un peu mieux assurée sous les sédiments marins. Planté au milieu
FORMANT LE TERRITOIRE ULTRAMARIN DES ÎLES ÉPARSES, PLACÉ SOUS LA TUTELLE DE L’ADMINISTRATION DES TERRES AUSTRALES ET ANTARCTIQUES FRANÇAISES (TAAF), LES ÎLES CORALLIENNES QUI ENTOURENT MADAGASCAR ONT JOUÉ DE TOUT TEMPS LE RÔLE D’UN PIÈGE À BATEAU.
Depuis 2009, les prospections du Drassm ont permis de dresser la sinistre cartographie d’un grand nombre des naufrages qui y sont survenus. Sur les récifs de l’île Juan de Nova, les chaudières de l’épave Juan de Nova 5 matérialisent la perte, à la fin du XIXe siècle ou au début du XXe siècle, d’un grand vapeur qui reste aujourd’hui encore à identifier. (Inventeur Drassm, expertise Frédéric Leroy, Michel L’Hour, Drassm, cliché Frédéric Osada)
de tôles amassées, seul subsiste désormais le squelette massif de la machine et des chaudières qui animaient ces monstres de métal et dont l’étude, inscrite dans l’histoire des techniques, est une autre occasion de se persuader du génie humain. 50
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Un immense volant et une grande chaudière marquent le centre de l’épave du vapeur le Prophète coulé en 1865, par 34 m de fond, au large du cap Lardier. Cette épave est l’une des rares d’époque contemporaine à avoir fait l’objet d’une fouille archéologique exhaustive. Cette opération a donné lieu à une étude minutieuse du système propulsif, des apparaux, du mobilier de bord et de la cargaison du navire.
À mi-chemin entre conservation du patrimoine et recherche archéologique, l’analyse des premiers vapeurs, cargos, paquebots, cuirassés et sous-marins victimes des grands conflits mondiaux ouvre à de passionnants débats et à d’innombrables thématiques d’étude. Elle introduit aussi, au fil du littoral, à une litanie ininterrompue de naufrages maritimes liés à l’histoire de la guerre sur mer aux XIXe et XXe siècles. Mettre leurs vestiges en lumière permet de garder de l’oubli ces mondes brisés qui sont autant de témoins de la folie meurtrière des hommes.
(Fouille Jean-Pierre Joncheray, cliché Kurt Amsler)
Mortier, lampe à huile, céramiques locales et importées composent les éléments de la vaisselle de bord mise en évidence sur l’épave du chaland romain Arles-Rhône 3 daté du Ier siècle apr. J.-C. (Inventeur Drassm, fouille David Djaoui, Sabrina Marlier, MDAA, Sandra Greck, Arkaeos, cliché XXXXX)
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Monté sur cardan, ce siège de toilette en plomb et en alliage cuivreux a reçu pour cuvette un bol en faïence à décor historié bleu. Il a été prélevé sur l’épave du vapeur anglais Colombian (1865) découverte en 1985 par 60 m de fond. Ce siège témoigne du souci d’hygiène et de confort qui s’est manifesté avec les vapeurs des grandes compagnies transatlantiques de la seconde moitié du XIXe siècle. Ces équipements avaient aussi pour but de séduire une nouvelle clientèle, plus exigeante notamment en matière de commodités. (Inventeurs et fouille Christian Hamard, Gilles Millot, cliché Frédéric Osada)
Ce hublot à tape de fermeture, à la vitre brisée, a été mis au jour sur l’épave du Kléber, croiseur cuirassé qui a sauté sur une mine en 1917 à l’entrée de la rade de Brest. C’est le plus grand navire militaire français coulé par fait de guerre dans les eaux territoriales françaises. (Cliché Frédéric Osada)
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Ces ancres à jas mobile en fer découvertes dans l’archipel des Glorieuses, au nord du canal du Mozambique (îles Éparses, TAAF), témoignent sans doute d’un échouage survenu dans la seconde moitié du XIXe siècle ou au début du XXe siècle. Les ancres trouvées en contexte sous-marin jalonnent les routes maritimes autrefois sillonnées par les navires. Elles sont un indice précieux pour localiser les épaves. (Inventeur Drassm, expertise Frédéric Leroy, Michel L’Hour, Drassm, cliché Frédéric Osada)
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Créé en 1966 par André Malraux, le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (Drassm) s’est progressivement imposé au premier rang d’une discipline que la France, dès 1952, avait contribué à inventer au pied de l’îlot marseillais du Grand Congloué : l’archéologie sous-marine.
L’enjeu était d’importance. Fantastique machine à rêver, le patrimoine immergé a conservé quelques-unes des pages les plus essentielles de l’histoire de l’humanité. Ainsi, des navires romains chargés d’amphores aux jonques de la mer de Chine, du buste de César aux frégates de Lapérouse, des habitats protohistoriques submergés aux épaves du Débarquement de Normandie, de l’estran aux abysses, cet ouvrage invite le lecteur à un fascinant voyage dans notre mémoire engloutie.
Dépôt légal : avril 2016 15 € TTC France www.actes-sud.fr ISBN : 978-2-330-06405-1
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Ce demi-siècle de recherches opiniâtres méritait qu’on en tire un bilan, une réflexion, des stratégies pour l’avenir… Pour y parvenir, une collaboration s’est nouée afin que le ministère de la Culture et de la Communication, la ville de Marseille et Columbia River inaugurent le 28 avril 2016 au musée d’Histoire de Marseille une exposition reconnue d’intérêt national : “Mémoire à la mer. Plongée au cœur de l’archéologie sous-marine”.
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Plongée au cœur de l’archéologie sous-marine Michel L’Hour et Élisabeth Veyrat
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