nouveaux cabinets d’amateurs é r i c
j a n s e n
Préface de Frédéric Mitterrand
Jean-Marie Rossi
I
l est l’un des derniers grands antiquaires de Paris. Et sans doute le plus drôle. Du haut de ses deux mètres, il dispense avec un humour pince-sans-rire des formules qui font mouche : « On fait un métier impossible qui consiste à chercher des meubles introuvables pour une clientèle qui n’existe plus. » Il n’a pas tout à fait raison. Dans sa galerie de la place Beauvau, ils sont encore nombreux à venir s’offrir ce qui s’est fait de mieux en matière de mobilier de la fin du xviie siècle au milieu du xixe siècle. Depuis 1956, Jean-Marie Rossi traque commodes, fauteuils, miroirs, lustres, avec une prédilection pour l’objet unique, atypique, hors norme. Son œil est infaillible. On pourrait imaginer qu’une telle connaissance du passé ait détourné l’antiquaire de son époque, or il n’en est rien. Dès le début des années 1960, il est également parfaitement en phase avec la création contemporaine. « La journée, je vendais des commodes Boulle, mais le soir, je sortais avec une petite bande, dans laquelle on trouvait César, Arman, Mimmo Rotella, Yves Klein et bien sûr, Pierre Restany… » Une fréquentation qui déclenche naturellement le début de sa collection. Dans sa maison des environs de Paris, on retrouve les œuvres des amis d’alors auxquelles sont venues s’ajouter, au fil du temps, d’autres pièces qui semblent n’avoir rien de commun sauf d’avoir été choisies par le même œil aiguisé. Carambolage d’époques et de styles, cet écrin est le vivant reflet de la personnalité de Jean-Marie Rossi et de son
goût éclectique. Ainsi, dans le jardin d’hiver qui s’est transformé avec les années en salonmusée, n’a-t-il pas hésité à faire cohabiter les éléphants de Paul Jouve et les personnages de Keith Haring. Sur une magnifique table de Carlo Bugatti sont allongées deux femmes nues imaginées par John de Andrea. Des torchères qui étaient chez Randolph Hearst, à San Simeon, voisinent avec les sculptures lumineuses de César et Jean-Claude Farhi. Près d’une bergère Louis XV, une œuvre d’ÉtienneMartin est posée sur une table de Philippe Hiquily. De part et d’autre de la porte se dressent deux sculptures d’Arman. Dans la pièce voisine se côtoient un bureau de Bellangé, un coffret à cigares de Charles-Guillaume Diehl, des bleus de Chine et des toiles de Jean Fautrier. Dans la bibliothèque, la collection de livres anciens est cernée par les œuvres de César, Arman, Mimmo Rotella, Lucio Fontana, Anselm Kiefer. À l’étage, même juxtaposition audacieuse dans la chambre du maître de maison, où une lampe Expansion de César éclaire un très amusant tableau représentant Le Petit Chaperon rouge de Gustave Doré… Au contraire de l’éloigner de son métier d’antiquaire, cet humour et cette ouverture d’esprit ont conforté Jean-Marie Rossi dans sa démarche : « L’art contemporain m’a permis d’avoir un œil novateur dans le choix du mobilier. Éviter les suiveurs, les petits maîtres, que ce soit en art comme dans les meubles, c’est pareil. J’ai toujours privilégié des pièces qui anticipent leur époque. »
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Dans le jardin d’hiver transformé en salon-musée, une sculpture hyperréaliste de John de Andrea trône sur une superbe table de Carlo Bugatti. Derrière, on reconnaît une toile de Keith Haring et une autre de Pierre Klossowski.
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Le guéridon noir a été trouvé chez un antiquaire berlinois, il provient de Charlottenburg. Le secrétaire en acajou est d’époque Louis XVI. Derrière, on distingue une tapisserie de Bruxelles de 1650. La sculpture en albâtre est yéménite, du ive siècle avant J-C.
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Les trois salons en enfilade ont retrouvé leur splendeur d’origine. Au premier plan, console Louis XVI et buste de la princesse de Lamballe. Devant la cheminée, fauteuils de Pluvinet.
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Sur la table de la salle à manger se dresse une sculpture attribuée à Pierino da Vinci, neveu de Léonard. À côté, une jarre italienne du xviiie siècle, un disque intervertébral de baleine et un bouquet d’iris, une fleur chère au cœur d’Umberto car elle lui rappelle Tanger.
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Les photos de Mama Casset ont été trouvées au Sénégal. Elles voisinent avec un coffre du nord du Maroc et une sculpture Azmat. Autre jeu de correspondance autour d’un secrétaire lombard avec un tapis Konya du xviie siècle, un porte-fusil marocain et des terres cuites africaines. Au-dessus du lit Louis XVI italien, un porte-fusil algérien et un tapis Ghiordes du xviiie siècle. Dans la salle à manger tapissée de livres, sur le bureau, la lampe en forme de serpent appartenait à la Duse.
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Dominique Lévy
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n quinze ans, elle s’est hissée parmi les plus importants marchands d’art contemporain. Son appartement new-yorkais en témoigne : il rassemble des œuvres majeures, certaines d’artistes devenus des amis. Un panorama sans fausse note où la décoration est parfaitement en adéquation avec les tableaux et les sculptures. Sans doute l’architecte de l’immeuble y est-il aussi pour quelque chose : il s’appelle Peter Marino. Collectionneur lui-même, il sait créer le cadre idéal afin de mettre en valeur les œuvres d’art. « J’ai tout de suite été séduite par l’élégance des baies vitrées, des volumes, des finitions, explique Dominique Lévy. Pour moi, c’est le plus grand parce qu’il a une vraie vision des intérieurs et sa signature n’est jamais trop voyante. » On comprend l’importance des volumes quand on pénètre dans le salon. Un gigantesque Gilbert & George couvre le mur sur plus de quatre mètres. Lui fait face une sculpture à peine moins haute de David Altmejd. « La lumière qui baigne cet appartement se prête bien à la sculpture », commente Dominique Lévy qui avoue un faible pour cette discipline. Dès l’entrée, le visiteur est accueilli par un squelette en bronze doré de Sherrie Levine. Devant la baie vitrée du salon, se découpe un buste de Zhang Huan. À côté, une danseuse en bronze peint de Rebecca Warren accroche le regard. Près du canapé, une petite sculpture de Jörg Immendorff intrigue. Dans le boudoir, une œuvre de Sarah Lucas composée d’une chaise, d’un blouson de cuir et d’un jean, interpelle également...
Mais ce n’est rien en comparaison avec le lustre de la salle à manger, dont les curieuses trompes se détachent devant une œuvre de John Baldessari. Il a été dessiné par Jeff Zimmerman pour Dominique Lévy. Beaucoup d’œuvres témoignent des rapports privilégiés que la jeune femme entretient avec les artistes. Pour preuve, dans la cuisine, la photo de Cindy Sherman, « une amie », ou dans le couloir, celle de Nan Goldin, « une autre amie », ou encore l’escalier « investi » par l’artiste écossais Douglas Gordon. Même dans la chambre de son fils Solal, l’art s’est glissé avec des lithographies de Murakami qu’il lui avait envoyées pour la naissance du précédent, Samuel, lequel est passé depuis à des œuvres plus pointues : clowns de Roni Horn et personnages de Guy Limone. Quant à l’aîné, Caleb, il a opté pour des photos de Zoé Léonard et un petit Richard Prince… Pour le mobilier, Dominique Lévy a mêlé aux créations de Jean Royère, Charlotte Perriand et Jean Prouvé qu’elle collectionne depuis toujours, d’autres pièces beaucoup plus actuelles, comme ce bureau en onyx et verre fait spécialement pour elle par Martin Szekely. « Je l’ai rencontré grâce à mes amis, Didier et Clémence Krzentowski qui ont la galerie Kreo à Paris. Ce sont eux qui m’ont ouvert aux meubles contemporains. » Une initiation qui a très vite porté ses fruits car toutes les stars sont là : Ron Arad, Marc Newson, Ronan et Erwan Bouroullec… Des pièces qui se marient parfaitement aux œuvres d’art et font de cet appartement le parfait reflet de la création de notre époque.
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Banquette de Jean ProuvÊ, lampadaire de Ronan et Erwan Bouroullec, bureau de Martin Szekely, chaise de Jean Royère, fauteuil de Marc Newson et fauteuil de Ron Arad. Les sculptures sont de Rebecca Warren et de Zhang Huan.
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Anne-Marie Gillion Crowet
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ar où commencer ? Comment décrire le tourbillon plein de gaité qu’est la vie d’Anne-Marie Gillion Crowet et sa personnalité unique ? Son perfectionnisme, son impatience légendaire, son énergie communicative ? Au départ, il y a une jeune fille blonde et championne de tennis, qui pose un jour pour un peintre, ami de son père. Son nom ? René Magritte. « Quand il m’a vue, il a été stupéfait et m’a dit : “Je te peignais avant de te connaître.” » Nous sommes à Bruxelles en 1956. Quelques tableaux plus tard, nous la retrouvons à Paris où elle écume dès l’aube le marché aux Puces, escortée de son mari Roland, impeccable chevalier-servant. Après avoir reçu en cadeau de sa mère un vase de Gallé, elle s’est prise de passion pour l’Art nouveau. Ce n’est pas le goût du moment et elle se constitue une collection de premier ordre. Ses amis ont encore en mémoire le bar façon Maxim’s qu’elle crée dans les sous-sols de son immeuble. Les années passent. AnneMarie lègue sa collection à l’état belge qui en fait le trésor de son musée Fin de Siècle. Sa curiosité insatiable l’a entraînée vers d’autres domaines, d’autres terres. Dans son grand duplex bruxellois, l’art contemporain fait son entrée : Pistoletto, John Chamberlain, Donald Judd, Louise Bourgeois, Gerhard Richter, Giuseppe Penone, se glissent entre les Magritte, mais aussi les sculptures africaines ou les antiquités yéménites. Au sous-sol, les lieux ont été réaménagés pour accueillir un condensé
des cultures du monde. Collier en dents de crocodile de l’île de Célèbes et tablier en os humain du Tibet. Les bijoux y occupent aussi une grande place, avec une pièce entièrement dédiée aux parures berbères. Le Maroc est devenu le pays d’adoption d’Anne-Marie, qui y passe la moitié de son temps, irrésistiblement éprise de Marrakech et peut-être plus encore de Taroudant. Et puis, il y a la Chine… « En 2003, nous avons été invités par le roi Albert et la reine Paola à les accompagner lors de leur visite d’état. J’ai été prise de panique car je connaissais mal l’art contemporain chinois. Alors, avec Roland, nous sommes partis en repérage. » Et comme Anne-Marie ne fait jamais les choses à moitié, elle s’enthousiasme et achète. Ses nouveaux coups de cœur ont pour nom Yue Minjun, Zhang Xiaogang, Zhang Huan, Wang Guangyi, Zeng Fanzhi. Inutile de dire qu’elle ne s’est pas trompée… De retour à Bruxelles, pas question d’entreposer les tableaux dans une réserve. L’insatiable collectionneuse se met en quête d’un lieu et acquiert une ancienne moutarderie, dans les faubourgs de Bruxelles. Quatre mille mètres carrés sur trois étages sont transformés en musée privé. « Mais on s’y sent comme à la maison. » Aux artistes chinois se mêlent des gloires nationales comme Wim Delvoye, Jan Fabre, Thierry de Cordier. Une ou deux fois par an, Anne-Marie y reçoit ses amis, une coupe de champagne à la main. Son indispensable carburant.
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On reconnaît les œuvres de Donald Judd, Rebecca Horn, John Chamberlain, Louise Bourgeois, sans oublier le portrait d’AnneMarie et Roland Gillion Cowet par Pistoletto et un magnifique Magritte de 1927, Le Sang du monde.
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Dans la chambre de Roland Gillion Cowet, on devine la main d’Anne-Marie… Au-dessus des têtes romaines, de très beaux colliers en argent chinois. Au mur, une toile de David Tremlett et sur le côté, Une aile bleue de Fernand Khnopff.
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Dans les sous-sols, Anne-Marie a reconstitué un petit musée des cultures du monde : coiffes et trophées Naga, collier des Fidji, crochet d’Hawaï, tablier en os humain du Tibet, boucles d’oreilles du Népal, collier en dents de crocodile de l’île Célèbes...
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Le couple a fait de son appartement parisien un petit musĂŠe de la crĂŠation contemporaine, que ce soit en art comme en design.
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Didier et Clémence Krzentowski
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epuis le lancement de leur galerie en 1992, ils n’ont de cesse de promouvoir un design pointu, atypique, qui flirte avec l’œuvre d’art. À l’époque, ils vantaient la créativité de jeunes talents prometteurs qui s’appelaient Marc Newson, Ronan et Erwan Bouroullec... Ils sont aujourd’hui mondialement connus. Rejoints depuis par d’autres designers « à l’écriture particulière et sans compromis », ils forment autour du couple une famille d’une vingtaine de créateurs, parmi lesquels on trouve Pierre Charpin, Konstantin Grcic, Jasper Morrison ou Martin Szekely. Les grands collectionneurs d’art contemporain ont rapidement trouvé le chemin de leur galerie pour meubler leur intérieur. Il faut dire que ces deux formes de création se complètent parfaitement. Mais on ignorait que Didier et Clémence Krzentowski partageaient également avec leurs clients ce goût pour l’art. « Nous avons toujours voulu vivre entourés des artistes de notre époque. » Moderne cabinet d’amateurs, leur appartement parisien est parfaitement en phase avec l’air du temps. À peine la porte franchie, on est plongé dans un tourbillon savant et coloré. Le visiteur averti reconnaît immédiatement l’Orgone Stretch Lounge et la Carbon Ladder de Marc Newson, le sofa des frères Bouroullec, le lustre de Gino Sarfatti, les appliques et le canapé de Pierre Paulin… En revanche, il faut être un peu plus connaisseur pour identifier les artistes contemporains, mais Clémence se fait un plaisir de partager les coups de cœur du couple : dans l’entrée, son œuvre
préférée est signée Ugo Rondinone. « C’est une machine à faire de la neige… » Un mur du salon a été percé de centaines de chevilles multicolores, une idée de Mathieu Mercier. De l’autre côté, près de la fenêtre, le mur a été recouvert de feuilles de papier carbone, une installation de Latifa Echakhch. Devant, se dresse une sculpture de Jason Rhoades. Au centre de la pièce trône un sapin de Noël signé Philippe Parreno. À ses pieds dort un bébé hippopotame de Carsten Höller… Dans la salle à manger, même juxtaposition pour initiés : la table est de Konstantin Gcric, les chaises de Robin Day, le lustre de Gianpiero Aloi, le meuble bas en feutre et résine de François Bauchet. Aux murs, les appliques de Gino Sarfatti encadrent un collage d’Allen Ruppersberg. Sur l’autre mur, la photo de Didier Krzentowski par Erwin Wurm voisine avec un néon de Claude Lévêque, un miroir peint de Bertrand Lavier. Dans la chambre, le couple dort sous un plafond couvert de mappemondes, une œuvre d’Ange Leccia, tandis qu’à leur tête est accrochée une multitude de petits cadres de couleurs, signés Allan McCollum. Et les chambres des filles ne sont pas en reste : lustre des Bouroullec, chaise Embryo de Newson et photo de Jack Pierson… Dans cet appartement, pas un meuble, pas un objet qui ne soit signé, référencé, mais cela est fait sans prétention, à l’opposé d’un musée formel, tout ici est décontracté et ludique, à l’image de la baignoire en forme de… barque ! Elle a été imaginée par la designer Wieki Somers, un nouveau membre de la famille.
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Dans la salle à manger, les murs sont tapissés de fragments de tapis persans et turcs du xvie siècle. Au centre, une pièce Ushak et un bout de broderie Ming. Sur la table néo-gothique, des carreaux mamelouk et timouride. À gauche, carreaux iznik et safavide, des xvie et xviie siècles. Au fond, une tête romane et une tête romaine du iie siècle après J.-C. encadrent un autoportrait de Bérard.
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Roberto Polo a ouvert une galerie d’art contemporain à Bruxelles, mais vit entouré de pièces du début du xxe siècle.
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Benjamin Steinitz
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exemples : dans l’entrée, la table basse est de Ruhlmann, les fauteuils d’Adnet, le vase d’Édouard Lièvre. Sur la cheminée du grand salon trône une magnifique sculpture de Miklos de 1927. Mais chineur invétéré et amoureux fou des objets hors norme, Benjamin Steinitz s’autorise d’autres coups de cœur, comme ces deux licornes du xvie siècle, cette paire de tabourets néo-étrusques qui étaient dans le théâtre de Talleyrand au château de Valencay, cette sculpture de femme africaine d’Émile Monier ou ce paravent peint par l’épouse de Paul Sérusier. Un choix pointu ! Et que dire de ce lit délirant du xixe siècle où se mêlent le style Renaissance, le Louis XIII, les sculptures de Michel-Ange et de Falconet ? Un carambolage à la limite du kitsch qui l’enchante. Sur son bureau, viennent se poser régulièrement de nouveaux objets : un buste de femme du xvie siècle, dans l’esprit du Primatice, voisine avec deux fines coupes en jaspe sanguin qui appartenaient au collectionneur Randon de Boisset, « montées sur des socles pour les Rothschild », un petit bronze Art déco, un lion en vermeil allemand, un élément de fontaine représentant la tête de l’Hydre, un profil de femme en bronze sous lequel est gravé une phrase de Victor Hugo : « dormez ma belle », un vase Gorgone signé d’un certain Beaumont, dont il ne sait pas encore grand chose, mais qui excite sa curiosité. « C’est ce qui me passionne dans cette chasse aux trésors : le plaisir de découvrir leur histoire. »
e monde de l’antiquité a changé, bouleversé par internet et l’essor des maisons de vente, mais lui est bien décidé à ne pas se laisser faire, toujours aussi flamboyant, enthousiaste et passionné comme l’était son père, le fameux Bernard Steinitz. Dans son appartement parisien, l’antiquaire vit avec sa jeune épouse Marina et leurs deux petits garçons, au milieu d’un fabuleux décor, véritable hymne au xviiie siècle français. Les boiseries du salon sont particulièrement époustouflantes. Constituées de panneaux en laque de Chine encadrés de baguettes rouge et or, elles datent de 1735 et proviennent de l’ancien hôtel de Boisgelin. Un tel écrin demande d’avoir des meubles et des objets de la même qualité, ce qui n’est pas donné à tout le monde, mais le maître des lieux a de la ressource : cartel de Charles Crescent, armoire basse de B.V.R.B., bureau de Pierre Garnier, pendule d’André-Charles Boulle, bronze de Nicolas Coustou, bras de lumière de Francesco Ladatte, auxquels viennent s’ajouter de somptueux lustres en cristal de roche, des consoles baroques italiennes, des cabinets en laque du Japon, une paire de bustes vénitiens de la fin du xviie siècle, des fauteuils Régence, des potiches chinoises, des vases en céladon craquelé. L’ensemble a des airs de petit Camondo, à cette nuance près : les autres siècles ont également droit de cité car Benjamin Steinitz a le goût de l’éclectisme. Deux périodes l’intéressent particulièrement : le xixe siècle et l’Art déco. On en trouve ici de magnifiques
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Dans l’entrée, sur une console Régence, une licorne allemande du xvie siècle voisine avec un vase d’Édouard Lièvre, devant un miroir génois d’époque Louis XIV. Le velours de soie au mur était précédemment dans la première galerie des parents de Benjamin Steinitz.
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Sur une console italienne que Benjamin Steinitz avait vendue, il y a des années, avec son père et qu’il vient de racheter, une potiche chinoise du xviiie siècle et deux petites sculptures d’Edgar Brandt. Le lustre de la salle à manger est génois.
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Sculpture d’Émile Monier. Dans la salle à manger, un superbe cabinet de Gerhard Dagly, du début du xviiie siècle. Sur une console baroque romaine, une biche de Bugatti, un pastel de Louis Abel-Truchet, un fragment antique, un vase en porphyre vert de Russie, un vase de Leveillé. Dans la salle de bain, un panneau indien, une suspension Consulat et un fauteuil chinoisant de 1870.
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