LEADING ARCHITECTS
ELIZABETH DE PORTZAMPARC
UN ÉQUILIBRE INTELLIGENT : LE TRAVAIL D’ELIZABETH DE PORTZAMPARC L’architecture contemporaine, tout particulièrement au plus haut niveau, reste encore un domaine essentiellement masculin. Bien que des femmes, de Kazuyo Sejima au Japon à Tatiana Bilbao au Mexique, aient émergé comme des figures importantes, il reste difficile pour les femmes de dessiner et construire de grands bâtiments ou systèmes d’infrastructure. En France, où elle vit, et dans son Brésil natif, Elizabeth de Portzamparc se démarque comme une exception, non seulement à cette règle, mais aussi en termes d’expérience. Née à Rio de Janeiro, elle a rapidement été en contact avec des connaissances de ses parents, d’Oscar Niemeyer au peintre Iberê Camargo. Elle a été influencée dans sa jeunesse par Sérgio Bernardes et Lina Bo Bardi, et a commencé à faire de l’art conceptuel. Arrivée en France dans sa jeunesse, elle a étudié l’anthropologie, la sociologie urbaine (à Paris V) et l’aménagement régional (IEDES-Paris I). Elle a porté un intérêt tout particulier aux banlieues de Paris et à leurs « villes nouvelles », menant des études pionnières en 1977/78 sur les quartiers et sous-quartiers d’Antony et d’ailleurs. Elle a eu une influence remarquable sur les politiques d’urbanisme de la région. En 1980, elle a obtenu la certification pour enseigner l’architecture en France, ce qu’elle a fait entre 1984 et 1988 à l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Paris-Val de Seine (UP9). Au début des années 1980, elle a également réalisé des projets de recherche sur la démocratie locale et le développement urbain pour le gouvernement français. Son engagement dans le développement urbain ne l’a pas empêchée de se lancer dans d’autres domaines. Elle a ouvert en 1987 à Paris une galerie très influente nommée Mostra, dans laquelle elle a travaillé avec des artistes, designers et architectes tels que Jean Nouvel, Rem Koolhaas, Christian de Portzamparc, François Rouan, Pierre Buraglio, Arata Isozaki, Bernar Venet et Peter
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Par Philip Jodidio
Klasen. Des expositions thématiques étaient organisées dans la galerie pour questionner l’approche créative des architectes, artistes et designers contemporains de l’époque. Parallèlement, Elizabeth de Portzamparc a commencé à créer un nombre important de meubles et objets, comme son Bureau 24 heures (1985), qui a été exposé entre autres au Musée Seibu à Tokyo et à la Fondation Cartier puis acquis en 1989 par le Fonds National d’Art Contemporain à Paris. En 1987, elle a ouvert sa propre agence d’architecture. Elizabeth de Portzamparc a rencontré Christian de Portzamparc en 1981, mais était déjà incontestablement impliquée dans sa propre carrière très créative depuis bien longtemps avant que son mari ne soit lauréat du Prix Pritzker. Son exceptionnel intérêt pour un mélange de développement urbain, design, art et architecture la distingue dans la scène contemporaine en France et dans d’autres pays. Les deux ont travaillé ensemble sur plusieurs projets, y compris l’Ambassade de France à Berlin et d’autres projets publiés dans ce volume, mais le travail d’Elizabeth de Portzamparc montre clairement sa propre approche et orientation. Vers la fin des années 1980, Elizabeth de Portzamparc a commencé à travailler progressivement sur des projets plus significatifs, souvent remportés lors de concours dans lesquels elle était en compétition avec des architectes bien plus connus. En 1989, elle a gagné le concours pour le Centre d’Information de l’Assemblée Nationale, en 1992 pour la muséographie du Musée national de la Corée et en 1995 pour le Musée de la Bretagne à Rennes. Dans ce dernier, elle a réussi à rassembler sa sensibilité aux questions urbaines et les complexités d’un projet de muséographie. Le projet de Rennes comprend des dispositifs qui rappellent les rues d’une ville, avec des « bâtiments » dédiés à chaque période, et un « tunnel » qui symbolise les deux Grandes Guerres.
Un autre aspect intéressant des installations du Musée de la Bretagne est l’espace ouvert et flexible dédié à la période contemporaine, qui rendent largement possibles de futures modernisations technologiques. La réunion d’une connaissance très précise des questions urbaines avec le talent pour créer des espaces réellement flexibles se manifeste assez vite dans la carrière architecturale d’Elizabeth de Portzamparc. Ses efforts ont été récompensés ultérieurement, en 1997, lorsqu’elle a gagné le concours pour le design des stations et du mobilier urbain du réseau métropolitain de tramway de Bordeaux. A cette occasion, son expérience dans le domaine du design de mobilier et d’objets s’est associée à sa notion de ville, des différents quartiers et leurs exigences. Son design subtil a réussi à créer une identité unique pour le réseau de tramway et pour la ville. Ses stations ouvertes et transparentes ne créent pas de barrières physiques dans la ville, contrairement à d’autres propositions qui l’auraient fait. Elizabeth de Portzamparc a affirmé par la suite sa réputation et sa capacité à entreprendre des projets de grande envergure avec le Musée de la Romanité de Nîmes, dont le chantier s’achève en 2017, mais aussi avec le Grand Equipement Documentaire (GED) à Aubervilliers et la gare du Bourget, élément de grande importance dans le système de transport ferroviaire du Grand Paris. Il a été mis en évidence que les femmes auteurs de gares ferroviaires, en France ou ailleurs, sont très rares. A Nîmes, à Aubervilliers et au Bourget, Elizabeth montre un sens très développé des sites concernés et de leurs usages. Il ne s’agit absolument pas de projets d’architecture contemporaine isolés ; ils sont intégrés à leur site et à leur environnement et apportent un confort maximal d’utilisation. Il est évident qu’ils sont le résultat de son expérience dans des domaines qui ne concernent pas uniquement l’architecture et le design, mais aussi la sociologie et l’aménagement urbain. Le design du projet
d’Aubervilliers, ainsi que d’autres projets d’Elizabeth de Portzamparc, possèdent des volumes superposés conçus pour donner à la fois une impression de masse allégée et créer des espaces intérieurs remplis de lumière, ou des jardins dont les usagers peuvent profiter. A Nîmes, en assumant pleinement le contraste entre son design léger et la lourdeur du bâtiment voisin des Arènes romaines, elle crée un parcours urbain qui appelle les visiteurs à entrer dans le musée ou à aller dans son jardin qui se trouve juste derrière. Connecté à son contexte, le Musée de la Romanité forme un lien entre passé et présent dans une ville qui a connu 2 000 ans d’histoire. Le travail d’Elizabeth de Portzamparc ne s’est pas limité à la France. Plusieurs de ses thèmes récurrents, y compris le dialogue entre ses bâtiments et leur environnement – à la fois naturels et urbains – et l’insistance sur la création d’espaces flexibles, qu’elle appelle « total flex », sont clairement visibles dans ses projets à l’étranger, comme la tour Oasis à Rabat ou les Garden Towers à Miami. Dans ces deux cas, elle s’intéresse aux conditions locales, de la culture marocaine aux vents de Miami. Ces bâtiments sont à la fois modernes, écologiquement responsables, flexibles et enracinés dans leur site. Comme elle l’explique dans son introduction au présent livre, Elizabeth de Portzamparc, en partie sûrement grâce à ses origines brésiliennes et à son expérience à Paris, tend à centrer son travail sur l’amélioration de l’environnement urbain en son sens le plus large. Elle dit : « Je crois que la création de liens urbains et sociaux est un thème fondamental de mon travail. Mon projet le plus récent, la tour à Taichung qui sera construite à Taiwan, peut être vue comme une synthèse de 30 années d’expérimentation dans ce domaine. En effet, mes premiers travaux d’architecture intérieure et de muséographie avaient pour objectif de faire des intérieurs une partie intégrante de la ville. Ce sens de coexistence
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ELIZABETH DE PORTZAMPARC
UN ÉQUILIBRE INTELLIGENT : LE TRAVAIL D’ELIZABETH DE PORTZAMPARC L’architecture contemporaine, tout particulièrement au plus haut niveau, reste encore un domaine essentiellement masculin. Bien que des femmes, de Kazuyo Sejima au Japon à Tatiana Bilbao au Mexique, aient émergé comme des figures importantes, il reste difficile pour les femmes de dessiner et construire de grands bâtiments ou systèmes d’infrastructure. En France, où elle vit, et dans son Brésil natif, Elizabeth de Portzamparc se démarque comme une exception, non seulement à cette règle, mais aussi en termes d’expérience. Née à Rio de Janeiro, elle a rapidement été en contact avec des connaissances de ses parents, d’Oscar Niemeyer au peintre Iberê Camargo. Elle a été influencée dans sa jeunesse par Sérgio Bernardes et Lina Bo Bardi, et a commencé à faire de l’art conceptuel. Arrivée en France dans sa jeunesse, elle a étudié l’anthropologie, la sociologie urbaine (à Paris V) et l’aménagement régional (IEDES-Paris I). Elle a porté un intérêt tout particulier aux banlieues de Paris et à leurs « villes nouvelles », menant des études pionnières en 1977/78 sur les quartiers et sous-quartiers d’Antony et d’ailleurs. Elle a eu une influence remarquable sur les politiques d’urbanisme de la région. En 1980, elle a obtenu la certification pour enseigner l’architecture en France, ce qu’elle a fait entre 1984 et 1988 à l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Paris-Val de Seine (UP9). Au début des années 1980, elle a également réalisé des projets de recherche sur la démocratie locale et le développement urbain pour le gouvernement français. Son engagement dans le développement urbain ne l’a pas empêchée de se lancer dans d’autres domaines. Elle a ouvert en 1987 à Paris une galerie très influente nommée Mostra, dans laquelle elle a travaillé avec des artistes, designers et architectes tels que Jean Nouvel, Rem Koolhaas, Christian de Portzamparc, François Rouan, Pierre Buraglio, Arata Isozaki, Bernar Venet et Peter
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Par Philip Jodidio
Klasen. Des expositions thématiques étaient organisées dans la galerie pour questionner l’approche créative des architectes, artistes et designers contemporains de l’époque. Parallèlement, Elizabeth de Portzamparc a commencé à créer un nombre important de meubles et objets, comme son Bureau 24 heures (1985), qui a été exposé entre autres au Musée Seibu à Tokyo et à la Fondation Cartier puis acquis en 1989 par le Fonds National d’Art Contemporain à Paris. En 1987, elle a ouvert sa propre agence d’architecture. Elizabeth de Portzamparc a rencontré Christian de Portzamparc en 1981, mais était déjà incontestablement impliquée dans sa propre carrière très créative depuis bien longtemps avant que son mari ne soit lauréat du Prix Pritzker. Son exceptionnel intérêt pour un mélange de développement urbain, design, art et architecture la distingue dans la scène contemporaine en France et dans d’autres pays. Les deux ont travaillé ensemble sur plusieurs projets, y compris l’Ambassade de France à Berlin et d’autres projets publiés dans ce volume, mais le travail d’Elizabeth de Portzamparc montre clairement sa propre approche et orientation. Vers la fin des années 1980, Elizabeth de Portzamparc a commencé à travailler progressivement sur des projets plus significatifs, souvent remportés lors de concours dans lesquels elle était en compétition avec des architectes bien plus connus. En 1989, elle a gagné le concours pour le Centre d’Information de l’Assemblée Nationale, en 1992 pour la muséographie du Musée national de la Corée et en 1995 pour le Musée de la Bretagne à Rennes. Dans ce dernier, elle a réussi à rassembler sa sensibilité aux questions urbaines et les complexités d’un projet de muséographie. Le projet de Rennes comprend des dispositifs qui rappellent les rues d’une ville, avec des « bâtiments » dédiés à chaque période, et un « tunnel » qui symbolise les deux Grandes Guerres.
Un autre aspect intéressant des installations du Musée de la Bretagne est l’espace ouvert et flexible dédié à la période contemporaine, qui rendent largement possibles de futures modernisations technologiques. La réunion d’une connaissance très précise des questions urbaines avec le talent pour créer des espaces réellement flexibles se manifeste assez vite dans la carrière architecturale d’Elizabeth de Portzamparc. Ses efforts ont été récompensés ultérieurement, en 1997, lorsqu’elle a gagné le concours pour le design des stations et du mobilier urbain du réseau métropolitain de tramway de Bordeaux. A cette occasion, son expérience dans le domaine du design de mobilier et d’objets s’est associée à sa notion de ville, des différents quartiers et leurs exigences. Son design subtil a réussi à créer une identité unique pour le réseau de tramway et pour la ville. Ses stations ouvertes et transparentes ne créent pas de barrières physiques dans la ville, contrairement à d’autres propositions qui l’auraient fait. Elizabeth de Portzamparc a affirmé par la suite sa réputation et sa capacité à entreprendre des projets de grande envergure avec le Musée de la Romanité de Nîmes, dont le chantier s’achève en 2017, mais aussi avec le Grand Equipement Documentaire (GED) à Aubervilliers et la gare du Bourget, élément de grande importance dans le système de transport ferroviaire du Grand Paris. Il a été mis en évidence que les femmes auteurs de gares ferroviaires, en France ou ailleurs, sont très rares. A Nîmes, à Aubervilliers et au Bourget, Elizabeth montre un sens très développé des sites concernés et de leurs usages. Il ne s’agit absolument pas de projets d’architecture contemporaine isolés ; ils sont intégrés à leur site et à leur environnement et apportent un confort maximal d’utilisation. Il est évident qu’ils sont le résultat de son expérience dans des domaines qui ne concernent pas uniquement l’architecture et le design, mais aussi la sociologie et l’aménagement urbain. Le design du projet
d’Aubervilliers, ainsi que d’autres projets d’Elizabeth de Portzamparc, possèdent des volumes superposés conçus pour donner à la fois une impression de masse allégée et créer des espaces intérieurs remplis de lumière, ou des jardins dont les usagers peuvent profiter. A Nîmes, en assumant pleinement le contraste entre son design léger et la lourdeur du bâtiment voisin des Arènes romaines, elle crée un parcours urbain qui appelle les visiteurs à entrer dans le musée ou à aller dans son jardin qui se trouve juste derrière. Connecté à son contexte, le Musée de la Romanité forme un lien entre passé et présent dans une ville qui a connu 2 000 ans d’histoire. Le travail d’Elizabeth de Portzamparc ne s’est pas limité à la France. Plusieurs de ses thèmes récurrents, y compris le dialogue entre ses bâtiments et leur environnement – à la fois naturels et urbains – et l’insistance sur la création d’espaces flexibles, qu’elle appelle « total flex », sont clairement visibles dans ses projets à l’étranger, comme la tour Oasis à Rabat ou les Garden Towers à Miami. Dans ces deux cas, elle s’intéresse aux conditions locales, de la culture marocaine aux vents de Miami. Ces bâtiments sont à la fois modernes, écologiquement responsables, flexibles et enracinés dans leur site. Comme elle l’explique dans son introduction au présent livre, Elizabeth de Portzamparc, en partie sûrement grâce à ses origines brésiliennes et à son expérience à Paris, tend à centrer son travail sur l’amélioration de l’environnement urbain en son sens le plus large. Elle dit : « Je crois que la création de liens urbains et sociaux est un thème fondamental de mon travail. Mon projet le plus récent, la tour à Taichung qui sera construite à Taiwan, peut être vue comme une synthèse de 30 années d’expérimentation dans ce domaine. En effet, mes premiers travaux d’architecture intérieure et de muséographie avaient pour objectif de faire des intérieurs une partie intégrante de la ville. Ce sens de coexistence
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ELIZABETH DE PORTZAMPARC
UN ÉQUILIBRE INTELLIGENT : LE TRAVAIL D'ELIZABETH DE PORTZAMPARC
urbaine et d’interpénétration s’exprime de manière encore plus forte dans le projet de Taichung, qui sera un véritable quartier vertical, où les espaces publics entreront dans la tour, avec de petites places et rues verticales. Je suis fière de dire que ce sera la première tour de quatrième génération.» Elle a également montré une grande sensibilité aux questions quasi omniprésentes de coût que les clients imposent aux architectes, trouvant des solutions innovantes pour résister aux contraintes faisant qu’en général les autres bâtiments sont ordinaires et sans réel intérêt. Elle l’a fait principalement grâce à son sens subtil de l’espace et de la structure. Cela se voit dans ses nombreux projets à usage mixte mais aussi lorsqu’elle prend en main la question cruciale des logements à bas coût ou même des préfabriqués d’urgence. Sûrement grâce aux études qu’elle a menées sur les problèmes d’habitation dans la région de Paris, elle porte une sensibilité évidente envers les plus démunis ou les personnes dans le besoin. La variété et l’ampleur des projets publiés dans le présent livre, dont certains n’ont pas été construits ou sont en cours de réalisation, placent résolument Elizabeth de Portzamparc au premier rang de l’architecture contemporaine française, mais son expérience internationale et ses projets faits pour d’autres pays démontrent aussi son émergence vers un rang plus élevé d’architectes de renommée mondiale. Ici, l’architecture et le design maintiennent un équilibre délicat entre sensualité et enracinement, entre fonctionnalité et l’idée que l’architecture moderne est toujours capable de créer des sensations fortes, de l’excitation, tout en restant à l’aise dans son environnement. Le Brésil, au-delà de ce que peuvent comprendre la plupart des observateurs occidentaux, est bien l’un des pays majeurs de l’architecture, du design et de
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l’art modernes. Niemeyer et les autres n’étaient pas des disciples de Le Corbusier, mais des leaders dans la création d’un nouveau monde de modernité, peut-être toujours majoritairement symbolisé par Brasilia. Cette terre de contrastes entre richesse et pauvreté, avec sa surabondance naturelle et ses grandes villes comme Rio et São Paulo, reste une grande source d’idées et de créativité. Rio est la ville natale d’Elizabeth de Portzamparc, et c’est également la ville où elle a créé le projet non construit de Marina da Gloria, comprenant un centre culturel urbain, une marina, un parc et la restructuration d’un parc projeté à l’origine par le grand Roberto Burle Marx. Plutôt que de chercher à marquer sa présence de manière directe dans ce site sensible par son contexte, l’architecte a choisi de fondre les nouveaux équipements dans le paysage, pour éviter de bloquer la vue sur la baie de Guanabara et sur le Pain de Sucre. Le parc et le site sont préservés dans le projet même, lorsque l’architecte introduit de nouveaux espaces imprégnés de la flexibilité dont elle a fait l’une des qualités de la signature de son design. Beaucoup d’architectes ont démontré une capacité à créer à une échelle donnée – par exemple, celle d’une maison familiale. Cela dit, même ceux qui maîtrisent un certain type de bâtiment ne sont pas sûrs de monter (ou de descendre) dans l’échelle avec succès. Elizabeth de Portzamparc a créé des projets dans toutes les échelles : de la bague à la forme insolite, qu’elle porte souvent, aux tours à usage mixte et stations de métro. En quelque sorte, de la même façon que sa bague s’ajuste parfaitement à son doigt, aussi ses bâtiments minutieusement étudiés englobent leur site et se l’approprient. Des théories sur le genius loci (le génie des lieux) ont abondé dans l’architecture moderne, cependant le plus souvent ces idées ne font que des allusions aux lieux et à l’histoire. Elizabeth de Portzamparc a trouvé le point d’équilibre entre architecture, nature et lieu, allant
occasionnellement jusqu’à l’audace, comme à Nîmes, pour marquer délibérément un contraste avec l’Histoire.
sensible d’équilibre où son travail s’accorde avec le bâtiment, tout en restant une création très personnelle.
Plutôt de que créer une vision moderne d’un temple romain, par exemple, elle a choisi la légèreté pour signaler la présence de la modernité qui s’oppose au monument de pierre des Arènes historiques. Cela n’est absolument pas la modernité de la tabula rasa ; il s’agit plutôt d’une ouverture et d’une acceptation, de l’histoire mais aussi de la nature, même dans un contexte urbain. L’architecture romaine de Nîmes est typiquement basée sur la définition des axes urbains ; ainsi, Elizabeth a créé un passage semi-public qui donne accès au jardin archéologique et qui révèle précisément un axe romain, un lien entre les autres vestiges archéologiques de la ville ancienne et les Arènes.
Les projets d’architecture intérieure d’Elizabeth de Portzamparc, par exemple celui de l’Ambassade de France à Berlin, montrent encore une fois son aptitude à définir une utilisation intelligente de l’espace, en l’occurrence en collaboration avec plusieurs artistes. Sa proposition était de faire de la nouvelle Ambassade une « vitrine » de la créativité française. Elizabeth de Portzamparc a ainsi joué un rôle central dans le choix des artistes et des œuvres présentées, et s’est assurée que son propre projet d’architecture intérieure prenait en compte ces éléments. Ses meubles sont à la fois confortables et modernes, souvent marqués par l’utilisation de matières et de couleurs inattendues. De même que les meubles et l’architecture intérieure, les couleurs choisies ne sont jamais dissonantes ou agressives, mais plutôt présentes et rassurantes, tout en signifiant la présence de l’architecte et son concept unifiant. Ce n’est certainement pas toujours facile pour Elizabeth de Portzamparc de travailler avec son époux lauréat du Pritzker Prize, mais à Berlin, comme dans d’autres occasions, elle réussit à trouver un point
En s’aventurant dans des mondes habituellement dominés par les hommes, comme celui de la création et de la construction d’équipements publics, Elizabeth de Portzamparc a non seulement montré sa combativité mais aussi son aptitude à imposer ses idées, avec une ténacité qui est tout à son honneur. Sa façon de voir les bâtiments comme plus que des blocs monolithiques est liée aux questions très contemporaines d’écologie et de flexibilité. Il s’agit d’une architecture qui s’impose moins qu’elle ne s’intègre à son environnement, cherchant à inviter les usagers et souvent le public en général à entrer. Aussi, la lumière et l’air circulent librement dans ses espaces, qui ne sont pas enfermés, mais plutôt urbains et connectés. Avec son expérience singulière et diversifiée et une sensibilité évidente, Elizabeth de Portzamparc a défini son propre style sans qu’il ne soit formel. L’apparence de ses projets variant presque autant que les finalités ou les sites où ses bâtiments sont insérés, son approche est plutôt fonctionnelle. Le respect de la fonctionnalité et la recherche de différentes formes d’intégration d’une architecture dans son environnement n’empêchent pas une certaine sensualité. Mais son architecture n’est pas ouvertement sensuelle, elle ne possède aucun geste gratuit ou superflu ; elle est résolument moderne et donc largement dépourvue d’ornements, cherchant plutôt à définir une présence matérielle qui scintille généreusement.
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ELIZABETH DE PORTZAMPARC
UN ÉQUILIBRE INTELLIGENT : LE TRAVAIL D'ELIZABETH DE PORTZAMPARC
urbaine et d’interpénétration s’exprime de manière encore plus forte dans le projet de Taichung, qui sera un véritable quartier vertical, où les espaces publics entreront dans la tour, avec de petites places et rues verticales. Je suis fière de dire que ce sera la première tour de quatrième génération.» Elle a également montré une grande sensibilité aux questions quasi omniprésentes de coût que les clients imposent aux architectes, trouvant des solutions innovantes pour résister aux contraintes faisant qu’en général les autres bâtiments sont ordinaires et sans réel intérêt. Elle l’a fait principalement grâce à son sens subtil de l’espace et de la structure. Cela se voit dans ses nombreux projets à usage mixte mais aussi lorsqu’elle prend en main la question cruciale des logements à bas coût ou même des préfabriqués d’urgence. Sûrement grâce aux études qu’elle a menées sur les problèmes d’habitation dans la région de Paris, elle porte une sensibilité évidente envers les plus démunis ou les personnes dans le besoin. La variété et l’ampleur des projets publiés dans le présent livre, dont certains n’ont pas été construits ou sont en cours de réalisation, placent résolument Elizabeth de Portzamparc au premier rang de l’architecture contemporaine française, mais son expérience internationale et ses projets faits pour d’autres pays démontrent aussi son émergence vers un rang plus élevé d’architectes de renommée mondiale. Ici, l’architecture et le design maintiennent un équilibre délicat entre sensualité et enracinement, entre fonctionnalité et l’idée que l’architecture moderne est toujours capable de créer des sensations fortes, de l’excitation, tout en restant à l’aise dans son environnement. Le Brésil, au-delà de ce que peuvent comprendre la plupart des observateurs occidentaux, est bien l’un des pays majeurs de l’architecture, du design et de
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l’art modernes. Niemeyer et les autres n’étaient pas des disciples de Le Corbusier, mais des leaders dans la création d’un nouveau monde de modernité, peut-être toujours majoritairement symbolisé par Brasilia. Cette terre de contrastes entre richesse et pauvreté, avec sa surabondance naturelle et ses grandes villes comme Rio et São Paulo, reste une grande source d’idées et de créativité. Rio est la ville natale d’Elizabeth de Portzamparc, et c’est également la ville où elle a créé le projet non construit de Marina da Gloria, comprenant un centre culturel urbain, une marina, un parc et la restructuration d’un parc projeté à l’origine par le grand Roberto Burle Marx. Plutôt que de chercher à marquer sa présence de manière directe dans ce site sensible par son contexte, l’architecte a choisi de fondre les nouveaux équipements dans le paysage, pour éviter de bloquer la vue sur la baie de Guanabara et sur le Pain de Sucre. Le parc et le site sont préservés dans le projet même, lorsque l’architecte introduit de nouveaux espaces imprégnés de la flexibilité dont elle a fait l’une des qualités de la signature de son design. Beaucoup d’architectes ont démontré une capacité à créer à une échelle donnée – par exemple, celle d’une maison familiale. Cela dit, même ceux qui maîtrisent un certain type de bâtiment ne sont pas sûrs de monter (ou de descendre) dans l’échelle avec succès. Elizabeth de Portzamparc a créé des projets dans toutes les échelles : de la bague à la forme insolite, qu’elle porte souvent, aux tours à usage mixte et stations de métro. En quelque sorte, de la même façon que sa bague s’ajuste parfaitement à son doigt, aussi ses bâtiments minutieusement étudiés englobent leur site et se l’approprient. Des théories sur le genius loci (le génie des lieux) ont abondé dans l’architecture moderne, cependant le plus souvent ces idées ne font que des allusions aux lieux et à l’histoire. Elizabeth de Portzamparc a trouvé le point d’équilibre entre architecture, nature et lieu, allant
occasionnellement jusqu’à l’audace, comme à Nîmes, pour marquer délibérément un contraste avec l’Histoire.
sensible d’équilibre où son travail s’accorde avec le bâtiment, tout en restant une création très personnelle.
Plutôt de que créer une vision moderne d’un temple romain, par exemple, elle a choisi la légèreté pour signaler la présence de la modernité qui s’oppose au monument de pierre des Arènes historiques. Cela n’est absolument pas la modernité de la tabula rasa ; il s’agit plutôt d’une ouverture et d’une acceptation, de l’histoire mais aussi de la nature, même dans un contexte urbain. L’architecture romaine de Nîmes est typiquement basée sur la définition des axes urbains ; ainsi, Elizabeth a créé un passage semi-public qui donne accès au jardin archéologique et qui révèle précisément un axe romain, un lien entre les autres vestiges archéologiques de la ville ancienne et les Arènes.
Les projets d’architecture intérieure d’Elizabeth de Portzamparc, par exemple celui de l’Ambassade de France à Berlin, montrent encore une fois son aptitude à définir une utilisation intelligente de l’espace, en l’occurrence en collaboration avec plusieurs artistes. Sa proposition était de faire de la nouvelle Ambassade une « vitrine » de la créativité française. Elizabeth de Portzamparc a ainsi joué un rôle central dans le choix des artistes et des œuvres présentées, et s’est assurée que son propre projet d’architecture intérieure prenait en compte ces éléments. Ses meubles sont à la fois confortables et modernes, souvent marqués par l’utilisation de matières et de couleurs inattendues. De même que les meubles et l’architecture intérieure, les couleurs choisies ne sont jamais dissonantes ou agressives, mais plutôt présentes et rassurantes, tout en signifiant la présence de l’architecte et son concept unifiant. Ce n’est certainement pas toujours facile pour Elizabeth de Portzamparc de travailler avec son époux lauréat du Pritzker Prize, mais à Berlin, comme dans d’autres occasions, elle réussit à trouver un point
En s’aventurant dans des mondes habituellement dominés par les hommes, comme celui de la création et de la construction d’équipements publics, Elizabeth de Portzamparc a non seulement montré sa combativité mais aussi son aptitude à imposer ses idées, avec une ténacité qui est tout à son honneur. Sa façon de voir les bâtiments comme plus que des blocs monolithiques est liée aux questions très contemporaines d’écologie et de flexibilité. Il s’agit d’une architecture qui s’impose moins qu’elle ne s’intègre à son environnement, cherchant à inviter les usagers et souvent le public en général à entrer. Aussi, la lumière et l’air circulent librement dans ses espaces, qui ne sont pas enfermés, mais plutôt urbains et connectés. Avec son expérience singulière et diversifiée et une sensibilité évidente, Elizabeth de Portzamparc a défini son propre style sans qu’il ne soit formel. L’apparence de ses projets variant presque autant que les finalités ou les sites où ses bâtiments sont insérés, son approche est plutôt fonctionnelle. Le respect de la fonctionnalité et la recherche de différentes formes d’intégration d’une architecture dans son environnement n’empêchent pas une certaine sensualité. Mais son architecture n’est pas ouvertement sensuelle, elle ne possède aucun geste gratuit ou superflu ; elle est résolument moderne et donc largement dépourvue d’ornements, cherchant plutôt à définir une présence matérielle qui scintille généreusement.
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ELIZABETH DE PORTZAMPARC
NOUVELLE ARCHITECTURE « La beauté des choses est la vérité qu’elles dégagent au fil des heures. » Elizabeth de Portzamparc
« Les contacts humains produisent l’intelligence qui façonne notre société. C’est ce que nous montrent les Hommes du Néolithique en se sédentarisant il y a 12 000 ans dans les premiers villages. Ces rapprochements humains ont permis de développer les échanges et l’intelligence collective, créant ainsi un contexte extrêmement fécond pour les inventions fondatrices de notre civilisation comme l’écriture, l’irrigation, la roue, les colonnes, etc. Aujourd’hui, les contacts humains virtuels évoluent et se diversifient à vitesse exponentielle. Il est de notre devoir de faire en sorte que l’intelligence humaine ne s’efface pas, ni devant la vitesse de ces échanges, ni face à l’essor de l’intelligence artificielle et à l’appauvrissement social dû à l’individualisme régnant, ni ne se laisse vaincre par les dérives des systèmes financiers déconnectés de la réalité sociale et gouvernés par des logiciels non maîtrisables par l’homme. L’intelligence humaine se doit d’être le rempart contre ces dangers. L’espace, si public, devient vecteur d’interactions humaines et de formation de communautés d’idées capables de produire de l’action. L’architecture étant toujours la matérialisation des idéaux et valeurs d’une époque, nos projets incluent toujours une abondance d’espaces et de lieux de convivialité, une architecture composée d’espaces ouverts, flexibles et adaptables qui deviennent des interfaces privilégiées entre l’Homme et la Nature et entre les Hommes, pour que prime toujours le potentiel d’interactions entre les êtres vivants, voie de transformations sociales. » Elizabeth de Portzamparc - Rencontres Capitales (Académie des Sciences, le 26 novembre 2016)
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Par Elizabeth de Portzamparc
S’interroger sur ce qui a modelé notre vision de la société, faire preuve de réflexivité, nous est indispensable en tant qu’auteur et acteur de notre univers.
par les propriétés des autres parties. Enfin, ce sont les interrelations des parties qui déterminent la structure de la trame entière. »
De mon Brésil natal, j’ai emporté de lourds bagages. De grandes valises remplies par mes contradictions de jeune fille habituée au confort mais ne se résignant pas à regarder impassible ceux qui en manquent, car appartenant aux vieilles élites conscientes de leur rôle dans la construction d’une nation1, suivant les préceptes de Gramsci : « Le pessimisme de la raison nous oblige à l’optimisme de la détermination. »
Voilà ce que je considère comme la colonne vertébrale de ma pensée dès mes débuts dans la vie active : cette notion de liens et de relations qui s’enrichissent mutuellement sont à la base de mon envie d’agir, de transformer la société. Cette idée aboutit naturellement aux notions d’ouverture, de générosité, de solidarité et de communauté. Elle s’oppose aux termes de fermeture, de barrière, d’individualisme. Et ici, l’architecture s’avère incontournable : en tant qu’urbanistes et architectes, nous nous devons de favoriser l’émergence d’une vie sociale par la création des supports spatiaux adéquats.
Je porte de mon pays natal cet héritage de l’inquiétude d’une conscience de classe responsable et la poésie joyeuse de la musique brésilienne que je laisse transparaître dans les formes de mes œuvres. Découvrir, dès son plus jeune âge, les immenses écarts sociaux de la société brésilienne et constater la misère ne peut laisser aucun être humain indifférent. L’envie de comprendre et d’agir sur l’ensemble de ces problèmes m’a d’abord poussée vers des études universitaires d’économie et de sociologie, les plus aptes à mon sens à y apporter des réponses efficaces. C’est ainsi que je me suis retrouvée étudiante en France. Parmi les innombrables apports de connaissance dont j’ai bénéficié, les débats orchestrés par le philosophe Henri Lefebvre concernant le « Droit à la ville » m’ont assurément marquée. Ensuite, la découverte – grâce au physicien F. Capra – de la notion fondamentale en physique et dans le taoïsme des interconnexions totales entre les éléments de l’univers a été une véritable révélation qui a enrichi mon regard sur le Monde. « L’Univers apparaît [...] comme une trame d’événements interconnectés ; aucune des propriétés d’une partie de la trame n’est fondamentale : elles sont toutes générées
Le Tao de la physique – Fritjof Capra
Ce dernier thème a été développé de manière récurrente dans mon travail, il en représente en quelque sorte le fil d’Ariane. Il a été décliné de différentes manières, mais de façon systématique, que ce soit par les ouvertures constantes vers la ville et les connexions multiples avec celle-ci, par les dispositifs “urbains” de tous mes équipements publics, ou encore par les espaces de vie collective conçus, entre autres, pour le journal Le Monde. Je l’ai développé de manière plus affirmée encore dans mes projets de grande échelle comme les tours de Bagnolet, de Miami, la tour Oasis à Rabat, la tour « Taichung Intelligence Operation Center » à Taïwan et la tour Pleyel à Saint-Denis (Grand Paris Nord). Penchons-nous un peu plus précisément sur la question des tours, symptomatique des enjeux contemporains de l’architecture et de l’urbanisme tels que je les entends : les grands bâtiments de bureaux ou de logements, ainsi que les tours construites dans le passé ou en cours actuellement sont une négation de la cité. Peut-on décemment imaginer installer tout un morceau de ville, de 40 à 70 000 m2, voire plus, totalement fermé, clôturé,
introverti, tourné sur lui-même, bref sans lien avec la ville? Concevoir des grands bâtiments ou des tours n’est pas affaire de simple esthétique, et encore moins de seule hauteur. Ce qui est important pour toutes les échelles du bâti l’est d’autant plus pour les tours. Pour cette raison, je propose une lecture spécifique de l’évolution de leur morphologie et de leur raison d’être, et de ce qui représente de mon point de vue le principe vers lequel il faut tendre. La principale qualité de ces tours avant-gardistes de quatrième génération est leur ouverture, leur intégration au contexte. La tour n’est alors plus une interruption de l’urbanité, une parenthèse dans la ville ; elle en devient la prolongation. Cette quête d’ouverture passe d’abord par le socle des tours et de leurs étages inférieurs, espaces publics car connectés au voisinage et à la ville. Nous reconnaissons tous la pertinence de faire de ces socles urbains, ayant des lieux d’accueil pour des équipements ou d’autres fonctions urbaines. Mais il est nécessaire de dépasser l’idée de ce socle urbain et de concevoir des étages supérieurs qui deviennent également des vecteurs de sociabilité et de rencontres, grâce aux multiples liens entre ces espaces et entre les différents plateaux. Sont ainsi créées des places et placettes intérieures sur le modèle de l’espace public, reliées par de véritables rues intérieures qui se déploient verticalement et horizontalement. Ces lieux ont des vocations différenciées, reproduisant les échelles de l’urbain, allant du public au privé plus intime, et représentent en quelque sorte une réinterprétation de la ville au cœur du bâtiment, comme des quartiers et des sous-quartiers, soit tout un morceau de ville verticale. Ce modèle permet l’abolition des barrières entre ville et architecture, et une gradation plus fine des frontières public-privé, voire de façon quelque peu utopique, leur dissolution totale.
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ELIZABETH DE PORTZAMPARC
NOUVELLE ARCHITECTURE « La beauté des choses est la vérité qu’elles dégagent au fil des heures. » Elizabeth de Portzamparc
« Les contacts humains produisent l’intelligence qui façonne notre société. C’est ce que nous montrent les Hommes du Néolithique en se sédentarisant il y a 12 000 ans dans les premiers villages. Ces rapprochements humains ont permis de développer les échanges et l’intelligence collective, créant ainsi un contexte extrêmement fécond pour les inventions fondatrices de notre civilisation comme l’écriture, l’irrigation, la roue, les colonnes, etc. Aujourd’hui, les contacts humains virtuels évoluent et se diversifient à vitesse exponentielle. Il est de notre devoir de faire en sorte que l’intelligence humaine ne s’efface pas, ni devant la vitesse de ces échanges, ni face à l’essor de l’intelligence artificielle et à l’appauvrissement social dû à l’individualisme régnant, ni ne se laisse vaincre par les dérives des systèmes financiers déconnectés de la réalité sociale et gouvernés par des logiciels non maîtrisables par l’homme. L’intelligence humaine se doit d’être le rempart contre ces dangers. L’espace, si public, devient vecteur d’interactions humaines et de formation de communautés d’idées capables de produire de l’action. L’architecture étant toujours la matérialisation des idéaux et valeurs d’une époque, nos projets incluent toujours une abondance d’espaces et de lieux de convivialité, une architecture composée d’espaces ouverts, flexibles et adaptables qui deviennent des interfaces privilégiées entre l’Homme et la Nature et entre les Hommes, pour que prime toujours le potentiel d’interactions entre les êtres vivants, voie de transformations sociales. » Elizabeth de Portzamparc - Rencontres Capitales (Académie des Sciences, le 26 novembre 2016)
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Par Elizabeth de Portzamparc
S’interroger sur ce qui a modelé notre vision de la société, faire preuve de réflexivité, nous est indispensable en tant qu’auteur et acteur de notre univers.
par les propriétés des autres parties. Enfin, ce sont les interrelations des parties qui déterminent la structure de la trame entière. »
De mon Brésil natal, j’ai emporté de lourds bagages. De grandes valises remplies par mes contradictions de jeune fille habituée au confort mais ne se résignant pas à regarder impassible ceux qui en manquent, car appartenant aux vieilles élites conscientes de leur rôle dans la construction d’une nation1, suivant les préceptes de Gramsci : « Le pessimisme de la raison nous oblige à l’optimisme de la détermination. »
Voilà ce que je considère comme la colonne vertébrale de ma pensée dès mes débuts dans la vie active : cette notion de liens et de relations qui s’enrichissent mutuellement sont à la base de mon envie d’agir, de transformer la société. Cette idée aboutit naturellement aux notions d’ouverture, de générosité, de solidarité et de communauté. Elle s’oppose aux termes de fermeture, de barrière, d’individualisme. Et ici, l’architecture s’avère incontournable : en tant qu’urbanistes et architectes, nous nous devons de favoriser l’émergence d’une vie sociale par la création des supports spatiaux adéquats.
Je porte de mon pays natal cet héritage de l’inquiétude d’une conscience de classe responsable et la poésie joyeuse de la musique brésilienne que je laisse transparaître dans les formes de mes œuvres. Découvrir, dès son plus jeune âge, les immenses écarts sociaux de la société brésilienne et constater la misère ne peut laisser aucun être humain indifférent. L’envie de comprendre et d’agir sur l’ensemble de ces problèmes m’a d’abord poussée vers des études universitaires d’économie et de sociologie, les plus aptes à mon sens à y apporter des réponses efficaces. C’est ainsi que je me suis retrouvée étudiante en France. Parmi les innombrables apports de connaissance dont j’ai bénéficié, les débats orchestrés par le philosophe Henri Lefebvre concernant le « Droit à la ville » m’ont assurément marquée. Ensuite, la découverte – grâce au physicien F. Capra – de la notion fondamentale en physique et dans le taoïsme des interconnexions totales entre les éléments de l’univers a été une véritable révélation qui a enrichi mon regard sur le Monde. « L’Univers apparaît [...] comme une trame d’événements interconnectés ; aucune des propriétés d’une partie de la trame n’est fondamentale : elles sont toutes générées
Le Tao de la physique – Fritjof Capra
Ce dernier thème a été développé de manière récurrente dans mon travail, il en représente en quelque sorte le fil d’Ariane. Il a été décliné de différentes manières, mais de façon systématique, que ce soit par les ouvertures constantes vers la ville et les connexions multiples avec celle-ci, par les dispositifs “urbains” de tous mes équipements publics, ou encore par les espaces de vie collective conçus, entre autres, pour le journal Le Monde. Je l’ai développé de manière plus affirmée encore dans mes projets de grande échelle comme les tours de Bagnolet, de Miami, la tour Oasis à Rabat, la tour « Taichung Intelligence Operation Center » à Taïwan et la tour Pleyel à Saint-Denis (Grand Paris Nord). Penchons-nous un peu plus précisément sur la question des tours, symptomatique des enjeux contemporains de l’architecture et de l’urbanisme tels que je les entends : les grands bâtiments de bureaux ou de logements, ainsi que les tours construites dans le passé ou en cours actuellement sont une négation de la cité. Peut-on décemment imaginer installer tout un morceau de ville, de 40 à 70 000 m2, voire plus, totalement fermé, clôturé,
introverti, tourné sur lui-même, bref sans lien avec la ville? Concevoir des grands bâtiments ou des tours n’est pas affaire de simple esthétique, et encore moins de seule hauteur. Ce qui est important pour toutes les échelles du bâti l’est d’autant plus pour les tours. Pour cette raison, je propose une lecture spécifique de l’évolution de leur morphologie et de leur raison d’être, et de ce qui représente de mon point de vue le principe vers lequel il faut tendre. La principale qualité de ces tours avant-gardistes de quatrième génération est leur ouverture, leur intégration au contexte. La tour n’est alors plus une interruption de l’urbanité, une parenthèse dans la ville ; elle en devient la prolongation. Cette quête d’ouverture passe d’abord par le socle des tours et de leurs étages inférieurs, espaces publics car connectés au voisinage et à la ville. Nous reconnaissons tous la pertinence de faire de ces socles urbains, ayant des lieux d’accueil pour des équipements ou d’autres fonctions urbaines. Mais il est nécessaire de dépasser l’idée de ce socle urbain et de concevoir des étages supérieurs qui deviennent également des vecteurs de sociabilité et de rencontres, grâce aux multiples liens entre ces espaces et entre les différents plateaux. Sont ainsi créées des places et placettes intérieures sur le modèle de l’espace public, reliées par de véritables rues intérieures qui se déploient verticalement et horizontalement. Ces lieux ont des vocations différenciées, reproduisant les échelles de l’urbain, allant du public au privé plus intime, et représentent en quelque sorte une réinterprétation de la ville au cœur du bâtiment, comme des quartiers et des sous-quartiers, soit tout un morceau de ville verticale. Ce modèle permet l’abolition des barrières entre ville et architecture, et une gradation plus fine des frontières public-privé, voire de façon quelque peu utopique, leur dissolution totale.
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ELIZABETH DE PORTZAMPARC
Ce système permet néanmoins de préserver, quand cela s’avère nécessaire, la vocation initiale des niveaux selon une hiérarchie claire du privé et du public afin de rester cohérent avec les usages actuels où la tour ne peut être le lieu du tout public. En revanche, l’emploi de ce dispositif permet une grande flexibilité dans le temps et, en cas d’évolution des usages, permettrait d’affirmer encore un peu plus le caractère public des lieux. La conception de ces tours de 4e génération a pour objectif de favoriser le fait d’« être ensemble », de faire société, de relier les individus, de combattre les barrières et l’atomisation, de se projeter vers et construire un avenir commun, de créer ainsi les conditions favorisant l’émergence de l’intelligence collective indispensable au développement des inventions dont notre civilisation a cruellement besoin au vu du contexte actuel. Ici émerge un ensemble de questions qui excèdent largement le domaine spécifique des tours : celle de l’architecture comme étant l’un des fondements du lien social, déjà évoquée, mais également celle de sa temporalité. Cette autre idée majeure structure ma pensée architecturale : le long terme. L’architecture et l’urbanisme ont un cycle de vie très long, très différent de celui de la mode ou des produits de consommation. Nous construisons pour le présent et pour l’avenir, pour les siècles, pas pour 10, ou même 20 ans ! L’architecte n’a d’autre choix que d’intégrer son œuvre dans cet univers en évolution perpétuelle. Le thème de la réversibilité est donc central pour l’architecture, au même titre que sa finalité et son usage, ou encore que son adéquation au contexte bâti, paysager et climatique. Qu’importe l’environnement dans lequel elle s’inscrit, l’œuvre architecturale doit le faire au présent et à l’avenir. C’est la prise en compte de tous ces paramètres, à travers une approche holistique, qui permettra d’échapper à l’obsolescence de l’architecture
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tout en contrecarrant la succession de modes fugaces et le présentisme régnant actuellement. Construire le futur avec la conscience du rôle de l’homme – celui de modeste chaînon dans ce processus de façonnage du monde – guide mes actions. Réfléchir aux débats de chaque époque et y apporter ma modeste contribution guident ma pratique. Imaginer nos édifices dans leurs liens globaux avec le climat de leur région, avec la culture locale, avec leur paysage, leur cadre urbain, l’homme, bref, la vie, n’est que la conséquence évidente de cette réflexion. Aussi, je conçois mes bâtiments comme des symboles architecturaux porteurs de ces valeurs. Afin d’orienter mes propres actions, en partie par la compréhension de l’architecture actuelle et d’anticiper celle qui va venir, il me paraît fondamental de comprendre les relations qu’elle entretient avec notre monde sur différents plans : éthique et esthétique, industriel et technologique, économique et politique, environnemental et écologique, et enfin sur la finalité même de l’acte de création. C’est également pour cette raison que j’ai été jusqu’à constituer au sein de mon agence un petit laboratoire regroupant des collaborateurs polyvalents venant de l’architecture et d’univers autres, comme la sociologie et les sciences politiques par exemple. Ce sont, à mon sens, autant de réponses justes aux défis majeurs induits par la barbarie économique régnante. Aujourd’hui, face à la grande crise de notre civilisation actuelle, une immense prise de conscience collective génère dans le monde cette formidable multiplication d’actions en réaction. Nous sommes nombreux à vouloir apporter des solutions architecturales concrètes et adéquates aux multiples défis contemporains. Malgré toutes les difficultés que cela suppose, j’ai orienté mes projets dans ce sens, et nous étudions avec mon équipe des solutions favorisant la mixité, la flexibilité, l’économie des formes et des matières, la préfabrication,
les constructions économiques, la création d’espaces de vie collective permettant le développement de toute vie sociale et l’émergence d’actions innovantes. L’ensemble de ces pratiques architecturales novatrices sur le plan social et durable annonce, à mon avis, l’avènement d’un mouvement que j’appelle « Nouvelle Architecture ». Ce terme ne désigne pas le retour à un dogmatisme moderniste. Il pointe et fédère des initiatives diverses visant un dénominateur commun : la recherche de solutions architecturales aux défis générés par la crise sociale et énergétique que notre civilisation traverse actuellement. Peu armé en techniques et en exemples pour affronter ces mutations climatiques et sociétales, il m’a semblé important de me fixer des règles pour régir ma propre conception architecturale. Telle la méthode des contraintes créatives fixées par Queneau dans l’Ouvroir de littérature potentielle – OuLiPo –, la rigueur devient source de créativité et d’innovation. J’ai défini ainsi dix thèmes majeurs délimitant les contours de ce que je considère être une Nouvelle Architecture, une architecture engagée dans la construction d’une société vraiment durable. Ces thèmes reflètent les différentes facettes de la question fondamentale que je me pose sur la finalité même de l’architecture, au sens originel : « servir l’Homme et la société ». Désormais, il sera plus approprié de dire « servir l’Homme dans sa relation à son environnement » : 1. L’économie de formes et de matières, par la pureté et la rigueur de l’architecture. Cette recherche de simplicité et de cohérence doit être le fondement de l’esthétique, en s’éloignant pour cela des dérives formalistes de l’architecture récente, génératrice de gaspillage de matières premières. 2. L’inscription de l’architecture dans son cycle long de vie, par la flexibilité, la réversibilité et l’adaptabilité
des plans et des volumes, pour éviter l’obsolescence du bâtiment et permettre la libre mutualisation et la requalification des espaces au gré de l’évolution des usages dans le temps. 3. La préservation de l’identité des lieux, par l’insertion attentionnée des bâtiments dans leur contexte à la fois climatique et formel, soit par une intégration totale, soit par un vrai dialogue avec le site. 4. Le durable urbain et architectural comme inscription dans le temps circulaire de la nature, avec le développement d’une économie circulaire utile à l’autonomie énergétique des territoires et à l’essor de la production et de la consommation locales. 5. La recherche et l’expérimentation des constructions préfabriquées comme réponse rapide à la pénurie générale des logements, notamment au vu de l’accroissement exponentiel de réfugiés de tous types : économiques, politiques, religieux et dorénavant climatiques. 6. La recherche de matériaux durables, recyclables, produits localement, la prise en compte des procédés constructifs traditionnels spécifiques à une culture donnée, en luttant contre le caractère générique potentiellement induit par l’industrialisation des matériaux et des techniques constructives. 7. L’expérimentation et les actions d’auto-construction, en vue du maintien sur place des populations menacées d’exclusion et de l’amélioration des conditions de vie des communautés plus fragiles. 8. Le durable urbain comme notion indissociable de l’aspect social. Le durable doit être vécu comme une pratique de lutte contre les inégalités sociales, par la mise en place de systèmes urbains évitant tous phénomènes de rupture et d’exclusion. Ces pratiques doivent également favoriser la création de liens et de
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Ce système permet néanmoins de préserver, quand cela s’avère nécessaire, la vocation initiale des niveaux selon une hiérarchie claire du privé et du public afin de rester cohérent avec les usages actuels où la tour ne peut être le lieu du tout public. En revanche, l’emploi de ce dispositif permet une grande flexibilité dans le temps et, en cas d’évolution des usages, permettrait d’affirmer encore un peu plus le caractère public des lieux. La conception de ces tours de 4e génération a pour objectif de favoriser le fait d’« être ensemble », de faire société, de relier les individus, de combattre les barrières et l’atomisation, de se projeter vers et construire un avenir commun, de créer ainsi les conditions favorisant l’émergence de l’intelligence collective indispensable au développement des inventions dont notre civilisation a cruellement besoin au vu du contexte actuel. Ici émerge un ensemble de questions qui excèdent largement le domaine spécifique des tours : celle de l’architecture comme étant l’un des fondements du lien social, déjà évoquée, mais également celle de sa temporalité. Cette autre idée majeure structure ma pensée architecturale : le long terme. L’architecture et l’urbanisme ont un cycle de vie très long, très différent de celui de la mode ou des produits de consommation. Nous construisons pour le présent et pour l’avenir, pour les siècles, pas pour 10, ou même 20 ans ! L’architecte n’a d’autre choix que d’intégrer son œuvre dans cet univers en évolution perpétuelle. Le thème de la réversibilité est donc central pour l’architecture, au même titre que sa finalité et son usage, ou encore que son adéquation au contexte bâti, paysager et climatique. Qu’importe l’environnement dans lequel elle s’inscrit, l’œuvre architecturale doit le faire au présent et à l’avenir. C’est la prise en compte de tous ces paramètres, à travers une approche holistique, qui permettra d’échapper à l’obsolescence de l’architecture
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tout en contrecarrant la succession de modes fugaces et le présentisme régnant actuellement. Construire le futur avec la conscience du rôle de l’homme – celui de modeste chaînon dans ce processus de façonnage du monde – guide mes actions. Réfléchir aux débats de chaque époque et y apporter ma modeste contribution guident ma pratique. Imaginer nos édifices dans leurs liens globaux avec le climat de leur région, avec la culture locale, avec leur paysage, leur cadre urbain, l’homme, bref, la vie, n’est que la conséquence évidente de cette réflexion. Aussi, je conçois mes bâtiments comme des symboles architecturaux porteurs de ces valeurs. Afin d’orienter mes propres actions, en partie par la compréhension de l’architecture actuelle et d’anticiper celle qui va venir, il me paraît fondamental de comprendre les relations qu’elle entretient avec notre monde sur différents plans : éthique et esthétique, industriel et technologique, économique et politique, environnemental et écologique, et enfin sur la finalité même de l’acte de création. C’est également pour cette raison que j’ai été jusqu’à constituer au sein de mon agence un petit laboratoire regroupant des collaborateurs polyvalents venant de l’architecture et d’univers autres, comme la sociologie et les sciences politiques par exemple. Ce sont, à mon sens, autant de réponses justes aux défis majeurs induits par la barbarie économique régnante. Aujourd’hui, face à la grande crise de notre civilisation actuelle, une immense prise de conscience collective génère dans le monde cette formidable multiplication d’actions en réaction. Nous sommes nombreux à vouloir apporter des solutions architecturales concrètes et adéquates aux multiples défis contemporains. Malgré toutes les difficultés que cela suppose, j’ai orienté mes projets dans ce sens, et nous étudions avec mon équipe des solutions favorisant la mixité, la flexibilité, l’économie des formes et des matières, la préfabrication,
les constructions économiques, la création d’espaces de vie collective permettant le développement de toute vie sociale et l’émergence d’actions innovantes. L’ensemble de ces pratiques architecturales novatrices sur le plan social et durable annonce, à mon avis, l’avènement d’un mouvement que j’appelle « Nouvelle Architecture ». Ce terme ne désigne pas le retour à un dogmatisme moderniste. Il pointe et fédère des initiatives diverses visant un dénominateur commun : la recherche de solutions architecturales aux défis générés par la crise sociale et énergétique que notre civilisation traverse actuellement. Peu armé en techniques et en exemples pour affronter ces mutations climatiques et sociétales, il m’a semblé important de me fixer des règles pour régir ma propre conception architecturale. Telle la méthode des contraintes créatives fixées par Queneau dans l’Ouvroir de littérature potentielle – OuLiPo –, la rigueur devient source de créativité et d’innovation. J’ai défini ainsi dix thèmes majeurs délimitant les contours de ce que je considère être une Nouvelle Architecture, une architecture engagée dans la construction d’une société vraiment durable. Ces thèmes reflètent les différentes facettes de la question fondamentale que je me pose sur la finalité même de l’architecture, au sens originel : « servir l’Homme et la société ». Désormais, il sera plus approprié de dire « servir l’Homme dans sa relation à son environnement » : 1. L’économie de formes et de matières, par la pureté et la rigueur de l’architecture. Cette recherche de simplicité et de cohérence doit être le fondement de l’esthétique, en s’éloignant pour cela des dérives formalistes de l’architecture récente, génératrice de gaspillage de matières premières. 2. L’inscription de l’architecture dans son cycle long de vie, par la flexibilité, la réversibilité et l’adaptabilité
des plans et des volumes, pour éviter l’obsolescence du bâtiment et permettre la libre mutualisation et la requalification des espaces au gré de l’évolution des usages dans le temps. 3. La préservation de l’identité des lieux, par l’insertion attentionnée des bâtiments dans leur contexte à la fois climatique et formel, soit par une intégration totale, soit par un vrai dialogue avec le site. 4. Le durable urbain et architectural comme inscription dans le temps circulaire de la nature, avec le développement d’une économie circulaire utile à l’autonomie énergétique des territoires et à l’essor de la production et de la consommation locales. 5. La recherche et l’expérimentation des constructions préfabriquées comme réponse rapide à la pénurie générale des logements, notamment au vu de l’accroissement exponentiel de réfugiés de tous types : économiques, politiques, religieux et dorénavant climatiques. 6. La recherche de matériaux durables, recyclables, produits localement, la prise en compte des procédés constructifs traditionnels spécifiques à une culture donnée, en luttant contre le caractère générique potentiellement induit par l’industrialisation des matériaux et des techniques constructives. 7. L’expérimentation et les actions d’auto-construction, en vue du maintien sur place des populations menacées d’exclusion et de l’amélioration des conditions de vie des communautés plus fragiles. 8. Le durable urbain comme notion indissociable de l’aspect social. Le durable doit être vécu comme une pratique de lutte contre les inégalités sociales, par la mise en place de systèmes urbains évitant tous phénomènes de rupture et d’exclusion. Ces pratiques doivent également favoriser la création de liens et de
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ELIZABETH DE PORTZAMPARC
URBANISME ARCHITECTURE MUSÉOGRAPHIE Venant d’une ville moderne, où dans l’architecture régnait le béton précontraint et sa légèreté subséquente, mon regard esthétique a été conditionné par l’absence de décor, par la pureté formelle et par la finesse de l’architecture brésilienne des années 60. Mon regard sur le monde m’a conduite au respect de la culture humaine et de celle des lieux. Ainsi je considère comme des objectifs prioritaires, pour tous projets d’urbanisme et d’architecture, l’usage, la pratique des lieux et des espaces, leurs possibilités d’appropriation par les habitants et la conception d’espaces permettant la production d’interactions entre les êtres. Un urbanisme de liens.
Musée de la Romanité, la gare du Bourget, infrastructure emblématique du Grand Paris, la Bibliothèque bioclimatique du Grand Equipement Documentaire d’Aubervilliers (GED), etc.
Face à la dissolution actuelle des liens sociaux dans nos villes, face à la destruction de l’environnement social et naturel, je conçois l’œuvre architecturale en tant que rempart à cet effondrement massif et mondial de la vie collective et de la culture des lieux par sa capacité à penser des solutions nouvelles pour retisser les lieux et les liens sociaux tant à l’échelle de la ville qu’à celle des bâtiments. Les notions d’usage, de décloisonnement par des connections spatiales et l’ouverture vers la ville, de création d’espaces interactifs en tant que supports de vie collective ont guidé mes projets pour le Musée National de la Corée (1992), le Musée de la Bretagne (1995), la Grande Bibliothèque du Québec - GBQ (2000), l’Ambassade de France à Berlin (1997), la Banque Populaire (2003) et le siège du journal Le Monde (2003). Elles inspirent également tous mes grands équipements récents : le
Sur le plan formel, la recherche des lignes dynamiques a été également une constante dans mon travail depuis mes débuts. La poésie aérienne et fluide de la musique brésilienne doit y être pour quelque chose.
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Le rôle des musées et des bibliothèques évolue dans ce sens : si leurs fonctions premières demeurent celles de « gardiens de la culture » en tant que patrimoine, ce qui est un fondement immuable, la présentation des collections et la consultation des livres se désacralise, s’ouvre vers la ville et se propose de créer des liens interactifs entre les visiteurs. Ma conception de ce type d’équipements a toujours obéi à ces postulats.
J’ai poursuivi et approfondi le principe de décalage des volumes à travers de nombreux projets : les Grandes Marches, la Banque Populaire, Le Monde, Rio Centro et la Casa Jardim, et cela m’a amusé d’accentuer encore plus fortement les jeux des volumes dans mes conceptions récentes pour le Centre Culturel Français de Florianópolis (CCFF), pour Casablanca Les Arènes, pour Marina da Gloria ou encore la gare du Bourget, parmi d’autres. Ces préoccupations initiales se sont enrichies à partir de deux expériences brésiliennes. La première est celle du bâtiment à énergie positive conçu pour le CCFF (2008),
projet pour lequel une série de dispositifs spatiaux ont été pensés pour répondre aux aspects durables et sociaux voulus. J’ai intégré dans ce projet, pourtant conçu pour les élites fréquentant « l’Alliance Française », des éléments programmatiques ouverts aux populations fragiles avoisinantes. Ensuite, j’ai eu la grande chance de concevoir en 2009 un projet pour un concours sur invitation lancé par l’institution socio-culturelle et médicosportive exemplaire au Brésil qu’est le SESC, devenue célèbre dans le monde et chez les architectes grâce au formidable bâtiment SESC-Pompéia conçu par Lina Bo Bardi. Cette véritable ville ouverte à tous, avec des équipements sociaux indispensables de grande qualité, attire les populations de toutes les catégories sociales, venant découvrent l’art, le théâtre, le cinéma d’auteur et d’autres activités culturelles. Depuis, j’essaye de m’inspirer de ces principes généreux dans le cadre de mes propres travaux, en faisant des projets d’architecture très ouverts sur leur environnement écologique et social. Je cherche à ce que l’ensemble de leurs qualités soient profitables à tous et puissent générer, par leurs connexions, un fort impact positif social et urbain pour les territoires desquels ils deviennent parties prenantes. À présent, en faisant l’archéologie de mon propre travail, j’identifie plus nettement que ces préoccupations ont été les postulats – conscients ou non – ayant toujours guidé ma conception au fil de ces années.
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URBANISME ARCHITECTURE MUSÉOGRAPHIE Venant d’une ville moderne, où dans l’architecture régnait le béton précontraint et sa légèreté subséquente, mon regard esthétique a été conditionné par l’absence de décor, par la pureté formelle et par la finesse de l’architecture brésilienne des années 60. Mon regard sur le monde m’a conduite au respect de la culture humaine et de celle des lieux. Ainsi je considère comme des objectifs prioritaires, pour tous projets d’urbanisme et d’architecture, l’usage, la pratique des lieux et des espaces, leurs possibilités d’appropriation par les habitants et la conception d’espaces permettant la production d’interactions entre les êtres. Un urbanisme de liens.
Musée de la Romanité, la gare du Bourget, infrastructure emblématique du Grand Paris, la Bibliothèque bioclimatique du Grand Equipement Documentaire d’Aubervilliers (GED), etc.
Face à la dissolution actuelle des liens sociaux dans nos villes, face à la destruction de l’environnement social et naturel, je conçois l’œuvre architecturale en tant que rempart à cet effondrement massif et mondial de la vie collective et de la culture des lieux par sa capacité à penser des solutions nouvelles pour retisser les lieux et les liens sociaux tant à l’échelle de la ville qu’à celle des bâtiments. Les notions d’usage, de décloisonnement par des connections spatiales et l’ouverture vers la ville, de création d’espaces interactifs en tant que supports de vie collective ont guidé mes projets pour le Musée National de la Corée (1992), le Musée de la Bretagne (1995), la Grande Bibliothèque du Québec - GBQ (2000), l’Ambassade de France à Berlin (1997), la Banque Populaire (2003) et le siège du journal Le Monde (2003). Elles inspirent également tous mes grands équipements récents : le
Sur le plan formel, la recherche des lignes dynamiques a été également une constante dans mon travail depuis mes débuts. La poésie aérienne et fluide de la musique brésilienne doit y être pour quelque chose.
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Le rôle des musées et des bibliothèques évolue dans ce sens : si leurs fonctions premières demeurent celles de « gardiens de la culture » en tant que patrimoine, ce qui est un fondement immuable, la présentation des collections et la consultation des livres se désacralise, s’ouvre vers la ville et se propose de créer des liens interactifs entre les visiteurs. Ma conception de ce type d’équipements a toujours obéi à ces postulats.
J’ai poursuivi et approfondi le principe de décalage des volumes à travers de nombreux projets : les Grandes Marches, la Banque Populaire, Le Monde, Rio Centro et la Casa Jardim, et cela m’a amusé d’accentuer encore plus fortement les jeux des volumes dans mes conceptions récentes pour le Centre Culturel Français de Florianópolis (CCFF), pour Casablanca Les Arènes, pour Marina da Gloria ou encore la gare du Bourget, parmi d’autres. Ces préoccupations initiales se sont enrichies à partir de deux expériences brésiliennes. La première est celle du bâtiment à énergie positive conçu pour le CCFF (2008),
projet pour lequel une série de dispositifs spatiaux ont été pensés pour répondre aux aspects durables et sociaux voulus. J’ai intégré dans ce projet, pourtant conçu pour les élites fréquentant « l’Alliance Française », des éléments programmatiques ouverts aux populations fragiles avoisinantes. Ensuite, j’ai eu la grande chance de concevoir en 2009 un projet pour un concours sur invitation lancé par l’institution socio-culturelle et médicosportive exemplaire au Brésil qu’est le SESC, devenue célèbre dans le monde et chez les architectes grâce au formidable bâtiment SESC-Pompéia conçu par Lina Bo Bardi. Cette véritable ville ouverte à tous, avec des équipements sociaux indispensables de grande qualité, attire les populations de toutes les catégories sociales, venant découvrent l’art, le théâtre, le cinéma d’auteur et d’autres activités culturelles. Depuis, j’essaye de m’inspirer de ces principes généreux dans le cadre de mes propres travaux, en faisant des projets d’architecture très ouverts sur leur environnement écologique et social. Je cherche à ce que l’ensemble de leurs qualités soient profitables à tous et puissent générer, par leurs connexions, un fort impact positif social et urbain pour les territoires desquels ils deviennent parties prenantes. À présent, en faisant l’archéologie de mon propre travail, j’identifie plus nettement que ces préoccupations ont été les postulats – conscients ou non – ayant toujours guidé ma conception au fil de ces années.
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GRAND ÉQUIPEMENT DOCUMENTAIRE - GED
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CRÉDITS D'IMAGES
INDEX DES PROJETS
Les crédits des photographies, images, images de synthèse, schémas et esquisses sont notés pour chaque projet le long de ce livre.
Ambassade de France À Berlin 186–91
Logements à Massy Atlantis Grand Ouest (Architecture) 50–3
Bassins À Flot, Bordeaux 60–5
Logements a Versailles-Chantiers 66–71
La plupart des images ont été fournies par
Borj Attijari 114–19
Marina da Glória 126–33
© 2P-Elizabeth de Portzamparc Architecte et © 2P-Christian de Portzamparc Architecte, à l’exception des contributeurs suivants, que nous mentionnons ici également avec gratitude :
Café de La Musique 210–13
Massy Atlantis Grand Ouest (Urbanisme) 44–7
Casa Jardim 72–7
Modules d’habitation Préfabriqués 78–85
Centre Culturel Français, Florianópolis 134–7
Musée de la Romanité de Nîmes (Architecture) 158–69
Citadelles – La Redoute des Hautes-Bruyères de Villejuif 36–9
Musée de la Romanité de Nîmes (Muséographie) 172–7
© Rod Artefact
© Kreaction
Eco-Quartier, Châtenay-Malabry 40–3
Musée de la Bretagne 178–83
© João Atala
© Lambert Lénack Architectes
Extension en Mer, Monaco 30–5
Musée d’art de Nantong 152–7
© Nicolas Borel
© Jean-Michel Molina
Garden Towers, Miami 94–9
Musée National de la Corée 184–5
© Nicolas Buisson
© Steve Murez
Gare du Bourget 140–5
Résidence Pont de Lumière, Metz 54–9
© Phys Camera
© Guillaume de Roquemaurel
Grand Équipement Documentaire – GED 146–51
Riocentro Parc d’expositions 138–9
© Gitty Darugar
© Schreder
Grande Bibliothèque du Quebec 26–9
Siège Du Groupe Banque Fédérale Des Banques Populaires 192–7
© Yesmine Fourcade
© Leo Seidel
© A. Giordam
© Hervé Ternisien
© Besson Girard
© Serge Urvoy
© R. Guillemot
© SNCF/Arep
© Kamal Khalfi
© Stéphane Ramillon-Ville de Nîmes
254
Hôtel 5 Étoiles à Anfa 104–7 Hôtel 5 Étoiles en Champagne 108–13 Journées Mondiales De La Jeunesse 214–19 Les Grandes Marches 204–9 L’étoile de la Métropole – Pleyel – Tour et Bâtiment-Proue 120–5
Siège Du Journal Le Monde 198–203 Taichung Intelligence Operation Center 86–93 Tour Hyatt Hôtel – Les Arènes, Casablanca 100–3 Tramway de Bordeaux 20–5
255
CRÉDITS D'IMAGES
INDEX DES PROJETS
Les crédits des photographies, images, images de synthèse, schémas et esquisses sont notés pour chaque projet le long de ce livre.
Ambassade de France À Berlin 186–91
Logements à Massy Atlantis Grand Ouest (Architecture) 50–3
Bassins À Flot, Bordeaux 60–5
Logements a Versailles-Chantiers 66–71
La plupart des images ont été fournies par
Borj Attijari 114–19
Marina da Glória 126–33
© 2P-Elizabeth de Portzamparc Architecte et © 2P-Christian de Portzamparc Architecte, à l’exception des contributeurs suivants, que nous mentionnons ici également avec gratitude :
Café de La Musique 210–13
Massy Atlantis Grand Ouest (Urbanisme) 44–7
Casa Jardim 72–7
Modules d’habitation Préfabriqués 78–85
Centre Culturel Français, Florianópolis 134–7
Musée de la Romanité de Nîmes (Architecture) 158–69
Citadelles – La Redoute des Hautes-Bruyères de Villejuif 36–9
Musée de la Romanité de Nîmes (Muséographie) 172–7
© Rod Artefact
© Kreaction
Eco-Quartier, Châtenay-Malabry 40–3
Musée de la Bretagne 178–83
© João Atala
© Lambert Lénack Architectes
Extension en Mer, Monaco 30–5
Musée d’art de Nantong 152–7
© Nicolas Borel
© Jean-Michel Molina
Garden Towers, Miami 94–9
Musée National de la Corée 184–5
© Nicolas Buisson
© Steve Murez
Gare du Bourget 140–5
Résidence Pont de Lumière, Metz 54–9
© Phys Camera
© Guillaume de Roquemaurel
Grand Équipement Documentaire – GED 146–51
Riocentro Parc d’expositions 138–9
© Gitty Darugar
© Schreder
Grande Bibliothèque du Quebec 26–9
Siège Du Groupe Banque Fédérale Des Banques Populaires 192–7
© Yesmine Fourcade
© Leo Seidel
© A. Giordam
© Hervé Ternisien
© Besson Girard
© Serge Urvoy
© R. Guillemot
© SNCF/Arep
© Kamal Khalfi
© Stéphane Ramillon-Ville de Nîmes
254
Hôtel 5 Étoiles à Anfa 104–7 Hôtel 5 Étoiles en Champagne 108–13 Journées Mondiales De La Jeunesse 214–19 Les Grandes Marches 204–9 L’étoile de la Métropole – Pleyel – Tour et Bâtiment-Proue 120–5
Siège Du Journal Le Monde 198–203 Taichung Intelligence Operation Center 86–93 Tour Hyatt Hôtel – Les Arènes, Casablanca 100–3 Tramway de Bordeaux 20–5
255