Skip to main content

N 23 juillet 2016

Page 1

été

© Roger Dorsaz / Léonard Gianadda, photoreporter, 1953

NUMERO 23 | juillet ’16 | trimestriel

Un engagement sans faille

6

Gianadda sur le chemin . . . 15 Attentat à la bombe

30


L’invitée

Sonia, la plus Néo-Zélandaise des Anniviardes Sonia dans «Le cosmos est dans le pré»

La variété des formations, activités et opportunités saisies au bon moment ont permis à Sonia de suivre un parcours original. Grâce aux encouragements de Joseph Savioz, elle entreprend une formation de professeur de ski aidée en cela par Marc Chabloz. Elle oriente toujours ses occupations vers l’extérieur : école de ski, remontées mécaniques de St-Luc, manœuvre à Gégé le menuisier…

Mais oui, un lien existe bien entre un coin de Nouvelle-Zélande et Anniviers, c’est Sonia. Elle a grandi à Viouc, quartier chandolinard de Muraz, passant ses weekends, vacances d’hiver et tous ses étés à StLuc. Dès l’âge de 19 ans, Sonia s’est installée dans ce village.

Puis, quelques pleines lunes plus tard, brevet en poche mais sans travail à l’horizon, Sonia décide de partir pour la Nouvelle-Zélande, terre de promesses, motivée par Linda Massy qui connaît déjà un peu les lieux. Son but premier est l’apprentissage de l’anglais bien sûr. Sans permis de travail, avec Fr. 600.- à disposition et un billet pour un tour du monde dans sa besace, l’aventure commence: à Queenstown, sans logement fixe, campant provisoirement sur un canapé pendant 3 semaines, en habits de ski car chauffage et duvet sont inexistants, Sonia décortique les petites annonces jour après jour, dans un anglais basic avec l’aide d’un copain. Enfin la bonne nouvelle, elle est engagée à l’école de ski locale ! Il faut faire 4 à 6 h. de bus pour aller chercher le permis de travail, les 20 $ dont elle dispose ne suffisent pas à payer le billet retour, tous les guichets d’une banque seront sollicités en vain… finale-

- 2 -

ment, un livreur de pain l’embarque et le trajet dure de 21 h. à 6 h. du matin ! Eh oui, les distances ne sont pas celles d’un village d’Anniviers à l’autre… Confiance en l’humain et cadeau d’anniversaire C’est ainsi que Sonia qualifie son apprentissage de vie sous ces latitudes : faire confiance à l’humain. Et puis, quel beau cadeau d’anniversaire que ce premier engagement, merveilleux ! Sauf que la station de ski se situe à l’ombre…aïe, dur, dur… Le directeur entend son désarroi et lui permet de bosser côté soleil, ouf ! Son anglais progresse et permet une intégration rapide dans l’équipe où elle rencontre Stu. L’envie de « se payer » un couloir ressemblant furieusement à celui du Toûno la titille et, avec l’aide de Stu le patrouilleur, elle concrétise enfin cette aventure. Les préparatifs pour atteindre et skier ce fameux couloir marquent le début de leur histoire. Succession d’hivers Pendant quatre ans, Sonia n’a vécu que les saisons d’hivers, ceux de l’hémisphère sud en Nouvelle-Zélande et ceux de l’hémisphère nord en Anniviers. Ce rythme biologique devient pénible et se ressent aux niveaux physiologique et mental. Décision est alors prise de rester là-bas pendant 3 ans. Pleine de courage, Sonia passe aussi le brevet de prof de ski néo-zélandais, ce qui lui permet d’enseigner aux jeunes qui se lancent dans cette voie. Le travail saisonnier hivernal là-bas est similaire au nôtre, sauf que tous habitent en plaine, les stations ne sont organisées que pour la journée, on n’y séjourne pas. Les trajets pèsent pour ceux qui s’y rendent chaque jour, comme les équipes médicales,


les patrouilleurs, les profs de ski, les employés des remontées ; et tous, sans exception, redescendent le soir, une fois le travail terminé. Mais quand même, un gros brin d’énergie subsiste pour faire la fête au McNeills en fin de journée… Et l’été ? Sonia entreprend une formation de paysagiste et acquiert un certificat national ; la revalorisation des plantes autochtones constitue une bonne part de son travail. Elle développe aussi son goût pour le design de grands jardins d’ornement. Ces expériences élargissent ses compétences et l’amènent aujourd’hui à élaborer, chez nous, le jardin alpin de l’hôtel Weisshorn, là même où les photos d’époque nous

le montrent. Ce splendide jardin offre une raison de plus pour se rendre sur ce belvédère. Retour en Anniviers Dès fin 2006, Sonia et Stu reviennent en Anniviers. Plus tard, ils achètent une maison là-bas, située à mi-chemin entre mer et montagne, au départ de la «scénic road» des lacs. Ils la rénovent et en font leur camp de base chaque automne quand ils retournent au pays des Kiwis. Ici, ils ont monté leurs petites entreprises de paysagistes et de profs de ski. Les Compagnons de la Navizence Mais ce qui occupe Sonia en cet été 2016,

3961 Chandolin

- 3 -

c’est la présidence de la troupe de théâtre qui met sur pied «La Séparation des Races» adaptée du roman de Ch.F. Ramuz. Le travail est énorme et tous ceux qui se sont investis dans ce magnifique projet méritent que nous autres, spectateurs curieux, nous y participions. Une exposition Ramuz se tient au Tzapé sur les hauts de Chandolin jusqu’au 19 septembre et montre aussi des photos de la version jouée à Vissoie en 1960 par les Compagnons d’alors. Dans quelques années peut-être lironsnous la suite des aventures de Sonia, la plus Néo-Zélandaise des Anniviardes, qui sait ? En effet, elle a même obtenu son permis de résidente à vie là-bas, alors… Propos recueillis par Simone Salamin


- 4 -


Sommaire 2 L’invitée

22

Visite du laboratoire Salamin

6

Un engagement sans faille

23

Anniv’info

8

Les routes de l’eau

28 Enviedebouger.com

13

Montagne Club Anniviers

30

Attentat à la bombe

14

Anniviers Tourisme

36

Les travailleurs de l’ombre

15

Gianadda sur le chemin d’images

39

Ski-team Anniviers

16

D’Elie Caloz à l’association ...

40

Dans les alpages autrefois

18

L’agriculture de montagne

44

La crèche

20

Ils auraient pu exister

46

Notre histoire.ch

Concours

à la découverte de notre vallée Je glisse joyeusement de Pinsec à Vercorin et serai desservi dès la mi-juillet d’une liaison postale quotidienne pour le retour de la balade. Mes flancs se louent loin à la ronde grâce à mon magnifique chemin réaménagé.

Qui suis-je ? ✎

Les horaires du bus sur www.anniviers.ch > Guide pratique > Accès et transports Un bon de 50.chez Chabloz sport à St-Luc Le/la gagnant/e sera tiré/e au sort et son nom publié dans l’édition d’octobre du journal «Les 4 Saisons d’Anniviers». Envoyez votre réponse par e-mail à l’adresse 4-saisons@bluewin.ch ou votre carte postale avec la mention « Concours-photo de juillet » à l’adresse: Imprimerie d’Anniviers sàrl, 4 Saisons d’Anniviers, CP 102, 3961 Vissoie. Délai de réponse: 5 septembre 2016

© Photo Nicole Salamin

La gagnante de l’édition n° 22 est Danièle Amos de Sierre La réponse était: 3. Chandolin

- 5 -


portrait

Un engagement sans faille

J

ean-Baptiste Massy est une figure de la vallée. Né en 1928, il a grandi à St-Jean. Après quelques années passées à Sierre, il s’est installé définitivement à Vissoie en 1956. Cet homme, fin et agréable, est et a toujours été un membre actif de la communauté dans laquelle il vit. Constamment prêt à donner de son temps pour la société, il s’est dévoué à différentes causes, toutes chères à son cœur. Les lignes qui suivent feront découvrir à ceux qui ne le connaîtraient pas encore les raisons pour lesquelles Jean-Baptiste Massy est devenu un notable d’Anniviers. Ses activités en faveur de la paroisse Du temps du curé Francey déjà, il arriva que, pour lui rendre service, Jean-Baptiste transvasât le vin de la paroisse. À la mort du curé, en 1964, son vicaire lui succéda et devint le curé Barras. Jusque-là, le curé vivait grâce aux biens de la paroisse, dont il s’occupait de l’administration, et n’avait pas de salaire. Le curé Barras fut le premier curé de Vissoie à recevoir un salaire. Il ne voulut pas reprendre cette lourde tâche administrative. C’est alors Jean-Baptiste Massy qui fut nommé administrateur des biens de la paroisse. Il s’occupait de la tenue des comptes, dont l’ampleur nécessitait une journée entière pour leur révision. Il gérait les vignes et gardait le contact avec le vigneron. Il assurait le paiement des employés. À la fin des vendanges, il allait faire la raclette pour offrir un repas aux travailleurs. Il y fut même accompagné, une fois, par le curé Barras. À cette époque, la confirmation se faisait tous les 5 ans. Le jour de la confir-

mation était aussi le jour du contrôle des comptes, qui couvraient la période entre deux venues de l’évêque. Au début des années 1960, les voitures étaient encore rares. Jean-Baptiste, qui en avait une, fut donc chargé de descendre à Sion chercher l’évêque, de prendre le doyen à Sierre et de les conduire à Vissoie, où les jeunes allaient recevoir le sacrement. Or, une année, au jour prévu, la ville de Sion était totalement fermée à la circulation, car la fête canto-

- 6 -

nale des costumes devait y avoir lieu. Mais Jean-Baptiste, attendu à l’entrée de la ville par un policier, n’eut qu’à le suivre pour se rendre à l’évêché. Il se souvient, avec beaucoup d’amusement, de cette traversée pour le moins originale de la ville. Après la confirmation, le repas, en compagnie du conseil de paroisse, était servi à la cure. L’après-midi avait lieu le contrôle des comptes. Puis il fallait encore redescendre en plaine pour ramener chez eux les


illustres visiteurs. Journées bien chargées que celles-là ! Jean-Baptiste a occupé la fonction d’administrateur de la paroisse de 1964 à 1980. Par la suite, il a continué à rendre divers services et, des années durant, c’est à lui qu’on faisait appel à chaque fois qu’une question sur la paroisse semblait ne pas trouver de réponse ! Son action politique Venant de St-Jean, Jean-Baptiste Massy avait vécu d’abord quelques années à Sierre, avant de s’installer à Vissoie, où il travailla comme machiniste et chef d’équipe à l’Usine. À la fin des années 1960, il est entré au conseil communal de Vissoie. Il y a fonctionné 8 ans comme vice-président (1969-1976) et 4 ans comme président (1977-1980). Il fut le premier président non-bourgeois de la commune. En récompense pour ses bons offices, il reçut par la suite la bourgeoisie d’honneur. Au moment où la société des Forces Motrices de la Gougra SA a fêté ses 25 ans d’existence, en tant que président, il a reçu le don de Frs 50’000.- qu’elle faisait à la commune et l’a dignement remerciée pour ça. Cette belle somme servit à la restauration de la Tour d’Anniviers. Une des tâches marquantes de sa vie politique fut, sans doute, de mener à son terme, avec d’autres, le projet de centralisation scolaire à Vissoie. À peine élu au conseil communal, il avait participé à la première réunion tenue sur ce sujet. Le canton ne voulait guère ouvrir un Cycle d’Orientation pour une si petite vallée. Mais l’inspecteur était favorable à l’idée et le chef de l’instruction publique, Antoine

Zufferey, l’a aussi soutenue. Cela fut donc fait. Les communes d’Ayer et de Grimentz ne voulaient pas du tout que leurs classes partent pour Vissoie. Dans la vallée, les tensions étaient bien perceptibles. Finalement, les deux communes se sont ralliées au projet et le calme est revenu. Auparavant président de la Commission scolaire de Vissoie, Jean-Baptiste Massy fut aussi président de la Commission scolaire d’Anniviers. Il occupa ce poste pendant 8 ans et participa à la mise en route de la nouvelle structure scolaire. Son soutien au folklore et au patois En 1962 naissait une société des patoisants et costumes dans le Val d’Anniviers. Avec son double but, elle a touché des gens dans toute la vallée. Il y a eu jusqu’à 120130 cotisants, venant de tous les villages. Ce qui n’était pas si évident à une période où l’identité villageoise était primordiale. Lors des Fêtes du Rhône à Sierre, en 1969, une centaine d’Anniviards défilèrent. Trois groupes d’enfants aux âges différents dansèrent, ainsi qu’un groupe d’adultes. Et un groupe chanta sous la direction de Denis Savioz. Son principal membre fondateur fut Edouard Florey. Jean-Baptiste fut aussi un ouvrier de la première heure. Il mit beaucoup d’énergie à contribuer au bon fonctionnement de la société. Il écrivit des saynètes en patois pour les soirées qu’elle organisait dans la vallée, qui connurent longtemps du succès. Il consacra aussi du temps à la création du musée qui se trouve à Vissoie. Il fut enfin président de la société de 1980 à 1997.

- 7 -

Autorités de la paroisse de Vissoie en cape traditionnelle

Au moment du décès d’Edouard Florey, il le remplaça au niveau cantonal. Plus tard, en 1991, il accéda à la présidence de la Fédération valaisanne et remplit consciencieusement cette fonction jusqu’en 1997. Il n’a alors pas quitté pour autant le monde du patois. Aujourd’hui encore, il participe aux soirées cantonales, au cours desquelles il a bien souvent pris la parole pour raconter des histoires dans cette jolie langue qui lui tient encore et toujours à cœur. Les fidèles des cafés patois organisés par l’université populaire ont aussi l’occasion de l’y rencontrer. Bravo et merci, Jean-Baptiste, pour vos divers et généreux engagements en Anniviers et pour œuvrer, aujourd’hui encore, à la défense de la langue d’ènn tchyè no. Janine Barmaz


traditions

Les routes de l’eau

C

omment sillonner le Val d’Anniviers sans deviner les tracés tortueux des bisses, ces rigoles qui captent l’eau des glaciers, dégringolent joyeusement les alpages et les prairies, traversent les villages et bondissent au creux des gorges profondes avant de se disperser tranquillement au fond de la vallée. Le chant de l’eau qui ruisselle apaise et rafraîchit l’esprit. Royalement élaborés, ces tranchées de pierre, de bois ou creusées à même la terre assurent la vie là où la survie aurait été difficile. Le Valais détient près de 300 bisses qui traversent plus de 2000 kilomètres. Certains d’entre eux ont été rénovés et sont méticuleusement entretenus. Depuis des millénaires, la vie repose sur ce réseau de canaux historiques fort complexe. A ce jour, le dossier des bisses valaisans est déposé auprès de l’UNESCO pour y être inscrit au patrimoine mondial de l’humanité, en principe dès 2017. La haute route des bisses Pour survivre au cœur d’une nature grandiose ourlant la Couronne Impériale au Val d’Anniviers, nos ancêtres ont su, depuis la nuit des temps, tirer profit du moindre petit lopin de terre en exploitant judicieusement les ressources de leur terroir. Les rayons du soleil sèchent cette terre des Alpes au relief escarpé, et lutter pour s’approprier l’eau n’a pas été facile. Système d’irrigation original aux tracés subtils et acrobatiques, les bisses s’agrippent aux moindres aspérités du terrain. Imaginés et sculptés grâce à la ténacité et au courage des montagnards, souvent au péril de leur vie, ces petits ruisseaux suivent les pentes abruptes de nos

Madeleine Revey-Martin, nettoyage du bisse, la Granzètt, Mayoux 1981

montagnes pour permettre l’exploitation des territoires d’altitude et les transformer en de fertiles pâturages nourriciers pour le bétail. Ce précieux liquide ruisselle vers les villages et s’écoule ensuite au fond de la vallée avant d’atteindre les terres agricoles de la plaine pour y déposer de fertiles limons. Construits et utilisés en consortage d’irrigation, des procureurs assurent l’entretien des bisses, assistés par des consorts responsables de répartir les eaux d’arrosage entre les familles. Au printemps, avant la mise en

- 8 -

eau, la «journée du bisse» réunit tous les agriculteurs pour exécuter les corvées de fin d’hiver et organiser des tournus d’arrosage pendant la journée, selon un calendrier et un règlement d’utilisation rigoureux. Il était en principe interdit d’arroser la nuit et les dimanches, sauf dérogation spéciale (sécheresse, etc.) obtenue de M. le Curé de la Paroisse ou par les autorités villageoises. Un filet d’eau coulait en permanence dans les bisses et à la fin de l’été l’eau était stoppée à sa source pour éviter les dégâts dus au gel.


Deux outils étaient utilisés pour effectuer les travaux d’entretien des bisses. Une plaque de métal avec un manche, nommée lo tornio en patois anniviard, servait à arrêter l’eau pour la diriger ailleurs. La sape, mi-pioche mi-hache, formée d’une large pièce de métal est utilisée pour désobstruer la tranchée et découper des mottes de terres en cubes (blètt en patois). Elle sert à dresser de petits barrages pour dériver l’eau vers un autre petit canal et abreuver un coin de terre. En fait, la pioche date de l’âge du fer et est l’un des plus vieux outils du monde. Parfois étroits ou larges, formés de passages souterrains ou aériens, secs ou en eau, les bisses filent et dévalent les pentes par paliers, de façon spectaculaire. Sur les parois rocheuses à forte dénivellation, les créateurs de bisses ont foré de profonds trous pour fixer les solives qui supportent de lourds chenaux de mélèze. Ce bois précieux, fortement imbibé de résine, est résistant aux chocs, aux sécheresses, aux intempéries et est imputrescible, tout comme le bois de teck qui pousse dans les pays tropicaux et qui est utilisé pour construire des bateaux, entre autres. La mousse végétale servait d’étoupe pour colmater les fuites d’eau des canaux, elle était aussi utilisée comme isolation pour lier les madriers qui formaient les parois des chalets de nos villages. La vie dans nos montagnes n’aurait probablement pas été possible sans un système d’irrigation efficace et de qualité. Avec le déclin de l’agriculture dans les années 1960, les bisses qui irriguaient les champs de céréales et les prés ont été laissés à l’abandon. Actuellement la plupart d’entre eux sont remis en état et entretenus car, à part le fait qu’ils offrent de belles possibilités de randonnées que tout un chacun peut suivre à son rythme, ils mettent en valeur les aspects traditionnels et historiques qui enrichissent et préservent notre héritage culturel vivant.

«Demande le lait à ta chamelle, un fils à ta femme, mais demande l’Eau à Dieu seul».

Bisse des Sarrasins en rénovation, en 2009

Proverbe de la Tribu des Touareg Kel Agala du Sahara L’eau vive des sources Elle est souvent là, sous terre, inaudible, invisible, elle coule lentement sous nos pieds sans que nous n’y prenions garde. Dans les pays arides, des rivières souterraines circulent à l’abri du soleil pour désaltérer la nature, les hommes et les bêtes, donner la vie. Dans l’Oasis d’El-Goléa au cœur du Sahara algérien, j’ai pu observer un système d’irrigation intéressant nommé foggara et descendre au fond de l’un de ses puits (profondeur 5-20 m) creusé dans le massif de dunes pour inspecter une source souterraine et son réseau de galeries verticales. En Algérie, ce système est déjà reconnu patrimoine hydraulique mondial. Les foggara constituent le plus ancien dispositif en usage au Sahara pour diriger l’eau jusqu’aux palmeraies. Captée en amont d’une nappe aquifère, l’eau dégouline le long d’une faible pente à l’intérieur d’une galerie souterraine à l’abri du soleil et est aérée et protégée de l’évaporation. Le liquide chemine ainsi sur plusieurs kilomètres avant de déboucher à l’air libre pour se déverser dans les sequia (canaux d’irrigation des oasis). Ici, l’eau des sables est reine, les enfants ivres de joie s’écla-

- 9 -

boussent en tirant des ricochets et sautillent de joie. Ces tranchées exigent un entretien régulier pour éviter la dégradation des canaux et la pollution de l’eau. Là, on comble les fissures avec de l’argile. Ces constructions sont astucieuses, des puits creusés tous les 4-5 mètres ouvrent l’accès aux ouvriers qui descendent au cœur du désert nettoyer et entretenir la galerie. Connues des Perses, des Assyriens et des Egyptiens depuis plus de 3000 ans, ces techniques hydrauliques se sont répandues de l’Est vers l’Ouest, spécialement en Afrique du Nord. Plusieurs noms les désignent : foggara en Algérie, qanat en Iran, kettara au Maroc, faladj dans le Sultanat d’Oman. En Afghanistan, en Inde et en Chine de telles canalisations existent aussi et les populations locales dépendent principalement des ressources en eau captées de cette manière. En Iran, le problème de l’approvisionnement en eau se pose depuis une époque très ancienne au vu de la configuration hydrométrique réduite dans ce pays. Dans le Dasht-e-Kavir en particulier, la population de ce grand désert salé survit grâce à l’antique système des qanat toujours en usage à ce jour. Le nom qanat est aussi utilisé en Italie mais exclusivement à Palerme en Sicile et ce, depuis l’occupation des Maures vers l’an 535.


Foggara, Oasis d’El Goléa, Sahara algérien 1985

Près d’Erfoud au Maroc, on peut visiter d’immenses cratères de kettara qui permettent de puiser l’eau à plus de 25 mètres sous terre. A Oman dans la Péninsule Arabique, presque 70 % de l’eau est distribuée par ce biais et les récoltes dépendent à 55 % des faladj. Parfois ces réseaux séculaires répartissent le flux d’une source entre plus de 350 canaux, comme une toile d’araignée. Le captage des eaux souterraines étant spé-

cialement compliqué et dangereux, ce sont des sourciers, des personnes douées pour détecter les nappes phréatiques parfois à plus de 50 m de profondeur, qui sont chargés de ce travail. Bisses, Foggara, Qanat, Kettara, Faladj ... Ces noms aux consonances cristallines sont nos ressources de vie, peu importe leur appellation et d’où elles viennent,

n’oublions pas de les respecter, surtout les eaux souterraines car elles sont limitées et ne supportent pas la pollution liée à l’activité humaine. d’ici & d’ailleurs : texte et photos © Dominique Epiney Regolatti,

3961 Grimentz 027 475 18 55

- 10 -


St-Luc

- 11 -


- 12 -


sport

Montagne Club Camp de Pâques

1er jour Ce matin, c’est le départ. Nous sommes tous là au pied des télécabines de Grimentz. Le soleil se lève, nous nous réchauffons gentiment. Nous prenons les cabines, les télésièges des Crêts, le Lona 1 puis le Lona 2. Là, un vent fort nous accueille. Nous posons nos affaires et repartons… enfin, presque : il faut attendre les retardataires qui ne trouvent plus leurs habits chauds. Puis, nous faisons quelques descentes horspiste avant de mettre les peaux de phoque pour aller à la cabane des Becs-de-Bosson déposer quelques affaires. Ensuite, nous redescendons sur l’observatoire de la route de Moiry, où nous mangeons. Après nous être rassasiés, nous remontons jusqu’au Lona 2. Nous remettons les peaux de phoque et passons par derrière les Becs-de-Bosson côté Vallon de Réchy pour rejoindre la cabane. A mi-chemin, une petite corniche se déboîte, nous faisons une halte là-dedans. Soudain, Pasco, qui était assis, reçut un coup de chaussure de ski dans la dent (le coupable-à-la-chaussure-qui-a-casséune-dent-à-Pasco ne sera pas dénoncé). Puis, une soirée et une nuit suivent cette aventure.

dez-vous (arrivée Lona 2) avec le papa de Noah Burgi. Il nous accompagne jusqu’à la cabane des Becs. Pasco n’arrivera pas à venir dormir avec nous, il viendra nous chercher le lendemain matin. 3ème jour Nous nous levons un peu plus tard qu’hier: OUF ! Nous avons le temps de préparer nos affaires. Dès que Pasco arrive, nous partons. Nous descendons un petit moment puis nous mettons les peaux de phoque et faisons le Basset du Levron. Puis, nous redescendons en direction de la route de Moiry et nous la suivons jusqu’à l’Île aux Bosquets. Là, nous dînons. Après nous être rassasiés, nous continuons à skier sur les pistes de Grimentz mais cette fois, vraiment sur les pistes. Puis, nous faisons une halte au bar chez Florioz. Ensuite, les parents viennent nous chercher. C’était une belle aventure, magnifique et rigolote. Merci à Pasco et à tous ceux qui ont été un petit moment avec nous. Lucie Savioz et Léa Salamin

2ème jour Le lendemain, nous déjeunons puis nous partons. Nous montons à pied 10 minutes avant d’arriver en face d’une grande pente. Nous mettons nos skis et descendons de magnifiques pentes avant d’arriver au pied du col de la Brinta. Nous mettons nos peaux de phoque et montons. Après 2 bonnes heures, nous arrivons fatigués mais émerveillés au col. Là, nous dînons. Puis, nous redescendons sur Grimentz où Pasco nous laisse pour aller chez le dentiste à cause de la mésaventure de la veille. Nous skions un moment avant d’arriver au ren-

- 13 -


tourisme

Anniviers Tourisme été 2016

’agenda des animations/manifestations de l’été est ficelé. Des rendezvous incontournables aux dernières nouveautés, le programme risque bien de satisfaire un maximum d’attentes : événements culturels variés, festivals de musique, inalpes/désalpes, events sportifs internationaux, rendez-vous culinaires, marchés artisanaux et autres fêtes au village viendront ponctuer la saison et annoncer un été 2016 haut en couleurs ! Mais surtout cet été il ne faudra pas passer à côté de ces événements… Une pièce de théâtre hors du commun La troupe «Les Compagnons de la Navizence» interprétera durant les mois de juillet et août une pièce de théâtre itinérante à travers le village de Chandolin. Le spectateur sera plongé en plein cœur du roman de Ramuz «La Séparation des Races», dans une configuration hors du commun. Ce spectacle, joué en plein air, dans différents endroits du village, avec des cantines d’époque, des figurants, des animaux vivants, s’annonce comme L’Expérience à vivre absolument. Résumé de la pièce: Un jour de fin d’été, Firmin, berger valaisan, enlève dans les alpages une fille venue de l’autre côté de la montagne, une fille dont la beauté l’a séduit. Avec l’aide de ses compagnons bergers, il la redescend jusqu’au village, et l’installe chez lui, en dépit de l’hostilité de sa vieille mère... Tout oppose les deux communautés villageoises, séparées par une haute chaîne de montagnes, franchissable seulement l’été : le terroir, l’habitat, les coutumes, la religion, la langue. Firmin, le ravisseur, habite un village du Valais francophone et catho-

lique, sur l’adret ensoleillé de la montagne; le pays est riche (pays de vignobles et de cultures variées) mais les gens sont pauvres. Le village de Frieda, sa proie, est germanophone et protestant; pays d’ubac, où la neige reste plus tard, terre froide et pauvre, mais où les gens sont riches et vivent dans de belles maisons de pierre. Telle est la séparation des «races», mot auquel Ramuz donne une signification différente de celle qu’elle a généralement aujourd’hui. Dates des représentations : 15/16 juillet, 22/23 juillet, 29/30 juillet, 5/6 août, 15 août, 19/20 août Réservations et informations : www.ramuz-anniviers.ch RAMUZ

LA SÉPARATION DES RACES MISE EN SCÈNE PAR YANNICK POUJOL

de Grimentz. La parution officielle des 14 jeux historiques, versions conçues tout spécialement pour les jeunes générations, se tiendra aussi à cette occasion, tout comme la présentation des traductions allemandes et anglaises des parcours historiques. Les plus belles images de ces brochures feront quant à elles l’objet de l’exposition estivale à la Tour d’Anniviers. Vernissage : vendredi 22 juillet à 17h Ouverture de l’exposition : du 23 juillet au 28 août 2016, mercredi à dimanche de 13h30-17h00 Pour son concours-photo 2016, Anniviers Tourisme a choisi de valoriser son patrimoine. De juin à septembre, à partir de la thématique «Autour du patrimoine anniviard», les participants pourront laisser libre cours à leur imagination, et faire participer leurs plus beaux clichés. Informations et remise des photos : Office du Tourisme de Grimentz +41(0)27 476 17 00

ROMAN ADAPTÉ POUR LA SCÈNE PAR JEAN-LUC VIRGILIO

CHANDOLIN - ANNIVIERS - 2016 15-16, 22-23 ET 29-30 JUILLET 5-6, 15 ET 19-20 AOÛT 18H00 OUVERTURE DES CAISSES ET CANTINES 20H00 DÉBUT DU SPECTACLE - WWW.RAMUZ-ANNIVIERS.CH

© 2016 W WW.AN TH ON YSA LA MIN. C H I IMPRIMERIE D’ANNIVIERS VISSOIE

L

Le patrimoine sur le devant de la scène Le patrimoine d’Anniviers sera à l’honneur, les 22/23/24 juillet, à l’occasion du «weekend des Parcours Historiques». Au programme : visites guidées des 14 villages, portes ouvertes dans les musées, inauguration du petit dernier «Parcours Anniviard» ainsi que du logement-musée

- 14 -


expo sition

Gianadda sur le chemin d’images Balades dans les années 1950

D

ès ce début d’été et pour deux ans, Vissoie et son chemin d’images ont la chance d’accueillir l’exposition de photos de Léonard Gianadda, mettant en parallèle certains thèmes comme les enfants des écoles, l’eau, etc. ici et autour de la Méditerranée. On connaît l’acuité du regard du célèbre mécène et artiste et on ne peut que se régaler à l’avance de partir à la découverte de sa vision d’une époque de grande transformation. La maman de Léonard Gianadda était Lucquérande, cousine du chanoine Gabriel Pont qui vient de décéder et donc apparentée à la dynastie de l’hôtel BellaTola. C’est d’autant plus un grand honneur de recevoir un tel personnage en Anniviers ! Jean-Louis Claude s’est occupé de la logistique du projet, avec l’aide de la Fondation Pierre Gianadda, de la commune d’Anniviers, de la Sté de Développement et de la Société du village de Vissoie. Jean-Henry Papilloud et Sophia Cantinotti en sont les commissaires, en tant qu’historiens professionnels. La profusion de photos leur a rendu le choix des pièces à exposer très difficile, mais le résultat n’en est que plus exceptionnel. On peut parcourir ce chemin en tout temps, à son rythme, pour se laisser imprégner par cette ambiance particulière. Autour de la chapelle du château, Roger Theytaz exposera une nouvelle fois ses peintures « Du berceau au tombeau » pour compléter une balade artistique enrichissante.

Liddes, 1957, Léonard Gianadda, Médiathèque Valais-Martigny

Le Valais et la Méditerranée (1952-1960), photographies de Léonard Gianadda Léonard Gianadda a de multiples attaches: Italien par son père, il est Martignerain et Anniviard par sa mère. Photoreporter durant sa jeunesse, il a arpenté les continents en quête de découvertes et de nouveaux visages, son Rolleiflex ou son Leica toujours autour du cou. En l’espace d’une dizaine d’années, Léonard a rapporté des milliers de photographies, pour la plupart jamais développées. Révélées récemment au public, elles nous font découvrir un re-

- 15 -

gard curieux et humaniste sur les pays qu’il traverse et la vie des gens qu’il rencontre. Une trentaine de témoignages emblématiques sont présentés sur le chemin d’images de Vissoie ; ils font dialoguer les mondes valaisans et méditerranéens des années 1950. Simone Salamin


musique

D’Elie Caloz à l’association «Les concerts de Chandolin»

L

e fabuleux destin d’Elie Caloz de Chandolin

Dieu merci, le fabuleux destin d’Elie Caloz de Chandolin, génial concepteur des églises de Muraz et de Chandolin et de leurs orgues, se poursuit encore aujourd’hui grâce à des passionnés. Il semble que l’esprit d’un génie ne peut s’éteindre ; il survit donc dans notre plus haut village d’Anniviers qui a inspiré tant d’artistes d’ici et d’ailleurs. Quand on aime… Dès les années 1970, en hôtes amoureux de Chandolin, Alain Guex et son épouse Janine se sont liés d’amitié avec Elie Caloz et Prosper Caloz, membres de la famille du constructeur de l’église et de l’orgue et tous deux successivement directeurs de la chorale. Peu à peu, Alain Guex est devenu l’organiste titulaire de l’église de Chandolin. Premiers tâtonnements Lors des vacances de Noël 2011, un premier concert a été donné avec la collaboration de Jean Piguet, ex-premier violon solo de l’OSR (Orchestre de la Suisse Romande) et nouveau résident à Chandolin. La grande affluence a montré que ce type de concert répondait à une réelle attente, tant des vacanciers que des gens du coin. Ainsi est née l’idée d’offrir de façon régulière des concerts de musique de chambre. Malheureusement l’orgue souffrant de l’air trop sec et des trop grandes différences de température, et n’ayant pas bénéficié de révision générale depuis 1971, il devenait urgent d’envisager une restauration nécessaire au bon fonctionnement de ce bel instrument.

Un facteur d’orgue a été consulté pour un relevage approprié, ce qui signifie un démontage complet, le nettoyage pièce par pièce, le remplacement des pièces usées, le remontage, l’harmonisation et l’accordage. Pour accomplir ce travail minutieux dont le coût a avoisiné les 15’000.- francs, il a fallu trouver le financement. Des idées pour des sous Ce petit groupe de musiciens professionnels s’est impliqué dans le processus en proposant trois concerts annuels gratuits, avec chapeau à la sortie : un lors des fêtes de fin d’année, un en février et un en été. Une somme de plus de Fr. 7’000.- a ainsi pu être récoltée. Avec en plus des dons de particuliers, des aides de la Commune d’Anniviers, d’ASPROLUC et du Canton du Valais, la totalité des frais a été couverte. Fondation de l’Association Puis la décision de pérenniser l’offre des trois concerts chaque année a été concrétisée par la fondation d’une Association « Les Concerts de Chandolin » par Alain Guex, son épouse Janine, Jean Piguet et Nadine Zufferey, conseillère communale.

- 16 -

Des projets artistiques par des musiciens de haut niveau seront mis sur pied et dédiés spécialement à l’église de Chandolin. L’Association devrait permettre à l’avenir de couvrir les frais d’organisation, sachant que les concertistes interprètent les œuvres choisies bénévolement. L’entrée aux concerts sera toujours libre, avec un chapeau présenté à la sortie. Le but de l’Association est de réunir des moyens permettant d’héberger les artistes et d’offrir un défraiement convenable aux musiciens venant de loin (Freiburg im Breisgau, Paris, Scala de Milan…) juste pour le bonheur de vivre de beaux moments de partage tout là-haut. Le programme à l’église de Chandolin Le prochain concert est programmé au 20 juillet prochain avec Marinette Extermann, organiste, Verena Bosshart, flûtiste et professeur à la Haute Ecole de Musique de Berne, Jean Piguet violon, Stephan Rieckhoff, premier violoncelle solo de l’OSR et Alain Guex, hautbois. Puis, en hiver, le 2 janvier 2017, nous


aurons l’honneur d’entendre l’un des meilleurs flûtistes au monde, ami de Jean Piguet : Jacques Zoon et sa famille. Le sort de l’orgue en de bonnes mains En pensant que l’orgue d’origine construit par Elie Caloz vers 1884 dans sa grange à Muraz et transporté à Chandolin en pièces détachées, à dos d’homme et de mulet, est encore jouable aujourd’hui, on ne peut

Musique Classique église de Grimentz

ressentir qu’admiration pour ce génial paysan de montagne et humilité devant tant d’inventivité et d’audace! Pour assurer la qualité de son œuvre et vu le système de remuage en cours à cette époque, Elie Caloz avait élaboré un petit orgue–armoire dans son chalet à Chandolin pour s’entraîner. Ainsi, impossible de perdre la main entre les séjours en plaine et à la montagne. Grand MERCI et bravo à ces hôtes fidèles

et épris de notre vallée qui participent sans compter à l’animation de nos saisons ! Simone Salamin Photos Alain Guex

Pour adhérer à l’Association : lesconcertsdechandolin@bluewin.ch Association Les Concerts de Chandolin c/o Nadine Zufferey Route du Vieux Village 3961 Chandolin

FestiVal d’Anniviers Musique Classique

du 4 -7 août 2016 Pour cette 7e édition, de jeunes artistes de la région, au talent confirmé, se produiront en diverses formations avec des musiciens de renommée internationale. CONCERTS Jeudi 17h, amis Vendredi & Samedi 20h Samedi 11h, enfants Dimanche 11h www.festivaldanniviers.com Office du Tourisme T. 027 476 17 00

Invités Marc Grauwels flûte Pierre-Henry Xuereb viole Lina Luzzi violoncelle Sylviane Bourban mezzo

Trio Portici

Jeudi, moment de découverte par les étudiants des masters classes de piano et de chant. Vendredi, soirée avec Mozart, Chopin et Glinka. Samedi, soirée avec Boccherini, Devienne, Turina, Beethoven et Prokofiev. Dimanche, matinée avec Sarasate, Ravel, Debussy, Reichert, Saint-Saëns, Borne et Schubert.

Stéphane de May piano

À ne pas manquer le samedi matin, le traditionnel concert pour enfants, qui présente cette année une œuvre intéressante : « L’apprenti sorcier » de Paul Dukas.

Damien Pardoen violon

- 17 -

Luc Tooten violoncelle


agri culture

L’agriculture de montagne se meurt-elle ?

Germaine et Maurice Genoud

Une nouvelle série s’ouvre sur la paysannerie de montagne. Elle débute avec ce projet visionnaire proposé par Germaine Genoud de Vissoie (1911-2002) aux autorités communales au début des années 1970 et resté sans suite. Dans les prochaines éditions du 4-Saisons, des rencontres seront proposées avec les agriculteurs d’aujourd’hui et de toutes générations pour savoir ce qu’ils pensent de l’évolution de l’agriculture en Anniviers comparé au projet de Germaine retracé ci-dessous.

C

haque année, un nombre considérable de petites exploitations agricoles disparaissent dans nos vallées valaisannes. L’agriculture n’est plus viable. Le revenu du paysan est bien inférieur au salaire d’un simple manœuvre. C’est pourquoi les jeunes choisissent un métier, font des études, s’engagent à l’usine, travaillent comme manœuvres. La campagne perd de sa beauté, l’herbe n’est plus fauchée, le terrain devient inculte et retourne en friche. Les sentiers de promenade dans les alpages et dans les mayens disparaissent. Cette situation pose de multiples problèmes aux propriétaires de terrain, aux communes, aux autorités. - Le lait frais, aliment indispensable, surtout aux enfants, se fait rare. Il nous arrive de loin, plus cher, en berlingot, et même artificiel dans certains centres. - Notre pays importe de la viande de boucherie en quantité. On parle même de reconstituer cette dernière à base de pétrole. - Le marché de consommation est saturé de produits douteux, ne répondant pas directement à une saine alimentation,

avec des emballages qui posent des problèmes de destruction (pollution de l’air). Il devient de plus en plus difficile de trouver, en vrac, des denrées saines et naturelles. - Pour parer aux dangers de jour en jour plus imminents d’incendie et d’invasions de reptiles, les communes se voient contraintes d’obliger les propriétaires à faucher leurs prés ce qui occasionne des frais inutiles. Dans l’ordre naturel la campagne est faite pour être cultivée et pour nourrir l’homme, tout en lui procurant du travail avec l’appui des techniques modernes : routes, machines, écuries communautaires… C’est toujours avec un serrement de cœur et une grande nostalgie que le paysan assiste, impuissant, à cet abandon de la terre et voit l’herbe naître et se dessécher en pure perte. Mais n’y a-t-il vraiment rien à faire ? Ne serait-il pas possible que la Confédération, l’Etat, les communes envisagent de tirer parti du sol avant qu’il ne soit trop tard ? Avec beaucoup de compréhension, de bonne volonté, d’hommes réalisateurs, j’ai la ferme conviction qu’une organisation d’envergure, méthodique, intelligente,

- 18 -

pourrait trouver une solution satisfaisante, sinon rentable, pour maintenir l’agriculture dans nos vallées. Convaincue de l’urgence du problème qui se pose, chez nous, dans le Val d’Anniviers, je vous soumets un plan qui, depuis des années, attend un espoir de réalisation. A première vue, il peut paraître utopique. Mais, étudié de plus près, dans une réflexion commune, en visant le bien de tous plutôt que des intérêts personnels, il s’avère réalisable. Le voici : Loi concernant les propriétaires de terre cultivées Une loi serait à soumettre aux Assemblées primaires des communes de la vallée et de Sierre pour que quiconque possédant un pré, des champs non cultivés, donne l’autorisation de cultiver ses terres et d’y pâturer gratuitement. Il en serait d’ailleurs le premier bénéficiaire.


Constitution de deux grands troupeaux parcourant la vallée Deux grands troupeaux bovins nomades, vaches laitières – vaches et génisses de boucherie, seraient constitués, partant de Sierre en février, dès que l’herbe est suffisante, pour « pérégriner » dans la vallée, jusque dans les mayens et alpages, et redescendant la vallée pour revenir au point de départ, Sierre, en novembre. A la porte de l’hiver, on destinerait la plus grande partie du troupeau à la boucherie en épargnant les bonnes vaches laitières, jeunes veaux et génisses, lesquels seraient soignés dans les étables communautaires. Le bétail de boucherie paraît le plus rentable, vu le renchérissement de la viande et vu le poids du jeune bétail après neuf à dix mois de pâturage. Tous les amateurs et propriétaires de bétail qui tiennent à rester propriétaires pourraient unir leur troupeau à celui des actionnaires, selon des conditions à déterminer. Déplacement des troupeaux et parcage Pour les déplacements du bétail, rendus difficiles par la circulation routière, certains chemins vicinaux et sentiers secondaires pourraient être empruntés. Là où les routes agricoles font défaut, il conviendrait de choisir les heures de moindre circulation, avec affichage d’avance. Parcage : Pendant la saison chaude, ces troupeaux peuvent être parqués en plein air. On prévoirait des étables communautaires pour l’avant et l’arrière-saison. Ces étables existent déjà à Vissoie, Ayer, Grimentz, il suffirait d’en pourvoir les autres points importants de la vallée. Récoltes pour l’hivernage Les plus grandes étendues et meilleurs prés seraient réservés et entretenus pour la récolte du fourrage en vue d’assurer la nourriture du bétail pendant l’hiver. Engagement du personnel Environ six à huit ouvriers agricoles pourraient être engagés à l’année avec salaire normal d’un ouvrier qualifié : - Deux ouvriers pour la garde des bonnes vaches laitières, celles-ci pâturant sur la

meilleure herbe avant le passage du second troupeau ; - Deux autres pour la conduite du bétail de boucherie et des génisses ; - Deux pour les travaux d’arrosage, de fumure, de récoltes et d’entretien; - Un ouvrier pour le transport et la distribution du lait. Tous aideraient à la traite, disposant de machines à traire ambulantes. A la saison des foins, regains, ou autres travaux nécessitant des heures supplémentaires, les artisans et autres personnes libres le samedi pourraient offrir leur aide contre rémunération normale. Vente du lait La corporation livrerait directement le lait dans les hôtels, d’où une rentabilité supérieure, et tout le reste serait vendu à la laiterie où les consommateurs (familles) auraient la possibilité d’acheter du lait frais du pays. Moyens financiers La mise à l’œuvre du cheptel serait confiée à un comité d’organisation reconnu par la Confédération, l’Etat, les communes. Ce comité ferait appel à des actionnaires formant corporation à différentes échelles. Chaque individu pourrait prendre plusieurs actions à partir de Fr. 250.- l’action. Une aide financière serait apportée par les subsides de la Confédération, de l’Etat, et des communes. Ces subsides qui existent déjà pourraient être augmentés, vu la hausse du coût de la vie et l’intérêt social d’une telle organisation. A ces subsides s’ajouteraient, éventuellement, les dons des sociétés de développement, associations touristiques, hôtels, et autres dons privés. Tous les actions et dons seront à fonds perdus, sans intérêts, ni avantages sur le prix du lait ou de la viande de boucherie. Ceci

- 19 -

uniquement en vue de soutenir une association dont l’utilité publique ne fait pas de doute : besoins vitaux de toutes sortes, lait, beurre, fromage, viande ; entretien des prés, pâturage, alpages; protection des sites; beauté de la nature fort appréciée par les gens du pays et les touristes ; travail fourni aux gens de la vallée. Si au bout de quelques années un bénéfice est réalisé, il sera réparti entre les actionnaires. Deux troupeaux nomades d’environ cent à cent cinquante pièces suivant l’espace où pâturer, un parc électrique transportable, une camionnette avec l’outillage indispensable (ustensiles, machines etc.) ne semblent pas trop onéreux et peuvent donner de bons résultats si les communes et les propriétaires veulent s’entendre et travailler ensemble pour le grand bien de la vallée. Voilà ce qui me paraît positif et réalisable. Ce plan, qui peut être modifié selon les circonstances, je le propose aux autorités, communes, paysans anniviards, estivants, en vue de maintenir une agriculture efficace et rationnelle que le petit paysan de montagne ne peut plus assumer individuellement. Quand notre cher Val d’Anniviers redeviendra une verte vallée, accueillante aux touristes et aux vacanciers ? Projet de Germaine Genoud, retranscrit par Simone Salamin avec l’autorisation de sa famille. Photos: album familial


n

Ils auraient pu exister... Claudius

J

e m’appelle Claudius Maldius. J’effectue mon service militaire dans la XII légion, commandée par Servius Galba. Nous sommes en l’an 6961 après la fondation de Rome. Le proconsul de Gaule, Caius Julius Caesar, nous a envoyés combattre les Helvètes. Cela fait maintenant près de 13 ans que je sers dans la légion et dans deux ans je serai libéré de mes obligations. Rome me donnera alors un bout de terrain sur lequel je ferai pousser quelques légumes. Pour l’instant, nous assiégeons une cité gauloise située non loin du pays des Nantuates que nous avons vaincus il y a quelques mois. Cette cité, c’est Octodure2 . Les Gaulois résistent et l’hiver va s’installer… Et si Galba donne l’ordre de se retirer et de cesser la bataille, mon rêve sera perdu. Pourquoi je rêve de victoire ? Vous croyez que c’est pour la gloire de Rome, par patriotisme ? Non, il y a bien longtemps que la gloire de Rome n’est plus mon moteur, j’ai vu tellement d’atrocités commises en son nom… La raison est bien plus terre à terre. Je suis espion pour la XII légion… D’origine gauloise, il m’est facile de passer inaperçu derrière les lignes ennemies. Je passe donc plusieurs semaines de l’autre côté, à recueillir un maximum d’informations avant de faire mon rapport lors de mon retour au camp.

La bataille d’Octodure

Lors d’une de mes missions, j’ai rencontré une jeune autochtone. J’étais fort loin de ma base, après la cité des Sédunes3 et je cherchais un abri pour passer la nuit dans une vallée reculée. Je marchais dans la forêt, à la tombée de la nuit, et j’entendis des cris effrayés. Je me précipitais et je vis une jeune fille ravissante aux prises avec une meute de loups affamés. Je réussis à les mettre en fuite mais non sans mal.

J’ai été mordu à plusieurs reprises. Pour me remercier de lui avoir sauvé la vie, elle m’a proposé de l’accompagner dans

- 20 -

son village, au fond d’Anniviæ4 pour y soigner mes blessures. Je ne pouvais accepter au risque de me faire démasquer, je suis un soldat romain et ma couverture ne résisterait pas à un interrogatoire un peu poussé. Je ne sais pourquoi mais je lui ai dit la vérité… Et contre toute attente, non seulement elle ne m’a pas dénoncé mais m’a conduit dans une grange abandonnée où je pourrais me reposer. Elle est venue tous les jours pendant les deux semaines que dura ma convalescence pour changer mes bandages et m’apporter de la nourriture. Nous passions des heures à discuter. Mais mes blessures se sont refermées et j’ai dû prendre la route du retour. Je me suis senti chez moi dans cet endroit, il a été mon havre de paix pendant deux


courtes semaines. J’ai fait une promesse à mon infirmière, qui était beaucoup plus que cela à mes yeux. Je lui ai promis que, sitôt mon service terminé, je demanderai à Rome de me céder un terrain dans cette vallée merveilleuse. C’est pour cette raison que je souhaite la victoire à Octodure, cette victoire nous ouvrirait la porte au reste de la région. Celle-ci pourrait alors bénéficier de la Pax Romana et je pourrai retrouver l’Anniviæ4 et cette jeune fille qui a touché mon cœur de vétéran… Yanis Chauvel

57 Av. JC Martigny 3 Sion 4 Anniviers 1 2

Servius Galba qui commande la XIIeme légion

tél. 027 475 26 22 / bouchvallee@bluewin.ch

- 21 -


éducation

Visite du laboratoire

de la boulangerie Salamin à Grimentz

A

u début du printemps, juste avant nos vacances de Pâques, les maîtresses de 1ère et 2ème HarmoS ont organisé une sortie à Grimentz pour les trois classes. Tout d’abord, nous avons pris le bus jusqu’à Grimentz. A l’arrivée, une odeur sublime nous a immédiatement attirés vers un lieu où nous attendait Monsieur Salamin, le propriétaire, pour nous faire visiter un endroit qui nous était d’ici-là inconnu : un laboratoire. Nous avons vite compris que ce n’était pas un laboratoire où des recherches et expériences scientifiques étaient faites, mais que c’était l’endroit où était préparée la majorité de la marchandise (pains, croissants, pâtisseries, etc.) vendue dans les boulangeries et magasins de la vallée. Nous avons été étonnés d’apprendre que les boulangers et les pâtissiers travaillant dans le laboratoire Salamin exercent leur profession lorsque nous dormons et durant une partie de la matinée pour que la marchandise puisse être livrée tôt le matin. Si ce n’était pas le cas, nous ne pourrions pas avoir de bons croissants pour le petit déjeuner. Durant cette visite, Monsieur Salamin nous a demandé quels ingrédients étaient utilisés pour faire le pain « de base ». Nous avons alors laissé parler notre imagination. Effectivement, il y avait des tas de réponses hors du commun telles des noisettes, du sucre, des tomates, du lait… Nous avons tout de même trouvé les ingrédients principaux : la farine, l’eau, la levure et le sel. Nous avons appris qu’il existait plusieurs sortes de pain, dont le pain de seigle qui était justement en pleine « fabrication » dans une grande machine.

Dans le laboratoire se trouvent plusieurs machines et fours permettant la confection des produits en grande quantité. Cependant, rien ne peut être fait sans les mains magiques des boulangers. Eh oui, elles sont réellement magiques. Monsieur Salamin nous a montré comment fabriquer une tresse et nous avons vraiment été surpris par sa technique et sa vitesse. Après cette superbe visite, nous avons été plongés dans le thème de Pâques lors de l’observation de poules et de poussins. En effet, nous avons pu rentrer dans le poulailler appartenant à la famille Salamin pour y observer les nombreuses poules. Ensuite, nous avons eu la chance de pouvoir observer des petits poussins qu’avait reçus la famille quelques jours auparavant. Ils étaient tellement mignons que nous avions tous envie de les prendre dans nos mains pour leur faire plein de câlins. Mais les poussins avaient très peur alors nous ne pouvions pas les toucher pour ne pas les effrayer davantage. Nous avons appris que les poussins étaient sortis d’œufs fécondés qu’avaient pondus des poules et que, pour que ces petits bouts aient bien chaud, ils avaient besoin d’une lampe chauffante installée au-dessus de leur cage. Au retour des vacances de Pâques, la maîtresse nous a préparé une belle dégustation. Nous avons goûté trois types de pains : le pain mi-blanc, le pain de seigle aux noix et le pain rustique. Tout était bon, mais la majorité de la classe a préféré le pain miblanc parce que, parmi les trois sortes, c’est celui que nous avons le plus l’habitude de manger.

- 22 -

Nous remercions la famille Salamin pour leur accueil chaleureux dans leur laboratoire et poulailler et plus particulièrement Monsieur Salamin pour ses explications qui nous ont permis d’apprendre plein de nouvelles choses. La classe de 1-2HC et sa titulaire, Natasa Vuk


Commune en santé

C’est au printemps 2011 que Promotion Santé Valais a décerné le label « Commune en santé » avec une étoile à la jeune commune anniviarde. En février 2016, Anniviers a obtenu une deuxième étoile sur la base du bilan annexé à la charte et ratifié par la commune qui comprend trente-deux mesures réparties dans différents domaines tels que la famille, les animations, les espaces publics, l’école, etc. En consultant le site www.labelcommunesante.ch vous trouverez la liste des actions déployées en faveur d’un cadre de vie agréable pour la population. Merci à toutes les personnes qui œuvrent pour que la vallée d’Anniviers reste un lieu où l’on peut vivre heureux ! Christiane Favre Conseillère communalew

- 23 -


Que ferions-nous sans les SD Ou toute autre société locale, d’ailleurs...

A l’aube de la saison estivale, les Sociétés de développement (SD) s’activent. Elles ont du pain sur la planche, beaucoup de projets d’animation à réaliser avec le soutien d’Anniviers Tourisme et de comités locaux. Elles sont pourtant mises à mal par la démission de certains de leurs membres qui leur font payer l’instauration communale de la taxe de séjour forfaitaire (TSF). Est-ce justifié?

forfait a donc été saisie. Active dans le domaine de la parahôtellerie - gestion de biens immobiliers, location de vacances, etc. votre servante en charge du dicastère tourisme observe chaque jour à quel point ce forfait sur le logement rétablit aujourd’hui l’équité entre les propriétaires de résidence secondaire eux-mêmes.

Certains hôtes ont démissionné des SD. D’autres ne s’y sont pas laissé prendre, Selon l’article 17 de la Loi valaisanne sur le peut-être conscients de la part de chantage tourisme, la commune facilite le dévelop- de cette manoeuvre au demeurant inutile. pement de la destination. Elle: • Elabore les lignes directrices de la En effet, les SD sont des organes opérationpolitique locale du tourisme en collabo- nels. Elles: ration avec les acteurs touristiques locaux • Développent, supervisent et accom(partenaires touristiques) et veille à leur pagnent l’animation locale. • Assurent les liens entre les bureaux loapplication. • Facilite l’équipement et le développe- caux, les comités d’organisation, les partenaires locaux, la population et ses hôtes. ment touristique sur son territoire. • Assume la supervision de l’organisation • S’appuient sur des comités bénévoles de l’information, l’animation et la promo- dont les Offices du Tourisme sont les porteparoles et les exécutants. tion du tourisme local. • Perçoit les taxes touristiques, en sur- • Utilisent les budgets alloués par AT pour organiser les animations et événements. veille l’affectation. • Répartissent les budgets sur proposi• Etc. * tion des répondants locaux. L’ancien système de la perception de la • Définissent avec AT les orientations taxe de séjour (TS) pour financer l’accueil stratégiques et l’animation. * et les infrastructures touristiques n’a nulle part et jamais donné les résultats escomp- Anniviers compte 6 SD: Chandolin, Sttés. Le coulage par sa non déclaration, sou- Luc, Ayer-Mission, Zinal, Grimentz/Stvent par méconnaissance du système, a été Jean, Vissoie, toutes aussi méritantes les énorme. Vous, qui lisez ces lignes, savez si unes que les autres pour leurs efforts d’orvous payiez chacune de vos nuitées en votre ganisation d’événements sympathiques ou âme et conscience et si non, pourquoi. Ce plus conséquents tels le marché artisanal de coulage s’est révélé au grand jour lors de la Vissoie, le marché culinaire ou la fête des création de l’offre Anniviers Liberté. On a rois à Chandolin, Sierre-Zinal pour Zinal, alors vu les nuitées estivales doubler les hi- la désalpe à Ayer, le Grand Raid à Grimentz vernales alors que notre tourisme est avant ou le 1er Août de St-Luc. tout hivernal... La possibilité offerte par la nouvelle loi sur le tourisme d’en faire un

- 24 -

En adhérant aux sociétés locales, leurs membres sont certes des pourvoyeurs de fonds, mais avant tout de force, un vivier de soutien bénévole actif ou moral contribuant à la vie d’une station, élément-clé de son attrait touristique. La cohésion et la joie tendent pourtant à se perdre, les comités se retrouvent peu à peu seuls pour maintenir à bout de bras les activités. La prise en charge par la collectivité publique n’est pourtant pas la solution, ce qui mettrait en péril l’âme de ces activités et l’authenticité des villages. Cet aspect émotionnel et identitaire est bien plus dommageable. Démotivées, certaines SD sont à bout de souffle. En quittant une SD, un membre résident secondaire perd de surcroît le droit de se faire entendre au sein de notre communauté. Est-il juste de faire payer aux SD ou à toute entité ou individu des décisions communales? Tôt ou tard, il aurait de toute façon fallu augmenter la TS pour couvrir une partie des affectations auxquelles il faut faire face afin de recevoir tout hôte bénéficiaire. Sous l’ancien système d’autodéclaration, l’inégalité entre les payeurs et les esquiveurs aurait encore augmenté, une spirale, un cercle vicieux. Les offices du tourisme étaient en outre mandatés par la commune pour encaisser les nuitées. Le forfait se règle aujourd’hui sans intermédiaire, ce qui clarifie les rôles de chacun et libère les entités d’accueil qui peuvent s’y consacrer pleinement. La commune assume tout à fait la responsabilité de la mise en place de la TSF, soutenue par l’Etat. Pas les SD ni toute autre société locale ou partenaire dont les rôles sont autres (cf. Politique du tourisme, p. 15 et suivantes). Au-delà de l’offre plébiscitée et unique qu’est Anniviers Liberté, la commune essaie de trouver d’autres solutions d’amortir la TSF aux yeux de ceux qui la


décrient, bien qu’il soit encore trop tôt pour en parler. Soyons justes, toute mésentente se règle sur le bon terrain et avec les moyens adéquats. Qu’on use d’armes utiles à l’encontre de la commune, mais qu’on ne se prive pas, ni les autres ce qui tient du chantage, de ce qui nous lie véritablement. Conservez le plaisir à occuper votre «chalet à la montagne». Vous en êtes les premiers gagnants. Les SD, elles, se donnent coeur et âme pour des animations touristiques de qualité, elles dispensent sans compter les apéros

offerts sur la place du village. Elles se nourrissent de la joie des enfants qui reçoivent un morceau de gâteau des rois ou qui courent à la recherche des oeufs, de la jovialité des adultes autour d’un petit blanc de la bourgeoisie, offrant par là des instants privilégiés entre hôtes et domiciliés. Et qui d’entre vous n’est pas déjà rentré, rompu, à l’issue d’une participation bénévole lors d’une manifestation? Rompu, mais heureux, épuisé de l’effort, mais prêt à rempiler dès le lendemain, ravi de l’intégration et de la reconnaissance, d’avoir pu lier des amitiés, à retrouver chaque week-end ou lors de vacances en Anniviers.

- 25 -

Notre avenir dépend de la façon dont nous le concevons car «toutes les fleurs de demain sont dans les graines d’aujourd’hui» (Proverbe indien). Ensemble? Nicole Salamin, dicastère tourisme pour le Conseil communal

* Politique du tourisme Anniviard, www. anniviers.org > Tourisme > Politique du tourisme, p. 15


Remise des mérites et distinctions 2015

C’est le 28 avril dernier qu’a eu lieu la remise des distinctions et mérites sportifs et culturels 2015, à la Tour d’Anniviers. Sous les applaudissements d’une cinquantaine de personnes, ce ne sont pas moins de 17 lauréats qui ont été récompensés. Voici la liste de ces champions ainsi que la discipline sportive dans laquelle ils excellent : - - - - - - - - - - - -

Ilan Ménard, athlétisme, cross Tobias Baumann, judo Marmaduke McTighe, natation Lou-Ann Ménard, athlétisme, cross Damien Revey, ski, slalom Agnès McTighe, athlétisme, course à pieds Ludivine Melly, gymnastique, agrès Maël Burgi, ski, slalom Alan Crettaz, gardien de street hockey Edwige Zufferey, athlétisme Léonard Favre, gardien de hockey Alexandre Jodidio, course à pieds.

Philippe Favre, passionnés d’archéologie, qui ont décidé il y a plus de 10 ans, de faire revivre ce lieu mythique et magique qui ne se situe pas sur la commune d’Anniviers mais à l’entrée de celle-ci et qui surplombe la vallée du Rhône. Les 3 personnes suivantes sont récompensées pour leur contribution constante à la valorisation du patrimoine de leur village ainsi que pour la publication d’un livre : - Mme Yvonne Jollien, « Fang au Val d’Anniviers »

Ce sont de véritables ambassadeurs du Val d’Anniviers, passionnés par les recherches historiques et soucieux de garder des témoignages du passé. Des remerciements sont adressés aux parents, aux entraîneurs et moniteurs, aux organisateurs de cette cérémonie ainsi qu’aux membres de la commission culturelle et sportive pour leur soutien et le temps consacré à ces jeunes et pour leur contribution à la vie associative du val d’Anniviers.

- M. Paul-André Florey, « Vissoie, village médiéval »

C’est dans une ambiance chaleureuse et conviviale que s’est terminée la soirée agrémentée d’un apéritif offert par la Commune d’Anniviers !

- M. Willy Théler, « Un village en feu. Saint-Luc 1845 / 1858 »

Christiane Favre Conseillère communale

Ils ont tous un palmarès fabuleux et sont chaleureusement félicités pour les efforts accomplis.

Photos Adriana Claude

Les mérites et distinctions culturels sont attribués à : - Camille Zufferey, championne romande de piccolo, qui fait preuve de son talent en animant la soirée au son de son fifre. - Au comité de la Fondation du Château de Beauregard, représenté par MM. Gaëtan Cassina, Bernard de Preux et

- 26 -


Information du géomètre

- 27 -


voyage

Enviedebouger.com Promenade dans Athènes

A

thènes est une ville extrêmement attachante et attractive. Issue d’une des plus grandes civilisations que le monde ait connu, elle a su garder la splendeur de son passé tout en se gardant bien de devenir une ville musée. C’est une ville qui vit, qui bouge et qui sans cesse se réinvente. Sa jeunesse et son dynamisme séduisent tout autant que les somptueux vestiges de son immense passé. Elle offre de multiples visages selon la manière dont on la regarde. Si Janus n’avait pas été un dieu romain, il aurait été facile de l’associer à Athènes. Ce ne sont pourtant pas les dieux qui manquent à Athènes et il n’est pas question de réécrire la mythologie pour le simple plaisir de le faire! Pourtant c’est bien de mythologie dont il est question la première fois que l’on aborde Athènes. Mythologie de la Grèce antique, bien sûr - il est forcément impensable de se rendre à Athènes sans faire le tour de ses fabuleux monuments antiques, Acropole en tête - mais aussi mythologie moderne, réinvention de la démocratie et luttes sociales, mais encore patriotisme, traditions et religion(s)… Il y a mille façons de découvrir cette ville européenne aux parfums et ambiances orientales. La meilleure est peut-être de se laisser porter. L’Acropole domine la ville de son imposante splendeur et même si l’image est connue de tout le monde, la voir « en vrai » reste une émotion immense. De Monastiraki à l’Acropole Le centre historique, porte d’entrée de la ville, impose un passage par la place Monastiraki. Ce quartier, connu pour

Vue depuis l’Acropole

ses antiquaires, est le noeud central de l’hypercentre d’Athènes. Là, se rejoignent plusieurs artères principales, notamment la très commerçante rue Ermou qui relie le quartier de Thissio à la fameuse place Syntagma, symbole de la lutte des Grecs contre l’austérité imposée au pays par ses créanciers. Au nord de Monastiraki, se trouve la place Omonia et ses quartiers populaires, ainsi que les halles couvertes du plus grand marché d’Athènes. Il faut y faire un détour, pendant la matinée de préférence, afin de goûter à l’ambiance particulière, aux odeurs alléchantes, au joyeux brouhaha et bien sûr aux délicieux produits locaux. Au sud de Monastiraki se trouve l’Acropole et sa promenade archéologique. Très prisée des touristes mais aussi des Athéniens, surtout le weekend, cette voie piétonne constitue une promenade très agréable autour des principaux sites archéologiques antiques. C’est l’occasion de découvrir la Colline des Muses. Située en face de l’Acropole, elle culmine a près de

- 28 -

150 mètres au-dessus de la mer et, outre les nombreuses ruines antiques – parmi lesquelles se trouve une grotte qui serait le lieu où Socrate aurait fini ses jours avant son empoisonnement - et offre une vue panoramique impressionnante, à la fois sur l’Acropole mais aussi sur la mer. A privilégier en fin de journée, le coucher de soleil vu du sommet de la Colline des Muses est fabuleux et justifie amplement les quelques efforts nécessaires pour y arriver! Une ville en mouvement Au nord-ouest de Monastiraki se trouve Psiri. C’est dans ce quartier, qui ne s’anime que dans la soirée que se retrouve la jeunesse étudiante pour sortir et profiter des nombreuses terrasses de café. Bars à chicha et tavernes bon marché côtoient des cafés lounge et restaurants gastronomiques. Pour côtoyer les milieux contestataires et underground de la capitale, c’est vers Exarchia qu’il faudra vous diriger. Ce quartier, au nord-est de la place Omonia est depuis des années le cœur de la vie contestataire et intellectuelle d’Athènes.


Quelques pièces du Musée Benaki

Monastiraki en soirée

Une capitale culturelle

Une capitale culturelle Athènes ne manque pas non plus de musées. Parmi eux, l’incontournable et tout récent musée de l’Acropole est Athènes ne manque pas non plus de musées. Parmi eux, l’incontournable et tout récent musée de l’Acropole est bien sûr le plus connu bien sûr le plus connu et le plus visité, mais d’autres méritent le détour. Parmi eux, un coup de cœur pour le Musée Benaki qui, dansméritent une belle villaleNéoclassique, abrite une impressionnante collection islamique. Plus et le plus visité, mais d’autres détour. Parmi eux, un coup de cœurd’artpour le Musée Benaki qui, dans une belle villa néoclasde 10'000 objets sont remarquablement mis en valeur dans 4 salles. Une escapade orientale non loin de sique, abrite une impressionnante collection d’art islamique. Plus de 10’000 objets sont remarquablement mis en valeur dans 4 salles. l’Acropole et de ses vestiges. Passionnant! Une escapade orientale non loin de l’Acropole et de ses vestiges. Passionnant! Textes et Photos-Yanis Chauvel (Droits réservés, www.enviedebouger.com)

Retrouvez-les sur www.enviedebouger.com

Retrouvez les sur www.enviedebouger.com Textes et Photos-Yanis Chauvel (Droits réservés, www.enviedebouger.com )

- 29 -


histoire

Attentat à la bombe aux portes d’Anniviers

Chippis, avant l’usine

Le 1er mai 1917, à 5h20 du matin, une formidable explosion réveilla les habitants de Sierre et de Chippis, brisant les vitres de plusieurs maisons au pied de la montagne. Ce jour-là, un attentat à la bombe avait été commis contre l’usine d’aluminium de Chippis, visant la conduite forcée des eaux de la Navizence sous le grand rocher de Beauregard. Un des trois ponts sur la route d’Anniviers a été fortement endommagé, mais heureusement, la canalisation a été épargnée. Les autorités n’osent pas imaginer ce qu’il serait advenu si la conduite visée avait éclatée... Le lundi 13 juillet 1908 marque un tournant pour l’industrialisation du Valais. L’allumage des premiers fours de l’usine d’aluminium à Chippis ouvre une nouvelle ère pour le canton. La maîtrise de plus en plus grande de l’électricité et la découverte des méthodes de productions de l’aluminium vont transformer la vie des Valaisans.

Le choix de Chippis Le choix du petit bourg de Chippis par des industriels alémaniques qui désiraient implanter une usine d’aluminium est dû à sa situation géographique. C’est qu’à son débouché de la Navizence, ce hameau encore inconnu offrait aux prospecteurs d’heureuses perspectives au point de vue de l’énergie électrique. Pour fabriquer l’aluminium, il fallait énormément d’électricité, la position de Chippis par rapport aux possibilités d’exploitation de l’énergie hydraulique fut déterminante. En 1824, un savant danois, Hans-Christian Orsted, avait réussi à isoler l’aluminium sous forme de poudre. À isoler, parce que sous sa forme d’oxyde dans la pierre d’alun ou d’alumine, l’aluminium est extrêmement répandu puisqu’il constitue le 7,3% de l’écorce terrestre. Mais, c’est sous sa forme de bauxite qu’il offre une exploitation relativement facile, et ce nom lui vient de la ville de Baux en Provence où des gisements importants avaient été découverts.

- 30 -

C’est à un physicien prussien, Bunsen, que l’on doit la fabrication de l’aluminium industriel par l’électrolyse d’un bain de chlorure d’alumine fondue et de sel marin. Paul Hérault, un jeune savant français, mit le procédé au point en partant de la cryolithe…. Cette fois, on arrivait au but. C’est cette découverte que l’AIAG (Aluminium Industrie AktienGesellschaft) fondée en 1888 et groupant de nombreux industriels suisses, allait exploiter. Les travaux commencèrent à Neuhausen. Dès 1890, Neuhausen produit du métal. Ce sont, à la vérité, encore des alliages qui se révéleront décevants. En revanche, l’aluminium montre chaque jour un mieux qui répond à la confiance que l’on a mise en lui. Et c’est pour fabriquer l’aluminium que les industriels de Neuhausen cherchent des lieux favorables à l’installation d’usines filiales. C’est donc ainsi que l’on en vint à Chippis.


Chippis, infrastructures industrielles d’aluminium

L’eau, l’or du Valais Dès la fin du 19 siècle, on se rue sur les concessions d’eau comme on se ruait sur l’or en Californie. Certaines concessions passeront dans une dizaine de mains avant d’être utilisées. Le président de Chippis signa en 1892 une première concession pour l’utilisation des eaux de la Navizence sur le territoire de la commune. Les acquéreurs sont MM Müller et Zufferey. Ils construisent à l’entrée des gorges de la Navizence une petite usine électrique de 50 chevaux qui livrait du courant à la ville de Sierre. En avril 1905, Adrien Palaz, ingénieur à Lausanne, homme extrêmement entreprenant, obtint le transfert à son nom, des concessions détenues jusqu’ici par MM Müller et Zufferey. D’un coup d’œil, cet entrepreneur a mesuré la valeur de l’énergie hydraulique valaisanne et le parti que l’on pouvait en tirer. La Navizence lui paraît de première importance. Il prend contact avec les communes de Vissoie, Chandolin, St Jean, St Luc et Ayer qui lui cèdent toutes les concessions. Au mois de juillet 1905, Adrien Palaz avise le Conseil d’Etat qu’il a cédé toutes les concessions qu’il possédait sur les eaux de la Navizence à la société AIAG de Neuhausen. Ensuite il ème

entamera des pourparlers avec les autorités de Chippis dans l’intention bien arrêtée d’acquérir des terrains adéquats situés à «l’Ilettaz». Sans tarder, l’assemblée bourgeoisiale se réunit et accepte à l’unanimité les offres de M. Palaz. Les travaux commencèrent immédiatement. Le premier coup de pioche fut donné à Chippis en 1905 où l’on allait ériger un gigantesque complexe industriel qui modifiera totalement le paysage. Il s’agissait de construire les halles de 1000 fours pour la production de l’aluminium. À cet effet, il fallait établir d’abord une voie de dérivation, de la gare de Sierre au village de Chippis ; le pont du Rhône fut l’un des premiers du genre. D’autre part, il fallait mettre en chantier le percement d’une galerie à écoulement libre Vissoie-Niouc, d’une longueur de 8,5 km, afin de pouvoir utiliser une chute d’eau de 556m. On imagine l’étonnement des Valaisans devant de tels travaux. L’Almanach du Valais se fit l’écho de cette gigantesque entreprise : « Il n’est certainement aucun de nos lecteurs qui n’ait entendu parler, ces derniers temps, de la transformation due aux installations d’une fabrique d’aluminium dont l’importance et la grandeur dépasseraient

- 31 -

de beaucoup toute autre fabrique similaire en Suisse. Ici encore c’est par milliers que la force hydraulique doit être comptée. Les bâtiments construits jusqu’à ce jour atteignent et dépassent même la somme de deux millions ». Deux millions, une somme énorme pour l’époque quand on pense que le pain coûtait vingt-cinq centimes le kilo. Beaucoup de paysans, pourtant, se méfiaient. « L’industrie nous apportera l’argent sans doute ; mais combien de maux ? ». Vers 1860, on repoussait aussi loin que possible de son village la voie du chemin de fer. On n’a pas beaucoup changé d’avis… C’est en cachette, parfois que certains manœuvres de la région, se rendaient sur le chantier. Dans une lettre du 6 février 1906, les cinq communes du Val d’Anniviers se plaignent du mauvais état de la route qui les relie à la plaine, mauvais état dû aux travaux du percement du tunnel. Le Conseil d’Etat, destinataire de la lettre, fit ces remarques à la direction de l’AIAG à Neuhausen. La réponse est éclairante : « Comment les paisibles populations de la vallée peuvent-elles s’étonner qu’il y ait des perturbations sur la route quand des travaux d’une telle envergure ont été entrepris? N’y a-t-il pas plus d’un millier d’ouvriers


occupés à forer un trou dans la montagne?...» Ménageant la chèvre et le choux, le Conseil d’Etat édicta un règlement de police concernant l’utilisation de la route. Le percement de ce tunnel Vissoie-Niouc, se faisait à la main. On perçait le rocher avec la barre à mine, la masse et le pic. Chevaux et mulets, attelés aux charrettes, charriaient les débris dans les couloirs. Le terrain se révélera mauvais ; le tunnel traversait des moraines dangereuses, des bancs de schistes délités, des zones d’eau. Les moyens de ventilations étaient rudimentaires, ce qui rendait le travail des ouvriers fort pénible. La main-d’œuvre était malhabile mais abondante ; les travaux avancèrent assez rapidement. On travailla durant toutes les années 1906 et 1907. Enfin le 13 juillet 1908, l’eau tomba sur la première turbine, on put alors allumer les premiers fours et la première coulée de métal eut lieu ; il jaillissait de fours de 8000 ampères, ce qui est remarquable pour l’époque. La misère voulut qu’au moment où l’aluminium paraissait à Chippis, le marché de ce métal se trouvât déjà encombré. Il fallut donc trouver immédiatement une fabrication de remplacement. Ce fut l’acide nitrique. Il rendit d’éminents services au pays pendant la guerre de 14-18. Chippis, l’eldorado des Valaisans Les vallées, mais aussi les villages hauts perchés sur les pentes des montagnes braquèrent leurs yeux sur ce nouvel Eldorado. Une immense espérance soulève le Valais central qui tout entier regarde vers Chippis. Des centaines, des milliers d’ouvriers attendent d’être embauchés. En effet, l’économie valaisanne reposait principalement sur le secteur primaire. L’exploitation hydroélectrique était marginale, le tourisme restait une activité élitaire pratiquée par les classes aisées. Pour l’essentiel, le canton était vide d’industrie et les sources de revenus étaient rares pour sa population. L’ouverture du Simplon en 1906 et la construction du chemin de fer international furent contemporaines à l’installation de l’usine. Or, se sont ces réalisations qui contribuèrent à désen-

claver l’économie valaisanne. Cette terre paysanne, longtemps isolée du reste de la Suisse et du monde a été atteinte très tardivement par les grands courants d’idées modernes. Dans ce contexte économique bloqué par un morcellement exagéré des terres et l’absence d’artisanat traditionnel, l’usine était la bienvenue à plus d’un titre. Non seulement elle réglait le problème de sous-emploi mais elle représentait également une source de revenu non négligeable pour les communes et le canton. Le paysan valaisan était habitué dès sa plus tendre enfance aux travaux des champs que les conditions de la montagne rendaient plus durs qu’en plaine. Dans ces conditions l’entreprise avait tout loisir d’embaucher une main-d’œuvre solide et travailleuse. La main-d’œuvre était abondante et la situation de monopole dont l’AIAG jouissait en matière d’offre d’emploi lui permettait de dicter ses conditions. Privilège qu’elle ne se gêna pas d’employer pour maintenir des salaires au-dessous de la moyenne suisse. Quant aux contremaîtres et la direction de l’usine, ils étaient bien évidemment étrangers au canton, provenant d’une bonne part de l’usine de Neuhausen ou de la région zurichoise. Leur salaire les mettait à l’abri de la nécessité et constituait une forme relativement nouvelle de richesse axée sur la consommation. L’apparition de nouvelles habitudes choqua les habitants de cette contrée où l’on restait longtemps de « nouveaux venus ». Alusuisse, ange ou démon Ainsi l’usine offrait à une agriculture très modeste un complément fort important, apportant travail et argent dans les ménages, l’espoir d’un avenir meilleur et la promesse d’un bien-être encore inconnu. Chaque quinzaine, un argent frais tombait dans l’escarcelle familiale et permettait de payer l’épicier et le boulanger en même temps que de remplacer les vêtements et chaussures usés et d’élargir peut-être le bout de vigne, de pré ou de jardin, sinon de rendre son chez soi plus confortable. Déjà l’usine avait modifié le paysage, mais également le comportement des hommes. Des problèmes apparaîtront qui vont petit à petit miner l’enthousiasme des débuts de

- 32 -

l’aventure industrielle. Les rapports entre les autorités de Chippis et la Direction des usines n’ont pas toujours été des plus coopératifs. En 1910, le préfet du district de Sierre signale des tiraillements continuels, notamment sur la transgression scandaleuse de la loi sur le repos du dimanche et des jours fériés. Le clergé n’apprit non sans malaise que le travail dans la fabrique ne peut s’interrompre le dimanche. Finalement, vu le contexte économique et après moult discussions, l’autorité ecclésiastique donna un préavis favorable, évitant aux ouvriers de désobéir les jours du Seigneur. Mais d’autres ennuis entre les Chippillards et l’usine d’Alusuisse apparaissent, plus sournois et plus inquiétants. À partir de l’année 1911, les vaches s’effondraient dans les prés, les os rongés par un mal inconnu. Les vétérinaires locaux ne purent spécifier les causes exactes de cette nouvelle maladie du bétail. Les paysans assistaient impuissants aux premiers effets des fumées délétères de l’usine qu’aucun dispositif n’empêchait de se répandre dans la campagne. Cette « maladie de raideur du bétail » prit le nom de « maladie de Chippis » du fait qu’aucun antécédent n’avait été observé ailleurs. Elle suscita une très grande littérature scientifique. L’inquiétude s’accrut lorsqu’une enquête révéla que la maladie pouvait s’attaquer également aux enfants et à la santé des hommes. Les conditions de travail aux usines sont extrêmement dures. Si officiellement l’horaire est de 10 heures jusqu’en 1917, l’ouvrier travaille généralement 12 heures par jour. Le docteur Meinrad de Werra, médecin du district de Sierre et fervent défenseur des ouvriers dénonça à plusieurs reprises les dangers d’un travail excessif pour leur santé. Malgré tout, le paysan ouvrier valaisan n’a pas d’autre alternative pour améliorer son ordinaire. Les émanations nocives des industries d’aluminium atteignent très durement l’ouvrier (Poussière d’alumine, gaz toxique). Par son travail en usine, l’ouvrier est affecté dans sa santé, il est lésé par les émanations nocives. En effet, celles-ci brûlent les vignes aux alentours et souillent les herbages, rendant


La flamme monte brusquement quand on perce la croûte d’alumine sur le four

malade le bétail. Mais malgré des conditions de travail difficiles, peu de conflits sociaux éclatèrent au cours des premières années d’exploitation. La pauvreté incite au silence face au puissant employeur. Le ciel s’assombrit sur Chippis L’aluminium vécut son baptême du feu avec la Première Guerre mondiale. La demande grimpa en flèche et la consommation mondiale qui était de 84’000 tonnes en 1914, passa jusqu’en 1918 à 196’000 tonnes. Opérant depuis un pays neutre, la Suisse, le groupe AIAG sera un des plus grands profiteurs de guerre européens. Les années 1914-1918, écrira un journal allemand à la fin de la guerre, ont été pour l’AIAG « plus que pour toute autre entreprise, la plus riche source de bénéfices ». Le partenaire le plus important de l’AIAG pendant la guerre, fut le fabricant d’armes Krupp, à Essen, le roi du canon allemand. Pour alimenter la production à Chippis, l’AIAG puisait sa matière première dans le sud de la France où elle avait acheté des mines et des terrains contenant du bauxite. Au cours des premières semaines de la guerre, le Gouvernement français, qui considérait l’entreprise AIAG comme une entreprise allemande, mit ses mines de bauxite et son usine d’alumine du sud de la

France sous séquestre. L’AIAG ne pouvait nier que son conseil d’administration était dominé par des Allemands et que sa place forte commerciale se situait en Allemagne. Le Gouvernement Suisse tenta de faire libérer les bases françaises de matières premières, en vain, la France resta inflexible. Le sort des travailleurs durant les débuts de la guerre était misérable. Le coût de la vie avait tellement augmenté pendant la guerre, que leurs salaires de misère faisaient figure d’aumône. Dans ces conditions de vie et de travail insupportables, la tension entre ouvrier et direction d’Alusuisse était explosive. L’absence de réajustement des salaires représentait une baisse du niveau de vie de près de la moitié. Le premier document concernant la création d’un syndicat ouvrier remonte au 15 avril 1916. Il émane du caporal Favre, chargé de faire une enquête « au sujet du mouvement qui se produit en ce moment aux usines de Chippis en prévision d’une grève ». Ce rapport révèle que le syndicat demandait trois équipes d’ouvriers par jour avec 8 heures chacune, revendiquant malgré cette réduction des heures de travail, une paie de 10 1/2 heures. Le caporal Favre mentionne surtout trois conférences qui ont eu lieu à Chippis, Chalais et Sierre. Celle de Chippis avait

- 33 -

été présidée par le Maire de la commune, Alexandre Zufferey. Ainsi le plus haut dignitaire de Chippis, avocat et conservateur, député au Grand Conseil, serait impliqué dans l’agitation ouvrière. Un homme à surveiller de près, selon le rapport. Durant le mois d’août 1916, le journal du nouveau syndicat informait ses lecteurs que le syndicat-chrétien était définitivement constitué et qu’il comprenait déjà plus de mille membres à part entière. Parallèlement, la société AIAG réalisait en 1916, 16’640’000 frs, pour une capitalisation de 21 millions de francs, c’est-à-dire que le rendement du capital fut de 80%. Les actionnaires touchèrent des dividendes de 20%. En comparaison, la masse salariale se chiffrait à 2’796’000 frs et les revendications ouvrières à une dépense supplémentaire d’environ 550’000 frs, à savoir 3,30% des bénéfices nets ou 1,35% des bénéfices totaux. La publication de telles données durant le mois d’avril 1917 provoqua de vives émotions et contribua certainement à radicaliser le mouvement. Attentat aux portes d’Anniviers Le 1er mai 1917 à 5 heures 20 du matin, une bombe éclata au-dessus de l’usine de Chippis. L’attentat visait la conduite forcée des eaux de la Navizence. Afin de se remettre dans l’ambiance de l’époque, plongeons-nous dans la dépêche du «Nouvelliste Valaisan» qui titrait le lendemain de l’explosion :

Grave attentat à Chippis, une explosion formidable À l’occasion du 1er mai, un attentat a été commis à l’usine d’aluminium de Chippis, dont on a tenté à faire sauter la canalisation. Une formidable explosion a réveillé ce matin à 5 h. 18 les habitants de Sierre et de Chippis, brisant les vitres de plusieurs maisons au pied de la montagne. Un des trois ponts sur la route d’Anniviers, par où passent les canalisations a été fortement endommagé, mais cette dernière ne paraît avoir beaucoup souffert. La gendarmerie, MM Delacoste, chef du Département de Justice et Police, M. Troillet, chef du Département de l’Intérieur et M. d’Allèves, ingénieur se sont immédiatement


agent des Services Secrets français, mais l’enquête ne donna jamais de résultats officiels.

rendus sur les lieux de l’attentat pour ouvrir une enquête. Un détachement du bataillon de landwehr 177 en garnison à St-Maurice a été également envoyé sur les lieux par ordre de Berne. Un expert chimiste est venu de Berne pour l’enquête. L’attentat a été perpétré au moyen d’une bombe qui avait été posée sur le sol entre les deux tuyaux de la canalisation sous le pont n° 2 ; on a retrouvé les débris de la bombe à laquelle étaient adaptées une mèche instantanée et une mèche ordinaire. Le pont en béton armé a été tordu et un mur lézardé. Heureusement que l’explosion s’est faite dans une fausse direction, car si la conduite d’eau avait été rompue, une réelle catastrophe aurait eu lieu, entraînant la ruine des installations industrielles et la perte de nombreuses vies humaines. Le ou les auteurs de cet attentat ont-ils bien mesuré la portée de leur acte ? Espérons que c’est le fait d’un individu isolé et non celui d’un groupe organisé…. Le 2 mai, une récompense de 20’000 frs fut offerte par l’usine à la personne qui permettrait d’identifier les auteurs de l’attentat. Le lendemain en réponse à l’offre de l’usine, des affiches promettaient la somme de 20’000 frs à ceux qui poseraient une deuxième bombe. Un jour après l’attentat, la direction de

Chippis avait fait appel au Conseil fédéral pour obtenir des troupes de protection. Celui-ci répondit favorablement car la protection du site était primordiale pour la bonne raison que les usines de Chippis produisaient également de l’acide nitrique servant à la fabrication de munition. De plus, les exportations de l’aluminium produit à Chippis se dirigeaient exclusivement vers le Reich sous forme d’article de compensation. C’est un détachement de la compagnie genevoise de carabiniers d’élite qui assurera la garde de la conduite forcée qui de Vissoie par le plateau de Niotte amène à Chippis les eaux de la Navizence. Cependant, ce service de garde indisposa vivement la population qui l’interprétait comme un signe d’hostilité de la direction. Outre les échanges d’insultes, la garde se fit bombarder de pierres à plusieurs reprises. Ces altercations donnèrent lieu à des plaintes de la direction. Quant au ou aux auteurs de l’attentat, ils ne furent pas démasqués. Selon le correspondant valaisan du Journal de Genève : « Il est presque établi qu’il s’agit d’un acte de vengeance ou d’intimidation, conçu par un mécontent ou un déséquilibré ». Une autre hypothèse tout aussi plausible circula ; l’objectif de cet attentat était de paralyser l’usine qui fournissait l’armée allemande. Il aurait été perpétré par un

- 34 -

Le dimanche 17 juin 1917, un mois et demi après l’attentat, à huit heures du matin, sur un signal donné du haut d’une colline qui domine Chippis, la presque totalité des 1800 ouvriers de l’usine d’aluminium emmenés par l’abbé Pilloud, se mettent en grève. Alors que les travailleurs font face à une augmentation du coût de la vie et à la dégradation de leurs conditions de travail et qu’en plus les dirigeants des usines d’aluminium profitent de la conjoncture de la guerre, tous ces éléments provoquent la colère des ouvriers. Les revendications du syndicat ouvrier se portent prioritairement sur 4 points : Une augmentation de salaire de 20 à 25 % avec un minimum de 1 franc de l’heure, la suppression du travail à la tâche, l’immixtion du syndicat dans l’organisation du travail d’hiver et la reconnaissance officielle du syndicat par l’AIAG. La direction des usines se montrera intransigeante. La troupe présente sur les lieux depuis le 1er mai suite à l’explosion calma les ardeurs des plus acharnés. La Confédération donna un ordre de marche aux ouvriers, les contraignant à reprendre le travail en habit militaire. Ayant obtenu la reconnaissance d’une commission ouvrière, le travail reprendra dès le début juillet 1917. Attablé à la table ronde du café de l’Avenue, le nez plongé dans les dernières nouvelles du Nouvelliste Valaisan relatant l’attentat à la bombe, Alexandre Zufferey, président de Chippis, pose son journal et sirote son verre de fendant. Un air malicieux illumine son visage. S’adressant à son voisin d’en face il lui glisse : « Ils ne trouveront jamais le coupable de cet attentat ! » Il se lève, remet son chapeau et lui fait un grand clin d’œil ... Jean-Louis Claude de Zinal


Grimentz | Zinal

ess-grimentz.ch 027 475 50 60

3961 St-Luc Tél. 027 475 13 48

sport4000@netplus.ch www.sport4000.ch

- 35 -

ess-zinal.ch 027 475 13 73


portrait

Les travailleurs de l’ombre Didier Antille, cantonnier

V

ous l’avez tous sûrement croisé un jour ou l’autre sur les routes d’Anniviers. Comme les huit employés de l’Etat répartis par secteurs en Anniviers, Didier prend soin de la route, été comme hiver. Sa mission : faire en sorte que les conditions de circulation et la sécurité des usagers soient optimales même dans les pires conditions. Pour cela, l’équipe de l’Etat n’est, bien sûr, pas seule, les concessionnaires externes et la collaboration avec les employés communaux contribuent à faciliter les trajets quotidiens et à assurer des routes praticables quel que soit le temps. Didier est passionné par son job. Au départ ébéniste de formation, ce père de deux jeunes enfants a travaillé un moment à la commune avant de rejoindre l’Etat. Pour lui, c’est la variété du travail qui le rend intéressant. En effet, en plus du rythme saisonnier, chaque jour apporte son lot de surprises et d’imprévus. Un arbre sur la route, un éboulement, une barrière endommagée et le programme prévu est bousculé pour faire place à l’urgence. Tout comme un médecin urgentiste s’adapte au rythme des arrivées de patients, il faut s’adapter au rythme dicté par la route et la météo.

la période du nettoyage des rochers. L’hiver est beaucoup plus chargé pour Didier et ses collègues. Durant cette saison, c’est vraiment la météo qui dicte le travail. Celui qui est de piquet doit être disponible 24h/24h et, plus généralement, lorsqu’il neige, les horaires sont très aléatoires. Pour Didier, ce côté imprévisible est à la fois parfois difficile – impossible de prévoir un weekend à l’avance par exemple mais aussi excitant. C’est ce qui met aussi un peu de piment au travail. Même si cer-

tains matins sont difficiles, celui qui est de piquet doit faire le tour de la Vallée à 2h du matin pour évaluer la situation de gel notamment, c’est aussi ça, le service public et c’est ce qui plaît à Didier. Le seul bémol me confie-t-il, c’est le manque de reconnaissance des usagers pour son travail. En effet, en plus de l’image d’Epinal du cantonnier endormi sur sa pelle, il faut supporter l’agressivité de certains usagers qui ne comprennent pas qu’une fermeture de route par exemple, est une mesure pour leur sécurité, la vitesse excessive d’autres conducteurs qui ne respectent pas les limites et les nombreuses incivilités sur la route… Malgré cela, Didier n’est pas près de quitter ce travail qui lui plaît tellement. Et pour ma part, je profite de cet article pour remercier, au nom de nombreux usagers de la route d’Anniviers, toutes les personnes qui œuvrent dans l’ombre pour rendre nos déplacements plus faciles.

Si l’été est essentiellement consacré à l’entretien courant, fauchage, poteaux et panneaux à changer, trous à combler… des alertes ont quand-même lieu fréquemment, notamment en cas d’orages et de fortes pluies. Il faut réagir vite pour dégager d’éventuels cailloux sur la chaussée et éviter ainsi des accidents potentiels. Il faut aussi faire la circulation et sécuriser en diverses occasions, notamment lorsque vient

Yanis Chauvel

- 36 -


www.prilet.ch - 027 475 11 55

Vendre, acheter, louer ou gérer un bien immobilier ne s’improvise pas St-Luc: 027 475 32 15 | Chandolin: 027 480 18 19 Immobilier Vacances est une entreprise pérenne et durable, construite sur la rigueur, l’honnêteté et surtout, la confiance de ses clients. Souhaitez-vous mettre en location, faire estimer votre chalet ou appartement en vue d’une vente, acheter un bien immobilier ?

Joël Bonnard

conseiller en assurances 079 690 51 34

Route de Moiry CH-3961 Grimentz +41 (0)27 475 18 22 info@anniviers-immobilier.ch www.anniviers-immobilier.ch

- 37 -


Alain Zuber

BUREAU D’INGÉNIEURS

chauffage sanitaire couverture ferblanterie Rue d’Ehala 36 - 3976 Noës

079 220 78 00 - alain.zuber@bluewin.ch

S I M O N C R E T TA Z S A

027 455 22 32 • 079 628 85 22

078 671 11 51 - Vissoie-Anniviers

- 38 -


sport

Ski-Team Anniviers Saison 2015-2016

- 39 -


traditions

Dans les alpages autrefois

G

érard Revey, né en 1934, a eu l’audace de se lancer dans une entreprise difficile. Il s’est mis à écrire en patois ses souvenirs de garçon, puis de jeune homme, qui travaillait dans les alpages, à la bonne saison. Il évoque pour nous les différentes activités effectuées pendant l’estivage et les fonctions des employés d’alpage. Le choix du patois est particulièrement judicieux pour transmettre des connaissances relevant du monde de l’agriculture. En effet, c’est dans ce domaine traditionnel que la richesse de cette langue est la plus grande. De fait, beaucoup de termes patois en usage en Suisse romande ne trouvent guère d’équivalents dans le français classique. Un petit lexique, en annexe, en répertorie les principaux utilisés en Anniviers.

1944 è 1945

1944 et 1945

Un mille nou-cen 44 ayè 10 ans. Yo chirè dolèn mosoni à l’alpazo du Marais avoiè 80 môson, è lo grand mosoni chirè oun dè Pinsec. Yo partichièvo lo matin à chatt ourè. Yo prinzièvo la brinttète in bouè - vos châdè kiè lo lassez rèstavè frè tôtè la zornivè - è dè pan è dè chèré è tzèrè dè bourrè. Oun ayè pas attra chozè por tôta la zornivè. Commè fajièvo crouhé tien oun chè catzièvè lèi ouna grôttè (ch’apellavè la bouihè dè l’or). Oun fazièvè un petic foie por chè tènin tza è mèttrè chèkia lè dra. Lo mosoni viniève una côcha por m’idiè à conta lè mozon è donna la châ. Rèstavè dâvoie j’ourè et aprè kontavè partic por arria. Aprè yo chirè cholettè tankiè ver chatt ourè lo dèvèlota, aprè yo partichièvo por droumic è, lè zorè dè plozè, mètrè chèkia lès dra.

En 1944, j’avais 10 ans et j’étais petit garde-génisses à l’alpage du Marais. J’avais 80 génisses. Le garde-génisses était un de Pinsec. Je partais le matin à 7 h, je prenais la petite brante en bois de 7 à 8 litres - vous savez que le lait y restait frais toute la journée - du pain, du sérac et un peu de beurre. On n’avait pas autre chose pour toute la journée. Quand il faisait mauvais temps, on se cachait dans une petite grotte qui s’appelait « la boîte de l’ours ». Là, on faisait un petit feu pour se tenir chaud et mettre à sécher ses habits. Le garde-génisses venait un moment pendant la journée pour m’aider à compter les génisses et leur donner le sel. Il restait deux heures, puis il repartait pour aller traire les vaches au chalet principal. Après, je restais seul jusque vers 7–8 h le soir, puis je partais pour aller dormir au chalet principal et, les jours de pluie, mettre mes vêtements à sécher.

1946, y Mouèrrè, un Torèn Yo chiro mayo. Falièvè tenin lès vatzs au mizio, l’ayè pa dè par. Lo matin falièvè chè lèva à davoiè j’ourè por arria lè vatz tankiè à chatt ourè. Aprè lo fruittiè faliève fère lo fromazè è lo chèré è lo bourrè. È lo vili è lo dolèn dèvéi alla vouarda lès vatz è lo paho è lo dolèn paho è lo mayo fèrè lo reck, lava lè chéllè è tôtè lèz ustensil dè coujinè è lo mêtrè ch’ocouppa dou celli, nètèyè lè frommazè.

1946, à Moiry, alpage de Torrent J’étais le garçon à tout faire. Pour que les grands pâtres puissent traire les vaches, je devais les garder en rond, parce qu’il n’y avait pas de parc. Pour ce travail, je devais me lever à 2 h du matin et cela pouvait durer jusqu’à 7 h. Une fois la traite finie, le fruitier devait faire le fromage, le sérac et le beurre. Le vacher et son aide s’en allaient garder les vaches. Pendant ce temps, le pâtre et son aide et le mayo devaient faire le ménage, laver les bidons en bois et tous les ustensiles de cuisine. Le fruitier de son côté devait s’occuper de la cave, nettoyer les fromages.

- 40 -


1947 è 1948

1947-1948

Yo chiro un l’alpazè dè Nava mosoni, è dolèn mosoni chirè oun dè Vissoyè. Chirè la même tzôjà koun Marais : yo rèstavè dâvoie à trè j’ourè. Apré dèvéi partic por arria. Âyo 27 à 28 vatz a arria tot lès zor.

A l’alpage de Nava, j’étais garde-génisses et le petit garde-génisses était un de Vissoie. Les activités étaient les mêmes qu’à l’alpage du Marais. À mon tour, je restais 2 à 3 heures avec le petit gardegénisses. Après, je devais repartir pour la traite. J’avais 27 à 28 vaches à traire chaque jour.

1949, un Nava Un 1949, yo chiro dolèn por vouarda lè vatz è lo vili chire un di Mayo. Lo dèvèlota lo vili l’allâvè dèvant, por gouida lè vatz ou pra è copa lè choye è yo lo dolèn derri por tsasiè. È ou pra, yo alavè per dèjott por arrèra lè béyè. L’ayon l’abitudè. Miziève penden dâvoie à trè j’ourès. Aprè chiran soigniè, aprè lè partichiève doucsemen por alla droumic ayo un coin avoie chiran biein. Apré à dâvoie j’ourè dou matin y’allâvè lè kièrric chouc per derri. Yo choublavè è yo criâvè è chèn vinièvè doucsemen ba. Por arria on lès mèttièvè yienn ou par.

En 1949, alpage de Nava J’étais aide pour garder les vaches et le vacher était un de Mayoux. Vers le soir, le vacher allait devant le troupeau pour guider les vaches au pré et « couper les repas » c’est-à-dire partager le pâturage en secteurs. Moi, je suivais le troupeau pour chasser le bétail. Au pré, mon rôle était de contourner les bêtes par en dessous afin de les maintenir dans le bon secteur. Elles avaient l’habitude. Elles mangeaient pendant 2 ou 3 heures. Quand elles s’étaient soignées, elles partaient doucement pour aller dormir dans un coin où elles étaient bien. A 2 h du matin, je devais aller les chercher et je montais par derrière le troupeau. Je sifflais et je criais et elles s’en venaient en bas doucement dans le parc pour la traite. Gérard Revey et Janine Barmaz

En 1949, à l’alpage de Nava

Quelques mots du vocabulaire spécifique de l’alpage dolèn mosoni : aide garde-génisses mosoni : garde-génisses mayo : garçon à tout faire mizio : endroit où les vaches étaient rassemblées pour la traite, quand il n’y avait pas de parc fruittiè : fromager vili : vacher, responsable du troupeau de vaches dolèn : petit vacher paho : employé qui fabriquait le sérac dolèn paho : aide du précédent copa lè choye : «couper les repas» c’est-àdire partager le pâturage en secteurs, correspondant chacun à un repas du bétail

- 41 -


www.sivacolor.ch www.salaisons-anniviers.ch

L

es M

e nu

isie

rs -

nis Ebé

te

ha s-C

r pen

tier

s d’An niv

ier s

vo u

s so

uha

iten

Boisval SA - Mayoux tél 027 475 12 37 - fax 027 475 12 81

Melly Sarl - Ayer tél 079 434 79 73

Construction SA - Vissoie tél 027 475 11 33 - fax 027 475 20 72

Monnet SA - Mayoux tél 027 475 18 33 - fax 027 475 44 57

Créabois Martial Solioz - Grimentz tél. 027 475 21 54 - fax 027 475 61 54

Salamin François - St-Luc tél 027 475 23 39 - fax 027 475 30 55

Massy SA - Grimentz tél 027 475 15 78 - fax 027 475 25 94

Theytaz Jean-Noël - Grimentz tél 027 475 20 70 - fax 027 475 29 70

Salamin Claude-Albert - St-Luc/Niouc tél 027 455 53 86 - tél 079 417 63 86

Viaccoz SA - Ayer/Zinal tél 027 475 17 78 - fax 027 475 37 78

Revey Jacky Sàrl - Mayoux tél 027 475 23 74 - fax 027 565 53 43

Multibois-Anniviers Sàrl - Mission tél 079 277 07 68 - fax 027 475 49 54 Patrice Michlig - St-Luc/Niouc tél & fax 027 455 99 00 - 079 393 37 12

Le BOIS met de la chaleur dans votre foyer

- 42 -

t ple

in s

uccè

s


Vissoie - 027 475 18 77

- 43 -


éducation

La crèche

un lieu pour grandir et se développer

A

ctuellement, dans la plupart des familles, les deux parents travaillent. Parfois les grands-parents aussi. Cela explique le besoin croissant de structures d’accueil pour les enfants, au cours des dernières décennies. En Anniviers, la crèche a 12 ans d’existence. La crèche d’Anniviers reçoit deux groupes d’enfants : les « trotteurs » qui ont de 18 mois à 3 ans et les « préscolaires » qui ont entre 3 et 4 ans. Présentation Les trotteurs tirent leur nom de leur propension au déplacement. Le passage de la nursery à la crèche (ou de la famille à la crèche) se fait tout en douceur. L’intégration se déroule par étapes. La première fois, l’enfant vient visiter les locaux en compagnie de sa maman et reste une petite heure. La deuxième fois, il reste seul, comme un grand, avec ses nouveaux copains. La fois suivante, il participe aux différentes activités, puis il prend le repas sur place. Enfin, lors de la dernière étape, on rajoute la sieste. C’est de manière progressive qu’il découvre le monde de la crèche, avec ses nouveautés. A la crèche, l’enfant mange le repas préparé par la cuisine du centre scolaire, il se brosse les dents, il apprend à se laver les mains, il est encouragé dans l’acquisition de la propreté et à se sentir à l’aise avec son corps, il est libre dans le choix de ses activités. L’aprèsmidi, il fait une sieste adaptée à ses besoins. Mouvement et langage sont les maîtresmots du développement des enfants de cet âge. Beaucoup d’activités sont proposées dans l’optique d’accroître leurs aptitudes Le concept « Youp’la bouge » (présenté dans l’article consacré à la nursery, cf. 4

Le coin des artistes

Saisons n° 21 p. 20) est particulièrement adapté à ce groupe d’enfants. Une grande place est aussi accordée aux histoires et aux chants. Une sorte de théâtre de table, appelé kamishibaï, est fort apprécié des petits : il permet de raconter des histoires, en dévoilant successivement les feuilles qui illustrent ce qui est conté. Toutes les activités dites «de routine» servent à apprendre l’autonomie (je m’habille tout seul) et le libre choix (je mets d’abord mes chaussures ou ma veste ?). Chaque chose de la vie est considérée comme une activité, permettant d’apprendre. Le fil conducteur pédagogique Pour une structure d’accueil, la définition d’un projet pédagogique est essentielle, même si, bien évidemment, ce dernier n’est jamais figé. En effet, pour qu’il y ait cohérence entre toutes les personnes qui s’occupent des enfants, il faut avoir les mêmes références et défendre des valeurs communes. Cela permet de « donner du sens à nos actes », explique une éducatrice. La crèche d’Anniviers est régie par un

- 44 -

projet pédagogique, qui sert de fil rouge à l’ensemble de la structure. La ligne choisie se fonde sur la méthode mise au point par la doctoresse et pédagogue Maria Montessori. Celle-ci n’est pas l’unique référence et des auteurs, comme Christine Schuhl et Isabelle Filliozat, sont aussi sources d’inspiration. Le projet pourrait avoir comme slogan «Apprends-moi à faire tout seul !» et privilégie deux notions fondamentales: l’autonomie de l’enfant et le libre choix de celui-ci. Le groupe des préscolaires est constitué d’enfants qui, pour la plupart, vont aller à l’école l’année suivante. D’où leur nom. Un accent, encore plus fort, est mis sur l’autonomie et le libre choix. Ainsi, l’enfant choisit s’il veut faire ou non les activités ou le bricolage proposés. Rien ne lui est imposé. Il peut arriver que le bricolage pour la fête des pères ne soit pas fait… Pour le repas, l’enfant va se servir luimême. Il doit réfléchir et évaluer ce qu’il pourra manger, car il est encouragé à terminer son assiette. Certains ne prennent


lière, à carnaval par exemple.

A la découverte du vaste monde

qu’une feuille de salade à la fois et font de multiples allers-retours. Après le repas, l’enfant se lave les dents, avec du dentifrice maintenant, contrairement aux plus petits. C’est le parent qui choisit si l’enfant va à la sieste ou à la « relax », moment où l’enfant reste couché sur un matelas avec des livres. Chaque jour, il y a des moments où les deux groupes se rassemblent. Ces moments communs sont proposés au début (de 7 h à 9 h) et à la fin de la journée (de 17 h à 18 h), lorsque le nombre d’enfants est moindre. Le regroupement facilite l’organisation, en nécessitant moins d’éducatrices à certaines heures de la journée. Maman, j’ai envie d’aller à la crèche ! Parce que la crèche, c’est un lieu - où je retrouve des copains - où j’apprends à partager - où je découvre plein d’activités - où j’apprends à être moi-même sans mes parents - fait et pensé pour moi ! Originalité Les journées spéciales sont des journées consacrées à des sorties et des balades. Elles sont un des grands atouts de la crèche d’Anniviers, qui peut offrir souvent ce genre d’activités, contrairement à la plupart des autres structures. En effet, en été, il est régulièrement proposé aux enfants de partir toute une journée découvrir différents lieux de la vallée. Ils prennent le

bus et se rendent dans l’un ou l’autre village. Ils expérimentent d’autres choses : ils vont marcher et portent leur sac à dos, ils préparent le pique-nique et se passent de sieste. Une grande excursion peut, par exemple, les conduire en bus à Grimentz, où ils prennent le téléphérique qui les monte sur les hauts de Sorebois. Puis, ils descendent à pied jusqu’au téléphérique qui les ramène à Zinal, d’où ils repartent en bus pour Vissoie. Le niveau de difficulté des sorties est évidemment progressif et adapté aux âges. En hiver, c’est plus compliqué d’organiser une balade d’un jour. Cependant, il y a au moins une ou deux sorties pour aller faire de la luge et pique-niquer dans la neige. Les vacances scolaires sont l’occasion pour les enfants de faire de la cuisine. En effet, chaque jour, il faut préparer une entrée et un dessert pour compléter le plat concocté par un restaurant. Chacun doit mettre les mains à la pâte ! Préparatifs Pendant la semaine du 15 août, la crèche est fermée. Mais on y travaille pourtant. Se calquant sur le système scolaire, le personnel éducatif prépare l’année qui vient et trie le matériel. Les 14 personnes qui le composent réfléchissent, échangent, puis déterminent les thèmes qui serviront de trame pour les mois à venir. Chaque groupe de la structure a son thème, qui se décline dans les activités, les bricolages, la décoration ou lors d’une journée particu-

- 45 -

Bref historique La crèche d’Anniviers a ouvert ses portes en 2004. Elle offrait 12 places, 3 jours par semaine, durant l’année scolaire seulement. Une quarantaine d’enfants de la vallée étaient alors concernés. Aujourd’hui, la structure s’est considérablement élargie. Elle offre 71 places, 5 jours par semaine, durant toute l’année. Ce sont environ 140 enfants qui y viennent régulièrement. La structure répond bien à la demande, même si elle connaît un peu plus de difficultés en hiver. En effet, elle s’adapte suivant les saisons, en fonction des besoins des gens qui travaillent dans la vallée. Elle fait preuve de beaucoup de souplesse, même si cela n’est pas toujours aisé. C’est aussi une de ses caractéristiques particulières par rapport aux structures de plaine. Aujourd’hui, il ne serait plus concevable de vivre sans une structure d’accueil en Anniviers. Sachons apprécier à sa juste valeur l’offre de qualité, adaptée aux besoins des habitants, qui nous est proposée. Janine Barmaz

Emplois et formation La structure d’accueil d’Anniviers fournit du travail à diverses personnes. Aucune n’y travaille à 100 %. Le travail éducatif, à lui seul, correspond à un peu plus de 8 postes à temps plein. Le personnel qui s’en occupe suit régulièrement des formations continues. Il est constitué d’éducatrices de l’enfance, d’assistantes socio-éducatives, de nurses, d’auxiliaires et d’une apprentie. Il ne faut pas oublier les autres personnes qui assurent la bonne marche de la maison. Parmi elles, deux s’occupent de l’intendance au moment des repas de midi : une dame à la crèche, trois fois par semaine, un jeune homme, placé par la FOVAHM, à l’UAPE. Ils mettent la table, aident au service, puis rangent. Le concierge du centre scolaire, lui, amène les repas. Le soir, deux personnes font les nettoyages et s’occupent de l’entretien de la pelouse. Enfin, la secrétaire du Centre scolaire consacre 20% de son temps de travail à la structure. Tout ce monde est chapeauté par le Conseil communal d’Anniviers.


culture

notre histoire.ch par Michel Savioz de Vissoie

Photo de l’hôtel par © Collection Georges Rossi

Festival du Toûno St-Luc, 8 - 12 août 2016 / www.festivaldutouno.ch info : OT St-Luc 027 476 17 10

Impressum

Bienvenue aux non-résidents

Les 4 Saisons d’Anniviers

Abonnez-vous !

Comité de rédaction : Christiane Favre (Conseillère communale) Valentin Crettaz (Président Ski-Team Anniviers) Christian Caloz (Président FC Anniviers) Benoît Epiney (Président HC Anniviers) Franziska Andenmatten Zufferey (Présidente Montagne-Club Anniviers) Paolo Marandola (Imprimerie d’Anniviers sàrl) Rédaction : Janine Barmaz, Simone Salamin, Yanis Chauvel Correctrice : Ursula Surber Impression : Imprimerie d’Anniviers sàrl, Vissoie Remerciements : Commune d’Anniviers et tous les annonceurs Mode de parution : trimestrielle Tirage : 2’100 exemplaires Des journaux sont à disposition dans les différents offices du tourisme d’Anniviers et de Vercorin, dans les bureaux communaux d’Anniviers ainsi que dans la caissette située sur le bâtiment de la poste à Vissoie, à côté de l’entrée d’Anniviers Tourisme.

- 46 -

Tarif : 50.-/an (4 éditions) en Suisse et 100.-/an à l’étranger. Adressez votre demande par e-mail à 4-saisons@bluewin.ch ou par courrier à Imprimerie d’Anniviers sàrl 4 Saisons d’Anniviers, 3961 Vissoie.


- 47 -


Les Entrepreneurs d’Anniviers

EPINEY ARMAND & FILS SA VISSOIE MELLY CONSTRUCTION SA ZINAL MELLY RAPHY SA AYER SAVIOZ ANDRÉ SA VISSOIE SALAMIN CONSTRUCTION SA GRIMENTZ


Turn static files into dynamic content formats.

Create a flipbook
N 23 juillet 2016 by Les 4 Saisons d'Anniviers - Issuu