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Gilles Abier
Ça pue ! illustrations Marta Orzel
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J’aurais dû me fier à ma première impression et jeter son cadeau à la poubelle, au lieu d’écouter mon père : — Il l’a fabriqué lui-même ! Il a dû y passer du temps. Oui, et alors ? Parce qu’il habite Marseille, il se croit obligé de m’envoyer du savon. Ce n’est pas parce que je suis Bordelaise que je lui ai préparé des canelés, notre spécialité. Pour ceux qui ne
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connaissent pas, je précise que c’est un petit gâteau savoureux, parfumé au rhum et à la vanille, recouvert d’une croûte caramélisée. Déjà, c’est trop compliqué à faire. Faut laisser reposer la pâte une journée entière. T’as le temps de mourir avant de les cuire. Ensuite, je suis certaine que je n’aurais pas pu m’empêcher de tous les goûter pour être sûre qu’ils étaient croustillants sur les bords et moelleux à l’intérieur. Et recevoir des miettes par la poste (même de canelés faits maison), c’est plutôt moyen ! Si encore il avait triché et qu’il l’avait acheté, son savon liquide, au lieu de le fabriquer lui-même, peut-être que je ne
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ressemblerais pas à un homard qu’on vient d’ébouillanter ? Qu’est-ce qui m’a pris de me l’étaler sur la peau ! On aurait dit du lait trop concentré, couleur bouse de vache, odeur qui sent les pieds après cinq heures de randonnée. Évidemment que ça allait me coller des plaques rouges sur tout le corps ! Je devrais me plaindre auprès de mon prof de français. C’est lui qui nous a entraînés dans cette histoire de correspondance avec une classe d’une autre ville. Une lettre d’introduction ne suffisait pas pour faire connaissance, il fallait aussi qu’on envoie un objet fabriqué par nos soins.
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J’ai attendu de recevoir le sien. Imaginez que je lui adresse une de mes superbes peintures à l’huile d’animaux exotiques, et que lui m’offre en échange le portrait de son joueur de foot favori, composé avec les croquettes de son chien, collées sur un bout de carton. Tout est possible ! Remarquez, aujourd’hui, je crois que j’aurais préféré ! Bref, pour me venger, j’ai cherché l’objet parfaitement diabolique. Celui qui provoquerait les mêmes plaques sur la peau de Mathis que celles qu’il m’a refilées et qui ont du mal à partir. J’ai beau me tartiner de crème hydratante trois fois par jour, je reste rouge comme du piment pilé.
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Si ça se trouve, il a mis un produit dangereux dans son savon. Exprès. Comment savoir si c’est pas un psychopathe qui rêve de dessécher la peau de toutes les filles de la planète ?! Mon père a raison. Faut que j’arrête de regarder des séries flippantes dans mon lit la nuit ! Après, j’ai l’imagination en folie… Donc, je réfléchis, et très vite je pense à un pull en laine. Je les supporte pas. Dès que j’en enfile un, ça me gratte, j’étouffe, et bienvenue les plaques rouges. Peut-être que lui aussi est allergique ? Surtout si je le choisis avec la laine la plus râpeuse du monde. Du genre qui lui arrache les poils des bras !
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Raphaële Frier
Ça gratte ! illustrations Marta Orzel
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J’ai failli faire un arrêt cardiaque lorsque j’ai ouvert mon colis. Quelle horreur ! Un tricot vert, avec des rayures rouges au niveau des coudes ! On dirait une relique de grand-mère. Un pull en grosse laine qui gratte en plus ! Tu l’enfiles, tu te changes en sapin de Noël. — Essaie-le, au moins ! a insisté ma mère, impressionnée par tant de gentillesse et de persévérance contenues dans un petit carton.
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— Pas question ! Je porterai jamais ce truc. — Elle y a passé du temps, tu sais. Tricoter un pull, ça prend au moins trois semaines. Regarde, c’est du jersey, un rang à l’endroit, un rang à l’envers. Tu te rends compte que ta correspondante t’a consacré trois semaines de sa vie ? — C’est très généreux, je peux pas dire le contraire. Mais je me demande si c’est pas encore plus moche que généreux… Comment croire que ce truc est l’œuvre d’une fille de mon âge ? En tout cas c’est le cadeau de Camille Flori, ma correspondante bordelaise. À tous les coups, je suis tombé sur une fayote
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qui cherche à impressionner les profs. C’est vrai, quoi : faut être sacrément fayote pour dégainer des aiguilles à tricoter pendant une correspondance scolaire ! En tout cas, c’est l’activité que cette fille a choisie en lisant la consigne du mois dernier : « Pour commencer à faire connaissance avec votre correspondant, vous allez lui adresser quelque chose. Mais attention, il faudra le confectionner vous-même. Et vous le lui enverrez par la poste. » Dire que pendant toute notre correspondance, sa classe de Bordeaux et la mienne à Marseille recevront les mêmes instructions et suivront le même calendrier… Ça promet.
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Moi j’avais pas d’idée, alors j’ai cherché sur Internet et j’ai trouvé un tuto pour fabriquer du savon. Mais c’était trop compliqué à cause de la soude caustique qui peut provoquer des trous dans la peau. Il paraît que c’est archi dangereux et mes parents m’ont interdit d’y toucher. J’avais ni la soude caustique, ni les gants, ni les lunettes, encore moins le masque de protection et la blouse. — Cherche autre chose ! m’a dit mon père. Trouve un truc plus simple. Le truc plus simple, c’était le savon liquide, puisqu’il peut se passer de soude caustique. Alors j’ai râpé du savon (trois grammes à la minute, ça va pas vite, ça fatigue et ça fait mal aux
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doigts !), puis j’ai mélangé cette poudre un peu collante à de l’eau bouillante et de l’huile d’olive. Évidemment, comme un idiot je me suis léché les doigts, comme quand je fais un gâteau, et j’ai failli vomir dans ma mixture. Ensuite, j’ai reniflé le mélange. Ça sentait parfaitement le pot-pourri, dans le premier sens du terme. Là j’ai vu noir. Je me suis dit que je ne pouvais pas offrir un savon qui pue. Et puis j’ai pensé au parfum de ma mère. Ça tombe bien, il s’appelle Osez. J’en ai vaporisé une bonne dose dans ma potion. Finalement, ça sentait encore bizarre, mais c’était déjà plus respirable. J’avoue que sans glycérine, j’ai obtenu une consistance un peu dégoûtante, un truc entre le solide et le
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