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Cerveau & Psycho #156 - juillet/août 2023

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DÉCOUVERTES Sciences cognitives

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L’APHANTASIE : QUAND ON N’ARRIVE PLUS À IMAGINER

ÊTES-VOUS APHANTASIQUE ?

I

– sauf chez les individus aphantasiques. L’aphantasie se détecte aussi à des réactions physiques particulières. Par exemple, le réflexe pupillaire fait en sorte que la pupille se contracte lorsque l’on regarde une source de lumière vive. Ainsi, elle protège la rétine d’un rayonnement trop fort. On sait depuis longtemps que la pupille réagit en général de la même façon lorsque l’on imagine une lumière éblouissante, comme celle du soleil. Or, en 2022, l’équipe de Kay Lachlan, à l’université de Nouvelle-Galles du Sud, a montré que les aphantasiques n’ont pas ce réflexe pupillaire lorsqu’ils essaient de penser au soleil ! Autre réaction physique : la conductivité cutanée. Si l’on présente des images terrifiantes à des personnes dotées ou non d’imagination, la conduction cutanée augmente de la même manière chez tous les sujets en raison d’une élévation de la production de sueur. Mais si on leur fait lire des textes effrayants, seules les personnes pouvant se représenter les scènes visuelles transpirent davantage : les mots dans leur tête deviennent des images angoissantes qui provoquent du stress. Faute d’images en tête, les aphantasiques ne ressentent pas cela. Ces méthodes, certes, ne sont pas très précises. Néanmoins, elles permettent de réaliser des distinctions grossières et graduelles. Une personne qui réagit particulièrement vite à l’amorçage, qui transpire beaucoup en lisant des textes effrayants, qui réagit aux images mentales avec un réflexe pupillaire prononcé et qui montre une forte préférence pour un œil en rivalité binoculaire, a probablement une très bonne imagination visuelle. Sources : L. Kay et al., eLife, 2022 ; M. Monzel et al., Attention, Perception, and Psychophysics, 2021 ; M. Wicken et al., Proceedings of the Royal Society B, 2021 ; R. Keogh et J. Pearson, Cortex, 2018.

©Matthew Dean Adelman/Shutterstock

l est impossible de vérifier si une personne est réellement aphantasique en observant directement si son cerveau produit ou non des images mentales. Il est également délicat de porter ce diagnostic sur soi-même : comment savoir si son imagination visuelle est meilleure ou moins bonne que celle d’un ami ou d’un collègue ? Heureusement, différentes solutions ont été mises au point pour approcher objectivement le phénomène. Première méthode : l’effet dit « d’amorçage ». Si on vient d’imaginer – ou de voir – une pomme, on remarque alors plus rapidement les pommes que les prunes dans son environnement. La première pomme aperçue constitue ce qu’on appelle une « amorce » pour le cerveau : elle met en alerte les réseaux neuronaux mnésiques correspondant à ce fruit. Ainsi, à l’université de Bonn, nous avons montré, en 2021, que les personnes dotées d’une représentation visuelle mentale normale trouvaient plus rapidement un objet brièvement représenté auparavant dans une grille de recherche que les sujets se déclarant aphantasiques : apparemment, ces derniers ne produisent aucune image mentale de l’objet et réagissent donc plus lentement. Deuxième méthode : la rivalité oculaire. Il s’agit de présenter deux images différentes à l’œil gauche et à l’œil droit. Le cerveau les perçoit chacune en alternance, autant de temps, car il est incapable de décider quel œil a « raison ». En 2022, l’équipe de Joel Pearson, à l’université de Nouvelle-Galles du Sud, a demandé à des volontaires d’imaginer mentalement l’une des deux images, avant de placer cette image devant un de leurs yeux, et une autre image devant l’autre œil. Résultat : la photo qui avait été imaginée au préalable était ensuite perçue plus longtemps par la personne que l’image concurrente

N° 156 - Juillet-août 2023


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