LE POIDS DES MOTS Par Luc Maenchel
Günter Grass, Was alles sie in zu großen Köpfen, 1982-1983, photo : Pascal Bastien
L’exposition « Bibliothèque Fantastique », conçue par l’équipe du musée, présente à la fois des œuvres qui se sont emparées des mots, de l’écriture et des livres d’artistes issus tant du fonds Würth, que de la collection personnelle du généticien Jean-Louis Mandel. S’y retrouvent des noms prestigieux de l’art contemporain, mais aussi de la littérature. Dans le hall, Lost (1996), œuvre maligne et hypnotique de Patrick Hughes, est une jolie entrée en matière : on croit voir une vidéo, sauf que c’est une pièce en volume où tout est peint et statique. Les déplacements assurent la cinétique avec l’impression d’évoluer dans une bibliothèque ! Deux pièces monumentales d’Anselm Kiefer dominent
ensuite la salle du bas. Mutterkorn (2007) est un gisement fuligineux vers les mots de Paul Celan écrits en haut de la toile et, fermant la perspective avec ses gigantesques livres en plomb, la Bibliothek mit Meteoriten (1991) pèse onze tonnes… Avec le banc en marbre de Jenny Holzer, les grès de Susanne Egle, les terres cuites de Günter Grass, perce comme une instinctive volonté d’ancrer la légèreté des mots dans le dur et le lourd… Et conjurer ainsi leur volatil destin ? L’imp os ant G raphein (G ü nt her Uec ker, calligraphies d’Hans Peter Wilberg, 2002) donne un avant-goût des livres d’artistes exposés à l’étage. Si le pop-artiste britannique Eduardo Paolozzi crée les pages de Bunk! (1972) avec des images issues de magazines, la plupart du temps, la démarche est collective, avec l’envie de proposer une œuvre moins onéreuse. Bien qu’ils soient vingt-huit pour 1 ¢ Life (1964) avec une couverture d’Andy Warhol, le plus souvent ce sont des binômes qui les imaginent : les Arp, Breton/Éluard/Dali, Prévert/ Ernst, Butor/Alechinsky… Enfin, l’illustration s’invite dans la dernière salle avec les planches d’El Conejo y el Coyote (Le Lapin et le Coyote, 1979) de Francisco Toledo, plusieurs dessins de Max Ernst et Tomi Ungerer qui suggérait joliment : « Pour moi, s’il devait y avoir un paradis, ce serait une bibliothèque. » — LA BIBLIOTHÈQUE FANTASTIQUE, COLLECTION WÜRTH ET PRÊTS, exposition jusqu’au 6 avril, au musée Würth, à Erstein Le catalogue est une traduction française de l’exposition de 2018 « De A à Z, les livres d’artistes dans la Collection Würth » au Hirschwirtscheuer, Künzelsau www.musee-wurth.fr