DOSSIER
G.V
MAIRE
LE NOUVEAU CHEF DE VILLAGE ? NOUS L'AVONS VU DANS NOTRE DERNIER NUMÉRO : LES COMPÉTENCES ACCORDÉES AUX COMMUNES FONT DU SCRUTIN MUNICIPAL UN DES PLUS IMPORTANTS POUR LE DÉVELOPPEMENT DE MAYOTTE. MAIS UNE AUTRE RAISON FAIT QUE LES MAHORAIS LUI ACCORDENT UNE CRÉDIBILITÉ TOUTE PARTICULIÈRE : IL EST EN EFFET CELUI QUI SE RAPPROCHE LE PLUS À LA STRUCTURE TRADITIONNELLE DE LA SOCIÉTÉ. Il danse et il chante sur scène. Puis il passe dans les rangées, affichant un léger déhanché qu'accompagnent les voix des femmes, toutes vêtues de salouvas identiques. Il remonte ensuite sur scène continuer son show. Lui, c'est l'un des 87 candidats à un fauteuil de maire à Mayotte. Et si la scène se passe à Dembéni, un dimanche après-midi sur le parking voisin de la Poste, de nombreuses autres semblables, avec d'autres prétendants, se déroulent aux quatre coins de l'île depuis plusieurs semaines. "Pour venir danser et se faire remarquer, il y a des candidats !", ironise un passant qui observe le meeting avant qu'une des femmes, s'avançant vers lui d'une démarche chaloupée, n'essaye de l'entraîner au cœur du rassemblement. "Si si viens, c'est le futur maire", lui assure-t-elle en souriant avant de le laisser poursuivre sa route. À Mayotte, aucune campagne ne peut être menée sans un meeting réussi. Pour cela, les ingrédients sont simples : ramener le plus de monde possible, faire de l'évènement un moment agréable pour tout le monde, et attirer tous les regards sur soi. Le principe même d'un meeting politique, où qu'il ait lieu. Certes, mais à ceci près que chez nous, le programme s'efface parfois derrière la personnalité du candidat. C'est en tout cas ce que regrette le sociologue Abdallah Combo, pour qui ces rassemblements démontrent
bien "l'individualisation des candidats". Il ironise à son tour sur les meetings : "Vous avez remarqué, vous aussi, le nombre de colliers de fleurs ? Il y en a tellement que les candidats ne voient même plus leur public ! Les gens ne jugent pas sur le programme, mais sur le nombre de colliers de fleurs qu'il a autour du cou." En somme : sur l'aura. Et l'aura, selon notre intervenant, tient à une chose : la communauté. "Nous sommes encore dans une société communautarisée, affirme le sociologue, car la communauté compte plus que l'ensemble du territoire et l'intérêt général, qui reste une notion à construire."
UN HÉRITAGE DE LA CHEFFERIE ? Une tendance qui serait héritée de la structure traditionnelle de la société, car les communes sont finalement encore assez récente (lire aussi p.14 à 17). "À mon sens, l'élection du maire est une extension de la chefferie villageoise", explique le sociologue qui poursuit : "Dans la mesure où le maire est celui qui administre l'ensemble des villages qui composent une commune, il est semblable à un ancien chef". Et d'effectuer un parallèle avec leur statut. Ainsi, "longtemps, les maires étaient les grands notables de la commune. Ils étaient les héritiers de la chefferie. Tsingoni est un bon exemple : jusqu'en 1995, c'est Zoubert Adinani, natif du village, dignitaire très respecté, et issu d'une grande famille, qui était maire. Dans certains cas, ce statut
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