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TEMOIGNAGE lectionner et classer les flacons de parfum d’une illuminée chevelue portée sur la cosmétique biblique. Et là l’entourage décroche. Mais le pire est à venir car l’addiction guette. D’abord insidieusement, des dossiers appelés Pyxides de Madeleine remplis d’images de petits vases se multiplient sur le Bureau de l’ordinateur. Puis des dossiers de Pyxides hors sujet mais trop jolies. Et finalement, un soir, on cherche son Best of Pixies dans ses fichiers pour dynamiser un peu sa rédaction… et c’est un Best of pyxides qui apparaît dans les résultats de recherche. Alors, même le quotidien devient difficile à gérer. A la bibliothèque, on fait peur aux premières années qui demandent pourquoi on dessine des petites boîtes avec application. Devant la machine à café de l’Ecole, les gobelets blancs évoquent des pyxides cylindriques évasées de petite taille. Au Starbucks, c’est un supplice d’avoir à choisir entre les trois tailles de pyxides ornées à couvercle plat. A ce stade, on se dit qu’il est plus sage d’imiter la Madeleine et de rompre avec le monde pour faire retraite dans une grotte. A défaut de grotte, on se calfeutre chez soi. Ca tombe bien, il reste un petit mois pour transformer cette névrose en cinquante pages rationnelles… Suzanne Lemardèle

L

a statuaire de la tour de la cathédrale de Nevers : historique des restaurations passées, critique du projet actuel de restauration.

La recherche : les archives, les livres, l'observation directe … Beaucoup d'investissement : intellectuel, temporel, financier (oui oui), et même corporel. Physique de plusieurs manières : il y a évidemment le stress, mais aussi les séances de dépouillement d'archives qui tournent à l'allergie du siècle, ou encore certaines visites pendant lesquelles le plaisir éprouvé n'a d'égal que le sentiment d'être privilégié(e). Tel est le souvenir que je garde de mon ascension de la tour Bohier. Travaillant exclusivement sur les statues de celle-ci, j'ai pu monter les observer, en vrai, toiser saint Pierre les yeux dans les yeux, et toucher (le tailleur de pierre le fait, pourquoi pas moi ?) la pierre d'origine (et ainsi, comprendre pourquoi il est absolument indispensable de restaurer cette tour : la pierre de Nevers tombe en poussière dès qu'elle est effleurée). Pour ainsi avoir le plaisir et l'immense joie d'admirer la ville depuis le niveau supérieur de l'édifice, après avoir regardé une à une les figures d'apôtres, de prophètes, de saints et bien sûr du Christ, il a d'abord fallu adopter un casque de chantier, puis gravir une à une les échelles de l'échafaudage, le tout

sur une hauteur de 55 mètres … L'escalade, ça va, mais, comme les chats qui ne savent plus redescendre des arbres sur lesquels ils ont grimpé, le chemin vers la terre ferme aurait pu faire tourner de l'œil à bien des individus. Heureusement, je n'ai pas le vertige (ma personne-ressource, l'architecte en chef des MH en charge du chantier, s'en est assuré au moins dix fois, à croire qu'en souffrir aurait été plus normal), mais je dois avouer que la vision de moimême en train de chuter à travers cet échafaudage plus que bringuebalant (rappelez-vous Astérix et le Domaine des Dieux), m'a souvent traversé l'esprit. La rédaction d'un mémoire a donc ce mérite : en travaillant sur un corpus d'œuvres d'art, on a enfin le plaisir (la récompense ?) de les approcher et de se les approprier. Et, surtout, de vivre une « journée-patrimoine » inédite. A ce propos, je vous parlerai peut-être un jour de mes déambulations sous les combles de la cathédrale. Solveig Placier

C

itation des Beaux-Arts et indépendance du cinéma : le cas d'Andrei Tarkovski

On ne souligne pas assez en quoi la rédaction d’un mémoire peut se rapprocher du Micromégas de Voltaire, tant elle confronte l’Edlien à l’infiniment grand et à l’infiniment petit. Entendons-nous : point de voyages interplanétaires, point de conversations philosophiques entre exilés atteints d’éléphantiasis généralisée. Non, entendons plutôt par « micro » la tentative désespérée d’identifier dans un film d’avant-garde russe un obscur tableau dont l’apparition, plus rapide qu’un cliché d’Emmanuelle Héran, se fait derrière une vitre… Au point de vouloir rechercher la signature d’un peintre célèbre dans une simple tache ! Si « mega » il y a, c’est par ce processus pernicieux de curiosité coupable, qui nous pousse à nous dire que, quand même, il ne serait pas idiot d’aller lire l’œuvre complète de Rudolf Steiner (auteur du bien connu Cinquième Evangile, dans lequel Bouddha rencontre Jésus) pour vérifier si le réalisateur que l’on étudie l’a bien compris. Micromégas, ce serait donc ce rapport vertigineux du gigantesque au minuscule, ou comment résumer 40 pages d’esthétique sur Malevitch en un paragraphe… Ou tenter de comprendre comment le tiers de mon sujet de mémoire, qui n’intéresse pourtant personne, a pu faire l’objet d’une thèse. Philippe Bettinelli

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Louvr'Boîte 6, avril 2010  

Louvr'Boîte, journal des élèves de l'École du Louvre (Paris, France), numéro sizième daté de avril 2010.

Louvr'Boîte 6, avril 2010  

Louvr'Boîte, journal des élèves de l'École du Louvre (Paris, France), numéro sizième daté de avril 2010.

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