Page 9

JUIN 2019

50 nuances de bleu Stimulés par cette belle rencontre, nous osons sonner à l’improviste à la porte de Loys Ruhlmann, figure locale de la poterie de Betschdorf. Les extérieurs sont charmants, aménagés avec goût par sa femme Martine. Mais c’est l’atelier historique qui me souffle carrément. Ici le temps s’est arrêté, chaque pan de mur raconte une histoire, les poteries décorées en attente de cuisson révèlent un style très personnel, à mi-chemin entre l’art et l’artisanat. Loys, barbe et cheveux en bataille, cigarette au coin des lèvres, prend la pause pour la photo, mais se livre peu. Ce fils de maître verrier est tombé dans la poterie par amour. « Je venais voir Martine, et puis j’ai été pris par le truc, par hasard et par nécessité. » Alors que sa belle-mère et son fils tentent de sauver la poterie familiale, il apprend à tourner. « J’aime toucher à tous les éléments : l’eau, la terre, le feu et l’air. » Ainsi depuis 1971, il produit des pièces uniques, gravées et peintes avec talent et finesse. Son inspiration lui vient des poteries anciennes, issues de collections privées ou de musées. Selon l’emplacement dans le four, avec des combinaisons d’atmosphères réductrices et oxydantes, ses poteries obtiennent des nuances différentes. Bientôt l’activité s’arrêtera, faute de repreneurs. Un crève-cœur pour sa femme qui redoute de voir s’éteindre le dernier four à bois de Betschdorf. Là où on cuisait encore au début des années 2000, durant 3 jours et 3 nuits, une production qui se nourrit de feu et de sel pour une esthétique unique, dont les Japonais et les Américains raffolent, mais pas toujours aux goûts des jeunes générations d’Alsaciens.

9

— J’aime toucher à tous les éléments : l’eau, la terre, le feu et l’air. — Loys Ruhlmann

Loys Ruhlmann

— C’est plus facile de ramener une tasse qu’une belle lampe en poterie. — Maurice Schmitter

Atelier à la poterie Fortuné Schmitter

Jusqu’au bout du monde Chez Fortuné Schmitter, la poterie voisine, les bus de touristes font pourtant le détour, « souvent après un spectacle à Kirrwiller », au Royal Palace. Maurice, qui a appris à tourner à 14 ans, comme 6 générations de potiers avant lui, a su s’adapter à la demande, créer des pièces plus petites que l’on achète vite fait comme souvenirs d’Alsace. « C’est plus facile de ramener une tasse qu’une belle lampe en poterie », constate Maurice qui vend aussi beaucoup de pichets personnalisés et de pots à condiments aux restaurateurs alsaciens. « Une belle vitrine ! Tout comme le marché de Noël de Strasbourg, place de la Cathédrale. Cela nous amène des clients toute l’année, qui viennent nous voir jusqu’ici. » D’autres commandent du bout du monde ou de la France de belles pièces uniques ou personnalisées, comme le Prince Albert de Monaco qui lui commande ses choppes de bière ! « Les deux villages attirent mutuellement une clientèle qui cherche à voir les artisans travailler dans leurs ateliers. On aime expliquer notre savoir-faire » explique, les yeux pétillants, celui qui aime aussi accueillir des classes d’écoliers. « L’obtention d’une Indication Géographique Protégée (IGP) est indispensable et on y travaille depuis des années. Ce serait une belle reconnaissance, une façon de lutter contre les produits d’importation à bas prix. On vend au bout du monde et certains Alsaciens ne savent même pas qu’on existe ! » À bons entendeurs...

Profile for Zut Magazine

ZUT - Journal Haguenau et Alentours N°5  

Un tour des potiers à Betschdorf et Soufflenheim, un reportage chez Celtic, un petit goût de kéfir... Et aussi nos bonnes adresses en Alsace...

ZUT - Journal Haguenau et Alentours N°5  

Un tour des potiers à Betschdorf et Soufflenheim, un reportage chez Celtic, un petit goût de kéfir... Et aussi nos bonnes adresses en Alsace...

Advertisement