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HAGUENAU & ALENTOURS — Alsace du Nord

DOSSIER : LE TOUR DES POTIERS

PAR CORINNE MAIX / PHOTOS ALEXIS DELON/PREVIEW

À Soufflenheim Afficher la couleur À Soufflenheim, la situation semble un peu moins tendue. Il faut dire que la fabrication est moins complexe (cuisson à 950/1000 degrés) et qu’il y a ici une génération d’artisans, qui, en reprenant les affaires familiales, n’ont pas hésité à renouveler le style de leurs productions qui gardent toute leur place dans le quotidien des familles qui aiment les plats mijotés et les belles tables. Chez Friedmann, la plus ancienne poterie de Soufflenheim, Joseph Pfister a appris son métier au côté de son beau-père, Ignace. C’est jour de livraison de l’argile, directement extraite de Soufflenheim. « 30 tonnes brutes sont déversées en cave pour être malaxées avec de l’eau puis tamisées avant d’être travaillées par les potiers. Cela correspond à 3 ou 4 mois de production ». Ici, les quantités produites sont plus industrielles, mais les 20 étapes de fabrication sont encore réalisées à la main. Un tourneur, qui se partage à mi-temps avec un potier voisin, tourne les pièces rondes, tandis que les terrines, assiettes et plats sont modelés dans une calibreuse qui leur donne l’épaisseur souhaitée. Une technique ancienne qui autorise la production de 100 à 150 pièces par jour. À l’étage, des dizaines de mètres d’étagères croulent sous les poteries prêtes à enfourner. C’est après cuisson et vernissage que les poteries afficheront leurs couleurs lumineuses. « On crée 4 ou 5 nouveaux décors par an, explique Sabine, sa femme, qui règne sur la pimpante petite boutique. Certains nouveaux décors, comme ce moucheté bleu, sont en fait nés au XIXe siècle ! » L’engobe (le pigment) est toujours déposé artisanalement grâce à un barolet (sorte de pinceau poire) sur ces pièces artisanales. La dernière nouveauté qui cartonne : un petit four à pain en poterie qui remet la fabrication de son pain, au goût du jour. Chiche !

Jour de livraison de l’argile

Moules à Lammele - Poterie Friedmann

— 30 tonnes d’argile brute sont déversées en cave pour être malaxées avec de l’eau puis tamisées avant d’être travaillées par les potiers. — Joseph Pfister

La relève potière La coquette boutique de Peggy Wehrling, 200m plus loin, attire l’œil avec ses poteries et objets hauts en couleurs. Depuis 2001, Peggy a repris la poterie de son père, Gérard, qui l’aide encore quand il ne bichonne pas son jardin, véritable petit coin de paradis à l’arrière de l’atelier. Ce dernier, très lumineux et féminin, est habité de chats câlins ou curieux qui viennent se frotter à vos jambes. « J’aime travailler en fonction des saisons et fabriquer des objets qui racontent une histoire, explique la potière. Je m’inspire beaucoup des traditions... par exemple mes moules en forme de cœur rappellent que d’antan, on offrait des poteries de mariage. Avec un père passionné d’histoire, j’ai écumé beaucoup de musées dont les décors m’inspirent encore au quotidien ! » Les superbes moules à kougelhopf, pots à baeckeoffe et terrines colorées ont fait la renommée de la maison, mais Peggy a aussi su attirer une nouvelle clientèle. « En postant mon actualité sur les réseaux sociaux, je donne envie aux gens de venir sur place. À chaque publication, il y a un vrai engouement, des questions et des visites. Cela me permet de conserver une logique de production confidentielle, mais de vivre de mon artisanat. » Un vrai challenge quand on a traversé une crise et des licenciements, comme presque toutes les familles de potiers. Peggy Wehrling

Pot à Baeckeoffe - Poterie Wehrling

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ZUT - Journal Haguenau et Alentours N°5  

Un tour des potiers à Betschdorf et Soufflenheim, un reportage chez Celtic, un petit goût de kéfir... Et aussi nos bonnes adresses en Alsace...

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