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TERRITOIRES INTELLIGENTS ET COMMUNAUTES APPRENANTES Du local au global , une approche innovante du développement durable Septembre 2006 L’objet de cet article est d’expliquer le concept de « communautés apprenantes » et le principe sur  lequel   il   repose,   les   « territoires   intelligents ».   Ce   principe   émergent,   aujourd'hui   exploré   sur   des  projets   pilotes,   dans   une   logique   de   réseau,   met   en   application   une   approche   innovante   du  développement durable.  Cette exploration est menée conjointement en divers points du monde par des pionniers reconnus  pour   leur   efficacité.   Notre   objectif   est   d’en   accélérer   les   applications   en   France,   compte   tenu   de  l’urgence pour les grands équilibre planétaires, afin de « passer du local au global ».

I­ ELEMENTS D’EXPLICATION Le principe Le principe repose sur l’optimisation des relations entre les territoires et les communautés  dans la  sphère de la connaissance, comme préalable à un développement humain en équilibre avec son  environnement (voir à ce propos nos travaux sur le métabolisme territorial1).  Un « territoire intelligent » est un espace disposant d'infrastructures et de caractéristiques  matérielles, conçu, délimité et entretenu pour permettre la circulation rapide d'information,  leur analyse, leur interprétation et leur préservation.  Une « communauté apprenante » est un groupe de personnes qui s’activent sur un territoire  dont   l’intelligence   infrastructurelle   leur   permet   d’amorcer   et   d’entretenir   une   démarche  permanente d'apprentissage partagé. La conjonction de territoires intelligents et de communautés apprenantes, et leur mise en réseau,  nous semble aujourd’hui la voie la plus efficace pour accélérer l’adoption de modes de vie durable au  plan mondial, afin que l'exemple en local puisse influer sur le global par l'exemplarité et le partage  des connaissances.

Enjeux pour un développement durable  Le développement durable, concept « inventé » depuis qu’il apparaît de manière visible que l’espèce  humaine menace l'équilibre de la Planète, a pour objectif d’enrayer les dégradations et de limiter les  dégâts pour les générations futures. L’accumulation de preuves scientifiques depuis une vingtaine  d’années et la médiatisation (plus récente) du problème mettent en évidence la nécessité d’engager  l'énergie des individus et de communautés diverses, à des échelles variées, pour adopter des modes  de vie durables. Notre   objectif   est   de   mettre   en   place,   grâce   à   des   moyens   simples   et   innovants,   des   espaces  collaboratifs à l'échelle d'un territoire, pour en rendre visible les fondations humaines, culturelles et  historiques.  La   définition   d'un   territoire,   émergeant   comme   somme   de   toutes   les   définitions  individuelles contribuées, propose un objet impliquant, un vecteur commun. Cette démarche face au  territoire prédispose à prendre conscience à titre personnel que la richesse d'un territoire est un bien  partagé et que chacun de ses composants y joue un rôle. Par   contraste,   l'industrialisation   et   la   capitalisation   ont   apporté   des   facteurs   de   rupture   de  l'appartenance territoriale, séparant les individus par des incitations à la productivité mécanique, à la  1

« Métabolisme territorial et développement durable », Revue Territoires 2030 de la DIACT décembre 2005,  http://laquinarderie.org/tiki­index.php?page=Documents+utiles Article pour le PUCA - 13/09/06


compétition et la recherche de bénéfices à court terme. Les profits générés, majoritairement liés à  des intérêts étrangers au territoire et à la communauté, ont signé dans la sueur et le sang l'histoire du  siècle dernier. En outillant le partage libre des connaissances et la construction collective du territoire par ceux qui le  vivent, le territoire sort de la logique marchande et du profit à court terme. En rétablissant une logique  de prospective à long terme, et en se considérant comme des organismes dotés d’un métabolisme  propre,   les   territoires   peuvent   survivre   à   la   globalisation   et   la   transcender   pour   proposer   une  approche   organique   durable.   Cette   logique   organique   est   incarnée   par   des   communautés  apprenantes   actives   à   l'échelle   locale   et   qui,   parce   qu’elles   collaborent   en   réseau,   deviennent  sources de solution à l’échelle de la planète.

Contexte Lecture accélérée de l'arrivée de la société de la connaissance... Lecture accélérée de trois siècles de développement de la « connaissance »

 15ème au 18ème  siècle. Gutenberg duplique la première bible à 180 exemplaires. C'est le siècle 

des Lumières, de l'encyclopédisme et des valeurs humanistes. Le genre humain se dote d'une  tête qui pense, plutôt que de prier.  19ème  siècle.   Révolution   industrielle,   exploitations   coloniales,   mécanisation   et   productivité,  découvertes de Pasteur. Le genre humain développe ses membres, bras et jambes, qui sont  puissants et efficaces, il fait reculer la mort.  20ème  siècle.   Victoire   du   capitalisme  et   prédominance  du   marché,   société  de   l'information,  développement   des   médias,   puis   Internet.   Le   genre   humain   dispose   maintenant   de   sens  accrus (ouïe, vue) sur son propre corps et son environnement.  Risquons nous à espérer la suite : l'humanité, qui voit maintenant de ses yeux les dégâts  provoqués par ses membres, travaille sur lui­même et recherche un équilibre dans le but de  sa propre survie en tant qu'espèce. … et maintenant ? La croissance telle que les économistes la préconisent est un mythe connu des mathématiciens. Rien  ne   croît   indéfiniment.   Le   monde   fonctionne   par   cycles,   de   longueurs   variables,   engageant   une  multitude   de   facteurs.   Mais   la   société   humaine   outrepasse   les   limites   naturelles   et   s’aveugle   de  manière partiellement inconsciente pour continuer sur cette trajectoire. L'illustration de cette évidence devient de plus en plus perceptible dans les dérives de  nos repères  sociaux. Le dieu pétrole a chu. Les « reality show » télévisés sont devenus, de manière hypnotique,  des placebos de vie. Le genre humain est traité comme une masse informe qu'il faut occuper, divertir,  motiver à participer au marché, et à jouer à un jeu dont les personnes sont les pions. Les symptômes  humains   témoignent   des   conséquences   de   ces   non   vies   qui   emprisonnent   la   majorité   de   nos  contemporains (obésités, dépressions, suicides…2). Cette occupation du « temps cerveau » contemporain provoque au final une chute de l'accès à la  connaissance.   Les   statistiques   d'illettrisme   sont   en   pleine   croissance   dans   des   pays   disposant  d'infrastructures modernes, alors que la « richesse » s’accroît sans répit3.

2

L’obésité est ainsi devenue un fléau dans toutes les sociétés « modernes » (elle touche 30% des américains). Près de 50%  des gens pensent que cela est dû à l’environnement dans lequel ils vivent 3  Par exemple en Angleterre, l'indicateur de bien­être humain « ISEW » (développé par l'ONG Friends of the Earth et des  institutions anglaises) montre que le PNB par habitant est 2.3 fois plus élevé en termes réels en 1990 qu'il ne l'était en 1950,  alors que l'ISEW par habitant sur cette période stagne Article pour le PUCA - 13/09/06


Solution : métabolisme territorial et « cellules souches » Le   métabolisme   territorial,   c'est   une   façon   de   considérer   un   territoire   comme   s'il   s'agissait   d'un  organisme vivant des échanges internes et externes avec son environnement. Le modèle du vivant  apporte la représentation d'interactions complexes, dynamiques plus ou moins prévisibles, dépendant  de la bonne volonté de ses composantes de base, cellules ou micro­organismes. Poussant   cette   analogie,   notre  objectif   est   de  concentrer   le   germe   de   la  vie  et   de   l’histoire   d'un  territoire dans des « cellules souches », composées de process et de savoirs codifiés pour permettre  l'appropriation   par   d'autres   territoires   et   le   mélange   avec   leur   propre   génome   dans   un   but   de  développement durable à l’échelle de la planète.  Ainsi, certaines bactéries sont capables de se regrouper et de fusionner en cas de tension externe  majeure (par exemple désertification). Ceci leur permet de réduire leurs besoins collectifs (une seule  membrane externe, moins d’échanges avec le milieu, moindres besoins d’énergie et de nutriments).  Elles   peuvent   ainsi   traverser   des   milliers,   voire   des   millions   d’années.   Elles   se   réactivent   (et  reprennent leur individualité) dès que les conditions externes s’améliorent. Ces cellules souches sont  ainsi capables de réguler leur métabolisme pour s’adapter aux conditions externes. Ce   modèle   pourrait   guider   nos   modes   d'organisation   et   nos   modes   d'action   vers   un   schéma  organique qui a prouvé sa durabilité. Le principe des cellules souches permet, en cas de crise du  système   dominant,   d'ajuster   le   métabolisme   de   leurs   territoires   pour   résister   et   survivre   sans  dépendre   de   ressources   externes   incertaines,   ce   qui   suppose   de   connaître   leur   environnement  proche et de s’y intégrer de manière organique. Ces   réflexes   de   survie   ne   doivent   pas   être   confondus   avec   l’autarcie,   qui   caractérise   des  communautés refermées sur elles­mêmes, sans volonté d’échange avec l’extérieur. Les territoires et  cellules   souches   considérés   ici   fonctionnent   en  réseaux   apprenants,   et   collaborent   avec   d’autres  territoires   bénéficiant   d’un   mécanisme   similaire   de   cellule   souche   (solution   « locale »),   afin   de  mutualiser les connaissances et multiplier les chances de survie d’ensemble à long terme (solution  « globale »). Le fonctionnement que nous préconisons pour développer ces cellules souches est comparable à  celui de réseaux de scientifiques ou de communautés libres telles que celles regroupées autour de  LINUX. Les utilisateurs, les développeurs et les scientifiques échangent librement sur les résultats de  leurs expérimentations, afin de développer des méthodes et des protocoles de recherche pour faire  avancer l’état de la science.

II­ AGIR Programme d'action Notre objectif est d'aider à la mise en place de territoires intelligents, laboratoires de cellules souches  capables de répondre au défi de la complexité. Leur combinaison nécessaire avec une communauté  apprenante implique un dispositif technologique et méthodologique approprié. Le principe d'intelligence collective vise à amener chaque individu à jouer son rôle dans les cycles de  son choix et selon sa nature : chacun a une fonction et une « niche sociologique » à occuper, une  différence   majeure   entre  l’homme  et   les   autres   espèces   étant   la  connaissance  et   la  capacité  de  choisir sa conduite, mais aussi la capacité de modifier massivement son environnement 4. L'enjeu est  la prise de conscience et la responsabilisation individuelle, seul gage d'adaptation aux problèmes  collectifs révélés de plus en plus clairement, issus d'une gestion aveugle des ressources naturelles  depuis le siècle dernier.

Voir à ce propos l’analogie avec le vivant et les écosystèmes en équilibre dynamique. Chaque espèce a une fonction  écologique, différents niveaux trophiques permettant d’assurer une régulation naturelle et un équilibre sous forme de cycles 4

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Heureusement des « cellules souches » de développement durable ont pris corps dans le monde. Il  faut maintenant les mettre en réseau, en codifier les enseignements pour faciliter leur transposition  dans le monde   pour « passer du local au global » ; pour cela, il faut disposer d’outils de diffusion  généralisés.  Notre   objectif   est   de   répertorier   et   mettre   en   réseau   les   territoires   intelligents   existants   et   les  communautés   qui   les   fertilisent ;   amorcer   le   processus   de   co­production   de   connaissances   en  matière de développement durable ; mettre à disposition des outils de diffusion efficaces, ouverts et  ludiques pour « donner envie » au plus grand nombre. Le changement est engagé en divers points  du monde, et des avancées majeures sont envisageables à court terme, tant du côté des cellules  souches que du côté des outils libres et collaboratifs.

Appuis et partenaires Orientation générale des partenariats L’amorçage de laboratoires pilotes et leurs schémas de financement reposent pour l’essentiel sur des  fonds publics5. En parallèle, une recherche sur le terrain est nécessaire pour détecter et intéresser  des   acteurs   catalyseurs.   Ces   catalyseurs   sont   des   propagateurs,   qui   plus   que   la   moyenne,  communiquent leur passion et leurs convictions et apportent des ressources opérationnelles, tout en  conservant la confiance du territoire qu'ils occupent, par l'implication dans des réalisations concrètes  et signifiantes sous forme de projets pilotes.  Ils donnent envie aux autres par l’exemple. Il s’agit souvent de bénévoles et de décideurs engagés,  qui amorcent le processus d’intelligence collective et le changement. Les   besoins   de   vertus   fertilisantes   de   la   cellule   souche   imposent   par   ailleurs   de   penser   les  laboratoires comme des sites à l'aspect ludique, sensoriel et expérientiel. Les besoins technologiques  sont donc conditionnés par la production d'images et d'outils didactiques Où en sommes nous ? Des collectivités et acteurs pilotes se sont engagés dans une démarche de recherche action sur ces  thématiques depuis 2005 (réseau de communautés apprenantes).   Bedzed et OPL6 (« One Planet Living ») : pionniers de la durabilité, primés au plan mondial,  incontestablement   à   l’origine   d’un   réseau   de   « cellules   souches »   les   plus   avancées   au  monde (cf JO de Londres 2012, Johanesburg, Lisbonne et Shanghai)   En France, un réseau de villes apprenantes a commencé les expérimentations, inspirées  entre autres de l'expérience à coeur ouvert de Bedzed et d'OPL. Parmi ces villes on peut  citer Loos en Gohelle (ville pilote du développement durable en Nord Pas de Calais) ; Brest,  pionnière en matière d'appropriation sociale des outils de l'Internet et de logiciels libres  (voir  encadré) ; Saint­Etienne (candidature à la Capitale Européenne de la Culture)  Des acteurs divers accompagnent la démarche en global et en local : le réseau mondial  Empreinte   Ecologique   et   ses   partenaires   (ICLEI,   UE,   PNUE),   des   institutions   (DIACT,   le  Comité   Français   UNESCO,   la   Fondation   Européenne   des   Territoires   Durables),   des  représentants de la société  civile  (CLISS 21, SCIC engagée dans  le Libre et l'éducation  populaire en Nord Pas de Calais ; des universités et grandes écoles comme Lille 1 & 2,  HEC, le réseau des Mines ; des ONG dont le WWF). 5

Selon une étude menée par HEC en 2005, 90% des financements d’amorçage (phase de « seed finance ») sont publics  (ANVAR, Caisse des Dépôts, collectivités publiques…). Le secteur privé et les acteurs du Capital Risque interviennent  surtout en aval (phase de « bêta test » et mise en marché de prototypes déjà éprouvés en laboratoire). 6 « Vivre avec une planète » : ce programme, porté par des ONG et de grandes institutions internationales, vise à réduire  l'impact de nos modes de vie pour passer d'une empreinte écologique de 3 planètes, à 1 seule planète. Les solutions, qui  ont fait preuve de leur efficacité à Bedzed, reposent sur des approches  d'écologie territoriale et une prise en compte en  amont des comportements Article pour le PUCA - 13/09/06


BREST, PIONNIER DU LIBRE DANS LA VILLE ET VILLE APPRENANTE Brest est le cas le plus avancé et le plus concret que nous ayons identifié en France pour illustrer le  concept de « TICA ». L'étude de cas qui suit s'attache à expliquer ce qui a été fait et à en tirer les  enseignements, afin de faciliter la transposition et d'encourager d'autres collectivités à se lancer. Le  libre et le collaboratif, qui sous­tendent l'expérience de Brest, constituent selon nous le fondement de  modes de vie durables dans une société de la connaissance et préfigurent un nouvel « art de vivre  ensemble ». 1­ Contexte Brest   est   une   ville   en   reconversion,   qui   a   décidé   de   reprendre   son   destin   en   main.   Auparavant  totalement dépendante de l'externe (emplois, choc des marées noires), la Ville s'est retrouvée en  situation  de crise dans les  années  80  avec  le  départ  de  la  Marine  Nationale  et  des  activités   de  construction   navale   qui   occupaient   plus   de   50%   de   la   population   active.   Forcée   de   s'adapter  rapidement, seule, elle s'est alors diversifiée en intégrant un pôle de recherche autour de la mer, des  TIC   et   le   développement   des   services   autour   des   fonctions   métropolitaines.   Elle  s'est   aussi  rapprochée de son arrière pays (par l'habitat et le travail, les populations rurales et urbaines sont  mêlées ­ une majorité de la population du Pays de Brest travaille maintenant en métropole). Enfin, la  Ville   a  choisi   de   procéder   par   une   implication   forte   des   citoyens   pour   développer   des   solutions  locales, endogènes, pour ne plus être dépendant de l'externe. Ce choix a été facilité par le fait que la population est traditionnellement engagée dans des modes  coopératifs et associatifs (les Bretons ont été précurseurs de la mutualité agricole). Mobilisée suite  aux   marées   noires,   la   population   avait   développé   une   aptitude   à   se   mobiliser   sur   des   causes  collectives. Les Bretons, enfin, ont un attachement fort à l'éducation. Michel Briand, alors professeur à l'ENST Bretagne, s'est ainsi retrouvé maire adjoint en charge de la  démocratie   participative,   de   la   citoyenneté   et   des   TIC   en   1996.   Il   se   distingue   par   un   parcours  atypique et militant sur l'écologie et la société : ingénieur de Centrale Paris, il avait choisi de travailler  comme  ouvrier et s'est engagé dans diverses luttes (Larzac  en 73­74, nucléaire, marée noire en  Bretagne). Il a publié très tôt des journaux, avant de devenir responsable dans un centre de formation  continue,   où  il  a  développé  une  compétence  en  informatique  et   en  logiciel   libre  qui   l'a  amené   à  devenir responsable de formation à l'ENST (voir encadré sur le logiciel libre). 2­ Le programme  Désireux   de   lier   démocratie   participative,   citoyenneté   et   TIC,   à   une   époque   où   le   libre   prenait  seulement   pied   en   France,   Michel   Briand   a   mené   un   programme   de   fond   en   plusieurs   étapes   :  mailler,   infrastructurer   le   territoire   de   lieux   d'accès   public,   dynamiser   les   acteurs,   développer   les  capacités d'édition publique, enfin coproduire du contenu, le tout en s'appuyant sur les mécanismes  coopératifs   du   libre   et   un   soutien   aux   initiatives   des   personnes   pour   permettre   l'appropriation  individuelle.  1­ Infrastructurer le territoire par une approche en local Dans la  plupart des  villes en  1997,  peu de  gens  avaient  accès  à  Internet.  Michel  Briand a donc  souhaité donner un accès équitable à Internet pour tous, en faisant en sorte que l'accès soit pris en  compte progressivement par des acteurs locaux afin de permettre une « catalyse » de proximité . Il a  lancé la  mise en  place  de Points  d'Accès   Publics  à Internet  (PAPI), qui consistait  à  équiper des  espaces et des acteurs de quartiers (centres sociaux, maisons pour tous, bibliothèques, associations)  en PC et accès à Internet. Ce programme, qui couvre tous les quartiers de la ville, a mis l'accent sur  la formation des animateurs existants à ces outils. Brest a ainsi été une des 1° villes à démarrer sur 

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les accès  dans  des  lieux  existants,   dans   un   processus   lent   mais     robuste   où   7   nouveaux   papis  ouvrent chaque année (77 aujourd'hui).  Un Centre Ressource Coopératif de l'Accès Public a été créé en 2003, afin d'assurer les formations  de manière endogène, par des associations locales, plutôt que de financer des consultants externes.  Cette approche  a mis l'accent sur une animation coopérative pour laquelle 1 poste a été créé. De 1­2  à 15 PC sont installés dans chaque PAPI et équipés avec des logiciels libres (voir ci­dessous le CD  ROM de Brest).  2­ Dynamiser les acteurs Dans un deuxième temps, Michel Briand a mis en place un appel à projet annuel pour générer une  dynamique de terrain autour des PAPI (à l'image de l'appel à projet de la fondation de France au jury  duquel  il   participait).  30   à   40   projets   par   an,   majoritairement   portés   par   des   associations   et   des  équipes de quartier, parfois des individus, ont ainsi été accompagnés (2  000 € par projet en moyenne). Au fil des années les projets se sont déplacés de l'accès, aux contenus,  puis   au   vivre   ensemble     avec   le   souci   recréer   le   lien   social   et   de  permettre une reconnaissance des personnes par l'Internet. Exemples :  le dispositif relais où des jeunes turbulents, en échec, ont appris aux  personnes   âgées   à   se   servir   d'Internet   ;   la   photothèque   en   Creative  Commons,   @­brest.   Michel   Briand   cite   de   nombreux   exemples   de  femmes au foyer ou de jeunes peu éduqués, qui ont pu mettre en ligne des textes et des photos et en  ont tiré une grande réassurance personnelle. 3­ Développer l'écrit public libre par les acteurs Des rencontres ont été organisées pour amorcer l'écrit public libre à partir de 2001. Des sites ont été  développés concernant la vie de la collectivité : @­Brest, participation­brest, santé­brest...et surtout  dans la possibilité donnée aux associations d'ouvrir et d'animer par eux­mêmes leur propres sites de  publications   Il s'agissait de donner aux individus l'envie, les moyens et la confiance en soi pour  publier sur Internet des choses qui leur importaient. Il a fallu 2 ou 3 ans pour que les personnels des  mairies de quartier s'habituent à publier en ligne. Aujourd'hui, une centaine de sites associatifs sont  hébergés par infini.fr (site associatif ouvert). 4­ Coproduire du contenu  L'étape suivante a consisté à faire se rencontrer différentes formes d'expression, et de faciliter les  rencontres entre acteurs pour coproduire un contenu. Exemples de coproduction : • Le CD­ROM « Bureau libre », qui a été réalisé en seulement 3 réunions. Livré en Mars 2005,  ce CD est un succès au plan national (200 000 CD diffusés aujourd'hui) • WIKI­Brest : ce site collaboratif, lancé en 2006, comporte maintenant un  atlas, des carnets sur le patrimoine du Pays de Brest, qui sont alimentés et  enrichis par la population • « Collecte de mémoire » : initiative dans laquelle la  population   apporte   des   cartes,   des   écrits,   des  souvenirs... ce qui permet de mettre en ligne des  morceaux   de   mémoire,   uniques   par   le   regard   et   l'expérience  personnelle   qu'y   investissent   leurs   auteurs   (par   exemple,   des  associations ont valorisé la mémoire ouvrière de Brest) • PSAUME, site sur l'insertion par le social et l'Internet, réalisé avec les  Marsouins (équipe de l'ENST, en réseau avec 4­5 labos en pointe sur  le sujet à Amiens, Clermont­Ferrand, Bordeaux, Wallonie) Article pour le PUCA - 13/09/06


Enfin, 1 fois tous les 2 ans, un grand événement rapproche les acteurs de la radio, du Web, les  journaux   de   quartier.   Ce   forum   permet   de   combiner   les   expériences   sensorielles   et   de   faire   se  rencontrer des acteurs variés. 3­ Impact 10 ans plus tard, 77 PAPI ont été ouverts à un rythme de + 7­8 par an.  30 formations par an sont  dispensées   pour   des   groupes   de   5   à   10   personnes.   A   ce   jour,  200   responsables   et   animateurs  maîtrisent les outils. Les PAPI reçoivent aujourd'hui 20 000 visiteurs  par an.  Cette politique correspond à un budget d'environ 300 000 €/an, soit environ   2 €/ par Brestois, et  s'appuie sur 7 emplois au niveau de la ville et à peu près autant autour des initiatives dans la ville.   Brest est aujourd'hui une référence en France et à l'international en matière d'appropriation sociale  des TIC, du  logiciel libre dans la ville et d'approches collaboratives. Voir les exemples du CD ROM  « bureau libre », la plate­forme Infini qui héberge de nombreux sites coopératifs, WIKI­Brest, @­Brest,  PSAUME. Les liens figurent en annexe. Au   total,   le   programme   marche   car   la   « mayonnaise   a   pris ».   On   constate   que   les   groupes  s'élargissent d'année en année et que les gens s'impliquent dans les PAP, les projets. Selon Michel  Briand   :  « outre   les   résultats   chiffrés   (noyau   dur   de   200   personnes,   20   000   visiteurs   par   an,   multiplication des sites Web de quartiers), l'accès public a permis de faire se rencontrer des gens   éloignés ; le fait que les animateurs dans les PAPI font attention aux personnes et travaillent sur   l'estime que les gens ont d'eux mêmes a été une clé du succès en matière d'insertion et de lien   social ».    4­ Facteurs clés de succès   L'expérience de Brest permet d'identifier plusieurs facteurs clés de succès : • Le programme s'adresse à tout le monde, via les équipements de quartiers, les mairies, les  associations  en respectant le rythme lent de l'appropriation humaine • Il met l'accent sur un grand nombre de petites formations, décentralisées et réalisées dans un  cadre de proximité et l'attention aux projets, aux envies de faire ensemble  • La clé est le participatif, l'état d'esprit, la volonté de collaborer et de produire avec les autres et  un climat de confiance et d'estime qui se construit au fil du temps  • Pour cela, il faut prendre en compte la notion de « temps long » : un tel programme prend des  années, les PAPI et l'animation par le local ne peuvent pas être imposés. Selon Michel Briand,  s'il   a   fallu   10   ans   pour   Brest,   on   peut   tabler   sur   moins   de   5   ans   maintenant   pour   des  collectivités   qui   s'engageraient   résolument   dans   la   démarche,   compte   tenu  de  la  diffusion  d'Internet, de l'amélioration des outils, et des possibilité d'apprentissage partagé entre Villes  apprenantes ; • La démarche coopérative et ouverte est une démarche en profondeur et de longue haleine,  elle nécessite un engagement d'un ou plusieurs élus.   5­ Pistes d'action pour une collectivité qui souhaiterait s'en inspirer Les pistes à poursuivre pour mettre en place une telle démarche, dans le droit fil de “Territoires  Intelligents et Communautés Apprenantes” sont les suivantes : • Investir sur l'animation et l'appropriation par les équipes et organisations existantes , privilégier  l'appropriation locale pour assurer la pérennité de l'effort (associations, bibliothèques, maisons  pour tous...)  • Infrastructurer   l'intelligence   :   aujourd'hui,   les   solutions   type   WIFI   et   ADSL   peuvent   être  envisagées à l'échelle d'un quartier ou d'une ville. Le WIMAX, qui permet de fonctionner sans  Article pour le PUCA - 13/09/06


lignes ADSL   et   de   passer   par   ondes   radio,   est   une   technologie   prometteuse.   Ensuite,  renforcer   le   maillage   en   points   d'accès   avec   des   animateurs   formés,   équiper   les   points  d'accès avec des machines recyclées ou du matériel neuf bas de gamme en s'appuyant sur  un bureau libre gratuit (cf CD ROM de Brest) Faciliter l'émergence de communautés apprenantes, selon une approche participative partant  des   besoins   ou   de   thématiques   facilement   appropriées   par   les   individus   et   faciliter   la  coproduction   avec   des   outils   collaboratifs   et   des   évènements   collectifs   (cf   Collecte   de  mémoire, Psaume, WIKI­Brest)  Inscrire le projet dans « le temps long » : s'il a fallu 10 ans pour Brest, il faut tabler sur au  moins 3­4 ans pour les villes qui emboîteraient le pas. 

En guise de conclusion, le modèle participatif et collaboratif appuyé sur le Libre nous semble une  manière durable de promouvoir une démocratie participative, même s'il est plus lent et qu'il demande  d'engager des moyens dans des infrastructures intelligentes décentralisées, et de former et d'animer  des communautés apprenantes dans la durée. Par son caractère évocateur et facile d'accès, son  coût   somme   toute   limitée   en   tant   qu'outil   de   production   et   de   transfert   de   la   connaissance,   le  multimédia peut être un formidable facteur d'accélération pour recréer et renforcer le lien social. Logiciel libre : gadget, choix éthique, enjeu de durabilité ? Le   logiciel   libre   a   été   « inventé »   au   début   des   années   80   par   Richard   Stallman,   chercheur   au  Massachussett   Institute   of   Technology   (MIT)   aux   USA.   Frustré  par   l'impossibilité  de  résoudre   les  pannes   par   lui­même   sur   les   ordinateurs   et   les   périphériques,   faute   d'accès   aux   codes   sources  (programmes  qui font fonctionner  les machines), et ce  pour des raisons  de brevet commercial, il  lance l'idée de développer des codes sources qui seraient « libres », c'est­à­dire accessible à tout le  monde,   sans   avoir   à   payer   de   droit   d'entrée.   Il   crée   la   « Free   Software   Foundation »   en   1983,  fondation qui servira de plate­forme au développement des logiciels libres, lesquels reposent pour  l'essentiel sur des contributions de bénévoles et chercheurs qui souhaitent diffuser librement leurs  travaux afin d'accélérer la diffusion de la connaissance. Linus Torvald, étudiant à Helsinki, apporte la  pièce   maîtresse   en   développant   au   début   des   années   90   un   code   source   puissant,   « noyau »  universel libre qui est maintenant à la base des systèmes d'exploitation des machines (serveurs et  PC), surnommé « LINUX ». En France, le mouvement des logiciels libres a commencé vers 1995, au travers des serveurs Linux  que les universités et les services publics cherchaient à développer pour des raisons de maîtrise  interne   et   de   coût.   En   2000,   le   boom   d'Internet   a   stimulé   le   développement   de   start­ups   et   de  structures coopératives actives en logiciel libre. Aujourd'hui, après plus de 20 ans de développement,  les logiciels libres sont devenus une alternative performante aux logiciels propriétaires, et connaissent  une   croissance   exponentielle   :   ces   logiciels   entretenus   et   améliorés   par   des   utilisateurs   et   des  chercheurs désireux de partager leurs trouvailles par Internet, sont de fait quasiment invulnérables  aux virus et « collent » aux besoins des utilisateurs. Gratuits, ils représentent une opportunité d'accès  équitable (Linux a été adopté par de nombreux PVD, dont la Chine et le Brésil, par des ONG et de  nombreux acteurs publics).  Son installation et son usage ont été rendus extrêmement simples dans les dernières années avec  l'apparition d'outils tels que l'interface utilisateur « Ubuntu », la suite bureautique « Open Office » ou  le navigateur Mozilla : pas besoin d'être un expert pour se servir de Linux ! Les récents développements d'outils libres et décentralisés, reposant sur des modèles collaboratifs  tels les WIKI (cf Wikipedia), dans lesquels les usagers et les développeurs collaborent sur des textes,  des images ou des programmes partagés, accélèrent encore cette dynamique.  Article pour le PUCA - 13/09/06


Cependant, au delà de l'explosion actuelle d'Internet et des TIC 7, le point qui nous semble le plus  fondamental est qu'il s'agit d'un enjeu de société et d'un choix éthique : le logiciel libre est important  non pas parce qu'il est performant et gratuit, mais parce que la connaissance ne se cadenasse pas.  Les acteurs de l'éducation, les collectivités, les mouvements participant de la citoyenneté doivent  pouvoir toucher le plus grand nombre, le coût devrait être celui du transfert de connaissance, et non  le   paiement   de   tickets   d'entrée.   Surtout,   pourquoi   entraver   la   liberté   d'expression   d'acteurs   qui  souhaitent mettre dans le domaine public des solutions qu'ils ont développés seuls ? Pourquoi ce qui  est vital à l'humanité devrait­il faire l'objet de restrictions et de monopoles à vocation marchande ? Liens utiles sur Brest et le Libre  http://www.a­brest.net :  vue d'ensemble, PAPI, @­Brest CD Bureau libre – free eos : http://www.a­brest.net/rubrique121.html  Photothèque http://www.a­brest.net/article2199.html  Médiathèque http://www.a­brest.net/article1019.html  Wiki­brest http://www.a­brest.net/article2214.html   http://marsouin.infini.fr/psaume   et écrit public http://www.expert.infini.fr  • http://www.couleurquartier.infini.fr     : textes de 1300 habitants du quartier, richesse culturelle  • http://reso.blogs.com/crealiens     avec ATD Quart Monde • http://www.a­brest.net/auteur2.html     sur Michel Briand Partenaires de recherche • http://angenius.org     • http://laquinarderie.org     • http://bioregional.com     • http://oneplanetliving.org     • http://footprintnetwork.org     • • • • • •

Nos remerciements pour leur contribution à cet article vont à : Michel Briand, Bertrand Zuindeau (Université de  Lille 1), Gilles  Pennequin (DIACT),  Lucien  Petit (SCIC  CLISS 21), Jean­François Caron (maire de Loos en  Gohelle) Auteurs : Thanh Nghiem et Mose, Institut Angenius 

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