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UNE ÉDITION MONSTRE

Attention, duel au sommet chez Soleil : deux manga de chats, un genre à part entière. Si la série Choubi choubi a fêté ses 20 ans dÊexistence en 2007, – et lÊon reste effarés par une telle longévité, tant les épisodes se suivent⁄ et se ressemblent – Carnets de chats fait figure dÊoutsider, avec seulement trois tomes à son actif (prépubliés au Japon dans la revue Cookie, de 2011 à 2015). Le premier se présente comme un seinen aux allures de haïku : au fil des tomes, le lecteur sera rassuré de retrouver les rituels des saisons, de la canicule à la table chauffante... Mais la mangaka Konami Kanata –, dont lÊéditeur français se repaît avec avidité (avec trois séries : le fameux Chi, une vie de chat et Choubi Choubi mon chat tout petit) – est maline, et verse quasiment dans lÊéthologie, se jouant des différences de réactions entre un chat et sa maîtresse. Les malentendus tendent le plus souvent à faire montre dÊune relation affective univoque, mais satisfaisante pour tous – le chat pour son confort matériel, la vieille mamie pour son bien-être moral. Avec Carnet de chats, comme le laisse présager la couverture rose bonbon, on entre de plain-pied dans le shôjo.Aucun second degré dans ce manga, qui se présente comme un journal intime félin (sic), tout en alignant les transferts anthropomorphiques. Il faut avoir vu ce chaton, les yeux embués de gratitude envers sa maîtresse⁄ Pour les enfants exclusivement. Carnet de chats, T.1, de Yumi Ikefuji, Soleil Manga, 196 p. n&b, 6,99 € Choubi Choubi, mon chat pour la vie, T.3, de Konami Kanata, Soleil Manga, 176 p. n&b, 7,99 € JULIE BEE

Billion Dogs,T.3, de Naoki Serizawa et Muneyuki Kaneshiro Ichiru est à la fois le beau gosse de son lycée, lÊélève le plus intelligent et le fils du maire de la ville. Trois bonnes raisons pour les filles de lui faire les yeux doux. Mais lui ne les regarde pas, obnubilé quÊil est par un autre projet. Depuis quÊil a compris que son père sÊest acoquiné avec la mafia et a réussi à accumuler un magot de trois milliards de yens, Ichiru nÊa plus quÊun seul objectif : dépouiller son paternel de cette somme indûment gagnée. ¤ condition toutefois de parvenir à localiser ce trésor. Le titre mélange avec efficacité et dynamisme une intrigue de pur thriller, et une exécution des plus comiques. ¤ découvrir !

Akata, 188 p. n&b, 6,95 € JÉRłME BRIOT

Trois tomes de 440 pages chacun d’éviscération, de consommation de chair humaine, et de petite fille trop kawaï au milieu des papillons : voilà ce qui attend le lecteur de Pupa, nouvelle série horrifique de l’éditeur Komikku, qui reprend quelques bases de Tokyo Ghoul mais propose un récit fréquemment dérangeant et malaisant, ad nauseam… © 2015 Sayaka Mogi (AKITASHOTEN)

Choubi choubi VS Carnet de chats

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NOURRIR LE MONSTRE

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n garçon ado et une fillette, un frère et une sflur, livrés à eux-mêmes car père violent et mère partie avec un autre, mais dans le même collège avec le petit uniforme qui va bien. Ils croisent une femme balafrée avec un chapeau de sorcière sur la tête (et alors ?) qui leur dit de se méfier des papillons rouges (OK ça commence à devenir chelou). Ils croisent leur père qui chope le garçon dans une ruelle – mais le temps que ce dernier sÊen débarrasse et retrouve sa petite sflur dans le parc dÊà-côté, celle-ci a déjà croisé les papillons rouges (donc elle nÊétait pas bourrée la sorcière !), sÊest transformée en monstre et a bouffé tout le monde. CÊest le virus ÿ Pupa Ÿ. On sÊachemine donc vers un classique manga à cas de conscience (comme dans Monster, de Naoki Urasawa) : le grand frère doit-il continuer de protéger sa petite

sflur alors quÊelle constitue un risque pour tout le monde ? Sauf que le grand frère a lui aussi été piqué par un papillon, qui lui a transmis une autre version du virus Pupa : lui ne devient pas un monstre affamé, mais il dispose désormais dÊun pouvoir auto-régénérateur, façon Wolverine sans les griffes. La fratrie va donc pouvoir trouver un modus vivendi afin de calmer la faim monstrueuse de la petite : quand elle a un petit creux, elle mange un bout de son frère, qui va repousser aussitôt. Hmm, on est donc sur du pitch bien glauque, une sorte de cannibalisme incestueux⁄

équipe les enlève et les dissèque, le père déboule et massacre ceux que son fils nÊa pas dézingué, etc. On finira sans doute par se retrouver avec une histoire de complot géant comme dans MPD-Psycho. Pour lÊheure, il faut déjà aimer ce genre dÊhistoire tordue, mais aussi les corps démembrés et les viscères apparents – on est dans le pays du seppuku. Sayaka Mogi conserve un trait fin et efficace, assez classique pour du seinen, mais nÊhésite jamais au gore et entasse les morceaux de chair dans ses cases. Elle réussit même à rendre mignon la petite sflur qui mord à belle dent dans lÊépaule de son frère et en arrache un morceau ! La mangaka a de toute évidence de très grandes qualités graphiques que lÊon retrouve dans les planches de couverture et de tête de chapitre (compilées hors-texte, presque un mini art-book par tome), avec de beaux volumes et de belles couleurs délavées. Cela dit, heureusement que Pupa est en noir et blanc : on nÊimagine pas une version couleur tellement il y aurait du rouge sang sur toutes les pages ! Bref, une lecture conseillée pour les cflurs bien accrochés, avec comme dans tout bon seinen un mélange entre scènes dÊaction (ici, plutôt des tueries que de la baston) et moments dÊinterrogation morale (on ferait mieux de la tuer, cette petite sflur monstrueuse, mais elle est trop mignonne) – lÊédition en gros volume permettant au lecteur de ne pas rester sur sa faim⁄ BORIS JEANNE

N’ENTREZ PAS, C’EST UNE BOUCHERIE Évidemment, puisque cÊest du manga mainstream (déjà adapté en animé), on nÊen reste pas là : une équipe de scientifiques bizarres – dont la sorcière balafrée – aide les jeunes, une autre

PUPA, T.1 de Sayaka Mogi, Komikku, 440 p. n&b, 12 €

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Zoo, le premier magazine culturel sur la BD et les arts visuels

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