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un gratuit qui se lit

N째73 du 16/04/14 au 21/05/14

Ce que rapporte la culture


Politique culturelle Economie de la culture .......................................................4, 5

Événements Entretien avec Macha Makeïeff ...............................................6 68e édition du Festival d’Avignon ...........................................7

MuCEM, Villa Méditerranée, carte Flux ................. 8 à 10 Venise à Marseille .......................................................11 Critiques Théâtre ........................................................................12 à 25 Danse ............................................................................ 26, 27 Jeune public ................................................................... 28, 29 Musique ......................................................................30 à 35

Au programme Théâtre .......................................................................36 à 40 Danse ............................................................................ 41, 42 Jeune public ................................................................44 à 46 Cirque/rue ...................................................................... 47, 48 Musique ......................................................................50 à 53

Cinéma .....................................................................54 à 59 Arts visuels Marseille ...........................................................................60 La Friche ...........................................................................61 Arles .................................................................................62 Biennale des écritures du réel, la Compagnie ..........................64 Galerie d’Art CG ..................................................................65 Au programme ................................................................. 66, 67

Livres ...........................................................68 à 71 Rencontres Paroles d’auteurs, Escapades littéraires, BD .............................72 Bibliothèque départementale, ABD Gaston Defferre ..................74 Sélection Prix littéraire, ARL .................................................75 Nouvelle lauréate de Lire Ensemble ........................................76 Journée Méditerranée, I2MP .................................................78

Austérité mortifère

Les victoires du Front national dans notre pays, dans notre région, font froid dans le dos. Comment en sommes-nous arrivés là ? Quel va être le résultat des Européennes, puis des Régionales où le FN peut gagner en PACA ? Quand nos responsables politiques se rendront-ils compte de l’abandon où nous sommes ? Quand proposeront-ils un candidat aux Régionales crédible à gauche, à droite ? Leur lâche traficotage pour gagner en triangulaires nous conduit année après année à la catastrophe, à la banalisation du discours FN qui contamine les rangs de l’UMP, jusqu’aux élus, jusqu’aux adjoints. Leur surdité et leur aveuglement aux souffrances du peuple est effarant, et au soir des Municipales ils parlaient encore de pédagogie… Ne savent-ils pas que, dans la 5e puissance économique mondiale, la plupart des citoyens, et pas seulement les plus pauvres, se demandent comment payer des études à leurs enfants qui de toute façon n’ont pas d’avenir ? Que les classes moyennes commencent à vendre, pour payer les maisons de retraite de leurs parents, leurs biens acquis en 25 ans d’emprunt qui n’ont enrichi que les banques ? Que les classes populaires sont à sec, désespérées, et qu’il n’est plus temps d’imposer une austérité qui ne pourra rien redresser, sinon le vote du désespoir ? Qu’il est suicidaire de mener une politique si éloignée de celle pour laquelle ils ont été élus, de signer un pacte de stabilité assassin, de négocier en douce des accords commerciaux avec les États-Unis, de laisser pourrir à ce point les affaires locales, de ne pas accorder aux étrangers le droit de vote qu’ils ont promis ? Comment agir aujourd’hui ? Les artistes et les intellectuels, après cette campagne où les enjeux culturels ont disparu des discours politiques, peuvent-ils porter une parole singulière qui ferait tomber les masques des fascistes, les cataractes des politiques, les œillères des journalistes ? Une parole qui donnerait aux citoyens l’impression qu’on entend enfin leur voix assourdissante ? En appauvrissant systématiquement les artistes et acteurs culturels, la presse et les médias publics, les associations et centres sociaux, les enseignants, les chercheurs et les intellectuels, les gouvernements de gauche et de droite détruisent depuis 30 ans les forces vives qui ont permis la cohésion de la Nation, et de la démocratie. Nous risquons fort qu’ils en payent le prix. AGNÈS FRESCHEL

Mensuel gratuit paraissant le deuxième mercredi du mois Édité à 32 000 exemplaires imprimés sur papier recyclé

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Édité par Zibeline SARL 76 avenue de la Panouse n°11 13009 Marseille Dépôt légal : janvier 2008

Rédactrice en chef Dominique Marçon journal.zibeline@gmail.com 06 23 00 65 42 Secrétaire de rédaction Delphine Michelangeli d.michelangeli@free.fr 06 65 79 81 10

Directrice de publication Agnès Freschel agnes.freschel@wanadoo.fr 06 09 08 30 34 Imprimé par Rotimpress 17181 Aiguaviva (Esp.) Photographe Agnès Mellon 095 095 61 70 photographe-agnesmellon. blogspot.com

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Arts Visuels Claude Lorin claudelorin@wanadoo.fr 06 25 54 42 22 Livres Fred Robert fred.robert.zibeline@free.fr 06 82 84 88 94

Musique et disques Jacques Freschel jacques.freschel@wanadoo.fr 06 20 42 40 57 Dan Warzy danwarzy@free.fr Thomas Dalicante thomasdalicante@gmail.com Cinéma Annie Gava annie.gava@laposte.net 06 86 94 70 44 Élise Padovani elise.padovani@orange.fr

Philosophie Régis Vlachos regis.vlachos@free.fr Sciences Christine Montixi christine.montixi@ac-aix-marseille.fr Polyvolants Chris Bourgue chris.bourgue@wanadoo.fr 06 03 58 65 96 Maryvonne Colombani mycolombani@yahoo.fr 06 62 10 15 75 Gaëlle Cloarec ga.cloarec@gmail.com

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3,2% du PIB : c’est le chiffre repris dans les médias après la diffusion en décembre 2013 d’un rapport commandé conjointement par l’inspection générale des finances et celle des affaires culturelles. Un rapport qui mesure l’apport de la culture à l’économie française et qui donne une légitimité à l’investissement culturel, dans une période où des activités considérées parfois comme improductives sont de moins en moins financées, à la fois par l’investissement public et par le mécénat

La culture,

question de PIB ? La comparaison est pourtant explicite : les activités culturelles représentaient en 2011 «une valeur ajoutée de 57,8 M d’euros, l’équivalent du secteur de l’agriculture et des industries alimentaires (60,4 M d’euros), deux fois les télécommunications (25,5 M d’euros), quatre fois l’industrie chimique (14,8 M d’euros) ou l’assurance (15,5 M d’euros), sept fois l’industrie automobile (8,6 M d’euros)». Malgré cela, et cet aspect du rapport est nettement moins commenté par les médias, la baisse de cette part des activités culturelles dans la richesse nationale depuis 2005 est importante, et conséquente à la baisse des investissements publics et privés dans ce domaine : le secteur culturel représentait encore 3,7% du PIB en 2005, et avait été en hausse constante pendant une décennie entière, depuis le milieu des années 1990. Malgré son importance en volume dans l’économie, sa forte valeur ajoutée, le nombre d’emplois non délocalisables qui en dépendent et la forte attractivité territoriale qui en découle, le secteur est en crise, et en recul, faute de financements.

Légitimer les dépenses publiques

Le rapport est politique, a-t-on lu dans la presse, émanant de la volonté d’Aurélie Filippetti de défendre le budget de son ministère qui a été revu à la baisse dès son installation rue de Valois en 2012. La cécité est patente : le gouvernement socialiste ne comprend pas en quoi il est ridicule de mettre à mal un secteur si important pour économiser des bouts de chandelles : baisser de 20% le budget du ministère de la Culture, comme certains socialistes le préconisent, reviendrait à économiser environ 0.15 % du budget de l’État, mais tuerait un secteur économique qui peut représenter, lorsqu’il est suffisamment soutenu, 3.7 % du PIB, et n’est certes pas pour rien dans le fait que la France demeure le premier pays touristique du monde. Car la collaboration avec Bercy permet aussi de comprendre et d’évaluer l’imbrication des activités culturelles dans le reste des activités économiques. Les auteurs de l’étude signalent en effet l’utilisation d’une méthodologie singulière s’appuyant sur les cadres conceptuels utilisés par l’Unesco et l’Union européenne, mais cherchant à les dépasser, non seulement pour «saisir l’intégralité des activités culturelles» mais aussi leurs «effets induits», c’està-dire l’activité qu’elles génèrent auprès d’autres entreprises.

En termes d’emplois, cela représente 670 000 personnes qui travaillent dans des entreprises culturelles, soit 2,5 % des actifs en France. En tout, rajoute le rapport, 870 000 travailleurs sont liés à la culture, relevant un certain paradoxe : «Il existe plus de personnes ayant un emploi culturel en dehors d’entreprises culturelles (par exemple un photographe dans une entreprise agroalimentaire), que de personnes ayant un emploi non culturel dans une entreprise culturelle (par exemple un standardiste dans une chaîne de télévision).» La culture irrigue donc tous les secteurs de l’économie, et la mise en danger des emplois culturels comporte un risque certain d’augmentation brutale du chômage, bien plus que la fermeture de certains sites industriels.

Impact sur les territoires

Plus notable encore, «une corrélation positive existe entre les initiatives culturelles et le développement local». Au cas où on en aurait douté, les deux inspections générales concluent, après avoir comparé des territoires aux caractéristiques socio-économiques similaires, que ceux dotés d’implantations culturelles (salles de spectacles, manifestations culturelles régulières etc.) sont plus dynamiques que ceux qui en sont dépourvus. Le rapport parle d’un «effet substantiel» et illustre son propos avec, sur un territoire donné, une retombée économique estimée de 30 à 40 euros par visiteur grâce à l’organisation d’un festival -un chiffre que l’on peut nettement augmenter en comptant la diffusion indirecte dans le tissu économique local. «Quand vous investissez un euro dans un festival ou un établissement culturel, vous avez 4 à 10 euros de retombées économiques pour les territoires» peut ainsi affirmer la ministre au moment où le Medef, en février dernier, veut remettre en cause le statut des intermittents du spectacle, indispensables pourtant en particulier lors des festivals.

Tout rentable ?

C’est le spectacle vivant qui nourrit le plus le «PIB culturel» français avec une valeur ajoutée qui s’élève à 8,8 M d’euros, soit 15% de la valeur ajoutée globale du secteur culturel (pour rappel, 57,8 M d’euros). Le spectacle vivant produit sa richesse principalement en interne, sans impliquer d’activité indirecte -une particularité partagée avec les secteurs de l’audiovisuel, de la publicité, du


cinéma, de l’architecture et de l’accès aux savoirs et à la culture. En revanche, des secteurs comme le patrimoine nécessitent une forte intervention d’activités externes, par exemple celle d’ouvriers du bâtiment spécialisés dans la réhabilitation de monuments historiques. La presse et l’industrie du livre requièrent également -du moins encore quelque temps- le concours des imprimeries. Au-delà des enjeux politiques de valorisation du secteur culturel, la lettre de mission adressée aux inspecteurs généraux est claire. Il ne s’agit pas uniquement de justifier la dépense publique, mais -contexte économique oblige ?- de rechercher l’efficacité de l’intervention ; l’objectif est de «déterminer les leviers d’action qui permettraient d’utiliser pleinement le potentiel de croissance des industries culturelles». Dans ce contexte, une attention particulière a été portée à la mode, au cinéma, à l’audiovisuel et aux jeux vidéo, qui, fleurons de l’industrie culturelle française, sont porteurs d’enjeux commerciaux à l’international. Surtout, ces trois derniers sont particulièrement affectés par les bouleversements technologiques en œuvre, et les ministères sont invités à «suivre et à anticiper les mutations sectorielles» pour renforcer l’attractivité du territoire français. Ces industries se développent en effet via les nouveaux modes de diffusion et de consommations numériques -des plateformes qui captent une partie de la richesse créée. On perçoit clairement le paradoxe d’une telle vision de l’intervention de l’État dans le financement culturel : le cibler vers les industries rentables, ou au fort potentiel de croissance, détache l’intervention de la notion de service public de la culture, pour valoriser l’aspect marchand, très loin des idéaux qui ont vu naître le ministère de la Culture et la notion même de politique culturelle. L’État est-il là pour financer ce qui rapporte, ou pour faire vivre les œuvres de l’esprit ?

© Ministère de la Culture et de la Communication

Un budget de 13,9 M d’euros ? Cette richesse produite par la culture nécessite un investissement public conséquent : 13,9 M d’euros, concède le rapport entérinant les chiffres du MCC, «dont 11,6 M d’euros en crédits budgétaires, 1,4 M d’euros en dépenses fiscales et 0,9 M d’euros en taxes affectées». Mais ce chiffre est contestable en tant que base de travail : les dépenses des collectivités locales ne sont pas comptabilisées, or elles sont aujourd’hui, en volume, plus importantes que celles que le MCC consacre à la culture : en fait, en dehors de l’audiovisuel et de la presse, le ministère de la Culture ET de la Communication consacre moins de 7 M d’euros à la culture. Ainsi certains secteurs sont très peu impactés par la puissance publique (les arts visuels, les industries d’’image et de son, l’architecture et le livre). D’autres en revanche captent d’énormes crédits, notamment l’audiovisuel (97,6% de sa valeur ajoutée, redevance comprise) et l’accès au savoir et à la culture. L’État joue surtout un rôle structurant pour le cinéma, le patrimoine, la presse et le spectacle vivant, avec un apport entre 9 et 15% de leur valeur ajoutée : il est loin, contrairement à ce qu’il prétend, d’être le principal financeur de la culture dite publique.

Et le qualitatif ?

S’il s’agit de justifier l’effort financier de l’État à l’attention de la culture, en arriver à prouver la nécessité de l’investissement culturel par sa rentabilité a quelque chose de misérable, et risque en fait de desservir les secteurs qui nécessitent de l’investissement… à perte. Tout doit-il être rentable ? On pourrait supprimer les théâtres, les hôpitaux, les transports et les écoles, qui coûtent bien trop cher et ne rapportent rien… La volonté même de chiffrage doit donc aussi être critiquée, elle va à l’encontre de l’idée d’exception culturelle. La culture doit-elle rapporter ? Mais surtout, l’État doit-il financer ce qui rapporte ou pourra le faire ?

On prend le risque d’un abandon dès lors qu’il s’agit de justifier par l’économie l’existence d’un budget et d’un ministère de la Culture… Le rapport, d’ailleurs, tente quelques intrusions qualitatives ; «Les retombées économiques ne sont pas la seule justification d’une subvention publique», concèdent les inspecteurs, car les résultats peuvent être autant à attendre «en termes de prestige et de positionnement culturel que d’impact économique direct». On se demande si ce sont les retombées économiques ou le prestige qui justifient les dépenses de santé ? En dehors de cette méconnaissance des enjeux réels de la culture, le rapport introduit une méthodologie opérationnelle quant à l’incidence de la culture sur les territoires. Pour l’étude, l’échantillon était composé de cinq manifestations culturelles (Blues Passion de Cognac, les Vieilles Charrues de Carhaix, Django Reinhardt de Samoissur-Seine, Arts et traditions populaires de Confolens, les Médiévales de Provins). Cette même méthodologie est en cours d’application pour évaluer les retombées économiques... de Marseille Provence 2013. Que Marseille veut remplacer par une Capitale du Sport pour booster à nouveau le territoire, preuve même que l’impact économique de la culture peut amener à la sacrifier ! les retombées culturelles se font dans les esprits, leur émancipation, qui passe par la pérennisation du fonctionnement des équipements nouveaux et une attention sur le long terme à la santé du secteur. ANNE-CLAIRE VELUIRE et AGNÈS FRESCHEL

Le rapport L’apport de la culture à l’économie en France a été établi par Serge Kancel, Inspecteur général des affaires culturelles, Jérôme Itty, Inspecteur des finances, Morgane Weil, Inspectrice des finances, sous la supervision de Bruno Durieux, Inspecteur général des finances

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La Criée reste ouverte !

6 É V É N E M E N T S

Lorsqu’on a appris qu’une fois encore il y avait de l’amiante à La Criée, l’impression désespérante qu’on n’en sortirait jamais gagna… Mais pas de fatalité, l’équipe est sur le pont face à l’adversité !

Zibeline : Que s’est-il passé ? Pourquoi à nouveau de l’amiante ? Macha Makeïeff : Dès que j’ai su qu’il y avait des traces j’ai couru à la mairie pour regarder avec eux ce qu’il en était des travaux. Tout a été fait, dans les normes et au-delà… mais un désamiantage n’est jamais total, un mur peut avoir été imprégné, qu’on perce, et dans les cages de scène les techniciens percent les murs. Oui, en 2009 les salariés avaient émis des doutes sur l’efficacité du

désamiantage, et déjà il avait fallu recommencer. Trois saisons avaient été perturbées, de 2009 à 2011… C’est pourquoi cette fois-ci je veux non seulement un désamiantage classique, mais aussi une protection mécanique, c’est-à-dire une couverture des murs pour ne plus percer le béton, et je veux associer l’équipe technique de la Criée pour concevoir cette protection mécanique en fonction, précisément, de leur usage professionnel particulier. Que va-t-il se passer concrètement dans les mois qui viennent ? Nous devions fermer en mai de toute façon pour les travaux dans le hall, qui sont prévus jusqu’en janvier. Nous allons essayer de dédoubler l’équipe des travaux et tout mener en même temps : désamiantage et embellissement du hall. Jusque là le théâtre fonctionne : le restaurant, la petite salle dans laquelle nous allons accueillir Eva Doumbia. Notre calendrier est inchangé, et pour l’heure nous avons déplacé les grands spectacles sur le Plateau de La Friche et au Parc Chanot (voir p 18). Le reste de la saison était déjà, de toute façon, prévu au Silo ou au Pharo, en raison des travaux du hall. Le théâtre devrait rouvrir normalement, c’est-à-dire en janvier, avec la saison nouvelle, et d’ici-là de belles choses hors les murs, dont un grand temps fort à La Friche dès septembre, une collaboration avec la Gare Franche, avec le MuCEM, en mai… Nous allons en profiter pour nous inscrire différemment dans la ville.

Macha Makeïeff © France Keyser

Ces délocalisations imprévues engendrent-elles des coûts supplémentaires ? Evidemment, au Parc Chanot surtout, mais la Ville suit. À La Friche nous n’avons pas pu accueillir tout le public prévu, cela engendre des déficits en termes de billetterie, de location… Mais le public suit. J’adore mon public, patient, aimable, à Paris les abonnés auraient râlé, ici on reçoit des messages de soutien et de sympathie, et toute l’équipe est formidable. Pourtant cette équipe a souffert, gravement, des problèmes liés à l’amiante. Il y a eu un coût humain énorme, mais il semble que cette fois l’adversité soude tout le monde, et que mon projet, à long terme, de lutter contre le danger de disparition de cette maison, en la rendant saine et accueillante step by step, dans la concertation et la convivialité… que ce projet d’assainissement de cette maison soit compris et partagé, par l’équipe, par le public, par la mairie. Il n’y a pas de malédiction dans ce théâtre, pas de fantôme malfaisant, et il ne faut pas que l’amiante soit un prétexte à fermeture. Les millions consacrés au désamiantage ne doivent pas impacter le budget de fonctionnement de ce théâtre que les Marseillais aiment et défendent. Où en êtes-vous, d’ailleurs, de votre financement ? La Ville a augmenté son financement, mais cela reste un CDN (Centre Dramatique National ndlr) peu doté. Parce que ni la région ni le département ne nous financent, et que l’État ne veut pas aller au-delà de 80%. Tout l’enjeu est de réussir le tour de table, de faire entrer les collectivités territoriales pour que cette barre des 80% soit plus haute… Avez-vous l’impression aujourd’hui de remplir vos missions ? Oui ! Le public est présent, renouvelé, mêlé, nous menons des actions pédagogiques, partout, des lycées aux prisons, nous faisons venir des spectacles qui jamais n’étaient venus, cette maison revit ! Mais nous voulons aller plus loin : le public reconquis nous permettrait aujourd’hui de prévoir des séries de représentations plus longues, qui nécessitent le bouche à oreille, nous voulons développer encore le théâtre amateur, le théâtre musical… et continuer à privilégier les compétences et talents autour de nous. On vous reprochait par ailleurs d’avoir plutôt une programmation pluridisciplinaire, de scène nationale, que théâtrale, de centre dramatique… C’est fini, en épluchant la programmation tous se sont rendu compte que la barre des 10% de musique ou de danse était respectée. Ce reproche-là n’est plus un sujet, on est dans les clous. Et au niveau de votre travail de créatrice ? Beaucoup de petites choses : je reprends les deux volets des Âmes offensées, je prévois des lectures en lien avec la programmation du MuCEM, un Pierre et le Loup… et ma création de l’année, Trissotin et les Femmes savantes… Mais vous saurez tout cela quand nous dévoilerons notre saison dans un mois ! Entretien réalisé par AGNÈS FRESCHEL


Olivier Py relance Vilar Le premier Festival d’Avignon d’Olivier Py se veut populaire, politique et branché sur la jeunesse. Sans gros risques et avec un réel savoir-faire

Olivier Py, 20 mars 2014 © DE.M

Exit les performers, les installations, les artistes associés. Place à la jeunesse, à l’engagement et la parole politique, aux poètes et la littérature -avec notamment un Cycle de lectures consacrées à Lydie Dattas, dont une de Guillaume Gallienne-, et un focus sur la Grèce et le monde Arabe. L’affiche jaune flamboyant de la 68e édition, d’Alexandre Singh, remet au premier plan les trois clés de la ville. Vilar, par son successeur, revient sur la place. Et Avignon garde Olivier Py !* Hormis le rapprochement avec les créateurs d’Avignon, absents de l’avant-programme, l’édition respecte ses vœux. Moins de spectacles, joués plus longtemps (36 contre 40 en 2013, dont 21 créations), une édition quasi alignée sur les dates du Off, des tarifs révisés (4 pièces/40 euros pour les moins de 26 ans, strapontins réduits à la Cour, abonnement dès 5 spectacles), un lieu jeune public (Chapelle des Pénitents Blancs). Autres nouveautés : des retransmissions sur écrans géants et une billetterie (place de l’Horloge) avec accès aux dernières places libres. Avec Les ateliers de la pensée, la Cour de la faculté des sciences devient lieu de débats et réflexions, faisant d’Avignon «non seulement le plus grand Festival du monde mais aussi la capitale européenne de la pensée… Chaque été nous devons prouver que culture égale politique et que politique égale culture».

Jeunesse et territoire

Olivier Py veut ouvrir aux avignonnais, et aux quartiers, affirmant que «le théâtre est un vecteur de mixité sociale». Trop souvent invisible au In. Depuis son arrivée,

il mène des actions sur le territoire de Monclar, associe les ados de la ville au projet 2014 comme possible de Didier Ruiz, programme en itinérance Othello Variation de Garraud et Saccomano. Sa comédie sur le théâtre Orlando ou l’impatience sera créée à La FabricA et, dans le gymnase Paul Giéra en face, sera repris son Vitrioli de Mavritsakis, Cet appel du pied à la jeunesse se double de 25 nouveaux artistes, dont 11 de moins de 35 ans. Le jeune public découvrira la langue de Novarina dans Falstafe par Lazare Herson-Macarel, la question identitaire par Matthieu Roy et un conte des frères Grimm signé Py. Autres talents engageants : Thomas Jolly et son intégrale d’Henry VI en 18 heures, le «petit génie de la nouvelle scène allemande» Antu Romero Nunes dans Don Giovanni, Fabrice Murgia, Antônio Araújo à l’Hôtel des Monnaies.

Mémoire et ouverture

Giorgio Barberio Corsetti ouvre l’édition, à la Cour d’honneur, avec un symbole du répertoire vilarien (retransmis au MuCEM et dans la Cour du Louvre) : Le Prince de Hombourg avec Xavier Gallais. Mémoires ravivées aussi avec le Mahabharata, monté en version courte par le japonais Satoshi Miyagi à Boulbon ou Mai, juin, juillet par Christian Schiaretti. Denis Guénoun présentera Les Pauvres gens de Hugo et Claude Régy un Intérieur japonisant. 17 pays et les 5 continents sont représentés, le Chili avec Marco Layera, l’Australie avec Lemi Ponifasio, l’Europe avec Marie-José Malis, Emma Dante, Ivo Van Hove. La danse promet des rendez-vous intenses : Platel, Julie Nioche, Thomas Lebrun, Roby Orlin, l’israélien Arkadi Zaides ; de beaux espaces musicaux s’ouvriront avec Josse de Pauw & Kriss Deffort, cinq soirées produites par l’Abbaye de Royaumont, et en clôture à la Cour, un concert des Têtes Raides ! Et toujours les Sujets à vifs, avec notamment Emmanuel Eggermont, Lola Lafon, Benjamin Dupé… DE.M.

* Le directeur du Festival a créé la polémique, ou «fait tomber les masques» selon ses termes, suite à l’évocation, largement commentée, de son éventuel départ et de celui du Festival, au lendemain du résultat du premier tour des Municipales, et l’arrivée du FN en tête, ndlr La présentation de l’avant-programme du Festival d’Avignon s’est déroulée le 20 mars à La FabricA Il aura lieu du 4 au 25 juillet (le Off du 5 au 27)


Le grand charivari 8 M U C E M

Comment parler du carnaval sans tomber dans les poncifs qui l’accompagnent ? La remarquable exposition du MuCEM, Le monde à l’envers, carnavals et mascarades d’Europe et de Méditerranée, offre une approche qui s’intéresse aux pratiques carnavalesques contemporaines dans une perspective qui semble s’inspirer de Mircea Eliade et de Frazer. Quatre années de recherches, un parcours qui mène du bassin méditerranéen à l’Europe, le recueil des traditions actuelles, des escapades dans l’histoire, une collaboration active avec divers musées de France et de Belgique, se retrouvent condensés dans une scénographie de Massimo Quendolo et Léa Saito qui épouse le cheminement multiple d’un défilé de carnaval. Esthétique de l’éblouissement, de la surprise, certes : l’exposition est merveilleuse, trois cent quarante-neuf œuvres (on peut vraiment employer ce terme pour des masques et des costumes sur mannequin d’une telle beauté !) sont présentées, mais une véritable réflexion articule l’ensemble. De grands panneaux donnent des pistes, renvoient à des analyses et des points que l’on pourrait avoir envie de développer davantage parfois, mais qui renouvellent indubitablement notre vision du carnaval. Se refusant une approche chronologique et par trop didactique, Marie-Pascale Mallé, conservateur en chef du patrimoine et commissaire générale de l’exposition, décline cette dernière en trois amples mouvements. Pour la première partie, elle l’inscrit dans une idée du temps cyclique, charivari initial préfigurant le renouveau. C’est ainsi que la figure de la fileuse, inquiétante héritière des Parques antiques, ouvre l’univers des sonneurs qui chassent

Porosit

l’hiver et les mauvaises actions de l’année précédente (Carnaval/bouc émissaire) et réveillent la végétation endormie. L’espace s’emplit des rythmes des sonnailles de carnavals filmés, témoignant de la vivacité et du caractère toujours contemporain de ces fêtes archaïques. Archaïque encore et surprenante, la survivance de rites agraires, comme celui du marquage des animaux, ou du labourage de la terre : la civilisation et l’ordre s’imposent face au charivari originel. Quelques interprétations ouvrent de nouvelles lectures, rapprochement avec les Lupercales romaines ou les Dionysies grecques, intrusion du diable et des sorcières… de la lutte entre Carnaval, gras et réjoui, et la sombre dame carême, son triste poisson et ses sept jambes. Le masque en un second temps s’avère révélateur à la mesure de ce qu’il dissimule, protecteur aussi… bois, métal, cire, papier mâché, tissu, dessinent, épurées ou baroques, les formes les plus étonnantes. Enfin, la «fête à l’envers» insiste sur l’ambivalence, déguisements de l’étranger, formes grotesques ou rêvées, mise en scène de mouvements protestataires. Si par le plus malencontreux hasard vous ratiez cette superbe exposition, un rattrapage possible et festif : le Musée international du Carnaval et du masque à Binche, qui coproduit cet évènement, l’accueillera dans ses murs dès janvier 2015 dans le cadre de Mons, Capitale Européenne de la Culture.

En projection Cayuco, Sillage Oudja-Mellila (2012) de Marcos

MARYVONNE COLOMBANI

Du monde à l’envers Jusqu’au 25 août MuCEM, Marseille 04 84 35 13 13 Le Monde à l’envers - Scénographes Massimo Quendolo et Léa Saito © MuCEM - Agnès Mellon

Au MuCEM / Institut Méditerranéen des Métiers du Patrimoine (I2MP) avait lieu le 21 mars le second volet du séminaire «Musées de sciences humaines et art contemporain», suivi de la présentation du livre Géoesthétique. Suivant la question «Pourquoi les artistes se saisissent-ils des sciences humaines ?», les intervenants issus de la recherche en sciences sociales et de l’art ont élargi la problématique au comment, mais glissé un peu vite sur le versant muséologique. Dans la suite des études postcoloniales, avec la remise en cause des modes usuels d’investigation des phénomènes humains et de leurs formes de représentation, à travers des prismes de l’histoire, géographie, ethnologie, anthropologie, sociologie, force est de constater une porosité grandissante et fertile entre les champs de l’art et de la science, avec l’interpénétration des domaines d’exploration, la proximité des démarches et des méthodes. Plusieurs événements en attestaient récemment : L’artiste en ethnographe (Musée du Quai Branly, 2012), Atlas critique (CAC du Parc Saint Léger, Pougues-les-eaux, 2012), le cycle Anti Atlas des frontières (Marseille, 2012-13). Après une nécessaire recontextualisation de ces questionnements par les chercheurs Kantuta Quirós, Aliocha Imhoff, le photographe et ethnologue Ralf Marsault apportait son témoignage très


Herr Professor

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9 M P U O LC EI M T I Q U E

s Avila Forera © C. Lorin-Zibeline

CLAUDE LORIN

écouter la chronique d’Alain Paire sur www.journalzibeline.fr

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Le séminaire «Musées de sciences humaines et art contemporain» s’est tenu au MuCEM, Marseille, le 21 mars

C U L T U R E L L E

Eric Duyckaerts © Gaëlle Cloarec

concret à travers l’exposé de son travail avec les punks du Wagenburg de Berlin1. De son côté, l’artiste Estefania Peñafiel Loaiza commentait sa démarche avec un travail plus formel et symbolique inspiré de la cartographie (série Parallèles et méridiens, 2012). Exerçant sa programmation dans ces registres, le centre d’art et de recherche Bétonsalon était présenté par l’historienne de l’art Garance Malivel. Sandra Patron, l’ancienne responsable de Triangle France Marseille et actuelle directrice du Parc Saint Léger faisait la présentation de l’ouvrage collectif Géoesthétique (éditions B42) publié à la suite de l’exposition Atlas critique. On y retrouve certains contributeurs à ce séminaire et de très nombreuses informations, analyses, traductions inédites de géographes, théoriciens et historiens de l’art, d’artistes et commissaires d’expositions. Un livre manifeste et critique passionnant. Afin de prolonger ces réflexions trois rendez-vous sont à venir dont un portera sur comment les sciences sociales abordent l’art fin 2014. Juste retour des choses.

Le belge Éric Duyckaerts est un artiste doublé d’un savant, et ses performances érudites autant que drôles ressemblent à s’y méprendre à un cours magistral, donné par un enseignant farfelu. Il arrive sur scène discrètement, s’exprime d’une voix douce, joue de sa -feinte ?- timidité, et installe en peu de temps un climat propice à la plus stimulante des curiosités intellectuelles. Celle qui vagabonde, qui prend des chemins de traverse, s’autorise les digressions les plus acrobatiques. Au MuCEM, en cette fin mars, il était invité à revisiter à sa manière la toute nouvelle exposition Le monde à l’envers - Carnavals et mascarades d’Europe et Méditerranée. On l’a donc vu passer en douceur des Saturnales romaines au tyran d’Athènes Pisistrate (600-527 avant J.-C.), piocher une anecdote marseillaise dans les Mémoires de Casanova (lequel aimait la cité phocéenne parce qu’elle lui évoquait la diversité culturelle de Venise), et conclure sur une démonstration de philosophie du langage, en insistant pour que l’on n’utilise plus le terme «performatif» mal à propos. Éric Duyckaerts est capable de tenir à ce rythme une conférence jusqu’à l’aube, il l’a prouvé notamment lors de la Nuit Blanche

2009 à l’École Normale Supérieure de Paris. Sa prestation au MuCEM fut de bien plus courte durée, puisqu’en une quarantaine de minutes elle était bouclée. De quoi laisser sur leur faim les spectateurs enthousiastes venus en nombre l’écouter, dont certains se sont demandé, lorsqu’il a quitté le plateau de l’Auditorium Germaine Tillon, s’il n’allait pas revenir distiller encore quelques grammes de culture dans ce monde de brutes, après un faux-départ de comédie. Déçus sur ce point, on retiendra tout de même de son exposé coloré qu’il faut «descendre dans le sub-lunaire pour mettre le monde sens dessus-dessous, car un univers à l’envers, cela ne veut rien dire». On retiendra surtout que les traditions les plus ancrées peuvent être factices, et qu’employer le mot juste est toujours éminemment politique, en matière de renversement d’autorité. GAËLLE CLOAREC

La conférence d’Éric Duyckaerts a eu lieu au MuCEM, Marseille, le 28 mars


Les ressources de la Méditerranée

V I L L A M É D I T E R R A N É E

Folies d’avril

Si mars est le mois des fous, avril au MuCEM n’en sera pas moins à l’heure des débordements, pour accompagner l’exposition Le Monde à l’envers – Carnavals et mascarades d’Europe et de Méditerranée, proposée jusqu’au 25 août. Parades, transes, fêtes, d’où viennent les rituels transgressifs et quel est leur rôle dans la cité ? On trouvera des éléments de réponse du 19 au 28 avril lors du temps fort Carnaval de Printemps, plus particulièrement destiné aux familles. Au programme, des ateliers de fabrication de masques, une «fable pour valise et marionnettes» de la compagnie Auriculaire le 21, des visites de l’exposition en compagnie de Marie-Pascale Mallé, qui l’a conçue, et un grand bal masqué le 24 avec Les princesses de Tournai-enrond (compagnie La Rumeur). Le jeune public sera décidément soigné pendant les vacances de Pâques, puisque les 6-12 ans se verront également proposer un atelier centré sur le personnage de Polichinelle le 28 avril, et des initiations au cirque le 30. Toutes générations confondues, on pourra également envisager de... se perdre au MuCEM, le 25 avril lors d’une soirée Nocturne + préparée par L’agence touriste et les étudiants d’Aix-Marseille Université. L’accès à toutes les expositions sera libre pour les moins de 26 ans, et la désorientation assurée ! Pas de concert prévu sur cette période, mais si l’esprit de sérieux vous manque après toutes ces festivités, vous pourrez assister le 14 avril à la conférence de Marie-Claude Souaid et Jihane Sfeir, respectivement anthropologue et historienne, consacrée au déclenchement de la guerre civile au Liban en 1975. Les prochains épisodes du cycle Civilisation et barbarie nous emmèneront en Chine le 17 avril, avec Anne Cheng, spécialiste de Confucius, et en Inde le 15 mai, avec Sanjay Subrahmanyam, spécialiste de l’Asie du Sud aux XVIe et XVIIe siècles. GAËLLE CLOAREC MuCEM, Marseille 04 84 35 13 13 www.mucem.org

concertée et durable des richesses du monde sous-marin méditerranéen. Le 27 mai, à partir de 19h30, place au cinéma avec une soirée Sur le vif ! : 3 courts métrages de Vittorio De Seta, Le Temps de l’Espadon, Paysans de la mer et Bateaux de pêche, précèderont le film de Lucien Castaing-Taylor et Véréna Paravel, Léviathan. Un second cycle, Trésors et menaces (du 10 au 12 juin), fera une large place aux trésors de la biodiversité, aux menaces pesant sur le milieu sous-marin méditerranéen et aux solutions possibles. Do.M.

Villa Méditerranée, Marseille 04 95 09 42 52 www.villa-mediterranée.org

Una Tazza di mare in tempesta © Lucia Baldini

M U C E M

Anne Cheng © Anne Cheng

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Pour prolonger les interrogations du parcours conçu par Alain Bergala, Sous la mer, un monde (voir Zib 72), un cycle de programmation interroge les ressources et les possibilités d’une gestion durable des richesses sous-marines méditerranéennes (du 21 au 27 mai). Il sera question de baleine, et notamment de Moby Dick, avec une installation qui nous transporte dans la soute d’un baleinier (Una Tazza di Mare in Tempesta le 22 mai) et avec le Moby Dick du dessinateur, sculpteur et vidéaste israélien Guy Ben-Ner (le 22 mai). Le 24 mai sera dévolu aux ressources méditerranéennes en question avec une table ronde (programmation en cours) qui partira de la pêche pour élargir le débat aux autres ressources pour envisager les enjeux appelant à une gestion

6 en une

La carte FLUX reprend du service pour la 5e année : au prix de 45 euros, et non nominative, elle donne accès à une manifestation par festival parmi les spectacles, concerts et projections proposés. Six festivals marseillais sont associés dans cette manifestation, du 7 mai au 26 juillet : Les Musiques, du GMEM, du 7 au 17 mai ; marseille objectif DansE du 30 mai au 29 juin ; Festival de Marseille_danse et arts multiples du 19 juin au 12 juillet ; le Festival Mimi du 2 au 6 juillet ; le FIDMarseille / Festival International de cinéma du 1er au 7 juillet ; le Jazz des Cinq Continents du 17 au 26 juillet. La réservation est obligatoire auprès de chaque festival. Carte FLUX GMEM 04 96 20 60 10 www.gmem.org marseille objectif DanseE 04 95 04 96 42 www.marseille-objectif-danse.org Festival de Marseille 04 91 99 02 50 www.festivaldemarseille.com

Festival Mimi 04 95 04 95 50 www.amicentre.biz FIDMarseille 04 95 04 44 90 www.fidmarseille.org Jazz des Cinq Continents 04 95 09 32 57 www.FJ5C.com


Une soirée riche : un film, un concert. La directrice Roberta Alberotanza était très fière de présenter Serena Nono, réalisatrice, fille du grand compositeur contemporain Luigi Nono et petite-fille d’Arnold Schönberg ! Son film Venezia Salva (Venise sauvée) est une fiction historique d’après la pièce de Simone Weil, philosophe française morte à 34 ans. 1618 : l’Ambassadeur d’Espagne, le vice-roi d’Espagne, aidé de mercenaires, organisent une conspiration pour conquérir la Sérénissime. L’extraordinaire puissance du film vient d’un casting étonnant, issu de la Casa dell’Ospitalità di Venezia e Mestre qui accueille les sans-abris, avec des comédiens amateurs qui campent des personnages hauts en couleurs. Monteverdi parcourt le film (très belle interprétation des Scherzi Musicali (della belleza le dovute lodi) par le Concerto Soave de Jean-Marc Aymes. Luigi Nono est là dans les parties plus sombres (Composizione 1 et Epitaffio per Federico Garcia Lorca). Film intense, théâtral : un prologue, 3 actes, noirs et blancs pour les didascalies qui nous relient à la réalité, entourant des tableaux ocre, pourpre, or, d’une Venise sublime, sans fard : la beauté, rempart contre la cruauté, triomphe, la conspiration échoue, superbe

message de Serena Nono. «Les vainqueurs vivent leurs rêves, les vaincus vivent celui des autres.» Une œuvre admirable de sincérité, mêlée d’expression populaire et de raffinement envoûtant. Le concert qui suivait réunissait un quatuor vénitien : L’Ensemble Opera da Camera di Venezia ; programme baroque, pointant quelques traits vers le style galant naissant. Galuppi, Vivaldi, incontournable, Hasse et les moins connus Piatti et Anna Bon, dont la Sonata en Fa Majeur est d’une grande beauté : un flûtiste au souffle éternel (Pier Luigi Maestri) plane au-dessus de ses compères, violon, violoncelle, clavecin. Une Sonate de Galuppi retrouvée récemment en… Suède, étonne par son andante poignant. Un très beau quatuor : mouvements rapides incisifs et bondissants, précédant des mouvements lents intenses et inspirés. Deux très belles rencontres. YVES BERGÉ

Ce programme a été donné le 27 mars dans le cadre du cycle Venise à Marseille initié par l’Institut Culturel Italien, Marseille

Ensemble Opera da Camera di Venezia © X-D.R

Double émotion


Durant cinq semaines, la Biennale des Écritures du réel a fait dialoguer les démarches artistiques et scientifiques, les questions de société et les créations dans une démarche de partage, de collaborations, de rencontres. Spectacles et expositions (voir p 12 à 16 et 64) en témoignent

12 T H É Â T R E

«Au début, je voulais juste raconter une histoire d’amour.» Pour ce faire, Angélica Liddell et trois de ses fidèles comédiens s’installent autour d’une table de ping-pong. Car l’objet de cet amour n’est pas un être, mais un pays : la Chine. Comme dans un interrogatoire, les questions fusent, poussant l’artiste espagnole dans ses retranchements. Comment peut-elle aimer ce pays parmi les plus liberticides au monde ? Admettant que tout amour porte en lui ses contradictions, Angélica Liddell fouille aux tréfonds de son affection et nous entraîne dans une Chine qu’elle sait, telle Eurydice, condamnée aux ténèbres. À travers une série de courtes scènes tantôt théâtrales, tantôt chorégraphiques, tantôt picturales, elle évoque les ravages de la Révolution culturelle, la répression des intellectuels, la peur qui pousse aujourd’hui encore une musicienne chinoise à renoncer à jouer dans son spectacle... Cogner contre cette Chine qui méprise ouvertement les droits de l’homme pourrait sembler facile. Mais cette condamnation prend le large et se transforme en manifeste contre toute tentative d’extermination du «monde de l’expression». Cette charge, Angélica Liddell la mène loin des performances explosives qui ont fait sa réputation, sur le fil ténu d’un texte que l’on entend jusque dans ses moindres souffles. Cette descente aux enfers sonne comme un retour à la vie, comme une croyance retrouvée

© Gerardo Sanz

China, mon amour

dans les gestes, même infimes, qui peuvent ébranler les régimes, à l’image de quelques pas esquissés devant un char d’assaut. Et Angélica Liddell, comme Alain Resnais avec Hiroshima, de basculer de l’amour à la politique, de l’intime au collectif. Avec maestria.

Ping Pang Qiu a été joué les 2 et 3 avril à La Friche la Belle de Mai, Marseille

LAURENCE PEREZ

Toute ressemblance avec des personnes et des situations existantes ou ayant existé ne saurait être fortuite. C’est à partir de son expérience au collège Henri Wallon de Marseille -notamment en tant qu’animatrice théâtre- que Maude Buinoud a écrit son spectacle, Jusqu’ici tout va bien. Pendant deux ans, elle a partagé le quotidien de professeurs et d’élèves qu’elle donne ici à voir, à la faveur de tranches de vie bien senties. La direction d’acteur de Michel André maintient la comédienne, seule en scène, dans une belle urgence. En ce soir de première, elle confessera au public avoir traversé un moment de panique. Nous, spectateurs, n’y avons vu que du feu, tant l’intensité palpable du plateau transcrivait au mieux la réalité. Une animatrice ne peut-elle perdre pied face à des élèves dissipés et se retirer afin

de boire un verre d’eau pour se calmer ? Tout à fait plausible et ô combien compréhensible. La vie en ZEP n’est pas un long fleuve tranquille : les élèves ne sont pas

© Sigrun Sauerzapfe

Sortie d’école

des anges et les professeurs des êtres infaillibles. Drôle, féroce mais toujours bienveillant à l’égard des uns et des autres, le spectacle ne le cache pas, à l’image de ce

fantasmatique match de boxe où la figure du professeur et celle de l’élève se jettent à la tête leurs quatre vérités. Le ton est juste, oscillant entre autodérision et véritable constat. On aime moins le côté mièvre et attendu de la fin, qui fait entendre les mots d’une professeure et ceux d’un élève qui ont compris ce que ce collège pouvait communément leur apporter. On lui préfère la scène d’avant, celle de la comédienne lancée dans un infernal pogo. Professeure ? Élève ? Ou tout simplement elle-même ? Peu importe, dans cette image se joue le combat qui se mène sur le front de l’éducation. Encore, et plus que jamais. L.P.

Jusqu’ici tout va bien a été joué le 19 mars à La Friche la Belle de Mai, Marseille


Folie de jeunesse Ce pourrait être une toute petite chose dans le parcours de Guillaume Vincent, jeune et remarqué auteur et metteur en scène français. Une pièce courte pour une seule interprète, placée au centre d’une scène totalement dépouillée. À l’issue des 55 minutes que dure la représentation, on sort pourtant avec le sentiment d’avoir assisté à quelque chose de simple, mais de grand. Avec ce spectacle, loin des univers fantastiques qu’il affectionne, Guillaume Vincent s’est risqué à se saisir du réel. Pendant six mois, il s’est rendu aux rendez-vous gare de l’Est que lui donnait une jeune femme atteinte de manico-dépression. Des heures de discussion, de confession et d’introspection qu’il a transformées, avec beaucoup de pudeur et d’habileté, en un poignant monologue théâtral. À cette histoire forcément chargée, il a eu l’intelligence de ne rien ajouter d’autre que la puissance évocatrice d’une actrice. Et quelle actrice ! Très finement dirigée, Émilie Incerti Formentini se glisse, avec un naturel époustouflant, dans la peau de cette tout juste trentenaire. De phases dépressives en crises d’euphorie, de périodes d’accalmie en séjours à l’hôpital psychiatrique, elle s’efforce de verbaliser ce qui lui arrive, de rattraper cette vie «normale» qui lui échappe, considérant la parole comme une possible planche de salut. Mais la maladie aura sa peau -ou plutôt son esprit- et Émilie, malgré sa lucidité et son humour dévastateur, finira par s’évanouir dans les ténèbres, laissant en nous une image trouble et troublante. Héroïne d’un théâtre sans fard, où la partition de l’acteur est véritablement tout un art. LAURENCE PEREZ

Rendez-vous gare de l’Est s’est joué les 8 et 9 avril à la Criée, Marseille © Elisabeth Carecchio

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Les autres… C’est une belle ouverture sur des territoires tout proches et même un peu plus lointains que nous ont offert, entre autres, trois spectacles proposés par la Biennale des Ecritures du Réel : le continent Jeunesse avec Seventeen monté par la compagnie François Stemmer, le monde agricole de Charles Culot et le pavillon de banlieue parisienne pour une épopée rom de la parole circonvolutive… Les jeunes d’abord, les ados pas sérieux, ceux qui ont 17 ans et vous lisent le bateau ivre la capuche sur la tête comme Rimbaud pipe à la bouche, rivalisent de prouesses en skate-board, se découvrent le corps dans tous les sens ; inégal, rythme à fouetter, boulons à resserrer mais de l’émotion tout de même et deux superbes moments à voir et à entendre : une glissade folle sur sol mouillé où ça dérape, vacille, tombe et repart droit ; un solo de «fille» (espèce peu représentée) accroupie en fond de scène qui chante a capella le Ground control to Major Tom de Bowie… à suspendre le temps. Un tour chez les paysans avec ce titre magnifiquement terre à terre Nourrir l’Humanité, c’est un métier ; quelques signes de piste : table de ferme à parler les coudes sur la toile cirée, bottes de paille et odeur de foin (ou de fumier pour la scène ?) ; nos deux acteurs Charles Culot et Valérie Gimenez croissent et se multiplient pour donner corps et parole, de manière surprenante et rigoureuse, à une réalité qui n’a guère droit de cité habituellement au théâtre ; didactique, direct, le spectacle, car c’en est un, ne pèse pas un gramme de trop, le mimétisme des acteurs qui incarnent tel ou tel agriculteur, accent compris, crée une proximité troublante -mais aussi un espace réflexif- avec les «vrais» conviés en images à témoigner de leurs difficultés et surtout peut-être de leur singularité dans

notre actualité. Réussi, efficace, un plaisir plus qu’une leçon et que vivent les paniers partagés ! Avec Mangimos (La demande en mariage) c’est une table encore, à laquelle les spectateurs sont assis, formant donc tablée festive de témoins réactifs sinon très actifs ; Xavier Marchand poursuivant son travail sur les communautés, leurs us et leur verbe ici, convie au partage d’un moment décisif à tout le moins chez les Roms -chez «les autres» aussi ?- et accompagne du geste et de la voix à travers le texte-documentaire de Patrick Williams, le voyage plein de surprises, de revirements, de découragement et d’allant d’une demande en mariage ritualisée avec un naturel confondant. Nous sommes là, le temps d’une petite soirée, à partager un long après-midi de palabres avec Sasha Zanko et Nicolas Zanko et Guitsa Lorgua aussi, le fiancé à venir… Émotion et surprise de sentir évacué tout exotisme, de n’être attentif qu’à l’avancée pas à pas d’une parole dont on sait d’avance l’aboutissement, dont on guette les effets sur les visages… L’engagement de ces hommes qui jouent leur propre rôle en miroir du texte lu, leur intelligence à laisser filer les accrocs ou à en sourire est un don inestimable pour notre Kumpania d’un soir ; ni ethno ni socio mais l’invention d’une circonstance qui s’impose par sa justesse de ton et la liberté laissée au jeu des différences. Fierté d’y avoir participé … MARIE JO DHO

Ces trois spectacles ont été donnés à la Friche, à La Cité et au théâtre JolietteMinoterie, à Marseille, entre le 22 mars et le 12 avril

suite p.14

PT H O LÉ ÂI T RI E Q U E C U L T U R E L L E


Création collective

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© Sigrun Sauerzapfe

T H É Â T R E Le projet Frontières mené par Karine Fourcy est singulier : depuis deux ans une vingtaine de jeunes gens, à l’orée de l’âge adulte, écrivent et jouent à nommer les barrières qui les enferment. Celles qui les séparent à la fois de l’âge adulte et de l’enfance, mais aussi leurs frontières mentales, les séparations sociales, la difficulté du lien entre filles et garçons. Ces textes, très personnels, très vécus, se gardent des images d’Epinal que les jeunes transportent souvent

Othello à trois,

à leur insu, incarnant la caricature que les médias donnent d’eux-mêmes. Découverte du corps, du plaisir, souffrance d’être différent, de lire la peur dans les yeux des autres parce qu’on est arabe, douleur de ne pouvoir parler comorien au dehors, et puis désaccord entre eux, sur l’homosexualité, sur le rapport garçon/fille… tous ces thèmes sont abordés par les jeunes comédiens qui sont aussi auteurs de leur texte. Frontières est un projet évolutif, certains dans la «troupe» arrivent quand d’autres s’en vont. Ainsi le spectacle a beaucoup évolué en un an, parlant davantage des barrières mentales, moins des inégalités sociales et d’intégration. Malgré une ouverture et une clausule qui situent le propos général, quelques faiblesses persistent dans la construction globale. Mais l’essentiel des scènes est fort, porté par la sincérité évidente des comédiens/auteurs. Par leur talent aussi : les textes sont bien écrits, et tous parviennent à montrer sur scène leur personnalité singulière. D’ailleurs les nombreux ados présents dans les salles, à La Friche et à Vitrolles, se sont immédiatement sentis concernés par ce projet où les amateurs ont travaillé comme des professionnels, tout en gardant la force du témoignage direct. Que de frontières abolies !

dont deux femmes

AGNÈS FRESCHEL

Frontières a été joué à la Friche les 21 et 22 mars, à Fontblanche, Vitrolles, le 28 marsl

Paroles d’égyptiennes parviennent, avec leurs questions posées à ces femmes qui n’ont rien d’exceptionnel hors leur courage, à nous rendre ce pays proche. Car ces paroles lointaines renvoient aux combats de femmes d’ici et d’ailleurs, aux nôtres, et à notre capacité d’éprouver ce qu’elles ressentent. ALICE LAY

D’une rive à l’autre a été joué le 4 avril au MuCEM, Marseille

© Sigrun Sauerzapfe

Sur scène, un écran suspendu à l’image d’un cinéma de plein air improvisé. Sur l’écran, des fragments de rencontres filmés avec des femmes d’Alexandrie, et une comédienne qui incarne, traduit leur parole ou dialogue avec elles. De la salle, le spectateur se voit transmettre les paroles précieuses de ces femmes harcelées et humiliées sous le régime de Moubarak, et d’autres textes dits du plateau par la comédienne. Pendant la révolution, des femmes égyptiennes ont osé sortir, d’autres se sont montrées à la fenêtre en hissant leurs drapeaux. Or aujourd’hui rien n’a changé, disent-elles. Les nouvelles violences de 2013 ont interdit la poursuite du projet sur place à Alexandrie comme prévu : il a continué via Skype. Plus que des idées politiques, c’est la place des femmes dans la société égyptienne qui saute aux yeux et aux oreilles depuis la rive française : éternelles dominées vouées à la place de mère, contraintes au mariage forcé… Cette histoire de l’Égypte est transmise à notre rive de la manière la plus simple qui soit : D’une rive à l’autre, sans prétention et sans pathos, tente juste de nous transmettre les sentiments des autres face à l’instabilité d’un pays qui nous semble lointain. Karine Fourcy et l’actrice Christel Fabre

On peut s’interroger sur l’opportunité pour le théâtre Massalia, censé produire pour le jeune public, ainsi que pour la biennale, de programmer cet Othello qui ne se destine ni aux enfants, ni aux adolescents, et ne relève pas d’une Écriture du réel… Le talent de Nathalie Garraud ne pourrait-il être visible à Marseille en dehors de ce circuit qui ne lui convient pas ? Heureusement Olivier Py à Avignon l’a repérée, et son Festival a prévu pour cet Othello en petite forme des tournées hors des salles de spectacle… Car une des caractéristiques de ce spectacle d’intervention est sa légèreté technique, qui lui permettra des représentations tout terrain : pas de décors, des chaises en cercle pour le public, et trois acteurs pour incarner tous les personnages… Ce qui ne revient pas à faire de cette version un digest succédané : un véritable propos est à l’œuvre, resitué dans le contexte d’une Méditerranée d’échanges marchands, où le Maure jusque-là accepté va subir rejet et manipulation. Nathalie Garraud montre comment le repli raciste et l’invention du capitalisme sont liés dans cette Méditerranée du XVIe siècle, et persistent aujourd’hui comme un système. La violence que Shakespeare attribue à la nature du Maure est ici entièrement provoquée par Iago et les intérêts économiques vénitiens. Les trois comédiens passent d’un rôle à l’autre avec une gravité cérémonieuse et efficace, et les rôles d’hommes sont avantageusement tenus par deux femmes. Preuve que le travestissement Shakespearien (voir p 18) peut jouer à rebours… Il n’y a qu’une metteuse en scène pour le mettre en œuvre ! A.F.

Othello a été créé le 29 mars à la Friche la Belle de Mai, Marseille

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16 T H É Â T R E

La vache ! pense-t-on en sortant du spectacle écrit et mis en scène par Catherine Zambon, sûr qu’on ne croquera plus si innocemment dans son morceau de viande dorénavant ! L’auteure s’est immergé trois mois dans le monde agricole, de la Lozère au Luberon, pour questionner l’image des travailleurs de la terre. Emerveillée, heureuse, appliquée, elle le fut auprès des éleveurs et agriculteurs en devenant «stagiaire agricole et sociologique», voire «apprentie gynécologue» s’exerçant à traire et fouiller la vache, bravant sa peur des chiens, sa méconnaissance naïve du métier, consignant dans ses carnets chaque soir, après l’étable et sa tenace odeur, ses observations. Au fil des paroles -la sienne introspective et celles des agriculteurs/trices- rapportées par trois comédiens doux comme des agneaux mais dont la colère sourde pourfend le cœur en s’épanchant, court le bouleversement intense qui s’est opéré en elle. Catherine Zambon rend compte des conditions de travail, du célibat, de l’endettement, des salaires injustes, de l’industrialisation inévitable et des subventions peau de chagrin, de la délicate conversion au bio. Mais ce qui éclot de son retranchement, c’est le lien fort et inattendu avec l’animal, et par-deçà avec le vivant et

© De.M

Pas folle la bête

la mort, omniprésente. Et son désarroi quant elle se trouve «confrontée à l’absurde» à l’heure de vendre deux «petits veaux» pour à peine 150 euros€, devant ces «saloperies d’émotions» refoulées des éleveurs le long du corridor vers l’abattoir et ces cages où ne subsistent que des surnoms sur des écriteaux. Ces Gracieuse, Déesse, Bédelette ou

Marguerite, élevées avec tendresse, dont la fin de vie -et les non-dits qui l’accompagnent- suit le cycle inéluctable et néanmoins cruel de l’élevage/abattage. Un isolement auprès des bêtes et au cœur de la terre qui a sans nul doute continué à lui frayer, et à nous ouvrir, un plus grand chemin vers l’humanité. DELPHINE MICHELANGELI

La voix de l’invisible François Cervantes © Christophe Raynaud de Lage

Comment raconter la prison ? Comment fictionnaliser l’histoire de ces détenus «amputés du monde» avec qui François Cervantes, lors d’une carte blanche, a correspondu ? L’homme de théâtre, qui ne se place ni en juge ou en frère, ni en démagogue ou en avocat, choisit de se faire «simple» passeur des mots qu’on n’entend pas. Ceux qu’il a échangés dans sa relation épistolaire avec Erik, en particulier, dont l’enfermement à la vie et au monde nous assaille au fur et à mesure. Immobile dans un carré de lumière, à travers un monologue continu, sans à-coups, sobre et d’une justesse admirable, vibrant d’une humanité palpable, il fait lien entre sa vie et celle d’Erik. Sa venue à l’écriture, son monde construit «entre les corps et les mots», ses voyages, ses spectacles. En face, Erik, 15 années d’immobilité, de cohabitation dans 9m2, d’évasions

à répétition «pour voir grandir les enfants et retrouver la vie», de mise au rebus et à l’isolement, un «animal sauvage égaré au milieu des hommes» plongé par son inaptitude «à une vie normale» dans le chaos, la folie, la maladie, la violence. Quotidien limité à une cellule, corps qui lâche, muscles qui

Les Agricoles a été joué du 26 au 31 mars, dans le cadre des Nomade(s) de la Scène nationale de Cavaillon et la biennale des Ecritures du réel

fondent, mémoire qui s’effiloche, déconnexion totale. La vie qui se retire. «Une humanité de trop». Sans mouvements, tout en émotions contenues, Cervantes escalade dans un long voyage de l’un à l’autre, la montagne entre leurs deux âmes. Il entrouvre la porte de sa cellule, mentale et physique, et

le temps extraordinaire du théâtre, offre à Erik la parole à travers sa voix. Son corps flottant est là, au plateau, grâce à la magie des mots. L’homme n’est plus qu’une ombre subliminale, vivant mais absent au monde, et grâce au dédoublement de l’écriture et de la représentation, nous fait face : «C’est l’histoire d’un homme qui s’est évadé dans un texte… là où plus personne ne pourra venir le chercher.» Une pièce fascinante et humaniste, d’une décence poignante, qui sans jamais excuser ou victimiser, redonne du lien et un espoir de dignité à un être humain exclu de la société. DE.M.

Prison possession a été créé du 10 au 12 avril, au théâtre des Halles à Avignon, en partenariat avec la Scène nationale de Cavaillon


Shakespeare’s Boys band visible à jouer ensemble, permet également de s’interroger sur le travestissement : ces jumeaux qui se croisent et se confondent, ces couples qui s’entrecroisent et se défont, cette Thisbée jouée par un homme, ces humains qui se transforment en âne, jouent une partition où l’identité est une donnée floue, tributaire d’une fleur frottée sur les paupières, d’une illusion. L’insistance sur l’aspect comique met aussi en vedette les valets, le peuple, les artisans, toujours manipulés, battus, floués, et résistants pourtant. On se demande néanmoins si cet esprit ne serait pas transposable dans une troupe mixte, qui s’amuserait des identités, genrées ou non, dans tous les sens ?

Brutalisme

AGNÈS FRESCHEL

Le Songe d’une nuit d’été et La Comédie des erreurs ont été jouées au Parc Chanot, Marseille, dans le cadre de la programmation de la Criée (voir p 6) du 9 au 13 avril Le Songe... © Manuel Harlan

Quelle joyeuse troupe que ces Propeller ! On a beau se dire qu’il n’y a pas assez de femmes sur les scènes ; que le travestissement des hommes à la période élisabéthaine reposait sur un interdit et une oppression qu’il est agaçant de voir reproduits si fréquemment aujourd’hui ; que le choix de Nathalie Garraud (voir p18) de faire jouer des personnages masculins par des femmes est autrement plus politique, et rare, et du coup questionnant, à l’endroit du genre ; on a beau savoir et défendre cela, on ne peut s’empêcher de trouver cette «all-male shakespeare company» brillante et hilarante. Depuis quinze ans cette troupe masculine, mise en scène par Edward Hall, joue le Songe d’une Nuit d’été, le Roi Lear, la Comédie des erreurs… dans le monde entier. L’esprit de troupe tel qu’il persiste en Angleterre est ici, visiblement, à son top : ces acteurs-là chantent, dansent (un peu), jouent de la musique (beaucoup), s’amusent entre eux et avec le public dans un élan constamment jubilatoire. Sans chercher à éprouver ou à incarner, à émouvoir ou à questionner, ils «jouent» comédies et tragédies shakespeariennes avec une liberté de ton inédite, et une fidélité constante au texte. Du coup on entend la langue magnifique, les niveaux de langage si différents entre princes et artisans, les vers, les jeux de mots, la poésie baroque. Sans pour autant aucune révérence : la Comédie des erreurs, pièce courte inspirée des Jumeaux de Plaute, et maniant le quiproquo en surenchères désopilantes, est déplacée de la Grèce au Mexique, peuplée de joueurs de foot, de mariachis et de policiers échappés de Boney M. Quant à la fantaisie féérique du Songe d’une nuit d’été, elle se mâtine d’un comique plus franc, qui éclate lors de la représentation des artisans, en un moment d’anthologie qui fait rire aux larmes. Le pouvoir comique de la troupe, reposant sur un sens du rythme hallucinant, des individualités exceptionnelles, et un plaisir

© Marion Le Meut

T H É Â T R E

La Comédie des erreurs © Manuel Harlan

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À la russe ! Et si le samovar est froid sur la table, c’est qu’il est inutile en effet de réchauffer les signes d’un naturalisme doux que l’on prête parfois paresseusement à Tchékhov. Christian Benedetti, dont le projet est de monter l’intégrale des pièces dans l’ordre de l’écriture, coule son Oncle Vania dans le béton, tord le cou à l’âme slave pour frapper fort et vite là où ça fait mal. Frustrations amoureuses, tentatives à l’infini pour donner ou prendre un peu de sens au temps qui passe, ratages sans fin donc… tout cela est connu, patrimoine intime peut-être de chacun, qu’il faut réveiller, ranimer, faire remonter au jour. La mise en scène, entre dépouillement et radicalité, convie le spectateur, non sans délicatesse néanmoins, à chercher son point d’inconfort : les acteurs débitent à toute allure (formidable, on comprend tout quand même..) un texte puissamment incorporé dans un espace qui pourrait être celui d’une répétition ; ils manipulent table, bancs et chaises et trouvent leur place avec une troublante fluidité, parfois en gros chaussons à traîner sur les parquets ; les corps à la présence sensible et forte portent le temps qui passe : l’Astrov bien mûr joué par Benedetti en blouson de cuir pourrait avoir «à ma mère» tatoué sur la poitrine et la Sonia bouleversante d’Alix Riemer, bottée de caoutchouc, semble figée en vieille jeune fille ; lorsqu’elle lit à son oncle Ivan les mots de la fin, où il est question de travailler et de renoncer, sur un papier sorti de sa poche, on sait -beau désespoir- que tout est déjà écrit. Que faire alors sinon chialer dur et rouler sous la table ? Quelle joie de devoir tant d’émotions essentielles à une mise en scène de théâtre ! MARIE JO DHO

Les trois Tchekhov ont été donnés à la Criée, Marseille, du 14 au 22 mars


Les Cartoun Sardines disent de leur dernière création qu’elle témoigne d’«un monde qui a mal tourné», s’est trompé de route. Au lieu d’un paradis terrestre, c’est un bonheur obligatoire qui est imposé par le Bienfaiteur du 30e siècle. D-503 (Bruno Bonomo), mathématicien au service de l’État Unique, invente une machine pour être heureux dans un monde aseptisé, surveillé par des gardiens soucieux du respect des horaires et des comportements. Les murs des habitations sont transparents puisque il n’y a rien à cacher, les relations sexuelles sont soumises à des horaires et des codes fixes. Mais la mécanique s’enraye sur un simple regard qui déstabilise D-503 quand

il croise la jeune I-330 (Catherine Sparta) qui va l’emmener dans la Maison antique, sorte de musée archéologique qui montre comment vivaient leurs ancêtres, donc nous, spectateurs. Dans une maison avec des murs opaques, des fenêtres, des armoires qui renferment des vêtements colorés... Dominique Sicilia et Patrick Ponce ont adapté le roman d’Eugène Zamiatine écrit en 1920 pour en faire un spectacle qui interroge les jeunes générations sur ce que sont vraiment le bonheur et la qualité des relations humaines. Avec une scénographie rigoureuse, des accessoires et des jeux de lumière astucieux, des déplacements parfaitement chorégraphiés, une bande-son intéressante le

© Pierre Baudin

Qu’ils restent entre eux !

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spectacle sucitera certainement beaucoup de commentaires chez les jeunes spectateurs.

Nous autres s’est joué au théâtre Joliette-Minoterie, Marseille, du 18 au 22 mars

CHRIS BOURGUE

Pour deux Voyage… La même semaine, le Théâtre de Nîmes et le Gymnase de Marseille revisitaient Voyage au bout de la Nuit. Avec Rodolphe Dana, ou Jean-François Balmer Monter Céline, même le Voyage, n’est pas indolore. Parce que chez l’écrivain l’incontestable génie voisine avec la plus immense pourriture, jusque dans ses phrases, jusque dans la lâcheté revendiquée et la passivité lasse de Bardamu, la veulerie de Robinson, qui vont parfois jusqu’à ternir les étoiles. Les deux mises en scène s’emparent différemment de cette coexistence entre l’ange et la bête. Rodolphe Dana en gardant très habilement tout ce qui touche, sublime, n’abîme pas ; Jean-François Balmer en s’appuyant sur le pouvoir des images et des sons. Sur la scène du Gymnase Ferdinand Bardamu parle de ce qu’il découvre : les horreurs de la Grande Guerre, les absurdités du colonialisme, la misère sociale du taylorisme ou de la banlieue parisienne. Choc après choc, Bardamu perd son innocence et découvre que le seul moyen d’échapper à la débandade (le roman

est écrit en pleine crise de 1929) est la lâcheté. Jean-François Balmer, seul sur le plateau, restitue l’essentiel du texte, d’une voix remplie d’énergie qui respecte et magnifie le roman et son langage puissant. Incarnant par moment le personnage, puis reprenant la narration pour figurer plus discrètement le reste, il restitue les quatre parties du roman de façon équilibrée, sans autre choix que de construire à partir d’une œuvre fleuve un spectacle d’une heure quarante. Françoise Petit illustre sa mélancolie sur un écran où sont projetés des nuages peints qui inversent la descente aux Enfers du personnage, qui semble ainsi échapper en rêvant à sa «pourriture». Le tout baigne dans une musique répétée, un violon qui lui aussi recherche à sublimer mais n’est de fait pas toujours en rapport avec le texte. Au-delà de cela, le jeu de Balmer, fragile et fort, jamais cynique, transcende Bardamu. Le choix de Rodolphe Dana est très différent. Il fait dans le Voyage des coupes sombres, même si son adaptation, au final, dure plus de deux heures. C’est qu’il garde des pans entiers en intégralité : la guerre de 14, fondatrice, s’étale pendant près d’une heure et le comédien, sans autre accessoire que son corps et quelques praticables noirs qu’il déplace, incarne les

personnages tour à tour, d’un geste, d’un ton : il suit l’armée au pas, se jette dans la langue, sans pose ni pause, sans excès non plus. Il aime ce texte avec passion… et du coup en supprime les aspects contestables -la scène du deal avec les Noirs en Afrique, les passages les plus glauques en banlieue, les trafics inavouables de Robinson, les scènes de violence familiale ou de sexe triste- pour ne garder que l’amour vrai de Lola, l’horreur véritable de la guerre, du travail à la chaîne, et la splendeur des couchers de soleil. Le regard dégoûté de Céline sur l’humanité apparaît peu… et du coup l’émerveillement de sa langue éclate, et l’aspect décidément visionnaire de ce roman qui, en 1932, disait déjà tous les problèmes du siècle : la guerre qui n’allait pas s’éteindre, la banlieue qui s’enfonçait dans la misère, les colonies. Et le corps et la danse, pour s’affranchir du réel.

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ALICE LAY et AGNÈS FRESCHEL

Jean-François Balmer a joué du 8 au 12 avril au Gymnase à Marseille Rodolphe Dana, du Collectif Les Possédés, artistes associés au théâtre, a créé son Voyage au théâtre de Nîmes du 1er au 4 avril © Jean-Louis Fernandez

© Dunnara Meas


Être Noire, ici

Cet été-là…

T H É Â T R E

Que voulons-nous voir sur nos scènes ? Des spectacles qui posent des regards nouveaux sur notre société malade. Afropéennes donne un nom aux femmes noires françaises, nous fait entendre une parole essentielle, portée par des comédiennes formidables qui nous jettent au visage un monde insoupçonné. Non pas la revendication de l’égalité, mais celle d’une singularité invisible : les Afropéennes n’ont pas d’histoire, sinon celle de l’esclavage ou de l’immigration qui est celle de leurs ancêtres, ou de la lutte féministe qu’elles vivent autrement. Eva Doumbia s’empare des textes de Léonora Miano pour construire un spectacle joyeux, énergique comme la révolte, serein comme le sentiment d’avoir raison. Les personnages y parlent de leurs problèmes quotidiens, du harcèlement au travail, de l’absence de solidarité avec les femmes blanches, de l’embourgeoisement, du rapport entre Antillais et Africains, de leurs relations de couples aussi, beaucoup, de leur sexualité, des Afropéens qui ne les comprennent pas, des mères noires exemplaires et tyranniques, de cuisine, de goût, de corps, de clichés. Légèreté et gravité se mêlent, chant et danse interviennent à propos, désamorçant quelques moments inoubliables : un cri de rage sur le viol qui ouvre le spectacle –on ne se fait pas violer, on ne fait rien, on est violée-, un autre sur l’absence des pères qui le referme. Au sortir, l’impression persiste d’être entré dans l’intimité vraie de ces Afropéennes, qui ne ressemble à aucune autre, mais nous donne une clef d’exploration nouvelle pour toutes les minorités : c’est par l’exposition sans fard des spécificités qu’on atteint l’empathie, et la compréhension véritable de l’autre. C’est-à-dire de soi.

© Claude Bré

«tant de blondeur !» émeuve ? Tout est pesé, mesuré et entre psychique et cosmique les comédiens circulent bien ; ils savent que le texte nomme «gouffre» un minuscule glissement de terrain, et «désastre» une forme minime de terrassement petit-bourgeois ; et ils jouent du côté du secret avec la lenteur nécessaire à la cristallisation de l’attention et à la remontée des sentiments ; théâtre de chambre, sonate en trio où se répondent toutes les voix… MARIE JO DHO

L‘après-midi de Monsieur Andesmas a été présenté au Théâtre de Lenche, Marseille, du 18 au 22 mars

Matins de jasmin

Tous les matins du monde devraient être tranquilles. Tel ne fut pas le cas pendant «les années noires» en Algérie, de 1991 à 2002, quand les victimes du «terrorisme» se comptèrent par centaines de milliers. Déplacées, exilées, massacrées. L’auteur, metteur en scène et comédien M’hamed Benguettaf l’a vécu dans sa chair alors qu’il venait de fonder sa compagnie Masrah El Kalaâ (Théâtre de la Citadelle). Décédé à Alger le 5 janvier dernier, sa parole porte encore plus fort, encore plus loin, par la voix d’Yvan Romeuf qui interprète et met en scène Matins de quiétude, chronique douce-amère de la vie de Salah, le cafetier du Café de la Paix. Sans emphase ni pathos l’acteur prend le temps de porter la tasse à ses lèvres pour raconter l’indicible : le parcours du © X-D.R combattant de Moussa l’instituteur, les docteurs qui donnent des médicaments même si les infarctus ont lieu à 4 heures du matin, les lacrymogènes qui brûlent les jasmins… En quelques minutes à peine, Yvan Romeuf nous transpose au Café de la Paix par les seules inflexions de sa voix, son jeu de mains expressif, dans un décor a minima, loin des clichés folkloriques. Un seul fauteuil inconfortable sur lequel il est vissé, terrifié ou conquérant, quelques verres pour le thé à la menthe, une vieille table et son burnous aux couleurs chatoyantes. Musiques et bruitages sont là qui soulignent l’intensité du texte : on vit l’intranquillité du quartier, ses peurs, ses attentats à la bombonne de gaz… M’hamed Benguettaf dit que «la lune ne sera plus chantée par les poètes» et on le croit, que la vie est faite «de petits gestes et de grands drames» et on le croit. MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

Matins de quiétude a été créé le 1er avril au théâtre de Lenche, Marseille, dans le cadre de la 1ère édition de Voyages en solitaire(s)

AGNÈS FRESCHEL

Afropéennes a été joué aux Bernardines, Marseille, du 3 au 7 avril © Laurent Marro

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Il n’y a peut-être que Duras pour savoir avec tant de doigté nouer le proche et le lointain, le flottant et le plombant, le plein et le délié et ça s’appelle l’écriture… Tout à plat sur la page, espace d’une scène sans hauteur ni distance, trois rangs de sièges pour la salle, deux bancs et le fauteuil de Monsieur Andesmas car c’est son après-midi : l’adaptation de Danielle Bré et l’intimité de la Friche du Panier offrent un joli (?) moment de distribution des mots qui est aussi une petite leçon de théâtre sans vanité… Musique lointaine, cris d’oiseaux, cigales forcément, peut-être le Var nous dit le maître du jeu -narrateur- assistant à la mise en scène Mathieu Cipriani. Un vieil homme -pas le roi Lear ou alors en tout petit-, Maurice Vinçon en personne, attend l’entrepreneur chargé du chantier de la maison acquise pour sa fille Valérie ; ni l’un ni l’autre ne sera jamais là et on parlera d’eux tout le temps… ils valsent sans doute ensemble, chez Duras c’est comme ça ! le récit fait acte ; être présente c’est le rôle de l’épouse et Peggy Péneau, un pied devant l’autre, dans la banalité d’un corps d’actrice à minima, partage la douleur diffuse de la perte et de la destruction, de l’amour quoi ! Que se passe-t-il pour que la banalité d’un


L’ombre et le reflet

boug  es, ça se souffle !

La FNCTA (Fédération Nationale des Compagnies de Théâtre amateur) est née en 1954 et le CD 13 (Comité départemental) lui a emboîté le pas. Pour fêter ces 60 années de pratique assidue, il inaugurait le 16e Festival de Théâtre amateur avec buffet convivial et monstrueux gâteaux ! Car le théâtre amateur est une sorte de famille choisie, sur laquelle veille Alain Sisco qui s’y dévoue sans compter depuis des années. Le festival se développe d’année en année et est accueilli dans la plupart des structures marseillaises et ce n’est pas la moindre des fiertés d’Alain Sisco. Inauguration réussie avec une pièce de Jean-Luc Lagarce jouée par les Rest’Capés, une toute jeune troupe d’Aix en Provence, mise en scène par Stéphane Laffaille. Sa particularité est de mélanger des comédiens d’expérience et des jeunes en formation au Théâtre Vitez et au Théâtre des Ateliers. Sur un plateau occupé seulement de quelques chaises et d’un vieux phonographe, des personnages caricaturaux et décalés surgissent,

se côtoient sans vraiment se rencontrer, ébauchent des rapprochements sexuels. Puis essaient de recoller les morceaux de leurs vies d’avant la peste qui a ravagé Londres et chassé ses habitants, retrouvent des objets abandonnés dans leur fuite, vagues échos de leur vie d’avant. Leurs propos superficiels tournent en boucles avec des accents différents sous le regard d’une fillette dans sa robe à volants rose, jeune Mermoz Melchior (15 ans) très surprenant. Le Festival continue à la Criée les 18 et 19 avril avec Le théâtre ambulant Chopalovitch de Lioubomir Simovitch et la Cie La Trappe, et Alpenstock de Rémy De Vos qui sera là pour dédicacer ses livres ; au Toursky le 19 mai, Débrayage de Rémy De Vos encore à l’honneur par le Théâtre de l’Éventail de Toulon ; au MuCEM le 23 mai Paroles du Maroc, une lecture d’auteurs marocains mises en espace par Frédérique Fuzibet, Anny Perrot et Maurice Vinçon ; au Théâtre l’R de la mer le 24 mai Le berceau d’Hadjria Amara avec une troupe marocaine La Cie Comédrama d’Oujda. D’autres spectacles encore jusqu’au 7 juin. Nous y reviendrons. CHRIS BOURGUE

Vagues souvenirs de l’année de la peste s’est donné le 29 mars au Théâtre Joliette-Minoterie, Marseille Festival de théâtre amateur jusqu’au 7 juin Marseille FNCTA/CD13 04 91 61 15 37 www.cd13.fnctasudest.fr

GAËLLE CLOAREC

Tabac rouge s’est joué du 9 au 12 avril au Grand Théâtre de Provence, Aix Tabac rouge © Richard Haughton

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Vagues souvenirs...© Jean-Pierre Daudon

James Thierrée va sur ses 40 ans et monte en puissance. Son Tabac rouge est une grosse machine, parfaitement huilée, dominée par un mur de plaques métalliques -ou bien sont-ce des miroirs au tain abîmé ?- roulant et basculant sur scène. Autour gravitent des danseurs montés sur roulettes, et lui, le Maître, dont on ne sait jamais si, tel un roi de carnaval, il ne va pas finir détrôné, mis à nu, démembré. Ses sujets se prosternent, l’entourent, refluent comme une houle sensible à la marée de ses humeurs. Une contorsionniste impressionne dans le rôle d’un animal «de compagnie», probablement un chat (pour la souplesse), qui se love dans son cou, sur son fauteuil, jusque dans sa veste. Crinière léonine, vibrant même assis, James Thierrée fume une pipe dont l’odeur se répand dans l’immense salle du GTP. Il reçoit des lettres, qu’il déchire en mille morceaux et qu’une petite main raccommode avec une machine à coudre. Son cœur bat sourdement puis s’arrête, avant de repartir en chamade. Même mort, même las, il renaît à la vie, sur un choc électrique administré par ceux à qui il est selon toute apparence aussi insupportable qu’indispensable. À son commandement, le mur de reflets tremble, jusqu’à se disloquer en un gigantesque mobile, oscillant dangereusement au dessus des danseurs. Il renvoie les éclats du pouvoir, et la ternissure assortie : l’un ne va pas sans l’autre.

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Sous les masques

La langue sonne avec une familière étrangeté : c’est celle du québécois Marc-Antoine Cyr, et ces adolescents perdus dans la neige ne parlent pas tout à fait comme les nôtres. La poésie n’en est que plus étrange et ce verbe tantôt banal tantôt inusité rocaille puis coule, laissant un sentiment d’insatisfaction… que la dramaturgie compense, et que la mise en scène de Renaud Marie Leblanc sublime. Fratrie met en scène quatre garçons enfermés sans parents dans une maison isolée par le froid. Le père est malade, à l’hôpital, la mère étrangement absente, et un autre secret couve, porté par Léo, dont la différence s’affiche peu à peu. Homosexualité, inadaptation, asocialité ?, Fratrie repose sur des révélations distillées progressivement, des douleurs niées, l’évolution des relations fraternelles, de la domination, et sur quelques scènes fantasmées, qui invitent au voyage comme le Roi des Aulnes entraîne vers la mort. Les

quatre jeunes acteurs incarnent les quatre garçons, plus jeunes qu’eux, sans singer l’enfance, mais en captant sa naïveté et sa fraicheur, ses souffrances aussi, qui surgissent en vagues. La scénographie, magnifiée par les vidéos simples -neige blanche, neige noire- de Thomas Fourneau, et par un choix musical constamment juste, crée un rapport subtil entre l’espace intérieur clos de la maison familiale, et l’extérieur menaçant, froid, presque moins mortifère pourtant que la salle commune. On reste avec le sentiment étrange que tout n’a pas été dit, ce qui ne gène pas les nombreux adolescents présents à la création, et visiblement portés par ce propos venu du froid… AGNÈS FRESCHEL

Fratrie a été créé les 18 et 19 mars au Théâtre Vitez, Aix

Les mots de l’autre

© G. Parmentelas

Curieuse entreprise que celle de vouloir rendre compte de l’autre, objet littéraire par excellence lorsque la littérature n’explore pas les méandres du moi. L’autre, c’est le Barbare des Grecs et des Romains antiques, c’est aussi le «je» rimbaldien, définitivement autre. La Compagnie Emile Saar se prend au jeu, et présente au sortir d’une résidence au théâtre du 3bisf un spectacle inclassable et attachant, Utopia (tous des barbares). Le texte proposé est issu de collectes de mots,

de conversations (par Marie Lelardoux) auprès de personnes non francophones qui s’expriment en français et racontent leur relation avec cette langue neuve pour eux. Les cinq comédiennes, vêtues de longs sarreaux bleus, nous donnent avec une infinie délicatesse ces mots, ces phrases, avec leurs hésitations, leurs rires, leurs charmantes fautes de syntaxe, leurs accents. La langue se fait musique, délicieusement chantante, avec les précieuses retenues d’une partition que l’on déchiffre. Les voix s’élèvent, tantôt solitaires, tantôt polyphoniques. Le public est réparti autour de cinq tables, laissant des passages, des possibilités de contournement. Le rapport traditionnel scène/spectateurs est bouleversé. La frontière entre ceux qui parlent, et ceux qui écoutent et regardent s’amenuise, interroge ainsi chacun : le discours prononcé pourrait être le nôtre, dans une autre langue moins familière. Par la grâce des lumières, de la finesse du jeu, on est happé dans une bulle hors du temps. MARYVONNE COLOMBANI

Utopia (tous des barbares) a été joué les 21 et 22 mars au 3bif, Aix

M.C.

La Fausse suivante a été joué le 10 avril au Jeu de Paume, Aix, dans le cadre de la programmation des ATP © Didier Grappe

T H É Â T R E

Quatre froids frères

© Didascalies and Co

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C’est par une ambiance de carnaval déjanté, ludique, inquiétant et festif que débute, derrière un long voile de tulle, La Fausse suivante de Marivaux (1724). Ce n’est pas dans le texte ! diront les puristes. Mais dans l’esprit, oh combien ! Nadia Vanderheyden met en scène avec une magnifique intelligence les jeux multiples des travestissements des personnages. Grands voilages qui découpent la scène, dissimulant et exposant, tour à tour, lumières qui réorchestrent les espaces, costumes qui jouent de l’ambiguïté permanente, déguisant et révélant, soulignant la porosité des frontières entre les sexes et les classes. L’argument est simple, laisse supposer au départ une énième pièce où le marivaudage serait roi, il n’en est rien : une jeune et riche parisienne se déguise en chevalier pour apprendre à connaître Lélio à qui on la destine. Le bellâtre s’avère être un coureur de dot volage. Il sera puni, perdant et la Comtesse avec qui il avait conclu un dédit, et les douze mille livres de rente de la parisienne! Se mêlent à l’histoire les valets qui cherchent eux aussi profits et aventures. La pièce n’est ni féministe, ni sociale, ni sentimentale, mais un peu de tout cela. Il n’y a pas de «happy end», la vérité triomphe avec son goût amer, chacun reste seul. On assiste à la faillite d’une époque, de ses codes, de son fonctionnement. On pourra certes reprocher au texte ses lourdeurs, ses longueurs, il aurait été sans doute judicieux de ramasser l’ensemble, mais les comédiens sont excellents, nous entraînant dans un feu d’artifice virtuose.


Danse avec les Clash

Il y a un théâtre réalité comme il existe une télé-réalité. Dans cette perspective, Immortels, écrit et mis en scène par Nasser Djemaï, met nos nerfs à rude épreuve. L’histoire tient à un fil mais dure 1h55 ! Joachim, 19 ans, a perdu son frère dans des conditions tragiques et troublantes : de là sa quête de la vérité qui le conduira à fréquenter les copains de Samuel, à tomber amoureux, à faire sienne certaines de leurs idées contestataires… Les jeunes adultes parlent «jeun’s» («putain, mec, fait chier»), jouent «jeun’s» (avachis sur le canapé, les mains scotchées au fond des poches ou sur leur portable), dialoguent «jeun’s» (ils textotent à tout bout de champ et croient à l’amour virtuel), déblatèrent des banalités «jeun’s» (les études ne servent à rien, les parents ne comprennent rien, les profs sont cons). Rebelles, forcément rebelles et on les comprend, certains défendent le principe de la non-violence quand d’autres

voudraient tout faire péter : les banques, la finance, les entreprises du CAC 40, tous ces maîtres chanteurs du monde… Le texte est si lourd qu’il reste sur l’estomac, et le portrait tristement réducteur. À part ça ? Le bar des parents de la copine se transforme en lit deux places, le banc d’extérieur glisse côté cour pour disparaître côté jardin, et inversement, la musique est dégoulinante de tremolos et les images vidéo inutiles. Bref, Immortels est une pièce chorale où les héros stéréotypés sont sauvés par une interprétation maladroite mais généreuse. On en rirait presque, sauf qu’à se retrouver au théâtre comme dans notre propre salon ou chez les voisins d’à côté, on se dit qu’une bonne soirée télé, c’est pas une si mauvaise idée. M. G.-G. Immortels a été joué le 4 avril au théâtre Liberté, Toulon

© Mario Del Curto

Roulez, jeunesse !

C’est sur Should I Stay or Should I Go des Clash qu’Alceste déboule sur scène en kilt ! Son démarrage en trombe augure une pièce haletante qui pencherait vers le tragi-comique plutôt que la pièce philosophique. On ne sera pas déçu : Jean-François Sivadier se paye le luxe de faire entendre toutes les circonvolutions du texte tout en batifolant vers des formes insolites, entre esprit baroque, faste royal et Arte Povera. Bric-à-brac de chaises d’écoliers, cendres noires et paillettes au sol (le noir du désespoir d’Alceste), ballons luminescents, mini fontaines versaillaises, dressing code décoiffant… et ballet de balais qui déblaie le sol pour laisser place au premier face à face entre Alceste et Célimène ! Brillant Nicolas Bouchaud plus schizophrénique que jamais ; formidable Norah Krief dont la gouaille joyeuse alpague tous les prétendants alentours. La troupe se fait plaisir à jouer avec les alexandrins, les liaisons, la diction, et, s’adressant frontalement au public, l’invite à interagir, le faisant complice de ses fourberies… La danse de cour se juxtapose aux riffs des guitares, la gestuelle est mécanique ou classique, le carrosse doré n’est qu’une vulgaire carriole mais Sivadier garde le cap : la grâce de Célimène est plus forte que ses défauts, Alceste le colérique est désespérément misanthrope, Philinte reste un indécrottable modéré, Oronte un piètre faiseur de poésie. Morbleu, rien n’a changé ! Les scélérats d’aujourd’hui ont la tête de Berlusconi : «sa grimace est partout bienvenue (…) on l’acclame…». Sivadier ne pouvait trouver mieux. Marie GODFRIN-GUIDICELLI

Aux 20e Rencontres d’Averroès, La Maison de Bernarda Alba de Federico Garcia Lorca prenait la forme d’un documentaire1 sur l’aventure vécue par une poignée d’habitantes d’El Vacie. Huit gitanes apprenties comédiennes à l’instigation du TNT-Centro internacional de investigation teatral, récompensées par le Prix national du Théâtre 2008. Au Théâtre Liberté, ce sont huit artistes qui relèvent le défi de la crise de nerfs permanente : toujours sur le fil du rasoir, elles font entendre les saillies de la dernière œuvre dramatique de Lorca, écrite en 1936 alors qu’éclate la Guerre civile espagnole. Le parti pris de Carole Lorang et Mani Muller est de démultiplier l’enfermement imposé par la veuve Bernarda Alba à ses quatre filles et à ses bonnes par un décor de claustras en bois, hermétique aux rumeurs

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI 1 A House for Bernarda Alba de Lidia Peralta Garcia, Espagne, 2011, 52’, PriMed MPM/Averroès Junior juin 2013

La Maison de Bernarda Alba a été joué le 8 avril au Théâtre Liberté, Toulon

Le Misanthrope a été joué les 3, 4, 5, et 6 avril au CNCDC Châteauvallon, Ollioules

À Venir Les 17 et 18 avril la Criée, Marseille 04 91 54 70 54 www.theatre-lacriee.com © B. Enguérand

Femmes au bord de l’hystérie

de l’extérieur et à la propagation de leurs propres rancœurs, conflits et affrontements. La maison close servant de «décor sonore au drame» et résonnant plus que de raison, on se demande si la présence fantôme des deux musiciens sur le plateau est d’une réelle utilité… De cette mise en scène à la sobriété classique, qui laisse la part belle à l’interprétation des tempéraments fougueux et à l’expression de la violence familiale et sociale, on retiendra quelques percées fulgurantes : les chants a capella comme une respiration bienvenue, l’évocation des animaux prétexte à des bruitages et à des mimiques démesurées qui versent dans la folie. Comme lorsqu’elles chantent en chœur «O nuit limpide et sereine» avant de commettre l’irréparable, avant que la matrone tyrannique n’impose un terrible «Silence !».

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Salut à toi ô l’étranger

étranger» abandonnant ses rêves de patriotisme. Les acteurs, intenses Issam Rachyq-Ahrad, Gilbert Laumord, Paul Camus, brûlants des mots de Cohen, passent de l’absurde beckettien au silence éloquent, repoussent les murs de la honte, lui donnent corps, autant qu’au besoin d’exister, d’aimer et d’être aimé. Ils tracent l’espace mental de la solitude engendrée par l’intolérance. Jusqu’au pardon final, comme une claque de plus à la bêtise humaine : «Ne plus haïr importe plus que l’amour du prochain». DELPHINE MICHELANGELI

débarqué de son île grecque, traité de «sale youpin» par un camelot marseillais, le jour de ses 10 ans. Jour de malheur, première rencontre avec la haine et le rejet. Innocence

Souvenirs en technicolor Rachid s’apprête à quitter le foyer familial, heureux d’aller vivre sa vie loin d’un environnement qu’il commence à juger étouffant. C’est simplement que tout, dans l’appartement qu’il partage avec ses parents, lui rappelle ces «jours où…» qui ont été des points de repères pour le petit garçon qu’il était, ces premières fois qui marquèrent sa vie à jamais, et qui ont tous un point commun : la présence de sa mère à tout moment, son amour indéfectible et inconditionnel. La préparation de sa valise devient alors prétexte à l’éclosion de souvenirs très précis,

Rachid Bouali © X-D.R

auxquels Rachid Bouali donne vie, interprétant tour à tour sa mère, son père, les voisins, et tous ceux qui, de près ou de loin, eurent un rôle à jouer dans son enfance. Du périple de ses parents -immigrés algériens recrutés par la France pour venir travailler dans des usines de Roubaix- pour l’obtention de leur carte de séjour, au premier voyage en Algérie de la famille, de la première machine à laver de sa mère, curiosité dans le voisinage, au groupe de réflexion des mères venues chercher auprès d’une «pissichologue» des réponses au mal-être de leurs enfants nés Français, Rachid Bouali fait mouche. Sans oublier le fil conducteur du spectacle, les rêves que sa mère lui racontait chaque matin, qui mélangeaient à sa propre vie le feuilleton suivi la veille à la télé, et la découverte de l’existence de John Wayne dans un western (à qui sa mère allait préparer un café pour le remettre de ses cavalcades épuisantes !), seul genre admis et accepté à la maison. Au-delà de l’hommage tendre qu’il rend à sa mère, Rachid Bouali convoque l’humour et l’émotion pour faire de son vécu une histoire universelle qui touche et concerne chacun. Do.M.

Le jour où ma mère a rencontré John Wayne a été joué les 4 et 5 avril au Forum de Berre

à jamais dévorée par la xénophobie. Et l’humiliation qui se prolonge sur les murs enfermant l’enfant dans le mutisme, lui «le petit amoureux de la France condamné à rester

© Stéphane Pau vret

T H É Â T R E

© Manuel Pascual

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En remontant Ô vous frères humains d’Albert Cohen, programmé avec un succès manifeste entre les deux tours des municipales, Alain Timar a eu une formidable intuition. L’implication et l���accueil enthousiastes du public, bouleversé par l’acuité et l’universalité du propos, fut la preuve éclatante que culture, littérature et théâtre, sont les meilleures armes pour réveiller les consciences. Le résultat du premier tour, notamment à Avignon, aura été la confirmation de cette urgence qu’Alain Timar, en créateur humaniste, a assumé pleinement. Trois nouveaux acteurs, cosmopolites et rayonnants, incarnent l’auteur à des âges différents, et racontent à travers la finitude d’un homme qui jamais n’oublia son histoire, l’offense vécue par ce jeune enfant d’origine juive,

Ô vous frères humains s’est joué au théâtre des Halles, Avignon, du 27 au 30 mars. Il sera repris au festival Off d’Avignon

La liberté, quelle utopie !

San Francisco 1955Arles 2014. Si le temps a passé entre ces deux dates, c’est pourtant bien à un revival que nous convie Bérangère Jannelle en nous replongeant, de par la structure même de la scénographie, dans l’univers d’Allan Ginsberg, et plus généralement de la Beat Generation. Car en 1955, à la Six Gallery de San Francisco, Ginsberg déclamait pour la première fois son long poème culte Howl devant un parterre acquis à sa cause, parmi lesquels ses amis Nick Cassidy et Jack Kerouac. Pour l’occasion le théâtre d’Arles était transformé pour permettre cette immersion progressive, lors d’un parcours déambulatoire, vers une scène devenue lieu de prise de parole, pelouse incluse. La projection de La Ballade des Squelettes, album de poésie de Ginsberg mis en musique par Paul McCartney et Philipp Glass permettait la mise en condition idéale avant ce hurlement de protestation contre le conformisme américain d’après-guerre ; car alors la parole était donnée à Douglas Rand, incroyable comédien et performeur littéralement habité par les mots du poète. Le flow saisissait dès les premiers mots, entre déclamation et incantation, dans un discours halluciné dont la syntaxe déstructurée, le rythme distendu rendaient plus prégnants encore ces mots qui claquaient au nom de la liberté et de la tolérance. Une percussion sonore que soulignait et approfondissait la partition musicale expérimentale de Jean-Damien Ratel, rendue par un instrument extraordinaire mêlant percussions, guitare, violoncelle… Que reste t-il aujourd’hui de cet enragement poétique ? Plus qu’un hommage rendu aux poètes engagés, il reste un plaidoyer vibrant pour toutes les révoltes à venir… DOMINIQUE MARÇON

66 Gallery a été proposé par le Théâtre d’Arles les 18 et 19 mars


Nous sommes tous des revenants

Les dernières mises en scène de Thomas Ostermeier, co-fondateur de la prestigieuse Schaubühne de Berlin, étaient déjà des pièces du norvégien Henrik Ibsen, son auteur fétiche. Mais Les Revenants est sa première mise en scène en langue française. C’est dire s’il maîtrise toutes les oscillations de sa pensée et de son écriture, au point de fouiller au plus profond l’âme de chaque personnage : la mère, rigide, fébrile et dévorante d’amour, interprétée par l’excellente Valérie Dreville ; son fils rongé par la figure du père absent, à l’hérédité si lourde, et par la maladie de l’amour ; la fille «adoptive» moins naïve et plus fragile qu’elle n’y paraît ; le Pasteur corvéable à merci et manipulateur ; Engstrand le menuisier, faible et calculateur… tous remarquables de finesse et de justesse. Tout ici est dense, opaque, troublant : le temps qui s’écoule, les regards obliques, le froid nocturne, les non-dits qui brûlent leurs lèvres, et même leurs corps qui s’enlacent. Pour dire ce chapelet de drames intimes, Thomas Ostermeier a choisi l’épure théâtrale, l’intensité du jeu d’acteur, un brouillard de lumière cher aux paysages du nord, une scénographie minimaliste et habile avec pour tout «effet» un plateau circulaire tournoyant sur lui-même et quelques images vidéo d’un paysage frissonnant, comme si le danger était tapi derrière les herbes hautes. De plus en plus pesante et obsédante, la tragédie alourdit les corps et glace les esprits. Difficile de respirer dans cet environnement anxiogène ! Comme cette étrange «fratrie» prise dans les mailles de ses secrets et de ses fantômes, nous sommes effrayés par cette menace qui rôde tout autour, car connaître la vérité peut conduire à la mort et abattre les survivants. Ostermeier ne laisse-t-il pas un plateau dévasté comme un champ de guerre ? MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

Les Revenants s’est joué les 13 et 14 mars au CNCDC Châteauvallon © Mario Del Curto


Le Ballet en fleurs

D A N S E

Ou pas © Thierry Hauswald

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Dans le cadre du Printemps du BNM, le Ballet de Marseille expose au Château Borély une vingtaine de costumes, témoins de l’histoire du Ballet depuis l’arrivée de Roland Petit en 1972. Le chorégraphe a toujours eu le souci de l’originalité pour les tenues de ses danseurs, aussi avait-t-il collaboré avec de grands couturiers. Yves Saint-Laurent a créé les costumes de Notre Dame de Paris et de Carmen, dont on apprécie les bustiers portés par Zizi Jeanmaire. Il a aussi travaillé avec Versace, le peintre Carzou, la costumière Franca Squarciapino. Le costume de la Fée Carabosse de cette dernière, tout de taffetas, dentelles, perles et sequins, entièrement noir, est le négatif de celui du clown blanc. On retrouve aussi les costumes des créations de Frédéric Flamand dont on connaît le plaisir à travailler avec des architectes, comme Humberto et Fernando Campana pour Les Métamorphoses d’Ovide ou Zaha Hadid pour Metapolis. Autre étrange rencontre à La Friche avec l’exposition Ou pas. Caty Olive et Christian Rizzo vous invitent à pénétrer dans un univers enfumé et sombre, traversé parfois d’éclairs lumineux. Le sol, entièrement jonché de 1700 costumes des 3500 de la collection du Ballet, devient une sorte de terrain de jeu qui parfois s’anime de la lente traversée d’un corps. Ce sont les danseurs qui viennent improviser de façon aléatoire dans ce décor de fin du monde. Une bande-son électro de Scanner contribue à l’atmosphère quelque peu inquiétante. Étrange dialogue entre les jeunes danseurs et ces costumes chargés de mouvements et de mémoire.

de ses Cahiers, écrits alors qu’il était en hôpital psychiatrique, ponctuent la chorégraphie et la bande-son très éclectique. Des spots, dûs aux architectes Diller + Scoffino, s’inspirent allègrement de ceux de la publicité et animent régulièrement l’écran vidéo en fond de scène, proposant un regard corrosif sur notre société avide de confort, de réussite, faisant de nous des cibles fragiles et faciles. Tour à tour sont vantées avec beaucoup d’humour des pilules qui rendent normal, heureux, ou développent une appétence sexuelle. La danse est rapide, rythmée, les quinze danseurs évoluent avec agilité dans cet univers de compétition et de rivalité. Des solos sont d’une beauté époustouflante, mis en valeur par un ingénieux miroir en plan incliné qui permet d’avoir deux points de vue différents sur la chorégraphie. Un spectacle original et multiforme qui a ravi le public et nous fait regretter le départ de son chorégraphe. CHRIS BOURGUE

Moving Target était donné à l’Opéra de Marseille les 28 et 29 mars

Quinze autres danseurs étaient à l’Opéra de Marseille pour donner Moving Target, une recréation très remarquée de 2010. Le projet de Frédéric Flamand était de collaborer pour la première fois avec des architectes mais aussi de proposer une vision du monde actuel à travers le prisme du regard et de l’expérience de Nijinski, le célèbre danseur et chorégraphe. Des extraits

Ou pas jusqu’au 29 juin La Friche Belle de Mai, Marseille 04 95 04 95 95 Mouvement perpétuel jusqu’au 11 mai Château Borély, Marseille www.ballet-de-marseille.com

Petites leçons de décalage © Laurent Ferraglio

Apparu au début des années 2000 à Paris dans les milieux ivoiriens, le Coupé-Décalé, ce mix de rumba congolaise, de zouk, de hip hop et de variété française est bien plus qu’une danse urbaine. Un véritable mode de vie ; une façon de voir les choses avec «sagacité», c’est-à-dire en les mettant en scène. De fait, le spectacle de Robyn Orlin et de James Carlès a commencé très fort dès le foyer quand une troupe bariolée et forte en gueule (les cinq danseurs de Carlès) est venue harponner le public en évaluant (en rythme et en chansons) les tenues de tel ou tel. Manière de rappeler l’importance du look et de la frime pour ceux qu’on appelle les «sapeurs» (SAPE  : Société des Ambianceurs et des Personnes Élégantes). L’acte 1 de la pièce, chorégraphié par la Sud-africaine, tourne d’ailleurs

autour du personnage du Sapeur qu’incarne, plus vrai que nature, un James Carlès survolté. Passant de l’appareil photo à l’Ipad, de la salle à la scène, suivi par son «soleil» (le projecteur qui l’éclaire), le Sapeur

veut qu’on ne voie que lui. Derrière le comique de répétition et les délires histrioniques du personnage, c’est la notion de décalage qui est en jeu : les musiques qui accompagnent les vidéos, les danses traditionnelles, le

sac rouge dont il se fait un chapeau… L’acte 2, une pièce de James Carlès pour cinq danseurs, fait une large place à la danse elle-même et à la façon dont chaque danseur se l’approprie selon son style, son physique particulier. Les vidéos de fond de scène, réalisées à Abidjan puis retravaillées, évoquent l’arrière-plan sociologique de ce mouvement venu des «maquis» ivoiriens. Et lorsqu’à la fin du show les danseurs jettent de vrais billets de banque au public, perpétuant la tradition de «travaillement» chère à Douk Saga (l’inventeur du décalé chinois), on se répète que décidément le coupé-décalé est bien plus qu’une danse. FRED ROBERT

Coupé-décalé a été représentée au Merlan, Marseille, du 26 au 28 mars


Attention talents à suivre… 27 The Hill, Roy Assaf © Gadi Dagon

Comme une parenthèse dans sa programmation, le Pavillon Noir a réservé un «Temps fort nouvelle scène contemporaine» à sept jeunes talents internationaux qui ont chacun révélé une forte personnalité. Comme Roy Assaf (Israël), ancien danseur chez Emmanuel Gat, qui montra son double visage dans le duo féminin-masculin Six Years Later et le trio masculin The Hill. Deux faces d’une même écriture fiévreuse construite sur deux tempos différents. La valse à trois temps (l’amour, la séparation, les retrouvailles) pour le duo amoureux qui alterne enlacements à fleuret moucheté et empoignades violentes, tendre enchevêtrement et ruptures saillantes : s’abandonner à l’autre avec la même fraîcheur que «six years later» est-elle chose aisée ?… La sarabande, comme au premier jour folle et enragée, pour le trio qui développe une danse de contact à l’état brut, liée, déliée, élastique, qui ne cesse de tourbillonner, déraper, s’enlacer, bondir, et fait montre d’une énergie à cent pour cent. Trois fauves en cage derrière «the hill», leur corps tout entier aux aguets. Seul bémol au plaisir de la découverte, l’éclectisme des choix musicaux -de Beethoven, The Marmelade aux Bee Gees- qui saucissonne les pièces en mini tronçons sonores… Avec Qaddish du nigérian Qudus Onikeku, le corps est en émoi,

il brûle et se consume de l’intérieur, habité par la figure du père décédé, le passé fugace de l’enfance. Quand Qudus Onikeku parvient «à contempler la mort», le passé resurgit : les bruits de Lagos, la mémoire de son père, sa parole, leurs souffrances. Sur le principe de l’évanescence, le dispositif scénique joue sur l’apparition et la disparition de la soprano Alessia Paolini et des musiciens Charles Amblard et Diego Cardoso à l’interprétation aussi fameuse que la création musicale. Ils accompagnent, protègent, soutiennent un Qudus Onikeku en transe, au jeu de mains expressif, parcouru de frissons, d’émotions. Comme une supplique vocale, musicale et

© Agnès Mellon

Leur Bohème

corporelle, Qaddish percute l’estomac sans prendre de gants. Il est des douleurs de l’âme qui tordent les corps de douleur. MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

Le «Temps fort nouvelle scène contemporaine» s’est déroulé du 11 au 28 mars au Pavillon Noir, Aix-en-Provence

Après une semaine de résidence au Merlan sous la houlette de Yann Lheureux, les deux troupes lauréates des dernières éditions du Dance Groove 13 ont présenté chacune une chorégraphie en première partie de Flagrant Délit, son spectacle. Accueillie par un public des plus enthousiastes, c’est tout d’abord la compagnie Les Misérables qui a livré une prestation inventive et bon enfant. Franckie Tranchot et Marvin Mastroianni forment un duo convainquant, et les voir conclure sur l’air bien connu de Charles Aznavour, Ma Bohème, était un grand moment. Le Dirtysouth Crew, pour être plus classique dans son approche de la culture hip hop, n’en est pas moins prometteur, et son dynamisme collectif a chauffé la salle en bonne et due forme avant l’arrivée de la star sud coréenne Lee Woo Jae. Premier solo d’une

série de trois créations de Yann Lheureux en 2014, le projet Flag, cette courte pièce voit l’interprète apparaître comme un tourbillon de chair qui surgirait du néant, et soudain ne touche plus terre. Tour à tour bonze circonspect, tortue retournée oscillant sur scène, ou déclamateur de poèmes, le danseur virtuose déroute, fort loin de l’esprit de performance qui prévaut souvent au sein des cultures urbaines. On attend avec impatience la suite du travail du chorégraphe, qui ira interroger les pratiques du BMX (vélo acrobatique, très spectaculaire) et du Yamakasi (art du déplacement vertigineux en milieu citadin). GAËLLE CLOAREC

Cette soirée a eu lieu le 4 avril au Théâtre du Merlan, Marseille

D P O A N L SI ET I Q U E C U L T U R E L L E


Amours éternelles

J E U N E P U B L I C

© Tina Alloncle

avec Tristan, le philtre qui les lie à jamais alors qu’elle est promise à un autre. «Et le monde chavire.» Et le cœur de l’assistance chavire avec eux, à bord de leur navire évoqué par une simple voile, que le conteur ferle et déferle sur le plateau. La mer est au début, la mer est à la fin, et l’amour est partout.

La création de Tristan et Iseult a eu lieu à La Criée, Marseille, le 21 mars

GAËLLE CLOAREC

Le temps d’un songe

Récit initiatique

Le titre du spectacle, Magic Dust, par la Cie AzHaR, pourrait prêter à confusion, on s’attend à un mixage de The Queen et la piste aux étoiles, avec débauches lumineuses et effets spéciaux. Certes, effets spéciaux, imagerie 3D, ingrédients technologiques déclinent leur magie virtuelle, mais la poésie prime, avec une délicieuse délicatesse. L’histoire suit la construction d’un poème symphonique. Elle s’ouvre et se referme sur monde proche de celui d’un conte d’Hoffman. Le personnage principal se trouve dans un bureau-bibliothèque, visiblement il doit être un apprenti, et range après le départ de son maître. Il s’empare d’un livre souffle sur la poussière qui le recouvre, prend son haut-deforme s’enfonce dans la nuit. La magie éveillée par le livre dessine de hautes grilles, puis une allée majestueuse dont les lampadaires s’illuminent à chaque geste de notre apprenti-sorcier. Chapiteau de cirque, vieilles rues, amours impossibles et pourtant… du cantonnier Zéphir et de la «divine diva» Olga, marionnettes d’une expressivité plus qu’humaine… Jean-Marie Ginoux seul sur scène orchestre l’ensemble avec la fantaisie et l’ingénuité d’un enfant, comme étonné des miracles poétiques qui naissent d’un mouvement de main, d’un hochement de tête. L’émerveilleur s’émerveille dans les lumières rêveuses, avec juste ce qu’il faut de distanciation ironique. On oublie qu’il y a du numérique ou les éléments techniques très sophistiqués. Quel que soit l’âge, on est transporté dans ce monde onirique où l’improbable encore arrive.

Sa naissance est une joie dans cette famille de pêcheur, les Fisher. Bien sûr, il a la particularité d’avoir des pieds et des mains palmés, mais bon, cela peut s’arranger n’est-ce pas  ! En fait, non, Jérémy se transforme inexorablement en poisson… Exploiter cette particularité rare devient l’enjeu des requins de l’espèce humaine (marionnettes, Franck Libert, aux traits grotesques) qui voient en cette métamorphose une source de profits. Heureusement, le protège l’amour de ses parents, un amour qui n’étouffe pas, mais sait s’effacer pour que l’autre se réalise. Ils lâcheront leur enfant poisson dans la mer où il trouvera enfin le bonheur. Alice Mora (Jody Fisher, la maman), Nader Soufi (Tom Fisher, le papa) et Sandra Trambouze (Jérémy Fisher, le fils poisson) conquièrent le public par l’expressivité de leur jeu, leur vivacité, leur délicatesse, et une pointe de distanciation humoristique nécessaire pour ne pas sombrer dans un pathos inutile… Quelle prouesse aussi de rendre attachant un gros poisson rouge dans son bocal ! (un appel à adoption est d’ailleurs lancé à la fin de la représentation, Jérémy le poisson est au chômage !). Une toile de fond s’anime, ombres des cauchemars de l’enfant, profondeurs de la mer… L’ensemble est d’une infinie poésie. On pourrait sans doute reprocher au spectacle de manquer un peu de rythme, de relief, marquant les différentes étapes. On restera cependant sur la merveilleuse fraîcheur et la leçon d’humanité de ce conte intemporel où les enfants font grandir leurs parents.

MARYVONNE COLOMBANI

Magic Dust a été joué le 28 mars à l’Espace NoVa, Velaux

© X-D.R

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«Puisqu’il faut un début, c’est la mer, le grand commencement. Et si à la fin je n’ai pas dit l’amour, alors je n’aurai rien dit.» Ainsi parle le conteur Laurent Daycard lors de la création à La Criée de son Tristan et Iseult, avant de le donner au public ému de recevoir, vivante, avec toute la chaleur de la voix humaine, la fleur de la tradition orale médiévale. Une adaptation travaillée avec le spécialiste du conte au long cours qu’est Bruno De La Salle, et la participation de Michel Cazenave. Au son du dulcimer (instrument moyenâgeux de la famille des cithares), l’artiste livre sa version de la tumultueuse histoire de Tristan, neveu du roi de Cornouailles, et de la belle Iseult, princesse irlandaise. Sans s’arrêter à celle qu’en ont proposé les romans courtois du XIIe siècle, mais en puisant bien loin dans ses origines celtes, il explore la puissance subversive du récit, subtil autant que cru, chargé de personnages, de combats, revanches, ripailles, passions, de jeux de pouvoir et de trahisons. Dans son interprétation, c’est Iseult qui partage délibérément son «breuvage d’amour liquide»

© Nicolas Rivoire

M.C.

Jérémy Fisher a été joué le 3 avril au Comoedia, Aubagne


Culture pour tous 12e édition pour le Festival Mon échappée belle, avec treize spectacles, deux moments conviviaux de découverte de la littérature jeunesse et deux expositions à la clé, le tout réparti sur l’espace de 5 semaines et 4 villes du Pays d’Aix (Bouc-Bel-Air, Lambesc, Simiane-Collongue et Venelles). De quoi régaler les enfants, certes, mais les parents ne sont pas en reste. On connaît déjà la qualité des expositions d’Artesens, accessibles à tous, voyants et non-voyants. Touches et Notes de Lumière, fidèle à la belle démarche de cette association, offre un parcours «synesthésique» où les sons, les couleurs, les formes, se répondent. Quatorze tableaux, de Cézanne, Signac, Matisse, Picasso, Kandinsky… sont mis en relation avec des musiques de Wagner, Debussy, Satie, Schönberg… On regarde, on écoute, on reconstitue, parfois les yeux fermés, les œuvres découpées en relief. Une approche exceptionnelle d’un art qui souvent reste encore étranger. Un bon spectacle est compréhensible par tous et apporte à tous. Ainsi, les Cunti Caprese ou les Contes de la Chèvre de Luigi Rignanese savent captiver le difficile public des enfants. Avant même le début du spectacle proprement dit, des histoires naissent, répondant avec humour aux questions enfantines. Apparaît ainsi la fée de la guitare qui transforma un jour un enfant en crapaud pour l’avoir bousculée. Le conte de la chèvre, avec une mise en abyme s’inspirant de L’histoire de l’enfant et de l’œuf de Mourlevat, nous entraîne dans un récit initiatique empli d’humanité, de courage, de tendresse, d’humour, accompagné par la guitare, le bandonéon, le tambourin, dont on apprend l’origine. Une bouffée de bonheur que l’on retrouve avec Oh Boy !, le spectacle d’Olivier Letellier (théâtre du Phare), prix Molière Jeune Public 2010, adapté du roman de Marie-Aude Murail dans lequel les sujets les plus difficiles sont abordés avec finesse. Seul sur scène, Lionel Erdogan passe par tous les registres, rend vivants les objets du quotidien : une petite chaise, un canard à bascule deviennent des personnages. Superficiel au début (la recherche de définition du début ou du commencement vaut son pesant d’or !), Barthélémy, 26 ans, se voit devenir responsable de toute une fratrie, confronté à la leucémie de son frère. Tout est juste, du jeu, dynamique, proche de la BD parfois, délicatement sensible, jusqu’au décor que l’acteur module au gré des étapes de la pièce. MARYVONNE COLOMBANI

Le Festival Mon Echappée belle se poursuit jusqu’au 22 avril www.agglo-paysdaix.fr Oh boy ! © Thibaut Briere


Au bout d’un festival débuté le 7 mars (voir Zib 72), Mars en baroque réservait encore de belles surprises. Retours sur la fin de la manifestation à Marseille Gilles Cantagrel à l’Alcazar © J.F

30 La Dafne, à La Friche © J.F

M U S I Q U E

À la source de l’opéra Le 29 mars, en clôture du Festival sur le grand plateau de Bach à la fête En partenariat avec Mars en quelques-unes de ses Danses au baroque, la dynamique équipe du département musique de l’Alcazar, réunie autour de Marie-Anne Baillon, a fait un cadeau aux nombreux amateurs de Jean-Sébastien Bach en invitant, le 28 mars, un éminent spécialiste de son œuvre. Gilles Cantagrel est une encyclopédie vivante qu’on lit à livre ouvert. Le septuagénaire vestonné et cravaté, d’un débit rapide, a digressé avec art et décontraction sans jamais oublier le fil de son sujet... un puits de connaissances au naturel ! C’est du «sens de la fête» chez Bach et sa tribu dont il été question, après que Benjamin Alard a joué

clavecin. On a pénétré, grâce au talent éprouvé du conférencier, à Köthen ou Leipzig, dans le quotidien du Kantor et la composition de pièces de circonstances jouées pour des anniversaires, noces, visites du prince électeur de Saxe par la famille Bach, fils et filles, amis, musiciens du crû, lors de concerts d’étudiants jouant dans des cafés où l’on donnait parfois des Cantates aux livrets cocasses. C’est que chez ces luthériens-là, la devise «Manger drû et boire sec» prenait du corps… bien loin de l’idée statuaire d’un père-Bach et de son buste austère posé sur une cheminée !

Accords à cordes

Au-dessus d’un simple arpège de guitare s’élève une douce mélodie, souple et lascive au violoncelle. Quelque Nocturne d’un romantique allemand, Friederich Burgmüller, ouvre le beau récital intitulé Schubert Perspective que proposent Anja Lechner et Pablo Márquez à la Salle Musicatreize le 14 mars. C’est autour de l’arpeggione et la célèbre Sonate que Schubert composa pour cet instrument aujourd’hui disparu (une espèce de guitare jouée comme une viole) que le duo a bâti l’affiche du jour. La transcription du chef-d’œuvre pour la guitare (originellement au piano) possède le bénéfice d’alléger la matière sonore. L’opus fut le climax de la soirée, tant la richesse mélodique, les méandres du discours harmonique, la palette expressive, les respirations et surprises qui font le charme du Viennois ont été livrés

La Friche à la Belle-de-mai, l’ensemble Concerto Soave, dirigé des claviers par Jean-Marc Aymes, a fait revivre un formidable opéra contemporain de l’Orfeo montéverdien : La Dafne de Marco de Gagliano (1608). Autant dire qu’on est parti à la source de l’opéra «moderne» et ses premiers feux au tout début du XVIIe siècle ! Ecrit selon un modèle antique, l’argument inspiré d’Ovide a été porté par cinq chanteurs (dans une version de concert mis en espace) encadrés par un petit ensemble divisé de violons, viole et claviers. On a goûté à la qualité de voix jeunes portant le récit de la métamorphose de la Nymphe en arbre, à la douloureuse déploration en forme de madrigal, aux vocalises d’Apollon chantant la mémoire de la belle Daphné, comme toute la poétique musicale du temps, ses délicieuses images sonores soulignant, ici ou là, les mots du livret, voire d’étranges glissandos figurant le serpent Python… Avec aussi de vrais dialogues de théâtre, piquants, qui, mis dans la bouche de Dieux décochant leur flèche d’Amour, nous renvoient à notre simple humanité ! JACQUES FRESCHEL

La 12e édition du Festival Mars en baroque s’est déroulée du 7 au 29 mars à Marseille

avec nuance, finesse et émotion. En regard la Sonate concertata de Paganini, passée du violon au violoncelle, malgré un sens inné du dessin mélodique, quasi-vocal, a paru bien «classique» du fait de sa déclinaison bi-thématique conventionnelle et sa forme au développement attendu. On a, au demeurant, goûté aux transcriptions de Lieder de Schubert à la guitare seule ainsi qu’à un joli Cantabile de Paganini, où la voix feutrée du violoncelle, ses sons filés, pianissimi aériens figurant un chanteur belcantiste, ont fait planer sur la salle bien remplie quelques suaves frissons. J.F.

Ce récital a été donné le 14 mars à la Salle Musicatreize, Marseille


Ne remporte pas qui veut le Concours International de Piano Chopin à l’unanimité ! Rafal Blechacz l’a fait, et a réussi, dans son interprétation magistrale de quelques œuvres du maître polonais, Nocturne en lab majeur, Polonaises... et surtout le troisième Scherzo op.39, à séduire un public du GTP littéralement emporté par le jeu de ce jeune prodige. Alternant avec grâce les passages tout en puissance et les lignes mélodiques arachnéennes, puisant dans la palette d’intensité et de dynamique pour faire émerger le discours élégant historié de sentimentalité du grand Frédéric, Blechacz, fort d’une virtuosité très maîtrisée, a été à la hauteur de son titre. La Pathétique, jouée dans la première partie du concert, a dévoilé une autre facette de son jeu : profond, large, ancré dans les entrailles du clavier ; planait sur cette sonate de Beethoven l’ombre d’Argerich... Mais c’est dans la pièce qui a ouvert le programme, la Sonate n°9 K 311 de Mozart, que Rafal a fait la plus grande impression ! Son toucher, d’une égalité parfaite, sa musicalité, divine, nous a transportés dans un jardin à la française,

Rafal Blechacz © Felix Broede

les lignes mélodiques topiaires de l’andante sculptant délicatement l’espace sonore. Ce n’était plus du piano, ce n’était pas du pianoforte, c’était du Blachacz : le Pianiste ! CHRISTOPHE FLOQUET

Concert donné au GTP, Aix, le 25 mars

Epique et sensuel

Le Grand Théâtre de Provence fait le plein le 24 mars pour la venue de l’Orchestre National du Capitole de Toulouse. C’est un programme épique que dirige Tugan Sokhiev, barrant son navire avec une maestria impressionnante : un geste clair, précis, efficace, épuré... La grande classe ! On vogue des coups tragiques et sombres de l’Ouverture d’Egmont de Beethoven à l’orientalisme poétique de Shéhérazade de Rimski-Korsakov, Khatia Buniatishvili © Caroline Doutre long poème symphonique orné de chatoyants solos d’orchestre, comme celui, récurrent, du violon de Geneviève Laurenceau. Ce sont «Mille et une nuits» qui défilent à l’oreille, au souffle marin de Simbad et des récits nocturnes, comme une traîne de voiles hissées par un capitaine de vaisseau navigant sur des mers familières. Au cœur du programme, on installe un grand piano de concert. La jeune femme qui s’y love, longue robe noire moulante libérant des épaules nues, élancée sur de hauts talons, dégage un charme indéniable. Et lorsqu’elle plaque les puissants accords introductifs du Concerto de Grieg, c’est une puissance fougueuse qu’elle impose d’emblée, engageant un combat duquel on ne doute pas qu’elle sortira vainqueur. Kathia Buniatishvili se moule dans le phrasé des violons, butine au-dessus d’eux quelque alerte appoggiature, frappe du poignet des octaves martelées, glisse des arpèges dans un solo de flûte... Les cheveux voilent son visage ou s’échappent vers l’arrière d’un mouvement brusque, d’un geste d’une sensualité animale qui s’incarne dans la sonorité du clavier, puissante et jamais brutale, féline, à l’image des marteaux feutrés serpentant sur les cordes. La jeune Géorgienne se joue avec grâce des difficultés techniques, femme-panthère jouant sur du velours. JACQUES FRESCHEL

Ce concert a été donné le 24 mars au GTP, Aix

Passage de témoin

C’était une belle journée dédiée au piano que nous proposait La Chapelle du Méjan d’Arles le 23 mars : auditions successives de la génération montante représentée par Guillaume Bellom et Ismaël Margain, puis du pianiste consacré et franco-chypriote Cyprien Katsaris. Les deux jeunes pianistes de vingt-deux ans nous ont régalés avec une prestation pleine de fraîcheur et d’engagement dans un programme de musique française pour deux pianos. Ils nous faisaient notamment découvrir une version transcrite de l’opéra méconnu Hulda, réalisée par son compositeur César Franck. Une interprétation pleine de verve révélait les oppositions stylistiques des danses de cette légende scandinave faisant contraste avec la Sonate pour deux pianos, et Scaramouche des deux représentants respectifs du Groupe des Six Poulenc et Milhaud. L’après-midi, Katsaris concluait cette journée avec un programme surprise autour des compositeurs romantiques Chopin, Liszt (transcriptions de concertos). Il introduisait son programme par une séquence d’improvisation citant successivement les Danses Polovstiennes de Borodine, l’Ouverture de Thannhäuser, le Concerto de Varsovie et la Barcarolle de Rachmaninov et d’Offenbach… dans un étalage d’arpèges, de fusées et des vagues de chromatismes… N’en jetez plus : il faut appartenir aux plus grands pour faire néanmoins passer la musique dans une telle débauche de virtuosité au risque de lasser les oreilles les plus exigeantes. C’est le cas de Katsaris qui a eu le bon goût d’intercaler des plages plus calmes et reposantes (Bach, Haydn, Schubert) pour nous laisser reprendre notre souffle. Et soyons tranquilles, la relève est assurée. PIERRE-ALAIN HOYET

Journée Piano, Chapelle du Méjan d’Arles le 23 Mars Guillaume Bellom © X-D.R

La leçon de piano

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Fondue au noir et blanc

Lorsque Shani Diluka se présente pour saluer, au creux du piano, on sent en elle une émotion palpable : c’est que la grande salle de La Criée, noire de public, le soir du 1er avril, a de quoi impressionner ! Un pupitre l’attend. D’une voix au souffle un peu court, la pianiste détaille l’ambition du programme. Elle lira, entres des pièces de musiques américaines, des extraits du récit que Jack Kerouac tira de ses notes de voyages à travers les U.S.A. à l’orée des années 50 : Sur la route, manifeste de la «Beat Generation». Du coup, on embarque avec elle, sur la Route 66, dans un imaginaire mêlant la magie des mots, nocturnes, aliénés, douloureux et titubant, charnels, obsédants, à celle des notes et des rythmes chaloupés, obstinés, du jazz de Keith Jarret ou Bill Evans à la sensualité de Gershwin, au minimalisme de John Cage… En fin de première partie, le public s’est laissé emporter par deux pièces de Philip Glass, ses vagues successives, envoûtantes, itératives, jouées par des doigts de feux. Un beau moment !

fervente et les pauses de son Prélude, de l’épaisseur du Choral enrobé de pathos à l’impressionnante Fugue... Brava ! JACQUES FRESCHEL

Ce récital a été donné le 19 mars au Jeu de Paume, Aix

Violon diabolique Avec Une nuit sur le mont chauve de Moussorgski et L’Apprenti sorcier de Paul Dukas, le concert du 23 mars à l’Opéra de Marseille était placé sous le signe du Diable. Cependant, alors que les appels de cuivres de la tonitruante «Nuit de sabbat» du Russe appelaient le Démon, ce fut un autre animal qu’on vit surgir de la coulisse : une bête de scène diabolique et sa magie noire au violon. Pied botté et ficelé frappant le sol, une jaquette épinglée, asymétrique, tombant sur un collant moulant, Nemanja Radulovic arbore une vêture atypique de rockeur gothique au sombre absolu… jusqu’à sa longue crinière bouclée couronnant un prince de l’archet ! La nouvelle star couronnée aux «Victoires de la Musique 2014» est animée d’un brin de folie, celui qu’il faut pour enflammer la foule… et mettre le feu à l’une des plus célèbres partitions de Khatchatourian : son Concerto Nemanja Radulovic & Eun Sun Kim Opéra de Marseille © J.F

(1940), fleuron du répertoire pour violon, puissant, virtuose… Dans cet exercice, tout en suspensions, expressions d’un lyrisme vigoureux, le Franco-Serbe a établi un espace de complicité avec l’Orchestre Philharmonique de Marseille dirigé par la jeune cheffe Eun Sun Kim, des premières mesures à la cadence échevelée.... jusqu’à de folles Variations solitaires sur Paganini... à épater plus d’un violoniste de métier ! C’est en marchant un peu sur des œufs que les musiciens ont aussi joué, en création mondiale, un très beau Concerto composé par le jeune Avignonnais, formé au conservatoire Pierre Barbizet : Lionel Ginoux. L’univers de ce compositeur, possédant un sens de la largeur sonore, n’a rien de léger : son unité de ton est sombre, tragique. L’opus procède par phases successives, dévoilant peu à peu une architecture expressive à la texture colorée. Un lent exposé thématique, chromatique, s’érige sur une trame de cordes, roulement de timbales en arrière-plan d’un tableau aux contours douloureux. De là surgit un chant ample ! On file de processus fixes, sereins, inquiétants, vers des explosions où les dynamiques pulsées et redondantes soutiennent la montée en puissance d’une danse macabre au climax bien amené, jusqu’au cri du violon de Radulovic, dans le suraigu, tentant en vain de survivre à la poussée orchestrale : superbe ! J.F.

Ce concert a été donné le 23 mars à l’Opéra de Marseille

J.F.

Récital donné le 1er avril à la Criée, Marseille Shani Diluka © J.F

M U S I Q U E

Célimène Daudet © J.F

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Si Célimène Daudet arbore une tenue noir et blanc, c’est peut-être pour se fondre dans les touches bicolores de son clavier, un grand Steinway de concert, le 13 mars à Aix sur la scène du Jeu de Paume. De fait, la jeune musicienne a dû passer un pacte avec Debussy tant elle fait corps avec sa musique pour piano, en l’occurrence le Livre 2 de ses Préludes (plus rarement interprété que le 1er Livre). Elle déroule un jeu tout en finesse et clarté, malgré les brumes de façade. Le piano chante sur un tapis chatoyant, arrière-plan lumineux irradiant un sourire floral ou quelque mystère statuaire, des couleurs picturales à la féerie ondulant aux limites du système tonal… Chez Liszt, la mélodie reprend son droit souverain, mais les battements en trémolos de son accompagnement soulignent avec évidence combien le compositeur des Harmonies poétiques et religieuses annonçait Debussy. Au final, Célimène Daudet râle, ahane, cherche une vérité dans le souffle épique de César Franck, son unité cyclique, l’expression

La nuit américaine


Le génie ukrainien

Opéra sur la genèse d’un ouvrage lyrique sous la houlette d’un riche mécène, ou autrement dit, œuvre d’art sur l’art, Ariane à Naxos est une œuvre de Richard Strauss qui se prête avec aisance aux mises en scènes les plus inventives, le livret confondant habilement le temps du spectacle et celui de l’histoire, mais aussi la tragédie et la comédie sur fond de fidélité ou d’infidélité… Opéra déroutant à plus d’un titre, qui n’en demeure pas moins un des derniers grands chefs-d’œuvre du genre tant l’écriture y demeure exigeante. Aidé par une direction ample et très précise de Rani Calderon, l’orchestre de l’Opéra de Toulon était transfiguré par cet espace de liberté. Les instrumentistes y déployaient une superbe sonorité, dense et homogène sur l’ensemble du spectre, qui mettait en valeur les innombrables subtilités d’écriture que recèle la partition. Cette sublime orchestration servait

© L. Belhatem

Schizophrénie lyrique

de tapis idéal aux voix portées elles aussi par un plateau d’exception, très homogène et à la puissance bienvenue pour faire face à l’abondance d’instruments. Pour parfaire le tableau, la mise en scène confiée à Mireille Larroche était idéalement transplantée dans un décor évoquant l’architecture moderne de Mallet-Stevens à la Villa Noailles, mais aussi les grands à-plats de couleurs chers à Mondrian ou Léger. Les couleurs riches des costumes évoquaient plutôt Kandinsky, voire Picasso : une manière on ne peut plus habile de donner un aspect réaliste et familier, contemporain du contexte de la création de l’œuvre. Un sans faute. EMILIEN MOREAU

Ariane à Naxos a été donné les 14, 16 et 18 mars à l’Opéra de Toulon

La théorie du genre en musique Fidèle à sa vocation première de mettre à l’honneur les femmes musiciennes ou compositrices, le Festival Présences féminines s’est offert le concours de l’orchestre de l’Opéra de Toulon placé sous la direction inspirée de Gwennolé Ruffet pour rendre grâce à des compositrices injustement méconnues. Pourtant en entrée libre, le concert n’affichait pas complet : normal dirons les grincheux, les auteures étaient d’illustres inconnues. Et pourtant, sans à priori, il eût été difficile à n’importe quel amateur de déceler çà ou là une quelconque once de féminité dans les œuvres jouées. Osons le dire, les ouvrages orchestraux

Romain Descharmes © Jean-Baptiste Millot

donnés auraient tous pu être attribués à des compositeurs… connus. Dans le Concerto pour orchestre à cordes de la polonaise Grazyna Bacewicz (1900-1969), le travail sur les timbres et la sonorité de l’ensemble évoquaient à qui voulait bien l’entendre Britten pourquoi pas, mais préfigurait également ce que l’on entendra plus tard chez certains minimalistes. Dans le Concerto pour piano n° 1 en Ré mineur de Marie Jaëll (1846-1925), dont le classicisme formel n’avait rien de surprenant, la liberté d’écriture confiée aux parties de soliste brillamment interprétées par le pianiste Romain Descharmes lui fit même gagner le titre de «Schumann français» à l’époque de sa création (1877). Quant à la Symphonie N ° 5 d’Émilie Mayer (1812-1883), l’écriture aux élans concertants, tout en ruptures métriques et contrastes dynamiques, n’était pas sans évoquer une version assagie de Berlioz… Mais où sont les femmes ? E.M. Le concert a eu lieu le 23 Mars à l’Opéra de Toulon

Curieuse ironie du sort, Valeriy Sokolov a remplacé Patricia Kopatchinskaja, la soliste russe qui devait se produire à l’Opéra de Toulon le 28 mars au soir. Cet artiste mérite tous les éloges tant il est rare d’avoir la possibilité d’écouter des prestations d’une telle qualité. Au violon, il n’a fait qu’une bouchée du réputé difficile Concerto en Ré Majeur de Brahms à l’écriture virtuose : son jeu était d’une maîtrise inouïe tant à l’archet, agile, qu’à la main gauche d’une justesse absolue. Cette prestation exceptionnelle ajoutait un crédit certain à l’orchestre qui s’est lui aussi surpassé avec une sonorité très nuancée sous les doigts experts du chef britannique Benjamin Ellin, offrant aux spectateurs un pur moment de bonheur. Les autres œuvres inscrites au programme furent elles aussi brillamment interprétées, à commencer par The Porazzi fragment de Gavin Bryars, composée sur un thème de Wagner où l’harmonie, bien que tonale se révélait parfois dissonante au détour de subtilités d’écriture très minimalistes auxquelles s’ajoutait des micro-événements provoqués par l’émergence de soli issus de la dislocation des pupitres. Pour clore ce concert, la foisonnante et lumineuse Symphonie n° 5 de Jean Sibelius a offert à l’orchestre un tremplin idéal : aux confins de la tonalité cette œuvre à l’écriture complexe, fourmillant d’idées mélodiques, donnait à chaque famille d’instruments une vie autonome pour donner forme à un ordre issu du chaos dans une parfaite alchimie de timbres : un concert au sommet. E.M.

Le concert a été donné le 28 mars à l’Opéra de Toulon

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Un géant vivant

Nouvelles pépites et vieilles étoiles Marché professionnel le jour, mini Fiesta des Suds la nuit. Au fil des ans, Babel Med Music s’est ancré dans l’agenda marseillais à dimension internationale. On y vient pour découvrir des artistes émergents des cinq continents, mais parfois aussi pour y croiser des légendes des musiques du monde en quête de renouveau. Pour cette 10e édition, plusieurs musiciens prestigieux de cette catégorie étaient à l’affiche : le crooner de la chanson italienne Gianmaria Testa, l’icône reggae-folk issue des Gladiators Clinton Fearon, le maestro du jazz libanais Rabih Abouh-Khalil ou encore Bassekou Kouyaté, héros de la musique malienne et grand rénovateur du ngoni (petit luth africain de tradition). Précis mais sans surprise. Egalement tremplin promotionnel de la scène locale, Babel a mis en lumière deux projets singuliers, celui d’Ahamada Smis et la formation VéZouVia. Rappeur marseillais évoluant vers le slam, le premier explore ses racines comoriennes, jonglant avec les mots et les musiques traditionnelles d’Afrique Australe. Son spectacle «Origines», éponyme de son dernier album, offre une poésie urbaine questionnant l’identité culturelle. Des mots percutants sur des rythmes qui mêlent hip hop et afro-ngoma, l’afro-beat mélodique comorien, répondant en partie au questionnement identitaire cité plus haut. Fusion ponctuelle du quintet de polyphonies

occitanes Lo Còr de la Plana et de l’ensemble napolitain Assurd, VéZouVia jette un pont entre Marseille et Naples. Un chœur d’hommes, un chœur de femmes, des percussions, un accordéon, deux villes bouillonnantes, autant d’ingrédients qui provoquent une irruption de chants sacrés et de danses populaires. Autre rencontre, celle du duo palestinien Sabîl (oud et percussions) et du quatuor à cordes français Béla à travers la création Jadayel, qui avait illuminé de sa virtuosité la dernière édition des Suds à Arles. Un dialogue intimiste entre Orient et Occident, oscillant entre répertoire contemporain et improvisations jazzy. Formé d’immigrés latinos débarqués chez l’ancien colonisateur sans-papiers, Che Sudaka est l’un, sinon le meilleur, des dizaines de groupes de la scène alternative barcelonaise. Cumbia, ska, reggae, ragga, dub, rock, le cocktail de ce collectif porte une musique sans frontières ni visas. Le continent sud-américain avait d’autres envoyés à Babel Med : Dengue Dengue Dengue !, un duo de DJ péruviens déjantés et masqués. Leur cumbia électro-psychédélique a entrainé le cabaret dans une folie tropicale jusqu’au bout de la nuit. THOMAS DALICANTE

Babel Med Music s’est déroulé du 20 au 22 mars au Dock des Suds, Marseille

D.W.

Ce concert a été donné le 3 avril au Gymnase, Marseille

David Murray Infinity4tet © Dan Warzy

M U S I Q U E

Rabih Abou-Khalil © Agnès Mellon

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Le saxophoniste David Murray revient en terre provençale. Le Festival de Jazz de CharlieFree à Vitrolles l’y avait déjà accueilli en 2009, puis le Festival de Jazz des 5 Continents en 2011 lui avait offert l’auditorium du palais du Pharo : deux concerts absolument extraordinaires que l’on garde en mémoire de façon indélébile. C’est au tour du Gymnase de le recevoir avec son Infinity Quartet. On retrouve avec plaisir Jaribu Shahid, son fidèle contrebassiste, qui conserve sa chevelure du temps du Black Saint 4tet ! Le concert démarre par un thème très hard bop. Une force enfouie se lève dès le second morceau, le saxophone ténor triture les sons suraigus, les relie par un phrasé en ascenseur, puis cette énergie se transmet au batteur Nasheet Waits. David Murray poursuit avec une clarinette basse, un dialogue de claquement d’anche s’instaure avec le pianiste Orrin Evans pour aller vers un blues dont on croit reconnaître la mélodie de Let’s get lost. Ni l’engagement physique ni le souffle (continu) ne lui manquent, ni d’ailleurs l’intrépidité pour construire ses improvisations d’une grande richesse. Quelle culture, quel talent fabuleux côtoient ainsi les rythmes cubains, une balade de Billy Strayhorn ou encore un bel hommage à John Coltrane ! Un grand bravo encore à ce musicien hors du commun.

Trois lignes, de cœur et d’esprit Bienheureux vitrollais à qui on a offert une nuit du blues dans la toute nouvelle salle de spectacle Guy Obino. La soirée débute avec le concert du guitariste et chanteur Adrian Byron Burns. Il aime être proche de son public, conquis par l’efficacité du trio guitare, basse, batterie. Seconde partie de la nuit avec Otis Taylor, bluesman talentueux, guitariste, mais aussi harmoniciste et joueur de banjo. Aujourd’hui âgé de 65 ans, il démontre que le blues est une des racines prépondérantes de nos musiques actuelles. L’introduction

de ses blues se développe souvent par un motif à la sonorité saturée, qui éclot, enfle, se complexifie. Dans cette alchimie, le talent de chaque musicien est mis en avant. À la guitare solo, Taylor Scott se surpasse dans ses envolées d’impros à faire bouillir le sang. Larry Thomson, à la batterie, imprègne cette rythmique à quatre temps, carrée au possible, soutenue par le bassiste Todd Edmunds qui déclenche le gros son parfois jusqu’à la furie. On dira peu de chose du violoniste Miles Brett avec ses intermèdes inopportuns, pas

vraiment sur la même longueur d’onde que ses acolytes. L’art d’Otis Taylor est imprégné du Mannish Boy de Muddy Waters et de la guitare d’un Jeff Beck. Impossible pour certains de rester assis sur leur siège. La fin du concert fut une réelle communion. DAN WARZY

Cette nuit du blues a eu lieu à la Salle Obino, Vitrolles, le 5 avril


Poésie, animaux et compagnie Comme à chaque printemps depuis une quinzaine d’années, Marseille a pris son rendez-vous avec la chanson française. Le Festival Avec Le Temps version 2014 n’a pas déçu. Au programme éclectique, des têtes d’affiche, Jacques Higelin, Barbara Carlotti, La Rumeur, Têtes Raides, ou des talents (re)découverts, comme Kacem Wapalek, BATpointG, Armelle Ita ou Oda. Pour l’avant-dernière soirée, Thomas Fersen tient l’affiche. En première partie, sur la scène de l’Espace Julien, Autour de Lucie se démène pour chauffer l’ambiance. Cependant le son pop rock et la voix de la chanteuse ne trouvent guère d’écho, et après un set d’une quarantaine de minutes, la blonde en veste à paillettes et ses deux musiciens quittent la scène pour «laisser place à la poésie de Thomas Fersen.» Ce dernier fait son entrée, pantalon rouge, chemise blanche, chaussures à la main, comme sur la pochette de son dernier disque. Un regard charmeur et complice vers les fans, une touche d’érotisme, des animaux par-ci par-là, quelques histoires remplies de poésie qui s’intercalent entre les morceaux. Thomas Fersen fait le show, le clown, déclenche une mini-hystérie en dégrafant à peine sa ceinture. Il chante sa phobie du brochet, les escapades de Zaza la chienne, ou l’amour éperdu d’une chauve-souris pour un parapluie. Il conte le récit tout en rimes de ce dompteur, qui se fait croquer le bras par son lion. Et demande poliment que les spectateurs (surtout les femmes) lui montrent leurs fesses. Juste pour vérifier si personne d’autre que lui ne porte de grain de beauté sur le postérieur. Les six musiciens du Ginger Accident le suivent dans son délire, accompagnent les mélodies de mouvements chaloupés. Leur allure très sérieuse, pantalon noir et chemise blanche, n’est qu’un leurre. Les deux cuivres font faire des pirouettes à leur instrument, avant de laisser le chanteur conclure plus de deux heures de concert seul au piano avec Félix le centenaire. Et laisse le public reprendre en chœur «Je jouis, c’est inouï»… JAN CYRIL SALEMI

Le Festival Avec le temps s’est déroulé à Marseille du 18 au 22 mars Thomas fersen © Mathieu Zazzo


A U

T H É Â T R E

© Julie Chaize

une conférence, à la demande de sa femme, sur les méfaits du tabac. Il en sera finalement peu question, tant ses lamentations d’homme que sa femme tyrannise depuis trente-trois ans prendront le pas… Dans le cadre du temps fort Voyages en solitaire(s), Stéphane Torres met en scène un texte de Tchekhov en un acte, avec Jean-François Regazzi. les 25 et 26 avril et 9 et 10 mai Le Lenche, Marseille 05 91 91 52 22 www.theatredelenche.info

Poursuivant son travail sur la question de la femme noire dans le monde d’hier et d’aujourd’hui, Eva Doumbia, qui se revendique avec force comme «afropéenne» (voir p.20) -française et fille d’africain- réunit quatre textes de Fabienne Kanor, Maryse Condé et Yanick Lahens. Toutes ont en partage l’écriture, le féminin, la couleur de peau, et des vies réelles ou imaginées, brisées par la grande Histoire.

Les membres du Moustache Poésie Club, Astien le romantique désillusionné, Ed Wood le salace inoffensif et Mathurin le décalé sensible, sont bien porteurs de moustache mais aussi amoureux de la langue de Molière. À travers des poèmes drôles et acides, ces virtuoses de la parole font partager au public leur amour des mots et de la scène.

La Traversée aux disparus du 5 au 7 mai La Criée, Marseille 04 91 54 70 54 www.theatre-lacriee.com

Le Grandiloquent Moustache Poésie Club le 17 avril Le Gymnase, Marseille 08 2013 2013 www.lestheatres.net

© X-D.R

P R O G R A M M E

Les Méfaits du tabac Le Grandiloquent… Nioukhine part dans un cercle de province faire

Le Capital, Karl Marx Sylvain Creuzevault développe une pratique Peter, Ronnie, Joe… théâtrale originale. Vingt comédiens relisent L’histoire de Mary Barnes va bouleverser

l’histoire. Un pari fou ! «Le Capital ne me rapportera jamais ce que m’ont coûté les cigares que j’ai fumé en l’écrivant» écrit Paul Lafargue dans ses Souvenirs personnels sur Karl Marx. Dans le Capital, Livre I, Karl Marx écrit : «C’est un opéra insolite […] qui met en scène le vampire économique dans sa force historique, ses ruses infinies […], sa prodigieuse aptitude à épouser, jusque dans les catastrophes inconcevables […] à vivre si goulûment de la mort elle-même.»

Peter, Ronnie, Joe… and Mary du 22 au 26 avril Le Lenche, Marseille 05 91 91 52 22 www.theatredelenche.info

du 21 au 24 mai La Friche Belle de Mai, Marseille (programmation «hors les murs» de la Criée) 04 91 54 70 54 www.theatre-lacriee.com

Les serments indiscrets

l’Angleterre des années 70. Diagnostiquée schizophrène à 42 ans, cette infirmière, au courant des méthodes coercitives des hôpitaux, fondera à Londres la communauté de malades, psychiatres et artistes Kingsley Hall, tous partageant le même désir d’émancipation et de recherche. Entre récit, traversée intérieure et performance, Véronique Widock rend compte des émotions et de la vision poétique de cette femme hors du commun.

© Macha Makeïeff

La Robe rouge Alors que notre ère est celle de la communication

à outrance, Claude-Henri Buffard a choisi de traiter de l’incommunicabilité au cours d’un monologue. Marie-Line Rossetti parle, mais elle est seule, personne ne lui répond jamais. Comment vit-elle cette solitude dans le langage ? Est-ce la folie qui la guette, ou l’aspiration à vivre quelque chose de neuf, de nouveau ? du 29 avril au 4 mai Le Lenche, Marseille 05 91 91 52 22 www.theatredelenche.info

© Enguerands-cdds

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© X-D.R

La Traversée...

Ergaste et Orgon, vieillards égoïstes, veulent marier Lucile et Damis. Les deux jeunes gens disent oui à leurs pères sans se connaître, puis se jurent mutuellement de faire échouer les projets paternels. Petit problème, l’amour les foudroie ! Christophe Rauck joue furieusement avec le marivaudage dont la violence des mots dévaste la scène comme les cœurs en une bataille sanglante : les comédiens font mentir les élans de leurs corps jusqu’au supplice. Amour ou orgueil ? Lucidité ou immaturité ? Chez Marivaux, il n’y a pas de voix de la raison… du 20 au 24 mai Le Gymnase, Marseille 08 2013 2013 www.lestheatres.net


Ligitimi

Cendrillon

© Cici Olsson

le 25 avril Espace Busserine, Marseille 04 91 58 09 27 www.mairie-marseille1314.com

celle de cette jeune femme, élégante, spirituelle, fine, et de ce misogyne, bourru, fait partie du compte. Elle tombe en panne de voiture dans un «trou perdu» du Poitou ; «seule bicoque à la ronde», celle de ce solitaire sans téléphone, sans voiture, à la limite des bottes de pluie d’enfant, récupérées on ne sait où. Le dialogue teinté d’humour noir décalé emporte le spectateur dans un bel exercice de zygomatiques, mais pas que. Le texte de Marc Bassler, mis en scène par Philippe Sohier, permet à la Cie l’AZILE de déployer toute sa verve dans un huis clos qui a enchanté Avignon en 2012.

Joël Pommerat réécrit le conte de Cendrillon. Il ne s’agit plus de l’univers galvaudé par Walt Disney, mais d’une plongée poétique et onirique dans le substrat de nos émotions et de nos peurs d’enfance. Le conte, ici, concerne autant les enfants que les adultes. Le point central est la mort, souligne le dramaturge. La mise en scène soutient cette belle écriture par des jeux de lumières et d’ombres, des voix déconnectées des corps, des effets de miroirs, de silences… le conte devient prétexte à une fantastique plongée dans l’inconscient. Vertigineux ! du 13 au 17 mai Jeu de Paume, Aix-en-Provence 08 2013 2013 www.lestheatres.net

À vol d’oiseau, ça fait combien ? le 3 mai Cinéma Les Lumières, Vitrolles 04 42 77 90 77 www.cinemaleslumieres.fr

Le Kojiki

L’annonce faite à Marie

le 14 mai Théâtre Vitez, Aix-en-Provence 04 42 59 94 37 http://theatre-vitez.com

e Le 6 jour Le clown Arletti, seule sur scène, rôde autour des

lieux publics, cherche à s’approcher des gens, tente de comprendre comment au 6e jour de la création l’aventure de l’homme a commencé. Elle vole le cartable d’un conférencier endormi au pied d’un arbre (est-ce un pommier ?) et le remplace pour sa conférence sur la Genèse. Un spectacle drôle et tendre, d’une inventivité toute élastique par François Cervantès et Catherine Germain (dans le rôle d’Arletti) à partir des plus de onze ans. les 17 et 18 avril Bois de l’Aune, Aix-en-Provence 04 42 93 85 40 www.agglo-paysdaix.fr

© X-D.R

L’œuvre de Claudel est toute de passion, amour, jalousie, charité. Il est question de conversion, de retournement, de pardon, la vie et la mort se conjuguent dans un cadre qui les dépasse. La transcendance, la présence d’un mystère (au sens du théâtre du Moyen Age qui déclinait la vie des saints) emplissent la pièce. Actuelle encore ? Le metteur en scène Ivan Romeuf en prend le pari, qui «sans religiosité aucune» se sent envahi par «une vague de mysticisme… un amour extraordinaire de la vie». L’amour ici est renoncement. Pour le spectateur, le bonheur de retrouver un texte sublime, interprété par la compagnie l’Egrégore.

Écrit mis en scène et joué par Yan Allegret, Neiges prend le prétexte d’un personnage qui s’arrête au bord d’une route, sous la neige, à la sortie d’une ville, pour plonger dans un voyage immobile et initiatique où seront évoquées les étapes de l’existence, de la naissance à la dissolution. Ce texte porté par la Cie (&) So Weiter a été édité aux éditions Espaces 34. Une expérience de la contemplation qui se partage avec le public.

le 18 avril Le Comoedia, Aubagne 04 42 18 19 88 www.aubagne.fr © Christiane Robin

C’est au retour d’un voyage au Japon que Yan Allegret décide de mettre en forme pour le théâtre le Kojiki, le plus ancien texte japonais écrit (712 ap. JC), une compilation de mythes concernant l’origine des îles qui forment le Japon et des dieux. Parmi ces récits, Yan Allegret s’est attaché à ceux qui mettent en scène raconte les origines du monde, avec le couple de dieux originels Izanagi et Izanami. Par certains aspects, la légende se rapproche de celle d’Orphée. L’histoire est racontée par un père à son enfant qui ne peut pas dormir. Les étudiants du secteur théâtre d’Aix-Marseille Université s’en donnent à cœur joie dans ce récit qui répond à nos pourquoi. du 6 au 10 mai Théâtre Vitez, Aix-en-Provence 04 42 59 94 37 http://theatre-vitez.com

© Christophe Raynaud de Lage

À vol d’oiseau… Le théâtre joue des rencontres improbables :

Neiges

© Pierre Planchenault

La Cie Théâtre et sociétés présente son nouveau spectacle Ligitimi à l’Espace Busserine. Théâtre et sociétés a déjà créé et mis en scène plus de onze pièces dont Les Contes de l’insertion, Le Ballet de Fatima, La Révolution des Chibanis, Pata Negra. Ces «enfants de la Busserine» ne cessent d’explorer avec humour et talent les problèmes de société contemporains. Ligitimi, encore dans son mystère, devrait entraîner les spectateurs dans une nouvelle et percutante approche.

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T H É Â T R E

J’avais un beau ballon rouge le 13 mai La Colonne, Miramas 04 90 50 66 21 www.scenesetcines.fr

du 16 mai au 4 juin Les Salins, Martigues 04 42 49 02 00 www.theatre-des-salins.fr

Le Songe…

Shakespeare à l’heure des arts numériques et de la pop éthérée ! La Cie L’Unijambiste, dans une mise en scène de David Gauchard, donne naissance à une féerie contemporaine à l’aide de logiciels interactifs, de triturations graphiques, de beatboxing… en détournant les objets usuels (Smartphones, consoles de jeux) qui deviennent objets théâtraux. Les effets visuels se succèdent, séduisant l’œil et engendrant le rêve…

les 27 et 28 mai Théâtre de Grasse 04 93 40 53 00 www.theatredegrasse.com

Cyrano de Bergerac © Brigitte Enguérand

Le Songe d’une nuit d’été le 18 avril Le Sémaphore, Port-de-Bouc 04 42 06 39 09 www.theatre-semaphore-portdebouc.com

L’intrépide Cadet Cyrano de Bergerac prend vie dans le corps de Philippe Torreton. L’homme au nez si grand vit dans l’ombre du sot Christian, offrant au bellâtre son inspiration poétique afin de séduire la Précieuse Roxane que les deux hommes aiment en secret. Dominique Pitoiset délaisse le romantisme et l’ambiance de cape et d’épée d’Edmond Rostand et transpose l’action dans un hôpital psychiatrique. Pendant que la pièce évolue de la comédie au drame, les pauvres hères envahissent la scène tandis que Cyrano se tient coi, attendant la mort. du 16 au 18 avril Théâtre de Nîmes 04 66 36 65 10 www.theatredenimes.com

El Cid L’Agence de Voyages Imaginaires s’empare avec fougue de la pièce de Corneille, dans une version décapante réécrite par Philippe Car et Yves Fravega. Le théâtre se retrouve sur une scène de chapiteau, s’anime d’une musique d’inspiration hispanique, joue entre humour et action tout en gardant la trame cornélienne et les alexandrins ! le 16 mai Le Sémaphore, Port-de-Bouc 04 42 06 39 09 www.theatre-semaphore-portdebouc.com © Agnes Mellon

P R O G R A M M E

En 1965, dans une maison calme, le père fait ses comptes pendant que la fille étudie. Elle veut refaire le monde, il veut la protéger. Homme mesuré, il dirige son petit commerce de son côté mais tente malgré tout de la raisonner. Elle suit des études en «sciences politiques» à Milan et lutte pour que soit reconnu l’intitulé «sociologie». Un an plus tard, un groupe d’extrême gauche se crée à Milan ; la jeune fille le rejoint vite avec son amant. Michel Didym met en scène le texte d’Angela Dematté avec Richard et Romane Bohringer dans les rôles titres.

© Agathe Poupeney

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© Eric Didym

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Depuis sa création en 2011, le spectacle de Bartabas, Calacas, draine les enthousiasmes. S’inspirant de la tradition mexicaine de la fête des morts, le Théâtre équestre Zingaro offre une fresque bruyante et colorée, dans cette célébration où la mort célèbre la vie. À l’appel des chinchineros, hommes orchestres (dont le nom vient de la cymbale, chin-chin), une cavalcade endiablée de vingt-neuf chevaux et de squelettes entre en scène, menée par la Catrina, résurgence de la déesse aztèque Mictecacihuatl, la Dame de la Mort, épouse du Seigneur de la terre des morts, Mictlantecuhtli (les avis sont partagés, mais l’histoire est belle). Le dispositif scénique complète la piste centrale par une autre, comme aérienne qui entoure les spectateurs, donnant l’illusion que les chevaux volent littéralement au-dessus de nous. Le cheval devient alors un animal psychopompe (qui conduit les âmes dans l’au-delà) dans ce requiem païen aux accents de Carnaval. Un spectacle magique et endiablé, incontournable !

Songe © Thierry Laporte_Cie Unijambist

J’avais un beau ballon... Calacas


Les Pieds Tanqués À Haute voix #2 et #3 Quatre joueurs de pétanque -un Pied Noir, un

le 23 mai Forum des Jeunes, Berre-l’Étang 04 42 10 23 60 www.forumdeberre.com

Nuits secrètes 4 Initiées par Catherine Dan, la directrice du

Sonia Chiambretto © X-D.R

Français d’origine algérienne, un Provençal de souche et un Parisien- se retrouvent, s’opposent, livrent leur vérité, chacun avec une déchirure secrète et un lien avec la guerre d’Algérie. Un jeu qui les unit au-delà de la simple partie de boule, pour évoquer les blessures de l’exil, de la culpabilité, des rancœurs, et des pardons.

L’auteure Sonia Chiambretto poursuit ses apéros littéraires, délocalisant celui du 18 avril à Manosque (théâtre Jean le Bleu), en invitant Rémi De Vos pour la lecture d’un texte inédit Le licenciement. L’artiste associée au Théâtre Durance lira pour sa part un extrait de Zone éducation prioritaire. Retour à Château-Arnoux pour la 3e rencontre (9 mai), pour une lecture musicale en compagnie du saxophoniste Raphaël Imbert.

CNES La Chartreuse, les Nuits secrètes offrent de découvrir les travaux des résidents et des répétitions publiques, de la première lecture à la création. À suivre, pour cette 4e nuit Les mots qui dansent, les travaux de Geisha Fontaine, Pierre Cottreau, Charles-Éric Petit… le 17 mai La Chartreuse, Villeneuve-lez-Avignon 04 90 15 24 24 www.chartreuse.org

les 18 avril et 9 mai Théâtre Durance, Château-Arnoux 04 92 64 27 34 www.theatredurance.fr

Chienne de vie, Collectif Le Bleu d’Armand © X-D.R

Festival Emergence(s)

Territoire… La comédienne dramaturge Sally Campusano

Torres, après un atelier-résidence au théâtre du Briançonnais dans lequel elle a rencontré des étrangers du territoire, rassemble dans une histoire sans frontières la parole, intime et universelle, d’immigrants. Du théâtre récit choral autour de l’exil et du déracinement pour découvrir d’autres paysages.

Pour la 4e édition du festival de la jeune création, 16 projets pluridisciplinaires ont été retenus par Surikat Production, créatrice cet hiver de l’outil de mutualisation La Plateforme. Dépassant le cadre originel d’artistes régionaux, ils ont toujours la part belle : l’exposition Vies silencieuses à l’Eglise des Célestins, la Cie Rhizome à découvrir sur un texte de David Harrower, deux créations jeune public par La Locomotive et Jeux de mains Jeux de vilains, les courts métrages de Clémence Demesme à l’Utopia, le Ballet des Zigues à La Chartreuse et l’électro pop d’Andromakers. Sans oublier, le collectif imaginatif le Bleu d’Armand, la Cie Protéiformes et son sensible Molly, et la création burlesque dansée qui tombe à pic : Intermittence par a2Compagnie. du 8 au 18 mai Divers lieux, Vaucluse et Bouches-du-Rhône 09 82 52 43 69 www.emergences-festival.com

© Sally Campusano

Territoire, itinérance intime de l’immigration le 7 mai Théâtre du Briançonnais, Briançon 04 92 25 52 42 www.theatre-du-brianconnais.eu


Comme s’il en pleuvait La fin du monde… © Emmanuel Murat

© X-D.R

Music-Hall

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le 19 avril Théâtres en Dracénie, Draguignan 04 94 50 59 59 www.theatresendracenie.com

Une année sans été

le 18 avril Théâtre du Rocher, La Garde 04 94 08 99 34 www.ville-lagarde.fr

Spectacle existentiel et surréaliste écrit et interprété par l’ex-Deschiens François Morel, chroniqueur radio (im)pertinent. Sa prose, tendre et absurde, s’amuse avec les genres, parle d’amour, de mort, et du temps qui passe. «Promettez-moi de rire» annonce le comédien qui nous entraîne dans la fin d’un monde autour d’une galerie de personnages truculents. La fin du monde est pour dimanche les 3 et 4 mai Théâtre de Grasse 04 93 40 53 00 www.theatredegrasse.com le 6 mai Palais des Congrès, Saint-Raphaël 04 94 19 84 11 www.saint-raphael-congres.fr le 7 mai Théâtre Liberté, Toulon 04 98 00 56 76 www.theatre-liberte.fr

Days of nothing

À partir du personnage de l’écrivain Rémy Brossard, auteur en résidence dans un collège, la pièce de Fabrice Melquiot (L’Arche éditeur), montée par la compagnie L’Étreinte, raconte le carambolage de deux générations, deux réalités. D’un côté le corps enseignant coincé dans un système obsolète, de l’autre l’adolescent désenchanté qui veut s’en sortir. Entre les deux, l’espoir d’un avenir meilleur. les 25 et 26 avril Espace des Arts, Le Pradet 04 94 01 77 34 www.le-pradet.fr

Imago

© Cie l’Etreinte

Pour accompagner et transmettre son expérience à de jeunes comédiens, Joël Pommerat met en scène une œuvre qu’il n’a, exceptionnellement, pas écrite. Le texte de Catherine Anne, entre noirceur et légèreté, raconte l’entrée dans l’âge adulte, ce passage délicat et essentiel incarné par cinq garçons et filles confrontés aux grandes questions existentielles au début du XXe siècle. le 13 mai Théâtres en Dracénie, Draguignan 04 94 50 59 59 www.theatresendracenie.com le 16 mai Théâtre de l’Olivier, Istres 04 42 56 48 48 www.scenesetcines.fr

Made in Cannes hors les murs (au Lycée Alfred Hutinel) avec la projection d’un projet autour de la place de l’art dans l’enseignement, mené par Cyril Teste et joué par les étudiants de l’ensemble 21 de l’ERAC. À partir de la pièce ADN de Denis Kelly, le metteur en scène à écrit le film Imago, réalisé en immersion dans un lycée. du 16 au 18 avril Direction des affaire culturelles, Cannes 04 97 06 44 90 www.madeincannes.com © R. Helle

T H É Â T R E

Témoignage de l’engagement de Jean-Luc Lagarce dans le théâtre, la pièce Music-Hall montée par Johanny Bert, directeur du centre dramatique Le Fracas de Montluçon, rassemble les désirs et désillusions d’une chanteuse, la Fille, et ses deux Boys. La fragilité du métier de comédien, les rêves de célébrité, les tournées dans les salles polyvalentes et l’envers du décor se dévoilent pour montrer le besoin viscéral d’être en scène. Pour rester vivant.

© Elizabeth Carecchio

P R O G R A M M E

Comédie de boulevard sur l’argent, écrite par Sébastien Thiery et mise en scène par Bernard Murat, Comme s’il en pleuvait révèle d’humaines contradictions. L’argent fait-il le bonheur ? Surtout s’il tombe du ciel ? Peut-on renier ses idéaux pour un costume de luxe ? Bruno et Laurence, petits bourgeois simples et sans prétention, incarnés par le couple Arditi/ Buyle, s’efforceront d’y réfléchir. Loufoquerie et multiples rebondissements à la clé.

© Manuelle Toussaint

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En partenariat avec le GMEM, La Criée accueille Anne Teresa De Keersmaeker pour un spectacle basé sur l’œuvre du compositeur Gérard Grisey, maître de la musique spectrale disparu en 1998. On retrouve dans leur travail les mêmes obsessions : contractions et dilatations temporelles s’extraient d’une architecture rigoureuse, toute en tension. Un travail sur la rencontre du son et du mouvement, dans une spirale hallucinatoire.

Programme mixte L’Étranger Le danseur Emio Greco et le chorégraphe-dramaturge Pieter C. Scholten, les deux nouveaux directeurs artistiques du BNM, reprennent au Gymnase leur chorégraphie adaptée du roman de Camus, créée au Jeu de Paume en novembre 2013. Au cœur d’une scénographie multimédia prodigieuse -et notamment le cadre de scène fait de centaines d’ampoules qui dessinent les états intérieurs de Meursault-, la danse d’Emio Greco suit pas à pas les étapes clé du roman. le 16 mai Le Gymnase, Marseille 08 2013 2013 www.lestheatres.net

© X-D.R

© Anne Van Aerschot

Vortex Temporum

Le Ballet National de Marseille sera à Rousset avec trois pièces : Sixième Pas, duo créé en 2012 par Michel Kelemenis avec Katharina Christl, puis Burn in Flames, solo de Gábor Halász primé aux Hivernales d’Avignon il y a deux ans. Et surtout Mayday Mayday Mayday, This is..., opus toujours brûlant conçu par Yasuyuki Endo au lendemain du tremblement de terre et du tsunami survenus en mars 2011 au Japon. le 13 mai Salle Émilien Ventre, Rousset 04 42 29 82 53 www.rousset-fr.com

les 16 et 17 mai La Criée, Marseille 04 91 54 70 54 www.theatre-lacriee.com

© Alwin Poiana

© Eliane Bachini

Utsushi

Obsession Inspiré par le chef-d’œuvre cinématographique

de Luis Buñuel, Un chien andalou, Saburo Teshigawara poursuit inlassablement ce qui au sein d’un couple s’échappe toujours, la perfection inatteignable du duo. Il évolue avec son interprète favorite Rihoko Sato dans un tango surréaliste, privilégiant l’échec, les tentatives de raccordement impossible, l’immémoriale lutte entre amants obsessionnels. les 21 et 22 mai Théâtre de Nîmes 04 66 36 65 10 www.theatredenimes.com

sens de l’ouverture, en invitant sa compagnie professionnelle à travailler sur des chorégraphies aussi diverses que celles de Sun-A Lee, Dominique Hervieu, Blanca Li, Germaine et Patrick Acogny, Katharina Christl et Eun-Me Ahn. Les danseurs de Grenade s’offrent à la rencontre lors d’une sortie de résidence, dans le cadre des Avant-Premières de la Maison pour la danse. du 5 au 7 mai KLAP, Marseille 04 96 11 11 20 www.kelemenis.fr

Créée en 1975 par Ushio Amagatsu, la compagnie Sankai Juku -exclusivement masculine- explore le genre Butô avec ses danseurs au crâne rasé, enduits d’une poudre blanche évoquant les cendres d’Hiroshima. Le chorégraphe a rassemblé plusieurs extraits de son abondant répertoire en un spectacle exceptionnel, qui tente d’exprimer l’indicible en repoussant les limites du corps et de l’âme. les 9 et 10 mai Théâtre Joliette-Minoterie, Marseille 04 91 90 07 94 www.theatrejoliette.fr

© Emmanuel Valette

Welcome Josette Baiz démontre encore une fois son

Bal chorégraphié Itinérances Nicolas Le Riche, danseur étoile du Ballet de Habitués du territoire vauclusien, Denis l’Opéra de Paris, puise dans le répertoire de différents chorégraphes : Russell Maliphant avec Critical Mass et Shift, Le jeune homme et la mort de Roland Petit, et L’Annonciation d’Angelin Preljocaj. En y adjoignant sa propre Odyssée, il compose un spectacle de duos interprétés par des danseurs au sommet de leur art. les 20 et 21 mai Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence 08 2013 2013 www.lestheatres.net

Plassard et sa compagnie lyonnaise Propos vous invitent à entrer dans la danse lors de la huitième soirée Escal’à’Thor ! Que vous soyez expérimenté ou novice absolu, encore dans l’enfance ou adulte depuis bien longtemps, l’objectif est le même : se laisser guider, et prendre un maximum de plaisir au partage du mouvement et de la musique. le 6 mai Auditorium Jean Moulin, Le Thor 04 90 33 96 80 www.artsvivants84.fr

41 A U P R O G R A M M E D A N S E


Objet principal...

Elektro kif

D A N S E

les 15 et 16 avril Grimaldi Forum, Monaco 377 99 99 20 00 www.grimaldiforum.com les 23 et 24 avril Théâtre de Nîmes 04 66 36 65 10 www.theatredenimes.com

Il y a quelques années, Herman Diephuis animait un atelier à Ouagadougou. Touché par l’énergie et l’ouverture des danseurs burkinabés malgré une situation géopolitique et économique très tendue, il a créé une pièce pour poursuivre cette aventure humaine. Son Objet principal du voyage se veut un «territoire d’écoute et d’attention» par delà les frontières, loin des clichés imprégnant trop souvent l’exotisme africain. Objet principal du voyage le 16 mai Châteauvallon, Ollioules 04 94 22 02 02 www.chateauvallon.com

Amoveo... Trois pièces de Benjamin Millepied en une

soirée ! Voilà qui devrait ravir le public du Forum : son propre Amoveo, créé en 2006 pour l’Opéra de Paris (au sein duquel le chorégraphe exercera bientôt les fonctions de directeur de la danse), puis Le spectre de la rose et Les Sylphides, deux ballets composés par Mikhaïl Fokine avant la 1ère guerre mondiale, et qu’il revisite avec impétuosité.

le 13 mai Théâtre Le Forum, Fréjus 04 94 95 55 55 www.aggloscenes.com

East shadow Monaco accueille la première étape européenne

Le 4e souffle © Lucie Jean

Amoveo, Le Spectre de la rose et Les Sylphides le 16 mai Théâtre Le Forum, Fréjus 04 94 95 55 55 www.aggloscenes.com

Blanca Li s’attaque à l’électro ! En enfermant huit danseurs survoltés... dans une salle de classe. La plus touche-à-tout des chorégraphes poursuit son exploration de la culture urbaine, et n’hésite pas à jouer de ses codes, en l’extrayant de la simple performance, mais en conservant son énergie pure. Un spectacle tout public à partir de 3 ans.

© GTG/Gregory Batardon

P R O G R A M M E

vingt-deux interprètes virtuoses du Ballet du Grand Théâtre de Genève présentent deux œuvres spirituelles, fruit du travail de jeunes chorégraphes. Lux de Ken Ossola, variation sur l’ombre et la lumière au rythme du Requiem de Fauré, et Glory d’Andonis Foniadakis, sur les airs baroques de Haendel.

Le Spectre de la Rose, Benjamin Millepied © GTG Vincent Lepresle

de ce spectacle créé au Japon par Jirí Kylián. Le chorégraphe se confronte à l’univers de Samuel Beckett, lui empruntant humour désespéré et profond sens de l’absurde, pour faire face aux terribles conséquences de la catastrophe survenue à Fukushima en 2011. Une ombre grandit à l’est... et elle n’a pas fini de contaminer le monde. les 17 et 18 avril Grimaldi Forum, Monaco 377 99 99 20 00 www.grimaldiforum.com

Ils ont formé un collectif de clowns, musiciens, danseurs, et composent à quatre (Hakim Hachouche, Muriel Henry, Jérémie Prodhomme et P.Lock) une partition hilarante sur fond de hip hop. N’hésitant ni à intervertir les rôles, ni à dévoiler les petits moments de faiblesse ou d’hésitation que l’on cèle d’habitude au public, ils partagent avec lui toute leur fougue, et l’extrême jubilation de créer. le 15 mai Théâtre de Grasse 04 93 40 53 00 www.theatredegrasse.com

© Kylian productions

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© Patrick Fischer

© X-D.R

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Lux et Glory À l’invitation du Monaco Dance Forum, les


Le monde sans le tout Le Petiloquent… © J. Chaize

© Christophe Loiseau

Cabaret Grimm Le Petit Chaperon rouge, Blanche-Neige et

compagnie, tout l’univers des Frères Grimm se déploie dans la création de l’Atelier Théâtre Actuel. En mêlant la magie, la musique, les marionnettes, le Cabaret Grimm, adapté et mis en scène par Ned Grujic, embarque son public au pays des princes, des princesses, des ogres et des loups. le 7 mai Salle Émilien Ventre, Rousset 04 42 29 82 53 www.rousset-fr.com

JT H E U É N Â ET R PE U B L I C

Et si avant d’être «découverts» par Christophe Colomb, les Amérindiens avaient découvert l’Europe ? Le monde sans le tout (Il mondo senza il tutto) conte cette histoire, celle d’un voyage «à l’envers», d’ouest en est, d’un habitant du Nouveau Monde qui débarque sur l’Ancien. À partir d’un texte de l’Italien Norberto Cenci, Fabrizio Cenci, son frère, joue cette version des faits, portée par la compagnie Skappa et mise en scène par Isabelle Hervouët.

Le Petiloquent Moustache Comédie Club les 15 et 16 avril Le Gymnase, Marseille 08 2013 2013 www.lestheatres.net

du 17 au 19 avril Théâtre Massalia, Marseille 04 95 04 95 75 www.theatremassalia.com

PetitOpus La compagnie Éclats, spécialisée dans la création

© Corbaks

P R O G R A M M E

Le Grandiloquent c’est pour les grands. Inévitablement, Le Petitloquent, c’est pour les petits. Astien, Ed Wood et Mathurin des Côtes du Nord sont les interprètes de ce Moustache Poésie Club. Malgré leur pilosité d’adulte, les trois compères sont revenus dans la cour d’école. Ils invitent le jeune public à jouer avec eux et à devenir des enfants-poètes. Leur slam, posé sur des textes pleins d’humour, de rythme et de poésie, embarque les enfants dans un univers déjanté.

musicale, présente PetitOpus, où se mêlent théâtre et musique. Avec ses deux harpes, la petite et la grande, Eloïse Labaume joue trois pièces musicales de Bernard Cavanna, mais aussi de petites œuvres de théâtre musical de Georges Aperghis et d’Aurelio Edler-Copes. Un spectacle fait de voix, de sons, de mélodies, de mouvements et d’émotions, à découvrir au Théâtre Massalia ou en tournée du 5 au 9 mai dans les crèches et écoles de Marseille. le 10 mai Théâtre Massalia, Marseille 04 95 04 95 75 www.theatremassalia.com

Pantin Pantine

Mino Mushi Au milieu des dunes d’un désert, la compagnie Le

chat perplexe propose un voyage chorégraphié et poétique. Le son du sable ou des bambous accompagne cette création, aux frontières de la danse, de la musique et du théâtre. Les trois interprètes féminines passent d’un univers à l’autre, avec des références asiatiques pour point commun. Le spectacle sera présenté à la salle des fêtes de Venelles dans le cadre du Festival Mon Echappée Belle. le 18 avril Salle des fêtes, Venelles 08 99 02 43 98 www.venelles.fr

© Jean Radel

À force de tout faire trop vite, voilà que ce petit enfant fait une grave chute de vélo. Dès lors, plus rien ne sera comme avant. Créée à partir du conte musical d’Allain Leprest et Romain Didier, Pantin pantine est une co-production entre l’Éducation Nationale et la Mairie des 13e et 14e arrondissements de Marseille. Les musiciens du groupe Présence accompagnent le chœur, composé de classes de l’école Vayssière et de l’école de La Viste. Les danseurs viennent de l’école Malpassé Les Lauriers. Clothilde Quin, intervenante musicale en milieu scolaire, joue les chefs de chœur, et Jean-Yves Lievaux, du groupe Alcaz, est le conteur du spectacle. du 16 au 18 avril Espace Culturel Busserine, Marseille 04 91 58 09 27 www.mairie-marseille1314.com

© J.P. Vergonzanne

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© Mathias Glikmans

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Cyrano de Bergerac La République des... Hansel et Gretel Et si l’apprentissage de la citoyenneté commençait au théâtre ? Deux comédiens entrent en scène et annoncent qu’une nouvelle nation vient d’être créée. Mais il faut d’emblée fixer des règles. Qui dirigera ? Les deux interprètes se présentent aux élections et invitent le jeune public à se transformer en peuple souverain. C’est la naissance de La République des enfants. En 2012, la compagnie italienne Teatro delle Briciole, était accueillie en résidence au Pôle Jeune Public du Revest. Deux ans plus tard, ils présentent la version finale de leur spectacle.

Mauvaise herbe Ce vieil homme qui va bientôt mourir s’accroche

le 17 mai Salle culturelle, Simiane-Collongue 04 42 22 62 34 www.simiane-collongue.fr

© Jean-Michel Echemaïté

Le Pop-up Cirkus

à son rêve éternel : voler. Son chemin croise celui d’un enfant qui va partager avec lui les derniers moments avant le grand saut. C’est l’histoire de cette éphémère amitié que nous conte Mauvaise herbe. Sur un texte de Raoul Pourcelle et Serge Boulier, qui signe également la mise en scène, les comédiens laissent parfois place aux marionnettes et vice-versa. Création de la compagnie Bouffou Théâtre, conseillée à partir de 9 ans. le 7 mai Théâtre de l’Olivier, Istres 04 42 56 48 48 www.scenesetcines.fr

Cabaret couleur Les créations de la Compagnie À suivre À la manière d’un livre pop-up, ces ouvrages où les dessins se déplient en trois dimensions, la compagnie Théâtre L’Articule propose une création autour de l’univers du cirque. Dans Le Pop-up Cirkus, Fatna Djahra, accompagnée à la mise en scène par Titoune Krall du Cirque Trottola, donne vie à un chapiteau et aux personnages qui l’animent. Les marionnettes, créées par Einat Landais, emportent les tout petits et les plus grands dans ce tour de piste. les 14 et 17 mai Les Salins, Martigues 04 42 49 02 00 www.theatre-des-salins.fr

mêlent théâtre, arts du cirque, musique, conte et marionnettes. Dans Cabaret couleur, les artistes enchaînent les numéros jusqu’à ce que la disparition de la chanteuse interrompe brutalement le spectacle. Vingt ans plus tard, les mêmes se retrouvent. Ils n’ont rien oublié de leur art ni de leur complicité, le spectacle reprend comme si de rien n’était. Ou presque. Car il faut bien chercher à comprendre comment tout cela a pu arriver. le 29 avril Le Sémaphore, Port-de-Bouc 04 42 06 39 09 www.theatre-semaphore-portdebouc.com

45 © La Cordonnerie

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C’est la crise financière des années 70. Hansel et Gretel, deux vieux magiciens à la retraite, vivent dans une caravane avec leur fils Jacob, au chômage depuis un an. L’argent manque cruellement. Comment Jacob va-t-il pouvoir continuer à nourrir ses parents ? Une version revisitée du conte des Frères Grimm, qui inverse les rôles et interroge notre rapport aux personnes âgées. Une création de la Cie La Cordonnerie, présentée sous forme de ciné-spectacle, à voir dès 6 ans. le 20 mai Théâtre de Cavaillon 04 90 78 64 64 www.theatredecavaillon.com

Hansel et Gretel Dans leur tout petit théâtre, les Frères Meren-

doni, descendants d’une fameuse famille de marionnettistes italiens, jouent le classique des Frères Grimm. Hansel et Gretel, piégés par leurs parents, sont abandonnés dans une terrible forêt. Les deux Turinois, Pasquale Buonarota et Alessandro Pisci, présentent ici leur dernière création, s’amusent à brouiller les pistes et jouent le théâtre dans le théâtre. Tout n’est pas vraiment vrai mais rien n’est vraiment faux. le 18 avril Théâtre Durance, Château-Arnoux 04 92 64 27 34 www.theatredurance.fr © X-D.R.

© X-D.R.

L’œuvre d’Edmond Rostand est, paraît-il, la pièce de théâtre la plus jouée au monde. La compagnie Le Souffle propose sa version de Cyrano de Bergerac, dans une mise en scène signée Bruno Deleu. Incluant les codes du cirque (jonglage, acrobatie), de l’art des masques et de l’escrime, cette création présente une particularité : celle de confier le rôle de Cyrano à deux interprètes. Une manière de restituer les contradictions et même la folie qui hantent ce personnage légendaire.

La République des enfants le 14 mai Théâtre de Fos 04 42 11 01 99 www.scenesetcines.fr le 17 mai Théâtre La Colonne, Miramas 04 90 50 66 21 www.scenesetcines.fr le 20 mai Pôle Jeune Public, Le Revest-les-Eaux 04 94 98 12 10 www.polejeunepublic.fr le 23 mai La Croisée des Arts, Saint-Maximin 04 94 86 18 90 www.st-maximin.fr

P R O G R A M M E J E U N E P U B L I C


Molin-Molette

IstanbulFestivalScènes… Monsieur, Blanchette… Faudrait être un âne © X-D.R

Molin Molette © Jean-Pierre Estournet

P R O G R A M M E Un couple de chercheurs, moitié fous, moitié clowns, élève des ressorts en laboratoire et fabrique du silence. Mais les matières qu’ils travaillent sont bien trop capricieuses. Comment maîtriser des ressorts, qui ne pensent qu’à rebondir, et le silence, qui ne rêve que d’être brisé ? Qu’importe, il en faut plus pour décourager Molin et Molette, grands spécialistes en indiscipline scientifique. Sur un texte de Pierre Meunier, de la compagnie La Belle Meunière, cette expérience hors norme est à découvrir à partir de 6 ans.

Istanbul Festival Scènes Grand Écran Le sort de Karagöz, Faudrait être un âne, Divines Absurdités le 16 mai Théâtre Liberté, Toulon 04 98 00 56 76 www.theatre-liberte.fr

le 14 mai Théâtre Durance, Château-Arnoux 04 92 64 27 34 www.theatredurance.fr

Le Petit Poucet

Ce petit Poucet-là n’a pas de frères, il est l’enfant unique de ses parents. Mais l’argent fait défaut, alors après tout, quoi de mieux qu’une partie de cache-cache improvisée en forêt ? Ses parents pourront enfin prendre un peu de bon temps. Et Poucet découvrira l’univers de confort et d’abondance de l’ogre et de l’ogresse. Dans cette relecture décalée du conte de Perrault, l’auteur et metteur en scène Laurent Gutmann, dénonce les travers de notre société de consommation et de loisirs à outrance. Un spectacle grinçant et drôle, à apprécier à partir de 8 ans. le 7 mai La Passerelle, Gap 04 92 52 52 52 www.theatre-la-passerelle.eu

© Pierre Grobois

JT H E U É N Â ET R PE U B L I C

Pendant la 9e édition du Festival Scènes Grand Écran de Toulon, consacré cette année à Istanbul, le jeune public sera également de la fête. Programmés par le Pôle Jeune Public, les spectacles se joueront au théâtre Liberté. C’est le théâtre d’ombres traditionnel de Turquie qui sera mis à l’honneur avec deux représentations très différentes. Rûsen Yildiz, un montreur d’ombres, et Pierre Blanchut, un musicien, en seront les interprètes. Le sort de Karagöz, à voir dès 6 ans, conte l’histoire de Karagöz et d’Hacivat. Le premier n’a plus de langue, le second n’a plus d’oreilles. Tous deux sont condamnés à vivre comme des siamois pour communiquer avec le monde et essayer de faire fortune. Dans Faudrait être un âne, le personnage de Nasr Eddin Hodja, héros des légendes turques, est au cœur de l’action. Le récit de ses aventures, à mi-chemin entre le conte pour enfants et la philosophie, mène à la réflexion sur la foi, le destin, l’amour ou la mort. À partir de 12 ans.

Monsieur aimerait élever paisiblement son troupeau de chèvres. Mais son voisin le loup est bien trop gourmand pour lui laisser ce plaisir. Que se passera-t-il si Monsieur ramène une vache ? La belle Blanchette, n’est pas «comme les autres». Elle est très curieuse et Monsieur a bien du mal à contenir sa soif de liberté. Dans son adaptation du récit d’Alphonse Daudet, le dramaturge José Pliya transporte l’histoire en Guadeloupe. Mais en Provence comme aux Antilles, un loup reste un loup... Monsieur, Blanchette, et le loup les 23 et 24 avril Théâtre Le Forum, Fréjus 04 94 95 55 55 www.aggloscenes.com

Babayaga

© Davide Venturini

A U

© Danielle Vendé

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La Babayaga, légendaire personnage des contes russes, est une ogresse sauvage qui aime les enfants quand ils sont bien cuits. Une petite fille, contrainte de quitter sa famille, doit se rendre dans la maison de la terrible sorcière. Ses rencontres en chemin suffiront-elles à la protéger du féroce appétit de Babayaga ? La compagnie italienne TPO signe une chorégraphie adaptée de cette fable traditionnelle. Les peintures de Rebecca Dautremer, illustratrice de l’ouvrage qui a inspiré le spectacle, projetées sur scène, enrobent les danseuses d’un voile rougeâtre ajoutant une dimension poétique à cet univers inquiétant et mystérieux. le 7 mai Théâtre de Grasse 04 93 40 53 00 www.theatredegrasse.com


Travellings

Tendance Clown Créé par le Daki Ling, le festival Tendance Clown continue

de rayonner et de mettre à l’honneur le clown contemporain dans la cité phocéenne grâce à un réseau de partenaires, dont l’implication historique de Karwan, qui s’enrichit année après année. Sur 25 représentations proposées sur près de 3 semaines, 12 seront offertes gratuitement, au Parc Maison Blanche, au Parc Longchamp et aux Halles Delacroix. Il sera ainsi possible de découvrir, dès le 8 mai, Barbe Bleue assez bien racontée, l’hilarant Out ! (Air Tennis), ou une tragi-comédie sur la fin des comiques dans Les Démodés. L’évènement débute le 1er et 2 mai avec Valérie Véril qui détourne un conte africain, façon 26 000 Couverts dans Attifa de Yambolé, accompagnée en première partie de la clown Carole Fagès. La compagnie marseillaise Kitschnette présentera sa nouvelle création Road Tripes, à La Friche (le 3 mai), au Parc Longchamp (le 10) et, en partenariat avec Karwan, à la Cité des Arts de la Rue (le 14 mai dans le cadre du Réseau Inter Régional Rue). Une déambulation jubilatoire, philosophique (et gratuite) de Pierre Pilatte, Be Claude, embarquera les spectateurs du Cours Julien aux grilles du Conservatoire, où dans la cour intérieure ce 9 mai, la Cie La Chouing poursuivra sa recherche sur l’humain dans Ainsi soit-il ! Retour au Jardin des Muses avec les Pompes funestes, une cérémonie clownesque à l’humour noir, et une conférence drolatique dans le Gai savoir du clown. Dans Eliane, entrez dans un tableau de maître avec quatre femmes qui redéfinissent un visage de femme kaléidoscopique. Le provocateur et anarchique Jango Edwards clôturera cette 9e édition au Théâtre Nono, pour une date unique en France, accompagné par la clown catalane Cristi Garbo. Une légende !

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du 1 au 18 mai Divers lieux, Marseille Réservations www.espaculture.net Au Daki Ling dès le 1er avril 45 A rue d’Aubagne Attifa © Véronique Hallard

Après Champ harmonique et Métamorphoses, temps forts conçus dans le cadre de MP13, Lieux publics lance une nouvelle programmation, invitant neuf compagnies et artistes européens pour des regards en mouvement sur la ville dans le quartier Canebière-Belsunce-Réformés-Parc Longchamp. En complicité artistique avec l’agence touriste et dans le cadre du réseau européen pour la création en espace public In Situ, dix spectacles déambulatoires offriront des manières différentes de circuler et arpenter Marseille, à partir du haut de la Canebière, point de départ de tous les parcours artistiques. En ouverture et clôture de l’évènement, un diptyque de l’agence touriste autour de la marche artistique et de la dérive dans la ville : Sirènes et midi net (le 7 mai à midi) avec Go East (l’échauffement) pour préparer une échappée urbaine pleine de sens et de détours (le 11 mai), Go East (le voyage). Entre-temps, entrez dans un réseau social virtuel avec Like me de Judith Hofland ; découvrez l’œuvre plastique de Maria McCavanna, Dot to Dot, un parcours autour de la mémoire créé à l’échelle européenne ; vivez la performance hybride C.a.p.e. de CREW, armés de lunettes vidéo et d’écouteurs pour découvrir un ailleurs virtuel. Suivez également l’émeute poétique Tape Riot, proposée par le collectif d’artistes Asphalt Piloten, entre distorsion physique urbaine et intervention chorégraphique qui ravivent le quotidien ; installez-vous dans une boîte noire mobile pourvue d’une vitre sans taint et devenez le témoin d’un paysage urbain expérimental dans Birdwatching 4x4 ; écoutez les récits recueillis autour d’un immeuble du centre de Marseille dans Hello and Goodbye ; ou un récital de pop-music en suivant les cinq artistes chanteurs hongrois de HOPPart dans Scale 1/5 ; et enfin, à partir des répertoires des chorales marseillaises, déambulez dans la galerie de tableaux en mouvement offerts par la compagnie tchèque Stage code. du 7 au 11 mai Lieux publics, Marseille 04 91 03 81 28 www.lieuxpublics.com

Rien n’est moins sûr… Le Collectif de la Bascule porte bien son nom… car tout le spectacle

se construit autour de cet objet dont on déconstruit le fonctionnement au fur et à mesure que le temps s’écoule ! Haute voltige, acrobaties vertigineuses, portés inattendus, en haut, en l’air et en travers un saut surgit… et ça redémarre ! Pas de répit, ni pour les yeux, ni pour le souffle ! Rien n’est moins sûr (mais c’est une piste) le 30 avril Forum de Berre 04 42 10 23 60 www.forumdeberre.com

P R O G R A M M E C I R Q U E R U E


novatrice et pleine d’humour, nourrie par plusieurs disciplines artistiques. Contorsion, équilibre précaire sur les mains, l’artiste brouille les repères, accompagné par la vidéo, la lumière et une musique envoûtante qui font chavirer les sens dans une rêverie qui devient évidence. Dans le cadre des Nomade(s) de la Scène nationale de Cavaillon. le 16 mai Espace Folard, Morières-les-Avignon le 17 mai Salle de l’Espacier, Noves le 19 mai Espace Jardin de Madame, Oppède le 20 mai Salle de l’Arbousière, Châteauneuf-deGadagne Théâtre de Cavaillon 04 90 78 64 64 www.theatredecavaillon.com

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le 6 mai Pôle Jeune Public, Le Revest-les-Eaux 04 94 98 12 10 www.polejeunepublic.fr

La Vieille le 13 mai L’Homme du dehors le 20 mai Théâtre d’Arles (dans la ville) 04 90 52 51 51 www.theatre-arles.com

Happy manif Déambulation chorégraphique joyeuse et décalée

propice à la bonne humeur générale, le spectacle est un jeu de rôle grandeur nature. Casque sur les oreilles, les participants suivent des indications loufoques et joyeuses de déplacement et d’actions données par David Rolland, artiste atypique qui transforme tout en piste de danse, et deviennent interprète d’une partition urbaine des plus originales sur des rythmes électro-pop. les 16 et 17 mai Théâtre d’Arles (dans la ville) 04 90 52 51 51 www.theatre-arles.com

Gramoulinophone Ce drôle de nom est à la hauteur de l’expérience Qui-vive Maître dans l’art de la magie nouvelle, Thierry promise : trois personnages, mi clowns, mi comédiens, et une tortue (!), invitent à s’acoquiner au merveilleux, à l’étrange, dans un ailleurs peuplé de trucages, de phénomènes optiques, sonores et mécaniques… La Cie 2 rien merci fait de sa baraque de foire un espace de découvertes… les 15 et 16 mai La Passerelle, Gap 04 92 52 52 52 www.theatre-la-passerelle.eu

Collet, accompagné par l’italien Carmelo Cacciato et le belge Kurt Demey, offre une véritable expérience autour de la manipulation des consciences. «Je ne fais pas de la magie pour endormir les gens, mais pour les réveiller», explique le concepteur du projet. À nous de rester sur notre qui-vive pour déjouer les effets psychologiques, ou plonger dans l’art de l’illusion. Bluffant ! le 13 mai La Croisée des Arts, Saint-Maximin 04 94 86 18 90 www.st-maximin.fr les 20 et 21 mai La Passerelle, Gap 04 92 52 52 52 www.theatre-la-passerelle.eu

Lune Air Clown, mime, bruiteur, Julien Cottereau est

Azimut Pyramides humaines, acrobaties en cercle,

tradition de la troupe du Groupe acrobatique de Tanger, au Maroc, se frottent à la composition contemporaine sous l’impulsion d’Aurélien Bory. Un spectacle qui se fraiera un chemin à travers un Tanger en pleine mutation, où les acrobates diront «la fragilité de leur existence» et leur inébranlable volonté de pratiquer leur art ancestral en le confrontant au monde azimuté qui les entoure. le 17 avril Théâtre Liberté, Toulon 04 98 00 56 76 www.theatre-liberte.fr

tout cela à la fois et encore plus. Sa nouvelle performance conduit le public dans un univers onirique où l’invisible devient sensible, agrémenté de vidéo et effets numériques utilisés à bonne dose. Un illusionniste de talent qui utilise la délicatesse, la démesure et le rire pour décrocher la lune. La poésie se partage : une expérience à voir en famille ! les 16 et 17 mai Théâtre de Grasse 04 93 40 53 00 www.theatredegrasse.com © AFP

R U E

La Cie de l’ambre présente à Arles deux des épisodes du Grand ordinaire, des spectacles déambulatoires sous forme de feuilleton théâtral, pictural et musical écrits et mis en scène par Claudine Pellé, en peinture par Chris Voisard et en musique par Olivier Migniot. Dans ces portraits de vie ordinaire il y a La vieille (impressionnante Mireille Mossé), dont la vie s’expose dans ce récit qui dit l’urgence, les souffrances et les joies de celle qui raconte ses visites à son dernier fils emprisonné, sa poule sous le bras. Cette histoire poignante, poétique, reste comme suspendue dans l’air ambiant au fil de la déambulation. Le deuxième volet de ce feuilleton (la Cie présente-là une étape de travail, la première aura lieu le 31 mai lors du Festival Chaud Dehors à Aubagne) raconte le fils de la vieille, L’Homme du dehors (Éric Pécout). L’écriture magnifique et particulière de Claudine Pellé remonte le temps, pour dire la vie de ce chauffeur routier qui un jour «ramasse» une fille de l’Est, sans papiers, et atterrit en prison sans qu’on ne sache encore pourquoi...

© Jean-Pierre Estournet

C I R Q U E

Les trois acrobates du Cirque Inextrémiste, en équilibre sur un capharnaüm de planches posées sur des bouteilles de gaz, embarquent le public dans un monde perpétuellement menacé d’effondrement. Quand solidarité et entraide créent, malgré les obstacles improbables, un nouvel équilibre qui défie les lois précaires.

© Do.M

P R O G R A M M E

© Clément Martin

Le Grand ordinaire Intérieur nuit Extrémités Jean-Baptiste André crée une première œuvre


Supersonic

Le saxophoniste Thomas de Pourquery revient à Marseille, en bonne compagnie, entouré de cinq musiciens de haut-vol, pour rendre, à sa manière difficilement classable (jazz, musique du monde, chanson…), un hommage à une figure illuminée et géniale de l’histoire du jazz. Sun Ra était un chantre du freejazz, pianiste et compositeur, autant qu’une espèce de gourou aux idées mystiques et farfelues. Tout un univers familier à son disciple, tant stylistique qu’insolite, revisité avec force et jubilation au goût électro-jazz !

Le Roi d’Ys

50 A U P R O G R A M M E M U S I Q U E

Festival Les Musiques

Durant une dizaine de jours, le Gmem-Centre National de Création-Marseille, dirigé depuis 2011 par Christian Sébille, propose une série d’événements qui, non seulement tracent des chemins originaux en matière de recherche et de création contemporaines, mais mettent également en jeu les domaines, fédèrent les potentialités et talents régionaux pour un rayonnement national et international de l’art d’aujourd’hui. Ainsi on pourra écouter en ouverture, pour quatre concerts, les Orchestres Régionaux de Cannes et Avignon Provence dans des concertos et pièces symphoniques modernes (le 7 mai à partir de 18h30. La Friche), des récitals de piano ou alto seuls au déjeuner (les 9 et 16 mai. Salle Musicatreize à 12h30), découvrir un spectacle mêlant «musique et design culinaire», (Sensitivexplosion, le 9 mai à 19h. La Friche), une chorégraphie gémellaire aux sons de Luc Ferrari (Twin Paradox le 9 mai à 21h. La Friche), l’art de Bernard Cavanna décliné pour 18 instruments (le 10 mai à 20h30. Merlan), ou des Matins sonnants recyclant mots et musiques (le 11 mai à 11h. Opéra). Après un conte musical japonais par l’ensemble L’Instant donné (le 13 mai à 19h. Théâtre Joliette-Minoterie), on entre dans la seconde partie de la manifestation avec de la musique de chambre d’aujourd’hui pour électronique et dispositif technologique et un «opéra-chantier» signé Eryck Abecasis & Olivia Rosenthal (le 14 mai à 19h et 21h. La Friche), l’école «spectrale» par l’Ensemble Télémaque (le 17 mai à 18h. La Friche) et Vortex Temporum sextuor de Gérard Grisey (les 16 et 17 mai à 20h30. Silo). Un cabinet moderne de «curiosités» ! MARSEILLE. Du 7 au 17 mai 04 96 20 60 10 www.gmem.org Conversations musicales avec le Gmem : rencontre avec Bernard Cavanna (le 3 mai à 17h) et Georges Bœuf pour (14 mai à 17h). Alcazar. Salle de conférence (entrée libre)

© Cyrille Sabatier

MARSEILLE. Le 6 mai à 20h30. Gymnase 08 2013 2013 www.lestheatres.net

Edouard Lalo fait partie de cette pléiade de musiciens qui ont fait la richesse de la musique française de la seconde partie du XIXe siècle. Avec son Concerto pour violon, la Rhapsodie espagnole, le ballet Namouna, ou son opéra Le Roi d’Ys, il laisse à l’histoire musicale de beaux chefs-d’œuvre, originaux, mêlant une opulence orchestrale (il fut comme beaucoup un grand admirateur de Wagner) à un goût pour les folklores. Son magnifique opéra, trop rarement joué, est de cette veine romantique, au souffle épique. Le Roi d’Ys met en scène une histoire d’amour (forcément) contrariée dans un Moyen-Âge breton dont l’argument est tiré d’une légende rapportant que la ville d’Ys, capitale de Cornouaille, aurait été engloutie par les eaux. On loue à nouveau la direction artistique de l’Opéra de Marseille qui, au fil des saisons, défend ce beau répertoire national, souvent (et grossièrement, car il est très accessible au grand public) négligé. Les deux princesses Margared (Béatrice Uria-Monzon) et Rozenn (Inva Mula) aiment le même homme, le chevalier Mylio (Florian Laconi). De là naît une jalousie qui finira… en tsunami ! Et l’on se laisse emporter dès les premières mesures de la longue Ouverture symphonique, des scènes de chœurs et de somptueux airs dont le plus célèbre reste l’aubade pour ténor «Vainement ma bien aimée…». Quant à la distribution dirigée par Lawrence Foster : elle parle d’elle-même ! À ne pas manquer !

Christophe Desjardins © Eric Besnier

MARSEILLE. Les 10, 13, 15 mai à 20h et le 18 mai à 14h30 Opéra 04 91 55 11 10 http://opera.marseille.fr Rencontre à l’Alcazar en présence des chanteurs et du plateau technique le 26 avril à 17h. Salle de conférence (entrée libre)

Sandrine Piau

Au sortir du Festival Mars en Baroque (voir article p. 30), Jean-Marc Aymes et son ensemble Concerto Soave, qu’il dirige du clavier (orgue ou clavecin) avec une efficacité toute de finesse discrète, retrouve une belle partenaire que les Marseillais connaissent bien. La réputation de la soprano Sandrine Piau dépasse pour le moins les sphères locales puisqu’elle se produit, depuis longtemps déjà, sur les scènes prestigieuses, de par le monde et au-delà même du cercle baroque. C’est cependant dans ce domaine qu’on l’entend pour un récital où elle chante Les héroïnes chez Haendel. Amour & Pouvoir se mêlent dans de grands airs tirés des opéras Giulio Cesare, Alcina, Tamerlano, Scipione où la splendeur vocale, les prouesses techniques rivalisent avec le merveilleux tapis instrumental que déroule sous les vocalises le maître saxon de l’opéra italien. MARSEILLE. Le 13 mai à 20h. Auditorium du Pharo Réservation La Criée 04 91 54 70 54 www.theatre-lacriee.com En partenariat avec Marseille Concerts (www.marseilleconcerts.com)


Impression soleil couchant

Après Bon anniversaire Max !, un ciné-concert dont la musique a été composée par Raoul Lay en vue d’illustrer trois d’épisodes muets de Max Linder (le 2 mai à 19h30. PIC à l’Estaque, 04 91 39 29 13 www.ensemble-telemaque.com), on retrouve l’Ensemble Télémaque dans le cadre du Festival Les Musiques (voir annonce ci-contre). Autour de l’œuvre de Tristan Murail, Impression soleil couchant composée d’après la série de tableaux de Monet sur la cathédrale de Rouen représentée aux différentes heures du jour, s’articule un beau programme de pièces se référant à l’école dite «spectrale» qui a fait date en France il y a une trentaine d’années. Une façon de pénétrer par un jeu de composition sur les harmoniques des sons (ou partiels) à l’intérieur du phénomène acoustique ! De la physique appliquée aux sensations… physiques ! MARSEILLE. Le 18 mai à 18h. La Friche 04 96 20 60 10 www.gmem.org

Festival de la cornemuse

Eric Montbel © F.X. Rosanvallon

À la Cité de la Musique on explore les musiques du monde. Après la musique des Balkans et une soirée festive en compagnie du Collectif Balkan’ail (le 19 avril. La Cave), on retrouve au joli mois de mai un instrument sur lequel on porte le regard (et les oreilles !) le temps d’un festival : la cornemuse. Cet instrument à vent constitué d’un réservoir d’air en peau que l’on presse du bras, tout en manipulant les tuyaux qui en débouchent, est souvent associé au kilt écossais… Cependant il est répandu dans l’Europe entière. Les curieux et amateurs suivent le parcours proposé en quelques étapes : Cornemuse bulgare (Bulgar unplugged) et irlandaise (Triskells, le 20 mai à 20h30), Musettes baroque et de cour avec l’indéfectible lien entre répertoires populaire et savant (le 23 mai, conférence de Jean-Pierre Van Hees à 18h et concert à 20h30), Désirs chroniques et Etsaut pour des musiques métisses, innovant entre jazz, traditions et world music (le 24 mai à 20h30). On quitte alors l’Auditorium de la Porte d’Aix pour conclure par un grand «Balèti» où le public est invité à danser, un dimanche en la belle Bastide de la Magalone (le 25 mai à 15h30). J.F. MARSEILLE. Du 20 au 25 mai 04 91 39 28 28 www.citemusique-marseille.com Hors-les-murs : conférence musicale d’Eric Montbel, chercheur et sonneur de cornemuse : origines, «parcours» de l’instrument de l’antiquité à nos jours… Le 22 mai à 17h30 à l’Alcazar. Auditorium (entrée libre)


52 A U P R O G R A M M E M U S I Q U E

Les cloches sonnent au GTP lors du week-end pascal (du 18 au 21 avril) avec les présences annoncées de stars de plateaux musicaux comme Myung-Whun Chung à la tête de l’Orchestre Philharmonique de Radio France, les pianistes Nicholas Angelich, Bertrand Chamayou ou le chef charismatique Gustavo Dudamel, le violoncelliste Yo-Yo Ma… Mais le Festival de Pâques à Aix-en-Provence (en deux éditions il a acquis une réputation d’excellence planétaire) ne s’arrête pas en si bon chemin. Pendant la semaine restante, on pourra entendre encore les pianistes David Kadouch, Martha Argerich, Mikhail Pletnev, les violoncellistes Henri Demarquette, Ophélie Gaillard… sans oublier le directeur artistique de la manifestation : le violoniste Renaud Capuçon. AIX. Jusqu’au 27 avril au Grand Théâtre de Provence et Jeu de Paume 08 2013 2013 www.lestheatres.net www.festivalpaques.com

François-Benoit Hoffmann (terminé par Léon Halevy) ayant pour siège la Cité des papes où se livre, au 19e siècle, une «guerre» récurrente entre les opéras français et italien. Avec le soutien du Palazzetto Bru Zane qui effectue un travail remarquable en matière de re-découverte de l’opéra romantique français (le 18 avril à 20h30. Opéra). Un mois plus tard on retrouve la belle production, vue aux Chorégies d’Orange et à l’Opéra de Marseille, du diptyque vériste Cavalleria Rusticana & Pagliacci. Place aux grandes voix de Jean-Pierre Furlan qui joue (comme Alagna dans ce mêmes emplois) Turridu et Canio, Seng Youn Ko, Nino Surguladze, Brigitta Kele… Larmes garanties !

Une douzaine durant, l’équipe du Méjan, dans l’acoustique intime de sa chapelle, permet au jazz d’aujourd’hui de dévoiler ses rythmes, mélodies, au gré d’improvisations et de rencontres avec des musiciens reconnus, et de découvrir de nouveaux talents. Pour sa 19e édition, Jazz in

TOULON. Le 26 avril à 20h30. Temple Protestant Dans le cadre de MARSEILLE. Le 29 avril à 20h. Temple Grignan En partenariat avec Marseille Concerts (www. marseilleconcerts.com) Répétition ouverte au public de 16h à 18h au Château Borély (entrée libre) 06 73 30 23 62 www.desequilibres.fr

«Mon cœur se recommande à vous»

AVIGNON. Le 18 mai à 14h30 et le 20 mai à 20h30. Opéra 04 90 82 81 40 www.operagrandavignon.fr

Macbeth

À Toulon, on célèbre Verdi et son Macbeth (1847) shakespearien, drame à la fois fantastique et cruel, où le beau chant porté par le souffle romantique du compositeur italien (alors trentenaire) rayonne. C’est Jean-Louis Martinoty qui signe la mise en scène de cette coproduction des Opéras Nationaux de Bordeaux et de Lorraine. TOULON. Les 25, 29 avril à 20h et le 27 avril à 14h30. Opéra 04 94 92 70 78 www.operadetoulon.fr

Jazz in Arles

et Edouard Sapey-Triomphe (violoncelle)donne un beau programme alliant les deux classiques Mozart, Schubert et sans doute une découverte pour la plupart des amateurs musique de chambre : Erno Dohnányi.

LovingSuite © Cyril Crespeau

Arles propose des affiches variées. On débute avec une lecture de l’écrivain Michel Butor (récitant) en dialogue musical avec le pianiste américain Marc Copland (le 12 mai à 20h30), on poursuit avec un apéro-concert en duo : Airelle Besson (trompette) & Nelson Veras (guitare) (le 17 mai à 18h30. gratuit). C’est ensuite Thrill Box et l’accordéoniste Vincent Peirani en trio (le 20 mai à 20h30), la Loving Suite pour Birdy So de Roberto Negro avec la chanteuse Elise Caron (le 21 mai à 20h30), le couple «free» Sylvie Courvoisier (piano) & Mark Feldman (violon) (le 22 mai à 20h30), l’inclassable pianiste Carla Bley et son trio (le 23 mai à 20h30), pour une clôture en compagnie de Louis Sclavis et ses anches moulées dans le clavier de René Bottlang (le 24 mai à 20h30). Un festival qui ménage aussi une place aux «petits oreilles» (scolaires le 19 mai) et une rencontre gratuite à la Médiathèque avec le groupe Wood (le 17 mai à 16h30). ARLES. Du 12 au 24 mai. Méjan 04 90 49 56 78 www.lemejan.com

Les Voix animées © Cécilia Montesinos

Yo-Yo Ma & Kathryn Stott © Todd Rosenberg

Festival de Pâques… En Avignon Trio à cordes On découvre d’abord une rareté : un opéra-co- L’ensemble Des Equilibres, dans un trio suite et fin mique en un acte Le dilettante d’Avignon de -Agnès Pyka (violon), Blandine Leydier (alto)

Après la création Folia dans le cadre de la Résidence d’artistes au Collège Frédéric Montenard à Besse-sur-Issolle et un Voyage musical et poétique dans l’Europe de la Renaissance à la suite d’Erasme (le 18 avril à 20h30), les cinq voix a cappella de l’ensemble varois Les Voix Animées (dir. Luc Coadou) reprennent leur cycle de concerts Entre pierres et mer (3e édition). C’est dans le cadre historique de l’Abbaye du Thoronet, unique et magnifique, dont l’acoustique exceptionnelle est notoirement mentionnée dans le moindre des guides touristiques, et à la Cathédrale de Toulon (dans le cadre du Festival Art et Foi) qu’ont lieu les deux premiers concerts d’une série consacrée à l’œuvre de Roland de Lassus, l’un des plus éminents musiciens de la Renaissance qui parcourut l’Europe de Mons (école franco-flamande) à Munich ou Rome… Ce sont ces étapes de création qu’on découvre, mises en perspectives avec des musiques du temps. Au mois de mai on découvre donc de la Musique sacrée à Munich, ses Motets et la Messe (parodie) «Mon cœur se recommande à vous» d’Eccard. JACQUES FRESCHEL LE THORONET. Le 18 mai à 18h45 Abbaye 06 51 63 51 65 TOULON. Le 23 mai à 20h. Cathédrale 04 914 89 41 70 www.lesvoixanimées.com (à voir : leur web-séries originales et humoristiques !) jusqu’au 6 juillet


Miossec

Miossec © Didier Olivré

Les Mercredis de Montévidéo

Ces rendez-vous des mercredis soirs, de 19h30 à minuit (pile !), programmés autour des arts et des écritures contemporaines, des musiques improvisées et actuelles, sont aussi l’occasion de partager un moment de convivialité entre amis, autour d’un verre et d’une assiette. À suivre le 16 avril, une lecture du texte Des territoires de et avec Baptiste Amann, Solal Bouloudnine, Samuel Réhault, Lyn Thibault et Olivier Veillon. Le 23 avril, DJ set de Philippe Petit, et le 30, Nicolas Maury présentera le monologue Le garçon cousu, de Liliane Giraudon, mis en scène par Robert Cantarella.

Le chanteur breton, 20 ans de carrière au compteur, présente son nouveau répertoire, accompagné par cinq musiciens de différentes nationalités. Avec son dernier album Ici-bas, ici même (sortie 14 avril), composé chez lui dans le Finistère Nord, «l’écorché de la chanson française» continue d’allumer la mèche «sans se cacher derrière l’électricité», un piano, une contrebasse et un marimba accompagneront sa voix chuchotante. le 6 mai Les Salins, Martigues 04 42 49 02 00 www.theatre-des-salins.fr

Le garçon cousu, Nicolas Maury © Nhu Xuan Hua

Kadans Caraïbe

Après L’homme à la Caméra et Maciste, larguons les amarres avec le nouveau ciné-concert d’Archipass, sur le film muet La Croisière du Navigator de Buster Keaton. Aguerri, l’inventif duo (Nicolas Chatenoud et Guillaume Saurel) promet une composition musicale inspirée et enrichie par le jeu à multiples facettes d’un Keaton milliardaire excentrique et amoureux, qui manifeste un véritable génie de l’absurde. Violoncelle, guitare, basse, sampler, bruitages, fourniront la matière aux situations clownesques et rebondissements effrénés, dont pourra se réjouir le jeune public (mais pas uniquement), le ciné concert ayant intégré le dispositif Ecole et Cinéma. À revoir au festival Off d’Avignon. le 14 mai à 18h30 Utopia Manutention, Avignon 04 90 82 65 36 www.archipass.fr

Meryem Koufi © X-D.R

Couleurs urbaines

Archipass, Navigator © DE.M

Archipass

les 16 et 17 mai Cité de la Musique, Marseille 1er 04 91 39 28 28 www.kadans-caraibe.com www.mamanthe.com

Du 8 au 11 mai, Avignon vivra au rythme de l’art flamenco avec un premier festival dédié essentiellement consacré aux racines du Cante Jondo. Il sera ainsi possible de découvrir dans quatre structures partenaires de référence (Théâtres du Chêne Noir et de l’Oulle, salle Benoit XII, le Délirium), Mayté Martin, Rosario La Tremendita, Meryem Koufi, Eric Fernandez, Antonio Negro et Luis de la Carrasca. Soirée poésie, concours de chant, tablaos, apéros flamencos dans des lieux festifs de la ville, égrèneront également ces quatre jours de poésie solaire pour une ode bienvenue à l’Andalousie gitane. du 8 au 11 mai Divers lieux, Avignon 06 22 01 06 79 www.nuitsflamencas.wix.com/lesnuitsflamencas

les 16, 23 et 30 avril Montévidéo, Marseille 6e 04 91 37 97 35 www.montevideo-marseille.com

Immersion, échange et réflexion autour des musiques traditionnelles de la Caraïbe, avec la deuxième édition du festival Kadans Caraïbe proposé par l’association Mamanthé à la Cité de la Musique. Des concerts d’exception : le pianiste Mario Canonge et le Trio Mitan, le trompettiste Franck Nicolas et Jazz Ka Philosophy ou encore le percussionniste Sonny Troupé en quartet, mais également une table ronde autour de l’histoire des Antilles françaises à travers leurs musiques traditionnelles, des ateliers de percussions et de danse traditionnelle, une exposition et une conférence musicale de Tony Savannah. Il sera aussi possible de danser avec le Dj M.Oat et de se restaurer grâce à de savoureuses recettes antillaises.

Les Nuits Flamencas

Fédérateur, convivial et solidaire, le Festival Couleurs Urbaines ouvre la saison des festivals azuréens et reste, grâce à sa diversité artistique (5 disciplines de la culture urbaine, musique, danse, cinéma, art graphique et sports urbains) et son organisation citoyenne, un événement incontournable de l’agglomération toulonnaise. Une sixième édition, organisée par l’association Culture Plus, où plus de 100 artistes, toutes disciplines confondues, stars internationales ou en devenir, interviendront, de Toulon à Châteauvallon et La Seyne-sur-Mer : Arnaud Rebotini, Grand Corps Malade, Tiken Jah Fakoly, Naâman, Phases cachées, Ayo, Winston McAnuff & Fixi, Anthony Joseph, ou encore Khoya and Friends… du 28 mai au 8 juin Divers lieux, Var www.festival-couleursurbaines.com

Mescla de Mai

Pour fêter la fin de la saison culturelle de l’Espace des Arts, en partenariat avec l’association Sarava, le Festival Scènes du Monde #3 accueille concerts, stages de danse, marché artisanal les 16 et 17 mai. Le Brésil (avec La Banda de Pifanos, Rita Macedo Trio) invite les pays latins à faire la fête : Cuba (avec le trio Picante Combo), Espagne (Soniquete Flamenco) et Italie (Gli Ermafroditi) pour une Mescla de Mai énergique et communicative. les 16 et 17 mai Espace des Arts, Le Pradet 04 94 01 77 34 www.le-pradet.fr

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C I N É M A

La Friche de la Belle de Mai, après les films de Michel Gondry le 6 avril, propose le 20 avril, un nouveau Ciné Dimanche au Gyptis autour des notions de héros et antihéros. À 11h, ce sera Demi-tarif d’Isild Le Besco, les tribulations de trois frères et sœur livrés à eux-mêmes. À 12h30, La petite vendeuse de soleil de Djibril Diop Mambety, à 14h, Moonrise Kingdom, une comédie de Wes Anderson et à 16h, un film d’action, d’épouvante, de science fiction et aussi fable politique : The Host de Bong Joon-Ho. Pour finir cette journée riche en cinéma, à 18h, Les Petites Marguerites de Vera Chytilova et à 20h Faust d’Alexandre Sokourov. La Friche, Marseille 04 91 11 45 63 www.lafriche.org

A U P R O G R A M M E

Héros/Antihéros

Le MuCEM poursuit son cycle Folles Parades, en écho à l’exposition Le Monde à l’Envers, Carnavals et mascarades d’Europe et de Méditerranée. Le 19 avril à 16h30 dans la thématique À corps perdu, trois films : Flaming creature de Jack Smith, qui fit scandale à sa sortie en 1963. Dans Manhã de Santo Antonio (2012), le Portugais Joao Pedro Rodrigues décrit les déambulations de fêtards au petit matin dans les rues de Lisbonne, et dans Trash Humpers, Harmony Korine filme à Nashville, une bande de détraqués, qui sévissent masqués et agressent tous ceux qui croisent leur chemin. Le dernier week-end du cycle présente quatre films sur le thème Ivresses : le 26 avril à 16h30, La Gueule que tu mérites du Portugais Miguel Gomes ; à 19h, Les Idiots de Lars von Trier. Le 27 à 16h30, La Bête lumineuse du Canadien Pierre Perrault, présenté par la critique Simone Suchet, suivi à 19h de La grande bouffe de Marco Ferreri. les 19, 26 et 27 avril MuCEM, Marseille 04 84 35 13 13 www.mucem.org

Cinéma fantastique

du 9 au 29 avril Institut de l’Image, Aix-en-Provence 04 42 26 81 82 www.institut-image.org

La Grande Projection

Le dessin animé sera à l’honneur, le 25 avril à Vedène. L’association Ricoché propose Grande Projection, une séance de 5 courts métrages d’animation, destinée aux enfants et à ceux qui ont réussi à le rester. La séance, gratuite, commencera à 16h15 par Pierre et le dragon Epinard d’Hélène Tragesser suivi de Kjfg N°5 d’Alexei Alexeev, Panique au Village de Vincent Patar et Stéphane Aubier, Wind de Robert Loebel et, pour finir, le fameux monstre que bien des enfants connaissent déjà, Le Gruffalo de Jakob Schuh et Max Lang. Maison des Associations, Vedène 04 90 23 30 10 www.mairie-vedene.fr Le Gruffalo de Jakob Schuh et Max Lang © Les Films du préau

Depuis le 9 avril et jusqu’au 29, l’Institut de l’Image d’Aix-en-Provence propose de revisiter l’histoire du cinéma fantastique. Au programme, de grands classiques du genre : Carrie de Brian De Palma, La Belle et la bête de Jean Cocteau, Le Portrait de Dorian Gray d’Albert Lewin, Les Yeux sans visage de Franju ou L’année dernière à Marienbad d’Alain Resnais. Le 17 avril à 14h30, un rendez-vous «cinéma et littérature» avec Jean-Pierre Andrevon et la projection de Frankenstein de James Whale. À 20h30, le 18 avril, Guy Astic, directeur des éditions Rouge Profond présente La Mouche de Cronenberg et le 19, Julien Oreste de la revue Torso, L’Exorciste de William Friedkin.

La petite vendeuse de soleil, de Djibril Diop Mambety © Les films du paradoxe

Satyajit Ray

Charulata © Les Acacias

Flaming creature de Jack Smith © Jack Smith Archive

Folles Parades

Du 7 au 27 mai, l’Institut de l’Image à Aix propose de (re)voir l’œuvre du cinéaste indien Satyajit Ray, qu’Akira Kurosawa comparait à «un arbre immense dans les forêts indiennes». Du Salon de musique (1958) à Le Dieu éléphant (1978) en passant par La Grande ville, Ours d’Argent Berlin 1964, Le Héros (1966), Des Jours et des nuits dans la forêt (1969) ou Les Joueurs d’échecs (1978). Charulata, Ours d’Argent 1965, sera précédé d’une rencontre autour de Satyajit Ray, le 7 mai à 18h30, avec Alok B. Nandi, auteur du livre Satyajit Ray, 70 ans et Sharmila Roy, chanteuse et danseuse bengali spécialiste de Rabindranath Tagore. Rencontre suivie par un buffet indien. du 7 au 27 mai Institut de l’Image, Aix-en-Provence 04 42 26 81 82 www.institut-image.org

Cinestanbul à Toulon

Du 13 au 17 mai aura lieu le Festival Scènes Grand Ecran Istanbul, proposé par Le Centre national du Théâtre et le Théâtre Liberté. Le 14 mai à 20h30 au Cinéma Le Royal, L’Istanbul de Maurice Pialat : 6 courts métrages en NB, réalisés en 1962 par le cinéaste, âgé de 32 ans, introduits par Cédric de Veigy, qui présentera aussi le 15 mai à 20h30 Nuages de mai de Nuri Bilge Ceylan, suivi d’une conférence : Trois manières d’habiter un lieu et un imaginaire. Le même jour à 18h, au Théâtre Liberté, De l’autre côté de Fatih Akin dont sera projeté aussi, le 16 à 19h, Crossing the Bridge-The Sound of Istanbul. Toujours au théâtre Liberté, le 17 mai à 19h, Istanbul côté courts, 4 courts métrages dont Chauffeur de Güldem Durmaz. Sans oublier les docs en accès libre du 13 au 17 mai. du 13 au 17 mai 04 98 00 56 76 www.scenesgrandecran.com


Changer le monde… La Nouvelle Babylone de Grigori Kozintsev et Leonid Trauberg © Sovkino

Pour la première fois, le MuCEM propose, du 3 mai au 22 juin, un cycle de cinéma indépendant des expositions, Un monde meilleur ou le meilleur des mondes ? : quinze films autour des «grands moments où l’on a cru mettre à bas l’oppression, l’injustice et l’aliénation» ainsi que deux ciné-concerts. En ouverture, La Nouvelle Babylone de Grigori Kozintsev et Leonid Trauberg (1929), un des rares films sur la Commune de Paris, accompagné en direct par le pianiste Hakim Bentchouala-Golobitch. En clôture, un autre film soviétique, Le Bonheur d’Alexandre Medvedkine (1934), accompagné par les musiciens de l’ARFI et Ted Milton, ex-leader du groupe Blurt. D’autres moments où l’on a rêvé de changer le monde sont évoqués à travers fictions et documentaires : le front populaire avec Le Crime de Monsieur Lange

de Jean Renoir, et les luttes colonialistes avec Le Rendez-vous des quais de Paul Carpita dont parlera Jean-Pierre Daniel, à l’origine de la redécouverte du film. Sur la guerre d’Espagne, des films produits par la CNT, jamais

montrés à Marseille, comme Barrios bajos de Pedro Puche (1937) ou Aurora de esperanza d’Antonio Sau (1937), en présence d’Amado Marcellan, qui a participé à la renaissance de ces films ; ainsi que La Buena nueva d’Helena Taberna (2008),

Visions sociales

Louves de Teona S.Mitevska © Urban Distribution

En marge du prestigieux Festival de Cannes, du 17 au 25 mai, Visions sociales, organisé par la CCAS (Caisse centrale d’activités sociales), montre un cinéma d’auteur, différent, qui questionne l’état du monde et l’ordre social. Et pour sa 12e édition, le festival rend hommage à l’Espagne, mettant ainsi en avant la créativité d’un pays fortement touché par la crise. En ouverture le 17 mai à 21h, Louves,

suivi d’une rencontre avec la marraine de cette édition, l’actrice Victoria Abril et la réalisatrice Teona S.Mitevska. Visions sociales propose une découverte des cinématographies du monde : une sélection de 24 films (courts et longs métrages, documentaires et fictions) parmi lesquels, Eka & Natia, chronique d’une jeunesse géorgienne de Nana Ekvtimishvili et Simon Groß, Gloria de Sebastián Lelio ou

présenté par François Rodriguez d’Horizontes del Sur. Enfin autour de mai 68, Coup pour Coup de Marin Karmitz, L’An 01 de Jacques Doillon, d’après la BD de Gébé ; avec des séquences filmées par Alain Resnais et Jean Rouch ainsi que Mourir à 30 ans de Romain Goupil. En partenariat avec l’Institut Culturel Italien, un documentaire d’Hugues Le Paige, Il fare politica, chronique de la Toscane rouge, 1982-2004 ; Nous nous sommes tant aimés ! d’Ettore Scola et Buongiorno notte de Marco Bellochio, présenté par Michel Ciment, rédacteur en chef de Positif. Pour rêver, réfléchir, et changer le monde ! ANNIE GAVA

MuCEM, Marseille 04 84 35 13 13 www.mucem.org

Of Horses and Men de Benedikt Erlingsson, et des avant-premières des partenaires du festival dont la Quinzaine des Réalisateurs, la Semaine de la Critique, l’ACID ou la Cinéfondation… Le 18 mai, rencontres : à 10h avec Alain Ughetto pour Jasmine et à 15h avec Victoria Abril, autour d’Enfants des nuages, la dernière colonie d’Álvaro Longoria. Au programme aussi des rencontres métiers, dont une avec le producteur Claude-Eric Poiroux, autour des cinémas européens et des jeunes talents, des ateliers dont un sur l’art du maquillage avec Laurent Zupan. En clôture, le 24 mai à 21h, un ciné-concert, Le grand Cinémot de Minvielle et Cazo. L’occasion de s’embarquer dans un voyage intérieur avec l’envie de transformer le monde et de le réinventer, à l’instar de ce que font tous les cinéastes invités à Visions sociales. Entrée libre, sauf la soirée de clôture où une participation symbolique de 5 euros est demandée. L’intégralité de la recette sera ensuite reversée à une association invitée. ESTELLE BARLOT

Festival Visions sociales du 17 au 25 mai Château Mandelieu La Napoule, Cannes www.ccas-visions-sociales.org

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Voyages, voyages…

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2 avril : premier jour des 24e Rencontres Cinématographiques de Salon et dès 10h15, les spectateurs sont dans la salle du cinéma Les Arcades et peuvent choisir entre 3 destinations, le Chili avec No de Pablo Larrain, les rives du Mississipi avec Mud de Jeff Nichols et l’Allemagne avec Guerrière de David Wnendt. Et ce sera ainsi toute la semaine. Le choix n’est pas toujours aisé ! Guerrière, premier long métrage de David Wnendt, nous entraine dans le monde de jeunes néo nazis et nous fait le portrait glaçant d’une jeunesse haineuse en suivant Marisa, (superbement interprétée par Alina Levshin), aussi brutale que fragile, confrontée à la misogynie et à ses propres contradictions. Quand on sait que c’est après un long travail d’enquête que David Wnendt a écrit le scenario de cette fiction, il y a de quoi s’inquiéter… À 14h, un ciné goûter pour les petits, Jean de La Lune de Stephan Schesch, et pour les grands, la Géorgie avec Keep Smiling de Rusudan Chkonia (voir Zib’57) ou l’Islande avec Survivre de Baltasar Kormakur. Inspiré par l’expérience d’un pécheur qui a survécu durant six heures dans une eau glacée de l’Atlantique Nord -les images d’archives, post générique, du vrai marin sur son lit d’hôpital en attestent-, Baltasar

Viva la Liberta de Roberto Ando © Bellissima Films

Kormakur a choisi de filmer avec sobriété la lutte de Gulli (formidable Ólafur Darri Ólafsson) après le naufrage du petit chalutier, le Breki. Ses cinq compagnons ont péri ; on le voit, simple visage, perdu au milieu de l’immensité marine, il parle à une mouette, se remémore une éruption volcanique sur son île natale et… nage… Partir en Grèce avec Méteora de Piros Statoulopoulos, en Argentine avec El Premio de Paula Markovitch ou l’Italie avec Viva la Liberta, la comédie de Roberto Ando, le choix est difficile : dans Viva la Liberta, Enrico Olivieri (Toni Servillo), politicien habile et froid, secrétaire du principal parti de l’opposition, en perte de vitesse dans les sondages, décide de disparaître et s’enfuit à Paris chez une ex (Valeria Bruni Tedeschi), mariée à un réalisateur renommé. Son assistant (Valerio

Mastandrea), ne trouve rien de mieux que de le remplacer par son frère jumeau, un philosophe, atteint de trouble bipolaire, assez génial et ingérable ; il refuse de lire les discours préparés, en improvise qui surprennent les journalistes, enthousiasment les foules ou lit un poème de Brecht ! On rit beaucoup dans cette fable sur la comédie du pouvoir qui nous fait suivre deux hommes qui changent radicalement de vie et l’on aimerait croire qu’il suffirait de mots pour transformer les habitudes et les hommes politiques ! ANNIE GAVA

Les Rencontres Cinématographiques de Salon se sont déroulées du 1er au 8 avril 04 90 17 44 97 www.rencontres-cinesalon.org

Une grâce de Modigliani Les 2e Rencontres Internationales des Cinémas Arabes se sont ouvertes le 8 avril à La Villa Méditerranée. Des discours officiels, on retiendra le rappel de l’objectif premier de toute rencontre : s’ouvrir à l’autre, s’écouter, s’entendre, se découvrir. Un rappel salutaire dans le contexte politique actuel. En lever de rideau, Girafada, un film palestinien, en présence de son réalisateur, Rani Massalha. Mot-valise, Girafada contracte girafe et intifada. L’univers imaginaire d’un enfant et la réalité cruelle du conflit israélo-arabe. En Cisjordanie, jouxtant Israël, se trouve le dernier zoo du pays, un îlot de paix pour son vétérinaire, Yacine, et pour son fils de 10 ans, Ziad, amoureux des girafes parce qu’elles sont «fortes, douces et que leur caca sent bon». Malgré les murs élevés par Israël qui barrent tous les plans, l’humiliation des fouilles aux check

Girafada de Rani Massalha © Pyramide films

points, les difficultés financières qui conduisent entre autres à nourrir de carottes les ours carnivores, Ziad pourrait connaître une enfance plutôt heureuse, auprès d’un père aimant qui «fait des miracles». Mais le conflit se radicalise, la ville est assiégée, le couvre-feu imposé. Après un raid aérien, le mâle du seul couple de girafes que possède le zoo

meurt et la femelle, bien que gravide, refuse de s’alimenter. Avec la complicité d’un ami et l’aide d’une journaliste française, Yacine par amour pour son fils, enlève une girafe aux voisins israéliens qui en ont pléthore. Le film inspiré d’un fait divers de 2002, résolument allégorique et ouvertement partisan, est un hommage à la Vie qui n’est

d’abord qu’«un possible» puis soudain s’impose comme prodige. Tout ne finit pas au mieux dans ce conte qui reste amer mais on se souviendra longtemps de la marche dansée, majestueuse, légère de Roméo, la girafe volée, sa traversée onirique des terres bibliques, des rues de Qalqilyah vers le zoo-arche pour sauver sa congénère palestinienne. Une figure mythique, entre Noé et Moïse, fendant une troupe de militaires israéliens désemparés, opposant à la haine des hommes, sa sérénité et une grâce de Modigliani. ELISE PADOVANI

Girafada sort en salles le 23 avril Les Rencontres internationales des Cinémas Arabes ont eu lieu à Marseille du 8 au 13 avril www.lesrencontresdaflam.fr


Au cœur des fictions C’est en musique que les 16e Rencontres du Cinéma Sud-Américain se sont terminées le 5 avril, à la Cartonnerie sous la voix puissante de la Negra dans le documentaire de Rodriguo H.Vila, Mercedes Sosa, projection suivie d’une grande peña. Si le Colibri d’or est allé à un film plutôt sombre réinterprétant le mythe de Médée, la sélection 2014 nous a entraînés dans des voyages plutôt solaires, libérateurs où les prises de conscience se font le long des chemins par des rencontres, des échanges et des aventures où le faux révèle le vrai, où la fiction devient lecture du réel.

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Le long des chemins

Quelque soit le sens du voyage, dans tout road movie, c’est le voyage lui-même qui fait sens. Ainsi le Rincón de Darwin de l’Uruguayen Diego Fernández Pujol, présente trois hommes de générations et de milieux différents, embarqués dans une vieille camionnette pour rejoindre ce «recoin» où le célèbre savant, en 1833, découvrit des fossiles déterminants pour sa théorie de l’évolution. Rythmé par la lecture en voix off de passages du journal de Darwin, sur une musique originale de Franny Glass, le film capte les infimes métamorphoses de ses protagonistes, démontrant que seuls ceux qui apprennent à collaborer avec les autres et à s’adapter aux changements, s’en sortent. Ainsi, le subtil Que tan tejo de l’invitée d’honneur Tania Hermida, croisant les chemins d’une touriste espagnole pragmatique, Esperanza et d’une étudiante équatorienne idéaliste, Tristezza. Comme un Sancho Panza et un Don Quichotte, version XX. Comme deux manières d’être face aux mystères du monde. Voyage dans le temps, l’espace, la littérature, le cinéma. Le voyage du guinéen David Bangoura -dit Black Doh- dans El gran Rio de Rubén Plataneo, n’a rien de fictif mais ressemble bien à un rêve qui s’entête. Premier immigré africain débarqué à Rosario en Argentine, après un périple invraisemblable, il rappe sa vie, ses racines, son exil, en français, espagnol, soussou, sur une musique afro-argentine et invente la voie qu’il suit. Il écrit du Nouveau Monde, une lettre que le réalisateur apporte à sa mère restée sans nouvelles. Ocres et bleus d’une photo superbe. Le cinéma comme trait d’union entre Afrique et Amérique latine.

Faux semblants

Le réel se fabrique par la fiction, soit comme dans la glaçante Corporación de Fabián Forte pour une manipulation généralisée. M. Mentor scénarise sa vie, ayant passé un pacte avec une redoutable entreprise de bonheur sur mesure, et devient le sujet d’un autre scénario sans le savoir. Soit pour rejoindre les clichés sur la prostitution cubaine, attendus par les documentaristes autrichiens dans La película de Ana de Díaz Torres. Mises en abymes révélant le vrai par le faux.

L’éveil des consciences

Plébiscité par les jurys, Meu amigo Nietzsche de Fáuston da Silva, met en scène un jeune Brésilien

qui apprend à lire avec Ainsi parlait Zarathoustra, trouvé dans une poubelle. Il devient, à l’étonnement de tous, un petit philosophe sur pattes. Ce court métrage très drôle rend hommage au pouvoir de la lecture sur l’éveil des consciences. La programmation l’a bien montré : rêver le réel ce n’est ni le nier, ni s’en éloigner, mais l’explorer, aller au-delà des évidences, des stéréotypes, des définitions, c’est le mettre au cœur des fictions, des images en multipliant les regards et les focales.

El gran Rio de Rubén Plataneo © TS Productions

ELISE PADOVANI

Les Rencontres du Cinéma Sud-Américain ont eu lieu du 28 mars au 5 avril à Marseille www.cinesud-aspas.org

PALMARÈS

☞ Palmarès jury professionnel • Colibri d’or : O lobo atras da porta de Fernando Coimbra • Prix du jury ex æquo : El gran Rio de Rubén Plataneo et Matar a un hombre d’Alejandro Fernández Almendras • Meilleure actrice ex æquo : Leandra Leal (O lobo atras la porta) et Rita Batata (De menor) • Meilleur acteur : Daniel Antivilo (Matar a un hombre) • Meilleur court métrage : Madera de Daniel Kvitko ☞ Palmarès jury jeune • Meilleur long métrage : La corporación de Fabián Forte • Mention spéciale pour le long métrage El gran Rio de Rubén Plataneo • Meilleur court métrage : Meu amigo Nietzsche Fáuston da Silva • Mention spéciale pour le court métrage Gallus Gallus de Clarissa Duque ☞ Prix du public La película de Ana de Díaz Torres Meu amigo Nietzsche de Fáuston da Silva

P C OI N L ÉI M T AI Q U E C U L T U R E L L E


C I N É M A

Beau dimanche à Rousset

Le soleil de ce dimanche de mars n’a pas empêché les curieux de cinéma de venir découvrir les films proposés par Silvia Vaudano et son équipe des Films du delta. Quatre longs métrages pour le dernier jour de nouv.o.monde, le Festival Cinéma de Rousset.

Quand Claudia rencontre Martha

Le premier film, Les Drôles de Poissons-Chats de Claudia Sainte-Luce, nous emmène au Mexique où l’on va suivre Claudia (Ximena Ayala), dont la vie monotone et solitaire est bouleversée par une rencontre inattendue dans un hôpital. Martha (Lisa Owen), gravement malade mais pleine de joie de vivre lui fait connaître sa tribu et on va découvrir peu à peu les habitudes, les failles et les blessures de chacun des enfants, nés de pères différents, partageant les repas, les confidences et les séjours à l’hôpital. «Pourquoi restes-tu avec nous ?» demande Wendy, l’adolescente boulimique, qui a déjà tenté de mettre fin à ses jours. Le spectateur l’apprendra un peu plus tard. Claudia a aussi ses blessures secrètes. Claudia Sainte-Luce traite avec beaucoup de pudeur de thèmes universels, la solitude, la maladie et la mort, mais aussi l’amitié et la générosité. À travers des personnages superbement interprétés, elle met en évidence l’énergie de vie qui est en chacun de nous

Le bon, la belle et le méchant

De l’énergie, il en faut aux protagonistes de My Sweet Pepper Land de Hiner Saleem, western spaghetti sur les bords ! auquel aucun ingrédient ne manque, Ford et Leone en figures tutélaires. Le combat entre le bien et le mal, le face-à-face entre «purs» et «pourris», gâchettes faciles et chevauchées sauvages. Les paysages puissants en panoramiques, un «saloon»-auberge, une école, un poste de police où s’alignent au

My Sweet Pepper Land de Hiner Saleem © Memento Films

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mur les photos des défunts «shérifs». On rit «jaune» toutefois. La libération de Kurdistan irakien après la chute de Saddam n’a rien changé pour les femmes aux destins tracés et il existe encore d’immenses zones de non-droit, dominées par des chefs de clans. C’est dans «ce triangle des Bermudes» entre Iran-Irak-Turquie, dans un village isolé que vont se croiser : le Bon, le commandant de police Baran (Korkmaz Arslan), héros de la guerre d’indépendance, fuyant lâchement l’obstination de sa mère à le marier, la Belle, Govend, l’institutrice (Golshifteh Farahani) et le Méchant, le chef tribal Aziz Aga (Tarik Akreyi)… Un film du mélange des genres, un piment doux.

Dure galère

C’est le réel qui a inspiré Jean Denizot pour La belle vie, son premier long métrage, un fait divers, le procès de Xavier Fortin, jugé pour «soustraction de mineurs par ascendant». Il décide de raconter l’ultime cavale de ce père au moment où ses fils vont choisir leur voie, en particulier le cadet. Est-ce trahir que ne pas suivre celui qui lui a donné cette «belle vie» loin des contraintes de la société ? Et le spectateur de se demander, si ce père a offert à ses enfants une belle vie ou une dure galère ! Et c’est sur la comédie de Christian Philibert, Afrik’Aïoli, que s’est terminé nouv.o.monde qui a offert à ses spectateurs de beaux moments de cinéma. ANNIE GAVA et ELISE PADOVANI Le festival nouv.o.monde a eu lieu du 13 au 16 mars à Rousset Les Films du Delta 04 42 53 36 39 www.filmsdelta.com

Déchets en stock

L’environnement est un sujet d’inquiétude majeur au sein de notre société, et pourtant nous ne sommes pas encore assez informés. C’est pourquoi, chaque année au printemps, l’association Image de ville organise à Aix-en-Provence Les Journées du Film sur l’Environnement. Le thème de leur 9e édition, qui s’est tenue début avril, était Gaspiller Recycler. Et comme ces enjeux gagnent à être compris dès le plus jeune âge, 500 élèves d’écoles maternelles et primaires de la ville ont assisté à de nombreux courts métrages. Le but étant de les sensibiliser tout en les divertissant, à travers par exemple Babioles, histoire pleine d’humour d’un lapin perdu dans une décharge, ou bien Mon drôle de grand-père, dans lequel un vieil homme parvient... à faire fonctionner son robot à l’aide du vent, en reprenant le principe des éoliennes. Si plusieurs oeuvres pointaient du doigt les pays développés et leur grand gaspillage (avec notamment le film Des montagnes d’emballages), la plupart évoquaient des solutions. La question des déchets était également abordée du point du vue des pays émergents, comme le montre le documentaire Painted Reality, qui décrit le quotidien d’enfants vivant au milieu des ordures. Des films percutants qui ont entraîné de nombreuses réactions parmi les plus jeunes lors des débats prévus à la fin de chaque projection. Au-delà des séances, les enfants ont effectué un parcours d’exposition autour des déchets retrouvés dans la mer et sur la plage. Ils ont également pu découvrir une déchetterie «idéale» réalisée par des élèves de primaire sur le thème de Charlie et la Chocolaterie. Le public adulte n’était pas en reste, ayant lui aussi la possibilité d’assister à de nombreuses tables rondes, conférences et projections de documentaires de très grande qualité. Mais le plus marquant, parce que c’est une façon directe de prendre conscience de la réalité, a été sans conteste la visite du Centre de stockage des déchets non dangereux de l’Arbois. Quand on voit où atterrit le contenu de nos poubelles, on réfléchit bien mieux à nos usages de consommation. ESTELLE BARLOT

Les Journées du Film sur l’Environnement ont eu lieu du 3 au 6 avril en Pays d’Aix

© Gaëlle Cloarec


Leur trace, pour toujours…

«Je filme le lever du jour. C’est le 1er jour de l’année 1995, j’ai décidé de filmer chaque jour de l’année, cette année, essayer de faire le point, d’y voir clair (…) filmer pour reprendre contact avec le monde…» C’est par ces paroles, en voix off, que débute Demain et encore demain, le premier des longs métrages autobiographiques de Dominique Cabrera que Potemkine Films et INA Éditions ont eu l’heureuse idée de sortir en DVD dans Une Collection Documentaire (N° 7). Un journal intime filmé avec une petite caméra DV : on y voit le quotidien de la cinéaste, son fils Victor, ses amis mais aussi ses questionnements personnels et politiques. En 2013, c’est Grandir (Ô Heureux jours !), primé au festival du Réel : images de la famille de la cinéaste, qu’elle a filmée durant dix années (voir Zib’72), images du temps qui passe, traces qu’elle fixe patiemment. En suppléments, un court métrage en N&B, Ici là-bas, sur «l’histoire difficile enfoncée dans l’amnésie de la petite enfance», celle des Pieds-Noirs et la culpabilité, monté

Aller-retour

D’un départ de la Joliette, tout en brouhaha, sirènes et grincements, sacs plastique Tati bleu-blanc-rouge qu’on bourre, ficelle, scotche, à une arrivée à Marseille encore, Bonne Mère et Palais du Pharo en vue, le film d’Élisabeth Leuvrey, La Traversée, nous embarque sur le ferry l’île de Beauté, entre la cité phocéenne et Alger. Une intimité de huis clos, dans le ventre et sur les ponts du navire, où se révèlent les histoires de l’entre-deux, celles de migrants dont l’identité se déchire entre la France et l’Algérie. La réalisatrice laisse les passagers dialoguer, s’interpeller, les saisit dans l’abandon du sommeil, les écoute dire leurs peurs, leurs espoirs, tandis que le bateau creuse derrière lui un large sillage. Outre ce très beau documentaire de 72 mn, dédié à Abdelmalek Sayad, le DVD «pour rester à bord encore un peu», s’accompagne d’un livret de 68 pages : entretien avec Elisabeth Leuvrey, photos, citations,

par Manuela Frésil (réalisatrice d’Entrée du Personnel, ndlr) ainsi que Ranger les photos, coréalisé avec Laurent Roth (qui vient de finir Arcs Arceaux Arcades). On y entend aussi Dominique Cabrera parler de son travail avec Laure Adler et c’est passionnant. Les Films autobiographiques de Dominique Cabrera, un DVD qui nous permet d’approcher une cinéaste de l’intime, sensible, qui se pose de vraies questions sur le monde et qui à partir d’une histoire singulière touche à l’universel. «Ce que j’aime dans le cinéma, c’est le fait que l’on filme des êtres vivants et qu’on conserve leur image […], leur trace, pour toujours» (Dominique Cabrera). ANNIE GAVA

Les films autobiographiques de Dominique Cabrera 2 DVD Une Collection Documentaire

textes, retranscription d’un long échange écarté au montage. Et, en sus, un malus de 85 mn, Alger mise en ombre, succession de six séquences d’arrivées et de départs d’Alger, absentes de la version finale du film. En voix off, le psychanalyste Ghyslain Lévy, parti d’Algérie en 62 pour n’y plus revenir, commente les rushes, interprète le choix de la cinéaste, de ne pas s’arrêter à Alger, de rester sur le fantasme et l’inquiétude : est-ce qu’on va me reconnaître ? Est-ce que je vais reconnaître ? Le choix de suggérer quelque chose qui se refuse à celui qui n’est ni l’un ni l’autre, le choix de suggérer le lointain familier et la proximité étrangère.

59 P C OI N L ÉI M T AI Q U E C U L T U R E L L E

ELISE PADOVANI

DVD La Traversée Élisabeth Leuvrey Les écrans du large/Shellac, 24,99 euros

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Les dessins à dessein de Sedjal

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Vue de l’exposition de Mustapha Sedjal, galerie Karima Celestin, mars 2014, Marseille © MGG-Zibeline

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La page blanche ne fait pas peur à Mustapha Sedjal. Le blanc non plus qu’il perfore, froisse, filme dans ses dessins, ses sculptures, ses vidéos, et qui sous-tend son travail plastique attaché «à démonter les mécanismes de l’entre-deux. Mémoire/Histoire-Espace/Temps». Une couleur symbolique si forte qu’il cite l’écrivain martiniquais Frantz Fanon : «Si le Blanc me conteste mon humanité, je lui montrerai, en faisant peser sur sa vie tout mon poids d’homme, que je ne suis pas ce Y’a bon banania qu’il persiste à imaginer»… Mustapha Sedjal, né à Oran et installé en France, expose à la galerie Karima Celestin un ensemble d’œuvres produites in situ en lien avec les espaces. Toutes liées muettement par le blanc, la main, le papier poinçonné qui crée des dessins en fragments. Un origami en trois dimensions aux formes noires et blanches, compactes ou étirées, molles ou rigides qui se répondent ; une série de dessins «chorégraphiques» d’où surgissent des mains qui froissent, dansent, montrent du doigt. Si sensuels que la surface du papier

est parcourue de frissons… Une vidéo qui travaille sur la répétition, l’obsessionnel, la délicatesse : le montage de à dessein… ! ressemble à une partition musicale ; des Odalisques modernes à peine esquissées qui nécessitent de ciller des yeux pour les entrapercevoir. Notre être tout entier est tendu vers son œuvre pour écouter sa respiration. Dans cet ensemble cohérent, unitaire, Mustapha Sedjal a glissé la vidéo La maison du peuple comme on brandit un brûlot, noire de fumée, aux antipodes des œuvres immaculées. Après le papier froissé, les livres brûlés. Au début la femme voilée, en épilogue la femme démasquée. Et si l’artiste nous lançait un avertissement : quand on voile un visage, on interdit une parole ? M.G.-G.

The System Needs An Update jusqu’au 3 mai Galerie Karima Celestin, Marseille 1er 06 28 72 44 24 www.karimacelestin.com

Ancône, encore ! Dernière étape à Marseille pour la Biennale des Jeunes Créateurs d’Europe et de la Méditerranée (voir Zib’64 et 72). Retour et réinventions de la sélection française section arts visuels à l’Espace Culture et à la galerie du Château de Servières

Quand sur le sol transalpin les artistes bénéficiaient en 2013 de la thématique bienveillante Errors allowed [les erreurs admises], la sélection française pour ce retour 2014 était affranchie de toute contrainte. Pour la galerie du Château de Servières, chaque artiste a pu reformuler ou élaborer une nouvelle proposition dans la suite italienne ou bien conçue dans la prolongation de ses problématiques en cours. Reprenant un tirage à la chlorophylle évanescente, Aurélien David interroge sous lumière verte la problématique de la durabilité en art contemporain et rejoint ainsi la photographie à ses balbutiements.

A. Sirignano_Le garçon, J.Balsaux / Ecologie humaine, M. Lewden W.A.S.E.#1, vue partielle de l’exposition © C. Lorin/Zibeline

Questions plus sociétales pour Julie Balsaux sur les rapports genre/identité/apparence et Léna Durr qui pointe l’instrumentalisation de l’enfance via le trivial calendrier pour adultes. Portrait et identité sont en jeu avec Le garçon d’Arthur Sirignano, installation «pauvre» et sculpturale. Sculpturale, monumentale et paradoxale la fusée/babel en briques empilées à sec, bloquée entre sol et plafond chez Martin Lewden. L’image en mouvement relève de l’absurde en saynètes pour Irène Tardif (dessin animé) comme pour Kathialyn Borissoff (auto-performances un poil déraisonnables). Trois installations explorent matière et espace : Jane Antoniotti, Emilie Lasmartres réinventent des topographies hypothétiques ; Elvia Teotski déploie des écharpes de cierges magiques soudés entre eux ; et de cette simplicité, frêle et épineuse comme des oursins, émane une poétique et troublante contamination quasi organique. Les commissaires avaient invité par ailleurs à l’Espace Culture l’artiste libanais Charbel Samuel Aoun. Voice of invisibles, vu et écouté à Ancône, restituait, non sans émotion, via un dispositif composé d’appareils téléphoniques obsolètes, la parole des laissés pour compte au Liban et en Syrie. Choix pertinent car universel, résonnant étonnamment à Marseille. C.L.

Retour de Biennale Mediterranea 16 jusqu’au 3 mai Galerie Château de Servières, Marseille 04 91 85 42 78 www.bjcem.net www.espaceculture.net


La Friche la Belle de Mai branchée sur L.A.

T

Asco, Pseudoturquoisers (fotonovela), 1975 Photographie couleur par Harry Gamboa, Jr. Tirage numérique, 2014, 54 x 80 cm © Courtesy Harry Gamboa, Jr. et UCLA Chicano Studies Research Center

riangle France, membre du Cartel à La Friche la Belle de Mai, présente simultanément deux générations d’artistes de Los Angeles jamais exposés à Marseille : le groupe Chicano Asco et Erika Vogt Pas de lien formel ni idéologique entre le groupe d’artistes Chicano Asco, qui signifie «nausée» en espagnol, et Erika Vogt, seulement une mégalopole fantasmatique. Tout y est gigantesque, à l’instar du célèbre H.O.L.L.Y.W.O.O.D. Mais les strass sont des miroirs aux alouettes qui cachent une réalité plus sombre vécue par la communauté Chicano, cible de la violence policière et d’actes racistes. Dans les années 70, Harry Gamboa Jr., Gronk, Willie F. Herron et Patssi Valdez décident, après avoir participé aux mouvements sociaux et étudiants des années 60, d’affirmer et revendiquer leur identité, de se rebeller par le geste artistique. Autour d’eux s’agrègent d’autres artistes qui, de manière informelle, vont réinvestir les quartiers chauds de East Los Angeles, là où ils vivent et où les affrontements font rage. No Limit pour ces «combattants» : leurs interventions urbaines succèdent aux happenings, leurs performances aux expériences filmiques et aux photographies qui détournent les codes de leur propre communauté ou mettent en scène, en décor réel, des situations de violence ordinaire. Rien ne leur échappe, même les institutions comme le Musée d’art contemporain sont largement taguées ! Et aucune question n’est évacuée : pas plus la drogue que le racisme, la politique que le sexe et le travestissement. Cela donne un ensemble de portraits de rue et de portraits intimes au style très rock, complètement «barré», qui a laissé

des traces dans la filmographie de Scorcese et Tarantino. Les photographies noir et blanc sont troublantes de contemporanéité, celles flashy aux couleurs surexposées dignes du London de Ziggy Stardust… Mais le socle est plus profond qu’un effet de mode : dans les saynètes tournées en vidéo avec des bouts de ficelle, Asco interroge notamment les processus de fabrication de l’image, sa promotion et sa diffusion, mettant à mal l’industrie cinématographique dont L.A. est le temple. Décalée, débridée, sulfureuse : la bande des quatre et ses acolytes laissent une œuvre à lire comme une nouvelle de Hubert Selby Junior ou une enquête de Hunter Tompson.

«Un champ de débris»

Quarante ans après, Erika Vogt éclot sur la scène californienne bardée de deux prestigieux diplômes : un Bachelor of Fine Arts de New York University et un Master of Fine Arts du California Institute of the Arts, suivis de nombreuses exhibitions personnelles et collectives. À l’invitation de Triangle France, elle investit la salle vitrée de la Tour Panorama avec Speech Mesh-Drawn OFF, une installation dont elle est totalement l’architecte : œuvre sonore, picturale, sculpturale, photographique et vidéo que l’on traverse en tous sens. Ensemble monumental composé d’éléments en dialogue qui ouvrent de multiples perspectives et laissent libre cours à la déambulation tête en l’air ou yeux rivés sur les vidéos, regard échappé vers les toits du quartier ou attentif aux objets en suspension, plâtres légers repeints, statufiés par les immenses poulies qui les arriment au

sol, statiques malgré les corps qui les frôlent. On enjambe, on contourne, on déroute les trajectoires rectilignes dessinées dans l’espace, a contrario, on les affirme. Tout est possible. C’est le choc des sensations, car l’artiste floute les relations entre objets et sons, et rend mouvant les frontières entre les médiums. Tels ces trois écrans vidéo exposés comme des sculptures, qui se répondent les uns les autres et diffusent les mêmes images que les impressions jets d’encre. Erika Vogt provoque une mise en tension permanente entre les compositions abstraites, l’environnement sonore à flux tendu et les objets préhensibles facilement identifiables. Et s’interroge sur le sens à donner aux objets coloriés : des sculptures suspendues ? Des peintures en 3D ?… MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

À voir à la Tour Panorama Speech Mesh-Drawn OFF Erika Vogt jusqu’au 18 mai Exiled Portraits ASCO and Friends jusqu’au 6 juillet Pop-up Œuvres réalisées par les artistes résidents d’Astérides, exposition en écho à la publication [Vingt ans après] du 18 avril au 6 juillet au Petirama Feat Isaac Contreras, Éléonore False et Thomas Koenig Artistes en résidence à Triangle France 2e étage des magasins jusqu’au 20 avril

Friche la Belle de mai, Marseille 3e Triangle France 04 95 04 96 11 Astérides 04 95 04 95 01 www.lafriche.org

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Après une période oscillant entre programmation artistique et inclination commerciale, Le Magasin de Jouets remise son concept store pour renouer avec la passion photographique. «On ne savait plus si c’était une galerie avec une boutique ou une boutique avec des photos sur les murs. Fallait recentrer, on repart sur les expos et des objets d’artistes signés» se confie avec enthousiasme Nicolas Havette, responsable artistique de cette galerie initiée par Pierre Hivernat et installée depuis 2009 dans l’ancienne boutique Joué Club. Au moment où Arles amplifie considérablement son offre culturelle, c’est donc une bonne nouvelle après une période où les expositions sans démériter paraissaient cependant secondaires. La ligne éditoriale reste ouverte avec une orientation plus plasticienne et poétique. «J’essaie de mettre en avant des artistes en rapport avec la pensée magique» précise le galeriste-photographe pour se démarquer de l’influence de la photo distanciée à la suite des Becher et consorts. Désormais, après un re-lifting des espaces, la partie la plus en vitrine et plus vaste accueillera des expos longues, sur deux à trois mois, avec des artistes confirmés ou reconnus. La seconde salle

Still alive ?

L’exposition inaugurale de la Fondation Van Gogh Arles ne déçoit pas vraiment, sans générer un enthousiasme à la hauteur du mythe Vu de la rue le «geste-signature» de Bertrand Lavier empâte le portail d’un Vincent un peu plastique mais cette communication visuelle s’avère efficace. La peinture se lit ici d’emblée et, par elle, l’art. Une fois passée la cour nette comme une Suisse de référence, le visiteur appréciera la transparence de l’extension lumineuse puis une belle enfilade de salles aux normes en vigueur jusqu’aux terrasses tutoyant les toits arlésiens pour découvrir par son dessus la verrière/installation de Raphael Hefti, une des créations les plus réussies et permanente (Zib’72). À l’intérieur, l’exposition conventionnelle, muséale et didactique, illustre la thématique du basculement des couleurs du nord aux couleurs du sud. À part un autoportrait et l’emblématique Maison jaune peu de pièces marquantes (à Orsay avec Artaud ?) dont les peintures de jeunesse, de référence hollandaise, de l’École de Barbizon, de ses amis artistes Gauguin, Bernard et le Japon fantasmé via une série d’estampes. Un contraste s’installe avec la partie contemporaine dont on perçoit parfois mal les échos avec Van Gogh (ou Vincent). Les

© Vanessa Santullo, série Roma Termini, 2008

Renouveau en magasin

sera consacrée à des artistes émergents, des découvertes. L’exposition actuelle rassemble trois artistes autour du travail emblématique de Michel Séméniako sur les rapports réel/ lumière/couleur. Un rapprochement pertinent pour ses hallucinantes lucioles qui trouvent un équivalent dynamique dans le vol des étourneaux happés par Vanessa Santullo. Les formes sculpturales en fil de fer de Frank Dorat jouent avec la lumière projetée et les couleurs primaires. Plus design que poétiques, les propositions du duo marseillais les Jnouns, impressions photos sur sièges

en formica qu’on aurait appréciées encore plus décalées. Les résidences de création «Arles vu par...» reprennent opportunément avec Michel Séméniako pour une restitution courant 2014. Affaires à suivre ! CLAUDE LORIN

Après les lucioles jusqu’au 24 mai Le Magasin de Jouets, Arles 06 60 74 19 45 www.lemagasindejouets.fr

la volée d’escalier, m é t a p h o re d u labeur du créateur. Restera sûrement en mémoire le foutoir spectaculaire de Thomas Hirschhorn habitué de la récup’ propre (une autre signature). Et la collection Yolande Clergue semble maintenue au secret : même pas l’ombre d’un Bacon, Rauschenberg. Quel sera l’avenir d’un Raphael Hefti, La Maison violette bleue verte jaune orange rouge, 2014 © C. Lorin/Zibeline projet fondé sur un manque : l’absence dessins de Guillaume Bruère nous rappellent d’œuvres du premier intéressé lui-même l’urgence du jaillissement artistique mais disparu ? À moins que la gageure ne se révèle quid des portraits d’Elizabeth Peyton, des en un audacieux lieu d’expérimentations ? bidouillages en jonc de Bethan Huws ? La Des expos Lavier et Yan Pei-Ming sont poésie de Camille Henrot est ramenée à annoncées. Pourra-t-on espérer Vik Muniz ? une sorte de showroom chic au lieu d’une C.L invite à la contemplation vagabonde (se poser, des coussins ?). Comme se perdent en Van Gogh live ! terrasse les marbres de Gary Hume auteur jusqu’au 31 aout de la chromatique des salles. Comme on Fondation Van Gogh, Arles passera probablement à côté des discrets 04 90 93 08 08 grattages sonores de Fritz Hauser dans www.fondation-vincentvangogh-arles.org


A U P R O G R A M M E A R T S V I S U E L S

épaisseur. Fragments d’un récit à la première personne du singulier, ils disent la souffrance : celle de l’Afrique, dont nous n’ignorons pas les maux, mais aussi et surtout celle de l’auteur, qui nous confie son désarroi, sa tentation de fuir et, au final, son besoin de rester. L’homme dit admirablement le tiraillement entre les idéaux et la préservation d’un certain confort, entre la volonté d’agir et le sentiment d’une immense

impuissance. Que l’on connaisse l’Afrique ou pas, son expérience entre en écho avec notre vécu, nos combats, nos renoncements, nos petites lâchetés, nos petits «meurtres de l’oubli». Loin d’être des finalités en soi, les photos de Philippe Ducros se révèlent être le décor d’un théâtre qui prend pour scène notre intimité. Certains rejetteront cette intrusion, d’autres l’accepteront. Qu’importe, l’artiste n’est pas là

Au cœur du désastre

À La Compagnie, Pierre-Emmanuel Odin émet l’hypothèse que Les os des pierres se ressoudent plus vite que les nôtres et que l’esprit est «têtu comme un caillou». De là à considérer les œuvres de l’artiste marseillais Boris Chouvellon1 et du réalisateur polonais Marcin Malaszczak comme «des interstices, une respiration, une vigilance accrue» au cœur du désastre. Une double proposition ancrée dans la réalité mais aux vocabulaires formels incomparables. De ses pérégrinations urbaines et périphériques, Boris Chouvellon tire des sculptures-architectures de béton et de métal qui emprisonnent le mouvement et le souvenir. Démonstration faite avec Un drôle de manège qui trône dans la salle principale et capte le regard depuis la rue : l’arc principal ne tourne plus, les poussettes sont suspendues entre-deux, ni cris de joie ni flonflons. C’est le manège de l’enfance perdue. Avec son Vulcano en pneus, pas d’éruption de cendres brûlantes mais une barbe à papa de sucre noir, friandise ultime et morbide. Décidément les enfants ne rêvent plus ! Tragique cette fois, son Trésor des naufragés est un gilet de sauvetage en béton plaqué à la feuille d’or, clin d’œil à la statuaire antique, qu’aucun pirate ne viendra trousser au fond des mers. Avec Boris Chouvellon la «mort joyeuse» est plus lugubre qu’elle n’y paraît. D’humanité il en est justement question dans l’installation de Marcin Malaszczak mettant

en jeu l’épreuve de la vie, de la résistance. The Recess nous plonge physiquement et mentalement au cœur d’un asile d’aliénés filmés en longs travellings : l’expérience oppressante est durablement insoutenable, même si l’on est prisonnier volontaire et temporaire des deux murs d’images et des deux hauts parleurs. Constat aussi troublant face à son film Orbitalna, aux frontières de la réalité, de la fiction et de la science-fiction : un chantier industriel, une cabine de grutier, une conductrice qui téléphone, attend, attend. Soudain la machine infernale s’agite : aux plans fixes succèdent des plans rapprochés de plaques de béton, câbles, tuyaux, boulons… La réalité cède la place à un ballet de formes abstraites et géométriques. Là encore l’attente est vissée au corps, et le désastre imminent. MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

1 En octobre 2011-janvier 2012, le Mac Marseille lui consacrait l’exposition monographique Running on Empty (voir Zib’46)

Les os des pierres se ressoudent plus vite que les nôtres Dans le cadre de la Biennale des écritures du réel jusqu’au 31 mai La Compagnie, Marseille 1er 04 91 90 04 26 www.la-compagnie.org

Wiktor, photographies de Marcin Malaszczak, exposition à La Compagnie, 2014 © X-D.R

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La réalité face à laquelle Philippe Ducros nous place est d’une indéniable noirceur. Misère, famine, exil, guerre, viol, enfants soldats : les villes et les camps de réfugiés qu’il a traversés en Afrique regorgent d’histoires plus terrifiantes les unes que les autres. Artiste polymorphe ayant choisi la route pour école, ce globetrotter montréalais donne à voir et à entendre cette réalité à travers un dispositif d’une grande simplicité et d’une redoutable efficacité. La découverte de La Porte du Non-Retour est une expérience qui se vit seul(e). Comme dans un musée, le spectateur, muni d’un audioguide, déclenche de brèves séquences sonores devant les quarante-neuf photos qui constituent la partie picturale du travail de Philippe Ducros. Des images d’une grande beauté, ni plus surprenantes, ni plus dérangeantes que celles que l’on a déjà vues par centaines. Jusqu’à ce que les mots qui parviennent à nos oreilles, telle une confidence, leur donnent une toute autre

La porte du non retour © Philippe Ducros

Éclairage intérieur pour juger, mais pour témoigner. Jamais il ne se pose en donneur de leçons : son geste est celui d’un homme qui croit encore en la capacité de s’émouvoir et de s’indigner. «J’ai voulu, dit-il, partager mes inquiétudes, mon questionnement, ma déchirure.» Il se trouve qu’il faut du noir pour percevoir la lumière. En nous confrontant d’une façon très personnelle à la souffrance, Philippe Ducros réveille en nous des zones sensibles, souffle sur les braises de nos engagements et nous amène à reconsidérer les petites luttes qui sont encore de notre ressort. À commencer par la bataille de l’indifférence, qui se joue ici comme là-bas, à des milliers de kilomètres comme en bas de chez nous. LAURENCE PEREZ

La Porte du Non-Retour a été présentée du 18 mars au 6 avril à La Friche la Belle de Mai, dans le cadre de la Biennale des écritures du réel


Pour l’amour des livres

© Fernand Léger, Contrastes, 1959, lithographie-Fondation des Treilles, Tourtour

Anne Gruner Schlumberger, mécène et visionnaire, ne se contenta pas de fonder une vingtaine de bibliothèques pour enfants en Grèce ou La joie des livres (en 1970) en France à Clamart, elle fit de son domaine du Haut-Var, Les Treilles, une fondation. Tout ce qui a compté dans le monde artistique de son époque est passé par là, Braque, Arp, Picasso, Éluard, Aragon, Char, Aguayo, Tanning, Tardieu, Takis, Zadkine, et j’en oublie. Bibliophile, elle collectionne, découvre, conserve, préserve… aujourd’hui, la fondation des Treilles est une véritable mine d’œuvres, d’ouvrages rares, choix subjectifs, certes, liés à des amitiés, des goûts, des voyages, des rencontres, mais quelle clairvoyance ! L’exposition actuelle de la galerie du Conseil général à Aixen-Provence, Trésors cachés d’une bibliothèque, permet de découvrir des merveilles dont n’importe quel musée national s’enorgueillirait. En quatre salles, on entre dans l’intimité de cet univers ; des photographies tapissent certaines parois, accordant l’illusion d’une véritable bibliothèque, couleurs chaudes du bois et des livres, lumières tamisées, renforçant le délicieux mystère de la multitude des ouvrages qui attendent le lecteur. Max Ernst assis aux côtés de Dorothéa Tanning sur Le Capricone nous sourient, les improbables fleurs composées d’objets industriels de Takis inclinent rêveusement leur corolle de boulons, une grenouille semble

en grande conversation avec un mouton, œuvres de Lalanne (pas le chanteur, le sculpteur), l’Oiseau-tête en bronze de Max Ernst veille sur un petit film de Jean-Claude Bringuier, Promenades et conversations avec Anne G. Schlumberger… évocation prenante de la vie aux Treilles, anecdotes, mots d’artistes (éblouissante assemblée !). Et puis, surtout, exposés dans des vitrines d’entomologistes, ou pendus aux cimaises, des livres d’artistes, déployés, page à page, eaux fortes, lithographies, aquarelles… Cahier de Braque sur un poème de Saint-John Perse, Femmes et faunes, Bestiaire en marge du Buffon de Picasso, collages, Festin de Max Ernst, C’est-à-dire de Fernand Dubuis avec ses aplats de couleurs primaires, illustrations de Lucien par Henri Laurens… près de quatre-vingt-dix œuvres s’offrent ainsi à nous, sans compter le livre Mes voyages de Fernand Léger, que l’on peut feuilleter en mettant des gants blancs, lire ainsi le poème hommage qu’Aragon lui a consacré, «Marchons Léger, légèrement»… «J’aime l’œuvre de Tanning parce que le domaine du merveilleux est son pays natal» écrivait Ernst. On y a accès ici ! MARYVONNE COLOMBANI Trésors cachés d’une bibliothèque jusqu’au 1er juin Galerie d’Art du Conseil général des Bouches-duRhône, Aix-en-Provence 04 13 31 50 70 www.cg13.fr


Ian Simms

Ian Simms développe une démarche critique/alternative interrogeant les questions de territoire. Le passage est conçu comme une option possible face aux ruptures spatiales et temporelles. Autre constat : la rupture sociétale entre capacité de représentation et capacité de fabrication. L’atelier public Establishing Territory invitera le 20 mai à la réalisation d’un potager à partir de semences anciennes comme tentative de résistance à la privatisation de la nature. C.L. Les espaces autres : passages du 7 mai au 5 juin 3 bis f-Lieu d’arts contemporains Hôpital psychiatrique Montperrin, Aix-en-Provence 04 42 16 17 75 www.3bisf.com

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Venises

Dans le cadre des manifestations dédiées à la sérénissime, l’Institut Culturel Italien offre ses cimaises à deux photographes vénitiennes. Mirella La Rosa ausculte les profondeurs de l’eau avec la série Emozioni d’acqua. Pour Etta Lisa Basaldella, le travail du souvenir hante quarante ans de photo dans les atmosphères brumeuses de son Passeggiata nel Sogno. Deux parcours vécus entre rêve et réalité de la cité mythique. C.L.

Vladimir Skoda, h. Constante de Planck I, 2004 © Massimo Lenzo

P R O G R A M M E

Extrait de la vidéo JG Ballard Hollis Frampton © Ian Simms

du 15 avril au 16 mai Institut Culturel Italien, Marseille 04 91 48 51 94 www.iicmarsiglia.esteri.it

Vladimir Skoda

© Etta Lisa Basadella

A U

Sculptures, objets, installations, dessins et gravures composent un regard sur une dizaine d’années de création. Métal poli et sphères réfléchissantes constituent en particulier les modes d’expression privilégiés de Vladimir Skoda, une marque de fabrique chargée aussi de réflexions symboliques. Un livre : Vladimir Skoda, de l’intérieur par Evelyne Artaud, commissaire de l’exposition. C.L. Constellations jusqu’au 14 juin Campredon Centre d’art, L’Isle-sur-la-Sorgue 04 90 38 17 41 www.islesurlasorgue.fr Yo Bastoni, Trophy buffle black’n red velvet, 2014 © X-D.R

SMART 9#

Chaque édition du SMART, salon d’art contemporain mixte, se veut une invite à la diversité et l’innovation artistiques. Cette neuvième année donne la visibilité à 12 galeristes et 200 artistes de toutes catégories avec un important focus sur le design et l’art urbain en particulier. Invitée d’honneur, la galerie Berthéas est spécialisée dans l’Urban Art. Performances de graffeurs vendredi 2 mai dès19h. C.L. du 1 au 5 mai Parc Jourdan, Aix-en-Provence www.salonsmart-aix.com


Ivana Boris

Installé dans un cabinet d’imagerie médicale en activité, le Cabinet d’Images à Draguignan mêle art et science sous la houlette de Justine Flandin, commissaire d’exposition. Après Pierre Blanchard, Alain Boggero, Marc Girault, Laure Fermigier, Jean-Pierre Nadau, Pascal Grimaud et Jean-Yves Rigole, la photographe Ivana Boris expose trois séries au noir et blanc très contrasté. Des «bouts d’espace» où la terre, la mer et le sable sont des variations de matières et de lumières. M.G.-G. jusqu’au 17 mai Cabinet d’images, Draguignan 04 94 68 09 67

© Ivana Boris

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Judith Bartolani

A U

C’est une Judith qui rit, Judith qui pleure que L’Art prend l’air présente pour la première fois à La Ciotat à travers un foisonnement de sculptures explosives, de dessins récents, d’œuvres inspirées de ses lectures, notamment Si c’est un homme de Primo Levi. L’exposition souligne les va-et-vient incessants qui relient ses écritures spatiales, plastiques et littéraires et fondent son œuvre puissante : Judith Bartolani y exprime «toute son humanité». M.G.-G.

P R O G R A M M E

Judith qui rit, Judith qui pleure du 2 mai au 8 juin Chapelle des Pénitents bleus, La Ciotat 04 42 83 89 46

© Judith Bartolani

Laurent Dessupoiu

Crayon spatial, la tête dans les étoiles © Laurent Dessupoiu

Dans son imaginaire empreint d’images africaines, Laurent Dessupoiu réserve une place particulière à ses Gladiateurs des temps modernes aux visages composites qui semblent regarder le monde avec un air toujours ébahi… ou effrayé ? Sait-on jamais avec cet artiste qui manie l’humour avec le même talent qu’il découpe, tresse, visse, peint, recycle. Et revendique avec tonitruance de marcher Sur les traces de la liberté. M.G.-G. La sensation d’un voyage inachevé jusqu’au 18 mai Villa Tamaris centre d’art, La Seyne sur mer 04 94 06 84 00 www.villatamaris.fr

Présence animale

La 18e édition de L’Art renouvelle le lycée, le collège, la ville et l’université se répand comme une trainée de poudre dans 18 établissements et 4 villes : Cassis, La Ciotat, Luynes, Marseille. Ce réseau créé par Le Passage de l’art permet d’exposer simultanément 21 artistes choisis autour d’une thématique, cette année Présence animale, de réaliser des ateliers, organiser des résidences, des conférences et un colloque inaugural. Franck Lestard est l’hôte du Passage de l’art. M.G.-G. jusqu’à fin juin 04 91 31 04 08 www.lepassagedelart.fr

Hyène, peinture à l’encre de chine © Franck Lestard au Passage de l’art

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Kidnapping au Pharo

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Jean Contrucci livre aujourd’hui le onzième épisode de ses Nouveaux Mystères de Marseille. En digne descendant des feuilletonistes du XIXe siècle, il ne lésine ni sur le titre, Rendez-vous au Moulin du Diable (tout un programme…), ni sur les en-têtes de débuts de chapitres («où, au terme d’un périple nocturne à travers un terroir inconnu, on se trouve face à face avec le ravisseur», un exemple parmi d’autres), ni sur les péripéties et rebondissements multiples, ni sur le style volontiers hyperbolique, tous ingrédients indispensables à ce genre de récit. Il est question cette fois-ci du rapt d’un enfant. Et pas de n’importe quel enfant. Le petit Paul est le fils d’un des hommes d’affaires les plus puissants de la cité phocéenne en ce début de XXe siècle. Cet enlèvement met la police et les journalistes en transe… Mais ce n’est pas tant pour l’intrigue,

somme toute assez convenue, qu’on dévore ce nouveau mystère de Marseille. Outre qu’on y retrouve avec plaisir Raoul Signoret, reporter au Petit Provençal (sorte de Tintin du Vieux-Port), et son oncle le commissaire Eugène Baruteau, c’est l’évocation du Marseille des années 1900 qui séduit. Contrucci, en fin connaisseur de la ville, parsème le récit d’anecdotes, de rappels historiques. Et c’est un vrai bonheur que de déambuler dans ce Marseille d’antan, où le tramway roulait jusqu’à l’Estaque, où La Plaine était agrémentée d’un bassin, où la jeunesse allait au Chalet Sportif s’initier au skating… FRED ROBERT

Rendez-vous au Moulin du Diable Jean Contrucci JC Lattès, 18 euros

L’historien et romancier marseillais était invité à la librairie l’Attrape-mots (Marseille) le 27 mars

Aux quatre coins du mur

D’une écriture simple mais élégante, Kéthévane Davrichewy morcelle le puzzle familial pour mieux le recomposer, construisant son roman comme une pièce de théâtre. Un prologue, trois actes, un épilogue pour la narration ; une mère toujours vivante, un père décédé, quatre frères et sœurs apparemment irréconciliables pour les personnages ; la maison familiale de Somanges et une île grecque pour les lieux. Et toujours ces Quatre murs qui réconfortent, séparent, abritent ou terrorisent la fratrie qui cache de douloureux secrets. Chaque personnage développe sa pensée et ses tourments en un seul acte, même les jumeaux, les parents apparaissant et disparaissant en filigrane tout au long des chapitres. Saul, Hélène, les jumeaux Elias et Réna sont «le cœur même d’un chagrin qui ne finira pas» et tentent, désespérément, de se retrouver

Habitare secum

En 2013, Lorette Nobécourt publiait conjointement Patagonie intérieure et La clôture des merveilles. Rien de commun a priori entre les deux ouvrages. Le premier, bref, a l’allure d’un récit de voyage. Souvenirs d’un périple que la romancière a effectué au Chili et en Terre de Feu sur les traces du grand romancier chilien Roberto Bolano, en quête aussi de lieux pour son avant-dernier roman Grâce leur soit rendue (2011). Le second, sous-titré Une vie d’Hildegarde de Bingen, se présente comme une biographie de la mystique du XIIe siècle, faite «docteur de l’Église» par Benoît XVI en 2012. Rien de commun ? Si. Et bien plus qu’on ne croirait. Outre la parenté évidente d’une écriture tranchante, débarrassée des scories de la langue, une même démarche anime les deux livres : la lutte fervente pour habitare secum (habiter avec soi), «être là au monde, pleinement», comme le déclarait la romancière récemment invitée à la librairie de L’Arbre. Le voyage en Patagonie est avant tout une quête de soi (comme l’indique d’ailleurs le titre) : «Le bout du monde, le bord du monde, c’est donc en dedans qu’il faut l’aller chercher», écrit

par-delà les séparations, les mensonges, les nondits, les réussites et les échecs de chacun… Car l’intimité familiale est devenue «épineuse» depuis longtemps déjà ! Kéthévane Davrichewy saisit avec délicatesse et justesse des situations communes, partagées sans doute par le lecteur, sans à-coup stylistique ni effet de manche. Sa langue fluide, douce, limpide permet d’énoncer des situations dramatiques sans s’appesantir, de pointer les perfides et les jalousies enfouies, de recueillir les grands déballages… tout ce chapelet de remords et de regrets qui colle aux semelles des enfants qu’ils ne sont plus. Quatre murs ressemble à un film doux-amer sur la perte de l’insouciance, le cocon familial évanoui, le déclin des amours… MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

Lorette Nobécourt. En soi, et dans la littérature, «le seul lieu où l’ici et l’ailleurs sont enfin une même et unique existence.» On comprend alors mieux ce qui fascine la romancière dans la figure d’Hildegarde de Bingen (H. comme elle la nomme) : sa liberté, son insoumission, son refus du dogmatisme, son amour de la vie, son rapport au Verbe surtout (elle a même inventé une langue). Dans la vie imaginée que le roman retrace, peu de repères temporels, on est assez loin d’une biographie classique, là n’est pas le propos. Des scènes fulgurantes en revanche et le récit au présent d’une existence tout entière tournée vers le Verbe : «H. s’aperçoit qu’écrire délivre. Écrire perce. Assainit. Nettoie. Fore. Met à jour. Écrase la peur. Transporte hors de soi. Et guérit. Ce n’est pas une vocation, c’est un destin.» Comment ne pas reconnaître Lorette derrière Hildegarde ? Elle aussi, l’écriture l’a guérie (lire La démangeaison, son premier roman) et derrière H. elle peut dire «des choses énormes», avoue-t-elle en riant. F.R.

Quatre murs Kéthévane Davrichewy Sabine Wespieser éditeur, 18 euros

Lorette Nobécourt était à Saint-Rémy de Provence et à Marseille les 8 et 9 avril dans le cadre des Escales en librairies proposées par Libraires à Marseille

Prochains RDV les 17 et 18 avril avec Owen Matthews www.librairie-paca.com Patagonie intérieure et La clôture des merveilles sont publiés aux éditions Grasset (12,90 et 14,90 euros)


Lectures

Dans la nuit et le vent… le père et l’enfant… et cette première de couverture où la tente du bivouac éclairée de l’intérieur (photo de Daniel J. Barr) semble une météorite fraîchement déposée sur un monde bien noir… Les éditions Métailié promettent «des livres pour vivre passionnément» et le bandeau rouge affiche crânement «Attention lecture dangereuse». On fonce et jusqu’à la dernière ligne quelle histoire ! ou plutôt quelles histoires car elles sont trois à filer pas doux du tout en écho, en miroir et en catastrophe bien sûr : il y a celle de la maternité, celle de la paternité et surtout celle de la création littéraire… Chapeau bas Rafael Reig ! Dans un roman vertigineux, rigoureux et tragique se trament et se dévoilent souffrances en cascades, frustrations, ratages qui atteignent le lecteur de plein fouet. Carmen et Carlos se sont déchirés, leur fils Jorge, adolescent pataud, vit avec sa mère et accompagne son père pour une course en montagne un week-end ;

rien que du déjà lu sur les rituels de passage père/fils ? Point du tout car l’essentiel est dans ce qui n’est pas écrit mais que fait vivre dans sa tête Carmen, dépositaire à la sauvette du manuscrit de son ex-mari, roman glauque, poisseux remake de Pas d’orchidées pour Miss Blandisch dont la lecture provoque l’effroi et la nausée et pas seulement chez la maman ! Signes biaisés de mort qui rôde, bombe à retardement dont la mèche court d’un chapitre à l’autre avec ses définitions de mots croisés dont la terreur monte en puissance pour nourrir la fiction, piège à interprétations abusives, chambre d’écho de ses propres fantasmes… l’auteur (lequel ?) en démiurge manipulateur comme «une ombre qui se cache entre les lignes» ouvre les gouffres diaboliques dans lesquels se fracasse la lectrice (laquelle ?)… Bluffant, baroque, irrésistible. MARIE-JO DHÔ

Ce qui n’est pas écrit Rafael Reig Métailié Noir, 18 euros

69 Rafael Reig est invité aux Escapades littéraires à Draguignan le week-end du 17 et 18 mai (voir p.72)

Délectables jardins Un «chef-d’œuvre immense» comme le claironne la dernière de couverture ? Un exercice de style brillantissime ? Le énième représentant (très digne au demeurant) d’un genre proliférant dans la littérature de langue espagnole et même catalane ? Phrixos le fou, premier volet traduit d’une trilogie à venir, participe sans doute de tout cela et s’inscrit dans une tradition littéraire qu’il ne renouvelle guère... Son auteur Miquel de Palol, solide entrepreneur et excellent architecte bâtit un roman-forteresse aux mille et une portes par lesquelles se faufilent autant de récits qu’il y a de narrateurs à prendre la parole ; ça vous rappelle quelque chose ? Hepta ou Décameron, Boccace, Chaucer ou Calvino car dans ce château aussi les destins se croisent et tel qui narre était sous un autre regard objet de la narration. Résumons -facétie de lecteur qui veut garder la main- ou plutôt cadrons : une guerre nucléaire/Barcelone pulvérisée/des grands de ce monde réfugiés dans un sublime palais-jardin là-haut dans la

montagne/du temps à tuer/un jeune narrateur auquel on va s’identifier puisqu’il nous prête ses yeux et ses oreilles pour filtrer les récits-gigognes de ces trois journées. L’artifice est revendiqué comme un motif essentiel : dans cette «caverne» il n’y a que des originaux et ce sont les copies qui peuplent les musées ; Phrixos sorti du mythe, à cheval sur son mouton, «entre» dans sa fresque le visage tourné vers le narrateur qui frémit ; le jardin métaphorique tient ses arbres aux essences multiples et exhaustives comme Orion ses étoiles dans sa constellation et les «personnages» dont les portraits à l’infini relèvent de l’allégorie sont des déclencheurs d’histoires, à partir d’une matrice (la vertigineuse épopée de la banque Mir) qui va générer rien moins qu’un vaste panorama des formes romanesques existantes… Entre le conte philosophique, la nouvelle policière, le roman d’espionnage et le reste, la lecture zigzague béate d’admiration mais sans aucune émotion ! M.-J.D.

C U L T U R E L L E Phrixos le fou, premier volet de Le Jardin des Sept Crépuscules Miquel de Palol Zulma, 22,50 euros

Résister, puis vivre Comment survivre après la guerre et comment vivre ensuite avec des souvenirs qui submergent parfois le présent ? C’est la question que nous pose Ingrid Brunstein dans le livre qu’elle a qualifié de «document», voulant sans doute mettre une distance entre elle et son discours. Mais la petite Lotte qui naît en 1937 en Allemagne, puis deviendra Charlotte en France où elle fera ses études supérieures et épousera un français, n’est autre qu’Ingrid avec laquelle elle partage la date de naissance et le vécu. Le père, descendant d’une famille de militaires prussiens entre naturellement dans la Wehrmacht. La mère traversera toutes les épreuves des bombardements, de la fuite, avec Lotte et les deux enfants nés durant la guerre. En 45, la famille se retrouve dans ses ruines dans des conditions de dénuement extrême. C’est alors

que commence l’entreprise de dénazification qui concerne toute la population, et les jalousies des femmes dont l’époux n’est pas revenu. Le père est obligé de gravir tous les échelons du monde du travail tandis que les enfants retournent à l’école. Charlotte revit tout cela dans des passages où sa parole est restituée à la première personne, évoque leur éducation stricte et revoit des images qu’elle essaie d’analyser avec le recul. Ingrid pose la question du droit au bonheur, de la lente reconstruction des corps et des âmes et offre la performance d’une écriture à deux voix, mêlée de références à des écrits historiques, archives et analyses. Un témoignage qui ose parler des traumatismes des enfants allemands. CHRIS BOURGUE

P L OI V L RI ET SI Q U E

Ici pas de survivants Ingrid Brunstein Édition de l’aube, 17,90 euros

Ce livre est présélectionné pour le Prix du Sénat du Livre d’Histoire qui sera remis le 19 juin


Destins croisés

70 L I V R E S

Les garçons perdus, ce sont deux jeunes gens que l’on suit du lycée à la fac, deux parcours inversés : l’un est l’idole de l’autre, riche, brillant, assuré, quand il est terne, pauvre et timide. Mais la chrysalide du second va éclore, tandis que le premier s’enfonce irrémédiablement dans l’échec, la drogue et la schizophrénie. «On risque gros avec les gens, surtout à n’exister que dans le regard de l’autre.» L’écriture d’Arnaud Kathrine est précise, prenante, lorsqu’il décrit la «puissance conformiste», si importante à cet âge-là, qui peut n’être qu’une façade mais devient bien vite une prison. Il met admirablement en perspective les deux environnements familiaux, la projection des fantasmes de l’un sur l’autre, le processus de dépendance affective qui s’enclenche entre les deux héros, et l’évolution de cette amitié («il

devait bien s’agir d’une forme d’amour») qui ne mène nulle part, mais les marque violemment. Une série de photographies glaçantes d’Éric Caravaca accompagne le récit : celles d’un hôpital en déréliction, ponctuées de rouge sang, noir excrémentiel. Cette collaboration est une belle réussite des éditions Le bec en l’air, dans la collection Collatéral qui entend croiser littérature et photographie contemporaine, prenant l’image comme texte et le texte comme image, sans redondance. GAËLLE CLOAREC

Les garçons perdus Texte Arnaud Cathrine, photographies Éric Caravaca Le Bec en l’air, collection Collatéral, 14,90 euros

La mémoire des vaincus

Tant de larmes ont coulé depuis est un roman complexe, choral, où les voix se croisent et se succèdent. Écrit dans la continuité de Ces vies là, qui racontait l’histoire de la mère du narrateur, ce nouveau roman d’Alfons Cervera s’attache aux personnages présents lors de l’enterrement de Teresa. On comprend peu à peu qui ils sont, et ils apparaissent à divers âges, en divers endroits d’Espagne ou du Sud de la France. La plupart sont des Espagnols venus travailler dans les exploitations agricoles de Vaucluse, réfugiés politiques de 1936, ou immigrés économiques des années soixante. Certains sont repartis en Espagne, dans un de ces petits villages désertés par les vagues d’émigration successives. Tous ont subi en France l’exploitation, le rejet, le racisme, l’isolement, la misère. Tous au retour connaissent la solitude, exilés partout, sans mémoire. La narration suit ces récits brisés, adoptant par analogie des phrases brèves, des

moments éclair qui se juxtaposent dans une succession de présents sans passé. Les quelques événements clefs y sont répétés, vus par bribes, au travers d’une mosaïque de voix différentes disséminées dans le roman, chaque narrateur revenant d’ailleurs sur ses propres épiphanies en les racontant lui-même différemment. La lecture en est rendue difficile, les points de vue variant au sein d’un même chapitre, sans repère immédiat. Le décryptage ressemble à celui d’une mémoire effacée, indéchiffrable par endroits, net comme l’impression d’une caresse, puis tournant autour du pot comme si la scène primitive était inracontable. On ressort de la lecture avec le sentiment d’avoir manqué quelque chose, et l’envie d’y revenir, comme si ces pages contenaient une vérité brute dont on n’aurait pas réussi à percevoir l’éclat.

Tant de Larmes ont coulé depuis Alfons Cervera La Contre Allée 18,50 euros

Alfons Cervera sera présent lors des Escapades littéraires de Draguignan du 16 au 18 mai (voir p. 72)

AGNÈS FRESCHEL

s ire ra té lit s ue niq ro ch et les tic ar s no us to Z ve ou etr R sur notre site Et venez écouter des entretiens, des débats, et des chroniques sur notre webradio

Journalzibeline.fr


Avant la catastrophe Les éditions Agone publient une série d’entretiens menés par Laray Polk, artiste multimédia, journaliste et écrivain, avec le linguiste Noam Chomsky, professeur émérite au Massachusetts Institute of Technology. Très accessible, l’ouvrage retrace la manière effarante dont les grandes puissances de l’économie mondiale épuisent l’environnement, investissent dans l’atome, et envisagent l’avenir de l’humanité. Noam Chomsky peut difficilement être taxé d’anti-américanisme primaire, puisqu’il en est lui-même citoyen, mais chiffres à l’appui, il dr esse un tableau cauchemardesque des USA. Un pays qui a soutenu de manière directe ou indirecte l’armement nucléaire des principaux États en conflit de par le monde, qui dévaste allègrement ses espaces naturels, et dont les institutions sont gangrenées par des lobbys convaincus que le réchauffement climatique est un signe du

Avec eux

Pendant deux ans Kristine Thiemann a joué une variante du jeu de l’ethnologue en immersion participative. Ne se contentant pas d’un regard extérieur et soi-disant objectif, la photographe allemande a partagé des moments de vie avec des Vitrollais(es) qui lui ont fait découvrir leur ville. Ce séjour s’inscrit dans son projet Metropolen entamé en 2002 qui s’intéresse aux petites villes qui vivent à l’ombre d’une grande ville. Kristine Thiemann procède le plus souvent selon une méthodologie en quatre phases : Inspiration (arpentage, découverte), Casting (repérage des lieux de prise de vue, collecte des accessoires), Prise de vue et répétitions, Exposition des photos mises en scènes. Les images provenant de ces

Exil et écriture

Les 19 et 20 octobre 2012, la Maison de la Région à Marseille accueillait des rencontres internationales, organisées par Virginie Ruiz et Michel Gironde : Villes méditerranéennes et exil au tournant du XXIe siècle. Michel Gironde, chercheur à l’Université Paris III Sorbonne Nouvelle et membre du groupe RETINA International*, rassemble dans l’ouvrage Méditerranée et exil aujourd’hui les textes de ces rencontres. Universitaires et écrivains y apportent leurs réflexions sur les écritures de l’exil, celles de la Méditerranée mais aussi de l’Amérique du Sud. Qu’est-ce qu’écrire et penser l’exil ? Se retrouver user de la langue du pays d’accueil en nouveau champ d’appréhension du monde, se retrouver dans une infrangible distanciation de soi, dans une esthétique de la déchirure, de la découverte, de l’acceptation, du reniement, de la révolte, de la libération, de la confrontation des sens et des habitudes… avec les grands modèles de Cervantès, Kundera, Fuentes, les analyses des œuvres d’Assia Djebar, Wajdi Mouawad,

mécontentement divin ! On peut totalement abonder dans son sens, et cependant trouver dommage que par contraste il semble presque encenser... la politique de la Chine en matière d’industrialisation «verte». Bien que ces entretiens n’apportent aucun élément réellement nouveau, on doit reconnaître à Noam Chomsky le mérite de tenir ferme ses convictions, et de savoir les faire connaître. Car le plus navrant est de constater que l’opposition menée dans le passé par des savants de l’envergure de Bertrand Russell, Albert Einstein et bien d’autres, contre la guerre et l’exploitation militaire des découvertes scientifiques, n’a pas son équivalent de nos jours.

71

GAËLLE CLOAREC

P L OI V L RI ET SI Q U E

Guerre nucléaire et catastrophe écologique Noam Chomsky Agone, 15 euros

saynètes réalisées en commun, parfois au hasard des rencontres, sont ensuite présentées dans les espaces publics de la ville au sein même de la vie des habitants. Ce travail évoque celui de Martin Parr sans la pointe d’acidité anglaise. Il en résulte un bouquin qui se feuillette comme un carnet de voyage ou un album de souvenir de vacances, avec des scènes un tantinet décalées, souvent enjouées voire cocasses à y regarder de près.

C U L T U R E L L E

CLAUDE LORIN

À Vitrolles Kristine Thiemann Éditions Wildproject, 18 euros

Abdelwahab Meddeb, Tahar Ben Jelloun, Mohammed Dib, Alberto Ruy-Sanchez, Malika Mokkedem, Roberto Bolano et Javier Cercas. Deux récits d’expérience ouvrent et referment l’ouvrage : Pascal Jourdana dans une préface sensible évoque sa première lecture de Marelle de Cortázar qui lui fit comprendre «intimement ce que pouvait représenter, grâce aux personnages d’Horacio et de Sybille, le désarroi de l’exil» ; l’écrivain comorien Salim Hatubou rappelle «qu’est-ce que l’exil sinon l’ombre de la terremère qui s’éloigne ?». L’ensemble compose une mosaïque dense et passionnante où l’écriture s’avère bien être le lieu privilégié de l’approche et de la compréhension du monde. MARYVONNE COLOMBANI

* RETINA International : Recherches Esthétiques & Théorétiques sur les Images Nouvelles & Anciennes

Méditerranée et exil aujourd’hui sous la direction de Michel Gironde L’Harmattan, Collection Eidos, Série RETINA, 20 euros


Talent précoce

R E N C O N T R E S

Cécile Coulon © Antoine Rozès

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À la voir, on a du mal à le croire. Silhouette gracile, cheveux platine tirés en un chignon haut, yeux clairs, vêtements sombres, Cécile Coulon semble à peine sortie de l’enfance. Et pourtant. À vingt-quatre ans, l’étudiante inscrite en thèse après un cursus des plus classiques (lettres sup’ puis la fac) en est déjà à son troisième roman édité par Viviane Hamy. Avant ceux-là, deux ouvrages avaient été publiés aux éditions auvergnates Revoir. Cinq textes édités. Un beau palmarès. Et une vraie découverte. Il n’est que de la regarder chausser ses lunettes pour lire un extrait de son dernier opus, ou de l’écouter énoncer ses préférences littéraires et ses choix narratifs, pour comprendre qu’un auteur est né. La lecture de Méfiez-vous des enfants sages (2010) et de Le roi n’a pas sommeil (2012) -tous deux brefs mais fulgurants- le confirme. Il y a là une voix originale, une écriture à la fois brute et poétique qui vous suit longtemps. Cécile Coulon n’est jamais allée aux États-Unis. Les deux romans sonnent pourtant comme des histoires américaines. Normal, elle en a lu tellement. C’est la littérature américaine (Steinbeck, mais aussi Stephen King dont elle est fan absolue) qui l’a sortie de l’ennui profond où l’avait plongée, durant ses années lycée, la lecture des classiques français. Et si elle écrit, c’est parce qu’elle a toujours beaucoup lu et qu’elle a envie de transmettre cette passion à d’autres. Des auteurs américains, elle admire l’efficacité et la capacité d’embarquer le lecteur. C’est encore une fois sur leurs traces qu’elle s’est lancée -mais dans un registre nouveau- avec Le rire du grand blessé, paru à la rentrée littéraire 2013. Ce conte d’anticipation renverse l’idée première du célèbre Fahrenheit 451 de Bradbury, en faisant du livre une «arme de désinstruction massive», un moyen d’asservissement des populations. Ce livre sur les livres et la littérature (mais aussi sur la peur et le plaisir de la transgression) répondait à un défi majeur pour la romancière : comment rendre dangereux un objet extraordinaire ? Elle l’a relevé avec brio, dans un style clinique et percutant.

On attend avec impatience la parution du quatrième roman, terminé, actuellement «en phase de repos» avant d’être repris pour «enlever tout le superflu». FRED ROBERT

Cécile Coulon était invitée le 26 mars à la BDP Gaston Defferre dans le cadre de Paroles d’auteurs, un cycle organisé en partenariat avec La Marelle Le rire du grand blessé Éditions Viviane Hamy, 17 euros Désormais disponibles en poche (Points) Méfiez-vous des enfants sages (5,20 euros) Le roi n’a pas sommeil, sélectionné pour le Prix des Lecteurs Points Romans 2014, (6,20 euros)

Espagnoles escapades Un rendez-vous littéraire à ne pas rater. Du 16 au 18 mai prochains, la ville de Draguignan accueillera en effet, dans le cadre superbe de la Chapelle de l’Observance, la quatrième édition des Escapades littéraires, un festival de littérature contemporaine ambitieux et festif, concocté par Libraires du Sud, en association avec trois librairies varoises, Papiers collés et Lo Païs (Draguignan) ainsi que Contrebandes (Toulon). Avec les services culturels de la ville également, qui avaient fait de l’édition 2013 une belle réussite. Après le Chili, l’Italie puis les grands espaces américains, c’est sur l’Espagne que la manifestation met l’accent cette année. Durant tout le week-end, on pourra s’interroger sur cette «société espagnole en mutation» que

les nombreux auteurs invités, leurs débats et leurs ouvrages permettront d’appréhender plus finement. Dialogues croisés d’auteurs, d’illustrateurs, de traducteurs, lectures d’extraits, bibliothèques de l’écrivain, séances de dédicaces, autant d’occasions de rencontrer ceux qui font la littérature hispanique d’aujourd’hui… et dont nous vous reparlerons sous peu (voir p.69 et 70). F.R. La 4e édition des Escapades littéraires se déroulera à Draguignan (Var) les 16, 17 et 18 mai Programme définitif à venir dans tous les lieux culturels et sur www.librairie-paca.com Renseignements auprès de Libraires du Sud au 04 96 12 43 40 ou contact@librairesdusud.com

Rue de la BD

Durant toute la journée du 15 mars, la rue des trois frères Barthélémy (entre Cours Julien et Plaine à Marseille) a été investie par les amateurs du neuvième art, auteurs, scénaristes, dessinateurs, libraires, lecteurs, venus fêter dignement la parution du numéro 3 d’AAARG ! La revue bimestrielle de «bande dessinée et culture à la masse» s’est installée au numéro 76 de la rue, à l’ancienne adresse de La réserve à bulles qui a migré pour s’agrandir au 58. Toute la journée se sont succédé tables rondes, séances de dédicaces et apéros conviviaux, organisés par la librairie en partenariat avec L’Autoportrait et Mars en ville. Sortir la BD de ses lieux habituels, c’était le but. Les rencontres ont donc eu lieu au «salon d’art galerie de coiffure» L’autoportrait (au 66 de la rue) ou dans les locaux de l’agence Terrasse en ville (au 26). Cette journée spéciale BD était aussi l’occasion de lancer le numéro 3 de La Revue Dessinée. Nous avons déjà parlé de cette revue trimestrielle originale qui vise «à raconter l’actualité par le biais de la BD». Franck Bourgeron était venu en présenter le premier numéro lors des dernières Littorales (voir Zib’68). Il était à nouveau là le 15 mars, accompagné d’autres membres de son équipe et de certains des auteurs. On a ainsi pu découvrir quelques uns des articles qui composent ce numéro de printemps. Une assez terrifiante «guerre des mouches» par exemple, suivie jusqu’au Mexique par le journaliste scientifique Pedro Lima et volontairement dramatisée par le dessinateur J.P. Krassinsky. Et une non moins glaçante plongée «en plein Front», réalisée par Julien Solé. La Revue Dessinée prévoit d’ailleurs, dans les quatre numéros à venir, de faire le point sur la montée des nationalismes en Europe. À suivre donc… FRED ROBERT

Le lancement des numéros 3 d’AAARG ! et de La Revue Dessinée a eu lieu le 15 mars à Marseille La Revue Dessinée n°3 printemps 2014, 15 euros © Loïc Duquy-Nicoud


Alvaro et son double

R E N C O N T R E S

Anne Alvaro © Livia Saavedra

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Enfance, célèbre récit autobiographique de Nathalie Sarraute, repose sur un dialogue entre l’auteur et son double. À la recherche de ses souvenirs enfouis, la veille dame se revoit, enfant déchirée entre ses parents divorcés, sa mère vivant en Russie et son père en France. Bien qu’Anne Alvaro soit pleine d’émotions à la lecture du texte, l’actrice semble hésiter à certains moments de la lecture, notamment lors des phases avec le double où l’on ne distingue pas réellement les réminiscences d’enfance et les commentaires péremptoires du double. Comme si ce double n’était pas cette conscience qui éveille les souvenirs et maîtrise les débordements de l’auteur, mais un obstacle pour l’actrice, peu concernée par ses interventions. Anne Alvaro semble s’investir davantage dans les

phases où le double est muet et où l’auteur parle longuement de son passé. Moments où la beauté du texte transparait, se dilate, prend place, et où on se sent réellement concerné par l’histoire de Nathalie Sarraute, enfant incomprise par son père incapable de lui dire qu’il l’aime, avouant à sa mère sa tristesse. Alors le texte apparaît dans toute sa beauté, même si Anne Alvaro laisse le spectateur sur sa faim quant au rendu de la spécificité formelle des souvenirs d’enfance de Sarraute : le cœur qu’elle a mis dans la lecture est ailleurs… ALICE LAY

Enfance a été lu le 31 mars à la Bibliothèque Départementale des Bouches-du-Rhône à Marseille

Livres magiques Quelques grammes de finesse pour contrebalancer l’épaisseur du monde... La Bibliothèque Départementale des Bouches du Rhône accueille pour trois mois encore une exposition à ne manquer sous aucun prétexte si vous avez le goût des œuvres de papier. Intitulée Drôles de livres, elle rassemble toute une série d’ouvrages «à système», recourant aux techniques du pop up, du relief, de l’accordéon et bien d’autres encore. On y apprend que les premiers sont apparus au Moyen-Âge et qu’ils avaient un caractère scientifique. Puis ils ont été destinés aux enfants, dès que l’on s’est aperçu que leur maniement favorisait l’apprentissage. Ceux qui sont exposés là ont en commun une grande délicatesse, beaucoup d’humour et une étonnante profondeur. Les plus spectaculaires sont peut-être les livres tunnel, comme celui d’Edward Gorey, The tunnel calamity, dans lequel on plonge par un petit trou pour apercevoir des silhouettes victoriennes, les hommes en chapeau haut de forme, les femmes à manchon de fourrure. Ou encore celui qui vous promène par les jungles du Douanier Rousseau. Les qualités intrinsèques du papier conviennent parfaitement aux imaginations les plus expérimentales, donnant accès avec une soudaine acuité à l’univers follement mathématique de M.C. Escher, qui prend tout son relief par la magie du pop up. Certains des livres présentés sont de réelles prouesses techniques, parfaits dans leurs moindres détails, prometteurs d’infinis délices à chaque prise en main. Mais l’un des grands plaisirs de l’exposition est sa capacité à provoquer des retrouvailles émues avec ces joies de l’enfance qui n’ont pas

Alice au pays des merveilles Lewis Carroll Robert Sabuda © Seuil Jeunesse 2004

de prix : flotter en apesanteur avec Tintin, le Capitaine Haddock, le Professeur Tournesol et les Dupont-Dupond dans On a marché sur la lune, courir avec Alice sous un envol de cartes à jouer (chef-d’oeuvre de Robert Sabuda d’après Lewis Carroll), ou bien trembler de crainte et gourmandise mêlées devant la maison en pain d’épices de Hansel et Gretel. On y trouve également des ouvrages très simple en apparence, et d’autant plus propices à la méditation, si l’on se laisse saisir par leur poésie digne d’un haïku. C’est le cas de Little tree, de Katsumi Komagata : la simple silhouette d’un

arbre laissant courir son ombre sur une page blanche provoque une impression mémorable. Ou bien Pleine lune, d’Antoine Guillopé : ses cerfs aux aguets semblent prêts à prendre vie, leurs bois confondus avec le feuillage d’une broussaille découpée en noir sur fond clair. GAËLLE CLOAREC

Drôles de livres, jusqu’au 12 juillet aux ABD Gaston Defferre, Marseille


D’une passion à l’autre… Deux BD et un roman sélectionnés pour le Prix littéraire des lycéens et des apprentis de la Région PACA

Le principe en est connu. Une histoire tourne en boucle autour d’un objet qui circule de main en main. Dans la BD de Birgit Weyhe, il s’agit d’une médaille de baptême qui part de Montréal en 1915 et y revient en 2011, après être passée par l’Allemagne, la France, le Kenya, dans les mains de l’arrière petite-fille de sa première propriétaire. C’est un album superbe, extrêmement soigné, au dessin rigoureux, et des pages de garde très travaillées. Birgit Weyhe offre en dix histoires individuelles un panorama de l’histoire de l’Europe et de la lutte pour la démocratie au Kenya. On passe des tranchées de la guerre de 14, au bombardement de Hambourg en 43, à la France occupée. Les mariages, les naissances, les abandons, les morts sont évoqués. Des histoires simples et émouvantes. La ronde Birgit Weyhe (scénario et dessin) Éd. Cambourakis, 24 euros

les pronoms de la narration. C’est enlevé. On en redemande. Viviane Élisabeth Fauville Julia Deck Éditions de Minuit, 13,50 euro

Le roman graphique de Jean-Marc Pontier offre un mélange de réalisme et de fantastique assez décapant. Il évoque la Peste Noire de Marseille en 1720, et des écrivains de la passion et de la fascination du mal. Sa fiction met en scène l’amnésie générale qui frappe les Marseillais retournés subitement à l’état sauvage. Cette fable s’accompagne du récit d’une passion et d’une addiction à la drogue qui mène à la mort, puis à un dernier acte d’amour du narrateur pour Marie et le respect d’une promesse. Les images dessinées d’un trait nerveux, dans une sorte d’urgence en noir, gris et blanc, avec des portraits à gros traits suppriment souvent les regards. Un récit sur la mémoire qui vibre comme une mise en garde contre la capacité d’oubli. Prémonitoire ? Peste blanche Jean-Marc Pontier Éd. Les enfants rouges, 16 euros Ouvrage édité avec l’aide du CG 13 et le Conseil Régional PACA

Vous venez de refermer le premier livre de Julia Deck. Vous le feuilletez à l’envers pour vous rappeler les moments forts de l’intrigue. Le mari de Viviane Élisabeth, 42 ans, mère d’une petite fille de douze semaines, l’a quittée. Elle s’accorde depuis quelques temps, une «petite sorcellerie viennoise» : les services d’un psychanalyste. Le 17 novembre, elle a la mauvaise sensation d’avoir, la veille, tué son psy avec un couteau de cuisine offert pour son mariage. Soupçonnée, elle se livre à une enquête et agresse sexuellement un patient du psy. Vous relisez avec intérêt cette scène écrite avec brio sur un rythme endiablé. Elle a du cran cette Julia Deck. On s’amuse beaucoup quand elle vous invite à suivre Viviane Élisabeth en endossant le rôle du témoin, puis vous bouscule en variant

CHRIS BOURGUE

Les lauréats seront désignés le 22 mai aux Docks des Suds, à Marseille

Le Prix littéraire aPour10 ans ! fêter les 10 ans d’aventure littéraire et

graphiques du Prix littéraire des lycéens et apprentis de la région PACA, le scénariste de bande dessinée Kris, lauréat à deux reprises pour Un homme est mort, 2007-2008 (dessin Étienne Davodeau) et Coupures irlandaises, lauréat BD Prix 2009-2010 (dessin Vincent Bailly) livre son témoignage.

«J’’ai eu la chance de venir deux fois dans le cadre du Prix Paca, la première pour «Un homme est mort,» la seconde pour «Coupures irlandaises» que j’ai eu le bonheur de voir remporter le prix en 2010. En conséquence, les souvenirs et les chouettes moments sont très nombreux à affluer dès lors qu’on les convoque. Toutes ces rencontres sont à l’origine de mon amour pour Marseille, ville que j’ai véritablement découverte lors de ces séjours, et où se sont créées de solides et nombreuses amitiés. Mais si je dois garder un souvenir fort parmi tant d’’autres, c’est certainement la première rencontre «plénière» avec tous les lycéens, dans un théâtre à Draguignan en 2008. En rentrant sur scène, annoncés un par un par l’’animateur, les auteurs étaient applaudis et acclamés comme des rock stars par les lycéens, dont certains avaient carrément formé des groupes de soutien à tel ou tel album, le tout dans un esprit bon enfant et un chahut indescriptible. Je n’avais jamais connu ça auparavant... Je ne l’’ai jamais reconnu depuis ! Et je ne parle même pas de la cérémonie de Remise de Prix, lieu de rencontres et discussions sans façon durant tout l’’après-midi. Bref, l’’implication des lycéens, leur plaisir à participer au Prix et à débattre des qualités de chaque histoire, étaient particulièrement revigorants pour des auteurs plus habitués à la solitude de leur atelier qu’aux scènes publiques ! Bon, j’ai un album à terminer pour revenir une troisième fois...» Kris

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Lire Ensemble en Méditerranée, fête du livre intercommunale initiée par Agglopole Provence, s’est tenue dans les 17 communes de ce territoire du 7 au 21 mars. C’est lors de la soirée de clôture le 21 mars au Portail Coucou, à Salon-de-Provence, que furent remis les différents Prix des concours de nouvelles. Le Grand Prix Agglopole Provence pour le concours de nouvelles adultes, sur le thème (En)quête de Méditerranée, a été remis à Renée Sonnet pour Massalia Connection dont nous publions ici le début.

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Massalia Connection Par Renée Sonnet

Le bassin de la plaine grouillait du bruit des minots et mon mal à la tête de la veille avait du mal à s’estomper. Avec la chaleur estivale, impossible de dormir fenêtre fermée. Il est vrai qu’avec les collègues du bar des Treize Coins, on avait fait rasade sur rasade hier soir. En plus cette nuit j’avais dû ronfler comme le moteur du Ferry-Boat car même mon chien avait de tous petits yeux. Un café vite pris avec une tartine de miel des Alpilles et j’enfourchai ma moto direction l’Evêché ; pour les lecteurs non provençaux, je vous arrête tout de suite, je travaille à l’Evêché mais je n’ai rien à voir avec les curés, c’est en fait ainsi que l’on nomme l’Hôtel de Police de Marseille. Cela fait vingt ans que je travaille dans la police, avec des hauts et des bas, parfois des états d’âme mais toujours un amour sans fin pour ma belle cité. Marseille, on l’aime ou on la déteste, mais ce qui est certain c’est qu’elle ne laisse personne indifférent ; ce qui me fait rire, ce sont tous les néo-marseillais qui, parce qu’ils ont eu les moyens de s’acheter une adresse dans le huitième, chez les jambons, se croient plus Marseillais que ceux qui sont installés là depuis dix générations. Allez vaï, Marseille est à la mode mais ça leur passera à tous ces «fiolis». J’arrivais comme d’habitude à mon bureau juste à l’heure, et je tombais sur l’interminable discussion de début de journée entre mon adjoint Patrick, policier émérite mais marseillais avant tout, et le lieutenant du quatrième, lyonnais d’origine : - Si je te le dis que l’OM, ils vont faire signer Gandolfi. - Et comment tu le sais toi ? - C’est parce que la sœur de ma concierge connaît quelqu’un au centre de formation de Lens et il paraît même qu’il a refusé de partir au PSG pour venir chez nous. Autre spécialité bien de chez nous, à Marseille vous avez huit cent mille habitants et aussi huit cent mille entraîneurs de football ; tous ces braves gens savent évidemment ce qu’il aurait fallu faire… Quand l’OM gagne on entend de partout «nous avons gagné» et quand l’OM perd, c’est plutôt «oh t’y as vu, ils ont encore perdu» ; bref, un mélange de chauvinisme et de mauvaise foi. Mon adjoint avait débuté sa carrière comme gardien des parcs de la ville de Marseille et comme il travaillait bien et qu’il n’avait jamais perdu un arbre, il s’était retrouvé promu à la PJ. Le commandant nous convoqua dans son bureau en criant, comme à son habitude ; son

surnom au sein du service était Aigle 4, en anglais Eagle Four ou, si vous préférez, «il gueule fort». - Le maire de Marseille a reçu, hier soir, une lettre anonyme avec une demande de rançon de trois millions d’euros. - Eh bé, ils ne se mouchent pas avec le dos de la cuillère. - Pas avec le manche non plus, ils menacent simplement, si la ville ne verse pas la rançon sous 48 heures, de tuer la Méditerranée. - Mais ils ne sont pas un peu fadas ceux-là, comment veux-tu tuer la Mer ? s’exclama Patrick. - Ça ce n’est pas votre problème, renchérit le Commandant, je vous demande d’arrêter ces plaisantins dans les meilleurs délais et de tout mettre en œuvre pour travailler dans la plus grande discrétion. - C’est vrai que ça pourrait donner des idées à d’autres, des fois qu’ils prennent en otage la Bonne Mère. - Foutez-moi le camp ! éructa Aigle 4. C’est un peu mince de débuter une enquête avec une lettre anonyme de quatre lignes, bien évidemment les analyses du labo n’avaient rien donné, ni empreinte, ni ADN ; le document avait été glissé dans une enveloppe vierge, ellemême déposée directement dans la boîte aux lettres de la Mairie. - Tu as une idée Patrick ? - ça doit être un coup des Lyonnais, avec leur regard sournois, il faut être au moins lyonnais pour inventer une mascarade pareille ! - Tu dis ça à cause de la conversation de ce matin ? - Eh, c’est pas de ma faute à moi, si Gandolfi veut venir à l’OM ! - Tu sais quoi, Patrick ? on se sépare pour la journée et on fouine chacun de notre côté, moi je vais faire un tour du côté de la Marronaise voir s’il n’y a pas eu des gens qui cherchaient des porte-flingues ces derniers jours, et toi va faire un tour dans les bars d’Arenc et essaye de faire parler les marins, les aconiers, les employés du Port, pour voir s’ils sont au courant de quelque chose. À peine engagé dans le petit village des Goudes, je vis deux nistons partir au loin, à fond les ballons sur leur mobylette ; maintenant que les éclaireurs étaient partis, je pouvais faire mon entrée après avoir été annoncé. La Marronaise, c’est un bar boîte de nuit situé dans une petite calanque en face de l’île aux chèvres ; Doumé, le patron, se tenait accoudé au comptoir et je ne peux pas dire que son accueil fut particulièrement chaleureux : - Va bé Doumé ?

- 37° ce matin, ça te regarde ? - Oh ! Doucement, je ne viens pas déclarer la guerre, je viens juste aux renseignements. - La dernière fois que je t’ai vu, en guise de renseignements, tu as fait coffrer la moitié des clients du bar. - Reconnais qu’ils ne sortaient pas du patronage. - C’est vrai, mais quand même, vous autres, vous faites tout pour tuer le petit commerce. - Arrête tes simagrées et dis-moi plutôt si ces derniers jours tu n’aurais pas vu un employeur offrant des emplois qualifiés ? - Quel genre ? - Genre 11.43. - Pour quel travail ? - Enlèvement, séquestration voire homicide. - Ah non, c’est fini ce temps-là, faut aller au Mexique ou chez les cowboys, là tu te trompes d’adresse… et c’est qui la cible ? - La Méditerranée. - Alors là, tu tournes «jobi !» C’est vrai que mon histoire était un peu bizarre, mais tous mes contacts à la Pointe Rouge ou aux Catalans me confirmèrent qu’ils n’étaient au courant de rien. J’avais décidé de m’arrêter au petit bar corse de la rue Pasteur, lorsqu’en passant devant le marchand de journaux qui fait l’angle, la une du Soir me sauta à la figure : «Engambi à la Mairie, la Méditerranée menacée de mort» : - Putain Patrick, tu déconnes ou quoi ? Ses explications, dans le portable, étaient plutôt embrouillées : il jurait n’avoir parlé à personne, puis avouait avoir bu l’apéro avec deux collègues, deux bons amis dont l’honnêteté ne pouvait être remise en cause, deux bons amis dont un était vaguement journaliste dans un quotidien local paraissant en soirée, et qu’il fallait que j’arrête de le harceler, autrement il repartait garder ses arbres… La colère de notre cher Aigle 4 fut homérique, et ce d’autant plus que je n’avais pas le moindre embryon de piste à lui fournir. Impossible d’attendre la fin de l’ultimatum pour voir de quoi l’auteur était capable, mais en même temps qui pouvait prétendre vouloir tuer la Méditerranée. Comme mon nom était paru dans le journal, je reçus un appel du responsable du groupement des patrons des Bouches-du-Rhône qui, sûr de son fait, m’informa que c’était probablement les syndicats qui étaient derrière tout ça car ils voulaient faire péter, depuis longtemps, le Port de Marseille ; plus de Mer, plus de Port, je vous le dis moi… La suite est à lire sur notre site www.journalzibeline.fr...


Turbulences en Méditerranée

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post-révolutionnaire dans bien des pays arabes. Jacques Ould Aoudia, chercheur spécialiste en économie politique du développement, proposait notamment de sortir des images figées véhiculées sur ces sociétés, expliquant que l’on ne peut pas calquer notre laïcité à la française sur les pays du Sud, et qu’il faudrait «déchausser nos lunettes forgées par 300 ans de domination». GAËLLE CLOAREC

Cimade © G.C

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La Villa Méditerranée accueillait début avril une «Journée de décryptage des enjeux actuels», destinée à comprendre les nombreuses barrières qui entravent la circulation dans l’espace méditerranéen, souvent paradoxalement perçu comme un lieu de partage et de mixité. Organisée par la Cimade et l’iReMMO, cette manifestation intitulée Méditerranée : espace de mobilités et de turbulences s’est avérée dense et très suivie. Lors de la première table-ronde, Jean-Robert Henry, du CNRS, a brossé avec précision un tableau historique de «l’idée méditerranéenne», permettant de comprendre qu’au-delà de sa dimension géographique, la Mare Nostrum est un concept. Après les soubresauts de la décolonisation, et avec un statut

fluctuant selon les décennies, elle a connu un retour en force dans les années 80... l’accent étant mis sur sa dimension économique (assez

éloignée des rêves humanistes des précédentes générations). Les autres intervenants sont entrés dans le concret de la situation aujourd’hui,

La journée Méditerranée : espace de mobilités et de turbulences a eu lieu le 4 avril à la Villa Méditerranée, Marseille

Le Fort Saint-Jean

à l’école

Le 2 avril dernier, avait lieu l’inauguration de l’I2MP au Fort Saint-Jean. Qu’est-ce que ce nouveau sigle barbare ? direz-vous. Il s’agit d’un tout nouveau-né, issu du rapprochement du MuCEM, (Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée) et de l’Institut national du patrimoine (INP). Le nom de baptême, I2MP,

désigne l’Institut Méditerranéen des métiers du patrimoine. Il s’agit d’une reconnaissance nationale et internationale de la qualité du travail déjà effectué, grâce à la dynamique du MuCEM, et de sa coopération active avec les pays méditerranéens. Le Président du MuCEM, Bruno Suzzarelli et le Directeur de l’INP, Éric Gross, se félicitent de cette belle initiative qui implante à Marseille un pôle scientifique international pour le réseau du sud-est de la France. Les enjeux méditerranéens sont une des clés de Bruno Suzzarelli, Président du MuCEM et Eric Gross, Directeur Institut National du Patrimoine © Agnès Mellon

cette nouvelle structure. Ainsi, l’I2MP propose des séminaires, des rencontres, des accueils privilégiés pour les professionnels. Dans ce cadre, s’organise un programme de formation continue qui leur est destiné avec des sessions de formation de quatre jours sur des thèmes donnés (celle qui inaugure 2014 s’intitule Mosaïques et pavements, de l’étude à la mise en valeur). Cette formule a déjà devancé l’inauguration, puisqu’elle a permis dès septembre 2013 de fructueux partenariats. Ainsi, Sophie Marchegay, Directrice du musée de la Préhistoire de Quinson, évoque la belle expérience qu’a constitué l’échange avec une équipe d’archéologues libyens sur le thème Conservation et mise en valeur d’un site archéologique. Le traducteur présent sourit encore à ce souvenir, rappelant l’enthousiasme des participants et la coopération passionnante qui s’est opérée alors, le moment superbe où l’on reconstitue les différentes méthodes pour faire du feu... Les pratiques, les approches, les techniques se comparent, s’enrichissent les unes des autres, se réfléchissent. Travail sur le terrain, moments de réflexion, de discussion alternent. Un équilibre s’établit entre une approche très technique et transposable, les études de cas, et une compréhension plus globale des enjeux patrimoniaux et des contextes culturels dans lesquels ces pratiques professionnelles s’inscrivent. Un réseau dense de partenaires privilégiés complète ce maillage : CICRP, DRASSM, universités, archives, musées, et à l’international, ICOM, ICCROM… Tous souhaitent rendre pérenne cette belle initiative de transmission des savoirs et des savoir-faire, à laquelle on souhaite succès et longue vie ! MARYVONNE COLOMBANI

L’inauguration de l’I2MP a eu lieu le 2 avril au MuCEM-Fort Saint-Jean, à Marseille



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