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Du 13/07/11 au 14/09/11 | un gratuit qui se lit

Rêves d’été


Politique culturelle Château de la Buzine Théâtre Liberté à Toulon

4, 5 6, 7

Festivals à venir Musique, danse Musique

8, 9 10 à 16

Théâtre Avignon Avignon off Villeneuve, Vaucluse en scène

18,19 20 à 22 22

Danse Châteauvallon, Marseille, Vaison Marseille

23 24, 25

Musique Aix, Orange Marseille, Pays d’Aix Toulon, Lambesc, Marseille Aix, Le Tholonet, Forcalquier Jazz, actuelles

Disques Livres Musique, arts, histoire jeunesse cinéma littérature, histoire

Rencontres Philosophie Victor Stenger, Rencontres numériques

26, 27 28, 29 30 31 32, 33 34 35,36 37 à 40 40 41 à 44 45 46

Histoire Mucem : la révolution tunisienne

47

Cinéma Le FID, Cinéma Israélien, Les Variétés Lussas, Les rendez-vous d’Annie

48, 49 50

Arts visuels Au programme Cabriès, Arles Avignon, Marseille Photo : Arles, Marseille, Avignon Aix, festival Apart Animonuments : Château d’Avignon, Montmajour

52 à 55 56 57 58, 59 60 61

Patrimoine Arles antique, Le buisson ardent La Celle, L’ocre

Adhérents

62 63 64

Les Ateliers de l’EuroMéditerranée

5,6

RetrouveZ nos éditions précédentes sur www.journalzibeline.fr

Les plaisirs de l’esprit Élitisme, le mot a une sale histoire. Accusation favorite de Staline à l’égard des intellectuels, il est aujourd’hui employé en France pour dénoncer le conservatisme de classe, mais également, à nouveau, pour conspuer les œuvres de l’esprit. Sarkozy n’est pas le seul à avouer son désintérêt pour la Princesse de Clèves : son attitude a déverrouillé des tabous, et dédouané d’effort intellectuel tous ceux qui n’y prenaient aucun plaisir. Partout les politiques exigent que l’enseignement, la recherche, les arts rabotent concrètement leurs programmes et leurs ambitions. Pour cela ils déplacent sciemment vers la sphère intellectuelle le reproche d’élitisme, qui défendait l’égalité sociale entre les hommes, et jouent avec le double sens du mot populaire. Qui désigne à la fois les arts nés des pratiques du peuple, comme le hip hop, la BD, le graph ou le flamenco, et les œuvres que le public, soumis au matraquage médiatique, aime «spontanément». Ainsi on demande aujourd’hui aux artistes, sans détour, de produire des œuvres accessibles. Or une œuvre complexe n’est pas immédiatement appréciable de tous. La Tour Eiffel a été violemment dénigrée en son temps, et seule une poignée de privilégiés a entendu Mozart ou admiré Molière. La mécanique quantique, les Écrits de Lacan, la musique de Varèse, la danse de Cunningham ou le théâtre de Koltès nécessitent, pour accéder au plaisir qu’ils procurent, des connaissances, et le désir parfois douloureux d’y plonger en abandonnant le flux du divertissement médiatique. Vouloir rendre l’art populaire, accessible à tous, est évidemment une ambition louable, que seuls combattent les véritables privilégiés -ceux qui possèdent des œuvres d’art et peuvent s’offrir des places de première catégorie au Festival d’Aix. Mais il faut travailler à en ouvrir l’accès, et non transformer l’offre culturelle pour qu’elle corresponde à une demande souvent peu éclairée. L’exigence esthétique et intellectuelle est absolument nécessaire à l’humanité. Elle s’épanouit aux antipodes de la culture fast-food, celle qui veut nourrir en satisfaisant l’appétit immédiat mais qui, à force de ne jamais étonner les neurones, laisse l’esprit aussi flasque qu’un milk-shake aux édulcorants. AGNÈS FRESCHEL


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POLITIQUE CULTURELLE

LE CHÂTEAU DE LA BUZINE

Le Château de mémé

L’exposition de 50 portraits d’acteurs de Roger Corbeau, photographe de plateau, veut concilier les deux ambitions : partant d’Orane Demazis dans le cinéma de Pagnol des années 30, ses portraits redessinent le parcours du cinéma français jusque dans les années 80, en suivant Gabin, Jean Marais, Arletty ou Simone Signoret avec l’œil expert de ceux qui savent capter la lumière propre à chaque acteur. Une ambition muséale de conservation et exposition du patrimoine tout à fait logique, puisque la délégation de service public est allouée à la cinémathèque, mais qui rencontrera, on l’espère, le désir de soutenir et promouvoir le cinéma d’aujourd’hui, ceux d’ailleurs, et les festivals du territoire : il serait dommage que les 11,4M€ dépensés pour la magnifique restauration du Château (architecte André Stern) se contentent de conforter les ambitions touristiques de la ville, sans penser à ses nourritures culturelles.

AGNÈS FRESCHEL

© A.G

Maison des Cinématographies de la méditerranée Château de la Buzine, Marseille 11e 04 91 45 27 60 www.châteaudelabuzine.com

Résolument optimistes Nous avons rencontré le Directeur du Château, Serge Necker, et le Président de la cinémathèque et de la délégation de service public, Daniel Armogathe, pour connaître leurs projets et leur programmation. Ils ont choisi de nous répondre séparément ! Zibeline : Comment conduirez-vous cette Maison des Cinématographies de la Méditerranée ? Serge Necker : J’ai travaillé avec Daniel sur le projet en tant que conseiller technique et culturel, et en juillet 2010 il m’a proposé la direction. J’ai une équipe d’une douzaine de personnes. La mairie me donne une subvention pour les objectifs de service public, soit 1/3 du budget prévisionnel. À moi de trouver le reste. Château de la Buzine © Ange Lorente

C’est en grande pompe que la Cité du Cinéma a été inaugurée le 17 juin : le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, était là, venu assister à la première du Cid le soir même (voir p 28), et affirmer son soutien à cette ville où vivait sa grand-mère, et pour laquelle il éprouve un attachement particulier. Un discours émotionnel un peu creux qui, malgré les marques d’amitiés véritablement émues échangées avec Jean-Claude Gaudin, ne saurait faire oublier le peu d’investissement de l’État à Marseille, hors les grands travaux de construction de ces dernières années, dans les Musées, l’Opéra, et le fonctionnement des compagnies installées dans la cité dite phocéenne. En effet, si le Maire de Marseille prit le temps de remercier le ministre pour son implication dans les grands travaux de 2013, en particulier ceux du MuCEM, le Château de la Buzine est un investissement de la Ville seule, comme bon nombre d’équipements ou de restaurations. C’est souvent avec la Région et le Département, et en dépit du concours défaillant de l’État, que la vie culturelle marseillaise s’impose dans son bouillonnement. Ce que M. Gaudin souligna à sa façon si désarmante : «Si Marseille a obtenu le titre de Capitale Culturelle, ça n’est pas par l’opération du Saint Esprit. Même si chacun sait que je n’ai rien contre…» Après ces deux discours politiques, difficile de savoir ce qu’il en serait du Château de ma mère ! Le cadre est magnifique, accueillant jusque dans ses jardins, ouvrant sur des points de vue exceptionnels sur les collines tant aimées de Pagnol. L’exposition permanente, attractive, devrait concourir à attirer dans ce lieu célèbre les touristes qui, avant la restauration déjà, étaient nombreux à visiter les ruines, essentiellement au départ d’Aubagne. Mais l’ambition culturelle du lieu est pour lors mal définie : la collection Pagnol n’a pas pu être acquise par la Ville, les projections de la Cinémathèque n’iront pas s’exiler dans ce lieu trop loin du centre-ville pour son public. Que projettera la magnifique salle de cinéma ? Quelles expositions temporaires dans cet espace si propice ? Seront-elles tournées vers un cinéma d’auteur international, comme le titre de Maison des Cinématographies de la Méditerranée le prévoit, ou centrées sur une image touristique de Marseille, comme la programmation Pagnol de cet été semble le préfigurer ?

Comment ? Nous allons louer les espaces aux entreprises, aux associations, pour leurs manifestations, leurs colloques… La Buzine ne sera pas un Palais des Congrès : c’est avant tout un lieu culturel, mais si nous voulons proposer des expositions intéressantes, des projections avec des invités, il nous faut trouver les fonds, tout cela coûte cher ! Il y a aussi un aspect touristique : plus de 40 000 personnes venaient chaque année visiter les ruines du Château de ma mère. C’est pour cela que nous proposons, par exemple une exposition permanente ludique avec une scénographie qui peut plaire au grand public. Travaillerez-vous avec les scolaires ? Les lieux ont été conçus pour accueillir des groupes d’élèves en collaboration avec leurs enseignants. La programmation tournera-t-elle toujours autour de Pagnol ? Vous avez pu voir le programme Un été à la Buzine. On a commencé avec des films variés comme Marie-Jo et ses deux amours. En juillet et août, l’hommage à Pagnol, avec une projection tous les mardis, à 16h et à 19h, nous semblait naturel. Du 28 juin au 28 sept, il ne faut pas rater l’expo des clichés du grand photographe de plateau Roger Corbeau.


Et à la rentrée ? Nous avons des pistes. Nous allons établir des partenariats au coup par coup ou au coût par coût (rires) avec des festivals. Il est primordial de les rencontrer tous. On a déjà pris des contacts avec le FID, Ciné mémoire, Cinémed de Montpellier, Horizontes del Sur, Aflam. Nous avons la volonté de nous intégrer à ce qui existe déjà. Et la Cinémathèque de Marseille ? Les projections du mardi soir auront-elles lieu ici ? Non ! Elles vont continuer au CRDP. Pourquoi ? Vous demanderez à son directeur. La salle n’est pas équipée en numérique, alors que seulement 33% des films sont tournés en 35mm aujourd’hui ; n’est-ce pas un handicap ? Quand le projet a été conçu, c’était les débuts du numérique ; cela évolue très vite. Mais ce n’est pas un handicap car les films du patrimoine sont en copie 16 et 35. Et pour les films actuels, on équipera plus tard, quand on aura le label CNC. L’éloignement du centre et le manque de transports en commun dans le quartier ne vous semblent-ils pas un obstacle ? Les choses évolueront avec la demande. Je suis résolument optimiste.

Départ de Serge Necker et arrivée de Daniel Armogathe… Zibeline : Quel est votre rôle ici ? Daniel Armogathe : Je suis président de la Délégation de Service Public et conseiller culturel. Je fais partie du groupe de programmation avec d’autres membres de la Cinémathèque. La cinémathèque ne fera pas ses projections hebdomadaires dans cette salle de projection ; pourquoi ? Pour nous, il est important de garder un écran en centre-ville, dans un lieu gratuit. Notre public, hebdomadaire, entre 60 et 80 personnes, jusqu’à 120 pour les cinéconcerts, y est habitué. De plus La Buzine est très mal desservie: les derniers bus sont à 18h30 ! Impossible de venir le soir si on n’a pas de voiture ! Il y aura des projections communes et d’autres différentes. Ainsi les deux structures indépendantes devront se concerter pour le projet autour de la mer au cinéma. Quels autres thèmes aborderez-vous ? Deux ou trois fois par an, nous allons proposer des cartes blanches aux cinématographies de la Méditerranée : par exemple, des films égyptiens avec AFLAM. Il est important d’établir des collaborations internationales : en 2012, MarseilleHambourg, made in Marseille, des films sur la ville de Hambourg, jumelée avec Marseille ; en 2013, un déplacement à Hambourg et un colloque sur les deux villes-ports en miroir. Plus proche, fin octobre, un premier cycle de cinéma ukrainien, un hommage à Fernandel, des expositions… Je vais vous montrer les salles où vont être classées, pour y être conservées dans les meilleures conditions possibles, toutes les copies de films que la Cinémathèque a apportées ainsi que les salles de travail avec des livres et des revues sur le cinéma. Pour les étudiants et les chercheurs ? Pas uniquement ! Pour tous les amateurs de cinéma : ils y trouveront revues ou livres rares… D’abord, il nous faut tout classer et inventorier : un gros travail, mais passionnant ! On y va ? PROPOS RECUEILLIS PAR ANNIE GAVA ET ELISE PADOVANI © A.G


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POLITIQUE CULTURELLE

TOULON

Toulon prend l’air du large

Les trois salles vont s’ouvrir dès septembre : un souffle culturel nouveau pour une agglomération qui a soif de théâtre et d’art… Le Théâtre Liberté est construit. Le magnifique équipement en plein centre de Toulon propose dès la première saison une programmation esthétiquement ambitieuse, propre à satisfaire tous les publics, et les désirs contradictoires des tutelles. Car l’installation de cet équipement au cœur de la métropole varoise, si elle est actuellement soutenue ardemment par Toulon Provence Méditerranée et le Conseil Général 83 (3.5M d’€ de budget de fonctionnement en 2011), ne pourra déployer sa pleine puissance qu’avec l’obtention des deux labels en cours : celui de Scène nationale territoriale (avec l’actuel CNCDC Châteauvallon), et celui de Pôle régional de développement culturel, qui permettront de prétendre à des subsides conséquents de la Région PACA et de l’État, et donc d’atteindre en 2013 un budget de 5Md’€ : un minimum pour faire fonctionner d’un tel équipement (3 salles, sans compter Châteauvallon), qui deviendrait de fait le théâtre le plus subventionné de la région.

Première saison ! L’offre du Théâtre Liberté est d’ores et déjà plus que conséquente : 88 représentations de 49 spectacles sont prévus en 2011/2012, soit 47 600 places mises à la vente (149 représentations soit 82 000 places à La Criée, mais pour 29 spectacles seulement), sans compter les représentations scolaires, les projections et les conférences. Et les frères Berling estiment qu’il s’agit d’une saison «de démarrage» ! Pour satisfaire chacun la programmation fait appel à quelques valeurs sûres de la chanson, de la télé ou de l’humour (qu’on trouve d’ailleurs dans plusieurs autres établissements subventionnés !) : Thomas Dutronc, Alain Chamfort, Michel Boujenah ou plus pertinemment Christophe Alévèque et JeanFrançois Zygel rempliront sans doute la grande salle Albert Camus, de même que les «amis» de Charles Berling qui, il le promet, passeront dorénavant

Ithaque © Pascal Victor

par Toulon : Eric Cantona incarnera Ubu, le Roman d’un trader mis en scène par Benoin passera par là (CDN de Nice, avec Tcheky Karyo, Christiane Cohendy et Lorànt Deutsch), Zabou Breitman mettra en scène Lydie Salvayre, Emmanuelle Beart jouera du Pirandello mis en scène par Nordey, et Juliette Binoche et Nicolas Bouchaud poursuivront la bataille amoureuse commencée à Avignon (voir p18). Car une grande qualité de cette programmation est de faire confiance, avec ou sans «star», au répertoire dramatique européen (Eduardo di Filippo par Philippe Berling, Jarry, Botho Strauss par Martinelli avec Charles Berling, Pirandello, Tchekhov, Jon Fosse, Shakespeare par Olivier Py puis les 26000 couverts, Strindberg, Dimitris Dimitriadis…) tout en montrant une grande curiosité pour les «écritures de plateau» plus collectives (cie Motus, Emma Dante, Nasser Djemaï, le projet Métiers de nuit, les Vanités du Groupe incognito, la Raclette du collectif Les Chiens de Navarre…), les textes en création (Olivier Cadiot, Spiro Scimone, Rafael Spelgeburg mis en scène par Di Fonzo Bo) et les adaptations d’écritures non dramatiques (Bleu Conrad, Lydie Salvayre…). Cette programmation digne d’un Centre Dramatique n’oublie pas pour autant la pluridisciplinarité qui incombe aux Scènes nationales, avec du cinéma grec et un peu de danse méditerranéenne (le très beau Dunas où Maria Pagès et Sidi Larbi Cherkaoui inventent un flamenco graphique fascinant, et deux solos sur la transe de Taoufiq Izeddiou et Ziya Azazi) toujours accompagnée de musiciens en direct. Beaucoup de musique extrêmement diverse d’ailleurs, depuis du jazz orchestral en ciné concert jusqu’à des Canzoni napolitaines renaissantes, en passant par le programme féministe des Bijoux indiscrets (Barbara Strozzi aux côtés de son descendant esthétique Haendel), Giovanni Mirabassi au piano ou Goran Bregovic en orchestre, et en

avouant un goût pour la musique dite légère (Phi Phi par les Brigands, L’opéra manouche et La fille à marins de Savary) et pour le théâtre visuel féérique (Sindbad le marin par Laurent Pelly, Murmures des murs par Victoria Thierrée-Chaplin).

Service public Une programmation d’autant plus louable qu’elle n’hésite pas à faire confiance à des structures varoises (Festival Fimé, les Bijoux indiscrets, Festival de musique de Toulon, le CNRR…), à prendre en charge des créations et de coproductions, à orienter nettement son projet, dans une ville marquée par le Front National et les garnisons, vers une Méditerranée des deux rives, créatrice au présent, politique, littéraire, féminine. Reste à savoir comment réagiront les Toulonnais : lors de la conférence de presse officielle un spectateur (journaliste ?) déclara aux trois codirecteurs qui présentaient chacun la partie de la saison qu’ils avaient concoctée : «C’est à vous que je parle, et à vous seul, Charles Berling. Moi j’ai soif de vous… et on ne vous voit qu’une fois.» Outre la goujaterie envers Pascale Boeglin et Philippe Berling, la remarque souligne un certain décalage entre un grand projet de service public, et l’attente d’un théâtre plus consensuel en vogue dans les établissements municipaux et les circuits privés. Le Théâtre Liberté devra, pour prendre le large, naviguer entre les demandes contradictoires du public et des différentes tutelles… Le lot actuel de toutes les maisons de culture subventionnées ! AGNÈS FRESCHEL

Théâtre Liberté Toulon Saison 2011 2012 04 98 00 56 76 www.theatreliberté.fr


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FESTIVALS

MUSIQUE | DANSE

Le monde en musique Voilà 23 ans que le Festival de Martigues, devenue une scène artistique de référence, conjugue dans toutes les langues et tous les styles les danses, musiques et voix du monde, rassemblant des artistes de toutes nationalités. Sous le parrainage du Maestro Rafael Zamarripa, directeur du Ballet Folklórico de la Universidad de Colima (qui se produira sur la scène du canal Saint Sébastien), peintre, sculpteur et scénographe, les groupes de la République d’Altaï, du Togo, d’Espagne, du Mexique, de Chypre, de Pologne, d’Ukraine, de Provence (avec La Capouliero, association fondatrice du Festival), entre autres, côtoieront le mythique Gilberto Gil, l’égérie

mexicaine Lila Downs… Comme chaque année le canal Saint Sébastien accueillera de grands spectacles, à l’image des étoiles du Ballet Royal du Cambodge, tandis que l’église de la Madeleine programme des rendezvous plus intimistes, que la place Mirabeau permet de découvrir autrement musiques et cultures du monde lors de Siestes du Bout du Monde, et que le Village propose une Fréquence Folk, interlude actuel pour ceux que les propositions traditionnelles du Festival ne sauraient satisfaire : avec le ska rock occitan de Goulamas’k, le reggae malgache d’Abdou Day, la musique alternative entre occitanie et terres nord-africaines de Mosaïca,

Lila Downs © Fernando Aceves

le blues-Folk du Berry de Blackberry and Mr Boo Hoo, le savant mélange jazz/hip hop des Gars Dans L’Coin…

Le Festival de Martigues Du 18 au 26 juillet Divers lieux 04 42 49 48 48 www.festival-martigues.fr

Le compte est rond famille, de son village, de ses expériences. Et ce n’est pas tout : du cirque aérien, acrobatique et poétique avec la cie Kaoukafela et sa Chronique d’un voyage acrobatique, la proposition intrigante du Théâtre du Vide-Poches par la cie Arnica avec la famille Zygote et le Rififi à Cagette City, de la Rififi a Cagette City © Luc Jennepin

10 ans ça se fête, et les organisateurs de Festimôme le clament haut et fort ! À Aubagne (où la Ville l’a labellisé dans le cadre de «Aubagne à l’heure du monde») et Auriol, depuis 10 ans le Festival essaime ses propositions artistiques dans l’ensemble de l’espace public, programmant les spectacles de compagnies venues d’Europe et d’ailleurs. Cette année sont invitées des cies du Burkina et du Cambodge, avec du théâtre de rue, du cirque, de la musique, de la danse… L’association Art’Euro fait les choses en grand avec plus de 40 représentations gratuites réparties sur 9 lieux entre les deux villes. Les minots pourront donc prendre la direction du Cambodge avec la cie Phare Ponleu Selpak Cirk et son Putho !, et du Burkina avec le conteur François Moïse Bamba et ses histoires inspirées de sa

danse avec les acrobates du CCF Crew, spécialistes du saut à la corde extrême et les sportifs de la cie Acid Kostik qui maîtrisent le step comme personne… Sans oublier les «locaux» que sont la cie Les Tréteaux du Charrel et l’émouvant Journal de Grosse Patate, petite fille ronde et douce qui se raconte à travers tristesse, bonheur et interrogations, et l’association de conteurs et conteuses Au bout du conte qui s’adresse au plus petits. DO.M.

Festimôme Du 18 au 20 juillet à Auriol Du 27 au 29 juillet à Aubagne www.arteuro.fr

Les Envies utopiques

SalamToto © Alex-LaChartreuse

En Camargue, la recette experte des Envies Rhônements d’Ilotopie enchante un public attiré par le croisement des genres : art, science, culture et nature. La manifestation -dont le principe est la rencontre entre une œuvre, un public, un espacemêle temps forts festifs, propositions insolites et rendez-vous bucoliques, d’une rive à l’autre du Rhône… le temps de s’amuser, marcher, regarder, découvrir la création contemporaine et la diversité paysagère, réfléchir à la question de l’incertitude (thème 2011), converser encore et encore. Le choix à opérer entre les propositions est d’ailleurs digne de l’imprévisibilité d’Heisenberg ! On retiendra néanmoins les créations in situ : la Cie Monik Lézart et ses visites guidées nooptiques des berges du Rhône, Tricyclique dol et son parcours installation Contre nature dont il faudra démêler le vrai du faux, le Phun et ses Pheuillus en Camargue qu’il faut bien observer pour en comprendre la mystérieuse nature… (Zib’ 42). Entre deux, on expérimentera les balades et performances avec un cheval de la Cie Salam Toto, on s’essayera à l’art de l’échange pen-

dant les Guinguettes des paroles de Jacques Maigne, on écoutera Ioanes Trio ou Les chanteurs d’oiseaux, on tentera une expérience surréaliste avec Kurt Demey et Rode Boom (L’homme cornu), on se cachera les yeux à moitié quand Kumulus jouera aux Pendus (théâtre de rue), on dansera avec le DJ Blockman et Geneviève Mazin (Petites formes géographiques déambulatoires)… tandis que le Groupe F enflammera nos nuits. M.G.-G.

Les Envies Rhônements Du 28 juillet au 9 août La Tour du Valat, le Sambuc, Arles Musée départemental Arles Antique, Arles Domaine du Château d’Avignon, Saintes-Mariesde-la-Mer Marais du Vigueirat, Mas Thibert Domaine de la Palissade, Salin de Giraud Bois François, Port-St-Louis www.lecitronjaune.com


Proximité Pour la 4e année la cie Campo se propose d’amener la danse contemporaine, mais aussi la musique et le théâtre, au plus près des habitants et des vacanciers, avec des pièces simples, qui jouent sur le regard partagé et la proximité des peaux. La Cie le Souffle reprend son Malade Imaginaire le 15 juillet à Peyrolles et le 22 à Pertuis, la cie la Rumeur joue à la Sirène au plan d’eau de Plantain le 16 juillet, Ex Ni-

hilo se produit à Pertuis le 19, tandis que la cie Campo elle-même dansera ses Histoire(s) d’être(s) suspendus à Pertuis le 20 juillet, et à Saint-Paulles-Durance le 1er août. (voir également p 20) Danse dans le Canton Jusqu’au 1er août Pays d’Aix 09 51 18 05 66 http://cie.campo.free.fr

Belle danse Entre le festival de Mougins, et Le temps d’aimer à Biarritz, le Ballet d’Europe se produit trois fois dans la région en reprenant trois pièces de son répertoire : Folavi, Comme un souffle de femme dans une nouvelle version, de Jean-Charles Gil, et le duo de Christophe Garcia Un peu plus loin. Trois

pièces écrites pour que l’on lise sur les corps le plaisir de la danse, qui les habite et les traverse. Folavi. Udor Polimatés Le 16 juillet Château des templiers, Gréoux-les-Bains 04 92 78 09 85 Folavi. Un peu plus loin Le 20 juillet Théâtre de nature, Allauch 04 91 10 49 20

Folavi © JC Verchere

Folavi. Comme un souffle de femme Le 20 août Étang des Aulnes, Saint-Martin-de-Crau 04 90 47 88 99 www.balletdeurope.org

Une rentrée artistique Pour sa 14e édition, le Festival Zik Zac installe ses chapiteaux pour la 2e année consécutive sur le site du viaduc de l’Arc de Meyran. Au programme musical an choix très éclectique : le 1er soir, le oaï occitan des bouillonnants «fadas» du Massilia Sound System se mêlera, entre autres, au rock atmosphérique des «locaux» Poum Tchack, aux barcelonnais Cafeteria Roja, au Nu-Dub de Flox… tandis que, le lendemain,

Maxxo, le prince du reggae dance-hall à la française précèdera le blues saharien de Toumast, le Nu-Soul de Sena ou le rock garage de Dissonant Nation. Côté arts visuels la jeune création locale propose des installations où peinture, sculpture, graff et vidéo se disputent l’espace : avec les portraits de Deuz, Spin et Onirik, les toiles monumentales de Toufik Medjamia, les droïdes de Xavier «Bibzart»…

Poum Tchack © X-D.R.

Festival Zik Zac Les 16 et 17 septembre Aix-en-Provence 04 42 63 10 11 www.zikzac.fr


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FESTIVALS

MUSIQUE

Walhalla pianistique Adam Laloum © Carole Bellaiche

Face à un piano de concert planté dans un écrin intime, temple, cloître abbatial, musée, un artiste sculpte, avec un sens halluciné du chant, le corps sonore d’un joyau classique. Ailleurs, dans un espace plus imposant, sous la conque acoustique du parc du Château de Florans, à l’étang des Aulnes ou au Grand Théâtre de Provence, un virtuose exalte l’effervescence rapsodique d’une folie digitale… Un mois durant, au Festival de La Roque d’Anthéron, on entend une foule de forçats des claviers enfiler gammes et arpèges, des notes perlées, échappées de l’imagination de génies de l’histoire musicale, des plasticiens du son qui vous embarquent dans leur univers poétique… À l’heure où les cigales s’arrêtent de chanter, les maîtres vous prennent par l’oreille et déroulent quelque épopée au chant royal, mâtinée d’accents nostalgiques, emportée par la fougue… On est plus de 80 000 aficionados à courir, l’été durant, les quelques 90 programmes agencés par René Martin, à s’en retourner aux ténèbres (les fans insomniaques y passent la «Nuit»), dans la foulée de bis haletants, tout ébaubis, en longeant les colonnes de platanes centenaires, les yeux brillants, la tête pleine de luxueuses harmonies… Les fidèles retrouvent le doyen Aldo Ciccolini (86 ans !), le Walhalla pianistique de Grigory Sokolov

Kathia Buniatishvili © Julien Mignot

et la crème des pianistes. Le cartel russe Nicolaï Lugansky, Boris Berezovsky, Arcadi Volodos et les grands habitués Brigitte Engerer, Anne Queffelec, Nicholas Angelich, Alexandre Tharaud, Abdel Rahman El Bacha, Jean-Claude Pennetier, Philippe Giusiano, Christian Zacharias, Zhu Xiao-Mei, Claire Désert… sont au rendez-vous, tout comme une pléiade de talents dont les âmes n’attendent plus le nombre des années : Shani Diluka, Iddo Bar-Shaï, Bertrand Chamayou, David Kadouch, Andreï Korobeinikov, Adam Laloum, Kathia Buniatishvili, Vanessa Wagner… Une manifestation qui n’oublie pas le jazz (Brad Mehldau), la musique de chambre (Café Zimmermann, Trio Wanderer) ou le clavecin (Pierre Hantaï)… JACQUES FRESCHEL

31e Festival International de Piano La Roque d’Antheron Du 22 juillet au 21 août 04 42 50 51 15 www.festival-piano.com

Chambre sur cour Dix-neuf saisons déjà que le trio initial Paul Meyer (clarinette), Emmanuel Pahud (flûte) et Eric Le Sage (piano) investit la Cour Renaissance du château de l’Empéri ! Depuis, ces musiciens ont fait leur chemin, et leur festival aussi. C’est une des plus belles manifestations de musique de chambre du Sud-est de la France ! La programmation 2011 affiche dix concerts, pour une Saison Mittel Europa. On entend donc des opus qui puisent leur origine dans le vivier roumain, hongrois, tchèque… territoire que d’aucuns qualifiaient autrefois de «Conservatoire de l’Europe». Les programmes mixent savamment de grands classiques, des opus moins connus ou modernes. Ainsi, à côté de Trios, Sonates ou Quatuors de Dvořák, Smetana, Bartók, Martinú, Janácek, on (re)découvre Schulhoff… ou Django Reinhardt. Toute une Europe dite «centrale», élargie à des austro-allemand (Mozart, Hindemith, Schubert, Brahms, Schoenberg, Korngold…), tant les distances sont réduites entre ces régions limitrophes, et aux influences foisonnantes, en particulier parmi les contemporains hexagonaux : Jocelyn Mienniel ou Philippe Hersant. Une pléiade d’artistes se relaye autour des fondateurs : la mezzo-soprano Andrea Hill, le pianiste Frank Braley, Tim Park au violoncelle, Alexander Sitkovetsky au violon… voire le guitariste Christian Rivet et l’accordéoniste Vincent Peirani. J.F. Frank Braley © Alvaro Yanez

Musique à l’Empéri Du 28 juillet au 7 août Salon-de-Provence 04 90 56 00 82 www.festival-salon.fr

20e étés en montagne Depuis vingt saisons, du Guil à la Durance, les musiciens et leur public s’oxygènent au pied de sommets alpins. L’association Arts et Musiques en Montagne promeut l’art musical au profit des communes des cantons de Guillestre et de l’Argentière-laFine Arts Quartet © X-D.R

Bessée. Elle invite de formidables artistes et formations, comme en 2011 le pianiste Abdel Rahman el Bacha, le Fine Arts Quartet, les Quatuors Elysée, Arpeggione… Pas moins de quatorze concerts sont affichés à Saint-Crépin, Réotier, Vars, Risoul, Saint-Clément, Mont-Dauphin, Eygliers, Ceillac. Beaucoup de musique de chambre, mais aussi des voix (Ensemble Sharomov, le chœur suédois Svanholm Singers), de la musique médiévale (Ensemble Obsidienne), baroque (Ensemble Aramis), symphonique (Orchestre de la nouvelle Europe), de la harpe (Duo Nefeli) et du jazz (Intermed) pour la soirée du 20e anniversaire. Et toujours des balades et visites pour partir à la découverte de territoires et patrimoines locaux ! J.F.

Musicales Guil Durance Du 21 juillet au 11 août 04 92 45 03 71 www.musicales.guil.net


FESTIVALS

Envahir la cité Fort du succès de la première édition qu’il organisait, le Grand Théâtre de Provence a proposé à la ville d’Aix de reconduire le festival Musique dans la rue. Pendant dix jours, du 25 août au 3 septembre, plus de 80 concerts gratuits. L’Hôtel Maynier d’Oppède, la Place de l’Hôtel de Ville, le Cours Mirabeau ou encore la Place d’Albertas pour ne citer qu’eux, accueilleront, au rythme effréné de 8 à 9 concerts par jour (format d’une trentaine de minutes environ), des artistes locaux ou venus du monde entier. Mixité des cultures et métissage seront au rendez-vous avec de la musique «classique», du jazz, de la chanson… Le Travelling Quartet, le Quatuor Raphaël, ensem-

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Entrer dans la Carrière

ble Caudalia, DJ Benoît de Gentile… permettront à chacun de construire le programme de son choix. De plus, grâce à l’opération Pianos libres, les promeneurs pourront se mettre en fin de journée face à un piano et devenir l’espace d’un moment l’artiste d’un jour ! Pour clore ce festival d’envergure, un grand bal tango aura lieu le 2 septembre sur le parvis du GTP de 21h à 1h, histoire d’attaquer la rentrée du bon pied !

CHRISTOPHE FLOQUET Les Arts Florissants © Bretel

Musique dans la rue 08 2013 2013 Du 25 août au 3 septembre www.legrandtheatre.net © Agnès Mellon

Les Musicales du Luberon, en collaboration avec le Festival de Lacoste, proposent un programme de qualité, divers, surprenant, dans des lieux magiques. Le 24 juillet l’Orchestre d’Avignon et celui de Toulon s’allient pour jouer la Symphonie Fantastique de Berlioz et l’Apprenti sorcier de Dukas, (dir Cyril Diederich) dans les gradins à ciel ouvert des Carrières de Lacoste. Le 28 les Arts Florissants, voix rompues aux joutes baroques, instruments anciens sous la direction de Paul Agnew, feront vibrer les voûtes de la chapelle Saint Luc de Ménerbes dans une lecture passionnante du 1er Livre de Madrigaux de Monteverdi. Dans ce même lieu, le 31, le médiatique Jean-François Zygel offrira un moment d’improvisations pianistiques. Le 5 août, les Carrières accueilleront, en clôture, The Fairy Queen de Purcell en version de concert. Adaptée du Songe d’une Nuit d’été de Shakespeare, cette Reine de Fées, dirigée par Mark Deller, enchantera les festivaliers. De la nature sauvage des Carrières au recueillement de la Chapelle, quatre concerts à ne pas rater. YVES BERGÉ

Musicales du Luberon Du 24 juillet au 5 août 04 90 72 68 53 www.musicalesluberon.com

Y siéger

Tous aussi parachutées, mais nettement moins chères (jusqu’à 50 €), les Nuits de La Citadelle animent Sisteron d’une vie culturelle qui lui manque durant l’année… La si belle cité qui garde la voie haut alpine accueille en ses murs quelques têtes d’affiche splendides et décalées : les sœurs Labèque, Michel Legrand et Nathalie Damien Guillon © X-D.R.

Carmina Burana © X-D.R.

Les carrières de Lacoste, tout près du Château de Sade, ne retentira pas de nouveaux cris de souffrances mais accueillera comme chaque année un festival pluridisciplinaire et très parisien, à la fois par ses prix et sa programmation, initié par Pierre Cardin. Visiblement destiné aux touristes plutôt upper qui résident l’été dans le coin (places jusqu’à 160 €), on y croisera Marie Claude Pietragalla, les Gipsy Kings, on y évoquera Guitry et Maxim’s, Sarah Bernhardt, Serge Gainsbourg, Voltaire (et Zadig ?). Jean Marie Besset viendra y faire jouer une de ses pièces, Eve Ruggieri s’essaiera à la chorégraphie contée des Carmina Burana avec un orchestre ukrainien (voir p29). La programmation musicale, intéressante et élaborée pour partie avec les Musicales du Luberon, proposera également La symphonie fantastique et The Fairy Queen (voir ci-contre).

ou conquérir la citadelle Dessay, le Dom Juan de Francis Huster avec Francis Perrin; Damien Guillon, contre-ténor, pour un concert d’aria de Vivaldi (avec les chœurs et orchestre du Concert Spirituel, dir Hervé Niquet) ; la Camerata du Philharmonique de Berlin (harpe et orchestre à cordes) pour un programme de tubes du genre (Boccherini, Debussy, Rossini, Tchaïkovski) ; et le Royal New Zeland Ballet, qui vient à Sisteron donner son unique représentation française ! Il faut dire que ces Nuits de la citadelle sont en fait le premier festival français. En date (1928) ! Il est d’autant plus regrettable qu’il ne prenne pas un peu plus de risques artistiques… A.F.

A.F.

Festival de Lacoste Carrières du Château du Marquis de Sade Du 15 juillet au 5 août 04 90 75 93 12 www.festivaldelacoste.com

Les Nuits de La Citadelle Sisteron Du 22 juillet au 12 août 04 92 61 06 00 www.nuitsdelacitadelle.fr


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FESTIVALS

MUSIQUE

Des montagnes de musique La Scène nationale de Gap intègre la saison prochaine le Festival de Chaillol à ses Excentrés : rien d’étonnant, leurs démarches devaient un jour ou l’autre se rejoindre.

Le projet de Michaël Dian, qui a créé et dirige le Festival de Chaillol, est singulier dans ses objectifs et ses moyens. À l’inverse de la plupart des festivals d’été qui proposent une programmation dans un territoire, quitte à travailler ensuite sur le public qui l’accueille, ce sont les vallées, les hameaux et leurs églises, et l’attention particulière du public haut alpin, qui sont à l’origine de son projet. Qu’il développe, depuis ans, dans le Champsaur, le parc des Ecrins, le pays gapençais. En l’assortissant d’un stage, indépendant, qui regroupe plus d’une centaine d’apprentis musiciens ; en proposant désormais toute l’année des week-ends de concerts ; en croisant les musiques du monde, le jazz et le répertoire classique et romantique ; en faisant appel à des très bons interprètes, sans tabler sur des têtes d’affiche ; et en convaincant peu à peu les collectivités locales et territoriales de la pertinence d’un projet qu’ils n’ont pas initié, mais regardent désormais avec intérêt.

Flor De Lino, tango traditionnel Hélène Tysman, récital de piano La Derive Du Quintette, musique argentine d’aujourd’hui Manuel Rocheman, jazz, Tribute to Bill Evans Le Souffle Des Marquises roman musical Wagschal/Dieudegard, Intégrale violon piano Beethoven Sabil, En Route, musique d’orient Quatuor Ardeo, musique de chambre Du 17 juillet au 12 août Chaillol, Veynes, Bénévent, Gap… 04 92 50 48 19 www.festivaldechaillol.com

Helene Tysman © Alain Cornu

A.F.

Contemporaine en couleurs Vanessa Wagner © Balazs Borocz - Pilvax Studio

Perchée à quasiment 4000 mètres d’altitude, La Meije, reine des Alpes, accueille à ses pieds la 14e édition du Festival Messiaen sous l’intitulé Musique des couleurs. Du 23 au 31 juillet, et avec le compositeur coloriste spectral Tristan Murail comme invité d’honneur, 13 concerts illustreront la relation son/couleur si chère à Olivier Messiaen à La Grave, Monêtier-les-Bains et Briançon. Des interprètes de grande qualité dans un cadre grandiose donneront des programmes singuliers et recherchés. Les récitals d’Alain Daboncourt à la flûte (23/7 à 17h), de Florent Boffard (24/7 à 11h) et de Vanessa Wagner au piano (26/7 à 20h30) ou la présence de l’Ensemble des Temps Modernes (28/7 à 20h30)

en sont l’illustration, comme les œuvres à ne pas rater : Stimmung de Stockhausen, les Treize couleurs du soleil couchant de Murail ou encore des opus de Hersant, Jolivet, Varèse, Takemitsu, Canat de Chizy, Ravel, Debussy, Beffa, Scriabine, Hervé (création mondiale) et bien sûr Messiaen avec les XX regards sur l’enfant Jésus par Paavali Jumppanen (30/7 à 21h) et le Quatuor pour la fin du temps (24/7 à 21h) par M. Kodama, P. Meyer, H. Demarquette et T. Papavrami. FRÉDÉRIC ISOLETTA

Festival Messiaen, La Meije Du 23 au 31 juillet 04 76 79 90 05 www.festival-messiaen.com

Le son des histoires L’édition 2011 du Festival Durance Luberon veut «donner de la musique à voir et faire entendre des histoires en musique» à un public familial, dans des lieux enchanteurs et souvent inaccessibles, hormis ces spectacles de grande qualité. Tout commence en fanfare le 12 août à 19h, sur la Jaipur Maharaja Brass Band © X-D.R

place de Lourmarin, avec Jaipur Maharaja brass band, (Rajasthan), prélude à Dhoad (Cabaret tzigane) le 13 avec musique indienne, danseuse et fakir. À noter que les spectateurs costumés en hindou se verront offrir l’entrée ! Le 14 août à Mérindol et le 15 au Château Paradis, Les Gosses de Tokyo : film muet accompagné d’une musique jouée en direct de Makoto Yabuki, le fondateur du Bamboo Orchestra de Marseille. Le 16 août à Lauris et le 24 à Puget-sur-Durance ApérOpéra, duos de Mozart autour d’un verre avec la superbe soprano coloratur Monique Bonelli, le baryton Ulrich Studer et Franck Villard au piano. Le 17 à Lauris et le 19 au Château d’Arnajon ApéroJazz avec le quintet BéAttitude autour de la chanteuse Béatrice Bini qui reprend et revisite les thèmes les plus bop... Les 21 et 22 août, dans le cadre somptueux du

Château de Mirabeau, Les Contes de Mirabeau : à 18h, l’histoire de Pierre de Provence et de la Belle Maguelonne de Brahms, suivie d’un buffet offert sur les terrasses et à 21h : Ma Mère l’Oye de Ravel et Petrouchka de Stravinsky, version ballet avec les marionnettes de Loïc Bettini auxquelles la comédienne Agnès Audiffren prête sa voix. Le 25 août au château de La Tour d’Aigues, sous la direction de Jan Heiting, Carmina Burana de Karl Orff, cantate scénique par la centaine de choristes d’Ad Fontes canticorum dans une mise en scène colorée et vivante. JEAN-MATHIEU COLOMBANI

Festival Durance Luberon Du 12 au 25 août 06 42 46 02 50 http://festivduranceluberon.free.fr


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FESTIVALS

MUSIQUE

Cargo Nocturne

Treille et trilles

Catherine Ringer © Benoit Defleurac

L’humour ouvre le bal cette année au Cargo ! Jamel Debbouze tiendra seul la scène le 19 juillet, mais les jours suivants feront place à la musique, et à une programmation plutôt variée. Pas mal de très jeunes artistes : vingt-deux ans au compteur pour Florrie (le 21/7) face au dandy des seventies Bryan Ferry, vingt-deux ans également pour Selah Sue la veille, qui partage la soirée avec Pigeon John (pop/hip-hop sur toutes les ondes en ce début d’été) et Mademoiselle K. En contrepoint, Catherine Ringer qui revisite dans une nouvelle formation, et avec un nouvel album, l’univers qu’elle partageait avec Fred Chinchin (le 22/7). Et puis une exclusivité le 23, pour les amateurs de down-tempo, le duo Kruder & Dorfmeister offre une performance spéciale au théâtre antique, avec invités surprises, deux MC et un videojockey. Enfin à ne pas manquer en clôture le 24 juillet, Hindi Zahra (voix sensuelle et percussion) dont l’album Handmade est cousu main. Au final, une programmation qui maintient le cap des années précédentes, et anime les nuits d’été du côté d’Arles, après les Suds, pendant les RAP (voir p52). GAËLLE CLOAREC

Les Escales du Cargo Du 19 au 24 juillet Théâtre Antique, Arles 04 90 49 55 99 www.escales-cargo.com

Ilene Barnes © X-D.R

Avis aux amateurs de vins du Paradis : ce festival est fait pour vous. Trois jours de concerts en plein air sur un domaine vinicole de toute beauté, aux portes du Lubéron, avec possibilité de dégustations et de restauration sur place... de quoi satisfaire tous les sens, d’autant que le vin est bon ! Le 20 juillet, hommage sera rendu au répertoire de Pink Floyd par les musiciens de The DarkSide Tribute : un spectacle son et lumière, comme il se doit. Le lendemain, Ilene Barnes-la-magnifique cueillera son public à 20h30 (attention, la jauge est de 600 personnes seulement par soirée, pensez à réserver). Et pour conclure, le 23 juillet, Electro Deluxe : cinq musiciens mêlant habilement le jazz et le funk, dans une ambiance qui groove et qui claque ! G.C.

Music en Vignes Les 20, 21 et 22 juillet Château Paradis 04 42 54 09 43 www.musicenvignes.com

Ça chaloupe sur la Cèze

G.C.

Garance-Reggae-Festival Du 27 au 30 juillet www.GaranceReggaeFestival.com

Sur le pont, après Avignon Non, le Festival d’Avignon ne laisse pas la ville exsangue jusqu’à la fin de l’été ! Gare aux Oreilles s’installe à la Manutention fin août, pour une édition allégée. Ses dix ans d’existence se fêtent par un renouveau : déménagement du Thor à la rue des Escaliers Sainte Anne, installation du collectif Inouï dans la salle des Hivernales... Trois dates particulièrement pointues : le 26, Jonas Zugzwang (ou l’alliance improbable de la mandoline... et du mélodica). Le 27, un duo anglo-américain pour batterie et voix : Chris Cutler et David Thomas. Et en conclusion le 28 août, Gunkanjima : trois japonaises qui se sont acoquinées avec trois français pour jouer au sampler avec des instruments classiques. Stridences et exotisme déroutant assurés ! Burning Spear © X-D.R.

Rimbaud aurait-il aimé le reggae s’il avait vécu de nos jours ? Si son fantôme hante les lieux qui portent son nom, il a intérêt à apprécier : une vague sous influence jamaïquaine va déferler cette année sur le parc Rimbaud à Bagnols-sur-Cèze. Du 27 au 30 juillet, et sous toutes ses formes, du plus roots au dub électronique en passant par le rock steady et les sound systems les plus pointus du moment. Quatre jours, quarante artistes : Burning Spear, Tiken Jah Fakoli, Horace Andy, Jimmy Cliff... Fort peu de femmes, hélas, dans cette sélection, hormis Queen Ifrica. Un effort notable est fourni par contre pour accueillir les festivaliers de manière éco-responsable sur les berges de la Cèze : 6000 emplacements de tentes sont prévus, avec toilettes sèches, tri sélectif et co-voiturage.

G.C.

Gare aux oreilles Les 26, 27, 28 août La Manutention, Avignon 09 51 52 27 48 http://gareauxoreilles.free.fr/


Tour en jazz Le village de La Tour d’Aigues va célébrer la 2e édition d’un Festival qui a déjà du talent ! Avec une fanfare itinérante qui habite les lieux, la dégustation des productions viticoles sur place, on peut dire que Jazz à la tour invite à la fête. Avec une programmation de choix, concoctée par l’Ajmi1. Ainsi Laure Donnat au chant et Lilian Bencini à la contrebasse rendront hommage à Billie Holiday le 11 août lors d’un prélude à Beaumont de Pertuis. Puis dès le 12 août les murs du Château commenceront à vibrer dès 18h30 avec le 4tet au violoncelle d’Éric Longsworth. Une belle surprise ! La soirée prendra ensuite une autre tournure à 21h30 avec le 4tet du grand batteur et peintre Daniel Humair en compagnie du génial saxophoniste Emile Parisien, du contrebassiste Jean-Paul Céléa et Vincent Peirani à l’accordéon. Le 13 août à 18h30 ce sera au tour des chouchous de l’Ajmi avec le Trio Guillaume Séguron. Et à 21h30 l’ensemble Ursus Minor proposera une musique inclassable puisée dans le hip hop, la soul music, le blues et le jazz. Le 14 août pas moins de trois concerts vous seront proposés : Lionel Garcin en duo avec Laurent Charles à 16h30, Samuel Sylvant 4tet à 18h30 et enfin l’Orchestre National de Jazz dans son projet Shut up and Dance à 21h30. Prévoyez d’acquérir leur dernier CD, qui est un trésor de sensations ! DAN WARZY 1

Association pour le Jazz et les Musiques Innovantes d’Avignon

Jazz à la Tour 0490 860 873 www.jazzalajmi.com Ursus Minor © A. Blithikiotis

Quelques dates, entre Jazz des 5 continents et Jazz à Toulon (voir Zib’42…) Fort Napoléon : Nicola Folmer 4tet avec Daniel Humair (27/7), les incontournables Cecile McBee, Billy Hart, Billy Harper dans une formation The Cookers (28/7), le très beau concert du Christian Brazier Quartet «Circumnavigation» (29/7), Roger Kellaway Trio avec en invité Dmitry Baevsky (30/7) www.la-seyne.fr

Beaupré : Gonzalo Rubalcaba trio (15/7), Kenny Barron trio (16/7) www.art-expression.net

Jazz sous les étoiles à Saint-Rémy : Marguerite and the Naked Boys puis Piero Iannetti 6tet pour un hom-

mage à Art Blakey et les Jazz Messengers (15/7) http://jazzasaintremy.free.fr 04 90 946 835

La Roque d’Anthéron : Tord Gustavsen Quartet (27/7), Tigran Hamasyan solo suivi du Yaron Herman Trio (28/7), le duo incontournable Joshua Redman & Brad Mehldau (29/7), Eric Legnini Trio suivi de Hymne au soleil par l‘Ensemble de Lionel Belmondo (30/7), et le trio Aufgang (31/7) www.festival-piano.com 0442 505 115


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FESTIVALS

MUSIQUE

Tout un monde coloré le 14 juillet... ce qui dépoussièrera avantageusement les festivités prévues à cette occasion. À noter l’intervention en ouverture de la compagnie de danse-escalade d’Antoine Le Ménestrel, les Lézards bleus, qui s’accrochera poétiquement aux murs de la place Jules Ferry. Ainsi qu’une mystérieuse fable écolo-humanitaire programmée le 20 juillet, suivie d’un buffet en présence des artistes. Le Petit Lubéron va en entendre de toutes les couleurs ! G.C.

Festival de Robion Du 14 au 23 juillet 04 90 05 84 31 www.myspace.com/festivalderobion

Kokolo © X-D.R.

La «musique du monde» est un concept fourre-tout, mais il faut bien coller une appellation générique sur ce qu’elle recèle de richesse et de nuances… Car de la diversité, c’est ce qu’on trouvera dans le foisonnement musical proposé par le Festival de Robion : l’Afrique de l’Ouest sera présente avec danses et percussions (Sokan, le 16 juillet), les Balkans (concert de clôture de Fatum Fatras en première partie d’Idir et son folk kabyle le 23), l’Inde avec Raghunath Manet le 21, de la salsa et de la rumba feront danser aux sons de l’Amérique Latine (Mura Peringa et Kontigo, le 15), et puis du jazz (Trio Tentik), de l’afro-funk (Kokolo), et un bal «orientalo-tziganefestif» (Santa Macairo Orkestar) pour

Gaou de fortes têtes

Selah Sue © Cedric Viollet

Sors de chez toi ! Difficile de résister à une telle invitation, surtout quand elle est lancée par une équipe chaleureuse, qui se met en quatre depuis cinq ans pour concocter un joli programme festif. L’an passé le temps frisquet n’avait pas refroidi les enthousiasmes, gageons que cette année encore le Dévoluy saura mettre en jambes ses festivaliers. Rien de tel qu’une ambiance de guinguette alternative pour cela, et tant As de Trèfle que Les dessous de la vie ou PPFC savent faire danser sous les tilleuls. Quant au clou du spectacle, il sera assuré par Marcel et son orchestre, «groupe d’appellation et d’origine incontrôlable», qui se situe musicalement «exactement entre Bourvil et Métallica» !

Une île va perdre son calme et fêter le sang chaud du sud, pendant dix jours ! Parce que la lagune du Brusc est un espace naturel protégé, des mesures conséquentes sont prises pour limiter l’impact des 35 000 visiteurs attendus, attirés par toujours plus de têtes d’affiches. Au menu, donc : Catherine Ringer, bête de scène, en ouverture le 16, le duo kitsch Cocoon prenant la suite, puis Jack Johnson et Charles Pasi, le beau gosse du blues dépoussiéré. Grosse soirée prévue le 21 juillet : Texas revient des années 80, de même que Louis Bertignac. Le 22, jour de reggae ! Jimmy Cliff, Dub Inc, Andrew Tosh et John Holt envahiront la grande scène. Le lendemain, deux duos pour le prix d’un : Lily Wood and the Prick, et les australiens Angus et Julia Stone.

Le 24, ce sera au tour de Yannick Noah de sortir le grand jeu, accompagné d’une jolie blonde : Margaux Simone. Les trois derniers jours verront se succéder Ben l’Oncle Soul (adeptes du 1er degré s’abstenir), l’omniprésente Selah Sue, Chinese Man (qui fait la course avec le soleil dans son nouvel album), et pour finir un come back décoiffant, celui de Jamiroquai. Bon courage aux bénévoles qui vont œuvrer pour laisser place nette après ça. G.C.

Les Voix du Gaou, Six-Fours Du 16 au 29 juillet 0 892 683 622 www.voixdugaou.fr

Hyères by night Primal Scream dans un hippodrome, pour un concert unique en France... 3000 personnes sont attendues pour cette soirée du 24 juillet. Le Midi Festival ou comment rendre hommage aux grandes

années du psychédélique en utilisant les armes des DJs d’aujourd’hui ! Trois soirs, trois lieux : la Villa Noailles, la Plage de l’Almanarre sur la Route du Sel, et l’Hippodrome de la Plage, donc, une Primal Scream © X-D.R. accueilleront programmation pléthorique. Des groupes venus pour la plupart d’Angleterre et des USA, quelques français, un duo belge (The Glimmers), et c’est parti pour un dépaysement musical assuré sous la pinède ou les pieds dans l’eau. G.C.

Sors de chez toi Du 12 au 14 août Dévoluy 04 92 58 91 91 www.sorsdecheztoi.com

Midi Festival, Hyères Du 22 au 24 juillet 09 53 01 55 04 http://midi-festival.com


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THÉÂTRE

AVIGNON

À la vie à la mort Le Festival d’Avignon a commencé, et avec lui un cortège de plaisirs et d’interrogations Le programme 2011 ne manque pas de propositions dramatiques. C’est-à-dire, au sens en vogue depuis 2500 ans, de spectacles reposant sur des dialogues, plus ou moins réalistes, échangés entre des acteurs, agrémentés de soliloques plus ou moins poétiques, et d’adresses plus ou moins directes au public. Toutes les révolutions esthétiques du théâtre résidant dans ces plus ou moins… À côté de performances littéraires ou plastiques, des pièces de théâtre, de répertoire ou en création ont donc occupé les cloitres et les salles durant les premiers jours du festival. Toutes hantées par la mort. Patrice Chéreau revient à Avignon après plus de 20 ans d’absence… et bouleverse un public frissonnant. Le théâtre de Jon Fosse, virtuose dans ses variations infimes et ses changements de plans, lui va comme un gant, plus encore dans I am the Wind que dans les Rêves d’automne. Il y retrouve les non-dits d’une relation entre hommes dont on ne sait exactement ce qu’ils cherchent ni où ils sont : L’un et L’autre font penser au duo de Dans la solitude des champs de coton, même si l’écriture volontairement appauvrie est aux antipodes de celle de Koltès. À Vladimir et Estragon aussi, par leur allure de marginaux et leur quête métaphysique privée d’objet, et à tous les couples masculins dominant/dominé du théâtre. Les deux acteurs anglais sont magistraux, si précis, physiquement impressionnants, n’hésitant pas à foncer dans l’émotion sans hurler, juste en équilibrant les silences… Et la scénographie limpide et surprenante de Peduzzi, l’attention au rythme des gestes de Thieû Niang, font vibrer l’air d’une émotion parfaitement maîtrisée. Ce qui n’est pas le cas, pour l’heure, avec Mademoiselle Julie. Il semble que Fisbach accorde plus d’importance à la dramaturgie et la scénographie qu’à la direction d’acteurs, auxquels il fait confiance. Avec Strindberg c’est un tort, et doublement quand il s’agit de Nicolas Bouchaud et Juliette Binoche : l’actualisation de l’intrigue, l’esthétique hyper-léchée du décor, les écrans sonores et spatiaux qu’il place entre les acteurs et le public, les apparitions fantastiques qui font penser au bal de Judex, tout cela est juste, intelligent, intéressant. Mais à la première Christine, Jean et Julie jouaient chacun leur pièce : l’une juste et théâtrale, l’autre cabot et excessif, et notre star naturelle et un brin fade. Mais l’on sait à quel point Bouchaud peut-être un démesuré splendide, et Binoche un éclat pur de beauté (pourquoi si mal l’habiller, la coiffer, l’éclairer ?), et on espère que le temps bonifiera rapidement l’affaire ! Avec le Suicidé, c’est hélas moins probable. La pièce de Nicolaï Erdman, fondée sur quiproquo initial, écrite sans morceau de bravoure, est une comédie alerte contre une société soviétique qui interdit l’ambition individuelle. Sans avenir, de petits personnages désorientés tablent sur le sacrifice du plus faible pour rehausser leurs causes mesquines. Mais Patrick Pineau dans le rôle principal se comporte en show man, et le décor volontairement étriqué oblige les comédiens à restreindre leurs gestes, ou à parcourir,

Le suicidé © Agnès Mellon

perdus, l’espace démesuré de la carrière Boulbon : le rythme ne prend pas, sauf lorsqu’enfin, dans les scènes de groupe finales, ils sortent de leurs boîtes et étalent le vaudeville loin des portes qui claquent, dans l’espace… Jan Karski n’est pas une pièce de théâtre, mais la mise en jeu du roman de Yannick Haenel qui a fait polémique à sa sortie. Parce qu’il fictionnalise l’histoire la plus douloureuse de l’humanité, celle de la Shoah, introduisant une confusion entre le témoignage et la fable. Pourtant la mise en scène d’Arthur Nauzyciel reprend les trois plans distincts du roman, différenciant très nettement le témoignage du résistant polonais filmé par Claude Lanzmann dans Shoah, le résumé du livre du Story of a secret state en deuxième partie, puis la fiction, extrapolation à partir de la vie de Karski aux États-Unis de ce qu’a pu penser cet homme, témoin du génocide, de la passivité

des Alliés en 1943 et 1944. Nauzyciel à la suite de Haenel expérimente comment le récit, et le théâtre, réactivent l’histoire, pensant qu’il faut combattre le silence, quitte à extrapoler. Les frontières étant claires il n’est là, semble-t-il, aucune trahison de mémoire… mais parfois des incongruités. Comme la deuxième séquence, vidéo beaucoup trop longue de Miroslaw Balka, ou I am the wind © Simon Annand l’évocation inutile de la danseuse juive que Karski épousa. Laurent Poitrenaux en revanche, incarnant Karski dans les couloirs d’un opéra désert, est comme toujours époustouflant. AGNÈS FRESCHEL

I am the Wind s’est joué jusqu’au 12 juillet, Mademoiselle Julie se joue jusqu’au 26 juillet au Gymnase Aubanel, Jan Karski jusqu’au 16 juillet à l’Opéra-Théâtre, Le Suicidé jusqu’au 15 juillet dans la carrière Boulbon www.festival-avignon.com


THÉÂTRE

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Sa Majesté des Enfants Plus conceptuelle, la présentation à la Cour d’Honneur de la création Enfant de Boris Charmatz, artiste associé de l’édition, aura eu son lot d’applaudissements contrastés propres au lieu mythique. Il faut dire que le spectacle démarre lentement, jouant d’inertie : une grue arrache un par un, adagio dans le silence des cliquetis, les liens d’une corde où des corps adultes seront suspendus et baladés sur une gigantesque piste de skate-board, puis neuf danseurs manipulent les enfants endormis, malléables, instrumentalisés… La vraie jubilation arrive quand la smala enfantine «se réveille et prend le pouvoir» en inversant la situation. Prévisible mais néanmoins désopilant ! C’est avant tout l’utilisation savante de l’espace, et cette confiance totale accordée par les 24 enfants sur un plateau, qui sont irrésistibles : la danse à proprement parler relève plutôt d’une chorégraphie récréative que d’une partition précise. Mais la Cour résonnera sans doute longtemps de la liberté enfantine… DELPHNE MICHELANGELI

Sun de Cyril Teste est joué jusqu’au 13 juillet Salle Benoît XII, Enfant de Boris Charmatz a été joué du 7 au 12 juillet dans la Cour d’Honneur

Enfant © Agnès Mellon

De mémoire de Festival, jamais autant d’enfants n’avaient foulé les planches… Ce sont les écoliers de Monclar, quartier de résidence de la future salle de répétitions du Festival, qui ont donné le coup d’envoi de la 65e édition avec une reprise du Petit Projet de la matière d’Odile Duboc par une danseuse du projet initial, Anne-Karine Lescop. Cyril Teste et le Collectif MxM ont ensuite proposé avec Sun un fantastique poème visuel en noir et blanc autour de l’histoire vraie d’une paire d’enfants partis sur les routes du soleil pour se marier en Afrique. Très peu de textes illustrent ce «voyage amoureux» : une voix off de l’adulte devenu qui interroge un territoire personnel secret, le souvenir d’enfance. Hallucinants de cette pureté des enfants acteurs qui ne jouent pas mais vivent, les deux personnages «comprennent mieux le silence que la voix des hommes», gravissent des boites de Pandore pour s’aimer et grandir, traversent le temps de tous les possibles, des merveilles ou de l’impuissance, du mystère des sentiments, et par le prisme de la vidéo en direct, nous renvoient au miroir démultiplié de notre intimité. La force spécifique de l’enfance est ici restituée dans une poésie visuelle saisissante, très technique mais pas envahissante. Ce qui confirme le talent de ce collectif pour intégrer les nouvelles technologies.

Radicaux libres Il est des artistes qui transforment le plateau en champ de bataille et mêlent leur vie à la scène La madrilène Angelica Liddell, grande découverte du Festival 2010, performeuse qui écrit et joue ses spectacles sans tabou ni retenue, revient à Avignon avec Maudit soit l’homme qui se confie en l’homme, un projet d’alphabétisation écrit après son séjour en France. Alors qu’elle apprend le b.a-ba de la langue pour communiquer -du pain s’il vous plait, c’est combien, merci-, elle vit parallèlement au succès avignonnais des meurtrissures personnelles, et décide de mettre à bas la relation humaine. «Je travaille avec ce qu’il y a de pire en moi pour aider le spectateur à comprendre l’âme humaine et l’amener à un exercice de compassion.» Avec un traitement qu’elle infléchit depuis 3 ans, passant de la douleur à une analyse plus intime et psychologique. Elle conçoit ici un abécédaire désespéré, basé sur la méfiance absolue. Entourée par l’innocence symbolique de 9 enfants et des acrobates chinois (pourquoi ?), elle crée en deux parties, en haine de la famille, un éloge de la solitude d’une poésie sombre et torturée. Elle fouille dans la mythologie, revisite Cria Cuer-

vos et redéfinit un monde de monstruosité pour mieux approcher de la beauté de l’âme. Un Eden paradoxal hanté par Schubert, Porque te vas et des loups confidents : moins violent physiquement, moins construit aussi

que la Maison de la force présentée l’an passé, mais tout aussi dérangeant.

Une nuit de Rois Vincent Macaigne délivre une vision très personnelle de Hamlet. Dans Au Maudit soit l'homme... © Delphine Michelangeli

moins j’aurai laissé un beau cadavre, le metteur en scène et sa bande d’acteurs géniaux interprètent le mythe d’une manière si moderne, brutale et sonore que le cloître des Carmes en a tremblé longtemps. Ils mettent le théâtre en fête, à sang et à cris, pour explorer la barbarie humaine et le poids de la filiation. Sous ses airs de bazar félinien destroy, la dramaturgie est absolument limpide et le théâtre de Shakespeare infiniment respecté, même si l’histoire sonne des mots de Macaigne. Entre folie et métaphysique, tourbillons d’images fortes et cruelles, de château gonflable et d’aquarium géants, les acteurs nous exhortent à vivre. Hors de nos gonds. Dans ce théâtre de chair, de rires et de hurlements, passent des silences qui délivrent une émotion pure. Quatre heures d’intelligence de création. DELPHINE MICHELANGELI

Maudit soit l’homme… est joué jusqu’au 13 juillet à 12 h et 17 h dans la Salle de Montfavet. Au moins j’aurai laissé un beau cadavre est joué jusqu’au 19 juillet à 21h30, relâche le 14, au Cloître des Carmes


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THÉÂTRE

AVIGNON OFF

Unicornes d’Asie dessinent une véritable chorégraphie, efficace, avec des arrêts sur image, des décalages, des accélérations, des ralentis… on passe du burlesque au tragique, de la banalité au drame, du rire à la prise de conscience, et ce avec le même bonheur. Et le Coréen dans tout ça ? Une saveur supplémentaire, une musique expressive et dense qui devient un élément de dramaturgie. Par trois fois le mot bonheur se répète, ce n’est pas du à un absurde hasard mais une conjugaison jubilatoire metteur en scène, musicien, comédien et public. Une sorte d’humanisme universel pour résister aux rhinocérites !

Si vous annoncez que vous vous rendez au théâtre pour y voir Rhinocéros de Ionesco en… Coréen, vous risquez de passer pour snob. Pourtant cette représentation au théâtre des Halles, en Coréen (surtitré, le snobisme ne poussera pas à prétendre suivre dans cette belle langue les syllogismes Ionesciens !) est un vrai bonheur. Tant pis pour le snobisme ! La mise en scène d’Alain Timar est d’une très élégante épure : un jeu de miroirs et de panneaux blancs, translucides ou opaques, module l’espace, des cubes blancs deviennent bureaux, lits, chaises…. Légère transposition : dans les bureaux où les uni-cornus apparaitront règnent des portables. Les personnages sont en tailleur et costume cravate, première uniformisation que l’aspect négligé de Bérenger souligne. L’épidémie de Rhinocérite se fonde dans ce conformisme vestimentaire qui n’épargne personne : le public se reflète dans les miroirs… Les percussions

MARYVONNE COLOMBANI

Rhinocéros est joué jusqu’au 29 juillet à 11h au théâtre des Halles

© Manuel Pascual

de Youg Suk Choi rythment avec subtilité le mouvement dramatique, les évolutions des personnages

À corps et à coups Etrange duo que celui de cette mère et sa fille Lily, écrit par Adeline Picault en un court roman chez Actes Sud. Ecriture juste et incisive, même si l’on a du mal à croire à la violence quasi amoureuse de cette mère qui se venge de sa vie, de ses ratés, de ses déceptions sur sa fille à coups de chaussures de luxe. Rouge, bleu, violet, jaune, couleurs de fête, mais aussi de la marque des coups, de la chair meurtrie. Emmanuelle Brunschwig, avec son physique de môme Piaf, joue de cette cruauté innocente, s’affirme «bonne mère», désarmante dans l’aveu. «Je te prépare à la cruauté du monde» affirme-t-elle en justification de son comportement de bourreau. Pauline Jambet campe une Lily déchirée, primesautière, désabusée, éblouie,

éclatante enfin, au départ définitif de la maison. En contrepoint subtil, la contrebasse d’Eugenio Romano joue une partition complexe, à l’instar d’un chœur antique parfois, mais surtout, suscitant des sens nouveaux. Le thème mozartien de Ah vous dirais-je maman, en majeur ou mineur, apporte une touche délicatement ironique, alors que les passages composés par le musicien ourlent le jeu des actrices de sourdes et tendres irisations. La mise en scène de Serge Barbuscia, rigoureuse, efficace, joue sur la simplicité d’un décor en pente, sur lequel les lumières de Sébastien Lebert tracent de superbes volutes. Un spectacle en train de prendre ses marques, mais déjà nourri de passion.

© Djouadou Amar

Bats l’enfance se joue au Balcon jusqu’au 30 juillet à 15h45

M.C.

À la recherche du temps perdu © X-D.R.

Atypique que le spectacle qu’offrent les cies Campo et Le Souffle, unies sur une envie de travail commun depuis quelques années : un solo émouvant et tendre à la limite des genres, entre danse et théâtre. Une silhouette au sol, dessinée à la craie ; un personnage à côté se souvient. Sorte de veillée funèbre où l’on se remémore les souvenirs de l’enfance, où la perte du parent, ici du père, renvoie non seulement à l’image que l’on en avait mais surtout à soi-même. Le passé s’esquisse sur le sol, coups de craie rapides, pour faire renaître des personnages, des pensées, il y a Luca, Maxime, les lettres inachevées, les jeux d’enfant… Il y a la Nonna, fantasque, ancienne danseuse puis chanteuse lyrique, délicieuse de folie. Les spectateurs sont enrôlés dans cette quête du passé, deviennent des personnages, des animaux de compagnie… et le monde devient signe. Les traces sur le

sol s’effacent, marbrent les vêtements, dont la blancheur originelle, se nourrit. Fragmentation volontaire, désordre à l’image de la vie, bribes d’Histoire. La mort de Pasolini, Armstrong qui pose le pied sur la lune, constituent des points d’ancrage, où s’attache la mémoire. La partition musicale de Paolo Santis joue sur ces multiples strates. On sourit, on rit, on s’émeut à ce spectacle qui gagnerait en intensité à resserrer un peu son propos. Une belle qualité cependant avec l’interprétation humoristique et sensible de Marco Becherini qui se glisse dans tous les rôles, sur la belle mise en scène de Bruno Deleu. M.C.

Le storie di Italo est joué au Laurette Théâtre jusqu’au 31 juillet à 19h


THÉÂTRE

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L’autre Roméo amoureux fous de désir… On s’attache à ces Roméo et Juliette, superbes et c’est peu dire, subtils et pudiques, heureux de partager à Avignon leur culture plurimillénaire. Décors minimalistes et éclairages travaillés, costumes somptueux, l’esprit de la pièce est scrupuleusement conservé même si sont ôtées toutes les parties chantées. Rien de fondamentalement contestataire mais pour Gérard Gélas «monter aujourd’hui des textes aux valeurs subtiles, ça c’est révolutionnaire». © Manuel Pascual

À l’invitation de l’Académie de Théâtre de Shanghai, Gérard Gélas revisite un grand classique de la culture chinoise du 14e siècle. Mettre en scène les 16 actes de l’opéra Si Siang Ki ou L’histoire de la chambre de l’Ouest de Wang Che-Fou est un pari un peu fou pour le directeur du Chêne Noir. Après avoir mené une master class, il s’est engagé à travailler avec les jeunes acteurs, conquis par leur gestuelle et leurs connaissances théoriques, notamment du théâtre russe et la méthode Stanislavski qu’il pratique lui-même. Les premières répétitions se sont faites à Shanghai et les 10 acteurs sélectionnés finalisent depuis le mois de juin la création à Avignon. Après une traduction en chinois moderne, Gérard Gélas adapte cette pièce en respectant scrupuleusement la trame littéraire universelle, à savoir l’histoire d’amour contrariée entre deux

jeunes gens qui n’appartiennent pas à la même classe sociale : une mère veuve et ambiguë, des servantes entremet-

DE.M.

Si Siang Ki En chinois surtitré est joué Jusqu’au 29 juillet à 11h au Chêne Noir,

teuses et désobéissantes, des offices religieux au goût d’encens, un général abusif, des volte-face et trahison, et des

À poil … de la carrière ascendante de son ministrable de mari. Gérard Gelas en rajoute, et sert sur son plateau à moquette rouge de quoi donner un peu plus de consistance à la satire : un Ventroux nerveux, tape-àl’œil, député concupiscent affairé à ses plaisirs en galante compagnie et ne cessant de répéter «c’est dans son propre parti que l’on trouve le plus d’ennemis», est victime des indiscrétions d’un valet «infiltré» ici transformé en journaliste ; l’épouse, ingénue ou perverse selon les lectures, est clairement ici vêtue d’une noire guêpière, affirme sa quête de liberté et quitte la scène avec une valise bien émancipatrice,

indice de sa participation au complot. La jeune actrice (Olivia Forest) à la plastique impeccable verse ses maladresses au compte du rôle, le politicien vulgaire (Guillaume Lanson) emprunte à Jerry Lewis ou à Louis de Funès : le rythme mime l’allégresse et l’horlogerie mais ne fait pas illusion. Le meilleur ? Clémenceau en ombre chinoise, voyeur et commandeur, témoin de la chute d’un monde... MARIE JO DHÔ © Philippe Hanula

… mais pas au poil le Feydeau de Gérard Gelas créé cet hiver au Chêne Noir et repris pour le festival ! Il faut dire que la pièce qui tient tout entière dans son titre n’est pas de celles qui ont fait de l’auteur le roi de la mécanique du rire ; écrit en 1911, quelques années à peine avant l’internement et la mort (la syphilis... mal du siècle) ce «divertissement» en un acte délaie dans la répétition une situation conjugale piquante qui fait office d’élément déclencheur, d’intrigue et de dénouement : la fesse endolorie de Clarisse, victime d’une guêpe fatale et promenée sous le nez de tout un chacun -«Sucez-moi ! Sucez-moi !»- aura raison

Mais n’ te promène donc pas toute nue est joué au donné au Chêne Noir jusqu’au 29 juillet à 17h

Et pourtant ils résistent ! À tous ceux qui avaient aimé le spectacle La vie de Galilée par la Compagnie du grand soir l’an dernier, la représentation de cette saison a un goût © Xavier Torres

délicieux de revenez-y, et ce n’est pas seulement à cause du vin rosé frais servi avant et après la représentation. Comme le bon vin, le spectacle a d’ailleurs gagné en saveurs, avec un rythme plus soutenu, plus enlevé, un découpage plus clair, une construction d’une joyeuse rigueur. La mise en scène jongle entre commedia dell’arte, mime, chants, dialogues. Une touche poétique aussi : Galilée portant le globe lumineux du monde, c’est le rêve d’une humanité qui cherche à comprendre, à savoir, exigeante et imaginative. La gageure de condenser la pièce de Brecht en 1h30 est tenue avec brio, et le rire est d’autant plus franc qu’il libère, et enseigne. Comment faire comprendre que le soleil ne tourne pas autour de la terre, par le simple biais du raisonnement  ? Les scènes sont délicieuses d’humour et de vérité ! Certains passages restent

d’une brûlante actualité, exposant les relations entre la science et les pouvoirs politiques et religieux… on pense aux créationnistes. Pas de culte héroïque non plus : Brecht nous met en garde contre tous les fanatismes, celui qui sanctifie les héros du peuple aussi. Galilée y prend une dimension humaine d’autant plus touchante, avec une morale assez voltairienne lorsqu’on le voit vieillissant cultiver son jardin… Un plaisir intelligent, bel acte de résistance à tous les obscurantismes. MARYVONNE COLOMBANI

La vie de Galilée par la Cie du grand soir se joue à l’Espace Roseau jusqu’au 29 juillet


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THÉÂTRE

AVIGNON OFF | VAUCLUSE EN SCÈNE | VILLENEUVE

Seconde joie !

La création vauclusienne

Duo ArchiPass pour Maciste © Delphine Michelangeli

Le Conseil général 84, par le biais de d’Arts Vivants en Vaucluse, organise depuis quatre ans un festival gratuit mettant à l’honneur ses artistes. Vaucluse en scène a commencé le 1er juillet dans la Cour de la Chapelle Saint-Charles, un lieu chargé d’histoire en retrait de la liesse avignonnaise, pour vagabonder ensuite dans les villes et villages alentour. Apt et Cargas ont ainsi accueilli Et il me mangea… par la cie du Vélo théâtre, un théâtre d’images et d’émotions habilement conté, et Françoise Murcia, une chorégraphe qui bat la bonne mesure dans le Vaucluse. Les rendez-vous orchestrés ont offert des belles (re)découvertes : le bal guinguette de Manu & Co a démarré en musette et en chanson réaliste sauce manouche ; le slam a eu le champ libre avec une scène ouverte et le double concert de R.A.P.H et Dizzylez et Skub. Ce duo alterne avec délicatesse slam/piano et laisse éclater les mots d’un poète bien engagé. Dizzylez a d’ailleurs ouvert le débat de Stéphane Hessel à la Maison Jean Vilar le 9, avec un très sensible texte sur la liberté. Les Onstap ont réaffirmé Parce qu’on va pas lâcher : un duo de percussions corporelles tirées à quatre épingles, des anecdotes universelles du quotidien, des souvenirs d’enfance sensibles dans un quartier qui ne l’est pas moins. Autre rendez-vous récurrent avec un ciné-concert d’ArchiPass (Nicolas Chatenoud et Guillaume Saurel) qui a fait découvrir le 1er épisode de la série des Maciste, après une commande du Festival du cinéma italien d’Annecy. Si le film est un nanar mythique, il confirme le savoir-faire du duo dans l’accompagnement de film muet. Ils sont à la hauteur des muscles du héros ! Le théâtre, plus difficile à déplacer dans une cour pour une représentation, aura été l’objet d’une lecture musicale de Jean-Yves Picq accompagné par les baguettes magiques de Guigou Chenevier du Collectif Inouï. DELPHINE MICHELANGELI

Marivaux a toujours su associer «amour» et «surprise» en prenant acte que, le cœur étant placé à une certaine distance de la tête, le parcours de l’allumage du sentiment à sa prise de conscience pouvait constituer un ressort dramatique essentiel. Cette Seconde Surprise… ne montre rien d’autre que le retard, l’infirmité de la raison et du langage face à l’implacable avancée de l’amour, qui est d’abord nié ostensiblement par une veuve Marquise et un Chevalier plaqué, charmants inconsolables. C’est à cet endroit du délai nécessaire pour passer de la douleur, qui n’est pas sans attrait, à l’acceptation de l’évidence violente d’une vie déjà revenue, que se faufile l’intelligente référence au travail de Sophie Calle, dont la scénographie témoigne avec son empilement de boîtes ouvertes au regard, multiplication de mini-théâtres intérieurs où se passe au vu des spectateurs le temps de la coulisse. Intelligente, qualificatif absolu de toute la mise en scène d’Alexandra Tobelaim : naturel délié des acteurs tous si plaisants dans la pleine intensité du mot, parfois finement surjouant et la comédie emporte le rire aux éclats ; fraîcheur, verdeur des gestes et de l’élocution prosaïque ; les costumes aussi qui sont de la partie avec leur turquoise ou leur gris tourterelle, leur transpa-

La Seconde surprise... © X-D.R

rence coquine ou leur faux air passe-partout. Les corps parlent de souffrance ou de désir, font lever la poussière de la piste (cendres ? sable noir ? terreau ?), bondissent ou rampent, inquiètent même parfois : et si ça ratait, comme au cirque le saut périlleux ? La jeunesse éternelle du sensible est portée par un jeu rigoureux et maîtrisé dans son apparente légèreté. Marivaux, moderne parmi les Modernes, aurait reconnu les siens ! MARIE-JO DHÔ

La Seconde Surprise de l’Amour est jouée par la compagnie Tandaïm jusqu’au 27 juillet à 21h15 dans le cadre de Villeneuve en Scène sur la colline des Mourgues

Good-bye Alaska Création collective de la compagnie Artefact, inspirée par la catastrophe pétrolière de 2006 touchant l’Alaska par négligence volontaire de la firme BP, Alaska Forever est mis en scène par Philippe Boronad. Soutenu par Greenpeace France, le collectif recrée le chemin mental d’une journée particulière de l’Homme en blanc, un grand patron de l’industrie pétrolière, confronté à une catastrophe écologique sans précédent. Quelle sera sa décision ? A-t-il vraiment le choix ? Prendra-t-il ses responsabilités ? Au centre d’un plateau télé, assis sur un fauteuil ressemblant étrangement à celui d’un dentiste, il se confessera à Angel Stellavision, incarnation fantasque -et très dé© Delphine Michelangeli

guisée- de sa conscience. Pour refaire le film à l’envers, déjouer les mécanismes du pouvoir, retrouver l’enfance, la relation humaine, la poésie du froid : une pensée positive, ouvertement utopique ou volontairement naïve, qui veut croire aux possibles. Pour se confronter au monde virtuel, la compagnie dispose d’outils technologiques : vidéo en direct ou préenregistrée, simulation de «reality show», écran géant en fils blancs, qui ne visent cependant pas la prouesse technologique ou l’effet novateur. L’essentiel reste théâtral, et croise les arts voisins, leur empruntant des éléments de vocabulaire malheureusement pauvres : projections des photos du ciel de Yann Arthus-Bertrand, lutherie visuelle censée déclencher des séquences sonores qui reste invisible au spectateur, et danseuse qui agite des foulards blancs pour conter l’histoire de la Baleine et du Corbeau… En cela la forme pêche, même si le message reste essentiel. DELPHINE MICHELANGELI

Alaska Forever est joué à la Manufacture jusqu’au 28 juillet à 16h15 (relâche le 18)


VAISON | CHÂTEAUVALLON | MARSEILLE

DANSE 23

Mémoire d’un peuple ? déhanche et décoordonne, mais dont elle respecte les stricts placements, la danse jazz est comme un descendant désasservi de la danse blanche : les extraits de répertoire (1958.1983), et surtout Revelations (1960) montrent à quel point l’art d’Alwin Ailey ressortit d’une revendication noire marquée de christianisme, d’une vision conformiste du corps, du couple, des rôles, rappelant au mieux Porgy and Bess, au pire l’oncle Tom… The Hunt de Robert Battle, énergique, urbain, percussif, en est, 40 ans plus tard, naturellement débarrassé.

© Agnès Mellon

C’est le ballet Alwin Ailey qui ouvrait cette année à la fois le Festival de Marseille les 16 et 17 juin, et Vaison Danses les 8 et 9 juillet, pour un hommage à la modern jazz américaine, si peu présente sur les scènes françaises, et si pratiquée dans les écoles… Les jeunes danseurs ont fait une démonstration époustouflante de leur technique, et ont su, par leur enthousiasme et leur générosité visibles, susciter l’adhésion emportée des publics divers qui bigarraient avantageusement les gradins. Pourtant cette danse suscite quelque chose d’étrange : calquée sur les techniques classiques qu’elle chaloupe,

A.F

Shakespeare in love chorégraphe conjugue la pièce au pluriel et imagine un chapelet de Roméo et de Juliette (22 danseurs) en lieu et place du couple mythique ; sans comp-

© Agnès Mellon

Thierry Malandain a choisi d’écrire un libre commentaire de Roméo et Juliette confronté à la partition de Berlioz. Si l’exercice de style est irréprochable, la technique parfaite et les danseurs incontestablement au sommet de leur art de l’étirement et de la tension extrêmes, on s’ennuie aussi ferme que leurs corps : la pièce est monotone, parfois dépouillée à l’extrême, parfois ampoulée, les étreintes y sont des combats corps à corps et manquent sacrément de sensualité. Pourtant le

Roméo et Juliette a été dansé le 8 juillet à Châteauvallon

ter les 16 malles gris acier qui jonchent le plateau, sans cesse déplacées, ouvertes, refermées, abaissées, dressées… Un parti pris qui offre de beaux moments de groupes -dont certains ne sont pas sans évoquer West Side Story- mais affadit le récit jusqu’à en faire disparaître sa tension dramatique. Les amours malheureuses des deux amants, même démultipliées, ne parviennent pas à nous tirer une larme…

À venir Roméo et Juliette Le 19 juillet Vaison-la-romaine 04 90 28 74 74 www.vaison-danses.com

M.G.-G.

Concentré de festivals surtout, de tout genre (Jazz des 5 continents, Marsatac, Fiesta des Suds, Salsa Tongues, Mimi..). Bref, l’absence de théâtre, de rue ou non, et musiques savantes «classiques» ou contemporaines, font craindre que la programmation spectaculaire de 2013 par la Ville ne s’oriente vers une culture que l’on croit populaire, alors que rien n’est plus populaire à Marseille qu’une

retransmission d’opéra… Mais l’orchestre de l’opéra de Marseille sera là l’an prochain, Jeanine Imbert, adjointe à l’opéra, le promet ! Pour ce qui est du succès de la fête, l’excellent jazz rock fusion du groupe Namasté s’est taillé la part du lion, le sublime duo de Forsythe interprété par le BNM aussi, ainsi que l’incroyable démonstration des Rappeurs HipHopVincent Strazzieri trio © Dan Warzy

Pour se préparer à 2013 et donner d’ores et déjà aux habitants une «meilleure visibilité de ce que sera la capitale culturelle européenne», la Ville de Marseille a organisé un festival au carré sur le Vieux Port piétonnisé pour l’occasion. Il s’agit pour Daniel Hermann, adjoint à la Culture, de «mettre en perspective ce que fait la ville pour dynamiser sa vie culturelle, pas seulement au niveau des investissements et des bâtiments, mais dans le fonctionnement quotidien. Ainsi le territoire marseillais compte au long de l’année près de 100 festivals, qui n’ont pas une visibilité assez importante. Nous avons voulu souligner le dynamisme de certains d’entre eux par cette journée de fête gratuite et populaire.» Le pari est relevé : on peut s’interroger sur le peu de pertinence de certains, qui confondent visiblement culture et divertissement (Festifemmes pour représenter le théâtre marseillais ? Salsa tongues comme manifestation culturelle  ?). Sur la prédominance de la danse aussi (Festival de Marseille, BNM…) et des musiques actuelles

pers, et le cours gratuit de salsa. Le Vincent Strazzieri trio a offert à un public bon enfant de bons vieux standards de jazz. Le but avoué de «créer des synergies qui entrainent à sortir chaque festival de sa coquille, pertinente, mais trop souvent confidentielle» est tenu ! Comme lors des dernières manifestations organisées à Bargemon par le Festival de Marseille (Dolores de Jomar Mesquita), l’Opéra (retransmission du Cid) ou la mairie (Fête Bleue), le public est là. S’il s’agit de faire venir à la culture un public qui s’en tient habituellement éloigné, on ne peut qu’applaudir à deux mains. En veillant à ce que ce festival au carré, qui «préfigure 2013», n’amène pas les acteurs culturels à revoir à la baisse leurs exigences esthétiques, et les organisateurs à confondre fête et culture. AGNÈS FRESCHEL

Le Festival des festivals s’est tenu le 9 juillet de 15h à 1h


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DANSE

FESTIVAL DE MARSEILLE

La belle édition !

Nearly 90 © Agnes Mellon

Le Festival de Marseille a su cette année composer une programmation très cohérente, centrée sur la question noire si absente de nos scènes, remplissant les salles, et métissant son public de jeunes, de primo-spectateurs qui côtoyaient les professionnels et les habitués dans une belle convivialité. À Bargemon, pour le spectacle mambo/salsa du brésilien Jomar Mesquita, les spectateurs se sont chiffrés en milliers, mettant définitivement hors jeu le reproche d’élitisme que certains font parfois au Festival. Affirmant encore son soutien aux compagnies régionales, offrant aux marseillais le plaisir de voir des grands ballets internationaux très rares, accompagnant ses spectacles d’expositions, de conférences pertinentes et pointues, le festival de Marseille, qui chaque année clôt les saisons et ouvre l’été, s’impose désormais comme indispensable à la vie culturelle de la région. Quant à la réussite esthétique des propositions, elle est forcément diverse ! À la Salle Vallier Alvin Ailey Ballet montre les limites de la danse jazz (voir p23), mais la démonstration de la Cie Cunningham est d’une exemplarité qui laisse pantois. Nearly 90° est une pièce d’une abstraction sans concession, d’une virtuosité contemporaine sans effets : les techniques de corps mises au point par le chorégraphe semblent libérer toutes les énergies et permettre les décoordinations, les dynamiques, les vitesses les plus folles. Le plaisir pur de contempler le mouvement inouï suffit, et comble sans thème, ni histoire, ni message… Southern Bound Comfort ne sait s’en contenter : la pièce de Gregory Maqoma, qui tranforme Shanell Winlock en insupportable harpie chorégraphe, est d’une drôlerie évidente et laisse échapper des éclats de danse bouleversants. Mais dans Bound Sidi Larbi Cherkaoui dilue la pertinence habituelle de son propos dans des allégories démonstratives autour de cordes qui lient, tracent et enchaînent, mais ne laissent que peu d’espace aux corps, pourtant si splendides, de ses deux interprètes.

Crépue et re-belle

cheveu, Eva Doumbia met une nouvelle fois en scène les questions qui parcourent le travail de sa compagnie La part du pauvre. À sa manière habituelle, qui mêle musique traditionnelle et électronique, vidéo, danse, chant et jeu, dans une forme métisse qu’elle nomme «théâtre documentaire». Eva Doumbia avait déjà présenté son Cabaret capillaire en avantpremière aux Bernardines (voir Zib’ 38) et la sincérité de ce spectacle hybride, qui tissait les supports et entremêlait les voix narratives, y éclatait dans une énergie festive : son caractère désordonné, parfois brouillon, ajoutait à son charme, à l’image de cheveux difficiles à démêler, à défriser ou de coiffures complexes. Au Gymnase, malgré les artifices censés rendre l’ambiance d’un cabaret, l’atmosphère a perdu de sa magie. L’originalité fondamentale du spectacle, qui faisait concrètement pénétrer le spectateur dans l’intimité d’une loge en première partie, s’est diluée, et l’adhésion est moins immédiate. Les excellents musiciens et danseurs, les trois magnifiques chanteuses sont là ; les documents vidéo n’ont rien perdu de leur force ; les textes de Bibish Mumbu parlent toujours aussi juste. Pourtant on reste un peu en retrait, à regret… AGNÈS FRESCHEL ET FRED ROBERT

Aux Bernardines le spectacle de Chantal Loïal agit exactement à l’inverse : revenant sur l’histoire tragique de la Vénus hottentote, la danseuse l’incarne avec une émotion qu’elle puise essentiellement dans la musique, et dans les quelques mots qui racontent l’histoire de cette femme noire et callipyge. Sa mise à nu, ses convulsions disent la douleur de son exhibition forcée qui l’animalise, mais le solo se construit dans un renoncement volontaire à la sensualité (vue comme un asservissement ?) qui laisse un peu à distance… «Derrière nos histoires de cheveux se cachent toujours d’autres histoires.» Des histoires d’aliénation, d’esclavage, de colonisation et d’exils. Avec Moi et mon Moi et mon cheveu © Agnes Mellon


DANSE

Toutes fenêtres ouvertes L’excellent cru 2011 du Festival de Marseille nous fait regretter l’absence d’une Maison de la danse permanente, où le répertoire croiserait les écritures novatrices. Le public, venu massivement plébisciter Alvin Ailey, Merce Cunningham, Olivier Dubois ou Akram Khan, témoigne d’une appétence que les programmations, sporadiques pour l’heure, ne comblent visiblement pas. Du coup le festival répond à 100% à l’ouverture au monde et au métissage des formes, des sensibilités, des idées : danse chamanique et corps sacré d’Akram Khan dans Vertical Road, danse mécanique et corps éprouvé d’Olivier Dubois dans Révolution, corps dématérialisé par N + N Corsino dans l’installation Mues, expressionnisme et corps mis à nu dans Amour, acide et noix de Daniel Léveillé. Le Belge Raven Ruëll se taille une place à part et offre une performance intense, Mission, un soliloque de 2 heures qui marque l’incursion réussie du festival dans la création théâtrale. Malhabile, hésitant, le front perlant de sueur, claudiquant, l’exceptionnel Bruno Vanden Broecke évoque sa mission évangélique au Congo par petites découpes impressionnistes et images réalistes : on rit beaucoup au récit de David van Reybrouck1, à ses remarques piquantes sur les Blancs et les Noirs, à l’incompréhension occidentale du fatalisme africain ; on s’abandonne aux larmes quand il avoue, visiblement ému, avoir laissé son cœur en Afrique. Émotion tout aussi palpable à Vertical Road, quand le Britannique Akram Khan entraine sa «tribu» sur le chemin de la spiritualité jusqu’à la transe vertigineuse : dans un espace-temps

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Révolution, Olivier Dubois © Agnès Mellon

Sans acidité mais avec amour, Daniel Léveillé sculpte les corps dans l’espace comme Rodin taillait le marbre, par à coups d’abord, avant de longuement le polir ; le Canadien opère des césures silencieuses entre deux portés, deux sauts, deux déplace-ments dans une posture radicale : tandis que «le rock entrechoque les Quatre saisons

immémorial chacun des 8 interprètes fait entendre les pulsations du monde, sa force tellurique et sa propre voix dans ce chorus : la danse est fluide, sismique, spasmodique, trop narrative parfois. Mais on sent leur âme voler audessus de leur corps… Le Français Olivier Dubois «inflige» à ses danseuses un rythme infernal, éprouve leur endurance autant que la résistance du public en prise à leurs tournoiements immobiles et à leurs mouvements métronomiques imposés par une réinterprétation du Boléro de Ravel singulièrement étirée. Inspirée par le mouvement des mères argentines réunies à Buenos Aires en 1977, Révolution est une danse de combat, de prise de parole, qui contraint l’interprète au déséquilibre, à l’impuissance : toutes atteindront la note finale mais dans quel état d’être !

de Vivaldi», le corps se mesure à l’autre et s’affranchit de l’autre. Une définition de l’amour ? MARIE GODFRIN-GUIDICELLI 1

texte à lire absolument chez Actes-sud Papiers

Mythes et chuchotements Vertical Road, Akram Khan © Agnès Mellon

Pieds dans le sable et tête dans les étoiles, une foule d’adultes et d’enfants déambule dans les différents espaces du Théâtre du Centaure. Des guides muets et mystérieux indiquent les déplacements et l’on suit, dociles, bercés par le bruit des vagues, les poèmes en italien ou une musique lancinante, diffusés par des écouteurs. Ce Flux, vaste projet initié en 2006, se présente comme un parcours nocturne, mix de films, de poèmes, de performances à cheval. Plusieurs formes courtes appelées Poèmes, données durant l’année, sont réunies sans fil conducteur précis, avec la même consistance trop fluide que l’on avait constatée aux Salins (voir Zib’ 38). De Marseille à Istambul, les images de ports, avec grues zoomorphes et conteneurs rouillés défilent. Le galop de la centauresse en noir sur son frison noir, valise blanche à la main,

résonne en échos, mélangeant images du film sur la Digue du large et réalité. Une scène de séduction qui laisse dubitatif touche à l’interdit zoophile, mais la scène d’amour qui suit atteint le mythique : sur un immense lit blanc s’étend voluptueusement un couple de centaures, étalons frisons de jais -Graal et Darwin, Camille et Manolo. Ces masses de muscles soudain abandonnées et frémissantes qui se fondent dans la tendresse coupent le souffle. Au-delà de la perfection du dressage, c’est la force brute d’un imaginaire archaïque qui bouleverse. CHRIS BOURGUE

Flux s’est donné du 19 au 26 juin au Centre équestre Pastré dans le cadre du Festival de Marseille


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OPÉRA

AIX | ORANGE

Adieu au passé ment à démarrer, manque de mordant. On attendra le Prélude du dernier acte afin que s’épanche, aux pupitres de London Symphony Orchestra, le lyrisme nécessaire. Le talent de Natalie Dessay, émouvante d’épure dans l’addio del passato, son courage à lancer les colorature qui la firent triompher à Aix il y a 17 ans, son sens travaillé du bel canto, son incarnation profonde du personnage de la dévoyée, ne font pas d’elle une grande Violetta : son ampleur vocale atteint parfois ses limites, et son bas médium a eu tendance à craquer. Le jeune ténor Charles Catronovo est à sa mesure : il possède un timbre chatoyant, homogène, vibrant, mais on l’entendrait davantage dans L’Elixir d’amour qu’incarnant Alfredo. Ludovic Tézier est à sa place, et Andrea Mastroni mérite davantage qu’un Marquis d’Obigny. Dit-on assez qu’il est l’un des plus grands barytons actuels? Sa technique d’émission «ouverte-couverte»

On l’a vu mille fois ! Des acteurs, sur le plateau vide, considèrent le public avant le lever de rideau ; on entre côté salle… Doit-on toujours souligner ce quatrième mur ? On apprécie cependant que La Traviata aixoise, mise scène par Jean-François Sivadier, se développe en harmonie avec les chanteurs, leur souffle, leur corps… On sent qu’elle doit à Pina Bausch une émotion intense de la solitude. S’il manque quelques respirations lumineuses, la scénographie a l’avantage d’être légère : des panneaux de tissus découpent de belles profondeurs, détachent des espaces intimes. Le plateau nu se change en salle de fête populaire, se quadrille de chaises où prend place le carnavalesque Estonian Philharmonic Chamber Choir. Mais on regrette que la direction ciselée de Louis Langrée (il aborde Verdi avec un scalpel mozartien) se plie à l’enjeu scénique : à l’opéra on préfère le contraire ! Son Ouverture, à l’image du spectacle qui tarde sciem-

© Pascal Victor - Artcomart

est léchée, le timbre somptueux, sa présence noble ! Chapeau-bas ! JACQUES FRESCHEL

La Traviata est jouée jusqu’au 24 juillet et sera retransmise au Théâtre Silvain le 16 juillet

Entre amours et pouvoir voix solide manque de souplesse, sa bonté excessive est surjouée, et sa phrase Mais combien êtes vous à me trahir ? déclenche même l’hilarité gênée de la salle : gênant pour un opera seria ! En revanche, Carmen Giannattasio est une superbe Vitellia, voix pleine et chaude, Sarah Connoly (Sextus), mezzo-soprano (castrat à l’époque) est magnifique dans son air redoutable Parto, avec un accompagnement aérien de clarinette. Anna Stephany, mezzo-soprano, campe un émouvant Annius, Amel Brahim-Djelloul, soprano, une Servilia amoureuse et sensible. Publius, Darren Jeffery, basse, est un solide serviteur à la raide gestuelle. L’apport de huit comédiens donne du poids, et les arias sont mises en valeur par un jeu de lumières

© Pascal Victor

Composer en 6 semaines un opéra pour le couronnement de Léopold II fut le défi inouï que dut relever Mozart, qui choisit pour héros un Empereur éclairé par la sagesse : Titus renonçant trois fois à épouser celle qu’il aime. Qui d’autre aurait pu en tirer une musique si variée ? La production aixoise rend grâce à cet opéra mis à l’écart pendant des décennies : Sir Colin Davis, octogénaire passionné qui dirige le London Symphony Orchestra et l’Estonian Philarmonic Chamber Choir, détaille sans charger, imprimant une belle musicalité. La mise en scène de David Mac Vicar éclaire les tourments, les conflits : colonnes, grilles, décors coulissants, escalier impérial. Mais Gregory Kunde, ténor, est un Titus emprunté : sa

subtil. Le traitement des masses choristes, mêlées aux solistes après l’incendie du Capitole (fin du premier acte) et le final (clémence de l’empereur sur contrechants des solistes) est réussi. L’accueil fut triomphal à l’Archevêché, bien différent de celui que réserva l’impératrice Marie-Louise à la création à Prague : Una porcheria tedesca! Le public d’aujourd’hui fut plus clément pour cette production de qualité ! YVES BERGÉ

La Clémence de Titus se joue jusqu’au 21 juillet et sera retransmise en direct sur France Musique le 19 juillet et sur Mezzo le 21 juillet

Nuances de gris Noir absolu. Des sons électroniques se croisent, peuplent l’opacité d’incertitudes. La pièce commence. Nous sommes plongés dans un monde hors du temps, un monde de frontières, de limbes où seul émerge le rouge pailleté du costume de scène paternel -lumineux et faux comme un mythe. © Elisabeth Carrechio

Univers minéral qui joue sur une palette subtile de gris dans lequel le personnage principal se cherche, entre des figures féminines énigmatiques, un homme étrange qui porte des lettres et un père qui vit dans le souvenir d’un passé glorieux. Succession de plans, comme une construction de pierres sèches qui mène à la révélation finale, impitoyable, tragique et humaine. Comme toujours Joël Pommerat met en scène son texte, profond, avec une concentration minimale, en l’éclairant comme en surface. Et c’est à son histoire, avec sa dimension psychanalytique, que l’on s’attache, plus qu’à la musique d’Oscar Bianchi. Les quatre voix sont superbes (un des six personnages est muet l’autre parlé) : deux sopranos, l’une nocturne, l’autre plus lumineuse, avec des élans lyriques, des volutes verdiennes qui tranchent ; et deux basses, le père et le fils, à la

fois baryton et contre-ténor, d’une délicate fragilité : son traitement vocal, toujours sur un fil ténu ressemble au costume paternel trop large qu’il ne peut endosser. Ces contrastes créent une strate sensible, décolorée cependant par la répétition à l’infini de certaines cellules mélodiques, comme un inlassable ressassement. Est-ce pour souligner le caractère limbique de l’argument ? Le cheminement de l’œuvre s’enlise parfois dans une subtile palette de gris, que l’Ensemble Modern, qui reste en retrait sous la direction analytique de Franck Ollu, ne cherche pas à colorer. Un choix fort défendable, cependant ! MARYVONNE COLOMBANI

Thanks to my eyes a été créé le 5 juillet au Jeu de Paume


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Chacun cherche son nez ! «N’êtes-vous pas mon propre nez, Monsieur ?» Le court dialogue entre le Major Kovaliov, dépouillé de son appendice nasal, et son propre Nez, déguisé en conseiller d’État, est à l’image de la nouvelle de Gogol : absurde, fantasque. Cette parabole nasale, sujette à bien des exégèses, inspira au jeune Chostakovitch de 1927 un opéra en rupture avec les codes lyriques dominants de l’époque, découpé en trois actes et dix tableaux enchaînés selon une logique cinématographique. Le compositeur, alors au cœur de l’avant-garde russe, métamorphosa les lignes mélodiques encore en vogue en éructations vocales, usant de toute la palette de sons possible, faisant éclater les registres, multipliant les rôles (près de 70 !), immergeant le spectateur dans un chaos sonore invraisemblable. Avec une science de

Donner corps à cet univers musical et narratif si singulier, sacré défi lancé au metteur en scène William Kentridge (voir p55) et à Kazushi Ono, à la tête de l’orchestre de Lyon ! Le résultat est à la hauteur de l’opéra. C’est un Pic, un Cap, une Péninsule ! La mise en scène flamboyante transporta le public pendant près de deux heures dans un monde burlesque, grinçant, à l’image de la nouvelle de Gogol. Les chanteurs, excellents, firent un triomphe à cet ouvrage au parfum de scandale. Décidemment, Bernard Foccroule a un sacré flair ! CHRISTOPHE FLOQUET © Pascal Victor - Artcomart

l’orchestration insensée ! à 21 ans ! Il superpose les pupitres, mélange les timbres, découpe l’espace de mélodies aux cordes teintées d’ironie. Inouï !

Le Nez de Chostakovitch est programmé au GTP jusqu’au 14 juillet, il sera retransmis en direct sur Radio Classique le 14 juillet à 17h

L’amour est dans le pré Difficile de trouver cadre plus approprié que celui du Grand Saint Jean pour donner Acis et Galatée de Haendel ! Nymphes et bergers déambulent dans un décor idyllique, prolongement naturel de la scène couverte de pelouse et branchages. Les protagonistes de cette fable, remarquablement interprétée par de jeunes chanteurs à la voix fraîche, sonore et tendre (Julie Fuchs et Julien Behr), expriment leur passion dans des chœurs pétillants tel que Happy we sous le regard de Damon, Rupert Charlesworth, ténor plein de finesse et de musicalité et, Coridon, Zachary Wilder, ténor très agréable mais dont le côté précieux finit par agacer. Remarquablement soutenue par le chœur de solistes et le petit, mais non moins excellent, Orchestre baroque de l’Académie, cette histoire d’amour champêtre se déroule une première partie parfois languissante, la concision n’étant pas ce qui caractérise le mieux le compositeur saxon, et dans une mise en scène stylisée -Saburo

Teshigawara- insistant sur les mouvements des corps des chanteurs , qui finirent par parasiter le chant. L’arrivée de Polyphème, Joseph Barron, superbe basse, fit entrer l’ouvrage dans une autre dimension. Le chœur magistral qui ouvrit la seconde partie, pétri de dissonances, amorça la fin du bonheur et la mort proche d’Acis. Grâce à un beau jeu d’ombres et à une très efficace occupation de l’espace, l’action se resserra et gagna en intensité jusqu’à la métamorphose finale d’Acis en rivière. Le chef d’orchestre, Léonardo Garcia-Alarcon, avec sa gestique superbe, magnifia la fin de l’œuvre. La mort comme sublimation de l’amour ?

Pharaonique Aïda !

C.F.

Acis et Galatée est donné au Grand Saint Jean jusqu’au 23 juillet, il sera retransmis en direct sur Radio Classique le 13 juillet à 21h30 et sur Arte Live Web le 17 juillet à 21h30 Acis et Galatee © Patrick Berger

Quand on se rend à Orange pour assister à une énième Aïda, on se dit que, quoiqu’il arrive, dans la majesté du Théâtre Antique, on assistera à un spectacle grandiose. De fait on n’est pas déçu ! Les voix sont larges, les scènes de foules pharaoniques et la première partie se conclut par un © Christian Bernateau - Orange sommet monumental : le «Triomphe» et ses fameuses «trompettes» ! Avec la quarantaine de danseurs de Jean-Charles Gil qui se taillent un beau succès, les quatre Chœurs d’Opéras réunis de Nice, Avignon, Tours et Angers-Nantes, les figurants, les solistes et l’Orchestre du Capitole de Toulouse, on a, au pied du mur, plus de 300 artistes qui jouent, virevoltent et donnent du coffre : on en prend plein les yeux et les oreilles ! Reste à chanter Aïda… et en particulier toutes les scènes intimes qui font l’essentiel de l’ouvrage. Sur le plateau vide, dans la lumière bleutée de discrètes projections vidéos et au regard de la démesure du lieu, l’entreprise reste plus que risquée. Dans le rôle-titre, Indra Thomas en rajoute dans l’emphase : sa voix s’est altérée depuis 2006. Très ample, elle domine miraculeusement la masse chorale, mais part dans tous les sens, les aigus ouverts sont poussés, les pianissimi inabordables… Carlo Ventre (Radames) possède des aigus claironnants, mais le reste du timbre est plus falot, ou un peu fatigué. Les autres rôles masculins sont remarquablement distribués : les deux basses Giacomo Prestia, somptueux Ramfis, et Mikhail Kolelishvili, profond Roi d’Egypte, comme l’excellent baryton verdien Andrezj Dobber (Amonasro). La révélation de la soirée est une jeune mezzo-soprano de grande classe qui rayonne dans Amneris : Ekaterina Gubanova possède une homogénéité rare dans l’émission, puissante et jamais appuyée dans le grave. Cependant, la star est dans la fosse ! Tugan Sokhiev, impérial, domine son sujet, suit les chanteurs sans jamais les couvrir, sobre, clair, sans esbroufe... Quelle chance a la Ville Rose de posséder un tel maestro à la tête de son Orchestre National ! JACQUES FRESCHEL

Aïda de Verdi est joué aux Chorégies d’Orange jusqu’au 2 août


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MUSIQUE

MARSEILLE | PAYS D’AIX

El Campeador !

Sous le signe d’Amadeus Du 21 juin au 6 juillet, l’Orchestre Philharmonique du Pays d’Aix a retrouvé son humeur vagabonde et s’est produit à Aix, Jouques, Mimet, La Roque d’Anthéron, Bouc-Bel-Air, Le Tholonet, Coudoux, Trets avec un nouveau programme intitulé Mozart Orchestre philharmonique du Pays d'Aix © X-D.R for ever. Présentation didactique et enjouée du chef d’orchestre, Jacques Chalmeau, un joli sens de l’anecdote, le ton léger … La cour du château de Trets est comble ! À l’instar des grands vins, l’orchestre se bonifie d’année en année : belle maîtrise, équilibre des pupitres, une palette subtile et colorée. Au charme du plein air s’ajoute la remarquable qualité du son, qui a su garder un rendu naturel. À la symphonie n° 41, «Jupiter», et son équilibre de cathédrale, succédaient les variations sur un thème Rococo op.33 de Tchaïkovski. Le violoncelle de Xavier Chatillon, aux traits virtuoses, faisait entendre ses graves profonds, ses aigus éthérés, aériens, un son sculpté au service d’une belle intensité dramatique. Le public resta comme suspendu… Puis la suite Tchèque de Dvořák, d’inspiration populaire, permettait à l’orchestre de se laisser emporter par de charmants élans lyriques, un esprit de fête auquel chacun fut sensible. Preuve une fois de plus que grâce à la gratuité et un programme à la fois facile et exigeant, la musique dite savante reste très populaire… M.C.

Concert vu à Trets le 6 juillet dans la cour du château

© Christian Dresse 2011

On attendait l’événement ! Plus une place pour le retour de Rodrigue à Marseille après 74 ans d’absence ! On n’avait même plus joué Le Cid à Garnier depuis 1919 ! Du coup la presse capitale avait pris son billet pour La Canebière, avec le ministre de la Culture (voir p 4). Cerise sur le gâteau, à l’affiche posait depuis des semaines une star vêtue de pourpre : Roberto Alagna chantait le rôle-titre aux côtés de Béatrice Uria Monzon. Qui pouvait, mieux que ces deux-là, assumer en français les rôles écrasants de Rodrigue et Chimène ? L’un n’est pas Thill, ni l’autre Crespin ! Mais le ténor a gagné en noblesse, en générosité et largeur ce qu’il a perdu en couleurs vocales… Et quelle déclamation exemplaire ! La diva fut ravissante, déchirante, l’articulation un peu cotonneuse dans le grave, mais l’émotion qu’elle dégagea fit mouche, comme dans l’air «inhumain» «Pleurez mes yeux !». Massenet est un maître qui n’écrit pas une amusette. Sa partition épique au chant continu ponctué de motifs récurrents n’est pas facile. Elle doit à Gluck autant qu’à Wagner et Saint-

Saëns. Et si l’ouvrage souffre du peu de crédit qu’on accorde au GrandOpéra français, à sa «pompe», il n’y avait pas de raison de le ranger aux oubliettes. Que dirait-on d’un musée où l’on exposerait toujours les dix mêmes tableaux ? Au demeurant, on ne bouda pas son plaisir de retrouver les vers (chantés !) de Corneille : «O Rage O désespoir… Rodrigue as-tu du cœur ?»... Témoin les milliers de personnes venues à Bargemon écouter jusqu’au bout la retransmission ! Car c’était simple et beau, populaire et exigeant : les bronzes glorieux d’Emmanuelle Favre, les gradins verticaux où siégeait le Chœur de l’Opéra, une chambre à coucher sobre et sensuelle aux contours mi déco, mi moderne : toute une esthétique jonglant avec l’amour passion et le noble devoir, le conflit des générations et son arrière plan politico-militaire… JACQUES FRESCHEL

Le Cid s’est joué à guichet fermé à l’opéra de Marseille du 17 au 26 juin

La passion selon Lyrinx La grande salle du Théâtre de la Criée est pleine le 15 juin, les micros de René Gambini suspendus au dessus du Steinway. On immortalise, entre de plaisantes loquacités d’Alain Duault, le jeu d’esthète (dans Clementi !) d’une des dernières trouvailles de la maison Lyrinx : le pianiste italien Vittorio Forte. Depuis 1976 et l’œuvre d’artisan des premiers enregistrements de Pierre Barbizet, la maison de disques en a vu défiler des doigts sur les touches noires et blanches ! Ceux qui jouent sont de fidèles piliers : Mûza Rubackyté livre des Scarlatti flamboyants, Marie-Josèphe Jude un Brahms puissant et sans pesanteur. Le programme va crescendo : Caroline Sageman distille deux Liszt notoires au souffle rare, avant quelques Debussy enluminés par Philippe Bianconi et une Isle Joyeuse ponctuée de bravos. Mais c’est avec Chopin que Katia Skanavi remporte l’enchère ! Dans la Sonate funèbre l’artiste pèse sur le clavier telle une bête fourbue, libère

le temps de suspensions nostalgiques… Une merveille ! Deux jours plus tard Caroline Sageman revient en compagnie du violoniste David Galoustov pour conclure leur enregistrement de l’intégrale des sonates violon piano de Beethoven. Après une interprétation un peu fade de la romance de Fauré, le public est prié de ne pas tousser, de laisser le son finir avant d’applaudir… L’instant est solennel : la 10e sonate prend ses aises, se développe, inattendue, les deux musiciens s’envoyant la parole dans une entente rare, un toucher nuancé à la note près, un archet d’une absolue maîtrise… les sons semblent des mots, articulés dans une langue inconnue mais compréhensible. Pour finir, la célèbre sonate de Franck, déchirante, où les musiciens épanchent un lyrisme jusqu’alors retenu ! Quelle intelligence… JACQUES ET AGNÈS FRESCHEL


MUSIQUE 29

Musiques au cœur Les Carrières de Rognes, à l’occasion des Nuits Musicales Sainte Victoire, ouvrirent leurs portes pour résonner aux accents du lyrisme italien dans L’Elixir d’amour de Donizetti le 29 juin et vibrer aux envolées mélodiques de Tchaïkovski le 30 juin. Deux concerts d’exception avec l’Orchestre National de l’Opéra d’Ukraine-Lviv dirigé respectivement par Grigori Penteleïtchouck et Douttchak Mykhaylo. Le public venu en nombre écouter l’opéra de Donizzetti gardera longtemps en mémoire ce qui s’est passé cette soirée. Le sort voulut que cet ouvrage belcantiste, dont l’histoire repose sur un philtre magique qui s’avère être en fait un bon vin de Bordeaux, soit interrompu par les caprices du ciel qui versa quelques larmes juste avant l’air célèbre final «una furtiva lagrima» ! Le ténor Doménico Menini proposa au public de s’approcher de la scène avant de chanter a cappella le fameux air ! Moment unique d’émotion qui arracha quelques larmes aux gens regroupés autour de ce jeune ténor à la voix ambrée et boisée qui pendant tout l’ouvrage chercha l’amour en vain ! Quelques minutes de bonheur qui firent oublier cette fin en queue de poisson, pour ne plus conserver en mémoire que le superbe timbre d’Adina, Sonya Yoncheva, de Belcore, Alexandre Duhamel baryton à la voix chaleureuse et épaisse et des deux autres chanteurs J.-F. Vinciguerra et Yuree Jang. Ce n’est plus la pluie mais le mistral qui fût au rendez-vous le lendemain ! Mais, incontestablement, les plus belles bourrasques sortirent du

Vive l’inattendu ! On les retrouve au détour de salles prestigieuses, mais aussi dans des cadres champêtres, des cours de château : à Trets, le 17 juin, Télémaque joue un programme d’Inclassables, par l’union sur scène d’instruments qui ne se rencontrent pas, par la composition surprenante de leur programme, de Hersant à Haendel, de Charpy à Piazzolla… Légèreté de Récréation, de Pierre-Adrien Charpy, qui livrait aux spectateurs les clés de son œuvre et de son inspiration -on en profite, un compositeur vivant !avec l’alto (Benjamin Clasen), qui bourdonne comme une basse continue, le basson (Frédéric Baron) qui rêve repris par l’accordéon (Jean-Marc Fabiano), et le jeu des «tchack, tchouck…» qui détourne les musiciens de leur instrument. En réponse à cette drôlerie sérieuse, véritable écho d’enfance, un art des limites s’orchestre dans les Huit duos pour basson et alto de Philippe Hersant, où les instruments sont exploités jusque dans la matérialité de leurs cordes, de leur bois, souffle nu, grincements, puis les sons s’épanchent ronds et lyriques. Jeu des extrêmes encore, avec la sonate pour Alto solo de Ligeti, à la fragilité subtile. Théâtral et burlesque, Surexposition de Alain Mabit où le bassoniste qui s’empare du solo de hautbois du Sacre sans parvenir à le jouer ! Volupté du tango de Piazzolla interrogé en phrases suspendues par Charpy dans son énergique Capuccino. Délicieusement anachronique enfin, la Sonate en sol mineur de Haendel réorchestrée pour accordéon, alto et basson… avec un rendu baroque époustouflant ! L’été débute en grâce.

© Pixeo Media

violon de Vadim Tsibulevski déchaîné dans le Concerto pour violon en ré M. Les nombreuses difficultés techniques de ce concerto à la fois virevoltant et cyclothymique furent englouties avec une facilité déconcertante par ce virtuose ukrainien au son épais et à la musicalité exceptionnelle. L’orchestre, à l’image de son compatriote fût excellent dans les deux ouvertures Roméo et Juliette et Hamlet qui ouvraient ce programme. Deux soirées splendides contre les éléments où la musique, pour paraphraser une émission d’Eve Ruggieri qui présente chaque année les spectacles, alla droit au cœur, pour des tarifs tellement plus digestes que ceux du Festival d’Aix ! CHRISTOPHE FLOQUET

Les Nuits Musicales de Sainte Victoire ont eu lieu le du 23 au 30 juin à Peynier, Rognes, Mimet et Vauvenargues

Au dessus du silence j’écris ton nom…

Marie-Ange Todorovitch © X-D.R.

seur de partitions, inédites ou pas, mais longtemps entourées de barbelés. Pour le centenaire de la disparition du compositeur, les Kindertotenlieder de Mahler donnés dans les versions pour mezzo et baryton ont offert à un public submergé par l’émotion un grand moment d’intensité. La voix posée d’Abd Al Malik et les timbres de M.-A. Todorovitch et M. Haussmann suffisamment larges nourrissant l’obscurité de l’œuvre sous la baguette de Johan Farjot dirigeant l’Orchestre Philharmonique de Marseille. Changement d’atmosphère le lendemain avec la présence du fils de Glanzberg, compositeur entre autres de Piaf, injustement méconnu et caché par la comtesse Lily Pastré : ses Holocaust songs et lieder, comme les œuvres de son ami Weill, furent magistralement servis par la spécialiste du genre U. Gfrerer. La voix émouvante de la comédienne Anouk Grinberg et celle, plus légère, de la soprano Emilie Pictet complétèrent un tableau singulier sous la direction millimétrée d’Antoine Marguier. Pour que l’esprit vive…, comme si le nom de l’association fondée en 1932 par L. Pastré résonnait encore et encore, entre mer et calanques, comme un rempart aux barbaries. FRÉDÉRIC ISOLETTA

Jean-Marc Fabiano © Agnes Mellon

Cette Liberté qui hantait Paul Eluard en 1942 pourrait s’inscrire sur la façade éclairée du château Pastré ; ce lieu niché au cœur d’un écrin verdoyant fut l’antichambre de la résistance culturelle au nazisme. C’est naturellement dans ce lieu chargé d’humanité que la 6e édition du festival des Musiques Interdites s’est déroulée du 7 au 9 juillet sous la direction de Michel Pastore, ardent défen-

MARYVONNE COLOMBANI


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MUSIQUE

TOULON | LAMBESC | MARSEILLE

Plein les oreilles ! Fidèle à son habitude, le Festival de Toulon a repris ses quartiers d’été dans des lieux emblématiques du littoral varois : cette année encore, la programmation était de haute volée. Ainsi, en guise d’ouverture, Pieter Wispelwey et Paolo Giacometti se produisaient en duo dans le sublime écrin de la Tour Royale autour d’un programme romantique assez convenu (Schubert, Mendelssohn, Chopin), mais interprété avec une virtuosité qui laissait béat. La force des grands interprètes ne réside t’elle pas justement dans l’art de faire du neuf en nous faisant redécouvrir les chefs-d’œuvre ? Coups d’archet virils pour l’un, toucher félin pour l’autre, interprètes à la forte personnalité unis par une belle complicité, ils ont apporté un vent de fraîcheur bienvenu sur ce répertoire. Dans un esprit similaire, on pouvait également s’extasier sur le duo formé par Renaud Capuçon et Khatia Bunia-

Ensemble Constantinople © Jean-Marc Bouque

tishvili qui alliait lui aussi justesse, technicité, simplicité et musicalité : l’évidence en somme. Dommage que le vent qui s’était invité ait contraint les interprètes à remplacer Prokofiev par Beethoven. Un peu plus tard, sur les hauteurs de Six-Foursles-plages, la Collégiale Saint-Pierre fit vibrer la

musique avec des interprètes tout aussi prestigieux. À commencer par l’ensemble Florilegium de Londres sous la direction d’Ashley Solomon accompagnés pour l’occasion par la soprano Elin Manahan Thomas au timbre pur et lumineux. Très complices, ils ont su rendre grâce aux œuvres de Vivaldi et Telemann tout en laissant la part belle à la virtuosité des différents solistes ; l’ensemble était d’une remarquable cohésion. C’est avec un même souci du détail que se sont produits les musiciens de l’ensemble Constantinople accompagnés de Françoise Atlan, impériale au chant, et Enrique Solinis totalement habité à la guitare baroque. Aux confins de la musique improvisée, flirtant parfois avec la liberté du jazz, une belle invitation au voyage dans un répertoire baroque mexicain injustement. ÉMILIEN MOREAU

Pour son 8e rendez-vous, Caressez le Potager a rassemblé familles des bords de l’Huveaune et visiteurs du centre-ville autour de propositions artistiques et ludiques. L’atelier de photographie (sans appareil photo !) de Sylvie Frémiot a attiré petits et grands en proposant la réalisation de cyanotypes, empreintes monochromes d’objets divers grâce à l’action du soleil qui «bronze» le papier, auparavant enduit de produits chimiques. Magique ! La plasticienne Béatrice Bonhomme composait un potager imaginaire à base de ficelles, boutons et autres objets. Puis deux films égyptiens avec la collaboration d’AFLAM, celle de l’AFM13 (familles musulmanes), et la pépinière d’images avec le très remarqué La Saint Festin, film

d’animation d’Anne Daffis et Léo Marchand. Un des moments forts : le spectacle sensible d’Amélie Duval, qui a dirigé la superbe danseuse orientale Sonia Nemer, dédié aux petites filles qui dansent devant les miroirs et aux femmes qui rêvent de célébrité en passant le balai ! Sonia Nemer est une interprète exception-nelle de danses traditionnelles égyptiennes, telle celle des «ailes d’Isis», mais encore comédienne au visage expressionniste... Le tout sur le bel écrin d’arrangements vidéo d’Antoine Aubin. CHRIS BOURGUE

Caressez le Potager a eu lieu dans le Parc de la Mirabelle, Marseille 11e, du 7 au 9 juillet

Sonia Nemer © Dan Warzy

L’Orient en gloire

Cordes sensibles Maria Esther Guzman © X-D.R

Une 21e édition renouvelée ! Le Festival de guitare de Lambesc découvre de nouveaux talents, et entraîne sous ses doigts habiles le public mélomane de l’Inde à l’Espagne, de l’Asie centrale aux Balkans, du monde Arabe à l’Italie ou à l’Amérique latine. Un choix éclectique d’une belle qualité, sous la direction artistique de Jorge Cardoso. On pouvait ainsi entendre le 5 juillet, dans le cadre délicieux du Château Pontet Bagatelle, au moment où les cigales s’assoupissent, le travail précis et sensible d’Eugenio Becherucci dans un répertoire qui mêle les hommages à Federico Garcia Lorca aux chansons populaires, traditionnelles, qui devinrent des chants de résistance. Le Chant des Partisans est magnifiquement remanié sous la forme d’un poème

symphonique. Subtiles, les compositions personnelles de l’artiste s’arpègent, complexes et raffinées. Une chanson populaire de Catalogne en bis laisse une note vive et enjouée. À ce jeu tout en délicatesse répond la belle interprétation de classiques de la guitare, Weiss, Albeniz, Granados, par Maria Esther Guzman. Jeu précis, délié, musicalité, profondeur du son, joli phrasé, qui sait apporter au texte musical sa respiration. Episode papillonesque suicidaire sur la musique du bis, de Scott Joplin, The entertainer… Privilège d’écouter de tels concerts, qui semblent les seuls à défendre un art qui n’a pas cours sur les ondes populaires, malgré ses très accessibles beautés ! MARYVONNE COLOMBANI


AIX | LE THOLONET | FORCALQUIER MUSIQUE 31

L’étoffe et les grands Le festival Autour des claviers offre chaque année de superbes découvertes. Les grands noms de demain se dessinent lors de ces manifestations éprises de qualité, même lorsqu’elles gardent des proportions intimes. L’église du Tholonet accueillait ainsi le jeune et talentueux Julien Brocal, (formé au CNR de Marseille) dans un programme de piano romantique. Jeu délié, efficace, sans superfétatoire, avec un bel empâtement dans le mouvement lent de la sonate en ré majeur de Haydn, une verve enjouée dans l’allegro de la sonate en la majeur de Schubert, phrasé brillant… L’Andante Spianato et la Grande Polonaise de Chopin semblaient taillés sur mesure avec leurs jaillissements, leurs éclats colorés, la finesse des traits. Bonheur encore dans l’interprétation du Carnaval de Schumann, où les personnages contrastés, burlesques ou délicats s’animent avec fougue. Aux ovations méritées du public, répondaient en bis la 10e étude transcendantale de Liszt et une délicate composition de l’artiste, Souvenir, où les notes laissaient transparaître sous leur légèreté une gravité sensible. Une semaine plus tard Clara Kastler et Hubert Woringer, le duo KW, enchantaient le public malgré l’acoustique un peu sèche de la salle Pezet de Palette, avec, entre autres, la virtuose sonate de Liszt transcrite par Saint Saëns. Délicatesse et précision du jeu, complicité des nuances, riches envolées, tout se conjuguait pour une rencontre d’exception, avec en bis le désormais rituel troisième mouve-

Julien Brocal © Patrice Moracchini

ment de la Symphonie n° 3 de Brahms. Un festival qui s’achève sur un lyrisme à la fois précieux et emporté, répondant aux belles exigences d’un romantisme toujours vivant et renouvelé. Inaccessible le bonheur ? Une magistrale démonstration du contraire ! MARYVONNE COLOMBANI

Un pont entre deux rives Rapprocher et proposer dans un même concert des œuvres polyphoniques vocales du Moyen Âge et du XXe siècle pourrait paraître incongru. Lucien Bass, à la tête de son ensemble vocal de chambre, réussit pourtant avec habileté cette confrontation, jouxtant par exemple les Trois chansons sur des textes de Charles d’Orléans de Debussy et des Rondeaux de Adam de la Halle pour montrer la filiation entre des compositeurs que six siècles séparent. Intéressant également d’apprécier les éclairages harmoniques onctueux d’un Poulenc et d’un Ravel au regard de la douce âpreté mâtinée de quartes et de quintes

Bach en mineur

Pour célébrer ses trente années de titulaire des orgues de la cathédrale de Forcalquier, Jean-Jacques Tournebise-Cerruti proposait un concert d’exception consacré à Bach. Tout d’abord une œuvre de jeunesse, simple et populaire, la célébrissime Toccata et fugue en ré mineur que l’on a longtemps crue apocryphe tant l’influence de son maître Buxtehude s’y ressent. Le Concerto en la mineur d’après Vivaldi, résultant de la transcription du concerto pour 2 violons concertants et un orchestre, est une véritable performance car la dynamique et la générosité du style italien y sont restituées, et conserver l’épaisseur harmonique requiert une extrême dextérité… des pieds ! Le choral O mensch, bewein dein Sünde gross (O homme, pleure sur tes doux

d’un Dufay. Les dix chanteurs, en osmose, rendirent une interprétation pleine de sensibilité, s’illustrant plus particulièrement dans des Strophes sur le Veni Creator du trop méconnu Pierre Villette et sur deux œuvres de Darius Milhaud. Un programme intelligemment construit et intégré au Festival de Musiques Patrimoniales dirigé par Guy Laurent. CHRISTOPHE FLOQUET

Concert donné le 3 juillet à la Chapelle du Sacré-Cœur à Aix

péchés) est l’œuvre d’un compositeur plus grave, inscrit dans sa foi : l’interprétation traduisit magnifiquement la forte charge émotive de la pièce. Mais c’est surtout la Passacaille et Thème fugué en ut mineur, véritable cathédrale musicale, chefd’œuvre dans lequel Bach joue avec la symbolique des nombres, combinant les aspects théologiques et ésotériques du mystère de la Trinité, qui permit à l’organiste de révéler les multiples facettes de son art virtuose. JEAN-MATHIEU COLOMBANI

Ce concert a été donné le19 juin en la co-cathédrale de Forcalquier

Concerts donnés les 12 et 19 juin


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MUSIQUE

JAZZ | ACTUELLES

Woodst’Oc

Le Choeur de La Roquette © Gaelle Cloarec

Une assemblade ? Vous pouvez chercher dans un dictionnaire franco-provençal sans trouver trace de ce mot. Mais

le néologisme dit bien ce qu’il veut dire : une assemblée, avec un petit côté folklorique approprié à la situa-

tion. La Région a fait du beau boulot, les pelouses du Palais Longchamp ont accueilli deux jours de musique et de culture occitane, il y en a eu pour tous les goûts et on peut parler de succès. Populaire, et musical. La programmation est variée, les artistes généreux, la Régie Culturelle apportant une qualité sonore indéniable à ce un cadre privilégié. Et puis des journées qui démarrent en douceur à 18h, permettant aux familles de s’installer, aux enfants de s’ébattre en trouvant spontanément le rythme sautillant des danses d’antan... À l’heure de l’apéro, «c’est bon de se retrouver là... ou de se trouver, va savoir» comme le dit Guylaine Renaud, tro-

baïritz (femme troubadour, en occitan). Le soir venu, la foule devient plus dense, la musique se fait festive, se succèdent sur scène des groupes plus chaleureux les uns que les autres... Un vrai bon moment ! Mention spéciale à Fora Bandit, la nouvelle formation de Sam Karpienia, pour les frissons offerts par son acolyte chanteur, Ulas Özdemir, et le percussionniste du feu de dieu, Bijan Chemirani. GAËLLE CLOAREC

L’Assemblade, musique d’Oc en Provence, s’est tenue les 25 et 26 juin au Palais Longchamp, Marseille 5e

Une fête penta...tonic ! L’équipe de Vitrolles a magnifiquement œuvré, une fois encore, pour organiser ce 14e Charlie Jazz Festival. La fête démarre en fanfare avec l’ensemble Haïdouti Orkestar aux accents balkaniques très ouverts qui déambule dans l’espace verdoyant où Nuria Rovila Salat, la danseuse tzigane, affriole de ses charmes vibrants. Le groupe Méandres, en sextet, avec pour guest musicien le trompettiste belge Bart Maris, a proposé une musique à la fois très innovante dans ses sonorités et ses compositions et très en phase avec son temps. Puis une grande pointure du jazz de 73 printemps entre en scène, le saxophoniste Charles Lloyd, accompagné d’un pianiste singulier, Jason Moran, au style dépouillé et à la présence redoutable… La seconde soirée s’ouvre avec le quartet Rétroviseur au jazz tout en énergie. Le vent est tombé et fait place au trio tant attendu : Joachim

Kühn-Majid Bekkas-Ramon Lopez. Chalaba, titre de leur dernier CD, est offert in vivo. Moment magique où se côtoient des instruments peu communs sur les scènes occidentales : le guembri, apporté par les esclaves de Guinée, et le oud, avec le piano et le saxophone alto. Puis l’apothéose avec Majid Bekkas, guide d’une musique de transe imprégnée des cultures sub-sahariennes et de tradition Gnawa. Le maître de cérémonie a réuni Louis Sclavis, Minino Garay et le souriant Aly Keita au balafon qui, par son talent d’improvisateur, a littéralement mis le public sous le charme. Deux musiciens vêtus d’un costume flamboyant accompagnaient cette musique de castagnettes en métal (qraqeb) et de leur voix. Troisième et dernier jour, déjà… Sidony Box en trio, lauréat 2011 de Jazz Migration puis la fanfare Banda du Dock. Le duo italien Musica Nuda

Joachim Khün et Majid Bekkas © Simon Lück

a su apporter une note d’humour avant de laisser la scène à l’Orchestre National de Jazz dirigé par Daniel Yvinec qui joue leur création Shut up and dance. Des mini-concertos à l’écriture très élaborée de John Hollenbeck sont donnés dans une énergie

rythmique hypnotisante ; le batteur Yoann Serra y a été pour beaucoup. DAN WARZY

Le concert du trio Bekkas a été retransmis en direct sur France Musique

Vives musiques La soirée d’ouverture du festival De vives voix invitait le 4 juillet au voyage dans les cultures populaires et la latinité Rassegna © X-D.R.

La chose est entendue : depuis sa création, le festival marseillais réserve une place de choix à la Compagnie Rassegna. Pour cette 8e édition, l’ensemble a présenté sa dernière création, Buena Sombra. Chanteurs et musiciens se sont approprié quelques perles du patrimoine méditerranéen des années 50 et 60. Des chansons populaires qui confirment, grâce aux orchestrations de Bruno Allary, leur saisissante beauté. Le travail de recherche, de réécriture, fait le pari de la modernité sans dénaturer les influences d’origine : chants hispaniques, napolitains, siciliens, corses, turcs, Buena Sombra se déroule comme un spectacle de cabaret qui évite de tomber dans la nostalgie. En ouverture de la soirée, le quatuor polyphonique

Enco de botte a chanté l’amour en Méditerranée, fidèles à leurs affinités corses et occitanes. On reconnaît la touche de Manu Théron, leader du Cor de la Plana, qui les a formés, et avec lequel Enco de botte partage la pratique du collectage dans le répertoire méditerranéen. La Méditerranée est certes loin de l’Argentine de Las Hermanas Caronni. Mais la douceur des voix de ces jumelles semblent pourtant très familières quand, l’une au violoncelle, l’autre à la clarinette, relatent de manière intimiste le quotidien sur les rives du fleuve Paranà, les milonga de Buenos-Aires ou Paris, qu’ils soient issus de leurs souvenirs ou de leur imagination. THOMAS DALICANTE


MUSIQUE 33

Mimi ange gardien Militants de la diversité culturelle : à vos marques, Mimi veille sur vous La 26e édition du festival insulaire a rassemblé sans compter autour d’une pluralité disciplinaire, loin du consensualisme de chapelles qui hante une palanquée de manifestations musicales. Cette disparité militante n’a aucunement besoin de décors : le site naturel du Frioul où se dressent les vestiges de l’hôpital Caroline, superbement éclairés la nuit tombée, offrent pourtant le premier spectacle, comme un cadeau de plus… La Nuit rouge et noire a offert sur un plateau un métissage saisissant autour du violoncelliste compositeur Jean-Paul Dessy. Le Sarangy Strings Sound System offre de superbes montées psychédéliques : la Belgique, l’Allemagne mais surtout l’Inde avec Dhruba Ghosh au sarangi pour un son unique où l’ensemble à cordes installe autour du viéliste une atmosphère contempla-

tive et suspendue se déplaçant sur les hauteurs de manière massique et épaisse. Après cette ambiance onirique mais bridée, sans doute par l’effectif de cordes trop conséquent, place au beat system revival de Chris & Cosey. Très sonore, après la contemplation ! Si les autochtones ont trouvé le sommeil, c’est sans doute après le passage du duo, hypnotique et répétitif !

Chou rave party Le céleri, ça vous branche ? The Vegetable Orchestra était l’invité de la Nuit des belles plantes. Curiosité comme savent en réserver les programmateurs, les Autrichiens du Vegetable Orchestra ont offert un formidable show écolo-techno. Froissement de pelures d’oignon, frottement d’ail, percussions de cucurbitacées, éboulement de pommes de terre, dépeçage de choux verts, scratch de haricot vert… le menu de ce potager philharmonique aurait converti les plus carnivores des mélomanes.

Festival Mimi © Agnès Mellon

Point de flutes, trompettes, clarinettes, xylophones, contrebasse ou maracas, mais des légumes percés, assemblés, vidés, ciselés avec la précision d’un luthier. Hommage au rock trash allemand des années 70, clins d’œil à l’électro, ode à la pluie, le public vite conquis du Frioul en a pris plein les feuilles. La première partie de soirée proposait, en première mondiale, le projet

Single Room, fruit de la résidence de création des Marseillaises Emilie Lesbros (chant, basse acoustique) et Rafaëlle Rinaudo (harpe) et de leur invitée Julia Kent, violoncelliste du groupe Anthony and the Johnsons. Une musique transcendée par les envolées vocales d’Emilie Lesbros. FRED ISOLETTA ET THOMAS DALICANTE

Le Sergent perd du galon reprise de titres comme Amor pa’mi, Llevale mi canto, Medecine man ou encore Acabar mal. Mais le latino-parigot n’a pas retrouvé les ingrédients qui ont rendu culte l’album Un poquito quema’o. Son dernier opus, le cinquième, Una y otra vez, à travers les titres présentés en cette soirée de Fête de la musique, met la pédale douce sur le métissage des rythmes pour se concentrer sur les musiques actuelles colombiennes, de la cumbia à l’électro, en passant par le boléro et les percussions afrocaribéennes. Sur scène, El sargento a perdu de sa superbe, esquissant encore quelques pas de salsa. Mais la

Le festival Nuit Métis accueillait en clôture l’inventeur de la salsamuffin C’était à la fin du siècle dernier. Après plusieurs années consacrées au punk rock avec Ludwig Von 88, Bruno Garcia se mit au pli de la vague latino. Emboitant le pas à un autre leader de la scène alternative, l’ex Mano Negra Manu Chao, le dénommé Sergent Garcia fut proclamé «inventeur de la salsamuffin». Un cocktail à base de rumba, reggae, salsa, dancehall, raggamuffin qui a donné son wagon de tubes. Une recette à succès largement exploitée devant le public de Miramas, avec la

Tendresse et dérision Il se dégage une forme de douceur apaisée dans la musique de Métigane. Sa voix est située entre le dit et le chant dans une expression langoureuse et Metigane © Dan Warzy

chaude. À l’initiative du projet musical, Lionel Malka est aux claviers et arrange, coordonne la bande de musiciens. Pierre Mullot apporte toutes les couleurs de l’accordéon aux lignes mélodiques des chansons, tout comme la voix de Julia Benchettrit. Flavien Porcu à la batterie et Emmanuel Luciani à la basse forment la section rythmique. Tout au long du spectacle, un monde se met à vivre ! Un brin décalés ou parfois graves, les textes sont des moments pêchés au hasard de la vie. Les arrangements musicaux sont attachants, et même si le sens des textes n’est pas toujours sensible à l’écoute, il devient plus clair in situ. Un beau moment d’émotion. DAN WARZY

Ce concert a eu lieu le 30 juin à L’Espace Julien, Marseille

tournée, débutée en mars, est partie pour durer deux ans. De quoi lui laisser le temps de retrouver un son et une énergie... THOMAS DALICANTE

Sergent Garcia a chanté le 21 juin lors du Festival Nuits Métis à Miramas


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DISQUES

Is this the ?

Grattant indifféremment sur son banjo, sa guitare, soufflant dans sa trompette ou impulsant une rythmique aux percussions, Kate Stables alias This is the Kit ne se contente pas de chanter. Sa voix suave et légère porte pourtant à merveille l’univers onirique créé dans l’album Wriggle out the restless, très attendu deuxième opus de celle qui ne cesse d’attirer les regards bienveillants, que ce soit avec ses passages sur les petites scènes ou au festival de Glastonbury. L’univers folk nourri de pop planante est soutenu entre autres par une basse, un orgue, un violon, une clarinette et même

un piano. Cet effectif pléthorique mais utilisé avec parcimonie et subtilité dénote les multiples influences «amies» de la musicienne, comme l’apport de Jim Barr des Portishead. La reconnaissance n’est certainement plus très loin ! F.I.

Wriggle out the restless This is the Kit Dreamboat records – La Baleine

Bienvenue en Syldavie Avec des compositions originales complètement déjantées et furieusement rythmées, Les voleurs de swing ont mijoté un cocktail explosif baptisé Hôtel Molotov. Ce nouvel album plein d’humour atteint de tziganite aigüe est un petit bijou qui donne la bougeotte à qui s’y frotte. Nos trois musiciens syldaves seraient pensionnaires d’un mini état qui prend facilement l’accent des pays de l’est, et le virus musical tzigane. Multi-instrumentistes allumés, les voici touchant violon, guitare, contrebasse et chants mais aussi clarinette, flûte, piano et batterie. Sous une rythmique endiablée qui triture les pompes tradition-

nelles, la virtuosité violonistique assure un sacré effet festif et entrainant. Parfois proche de la Bregovic attitude, les 18 titres alternent entre instru-mentaux survoltés et chansons aux textes décalés à l’énergie punk surprenante. Complètement à l’est cette Syldavie ! F.I.

Hôtel Molotov Les voleurs de swing Mosaïc Music Distribution

Bach solaire Nicholas Angelich est aujourd’hui l’un des plus grands interprètes du piano romantique de Brahms. Il révèle dans ce répertoire des palettes sonores rares, radieuses… Autant de qualités que l’on retrouve dans un monument de la musique baroque pour clavier : les Variations Goldberg, pinacle de la forme «thème avec variations» composé à l’origine pour un clavecin. Le piano d’Angelich en souligne les richesses formelles, harmoniques, son foisonnement rythmique, en vertu d’une expression raffinée et d’un sens éminent du

De l’ouest à l’est

Venu de l’ouest de la France, Angers précisément, le Santa Macairo Orkestar est un drôle d’oiseau qui touche à tout à l’est de l’Europe : Klezmer et Balkans et tout autre folklore tzigane… Le SMO picore également aux sources orientales, New-Orleans et même Caraïbes ! Cette joyeuse bande ethno-alternative est une affaire de famille, précisément celle de six frères d’âme et de musique : les Godillo. Une fratrie atypique qui partage tout ce qui fait swinger : banjo, clarinette, mélodica, trombone, tuba, trompette, piano, violon, accordéon, flûte, basse, contrebasse et bien sûr la voix qui explore un melting-pot coloré

Rock’n roll Aix

Composé de cinq musiciens et un vidéaste, Fantasticus est un tout jeune groupe basé à Aix-en-Provence. Leur premier EP 4 titres vaut largement qu’on s’intéresse de près à ces nouveaux venus dans le rock expérimental. Cette bande de musiciens improvisateurs à l’énergie décuplée a su sculpter un bon «gros son» animal et cru. Dans la langue de Shakespeare ou de Baudelaire, ces premiers pas enregistrés laissent imaginer une prestation scénique agitée et exigeante.

contrepoint. Virtuose puissant, le pianiste cisèle les motifs thématiques, au gré de fines nuances, les libère de la texture avec une hauteur de vue d’architecte. J.F.

CD Virgin Classics 50999 0706642 9 Nicholas Angelich, outre une «Nuit du Piano» consacrée aux Années de Pèlerinages de Liszt joue les Variations Goldberg dans le cadre du Festival de La Roque d’Anthéron (voir p.10)

(français, anglais, créole, turc, allemand et même langues inventées…), sans parler des «invités» issus de Lo’Jo, Mardi Gras Brass Band, Ma Valise et le soubassophone du Révérend Krug. Festif et bien agité, ce quatrième album brasse les cultures musicales avec une énergie sans bornes. FRÉDÉRIC ISOLETTA

Magnetiko Santa Macairo Orkestar Musique Caméléon

Aux tendances psychédéliques (Assis en face de Toi) ou à la puissance rock’n roll sauvage (Not Afraid), les Fantasticus, alias petites grenouilles venimeuses d’Amérique du Sud, montrent un visage sans chichi ni artifice dans une formation classique aux bases plus que solides. F.I.

Fantasticus / Les disques Brûlants


Journées européennes du patrimoine, les 17 et 18 septembre 2011

«Le voyage du patrimoine» «À l’occasion de la 28e édition des Journées européennes du patrimoine, le thème choisi «Le voyage du patrimoine» a pour objectif de révéler une dimension souvent mésestimée : l’extraordinaire vitalité d’un patrimoine national qui s’est toujours constitué grâce aux circulations des oeuvres et des artistes, aux contacts entre des courants et des cultures esthétiques différentes, aux influences qui ont permis de faire se croiser les regards et d’inventer de nouvelles formes. Reflet de mutations, de métissages et d’emprunts successifs, support de création, le patrimoine a toujours été «en mouvement». Parler du voyage du patrimoine, c’est aussi faire état de sa modernité en (dé)montrant qu’il est en perpétuelle actualisation, dans un mouvement continu d’ouverture et d’échange. Le Voyage du patrimoine nous invite à un périple dans le temps comme dans l’espace. Le patrimoine, nourri d’influences diverses à échelle européenne ou mondiale, évolue dans le temps. Il est le fruit d’une composition mêlant les influences de l’architecte, des courants artistiques et des techniques de l’époque, des savoir-faire issus des régions voisines ou des pays frontaliers. Les créateurs (architectes, artistes, artisans, conservateurs, etc.) sont souvent eux-mêmes de grands voyageurs Léonard de Vinci, Prosper Mérimée, etc.). Ce voyage est aussi celui de l’histoire des régions françaises, qui ont chacune développé des savoir-faire propres, des expressions originales selon les lieux (choix des matériaux, traditions architecturales, contextes religieux ou politiques, etc.). Il évoque aussi la circulation de principes architecturaux « officiels » qui, entre enjeux politiques, nécessités pratiques et effets de mode, ont trouvé leur place dans chaque ville française et ont diffusé une certaine image du pouvoir. Il fait appel aussi aux voies, réseaux et carrefours culturels majeurs qui ont favorisé la mobilité des hommes et des courants artistiques.

ou les signes d’un dialogue permanent au sein et au-delà des frontières françaises. À cette occasion, l’intérêt et la cohérence du patrimoine européen est réaffirmé et valorisé, à travers notamment le «Label du patrimoine européen». Les musées tiennent une place essentielle dans le voyage du patrimoine puisqu’ils représentent des étapes ou des destinations finales dans le cadre d’échanges ou de prêt d’oeuvres. Leur connaissance et leur valorisation sont de nos jours entièrement renouvelées par la révolution informatique et numérique (outils multimédia, bases de données) qui a permis la multiplication et la massification des échanges sur le patrimoine. Et, grâce à ces nouvelles technologies, nous pouvons voyager aussi bien dans le passé que dans le futur.

13. Aix-en-Provence – Cité du Livre Ancienne manufacture d’allumettes, transformée en complexe culturel en 1989. Conférence «L’imprimerie à la Renaissance : l’invention du livre moderne», atelier «Des livres de caractères : trésors de l’Imprimerie nationale, de François 1er à Butor», exposition «L’Imprimerie Nationale, histoire de caractères», Visite «L’Imprimerie Nationale, histoire de caractères».

Aix-en-Provence – Cathédrale SaintSauveur Classé MH. Ouverture exceptionnelle Concert d’orgue, visite guidée de La Cène par Jean Daret ami de Pierre Pavillon, des restaurations récentes de la Cathédrale et du Retable du Buisson Ardent.

Comme l’an passé plus de 400 sites de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur sont ouverts au public lors de ces journées. Ces lieux variés et divers sont pour certains ouverts exceptionnellement ou pour la première fois, d’autres sont de hauts lieux incontournables ou parfois des sites plus insolites à découvrir. Ils offrent de nombreuses animations sur le thème du voyage du patrimoine : visites libres ou guidées, circuits et balades, démonstrations de savoir-faire, conférences, lectures, expositions, spectacles divers, concerts, jeux/concours pour les enfants, nocturnes, etc. Les Journées européennes du patrimoine sont organisées depuis 1983 par le ministère de la Culture et de la Communication et coordonnés en Région par la Direction régionale des affaires culturelles ProvenceAlpes-Côte d’Azur, avec le concours de nombreux partenaires et mécènes.

Renseignements : www.paca.culture.gouv.fr Le programme est consultable à partir du 15 août 2011 sur www.paca.culture.gouv.fr et journeesdupatrimoine.culture.fr.

© Jean Bernard.

Aix-en-Provence – Hôtel Maynier d’Oppède Célèbre hôtel particulier du XVIIIe s. Conférences : «De Pierre Pavillon à nos jours», «Le quartier Mazarin d’Aixen-Provence», «Sextius-Mirabeau à travers les âges», «les ordres classiques dans l’architecture à Aix et en France XVIe-XVIIe s.», «Louis-Félix Chabaud, sculpteur Venellois. Emission exceptionnelle d’une vignette postale, exposition sur Pierre Pavillon, architectes et sculpteurs aixois.

La Ciotat – Cinéma l’Eden CONTACTS :

L’un des objectifs de cette édition 2011 des Journées européennes du patrimoine est aussi d’apprendre à regarder autrement notre patrimoine quotidien pour y déceler et y comprendre les influences de l’«ailleurs»

Notre sélection :

HÉLÈNE BARGE, COORDONNATRICE RÉGIONALE helene.barge@culture.gouv.fr – TÉL. 04 42 16 19 62. ANNE DUFOURG, CHARGÉE DE COMMUNICATION Anne.dufourg@culture.gouv.fr – TÉL 04 42 16 19 16.

Renaissance de l’Eden à l’occasion de la rénovation du plus vieux Cinéma, présentation du projet et préfiguration d’un programme d’animations. Inscrit MH. Conférence «Autour du cinéma à La Ciotat», visite libre, exposition sur les Frères Lumière, présentation du projet de rénovation de l’Eden.


Marseille 1er - Palais de la Bourse/ Chambre de Commerce et d’Industrie

Marseille 14e - La savonnerie le Fer à Cheval

Nice - Villa Arson, Ecole/centre national d’art contemporain

Cette usine perpétue la tradition du véritable Savon de Marseille depuis plus de 155 ans. Ouverture exceptionnelle. Visite des coulisses du Vrai savon de Marseille.

Classé MH, patrimoine historique et architectural du XXe s. Visites guidées, découverte de la médiathèque et des collections patrimoniales, expositions du Centre national d’art contemporain et de l’Ecole nationale supérieure d’art, projection «La Villa Arson en 3d» maquette interactive, une expérience de cinéma à la Villa Arson.

Marseille 16e - L’Estaque «le chemin de la sardine» © Drac, Sylvie Denante.

Lieu emblématique du patrimoine économique, musée de la Marine et de l’Economie de Marseille. Classé MH. Dans le cadre de l’année des Outre Mers : conférence «Cacaos des Caraïbes et Chocolats à Marseille au XVIIIe s.», exposition sur Marseille et le développement économique des «Iles françaises de l’Amérique».

Cette balade permet d’évoquer l’évolution d’une activité artisanale liée à la pêche, de mettre en lumière la naissance d’une peinture novatrice qui donnera à ce site une renommée internationale. La gare, avec des éléments architecturaux du XIXe s. et «Art Déco», a vu transiter des milliers de tonnes de matériaux, des milliers d’ouvriers et de nombreuses célébrités. Circuit «le chemin de la sardine» et exposition.

Nice - Parc et château Valrose

Martigues – Musée Ziem

Marseille 3e - Site universitaire Saint-Charles Patrimoine XXe, Première participation, ouverture exceptionnelle pour le centenaire de la faculté des Sciences. Exposition «Objets et Histoires de sciences», visite « La fac dans tous ses étages !».

© Drac, Jean Marx.

© F. Ziem, le coup de canon - Musée ziem

Important fonds de l’artiste Félix Ziem (1824-1911). Visite guidée, conférence «les voyages de Félix Ziem», conférence « Emprunts et prêts d’œuvres, comment voyage le patrimoine ».

© Fac St-Charles, Université de Provence.

Marseille 2/3e - Patrimoine intégré des 2e-3e arrondissements de Marseille A la découverte de divers monuments et sites connus ou méconnus. Première participation. Circuits : balade patrimoniale : les dessous de Mazenod, balade rue de la République, balade surprise dans le 2e arrt de Marseille, spectacle de rue, projection et visite guidée au Parvis des arts, à la Friche et dans le quartier de la Belle de Mai.

Marseille 8e - GMEM, Centre national de création musicale

06. Cannes – Musée de La Castre

84. Bonnieux – Musée de la boulangerie

Situé sur les hauteurs du vieux Cannes, le château médiéval domine la Croisette, la baie et les îles de Lérins. Il date de la fin du XIe siècle et a été construit pour assurer la défense de la ville. Classé MH. Un voyage à travers les collections du musée. Visites guidée « Du Tibet à Tahiti, voyager au Musée de la Castre », « La peinture comme une carte postale, invitation au voyage », Le Suquet, un voyage au coeur du Patrimoine cannois ».

Il retrace l’histoire des différentes technologies du blé, de la meunerie, minoterie et panification à travers la présentation d’outils et de matériel tant agricole qu’artisanal. Une très riche iconographie, du XVIIe s. à nos jours. Visite, atelier « Tour du monde des céréales », conférence « Couscous, boulgour et polenta, les céréales à travers le monde ».

Mouans-Sartoux Musée International de la Parfumerie

Fontaine-de-Vaucluse – Musée/bibliothèque François Pétrarque

Ville d’art et d’histoire, classée MH. Histoire du parfum sous tous ses aspects (matières premières, fabrication, industrie, innovation, négoce, design, marketing) avec de fabuleux objets venus des cinq continents. Visite guidée «Le patrimoine en voyage», conférence «Un jour, une plante : l’immortelle et le ciste».

Ce lieu consacré à Pétrarque, à l’humanisme renaissant et à l’italianité, propose, depuis sa réouverture en 1986, des activités artistiques et culturelles relatives à la Fontaine-de-Vaucluse et à son territoire littéraire dans la continuité du lieu inspiré et d’une tradition créatrice qu’illustrent, à cinq siècles d’écart, les deux grandes figures poétiques : François Pétrarque et René Char. Visite du lieu, atelier «Voyage au centre de soi-même… ».

© Cistes. MIP Mouans Sartoux.

© Musée Pétrarque.

Lieu de création et d’écriture des langages musicaux. Ouverture exceptionnelle. Visite libre, atelier «Performances musicales».

© GMEM, Mathieu Chamagne.

L‘une des plus belles propriétés de la Riviera créée en 1860. Visite guidée, portes ouvertes, atelier (à la découverte des techniques d’arts), circuit Art et mécénat, débat sur le mécénat d’art, exposition d’artistes niçois et provençaux, spectacles (les arts de la rue à côté des arts traditionnels, les spectacles vivants), projection sur les nouvelles technologies au service des arts et du patrimoine.


Grillon – Le Vialle

04. Embrun – Maison des Chanonges

Crots – Abbaye de Boscodon

La Maison des Chanonges est un élément phare du patrimoine embrunais et un rare spécimen d’architecture civile médiévale encore conservé. Visite, expositions «Compostelle, pèlerins d’hier et d’aujourd’hui» et «Eclats de lumière, les vitraux de la cathédrale ND d’Embrun», atelier «Démonstration du travail de vitraillerie», récital d’orgue.

La plus grande abbaye de la région et la principale maison de l’Ordre monastique de Chalais (XIIe s.). Classé MH. Conférences « l’ordre de Chalais » et « Vers Saint-Jacques de Compostelle par 4 chemins », balade sur les sentiers de la transhumance, spectacle théâtre «Etty Hillesun : l’espace intime du monde».

L’Argentière-la-Bessée Musée des mines d’argent du Fournel

© Drac, Françoise Thurel.

Centre historique du village de Grillon restauré, inscrit MH. Visite exceptionnelle des fresques papales de l’immeuble Chapuis-Tourville, exposition «l’eau, source d’énergie en Vaucluse au XIXe s., jeux de pistes pour enfants «Voyage dans notre patrimoine».

La Tour d’Aigues - Musée des Faïences

Musée départemental ethnologique, installé au sein d’un ancien prieuré du XIIe s., chargé de recueillir, étudier, conserver et présenter les usages, savoir faire, témoignages de la société et des hommes en Haute-Provence. Jardin remarquable, classé MH. Visite guidée, conférences, rencontres, ateliers d’art ambulants «D’un arbre à l’autre», exposition de photographies.

Sisteron - Musée Terre et Temps Situé dans l’ancienne chapelle du couvent des Visitandines, XVIIe s., ayant abrité le suaire de Saint-François de Sales. Conférence «La Naissance de l’écriture et l’invention de l’Alphabet», exposition «La Naissance des Alphabets sur les rives de la Méditerranée».

Sisteron – La Citadelle

© Mairie, L’Argentière-la-Bessée

Mane – Salagon, musée et jardins

Demeure seigneuriale avec parc du XVIIIe s. réhabilitée. Inscrit MH. Visites guidées : les fresques XVIIe s. nouvellement restaurées de la Chapelle Saint-Roch, la découverte du patrimoine industriel de la commune, histoire et fouilles médiévales, de la vie paysanne à l’industrie de l’aluminium, présentation des archives municipales et du fonds Gilbert Planche et Brunet. Visites des mines d’argent, du patrimoine religieux et du patrimoine industriel.

© Drac, Martine Audibert.

83. Brignoles – Palais des Comtes de Provence

Situé dans le château de La Tour d’Aigues qui fut un centre de production de faïences grâce à Jean-Baptiste Jérôme Bruny (1724-1795). Visite guidée du château et des jardins, atelier de poterie pour enfants, concert/lectures « le voyage au XVIIIe s. », conférence « Des Faïences, des pavements et des images : les voyages du patrimoine au château »,

Valréas - Musée du Cartonnage et de l’Imprimerie Unique en France, il retrace l’histoire des modes de fabrication et d’impression de la boîte en carton à Valréas, capitale historique du cartonnage français, des origines (milieu du XIXe siècle) à nos jours. Visites, concert, exposition «Impressions de carton 1991-2011», présentation de lampes en carton.

© Ville de Sisteron.

Henri IV disait d’elle «C’est la plus puissante forteresse de mon royaume». Classé MH. Un parcours sonorisé en six langues conte sa prestigieuse histoire. Un film «Citadelle ! Navire des hommes…» avec la voix de JeanClaude Brialy, la met en scène. Un musée la fait vivre, dont une salle évoque le passage de Napoléon au retour de l’île d’Elbe. Le donjon garde encore le cachot qu’occupa le prince Jean Casimir de Pologne en 1639. Une exposition de voitures hippomobiles agrémente la visite. La chapelle Notre-Dame du Château (XVe s.) se pare des vitraux du maître-verrier Claude Courageux et accueille l’exposition «Vauban et ses prédécesseurs». Exposition de peintures et sculptures de l’artiste mexicaine Agueda Lozano (juillet-sept 2011). La table d’orientation offre un point de vue saisissant.

05. Champoléon – Maison du berger

© Musée du Cartonnage.

Le Centre d’interprétation et de recherche sur les cultures pastorales alpines est un outil pour découvrir, comprendre, transmettre, valoriser les métiers du pastoralisme, leurs savoir-faire et leurs productions. Visite «Tant qu’il y aura des bergers», exposition «l’Odyssée pastorale» (un voyage dans la Méditerranée des bergers).

Second palais des Comtes de Provence de 1264 jusqu’ en 1470. Ce bâtiment a été maintes fois réutilisé depuis le XIIe s. (palais de justice, prison, lieu de réunion du Parlement de Provence entre 1416 et 1631, école au XVIe s, préfecture 1795 à 1798 et au XIXe s., sous-préfecture de 1840 à 1920, dispensaire de la Croix-Rouge de 1927 à 1945, musée depuis 1945). Classé MH. Ville d’art et d’histoire. Ouverture exceptionnelle. Visite guidée, atelier d’argile, conférence sur la construction d’une voûte gothique, exposition « L’évolution d’un bâtiment » et « La carte postale témoin de nos voyages ».

Draguignan – Musée de l’artillerie A travers l’histoire de l’évolution des techniques de l’Artillerie, le musée déroule l’histoire de la France. Lieu d’apprentissage de la citoyenneté. Ouverture exceptionnelle Visite guidée, exposition «Soldats de plomb, modèles réduits et figurines».

Hyères – Les Salins Histoire des espaces lagunaires. Première participation, ouverture exceptionnelle Visite guidée, randonnées historiques et ethnologiques.

Le Rayol-Canadel-sur-Mer Domaine du Rayol, le Jardin des Méditerranées Ce jardin remarquable est une invitation au voyage à travers les paysages méditerranéens du monde et des paysages à climat plus aride ou subtropical. Visite du jardin « Invitation au voyage ».


LIVRES/DVD 35

Toujours jeune ? Ce livre retrace le parcours, à travers le rock, de l’affirmation de la jeunesse (identité, codes, mythes…) des années 1950 à nos jours. L’ouvrage richement renseigné avait déjà été publié chez Hachette en 2007 sous le titre : Nous sommes jeunes, nous sommes fiers : la culture jeune d’Elvis à Myspace. Cette réédition est augmentée d’une préface inédite dans laquelle Benoît Sabatier prend en compte le dernier phénomène Lady Gaga qui prône un «sex & drugs» fonctionnarisé, un fantasme «people porno

Passion(nant)

La Passion du Christ a inspiré de nombreux compositeurs : l’histoire de l’arrestation, du procès, du calvaire et de la crucifixion, sont au cœur du cycle liturgique et de la culture européenne. Les représentations qu’elle a suscitées constituent un message essentiel de persuasion (souvent anti-juif) envers les foules. Frans C. Lemaire prend appui sur les textes, leur interprétation, depuis l’apparition des premières Passions à Jérusalem au IVe siècle, ses versions grégoriennes, réformées… sans oublier les fresques de Bach, des versions plus

glam» foncièrement «routinier». Selon l’auteur cette nouvelle norme (dont il situe le point de bascule en 1984) prend à contre-pied les revendications rebelles et sulfureuses du rock des années 50… mortes vingt ans après. À lire ! J.F.

Culture jeune, L’épopée du rock Benoît Sabatier Arthème Fayard, coll. Pluriel, 12 €

modernes, cinématographiques (Mel Gibson), ou les repentances qu’elle a générées chez les chrétiens après Auschwitz… J.F.

La Passion dans l’histoire et la musique Frans C. Lemaire Fayard, coll. Musique, 29 €

L’accord parfait Le film-documentaire Pianomania ou la recherche du son parfait a été réalisé en 2009 pour sortir sur les écrans en janvier 2011. Peu de salles l’ont distribué en France, cependant ceux qui ont eu la chance de le voir (également sur Arte) ont manifesté leur enthousiasme pour le travail du maître accordeur de pianos Stefan Knüpfer, sa collaboration pointilleuse avec les pianistes Pierre-Laurent Aimard, Lang Lang ou Alfred Brendel. Succès critique, cette exploration cherchant à percer le secret du son, primée un peu partout, est désormais disponible en DVD. Les curieux, fans de piano, y découvrent un monde d’exigences technique, artistique, mais aussi humaine. La ferveur filmée est captivante. Stefan Knüpfer (directeur technique de Steinway & Sons) est le véritable héros, métronome du documentaire qui commence

un an avant l’enregistrement de L’Art de la fugue par Pierre Laurent Aimard. Que d’obstacles vont rencontrer les deux hommes dans leur quête de la perfection, au prix de l’examen d’instruments de l’époque de Bach et de bricolages minutieux dans la caisse du piano n° 109 ! On suit également l’accordeur dans la préparation d’un des derniers concerts de Brendel ou à l’écoute de Lang Lang qui, épuisé par le décalage horaire, se soucie davantage de la solidité de son tabouret (quel jeu «physique» !) que du choix du piano pour la Konzerthaus de Vienne… JACQUES FRESCHEL

DVD Pianomania Lilian Franck et Robert Cibis Jour2fête EDV2087

Oc cantan Même si elle n’a pas de frontières administratives et si les troubadours ont fait leur temps, l’Occitanie continue de nourrir un espace culturel commun prolifique sur le plan artistique. Dans La vie en Oc. Musique ! Augustin Le Gall pour les superbes photos et Elisabeth Cestor pour les textes s’attachent à cet univers très dense de création en Oc. Une musique empreinte de poésie et d’inventions, qui déjoue souvent les frontières parfois passéistes des musiques «trads» : les Assemblades ont récemment donné la preuve de leur variété de ton (voir p.32). L’enregistrement, les concerts, les échanges, les ateliers, les fêtes populaires

sont ici contés avec passion de Nice aux Baux de Provence en passant par Arles ou Marseille. Les portraits de quelques artisans majeurs de cette culture ancestrale comme André Gabriel, Sam Karpénia ou Jan-Mari Carlotti complètent ce panorama aux mille couleurs qui défie le temps. FRÉDERIC ISOLETTA

La vie en Oc. Musique ! Augustin Le Gall, Elisabeth Cestor Carnets Méditerranéens, 25 €


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LIVRES/ARTS

Tour en stock

La tour est un symbole fort. Signe de puissance économique ou religieuse, elle est une alliée des villes soucieuses de compacité et de mixité fonctionnelle, jusqu’à caractériser la ghettoïsation verticale. Le superbe ouvrage La Tour et la ville, manuel de la grande hauteur explore remarquablement cette thématique si rarement abordée. L’historienne «verticale» de l’art Julie Gimbal et l’architecte urbaniste Eric Firley ont édifié un véritable guide analytique, bien au-delà d’un catalogue. À travers les tours solitaires, les groupements de tours et les villes verticales, 50 grandes métropoles mondiales, agrémentés d’un vaste répertoire iconographique, sont analysés et questionnent la dualité tour/ville au cœur d’un tissu urbain. Les

réglementations de 7 grandes villes et le rapport de la tour au développement durable complètent cette publication. De la Cité Radieuse phocéenne à la Torre Agbar barcelonaise, de la Marina City de Chicago au Kingdom Centre de Riyad en passant par Monaco, Sao Paulo, Shanghai, Frankfort ou les immeubles «choux» de Créteil, les exemples richement détaillés permettent une analyse intelligente et intelligible. FRÉDÉRIC ISOLETTA

La tour et la ville, manuel de la grande hauteur Eric Firley, Julie Gimbal Parenthèses, 58 €

Du sublime pour chacun Les empêchés du Grand Palais où l’artiste avait installé son Léviathan, gigantesque baudruche gonflable, pénétrable, translucide en pvc rouge, se rattraperont avec cette monographie filmée sur l’œuvre de l’angloindien Anish Kapoor. Orienté vers le grand public (dégrossi), ce DVD de plus d’une heure avec bonus se laisse découvrir avec un réel bonheur, si on ferme les yeux sur certains effets visuels à la mode. Dans le cadre de son atelier londonien ressemblant une PME artisanale - assistants affairés à peaufiner soigneusement les pièces en cours - l’artiste se prête volontiers au jeu didactique en exposant sa démarche, ses principes esthétiques comme ses exigences dans la réalisation de ses oeuvres. «Pour créer un art qui est nouveau, il faut trouver de nouvelles formes, de nouveaux espaces, de nouvelles temporalités». Le film fait un tour du monde de ses productions permanentes ou temporaires comme le fascinant Cloud Gate de Chicago définitivement approprié par les habitants et visiteurs. Ou Léviathan pour lequel on assiste à la fabrication puis l’élévation

Excès de sel

Ce que font les aléas climatiques, les plans de développement et surtout la culture intensive de la crevette dans l’extrême sud-ouest du Bangladesh à son écosystème et ses six millions d’habitants ? Bangladais lui-même, photographe né en 1983 et reconnu pour ses reportages humanistes (membre de l’agence VU, nombreux prix dont Pictet) Munen Wasif a rapporté de cette région en immense détresse des images paradoxalement retenues. Il n’y aurait l’édifiante préface du scientifique Pavel Partha puis l’analyse de Francis Hodgson, nous ne saurions pas cette catastrophe cynique. Toutes en noir et blanc, sans pathos, les images de Wasif disent cependant la pauvreté, l’humilité en évitant la surcharge dramatique bien que chacune de ses approches, comme par empathie, se nimbe de tons assombris et contrastés où transparaissent finement nuances et matières des peaux, de boue luisante ou craquelante, d’airs moites… parfaitement servies par l’impression. Pour ne pas troubler le lecteur les légendes sont reportées en fin d’ouvrage

sous les vingt mètres du Grand Palais, avec complément de programme en compagnie du commissaire de l’exposition Jean de Loisy. Cinq autres œuvres bénéficient in situ d’une présentation de quelques minutes en accéléré (captation des nuages). On aurait attendu aussi la parole d’autres spécialistes pour situer cette œuvre singulière dans le contexte plus général de l’art contemporain, celle des commanditaires privés ou publics, des publics selon les pays, les cultures. Car pour Anish Kapoor «… un art réussi a au moins le mérite d’atteindre un large public et peut être appréhendé à tous niveaux par toutes sortes de personnes éduquées ou non». Une de ses dernières recherches utilise une imprimante trois dimensions et du ciment «entre la merde et l’architecture». Universel et sublime. C.L.

Le monde selon Anish Kapoor Heinz Peter Schwerfel DVD, Arte Editions, 20 €

avec la reprise des photos en vignette. On apprend que cette femme endormie son bébé dans les bras pleure en fait sa lente agonie, que ce visage s’hallucine dans la mutilation due à l’attaque d’un tigre près d’un canal, qu’après avoir réussi à trouver un peu d’eau potable cette femme tente d’abreuver son mari atteint d’un cancer du foie. Eugen Smith comme Sebastiao Salgado ne sont pas loin. Une question se pose en écho à la discussion dans le cadre des Rencontres d’Arles : «la beauté d’une photographie historique supplante-t-elle sa valeur documentaire ?». Ou autrement : quel en serait le point d’équilibre ? CLAUDE LORIN

Larmes salées Munem Wasif Éd. Images Plurielles, 25 € en français et anglais


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Sablés, cerises et escargots Comme chaque jour, Angèle s’est levée très tôt ; comme chaque jour, elle a bu son café au lait (beaucoup de lait, une goutte de café) ; comme chaque jour, elle s’est faite belle ; puis comme chaque jour, elle attend. La vieille dame solitaire attend la visite quotidienne de l’autre Angèle, la petite, pour qui elle a cuit des sablés, ses pâtisseries préférées, et avec laquelle elle ira au jardin en quête de cerises bien mûres et d’escargots cornus. Le cœur usé de la vieille Angèle ne bat plus que pour ces retrouvailles avec la fillette qu’elle était. Et tant pis s’il s’emballe ! Et tant mieux si les

aiguilles du temps s’emmêlent ! Comment évoquer la solitude et les petits déraillements du grand âge ? Raphaële Frier le fait avec beaucoup de pudeur et d’amour, dans un récit sensible, poétique, qu’elle a dédié à ses deux grands-mères. Les illustrations à l’huile de Teresa Lima, aux tons pastel et aux rondeurs fleuries, s’harmonisent parfaitement à la tendresse nostalgique dont cet album charmant est empreint. À lire toutes générations confondues. FRED ROBERT

Angèle et le cerisier Raphaële Frier (texte) et Teresa Lima (illustrations) L’atelier du poisson soluble, 15 €

Qu’est-ce qu’aimer ? Il n’y a rien de pire que de tomber amoureux, de s’engager dans la voie des sentiments. On peut s’y faire mal et éviter d’aimer permet d’atteindre une certaine sérénité… Mais l’ataraxie rend-elle vraiment heureux ? Comment différencier l’amour et l’amitié, comment assumer ce que l’on aime, se l’avouer, puis le dire ? Affronter le jugement de ses pairs a quelque chose de paralysant pour Will Grayson. En fait, il y a deux Will Grayson dans ce roman à deux voix, écrit à deux mains par John Green et David Levithan : les deux personnages vivent aux deux bouts de Chicago, et se rencontrent par hasard. Au-delà de l’homonymie, ils

se retrouvent dans le sillage fascinant de Timy Cooper, immense, excessif en tout, qui compose une comédie musicale dans laquelle il met en scène sa propre vie. Homosexualité et hétérosexualité sont évoquées dans ce roman magnifiquement écrit, orchestré comme un opéra, sans de langue de bois ni de faux fuyants. Un roman qui parle d’amour, du vrai, et se soucie peu du sexe finalement. C’est très beau et profondément humain.

Will & Will John Green et David Lévithan Gallimard, Scripto, 13 €

M.C.

Conte d’aujourd’hui Une petite maison d’édition de Montpellier a la particularité de publier des livres-CD pour enfants voyants et déficients visuels de 2 à 12 ans. Son but : développer leur perception d’un monde sonore. Le papa-maman raconte l’histoire de Mireille et son papa, qui tient aussi le rôle de la maman, de Beautiful, une très belle femme - normal puisque c’est la belle-mère -, d’une demi-soeur, qui forcémént n’a «qu’un bras, qu’une jambe, un oeil, une oreille et une toute petite bouche» ! Mireille a aussi les yeux de sa grand-mère qui lui apprennent à voir un monde pas toujours rose

qui réserve parfois des surprises désagréables. Mais tout rentrera dans l’ordre, et au bord de la mer ! Merveilleusement illustré par la jeune libanaise Zeina Abirached, qui signe là son premier livre couleurs, superbement mis en voix par l’auteure elle-même, Angelina Galvani, sur une bande-son de Rémi Auclair. Un album coloré entre la vie et le conte. CHRIS BOURGUE

Le papa-maman Livre-CD benjaminsmedia, 22 €

Pour voyager et jouer.... Certains qui n’y voient pas plus loin que le bout de leur nez ont parfois envie de s’évader pour suivre les hirondelles... C’est le cas de Mr D’Issy qui, l’oeil collé aux magazines de voyages, ne s’aperçoit pas de l’attention toute particulière que lui accorde Mme D’Laba. Ainsi il parcourt le monde, tandis qu’elle garde son chat et arrose ses plantes. Il envoie aussi des cartes postales des pyramides et de la Muraille de Chine... Mme D’Laba est une belle africaine qui rêvait aussi de mirages et qui, attirée par l’Occident, a quitté son continent. Tous deux trouveront un terrain d’entente amoureux. Le récit d’Annie Agopian est très joliment illustré par les peintures de Magali Bardos, avec ses personnages bien campés, ses aplats très colorés, et un sens précis de la mise en espace. Après les histoires, le jeu et l’invention, avec l’album astucieux de Christian Voltz. Vous connaissez peut-

être ses petits bonhommes au gros nez et à l’air ahuri, fabriqués avec du fil de fer, de la ficelle des boulons, des rondelles et des objets hétéroclites recyclés ! Le créateur livre ici des recettes pour faire décoller l’imaginaire de ses jeunes lecteurs - et celui parfois un peu rouillé de leurs parents ! On rentre dans un univers plein d’humour et de tendresse pour ces petits êtres malhabiles mais généreux. Les enfants sont invités à créer leurs propres personnages avec ce qu’ils ont sous la main. Une belle façon de participer au développement durable !... C.B.

Plus loin que le bec des hirondelles Le Rouergue, 13,50 € Dans l’atelier de Christian Voltz Le Rouergue (nouvelle collection), 9,90 €

Coup de coeur de l’Académie Charles Cros Existe aussi en braille et en gros caractères, 24 €


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LIVRES JEUNESSE

Haro sur l’inégalité ! Il était une fois les filles… Bien que son titre puisse le laisser imaginer, cet essai tout récemment paru n’a rien d’un conte de fées. «Ignorance, peur et préjugés : ce trio infernal a donné naissance à de terribles stéréotypes concernant les particularités entre garçons et filles. Toujours faux ces stéréotypes […] ont véhiculé plus de dix millénaires d’idées saugrenues portées par des mythes et des légendes avant d’être réinterprétées par l’ensemble des religions à travers le monde». Partant de ce constat sans ambages, Patrick Banon montre comment une mythologie de la différence s’est mise en place depuis la nuit des temps, afin d’assigner à chaque sexe un rôle bien défini, toujours discriminant pour les femmes, et dont les filles pâtissent encore largement aujourd’hui. En 21 brefs chapitres, ce

B.D. et ukulélé

Pipo est un petit bichon en quête de liberté qui veut devenir sauvage. Il s’évade de chez miss Smith, rencontre le chat Attila, et fuit en sa compagnie la ville et ses dangers pour découvrir la forêt. Mais la nature, la nuit venue est peu engageante, alors… Pipo retourne au logis ! Cette histoire chantée (CD joint) se lit et s’écoute au fil d’une bande dessinée grand format (texte et dessins de Dorothée de Monfreid). La musique (13 chansons) est composée par Tony Truant, l’ex-guitariste des Dogs (et actuel des Wampas). Le

spécialiste des religions mène la guerre aux idées reçues. Tout est fait pour faciliter la lecture : les titres, souvent interrogatifs et volontiers provocateurs, titillent ; les intertitres, nombreux, balisent les pages, tandis que des encarts rouge sang précisent un mythe, un rituel, une coutume ; en fin d’ouvrage un lexique résume les principaux personnages et concepts rencontrés. Quant aux magnifiques illustrations d’Anne-Lise Boutin, aplats contrastés, collages surréalistes et papiers découpés, elles revisitent avec un onirisme trash et décalé l’imagerie traditionnelle des contes. Un bel ouvrage, engagé et documenté, qui passionnera les adolescents auxquels il s’adresse.

Il était une fois l es filles… Patrick Banon (texte) et Anne-Lise Boutin (illustrations) Actes Sud Junior, 14,80 euros

FRED ROBERT

rockeur privilégie les cordes pincées des guitares, du banjo et du… ukulélé ! Les musiciens assument les voix des personnages et semblent s’être amusés à réaliser ce conte sonore qui risque de devenir un classique pour enfants... J.F.

Super sauvage, Histoire d’un bichon libre Dorothée de Monfreid (texte et dessins), Tony Truant (musique) Gallimard jeunesse musique, 22 €

P’tit tour dans l’au-delà

Dyssëry est désespérée. Sa famille a décidé de la marier avec le riche Phorée, bien contente que celui-ci accepte d’épouser une fille à la réputation plus que douteuse : elle a osé se lancer dans le théâtre, un art réservé aux hommes ! Pour la belle indépendante, il n’y a d’autre issue que la mort, le soir même de ses noces… La voici donc au Val des Ombres. Là, parmi les créatures les plus incroyables, succubes, vampires et autres démons facétieux, l’intrépide Dyssëry vivrait bien une mort bien remplie (surtout qu’elle y trouve enfin l’occasion de révéler ses talents de comédienne) si son Phorée de mari ne venait l’y débusquer afin de la ramener sur

Terre… Arleston et Alwett proposent une relecture décalée du mythe d’Orphée et Eurydice. Humour, fantasy… et féminisme sont au rendez-vous dans cette BD que le dessin japonisant de Virginie Augustin rend encore plus séduisante. À conseiller aux ados amateurs de Lanfeust et de Troy. F. R.

Voyage aux Ombres Arleston et Alwett (scénario), Virginie Augustin (dessin) Soleil, coll. One Shot, 13,50 €

Chemins initiatiques C’est avec délectation que les jeunes lecteurs retrouveront la trilogie Le Livre des étoiles d’Erik L’Homme, sous la forme compacte, mais maniable, d’un volume unique (avec des bonus !). La relecture n’épuise pas la magie des aventures de Guillemot de Troïl, l’apprenti de Maître Qadehar, le Sorcier. Les trois mondes ouvrent leurs portes aux incantations, et les personnages sont dotés d’une épaisseur psychologique rare dans ce genre qui souvent s’abandonne aux stéréotypes. Les figures sont sympathiques, terribles, énigmatiques, comme celle du Seigneur Sha, les intrigues complexes et fouillées, et les jeunes héros y acquièrent expérience et personnalité. Qui pourrait résister à la mise en abîme de l’écriture avec la quête d’un ouvrage qui renferme les secrets primordiaux du monde, et se déchiffre grâce à l’art subtil des Graphèmes !

Cette fascination pour les mots sert de fil conducteur à l’œuvre d’Erik L’Homme qui accorde à son héros Jasper de la série A comme Association le pouvoir de les animer et d’en extraire la puissance. Le jeune sorcier poursuit ses aventures dans ce cinquième volume, Là où les mots n’existent pas. La vie réelle s’immisce dans l’intrigue, le personnage de Pierre Bottero meurt, à l’instar de son auteur. Son comparse lui rend hommage, reprenant les caractéristiques de son style : formules lapidaires, dramaturgie jusque dans la disposition des mots… Une suite forte, nourrie d’un imaginaire qui sait se renouveler, et d’une appréhension sensible et humoristique du monde. MARYVONNE COLOMBANI

Là où les mots n’existent pas (A comme Association) Le livre des étoiles Deux ouvrages d’Erik L’Homme Gallimard Jeunesse, 9,90 € et 23 €


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Non

Quelle bonne idée que cette collection d’Actes Sud, Ceux qui ont dit non. On y retrouve des grandes figures de l’histoire : Jaurès, Gandhi, Victor Jara, Lucie Aubrac, Simone Veil, Nelson Mandela… qui se sont battus contre les dictatures, l’oppression. Chaque volume se divise en une partie romanesque et un dossier illustré qui apporte un éclairage de dates, de faits, replaçant dans une perspective plus large les problèmes posés. Ainsi, Olympe de Gouges revit dans un court roman, alerte, sensible, écrit à la première personne. Passionnée, amoureuse, mère affectueuse, écrivain, dramaturge, elle a porté sur scène une pièce qui dé-

nonçait l’esclavage des Noirs. Elle rédigera une superbe Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne en 1791. La Terreur l’exécutera. Préfiguration des grands mouvements des femmes, des suffragettes au Gang des Saris roses… Le dossier rappelle l’évolution des droits des femmes, considérées par le code napoléon comme d’éternelles mineures, dépourvues de droits civiques… Une lecture à la fois aisée et intéressante, qui sait poser avec pertinence des problèmes toujours d’actualité.

Olympe de Gouges : «Non à la discrimination des femmes» Elsa Solal Actes Sud junior, coll. Ceux qui ont dit non, 7,80 €

M.C.

Quel destin ! Tout ici est imprévisible. La boulangerie de la rue des dimanches de Alexis Galmot et Till Charlier commence de manière fort alléchante avec «la délicieuse recette du Lu au chocolat chaud» pour se terminer en «414 barres d’or fin». Entre-temps, un petit Jack aux cheveux dorés naîtra de Louis et Adèle qui «ont le sens de la rythmique, un peu moins celui de l’arithmétique» au point qu’ils le confient à un orphelinat. Là, il apprend vaguement à confectionner des baguettes pas trop cuites et des religieuses au chocolat qui, plus tard, feront sa fortune ! Entre-temps, il se contentera de manger des mouches fraîches l’été, des mouches sèches l’hiver tant la malchance et la pauvreté lui

collent à la peau… Dans un style alerte, fleuri et tendre, des dessins rétro, les auteurs racontent une histoire à la Tati, où les personnages sont décalés, en équilibre instable entre la dureté quotidienne et la rêverie du dormeur éveillé. Le récit parfois flirte avec le fantastique parfois s’ancre dans la modernité. De ce décalage inattendu naît son charme singulier. M.G.-G.

La boulangerie de la rue des dimanches Alexis Galmot (texte) et Till Charlier (illustrations) Grasset-Jeunesse, coll. Lecteurs en herbe, 12,50 €

Un cahier de vacances rigolo Le carnet du vadrouilleur – Provence-Alpes-Côte d’Azur inaugure une collection qui, dès 2012, s’enrichira d’autres destinations en France et en Europe. Une idée de livre créatif que l’on doit à Yaël Vent des Hove (institutrice, auteure et illustratrice) et à Véronique Massard (éditrice), toutes deux mères de familles nombreuses ! Du coup les activités sont réalisables, attractives et diversifiées pour répondre à tous les esprits curieux de la vie quotidienne (gastronomie, marchés, pétanque, folklore…) à l’architecture et au patrimoine, de la faune à la flore et aux lieux insolites. Avec Vadrouille le hérisson pour compagnon d’aven-

tures, l’enfant explore sa région en expérimentant à sa guise les visites et les activités grâce à de courts textes ludiques et pédagogiques, de nombreuses photographies légendées : à lui ensuite de dessiner, annoter les pages de ses observations, colorier, jouer, apprendre proverbes et dictons. Et quand les visites sont plus «risquées», la mention «défi famille» avertit les parents. Car un vadrouilleur averti vaut mieux que deux vadrouilleurs ignorants ! M.G.-G.

Le carnet du vadrouilleur – Provence-Alpes-Côte d’Azur Yaël Vent des Hove dès 7 ans Les éditions du Vadrouilleur, 18 €

Choisir sa vie

Entre deux rafales Arnaus Tiercelin Le Rouergue, coll. doAdo, 9,50 €

Deux livres pour adolescents, ancrés dans la réalité de notre époque et celle d’un avenir inquiétant Entre deux rafales croise deux voix. Celle d’Emma qui a perdu la mémoire après un accident de scooter et celle d’Arthur qui le conduisait alors qu’ils avaient décidé une fugue. Emma est très jolie, c’est une excellente élève tandis qu’Arthur est allé de foyer en famille d’accueil. Leur rencontre fortuite à la médiathèque les a entraînés peu à peu à s’aimer. Pendant que les parents d’Emma essaient de ranimer les souvenirs de leur fille, Arthur, rongé de culpabilité, tente d’aborder la jeune fille. Plusieurs destins se croisent autour de l’hôpital, personnages attachants avec leur fêlure. Le récit très bien ficelé réserve des surprises, celles de la vie quand elle se décide à devenir plus sympa... La fille sur la rive présente un univers fermé, l’Enclave,

où les habitants sont hyper-protégés par un régime autoritaire. Monde sans livres aux distractions réglementées et obligatoires. Nour peut profiter de l’autonomie consentie aux «immatures» de moins de 15 ans. Mais le travail obligatoire l’attend bientôt. Solitaire et observatrice, elle se pose des questions sur ce monde inhospitalier au bord d’un fleuve infecté et infranchissable. Et s’il y avait un monde différent et meilleur sur l’autre rive que l’on n’aperçoit qu’à travers un brouillard permanent ? En intensifiant son regard Nour effectue un parcours initiatique et apprend le goût de la liberté. CHRIS BOURGUE

La fille sur la rive Hélène Vignal Le Rouergue, coll. doAdo noir, 8 €


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LIVRES

JEUNESSE | CINÉMA

As de pique ou de trèfle… Londres, fin XIXe. Dans un quartier peu recommandable se tient un club très fermé qui réunit des adhérents candidats au suicide. Le club, au moyen d’un gigantesque jeu de hasard, leur permet de s’exécuter mutuellement après un tirage de cartes. Le prince Florizel, en quête d’aventures extravagantes, apprend par hasard l’existence de ce club et, aidé de son fidèle homme de confiance le colonel Géraldine, décide d’y mettre fin en neutralisant son diabolique président… La jeune collection Noctambule, qui s’attache à publier des romans graphiques en adaptant de grands titres de la littérature, édite cette libre adaptation du roman de Stevenson - en fait 3 nouvelles parues sous forme de roman feuilleton. La bande dessinée de

Baloup & Vaccaro déroule fidèlement les actions de ces 3 histoires. C’est là d’ailleurs que le bât blesse : là où la force du style de Stevenson suffit à faire briller des personnages pour happer l’attention du lecteur et le transporter au fil de la quête de justice de son héros, la BD reste en dehors : Clément Baloup n’a pas opté pour une relecture débridée, moins linéaire et le dessin d’Eddy Vaccaro, réalisé à l’aquarelle, joue d’une unité chromatique louable, mais à la longue anesthésiante. DO.M.

Le Club du suicide Baloup & Vaccaro Soleil Productions, coll. Noctambule, 17,95 €

Regards excentrés Une nouvelle collection est lancée par les Éditions Commune et Film flamme : Cinéma Hors Capital(e). Le numéro 1 est un ouvrage collectif consacré au cinéma du fondateur de Film Flamme, La Remontée du temps de Jean-François Neplaz. Frédéric Valabrègue y aborde le rapport au corps du cinéaste dans trois de ses courts métrages ; Paul-Emmanuel Odin, la «communauté des arbres» et Rodolphe Olcèse «le cinéma en clair obscur». La partie centrale, actes d’ignorant, d’improvisations en accidents est constituée de textes du cinéaste au moment où il travaillait sur son film, avec et sur l’écrivain Mario Rigoni Stern et de réflexions sur le geste cinématographique à partir d’écrits de Jacques Rancière ou de films de Godard. Le numéro 2 comprend des textes divers autour du dernier film d’Aaron Sievers, Flacky & camarades, monté à partir des 30 heures d’images et des 200 heures de sons enregistrés par Pierre Gurgand, lors de stages cinéma et photo dans les corons, à la fin des années 70, au moment du démantèlement de l’industrie lourde. «La parole des mineurs est la source, les affluents, le chemin du film…» précise Aaron Sievers.

Un acte de mémoire collective, à la manière de Misère au Borinage de Storck et Ivens, souligne Jean Duflot. Marc-Henri Piault y traite la question du rapport filmeur/filmé. Paroles d’anciens mineurs, poème du cinéaste, Kiyé Simon Luang, parcours de l’atelier de création cinématographique en pays minier aux ateliers cinématographiques Film Flamme… les textes sont variés, les illustrations nombreuses et soignées. Les deux numéros sont accompagnés de DVD : les 4 courts-métrages de JF Neplaz et Flacky & camarades ou le cheval de fer. A.G.

La remontée du temps de Jean-François Neplaz Livre et DVD Cinéma hors capital(e) 1, 20 € Flacky et camarades ou le cheval de fer, le cinéma tiré du noir d’Aaron Sievers Livre et DVD Cinéma hors capital(e) 2, 25 € http://editionscommune.over-blog.com

La mémoire des regards 30 portraits d’enfants-spectateurs associés à quelques belles citations de cinéastes ou de critiques sont rassemblés dans ce livre, format 23 x 16,5. Un petit rectangle blanc sur la pupille, reflet du gigantesque écran auquel ils font face, traversés par des images que le photomontage révèle, ces enfants transfigurés par l’émotion, incarnent le mystère de la réception d’un film. Meyer, membre du collectif Tendance Floue en résidence à l’Alhambra courant 2010, a photographié

des CM2 du 15ème arrondissement dans le cadre de l’opération École au cinéma. Après une expo et un court métrage (Voir Zib’ 36) ce recueil comme un point d’orgue prolonge et clôt le projet en beauté. ELISE PADOVANI

Dans le cinéma, l’enfant spectateur L’Alhambra Cinémarseille/ Tendance Floue, 10 €


LITTÉRATURE

LIVRES 41

D’une guerre l’autre Le XXe siècle, nous y sommes nés et pourtant nous le connaissons si mal ! Combien de pans historiques sur lesquels un pudique et parfois insupportable consensus jette une ombre opaque ? Maurice Gouiran se plaît à explorer ces zones obscures, à leur accorder de nouveaux éclairages, accomplissant ainsi un travail d’historien et de citoyen. Sur nos cadavres ils dansent le tango s’attache par son titre et a priori aux heures noires de la dictature argentine, et l’on s’attend à un roman sur les disparus, les exactions du régime de Videla… Mais bizarrement cela démarre par un crime à Marseille, des pistes qui entraînent vers les guerres d’Algérie ou d’Indochine, des règlements de compte internes à la vie phocéenne… Les relations entre les

Vie à vif

Tranche de vie saignante ! Deux adolescentes de 14 ans dans une cité ouvrière de Piombino, Toscane, 2001. Francesca la blonde et Anna la brune, deux sirènes sur une plage pourrie au pied des hauts-fourneaux de la Lucchini, l’usine qui crache l’acier à 1.538°. Éveil des corps, de la sensualité, envies d’ailleurs. Vie sordide des femmes qui se font tabasser, des jeunes qui se droguent et sautent sur tout ce qui bouge pour oublier l’usine, des filles prêtes à tout pour s’en sortir… Pas gai ? Détrompez-vous ! Le roman est tonique, animé d’une énergie décapante, d’un souffle à vous le couper ! On circule dans la vie de tous les jours, celle des trafics douteux, mais aussi celle des fous-rires, des émois de l’adolescence comme des premières trahisons. Un monde pour lequel l’écroulement des tours jumelles du 11 septembre n’est qu’un film, tan-

À l’œil

Les poètes trouvent parfois le gîte loin de chez eux, invités à vivre un moment entre parenthèses, en Résidence, joli mot. Les deux derniers ouvrages de la collection Le Refuge en Méditerranée publiés par le Centre international de Poésie de Marseille en témoignent. Emmanuel Hocquard et Jean-Charles Depaule ont séjourné le premier à Tanger, dont il est un spectre familier, le second à Saïda au cœur de ce territoire de langue arabe qu’il connaît bien. Nul exotisme donc mais plutôt pour les deux une immersion [«dans est le nœud de l’intrigue» dit Emmanuel Hocquard] et une récolte d’intensité variable. S’en tenir et se tenir aux mots semble être la règle partagée de l’objectiviste et de l’anthropologue : Jean Charles Depaule intitule froidement Sur Place son compte-rendu à la mitraillette de minuscules scènes quotidiennes et répétitives sur quelques mètres carrés libanais ; télégraphique et pointilliste, chaque vers (libre mais au bord du gouffre) porte une image brève, un fragment kaléidoscopique qui rêve d’exhaustivité, tout un monde en métonymies et synecdoques d’où émergent des noms qui claquent (Captain) ou dessinent de l’humain (Toutaise). Ici on vérifie combien l’extrême concret vire à l’abstraction, et combien la biscotte sans beurre est difficile à avaler !

continents, les gouvernements se dessinent, grâce à l’acharnement du jeune lieutenant de police, Emma. Construction rigoureuse, tranches de vie et d’Histoire qui s’enchâssent avec une précision de métronome, mécanique impitoyable d’une descente aux enfers… le roman est bâti sur le modèle de la tragédie, personne ne peut en réchapper. Là-dessus, il y a le cadre de Marseille, peint du centre ville aux collines avec une touche amoureuse et clairvoyante. Un style rapide, mêlant narration et dialogues avec une belle efficacité. Un polar fort, qui dépasse par son propos le simple livre d’été, et laisse une marque profonde. MARYVONNE COLOMBANI

dis qu’un terrible accident précipite la communauté dans la stupeur et le chaos. L’auteure, la jeune Silvia Avallone, sait de quoi elle parle : elle a vécu dans cette ville et avait l’âge de ses héroïnes à ce moment. Le lecteur est plongé dans un monde à la Zola, le monde des hauts-fourneaux rappelant celui de la mine, avec l’amitié, le syndicalisme, l’accident, le sexe... L’écriture est haletante, avec des passages écrits à la deuxième personne soulignant les pensées en désordre du personnage, un style par moments très cinématographique avec des montages alternés : une adaptation est déjà en cours. CHRIS BOURGUE

D’acier Silvia Avallone Liana Levi, 22 €

Emmanuel Hocquard, lui, vagabonde entre les signes, tombe en arrêt au coin d’un fait de langue, d’une sensation oubliée, d’un champ de coquelicots persistant sur la rétine du souvenir. Il interroge sans cesse, le nez en l’air, la fabrique du langage et l’absence du moi. Tanger est là, en creux, par son bleu qui pourrait n’être pas une couleur, ses terrains vagues étymologiques et ses chiens jaunes dont l’évidence reste une énigme. Le lecteur avale tout, ne tranche pas et comme le gobeur d’horizon sur le détroit de Gibraltar se sent lui aussi témoin du monde. De ces grammaires-là, on ne se lasse pas ! MARIE-JO DHÔ

Sur Place, Jean-Charles Depaule, 12 € Les Coquelicots / une grammaire de Tanger III, Emmanuel Hocquard, 10 € Le Cipm présente jusqu’au 17 sept Thomas Möbius : Un privé à Tanger, une exposition consacrée à Emmanuel Hocquard www.cipmarseille.com

Sur nos cadavres, ils dansent le tango Maurice Gouiran Jigal polar,18 €


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LIVRES

LITTÉRATURE

Raconter autrement la Tunisie Sophie Bessis est historienne, journaliste, militante des droits de l’homme. Avec Dedans, Dehors, elle s’éloigne pourtant de l’analyse objective des événements pour dire autrement l’histoire de son pays, ou de ses pays, depuis le «dedans» de sa propre vie et de son propre parcours, entre Tunisie et France. Sorte d’essai historique à la première personne, le «je» pourtant est moins le sujet du livre qu’une zone de passage entre les lieux familiers des deux rives, et entre des personnages, anonymes ou publics, qui traversent cette histoire minuscule et majuscule à la fois. Le livre confère aux échos bouillonnants de la Tunisie d’aujourd’hui la profondeur dans le temps - à travers l’évocation de ce qui a préparé l’avènement démocratique - et la profondeur humaine que l’actualité ne dit pas. C’est aussi «un conte vrai» , distancé et poétique, qui transforme le récit personnel en fable

politique : l’expérience intime de ceux qui vivent entre les frontières, ni tout à fait «dedans», ni tout à fait «dehors», et l’histoire universelle du pouvoir et du temps qui passe : les visionnaires devenant despotes, les despotes réduits à rien, la ferveur militante rattrapée par son institutionnalisation ou par la mort, la force d’attraction de la lumière et du pays natal «aux murs blancs», aux «soleils clairs», aux vrais et faux dromadaires. Et comme tous les contes, on espère avec l’auteur que la révolution tunisienne (voir p.47) donne une belle fin, ouverte, à cette histoire ! AUDE FANLO

Dedans, Dehors Sophie Bessis Éd. Elyzad, 14 €

Poor lonesome killer Lorsqu’on rencontre la romancière et dramaturge brésilienne Patricia Melo - qui était invitée dans le cadre de CoLibris au printemps - et qu’on écoute ses interventions posées, on n’imagine pas une seconde l’atmosphère de son dernier roman traduit en français. Alors, quand on entame la lecture de Monde perdu, c’est le choc. La plongée sans bouteille dans la tête de Màiquel, «comme Màiquel Jackson l’artiste». Un artiste lui aussi, à sa manière : doué pour échapper à la police (10 ans qu’il est en cavale), à l’aise avec les filles (surtout quand il s’agit de rencontres sans lendemains), habile au maniement des armes (ancien tueur à gages, il n’hésite pas à se débarrasser des gêneurs). Philosophe à ses heures, il pourrait s’en tenir à la devise qu’il a tatouée sur le bras : «rien à foutre». Le livre se résumerait alors à la narration dans un langage souvent cru du périple minable de ce minable bandit, en quête

de sa fille enlevée par des évangélistes. Ce road novel hyper réaliste touche par ce qu’il dit des modernes solitudes et des combats perdus d’avance. Contre les trafiquants, de bois, de drogue ou d’âmes, contre la laideur qui gangrène les paysages. Le pays que parcourt Màiquel ressemble au chien qu’il a adopté : boiteux, puant, hirsute… et pourtant prénommé Tigre ! Une vision sans concession du Brésil actuel dont Patricia Melo passe au crible les dérives et l’hypocrisie, bien loin de Copacabana et des écoles de samba.

FRED ROBERT

Monde perdu Patricia Melo Actes Sud, 18,80 €

Les affr(eux) de la création «… à cause de ce roman à écrire, je passe par une sale période de ma vie. […] il m’arrive même de déchirer les pages du cahier pour en faire de fines boulettes de papier que je mastique consciencieusement avant de les avaler. C’est un des symptômes les plus visibles. Car il y en a d’autres […]. La liste est longue». En plus d’être affligé d’un prénom qu’il considère comme une malédiction en soi, Ernest, le narrateur du dernier opus de Jean-Luc Luciani, se trouve aux prises avec une panne d’inspiration monumentale que rien, ni ses séances d’observation dans son bar préféré, ni l’amour de sa belle, ne parviennent à réparer. Finis les chèques d’avance de son éditeur. Toute proche l’échéance fatale. Pris au piège Ernest. Pas étonnant qu’il en vien-

ne à des solutions pour le moins radicales… Placé sous le double signe de Palahniuk et de Houellebecq, le court roman de Luciani n’a ni le rythme déjanté du premier, ni le cynisme désespéré du second. Il n’empêche ; cette fable caustique, dotée d’une autodérision salutaire, évoque l’air de rien les chausse-trapes du métier d’écrivain et les dangers du succès. Un récit moins léger qu’il n’y paraît… À lire afin de garder la tête froide. FRED ROBERT

La tyrannie des mouches Jean-Luc Luciani Éd. Mutine, 12 €


Volcan de détresse Clovis Nzila est un sans-papiers, une âme errante sur les trottoirs de Paris, dans un Occident que tout favorise, et qui ne veut pas de lui. Quand Christelle le rencontre, elle le prend en pitié et lui propose l’hospitalité. Entre eux, une histoire d’amour commence, celle de deux êtres écorchés par la vie : elle, violentée par les hommes, menant une existence lasse ; lui, fuyant son passé et les atrocités de la guerre civile. Ce livre parle d’abandon familial, de séparation, de la tragédie quotidienne de la lutte pour la survie, des choix ultimes que font les personnages qui tentent en vain de composer avec une réalité qui ne leur épargne rien. Dans une Afrique aux plaies béantes, dans un pays dont l’auteur ne précise pas le nom pour donner à son récit une dimension plus universelle, Clovis devient un enfantsoldat pour ne pas mourir, un bourreau pour ne pas devenir une victime. Il n’y a dans ce roman, ni condamnation ni manichéisme : les êtres ne sont pas bons ou mauvais, mais les deux à la fois, appréhendés dans leur complexité, et dans celle du monde. Le récit se compose de

retours dans le passé, au gré des confessions que Clovis fait à Christelle sur sa douloureuse destinée. Le Silence des esprits, c’est celui des ancêtres, de la Terre mère et du ciel qui se sont tus et ont laissé les hommes s’entretuer. Dans une langue simple et poétique, point de salut excepté celui de l’amour, de la tendresse, de la rencontre sensuelle de deux êtres dans le temps suspendu. MARION CORDIER

Le Silence des esprits Wilfried N’Sondé Actes Sud, 17 €

Jusqu’à la lie Au compte gouttes les discrètes éditions Monsieur Toussaint Louverture distilent des œuvres rares, à la marge, oubliées. Tel Le Dernier stade de la soif de Frederick Earl Exley qu’elles sauvent de quarante années d’indifférence : «un roman-autobiographie-fictive-quel-quesoit-le-nom-qu’on-lui-donne» comme l’écrit son préfacier Nick Hornby, fan avoué d’Exley et auteur d’autobiographies romancées. Le Dernier stade de la soif est un ovni littéraire à ranger au côté de Bukowski (même penchant pour l’alcool et la défonce) ou Hunter S. Thompson (même lucidité suicidaire et sentiments exacerbés) ; un livre confession horrifiant et fascinant par sa franchise, débarrassé des faux-semblants et des subterfuges de «cette Amérique obsédée par sa beauté» qu’il abhorre. Cet american way of life dont il s’est délibérément exclu malgré ses petits boulots (son rêve de conquête est à la hauteur de son déclin professionnel), la naissance de ses fils (qu’il dit aimer tardivement), ses rencontres avec d’autres destins fracassés (Mister Blue - son double ? - offre des pages cocasses truffées de dialogues invraisemblables et de situations désespérées), sa passion pour son alter ego le footballeur Franck Gifford… Cruel, malodorant, dérangeant, le livre mixe sur un ton cynique et drôle confessions intimes d’un homme à la

dérive, procès de la normalité et du bien-pensant, fantasmes éveillés, petits arrangements avec la vérité et le réel. L’acuité de son regard l’empêche cependant de se morfondre sur sa déchéance, son manque d’héroïsme, son aliénation qui l’ont conduit tant de fois en HP. Comme dans les nouvelles d’Hubert Selby Jr, la neige silencieuse crisse du mal de vivre d’un écrivain magnifique, et marginal. MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

Le dernier stade de la soif Frederick Earl Exley, préface de Nick Hornby Éd. Monsieur Toussaint Louverture, 23,50 €


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LIVRES

LITTÉRATURE | HISTOIRE

Le petit livre d’un grand homme Les Histoires d’ici et d’ailleurs de Luis Sepúlveda, récemment traduites chez Métailié, reposent sur un projet éditorial relâché : a priori rassembler en un recueil des écrits disparates, contes, portraits, nouvelles, hommages, des textes écrits pour la circonstance ou publiés précédemment dans des journaux, ne fait pas un «livre». Mais c’est justement par ses facettes multiples de militant, d’exilé, de guérillero, de romancier, d’écologiste, de communiste, d’essayiste, de journaliste, de conférencier, que Sepúlveda s’impose en littérature. Ces récits ancrés dans le réel, d’essence anecdotique pour la plupart, dessinent le portrait plus qu’attachant d’un homme exceptionnel, qui n’a jamais baissé les bras, et se caractérise par un refus polymorphe de tout renoncement. Un résistant, qui pose un regard effrayé sur la bêtise des médias, chaleureux sur les gens modestes croisés ici ou ailleurs, lyrique sur les amis artistes intellectuels ou politiques

Somme toute

Dans le troisième tome de Midi Rouge, Résistance et Occupation (1940-1944) - assorti d’une préface d’un entretien avec Stéphane Hessel et d’une postface de Raymond Aubrac - Robert Mencherini brosse un panorama de l’histoire de Marseille et des Bouchesdu-Rhône de 1940 à juin 1944. La difficulté d’appréhender cette période dans sa complexité est résolue par un découpage fin : 13 chapitres répartis en trois grandes parties, Résister au royaume du Maréchal ; Occupants, Vichy et vichystes (nov. 1942-avril 1944) ; La résistance sous la botte (nov. 1942-juin 1944). Ouvrage d’historien, il est une somme fourmillante d’informations, de témoignages, le tout dans une perspective sociale et politique… et contient une mine d’anecdotes, de noms, qui redonnent aux photos sépia la chair de l’humain. Conjonction de destins particuliers, de volontés individuelles, l’Histoire se fonde sur toutes ces histoires, qui l’infléchissent. Comme celle du réseau Carte, fondé par André Girard, peintre et décorateur de théâtre, et qui enrôla artistes et hommes de lettres, comme Joseph Kessel et son neveu,

qui furent ses frères et sœurs de combat. Personnellement impliqué dans chacune des anecdotes l’écrivain ne parle jamais directement de lui, pourtant, sauf pour évoquer comme des décors de sa vie ses combats passés, la Moneda et Allende, les Brigades internationales au Nicaragua, l’Amazonie et son Vieux qui lisait des romans d’amour ; mais il raconte aussi bien l’histoire d’un chien berlinois, de son éditrice française, d’un footballeur à Palerme ! Ce recueil, qui n’a pas la consistance de ses romans, ou la force de témoignage de La Folie de Pinochet, les complète pourtant : son humour unique, son sens piquant du détail, de l’anecdote, sa façon de plonger sans retenue dans l’émotion et le lyrisme, et de haïr (Berlusconi, Pinochet…) avec presque autant de grandeur qu’il aime, y apparaissent sous un jour nouveau.

Luis Sepúlveda était l’invité principal des Escapades Littéraires de Draguignan en mai

AGNÈS FRESCHEL

Maurice Druon, qui écrivirent à Londres en 1942 les paroles du Chant des Partisans. Mencherini rappelle le rôle des associations caritatives nord-américaines et des consulats latino-américains, des quakers, de l’œuvre de secours aux enfants, de la «noria des antifascistes de toute l’Europe», qui se retrouvent à Marseille dès 1940. Et cette manifestation hostile aux Allemands en mars 1941, en l’honneur de Pierre II de Yougoslavie qui vient de défier les Allemands en chassant les régents favorables à l’Axe. Il y a les journaux, les œuvres interdites, l’organisation des différents réseaux de résistance, les heures sombres, le refus du STO, la fondation des maquis… Robert Mencherini s’attache à montrer que la résistance a été précoce à Marseille, qui apparaît «bien avant Lyon», comme «la première capitale de la Résistance», avec le repli stratégique de nombreux organismes de l’État. Un énorme travail qui peut se lire d’une traite ou en flânant, passionnant à toutes les pages. MARYVONNE COLOMBANI

Liberté à qui de droit L’affaire de l’esclave Furcy retrace le destin d’un esclave qui a assigné son maître en justice pour obtenir sa liberté. Ce procès, qui débute sur l’île Bourbon trente ans avant l’abolition de l’esclavage, est un cas unique. D’abord, parce qu’un esclave était considéré comme un meuble, et ne pouvait faire appel à la justice. Ensuite parce que l’esclavage est souvent une Histoire sans archives où l’on se confronte au problème des sources. Enfin, parce que Furcy fit preuve d’une ténacité remarquable dans cette interminable procédure judiciaire - vingt-sept ans ! - dont l’enjeu ne se résumait pas à sa personne : s’il gagnait, il serait pour les autres un exemple à suivre, un symbole, et seize mille esclaves s’empresseraient de réclamer leur affranchissement devant les tribunaux… Cela représentait pour les esclavagistes une menace bien plus inquiétante qu’une rébellion ou une fuite.

Histoires d’ici et d’ailleurs Luis Sepúlveda, traduction Bertille Hausberg Métailié, 17 €

Cet essai résulte de quatre années de recherche entre la BNF, Aix et l’île Bourbon. Il comprend de précieux documents d’époque comme des legs, des annonces de vente, des plaidoiries et surtout, de magnifiques lettres rédigées par Furcy lui-même. Il présente une société complexe où il existe une multiplicité de catégories d’esclaves et où l’élite défend ses intérêts dans un réseau de relations qui verrouille le système politique, économique et judiciaire. Mohammed Aïssaoui est journaliste : il a obtenu le prix Renaudot pour ce remarquable travail d’investigation. MARION CORDIER

L’affaire de l’esclave Furcy Mohammed Aïssaoui Gallimard, 16,90 €

Résistance et occupation (1940-1944) Robert Mencherini Éd. Syllepse, Histoire : enjeux et débats, 25 €


LITTÉRATURE

Du côté de chez Nicole Pour sa première rencontre littéraire, la librairie Apostille (cours Julien, Marseille) a frappé un grand coup en invitant Eugène Nicole. Originaire de SaintPierre et Miquelon, ce professeur à l’université de New-York, spécialiste d’onomastique et fin connaisseur de Proust, n’est pas vraiment connu du grand public. L’œuvre des mers, cycle imposant de 5 volumes, tout récemment réédité dans son intégralité, vient pourtant de recevoir le Prix Joseph Kessel. Pendant une heure passée trop vite, l’écrivain a évoqué ce grand œuvre «qui s’est bouclé», guidé par les remarques de Pascal Jourdana et pressé de questions par les lecteurs enthousiastes du club de la librairie. Il dit avoir écrit cette somme

Eugene Nicole © Patrick Box

romanesque en partie autobiographique afin de «donner une place littéraire à cette microscopique partie du monde» que

constitue son archipel natal. Construire tout un univers romanesque à partir d’un microcosme, tel est le point de départ d’une écriture que les «ruminations» de l’exil (Nicole est parti pour la France afin d’y poursuivre des études de lettres, il s’est ensuite installé aux États-Unis) ont fait germer. Comme celle de Proust, auquel on ne peut s’empêcher de penser tout au long de l’entretien, l’œuvre prend appui sur des noms, sur des lieux fondateurs et sur les liens qui s’établissent (ou non) entre eux. La géographie, le climat si souvent baigné de brouillard, d’ombres fantomatiques, les maisons même deviennent les personnages d’une fiction rétrospective qui vise à «fêter une enfance», selon une expression que Nicole

Libraires du sud /Libraires à Marseille - 04 96 12 43 42 Rencontres : avec Audrey Houlès pour Gentil petit coquelicot (Equinoxe) le 23 juillet dès 15h30 à la librairie La Carline (Forcalquier), avec François Arango pour son roman Le Jaguar sur les toits (Métailié) le 24 août à 19h à la librairie Aux vents des mots (Gardanne).

FORCALQUIER Association Rentrée Nouvelles – 04 92 75 17 36 4e édition du festival Rentrée Nouvelles avec les éditions Quadrature, Quiero / Marginale, Atelier du Gué, D’un noir si bleu, Chemin de fer, Le mot fou, La Chambre d’échos, Nykta, du 19 au 22 août place du palais.

AIX Voyons Voir – info@voyonsvoir.org Des pliages : Présentation des travaux d’ateliers réalisés par les stagiaires en formation au Centre de rééducation professionnelle Richebois sous la conduite de l’artiste Arnaud Vasseux, jusqu’au 30 juillet au Centre Richebois (Marseille) ; En ce lieu ou presque # 1 : exposition de S. Le Mercier, Y. Oulab, D. Petit, R. Rivoire, jusqu’au 2 octobre au domaine de Saint Ser (Puyloubier) ; En ce lieu ou presque # 2 : exposition de L. De Leersnyder, S. Lagarde, P. Navarro, V. Rizzo et J. Setton, jusqu’au 2 octobre au Château de Grand Boise (Trets) ; En ce lieu ou presque # 3 : exposition de G. Mao, jusqu’au 2 octobre au Jardin des 5 Sens (St-Marc Jaumegarde). Galerie La Non-Maison – 06 29 46 33 98 Exposition inédite du photographe John Cohen, jusqu’au 24 septembre. Galerie d’art du conseil général – 04 42 93 03 67 Exposition Voyages à Rome, la Provence et l’Académie de France du XVIIIe siècle à nos jours. Jusqu’au 18 septembre.

LE LAVANDOU Ville – 04 94 00 41 72 Prix de la création peinture contemporaine : exposition jusqu’au 31 août dans la salle d’honneur de l’Hôtel de Ville.

AVIGNON Présence Pasteur – 06 86 83 72 42 Pendant le Festival Off, Danielle Vioux propose un cycle de lectures, Voyages de mots en Méditerranée, à 10h30 : Road Movie Alzheimer en présence de l’auteure et metteure en scène Jalie Barcilon, le 14 juillet ; carte blanche à Moni Grego, le 19 ; Maroc, long extrait de Il de Driss Sikses, le 20 ; carte blanche à Jean-Yves Picq, le 21 ; extraits de textes d’Aïdée Bernard, Gilles Desnots, Marcel Moratal, Denis Cressens, Armel Marin, Habib Ayyoub… - Respirer encore de Danielle Vioux, le 26 ; textes d’Alain Gibaud et Jean-Claude Grosse – Liban, long extrait de Translation de Gabriel Boustany, le 27 ; Algérie, texte de Habib Ayyoub et Keltoum Staali – long extrait de Requiem pour une île de Mohammed Zaoui, le 28. BARJOLS Editions Plaine Page – 04 94 72 54 81 Les Eauditives : Poésie au fil de l’eau, ondes et flux : lectures, performances, installations, du 1er au 31 août.

MANOSQUE Association Blues & Polar – 06 71 78 05 12 9e Festival Blues et polar sur le thème Le polar et l’amour fou sous le parrainage de S. Giono-Durbet, F.-O. Giesbert, R. Frégni, P. Carrese, G. Collard : lectures, rencontres, dédicaces, spectacles… Du 22 au 27 août. MARSEILLE BMVR Alcazar – 04 91 55 90 00 Exposition de photos de jazz de Jean-Pierre Leloir, Objectif Leloir. Jusqu’au 26 août. Exposition de vinyles Les Métamorphoses de Miles, jusqu’au 12 août. Conférences musicales de François Billard : le jazz, un couple à trois ? suivie d’une rencontre avec Ahmad Jamal, le 19 juillet à 17h et Klezmer in !, suivie d’une rencontre avec David Krakauer, le 22 juillet à 17h. Institut Culturel Italien – 04 91 48 51 94 Cours d’italien intensifs d’été : du 16 au 29 août de 9h30 à 12h30 (pour débutants et personnes ayant acquis les bases élémentaires de l’italien) ; spécial enfant : stage de 5 à 10 ans du 4 au 8 juillet de 10h à 12h ; stage de remise à niveau lycéens et étudiants, du 22 au 26 août de 10h à 12h. Librairie Apostille – 09 51 83 15 27 Exposition des photos de natKa, Red. Vernissage le 20 juillet à partir de 19h, exposition du 20 juillet au 3 septembre. Centre Design – 04 88 90 03 12 Bibliothèques de plage : bibliothèque de Simon Krol sur la plage du Prado (Marseille) ; bib. de Pierre Charmoy sur la plage Romaniquette (Istres). Jusqu’à fin août. [mac] – 04 91 25 01 07 Exposition L’énigme du portrait, œuvres de la Collection Neuflize Vie, jusqu’au 18 septembre.

RENCONTRES

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emprunte à Saint-John Perse. À faire renaître un monde passé aussi, au fil d’une narration où le «je» côtoie le «nous», dans une recherche des îles perdues dont l’extrait lu par l’auteur a permis d’entendre la musique particulière. Un beau texte dont on reparlera puisque Eugène Nicole participera aux Littorales en octobre prochain. FRED ROBERT

Eugène Nicole était invité le 18 juin dans le cadre des Escales en librairies

À lire L’œuvre des mers, Ed. de l’Olivier, 26 €

Galerie Fabrik 89 – 04 91 55 58 29 Exposition collective Bulles temporelles : sélection de planches originales d’auteurs du 9e art à l’occasion de l’ouverture de La Gallery Marseille. Jusqu’au 23 juillet. CCI Marseille Provence – 0810 113 113 Exposition Sur tous les océans… Pour tous les continents. Publicités des Messageries Maritimes, jusqu’au 31 août au Palais de la Bourse. OUEST PROVENCE Intercommunalité Ouest Provence – 04 76 44 33 26 Colloque sur l’intercommunalité culturelle : Quels projets pour quelle gouvernance à l’heure de la réforma territoriale ? Organisé par l’Intercommunalité avec l’Assemblée des Communes de France (ADCF), la Fédération nationale des Collectivités territoriales pour la Culture (FNCC) et l’Observatoire des politiques culturelles (www.observatoireculture.net), il réunira près de 300 élus et professionnels pendant deux jours à Istres au théâtre de l’Olivier et au cinéma Le Coluche. Les 20 et 21 octobre. VAUVENARGUES Château – 04 42 38 11 91 Dans l’arène de Picasso : lectures à 3 personnages autour de propos de Pablo Picasso (réflexions, études raisonnées, biographies, analyses critiques…) avec, selon les soirs, N. Arestrup, A. Alvaro, M. Boyer, L. Corbery, A. Charrin, X. Gallais, F. Huster, D. Pinon, D. Podalydes, sur des musiques de E. Truffaz, M. Beacco… Du 25 juillet au 10 août dans la pinède du château. VERS-PONT-DU-GARD Pont du Gard – 0 820 903 330 Mémoires de garrigue : atelier familial Des plantes pour écrire et teindre à l’époque romaine, les 19 juillet et 2 août à 14h30 ; Visites théâtralisées du Musée, à 18h les 13 juillet et 10 août ; atelier Bricol’eau avec réalisation d’un petit moulin, le 26 juillet à 14h30. Appel à candidature Bibliothèque de théâtre Armand Gatti – 04 94 28 50 30 L’association Orphéon, en partenariat avec la Drac PACA, propose une résidence d’écriture à un auteur de théâtre à La Seyne-sur-Mer du 15 octobre au 17 décembre 2011. Le dossier de candidature (lettre de candidature, note d’intention précise, bio-bibliographie, quelques pages sur un éventuel projet d’édition ou de création) doit parvenir au plus tard le 31 août à orpheon.bag@orange.fr.


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PHILOSOPHIE

VICTOR STENGER | RENCONTRES NUMÉRIQUES

Sans dessein, sans cause et sans création : l’univers

Dieu inutile Stenger fait la synthèse de l’état actuel de la science pour démontrer que l’hypothèse de Dieu se fonde sur des problèmes qui ne sont plus d’actualité depuis au moins un siècle pour certains. Et ce n’est pas tant la «bêtise créationniste» qui est violentée, que plus gravement l’argument du «dessein intelligent» ou du «réglage fin» : c’est l’idée que les processus naturels ne peuvent expliquer des systèmes complexes qui semblent avoir été pensés par un grand architecte. Certes Hume avant déruit cet argument, mais philosophiquement : «mais pourquoi voulez vous prendre ce petit point de votre cerveau pour le modèle entier de tout l’univers ?» ; question succulente de Philon dans les Dialogues sur la religion naturelle. Stenger en philosophe rappelle ces arguments mais se concentre sur la science. Un chapitre par exemple a pour titre : «Peut-on parler de réglage fin dans le cas des molécules de carbone et des molécules organiques ?». Au travers d’expériences chimiques et physiques, il est montré que le carbone, élément constitutif fondamental de la vie, est certes d’une grande complexité mais que l’on peut résoudre à partir de la simplicité d’expérience. Point besoin de dessein intelligent. L’hypothèse d’un dieu est rigoureusement inutile. Car l’auteur passe en revue de manière scientifique et démonstrative tous les arguments du «réglage fin» qui laissent supposer un organisateur : aucun ne tient la route ! Il est passionnant de lire ainsi que la science invalide totalement l’idée de dieu comme organisateur de la matière -puisque pour le vivant on a Darwin, plus populaire que la physique ! Mais la démarche et les avancées scientifiques sont trop complexes

pour rendre des comptes à l’opinion au sens où l’entendait Bachelard («elle pense mal, elle ne pense pas, elle traduit ses besoins en connaissances»), et l’opinion continue à s’appuyer par exemple sur l’idée d’un commencement, qui scientifiqument est aujourd’hui une hérésie.

Mémorable Le département Références de l’Alcazar, en partenariat avec l’ADBS1, a ouvert un cycle de conférences portant sur notre rapport au temps. La question posée à Alexandre Coutant, venu de l’université de Franche-Comté, portait sur l’identité à l’ère numérique. Vaste sujet ! Ayant défini l’identité comme ce qui nous caractérise de manière individuelle, et établit une stabilité du moi alors même que nous sommes différents d’un moment à un autre, l’orateur a évoqué les spécificités liées au monde dit «virtuel». Sur Internet, notre identité nous échappe de plusieurs manières : sans même nous en douter, nous sommes suivis à la trace par d’énormes conglomérats (Google, Facebook, Apple pour ne citer qu’eux) dont le but est de centraliser l’ensemble de notre navigation à des fins lucratives. Encouragés à alimenter en permanence notre «présence en ligne», par des contenus «archivés précisément, pérennes, inaltérables», nous allons à l’encontre du processus identitaire qui réclame une contextualisation temporelle. Or, si les données du passé

Dieu dépassé Spinoza par exemple avait déjà par les seules ressources de la philosophie démonté en règle l’idée de création et de volonté de dieu «cet asile de l’ignorance». Alors si les sciences sont d’un entendement trop complexe pour démontrer à la population mondiale que leurs dieux sont des chimères, reste encore la voie du bon sens. Ce que rappelle dans de belles pages Stenger : si Dieu a fait le monde, comment se fait-il que 99% des espèces ayant vécu sur Terre aient disparu ? Pourquoi ce gaspillage ? Pourquoi l’espèce humaine a-t-elle failli disparaître à plusieurs reprises ? Pourquoi l’évolution ? Pourquoi cette espérance de vie limitée à 20 ans pendant des milliers d’années ? Pourquoi un être tout puissant se cache-t-il de ceux qui l’attendent depuis des millénaires ? Une frange grandissante de la population croit en Dieu dans l’indifférence ou la tolérance (paix-des-braves !) générale. Avec les conséquences en termes d’ignorance et d’exclusion que cela entraine. Si l’on veut conserver une cohérence républicaine a minima, et d’autant plus si l’on est animé d’un désir d’émancipation réel, il est grand temps que la croyance religieuse capitule. En l’état actuel du savoir, cela paraît une évidence : l’hypothèse de Dieu était un besoin ancestral de l’humanité, elle est désormais scientifiquement dépassée. RÉGIS VLACHOS

Dieu, l’hypothèse erronée Comment la science prouve que Dieu n’existe pas Victor Stenger H&O éditions, 19 euros www.colorado.edu/philosophy/vstenger

Alexandre Coutant © Gaelle Cloarec

Dans le dernier Zibeline, on s’inquiétait de la banalisation de l’idée de Dieu dans l’enseignement scolaire. Comment peuton encore supporter, sous prétexte de tolérance et de laïcité, de laisser perdurer l’ignorance ? N’y-a t’il pas un manuel d’athéologie qui permettrait d’en finir avec cette superstition ? Comme par miracle un souvenir lumineux s’empara de nous ! Un livre intitulé Dieu l’hypothèse erronée, Comment la science prouve que Dieu n’existe pas de Victor Stenger existait ! L’universitaire étasunien, scientifique et philosophe, s’y appuie sur les ressources de la science pour invalider l’idée de Dieu. Nous sommes au XXIe siècle et les avancées de la science sont trop complexes : c’est une banalité que de le constater. Mais ce qui l’est moins est de faire la synthèse des travaux récents pour montrer en quoi les questions qui permettaient encore de supposer un Créateur sont définitivement balayées. Au VIe siècle avant l’ère commune, chacun s’affolait des éclipses de soleil, alors que Thalès pouvait les calculer et mettre à bas les superstitions. Aujourd’hui encore chacun croit que la matière (l’univers) doit avoir un commencement, alors que la physique montre que c’est une manière puérile de poser le problème : depuis Einstein on peut comprendre le rapport entre matière et énergie, qui dépasse une stricte causalité créatrice, et depuis la physique quantique comprendre (avec bac plus six en physique évidemment) que des changements ne sont pas réglés par la seule causalité.


ALCAZAR

HISTOIRE

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Il a dégagé ! et mémorisable

Nuage de tags © X-D.R.

sont encore accessibles telles quelles une fois sorties de leur contexte, comment garantir la différenciation entre ce qui est public, privé, intime ou assumé ? Alors quoi, faut-il se déconnecter ? Il semble que cela ne servirait à rien : rien n’empêche autrui de publier quelque chose vous concernant, et tout contenu, même si vous portez plainte pour qu’il soit retiré, peut ressurgir facilement. Non, d’après M. Coutant, limiter les dégâts consisterait à reprendre en main ses traces. Il ne s’agit pas «juste de normes techniques à changer, ni de simples règles à créer pour faire respecter l’anonymat.» Plutôt d’apprendre à «reconstituer ses facettes» pour éviter le piège de l’interconnexion2, de faire œuvre de pédagogie, d’avoir recours à une médiation culturelle de l’Internet. De sortir de la «logique d’ingénieur» qui reporte tous les enjeux sur l’outil, alors qu’il importe avant tout de se questionner sur sa capacité à être humain, en lien avec les autres. GAËLLE CLOREC 1

Association des professionnels de l’information et de la documentation 2 Connexion entre plusieurs réseaux permettant de « cerner » l’internaute dans le but de connaître ou d’influencer ses comportements d’achat

«Non, tu n’as as changé» : l’identité au temps des mémoires numériques a eu lieu le 23 juin à L’Alcazar, dans le cadre du cycle L’information : une nouvelle culture

À l’heure des surgissements démocratiques dans les pays arabes, le dernier mardi du MuCEM de la saison proposait : Tunisie, le temps des libertés ? La conférence était remodelée par les absences de Sana Ben Achour et de Lina Ben Mehnni, initialement annoncées. Aux côtés de Thierry Fabre se trouvaient donc Yves-Aubin de la Messuzière et, innovation technologique, Amira Yahyaoui en visioconférence depuis Paris. Yves-Aubin de la Messuzière, ancien ambassadeur en Tunisie, commença par rappeler que Ben Ali parvint au pouvoir par un coup d’État, légalisé en 1996. Régime dictatorial qui se singularisa par le culte de la personnalité et l’autisme. À partir de 2001-2002, il se mua en cleptocratie : les prises de participations dans les grandes affaires contrôlaient l’économie, et dégageaient une rente au profit de la famille Trabelsi. Amara Yahyaoui insista sur les faux-semblants : les femmes étaient, par exemple, les égales des hommes : elles avaient, elles aussi, le droit de se taire ! Devant des démocraties bien peu tatillonnes, Ben Ali avait surtout réussi à faire croire qu’il était le rempart indispensable contre l’islamisme radical. Yves-Aubin de la Messuzière évoqua l’ambiguïté de la politique française : Jacques Chirac employa la rhétorique benaliste : «le premier des droits de l’homme est de manger» ! S’il regretta cette phrase, Nicolas Sarkozy fut plus convaincu : «Les libertés publiques progressent en Tunisie» affirma-t-il ! Pendant ce temps, son ministre, Rama Yade, était privée de rencontres avec les femmes tunisiennes.

reportage de Lina Mhenni qui matérialisa la répression aux yeux de tous. La télévision française, frileuse, hésita. Par contre, les réseaux sociaux comme la chaine Al-Jazira multiplièrent les échos. Et la population mobilisée (les jeunes, les organisations politiques et sociales…) obtint le départ de Ben Ali, le 14 janvier 2011. Le chômage et la misère, le désir de justice sociale, le désir de dignité, la revendication de la responsabilité politique conduisirent à ce fameux «dégage !» suivi d’effet libérateur. On sentit alors poindre chez Amira Yahyaoui, comme dans la salle, une amertume face à l’attitude de la France, avant que celle-ci ne change de cap. Ces ambiguïtés des démocraties ont permis aux acteurs tunisiens de comprendre qu’ils ne devaient pas leur liberté à l’occident mais à leur propre volonté et à leur propre conviction. Alors que l’Europe refoulait les migrants tunisiens, le pays accueillait en masse les voisins libyens. Le futur semble désormais serein et le processus démocratique bien engagé. Les ministres de Ben Ali ont quitté les responsabilités, le parti du président est dissout et ses membres ne peuvent se présenter aux élections. Une constituante est à l’œuvre. Les élections ont été retardées pour assurer une juste représentation des forces politiques (le scrutin sera proportionnel). Si le péril islamiste a beaucoup fait trembler, il semblerait que l’homogénéité de la société tunisienne et la liberté d’expression soient un bon antidote ! RENÉ DIAZ

Le tournant Vint le temps du changement. Pour Amira Yahyaoui les morts qui s’accumulaient scellaient la rupture définitive. Elle fit référence au remarquable travail de

Durant la révolution tunisienne, sur la place du gouvernement à Tunis © X-D.R.


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CINÉMA

LES VARIÉTÉS | FID

Au fil du FID C’est avec Poussières d’Amérique d’Arnaud des Pallières que s’est ouvert, le 6 juillet, le 22e FID Marseille dans son lieu historique, la grande salle de La Criée pleine à craquer. Un film étonnant qui a partagé le public, certains ayant cédé à la «dangereuse machine à fascination», d’autres s’étant ennuyé durant ce film qui, comme toute la sélection opérée par Jean-Pierre Rehm, ne voulait ni faire la leçon, ni donner des réponses. Pour réaliser Poussières d’Amérique, montage alterné d’images d’archives américaines et de cartons noirs à l’ancienne, qui commentent avec ironie l’Histoire des États-Unis et déconstruisent le rêve américain, Arnaud des Pallières a visionné des milliers de films vernaculaires. «Ce film dit-il, parle d’Amérique. Donc de nous. Des morceaux de la vie de chacun. Un enfant, son père, sa mère, le lapin, le chien, les fleurs, votre enfance, la mienne, la nôtre. Les Indiens, Christophe Colomb, Apollo, la Lune. Chaque personnage dit «je». C’est le journal intime de chacun. L’autobiographie de tout le monde.» Il faut se laisser emporter par la puissance hypnotique de ce torrent d’images, troncs abattus et charriés au fil de l’eau et «laisser la porte ouverte» pour aller à la rencontre de l’Autre. Car l’on fait de bien belles rencontres au FID. Hermes Paralluelo a suivi les pas de cartoneros de Cordoba, en Argentine, et nous présente Ricardo, un jeune garçon de dix ans qui fait vivre sa famille en collectant des déchets. Nous le suivons en longs plans séquences au gré de ses trajets ; il a un rêve, posséder un cheval de course qu’il appellera Yatasto, le titre de ce film «fait sans idée préconçue pour essayer de décrire des sentiments et des situations.» Fort réussi ! Un rêve, Shahriyar en a un, qui occupe tout son temps. Il vit à Kermanshah, une petite ville iranienne où le réalisateur de Moving up a vécu, et veut devenir écrivain, comme Jack London, Tennessee Williams ou Dostoïevski. Il est éboueur mais la littérature et l’écriture le possèdent totalement. Son entourage se moque de lui et les

Yatasto de Hermes Paralluelo

seuls à écouter ses textes sont les pigeons. Et Loghman Khaledi, qui a reconnu en lui un peu de lui-même. Shahriyar lui a dédié ce poème qui parle de ce film émouvant : «Balayeur, balayeur, ne balaie pas les feuilles jaunes, car j’aime entendre le bruissement des feuilles et savoir que je marche.» Il se peut que la beauté ait renforcé notre résolution - Masao Adachi est le premier d’une série de portraits de cinéastes : Philippe Grandrieux est allé à la rencontre de ce réalisateur underground japonais pro-palestinien. Tout doucement, à l’intuition, et c’est un moment magique. Le dialogue passe par la matière filmique elle-même. Aux images un peu voilées du cinéaste japonais font écho celles de Grandrieux, pâles, qui découvrent tour à tour une enfant sur une balançoire, des morceaux de paysage, des cerisiers en fleur, le

Le café commun

visage en très gros plan du cinéaste qui pense, à haute voix. «La lumière, je l’avais au bout des doigts, c’était la lumière que je désirais voir. C’est aussi une chose très simple, il suffit de désirer ce que l’on filme.» On pourrait aussi parler de Soad Hosni, une star du cinéma égyptien dont Rania Stephan évoque la vie à partir d’extraits des cent films qu’elle a tournés ; ou de Reda Ibrahim Mohamed Ali, la matriarche d’un clan de femmes où le métier de danseuses se transmet de mère en filles, dans le beau film d’‘Isabelle Lavigne et Stéphane Thibault La Nuit elles dansent ; ou de Renée, la mère de Jonathan Caouette dont le dernier film, Walk away Renée a clôturé le festival… ANNIE GAVA

Tasnim d'Elite Zexer

Mahmoud Darwich aimait à «sentir l’odeur du café», passion palestinienne qui a occasionné une belle soirée au cinéma Variétés le 21 juin ! Yael Perlov nous a présenté le projet qu’elle a initié à l’Université des Arts de Tel Aviv : faire travailler ensemble, autour d’un thème quotidien, le café, huit jeunes cinéastes israéliens et palestiniens. Malgré les difficultés liées à la situation politique, avec un budget réduit et après une période de méfiance réciproque, au bout d’une année de travail en étroite collaboration le résultat est là : Coffee beetween reality and imagination, un programme de six courts métrages de fiction et deux documentaires. Tous très différents, et

vraiment réussis ! On retiendra plus particulièrement Eva s’en va d’Aya Somech : un cafetier, devenu très religieux veut tout «casheriser» et sa femme ne le supporte pas  ! Elite Zexer met en scène, dans Tasnim, une jeune bédouine au fort caractère. Gazi Abu Baker a adapté une nouvelle de l’écrivaine palestinienne Samira Azzam, The Man and the Clock. Yael Perlov ne va pas en rester là : un nouveau projet est en construction sur un thème politiquement plus délicat en Israël : l’eau, sujet des conflits… À suivre ! ANNIE GAVA

www.wix.com/coffeeproject /coffeeproject2010


CINÉMA ISRAÉLIEN | VARIÉTÉS

CINÉMA

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Une semaine Israélienne Peut-on faire en Israël un film qui ne soit pas politique, se demandait Joseph Cedar ? Footnote son dernier opus, prix cannois du scénario 2011, projeté en ouverture de la 12e édition phocéenne des Regards sur le cinéma israélien, en présence des autorités diplomatiques, incite à répondre par la négative. À travers la rivalité entre un père évincé des honneurs et son fils les cumulant, tous deux spécialistes du Talmud, s’esquisse une réflexion sur l’enfermement idéologique, la nécessité du compromis, les forteresses qui protègent mais écrasent, la difficulté de voir le tout quand on ne s’accroche qu’aux détails. La pureté impitoyable du père -un Alceste aigri et mutique dont la seule trace de trente ans de recherche se réduit à une note de bas de pages’accommodera d’un mensonge révélé. Histoire d’une méprise administrative -occasion d’égratigner le bastion étriqué de l’université-, fable sur la déception paternelle et le cauchemar d’être fils, étude d’un cas de conscience, ce film bavard ( trop?), s’il n’est pas totalement réussi et souffre de la comparaison inévitable avec l’homme sérieux des frères Coen, offre sur fond de noirceur psychologique et sociale, des scènes franchement drôles. Faire abstraction des conflits inextricables du pays devient un luxe qu’Eitan Zur dit avoir voulu s’offrir avec Naomi, drame sentimental tiré d’un best-seller d’Edna Mazia, sur un sujet des plus banals : un adultère suivi de crime, remords, enquête. Le meurtrier est juif, le policier arabe, la mère allemande et pragmatique : on est à Haïfa, ville jumelle de Marseille où la cohabitation est normale. C’est là aussi qu’Avi Nesher campe les personnages attachants de son film The Matchmaker : Yankele, marieur professionnel, rescapé de la Shoah, le jeune Arik qu’il embauche

Naomi d'Eitan Zur

pour l’été 68 et qui découvrira la complexité de l’amour. Adaptation d’un roman de Kenaz, Infiltration de Dover Kosashvli suit un groupe disparate de recrues de l’armée israélienne durant leurs trois mois de classe, durant l’été 1956. Un kibboutzin, un intello, un caractériel, un homo, un don juan, un épileptique... rétifs sans être rebelles, cimentés malgré leurs différences par ce sentiment national qui apparaît également dans l’épopée historique Gei-Oni de Dan Wolman de façon trop académique et édifiante. La semaine s’est achevée au rythme du cœur de Sarah (incarnée par Sarah Adler), dernier être humain à pouvoir rêver dans le décor post-indus-

triel intemporel et sublimé du virtuose Andante de Assaf Tager, une performance cinématographique à la fois plastique et musicale. Et de celui d’Aharon, fragile adolescent du livre de La grammaire intérieure de Nir Bergman. Film bouleversant où s’impose le point de vue du héros refusant de grandir pour ne pas ressembler aux adultes brisés à force de malheurs et de renoncements, s’évadant tel Houdini d’espaces clos et asphyxiants, s’enfermant dans un présent permanent. Une semaine contrastée qui témoigne de la vitalité et des ambitions du cinéma israélien dans les déchirures de l’Histoire. ÉLISE PADOVANI

La cité de l’espoir Le 9 juin, au cinéma Variétés à Marseille a été projeté Hopecity, en présence de la réalisatrice Léa Jamet et de toute l’équipe de cette fable grinçante, acteurs professionnels comme Cathy Darietto, Théo Triffard ou Christophe Grégoire, et débutants, des sans-abri, comme Annick Sylvestre ou Mickaël Rabia rencontrés à la Boutique Solidarité de la Fondation Abbé Pierre. «Et si on faisait un film ensemble ?», une affichette et tout a commencé ! Une année d’écriture dans des ateliers animés par Léa et Théo, des mois de répétitions, des repérages «rock’n’roll», 14 jours de tournage et 4 mois de post production. Un budget ridicule, des techniciens qui ont travaillé presque bénévolement, convaincus qu’il est très important que les personnes en grande précarité puissent

affirmer leur dignité à travers une expression artistique avec des professionnels et un film de fiction de 52 minutes, nourri du quotidien de ses auteurs. Hope City est une ville imaginaire gouvernée par un groupe qui contrôle tout et où se côtoient deux classes sociales, les «Nantis» qui souhaitent l’éradication des «Lambdas». À travers ce scénario simple, sont abordés des thèmes quotidiens et universels : le pouvoir, la liberté, l’amour, l’amitié, la trahison… Les scènes tournées dans un tunnel désaffecté et les «rêves» des «Lambdas» sont les plus réussies de ce film humain, dédié à Jehemi Boumediene, un des sans abri décédé durant l’année 2010, cinq mois après le début du projet. La projection s’est terminée par Ti fleur fanée, chantée par Annick

Hopecity © Patrick Palmyre

Sylvestre, reprise par toute l’équipe. Un moment très émouvant. ANNIE GAVA


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CINÉMA

LUSSAS | RENDEZ-VOUS D’ANNIE

Fin d’été en Ardèche Du 21 au 27 août aura lieu à Lussas, en Ardèche, la 23e édition des États Généraux du Documentaire. Au programme, des projections, des rencontres du

public avec les cinéastes, des rencontres professionnelles, deux ateliers, Donner à entendre et Le cabinet d’amateurs. Histoire de doc nous emmènera en Tchécoslovaquie et la Route du Doc en Italie. Fragment d’une œuvre sera consacré à une réalisatrice américano-suédoise de films expérimentaux, Gunvor Nelson. Et comme chaque année, la section Afrique et Expériences du regard, une vingtaine de films des films qui «nous convient à quitter notre position de spectateurs pour devenir davantage des acteurs du monde et de nos propres vies.»

S’ils tiennent compte, outre ce riche programme, des journées SCAM et SACEM, des projections chez l’habitant, des écrans sous les étoiles, de la musique, et de l’atmosphère très conviviale, les amateurs de documentaires finiront sans nul doute leurs vacances à Lussas !

Jusqu’au 24 juillet, en collaboration avec le Festival d’Avignon, Utopia propose Territoires cinématographiques : des projections uniques, suivies de rencontres. Le 13 juillet à 10h30 L’Impossible - Pages arrachées en présence du réalisateur Sylvain George. Le 14 à 14h, le premier film d’Agnès Jaoui, Le Goût des autres, en présence de la comédienne Anne Alvaro, et à 17h30, en avant-première, Les Bien-aimés, séance unique suivie d’une rencontre avec Christophe Honoré ; les 18 et 19 juillet à 14h deux films de Thierry de Mey autour des spectacles de la chorégraphe et danseuse Anne Teresa de Keersmaeker en sa présence, Rosas danst Rosas et Fase.

Du 21 au 24 juillet, André S. Labarthe présente à l’Utopia quatre films de la série Cinéastes de notre temps à 10h30, suivis d’un film de chaque auteur, à 14h : le 21, Alain Cavalier, 7 chapitres, 5 jours, 2 pièces-cuisine de Jean- Pierre Limosin et Pater ; le 22, Nanni Moretti de Labarthe et Habemus papam ; le 23, Carl Th. Dreyer d’Éric Rohmer et La passion de Jeanne d’Arc avec le metteur en scène Guy Cassiers ; à 17h, en avantpremière, Jeanne captive en présence de Philippe Ramos, Labarthe et le comédien Johan Leysen ; le 24, Bresson ni vu ni connu de François Weyergans et Le Procès de Jeanne d’Arc en présence d’André S. Labarthe.

ANNIE GAVA

États généraux du film documentaire 04 75 94 28 06 www.lussasdoc.com

Palazzo delle Aquile de Stefano Savona, Alessia Porto et Ester Sparatore

Depuis le 7 juillet, les cinémas Actes Sud (ex Le Méjan) ont réouvert à Arles : le 13 juillet à 20h, après la projection de Le Moine de Dominik Moll, débat avec Guillaume Pigeard de Gurbert, éditeur du livre ; le 19 à 21h, projection de 8th Wonderland, suivie d’une rencontre avec le réalisateur Jean Mach autour du thème Wikileaks. Dans le cadre du partenariat avec les RAP (voir p58), Le Cinéma de la photographie continue jusqu’au 26 août, tous les jours à 19h30 : La Valise mexicaine et Chevolution de Trisha Ziff, Le Fond de l’air est rouge et Sans Soleil de Chris Marker, Waste land de Lucy Walker… 08 92 68 47 07 www.actes-sud.fr

La 16e édition de Ciné plein air concoctée par TILT continue: à la tombée de la nuit des projections sous les étoiles, dans différents lieux de Marseille. Au théâtre Silvain le 18 juillet Volver de Pedro Almodóvar, le 25 Se souvenir des belles choses de Zabou Breitman et le 28 une soirée «Cinéma et Concert» : à 20h 30 le trio à cordes AnPaPié, suivi du film d’Abel Gance Un grand amour de Beethoven. Au Panier, le 15 juillet, Alice au pays des merveilles de Tim Burton ; le 16 Welcome de Philippe Lioret, le 22 Un été avec Coo de Keiichi Hara et bien d’autres… TILT 04 91 91 07 99 http://cinetilt.blogspot.com Volver de Pedro Almodovar © Emilio Pereda et Paola Ardizzoni - courtesy of Sony Pictures Classics

Avignon www.cinemas-utopia.org

Jusqu’au 28 août, l’Institut de l’image à Aix propose Instants d’été, des projections gratuites en plein air, en collaboration avec l’association Tilt : le 17 juillet Silence, on tourne de Youssef Chahine ; le 24 Certains l’aiment chaud de Billy Wilder ; le 31 Latcho drom de Toni Gatlif ; le 14 août Volver d’Almodovar ; le 21 Lost in translation de Sofia Coppola ; le 28 Le Lauréat de Mike Nichols. Séance spéciale sur réservation, le 23 juillet : le cinépianographe, une création cinématographique et musicale de la compagnie La Rumeur, un cabaret dans l’atmosphère des années 30. Le 7 août, séance de 5 courts métrages proposée par les Rencontres cinématographiques d’Aix-en-Provence. Les projections commencent à la tombée de la nuit. Institut de l’image 04 42 26 81 82 www.institut-image.org

Du 12 au 16 juillet, au Théâtre des Chartreux à Marseille se tiendra la 11e édition d’Images Contre Nature, festival international de vidéo expérimentale. Avec six programmes, Espace, Temps, Perception, Sens, Mouvement et Identité.

Le 19 juillet à 21h45 au Théâtre de Verdure de Saignon, dans le cadre de la 50e édition du Mois du cinéma en Lubéron, devenu le Festival François Morenas en hommage à son créateur, projection de L’Arbre à Fourche de Pascal Privet et de La San Aloï de Dominique Lesourd. http://moisducinema.free.fr

P’Silo - Festival Images Contre Nature 04 91 42 21 75 www.p-silo.org

Le 17 juillet à 22h, dans le cadre de la 16e édition de Simiane sous les étoiles, projection de La Guerre des boutons d’Yves Robert. 04 42 22 62 34 www.omcsimiane.com

Avignon www.cinemas-utopia.org Habemus papam de Nanni Moretti

Du 9 au 11 septembre se tiendra la 10e édition du Best of Short Films Festival à la Ciotat. L’occasion de découvrir les films déjà primés par un Grand Prix ou un Prix du Public dans les plus importantes manifestations consacrées au court métrage, en France et à l’étranger, durant l’année. Le jury attribuera le Soleil d’Or, le Sable d’Argent et la Mer de Bronze. Le jeune public ne sera pas oublié : leur jury, constitué d’élèves de section cinéma, décernera le Cochonnet d’or à un des «mini shorts». Et comme d’habitude, le public pourra rencontrer sur la place du cinéma Lumière les réalisateurs dans la convivialité. Une bonne rentrée en cinéma ! ANNIE GAVA

Best of Short Films Festival www.bestoffestival.com


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ARTS VISUELS

AU PROGRAMME Ici et ailleurs La Fondation Blachère à Apt jette un pont entre la région Paca et le continent africain à travers un programme de résidences, de manifestations, de rencontres et d’expositions. In situ avec deux temps forts : Ville et les imaginaires… source inépuisable d’inspirations (villes rêvées, fantasmées, intimes…) et Africa Rythms, épopée musicale racontée en portraits photographiques. Et hors les murs aux Chantiers de la lune avec Mixités qui croise le travail de 6 des artistes phares de sa collection (Da, Hazoume, Konafé, Lo, Mpane et N’Diaye). M.G.-G.

Mixités jusqu’au 30 juillet Les Chantiers de la lune, La Seyne-sur-Mer 04 94 06 49 26 http://www.facebook.com/leschantiersdelalune

Ville et les imaginaires… jusqu’au 8 octobre Fondation Blachère, Apt 04 32 52 06 15 www.fondationblachere.org

© Mamadou Cissé

Hymne à la Provence L’un peint : Eugène Fidler, l’autre sculpte : Jacques Salles, les deux autres photographient : Lucien Clergue et Brice Toul. Les uns évoquent la terre écarlate du Roussillon, épousent les baigneuses des Saintes-Maries, les autres en dressent le portrait ou chantent l’art d’y vivre. Par amour de leur art, l’association Artothèque les réunit le temps d’un été et d’un hymne à la Provence… M.G.-G.

Clergue, Fidler, Salles, Toul du 29 juillet au 21 août Château La Nerthe, Châteauneuf-du-Pape 04 90 83 70 11 Sans titre © Jacques Salles

Créapatrimoine Dans le cadre du Festival Ap’art, le château royal de Provence ouvre ses grandes salles d’apparat à Jean-Michel Othoniel, mêlant les œuvres de l’artiste aux pages enluminées des manuscrits du roi René 1er, duc d’Anjou et comte de Provence (1409-1480). L’architecture des lieux s’en trouve magnifiée : les planches de L’herbier merveilleux, dans le «salon du roi», côtoient des œuvres présentées autour du monde végétal médiéval et contemporain, tandis que, dans la «chambre de retrait», les trois cœurs en verre soufflé de Murano, Les Chœurs flottants, font rejaillir la lumière du soleil couchant sur ces murs chargés d’Histoire… C.L. L’Herbier merveilleux et Les Chœurs flottants Jean-Michel Othoniel jusqu’au 30 septembre Château royal de Provence, Tarascon 04 90 91 01 93 www.tarascon.fr Jean-Michel Othoniel, L'herbier merveilleux, Coeur de Marie, 2008 (papier, aquarelle, photographie) © Jean-Michel Othoniel Florence Doleac et Claude Aiello, exposition Les Mondes ceramiques, Aubagne 2011 © X-D.R

Terre de feu L’exposition Les Mondes céramiques «bouscule» la tradition des arts de la terre en posant d’emblée la question : comment la création contemporaine interroge-t-elle le monde ? D’où une multiplicité d’œuvres, de techniques, de formes et d’expressions depuis la collection Cocteau et la céramique Futuriste (atelier de Faenza) jusqu’à aujourd’hui : Fanny Ferre et son Groupe du déjeuner présenté pour la première fois dans le Sud, les questionnements de Bertozzi e Casoni sur la société de consommation, les collaborations de Claude Aiello avec les designers Christian Ghion, Ronan Bouroullec ou Florence Doléac… M.G.-G. Les mondes céramiques jusqu’au 18 septembre Centre d’art contemporain des Pénitents Noirs, Aubagne 11e Biennale Argilla 20 et 21 août 04 42 03 49 98 www.aubagne.com


ARTS VISUELS 53 Maison de maître De nouveau ouvert au public (il l’était pour la première fois lors de l’exposition Picasso/Cézanne en 2009), le château de Vauvenargues, qui abrita quelques années entre 1957 et 1959 l’atelier de Picasso accueille une exposition d’une soixantaine de gravures de l’artiste, ainsi qu’un choix de ses livres illustrés, des années 1936 à 1972. S’y côtoient les animaux du Buffon, les scènes de corrida de La Tauromaquia, les acrobates du cirque, les filles des maisons closes ou encore le peintre dans son atelier. C.L.

Pablo Picasso, gravures jusqu’au 18 septembre Château de Vauvenargues 04 42 38 11 91 www.chateau-vauvenargues.com

Pablo Picasso, Eau-forte, 394 x 565 mm. Atelier Crommelynck, 1968, Mougins. Photo de Claude Germain, ImageArt © Succession Picasso 2011

Inclassable Hervé di Rosa fait partie de ces artistes qui bivouaquent autour du monde et inventent un nouvel atelier à chaque rencontre : il a rapporté de ses Détours effectués de 1998 à 2011 une œuvre inclassable aux formes, couleurs, techniques, matières nées du contact avec les artistes, de son apprentissage de leur art, de leur culture, de leurs pratiques et de leurs règles. À Campredon, bronze, bois, résine, aquarelle, dessin, carnet, sculpture racontent la curiosité d’un globe-trotter passionné. M.G.-G.

Détours du monde, 1998-2011 Hervé Di Rosa jusqu’au 2 octobre Centre d’art Campredon, L’Isle-sur-la-Sorgue 04 90 38 17 41 Herve Di Rosa, Atelier, 2010, acrylique sur toile, 128x173cm-collection privee, Paris © Pierre Schwartz

Rave J, Les chevrieres au bord de mer © Collection Dumon

Accord parfait La Maison de Louis Vouland, ancien hôtel de Villeneuve-Esclapon, se prête tout particulièrement aux œuvres de la Collection Dumon qui trouvent dans les chambres ou la salle à manger une concordance parfaite : Loubon, Ziem, Chabaud, Manguin, Marquet, Lhote et tant d’autres artistes inspirés par la Provence… Une centaine d’œuvres sur 850 que compte la collection - témoignent d’un certain art de vivre sous le soleil du Midi. M.G.-G.

La Collection Dumon Fondation Regards de Provence jusqu’au 30 octobre Musée Louis Vouland, Avignon 04 90 86 03 79 www.vouland.com

Figure Pionnier de la nouvelle figuration qui contra l’abstraction officielle, acteur essentiel de la figuration narrative, Gérard Fromanger installe sa rétrospective au Musée Estrine. Trame et sujets s’y confondent dans un langage à la fois abstrait et figuratif, évoquant notamment des amitiés électives nouées avec C. Bernard, F. Guattari, M. Onfray, J. Prévert, M. Foucault… La couleur, qui joue un rôle majeur, exprime les passions et transfigure le réel en introduisant le temps de la narration dans l’espace plastique. C.L.

L’écharpe d’Iris, rétrospective 1955-2011 jusqu’au 4 septembre Musée Estrine, Saint-Rémy 04 90 92 34 72 www.musees-mediterranee.org

Gérard Fromanger, Je suis dans l'atelier en train de peindre...à mon seul désir, 1979. Huile sur toile, Collection particulière


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ARTS VISUELS

AU PROGRAMME Instants volés Face à l’afflux d’images et au télescopage des genres, l’artiste plasticien Michel Alliou s’empare sans hiérarchie ni références explicites d’images cinématographiques, détourne des images médicales, use de clichés personnels, emprunte aux magazines et à la publicité pour fabriquer son propre alphabet formel. Et créer un leurre pictural : le regard croit à une photographie puis, scrutateur, distingue des touches picturales. Autrefois cadrées, formatées, les images sont mises en perspective selon un scénario critique. M.G.-G.

You just can’t live without me Michel Alliou jusqu’au 31 août Espace culturel, Le Lavandou 04 94 00 41 72 / 04 94 00 40 40 © Bad lieutenant n°3, Michel Alliou

Le rêve de Sandra La Fondation Vacances bleues poursuit son partenariat avec le salon international d’art contemporain de Marseille Art-O-Rama en accompagnant la production d’une œuvre nouvelle de Sandra Lorenzi, Le rêve des gens heureux, invitée au Show-Room avec Colin Champsaur, Caroline Duchatelet et Nicolas Pincemin. Une aide financière et un «coup de pouce à la jeune génération marseillaise» qui bénéficie, grâce au salon, d’une plus grande visibilité auprès des galeries internationales (13 cette année), des collectionneurs privés et des institutions publiques. M.G.-G.

Art-O-Rama ouverture les 2, 3 et 4 septembre exposition jusqu’au 18 septembre (Journées du patrimoine incluses) La Cartonnerie, Marseille http://art-o-rama.fr Le reve des gens heureux, Sandra Lorenzi © S. Lorenzi

Le dernier peintre Un an après que la rue «Richard Mandin, peintre-musicien» a été inaugurée dans le 9e arrondissement de Marseille, l’hommage à l’artiste se poursuit de manière éclatante à travers une exposition au centre d’art Sébastien de St-Cyr-sur-Mer et la publication du catalogue raisonné de son œuvre (non exhaustif) Richard Mandin, le dernier peintre réalisé par Annick Masquin et Bernard Plasse aux édition Raisons de catalogue (chronique à venir dans Zib’ 44). M.G.-G.

Visite guidée de l’exposition et dédicace du livre samedi 30 juillet à partir de 16 heures. Mandin, le dernier peintre jusqu’au 18 septembre Centre d’art Sébastien, St-Cyr-sur-Mer www.saintcyrsurmer.fr

© Félix Ziem

© Richard Mandin, L'art et l'amour, 1945

Ziem de Paris En 1905 alors au sommet de la célébrité, Félix Ziem fait don à la ville de Paris d’un important choix personnel de ses œuvres. Cette sélection de la donation du Petit Palais complète à souhait (mais temporairement !) les collections martégales avec entre autres peintures cinq carnets de voyages et surtout un ensemble remarquable d’aquarelles, comme par les thèmes abordés. L’exposition se prolonge par le catalogue (histoire de la donation, Ziem à Paris) et les œuvres de Claude-Charles Le Pape en écho à celles de son aîné. C.L.

Les Ziem du Petit Palais, Paris jusqu’au 30 octobre Musée Ziem, Martigues 04 42 41 39 60 www.musees-mediterranee.org


William Kentridge, I am not me, the horse is not mine, 2008 © Jean-Claude Carbonne

DéraisonNEZ William Kentridge, en haut de l’affiche du Festival d’Art Lyrique pour Le Nez, nouvelle de Gogol adaptée par Chostakovitch pour l’opéra, nous offre deux œuvres plastiques satiriques à la Cité du Livre et à l’Atelier Cézanne. I’m not me, the Horse is not mine interroge le tragique destin des avantgardes russes à travers une installation vidéo. Chostakovitch est une sculpture combinant représentations d’un chef d’orchestre+danseuse+nez+Staline, qui tourne en rond. Perdre son nez et tout devient déraisonnable, au moins jusqu’au 3 septembre. C.L.

Chostakovitch Atelier Cézanne, Aix-en-Provence 04 42 21 06 53 www.atelier-cezanne I am not me, the Horse is not mine, 2008 Cité du Livre, Aix-en-Provence 04 42 91 98 88 www.citedulivre-aix.com

Drogu’art

Une proposition d'Antoine Perpère commissaire de l'exposition, Galerie Art-Cade, Marseille 2011 © Antoine Perpère

Quels rapports peuvent entretenir les arts plastiques et les produits psychotropes ? Art-Cade s’empare du sujet, hors de tout jugement moral, en proposant un ensemble d’œuvres qui évoquent la représentation plastique de produits ou de leur usage (Aurèle, E. Barrus, G. Limone, A. Perpère…), ou qui, intentionnellement ou non, produisent des effets approchant ceux des psychotropes (R. Hains, B. Gysin, H. Foucault…). Ou des œuvres réalisées avec la prise de ces produits (J.M. Charcot, C. Baudelaire, H. Michaux, J. Cocteau…). C.L.

Arts psychoactifs jusqu’au 27 août Galerie Art-Cade, Marseille 04 91 47 87 92 www.art-cade.org


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ARTS VISUELS

CABRIÈS | ARLES

Un été délirant Face à l’accélération du temps et à la morosité ambiante, face à un esprit de conformisme qui semble prévaloir, le Château-musée Edgar Mélik a eu envie «de souffler et de rire sous le regard critique et amusé de Ben». Danièle Malis, conservatrice du musée depuis près de 30 ans et commissaire de l’exposition Un été singulier a invité quelques-uns de ses compagnons de route, des artistes d’Aix, de Marseille et de Nice qui font de leurs singularités une façon de vivre, de penser et de créer. 14 personnalités qui détonnent et délirent par le choix des matières : incroyables performances de Jo Guichou qui, à force de malaxer son chewing-gum, en a fait le medium de tableaux iconoclastes : La Cène, Catherine II. Un ton caustique : Loup garou et Grand oiseau debout, Jacky Coville peuple son jardin d’Eden de créatures étranges en céramique, mi-homme mi-animal, car sa «vision de la genèse est plus biologique que théologique» ! Un humour poétique, comme celui inclassable qui habite l’œuvre de Pierre Ledda (Poupées enchâssées dans des boites peintes) dont le musée possède deux magnifiques colosses de métal, vigies bienveillantes qui accueillent le visiteur dans la cour

pavée du château… Entre les murs de la chapelle peints par Edgar Mélik, ses toiles et ses outils dans l’atelier, les totems d’Alain Peynichou élèvent leurs formes irrégulières jusqu’au ciel, Ghislaine Teyssier laisse dériver ses rêves et ses peurs entre les lignes de ses dessins, Anita Singharaj découpe au scalpel les mots des autres dans des livres sculptés qu’elle réinvente, Olivier Bernex offre deux polyptiques récents, Le Squat et La chute du peintre, explosions de couleurs, jaillissements de lignes comme l’annonce d’un nouveau cycle de vie… Tandis que, dehors, un jeu de trames mobiles flottent au vent sur le toit du château, luminescentes dès la tombée de la nuit : Pierre Surtel est un magicien. MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

Un été singulier jusqu’au 6 novembre Château-musée Edgar Mélik, Cabriès 04 42 22 42 81 www.musee-melik.fr

Un grand oiseau debout, Jacky Coville, céramique, 2000 © X-D.R

L’énergénie du lieu Dans le cadre de sur mesures le musée Réattu offre sa première exposition institutionnelle à Charlotte Charbonnel

Charlotte Charbonnel, Resonarium, detail, 2011, structure aluminium, limaille de fer, aimants, moteur © Frederic Halna, vue de l'exposition au musée Réattu

L’intention de la jeune artiste était «de faire rentrer le Rhône dans le musée». Du moins ce qui relève de son énergie. Car cette artiste conçoit des objets et des dispositifs à la fois simples et savants, convoquant science, génie du bricolage et champ poétique. Si ses objets évoquent les recherches de Takis ou Pol Buri (emprunts technologiques, mouvement, effets magnétiques, lumière, son) Charlotte Charbonnel se réclame plutôt de l’œuvre d’Olafur Eliasson, les créations de ces artistes ayant en commun de stimuler nos facultés perceptives via les sensations visuelles ou sonores. Ainsi Écho, qui vibre avec la force du mistral, ou Stéthosphères - cinq bulles de plexiglas transparentes contenant différentes matières et capteur de son, manipulables, reliées entre-elles par des casques d’écoute - qui invite à expérimenter le visible par le sonore et à entendre en temps réel ce que produit l’autre visiteur. Dans le boyau souterrain tout proche la vidéo De 48°34’ à 18’ restitue les puissantes pulsations solaires.

Pour le musée, Charlotte Charbonnel a conçu plusieurs pièces mettant en œuvre limaille de fer et champ magnétique en écho avec les forces du lieu. Des dessins sur papier ont fixé les déplacements de la poudre métallique, tandis que Colosse (le projet devait s’élever à l’échelle de la salle) et Resonarium en sculptent les mouvements imperceptibles. Au convergent de l’axe du Rhône et du cardo romain, l’ancien Grand Prieuré de l’Ordre de Malte bénéficierait selon certaines hypothèses de coordonnées magnétiques particulières. Bonnes vibrations ! C.L.

La revue Semaine éditée par les éditions Analogues consacre un numéro au travail de Charlotte Charbonnel, à paraître fin juillet Charlotte Charbonnel jusqu’au 16 octobre Musée Réattu, Arles 04 90 49 37 58 www.museereattu.arles.fr


AVIGNON | MARSEILLE

ARTS VISUELS

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Entre terre et ciel Le Conseil général de Vaucluse invite cet été l’artiste britannique Richard Long, dans l’espace fascinant de la Chapelle Saint-Charles. Depuis 2008, des expositions d’art visuel gratuites, particulièrement pertinentes et lyriques, s’implantent dans et en fonction du lieu historique classé : Ernest Pignon-Ernest et ses Mystiques extatiques en 2008, puis Anne et Patrick Poirier et leurs Vertiges/vestiges et les jeux de lumière de Georges Rousse en 2010. Le maître du Land Art, «artiste de paysage» rectifie-t-il lors du vernissage de l’installation, «anti bling-bling» préférant se cacher derrière son œuvre, a créé un Champ d’ocre qui s’accorde de manière saisissante à la nef et la lumière naturelle de la Chapelle. Ce marcheur solitaire, voyageur du monde, qui travaille sans assistant et en adéquation avec la nature, a découvert lors d’un séjour dans le département les Carrières d’ocre (voir p.63 l’article de Yves Berchadsky Ocre’n’Rôle Aptitude). Il tire «un portrait symbolique du Vaucluse» en utilisant pour la première fois ce matériau pour une installation

linéaire et éphémère, dans la lignée de ses Stones et Coar lines. Un jardin japonisant de 15m sur 5m aux couleurs d’ocre rouge qui inspire un sentiment de zen bienfaisant, et redéfinit notre perception spatiale par un jeu visuel saisissant. Dans cet espace entre ciel et terre, l’artiste laisse son empreinte discrète, brute et naturelle. À son image. Pour la première fois, le département ouvre la sacristie attenante à la Chapelle, en diffusant un documentaire sur le processus de création de l’artiste. DE.M.

Champ d’ocre Richard Long jusqu’au 16 octobre Chapelle Saint-Charles, Avignon www.vaucluse.fr

Richard Long devant son installation Champ d'Ocre à la Chapelle Saint-Charles, Avignon © Delphine Michelangeli/Zibeline

Retournements et motifs Par cette exposition consacrée à l’œuvre gravé de Georg Baselitz, le musée Cantini renoue avec sa fonction d’institution consacrée à l’art moderne : l’artiste bien vivant, et contemporain Se faire renvoyer pour «immaturité sociopolitique» (nous sommes en 1956 en RDA), être inculpé pour deux œuvres obscènes une fois passé à l’Ouest (1963), en venir au geste définitif de retourner la toile haut/bas (1968 ou 1969 ?), exécuter à partir de ce moment toutes ses œuvres directement comme à l’envers… La radicalité de Georg Baselitz est évidente, lorsqu’il affirme le primat de la figure en pleine époque du diktat de l’abstraction et du minimalisme. D’une présentation rigoureuse très germanique voire austère, l’exposition du musée Cantini se consacre uniquement à son œuvre gravé entreprise dès 1963. Près de deux cent œuvres couvrent près d’un demi siècle de production ininterrompue par lesquelles Baselitz convoque les techniques traditionnelles pour en tirer l’essentiel vers les expérimentations les plus audacieuses et

complexes. On remarquera les grands formats, souvent plus d’un mètre sur deux, en linogravure comme ce Dreibeiniger Akt (Nu aux trois jambes) ou Kopf (Tête) évoquant un Antonin Artaud halluciné. Le catalogue restitue l’ensemble des œuvres exposées. La préface d’Erik Verhagen en particulier permet au visiteur de replacer cette trajectoire artistique chargée d’éléments autobiographiques complexes et de choix radicaux assumés sans ambages. Une proposition qui renoue les fils distendus des expositions temporaires d’art moderne et contemporain, fonction partagée avec le [MAC] mais trop longtemps laissée au hasard des hoquets marseillais. C.L.

À la pointe du trait Georg Baselitz jusqu’au 25 septembre Musée Cantini, Marseille 04 91 54 77 75 www.marseille.fr

Zero fur den maler (Zero pour le peintre), 2005, eau forte, aquatinte au sucre sur velin blanc satin de Somerset / collection galerie Catherine Putman, Paris © Georg Baselitz, 2011


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PHOTOS

ARLES

Zigzarles À Arles la Photo y va d’un monde pas très enchanteur. Bien de belles images nous renvoient à des choses dures, aux quotidiens difficiles, penchées vers les affres humaines avec distance ou amusement parfois. Cette édition, de la grand messe aux plus humbles expos, donne à voir beaucoup de portraits individuels ou de groupes, à tendance documentaire ou fictionnelle, comme si une inquiétude planait dans l’air du temps. Toujours beaucoup d’images, trop peut-être, comme en résonance avec le déversement permanent sur le net dont se nourrissent les nouvelles tendances. Retour en zigzags et lacunaires sur quelques choses vues, à revoir certainement.

Yes !

niela Rossell à Maya Goded et Dulce Pinzon : que sont les super héros anonymes devenus, parvenus, déchus, quidam de la rue ? Des regards de femmes soulignent que tout n’est pas «dulce» en Amérique. Plus éthéré, Fernando Montiel Klint explore l’acte de foi, individuel et inquiétant. Douglas Gordon : du bon usage des miroirs avec Cy Twombly, en réflexion. La javel peut aussi révéler l’intériorité. Voir aussi l’expo de Cy, décédé le 5 juillet, à Lambert en Avignon (ci-contre). Eric Lusito : After the Wall Traces of

Monsieur Marker à L’Archevêché : jeté dessus dès le début et puis… un demi-siècle d’images tout de même! De Koreans (1957) à Passengers (2008-2010), toujours un certain trouble. Wang Qingsong : le making-off est quasi indispensable pour apprécier au mieux ce néo-péplum de 42 mètres de long.

Yes or hum ? From here on (à partir de maintenant) à L’Atelier de mécanique : des questions fondamentales sur les nouvelles pratiques et usages pho-

théorique lançant un mouvement littéraire». Sacré Robert, il a oublié artistique ! Mais ces geeks du net image qu’ont-ils à déclarer ? Bon, ben… Frank Schallmaier expose un mur de bites… le net surf rend visiblement heureux. Comme on peut télécharger à l’envi sur Internet, Penelope Umbrico n’a pas trouvé d’autres solutions que de compiler des images d’écrans en panne. «Tout ce dont nous avons besoin, c’est d’un œil, un cerveau, un appareil photo, un téléphone, un ordinateur, un scanner, un point de vue» dit le Manifeste. Et la capacité de mettre tout cela en formes  ? L’accumulation de procédés - surfer, télécharger, copier-coller, scanner, imprimer - n’est assurément pas suffisante. À l’instar de la musique, il ne s’agit pas de produire du matériau avec de nouvelles technologies. Encore faut-il composer, et pertinemment. L’aventure photographique continue.

Invitation de Valentin Desjardins chez Kiki Tonnerre : Je vous dépose ? en deux séries. Ses voitures voilées vous amènent dans les halls improbables du Caire. CLAUDE LORIN Au Magasin de Jouets : dans ses Sleep Elevation Maia Flore flotte susRencontres Arles Photographie pendue à ses auto-fictions aériennes. jusqu’au 18 septembre Mise en espace théâtralisée jouiswww.rencontres-arles.com sive et collective de Tendance Floue www.voies-off.com malgré des sujets lourds de sens ; malheureusement reléguée au bout des ateliers SNCF. Le Coureur à La Vitrine : on a cherché ici à retravailler les espaces en fonction d’une narration fabulée en Fernando Montiel-Klint, de la serie Actes de Foi, 2009 (Rencontres d'Arles) © F.Montiel-Klint duo par Gilles Gerbaud et Raphaël Chipault avec de grands tirages de chez Voies Off, réalisés en fonction de cette reconfiguration. Pour finalement dans un si petit lieu se perdre comme dans une galerie des glaces ! La Valise mexicaine est en fait ibérique avec ses témoignages historiques Hall entree verte, invite par Kiki Tonnerre, Valentin Desjardins, de la serie Halls du Caire, 2010 © V. Desjardins poignants sur la brutalité franquiste mais la mise en espace au MdAA est frus- the Soviet Empire rend compte d’utopies déchues. À quand une élégie trante (lumière, accès aux planches pour Cuba ? contact) ; nota : pas un cliché sur la dans La Vitrine, Le Coureur de Gilles Gerbaud et Raphaelle Chipault (Voies Off galerie Francoise Paviot) © Zibeline destruction du village de Belchite par Hum… les Républicains. Les trois insensés tographiques liés au numérique et à Voies Off : au premier regard pas tota(Robert Capa, Gerda Taro, David lement emballé par La Bête Aveugle Internet ; la mise en espace des 36 Seymour) n’étaient probablement pas sur le champ des opérations pour de Michel Le Belhomme. Mais faire artistes est un peu compliquée mais très contemporaine. Le Manifeste confiance dans les choix d’Emmace Guernica à l’envers. nuel Loi, et se promettre d’effectuer n’en est pas vraiment un mais une La programmation mexicaine sauun tour supplémentaire ne sera pas tendance floue à propos du net. vée de l’annulation de l’année du Selon le Robert, manifeste : «exposé inutile. Mexique fait le grand écart de Da-


MARSEILLE | AVIGNON

PHOTO

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Une banque d’images La présence au [MAC] de la Collection Neuflize Vie s’inscrit dans un rapprochement entre art et entreprise, et une incursion dans le monde discret de la finance : un mouvement initié au [MAC] lors de l’exposition de la collection de l’éditeur de mobilier Steiner puis de la Fondation HSBC pour la photographie. Neuflize Vie, filiale d’assurance vie de la Banque Neuflize, expose une petite partie de sa vaste collection d’entreprise, qui n’est «ni une collection privée ni une collection de musée. Les œuvres sont exposées toute l’année dans les locaux de l’entreprise» précise Aline Pujo, conservateur. La collection créée en 1997 dispose pour l’heure de 714 numéros d’inventaire et d’un budget annuel d’acquisition de 80 000 ¤. Une dotation modeste qui amène le comité artistique à dénicher parfois des artistes encore en cours d’émergence, et à opérer une véritable réflexion sur un corpus à faire évoluer autour de la thématique choisie : la mémoire. Vaste sujet photographique, même si une constante se dégage: le portrait. De préférence ceux qui interrogent. Au fil des six travées du [MAC] six thématiques problématisent intelli-

traction». Deux modes d’appréhension du réel… On y croise des portraits emblématiques (Désirée Dolron, Xteriors II, «la Joconde des temps modernes»), des autoportraits aux multiples facettes (Sophie Calle dans le texte, Annette Messager camouflée par un filet, Tracey Moffatt et ses souvenirs d’enfance), des figures et séries (les sosies de Michael Jackson de Valérie Belin), des performances prises au vif (Marina Abramovic). Ce sont encore des vidéos où se croisent identité et société, et l’univers urbain habité par l’homme (Dionisio Gonzalez, militant des favelas, les utopies architecturales de Jordi Colomer). Dans toutes ces images, profondément engagées, l’homme est le point de mire : l’école humaniste française a composé, au départ, le noyau dur de la collection… M.G.-G.

Yasumasa Morimura, Doublonnage (Portrait B), 1988. Tirage couleur, ed. de 10, 130 x 130 cm

gemment un parcours pavé d’inattendu, et de révélations : la collection ne cède pas à la facilité et propose des œuvres fortes, et des regards majoritairement féminins. De la photographie à la vidéo, de l’argen-

tique au numérique et au collage, la multiplicité des techniques et des thématiques couvre un champ très vaste, faisant sienne l’opposition introduite par Bergson entre «mémoire-souvenir» et «mémoire-con-

Après le succès de l’exposition Blooming en 2007, Cy Twombly avait souhaité renouveler son partenariat avec la Collection Lambert en proposant d’en être l’artiste invité. Mais cette fois en tant que photographe, et commissaire d’exposition associé. «Lors d’une rencontre l’an passé, Cy n’arrêtait pas de me dire, exalté «Avignone, Avignone, I want to be a DJ». J’ai mis un moment à comprendre la métaphore du mixage : il me proposait tout simplement d’être le commissaire d’exposition !» explique Éric Mézil, directeur du musée. L’exposition rassemble autour de 120 photographies inédites en France du peintre américain, d’autres grands noms de l’histoire de l’art du XIXe et XXe dans un montage passionnant : Auguste Rodin, Pierre Bonnard, Constantin Brancusi, Jacques-Henri Lartigue, Hiroshi Sugimoto, Diane Arbus, Sol LeWitt, Ed Ruscha, Cindy Sherman, Sally Mann… Cette incursion, discrète, littéraire, poétique, très justement Proustienne, dans l’intimité du travail d’artistes pour la plupart non photographes, invite comme son titre le laisse entendre, à une décompression savoureuse. Cy Tombly avait confié sa «dream list» d’invités à Éric Mezil, occasion d’«une vraie chasse au trésor, jusqu’aux exigences de planter des bananiers dans le jardin». Leur

laissant la première place l’artiste américain de 83 ans - décédé le 5 juillet à Rome - offre un autoportrait suggéré et se découvre en fin de parcours au rez-de-chaussée avec 60 années de photographies. Des polaroïds de ses œuvres, oniriques et abstraits. Des natures mortes, son thème de prédilection. Des autoportraits (flous mais cohérents, l’artiste refusant toute photographie ou interview depuis 50 ans), des intérieurs, son atelier, des clichés très Viscontiens de la plage de Miramare, devant chez lui. Des choix qui donnent une lecture nouvelle à son œuvre foisonnante dans un temps dilaté entre 1951 et 2011. Un volet de l’exposition est également visible aux RAP (voir p52) avec une projection de 24 Hours Psycho de Douglas Gordon et la présentation d’une série de stars brûlées (à l’eau de javel) de Miquel Barcelo. DELPHINE MICHELANGELI

Le temps retrouvé, Cy Twombly photographe et artistes invités jusqu’au 30 octobre Collection Lambert, Avignon 04 90 16 56 20 www.collectionlambert.com

Lemons, Gaeta, 2005, impression sur papier © Cy Twombly. Cliche Richard Cook

Le temps de Proust, en clichés

L’énigme du portrait, Œuvres de la collection Neuflize Vie jusqu’au 18 septembre Musée d’art contemporain, Marseille 04 91 25 01 07 www.marseille.fr


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ARTS VISUELS

AIX | FESTIVAL APART

In alpillis loci

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Coup d’envoi pour la seconde édition du festival d’art contemporain APART. Il y en aura pour tout le monde, et on en redemande Cher visiteur boulimique, à l’instar de l’année précédente, il faudra t’armer du copieux programme2 et d’un sens infaillible d’organisateur pour ne pas ruiner ton capital temps tant les propositions sont nombreuses et réparties sur le territoire des Alpilles et ses alentours. Les inaugurations, rencontres, visites guidées et performances en présence des artistes et des partenaires accueillants se succèdent donc jusqu’au 17 août. À Maussane où Etienne Bossut a déposé/renversé son emblématique carcasse/ruine de Porsche rouge, splendeur déchue, et où l’infatigable Emmanuel Régent a déjà déroulé son Roulé-Boulé en film aluminium qui doit trouver sa chute à Tarascon sous une forme de très grosse bouboule coruscante évoquant les jeux de neige enfantins. Au mas de la

Pyramide Roseline Delacour a la redoutable charge de succéder à Miguel Chevalier (œuvre désormais pérenne au domaine de Pierredon) avec une céleste installation vidéo. A l’école de la République de SaintRémy bon nombre des artistes de l’édition 2010 : la jeune création des écoles d’art d’Avignon et Marseille s’expose, Maître Cornette de SaintCyr frappe la vente aux enchères. Il faut aussi oser passer le seuil des ateliers des créateurs installés sur ce territoire croqué sous d’autres esthétiques par Albert Gleizes : Frank Poupel, Emmanuelle Winsberg, Marc Nucera, Nadine Fourré... À l’heure où se découvrent ces lignes les ébats du débat Onfray/Ben/Fromanger modérés par l’écrivain «agitateur multi casquettes» Ariel Kyrou se seront dispersés. Il y en aura d’autres3 : Claudio Parmiggiani est sur les rails pour une résidence en vue du projet 2012. Et pour le moment c’est toujours gratuit.

© De l’espace et du temps, Roseline Delacourt

Festival APART in alpillis loci jusqu’au 17 août Les Alpilles www.festival-apart.com Didier Tallagrand à l’abbaye de Pierredon 2 voir le numéro spécial d’Art Absolument 3 lire p52/53 J.M. Othoniel, Gérard Fromanger 1

C.L. Pablo Garcia, Heterotopie, 2011, Maussane © C.Lorin/Zibeline

Le Grand voyage paysages et des vues urbaines sur ces artistes fascinés par la rencontre des mondes classique, renaissance et baroque. L’ensemble Made in Roma de Raphaëlle Paupert-Borne raconte en quelques toiles la douceur enveloppante des paysages tout au-

tant que les peintures de Bidault ou les lavis de Natoire ; la vidéo Éolienne de Caroline Duchatelet décline imperceptiblement les métamorphoses des cieux tout autant que les Pins maritimes sur la colline / Nuages et ciel sur le mont Mario de Vincent Bioules, Hommage à Constantin, 2011

Comme leurs aînés, les artistes contemporains font de leur voyage à Rome une étape fondatrice et formatrice. Récemment Raphaëlle Paupert-Borne et Caroline Duchatelet ont résidé à la Villa Médicis, cette prestigieuse institution fondée par Colbert en 1666 pour servir l’ambition politique de Louis XIV. Un parcours initiatique et une tradition que l’exposition transhistorique et pluri-disciplinaire Voyage à Rome éclaire à la lumière des artistes et des œuvres. L’introduction, conçue comme une antichambre au voyage, présente un corpus d’œuvres représentatif du concours préliminaire au séjour à l’Académie de France à Rome, et son corollaire, le Prix de Rome tant convoité par Pinta, Réattu, DandréBardon, Papety ou Fragonard. Moins didactique, la suite de l’exposition met en regard patrimoine et création et offre d’habiles rapprochements, car c’est toujours «le même ciel romain qui chante» commente la commissaire Véronique Baton. Les peintures, les dessins et les vidéos attestent de l’incroyable attrait des

François-Marius Granet ; les photographies numériques de Emilie di Nunzio Joly captent la résistance fière de l’architecture antique tout autant qu’une vue intérieure du Colisée de Jean-Antoine Constantin. Chroniques de la vie à la Villa Médicis, du quotidien du «petit peuple de Rome», de la dolce vita… les préoccupations rebondissent de siècle en siècle ! En témoigne Vincent Bioulès qui ouvre l’exposition avec sa toile inédite Hommage à Constantin, ponctue cet irrésistible voyage de nombreux dessins, et avoue se sentir heureux comme un pape dans la ville éternelle… M.G.-G.

Voyage à Rome, Les artistes, la Provence et l’Académie de France, du XVIIIe siècle à nos jours (catalogue édité par mare & martin, 22 euros) jusqu’au 18 septembre Galerie d’art du Conseil général, Aix-en-Provence 04 42 93 03 67 www.culture-13.fr


CHÂTEAU D’AVIGNON | MONTMAJOUR

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Convoité, chassé, sacrifié, déifié, consommé, exploité, dépecé, choyé, étudié, asservi, fantasmé : l’animal est un «autre» troublant !

L’animal, miroir de l’homme…

Le recueillement des mouches L’abbaye de Montmajour accueille un second volet de l’évènement national Monuments et Animaux. Dans le cadre des Rencontres de la Photographie d’Arles associées pour l’occasion, nous retrouvons un bel ensemble des projets graphiques de Michel Bouvet (auteur des visuels des rencontres visibles aussi à Arles) tandis que Nicolas Guibert expose une série en noir et blanc traquant la présence insolite d’animaux dans les espaces patrimoniaux, malheureusement un peu coincée entre les murs bénédictins. À quelques pas, l’œuvre la plus marquante consiste en un monumental fourreau/colonne/sablier de tulle de soie blanche translucide, torsadé en son milieu s’élevant au plus haut de la croisée du transept.

Coline Rosoux, Le banquet, 2008, collection de l'artiste © X-D.R Julie Faure-Brac, Le porteur de l'esprit de la baleine échouée, 2009 © Lucie Faure-Brac

Au domaine du Château d’Avignon l’animal rôde, se terre ou parade au gré d’un parcours «où la réciprocité entre les œuvres et les lieux permet une lecture enrichie des unes et des autres». Sauf qu’à trop vouloir dialoguer avec le mobilier et le décor, la scénographie «écrase» parfois les œuvres et le cordon rouge de sécurité impose une distance castratrice : impossible d’admirer le travail d’orfèvre de Joanna Vasconcelos, ses animaux en faïence habillés d’une résille de crochet de coton ; impossible de contourner le précieux Banquet en céramique de Coline Rosoux où siègent des bêtes aux faciès hilares ; impossible encore de distinguer clairement l’ensemble des pièces de Clara Perreault disséminées dans le salon en parfaite résonance avec Les Fables de la Fontaine (tapis en spirales de cartouches, animaux naturalisés prisonniers de globes en verre…). La mise en scène, théâtrale et inventive, ne risque-t-elle pas de reléguer au second plan les interrogations des 34 artistes conviés à la parade ? Sur les relations de prédation et de sacrifice, comme l’installation monumentale Carcasses, «provocatoire» selon Anne Ferrer qui inscrit ses 12 corps-sculptures dans la tradition des écorchés, ou Le mouton de Maria de Maria Loura Estevao qui éprouve le corps animal jusqu’à mouler les os d’un mouton en pâte d’amande, les plaçant en offrande au centre d’un dispositif d’images animées. Sur la sentimentalité animale : délicat tango du lièvre dans El jardin del amor, vidéoprojection et dessin au souffre de Dominique Castell, bel et bien échappé d’un jardin au feuillage touffu. Sur la part animale de l’homme : érotique chez Katia Bourdarel, régressive et ironique chez Dominique Angel, surnaturelle chez Julie Faure-Brac qui transforme l’homme en porteur de l’esprit de la baleine échouée dans un improbable et fragile «accouplement». Le «spectacle» est réussi, et la fable animalière contée par les artistes - surtout des femmes - est tour à tour troublante, violente, sensuelle, provocatrice, effrayante.

Erik Nussbicker a installé cette structure habitable et éphémère en résonance avec l’ancien culte des défunts pratiqué par les moines de l’abbaye. Le Temps des Mouches distille une intense et paradoxalement sereine dialectique du vivant et de la mort. Les matériaux pauvres qui le constituent relèvent de cette double symbolique. Cornes de bœuf, tulle de soie, larves de mouche, miel, feutre sont issus du vivant. Une fois le bovin mort ses cornes servent de couveuse aux larves de mouches, le miel de nourriture, la soie est issue de l’élevage de vers du bombyx, le feutre de la laine d’un autre animal, les mouches se reproduisent et meurent. Objet de contemplation il sert par moments à l’artiste de chambre de méditation. Objet esthétique, Le Temps des Mouches est-il accessible à l’expérience du visiteur ? MARIE GODFRIN-GUIDICELLI ET CLAUDE LORIN

Erik Nussbicker, Le temps des mouches, soie, feutre, rotin, cornes de boeuf, metal, miel, larves de mouches, installation pour l'abbaye de Montmajour, 2011 © E.Nussbicker

Le temps des mouches Erik Nussbicker Animonuments Nicolas Guilbert Les affiches culturelles Michel Bouvet jusqu’au 18 septembre Abbaye de Montmajour, Arles www.montmajour.monuments-nationaux.fr

Si loin, si proche… bêtes et hommes au château d’Avignon jusqu’au 31 octobre Domaine du château d’Avignon, Les Saintes-Maries-de-la-Mer 04 90 97 58 78 www.culture-13.fr/ domaine-du-chateau-d-avignon + bloc montmajour et rappel expo animos ailleurs

À voir jusqu’au 16 octobre Les ruches de saint Bernard, installation de Johan Creten à l’abbaye du Thoronet (83) dans le cadre de l’opération nationale Monuments et animaux mise en œuvre par le Centre de monuments nationaux. www.monuments-nationaux.fr


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PATRIMOINE

ARLES ANTIQUE | LE BUISSON ARDENT

Pour l’amour des symboles Triptyque du Buisson ardent, cathedrale Saint Sauveur, Aix-en-Provence © Jean Bernard

Le triptyque du Buisson ardent (1475) est désomais visible à la Cathédrale Saint Sauveur (Aix). Il vient d’être magnifiquement restauré par l’État (pour 142 000 € dont 30 000 € de mécénat du Rotary Club) et placé dans la Chapelle Saint Lazare, elle même mise hors d’eau pour un coût de 700 000 €. Le travail de restauration et d’exposition est remarquable : l’éclairage est sans reflets, progressif, adapté par des capteurs à la lumière naturelle ; la restitution du retable est resplendissante, parfaitement fidèle, minimale dans ses retouches… allégeant visiblement les couches de vernis, retrouvant ainsi le glacis originel, les ors des boiseries. Quant à l’œuvre elle regorge de symboles. Fermés, peints en grisaille, les volets représentent une Annonciation qui semble de pierre, surmontée d’un superficiel figurant le Père bénissant entouré d’anges. Puis quand le retable s’ouvre, le triptyque se découvre : au centre une allégorie du Salut - un ange désigne à Moïse le buisson ardent, où trônent la vierge et son fils - et sur les deux panneaux le «bon» Roi René et son épouse, présentés par leurs protecteurs célestes. Les panneaux, dans chacun

de leurs détails, se lisent comme des représentations symboliques du pouvoir, de la Provence, de la révélation chrétienne qui renouvelle la révélation biblique. Le style de Nicolas Froment, dans son usage des reflets et de la profondeur, est tout entier au service de son message. Cette restauration de la chapelle et du retable complète l’intérêt patrimonial de la Cathédrale Saint Sauveur, édifiée au dessus du forum antique, qui contient aujourd’hui des œuvres religieuses majeures, un cloître et un baptistère (VIe siècle) absolument exceptionnels. Un ensemble d’art religieux restauré par l’État laïque, et parfaitement accessible au visiteur de tout sexe sans qu’il ait besoin de se couvrir la tête, comme à Istanbul, ou les épaules, comme à Rome… Même si les impératifs de conservation imposeront des périodes de fermeture au retable : liturgiques, puisqu’il sera fermé avant pâques et à la pentecôte, mais aussi touristiques, puisqu’il sera ouvert tout l’été, durant les journées du patrimoine, et pendant la nativité ! AGNÈS FRESCHEL

Histoire sous les eaux À bord de la Mireille, charmant pointu bleu à voile latine affrété par l’association Siloe, vous glissez sur les eaux opaques du Rhône. L’histoire d’Arles s’écrit dans les vestiges encore dressés de pierres qui émergent et pourtant l’essentiel, invisible, dort sous les flots. Les épaves, les poubelles de l’antiquité attendent patiemment d’être découvertes. Après le médiatique et magnifique buste de César un autre élément sort de l’ombre : enseveli sous 15m3 de déchets, mélange d’amphores, de sédiments et autres éléments du «dépotoir portuaire» antique (il y aurait probablement plus de 2000 amphores et quelque 10 000 céramiques !), le chaland gallo-romain et sa cargaison de pierres de Beaucaire, destinées vraisemblablement à la construction de villas en Camargue, livre aux archéologues doublés de plongeurs professionnels, ses secrets. Fouille délicate ! de nombreuses difficultés ralentissent le travail : le courant du fleuve, la météo, une visibilité très réduite dans l’eau : parfois l’on n’y voit pas plus loin que 40 cm ! Quelques mysHortus, jardin d'inspiration romaine © Marc Ferraud

tères aussi : pourquoi ce bateau neuf a-t-il sombré, brusquement, puisque l’on y a retrouvé le poste d’équipage et son contenu, un dolium cassé pour servir de brasero, des outils, de la vaisselle. L’inscription épigraphique C.L.POSTV correspond-elle à son propriétaire, son commanditaire ? Différents spécialistes s’attachent à décrypter les données de l’épave, dendrochronologistes, spécialistes d’architecture navale, de céramiques… Le chantier est énorme : 12m du bateau (la poupe et les 6 premiers mètres d’un caisson central comprenant la cargaison de pierres) ont été fouillés, sur les 30m70 de la totalité de la barge. Le projet prévoit ensuite le découpage du bateau en dix tronçons qui seront extraits du fleuve, opération périlleuse dont la première s’effectuera vers la mi-juillet et la dernière en novembre. Ensuite chaque morceau sera répertorié, analysé puis fragmenté en trois parties qui seront expédiées à Grenoble, afin d’être traitées : trempage dans la résine, pendant 8 à 10 mois, puis lyophilisation, afin d’assurer la conser-

vation de l’ensemble. Chaque étape réclame précision et prudence, le bois maintenu dans l’eau depuis 2000 ans (il date du 1er s.) est extrêmement fragile. Une extension du Musée bleu, une salle de 35 m de long, est prévue pour accueillir le navire reconstitué ainsi que les informations qui permettront de le resituer dans le contexte commercial de l’Arelate antique. Une remarquable exposition déjà apporte de nombreux éclairages, autour d’objets, de panneaux explicatifs, d’un petit film qui retrace les projets archéologiques. Le catalogue de l’exposition, très complet ajoute à la passion de la découverte. À lire dans l’Hortus, d’inspiration antique. Pas d’archéologie expérimentale ici, mais un ensemble superbe de jeux, d’animations, accessibles aux petits et aux grands : une manière de découvrir l’antiquité sur un mode ludique et intéressant. MARYVONNE COLOMBANI

Musée Départemental de l’Arles Antique www.arles-antique.cg13.fr

Hypothese de restitution 3D © M.Cazaux/ F. Conil / D. Schiano / Supinfocom-Arles / MDAA / 2009


LA CELLE | L’OCRE

PATRIMOINE 63

Ocre’n’rôle Aptitude Liberté enfermée

M.C.

Ocre temps, ocre mœurs Apt, Rustrel, Roussillon… des noms qui fleurent bon la Provence industrieuse, artisanale et agricole. Le pays où travailler de ses mains et bien vivre était encore possible disparaît, comme l’ombre de la nostalgie, sous l’éclat des poursuites de l’immobilier spectaculaire et du tourisme de luxe. Incomparable beauté où le pastel des strates de kaolinite (argile pure) saignée d’hématite (ocre rouge), pressée de limonite (ocre jaune) et de la veine poétique de goethite (ocre brune des peintures rupestres de Lascaux) berce le vert foncé des vieilles pommeraies et de cerisaies à l’abandon. Mines à ciel ouvert, sur lesquelles, depuis des générations, des travailleurs mi-ouvriers mipaysans ont extrait, traité et expédié dans le monde entier les couleurs chatoyantes de la Provence minérale et laborieuse. Petites villes ou plutôt gros bourgs où la vérité des bâtisses superbes des anciennes manufactures provinciales de la fin du XVIIIe siècle respire la tradition gallo-romaine. De magnifiques architectures sont accoutrées de la fausse authenticité d’un urbanisme de pacotille contemporain, toutes pavées de mauvaises intentions piétonnières et factices.

Né du (rous)sillon L’ocre est un mélange de minéraux composé de kaolinite (argile ou silicate d’aluminium hydraté) et de sable (quartz ou oxyde de silicium) dans laquelle sont enfermés des grains très fins de différents pigments qui sont des oxydes de fer (hématite, limonite…) à différents degrés d’oxyColorado Provençal © J.Surugue/Zibeline

L’Abbaye de la Celle, qui connaît un programme salutaire de rénovation, fait également vivre les lieux en accueillant des conférences. Ainsi le 26 juin Paulette L’Hermitte-Leclercq, historienne spécialiste du Moyen Age, se jouait des paradoxes en intitulant sa conférence Le monastère comme expression de la liberté pour la femme au Moyen Age. Contextualisant les notions elle jetait un éclairage surprenant… Peut-on dire qu’un moine en prononçant ses vœux exerce, au Moyen Age, sa liberté ? La conférencière expose, à la naissance du monachisme, le système juridico-social fondé sur l’inégalité - un esclave n’a pas le droit de rentrer au monastère, car de ce fait, il volerait son maître ! - avec des clausules comme celle de Saint-Jean, «La vérité vous délivrera»… La liberté, définie non au niveau social mais métaphysique, est transcendance. Cette délivrance métaphysique (par l’enfermement !) rencontre de plus, pour les femmes, l’obsession de la virginité, illustrée par la parabole du semeur de Saint-Jérôme, «si une vierge rentre au monastère, elle récoltera 100 grains pour un»… Mais vontelles au monastère pour être libres, alors qu’elles renoncent au monde ? Éternelle mineure en droit, la femme entre au monastère par la volonté paternelle plus souvent que par réelle vocation, mais elle échappe ainsi au mariage, viol légal, et aux accouchements, souvent mortels. Évoquer les couvents éclaire la vision que l’église a de la femme, sa condition insupportable pour notre XXIe siècle… éclairé ? Vigilance s’impose !

Le Lubéron était autrefois autre chose qu’un refuge de vedettes du show-biz en mal de vertes tendresses. Ce «pays était beau, d’une beauté sauvage, et l’homme, le cheval, et le bois et l’outil vivaient en harmonie jusqu’à ce grand saccage, personne ne peut plus simplement vivre ici…» chantait Ferrat.

dation. (On demande instamment au Zibelrésistant à la chimie d’excuser ce chapelet de gros mots chiantifiques). Il est dit que c’est le Roussillonnais Jean-Étienne Astier qui eut l’idée, à la fin du XVIIIe siècle, d’extraire les fines particules d’ocre des gisements importants de sa région en le faisant passer, par lavage à l’eau des sables «ocreux», dans des bassins de décantation : c’est le procédé de lévigation. Il met au point la cuisson des ocres qui permet d’en garder et en modifier les propriétés colorantes. L’ocre, du grec ancien khra, utilisé comme «pigment» depuis la Préhistoire a, dans beaucoup de civilisations primitives, une valeur pratique et symbolique forte, par exemple la médecine traditionnelle et le maquillage rituel. Son utilisation recule : depuis le début du XXe siècle il est substitué par des colorants de synthèse moins coûteux. Il reste cependant objet de fascination dans nos civilisations écolo-centrées pour son aspect «naturel», sa non-toxicité, ses applications en médecine douce (smectite), et, culturellement, pour sa longévité dans un retour à la maçonnerie, décoration et artisanats traditionnels.

Ocreux de nos villes C’est en 1992 que le dernier «ocrier» du site du Colorado provençal prend sa retraite de l’exploitation des ocres de Rustrel. Cet endroit fabuleux est dès lors relégué au rang de site «semi-naturel». Appellation qui repose sur une définition philosophique de «Nature», en tant que réalité exempte de la pratique humaine. Le grand N de Nature est opposé à la grande haine du travail humain, dont les sites sont vécus désormais comme une verrue du «paysage». C’est la grande lévigation du «centre urbain» d’Apt «rendu» aux piétons. Les industries traditionnelles rejetées dans les ZAC, les ZI, les ZUP des élèves de ZEP tandis que le Zozotouristo se pavane sur le pavé des venelles manufacturières authentifiées. C’est dans ce centre hyst…orique que vous trouverez la mémoire de ce que fut le travail des femmes et des hommes du cru. Alors, à défaut de continuer à vivre l’épanouissement du labeur, va, cher lecteur, en ces jours d’été, frotter ta zibelnostalgie à ce qui fut un travail, une culture, une science, une esthétique. Cette région ne peut plus offrir que le spectacle muséographique de ce passé de vies. L’ocre est remplacé par des colorants de synthèse importés d’Inde, les fruits à confire importés des départements limitrophes ou de «différents pays de la CEE», mais de magnifiques… Conservatoires des Traditions Locales s’épanouissent au creux (ocres ?) des cités redessinées. YVES BERCHADSKY

Musée de l’aventure industrielle Musée d’Histoire et d’Archéologie du Pays d’Apt Apt 04 90 74 95 30 www.ot-apt.fr Conservatoire des Ocres Roussillon en Provence 04 90 05 66 69 www.okhra.com


Les Ateliers de l’EuroMé Repères

2010 27 novembre, première visite sur le chantier de démolition par foudroyage intégral des deux tours Gauguin à Limoges, suivie le 28 novembre 2010 de la démolition des Blocs 47 et 49 de la rue Pissaro. L’équipe est en phase d’observation et d’apprentissage : analyse du projet de démolition, découverte du chantier, rencontre des acteurs d’une démolition à l’explosif, identification des contraintes techniques, élaboration des hypothèses d’intervention vidéo en vue de la production d’un courtmétrage 2011 24 novembre à SaintÉtienne : chantier qui verra la modélisation 3D de la Crash Box, l’exploitation des images, la mise au point des outils et la validation de l’équipe 2012 choix d’un nouveau chantier en fonction de la première expérience et finalisation de la proposition artistique 2013 point d’orgue avec un chantier sur le territoire Paca et la réalisation d’un court-métrage : le projet se dégage du «laboratoire» pour réfléchir notamment aux modalités d’exposition… Partenaires  création produite dans le cadre des AEM par Marseille Provence 2013, GINGER-CEBTP Démolition, GASC DEMOLITION, Sextant et plus (producteur délégué), CNC (aide à la maquette DICREAM) www.crash-box.fr

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Fédérer des artistes, des acteurs culturels et des entreprises autour d’un projet est le fondement des Ateliers de l’EuroMéditerranée mis en place par Marseille Provence 2013. Zibeline poursuit son enquête (voir Zib 42) à travers trois ateliers : l’un porté par l’artiste-plasticienne Anne-Valérie Gasc, les deux autres par le Pays d’Aubagne et de l’Étoile. Des projets exemplaires du soutien apporté par MP13 à la création contemporaine. MARIE GODFRIN-GUIDICELLI Logée à l’étage supérieur du bâtiment miné, probablement dans la cage d’ascenseur ou dans l’escalier, la Crash Box subsistera à la surface du tas de décombres une fois la démolition accomplie : la chute n’est pas l’objet du film mais place le regard au cœur de l’architecture.

© Gasc Demolition, Crash Box (étude de la crash box), Marseille, 2011. Image Fabien Rabat

CRASH BOX, A GASC DEMOLITION PROJECT Conçue comme un outil de travail et de production, GASC DEMOLITION est l’entreprise artistique d’ingénierie en démolition de bâtiments et ouvrages d’art d’Anne-Valérie Gasc. L’artiste, qui travaille avec l’entreprise GINGER-CEBTP DÉMOLITION depuis 2007 et développe son laboratoire artistique Crash Box depuis 2009, ne pouvait passer à côté du programme car «la manière dont MP13 a structuré les AEM est en résonance totale avec ma manière de travailler explique-t-elle. Du coup mon projet, dans son montage même, était cohérent». Crash Box trouve son origine dans les démolitions spectacles. Anne-Valérie Gasc veut cacher à la vue de l’observateur l’édifice démoli grâce à un dispositif semblable à une salle de cinéma ou à une chambre photographique. Une «boîte noire» qui assure une confidentialité atypique : le regard est déplacé de l’extérieur à l’intérieur de la démolition grâce à une caméra ultra rapide, protégée par une boite métallique qui chute en même temps que le bâtiment. Ce laboratoire se développe sur 3 ans selon

un protocole d’un chantier par an nécessitant la mise en place d’équipes, la préparation des dispositifs in situ : emplacement des capteurs, des caméras… Il revêt des formes artistiques multiples : un film, et un site internet qui diffuse en direct et au fur et à mesure les essais, les vidéos expérimentales : «la plateforme est primordiale car garante du protocole et du projet». Cet AEM s’inscrit dans une démarche plus large de l’artiste sur la disparition éphémère comme avènement de l’art, «le moment où on peut imaginer le plus rien posé comme geste artistique : qu’est-ce qui fait art à sa disparition ?…». Un atelier qui offre le temps nécessaire à la maturation d’un projet dont l’artiste souligne la singularité : «on est sur une construction expérimentale : on fait le pari que c’est dans le rien à voir que se loge la possibilité de l’événement artistique comme forme d’œuvre». «C’est un beau projet, conclut-elle, car il s’inscrit dans une utopie conceptuelle et économique… c’est tout le paradoxe des AEM, pragmatiques, que de toucher à l’irréel avec la Crash Box».


diterranée VERS uN TERRITOIRE DE CRÉATION Exposition Picasso et la céramique méditerranéenne inscrite dans le programme «Le Grand Atelier du midi» (été 2013), Installation dans le quartier Défonsions du Centre Pompidou Mobile, dispositif conçu par Patrick Bouchain, qui offre au public l’accès à une partie des collections du musée (à partir du 15 septembre), Résidence de création de Danièle Jacqui, directrice du Festival d’arts singuliers (fin 2012), en vue de l’installation dans l’axe d’entrée de la ville du Colossal d’art brut (12m de haut, 4000 pièces de céramique). Évènement qui coïncide avec l’ouverture d’une grande salle de spectacles et la réalisation du tramway, Création d’un espace patrimonial dédié aux santons au sein des Ateliers Thérèse Neveu, Le(s) regard(s) de Pythéas, espace de transmission favorisant l’émergence de nouveaux talents (compositeurs/interprètes et scénaristes/réalisateurs).

12 communes et 100 000 habitants : le Pays d’Aubagne et de l’Étoile a la double particularité d’être une agglomération à taille humaine et un territoire en construction. Il mène une véritable politique d’appropriation de l’espace public par son réseau de transports collectifs, ses manifestations culturelles, et son ouverture au monde : dès 2004 à Barcelone il adoptait «L’Agenda 21 de la culture»… Son implication dans Marseille Provence 2013 a été immédiate, rappelle Rudy Vigier, coordonnateur MP13 pour la communauté d’agglomération : «C’est l’opportunité de renforcer le sentiment d’appartenance au territoire, de lier les communes entre elles, favoriser les collaborations tout en s’ouvrant aux autres territoires». Aussi MP13 a-t-il déclenché «un mouvement déterminant et porteur d’avenir» autour de thématiques comme l’eau et l’immigration, fédérant de nombreux projets (Nous serons tous d’ici par le service des bibliothèques et médiathèques publiques) et permettant la constitution de groupes citoyens (rédaction du manifeste Vers l’an commun).

D’autres relient le territoire

TransHumance (au départ de Cuges-les-Pins) ; le GR2013 (préservation des espaces naturels) ; l’Huveaune (projet de festival sur l’Eau) ; Festival des randonnées (soirées poésie, contes, découverte du territoire) ; Quartiers créatifs (dans le cadre des Actions de participation citoyenne).

Certains projets créent des passerelles entre patrimoine et création

Exposition Les Mondes céramiques au Centre d’art contemporain des Pénitents noirs (jusqu’au 18 septembre),

Alexandre Perigot et Wael Shawky en résidence

À partir du livre d’Amin Maalouf, Les croisades vues par les Arabes (1986), l’artiste égyptien Wael Shawky réalise une série vidéo, Cabaret Crusades, dont les personnages sont des marionnettes. Quatre épisodes relateront chronologiquement le temps des croisades : le premier, The Horror Show File réalisé en 2010 à la Fondation Pistoletto, met en scène 200 marionnettes issues de la célèbre Collection Lupi de Turin ; le second, tourné prochainement à Aubagne, intègrera des santons grâce à la complicité des entreprises aubagnaises. Le film pourrait être présenté en 2012 à Aubagne, avant la Documenta de Kassel, puis les célébrations de Marseille Provence 2013. Partenaires : École de la céramique d’Aubagne, Entreprises de la terre du pays d’Aubagne et de l’étoile, Ateliers Thérèse Neveu, Université de Provence/SATIS, Centre national de la marionnette Charleville-Mézières. Production déléguée : ALCIME.

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Le pays d’Aubagne et de l’Étoile accompagne Alexandre Perigot pour sa reproduction au 1/12e de La maison du Fada du Corbusier. La «sculpture» de 13 m de long, 5,60 m de haut et 4m de large sera réalisée en lien avec les entreprises Mota (refroidisseurs de bateaux), Arnoux (métallurgie) et GSM (ingénierie) dont le savoir-faire et la technicité sont réputés. La résidence se déroulera au 1er semestre 2012, précédée d’une étude de faisabilité. La maison du Fada sera présentée aux aubagnais mi-2012 sur la zone des Paluds, puis dans le cadre des événements de MP13. Production déléguée : Sextant et plus.

Alexandre Perigot © X-D.R

Wael Shawky, The Horror Show File, premier épisode de la série vidéo Cabaret Crusades © Wael Shawky

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ADHÉRENTS

Nos Partenaires vous offrent invitations, réductions et avantages ! Pour les places gratuites, téléphonez-leur rapidement pour réserver, puis présentez votre carte de membre (1 place par carte nominative). Pour les réductions, présentez simplement votre carte (réduction valable seulement pour l’adhérent) Théâtre du Chêne Noir (Avignon) 5 invitations dans la limite des places disponibles Pour Si Siang Ki mes de Gérard Gélas Jusqu’au 29 juillet Au-delà de ce quota, 10 places au tarif réduit 04 90 82 40 57 Compagnie Campo (Avignon) 1 place offerte pour une achetée dans le cadre du Festival Off pour Le storie di italo au Lorette Théâtre Jusqu’au 31 juillet Résas : cie.campo@free.fr Jazz à La Tour (La Tour d’Aigues) 10 invitations par soir pour la soirée Eric Longsworth 4tet/Daniel Humair 4tet le 12 août dès 18h30 pour la soirée Guillaume Séguron Trio/Ursus Minor le 13 août dès 18h30 pour la soirée Lionel Garcin Duo/Samuel Silvant 4tet/Orchestre National de jazz le 14 août dès 16h30 04 90 860 873 Festival de Martigues 6 invitations par soir Au canal Saint Sébastien à 21h30 pour le concert de Gilberto Gil le 19 juillet pour Les étoiles du Ballet Royal du Cambodge le 21 juillet pour Martigues accueille l’Europe (concert de l’Orchestre des musiciens européens) le 22 juillet Mensuel gratuit paraissant le deuxième mercredi du mois Edité à 30 000 exemplaires imprimés sur papier recyclé Edité par Zibeline SARL 76 avenue de la Panouse | n°11 13009 Marseille Dépôt légal : janvier 2008 Directrice de publication Agnès Freschel Imprimé par Rotimpress 17181 Aiguaviva (Esp.) photo couverture Enfant, Festival d’Avignon © Agnès Mellon Conception maquette Max Minniti Rédactrice en chef Agnès Freschel agnes.freschel@wanadoo.fr 06 09 08 30 34

pour México Misterioso (concert de Lila Downs et de l’Orchestre des 20 mariachis de Colima et de México) le 23 juillet pour ¡Viva México ! (Ballet Folklorico de la Universidad de Colima/Compania Nacional de Danza Folklorica de México) le 24 juillet pour Martigues accueille le monde (Provence/République d’Altaï/Mexique/Togo/Ukraine) le 25 juillet 04 42 42 12 01 La Minoterie Tarif réduit pour toutes les représentations 8€ au lieu de 12€ 04 91 90 07 94 Les Bancs Publics 1 place offerte pour 1 place achetée pour tous les spectacles 04 91 64 60 00 3bisf (Aix) Entrées et visites gratuites sur réservations 04 42 16 17 75 L’institut culturel italien 3 adhésions annuelles d’une valeur de 32 €, cette «carte adhérent» vous donnera accès à tous les services de l’Institut, médiathèque et programme culturel. Demande par mail : iicmarsiglia@esteri.it ou au 04 91 48 51 94

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Maquettiste Philippe Perotti philippe.zibeline@gmail.com 06 19 62 03 61

Secrétaire de rédaction spectacles et magazine Dominique Marçon journal.zibeline@gmail.com 06 23 00 65 42 Secrétaire de rédaction Jeunesse, livres et arts visuels Marie Godfrin-Guidicelli m-g-g@wanadoo.fr 06 64 97 51 56

Histoire et patrimoine René Diaz renediaz@free.fr

Philosophie Régis Vlachos regis.vlachos@free.fr Sciences et techniques Yves Berchadsky berch@free.fr

Librairie de Provence (Aix) 31 cours Mirabeau 5% de réduction sur tous les livres Librairie Au poivre d’Âne (La Ciotat) 12 rue des frères Blanchard 5% de réduction sur tous les livres Art-Cade – Les Grands Bains Douche de la Plaine Une adhésion et une consommation au bar de la galerie 04 91 47 87 92 L’imprimeur Magenta 10% de remise sur tous travaux d’impression 04 91 32 64 54 Auto Partage Provence 6 mois d’abonnement gratuit d’essai vous disposez d’une voiture quand vous le souhaitez, à réserver par téléphone ou Internet, 24h/24, 7j/7, selon vos besoins 04 91 00 32 94 www.autopartage-provence.com

Ont également participé à ce numéro : Yves Bergé, Émilien Moreau, Gaëlle Cloarec,Christophe Floquet, Thomas Dalicante, Marion Cordier

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