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POLITIQUE CULTURELLE

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lture Le choc des cultures Selon Martine Robin, initiatrice de 20 ans : 20 artistes - 20 entreprises, Saison 2, l’expérience est prometteuse qui permet de déplacer le champ d’action de l’artiste du centre d’art («sa sphère habituelle») vers l’espace entrepreunarial («milieu exogène») et contribue à modifier la perception de l’art contemporain et de l’entreprise. Avis partagé par Christian Rey, Président de Marseille Innovation, engagé dans l’opération pour «faire le lien entre la technologie et la culture» et plus amplement concerné par cette problématique dans le cadre de Marseille 2013. Un engagement qui se traduit par l’accueil à l’Hôtel technologique de Château Gombert de 4 artistes dans 4 entreprises partenaires, la promesse d’acquisitions d’œuvres (non déterminées à ce jour), une contribution à l’édition d’un catalogue (à venir). Quant aux entreprises il s’agit d’un mécénat de compétences plutôt que financier : accueil de groupes en visites guidées, mise à disposition de matières selon les besoins des artistes, prise en charge du vernissage et des frais de leur communication. Seule l’imprimerie CCI, implantée dans la zone d’activités Arnavant (15e), a mis la main au porte-monnaie en prenant en charge l’impression du carton d’invitation de la manifestation et de l’exposition intra-muros de Pascal Martinez, son vernissage, l’édition d’un journal de 16 pages couleur et le tirage de 45 photos de l’artiste.

Création - innovation Mais le dialogue est fructueux : Katia Bourdarel parle de «terrain d’entente naturel» avec la société de tourisme médical Ypsee et ses créations qui ont trait au corps et à ses métamorphoses, au travestissement, au masque, à l’éternelle jeunesse. Des dessins ultra sensuels féminisent un bureau ultra masculin… Gilles Oleksiuk ne s’est senti à aucun moment conditionné par le cahier des charges -donner à voir des productions issues d’une relation établie avec l’entrepriseau point d’entrer en résonance avec Pulpe de vie : «C’est incroyable de voir des œuvres qui renvoient à mon activité sans jamais la promouvoir, comme un écho, un dialogue» qui s’installe entre les matières végétales naturelles de l’une et les œuvres de l’autre, la touche glamour et rock’n roll en plus. Une bulle d’oxygène dans un monde sérieux, souvent austère et où le temps, c’est de l’argent ! Ce fameux billet vert fer de lance de Provence Business Angel, réseau d’investisseurs et de jeunes entrepreneurs, qui a préféré miser «sur la relation humaine plutôt que placer l’argent au cœur du projet», exposant au siège régional les jeux de mots, les phrases énigmatiques et les miroirs à double tranchant de Sylvain Ciavaldini. «Le meilleur est à venir» et «Je crois en mes rêves», phrases récurrentes dans son travail sont ici délicieusement équivoques. En attendant la mutation des entreprises en collec-

Les relations plasticiens-entreprises seraient au beau fixe, voire même «vécues comme des espaces de liberté» par les artistes. Info ou fantasme ? Vue d'ensemble des oeuvres de Gilles Oleksiuk dans la Galerie du Chateau de Servieres © Image Chateau de Servieres

tionneurs, Peter Sinclair est sur la brèche : Marseille Innovation lui a confié la captation son et image du chantier de l’Hôtel Technoptique qui, à son ouverture, devrait accueillir une œuvre in situ.

Généreux «Le projet d’inviter les entreprises à s’impliquer dans la vie locale d’une autre manière que par l’achat d’œuvres ou le mécénat financier, en proposant le suivi de projets artistiques en lien étroit avec leurs activités et l’accueil de public m’a beaucoup séduit» se réjouissait Alex Malka, responsable de l’imprimerie CCI, lors du vernissage de Pascal Martinez. L’entreprise travaille depuis longtemps pour nombre de structures culturelles de la région. Les échanges avec plusieurs collaborateurs, plus soucieux «d’apporter leurs contribution à la réalisation d’une œuvre dans leur espace de travail que de bénéficier d’une opération de communication» confirmait cet enthousiasme. L’affaire n’était pas gagnée : le premier projet fut ajourné (imprimer officiellement une série de faux euros), jugé trop «lyrique» par l’artiste, au profit d’une œuvre collaborative. À partir des images confiées par les employés,

Pascal Martinez a reconstruit une histoire, une filiation réinventée dans une forme populaire (un diaporama) soumis à des cadences variables mêlant les différentes vies individuelles. Aux Ateliers d’Artistes, c’est «une sorte de petite madeleine de Proust» qu’il a conçue à partir de gros plans du cœur de l’entreprise, l’imposante offset Heidelberg. Pris au jeu, les employés ont proposé d’éditer gracieusement un catalogue rendant compte de cette collaboration. La CCI s’est promis de chiffrer son implication, mais saura-telle évaluer le salaire de l’artiste ? MARIE GODFRIN-GUIDICELLI ET CLAUDE LORIN

20 ans : 20 artistes – 20 entreprises jusqu’au 15 janvier Marseille innovation, Hôtel Technologique, Marseille 13e Imprimerie CCI, Marseille 15e Ateliers d’artistes de la Ville de Marseille 4e 04 91 85 42 78 www.chateaudeservieres.org

Confusion des genres Présenter la réhabilitation de la Place Moisson (Marseille 2e) comme une action de mécénat culturel est emblématique des confusions qui règnent autour de ces concepts : le rôle de la Fondation de France dans la rénovation de la Place Moisson reste marginal, et n’aboutit pas vraiment à la création d’une œuvre d’art, mais d’un aménagement public. L’opération des Nouveaux Commanditaires est pourtant très intéressante : il s’agissait en l’occurrence de répondre à un besoin énoncé par les habitants, et les écoles Moisson en particulier. Un architecte, Olivier Bedu, a conçu une place fonctionnelle et ludique, avec une classe de CE2, et la Fondation de France a chargé le Bureau des compétences et désirs de trouver le financement et de suivre la réalisation.

C’est chose faite. Mais Jean-Noël Guérini, et JeanPaul Tassy aussi d’ailleurs, représentant régional de la Fondation de France, avaient raison de souligner que le CG avait apporté 80% des fonds, et que le reste provenait des autres collectivités : s’il est estimable d’organiser une opération architecturale et éducative, et de travailler à son financement et à sa réalisation, le mécénat culturel devrait se traduire par un véritable apport financier, et se concentrer sur d’autres terrains que l’aménagement de l’espace public, dévolu par nature au financement public… AGNES FRESCHEL

L’inauguration de la Place Moisson a eu lieu le 10 déc

Zibeline n°36  

Toute l'actualité culturelle déc/janv 2010/11 en région PACA

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