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LIVRES/ARTS 59

Globe-trotter éclairé

Bruno Moinard, architecte, designer et scénographe, est un promeneur passionné de dessin et de peinture : dès 9 ans, il use crayons et pinceaux entre «les crêpes à la confiture et le potage du soir»… et pose déjà les bases de ses futures architectures : lumière, transparence, symétrie. La partition est ardue mais la note sera juste comme en témoigne l’album Bruno Moinard, L’architecte promeneur, textes de Serge Gleizes, préface de Raymond Depardon, palette d’aquarelles et kaléidoscope photographique de ses réalisations. Élégant dans son ordonnancement, sobre dans sa mise en page, ce carnet de voyages va à l’essentiel, fidèle à l’esprit qui prévaut à l’ensemble de ses travaux. En famille en Normandie ou aux quatre coins du globe, gouaches et encre de Chine sont «une bouée de sauvetage, une aire de repli» contre le bruisse-

Beautés de l’Est

Si vous rêvez des pays de l’Europe de l’Est, que vous y envisagez un voyage prolongé ce beau livre vous servira de guide de premier choix. Jocelyne Fritsch (textes) et Gérard Lacoumette (photos) qui explorent cette partie de l’Europe depuis de nombreuses années, ont choisi de se laisser guider par 38 sites classés patrimoine mondial de l’humanité ou réserve de la biosphère par l’Unesco. De leur itinéraire de près d’un an ponctué le plus souvent de séjour chez l’habitant, les auteurs ont sélectionné les neuf cent photos jalonnant ce livre que contextualisent commentaires, cartes et nombreuses légendes. Il est difficile dans ce genre de projet d’échapper au guide touristique, mais l’essentiel de l’ouvrage est une authentique invitation au voyage et à la rencontre avec le patrimoine naturel et humain,

ment incessant du monde : l’Europe et ses terres familières, la Méditerranée et ses terres inspirées, l’Asie terre de paradoxes, la Russie terre des extrêmes et enfin les États-Unis, terre de métissage. Des continents qu’il «traque» à travers les paysages qu’il traverse, les hommes qu’il rencontre, les villes qui l’accueillent, les monuments qu’il restaure ou les maisons qu’il construit. Avec, en filigrane, les connexions entre les promenades d’un l’homme et les réalisations d’un artiste. MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

Bruno Moinard, L’architecte promeneur Textes Serge Gleizes, préface Raymond Depardon Éd. La Martinière, Coll. Styles, 45 euros

au plus près de l’histoire des habitants des dix sept pays parcourus. En République tchèque le baroque s’expose aussi sur les façades lumineuses des fermes d’Holašovice ; l’île d’Hiiumaa longtemps interdite par l’Armée rouge s’est convertie en une exceptionnelle réserve naturelle ; l’art symbolique et décoratif du bois sculpté de Maramures a pu survivre aux années Ceausescu mais le massif du Pirin en Bulgarie, malgré son classement, continue de subir les dommages irréversibles dus aux aménagements touristiques. CLAUDE LORIN

De la Baltique à la mer Noire Éd. Les Petites Vagues, 39 euros

Le grand tour Ce tour du monde et de l’histoire de l’art en 100 chefs-d’œuvre nous invite à caboter confortablement depuis chez soi en trois chapitres : voyage au pays de l’œuvre, voyage au cœur de l’œuvre, voyage à travers l’œuvre, cette dernière thématique s’intéressant davantage aux scènes d’extérieur, de paysages aux références italianisantes, orientalistes ou exotiques. Par son important format l’ouvrage donne la meilleure part aux reproductions souvent pleine page ou à double volet dont bénéficie exceptionnellement et à juste titre le Retable de San Zeno de Mantegna. Sept sont reproduites avec un double amovible en guise de préambule. Dommage que les nécessités de mise en page rognent ailleurs plusieurs reproductions. La sélection s’est portée majoritairement sur la peinture, et suivent d’autres médiums, sculpture, arts graphiques (dessin, aquarelle), arts décoratifs. Si on n’échappe pas

à La Joconde ou au Radeau de la Méduse, ce tour du Louvre nous permet de rencontrer de belles inconnues comme cette Vue du Val d’Arco de Dürer (plume, encre brune, aquarelle, rehauts de gouache), la surprenante Egyptienne au Naos modelée par Clodion en 1780, l’orientale et vaporeuse Caravane peinte par Alexandre Decamps ou la doyenne du musée, une statue de forme humaine de Aïn Ghazal (Jordanie) datant du néolithique. Les notices plutôt succinctes situent l’artiste et son parcours, l’origine et l’histoire de l’œuvre. Un petit macaron en haut de page indique le pays d’origine ou de référence pour renvoyer à une carte en fin de lecture. Un bel ouvrage somme toute classique, qui ne s’embarrasse pas de longues exégèses, destiné aux non initiés comme aux amateurs plus éclairés. C. L.

Un tour du monde en 100 chefs-d’œuvre du musée du Louvre Éd. Géo / Prisma Presse, 35 euros

Quand la photo est Je Un des paradoxes de l’acte photographique est que le photographe se retrouve rarement dans l’image qu’il a prise lui-même. À moins de passer par une tierce personne - mais en ce cas est-ce un autoportrait ? - ou bien d’envisager quelque délicat subterfuge ou savant dispositif visuel. Toujours est-il que dans l’autoportrait peint, sculpté, littéraire se manifeste la question du «je» que la photographie ne contribue pas à clarifier, d’autant que ce médium est censé n’être qu’un enregistrement de la lumière sur un support, un acte objectif. Après une présentation historique de l’autoportrait à partir d’un cliché de 1840 (l’autoportrait d’Hippolyte Bayard mis en scène en noyé), Susan Bright démêle avec clarté et concision les mises en jeux photographiques de ce genre artistique à travers les œuvres de soixante quinze artistes contemporains internationaux et

cinq axes de questionnement : l’autobiographie, le corps, la mascarade, studio et album, la performance. À côté des plus renommés tels Martin Parr, Joan Foncuberta, Nan Goldin, on découvre entre autres Aneta Grzeszykowska (mimant Cindy Sherman), Janieta Eyre (scènes néo-pop étranges), Serge Comte (morphing et Post-it), Jemima Stehli (striptease/voyeurisme/pouvoir), Jeff Harris (propositions interactives via le web)… Le principe d’autoportrait permet d’interroger notre histoire personnelle, l’emprise collective et sociétale, le réel et le fictionnel ainsi que les dispositifs formels mis en œuvres. Comme le souligne Susan Bright, artiste ou non, il n’y a rien de plus banal que de s’auto photographier. Cet Auto Focus participe à en mesurer les incidences. C.L .

Auto Focus, l’autoportrait dans la photographie contemporaine Éd. Thames & Hudson, 34,95 euros

Zibeline n°36  

Toute l'actualité culturelle déc/janv 2010/11 en région PACA

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