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MUSIQUE

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Ça ça métisse ! Pour la clôture des Tables Rondes d’Averroès (voir p72), L’Espace Culture-Marseille et Le Cri du Port ont invité le Yuvaï Amihaï Ensemble, mené par le guitariste et compositeur israélien : entre jazz, musiques planantes aux accents populaires et improvisations énergiques, le quintette se révéla talentueux. Suivait Rabih Abou-Khalil, et son quartet : Gavino Murgia, voix et sax soprano, se régalait dans des improvisations human beat box déchaînées, usant de tessitures très graves sur les tenues magiques de Luciano Biondini, accordéon. Jarrod Cagwin, batterie, percussions, gardait une pulsation dynamique dans des chorus effrénés. Amoureux de musique sous toutes ses formes, ouvert à toutes les harmonies et dissonances, Abou Khalil s’autorise tous les métissages. C’est aussi un conteur chaleureux, plein d’humour ; il rappelle la richesse de la

Voyage au centre de la terre Dans les entrailles de la Fondation Vasarely, au cœur d’une petite salle cryptique muselée pour l’occasion par un rempart de 18 mini enceintes, le maître de cérémonie, Jean-Marc Duchenne, convia le public à venir s’immerger dans le monde des acousma-sons. Sa pièce, Au cratère de lune, suivie de celles de Vincent Carinola, Cielo vivo, et d’Hervé Birolini, Perséides, dépeignirent, aux travers de

puissant. Un autre thème, en hommage à la guerre du Liban, démarre discrètement, orné, lascif, comme un paradis perdu, le son très ample de l’accordéon contraste avec les cassures du oud et les contretemps du bendir (peau). Abou Khalil ne s’installe jamais : l’énergie positive reprend le dessus, comme un message entêtant : une main gauche survoltée, une main droite inapaisable domptent un instrument qui devient guitare électrique, tornade de sons et de rythmes. Musique de la liberté, qui en une soirée, embrasse mille et un univers. YVES BERGÉ Rabih Abou-Khalil © X-D.R.

musique arabe et ses 300 gammes, et chaque morceau est l’occasion d’une anecdote : «Les Américains sont venus à Bagdad pour s’inspirer de la culture irakienne ! Ils n’ont rien trouvé, ils sont repartis !» Rires, puis les mélodies en-

ces titres évocateurs, un monde fantasmagorique, magique, à la frontière entre terre et ciel. Au centre d’une véritable constellation sonore, l’auditeur, balayé par l’aspect cinétique du son diffusé à travers les haut-parleurs, englouti dans un univers plastique tout en vitesse et mouvement, se mua en avatar de toile futuriste à la Balla. Les textures complexes toujours mouvantes, entre bruits, hauteurs déterminées, souffles…, sculptèrent l’espace, le modelèrent et laissèrent dans l’enceinte les traces invisibles de leurs passages. Un beau voyage initiatique au sein de la matière. CHRISTOPHE FLOQUET

Hauts parleurs transparents en attente de cablage © X-D.R.

diablées démarrent aussitôt. Khalil, maître du oud, sait faire vibrer le public : sa mélodie saccadée sur un contrechant legato du saxophone soprano se développe, puis laisse entrer tous les instruments sur un crescendo

Ce concert a eu lieu le 27 nov à l’Espace Julien

Multicolore Soirée haute en couleurs, entre Amérique et création, pour le dernier concert symphonique de l’année Une entrée fulgurante et festive donna le ton de la soirée, les cuivres avaient ouvert la marche avec l’ouverture de Candide de Leonard Bernstein, condensé de quatre mélodies issues des thèmes de la comédie musicale, délicieusement manœuvrée par une écriture rythmique, cuivrée et percussive. Mais la star de la soirée n’est pas encore sur scène, le jeune «Paganini» serbe des temps modernes, Nemanja Radulovic, révélation internationale lors des Victoires de la Musique, s’impose par sa technique parfaitement maîtrisée, son lyrisme poussé à travers des vibratos parfois osés, et sa chevelure omniprésente marquant le flux d’une musique néoromantique. L’écriture du concerto pour violon de Samuel Barber, bien connu pour son Adagio pour cordes, véritable mélodiste et talentueux compositeur américain, peut correspondre à une tendance esthétique des jeunes interprètes privilégiant une musique moderne empreinte de lyrisme. L’orchestre d’ailleurs s’y démocratise : les mélodies confiées au premier violon passent à la clarinette tandis que la harpe déploie ses tendres arpèges puis que les cloches, marimba, vibraphones dressent un tableau d’une rare

Nemanja Radulovic © Eric Manas

douceur... La 1re Symphonie du jeune compositeur marseillais Nicolas Mazmanian, commande de la ville de Marseille, célèbre l’énergie de la vie, l’amour, le rêve et l’humour et même le jazz et les modes asiatiques, amenant doucement le public vers le monde oublié de l’enfance. Un temps retrouvé qui le fait tendrement sourire, melting pot néoclassique un peu lourd mais adéquat à cette soirée colorée sous la direction agitée de Guy Condette. AGNÈS CONDAMIN

Ce concert symphonique a eu lieu le 2 déc à l’Opéra de Marseille

Zibeline n°36  

Toute l'actualité culturelle déc/janv 2010/11 en région PACA

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