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MUSIQUE 33

Violoncelle hypnotique Encore un très beau concert à l’opéra d’Avignon ! L’OLRAP, dirigé par le chef russe Alexander Vakoulski, a interprété trois œuvres des XXe et XXIe siècles. Pour débuter, on a découvert Entre ses mains de Pascal Dusapin, compositeur star de la musique contemporaine française, et connu des Avignonnais pour sa présence au Festival In cet été : lentement, autour d’un sol, note pivot, l’œuvre se construit, s’élargit progressivement, joue

sur les nuances et les harmoniques au violon solo, en donnant une impression d’immobilité, cependant riche en couleurs. Le morceau, s’achevant par un sublime pianissimo, a démontré l’immense talent du chef invité, et la volonté nouvelle de l’OLRAP de s’ouvrir au répertoire contemporain. Pour suivre, l’opus phare de la soirée, le Concerto pour violoncelle et orchestre n°1 de Chostakovitch, fut joué par une autre star : Alexander Kniazev.

de Bach, avant de quitter la scène, se fondre dans le public et écouter la dernière partie du concert, Vakoulski dirigeant avec dynamisme l’Oiseau de feu de Stravinsky.

Composé pour Rostropovitch en 1959, il porte toute l’émotion et l’âme sensible du peuple russe. Le soliste l’a interprété avec fougue et passion, et c’est dans la Cadenza que, suspendu à l’archet de l’interprète, le public a écouté, hypnotisé par tant d’émotion. L’ovation qui suivit fut à la mesure de ce succès ! Infatigable, malgré l’intensité physique qu’il déploya dans le Concerto, le violoncelliste est revenu jouer, en bis, deux extraits de Suites

CHRISTINE REY

Ce concert a eu lieu le 19 nov à l’Opéra d’Avignon

Addiction

Louis Robillard © Guy Vivien

Lise Berthaud © Claude Doare

La Folle Nuit du Théâtre de Nîmes était cette année consacrée à Brahms, avec une incursion moins innocente qu’elle n’y paraît vers l’op 19 de Schoenberg : elle matérialisait l’éclatement de la tonalité influencé par la tempête Brahmsienne. Tempête que le jeu subjectif de Fabio Bidini n’aura de cesse d’entretenir avec le Quatuor Modigliani et François Salque au violoncelle. L’altiste Lise Berthaud, le clarinettiste Romain Guyot et le jeune Trio Atanassov joignaient leurs talents à cette série de cinq concerts de 15h à 23h. Du lourd donc, du duo, du trio, du quatuor, du quintette, du sextuor au kilo ! Affrontés par une jeunesse impressionnante dans son interprétation ! Pourtant la programmation resserrée (deux pièces maximum), intercalée d’entractes confortables (une petite heure pour éviter le mauvais trip…), permettaient une accoutumance fructueuse à des tournures stylistiques et des procédés de compositions propres au maître de Hambourg. Salque, investi, et Bidini inaugurent le voyage avec la Sonate en mi mineur : les jalons sont posés, traits appuyés

par alternance, ruptures rythmiques et harmonies familières en sixtes, c’est bien Brahms conclu par un troisième mouvement solide et fugué. Lise Berthaud étaye le Trio Atanassov et ses jeunes membres plein d’engagement dans le Quatuor pour piano et cordes op 60 et met majestueusement en valeur les accents beethovenien de l’allegro final. L’overdose est finement évitée par un

changement de texture avec le Sextuor à cordes n°1 et ses appels de quartes caractéristiques dans les variations qui induisent une passacaille à l’arrière plan et l’héritage de la tradition. Nous sommes alors disponibles pour le retour du piano dans le trio op 87 ! Atanassov s’épanche sur les unissons aux couleurs modales et populaires de l’andante et se montre mordant dans le Scherzo. La clarinette

de Romain Guyot est séduisante dans les pianos et les sons filés de la Sonate avec piano. Une mezzo-soprano, Andrea Hill, répond alors à la berceuse de l’altiste du trio avec une voix chaude et mesurée contant La nostalgie apaisée et La Berceuse sacrée sur des arpèges Brahmsiens. Puis le shoot final ! Le Quintette pour piano et cordes en fa mineur ! L’auditoire accro est prêt à recevoir les rythmes pointés ou en triolets sur les basses obsédantes du Scherzo. Après une introduction empreinte de chromatismes annonciateurs d’une tonalité élargie, le Finale entretient la magie des accents brahmsien. Dernier Quintette avec clarinette et ultime montée d’adrénaline, ultime soulagement sur les motifs quasi-improvisés de l’anche (adagio) et la juste pudeur de la mélodie pour finir en douceur. Aimez-vous Brahms ? Oui, décidément ! PIERRE-ALAIN HOYET

La folle nuit brahmsienne a eu lieu le 4 décembre au théâtre de Nîmes

Saint Louis L’immense organiste Louis Robillard s’est produit le 18 nov sur les grandes orgues de la paroisse Saint Joseph à Marseille Émérite interprète et pédagogue, le spécialiste du répertoire symphonique a offert au public venu en nombre écouter le maître un superbe récital. Du haut de la tribune qui surplombe la nef, les grandes orgues Cavaillé-Coll de Saint-Joseph ont sonné magnifiquement dans une littérature taillée sur mesure par un spécialiste du genre. Avec des pièces de Franck, Widor, Liszt (une superbe transcription

des Funérailles par l’organiste lui-même) et la fameuse Sicilienne de Fauré adaptée également pour l’orgue par l’hôte de marque, la puissance et la richesse sonore du très bel instrument étaient parfaitement exploitées. Un trois claviers gigantesque dans la pure tradition symphonique française que fait revivre avec succès l’Association des amis des orgues Cavaillé-Coll de Saint-Joseph et SaintPhilippe, initiatrice de plusieurs manifestations dont la prochaine verra se succéder à la tribune les organistes de la paroisse pour un concert de Noël à ne pas rater (19 déc à 16h). FRÉDÉRIC ISOLETTA

Zibeline n°36  

Toute l'actualité culturelle déc/janv 2010/11 en région PACA

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