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MUSIQUE

CHAMBRE yeux d’Etienne Moulinié : beau legato expressif et mélancolique, aigus planants d’Arianna Savall, théorbe sensuel de Juan Sebastian Lima. Le Canzon de Bartolomeo de Selma offre une joute virtuose entre cornet et dulciane. Chaudes sonorités de Krzysztof Lewandoski, mélismes, bourdons, chaconnes, folias (motifs qui se répètent en se modifiant) Folias para mi señora de Falconiero, festival de modes de jeux (le très sautillé Repicavan las campanillas de Moulinié) et d’atmosphères où les musiciens passent d’un instrument à l’autre avec aisance. Michael Hell, orgue, clavecin, flûtes à bec, chant donnant à l’ensemble une assise essentielle, avec grande maîtrise. Repartant de Saint Victor, sur les routes de… la rue Sainte, le public, ravi, reprenait en chœur : De cor, de boux, celebrats, cantats toutis! (Du cœur, de la bouche, célébrez, chantez tous !) entonné par un Jean Tubéry chaleureux.

Pèlerins de Saint Victor

© Yves Bergé

L’ensemble La Fenice, direction Jean Tubéry, flûtes à bec, cornet, et Ariana Savall, soprano et harpe, nous ont guidés sur le Chemin de Compostelle, baignés par des musiques médiévales et baroques, et une exaltation de Saint Jacques, contée par la voix occitane du chef, anecdotes pittoresques à l’appui («Les femmes sortaient des maisons avec

YVES BERGÉ

décence, pour voir chanter nos compagnons de France»). Arianna Savall, d’une grâce étonnante à la harpe, chante avec délicatesse et grande sensibilité. De Strasbourg à Saint Jacques, un riche parcours musical passe par un choral de Praetorius, une fantaisie de Du Caurroy (Une jeune fillette), et le sublime air avec diminutions N’espérez plus mes

Un Camino de Santiago a été parcouru le 25 nov dans le cadre du 44e Festival de Musique à Saint-Victor

Question d’équilibre Malgré sa volonté d’en garder un peu sous la pédale (de sourdine), Jean-Claude Pennetier n’a pu masquer le déséquilibre sonore prévisible entre un piano-roi à l’écriture fournie et les quatre cordes émaciées figurant l’orchestre de Chopin. L’adaptation pour quintette de son Concerto n°2, proposée lors de la seconde soirée dédiée au Franco-Polonais, n’a véritablement fonctionné que dans le 2e mouvement joué (aussi en bis) avec beaucoup de poésie et de fluidité. Le Quatuor Renoir, associé au pianiste français, a en revanche trouvé sa juste mesure expressive dans le rare

Jean-Claude Pennetier © X-D.R.

Quintette en fa mineur de César Franck. Un opus sombre et tourmenté pour lequel, dès la première intervention plaintive du clavier, Pennetier a placé la barre très haut en matière de suspension, de retenue, de couleur et de sensualité. Les cordes, dans son sillage, ont servi avec lyrisme l’œuvre d’un génie de l’écriture harmonique et de l’architecture sonore. J.F.

Concert donné à la Société de Musique de Chambre de Marseille le 2 déc

Talents d’ici ! chambriste. Pour en tirer tout le sel, il faut posséder une large palette expressive et technique, rendre lisible le contrepoint, faire la part belle au

chant, et emmener l’auditeur dans des univers tantôt tendre, énergique, douloureux, populaire, sur des rythmes carrés ou chaloupés, par des modu-

Jean-Eric Thirault © X-D.R.

Le Grand Foyer est complet ce 27 nov pour entendre le somptueux programme annoncé dans le cadre de la saison de musique de chambre de l’Opéra de Marseille. 15h ! On fait encore la queue devant le rutilant guichet art-déco trônant dans le hall d’entrée en espérant trouver une place (pour 5€… même pas le prix d’un ciné !). En haut de l’escalier, les musiciens s’installent, s’accordent et attaquent le Sextuor en sol majeur n°2 de Brahms : une véritable mini-symphonie pour cordes que les éminents solistes issus de l’orchestre maison interprètent avec un souci du dosage et de l’équilibre des pupitres, de la tenue rythmique et une belle cohésion, tout à fait à l‘image des formations de métier ! Les deux Sextuors de Brahms (le n°1 en si bémol a fermé le programme) sont des sommets de la littérature

lations pleines de surprises... Souvent la réussite d‘une formation de musique de chambre, paradoxalement, tient à la présence forte de l’altiste. C’est cet instrumentiste qui, au cœur de la polyphonie, mène fréquemment la danse. On ne peut, en l’occurrence, que louer la générosité de jeu de Magali Demesse. Secondée par son alto-ego Xavier Franck, elle a tenu la balance entre le chant aérien des violonistes Roland Müller et Alexandre Amedro et la pâte lyrique des violoncellistes Jean-Eric Thirault et Odile Gabrielli. Faut-il le redire encore aux programmateurs ? Souvent il n’est pas besoin d’aller quérir au loin des talents que l’on a sous la main ! JACQUES FRESCHEL

Zibeline n°36  

Toute l'actualité culturelle déc/janv 2010/11 en région PACA

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