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DANSE

MARTIGUES | CAVAILLON | ARLES | BNM

Frankie est brutal Olivier Dubois danse sur Frank Sinatra ! Après avoir déboulonné le mythe chorégraphique du Faune, affichant jusqu’au malaise une perversité intime de voyeur, voilà que le danseur habille son décor de paillettes, d’un grand escalier noir, de surfaces élégantes et laquées… Il y danse avec Marianne Descamps une danse de salon raffinée, jazzy chaloupante, aux portés un peu trop acrobatiques pour être vraiment honnêtes, puis aux étreintes étrangement violentes… Car tout cela une fois posé se déglingue discrètement : la fille s’habille en homme, les décors se révèlent des garde-robes gigantesques contenant des rangées trop fournies de chemises trop blanches, le couple un instant s’arrête sur les marches, pour parler. Mais ils dansent encore, chantent de dos, dansent toujours… L’effroi est soudain : tout est jeté à terre, la danse finit en viol, tandis que Sinatra continue d’enchaîner les standards mielleux, New York New York, Moonlight Serenade, Fly me to the moon, même quand la lune et les lumières s’étranglent d’effroi… Un voyage suranné qui devient terrifiant, même si le mythe de Sinatra est davantage épargné que celui du Faune, et l’ensemble moins réussi : le format des chansons impose une succession linéaire de séquences de trois minutes peu adaptées ; forcément égales, trop courtes souvent, et franchement trop longues quand ils vident les armoires ou ramassent les robes. L’effroi, brutal, gagne à être rapide, aussi.

Olivier Dubois © Patrick Sagnes

AGNÈS FRESCHEL

L’Homme de l’Atlantique a été dansé aux Salins, Martigues, le 23 novembre

Ceux qui soufflent le froid

© Herman Sorgeloos

Alors que les températures extérieures fulminent leur hostilité, le décor proposé par la Peeping Tom nous renvoie dare-dare dans le blizzard de l’hiver. Premier choc. Étrangeté du dehors/dedans qui colle parfaitement à la réalité, relié à l’époustouflante mise en espace d’une petite communauté isolée dans une quelconque base polaire. Trois caravanes plantées dans la neige hébergent six personnages qui s’exposent aux rapports humains, entre cruauté, humour et impossible volupté ; sous l’œil (et la voix) éclairé de la soprano Euridike de Beul, une mère nourricière, castratrice au long cœur qui hurle «love me» sur des guitares floydiennes. Chacun conditionné par son isolement, la peur au ventre, sa propre peur à l’évidence. Un univers à la Lynch, entre réalité et fantasme, complété par une bande son envoûtante, qui pulse un mélange unique de théâtre, danse et performance. 32, rue Vandenbranden offre tous ces ingrédients à la fois dans une unité étonnante et déstabilisante. Ce collectif de danseurs flamand, après la trilogie familiale Le Jardin, le Salon et le Sous-sol, nous embarque encore une fois dans son univers très sensitif, parfois décousu, assurément suggestif. Ces corps se contorsionnent aux limites du regardable, se cognent, souffrent, se désarticulent et s’emboîtent. Autre trouble de découvrir ces danseurs monstrueusement véloces, qui s’envolent ou disparaissent, crient façon Munch ou s’arrachent le cœur sous des parapluies ruisse-lants. On ressort en embarquant de ce fantasme collectif un peu de leur neige inquiétante dans nos pas. DELPHINE MICHELANGELI

32, rue Vandenbranden s’est joué au théâtre d’Arles le 30 novembre

© Kader Attou

Impossible pari ? Kader Attou est le premier chorégraphe de hip hop nommé à la tête d’un Centre Chorégraphique National. Ce qui est assez formidable… Mais sa danse, au vu de cette création, y a perdu en force ce qu’elle n’a pas gagné en lyrisme. Symfonia piesni Zatósnych regarde du côté d’un certain classicisme en dansant sur la symphonie culte de Gorecki, et en proposant une danse abstraite détachée de tout discours social, et d’ailleurs de tout discours. Le problème est qu’à ce jeu là son hip hop manque de perfection technique : deux des danseurs, ceux qui breakent, sont virtuoses, la danseuse indienne a une présence folle, mais le bougalou, le strobo, le new style sont étrangement éteints. La compos-

ition d’ensemble est un peu terne aussi, les solistes manquent de souplesse et les ensembles de folie, même si quelques très beaux moments se détachent, grâce au tournoiement des doublures rouges, aux mouvements des mains, aux corps qui font masse. Bref, la danse de Kader Attou s’est féminisée, s’est affranchie du rap puis de toutes les tentations binaires, mais a en l’occurrence perdu un peu de son sel. Même si elle plaît toujours autant au public, enthousiaste ! A.F.

Symfonia piesni Zatósnych a été dansé à Cavaillon les 26 et 27 novembre

Zibeline n°36  
Zibeline n°36  

Toute l'actualité culturelle déc/janv 2010/11 en région PACA

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