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HISTOIRE

ABD GASTON DEFFERRE | LIVRE © Centro Studi Emigrazione Roma

© Centro Studi Emigrazione Roma

Le prix de l’intégration Le cycle «Le temps des Italiens», (voir Zib’28) continue d’explorer leur place dans la société française à travers, cette fois, leur participation à la Résistance

d’œuvre immigrée (M.O.I) tient alors un rôle important dans ces engagements : elle a tissé des liens avec la communauté qu’elle a défendue pendant les années 30, au moment de la politique de préférence nationale en matière d’emploi. À l’inverse, en novembre 42 lorsque l’armée italienne contribue à l’occupation de la zone libre et s’installe dans les Alpes, lorsque Nice et Grenoble deviennent italiennes, certains immigrés s’engagent auprès des forces fascistes.

Les Italiens de Marseille À l’heure où l’Italie, dominée par le fascisme entre en guerre contre la France, quels ont été les choix politiques des migrants installés sur notre sol ? Gianni Perona, professeur à l’université de Turin posa le cadre : les Italiens ont participé à la résistance ! Entre 7 et 900 000, ils sont majoritairement ouvriers, travaillent dans le bâtiment mais aussi dans le textile et les mines. Immigrés récents, ils font encore de fréquents allers-retours entre les deux pays et, du coup, on rencontre dans une même famille des enfants aux nationalités différentes. Ils habitent Nice, Marseille, Paris davantage qu’ailleurs et se regroupent dans des réseaux au caractère familial. Avec la guerre, en juin 40, le trouble s’installe : faut-il retourner au pays pour s’engager ? faut-il lutter contre le fascisme ? Pour éviter l’entrée en guerre de l’Italie, les autorités françaises ont fait taire la propagande antifasciste. De même, le pacte germano-soviétique a rendu suspect les communistes. La défaite française et la collaboration simplifieront les choses. Souvent dans une situation économique précaire, les Italiens souhaitent avant tout s’intégrer. Pourtant, à partir de 1942 leur participation à la Résistance s’accélère. Les familles, mal assurées de leur place dans la société, veillent toutefois à leur survie : par choix, un seul membre s’engage dans les réseaux résistants. L’organisation de la Main

Grégoire Georges-Picot prit la parole pour s’intéresser de plus près au cadre Marseillais. Pour lui la relation est très forte entre la situation française et italienne. Doit-on résister en France ou pour la France ? Poser cette question est évidemment poser la question de l’intégration. Il évoque Giorgio Amendola qui veut libérer la France pour libérer l’Italie ! Ce représentant du parti communiste italien à Marseille rejoindra d’ailleurs sa terre natale, en 1943, pour poursuivre le combat. En attendant, l’engagement des migrants est conséquent : on les retrouve sur «l’Affiche Rouge» et parmi les fusillés du groupe Manoukian -5 des 23-, en février 44 ! Et, lors de la libération de Marseille, on voit, sur le Port, les FTPMOI défiler avec un drapeau français. Mais pour l’heure le combat passait par la reconstruction des structures. Par contrecoup, comme dans le Var, cela revenait à mettre sur pied des réseaux de résistance français. On constate toutefois des problématiques différenciées selon les générations. Dans la famille Landini où le père, communiste italien, engagé dans les FTPMOI rêve de libérer l’Italie, le frère aîné se sent italien mais s’engage aux jeunesses communistes françaises, tandis que le frère cadet et la sœur refusent de passer en Italie pour combattre car ils se sentent Français. C’est le symbole de cette rupture entre la génération ancienne qui aspire au

retour et les jeunes qui ne conçoivent que l’intégration à la France. D’ailleurs, en 1943 la reconstitution du PCF provoque une séparation d’avec le PCI de France : les deux terrains de lutte vont se séparer.

Dans les Alpes Jean-Louis Panicacci compléta le tableau en insistant sur la résistance dans la Provence de l’Est. Là, la proximité de la frontière rendait la question de l’intervention en Italie beaucoup plus pressante. Il note le poids de la communauté italienne et, lui aussi, la différence de comportement des générations successives : la 3e combat de part et d’autre des Alpes, dans les maquis ; pour les plus jeunes, ils se retrouvent, après la défaite italienne, intégrés aux troupes françaises. Mais ils sont suspects (La République de Salo subsiste). Ils sont à la fois maltraités par l’armée et menacés d’expulsion s’ils ne s’intègrent pas aux unités constituées. Pour convaincre, il les faudra voir verser l’impôt du sang : c’est le cas de l’unité Garibaldi anéantie le 12 août 44. On l’aura compris, les Italiens écartelés entre leurs racines transalpines et françaises ont, dans la Résistance, choisi en fonction de leur idéologie ou de leur appartenance générationnelle. Dans tous les cas, beaucoup, désireux de signer leur intégration à leur pays d’accueil, lui ont sacrifié leur vie. RENÉ DIAZ

Cette conférence a eu lieu le 30 mars aux Archives Départementales de Marseille À venir : Le temps des Italiens Les voix de la citoyenneté : actions politiques et syndicales, le 27 avril à 18h Les femmes de l’immigration italienne, le 18 mai à 18h www.archives13.fr

Zibeline n°29  

Toute l'actualité culturelle en région PACA avril/mai 2010

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