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2 ° N

du 17/12/09 au 21/01/10 | un gratuit qui se lit

3 1 s s e e L l c a t c l e ë p s de No


AMARELLES | DRÔLES DE NOËLS

ÉVÉNEMENTS

III

Larguez les amarres ! Scène conventionnée dès l’enfance et pour la danse, Théâtres en Dracénie a créé un temps fort pour le jeune public, Amarelles, conçu comme un rendez-vous festif et fédérateur à vivre en famille. En quelques semaines seulement, Amarelles révèle la diversité des nouvelles écritures et des formes sans cesse réinventées : théâtre, marionnettes, théâtre d’objets, ciné-concert, cirque, parcours-installation… Au menu de cette nouvelle édition, dans le désordre car les enfants préfèrent souvent le sucré au salé, il y a la figure du Petit Chaperon rouge impossible à détrôner : Ilka Schönbein et Laurie Cannac revisitent le monde merveilleux et terrifiant du conte dans Faim de loup, solo pour une comédienne et tout un univers de marionnettes, quand la Cie Pipo, sous la plume de Jean-Claude Grumberg, chante dans Le petit chaperon Uf «une véritable ode à la liberté, une allégorie sur l’intolérance». Les aventures d’Ali Baba et les 40 voleurs seront à portée de mains du public grâce aux comédiens et musiciens de la Cie la Cordonnerie qui, sur fond de projection du film muet de Samuel Hercule, interprèteront en direct les dialogues et la bande-son au piano, guitares, batterie et harmonica. Les enfants devraient se reconnaître dans la Storia di una famiglia racontée par la compagnie italienne Rodisio qui met en scène autour d’une cuisine, un homme, une femme et leur fille, une table et trois chaises. Un théâtre visuel et énergique récompensé par le Grand prix du 6e Tiba Festival de

Poussières d’eau © Jean-Francois Lange

Belgrade en Serbie en 2008. Les tout-petits dès 2 ans ne sont pas en reste avec 86 cm de la Cie s’appelle Reviens, Molière Jeune public 2009, qui met à contribution avec ingénuité dessins, mimes, objets, suspensions et mobiles… Guère plus grands, les enfants dès 5 ans embarqueront avec la Cie le Fil rouge théâtre pour un voyage poétique et sensoriel, Poussières d’eau, création 2010 d’Amarelles. Pas de festival jeune public sans cirque ! La compagnie Le Cirque hirsute

revient à Draguignan avec une version longue et en salle de son Bal caustique. Du pur absurde qui fait de la piste un espace totalement surréaliste. MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

Festival Amarelles du 5 au 29 janvier 7 spectacles à voir en famille Théâtres en Dracénie, Draguignan www.theatresendracénie.com

Éclats de Noëls Toute la ville d’Arles bruisse des rumeurs joyeuses de Noël qui volètent comme des flocons de neige : pas une place ni une chapelle, pas une rue ni une façade qui ne soit prise d’assaut par les artistes ! Circassiens, marionnettistes, magiciens, musiciens, conteurs et comédiens se donnent le mot pour faire vivre aux Arlésiens de Drôles de Noëls. Il revient à Skertzo, maîtres de l’illusion et du trompe-l’œil, d’ouvrir cette 6e édition avec leur nouvelle création Éclats de neige et la mise en lumière de l’Hôtel de ville (19 déc 19h), et aux Studios du cirque de finir en beauté avec Tempêtes de plumes sur mer blanche (24 déc 18h). Entre les deux, place au Jardin musical d’Étienne Favre, aux contes de Jean Guillon, aux performances magiques de la Cie William Eston et Günther, au cirque Le Cubitus du Manchot, aux marionnettes de Daniel Raffel ou encore au théâtre forain des Bonimenteurs. Place encore à Tutti Frutti et ses

ballades musicales dans la ville, Raymundo et son théâtre d’ombres portatif, Octopus et son mini cirque en pâte à modeler, le Théâtre de l’Éléphant vert. Même si la manifestation dure moins longtemps cette année, Drôles de Noëls fédère de nombreuses initiatives, traditionnelles ou novatrices, comme les concerts de Noël (Duo romance lyrique, Accoules Sax), les animations à la ludothèque Martingale, une visite du Musée départemental de l’Arles antique en compagnie de Décor sonore, un Salon des santonniers… MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

Drôles de Noëls du 19 au 24 décembre www.droles-de-noels.fr Éclats de neige © Cie Skertzo


IV

ACTIVITÉS

CITÉ DU LIVRE | BALLET NATIONAL DE MARSEILLE

Pliés, fermés, dépliés, volumineux, inventifs, précieux, colorés, ludiques, poétiques : les livres pour enfants de l’artiste japonais Katsumi Komagata n’ont plus de secrets ! La Cité du livre lui consacre une manifestation «encyclopédique», 1, 2, 3… Komagata, dont plusieurs pages sont écrites avec le Groupe Grenade, les Nuits pianistiques, le Grand théâtre de Provence, l’Institut de l’image, Fotokino et l’École d’art d’Aix-enProvence. Car si les plus jeunes se plongent dans son univers où «le rêve et l’imaginaire sont rois», les jeunes plasticiens aussi sont séduits par ses livres, objets plastiques qui se déploient. Ses livres, nés en 1990 à la naissance de sa fille, sont mis en scène à la galerie Zola par l’association Les Trois ourses comme une évocation XXL de son univers fantaisiste et sensible : certains d’entre eux sont même agrandis, devenant de vraies sculptures de papier… Alors, pour approcher au plus près son travail de déconstruction de l’objet-livre et faire toucher du doigt son univers tout entier, la Cité du livre favorise des approches transversales aussi enrichissantes qu’inédites : ateliers de papier découpé et de création musicale, projections de films d’animation, spectacle de conte et vidéos jeunesse. 1, 2, 3… c’est parti jusqu’à fin janvier !

Exposition 1,2,3S Komagata © Les Trois Ourses

Le roi Komagata

M.G.-G.

1, 2, 3… Komagata jusqu’au 30 janvier Cité du livre bibliothèque Méjanes, Aix 04 42 91 98 88 www.citedulivre-aix.com

Little Tr e One Str e © Katsumi Komag o ata, diffusio ke-Les Trois Ou n Les Tr ois Ou rses, 2009, rses

Quand le © Kats ciel est ble u u diffusio mi Komagata la mer est b le n Les , Trois O One Stroke ue elle auss , i urses

itre je vais na Ca y est Komagata, i m su © Kat , ke, 1995 One Stro s Trois Ourses Le n io us ff di

Approchez la danse ! Depuis la rentrée des élèves des quartiers nord de Marseille se voient proposer une formation en danse grâce aux efforts conjugués du Ballet national de Marseille et du Rectorat © Agnès Mellon

Voilà 10 ans que le BNM a engagé des actions porteuses auprès des publics scolaires et notamment dans les quartiers défavorisés. Zibeline s’est fait l’écho l’an dernier de l’action auprès de l’école Bellevue (3e), qui a permis à deux classes de passer trois jours à Bruxelles. Cette action, appelée Entre(z) dans la danse, se développe cette année sur 15 établissements : 8 écoles primaires, 5 collèges et 2 lycées, soit un total de 509 élèves ! Chaque classe visite les locaux du Ballet, assiste à des répétitions et à des spectacles, travaille avec des danseurs professionnels et prépare un spectacle de fin d’année. Le thème du travail est en relation avec la création de Frédéric Flamand : cette année c’est «moi et ma famille» ; le chorégraphe prépare en effet un ballet d’après Le baron perché. Un roman où Italo Calvino raconte, avec une fabuleuse fantaisie philosophique inspirée du Siècle des Lumières, le destin d’un enfant fuyant les règles familiales et cherchant à trouver l’état de nature dans les arbres : l’année devrait être

riche en questionnements et débats... Mais le BNM a frappé encore plus fort en créant en septembre, sous la sollicitation du Rectorat une classe à horaires aménagés danse (CHAD) dans les quartiers nord. C’est la première classe de ce type ouverte en Zone Prioritaire. Une classe de 6 e formée de 18 élèves volontaires a été constituée au collège Arthur Rimbaud (15e). Prévue sur les 4 années du collège, cette action leur permettra d’acquérir une maîtrise du corps et une culture générale en musique et en chorégraphie. Un après-midi par semaine sera consacré à la danse avec des interventions des danseurs du BNM et de la compagnie Kelemenis, partenaire du projet. Une ouverture à suivre ! CHRIS BOURGUE

Signalons la parution du très beau livre Des étoiles dans les yeux avec des photos du travail réalisé avec l’école Bellevue, en partenariat avec la Fondation Logirem


MUSÉE DES ALPILLES | LATERNA MAGICA

V

ACTIVITÉS

Les vacances au musée À Saint-Rémy-de-Provence, le Musée des Alpilles met tout en œuvre depuis deux ans pour permettre aux enfants de s’initier aux arts graphiques. Comment ? Par la découverte ludique de leurs collections permanentes et de leurs expositions temporaires, et la pratique en atelier de création graphique. Une politique de sensibilisation au patrimoine et à la diversité culturelle conduite durant l’école et hors temps scolaire, car les vacances, c’est aussi fait pour s’amuser et apprendre! Actuellement, dans l’hôtel Mistral de Mondragon où il est installé, le Musée des Alpilles expose une sélection de stéréoscopies de Frédéric George, Visages de Provence, où se mêlent paysages, portraits individuels et de groupes, vues d’ateliers professionnels. Virginie Olier, chargée de l’éducation artistique, a souhaité valoriser ce témoignage de premier plan sur l’histoire de la région au début du XXe siècle. Elle a donc conçu un atelier photographique ouvert aux 7/13 ans, décliné exceptionnellement sur trois jours les 21, 22 et 23 décembre car l’exposition se prête particulièrement à la lecture des images, à la décou-

menter la vision en relief de photographies ; ils apprendront également à fabriquer un sténopé, à réaliser un reportage dans les rues de Saint-Rémy puis à développer leurs propres prises de vue sous la houlette d’Alexa Brunet. Une photographe bourlingueuse qui a promené son appareil au Caire, vécu auprès des «habitants atypiques» de France qui préfèrent sortir des sentiers battus, et partagé les insomnies des gens de la nuit. Que rêver de mieux pour les jeunes qu’une artiste qui aime transmettre son savoir-faire pour se frotter à la création photographique contemporaine ? MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

Les vacances au Musee des Alpilles © X-D.R

verte de la photographie et à un apprentissage plus technique. Les photographies de Frédéric George se présentent pour la plupart sous forme de positifs stéréoscopiques noir et blanc ou sépia : après avoir parcouru l’exposition comme on remonte le fil du temps, les enfants pourront découvrir la stéréoscopie, expéri-

La couleur des livres

© Isidro

parvient à caractériser en deux métaphores l’œuvre de Buñuel (un cadenas araignée en fil de fer…) et sublime les pratiques plastiques que l’on réserve aux enfants : pliages, collages, pochoirs, tampons, découpages… Des matériaux simples, cartons, papiers, fils de fer et boîtes récupérées sont assemblés dans un esprit surréaliste qui fait surgir des bulles des cheminées des maisons, leur donne des racines en crayons, peuple les livres de personnages objets, d’escaliers en papiers, des pirouettes cacahouètes qui prennent vie onirique dans des œuvres qui ont l’épaisseur des rêves –plus tout à fait planes, mais pas vraiment sculpture. Et la couleur aussi s’épanche entre deux mondes, surtout jaune et blanche avec un peu de noir, nuancier des pages que l’on tourne, des livres où le bleu et le rouge demeurent accidentels. Artiste invité, il a animé des ateliers pour adultes : les œuvres de ses stagiaires sont exposées. Allez-y voir, avec vos mômes : sa poésie est contagieuse. AGNES FRESCHEL

ni © Gianpaolo Pag

Comme chaque année Laterna Magica, organisé par Fotokino, propose entre deux films, conférences et ateliers des expositions d’illustrateurs particulièrement soignées. À la galerie Montgrand de l’ESBAM trois artistes en mettent plein les murs et les mirettes. Au premier étage, discret, Gianpaolo Pagni propose plusieurs séries qui témoignent de sa «tentative d’épuisement» du monde : Mirandola veut prendre l’empreinte des petites pièces mécaniques : tampons, rouages et timbres en noir et blanc s’exposent dans des tableaux techniques pseudo descriptifs, et ironiques ; Double Face joue sur le plein et le vide, et cette capacité que nous avons d’identifier toute forme à un visage ; ailleurs des cow-boys, des images d’enfance apparaissent, peintes comme par de vieux enfants sur les pages d’un magazine… Inventeur de traces, Gianpaolo Pagni met le monde à plat dans des collections infinies, comme un herbier de souvenirs. En bas, dans une petite salle, un film d’animation, et des peintures très lyriques. Celles de l’illustratrice Betsy Dadd : ses Moving Drawings ont quelque chose d’automnal, couleurs délavées, ombres ocres et grises, brumes fantasques, grands arbres maigres peuplent des paysages de citations, chevaux, charrettes et paysans échappés d’un Breughel effacé, d’un monde renversé de la mémoire… Mais l’essentiel de l’espace est occupé par le travail d’Isidro Ferrer. Un grand maître du genre, qui a illustré les plus grands poètes, de Garcia Lorca à Pablo Neruda (son anthologie poétique publiée en français chez Gallimard jeunesse est un merveilleux exemple d’intelligence poétique entre l’image et le texte). Il

Atelier photographique entre 7 et 13 ans lundi 21 et mardi 22 décembre 14h30 à 17h mercredi 23 décembre 10h à 12h et 14h à 17h Musée des Alpilles, Saint-Rémy-de-Provence 04 90 92 68 24 www.ateliermuseal.net

Laterna Magica Expositions jusqu’au 24 décembre Galerie Montgrand, Marseille 04 91 33 11 99 www.fotokino.org

Ferrer


VI

SPECTACLES

AU PROGRAMME

Miniatures

Marionnettissime

La compagnie Québécoise Ubus Théâtre promène son school-bus jaune à Istres pour un Périple intimiste au cœur de l’univers de la marionnette miniature et du théâtre de petits objets. De Londres à Paris en passant par Moscou et le Liban, on y poursuit la vie d’un vieil homme, Antonios Youssef Zakaria, et d’un grain de sable. La jauge étant limitée, pensez à réserver !

La compagnie Arketal s’installe en janvier aux Salins avec À demain ou la route des six ciels, invitation à l’éveil, voyage magique à vivre du lever du jour à la tombée de la nuit au fil de six pays : Paupières, Dix heures et demie, Soleil, Parfait, Enfants des horloges,Plongeoir. Drôles de noms pour des pays ! Sauf quand ce sont l’auteur Jean Cagnard qui en A demain ou la route des six ciels © Brigitte Pougeoise

M.G.-G.

À demain ou la route des six ciels Jean Cagnard, Sylvie Osman de 6 à 9 ans mercredi 6 janvier 19h30

DO.M.

Le Périple Ubus Théâtre 19 janvier 18h30, 20 janvier 15h et 18h30, 21 janvier 18h30, 22 janvier 20h30 Théâtre de l’Olivier, Istres 04 42 56 48 48 www.scenesetcines.fr

Les Verticaux Fabienne Mounier, Sylvie Osman à partir de 12 ans mercredi 13 janvier 19h30 Les Salins, Martigues 04 42 49 02 00 www.theatre-des-salins.fr

Inspiré Fous de Nino Ferrer et de la «délicieuse rugosité inhérente à son univers», Les Nino’s inventent un show à sa démesure : J’avais pas vu Mirza… Exit les cuivres et l’artillerie rythm’n blues, le trio formé par Tom Poisson, Laurent Madiot, Benoit Simon garde l’esprit fantasque de Nino, sa poésie grinçante, par le truchement d’une orchestration dépouillée. Les trois solistes, drôlement attifés, n’ont

cependant rien perdu de l’ironie du grand blond, ses mots pétillants, grinçants. C’est sûr, ils ont retrouvé Mirza !

Mordant Molière du spectacle jeune public 2008, L’hiver 4 chiens mordent mes pieds et

M.G.-G.

mes mains est un spectacle au pouvoir poétique fort. On y entre comme dans un livre d’images, porté par la plume de Philippe Dorin et la mise en scène (et en images) de Sylviane Fortuny. Un hiver, un homme et une femme se rencontrent, lui sort du bois, elle vient des pays de neige. Au printemps surgissent deux enfants. Quand vient l’automne, une vieille dame se présente, et l’été… Il faudra bien tout ce temps pour qu’ils apprennent à être parents, et se construisent une vie…

J’avais pas vu Mirza… Les Nino’s à partir de 8 ans samedi 23 janvier 21h Théâtre Marelios, La Valette-du-Var 04 94 23 62 06

Freudien Dans un cirque, trois comédiens et une marionnette plus vraie que nature se disputent l’amour d’un enfant, Pierrot le Chauve. Qui l’aime plus ? Qui l’aime le mieux ? Madame Ave, dompteuse et mère biologique, ou Madame Eva, équilibriste et mère adoptive ? Inspirée du jugement de Salomon, la pièce écrite par Anne-Marie Collin et mise en scène par André Loncin, Monsieur Salomon, prête à rire par son énergie débordante tout en abordant un sujet très actuel : comment l’enfant peut-il grandir sans être déchiré par les passions qui secouent les adultes dans certaines familles «recomposées» ?

invente la cartographie et la compagnie Arketal qui en façonne les habitants, d’étonnantes marionnettes manipulées à vue par deux comédiens. Une rencontre poétique entre un texte, le temps et les marionnettes suivie d’une réflexion sur la famille et son quotidien avec Les Verticaux. Surréaliste et burlesque, l’univers des Verticaux est baigné de tendresse et d’humour. Mais là encore, ce sont les marionnettes qui ont le premier rôle.

Monsieur Salomon André Loncin (Cie Le Petit théâtre) à partir de 8 ans mardi 12 janvier 18h30 Théâtre de Fos-sur-Mer 04 42 11 01 99 www.scenesetcines.fr

À venir au Théâtre de Fos Mon nez Cie Objet sensible à partir de 2 ans mercredi 20 janvier 10h30, 15h, 16h30 mercredi 27 janvier 10h et 15h

M.G.-G.

M.G.-G.

L’hiver 4 chiens mordent mes pieds et mes mains Philippe Dorin et Sylviane Fortuny (Cie Pour ainsi dire) à partir de 8 ans mercredi 13 janvier 14h30 et 19h30, vendredi 15 janvier 20h30 Théâtre de Grasse 04 93 40 53 00 www.theatredegrasse.com

Pas pareils Si 9m2 suffisent à une piste de danse, il faut compter10 millions de km2 pour circonscrire l’Europe : mais combien en faut-il pour se connaître, se comprendre, s’apprivoiser, se parler ? À moins d’inventer un langage neuf, difficile de danser ensemble… Skappa  ! (compagnie bilingue franco-italienne) et l’Ensemble Materialtheater (compagnie bilingue alémano-espagnole) le savent bien qui unissent leurs imaginaires pour créer un espace universel peuplé de spectateurs, d’un musicien régisseur, d’une machine de projection, de deux comédiens. D’étranges étrangers en terre étrangère. M.G.-G.

L’artiste plasticien Flop est fasciné par la lumière, l’ombre et l’image en mouvement au point de concevoir de drôles de petites machines à «allusions d’optique». Fasciné à son tour par ses talents d’illusionniste de la lumière, Théâtres en Dracénie accueille son exposition Heureuses lueurs à l’occasion du Festival Amarelles (voir page III). Une installation constituée d’une vingtaine de constructions hybrides et fragiles, disposées dans l’espace, qui projettent sur les

murs ou sur des écrans de tissu autant de paysages abstraits, d’images distordues, de jeux colorés… M.G.-G. Heureuses lueurs Flop du 5 au 21 janvier visites de l’exposition et atelier mercredi 17h et samedi 15h Théâtres en Dracénie, Draguignan 04 94 50 59 59 www.theatresendracenie.com

10 millions de km2 Skappa ! & Ensemble Materialtheater à partir de 8 ans mardi 12 janvier 20h mercredi 13 janvier 15h Théâtre Massalia, Marseille 04 95 04 96 06 www.theatremassalia.com mercredi 27 janvier 15h Théâtre Durance, Château-Arnoux 04 92 64 27 34 www.theatredurance.com

10 millions de km2 © Christophe Loiseau

Lumineux


VII Combatif Terrain de jeu, terrain de lutte, entre les deux danseurs lancés dans la danse, face à face ou côte à côte, tels deux fauves, tout est possible : dans un territoire vierge enveloppé des sons de Franck

Multiformes II Louise, leur combat est un corps à corps ininterrompu. Interprètes de la compagnie Rêvolution, Jérôme Luca et François Lamargot iront même jusqu’au Clash sous l’œil d’Anthony Egéa passé maître dans l’art du hip hop avec Tryptik, Amazones, Soli et Soli 2, Urban ballet. Une nouvelle fois, Anthony Egéa frotte le hip hop à d’autres gestuelles classique et contemporaine dans un duoduel harmonieusement déséquilibré. M.G.-G.

Clash © JJ Mahe

Clash Antoine Egéa, Cie Rêvolution à partir de 15 ans mercredi 13 janvier 20h30 Le Cadran, Briançon 04 92 25 52 52 www.theatre-le-cadran.eu

Bobines mélodies Collectif ARFI à partir de 7 ans mardi 5 janvier 19h30 et mercredi 6 janvier 15h

Dans la famille ARFI, le PôleJeunePublic a choisi le trio L’Effet vapeur et sa mise en Bobines mélodies d’une dizaine de films courts d’animations du studio de création Folimage. Un ciné-concert proposé par l’association Filmharmonia qui colle pile poil à la musique toujours ludique et un rien délurée du trio. Puis la Cie italienne Rodisio s’invite à la fête avec Storia di una famiglia, une histoire de famille comme tant d’autres et des choses de tous les jours comme partout… Craquante de vérité, la famille italienne ou française, c’est toujours la même histoire ! Place enfin aux battements vidéo de la Cie Contour progressif qui, dans Effet papillon, immerge les corps des danseurs dans les univers de la réalité virtuelle (à voir également au Carré Sainte-Maxime et au Théâtre Durance). M.G.-G.

Storia di una famiglia Cie Rodisio à partir de 6 ans lundi 11 janvier 19h30 (séance en italien), mardi 12 janvier 19h30 et mercredi 13 janvier 15h (séances en français) Effet papillon Mylène Benoît (Cie Contour progressif) à partir de 12 ans lundi 18 et mardi 19 janvier 19h30 04 94 98 12 10 PôleJeunePublic, Le Revest www.polejeunepublic.com Effet papillon © X-D.R.

Balkanique Quand les comédiens du théâtre des Ateliers lisent Un bien mauvais pari, ils passent instantanément du rôle d’acteur à celui de narrateur et «créent un théâtre d’urgence, provisoire, spontané, fait de carton, de lumière et d’obscurité». Cette saison, ils font entendre des contes des Balkans aux enfants qui découvrent une autre culture, mesurent leur caractère universel tout en appréciant le goûter-rencontre qui suit la représentation, au plus proche des

acteurs, des décors, des accessoires. Au cœur du théâtre. M.G.-G. Un bien mauvais pari Lecture-rencontre à partir de 4-5 ans mercredis 13, 20 et 27 janvier 15h mercredi 3, mardi 9, mercredi 10 et jeudi 11 février 15h Théâtre des Ateliers, Aix-en-Provence 04 42 38 10 45 www.theatre-des-ateliers-aix.com

Shakespearien Avec l’actrice italienne Alessandra Bedino, Massimo Schuster, marionnettiste, a brouillé les cartes du tragique et du comique de Shakespeare et s’est amusé en essayant de nous amuser. Mélangeant le théâtre d’acteurs en chair et en os, le théâtre de marionnettes et d’objets dans Othello & Iago, il réinvente même le fil de la chronologie… Quand le commandant Othello est lourd, Iago est léger; quand Othello parle au passé, Iago s’exprime au présent, mais leurs rapports sont plus complexes encore… Une adaptation à deux voix du drame de Shakespeare, qui parle de la différence, de celui qui est autre, étranger. Une question très contemporaine.

Transgression Lépidoptère Inspiré du Petit Chaperon rouge, Faim de loup de Ilka Schönbein joue avec les codes du conte, mais aussi avec la couleur rouge, comme une pomme dans laquelle la jeune fille ne croque pas, comme les spaghettis à la sauce tomate, comme le vin qu’elle boit (quand on vous dit qu’il y a des entorses à l’histoire!), ou encore comme les chaussures qu’elle chausse pour crapahuter dans les rues, et non dans la forêt. Le Petit Chaperon est toujours rouge mais il a grandi, et ne pense qu’à transgresser les interdits… DO.M.

Virtuel ? Réel ? Effet papillon s’inspire des jeux vidéo et interroge les représentations du corps dans des univers que Lara Croft ou Tekken connaissent bien. Les trois danseuses, équipées de capteurs de sons, évoluent en apesanteur, parfois, avec vitesse et puissance aussi, dans un dispositif scénique signé Mylène Benoît, plasticienne, vidéaste et chorégraphe. Trajectoires heurtées, boucles gestuelles, coups de pied circulaires : la danse joue de l’espace, de la lumière et du son, mettant à l’épreuve l’image d’un corps idéalisé, «perfec-

tible, immortel et tout puissant». Effet frisson garanti pour ces papillons aux ailes déployées. M.G.-G.

Effet papillon samedi 23 janvier 20h30 Le Carré, Sainte-Maxime 04 94 56 77 77 www.carreleongaumont.com vendredi 2 avril 21h Théâtre Durance, Château-Arnoux 04 92 64 27 34 www.theatredurance.com

M.G.-G.

Othello & Iago Massimo Schuster (Théâtre de l’Arc-en-terre) à partir de 15 ans jeudi 7 janvier 14h30, vendredi 8 et samedi 9 janvier 20h, dimanche 10 janvier 15h La Minoterie, Marseille 04 91 90 07 94 www.minoterie.org

Faim de loup Ilka Schönbein mercredi 13 janvier 18h30 dans le cadre du festival Amarelles Théâtres en Dracénie, Draguignan 04 94 50 59 59 www.theatresendracenie.com mercredi 20 janvier 15h Espace 233, Istres 04 42 56 48 48 www.scenesetcines.fr

L’ERAC recrute... Jusqu’au 15 février, les aspirants comédiens de 18 à 25 ans justifiant d’une formation initiale peuvent s’inscrire pour les sélections du concours d’entrée à L’École régionale des acteurs de Cannes (ERAC). Une des meilleures écoles de France, qui recrute bien sûr sur auditions, en plusieurs tours. Durant 3 ans

sous la direction de professionnels du spectacle, la quinzaine d’apprentis retenus travailleront corps, voix, espace et dramaturgie, mais aussi marionnettes ou cirque... Statut d’étudiant et gratuité, et suivi à la sortie… 04 93 38 73 30 www.erac-cannes.fr


VIII

SPECTACLES MÔMAIX | LE

MERLAN | FOS-SUR-MER

Émouvant comme Dickens Depuis 20 ans Josette Baïz fait danser enfants et adolescents. En mêlant leurs cultures, elle a développé un langage chorégraphique original. Aujourd’hui le Groupe Grenade est constitué d’une soixantaine de jeunes. Pour sa nouvelle création elle a choisi de travailler au plus proche du roman de Charles Dickens, Oliver Twist, car l’enfance maltraitée est un thème qui l’a toujours interpellée. Le jour de la première un public de 1000 scolaires trépigne dans la salle ! Josette Baïz prend la précaution de leur demander le respect du travail des danseurs qui ont leur âge. Inutile ! Le jeune public sera totalement acquis dès le premier tableau : la lumière, les costumes de Patrick Murru et le décor sont fondus dans une couleur grise et évoquent l’orphelinat où vit Oliver (Camille Cortez). L’atmosphère, violente, frôle le cauchemar, la musique de Jean-Jacques Palix et Jean-Claude Camors scande les déplacements saccadés. Une dizaine de tableaux se succédent dans la scénographie épurée de Dominique Drillot avec des tables et des bancs évoquant tant les intérieurs que la rue et ses dangers. Les gentils et les méchants s’affrontent, des couples évoluent avec une précision et un métier impeccables : les interprètes sont saisissants de vérité, on en oublie leur jeunesse.... La tension monte, le drame se noue, le public exulte !

© Agnès Mellon

Oliver Twist s’est dansé les 26 et 27 novembre au GTP dans le cadre de Mômaix

CHRIS BOURGUE

Callipyge et vertige Öper Öpis est vraiment une œuvre ouverte. Étonnante, questionnante. Zimmermann et De Perrot formaient jusqu’alors un couple, l’un sorte de Buster Keaton acrobate filiforme et pince sans rire, l’autre musicien scratcheur capteur et mixeur de sons. Pour cette création ils se sont adjoint une bande de circassiens surprenants, freaks de l’extrême : une très belle Vénus Callipyge qui exhibe ses formes généreuses avec grâce et énergie, dans un numéro longuet ; une contorsionniste dont on ne sait pas par quel bout on la voit ; un hidalgo désenchanté ; une petite femme rigide et sèche comme un bâton et qui, au cœur du spectacle, avec son porteur au physique d’Hercule peinard, fait un numéro de main à main proprement exceptionnel. Avec sauts périlleux, équilibres lents, déploiements magiques, lâchers impressionnants, et une ampleur peu commune. L’œuvre, hors ces numéros, étonne par sa scénographie si créative. Dans Gaff Aff, la scène était transformée en tourneÖper Öpis © Mario del Curto disque. Ici le plateau tout entier prend des allures penchées, renverse les objets, guide et contrarie les mouvements, ouvre des trappes. Rien n’est sûr, pas même le sol qui se dérobe, les objets qui s’échappent, les corps debout qui ne sont plus verticaux. Comme lorsque Buster Keaton se retrouvait, mine de rien, monte en l’air, à faire le funambule dans un building en construction. Sauf qu’ici le building penche, se redresse, et met à mal tous les équilibres naturels. Vertigineux ! AGNES FRESCHEL

Öper Öpis a été joué du 19 au 24 novembre au Merlan, scène nationale à Marseille

Conte moderne Il y a des mots qu’on entend, hors scène, un dialogue qui se noue entre ce jeune homme, épée en bois fièrement brandie -un chevalier ?- et cette voix d’une jeune fille qui reste cachée aux regards. Que se disent-ils ? De petites choses essentielles, comme l’amour d’une sœur perdue. Et puis voilà que le jeune homme enfile la jupe de sa sœur et part à la recherche de la jeune fille… Comme dans un vieux conte qui commence par «C’até un vieux roi qu’avions une jolie fille, mais personne ne l’eut vu. Elle até si belle et drôlement bien foutue, avec tous ses petitis trucs de fil dessus, qu’il la voula montrer à personne […]». Le chevalier trouve le château fort dans lequel la princesse est retenue prisonnière par son père, lequel a fait coudre entre elles

toutes les robes de la belle pour qu’elle ne s’enfuie pas. On discute, on parlemente, on projette de s’échapper… Mais quelle sera la tenue adéquate ? La magnifique histoire inventée par Philippe Dorin et mise en scène par Sylviane Fortuny prend le conte à contre pied, détourne les codes pour aborder la pudeur face à un corps nu, avec humour et poésie (comment une fille peut-elle sortir sans sac à main ? c’est comme si un garçon se promenait en jupe !). Et qui se conclurait sûrement par une fin heureuse… DOMINIQUE MARÇON

Abeilles, habillez-vous de moi a été créé le 24 novembre au Théâtre de Fos-sur-Mer Abeilles, habillez moi de vous © X-D.R


LE LENCHE | GYPTIS | GRAND THÉÂTRE DE PROVENCE SPECTACLES IX

Le vilain petit canard Dans la famille du Maquis, on choisit Jeanne Béziers pour la conception, l’écriture et l’interprétation, et Martin, son frère, pour le chant, le piano et la musique originale. Aux côtés de ces deux champions du théâtre musical, un deuxième manipulateur-chanteur, Pierre-Yves Bernard, qui amplifie le comique d’Une opérette de salle de bain, drame aquatique en une baignoire. Mais l’acteur principal est un canard en plastique, pris d’angoisses métaphysiques, qui «hait les éclaboussures malsaines et préfère rester seul sur le bord de la baignoire plutôt que de couler à pic !». L’incorrigible ronchonne tout le temps… Mais y’en a marre, marre de la complainte du canard ! Que se passe-t-il donc derrière le rideau de la salle de bains ? Deux hurluberlus coiffés d’un bonnet

refrains («à bas la toilette, à bas les serviettes !», « pour l’aventure, faut des rayures») et des airs d’opérette, des tours de magie et des lumières illusoires qui, immédiatement, emportent l’empathie des enfants. Il faut les voir, ébahis, quand les serviettes de bain se transforment en serpents fantômes qui dansent et sifflent dans l’obscurité : c’est magique. MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

© X-D.R

de bain en latex et chaussés d’immenses palmes s’amusent avec des bulles de savon, des brosses à reluire, des gants de toilette et un porte-savon

Navrante adaptation Après le conte de Perrault et avant celui des Grimm, Madame de Beaumont écrivit au 18e siècle un conte moralisateur destiné à élever l’âme des jeunes filles dont elle avait l’éducation en charge. En 1946 Jean Cocteau en fit un film brillant et délicat, séduisant par la justesse des interprètes, l’esprit de liberté, la beauté des lumières de Henri Alekan, la musique de Georges Auric... Autres temps, autres moeurs ! William Mesguich, fils de Daniel, a commis un spectacle navrant où l’on ne retrouve plus rien du mystère et de la poésie de ce film culte. Certes le choix de faire coexister les deux lieux du conte sur la scène, l’espace familial et celui du château de la Bête, donne lieu à quelques belles images comme ce grand drap qui tombe des cintres à la verti-

cale et contre lequel le Père s’appuie avec un oreiller. Quelques beaux moments aussi grâce à la voix off de la narration, et au jeu de Rebeca Stella qui incarne recto/verso les deux soeurs grâce à un masque posé sur l’arrière de son crâne. Malheureusement les rugissements de la Bête et vilain son masque de silicone qui fait penser à Eléphant Man sont nettement moins convaincants. Plus ennuyeux encore : les dialogues ne sont pas toujours très audibles, l’intrigue est ratatinée et la métamorphose finale de la Bête en Prince suscite davantage le rire que la pâmoison. Bref le spectacle ne tient pas. Empressons-nous de l’oublier... et projetons le film de Cocteau !

«mythomane» qui fait croire au canard que le voyage vers le large le sauvera. Ses aventures malheureuses et mousseuses se bousculent au rythme des

Une opérette de salle de bains a été joué du 9 au 12 décembre au Lenche à l’occasion de Minots, marmailles et Cie… jusqu’au 23 janvier www.theatredelenche.info

We wish you a merry Hendricks !

CHRIS BOURGUE

La Belle et la Bête a été joué au Gyptis les 8 et 9 décembre et au théâtre de Beaucaire le 11 décembre

© Agnès Mellon

La Belle et la bête © Théâtre de l'Etreinte

C’est déjà Noël au Grand théâtre de Provence ! Il y a un sapin décoré de guirlandes rouges, des branchages verts qui bordent le plateau, des étoiles de neige qui dansent aux murs de scène… L’orchestre régional de Cannes est là, avec la maîtrise des Bouches-du-Rhône emmenée par Samuel Coquart, et Jan Söderblom, violoniste (sur un Galiano de 1726) et chef… Une salle comble…. Et un mythe vivant, Barbara Hendricks. Carte blanche est donnée à l’immense artiste, esprit de Noël, chants traditionnels, mélodies plus que connues, de l’Ave Maria de Schubert au Stille Nacht de Gruber… Le propos étant d’offrir une sorte de communion avant la lettre, une tranche de magie servie aux petits et

grands, pour le simple bonheur d’entendre une voix sublime, aux phrasés d’une légèreté et d’une subtilité merveilleuses, des modulations d’une maîtrise extrême. Et quelle joie de redécouvrir des morceaux si familiers qu’ils semblent faire partie de nous-mêmes… Vous trouvez le dithyrambe excessif ? Quoi, aucune réserve ? Et bien désolée pour les amateurs de fiel, la soirée était animée par l’esprit de Noël ! Servez aux enfants les paillettes ! MARYVONNE COLOMBANI

Barbara Hendricks chante Noël au Grand théâtre de Provence le 11 décembre


X

SPECTACLES MASSALIA | LE

REVEST | STE MAXIME | LE MERLAN

Dense ta vie? Arrête ton cirque ! Circhio est un condensé italien de cercle (cerchio) et de cirque (circo). Lume est la lumière qui éclaire, blafarde, l’incommunicabilité des subjectivités. Tour à tour pantin disloqué, puis marionnettiste se jouant des deux autres, trois clowns-danseurs, comédiens de l’art, se cherchent sans vraiment vouloir se trouver. Ce que la conscience interdit de se dire, la rencontre des corps qui se choquent, s’entremêlent puis se séparent permet de le faire sentir. Entre volonté de puissance et blessure narcissique, entre séparations impossibles et infinies retrouvailles s’insinuent rire et poésie. Humour de dérision autour de la vaine quête de réconciliation des humains avec eux-mêmes, et de leur volonté d’être reconnu de l’autre. Trois blancs clowns-comédiens rejouent de leurs corps l’éternelle comédie humaine, avec trois bancs, un tracé circulaire et quatre poursuites pour tout décor. Un minimalisme de la mise en scène qui met en exergue l’expression corporelle d’une valsehésitation entre indécision et oscillation. Un spectacle de la compagnie Tardito-Rendina qui interroge tout adultescent : le débat qui suit la représentation démontre qu’il s’agit bien ici d’une recherche théâtrale en évolution comme sait si bien en programmer le théâtre Massalia. Une production qui interroge l’esthétique avec une qualité qu’il n’est pas donné de rencontrer souvent sur les scènes.

Le Cercle eclate © Cosimo Maffione

Le Cercle éclaté a été présenté les 1er et 2 décembre au Massalia dans le cadre de Dansem.

YVES BERCHADSKY

Piccolo Pinocchio Pour le marionnettiste Jean-Pierre Lescot monter Pinocchio est «à la fois un passage obligé et une pierre de touche artistique - un peu comme jouer Hamlet ou Dom Juan quand on est un homme de théâtre». Car ses aventures de mauvais garçon fragile et tendre à la fois parlent à toutes les oreilles, et son amour filial résonne dans tous les cœurs. Piccolo Pinocchio est intemporel : alors, pourquoi ne pas en créer une énième version, tout aussi singulière que les autres ? Plasticien, comédien et conteur, Jean-Pierre Lescot emprunte au théâtre d’ombres, de marionnettes et au théâtre de papier la richesse de leur vocabulaire pour donner vie à l’enfant de bois, l’enfant des bois de Collodi dans Mon Pinocchio tout à fait remarquable. Si la linéarité du récit pouvait rebuter les enfants, tel ne fut pas le cas à la Maison des Comoni : l’écoute fut particulièrement belle grâce à une narration limpide, des dialogues rythmés, une histoire plus vraie que nature. La prouesse technique combinée avec une évocation sensible de la figure rebelle de Pinocchio a transporté les enfants dans le ventre de la baleine en un clin d’œil, heureux de retrouver

Mon Pinocchio a été présenté au PôleJeunePublic du Revest du 1er au 6 décembre au Massalia à Marseille du 10 au 16 décembre Il sera joué au Carré Ste-Maxime samedi 19 décembre 15h 04 94 56 77 77 www.carreleongaumont.com © Michel Aumercier

Gepetto vivant ! Happés par l’illusion théâtrale riche de bruitages, de dessins ombrés, de projections d’images, de formes animées, touchés par la grâce du pantin en «chair et en os», sûr qu’ils retiendront la leçon : «Pantin qui dort, matin sans or !». MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

Gestuel et poétique De Florence à Lisbonne, de Ravenne à Istanbul en passant par le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, la compagnie Virgilio Sieni s’apprête à composer un parcours chorégraphique avec la complicité des habitants de Marseille. Un long voyage à la découverte du geste poétique qui la conduira de 2010 à 2013, année de création de L’Art du geste dans la Méditerranée. Mais pour mener à bien ce projet au long cours, la compagnie recherche des enfants âgés

de 8 à 12 ans curieux et amusés à l’idée de participer à des «ateliers découvertes juniors» au studio du Merlan (de janvier à mars 2010) pour donner ensuite naissance à une grande fresque chorégraphique dans la ville (du 27 mars au 2 avril 2010). Pour parler de son projet, la compagnie organise des temps de rencontre et de pratique au studio du Merlan, partenaire de la compagnie. M.G.-G.

L’Art du geste dans la Méditerranée Parcours #1 samedi 27 et dimanche 28 mars Parcours #2 samedi 3 et dimanche 4 avril Le Merlan, Marseille Renseignements 04 91 11 19 30


AIX-EN-PROVENCE | CAVAILLON

SPECTACLES XI

Tête à claques Jojo le récidiviste serait-il la réincarnation de Jojo Danan et Jojo Jouanneau ? Ou l’enfant qu’ils rêvaient d’être sans se l’avouer ? Celui qui, dans sa chambre bric-à-brac, met un bordel tout à trac, inventant mille et une bêtises plus grosses que lui ! C’est que Jojo n’a pas son pareil pour se retrouver dans des situations tragicomiques à partir de rien, un tambourin en bois, un cheval à bascule, un bouquet de fleurs en plastique, une mappemonde…, son imagination faisant le reste. C’est vrai aussi qu’il n’a pas la vie facile, prisonnier d’une mère abusive qui se prend pour une cantatrice hors pair, vocalisant à tue-tête et distribuant les paires de claques à tour de bras. On serait presque tenté de le plaindre et d’entonner avec lui une marche funèbre devant un si triste sort : Jojo est un irréductible de la bêtise exponentielle flanqué d’un mauvais génie, un clown facétieux, une sorte de brigadier de fanfare qui alterne pitreries et sottises comme on enfile des perles ! Ce qui provoque des scènes d’anthologie, quand il rencontre une jeune z’amoureuse drôlement pimpante et entreprenante, ou quand sa mère, exaspérée, vêtue d’un képi et d’une tenue de camouflage entend bien imposer l’ordre. D’autres encore, car Joël Jouanneau a privilégié dans sa mise en scène l’espièglerie de Jojo et la folie de sa mère plutôt que sa solitude et sa castration. Un parti pris suggéré par «une pièce presque exclusivement didascalienne», explique l’auteur Joseph Danan : «Je cherchais une espèce de raréfaction de la parole. Je m’étais lancé dans un

Jojo le recidiviste © J.Piffaut

défi de l’extrême, une tentative de nettoyage par le vide. Je ne suis pas prêt de réécrire une pièce comme celle-ci…». Dommage, on était prêt à rire avec un autre Jojo, quitte à risquer une bonne fessée ! MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

Jojo le récidiviste a été joué les 7 et 8 décembre au Jeu de Paume, Aix et le 11 décembre à Cavaillon, scène nationale

L’enfance de l’art Pour la seizième année, le théâtre des Ateliers ouvre ses portes aux jeunes spectateurs avec ses Lectures plus qui les entraînent joyeusement dans une découverte du monde à travers les contes du monde entier. Cette année, les Balkans. Les enfants assistent au passage entre la lecture et la mise en scène du récit. Celle-ci reste simple dans ses moyens, abordable et judicieuse  : recours à des objets usuels mais inattendus, jeux d’ombres, déguisements cocasses, instruments de musique simples. La vivacité séduit la foule enfantine, toute à l’excitation de la sortie du mercredi après midi. © X-D.R

«Est-ce que tout le monde est bien installé ?». La formule rituelle est lancée, un «oui» tonitruant lui répond. Peu importe que le spectacle soit monté en 5 jours, les enfants sont captivés, participent, lancent des suggestions, obtiennent même parfois le redoutable privilège de se retrouver sur scène  ! Quelle joie alors ! Supérieure sans aucun doute à celle du goûter offert et à la discussion avec les comédiens qui dévoilent leurs tours, les secrets du bisou donné en ombre chinoise, le rôle du bébé dans ses langes, les premiers pas du prince… Alain Simon précise qu’il ne veut pas d’un «théâtre qui s’enferme dans un genre, une classe d’âge. La variété s’avère nécessaire, elle permet à tous les publics de trouver leur compte dans ce théâtre. Amener les enfants jeunes rend la démarche naturelle, les faire participer leur rend enfin l’art accessible, familier»… Une merveilleuse école, qui amène subtilement les spectateurs vers la pratique, un des credo du théâtre des Ateliers. MARYVONNE COLOMBANI

Les Lecture plus du théâtre des Ateliers (Aix) ont lieu plusieurs mercredis par mois, et d’autres jours durant les vacances scolaires, toujours à 15h Les 20 et 27 janvier, les 3, 9 10 11 et 24 février, les 3, 10, 17, 24 et 31 mars 04 42 38 10 45 www.theatre-des-ateliers-aix.com

À Pierre Bottero C’est le texte que l’on ne voudrait jamais écrire, celui que l’on ne cesse de raturer, trop incomplet, superficiel, lointain ou trop pathétique, excessif de toute façon, et qui ne console ni ne satisfait personne. Car le mur auquel on se heurte est celui de la mort. Pour les lecteurs, c’est une source de bonheurs qui se tarit. Ceux qui ont eu le privilège de l’approcher (il habitait et animait le Pays d’Aix), de partager quelques conversations (avec cette sympathie immédiate, même lors des marathons de signatures !) savent que Pierre Bottero transmettait sans compter. Un regard, une phrase complice, et sa profonde humanité transparaissait… Pierre Bottero a été reconnu d’emblée grâce à la qualité de son écriture, la justesse, la retenue, la pudeur, la force des émotions, la capacité de tisser des histoires, d’entraîner le jeune lecteur n’importe où, dans le monde contemporain comme dans les méandres fantastiques, les contrées où les dessins deviennent réalité… Chaque récit captive par ses qualités propres, mais dispense aussi une leçon de vie. Ses livres de grande fantasy accompagneront encore longtemps nos enfants, qui trouveront à leur tour les bonheurs que nous avons goûtés à la source de ses écrits. MARYVONNE COLOMBANI


XII

LIVRES

L’Afrique de A à Z Difficile de dire en quelques pages un continent qui compte 53 pays et près d’un million d’habitants sur plus de 30 millions de km2 ! Pourtant Fabrice Hervieu-Wane, auteur de L’Afrique de l’Algérie au Zimbabwe, réussit à rendre plus accessible ce vaste continent aux enfants (à partir de la classe de 6e conseille l’éditeur) en leur transmettant des informations essentielles : cartes, chronologies, données économiques, rappels historiques, diversité des paysages, des cultures, des ethnies et des traditions, portraits de personnalités. Sous la forme d’un abécédaire richement imagé et documenté, découpé en cinq grandes zones géographiques (Afrique du Nord, de l’Ouest, de l’Est, Centrale et Australe) et ponctué de textes introductifs énoncés clairement.

Mais L’Afrique de l’Algérie au Zimbabwe va plus loin en donnant les clefs de compréhension de son histoire, ses mouvements politiques, ses modes de vie, son développement économique, son passé chaotique. Fabrice Hervieu-Wane aborde des questions actuelles sur les démocraties contrariées et la démocratisation en marche, ou encore sur la mondialisation («adhérer ou résister» ?). Pour que les jeunes lecteurs d’ici apprennent que l’Afrique est au cœur des enjeux du XXIe siècle. MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

L’Afrique de l’Algérie au Zimbabwe Fabrice Hervieu-Wane Éd. Gallimard jeunesse, 24,50 euros

La nuit qui fait grandir Nocturnes ou les garçons perdus, écrit et illustré par Mireille Loup, édité par la jeune maison arlésienne Où sont les enfants ? devrait être offert à tous les enfants qui ont peur de la nuit, peur du moment où il faut se séparer des parents pour affronter seul le long tunnel sombre qui conduit à l’aube du jour suivant. Car Nocturnes… propose des solutions, mots magiques à prononcer, détails d’amour à se remémorer…, et surtout une bien jolie aventure dans le bleu de la nuit, racontée et illustrée de façon poétique. Admirons d’abord l’objet : un bel album carré, à la tranche entoilée de bleu azur et à la couverture de sobre carton brut, au centre de laquelle est encadrée une petite photo carrée elle aussi. Mireille Loup, l’auteure, est d’abord photographe. Son jeune héros se prénomme d’ailleurs Nicéphore, en hommage sans doute à l’inventeur de la photographie. Donc c’est l’histoire du jeune Nicéphore et de son aventure une nuit de pleine lune. Nuit étrangement lumineuse

que le petit garçon va traverser sans encombre malgré les pièges et les entorses à la logique, comme une Alice au masculin. Nicéphore suit un garçon plus grand que lui, qui le guide et lui apprend à écouter les conseils de la nuit, à chasser les cauchemars, à devenir grand. De superbes photos pleine page, dans des dominantes bleu vert, mettent en scène chaque épisode de cette épopée nocturne. Quelques architectures humaines, le plus souvent des paysages de bois et d’eau, de roche et de ciel, dans lesquels les deux garçons paraissent comme posés là, fragiles passagers de la nuit. Mireille Loup offre une vision surréaliste et onirique de cet envers du jour que redoutent tant les petits. FRED ROBERT

Nocturnes ou les garçons perdus Mireille Loup Éd. Où sont les enfants ?, 18 euros

Lanfeust, le retour Le héros aux pouvoirs magiques a déjà séduit un grand nombre de jeunes (et moins jeunes) lecteurs. Lanfeust de Troy et Lanfeust des étoiles sont désormais des séries fleuves cultes que les ados lisent et relisent sans se lasser. D’où vient alors que ce nouvel opus, première partie d’un diptyque intitulé L’énigme Or-Azur, les laisse sur leur faim ? Est-ce le scénario de Christophe Arleston ? Peutêtre. Dans cet épisode de Lanfeust Odyssey, le héros, comme Ulysse, revient enfin dans sa ville d’Eckmül. Pour lui, un an s’est écoulé ; en réalité 16 ans ont passé et les choses ont bien changé dans la cité des sages et de la magie, tandis que lui affiche toujours la candeur de ses 18 ans. On se moque de lui, on lui vend son tröll, quelle sorte de héros est-ce là  ? L’intrigue se corse lorsqu’apparaît une Cixi qui n’est pas celle qu’on connaissait, bien qu’elle lui ressemble étrangement. Cette Cixi est maintenant fille de C’ian et petite-fille du sage Nicolède… On s’y perd  ! Bizarrement, les dialogues et les traits d’humour sont,

eux, lourdement explicites, comme si les lecteurs risquaient de ne pas saisir. Du coup, l’humour, qui était la marque des séries précédentes, est moins percutant. Est-ce le dessin de Didier Tarquin ? Sans doute. Alors qu’on se plaisait à vagabonder sur les planches précises et finement coloriées de Mourier, celles de Tarquin, malgré une composition toujours élaborée, déçoivent. Les traits sont sommaires, allusifs ou grossiers ; comme si cette nouvelle aventure n’était qu’une caricature de toutes les autres. À trop vouloir exploiter le filon Lanfeust, ses éditeurs ne seraient-ils pas en train de le tarir ? FRED ROBERT

Lanfeust Odyssey L’énigme Or-Azur, 1ère partie Arleston et Tarquin Éd. Soleil, 13,50 euros


XIII

Tourisme, famille, plaisir Les éditions Parenthèse verte ont eu, depuis septembre dernier, l’intelligente initiative de proposer le début d’une série d’Escapades complices dans diverses villes touristiques, dont la nôtre. Voici donc un duo guide consacré à Marseille et à ses alentours. C’est ici que réside l’originalité du projet : offrir pour chaque région deux petits guides vendus conjointement, le premier destiné aux parents, l’autre aux enfants. Deux livrets fins, souples, d’une petite cinquantaine de pages joliment illustrées et colorées, et d’un format facile à caser dans n’importe quels valise ou sac à dos. Marseille en famille, le guide des parents (que les enfants peuvent lire aussi, c’est pas défendu  !), présente un tour d’horizon concis et plutôt complet de la ville, avec des suggestions d’hébergement et de restauration et aussi des arrêts sur images à propos de certaines spécialités, le savon et la pétanque par exemple. Son intérêt principal réside dans les trois parcours de découverte proposés, qui

permettent de se faire en peu de temps une bonne idée de la ville, ainsi que dans «les bons plans des habitants», vivantes entrées en matière. Le carnet destiné aux enfants suit les trois parcours des parents (centre ville historique, mer, collines) en les agrémentant de conseils pratiques et de jeux, histoire de visiter Marseille en m’amusant. Surtout, il donne la parole à des enfants d’ici, qui enseignent aux jeunes visiteurs les règles de la pétanque, celles de la manille, la recette de la soupe au pistou, ainsi que les bons endroits pour pêcher, faire du skate ou de l’escalade. Une collection pratique et plaisante, tout en couleurs et en joie de vivre, qui devrait offrir aux touristes de passage, petits et grands, de bonnes raisons de revenir souvent chez nous…

Escapades complices Duo Guide consacré à Marseille  Éd. Parenthèse verte, 14,90 euros

FRED ROBERT

L’art de la métamorphose ment la toute jeune fille affronte-t-elle ces transformations ? Un texte fin, poétique, servi par des illustrations superbes qui laissent à voir et imaginer en même temps. Avec une palette toute de nuances, de subtils clairs-obscurs, et un graphisme au service du sens, de l’émotion. Un très beau livre qui n’est pas que pour les petits…

Les contes enseignent la vie, c’est bien connu. La transgression constitue la rupture nécessaire à la naissance de l’histoire, aux traditionnelles épreuves qui font grandir. Le très bel ouvrage de Bianco et Almanza en suit les principes, et les renouvelle. La jeune Eco s’ennuie, ses parents, riches et célèbres couturiers, la délaissent. Un jour, Eco se voit confier une mission d’importance. La remplira-t-elle ? Quelles seront les conséquences ? Si vous vous doutez déjà qu’il y aura échec, vous n’en devinerez pas seuls la nature… Au cœur des métamorphoses la mutation des conditions sociales n’est pas la plus anodine. Le corps aussi se modifie, préoccupation majeure des enfants. La première partie s’achève sur une interrogation : com-

MARYVONNE COLOMBANI

La malédiction des Schaklebott ECO Tome 1 Texte Guillaume Bianco, illustrations Jérémie Almanza Éd. Soleil, collection Métamorphoses, 14,90 euros

Une vie de chien Drôle d’oiseau que cet Epictète, qui menace son lecteur dès la quatrième de couverture : «Ami lecteur, le livre que tu tiens entre les mains est une merveille éditoriale. Si tu le reposes nonchalamment et que tu refuses de l’acheter, ta famille sera maudite jusqu’à la cinquième génération.» Drôle d’ouvrage aussi que cet album tout en longueur (40 cm pour une hauteur de 7 cm), dont chaque page est constituée d’un strip de 5 à 7 vignettes… Cette étrange BD retrace l’itinéraire d’un chien non moins étrange, de sa création à sa disparition. Et ce faisant propose une humoristique méditation sur le statut bizarre du personnage de bande dessinée, prisonnier de ses vignettes, esclave de ses créateurs et de leurs éventuelles pannes d’inspiration. Epictète semble avoir bien du mal à garder la posture stoïcienne du philosophe antique auquel il doit son nom. Il ne cesse de vouloir s’évader de sa case, changer de forme ou de trait, bref de se révolter contre le sort qui lui est fait. Fort peu stoïque tout ça ! Mais plutôt réjouissant. Tout n’est pas également réussi dans cet album : certaines élucubrations du

protagoniste font à peine sourire. Mais il en est d’autres qui font mouche, car ce chien ne manque pas d’un don certain pour l’autodérision, comme ses auteurs, Algozzino et Bianco, qui jouent sans se prendre au sérieux avec les codes du genre et les affres de la création. On connaissait déjà Milou, Snoopy et surtout Kador, le chien philosophe au QI largement supérieur à celui

de ses Bidochon de maîtres. Bienvenue à Epictète, nouveau venu dans la tribu canine dessinée. FRED ROBERT

Epictète Bianco et Algozzino Éd. Soleil


XIV

LIVRES

Deux livres de la sélection pour le Prix littéraire des lycéens et des apprentis de la Région PACA : des univers où se mêlent l’intime et le politique.

Dans les mains du père Sélectionné pour le Prix régional des lycéens et apprentis un premier livre sobre et documenté, mais aussi très littéraire. Martine Sonnet, 20 ans après la mort de son père, s’est livrée à un travail de recherche dans les archives des établissements Renault de Billancourt, la presse syndicale des ouvriers L’Écho des Métallos Renault, quelques documents familiaux et privés. Elle connaît bien ce travail puisqu’elle est ingénieure de recherche en histoire et a publié de nombreux écrits sur l’histoire des femmes et l’éducation des filles. Dans Atelier 62 elle adopte une démarche plus personnelle, et superpose ses souvenirs d’un père aimé et la mémoire des métallos, ces ouvriers du feu qui ont participé à l’envolée de Renault et des Trente Glorieuses. Charronforgeron en Normandie, le père né en 1911 sentant le vent tourner, s’est fait embaucher à l’usine, quittant femme et enfants, ne revenant au foyer que le week-end pendant 5 ans. Après la naissance de la petite dernière, Martine, la famille ira s’installer dans une cité de Clamart. Nouvelle vie de proximité et d’enfermement. Apprendre le voisinage, l’espace social, le retour ennuyeux au village en été.

Martine Sonnet a classé ses chapitres en binômes : les premiers évoquent les souvenirs privés, les seconds traîtent de la vie professionnelle des ouvriers, de la dureté des conditions de travail et des règles de l’usine. Ils fonctionnent comme des flashes alternés, images sépia des étapes de la vie scolaire et familiale, images en noir et blanc des forges et de leur fournaise, des accidents de travail, des morts prématurées. L’émotion retenue sourd au fil des pages. Atteindra-t-elle les adolescents? CHRIS BOURGUE

Atelier 62 Martine Sonnet Éd. Le temps qu’il fait, 12 euros

Le frère trahi L’action se passe à Port-au-Prince, capitale exsangue d’Haïti en proie à la corruption, la drogue, la lutte armée. Une famille sans père, la mère, les deux soeurs Angélique et Joyeuse, le jeune frère Fignolé. Dans un quartier pauvre, un logement insalubre : on manque d’air et on essaie de survivre. Un matin glauque comme les autres mais un constat et une angoisse : Fignolé n’est pas rentré. Le roman raconte les 24 heures suivantes. Deux voix se croisent, châpitre après chapitre, nous révèlant le quotidien, racontant la vie de la mère, ses croyances vaudous, la naissance du jeune frère, les émois érotiques, les déceptions sentimentales, les frustrations. Angélique, l’aînée, infirmière dans un hôpital qui manque de tout et mère d’un enfant issu d’une seule expérience sexuelle, se réfugie dans la religion chrétienne ; Joyeuse, 23 ans, se façonne une dureté de pierre et sait jouer de sa beauté sensuelle. Les deux soeurs n’ont pas choisi les mêmes chemins mais se retrouvent dans la protection de la mère et la recherche de la vérité. Peu à peu se dessinent les enjeux du pouvoir, la résistance des

Intelligents diligents, et déjantés Ô Zibelecteur de 8 à 108 ans laisse-toi donc aller, en ces fêtes natives et sylvestres, à la magie du talent littéraire. Sous tes yeux émerveillés se déroulera le plus brillant des scenarii : tsa, tsa tsan ! Les Arpenteurs du monde, Carl Friedrich Gauss (1777-1855) et Alexander Von Humboldt (1769-1859) se rencontrent au détour d’une incomparable biographie comparée. À partir d’un travail de compilation exceptionnel sur l’œuvre des deux illustrissimes, Daniel Kehlmann trace d’un trait littéraire nerveux et imaginatif le roman des vies du premier des géographes-physiciens scientifique et d’un des plus grands astrophysiciens mathématiciens de notre histoire. Au rythme de leur névrose respective dans les dédales des temps économiques et politiques s’échafaude la plus certaine et improbable saga des

deux «savants». Au détour de la rencontre d’un vieux majordome décati, s’esquisse le portrait d’Emmanuel Kant, cacochyme, uniquement préoccupé des saucisses qui garniront, au soir même, son ragoût… De l’amour, du sexe (une pincée bien chaste !), de l’aventure, de la passion… et surtout un humour fulgurant qui ne nuit en rien à la véracité des faits historiques. Une façon de se cultiver sur l’histoire des sciences en se fendant la poire william et… la bûche de Noël ! YVES BERCHADSKY

Les Arpenteurs du monde Daniel Kehlmann Éd. Actes Sud, 21euros

étudiants, le portrait de Fignolé avec ses redlocks, ses joints et sa musique. À quoi a-t-il pensé le petit frère au moment de son martyre, comment survivra Mère ? Pour restituer la vérité cinglante de ces âmes fières qui ne courbent pas la tête, Yanick Lahens utilise une langue sensuelle comme les habitants de l’île, dure comme le silex qui souligne la violence et le chaos de ce pays qui n’a pas encore trouvé son âme. CHRIS BOURGUE

La couleur de l’aube Yanick Lahens Éd. Sabine Wespieser, 20 euros


XV

Oh ! les heureux parents On connaît peut-être mieux le travail de plasticienne de Laëtitia Bourget (vidéo, photo, sculpture, installation) que ses albums pour enfants. Pourtant, de sa rencontre avec l’illustratrice Emmanuelle Houdart en 2003, sont nés successivement Les Choses que je sais, L’apprentissage amoureux et Se faire des amis, tous parus au Seuil jeunesse. Leur nouveau bébé, Les heureux parents, s’inspire de leurs expériences de vie respectives, des petites choses du quotidien et des sentiments complexes de l’être humain empêtré dans ses nouvelles responsabilités. Sous les traits «d’une sublime princesse et d’un vaillant prince», elles racontent leur long périple amoureux jalonné de «multiples épreuves», depuis leur première rencontre jusqu’au départ des enfants. Un vol de papillons suffit

alors à expliquer comment «il leur aura fallu des montagnes d’amour et des puits de sagesse» pour s’aimer éternellement. Les heureux parents est une combinaison réussie de mots simples écrits à la manière d’un conte et de dessins oniriques où le ventre de la mère-sirène déborde d’une baignoire verte, où les canapés roses enchantent la maison et les hamburgers sont forcément géants.

Nuit calme

Pierre éternel

Florilège pas toc

Allons donc ! Bébé ne veut pas dormir… qu’à cela ne tienne ! Essayez donc ceci : c’est dans la collection des Imagiers, succès de chez Gallimard pour la tranche des bambins de 1 à 4 ans. Seize berceuses sont arrangées ou composées par Bernard Davois et Jean-Philippe Crépin, dans des styles variés, joliment chantées par des adultes et des enfants. Les comptines à dormir sont accompagnées par des instruments acoustiques (guitare, flûte, clarinette, percussions, accordéon…) et l’on trouve les traditionnels Dodo l’enfant do, Fais dodo Colas mon p’tit frère, une Berceuse cosaque, ou Bonsoir Madame la Lune, Balalin Balalan… Et lou pitchoun peut suivre le fil des chansons grâce à un livre épais cartonné et les illustrations nocturnes d’Olivier Tallec.

Le chef d’œuvre de Prokofiev Pierre et le Loup, conte musical intemporel destiné aux enfants, a connu de multiples versions marquées par des narrateurs caractéristiques : Gérard Philipe, Peter Ustinov, Claude Piéplu, Jacques Brel, Jean Rochefort, Valérie Lemercier… Étonnamment Gallimard jeunesse ne possédait pas l’ouvrage à son catalogue ! Voici qui est réparé avec la collaboration d’un acteur à la voix chaleureuse : Bernard Giraudeau narre avec délice l’escapade de Pierre et la colère de grand-père, la course désespérée du canard, la capture du loup, le défilé final… L’Orchestre national de France (dir. Thomas Fulton) colore voluptueusement le récit et fait découvrir les instruments attachés aux personnages, le tout agrémenté de grandes illustrations signées Olivier Tallec.

Voici un assortiment de créations de Boby Lapointe (La maman des poissons), Henri Dès (Papa mon baiser), Alain Schneider (Les hippopotames), Bernard Davois (Mon arbre à chansons)… et de chansons traditionnelles : Savez-vous planter les choux, Dans la forêt lointaine, Bonjour ma cousine, J’aime la galette… Une compilation de 17 succès tirés d’ouvrages antérieurs s’inscrivant dans la continuité de Mes plus belles comptines (vendu à plus de 16000 exemplaires !). Les planches colorées sont signées par l’équipe des illustrateurs attachés à la collection et les textes majoritairement chantés par de jeunes enfants. Ils sont accompagnés par de vrais instruments et non de la soupe synthétique que l’on trouve trop souvent dans les productions destinées au très jeune public…

JACQUES FRESCHEL

JACQUES FRESCHEL

JACQUES FRESCHEL

Mon Imagier des berceuses Livre-CD Éd. Gallimard jeunesse, 14,50 euros

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

Les heureux parents Textes de Laëtitia Bourget, illustrations d’Emmanuelle Houdart à partir de 5 ans Éd. Thierry Magnier, 16 euros

Pierre et le Loup Livre-CD  «Grand format» Éd. Gallimard jeunesse, 22 euros

Mes plus belles chansons Éveil musical de 1 à 10 ans Éd. Gallimard jeunesse, 15,90 euros


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Le Massalia 10 invitations pour Victoria de la cie du zieu dans les bleus le 19 janv à 20h 04 95 04 95 70

Compagnie Parnas Tarif réduit 4€ pour les adhérents pour les représentations du Banquet fabulateur le 17 et le 18 déc à 20h à la Friche la Belle de Mai 04 91 64 41 90

La Minoterie tarif réduit pour toutes les représentations 8€ au lieu de 12€

Tarif réduit pour toutes les représentations 04 91 91 52 22

Les Bancs Publics 1 place offerte pour 1 place achetée pour tous les spectacles 04 91 64 60 00

3bisf (Aix) Entrées et visites gratuites sur réservations 04 42 16 17 75

Théâtre Vitez (Aix) 2 invitations pour Nous étions jeunes alors de et mes par Frédéric Sonntag le 19 janv à 20h30 le 20 janv à 19h au-delà de ce quota d’invitations, tarif réduit pour tous les spectacles 04 42 59 94 37 Le Pavillon Noir (Aix) 4 invitations pour Monday in the sun chorégraphie de Berihan Dehmen et Safak Uysal le 28 janv à 20h30 04 42 93 48 00

6 invitations par soir pour Le Retour au désert de Catherine Marnas le 7 janv à 20h30 le 8 janv à 20h30 Réservation indispensable avant le 6 janvier 04 42 49 02 00

Vélo Théâtre (Apt) 2 invitations pour la Nuit de fête : concert du groupe Aksak pour fêter leur 20 ans le 28 déc à 20h30 le 29 déc à 20h30 04 90 04 85 25

L’institut culturel italien vous offre 3 adhésions annuelles d’une valeur de 32 €, cette «carte adhérent» vous donnera accès à tous les services de l’Institut, médiathèque et programme culturel. Demande par mail : iicmarsiglia@esteri.it ou au 04 91 48 51 94

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