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Carnet d’une Cie

Le Zététique Théâtre, en création avec les jeunes publics.


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1986

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1997 1998


Le plaisir, c’est autorisé.

Nous voulons un théâtre qui soit comme le jeu de l’enfant : léger, profond, nécessaire, éclaté, ancré, e suis très heureux de vous offrir ce carnet… désiré,improvisé, J’espère que vous aurez autant de plaisir à le constructeur, grave, découvrir que nous en avons eu à le réaliser. Très heureux parce qu’il marque modestement le tragique et drôle. cap des 30 ans du Zététique. Je n’en ferai pas tout

J

un fromage, mais je ne jouerai pas non plus les insensibles. A sa création en 1986, personne n’aurait misé un kopeck sur cette longévité. Le Zet s’est révélé être un projet durable. Tant mieux. Comme l’aurait dit Robert Lamoureux: le canard est toujours vivant. C’est bien l’essentiel. Plus heureux encore parce que les projets présentés ici témoignent de ce que le Zététique est désormais un vrai projet de compagnie. Je veux le dire et le répéter. Il fut à l’origine – comme la plupart des projets artistiques – un projet personnel qui s’est développé avec la complicité active et fidèle d’un petit groupe d’amis. Mais l’objectif était déjà de construire une compagnie, un esprit de compagnie. Une utopie à contrecourant de l’évolution en cours dans le milieu culturel. C’est aujourd’hui une réalité. Depuis plus de dix ans, l’équipe ne cesse de s’agrandir, de se renforcer et de forger de nouveaux projets en toute cohérence avec les options artistiques, humaines et de politique culturelle choisies par les fondateurs du Zététique Théâtre. Pour le dire autrement, le Zet n’est plus le projet de Luc Dumont, il est celui de Justine D., Melody, Ornella, Justine G., Jonas, Catherine, Julien et Luc, soutenus par Lucien, JeanLouis, Christian et Corinne. Il faut y ajouter les comédiens et danseurs qui nous rejoignent sur des projets plus ponctuels. C’est un grand bonheur de vivre cette évolution. Mais il ne nous rend pas béats pour autant, nous savons que le chantier reste à entretenir, à consolider… Nous savons combien un projet culturel reste fragile, dépendant des aides qui lui sont

octroyées et de la fidélité de ses partenaires qu’il faut encore et encore mériter. Partenaires auxquels je veux témoigner ici de notre reconnaissance pour leur fidélité et leur confiance. Ce ne sont pas de vains mots. Ils représentent le poumon de notre travail. Ce carnet tient lieu en quelque sorte de carte d’identité du Zet; il présente les objectifs « actualisés » de la compagnie, ses choix culturels, son fil rouge, ses publics… Il précise les bases des projets à venir. Bien entendu, comme chaque saison, ce cadre vient s’enrichir des demandes particulières et ponctuelles qui nous parviennent et auxquelles nous nous efforçons de répondre dans la mesure de nos capacités. Parce que nous voulons que le travail de la compagnie reste connecté à « un terrain », à d’autres projets menés par d’autres associations en lien avec nos publics. Nous continuons de penser que le théâtre est un outil précieux s’il s’ouvre, s’il vit à proximité de ses publics. Oserai-je ajouter : en circuit court ! Rassembler des projets autour d’objectifs communs, voilà qui était et qui restera une autre des utopies qui nous animent. Il me semble en effet que si « le monde change » très vite, la nécessité pour nous, les humains de rester éveillés, actifs, attentifs est plus forte que jamais. - Luc Dumont


Le plaisir, c’est autorisé

Il n’y a que l’heure qui change (et encore... pas vite !) - 1987


Une petite histoire dans la grande histoire


Q

uand le Zététique Théâtre a été créé en 1986, j’avais à peine 30 ans et, déjà, ma joie de vivre et mes idéaux se sclérosaient, lentement piégés dans les méandres d’un monde construit et gouverné par les aînés. Le titre du premier spectacle du Zet, « Il n’y a que l’heure qui change (et encore...pas vite!) », faisait écho, par l’entremise de Chips, 18 ans, à cette difficulté d’exister quand on est jeune dans un quartier, un pays, une Europe, un Occident occupés majoritairement par les plus de 40 ans. Paradoxalement, au même moment, nous avons été embarqués par l’informatique en plein essor, par l’internet naissant et les télécommunications. En 30 ans, nos manières de lire, d’écrire, de consommer, de penser, de lier une relation à l’autre ont profondément changé et nous avons dû faire preuve d’adaptation. Mais cela ne résout pas la difficulté initiale : comment et quand pouvons-nous prendre la main sur notre propre vie, notre environnement et notre avenir commun ? Beaucoup répondront « Avec l’âge et la sagesse qu’on lui attribue ». Au Zet, on en doute. Les enfants et les jeunes d’aujourd’hui, comme ceux d’hier, découvrent le monde tel que nous le leur livrons. Les petites furies et les vilains petits font face. Ils doivent et surtout ils veulent vivre, avoir du plaisir, de la joie, de la révolte, de l’amour, du chagrin ; dompter ce corps qui change sans cesse, accepter leurs parents divorcés et leurs familles recomposées, viser un diplôme, espérer un travail, assumer leur sexualité, gagner de l’argent et de l’autonomie, surfer en paix et téléphoner à loisir, accueillir les migrants ou les rejeter, résister aux drogues. Bref, prendre la main ! Une démocratie vivante doit évidemment permettre aux jeunes d’accéder aux savoirs, aux cultures et aux relations sociales et, en Communauté française, les mondes éducatifs, sociaux et artistiques s’y emploient réellement. Elle doit aussi réduire, encore et encore, les inégalités vécues. De ce côté, des efforts pourraient utilement être consentis. Mais elle doit prioritairement s’ouvrir à leurs rêves, à leurs critiques et aux alternatives qu’ils expérimentent. C’est à cela que le Zététique Théâtre s’emploie depuis 1986, modestement, avec passion et sans relâche.

Comment ces jeunes peuvent-ils être acteurs, s’approprier l’espace public et dire au monde leurs idéaux, leurs projets, leurs espoirs pour nous tous ? Modestement, parce que l’enjeu est de taille et ne peut être rencontré par un unique opérateur dans le seul univers théâtral. Pour dépasser cette limite, le Zet développe et s’appuie sur un réseau d’intervenants issus d’horizons différents et complémentaires : enseignants, éducateurs, artistes, chercheurs, entrepreneurs nous accompagnent au quotidien. Avec passion, parce que nous sommes engagés. Engagés dans une résistance active à la prédominance d’une société de pure consommation où le profit de quelques-uns primerait le bonheur du plus grand nombre. Engagés dans le développement de ce qui, à nos yeux, constitue notre plus précieux capital : les jeunes et en particulier les jeunes citoyens. Sans relâche enfin, car nous sommes constamment à l’écoute des enfants et des ados dans les cours de récré, dans leur club de sport, au théâtre, dans leur famille. Zététique vient de l’adjectif grec, zētētikós « qui aime chercher » et effectivement nous aimons les interroger sur leurs vécus, leurs colères, leurs craintes, leurs espoirs, leurs rêves pour comprendre vraiment qui ils sont. Nous creusons des problématiques qui leur sont proches, mais qu’ils ont des difficultés à aborder. Avec eux, nous organisons le débat. Nous mettons en scène et nous leur donnons à voir et à entendre. Nous les accompagnons en ateliers de création. Une génération passe et l’autre est déjà là avec ce qui est commun aux précédents et ce qui fait leur spécificité. L’équipe du Zet se régénère également, de nouvelles forces nous rejoignent et, ensemble, nous replaçons le travail sur le métier, avec modestie, passion et sans relâche. - LUCIEN BAREL, président.


Tous nos projets, qu’ils s’adressent aux tout-petits, aux 9/12 ans ou aux adolescents, s’articulent autour d’ateliers, d’échanges et de présentations de spectacles : autant de matière à voir et à expérimenter pour partager une expression singulière.

Le 3e ange - 2010


Atelier Classes d’arts


L

e Zététique est un espace-temps fait d’urgence, celle de questionner le vivant, et de recherche artistique, celle qui exige du temps et du tâtonnement. Coincée dans cette étreinte, parfois inconfortable, je me trouve propulsée, impulsée et dépucelée dans des territoires inattendus et inexplorés, humainement et artistiquement parlant. Ecrire, animer et jouer au Zet répond au besoin de chercher du sens et du lien. A celui de lancer des bouées de sauvetage pour les jours où nous sommes comme de tous petits hommes laissés à la mer. Au désir de dialogue entre nous, humains et nos façons d’être au monde. A l’envie de maintenir en vie mes 15 ans, ses idéaux, ses provocations, ses horizons et ses appétits. Cela répond à mon plaisir d’inventer, seule ou ensemble, des paroles nourrissantes là où la faim tenaille. J’aime l’œuf qu’est l’adolescence. Il y a quelque chose là de terriblement frais, fragile et beau, vulnérable et étriqué. Le cœur de l’enfance se craquèle et donne à l’existence une valeur à vif. Il m’est précieux que cela ne dure pas qu’une seconde à l’échelle de la vie. Il m’est précieux d’être en contact avec cette période car j’y ressens les racines d’un « dire » que j’ai envie de faire entendre dans les textes que j’écris ou que je joue.

Penser / Vibrer

Là où la faim tenaille.

Un chemin invisible se tisse de la sorte. Des toiles se dessinent dans les classes, entre les salles et les scènes. Sur ces toiles on peut s’asseoir, trouver des sens, des réponses, des échos. Comme un volcan en éruption envoie la lave, l’adolescence fait valser la vie en questions. Ses forces d’émotions me fascinent. Je la vois comme une période insaisissable. La mienne encore me glisse entre les doigts comme un poisson qui voudrait retourner à la rivière. S’il fallait chercher un cœur au cœur de la vie il serait à l’adolescence. Sous nos peaux, nos 15 ans circulent encore longtemps. - Catherine Daele, comédienne et autrice de La Nuit du Sanglier


Penser / Vibrer

Atelier Brise-Lames


Erika : Hé sanglier ? Reviens ! Comme tu m’as regardée ça m’a fait tilt. Cette nuit elle va me changer la vie de couleur. Je suis une fille de la nuit moi, je le savais... J’ai besoin de la lune qui change toute la lumière des choses. L’éveil du jour est pas le même que l’éveil de la nuit. Tu comprends ça toi ? Non ? Hé sanglier ! Tu comprends ça toi ? Moi non, ça me dépasse mais j’aime bien ça tu vois : quand ça me dépasse ça m’emporte. J’aime bien ça tu vois : être emportée. Reviens. - Daele Catherine. La Nuit du Sanglier. Lansman/CTEJ, 2015.

OTTO : Mais, qu’est-ce qui te prend? Il est impossible que tu penses ce que tu dis. JUDITH : Et pourquoi ça ? OTTO : Parce que tu n’as pas vingt ans, ma petite fille. Tu n’as pour ainsi dire pas encore commencé ta vie que tu prétends vouloir la quitter. JUDITH : C’est complétement stupide ce que tu racontes et tu le sais. (Otto veut réagir.) Pas toi! S’il te plait, je ne veux plus de ces discours et de ces tonnes d’explications de toutes les couleurs. Elles débordent de partout. Je ne peux plus les entendre. Si je décide de mourir, ça ne dérangera personne. (Elle laisse échapper, presque involontairement.) Pour une fois que je peux décider quelque chose ! OTTO : Il n’empêche que c’est absurde ! JUDITH : Qu’est-ce qui est absurde? Ce que je vois, ce que j’entends tous les jours est absurde. Dis, pourquoi vis-tu, toi ? Tu le sais ? Réponds. - Dumont Luc. Judith (trop tôt sans doute). Mons : Editions du Cerisier, 1992.

La nuit du sanglier - 2013


Penser / Vibrer Les homards, quand ils changent de carapace, perdent d’abord l’ancienne et restent sans défense, le temps d’en fabriquer une nouvelle. Pendant ce temps-là, ils sont très en danger. Pour les adolescents, c’est un peu la même chose. Et fabriquer une nouvelle Briser la glace carapace coûte tant de larmes et de sueurs que ouvel atelier – premier rendez-vous. Quand on pénètre dans le local, vingt jeunes nous toisent, c’est un peu comme si on la nous, grands, gentils et généreux comédiens, danseurs, artistes expérimentés. Nous arrivons «suintait». là pleins d’espoir et déjà on se réjouit qu’ils nous

N

inondent de leurs mots, de leurs images, qu’ils s’empressent de nous livrer ce qui les habite, puisqu’enfin nous sommes là pour permettre l’expression, leur expression toute singulière et/ou collective sous quelques formes artistiques qu’elles soient… On se dit qu’ils regorgent d’envies de bousculer, d’idées fortes, d’énergie. Qu’il nous suffira de les écouter, puis de les aider à donner forme à leurs paroles: textes, films, danses, théâtre… «Allez-y donc, on vous écoute, profitez-en ! Vous pouvez tout dire, tout voir, tout entendre. A vous la parole.» S’ensuit un long silence interrogatif ou perplexe à travers lequel on peut deviner quelques pensées : «C’est qui ceux-là ? Qu’est ce qu’ils nous veulent ? Pourquoi je leur confierais mes idées, mon corps ou quoi que ce soit ? Devant tout le monde en plus ? Puis quoi encore ?» C’est le temps d’observation et d’apprivoisement. Nos velléités s’y ajusteront au fil des ateliers. Avant tout, l’art est ici de se rejoindre, nous dans notre métier de créateur et eux dans leur métier d’adolescent.

- DOLTO C., DOLTO F., PERCHEMINIER C. Paroles pour adolescents ou Le complexe du homard, Gallimard, 1991, coll. Folio Junior.

Parfois la confiance s’installe et provoque le dégel, parfois c’est l’obligation vu le contexte scolaire qui joue… Parfois une moquerie, qui sait? Mais du dégel à la fièvre créatrice, il faut prendre le temps, c’est incontournable. L’humour, la prudence, la douceur, le plaisir et la passion seront nos alliés. Nous sommes en plein dans la rencontre. Et, en fin de parcours, il y aura parfois des applaudissements, les yeux étonnés des proches et une fierté personnelle. Même éphémère, un temps qui vaut la peine d’être vécu. Un temps aux effets secondaires parfois insoupçonnés sur lesquels nous rebondirons pour tout poursuivre ou tout recommencer.


Construire des ponts

Regard complice

Raconter ma rencontre avec Luc Dumont et le Zététique me ramène assez loin en arrière. A un moment charnière de ma vie d’homme, de citoyen et d’artiste. J’ai effectué mon service civil au CDEJ. Vous avez bien lu CDEJ. A ne pas confondre avec la CTEJ (Chambre des Théâtres pour l’Enfance et la Jeunesse). Le CDEJ, devenu aujourd’hui Pierre de Lune, était, historiquement, le premier Centre Dramatique consacré à l’Enfance et la Jeunesse en Belgique francophone. J’étais chargé de l’accueil des groupes d’enfants et d’adolescents qui venaient au Théâtre. C’est dans ce contexte que j’ai vu Il n’y a que l’heure qui change (et encore … pas vite). Le souvenir que j’ai du spectacle est à la fois très intense et assez flou. Je me souviens d’un aspirant joueur de football qui attend un bus qui n’arrive pas, et qui parle à une fille invisible du public – ou plutôt à sa place - accoudée – hors champs - à une fenêtre de l’immeuble d’en face. Je me souviens de la chute dans le vide de cette fille. De l’impuissance des mots du jeune homme face à ce vertige existentiel. Je me sentais radicalement différent – de par mes origines sociales, mon histoire personnelle - du personnage que jouait Luc dans le spectacle, et, dans le même temps, je me reconnaissais intimement dans son impuissance et dans sa fragilité. Dans l’espoir, aussi, que représentait malgré tout cette tentative désespérée de rencontre par la parole.

Nous pratiquons, Luc et moi, un théâtre différent. Il part du réel pour rejoindre l’imaginaire. Je pars du poème pour atteindre la réalité. J’écris avec des corps silencieux en utilisant les mots des autres. Il écrit les siens. Ce que nous avons de commun, je pense, c’est un tremblement. Une ouverture. Un espoir. La séparation est sans doute une illusion. Je suis l’autre autant qu’il est moi. Mais il faut trouver des chemins. Construire des ponts. Bon anniversaire. - Frédéric Dussenne, metteur-en-scène.


Type inconnu modèle standard - 2010


Franchir / Se laisser porter

A

teliers et spectacles se provoquent réciproquement comme les protagonistes d’un dialogue. Ce sont nos rencontres à l’école d’enfants entre 9 et 12 ans, leurs textes écrits et leurs paroles rapportées lors d’ateliers d’écriture qui nous ont mis sur la piste de Chogan. Et pour les curieux que nous sommes, une nouvelle piste ouverte ne s’abandonne pas dès les premiers pas. Elle s’est prolongée par Djibi.com, puis récemment par Les Vilains Petits et la découverte de Catherine Verlaguet. Avons-nous changé de public ou l’adolescence débute-t-elle plus tôt aujourd’hui? Nous avons la question, pas encore la réponse. Et l’envie de prolonger.


Franchir / se laisser porter

Atelier Tracer, bouger, explorer !


Ateliers autour des Vilains Petits

Chogan - 2008

QUAND TU ES GRAND, TOUT EST PLUS FACILEuuhh!!!! Quand tu es grand, tout est plus facile! Parce que quand tu es grand, tu ne dois pas faire semblant, tu es. Tu n’as besoin de personne. Tu es, « tout seul ». Quand tu es grand, tu as besoin: tu achètes. Sans « s’il vous plaît est-ce que je pourrais? » Tu veux une bagnole, tu achètes, tu veux une console, t’achètes, des rollers, t’achètes. Whisky? T’achètes! Fausses dents, t’achètes! Tout, t’achètes. Alors, tu as... Tu as un métier, une maison. Quand tu es grand, t’achètes et tu as... Quand tu es amoureux, tu le sais parce que tu le sens, très fort parfois, et que tu sais ce que c’est, tu connais... Tu es amoureux, si tu le veux. Y’a plus personne pour te rire au nez. - Dumont Luc, Djibi, 2010


Franchir / Se laisser porter

Les vilains petits - 2015


Regard complice

Bafouille

Le Zététique a 30 ans, permettez que j’en doute. Il me demande de rédiger une bafouille* sur la place de cette compagnie dans le secteur jeune public, je doute encore plus. En dernier recours, je me réfère à la méthode zététique qui conseille de penser avec ordre en se distanciant des dogmes et idées reçues. Des histoires/pas d’histoire Le Zététique théâtre est un théâtre d’histoires avec les relations humaines pour noyau dur. L’écriture de Luc Dumont, puis de Catherine Daele et de Céline Delbecq, ont en commun de prendre à bras le corps les rencontres humaines dans toutes leurs complexités. Dans l’école, dans la rue, dans une chambre, dans un terrain vague… leurs histoires ont une odeur de terre noire, de souffre et de braise encore brûlante, de poisse qui colle aussi. Quoique, à travers les grilles et grillages de plusieurs des scénographies du Zététique, l’air circule. A travers les brèches des personnages passe la lumière. Il n’y a pas d’histoire dans les spectacles du Zététique, des sensations, des impressions, des images mais aucune narration. Au spectateur qui le désire de s’inventer ses propres histoires. Des personnages louches/des personnes solaires Il y a toujours un personnage louche qui rôde et fait son trou. Un personnage à la marge qui permet de glisser vers des rencontres hautement inflammables!

Il n’y a pas de personnages dans les spectacles du Zététique. Plutôt des personnes au regard solaire et vivifiant… au premier abord. Doucement, leurs corps glissent dans les interstices d’énergies plus ombrageuses… colère, jalousie, peur, puissance s’y emmêlent. Du réalisme/de l’onirisme Les décors du Zététique sont très faciles à identifier. On y trouve toujours une touche de réalisme devenu rare dans les spectacles jeune public. Un lit de chambre d’enfant, un tableau noir, une étagère de salon, un bar : le spectateur sait très bien où il se trouve. Même les sons posent le décor : des rythmes sourds pour une boite de nuit, la pluie qui tombe au dehors…


Les décors du Zététique sont colorés, dénués de tout objet naturaliste, débordant de milliers de petits mousses indéfinissables, de plastiques aux reflets multiples, de peinture rouge pétante. Les matières sensorielles, tant visuelles que sonores, laissent très peu de place aux objets représentatifs. Plus qu’une compagnie du contraste, le Zététique est une compagnie de la contradiction. Il se construit en se spécialisant dans le théâtre de texte pour les adolescents, puis s’ouvre à de nouvelles pistes et crée des spectacles sans texte pour les plus petits. Réunir l’incompatible, tel semble être le destin, le dessein du Zététique. Cet esprit de contradiction est bienvenu, qui rappelle à quel point chaque être humain est intrinsèquement fait pour jouer entre les lignes. Le Zététique s’en amuse depuis 30 ans. C’est une bafouille que je devais écrire, la voici enfin : Chère Compagnie du Zet’, Je vous souhaite, à chacun et à tous, un très heureux anniversaire! Une longue vie… furieusement tendre! - Cali Kroonen, directrice du Théâtre La montagne magique * bafouille : lettre, selon Le Robert.

Cet esprit de contradiction est bienvenu, qui rappelle à quel point chaque être humain est intrinsèquement fait pour jouer entre les lignes.


Trente-deux/Dix - 2003

Ateliers Brise-Lames


Ateliers Brise-Lames

Stany: homme c’est pas une vie! - 1998


Bousculer / émerger

D

ans le milieu des crèches, on parle souvent de la notion de compétence de l’enfant. Déjà au tout début de sa vie, il ressent un besoin primordial pour son développement, celui de se sentir agir sur le monde. C’est ainsi qu’il se sent peu à peu exister et se perçoit sujet de ses actions. Au Zet, nous avons historiquement fait le trajet en partant des plus grands pour ensuite nous adresser aux tout-petits. Mais toujours avec cette même conviction : que l’individu puisse prendre une part active. Qu’il soit reconnu en tant que sujet. Dès les premiers instants, au premier âge, ce sentiment d’existence se construit. Notre travail en tant qu’artiste est de le nourrir, d’empêcher qu’il soit un jour ou l’autre dérobé. Les enfants sont nos partenaires. C’est une des pierres angulaires du projet Zet : vouloir rencontrer l’enfant au point précis où il se trouve, là où se révèle son intérêt et où s’intensifie à notre contact sa présence au monde. Et réciproquement.


Bousculer / émerger

Cha-Cha Mots - 2012


M

e voilà entourée de petites mains, de petits pieds et de grands yeux. Qui suis-je ? Une nouvelle grande personne qui au départ va parler très peu et surtout emmener les enfants dans une série de découvertes. L’immédiateté, la spontanéité est ce qu’ils sont et donc je le serai. Je découvre complètement avec eux la musique du papier, leurs joies de déchirer une feuille, de poser la tête sur le sol, d’être les jambes en l’air, de courir quand on vient seulement d’apprendre à marcher, de rentrer en contact avec un autre alors qu’ils ne se connaissent pas encore eux-mêmes. Les musiques proposées les surprennent et me surprennent à chaque fois. La musique classique les fait sauter et rire. Je vois les yeux qui pétillent, je suis eux et ils sont moi. Ils proposent de plus en plus consciemment des mouvements que je m’empresse de relever et d’essayer puis inversement. Leur mémoire corporelle m’impressionne. Je sens qu’ils retiennent des gestes et qu’avec plaisir on les refait encore et encore. Rien n’est imposé, ils sont libres et cette liberté leur permet d’être au cœur des choses. - Melody Willame, danseuse.

Ici tout est sensation. Et la danse est sensation.

Depuis ce premier spectacle, Ultra, l’envie de s’ancrer dans le terrain de jeu des tout-petits n’a cessé de grandir.

C

omment y suis-je arrivée ? En un lieu que la compagnie n’avait jamais exploré ? Comment moi ? Comment les tout-petits ? Comment la danse ? Les ateliers de Melody Willame en crèche et en maternelle furent les premiers pas vers cette autre tranche d’âge. Par le biais du CDWEJ, Melo dansait avec les petits et elle me racontait. On raconte beaucoup au Zet. C’est l’une des raisons sans doute de notre sentiment d’être «en compagnie.» Moi, je voulais inventer des histoires mais je n’avais pas les mots. Alors OK pour chercher ensemble. Disons que ce sera un labo. Et ne visons rien d’autre qu’une énergie artistique à partager. Les premières semaines dans la petite salle de répétition du Zet sont restées secrètes. Trop fragiles. Puis les autres membres de la compagnie ont découvert des esquisses. Ils nous ont encouragées. La compagnie nous a donné confiance, les petits - que nous avons ensuite entrepris de rencontrer à chaque nouvelle étape du travail – nous ont donné l’audace. Les deux nous ont offert une impression de liberté. Nous avons créé un spectacle. Il était joyeux, intense, déroutant et à mon sens inépuisable parce qu’il était le récit scénique d’un appétit d’expérimentation. Depuis ce premier spectacle, Ultra, l’envie de s’ancrer dans le terrain de jeu des tout-petits n’a cessé de grandir. Elle devient un axe fort du travail de la compagnie. Elle offre de garder bien vivaces les essentiels de notre métier : le plaisir du jeu, la relation avec l’autre, l’expérimentation… Le théâtre, la danse, comme le jeu du tout-petit, sont de formidables boîtes de bricolage ! Pour déconstruire le monde, poser un regard décalé, en plan rapproché, en élévation, et reconstruire des combinaisons infinies, rêvées. A trois ans, seize ou quarante. - Justine Duchesne, metteuse-en-scène d’Ultra et de Petites Furies.


Bousculer / émerger «Le théâtre est une cour de récréation. Là se joue la vie avec ses forces, ses farces, sa violence, ses chagrins, ses douleurs, ses fous rires, son inventivité, ses complots, ses alliances. Là jouent les corps, se forgent les esprits, se construit une vie en société.»

- L’équipe du Zet

Petites Furies - 2014

Ateliers en maternelles


«Il y a un capital artistique qui se compose avec les personnes.»

- Joël Pommerat

Adam Pierre Adam Thierry Ajanohun Laetitia Baibay Isabelle Balate Cécile Baba Luc Baldassi Luigi Barel Lucien Beaupain-Parotte MarieAgnès Ben Arfa Sabra Bertholomé Jean-Louis Bibbo Estelle Bielyszew Tatiana Bonjean Sandrine Bonnamy Sébastien Borbé André Bosmans Joël Brena Dany Brevers Dominique Brumagne Luc Buchlin Hélène Cafonnette Didier Capelle Emilie Carbonel Guy Cassereau Olivia Chakir Amid Champon Michel Chartry Angélique

Christiany Jean-Marc Clément Pierre Collard Julien Colley Marie Corongiu Antoinette Crahay Anne Cue Isabelle Debefve Jean Dedecker Xavier Delamarre Michel Delbecq Celine Demeter Nicole De Neck Didier Depaule Edith De Ridder Brigitte Di Marzio Marie-Christine Dumont Anne Dumont Brigitte Duquesne Patrick Duszynski Dominique Hadi El Gammal Fafchamps Claude Fafra Mireille Fallea Rosa Fasbender Grégoire Flasschoen Christine François Yvon Fresnay Murielle Gabriel Igor

Ghesquière Frédéric Gomez-Garcia Antonio Gourguet Jean-Marc Gyselinx Isabelle Hansotte Majo Harcq Nathanaël Hautem Anne Hellin Thierry Hubball Alice Isaïa Baptiste Jacot Maggy Jaspard Anne Joyeux Valérie Kaufeler Stéphane Laisné Franck Lambotte Pierre Ledent Joëlle Lefils Patrice Lemal Martine Leonet Martine Lesage Daniel Lesbros Claire Lieben Gilbert Limbrée Fred Loop Anne-Marie Lorquet Aude Louis Nathalie Mahy Christine Mans Christian

Martin Céline Marquet Françoise Martinez Juan Michel Véronique Miserocchi Geneviève d’Otreppe Hervé Périn Valérie Persain Lara Pogo Pol Marino Puma Sara Puits Emilie Roland Marie-Rose Rouche Jean-Louis Salsano Laetitia Samsun Yanic Schmit Herman Sikivie François Tahon Alice Thonnard Dominique Van Maaren Laura Vassias Thierry Van Volsem Corinne Vear Françoise Vergez Coline Villalonga Charlotte Warnant Sophie … à suivre !

Crédits photos : Yves Gabriel, Antonio Gomez Garcia, Emilie Lauwers, Nicolas Bomal, Johanna de Tessières, Quentin Grégoire, Jonas Luyckx, Gilles Dewalque, André Joris et Hugues Hendrickx.


Justine Duchesne Mélody Willame

Luc Dumont

Jonas Luyckx Catherine Daele

Julien Legros Ornella Venica

Justine Gerard

Rédaction : Luc Dumont, Lucien Barel, Catherine Daele , Frédéric Dussenne, Cali Kroonen, Melody Willame, Justine Duchesne. Affiches des spectacles : Igor Gabriel, Anne Crahay, Pogo, Thierry Adam, PolMarino, Kira De Smedt. Photo de couverture : Claire Lesbros Conception graphique : David Cauwe / Impression : Raymond Vervinckt & Fils LE ZÉTÉTIQUE THÉÂTRE 47, rue des franchimontois - 4000 Liège • Belgique +32 (4) 227.63.49 • zetetiquetheatre@gmail.com • www.zetetiquetheatre.be —————— Le Zététique Théâtre remercie pour leur soutien la Fédération Wallonie-Bruxelles – Service du Théâtre et Service de la Diffusion, les services culturels provinciaux, le Ministère de l’Emploi de la Région Wallonne - Service APE.


2006 2008

2000

2003

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2010

2014

2010

2011

2013 2015


éditeur responsable : Luc Dumont - 12 rue chevaufosse 4000 Liège.

www.zetetiquetheatre.be

Carnet d'une compagnie  

Le Zététique Théâtre est une compagnie belge, en création avec les jeunes publics.

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