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zatopekmagazine.com

Edition

Suisse Romande

Zatopek

N°24 - trimestriel - novembre - décembre 2012 - janvier 2013 - Suisse - 10CHF

L e 1 er M a g a z i n e R u n n i n g & S a n t é d e S u i s s e R o m a n d e

Incontinence urinaire à l’effort Brisons le tabou !

Marathon

Le secret des crève-la-faim

Portrait

Arthur Lydiard, le premier joggeur de l’Histoire

Dopage

Peut-on croire l’athlétisme africain ?

NUIT

Planning, matériel et technique

COURIR LA

L’actu courses en Suisse

TransOnésienne, Course de l’Avent, Course de l’Escalade

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www.coyote.be

ZATOPEK EST UNE PUBLICATION DES Editions Sport et Santé sprl 177 rue Vanderkindere B-1180 Bruxelles (Belgique) TVA: BE 0882 202 726 Tél: 00 32 (0)2 538 54 58 Fax: 00 32 (0)2 537 13 38 Email: info@zatopekmagazine.com Site web: www.zatopekmagazine.com SERVICE ABONNEMENTS Sur le site www.zatopekmagazine.com ou par téléphone: 0033 9 62 33 75 05 (France), 001 819 571 9454 (Québec) et 0032 2 538 54 58 (Belgique et autres pays). EDITEUR RESPONSABLE Gilles Goetghebuer 177 rue Vanderkindere B-1180 Bruxelles DIRECTEUR DE PUBLICATION Jean-Paul Bruwier jpb@zatopekmagazine.com CONCEPTION ET GRAPHISME Denis Thiry denis@perfecto.be REDACTEUR EN CHEF DU MAGAZINE Gilles Goetghebuer gilles@zatopekmagazine.com SECRETAIRE DE REDACTION Anna Muratore anna@zatopekmagazine.com ICONOGRAPHIE Olivier Beaufays olivier@zatopekmagazine.com ONT COLLABORE A CE NUMERO: Olivier Beaufays, Jean-Paul Bruwier, Aurore Braconnier, Alain Philippe Coltier, Louise Deldicque, Marc Francaux, Anne-Sophie Girault, Johan Grzelczyk, Roger Igo, Delphine Lobet, Anna Muratore, Marc Kluszczynski, Palix, Vincent Rousseau, Naïm Schneyders. CREDITS PHOTOS Prague marathon: 12; Image Globe: 14; Tough Guy: 20; Spomeidis/triathlon.org:21; Veranstalter/ BMW Frankfurt Marathon:22; Dubaï marathon:23; Berlin marathon:23; Henri Salavarda: 30; Till Müllenmeister: 32; Yoann Kowal: 34; New Zealand olympic team: 35,36,37,39; New wave images:40; Nike:41; The North Face Ultra-Trail du Mont-Blanc - Franck Oddoux:43; Kolesky/Nikon/ Red Bull Content Pool:46; The North Face:46,47; Olivier Beaufays:48; The North Face Ultra-Trail du Mont-Blanc/Franck Oddoux:48; Céfar:51; Photonews:52; KMSP/Odyssea:52; Physiomat: 56; CWX:58; Palix:66,61,62,63,64,65,66; Agence Dumas: 10,16,17,18,19,25,26,29,31,35,42, 44,54 REGIE PUBLICITE Toutes éditions, Belgique et Luxembourg: Ghislaine De Drijver et Isabelle Crutzen Podium Media Europe SA Mobile: 0032 473 93 41 28 Tél: 00 352 26 90 86 69 Fax: 00 352 24611082 info@podium-media.biz Skype: jpodium Pour la France et la Suisse: Attr’Action Email: pub@zatopekmagazine.com 213, Avenue Paul de Vivie 84210 Pernes-Les-Fontaines – France Tél: 0033 04 32 80 26 83 Fax: 0033 04 90 61 25 50 Pour le Québec: Tél : 001 819 571 9454 Mathieu Poirier mathieu@zatopekmagazine.com

SOMMAIRE_

EDITORIAL «Je préfère être considéré comme un patron incompétent plutôt que malhonnête». L’expression est d’Arnaud Lagardère en 2006. Le businessman français était empêtré à l’époque dans une sale affaire de conflit d’intérêts. Mais sa profession de foi résume admirablement le fonctionnement de nos sociétés technocratiques. Un tas d’experts rendent des avis catégoriques. Et lorsque la réalité se charge de démontrer l’inanité de leur raisonnement, ils s’offusquent que l’on puisse mettre en cause leur intégrité et préfèrent en somme se faire traiter d’imbéciles. «Je préfère être considéré comme un patron incompétent plutôt que malhonnête». Lagardère entendait se défendre ainsi d’accusations de délit d’initiés dans la revente des actions du groupe EADS. Mais on retrouve le même discours dans quantités d’autres domaines: le nucléaire, l’agro-alimentaire, l’économie… Le sport également. A l’heure des révélations d’un système de dopage généralisé tout au long des décennies précédentes, il faut se souvenir des déclarations lénifiantes des dirigeants de l’époque. Et bien sûr, eux aussi préfèrent qu’on croie aujourd’hui à leur incompétence passée plutôt qu’à leur cynisme. Venons-en au contenu du Zatopek que vous tenez entre les mains. Dans le dossier sur l’athlétisme africain, nous avons tenté de poser un regard lucide sur les causes réelles de la suprématie des athlètes des hauts-plateaux dans les courses de fond, sans en négliger aucune! Espérons seulement que nous n’aurons pas à nous relire dans quelques années, placés à notre tour face à l’alternative mortifiante évoquée plus haut. Plus loin, vous trouverez un article consacré à l’incontinence d’effort. Un sujet pas très glamour, d’accord. Mais, là encore, le projet consiste à coller à la réalité du sport, même lorsque celle-ci se présente ici sous un jour poisseux et malodorant. On préfère cette démarche à celle qui consiste à tout enjoliver pour ne pas avoir à ramer plus tard en de vaines explications. D’ailleurs, la prochaine fois qu’un haut responsable vous donne à choisir entre son incompétence et sa malhonnêteté, songez à répondre comme dans la blague de comptoir: les deux, mon général! Gilles Goetghebuer, rédacteur en chef

COMMISSION PARITAIRE: 1115 U 89417 IMPRESSION Imprimé en Belgique/Printed in Belgium Imprimerie Bietlot rue du Rond-Point 185 B-6060 Gilly Belgique DISTRIBUTION Belgique: Tondeur Diffusion Patrick Malotaux 9 Avenue Van Kalken 1070 Bruxelles Tél: 02 555 02 11 Luxembourg: MPK – Elisabeth Biever 11, rue Ch. Plantin – B.P. 2022 L-1020 Luxembourg Tel: 00 352 499 888 306 France, Suisse et Québec: MLP ZA de Chesnes -55 bd de la Noirée F-38070 Saint Quentin Fallavier Tél: 04 74 82 39 56 Trimestriel Novembre, Décembre 2012, Janvier 2013 N° ISSN 1783-4104 La reproduction des textes et photos publiés dans ce numéro est interdite LA LOCOMOTIVE (toutes éditions) Est un cahier régional placé au centre du magazine Rédacteurs Belgique: Olivier Beaufays olivier@zatopekmagazine.com Eric Cornu eric@zatopekmagazine.com Jérôme Jacot jejacot@yahoo.fr Jean-Paul Bruwier jpb@zatopekmagazine.com Rédacteurs France et Suisse: Cyrille Gindre cyrille@volodalen.com Sophie Sartet sophie@zatopekmagazine.com Rédacteur Québec: Mathieu Poirier mathieu@zatopekmagazine.com Conception et graphisme France: Attr’Action info@attr-action.com

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04_AJOUTEZ À MON PANIER

Tout ce qu’il faut pour courir à la page

10_COURRIER DES LECTEURS

La parole est à vous

12_LA MUSE DU COACH

Posez vos questions à l’entraîneur

29_LA PAROLE EST À LA DÉFENSE Henri Salavarda et Yoann Kowal, appelés à la barre

35_HISTOIRE

Le jogging fête ses 50 ans!

40_ENTRAÎNEMENT

14_ZOOM

16_CULTURE-CLUB

50_SANTÉ

18_DES CHERCHEURS QUI CHERCHENT

60_BD

Vincent Rousseau décrypte une image Toute l’actualité culturelle en un clin d’œil S’entraîner sans glycogène

Courir dans le noir Choisir sa lampe frontale Scènes de la vie nocturne L’incontinence en question

La terrible histoire d’Alan Turing

22_DOSSIER

Peut-on croire l’athlétisme africain? Une enquête accablante Les entraîneurs de l’ombre

ATTENTION

Ne ratez pas notre supplément à détacher au centre du magazine.

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AJOUTEZ_À MON PANIER CHAQUE SAISON VOIT FLEURIR SON LOT DE NOUVEAUTÉS, VÊTEMENTS, CHAUSSURES ET AUTRES GADGETS POUR RENDRE LA COURSE À PIED PLUS MODERNE. TOUJOURS PLUS MODERNE. Rubrique réalisée par Olivier Beaufays

120 e

NORTH FACE SINGLE TRACK HAYASA Des pompes à la mode nippone

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«Hayasa» signifie «promptitude» ou «rapidité» en japonais. Voilà qui sied admirablement à cette chaussure basse, souple, dynamique et surtout très légère: 247 grammes à peine. Il paraît même qu’un modèle à 210 grammes est en phase de préparation. Hayasa convient donc très bien en compétition pour des coureurs légers dotés d’une excellente technique. On n’est pas dans le minimalisme, mais presque. Ici le talon est «Hayasa» est également le surnom maintenu à l’aplomb d’une fine donné au meilleur ultra-traileur épaisseur de mousse grâce à un système japonais Tsuyoshi Kaburaki qui a baptisé «Cradle» (berceau en anglais) que participé activement à l’élaboration l’on retrouve également dans les chausde la chaussure. sures de randonnée de la marque.

LE SAVIEZ-VOUS?

LE CHIFFRE

65000 S

oit le montant en euros perçu par l’Ougandais Stephen Kiprotich, sacré champion olympique du marathon. Cela fait 160 fois le Produit Intérieur Brut divisé par le nombre d’habitants! A cela, il faut ajouter 1/ l’argent d’une souscription lancée à la fin du mois d’août par le quotidien New Vision (+/- 100.000 euros) 2/ la promesse du Président ougandais Yoweri Museveni de faire construire une maison avec trois chambres à coucher pour ses pauvres parents 3/ la promotion au titre de «Superintendant» dans la prison de Luzira où il n’y a pas longtemps encore, Kiprotich travaillait comme simple geôlier.

ZAMST A1-S La cheville qui redémarre

EN BREF

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Les entorses de la cheville représentent entre 15 et 24% des blessures sportives. Zamst a donc créé cette chevillère à l’attention des coureurs à pied. Comme toutes les orthèses de la marque, la A1-S est suffisamment souple pour conserver l’amplitude de l’articulation tout en protégeant des mouvements de bascule latérale. Des bandes élastiques réglables permettent aussi d’adapter la solidité du maintien.

HOU LE MENTEUR!

L

34.95 e

es élections présidentielles américaines en novembre mettent actuellement les colistiers en vedette, notamment Paul Ryan qui forme avec Mitt Romney le tandem républicain. Le bonhomme est marathonien. A une journaliste qui l’interrogeait sur son meilleur chrono, il a répondu: «2 heures 50 minutes et des brouettes». Les renards de la presse ont ensuite été fouiller dans les classements. En réalité, le record de Ryan s’établissait à 4 heures et 1 minute. Moralité: la fatuité se niche dans le détail.

LE SAVIEZ-VOUS? Sans travail spécifique de rééducation de l’articulation, la récidive d’entorse de la cheville survient dans plus de 50% des cas.

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COURRIER_DES LECTEURS RÉAGISSEZ SUR WWW.ZATOPEKMAGAZINE.COM OU ENVOYEZ VOTRE COURRIER Pour la France: 213 avenue Paul de Vivie, 84210 Pernes-les-Fontaines Pour la Belgique: 177 rue Vanderkindere, 1180 Bruxelles

Alors, on se goberge?

Interdiction de courir sous peine de poursuite A la lecture de votre éditorial du numéro 22, il m’est venu l’idée d’un petit problème que l’on pourrait proposer à la sagacité des étudiants dans le cadre d’un examen de fin d’études. Le voici: «Sachant qu’un coureur produit environ une mole soit 44 grammes de gaz carbonique toutes les 15 minutes de course à pied, soit 176 grammes par heure, calculez l’impact sur l’équilibre thermique planétaire de l’interdiction immédiate totale et définitive de toute l’agitation stérile communément dénommée «sport», c’est-à-dire l’ensemble des activités physiques dépourvues de finalité pratique?»

Stéphan Aldebert

Notre réponse: Excellente idée! On pourrait même s’inspirer de l’exemple d’un Rotary Club du New Brunswick (Canada) qui, dans le cadre d’une campagne de sensibilisation à l’environnement en 2008, avait organisé une tombola dont le premier prix était… un Hummer! Authentique!

Le secret du mangeur de tomates J’ai beaucoup apprécié les rencontres des derniers numéros, celles de Michel Bernard et Alain Mimoun. Cela m’a rappelé une petite anecdote qui les met tous deux en scène et vous fera peut-être sourire à l’époque des technologies sophistiquées du dopage. Lors des stages ou des compétitions de l’équipe de France, Michel Bernard ne se séparait jamais d’une petite boîte, genre trousse à pharmacie, ce qui intriguait beaucoup Mimoun qui finit par lui poser la question: «Qu’est-ce qu’il y a dans ta fichue boîte?» Bernard l’entraîna alors à l’écart, et, loin des regards indiscrets, souleva prudemment le couvercle. Des tomates! La potion magique prenait subitement la forme de gros fruits rouges et juteux. Michel Bernard goguenard confia alors à Mimoun le secret de sa réussite. Il carburait aux tomates.

Alain Philippe Coltier

Absurde n’est-il pas? En regardant les derniers Jeux olympiques et en assistant aux triomphes des athlètes britanniques, je me suis souvenu d’une pensée comique de feu l’acteur Peter Ustinov. «Si les Anglais ont inventé beaucoup de sports» disait-il. «C’est que, dès qu’ils se sentent dépassés dans l’un d’eux par une nation étrangère, ils en inventent un autre».

Je découvre votre magazine avec beaucoup d’intérêt. Les articles que vous mettez à notre disposition sont particulièrement intéressants et sortent des sujets traditionnels que l’on trouve régulièrement dans les magazines spécialisés en course à pied. J’ai particulièrement apprécié l’interview d’Alain Mimoun. J’attends votre prochain numéro avec grande impatience!

Sandrine Brochot

Ca y est! Je viens de recevoir aujourd’hui 18 juillet mon magazine préféré déposé le 27 juin et dont je m’aperçois à la lecture des cachets de poste qu’il a transité par Nîmes et Marseille. Zatopek avait bien fait de publier un article sur «l’éloge de la lenteur»!

Serge Martinez

Notre réponse: On ne devrait jamais relayer ce genre d’éloges. Mais que voulez-vous? La chair est humaine.

Vous êtes fous ou quoi? Votre article du numéro 21 intitulé «La maladie des tueurs fous» m’a semblé particulièrement malvenu. Pourquoi faire le lien entre ces coureurs d’Amok des temps modernes (nb: les tueurs en série qui ont défrayé la chronique ces derniers mois) et les adeptes d’une pratique parfaitement saine et pacifique: le jogging. Zatopek, enfin quoi, reprends-toi!

Notre réponse:

Philippidès

Dans cet article, on trouvait intéressant de creuser un peu pour remonter à l’origine de l’expression «coureur d’Amok» qui existe dans beaucoup de langues (sauf en français) et qui associe effectivement l’ivresse d’une escapade meurtrière à la course à pied. Cela paraissait une bonne idée, non? Non? Ah bon!

Lucas Malicorne

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LA MUSE_DU COACH ENVOYEZ-NOUS VOS QUESTIONS ET NOTRE ENTRAÎNEUR ROGER IGO PRENDRA SA PLUS BELLE PLUME POUR VOUS RÉPONDRE. Le courrier doit être adressé à la rédaction: info@zatopekmagazine.com ou directement via notre site www.zatopekmagazine.com. Vous pouvez y poster directement vos questions en cliquant d’abord sur l’onglet «vos réactions» et puis sur «exprimez-vous». Face à l’abondance de courriers, seuls les abonnés auront désormais le privilège d’une réponse longue et personnalisée. Il suffit de mentionner vos noms et prénoms. L’ancien sous-officier d’élite Roger Igo exerce le métier d’entraîneur depuis plus de vingt ans. A 58 ans, il poursuit une carrière qui compte de nombreux titres et distinctions en cross, sur route et en montagne.

80 kilos à 12 ans

Je viens de découvrir la course à pied à l’âge de 54 ans. J’ai couvert mon premier 10 kilomètres en 1 heure et 11 minutes. Je pense que je pourrais faire mieux. Mais vu mon âge, on m’a déconseillé le fractionné.

Notre réponse

Avant la poussée de la puberté, beaucoup d’enfants passent par une phase de mise en réserve qui n’augure pas forcément d’un surpoids à l’âge adulte. Alors il faut d’abord éviter de se focaliser là-dessus. Ensuite il importe de ne pas présenter le sport comme une potion au goût amer que l’on se doit d’avaler pour lutter contre la prise de poids. Donc, oui, essayez de trouver ensemble une activité physique épanouissante. Mais, de grâce, ne décidez pas à sa place! Et surtout montrez l’exemple! Votre fils arrive à un âge où ce que les parents disent ne compte guère, par rapport à ce que les parents font.

Un vélo pour deux Je voudrais me mettre au Bike and Run cet hiver. Mais comment se prépare-t-on pour relever ce genre de défi et quels sont les effets de ce type d’effort sur le maintien de la forme? Vincent

Notre réponse

Le «bike and run» est une formule excellente pour rester en forme en hiver: la seule qui concilie le travail fractionné et la compétition. Toute la difficulté consiste évidemment à trouver la bonne cadence. Sur les distances courtes (10, 15, 20 kilomètres), les meilleures équipes changent très régulièrement, soit toute les minutes environ. L’entraînement idéal consiste alors à enchaîner des courses sur 400 mètres, en alternance avec des phases de repos de même durée. Sur les distances plus importantes, on allongera quelque peu la durée des relais, quitte à les raccourcir au fur et à mesure que l’on avancera dans l’épreuve. On commence par un kilomètre pour passer progressivement à 500 mètres. Pensez aussi à travailler votre puissance à vélo. Sur terrains meubles ou en côte, celui qui pédale fatigue parfois plus que celui qui court! 12 ZATOPEK_24

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Fractionnez, mon vieux!

Mon fils de douze ans est en surpoids. Il mesure 1,55 mètre pour 80 kilos. Pensez-vous qu’un programme progressif de course-loisir soit adapté ou vaut-il mieux l’orienter vers une autre discipline: marche, natation? Olivier

Parcourez aussi notre grande bibliothèque de questions et de réponses. Vous y trouverez peutêtre votre bonheur!

Pascal

Notre réponse

Non, non, non. Il n’existe aucun argument valable pour déconseiller le fractionné à un quinquagénaire en bonne santé. D’après les études, c’est même une des causes principales de régression des performances. En renonçant aux efforts intenses, on amorce un déclin que l’on attribue -à tort!aux processus du vieillissement alors qu’il résulte seulement d’un mauvais dosage de l’entraînement. Faites du fractionné!

Pas dans les temps D’après les performances établies sur des distances inférieures, je devrais courir un marathon en +/- 3 heures 30. Dans la réalité, je suis sûr de mettre au moins une demi-heure de plus. Peut-être même une heure! Comment expliquer ce décalage? Raimond

Notre réponse

La prédiction de performance s’établit sur des qualités cardiovasculaires. Mais il faut bien sûr que la machinerie musculaire se mette au diapason et cela nécessite des mois, parfois des années de travail.

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ZOOM_PHOTO DANS CHAQUE NUMÉRO, VINCENT ROUSSEAU COMMENTE UNE PHOTO. VOICI LE DERNIER VIRAGE DU 10.000 MÈTRES DES JEUX DE LONDRES 2012. LE COUREUR BRITANNIQUE D’ORIGINE SOMALIENNE MO FARAH S’APPRÊTE À REMPORTER LA PREMIÈRE DE SES DEUX MÉDAILLES D’OR.

_DE VINCENT ROUSSEAU L’Américain Galen Rupp porte un écarteur nasal. Quand cette mode a déferlé sur le sport au milieu des années 90, j’étais encore coureur. Franchement, j’avais trouvé cela plutôt efficace. Surtout dans la chaleur. Et certainement pour ceux qui sont fragiles des voies respiratoires. Toute ma carrière, j’ai été embêté par des problèmes de sinusite. Quant à Galen Rupp, je sais qu’il souffre d’asthme! Il lui arrive même de courir avec un masque pour filtrer les pollens. En revanche, je ne comprends pas cette manie de porter des bijoux pour courir! A chaque foulée, ces chaînes en or doivent tressauter autour du cou. De quoi devenir fou! Aux Jeux, les athlètes ont la liberté de choisir la marque de leurs chaussures et leur équipement, même si celle-ci n’est pas sponsor officiel de l’événement. Nike a fait le forcing pour obtenir tout de même de la visibilité sur la piste. Ils ont lancé la ligne «Volt» aux teintes flashy. Ils ont aussi demandé aux athlètes (contre rétribution, bien entendu) de retirer leurs chaussures, juste après la compétition et de les laisser pendre négligemment, nouées par les lacets, autour du cou. Comme le fit Renaud Lavillenie, du reste. On se souvient peut-être qu’aux Jeux olympiques d’Atlanta, le sprinteur Michael Johnson avait lancé la mode avec des pointes recouvertes d’une fine pellicule d’or 24 carats. Où cela va-t-il s’arrêter? Adidas a déboursé 100 millions d’Euros pour faire partie des sponsors officiels des Jeux, livrant ainsi une féroce bataille contre Nike. Résultat des courses: 226 médailles pour la marque aux trois bandes contre 117 pour la marque au Swoosh. En sortie de virage, le coureur est obligé de placer le pied en canard pour ne pas se laisser déporter. Mais on devine les dégâts que peuvent occasionner ces sollicitations extrêmes sur l’appareil locomoteur. Pour équilibrer les contraintes, beaucoup d’entraîneurs conseillent d’ailleurs de s’exercer à courir parfois dans l’autre sens. Personnellement, je n’y suis jamais arrivé!

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CULTURE_CLUB Courir après un Rêve Par Oscar Pistorius Ed. L’Archipel, 2012

Eat and Run: My Unlikely Journey to Ultramarathon Par Scott Jurek Ed. Bloomsbury, 2012

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u rayon des livres inspirants, Oscar Pistorius semblait un candidat de premier ordre. Rudement touché par le sort qui l’a contraint à être amputé de ses pieds à l’âge de onze mois, il a tout de même trouvé le moyen de percer dans le sport de haut niveau avec de nombreux records paralympiques sur 100, 200 et 400 mètres. Il est aussi l’homme qui s’est battu pour se voir reconnaître le droit de courir parmi les athlètes valides et ainsi ouvrir la frontière qui sépare ces deux mondes. Tout cela sans se prendre la tête. Luimême se surnomme de façon irrévérencieuse «the fastest thing on no leg» («la chose la plus rapide sans jambe»). Malheureusement, le bouquin n’est pas à la hauteur de son extraordinaire destinée. D’abord parce qu’il est écrit dans un style de bloggeur et que cela insupporte à la longue (NB: on trouve même les «smileys» en fin de phrase). Ensuite parce que beaucoup d’anecdotes retenues nous ont paru sans saveur. Enfin parce qu’il juge opportun de nous gratifier d’un petit couplet sur l’état du monde et le sens profond de ses engagements humanitaires, notamment contre les mines anti-personnelles au Mozambique, sans réussir à nous convaincre. «Les bons sentiments ne font pas de la bonne littérature», disait déjà André Gide. Bref, on était parti dans cette lecture plein d’allégresse. Quelques chapitres plus loin, on se retrouve plombé par la lourdeur du style et la platitude du propos, exactement comme le marathonien au trentième kilomètre de la course de ses rêves. Pas de panique! Pensez à vous hydrater, mangez un bout de banane. Vous êtes bientôt arrivés!

E

st-il encore besoin de présenter l’incontournable Scott Jurek, le monstre sacré de l’ultra-marathon depuis plus de dix ans? Dans cet ouvrage, disponible uniquement en anglais mais facile à lire, il raconte sa vie, son œuvre et les principes du régime végétalien qu’il observe scrupuleusement en excluant toute alimentation animale ainsi que tous les produits testés sur animaux. Chaque chapitre se conclut par une série de conseils pratiques et même des recettes de cuisine, ce qui prête parfois à des enchaînements surprenants. En effet, Jurek parle de sa maman pauvre et malade pour qui il a commencé à cuisiner, de son papa abrupt et taciturne, avec qui il confesse un relationnel compliqué, ou de son copain Dusty Olson, complètement déjanté. Et juste après, on apprend à confectionner une boisson énergétique à base de chocolat. Le style évoque parfois celui des contes où l’on expose une histoire sans éprouver le besoin de tout expliquer. Chacun est libre d’interpréter à sa manière le personnage de ce garçon chétif qui se met à courir alors même que sa mère ne pouvait plus marcher. Au bout du compte, Jurek relève haut la main le défi qui consistait à mêler l’autobiographie inspirante et le guide de nutrition. Décidément, ce type est trop fort! Anne Sophie Girault

Anne Sophie Girault

Comment s’entraîner et se cultiver en même temps? C’est très facile. Il suffit de «podcaster» des émissions radio intéressantes pour les écouter lors de vos sorties d’entraînement. Toujours à propos d’Oscar Pistorius, mais en contrepoint de sa biographie décevante (voir ci-dessus), on vous conseille ce programme qui s’intitule «Le sport de haut niveau: où finit le corps, où commence la machine?» dans la série «Du Grain à Moudre» sur France-Culture. Plusieurs intervenants se servent de l’exemple du coureur sud-africain pour aborder des thématiques passionnantes comme cette «hybridité» qui pourrait naître à l’avenir d’une confusion totale entre le corps et la technologie. A vos écouteurs, vous allez tout savoir. 16 ZATOPEK_24

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DES CHERCHEURS_QUI CHERCHENT

DANS L’HISTOIRE DE LA COURSE À PIED, LA PLUPART DES GRANDS CHAMPIONS SONT ISSUS DE MILIEUX TRÈS PAUVRES: NURMI, ZATOPEK, BIKILA, GEBRSELASSIE ET CONSORTS. DANS LEUR ENFANCE, CES GENS-LÀ NE MANGEAIENT PAS TOUS LES JOURS À LEUR FAIM. ET SI CES DURES CONDITIONS DE VIE AVAIENT CONTRIBUÉ À FORGER LEUR EXCEPTIONNEL TALENT? ON OSE À PEINE POSER LA QUESTION.

Le

triomphe des a L

Haile Gebrselassie a eu lui aussi 17 ans.

a pauvreté apparaît comme une constante dans la vie des plus grandes stars de la course à pied. Espérons que des parents un peu idiots n’auront pas l’idée, en nous lisant, d’affamer leurs gosses pour en faire des athlètes. Mais on est en droit de se poser la question: y aurait-il un lien entre l’excellence sportive et le dénuement matériel? Jusqu’il y a peu, l’hypothèse était seulement débattue sur un plan psychologique. On expliquait que ces sportifs issus de milieux défavorisés étaient habités d’une formidable soif de revanche qui leur conférait un avantage en compétition. Pourquoi pas? Mais on peut aussi envisager leur suprématie sous l’angle de la physiologie. Il se pourrait en effet que l’expérience de la disette oblige l’organisme à puiser très profondément dans ses réserves énergétiques, ce qui renforcerait in fine les aptitudes athlétiques. Cette idée préside en tous cas à l’avènement d’un nouveau mode de préparation connu en

anglais sous l’expression «low glycogen training» que l’on pourrait traduire en français par «entraînement à bas niveau de glycogène».

Comment passer à travers le mur

En règle générale, l’entraînement vise à engendrer des adaptations qui doivent permettre au corps de mieux supporter les épreuves que l’on s’apprête à lui faire subir. La nature de la contrainte influence évidemment le type de travail. Ainsi un sprinteur veillera à se doter d’une masse musculaire importante. Un coureur de 400 ou de 800 mètres apprendra à résister à l’engorgement acide des tissus. Un coureur de demi-fond s’efforcera de développer ses aptitudes cardiorespiratoires. Et ainsi de suite. Quant à celui qui s’engage sur marathon, il doit s’attendre à rencontrer le fameux «mur» du trentième kilomètre et ressentir ce terrible coup de fatigue qui coïncide avec une baisse des réserves éner-

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es

PLACE AU JEÛNE

affamés gétiques. Ceux qui ont vécu cette expérience douloureuse, généralement s’en souviennent. Les quelques kilomètres qui restent à couvrir paraissent interminables! Pour d’autres, le choc est moins brutal! Mais la déplétion des réserves en glycogène complique tout de même la poursuite de l’effort. Sur base de ce constat, des entraîneurs ont imaginé une méthode qui consiste à exercer le corps à surmonter ce passage difficile. Comment? C’est très simple! Il suffit

Beaucoup de coureurs ont intégré des séances à jeun dans leur entraînement. D’une certaine façon, on peut les considérer comme une forme rudimentaire de «low glycogen training». Avec un gros bémol toutefois. Il faut savoir en effet que les réserves de glycogène se répartissent en deux grands réservoirs dans l’organisme: le foie et les muscles. Lorsqu’on ne mange rien pendant une période d’environ dix heures, les réserves hépatiques sont au plus bas. Mais les réserves musculaires, elles, restent pratiquement intactes. Si on s’entraîne à ce moment-là, on n’est donc pas vraiment en situation de carence. Pour épuiser les stocks, il faut obligatoirement procéder comme on l’explique dans l’article, c’est-à-dire coupler deux séances d’entraînement intenses dans la même journée, sans collation glucidique entre les deux!

de s’entraîner avec des réserves basses en glycogène et donc d’habituer l’organisme à évoluer dans ces zones inconfortables. La méthode connaît actuellement un franc succès. Surtout en Afrique. Certains spécialistes l’évoquent pour expliquer les exploits des coureurs kényans et éthiopiens, tous adeptes du «low glycogen training». Peut-être serez-vous tenté d’y recourir vous aussi? Si c’est le cas… Attention! Elle est aussi efficace que dangereuse.

Un régime qui déplace les murs

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DES CHERCHEURS_QUI CHERCHENT 4 pages


DOPING_OR NOT_DOPING

LE GRAND PROCÈS DE L’ATHLÉTISME AFRICAIN

LES ATHLÈTES D’ORIGINE AFRICAINE SONT DÉSORMAIS IMBATTABLES. DU 800 MÈTRES AU MARATHON, ILS TRUSTENT TOUTES LES MÉDAILLES. EST-CE SEULEMENT UNE QUESTION DE TALENT? OU FAUT-IL SUSPECTER D’AUTRES CAUSES, MOINS AVOUABLES?

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’avènement des coureurs africains au plus haut niveau de l’athlétisme mondial n’est pas un phénomène nouveau. Il date de la victoire sur marathon de l’Ethiopien Abebe Bikila aux Jeux de Rome en 1960 et de Tokyo quatre ans plus tard. Ensuite cette suprématie s’est confirmée au fil des décennies. Elle s’est même accentuée grâce principalement aux carrières époustouflantes des successeurs éthiopiens de Bikila (Wolde, Yfter, Gebrselassie, Bekele) et de leurs éternels rivaux kényans (Rono, Keino, Kiptanui, Tergat, Rudisha). Aujourd’hui, cette élite compte aussi quelques ressortissants des nations voisines comme Zersenay Tadesse (Erythrée), Ayanleh Souleiman (Djibouti), le nouveau champion olympique de marathon Stephen Kiprotich (Ouganda) ou encore le double médaillé d’or sur 5000 et 10.000 mètres, le Britannique Mohamed Farah (originaire de Somalie). Aujourd’hui, la différence de niveau est telle qu’on ne s’étonne même plus du spectacle qu’offrent la plupart des marathons avec, à l’avant de la course, un petit groupe constitué essentiellement de coureurs originaires d’Afrique, suivi à bonne distance d’un autre peloton où se trouvent tous les Européens, les Asiatiques et les Américains. Plusieurs chercheurs ont tenté d’apporter une explication scientifique à ce phénomène. La plus en vogue consiste à dire que ces athlètes de la côte Est du continent africain tirent profit d’une morphologie particulièrement bien adaptée à la course à pied avec des chevilles et des poignets très fins. Grâce à cela, ils dépenseraient, à vitesse égale, moins d’énergie que leurs 22 ZATOPEK_24

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LES COUREURS AFRICAINS SONT CAPABLES D’ENCAISSER DES SÉANCES D’ENTRAÎNEMENT PLUS DURES QUE LEURS ADVERSAIRES. ET SI C’ÉTAIT CELA LE SECRET DE LEUR RÉUSSITE?

La PAROLE est à la DÉFENSE Henri Salavarda (75 ans) compte parmi les plus fins connaisseurs de la course à pied dans le monde. Cet ingénieur liégeois a voyagé partout pour s’imprégner des différentes méthodes d’entraînement. Au cours de ces cinquante dernières années, il a conseillé des centaines d’athlètes de tous les niveaux. En 1983, il a été lui-même quatre fois champion du monde de marathon et une fois champion du monde de 10.000 mètres en catégorie Masters (plus de 40 ans et plus de 45 ans). Son meilleur temps sur marathon? 2 heures et 23 minutes!

LE DOPAGE EST-IL UNE EXPLICATION PLAUSIBLE À L’ACCÉLÉRATION ACTUELLE DES PERFORMANCES SUR MARATHON ET À LA MAINMISE DES AFRICAINS DANS LES ÉPREUVES DE FOND?

Je ne suis pas dupe. J’ai été en stage partout dans le monde. A Albuquerque Nouveau-Mexique, à Ifrane au Maroc, à Düllstrom en Afrique du Sud, à Eugène en Oregon, à Saint-Moritz en Suisse, à Font-Romeu en France. J’ai visité les centres d’entraînement en Chine à

l’époque des athlètes que l’on surnommait les «mobylettes chinoises». J’ai fait aussi plusieurs séjours à Iten au Kenya. Au cours de tous ces voyages, j’en ai vu des choses bizarres. Dans tous les pays, on trouve des entraîneurs indélicats et des managers véreux. Donc le dopage existe, c’est indéniable. Je prétends simplement qu’il n’est pas indispensable pour réaliser les performances que l’on enregistre aujourd’hui. ON DIT QU’À IFRANE, LORSQU’HICHAM EL GUERROUJ S’ENTRAÎNAIT, ON VIDAIT LE STADE POUR QUE PERSONNE NE PUISSE CONNAÎTRE LE SECRET DE SES ENTRAÎNEMENTS. C’EST VRAI?

Oui c’est exact! Son entraîneur Abdelkader Kada n’aimait pas que l’on perturbe son travail. Il s’énervait lorsqu’il voyait tous ces entraîneurs qui déclenchaient leur chrono à chaque passage de son athlète. Mais comme à l’époque j’entraînais Fethi El Guerrouj, le frère d’Hicham, je bénéficiais d’un passe-droit et Abdelkader se montrait toujours très coopératif. Il me communiquait les plannings d’entraînement sans rien cacher, m’autorisant même à publier certains extraits dans des revues spécialisées.

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Passe par chez vous...

Édito Petit pays mais grandes courses Notoriété, beauté des paysages, démesure des parcours, convivialité, élan de solidarité... autant d’éléments qui font de chaque épreuve un événement à part entière. Chaque course se distingue des autres, comme en témoignent les reportages et les comptes rendus des grands rendez-vous suisses dans ce cahier. Nous essayons de vous faire partager la "grandeur d’âme" de celles qui ont déjà eu lieu. Quant aux courses à venir et qui constitueront peut-être vos objectifs pour 2013, les exercices pratiques et les conseils utiles de la Loco technique vous aideront à les préparer au mieux.

Cahier régional

Édition suisse romande

Sophie SARTET

sommaire page 02

ce trimestre avec Volodalen

À vos agendas

page 15

page 06

Ça a eu lieu

Courir en cœur ou en muscles

page 10

page 18

La Loco du moment page 15

Je Cours Pour Ma Forme page 18

La Loco Technique

Je cours pour ma forme

stÉphane ou la zÉnitude cardiaque Fréquence cardiaque ou vitesse de course? page 23

renforcement intÉgrÉ Pour plus d'efficacité page 24

hydratation

Le plein de paradoxes

Écrivez-nous! >> contact@zatopekmagazine.com

Zatopek n° 24 I novembre / décembre 2012 I janvier 2013 I


LA LOCOMOTIVE L'actualité des courses en région 24 pages


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Bon ANNIVERSAIRE le JOGGING PARIONS QUE PERSONNE N’AURA PENSÉ À LE LUI SOUHAITER. MAIS LE JOGGING VIENT DE FÊTER SON CINQUANTIÈME ANNIVERSAIRE. CE MOUVEMENT QUI ALLAIT BOULEVERSER LE MONDE EST EFFECTIVEMENT NÉ DANS LA TÊTE D’UN ENTRAÎNEUR NÉO-ZÉLANDAIS À LA FIN DE L’ANNÉE 1962. SON NOM? ARTHUR LYDIARD.

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u’on se comprenne bien. Les hommes n’ont pas attendu les sixties pour se mettre à courir. On court sans doute depuis des temps immémoriaux que ce soit derrière une proie ou devant un prédateur. A toutes les époques, les courses ont également prêté à toutes sortes de défis athlétiques. De Philippidès à Zatopek, la course à pied a permis de construire des légendes. Bref, elle existe depuis toujours. Non, ce qui est né au début des années soixante, c’est le jogging: une façon de trottiner sur de longues distances sans forcément associer une idée de performance à son effort. Ce fut une révolution. Avant cela, le mot «jogging» lui-même était inconnu. D’ailleurs son étymologie reste nébuleuse. Mais la mode s’est répandue à travers le monde en quelques années et elle continue aujourd’hui d’exercer ses sympathiques ravages. Le mérite en revient principalement à un entraîneur néo-zélandais, Arthur Lydiard, connu dans le monde de l’athlétisme pour s’être occupé de quelques-unes des plus grandes vedettes de la piste comme ses compatriotes Peter Snell, Murray Halberg, John Walker ou encore le Finlandais Lasse Virren. Mais Lydiard ne s’intéressait pas seulement aux champions. Il se souciait aussi de la santé de ses contemporains et il fut l’un des tout premiers à pointer les dangers de la sédentarité. En 1962, il écrit un ouvrage intitulé Run to the Top qui démontrait l’intérêt d’une activité sportive régulière pour l’entretien de la forme et de la santé. Aujourd’hui, cela paraît évident.

Mais il y a cinquante ans, ce fut une révélation pour des millions de gens. Run to the Top mit littéralement le feu aux poudres! Et c’est Arthur Lydiard que l’on retrouve dans le rôle du principal artificier. Nous l’avions rencontré peu de temps avant sa mort survenue en décembre 2004. Il était en train de donner une série de conférences aux Etats-Unis lorsqu’il fut terrassé par une crise cardiaque à l’âge respectable de 87 ans. Dans cette interview, il revenait sur les raisons qui avaient fait du jogging un phénomène d’envergure mondiale. Nous vous en proposons une version condensée dans ces pages (*). Un beau cadeau d’anniversaire! (*) La version longue avait été publiée dans le magazine Sport et Vie n°74, septembre-octobre 2002.

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COURIR dans le N COMME CHAQUE HIVER, LES COUREURS À PIED SONT CONFRONTÉS À UN RACCOURCISSEMENT DES JOURS QUI PLONGE LEURS HABITUELS PARCOURS DANS LE NOIR. ON RISQUE LES ENTORSES ET LES INSOMNIES!

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orsqu’on s’entraîne le soir, l’obscurité masque souvent les pièges de la piste et cela augmente le risque de chutes. Dans ce dossier, vous trouverez une série de témoignages qui relatent ces difficultés (page 46). Avant cela, on aura abordé la question de la visibilité sous l’angle de la technologie, passant en revue les avantages et les inconvénients des différents systèmes de lampes frontales (page 43). Mais commençons par une problématique qui concerne tous ceux qui éprouvent des difficultés pour s’endormir après un effort en début de soirée. Ils se tournent et se retournent dans leur lit, incapables de trouver le sommeil. Explications!

Le dodo en voie de disparition

Les sondages sur les habitudes de sommeil nous réservent plein de surprises. Par exemple, le fait qu’on dort de moins en moins longtemps au fil des générations. En 1910, les adultes dormaient environ 9 heures par cycle de 24 heures. Aujourd’hui, la durée moyenne d’une nuit de sommeil avoisine plutôt 7,5 heures. En cause? L’éclairage électrique qui a permis de s’affranchir des restrictions causées par l’obscurité, mais aussi les sollicitations plus nombreuses de l’industrie du divertissement: télévision, cinéma, jeux vidéo, internet. Autres sujets d’étonnement: les femmes dorment On dormira cet hiver!

JOGGING ET INSOMNIE TOUT EST QUESTION DE TEMPÉRATURE! statistiquement moins longtemps que les hommes; les gros moins que les maigres; les salariés moins que leur patron; et les citadins moins que les paysans. Bien sûr, il s’agit de moyennes. On trouvera toujours une femme obèse, rurale et employée qui dort comme un bébé. Mais ces relations sont tout de même significatives à l’échelle des populations. Enfin, on remarque de grandes fluctuations saisonnières. En clair, on dort plus en hiver qu’en été. Dans les contrées les plus septentrionales, ces variations prennent parfois une ampleur considérable. En Laponie, par exemple, on dort très peu lorsque brille dehors le fameux soleil de minuit et on se rattrape en revanche lors de la longue nuit hivernale. Notre besoin de sommeil est clairement calqué sur les variations de luminosité.

Après le sport, on irradie!

Pour les coureurs à pied, cette alternance saisonnière pose parfois problème. Surtout chez ceux qui s’entraînent le soir. En se couchant un peu plus tôt en hiver qu’en été, ils raccourcissent le délai entre la fin de la séance de sport et l’heure du coucher. Et cela suffit parfois à déclencher une insomnie. Pourquoi? L’explication est de nature thermique. Lorsqu’on fait un effort physique, on pioche dans ses réserves énergétiques qu’il faut ensuite reconstituer. On martyrise aussi ses articulations. On détruits ses fibres musculaires. Bref, on perturbe l’organisme et tout cela induit automatiquement une phase de reconstruction, donc une activation du métabolisme. Laquelle produit un dégagement de chaleur plus important. Chacun peut fa24_ZATOPEK 41

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Le siècle des LUMIÈRES LES LAMPES FRONTALES DES COUREURS DE NUIT SONT À LA POINTE DE LA TECHNOLOGIE. PRATIQUES, LÉGÈRES ET COMPACTES, ELLES SE COMPOSENT DE DIODES ÉLECTROLUMINESCENTES, UN TYPE D’AMPOULE QUI ALIMENTERA CERTAINEMENT LES TROIS QUARTS DU MARCHÉ DE L’ÉCLAIRAGE EN 2020: UNE RÉVOLUTION. ENCORE?

Ampoule à incandescence

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Ampoule fluo

raditionnellement, dans les bandes dessinées, on symbolise la survenue d’une idée par une lampe qui brille au-dessus de la tête du personnage. En matière de lampes, les idées fusent également! Depuis les vieilles ampoules à incandescence jusqu’aux nouvelles ampoules LED bien connues par les amateurs de courses de nuit, les technologies évoluent pour produire de la lumière de façon toujours plus économique et plus écologique. Telles sont, en tout cas, les explications

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avancées pour nous convaincre du bienfondé de l’un des plus formidables bouleversements industriels de l’après-guerre. Rendez-vous compte! Les États de l’Union européenne (UE) ont pris la décision de bannir progressivement les anciennes ampoules à incandescence. Ils ont ainsi emboîté le pas aux Etats-Unis et à beaucoup d’autres pays: Canada, Suisse, Australie, Argentine, Philippines, Chine, Cuba… La raison? Nos vieilles ampoules produisent beaucoup trop de chaleur. De fait, 95% de

l’énergie utilisée est convertie en chaleur pour seulement 5% en lumière. A l’horizon 2016, les modèles au tungstène devraient tous avoir été remplacés par des ampoules fluocompactes nettement moins gourmandes sur le plan énergétique. Les ingénieurs ont déjà calculé que cela permettra de réduire de 1 à 2% la consommation mondiale d’électricité et de réduire les émissions de dioxyde de carbone de plusieurs millions de tonnes chaque année. Adieu donc les Watts, bonjour les Lumens! 24_ZATOPEK 43

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«LA NUIT PORTE CONSEIL» DIT-ON. DANS CES PAGES, NOUS AVONS INVERSÉ L’ADAGE ET SOMMES PARTIS À LA RECHERCHE DE BONS CONSEILS POUR SUPPORTER LA NUIT. Dossier réalisé par Olivier Beaufays

Paroles D’ILLUMINÉS REVIENS LA NUIT SÉBASTIEN CHAIGNEAU, VAINQUEUR DE LA TRANSGRANCANARIA 2012 «Courir la nuit, cela s’apprend. Au début, je conseille d’y aller prudemment quand il ne fait pas trop, trop noir. Choisissez une nuit de pleine lune, par exemple, ou un ciel très étoilé. Mieux vaut débuter aussi sur des parcours familiers afin d’habituer son cerveau à l’écrasement des perspectives créé par le halo de la lampe frontale. Je préconise aussi de sortir à plusieurs, histoire d’accumuler les sources d’éclairage et de réduire du même coup l’appréhension que l’on ressent inévitablement lorsqu’on se retrouve tout seul la nuit. Apprenez aussi à tourner à l’économie: éclairage minimal en montée, maximal en descente. Aujourd’hui, même les modèles d’entrée de gamme sont équipés d’au moins deux modes de fonctionnement.»

PLOUF! SABRINA «Lorsqu’on s’entraîne en hiver, on est obligé de s’aventurer parfois dans des recoins obscurs. J’avoue que je n’aime pas trop cela. Je manque d’assurance et d’équilibre en raison d’une proprioception au niveau des chevilles malmenée par des années de handball et des entorses à répétition. Je suis encore hantée par le souvenir d’une chute mémorable survenue le long du canal de l’Ourcq à Paris. La nuit était tombée et en passant sous

un pont je me suis trouvée dans le noir total. Là, j’ai été surprise par la présence de deux autres promeneuses sur le quai. J’ai voulu me déporter sur la droite pour les éviter, mais je me suis pris le pied dans un anneau d’amarrage. Je me suis étalée de tout mon long à quelques centimètres seulement de l’eau sale du canal. Le genre de chute-gag qu’on croirait impossible, et pourtant! Cela m’a traumatisée. A la suite de cette mésaventure, j’ai carrément arrêté de courir le soir pendant trois mois.»

LES CONSEILS OBSCURS DE KILIAN JORNET KILIAN JORNET, TRIPLE VAINQUEUR DE L’UTMB «Lorsqu’on court la nuit, il faut veiller à ne pas baisser constamment la tête et à diriger le faisceau de la lampe ailleurs que sur ses propres pieds. Il faut continuellement changer de direction pour récréer autant que possible une vision en trois dimensions. Surtout prendre l’habitude de regarder quelques mètres devant soi, histoire d’anticiper les obstacles. Avec l’entraînement, on acquiert assez facilement le réflexe de poser les pieds exactement là où on l’avait prévu.»

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PIPI DESSUS! QUAND ON ÉTAIT PETIT, ON Y ALLAIT FRANCHEMENT. QUAND CELA ARRIVAIT, ON DISAIT QU’ON AVAIT FAIT «PIPI DANS SA CULOTTE». C’ÉTAIT CLAIR, NET ET PRÉCIS. PLUS TARD DANS LA VIE, LE SENTIMENT DE GÊNE NOUS A FAIT PRÉFÉRER DES FORMULES PLUS ÉVASIVES COMME «J’AI EU UN PETIT ACCIDENT». LES MÉDECINS, EUX, PARLENT «D’ÉNURÉSIE» OU DE «MICTION INCONTRÔLÉE». DANS LE SPORT, ON UTILISE L’EXPRESSION «INCONTINENCE URINAIRE D’EFFORT» OU PARFOIS LES INITIALES «IUE». MAIS LE RÉSULTAT EST TOUJOURS LE MÊME. ON SE FAIT PIPI DESSUS. ET C’EST PLUTÔT EMBARRASSANT!

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n n’en parle pas souvent. Pourtant, l’incontinence constitue un problème de santé majeur pour environ un quart de la population. Chez les jeunes hommes, elle est assez rare. D’après les enquêtes, elle touche entre 3 et 5% de la population masculine en dessous de quarante ans. Puis cela augmente avec l’âge. La proportion double ou triple après soixante ans, soit un homme sur dix au total. En général, cette incontinence est la conséquence d’interventions sur la prostate (cancers, adénomes) qui endommagent les sphincters chargés du

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UN MONDE À PART ALAN TURING NE COMPTE PAS PARMI LES GRANDS NOMS DU SPORT. PEUT-ÊTRE AURAIT-IL PU? MAIS LE DESTIN LUI A RÉSERVÉ UN SORT PLUS ESSENTIEL DANS L’HISTOIRE DE L’HUMANITÉ. ET BEAUCOUP PLUS CRUEL!

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eux choses apparaissent de façon vraiment frappante lorsqu’on parcourt la vie d’Alan Turing. La première porte sur la façon dont il distinguait ses passions pour les mathématiques et la course à pied. Les membres de son club d’athlétisme ne savaient rien de son travail. Et on imagine qu’auprès de ses collègues de bureau, il taisait ses exploits sportifs (*). Ce n’est pas très étonnant. Nos sociétés occidentales ont longtemps été gouvernées par l’idée d’incompatibilité entre l’intelligence du corps et celle de l’esprit. Cela commence avec les croyances religieuses qui associent la grandeur d’âme au mépris de son enveloppe charnelle si bien que des fanatiques prirent l’habitude de s’affamer et de se martyriser pour prouver leur dévotion. Rien ne s’arrange au siècle des Lumières. Des philosophes comme Descartes entretiennent au contraire cette distinction corps/esprit comme deux matières qui s’excluent l’une l’autre. Quant aux hommes de science, la plupart considéraient jusqu’il y a peu qu’en consacrant son énergie vitale au développement d’une expression de soi, on privait forcément les autres formes. Et donc les génies se devaient d’être malingres et tous les costauds étaient forcément idiots. On est un peu revenu de cette ancienne dichotomie. Aujourd’hui, on sait que la production d’énergie vitale se trouve elle-même conditionnée par le mode de vie et donc qu’une activité physique régulière

contribue à la fois au bon fonctionnement de la tête et du corps. Dans les milieux académiques, la pratique sportive n’est plus considérée comme un signe d’immaturité. Tant mieux. Il serait temps que le monde sportif fasse lui aussi sa révolution et cesse de voir les «intellectuels» comme des bêtes curieuses et malfaisantes.

Une fin de vie complètement tragique

Mais nous disions que deux choses étaient réellement frappantes dans la vie d’Alan Turing. L’autre porte évidemment sur la cruauté de l’alternative qui lui fut proposée pour le «guérir» de son homosexualité: la prison ou la castration chimique. On le sait, il a choisi la seconde solution. En clair, il était tenu de suivre un traitement à base de médicaments anti-androgènes, notamment des hormones sexuelles féminines, preuve que les Diafoirus de l’aprèsGuerre étaient aussi illuminés qu’à l’époque de Molière (et certains le sont encore aujourd’hui). Ce cocktail empoisonné déclencha chez lui un processus de féminisation (grossissement de la poitrine, prise de graisse, fonte musculaire) particulièrement difficile à vivre pour un ancien sportif. Voilà comment il a été amené à concevoir le scénario de sa propre mort qu’on vous laisse découvrir dans les pages suivantes. Turing n’est évidemment pas le seul à avoir souffert de cet acharnement anti-homosexuel. Un demi-siècle plus tôt, l’écrivain Oscar Wilde avait été

condamné pour la même raison à deux années de travaux forcés. Pour le coup, sa peine consistait à marcher à raison de six heures par jour dans une «roue à cheville» qu’il faut se représenter comme un immense tourniquet du type de ceux qu’on trouve dans les cages de hamster. Les parcours de Turing et d’Oscar Wilde présentent d’autres similarités étonnantes. Ainsi ils ont tous les deux sous-estimé les forces puissamment rétrogrades de la société dans laquelle ils évoluaient. Wilde a commis l’erreur d’intenter un procès pour diffamation au Marquis de Queensberry (**), une démarche qui s’est finalement retournée contre lui. Quant à Turing, il a porté plainte devant la police pour un vol commis à son domicile, probablement l’œuvre d’un amant éconduit, ce qui déclencha toute la procédure. Enfin, le destin de ces deux hommes se trouve admirablement résumé dans cette citation prémonitoire d’Oscar Wilde. «Le public est extraordinairement tolérant. Il pardonne tout, sauf le génie.» Gilles Goetghebuer

(*) Il lui arrivait parfois de courir 80 bornes pour se rendre au travail et prendre part à une réunion comme si de rien n’était. (**) Ce nom est bien connu des amateurs de boxe. En 1865, Lord Queensberry rédigea les 16 règles de ce sport: taille du ring, durée des rounds, décompte des secondes après un knock-down, etc.

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