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zatopekmagazine.com N°20 - trimestriel - novembre - décembre 2011 - janvier 2012 – Suisse - 10CHF

Zatopek

Edition

Suisse Romande

L e 1 er M a g a z i n e R u n n i n g & S a n t é d e S u i s s e R o m a n d e

Verbier St-Bernard Nouvel eldorado du trail ?

Incroyable Les marathoniens s’entraînent en sprintant!

Skyrunning Tout le monde en parle

Technique Apprenez à courir à l’économie

Histoires d’amour et de

course à pied

L 16992 - 20 - F: 5,50 € - RD

lecteurs nous racontent leurs plus belles aventures

16 pages d’actu courses

en Suisse Romande


ZATOPEK EST UNE PUBLICATION DES Editions Sport et Santé sprl 177 rue Vanderkindere B-1180 Bruxelles (Belgique) TVA: BE 0882 202 726 Tel: 00 32 (0)2 538 54 58 Fax: 00 32 (0)2 537 13 38 Email: info@zatopekmagazine.com Site web: www.zatopekmagazine.com SERVICE ABONNEMENTS Sur le site www.zatopekmagazine.com ou par téléphone: 00 334 80 26 83 (France/Suisse) et 0032 2 538 54 58 (Belgique et autres pays).

SOMMAIRE_

EDITORIAL

L

e 15 mai 2011, le Kényan Samuel Wanjiru est mort en tombant de la fenêtre du deuxième étage de sa maison à Nyahururu. Le marathon perdait ainsi son plus extraordinaire champion. Dans la chaleur des Jeux de Pékin, il avait été le plus jeune de tous les vainqueurs olympiques. Le plus rapide aussi! Les spécialistes lui prédisaient de battre bientôt le record de son rival, l’Ethiopien Haile Gebrselassie.

EDITEUR RESPONSABLE Gilles Goetghebuer 177 rue Vanderkindere B-1180 Bruxelles DIRECTEUR DE PUBLICATION Jean-Paul Bruwier jpb@zatopekmagazine.com CONCEPTION ET GRAPHISME Denis Thiry denis@perfecto.be REDACTEUR EN CHEF DU MAGAZINE Gilles Goetghebuer gg@zatopek.be SECRETAIRE DE REDACTION Anna Muratore am@zatopek.be ICONOGRAPHIE Olivier Beaufays ob@zatopek.be

Le 23 juillet 2011, on retrouvait le corps sans vie de la chanteuse Amy Winehouse dans son appartement londonien. Parolière, compositrice, interprète: elle avait tous les talents. En 2007, elle avait notamment décroché un «Brit Award» qui récompense la meilleure artiste de la scène britannique. Sa disparition laisse un vide énorme.

REGIE PUBLICITE Toutes éditions, Belgique et Luxembourg: Ghislaine De Drijver Podium Media Europe SA Mobile: 0032 473 93 41 28 Tel: 00 352 26 90 86 69 Fax: 352 24611082 info@podium-media.biz Skype: jpodium Pour la France/Suisse: Attr’Action Email: pub@zatopek.fr 213, Avenue Paul de Vivie 84210 Pernes-Les-Fontaines – France Tél.: 00 33 (0)4 90 61 25 31 Fax: 00 33 (0)4 90 61 25 50

Wanjiru et Winehouse appartenaient à deux mondes différents. Peut-être même ignoraient-ils leurs existences respectives. Celles-ci comportent pourtant de nombreux points communs. D’abord le gabarit: 1 mètre 60 pour +/- 50 kilos. Ils donnaient l’impression l’un et l’autre d’être des enfants perdus dans un monde d’adultes. Il y a aussi les circonstances mystérieuses de leurs morts. L’autopsie n’a pas permis de déterminer les causes du décès d’Amy Winehouse et on ignore toujours les circonstances exactes de la défenestration de Samuel Wanjiru. Etait-ce un suicide comme le prétend la police? Était-ce un accident? Il se pourrait en effet qu’il soit tout simplement tombé en tentant de s’échapper de la chambre où sa femme l’avait enfermé après l’avoir surpris dans les bras de sa maîtresse. Était-ce un meurtre comme le suggère cette blessure relevée à l’arrière du crâne et qui, selon toute vraisemblance, n’était pas liée à sa chute? On l’ignore. Enfin, Wanjiru et Winehouse avaient aussi en commun de faire régulièrement la Une des journaux en raison de leur penchant pour l’alcool, de la violence de leurs bagarres conjugales et de leur comportement suicidaire. «They tried to make me go to rehab. And I say no, no, no» (*) chantait la diva de la Soul qui avait prophétisé sa propre disparition avant l’âge de 28 ans. Wanjiru était plus jeune encore: 24 ans à peine. Finalement leur mort est celle de jeunes gens victimes de leur génie et littéralement broyés par le star-system. Trop de fans, trop de tentations, trop d’argent. Personne ne résiste. Ou alors il faut faire preuve d’une humilité à la hauteur de ses autres talents et apprendre à diversifier ses passions. On regrette que Wanjiru n’ait pas trouvé d’exutoire à ses démons, dans la musique par exemple, et qu’Amy Winehouse n’ait pas donné suite à ses timides tentatives en course à pied. Lisez le dossier page 44. On y apprend au moins une chose: les amours exclusives ne durent jamais longtemps!

COMMISSION PARITAIRE: 1115 U 89417

(*) «Ils veulent me faire subir une cure de désintoxication et j’ai dit non, non, non.»

ONT COLLABORE A CE NUMERO: Olivier Beaufays, Roger Igo, Delphine Lobet, Cédric Mané, Grégoire Millet, Jean-Benoît Morin, Anna Muratore, Palix, Denis Riché, Vincent Rousseau, Naïm Schneyders, Louise Deldicque et Marc Francaux CREDITS PHOTOS Reporters: 14; Image Globe: 44; Guillaume Narguet:10; Lephe:17; Salomon:18; George Herringshaw:20; Newspower: 24,26; Stefano Torrione:25; Martin Lugger/Red Bull Photofiles:26; Sky running France:26; DPPI/ Asics:32,33,37; Weltklasse:35,56; Université de Saint-Etienne:36; Photopress:47; World Wide Image:53; Spomeidis/triathlon.org: 53; André Clavel/Trail du lac du Vouglans: 58; Palix: 60,61,62,63,64,65,66; Dumas/DR: 4, 6,8,9,16,19,21,22,28,29,30,31,38,3 9,40,41,42,44,45,51,52,54,55,57

IMPRESSION Imprimerie Bietlot rue du Rond-Point 185 B-6060 Gilly Belgique

Gilles Goetghebuer, rédacteur en chef (en haut, à gauche)

DISTRIBUTION Belgique: Tondeur Diffusion Patrick Malotaux 9 Avenue Van Kalken 1070 Bruxelles Tel: 02 555 02 11 Luxembourg: MPK – Elisabeth Biever 11, rue Ch. Plantin – B.P. 2022 L-1020 Luxembourg Tel: 00 352 499 888 306 France/Suisse: MLP – Céline Ricci ZA de Chesnes -55 bd de la Noirée F-38070 Saint Quentin Fallavier Tel: 04 74 82 39 56 Trimestriel Novembre et Décembre 2011, Janvier 2012 N° ISSN 1783-4104 La reproduction des textes et photos publiés dans ce numéro est interdite LA LOCOMOTIVE (édition belge) LA LOCOMOTIVE (édition française) LA LOCOMOTIVE (édition suisse) Sont des suppléments gratuits au trimestriel Zatopek et ne peuvent être vendus séparément Rédacteurs Belgique: Olivier Beaufays ob@zatopek.be Eric Cornu ec@zatopek.be Jérôme Jacot jejacot@yahoo.fr Christophe Libin christophe@zatopek.be Rédacteur Luxembourg: Paul Zens pz@zatopek.be Rédacteurs France: Cyrille Gindre cyrille@volodalen.com Sophie Sartet sophie@zatopek.fr Luc Bizouerne (France) Philippe Rochat Suisse) Conception et graphisme France/Suisse: Attr’Action info@attr-action.com

04_AJOUTEZ À MON PANIER

TTout ce qu’il faut pour courir à la page

11_COURRIER DES LECTEURS La parole est à vous

12_LA MUSE DU COACH

Posez vos questions à l’entraîneur

14_ZOOM

Vincent Rousseau décrypte une image

16_ENTRAÎNEMENT

Comment courir à l’économie

24_SKYRUNNING

Les coureurs du ciel

28_DES CHERCHEURS QUI CHERCHENT Les entraînements les plus cour courts sont-ils les meilleurs?

32_CHRISTOPHE LEMAITRE Sprinteur de naissance

38_COURSES

Les courses les plus «huge» d’Amérique du Nord

44_L’AMOUR DONNE-T-IL DES AILES? LL’avis ’avis d’une spécialiste, un test et une foule de témoignages

60_BD

Jim Thorpe: le plus grand athlète de ce siècle

ATTENTION

Ne ratez pas notre supplément à détacher au centre du magazine.

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AJOUTEZ_À MON PANIER CHAQUE SAISON VOIT FLEURIR SON LOT DE NOUVEAUTÉS, VÊTEMENTS, CHAUSSURES ET AUTRES GADGETS POUR RENDRE LA COURSE À PIED PLUS MODERNE. TOUJOURS PLUS MODERNE. Rubrique réalisée par Olivier Beaufays

COMPEX WIRELESS La musculation sans fil Vingt-cinq ans après ses débuts, Compex sort le premier appareil d’électrostimulation sans fil. Chaque électrode est équipée de batteries rechargeables, ce qui facilite beaucoup l’utilisation, notamment dans tous les exercices qui associent les contractions volontaires et involontaires. Autres avantages: les explications sur l’emplacement des électrodes s’affichent directement sur l’écran. Plus besoin de consulter l’ancien mama nuel. Enfin, on peut choisir de suivre un des 30 programmes d’entraînement préenregistrés ou opter pour un entraînement spécifique déterminé en fonction de ses objectifs et de ses données personnelles grâce au site d’entraînement en ligne (www.compexwireless.com).

1250 e

www.compex.info www.sport-life.be

L’AVIS D’UN PRO

DAWA SHERPA, 12ÈME DES DERNIERS CHAMPIONNATS DU MONDE DE TRAIL «Quand j’ai vu ce premier modèle sans fil, je n’en croyais pas mes yeux. J’étais même assez sceptique. Mais je suis rassuré. Non seulement, je peux appliquer la même intensité qu’avec mon ancien Compex mais l’interface et les électrodes sont plus faciles à utiliser.»

ICEBREAKER En souvenir du Capitaine Blake

MANCHONS BV SPORT Le quizz des cuisses Comment offrir une bonne contention aux muscles des cuisses et éviter les microlésions générées par l’effort sans comprimer du même coup l’abdomen et l’entre-jambe? La marque BV Sport propose une solution ingénieuse avec ces manman chons POWER THIGH à enfiler sous le short qui compriment les masses musculaires entre l’aine et le genou sans toucher au bassin. Toute la difficulté pour le fabricant a été de trouver le gradient de pression adapté à chaque gabarit. Trop lâches, les manchons risquaient de tomber sur le genou. Trop serrse, ils 49,90 e auraient fait office de garrot. www.bvsport.com 4 ZATOPEK_20

Les moutons de la race mérinos sont réputés pour offrir la laine la plus fournie et la plus douce et ces qualités naturelles sortent encore renforcées de la confrontation avec des conditions climatiques difficiles comme pour ces troupeaux qui habitent les Alpes néo-zélandaises régulièrement battues par les vents, arrosées par les pluies et brûlées par le soleil. Grâce à ce traitement à la dure, les vêtements en laine de la marque Icebreaker protègent aussi bien de la chaleur que du froid et, au pays du long nuage blanc, il se dit même qu’en 1994, lorsque l’enfant du pays, le navigateur Peter Blake, a battu le record du tour du monde à la voile au bord de son catamaran Enza, il portait des vêtements Icebreaker et n’en avait pas changé pendant les 74 jours, 22 heures, 17 minutes et 22 secondes qu’avait duré son voyage (NB: malheureusement, Blake n’est plus là pour le confirmer puisqu’il a été abattu par des pirates en décembre 2001). Aujourd’hui, la marque Icebreaker propose une gamme running avec des shorts et tee-shirts à base de laine mérinos (97%) auxquels on a ajouté un peu de Lycra® (3%) pour l’élasticité et la résistance. On peut les porter longtemps, très longtemps! www.icebreaker.com


AJOUTEZ_À MON PANIER Dossier de 4 pages


COURRIER_DES LECTEURS RÉAGISSEZ SUR WWW.ZATOPEKMAGAZINE.COM OU ENVOYEZ VOTRE COURRIER Pour la France: 213 avenue Paul de Vivie, 84210 Pernes-les-Fontaines Pour la Belgique: 177 rue Vanderkindere, 1180 Bruxelles

Courage, Kris J’ai été touché par le témoignage de Kris dans un précédent numéro de Zatopek (n°18, page 35). Comme lui, j’ai connu la dépendance à l’alcool et la sensation de vide que l’on ressent à l’issue d’une cure de désintoxication. Pour redonner du sens à mon existence, je me suis mis en tête de préparer le Marathon de Paris. Puis j’ai fait Londres, Monaco, Madrid et Athènes. J’ai enchaîné avec des courses comme le «Trophée du Nil» (115 kilomètres en 5 jours le long du fleuve égyptien) ou «les 10 commandements» (4 marathons en 4 jours dans le désert du Sinaï) ainsi que des raids au Chili, en Jordanie et ailleurs. J’ai plein d’autres projets. Aujourd’hui, je suis un homme libre. Ma liberté à moi, c’est de courir des marathons. D’autres choisiront d’autres choses. Mais je voulais surtout témoigner de ce que tout est possible, et surtout qu’il est possible de s’éclater et d’aller au bout de soi-même comme Kris à qui je veux dire: «Continue, tu es sur le meilleur des chemins.»

Bruno Levert

Graine de champion Je suis une joggeuse de niveau modeste mais très curieuse et donc je dévore littéralement votre magazine de la première à la dernière page. Récemment, vous aviez consacré un article critique au Red Bull. Mais que pensez-vous du Guarana? Je l’ai utilisé en compétitions et me suis sentie anormalement «boostée». Du coup, je suis songeuse quant à son innocuité.

Notre réponse:

Laurie Chitussi

Le guarana est le nom d’un arbuste qui pousse en Amérique du Sud et donne des fruits rouges dont les graines sont extraordinairement riches en caféine (voir photo). Plus encore que celles des autres plantes comme le caféier ou le théier (*). Dans la nature, la présence de caféine agit comme insecticide. Depuis des millénaires, les hommes s’en servent aussi pour ses vertus «antifatigue». A partir de là, tout est question de marketing puisqu’il s’agit de vendre à dix fois le prix des boissons au extraits de guarana, composées essentiellement d’eau gazéifiée et de sucre qui auront exactement le même effet qu’une simple tasse de café. (*) Plus de 4,5g de caféine pour 100g de graines de guarana. Entre 1 et 2g de caféine pour 100g de graines de café.

Une triste nouvelle L’ancien entraîneur d’Emil Zatopek, Jan Haluza dont nous avions récemment fait l’interview (Zatopek n°17, page 52) est mort le 27 août à l’âge de 97 ans. Nos pensées vont à sa femme Vera qui lors de cette rencontre nous avait confié: «Après tout ce que nous avons vécu, je sais que Jan et moi, nous partirons ensemble. Le Bon Dieu ne nous laissera pas nous tourmenter longtemps l’un sans l’autre».

On en deviendrait orgueilleux

(Si on ne l’était pas déjà!) J’apprécie beaucoup votre revue. On découvre plein de choses intéressantes et cela change des autres titres, englués dans une plus grande routine. Félicitations!

Jacques Daumont

Je suis de la tribu des cueilleurs, ces indigènes qui glanent au gré de la forêt des consoles en maison de presse, leurs mets quotidiens: mensuels et parfois trimestriels, ces derniers étant plus rares mais pas forcément plus goûteux. Ce matinlà ne fut pas un jour comme les autres. La lumière était différente, ma progression plus heurtée, plus laborieuse, dans cette jungle. Et là, caché entre deux énormes feuilles de choux, j’aperçois Zato… Une impression saisissante m’envahit à ces lettres. Sans plus attendre, je ne pus m’empêcher d’en déguster un morceau sur place. Surpris pour la première fois de ma longue vie de cueilleur, je fus rassasié! Une boulimie m’envahit qui me conduisit jusqu’à la recherche des plus vieux Zatopek. Eh bien, pas une seule aigreur, ni relent… Jusqu’à présent!

François-Xavier Ducourtieux

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LA MUSE_DU COACH ENVOYEZ-NOUS VOS QUESTIONS ET NOTRE ENTRAÎNEUR ROGER IGO PRENDRA SA PLUS BELLE PLUME POUR VOUS RÉPONDRE. Le courrier doit être adressé à la rédaction: info@zatopekmagazine.com ou directement via notre site www.zatopekmagazine.com et poster directement sa question en cliquant d’abord sur l’onglet «vos réactions« et puis sur «exprimez-vous«. Face à l’abondance de courriers, seuls les abonnés auront désormais le privilège d’une réponse longue et personnalisée. Il suffit de mentionner vos noms et prénoms. L’ancien sous-officier d’élite Roger Igo exerce le métier d’entraîneur depuis plus de vingt ans. A 57 ans, il poursuit une carrière qui compte de nombreux titres et distinctions en cross, sur route et en montagne.

QUELLE EST LA CLÉ POUR AVOIR DES MOLLETS GRACILES? Un tableau à la page 19 du précédent Zatopek montrait que la circonférence des mollets offrait un avantage déterminant aux athlètes africains. Je me suis demandé dès lors s’il existait des exercices ou un style de course qui permettait d’alléger spécifiquement cette partie du corps. Martin La forme des attaches (chevilles, poignets) dépend essentiellement de la génétique et on ne peut pas y changer grand-chose. Par le passé, ces spécificités ont beaucoup intrigué les chercheurs. Dans les années 40, le psychologue américain William Herbert Sheldon (1898 – 1977) entreprit même de classer le genre humain en trois catégories: endomorphe (plutôt gras), ectomorphe (plutôt osseux) et mésomorphe( plutôt musclé). Ces théories ont connu un énorme succès, d’autant que Sheldon n’hésitait pas à attribuer des caractéristiques psychologiques aux différents morphotypes et même des prédispositions à la délinquance. Scientifiquement, tout cela ne valait pas tripette. Aujourd’hui, on sait que la diversité des corps et des tempéraments est infiniment plus complexe que ne le supposaient ces anciennes spéculations et qu’elle ne se laisse pas facilement enfermer dans des cases. Donc, oui, il existe des différences inexpugnables de gabarit entre les personnes. Non, ça ne dit rien des potentialités physiques ou intellectuelles à l’échelle de l’individu.

Calme-toi, mon cœur J’ai commencé la course à pied il y a sept semaines. Mais je constate que ma fréquence cardiaque reste toujours élevée à l’effort! Dès que je me mets à courir, j’atteins facilement les 188 pulsations par minute. Est-ce normal? Je m’entraîne 3 fois par semaine et pour l’instant je ne vois aucune amélioration.

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S’il faut donner son sang Je suis coureur et donneur de sang régulier à la Croix Rouge. Le hasard du calendrier fait que la date de la prochaine collecte tombe une semaine à peine avant mon prochain marathon. Etant donné la proximité des deux dates, ce don vous semble-t-il opportun? Bernard

Notre réponse

Notre réponse

Parcourez aussi notre grande bibliothèque de questions et de réponses. Vous y trouverez peutêtre votre bonheur!

Stéphanie

C’est normal. Les premiers signes d’adaptation cardiaque à l’effort surviennent généralement après 6 semaines. S’ils passent souvent inaperçus, c’est parce que l’on a tendance parallèlement à augmenter sa vitesse de course. C’est pourquoi il vaut mieux se baser sur la diminution progressive de la fréquence cardiaque au repos. Enfin les sensations changent du tout au tout. Certains passages en côte qui semblaient très durs au début sont désormais franchis en douceur. ZATOPEK_20

Notre réponse

Pas vraiment! Rappelons qu’un don de sang consiste à se faire prélever un volume d’environ 0,5 litre. Le volume circulant se rétablit très vite. Mais il faut plus longtemps pour compenser la perte des organites. Le taux des plaquettes redevient normal après quelques jours. Pour les globules rouges, il faut plutôt compter en semaines. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle on impose un délai d’au moins deux mois entre deux prises de sang consécutives (4 semaines seulement pour le don de plaquettes). En situation normale, rien ne trahit ce léger déficit. Lors d’un marathon, c’est différent. La baisse d’hématocrite pénalisera presque à coup sûr la performance. Pour donner votre sang, attendez plutôt la fin de la course. Combien de temps exactement? Les avis divergent. Certains médecins imposent un délai de 15 jours pour éliminer les toxines. Mais ils ont tort. On peut donner son sang dès le lendemain: celui-ci ne garde aucun stigmate de l’effort.


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ZOOM_PHOTO DANS CHAQUE NUMÉRO, VINCENT ROUSSEAU COMMENTE UNE PHOTO. CETTE FOIS, IL S’AGIT DU SPRINT FINAL À L’ARRIVÉE DU 5000 MÈTRES DES DERNIERS CHAMPIONNATS DU MONDE DE DAEGU EN CORÉE DU SUD. UNE COURSE SUPERBE D’INDÉCISION JUSQU’À CE MOMENT PRÉCIS OÙ FARAH COMPREND QU’IL A GAGNÉ!

_DE VINCENT ROUSSEAU

Voici Imane Merga, le champion du monde de cross et médaillé de bronze du 10.000 mètres. Pour l’heure, il ignore qu’il sera finalement disqualifié de sa troisième place. Son tort? Avoir posé le pied hors de la piste alors qu’il était tassé contre la lice dans le dernier virage. Une seule foulée fautive aura suffi! Les juges ont sans doute estimé qu’il n’y avait pas véritablement eu de bousculade ce qui, le cas échéant, lui aurait évité la sanction. Certaines expressions traduisent l’intensité de l’effort. Lagat termine ici un sprint éblouissant alors qu’il n’était encore que 5ème à l’entrée de la dernière ligne droite. Détail marrant: les quatre premiers de la course portent une chaîne en or autour du cou. La mode n’épargne décidément personne. Il faut aussi se rappeler que la plupart de ces athlètes sont d’origine modeste et que ces bijoux symbolisent leur réussite. La piste de Daegu était légèrement plus souple que ce que l’on trouve habituellement, avec une déformation verticale de 2 millimètres plutôt qu’1,8 millimètre à Pékin ou 1,4 à Berlin. Cela fait une différence d’un millième de seconde à chaque appui. A la fin d’une course, ça compte! Ici on boucle le 5000 mètres en 13 minutes et 23 secondes, soit 6 secondes de plus qu’au cours des mondiaux précédents. La société Mondo propose dix teintes pour le revêtement de la piste: jaune, cognac, safran, rouge, acajou, gris, bleu medium, bleu marine, vert et vert foncé. Les organisateurs coréens ont pris du bleu comme à Berlin. Ce n’est donc pas la seule piste bleue de l’histoire de l’athlétisme. La toute première fut construite à Provo aux Etats-Unis en 1982. On raconte d’ailleurs qu’aussitôt que le revêtement fut apposé, et avant que les lignes ne soient tracées, des goélands s’écrasèrent dessus confondant le bleu outremer du stade avec les eaux limpides du Lac Utah. Personnellement, je préfère le vert foncé. C’est moins agressif pour les coureurs et puis cela rappelle l’athlétisme de la belle époque où l’on courait sur l’herbe. Dans les grandes compétitions, les chronos sur 5000 mètres sont rarement du niveau de ceux des grands meetings. Il y a plusieurs raisons à cela: l’absence de lièvre, la fatigue des coureurs après les séries et la crainte d’un contrôle antidopage positif. Dans ces conditions, les performances restent relativement stables au fil du temps et tout se joue dans le dernier kilomètre. Ici les coureurs le bouclent en 2 minutes 27 secondes. Cela n’a rien d’exceptionnel. Je rappelle que, lors des premiers Championnats du Monde en 1983, la victoire était revenue à l’Irlandais Eamonn Coghlan qui avait mis trois secondes de moins.

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ECONOMIE_DE_COURSE

LE SPORT ET L’ÉCONOMIE POSSÈDENT AU MOINS UN POINT COMMUN. POUR AMÉLIORER SES CHRONOS EN COURSE À PIED OU POUR ACCROÎTRE SA FORTUNE, IL N’EXISTE QUE DEUX SOLUTIONS: SOIT IL FAUT GAGNER PLUS, SOIT IL FAUT DÉPENSER MOINS!

UNE LEÇON petite

Sarkozy, le théoricien du plus

d’économ

L

ors de la dernière campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy l’avait emporté avec un slogan-choc dont tout le monde se souvient: «travailler plus pour gagner plus». Celui-ci fut brocardé tout au long du quinquennat notamment par des syndicats qui, au regard de décisions peu sociales prises par le gouvernement, s’amusaient à inverser le sens de la proposition: «travailler plus pour gagner moins». Laissons ce petit jeu aux politiques et intéressons-nous plutôt à une contingence pour le coup inévitable de cette exhortation au travail: la dépense! Car on suppose en effet que si une personne désire travailler davantage, et donc gagner plus, c’est dans l’optique de pouvoir dépenser cet argent pour l’acquisition de nouveaux biens. En clair, on op-

pose la contrainte (les heures de «taf») à la gratification (par exemple une nouvelle bagnole) dans un jeu d’attirance et de répulsion dont on s’aperçoit en définitive qu’il repose sur des motivations très peu rationnelles. Dans les années 70, Ivan Illitch, véritable pionnier de l’écologie politique, avait eu l’idée de convertir le coût de la voiture en salaire horaire. Il s’était aperçu alors que pour le plus grand nombre des citoyens américains, le calcul n’était pas rentable. Certes la voiture faisait gagner un peu de temps dans les déplacements quotidiens. Mais comme elle coûtait en contrepartie un temps précieux pour en assurer le financement, le solde s’avérait souvent négatif. Pour une demi-heure de temps gagnée, elle pouvait ainsi représenter une heure

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LES RACINES DU CIEL

LE MOT «SKY» EST À LA MODE EN COURSE À PIED: «SKYRUNNING», «SKYRACES», «SKYMARATHON». QU’EST-CE QUI SE «SKY» DERRIÈRE TOUT CELA?

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omme les religions, l’histoire de la course à pied est parcourue de grands schismes. Dans les années 70, les adeptes de la course «hors stades» (on disait comme cela à l’époque) durent batailler ferme contre les instances fédérales qui ne comprenaient pas qu’on ressente l’envie de s’affranchir de leur tutelle et de délaisser du même coup l’univers jugé concentrationnaire des pistes d’athlétisme. Au cours des décennies suivantes, de nouvelles divisions virent le jour au sein de la communauté des anciens mutins entre ceux qui préféraient désormais l’asphalte des grands marathons urbains et ceux qui se sentaient déjà plus attirés par les sols meubles de courses organisées en pleine nature. Petit à petit, on vit fleurir des épreuves dans les lieux de plus en plus improbables: désert, jungle, banquise et montagne. Surtout la montagne! Au point que celle-ci s’est progressivement érigée comme une discipline à part entière. En Europe, l’origine de ce mouvement est clairement suisse. Dès les années 70, des Helvètes un peu «fondus» (forcément!) se sont lancés en short, singlet et chaussures de toile sur des sentiers

habituellement empruntés par des randonneurs avec canne, bottines et knickerbockers. Leur initiative fit le succès de courses désormais célèbres comme Sierre-Zinal organisée pour la première fois en 1974. Lentement, cette fièvre contamina les pays voisins, notamment la France, avec la création de la Grande Course des Templiers en 1995. Cette décennie vit aussi se produire un curieux télescopage entre la passion naissante de ces montagnards d’un nouveau type et les adeptes d’une mode importée des Etats-Unis, appelée «Trail» pour ne pas dire «course en pleine nature». Pour se démarquer les uns des autres, les organisateurs se sont lancés Sierre-Zinal, la route des pionniers

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DÉCOUVERTE_ Dossier de 4 pages


DÉCOUVERTE_ Dossier de 4 pages


DES CHERCHEURS_QUI CHERCHENT

VOUS N’AVEZ PAS BEAUCOUP DE TEMPS POUR VOUS ENTRAÎNER? DÉCOUVREZ LA MÉTHODE «HIT» (HIGH INTENSITY TRAINING). ELLE EST FAITE POUR VOUS!

LES ENTRAÎNEMENTS

les plus courts sont-ils les m «

es chercheurs qui cherchent, on en trouve. Des chercheurs qui trouvent, on en cherche», aurait dit le Général de Gaulle qui s’impatientait de la lenteur des résultats dans la mise au point de la bombe atomique française. Cette phrase nous a inspirés pour l’intitulé de cette rubrique consacrée aux sciences du sport. Elle est joliment tournée et pourtant elle sous-tend une idée fausse. A savoir que la qualité d’une recherche se mesure au nombre de solutions qu’elle permet de dégager. Car les scientifiques ne sont pas comme des cruciverbistes face à une grille qui ne permet qu’une seule bonne réponse. Ils sont plutôt comme des archéologues qui doivent débroussailler un champ en friche et creuser le sol sans idée préconçue de ce qu’ils vont mettre au jour. Parfois, les découvertes confirment les hypothèses de départ. Parfois pas. Parfois même, elles disent exactement le contraire. Une telle mésaventure est arrivée récemment aux spécialistes en physiologie de l’effort. Lisez donc ce qui suit. 28 ZATOPEK_20

Le HIT de l’année

Depuis un demi-siècle environ, tous les entraîneurs connaissent l’importance d’un travail par intervalles pour l’amélioration de la forme. Un marathonien par exemple ne doit pas se contenter de ses sorties longues. Quelques séries sur 800 ou 1000 mètres lui permettront d’élever sa VO2 max. Quelques 400 mètres courus à bloc amélioreront sa capacité lactique. Quelques sprints sur 200 mètres lui donneront de la vitesse. Quelques déboulés amélioreront sa technique de course. Ces observations ont fait le succès des méthodes dites d’entraînement par intervalles (ou EPI). L’affaire semblait entendue. Sauf pour un chercheur canadien, Martin Gibala, qui eut la curiosité de réduire encore la durée des efforts (*). A ses athlètes, il proposa de produire une série d’efforts brefs et intenses, de l’ordre de 30 secondes à intensité maximale. La recommandation était de donner tout ce qu’ils avaient dans le ventre (NB: les Anglo-saxons utilisent l’expression «all-out «all-out» pour définir ce jusqu’auboutisme). L’étude durait plusieurs semaines à rai-


DES CHERCHEURS_QUI CHERCHENT Dossier de 4 pages


RENCONTRE_

SPRINTEUR

DE NAISSANCE LE SPRINT EST UNE DISCIPLINE TRÈS PARTICULIÈRE QUI ACCORDE UNE ÉNORME PLACE AU TALENT NATUREL. UNE QUESTION DE GÈNES SANS DOUTE. NOUS EN AVONS DISCUTÉ AVEC CHRISTOPHE LEMAITRE.

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hristophe Lemaitre est habituellement présenté comme le premier sprinteur Blanc à courir le 100 mètres sous les dix secondes depuis l’instauration du chronométrage électronique en 1968. Cette vision ethnique de la discipline le laisse assez froid. Lui, il veut être le meilleur. Un point, c’est tout!

– NÉ > 11 juin 1990. TAILLE > 1,90 m. POIDS > 74 kg. RECORDS > 9’92 (100 m), 19,80 (200 m) PALMARÈS > Triple champion d’Europe à Barcelone 2010 et septuple champion de France. Médaille de bronze du 200m aux Championnats du Monde 2011 à Daegu; médaille d’argent du 4 x 100 m. – COMMENT VOUS ÊTES-VOUS DÉCOUVERT CE TALENT DE SPRINTEUR?

C’était il y a 6 ans. Une fête du sport avait été organisée à Belley, pas loin de mon école d’Aixles-Bains (Savoie). Un club des environs avait eu l’idée de proposer des tests chronométrés sur 50 mètres. Je me suis inscrit. J’avais 15 ans. J’ai donc couru en catégorie minimes sur une piste un peu improvisée. Je me rappelle qu’il fallait surtout éviter les cailloux. Mais on avait droit à des startingblocks. Les premiers de ma vie! Ce jour-là, j’ai fait le meilleur temps, toutes catégories confondues. J’avais même été plus vite que Pierre-Alexis Pessonneaux qui avait trois ans de plus que moi et qui comptait déjà dans l’athlétisme français. L’année suivante, il allait décrocher le titre national juniors sur 200 mètres (1). J’ai compris que je disposais d’un truc spécial. CELA NE DEVAIT PAS NON PLUS ÊTRE UNE SURPRISE TOTALE.

Non, bien sûr, j’avais déjà remarqué que je courais vite. A l’école, par exemple, j’étais toujours devant dans les jeux de rapidité. Je jouais aussi au rugby, au hand, un peu au foot. Je voyais bien que j’étais plus rapide que les autres. Mais je ne considérais pas cela comme quelque chose d’exceptionnel. Après le test de Belley, le responsable du chronométrage est venu me voir et m’a fortement encouragé à m’inscrire dans son club. Il a été mon premier entraîneur au club d’athlétisme de Belley (2). Quelques mois plus tard, je participais aux championnats de France. A 16 ans, je descendais pour la première fois sous les 11 secondes. 20_ZATOPEK 33

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RENCONTRE_ Dossier de 6 pages


Passe par chez vous... I Cahier régional /02/ À vos agendas

Vous vous souvenez de votre première fois?

/05/ Trail Verbier Saint-Bernard

Cette première fois où vous avez enfilé vos baskets pour avaler vos premiers kilomètres de bitume ou de chemin. Pouvez-vous dire que c’est comme la première gorgée de bière si bien décrite par Philippe Delerm dans ses nouvelles qui portent le même nom. " C’est la seule qui compte. (…) Sur les lèvres déjà cet or mousseux, fraîcheur amplifiée par l’écume, puis lentement sur le palais bonheur tamisé d’amertume. Comme elle est longue, la première gorgée! On la boit tout de suite, avec une avidité faussement instinctive. En fait, tout est écrit: la quantité, ce ni trop ni trop peu qui fait l’amorce idéale…" ? Aujourd’hui, c’est la première édition de la Locomotive Suisse Romande. Et là, je souhaite vraiment qu’elle soit comme cette première gorgée de bière, à l’exception qu’elle ne soit pas " trompeuse d’un plaisir qui s’ouvre à l’infini". L’idée est de vous faire partager l’émotion des coureurs, l’enthousiasme des organisateurs" et autres plaisirs minuscules" - toujours selon Philippe Delerm - des courses à venir ou ayant eu lieu à côté de chez vous. Un merci tout particulier à Philippe Rochat de Spiridon Romand pour son aide à l’élaboration de cette première Locomotive Suisse. Sans oublier, les incursions techniques de Volodalen en rapport avec cette actualité des courses.

/14/ Eco-Trail de Paris® /16/ La Locomotive du moment

ce trimestre avec Volodalen

ces toutous qui ont la côte… Des chiens ou des hommes, quel est le plus endurant des primates?

Bonne première fois et n’hésitez pas à nous faire part de vos expériences. Sophie SARTET Rédactrice en chef

Crédit photo: TVSB 2011 © Lionel MONTICO

/08/ Ça a eu lieu...

page 8

courir sur la neige C'est une histoire de longueur de foulée! page 10

technique ou pas? Quand le froid est là, le choix du vêtement devient capital. Petit point de situation... page 13

Écrivez-nous! >> contact@zatopek.fr

Zatopek n° 20 I novembre / décembre / janvier 2011 - 2012


LA LOCOMOTIVE 24 pages d'actualitĂŠ courses en Suisse Romande


PREMIÈRE PORTE AU FOND DU COULOIR

DÉCOUPAGE DU RECORD DU MONDE D’USAIN BOLT À BERLIN

C

ourir 100 mètres le plus vite possible. De prime abord, cela paraît relativement simple. Détrompez-vous! L’épreuve-reine de l’athlétisme recèle un tas de difficultés techniques. A commencer par le timing du départ: il faut jaillir des starting blocks, ni trop tôt, ni trop tard. Pour chaque course, on peut ainsi relever les différents temps de réaction qui correspondent à la durée précise entre le coup de pistolet et la pression exercée sur les startingblocks au moment où elle atteint 27 kilos, c’est-à-dire une force à partir de laquelle on considère que l’athlète produit véritablement son effort. Généralement, ce temps de réaction avoisine les 15 centièmes de seconde. Il faut bien cela pour qu’une information auditive soit traitée par le cerveau et que les influx nerveux soient envoyés aux muscles. Du moins, c’est ce qu’affirment les scientifiques. Par mesure de prudence, on a tout de même accordé un petit rabais aux coureurs et, dans un premier temps, on a fixé à 12 centièmes de seconde le temps en dessous duquel on sanctionne les faux départs. Surprise! Plusieurs sprinteurs comme le russe Valéry Borzov ou le Canadien Ben Johnson parvenaient à descendre si régulièrement sous cette marque qu’on ne pouvait pas décemment les accuser d’anticiper le coup de feu. Le seuil a donc été abaissé à 10 centièmes aujourd’hui. Bien entendu la promptitude au départ ne suffit pas pour gagner une course. Encore faut-il s’extraire efficacement des starting blocks. C’est pratiquement un mouvement

Entre 0 et 20 mètres = 2 secondes 89; Entre 20 et 40 mètres = 1 seconde 75; Entre 40 et 60 mètres = 1 seconde 67; Entre 60 et 80 mètres = 1 seconde 61; Entre 80 et 100 mètres = 1 seconde 66.

d’haltérophilie! Chez des athlètes les plus puissants (type Asafa Powell), on a enregistré des forces de poussée au sol supérieures à 150 kilos. D’autres comme Christophe Lemaitre tentent de compenser ce manque de puissance par une meilleure coordination. Commence alors la phase d’accélération durant laquelle le sprinteur s’efforce d’atteindre la longueur de foulée (entre 2 et 3 mètres) et la fréquence (entre 4 et 5 foulées par seconde) idéales. La vitesse augmente graduellement jusqu’aux 60 mètres. Le record? Sûrement les 44,72 km/h du Jamaïcain Usain Bolt lors de sa course-record à Berlin en 2009. Ensuite, le but sera de maintenir cette vitesse le plus longtemps possible avant d’arriver dans la phase dite de «résistance secondaire», vers les 80 mètres, où, immanquablement, les athlètes ralentissent. Cette diminution (environ 5%) est liée à l’épuisement des réserves en phosphocréatine: le carburant des efforts explosifs. A partir de là, on rejoint l’arrivée comme on peut! 20_ZATOPEK 35

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RENCONTRE_ Dossier de 6 pages Suite


RENCONTRE_ Dossier de 6 pages Suite


VOYAGE_VOYAGE

LES SEPT COURSES LES PLUS «HUGE» D’AMÉRIQUE DU NORD LES CANADIENS FRANCOPHONES UTILISENT VOLONTIERS LE MOT «HUGE» POUR SIGNIFIER LA DÉMESURE. UN TERME QUE L’ON POURRAIT TRADUIRE PAR « ÉNOOOOORME». VOICI DONC UN FLORILÈGE DES COURSES LES PLUS «HUGE» DU CONTINENT NORD-AMÉRICAIN. Dossier réalisé par Delphine Lobet 38 ZATOPEK_20

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LA PLUS MYTHIQUE

ING NEW YORK CITY MARATHON DATE > Premier dimanche de novembre (6 novembre 2011) INSCRIPTION > Pour l’édition 2012, du 7 novembre au 15 avril 2011 TEMPS DE QUALIFICATION > Selon l’âge, entre 2h55 et 4h00 sur marathon et entre 1h23 et 1h55 sur semi-marathon pour les hommes, entre 3h23 et 4h35 sur marathon et entre 1h37 et 2h11 sur semi. SITE INTERNET > www.nycmarathon.org

1

Pour sa première édition, en septembre 1970, le marathon de New York réunissait seulement 127 coureurs et faisait des boucles dans Central Park (*). Quarante ans plus tard, ils sont 45.350 à s’élancer en trois vagues, partant de trois endroits différents, qui se rejoignent après 13 kilomètres pour une balade dans les boroughs: Staten Island, Brooklyn, Queens, Bronx et Manhattan. Ce n’est pas une ville qu’on traverse, mais cinq! Cette diversité des ambiances participe sûrement à faire du marathon de New York le plus populaire du monde. Et dire que l’épreuve pourrait réunir beaucoup plus de participants encore! Lors de l’édition de 2010, ils étaient 125.000 postulants à prendre un billet de loterie (11 dollars non remboursables) pour tenter d’obtenir un précieux dossard à l’issue d’un vaste tirage au sort. Mais rassurez-vous, les organisateurs de l’ING New York City Marathon savent récompenser la persévérance. A la quatrième tentative consécutive, le billet est toujours gagnant. De plus cette règle ne s’applique pas aux meilleurs coureurs. On peut obtenir un passe-droit en faisant valoir des bons chronos sur la distance ou sur un semi. Autre possibilité: se procurer un dossard mis en vente par des œuvres caritatives. Sachez cependant que votre générosité devra être à la hauteur de l’événement. Selon l’association que vous soutiendrez, votre bonté devra peser entre 2500 et 5000 dollars, en plus de l’éventuelle cotisation à l’association et des frais d’inscription qui s’appliquent à tous les coureurs: 196 dollars pour les personnes résidant aux États-Unis, 286 pour les autres. Par comparaison, le droit d’inscription s’élevait à 1 dollar à peine en 1970. Avant-dernière option, vous vous adressez à un voyagiste agréé par le marathon qui vous fournira, en plus du dossard, l’avion et l’hôtel. Comptez tout de même entre 1500 et 2500 euros. Enfin, des

places sont réservées aux coureurs qui peuvent se vanter d’avoir terminé au moins 15 fois le marathon… La rareté faisant la valeur, on peut se demander si ce n’est pas cette pénurie organisée qui enflamme le marathonien. Sylvie qui a gagné son billet pour New York à la première tentative et qui a couru le marathon en 2010 n’est pas de cet avis. Si vous lui posez la question, elle vous dira encore toute éblouie que c’est LE marathon, à faire et à refaire. «Je me suis fait prendre par la fête et j’ai couru beaucoup trop vite», se souvient-elle. «Mais même dans mes périodes de souffrance, j’étais transcendée par la variété des coureurs, les histoires affichées sur leurs T-shirts, les encouragements spectaculaires et colorés des gens sur place. Je le referai! Je veux le refaire!» À New York, Sylvie a signé le plus mauvais chrono de sa vie, mais ce fut aussi sa plus belle expérience sportive. (*) A  vec 44 977 arrivants en 2010, New York détient le record absolu de participations, largement devant Londres et Chicago (36.632 et 36.088 arrivants).

LA PLUS PRESTIGIEUSE

MARATHON DE BOSTON DATE > Troisième lundi d’avril (16 avril 2012) INSCRIPTION > Pour 2013, ouverture des inscriptions le 10 septembre 2012. La période d’inscription varie en fonction du temps de qualification, utiliser la «registration date calculator» du site internet pour s’éviter une migraine. TEMPS DE QUALIFICATION > Selon l’âge, entre 3h10 et 5 heures pour les hommes; entre 3h40 et 5h30 pour les femmes. A partir de 2013, les standards seront 5 minutes plus sévères. SITE INTERNET > www.ba.org/races/boston-marathon.aspx

2

Si New York déplace les foules, c’est un autre marathon qui fait vibrer les «vrais» coureurs: Boston!

Son originalité? Il n’admet que ceux qui disposent déjà de bons chronos sur la distance. La plupart des coureurs américains rêvent d’être des «BQ» (prononcez «biquiou» pour «Boston Qualifier»). Cet objectif peut même tourner à l’obsession comme on le découvre à la lecture des articles du blog «Training for Boston» où Luc raconte ses entraînements pour effacer les 13 minutes qui séparent son record personnel du minimum qualificatif (*). «Lorsque tu es BQ», explique-t-il, «tu jouis d’une reconnaissance de tes pairs marathoniens, c’est un exploit que seule une minorité réussit à accomplir. J’ai décidé que ce serait l’accomplissement de ma vie de coureur, qu’avant de mourir je devais me qualifier pour Boston.» La popularité de ce marathon fait aussi celle de toute une série d’épreuves réputées rapides où l’on peut espérer décrocher son sésame. En 2009, la revue Runner’s World avait même établi un classement des épreuves selon leur indice de «bostonabilité» en relevant le pourcentage de chronos «BQ» à l’arrivée (**). 20_ZATOPEK 39

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VOYAGE_VOYAGE Dossier de 6 pages


VOYAGE_VOYAGE Dossier de 6 pages


HORMONES_ET_PERFORMANCE VOICI L’HISTOIRE AUTHENTIQUE D’UN ATHLÈTE SPÉCIALISTE DU 400 MÈTRES HAIES QUI, POUR LA PREMIÈRE FOIS DE SA CARRIÈRE, EST BATTU PAR UN ADVERSAIRE D’HABITUDE NETTEMENT MOINS FORT QUE LUI. IL VA LE VOIR À LA FIN DE LA COURSE:

L ’amour

- Qu’est-ce qui te prend de courir si vite? - Woaw! Tu ne devineras jamais. Je suis amoureux!

donne-t-il des ailes? QU’UN ATHLÈTE BATTE SON RECORD PERSONNEL SUR LE 400 MÈTRES HAIES PARCE QU’IL EST AMOUREUX, CELA VOUS ÉTONNE?

Non, c’est assez logique. Le processus amoureux af affecte le fonctionnement du cerveau et on passe effectivement par une phase où l’on voit «la vie en rose» comme le veut l’expression. Physiologiquement par parlant, cela s’explique par une production accrue de neurotransmetteurs. La vigilance s’accroît. On ressent plus intensément les petits plaisirs de la vie. Tout cela joue évidemment sur la performance.

Lucy Vincent est une spécialiste de l’amour. N’en déduisez rien encore: sa passion porte sur les bouleversements biologiques induits par l’état amoureux. Elle a écrit une série de livres dont les intitulés suffisent à faire deviner la teneur des pages pleines de chimie et de grands sentiments.

Comment devient-on amoureux ? (Essai, Odile Jacob, 2004). Petits arrangements avec l’amour (Essai, Odile Jacob, 2005). Où est passé l’amour? (Etude, Odile Jacob, 2007). La Formule du désir (Roman, Albin Michel, 2009). L’Amour de A à X-Y (Essai, Odile Jacob, 2010).

VOUS PARLEZ DES NEUROTRANSMETTEURS. N’EST-CE PAS PLUTÔT L’EFFET D’UNE ÉLÉVATION DES TAUX DE TESTOSTÉRONE?

On observe une petite élévation du taux de testostérone lorsqu’on est amoureux, c’est exact. Pour les hommes, cela se traduit notamment par une accélération de la pousse des poils au niveau du visage. Certains ont déjà pu constater sur eux-mêmes qu’ils devaient se raser plus souvent en présence de la personne aimée. Alors est-ce que cette embellie hormonale affecte aussi la performance? C’est possible. On connaît l’effet dopant de la testostérone et de ses dérivés (les fameux stéroïdes anabolisants) sur le gain de masse musculaire. Mais les doses ne sont pas comparables. C’est pourquoi je pense que, si l’amour donne des ailes comme le suggère votre titre, c’est plutôt lié à une élévation de la production de dopamine, un neurotransmetteur que l’on présente souvent comme celui de la motivation. Sous son influence, on se sent dépositaire d’un surcroît de dynamisme, ce qui bien sûr aide beaucoup lorsqu’on s’engage dans des défis. Y compris les défis sportifs.

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HORMONES_ET_PERFORMANCE Dossier de 4 pages


PSYCHOLOGIE_

TESTEZ LA

SOL DITÉ

DE VOTRE COUPLE CE PETIT TEST S’ADRESSE AUX PERSONNES QUI VIVENT EN COUPLE ET QUI SE DEMANDENT SI CELUI-CI EST SUFFISAMMENT SOLIDE POUR TRAVERSER LES ÉPREUVES DE LA VIE.

D

ans le monde actuel, les durées de vie augmentent. Mais pas celle des couples. C’est bien simple, ceux-ci n’ont jamais été aussi fragiles! De nos jours, on estime qu’environ deux mariages sur trois aboutissent à un divorce (contre 1 sur 15 dans les années 60) et que la durée de vie moyenne de ces unions défaites n’excède plus 4 ans (contre le double dans les années 90). Les sociologues se creusent évidemment la tête pour identifier les ferments de ce changement de mœurs. Certains l’attribuent à l’émancipation des femmes et à l’acquisition d’une autonomie financière qui n’était pas le fait des générations précédentes. D’autres pointent des causes comme le recul de la religion, la perte des valeurs traditionnelles, la crise d’identité masculine. Peut-être sommes-nous aussi devenus plus vulnérables qu’avant. Notre mode de vie 48 ZATOPEK_20


PSYCHOLOGIE_ Dossier de 4 pages


TÉMOIGNAGES_ DANS LES COUPLES, LA COURSE À PIED JOUE SOUVENT LE RÔLE DE LA MAÎTRESSE OU DE L’AMANT CACHÉ QUI ATTISE LA JALOUSIE DU CONJOINT. ALORS COMMENT PEUT-ON S’ACCOMMODER DE L’EXISTENCE DE CETTE AUTRE PASSION? DES LECTEURS NOUS ONT RACONTÉ LEURS HISTOIRES DE CŒUR.

AMOUR, GLOIRE ET

Dossier réalisé par Olivier Beaufays

COURSE À PIED SOPHIE, 40 ANS RESPONSABLE ADMINISTRATIVE, FEMME DE JEAN-LUC “La course à pied était d’abord la passion de Jean-Luc, mon mari. Je m’y suis mise en pensant naïvement que je pourrais l’accompagner pendant ses sorties. Evidemment, il était beaucoup trop rapide pour moi. Je ne me suis pas découragée et je me suis inscrite dans son club d’athlétisme. Quelques semaines plus tard, je participais déjà à mes premières épreuves au sein d’un groupe de filles. Je ne pensais pas pousser l’expérience beaucoup plus loin. Mais il n’a pas arrêté de m’encourager. Voilà comment je me suis retrouvée troisième du championnat de France de marathon en Vétéran 1.”

JEAN-LUC, 48 ANS DESIGNER, MARI DE SOPHIE “A mesure que Sophie progressait, j’ai senti que ma propre implication dans le sport diminuait. C’est un phénomène curieux. Mais je dois bien admettre que son assiduité dépasse la mienne. Quand on prépare un marathon, par exemple, c’est toujours elle qui établit le programme et qui fait en sorte qu’on le suive scrupuleusement sans sécher une seule séance. Aujourd’hui, elle est devenue bien meil meilleure que moi et peut-être même meilleure que je ne l’ai jamais été. Je ne serais pas étonné qu’elle batte bientôt mon propre record sur marathon, soit 2 heures et 51 minutes.” 52 ZATOPEK_20

WALTER, 37 ANS MAGASINIER “Un Un jour de 1999, j’ai prévenu ma femme que j’allais courir. Elle était pliée en quatre. Quand je suis revenu de mes quatre kilomètres complètement cassé, elle était sûre que je ne renouvellerais pas l’expérience. Mauvaise pioche! Aujourd’hui, j’en suis à disputer des courses sur 24 heures! Cette surenchère dans la difficulté n’a pas eu l’heur de la faire changer d’avis. Elle trouve toujours ausaus si idiot de gaspiller ainsi son temps libre. Je ne dois pas m’attendre à ce qu’elle se montre attentive aux petites manies qu’ont tous les coureurs. Par exemple: pour être sûr de ne pas voir ma tenue fétiche traîner dans le panier à linge le jour de la course, je la range dans la garderobe une bonne semaine avant. Elle ne vient pas non plus me voir sur une course. Alors je lui téléphone quand j’ai vraiment besoin de l’entendre comme lors des dernières 24 heures de Royan. J’étais totalement cuit, incapable de réfréner les larmes qui me montaient à la gorge. Dans ces moments-là, elle sait trouver les mots qu’il faut. Elle m’a regonflé à bloc. Venant de sa part, les encouragements sont rares. Pour moi, ils n’en sont que plus précieux!”


TEMOIGNAGES_ Dossier de 8 pages


BANDE_DESSINÉE

LITTLE BIG MAN L’HISTOIRE DE JIM THORPE EST CELLE D’UN ATHLÈTE GÉNIAL QUI FUT EXPLOITÉ JUSQU’À SA MORT. ET MÊME APRÈS!

P

lus de 50 ans après sa disparition, Jim Thorpe continue de faire l’actualité. En 1999, il est sorti de l’oubli grâce à sa désignation comme le troisième plus grand athlète américain du XXe siècle (juste derrière Babe Ruth et Michael Jordan) et, dans un contexte plus sordide, sa dépouille sert actuellement d’enjeu dans le procès qu’intentent ses fils John (†), Richard et Bill à une municipalité de Pennsylvanie qui en fit l’acquisition en 1953. Les enfants demandent qu’elle soit rapatriée dans la réserve d’Oklahoma à des milliers de kilomètres de là où reposent déjà d’autres membres de sa famille: son père, ses sœurs et son frère. Il faut savoir qu’à sa mort, Jim Thorpe n’avait plus rien. Il avait bu toute sa fortune et laissait sa troisième femme sans ressources. Celleci répondit favorablement à la demande de notables venus de deux bourgades lointaines, Mauch Chunk et East Mauch Chunk, pour acheter le corps de son défunt mari. La transaction s’est déroulée comme au Moyenâge quand les cathédrales cherchaient à faire l’acquisition de reliques pour attirer pèlerins et marchands. Le corps de l’athlète fut donc transporté dans une localité touristique où, de son vivant, Thorpe n’avait jamais mis les pieds. On lui fit un beau tombeau qui reprenait les mots du Roi Gustave V de Suède «Sir, you are the greatest athlete in the world.» .» Pour recouvrir son cer cercueil, on utilisa de la terre prélevée à côté du stade de Stockholm où il avait réalisé ses exploits. Tout ce décorum se rapportait à sa carrière d’athlète, bien qu’on ait bizarrement choisi de le représenter avec un ballon de foot en mains. Enfin les villes poussèrent le souci d’identification jusqu’à se rebaptiser ««Jim Thorpe», ce qui d’ailleurs est encore le cas aujourd’hui!

Médaille d’or à titre posthume

L’excellent film d’Arthur Penn «Little Big Man» raconte la vie d’un homme qui a traversé les plus grands événements du siècle sans véritablement se rendre compte de leur importance. Cela ressemble aussi beaucoup à l’histoire de Jim Thorpe. Tantôt, il incarnait le triste sort réservé aux Indiens des Etats-Unis dont la reconnaissance comme citoyens américains ne date que de 1924. Tantôt il symbolisait au contraire une réussite éclatante dans un pays où, décidément, tout est possible. De fait, Thorpe a joué dans les plus grandes équipes de basket, de baseball et sur surtout de football américain, sa vraie passion loin devant l’athlétisme. Il a par parcouru la terre entière. Il a rencontré le Pape, le roi d’Angleterre et le dernier Khédive d’Egypte. Il faisait l’admiration de tous, y compris du Président des Etats-Unis, Dwight David Eisenhower, qui avait eu l’occasion de croiser sa route sur les terrains de sport. «De temps en temps, on rencontre des per personnes qui vous inspirent suprêmement», dira ce dernier dans un discours en 1961. ««Je me souviens de Jim Thorpe. Il ne s’entraînait jamais et réussissait tout bien mieux que les foot footballeurs que j’ai pu voir dans ma vie.» En 1920, Thorpe fut aussi désigné comme le premier Président de la Ligue professionnelle: l’APFA (American Professionnel Football Association) qui allait devenir la NFL (National Football League) deux ans plus tard. Cette reconnaissance ne cadre pas avec la réputation d’athlète maudit qui est la sienne encore aujourd’hui. La faute en incombe aux tristes décisions prises par l’Union des athlètes amateurs (UAA) de l’exclure de ses rangs, puis à l’unanimité par les membres du CIO de lui retirer ses deux médailles d’or. A l’époque,

les règlements étaient intransigeants: tous les athlètes qui avaient reçu de l’argent pour pratiquer un sport, y comcom pris les professeurs de gym, et tous ceux qui avaient accepté de concourir contre des athlètes professionnels dede vaient être exclus des Jeux. Face à la menace d’une sanction, Jim Thorpe avait alors écrit une lettre dans laquelle il reconnaissait sa faute: ««J’étais J’étais alors un simple étudiant indien qui ne savait rien de toutes ces choses.» Sa candeur n’obtint aucune miséricorde. «L’ignorance L’ignorance n’est pas une excuse», déclara même Avery Brundage après son accession au poste de Président du Comité International Olympique. Faut-il y voir une forme de racisme anti-Indien de la part d’un homme connu par ailleurs pour ces prises de position antisémites? Difficile de le dire. Peut-être s’agissait-il simplement de jalousie. Ancien décathlonien lui-même, Brundage avait vécu sa jeunesse spor sportive dans l’ombre de Thorpe. La sanction de bannissement fut donc maintenue et plus jamais on ne revit Thorpe dans un stade d’athlétisme. Mais l’histoire n’est pas finie. A l’issue d’un long combat, son biographe Robert Wheeler obtint sa réhabilitation grâce à une faille juridique dans le dossier (NB: on n’avait pas tenu compte du délai de 30 jours au-delà duquel l’accusation de professionnalisme aurait dû être prescrite). Le 18 janvier 1983, des membres du CIO remirent officiellement les médailles à deux de ses enfants, Gale et Bill. Chose étrange: la décision fut prise de classer Thorpe à égalité avec ses adversaires de l’époque, le Norvégien Ferdinand Bie et le Suédois Hugo Wieslander. Or ceux–ci ont toujours soutenu qu’il leur était infiniment supérieur. Gilles Goetghebuer

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