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zatopekmagazine.com

Cahier

technique en pages centrales

Zatopek

N°26 - trimestriel - mai - juin - juillet 2013 - France - 5.50 €

Le 1

er

Magazine Running & Santé de votre Région

Glucides Boycottez-les !

Enquête

Les coureurs ont-ils le sens de l’humour ?

Marathonien

Pourquoi tu pleures ?

Histoire

Les épreuves qui fichent la honte

STRETCHING

AIDER A COURIR +VITE COMMENT IL PEUT NOUS

L 16992 - 26 - F: 5,50 € - RD

L’actu courses

Raid Normand, Marathon de Strasbourg, Festa Trail, Andorra Ultra Trail

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ZATOPEK EST UNE PUBLICATION DES Editions Sport et Santé sprl 177 rue Vanderkindere B-1180 Bruxelles (Belgique) TVA: BE 0882 202 726 Tel: 00 32 (0)2 538 54 58 Fax: 00 32 (0)2 537 13 38 Email: info@zatopekmagazine.com Site web: www.zatopekmagazine.com SERVICE ABONNEMENTS Sur le site www.zatopekmagazine.com ou par téléphone: 0033 9 62 33 75 05 (France) et 0032 2 538 54 58 (Belgique et autres pays). EDITEUR RESPONSABLE Gilles Goetghebuer 177 rue Vanderkindere B-1180 Bruxelles DIRECTEUR DE PUBLICATION Jean-Paul Bruwier jpb@zatopekmagazine.com CONCEPTION ET GRAPHISME Denis Thiry denis@perfecto.be REDACTEUR EN CHEF DU MAGAZINE Gilles Goetghebuer gilles@zatopekmagazine.com SECRETAIRE DE REDACTION Anna Muratore anna@zatopekmagazine.com ICONOGRAPHIE Olivier Beaufays olivier@zatopekmagazine.com ONT COLLABORE A CE NUMERO: Olivier Beaufays, Aurore Braconnier, Louise Deldicque, Marc Francaux, Anne-Sophie Girault, Gilles Joinau, Roger Igo, Anna Muratore, Palix, Igor Risbane, Vincent Rousseau, Naïm Schneyders. CREDITS PHOTOS Tristan Shu:5; Hong-Kong marathon:8; Andres Rodriguez/Fotolia.com:16; Manu Molle/OC Sport:17; Suunto:18; Poznan Maraton:20; Bas van den Eijkhof:22; Charles Reutlinger:22; ASO/P. Perreve:29,30; Sebastian Thanner/Fotolia. com:30; Spomeidis/triathlon.org:33; Stendenlauf Wörschach:38; ASO/EVA:39,41; ASO:40; Yohann Métay:44,45; Delly Carr/Triathlon.org:47; SCC Events:47; Marathon photos:47; Pascal Tournaire/ UTMB:49; Yuri Arcurs/Fotolia.com:49; The news market:51; Palix: 56,57,59,61; Anne-Sophie Girault:62; Francis de Barbeyrac:63,64,65,66; Naïm Schneyders:26,65; Dumas/DR:4,6,10,21,23,24,26,34,35,36,37,4 3,48,50,52 REGIE PUBLICITE Toutes éditions, Belgique et Luxembourg: Ghislaine De Drijver et Isabelle Crutzen Podium Media Europe SA Mobile: 0032 473 93 41 28 Tel: 00 352 26 90 86 69 Fax: 352 24611082 info@podium-media.biz Skype: jpodium Pour la France et la Suisse: Attr’Action Email: pub@zatopekmagazine.com 213, Avenue Paul de Vivie 84210 Pernes-Les-Fontaines – France Tél: 0033 04 32 80 26 83 Fax: 0033 04 90 61 25 50 Pour le Québec: Mathieu Poirier mathieu@zatopekmagazine.com

SOMMAIRE_

EDITORIAL

I

l y a 50 ans tout juste, le boxeur américain Davey Moore était mis KO au terme d’un terrible combat contre le Cubain Sugar Ramos pour le titre mondial des poids plume. «Ce n’était pas ma soirée», déclare-t-il sobrement à son retour dans le vestiaire avant de perdre connaissance. Il est mort trois jours plus tard des suites de ses blessures. Cela se passait le 25 mars 1963. Tout le monde aurait sans doute oublié cette histoire si quelques semaines plus tard, Bob Dylan n’avait sorti sa célèbre chanson «Who Killed Davey Moore» reprise en français par Graeme Allwright «Qui a tué Davey Moore». Il ne s’agit pas d’une allégorie mais d’une véritable enquête sur les circonstances du décès. A chaque couplet, Dylan interroge les différents acteurs du drame: l’adversaire, l’arbitre, le manager, le public, le journaliste, le bookmaker. Chacun se dédouane à sa façon. «C’est pas moi qui l’ai fait tomber, vous ne pouvez pas m’accuser.» Cette chanson date d’il y a 50 ans. Elle reste comme la plus implacable condamnation du voyeurisme qui constitue malheureusement un des socles du sport-business. Car Davey Moore est loin d’être un cas isolé. On estime qu’au cours du dernier siècle, environ 500 boxeurs dans le monde ont perdu la vie sur le ring. Le bilan est presqu’aussi désastreux dans les autres disciplines. Même en course à pied! Dans un numéro précédent, nous avions dressé la liste des champions de marathon disparus dans des circonstances tragiques: suicides, meurtres, drames domestiques. Il faudra songer à y ajouter le nom du Marocain Abderrahim El Goumri, victime d’un accident de voiture en ce début d’année. L’industrie du sport-spectacle donne alors l’impression d’avoir recréé le mythe grec du Minotaure, une créature mi-homme mi-taureau à laquelle on offrait en sacrifice des jeunes filles et des jeunes garçons pour apaiser sa colère. Dans ce numéro, vous lirez plein de choses passionnantes (NB: on l’espère). Mais ne ratez pas en dernière page le regard sévère porté par un ancien coureur, Francis de Barbeyrac, sur l’état actuel du sport de haut niveau. «On affiche les chronos, les distances, les moyennes», dit-il. «Tout cela prête à une surenchère médiatique qui nous écarte, à mon avis, des vérités du sport. On ancre dans l’esprit des gens que tout cela est hors de portée. Or la bonne leçon à tirer de ces exploits serait au contraire qu’on puisse se dire que tout est possible et donner l’envie à chacun, avec le talent qui est le sien, de s’atteler à de grands objectifs». Comment pourrait-on mieux le dire? Gilles Goetghebuer, rédacteur en chef (en haut à gauche)

COMMISSION PARITAIRE: 1115 U 89417 IMPRESSION Imprimé en Belgique/Printed in Belgium Imprimerie Bietlot rue du Rond-Point 185 B-6060 Gilly Belgique

04_AJOUTEZ À MON PANIER

34_TEMOIGNAGES

10_COURRIER DES LECTEURS

38_PSYCHOLOGIE

Luxembourg: MPK – Elisabeth Biever 11, rue Ch. Plantin – B.P. 2022 L-1020 Luxembourg Tel: 00 352 499 888 306

12_LA MUSE DU COACH

44_MACADAM PEOPLE

France, Suisse et Québec: MLP ZA de Chesnes -55 bd de la Noirée F-38070 Saint Quentin Fallavier Tel: 04 74 82 39 56

14_ZOOM

46_AU CARREFOUR DE LA NUTRITION

16_DES CHERCHEURS QUI CHERCHENT

50_RENCONTRE

22_CONSEILS SANTE

60_CELA S’EST PASSE PRES DE CHEZ VOUS

24_BIOMECANIQUE

62_INTERVIEW

DISTRIBUTION Belgique: Tondeur Diffusion Patrick Malotaux 9 Avenue Van Kalken 1070 Bruxelles Tel: 02 555 02 11

Trimestriel Mai, Juin, Juillet 2013 N° ISSN 1783-4104 La reproduction des textes et photos publiés dans ce numéro est interdite LA LOCOMOTIVE (toutes éditions) Est un supplément gratuit au trimestriel Zatopek et ne peut être vendue séparément Rédacteurs Belgique: Olivier Beaufays olivier@zatopekmagazine.com Eric Cornu eric@zatopekmagazine.com Jérôme Jacot jejacot@yahoo.fr Christophe Libin christophe@zatopekmagazine.com Rédacteurs France et Suisse: Cyrille Gindre cyrille@volodalen.com Sophie Sartet sophie@zatopekmagazine.com Rédacteur Québec: Mathieu Poirier mathieu@zatopekmagazine.com Conception et graphisme France/Suisse: Attr’Action info@attr-action.com

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Tout ce qu’il faut pour courir à la page La parole est à vous

Posez vos questions à l’entraîneur Vincent Rousseau décrypte une image Le stretching à l’épreuve de la science A la découverte du syndrome de Lucy Le stretching au secours de la performance

La tournée des madeleines

L’humour, toujours l’humour Yohann Metay force le trail Des idées fausses et beaucoup trop sucrées Gary Taubes témoigne à charge contre les glucides

 Les courses les plus infâmantes de l’histoire

Francis de Barbeyrac, le premier globe-trotteur

28_PHYSIOLOGIE

Quand les grosses fatigues nous font pleurer

ATTENTION

Ne ratez pas notre supplément à détacher au centre du magazine.

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AJOUTEZ_À MON PANIER CHAQUE SAISON VOIT FLEURIR SON LOT DE NOUVEAUTÉS, VÊTEMENTS, CHAUSSURES ET AUTRES GADGETS POUR RENDRE LA COURSE À PIED PLUS MODERNE. TOUJOURS PLUS MODERNE. Rubrique réalisée par Olivier Beaufays

GARMIN FÉNIX Impossible de se perdre!

www.garmin.com

Cette montre donne l’heure et la date, mais pas seulement. Elle dispose d’une fonction «boussole» pour ceux qui auraient peur de perdre le nord. Elle donne également l’évaluation de l’altitude grâce à un système double de barométrie et de positionnement GPS. La montre permet aussi d’enregistrer préalablement les coordonnées de quelques points d’excellence: sources naturelles, refuges, lieux-dits ou ravitaillements. A tout moment, on peut aussi enclencher l’option «trackback» qui affiche le chemin du retour.

ADIDAS BOOST Une révolte? Non, Sire, une révolution! Depuis les années 70, le succès des chaussures de course à pied doit beaucoup à la maîtrise d’un matériau connu sous les initiales «EVA» (pour éthylène-acétate de vinyle). Il s’agit d’une mousse qui possède la propriété d’amortir des milliers de chocs sans se tasser. Ses qualités étaient tellement évidentes que toutes les grandes marques y recouraient peu ou prou, ce qui explique aussi les similitudes entre les différents modèles. Il a donc fallu de l’audace à la société adidas pour s’affranchir d’une technologie qui avait si bien fait ses preuves et ceci grâce à une collaboration étroite avec le plus grand groupe chimique du monde (BASF) pour remplacer l’ancienne EVA par une mousse composite appelée «Boost». Le nouveau matériau se présente sous la forme d’un amas de microscopiques billes blanches fabriquées en un alliage plastique (TPU) réputé pour sa souplesse et sa résistance dans le temps. Rien n’a été laissé au hasard! Avant d’équiper les nouveaux modèles de la gamme, ces semelles ont été testées pendant des milliers d’heures à des températures variant de -20 à 40° C. A chaque fois, on vérifiait que la chaussure conservait ses qualités d’amortissement qui sont, paraît-il, trois fois meilleures que celles de l’EVA, ce qui permet d’économiser de la matière (et donc du poids) sous la plante du pied. Mieux encore! La semelle Boost se caractérise par une restitution élastique de l’énergie emmagasinée en phase d’écrasement, ce qui donne l’impression grisante de rebondir sur le sol. A condition d’être bon coureur! Grâce à cela, adidas entend bien regagner les faveurs des coureurs rapides et remonter du même coup dans le classement des marques les plus prisées sur le marché du jogging. Pour les coureurs débutants, elle envisage déjà une transition en douceur avec la confection de nouveaux modèles qui allieraient l’EVA www.adidas.com et le TPU.

L’AVIS D’UN PRO SÉBASTIEN CAMUS, RECORDMAN DE LA TRAVERSÉE DE LA NOUVELLE-CALÉDONIE À PIED (TROIS JOURS). «Ces appareils sont tellement précieux que le pire qui puisse arriver en expédition serait qu’ils tombent en panne! Avec une autonomie de batterie de 50 heures et une robustesse hors du commun, ce Fénix inspire plutôt confiance. A l’entraînement, je m’en sers aussi pour des relevés de vitesse ascensionnelle. Enfin, j’ai un faible pour la fonction trackback. Comme tous les traileurs, je ne résiste pas à l’appel de nouveaux sentiers à explorer. Grâce à elle, je n’ai plus peur de me perdre.»

L’HOMME QUI SE PRENAIT POUR UNE AUTO

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la fin du mois de février, la police suisse a été avertie qu’un joggeur se baladait sur l’autoroute A2 à hauteur de Bâle. Interrogé sur ce curieux choix de parcours, le fautif expliqua qu’il suivait la route indiquée par son GPS. L’appareil était-il en panne? Non. Vérification faite, il fonctionnait parfaitement. Seulement, c’était un GPS de voiture!

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LES CARTILAGES N’AIMENT PAS LE COCA!

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es boissons sucrées, style Coca-Cola ou Pepsi, sont responsables de flambées d’arthrose du genou. Telles sont les conclusions tirées par une équipe de chercheurs de l’école médicale d’Harvard après consultation de 2149 personnes souffrant de cette pathologie. «Plus ces sujets buvaient des sodas; plus rapide était l’aggravation de leurs lésions», explique le Docteur Bing Lu, responsable de l’étude. Serait-ce un problème de surpoids? «Au début, c’est ce que l’on pensait», reprend l’expert. «Mais la corrélation entre boissons sucrées et arthrose se vérifie indépendamment de l’indice de masse corporelle.» A ce jour, l’explication du phénomène demeure obscure. On savait que l’acide phosphorique contenu dans ces boissons attaquait le tissu osseux. Est-il également néfaste au cartilage? C’est possible! Mais alors comment expliquer que l’effet soit plus prononcé chez les hommes que chez les femmes? Mystère!

OVERSTIM’S Un beau Gato d’anniversaire! Il y a 30 ans, la société Overstim’s lançait sur le marché son célèbre Gatosport. Un parfait substitut de repas avant course: riche en énergie et facile à digérer. Au tout début de la production, ceux-ci étaient préparés dans la cuisine du créateur de la marque, Daniel de Saint-Ouen. Quand cette cuisine est devenue trop exiguë pour répondre à la demande, il aménagea son garage comme lieu de production. Succès aidant, il ouvrit son premier magasin en 1984. Celui-ci était situé à Vincennes tout près de la «Cipale» bien connue des cyclistes parisiens. En 1991, la société prit le parti de s’installer près de Vannes en Bretagne et de tabler sur le développement d’un réseau de distributeurs qui compte aujourd’hui 1500 adresses en Europe (liste sur le site). Un tel succès méritait bien un petit hommage et quelques applaudissements au moment de souffler les 30 bougies du gâteau d’anniversaire. Un Gatosport évidemment!

www.overstims.com

EN BREF

ON CLOUDRUNNER Les coureurs parlent aux coureurs «Courir avec ces chaussures aux pieds, c’est comme courir pieds nus mais sans les impacts», avertit Olivier Bernhard, un ancien duathlète et triathlète suisse qui dut arrêter sa carrière en 2005 en raison de douleurs récurrentes aux tendons d’Achille dont il rendait ses chaussures en grande partie responsables. Il prit alors une feuille de papier et un crayon pour en repenser complètement l’architecture. Voilà comment est née la marque «cloudrunner» à l’attention de «ceux qui courent sur des nuages». En guise de nuages, il s’agit plutôt de petits ponts flexibles qui plient sous l’impact et reprennent ensuite leur forme en restituant l’énergie sur le plan vertical ET horizontal. «En général, on court pour aller devant soi, non?» reprend le créateur de la marque. «Or les autres marques n’envisagent que la restitution sur le plan vertical. Cela m’a toujours paru bizarre.» Sa solution se démarque radicalement des autres modèles du marché. A tester! www.on-running.com

Kilian Jornet au petit-déjeuner

LE SAVIEZ-VOUS? Au fil des années, la marque Overstim’s a élargi sa gamme avec des produits à consommer avant, pendant et après l’effort. A chaque saison, elle s’efforce aussi de moderniser l’offre. Dernière trouvaille en date: les sticks déjà dosés de la boisson de préparation «Malto». Plus faciles à transporter que la grosse boîte de 500 grammes. Et impossible de se tromper dans le mélange!

L’AVIS D’UN PRO OLIVIER MARCEAU, VICE-CHAMPION DU MONDE DE TRIATHLON X-TERRA (2004, 2006 ET 2007) «J’ai personnellement testé la Cloudsurfer il y a un mois. Jamais je n’avais ressenti autant de rendu dynamique de la part d’une chaussure. Je les porte avec autant de bonheur sur des sols durs (Ironman) que sur des sols meubles (XTerra). Et je suis chaque fois bluffé! A présent, j’attends avec impatience de pouvoir tester des modèles plus légers sur des courtes distances, du style 5 ou 10 kilomètres.»

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AJOUTEZ_À MON PANIER ODLO CONVERTIBLE L’opportuniste

www.odlo.com

Cette veste se porte à l’endroit mais aussi à l’envers selon qu’on recherche plutôt la fraîcheur ou la protection thermique. Elle est effectivement constituée d’une couche en jersey qui laisse passer l’air et que l’on portera plutôt vers l’extérieur dans les ambiances chaudes. Et si le temps se refroidit, il suffit de la retourner et d’exposer à l’air environnant l’autre couche au maillage plus serré et faire ainsi écran au vent. Voilà qui rappelle les paroles d’une ancienne chanson de Jacques Dutronc, «l’Opportuniste» sortie en 1968 «Il y en a qui contestent Qui revendiquent et qui protestent Moi je ne fais qu’un seul geste Je retourne ma veste, je retourne ma veste Toujours du bon côté»

MARATHON KID

EN BREF

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neuf ans, Nikolas Toocheck est officiellement devenu le plus jeune coureur du «White Continent marathon» disputé sur l’Antarctique. «Mon temps n’est pas extraordinaire (NDLR: 6h20), reconnaît le garçon, «mais j’ai passé beaucoup de temps à courir après les pingouins.» En décembre dernier, il disputait aussi dans le Delaware une course sur 32 kilomètres. En août prochain, il devrait prendre part à un nouveau marathon en Mongolie. «Le but est de faire un marathon sur les sept continents», explique l’enfant qui s’entraîne cinq fois par semaine sur des distances comprises entre 5 et 8 kilomètres. «J’aime courir, tout simplement. Avec mon père, nous avons baptisé chacun de nos circuits autour de la maison. Mon préféré est le «donut run» car nous nous arrêtons dans une ferme qui vend ces pâtisseries maison pour en manger une.» Le petit Nikolas profite de sa notoriété pour récolter des fonds en faveur de l’association de son grand-père «Operation Warm» qui se charge d’acheter des vêtements chauds aux enfants pauvres. Reste à voir comment son corps digèrera tous ces efforts. «Les médecins nous ont certifié qu’il n’y avait pas de danger», intervient Tara la maman. Mouais! On en reparlera dans dix ans.

ASICS 
 La bataille de «Sauvez les rhinos!» Dans sa nouvelle campagne, Asics encourage les coureurs à se dépasser. Elle met notamment en scène des sportifs confirmés comme la triple championne de triathlon Helen Jenkins mais aussi des coureurs anonymes mais néanmoins passionnés comme le Britannique Vincent O’Neill, alias Rhinoman. Ce marathonien de 43 ans a participé au dernier marathon de Londres en portant un costume de Retrouvez la vidéo de la campagne rhinocéros de 11 kilos. «Pour tenir sur notre page Facebook le coup, j’ai dû m’entraîner énormément», explique-t-il après avoir terminé la course en 4 heures et 17 minutes, soit 1 heure et 21 minutes de plus que son record personnel en short et baskets. Mais quelle gloire! En juin, il participera au marathon des Comrades où il effectuera un relais avec d’autres Rhinomen. «Je veux me prouver à moi-même qu’on peut réaliser des choses exceptionnelles avec un peu d’abnégation tout en récoltant des fonds pour mon association de préservation des rhinocéros.»

SCOTT eRIDE Des chaussures qui tiennent la route! Le succès de Scott dans le monde du sport repose sur une trouvaille faite dans les années 50: le bâton de ski en aluminium qui ne cassait plus comme les anciens modèles en acier mais pliait comme le roseau de la fable et pouvait même être redressé. Dans les décennies qui suivirent, la marque s’est diversifiée, investissant surtout le monde du vélo qui constitue désormais l’essentiel de son chiffre d’affaires. En 2006, Scott se lançait aussi dans le running, toujours avec le même esprit d’inventivité. La preuve? Pour constituer ses semelles, elle utilise une nouvelle mousse, baptisée AeroFoam, à la fois plus légère (-15%) et résistante (+10%) que l’EVA classique. www.scott-sports.com

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C O M P R O M I S P A R FA I T E N T R E A M O R T I , DY N A M I S M E E T S O U T I E N D E VO Û T E P L A N TA I R E . C E M O D È L E O F F R E U N D É R O U L É D U P I E D TO U T E N S O U P L E SS E E T A SS U R E U N B O N M A I N T I E N S U R LO N G U E D I S TA N C E .

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oit les années d’écart entre Mo Farah et Fauja Singh, deux des plus glorieux coureurs au service de sa Majesté que les hasards de l’actualité ont réunis en ce début d’année. Ainsi le double champion olympique a annoncé sa participation au marathon de Londres l’année prochaine, histoire de célébrer dignement son trentième anniversaire. Dans le même temps, Fauja Singh annonçait sa retraite. Rappelons qu’il reste à ce jour le seul marathonien centenaire (8 heures 26 en 2011). Après une ultime apparition au 10 km de Hong-Kong, il a pris congé de tous ses supporters en déclarant: «C’est ma dernière course. Je dois me retirer tant que je suis encore en forme.»

www.kalenji-running.com

KALENJI PLAY AND RUN Les bretelles musicales En France, les sondages révèlent que 78% des coureurs s’entraînent en écoutant de la musique. Attention seulement à ne pas trop pousser le volume. Depuis quelques années, on observe une recrudescence d’accidents stupides de la circulation, liés vraisemblablement à l’usage généralisé des baladeurs numériques. Pour réduire le risque, Kalenji a donc développé cet appareil que l’on porte en bandoulière avec haut-parleur intégré dans la bretelle afin d’écouter ses morceaux préférés sans se rendre sourd aux bruits extérieurs.

LE SAVIEZ-VOUS?

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n adolescent sur quatre risque de rencontrer à terme de graves problèmes d’audition. La cause? Les lecteurs MP3 pardi! Pour sauver ses oreilles, il faut observer «la règle des 60». Cela implique de ne pas utiliser les lecteurs MP3 plus de 60 minutes par jour et ne jamais régler le volume au-dessus de 60% du maximum.

IL L’A DIT!

J’avais l’habitude de faire du jogging, mais les glaçons tombaient hors de mon verre. David Lee Roth, ancien chanteur de Van Halen

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www.milestonepod.com

MILESTONEPOD La mémoire des pieds On sait qu’une chaussure de course perd progressivement ses qualités d’amorti au fil du temps. Mais rares sont les coureurs à comptabiliser précisément les kilomètres parcourus. De ce fait, on ne sait pas toujours où l’on se situe dans l’usure de la semelle. Pour répondre à cette question, des coureurs américains ont conçu le MilestonePod: il s’agit d’un petit accéléromètre à fixer sur l’avant de la chaussure et qui enregistre automatiquement les distances. On peut également s’en servir pour stocker ses infos utiles comme des numéros de téléphone ou les paramètres médicaux de son propriétaire. Vous trouvez cela ingénieux? Cela tombe bien. Les concepteurs du MilestonePod cherchent actuellement des investisseurs. Si le cœur vous en dit!

PEARL IZUMI EMOTION La première chaussure à bascule Les ingénieurs de Pearl Izumi voulaient concevoir une chaussure sans gel, sans bulle d’air, sans tamis et toute cette technologie qui, disent-ils, déconnecte le coureur de ses propres sensations. Ils sont repartis de zéro en créant une semelle de forme radicalement nouvelle avec notamment un recul de l’axe de pliure de la chaussure de deux centimètres environ vers le milieu du pied. En courant, on éprouve alors une sensation délicieuse comparable à celle www.pearlizumi.com que l’on ressent sur un fauteuil à bascule. Le pied passe de la phase de réception à la phase de poussée. Sans effort et sans artifice.

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COURRIER_DES LECTEURS RÉAGISSEZ SUR WWW.ZATOPEKMAGAZINE.COM OU ENVOYEZ VOTRE COURRIER Pour la France: 213 avenue Paul de Vivie, 84210 Pernes-les-Fontaines Pour la Belgique: 177 rue Vanderkindere, 1180 Bruxelles

L’avez-vous reconnu?

On pense ce qu’on veut!

Qui est le monsieur sur la photo à l’article sur l’entraînement par intervalles dans votre dernier numéro? S’agit-il de l’auteur Guy Thibault? Merci d’éclairer ma lanterne. Au fait, j’allais oublier: j’ai bien aimé l’article pour la clarté des explications, faciles et pratiques!

Jean-Marie Stavot

Notre réponse: Non, il ne s’agit pas de Guy Thibault mais de Jacques Capelovici, alias «Maître Capello». Les plus anciens parmi nos lecteurs l’auront peutêtre reconnu. On ne sait pas s’il s’y connaissait en physiologie du sport. En revanche, il était incollable sur l’usage de notre belle langue franLe véritable Guy Thibault çaise. Linguiste de formation, il a longtemps animé des émissions de jeux télévisés comme le célèbre «francophonissime» qui opposait des journalistes des télévisions suisse, belge, monégasque, luxembourgeoise, canadienne et française dans les années 70. Il excellait aussi dans la construction de palindromes. On lui doit notamment le célèbre: «Esope reste ici et se repose». Disparu en 2011, ce portrait était une façon de lui rendre hommage en regard d’un encadré qui éclairait un point de terminologie et s’intitulait: «ne pas confondre».

Une puce pour la vie Félicitations pour votre magazine qui propose de vrais contrepieds aux idées reçues. J’apprécie aussi qu’il cherche toujours à se nourrir de l’expérience des autres. Je réside pour le moment en Allemagne. J’ai remarqué qu’ici, le problème posé par les puces de chronométrage a été résolu depuis longtemps, alors qu’en France, cela semble encore être un casse-tête. J’ai acheté la mienne il y a quinze ans pour 25 euros et je l’utilise sur toutes les courses en Allemagne. Pourquoi ne fait-on pas la même chose ailleurs et notamment en France?

J’aime bien la façon dont est présentée la problématique «Courir fait-il maigrir?» et le fait qu’à la fin de l’article il revient à chacun de se forger sa propre opinion. Je préfère cela au mode classique d’écriture par lequel le journaliste veut absolument qu’on partage ses convictions. J’adhère! D’autant que, sur ce type de sujet, il y a presqu’autant de réactions différentes qu’il y a d’individus. Personnellement, le sport ne m’a jamais fait maigrir. Sauf lorsqu’il était accompagné d’un régime.

Corinne Evangelista

Alain Le Roux

Notre réponse: C’est une longue histoire. Au début du chronométrage électronique dans les années 2000, beaucoup d’organisateurs de course en Allemagne ont fait l’investissement d’un système baptisé «ChampionChip». Ces premières puces présentaient le désavantage d’être chères (+/- 25 euros/pièce). Elles étaient soit vendues aux participants qui les gardaient à vie, soit louées pour la durée de l’épreuve. Problème! Il fallait alors les récupérer à l’arrivée. Quant aux puces perdues, elles devaient être rachetées par l’organisateur, ce qui représentait à chaque fois un budget de plusieurs centaines d’euros. Dans les autres pays européens, les choix stratégiques ont été différents. La plupart des organisateurs se contentent de louer les services de sociétés spécialisées qui utilisent désormais des systèmes plus performants avec des puces jetables intégrées dans le dossard. De ce fait, le système ChampionChip est devenu très rare ailleurs qu’en Allemagne. Sauf en triathlon. Et pour cause! Seules les puces ChampionChip supportent sans encombre d’être plongées dans l’eau.

ERRATUM Dans notre article sur l’Entraînement par intervalles du dernier numéro de Zatopek, au graphique de la page 40, la formule présentée pour les calculs est incomplète. Voici ce qu’il fallait lire: Nombre de répétitions = 240,21 - 4,896 x Rapport + 0,025 x Rapport2

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LA MUSE_DU COACH ENVOYEZ-NOUS VOS QUESTIONS ET NOTRE ENTRAÎNEUR ROGER IGO PRENDRA SA PLUS BELLE PLUME POUR VOUS RÉPONDRE. Le courrier doit être adressé à la rédaction: info@zatopekmagazine.com ou directement via notre site www.zatopekmagazine.com. Vous pouvez y poster directement vos questions en cliquant d’abord sur l’onglet «vos réactions» et puis sur «exprimez-vous». Face à l’abondance de courriers, seuls les abonnés auront désormais le privilège d’une réponse longue et personnalisée. Il suffit de mentionner vos noms et prénoms. L’ancien sous-officier d’élite Roger Igo exerce le métier d’entraîneur depuis plus de vingt ans. A 59 ans, il poursuit une carrière qui compte de nombreux titres et distinctions en cross, sur route et en montagne.

AU DIABLE, LES FORMULES J’ai 68 ans et je cours régulièrement depuis plus de 30 ans. Récemment, j’ai fait un test de terrain à intensité maximale. Ma fréquence cardiaque est montée jusqu’à 180 battements par minute. Quand j’en parle à mon médecin, il fronce les sourcils. Pour lui, je ne devrais pas dépasser la fréquence cardiaque maximale théorique obtenue par l’équation 220 – l’âge. Lors des tests que je passe à l’hôpital tous les deux ou trois ans, il m’arrête d’ailleurs dès que j’atteins les 152 battements par minute. Son argumentation me fait réfléchir. «Votre cœur est bien entraîné. Mais il faut aussi penser à préserver vos artères!» Il a peut-être raison. D’un autre côté, si je m’en tiens à ce qu’il me propose, mes séances de fractionné perdront beaucoup de leur saveur. Qu’en pensez-vous? J.E. Notre réponse

L’équation 220 – l’âge a été popularisée par le physiologiste suédois Per-Olof Astrand dans les années 60. Il voulait montrer que la fréquence cardiaque maximale baissait avec les années, en dépit du niveau d’entraînement. Nulle part, il ne recommande de s’en servir pour fixer des limites à la performance. Il était bien conscient aussi des imperfections de sa formule. Le fait par exemple qu’elle soit inutilisable avant l’âge de 20 ans et qu’elle affiche ensuite d’énormes disparités selon les individus. Très tôt, on s’est aperçu aussi que l’écart-type augmentait avec les années. Le Professeur finlandais Martti Karvonen prit alors la liberté de l’adapter un peu: FC max = 210 – (âge x 0,65). Dans le cas de notre lecteur de 68 ans, cela lui fait une valeur théorique de 166 déjà plus proche de la réalité du terrain. De toutes façons, l’entraînement ne doit jamais être prisonnier des formules scientifiques. Faites confiance à vos sensations et laissez-vous pénétrer par la sagesse de cette expression: le corps est son meilleur médecin! 12 ZATOPEK_26

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Parcourez aussi notre grande bibliothèque de questions et de réponses. Vous y trouverez peutêtre votre bonheur! www.zatopekmagazine.com

Pourquoi tant de gaine? Je cours 4 fois par semaine et je me demande si je ne devrais pas intégrer aussi une séance de musculation dans mon programme.

NOTRE RÉPONSE

Marie

A raison de quatre entraînements par semaine, on va considérer que les jambes sont suffisamment sollicitées et se focaliser plutôt sur le haut du corps avec des exercices spécifiques de gainage: pompes, planches, ballon, etc. Beaucoup de coureurs ne mesurent pas bien l’importance de ce renforcement. Mais il faut comprendre qu’à chaque foulée, la colonne vertébrale subit des forces importantes. Si elle plie, cela revient à gaspiller une partie de l’énergie nécessaire à la performance.

La double peine J’ai repris la course après deux mois d’interruption. Dans un précédent Zatopek, vous disiez qu’il fallait doubler la période de repos pour estimer le temps d’une bonne récupération et retrouver son ancien niveau. Cela voudrait dire que je ne serai de nouveau en forme que dans 4 mois. Or j’ai prévu de participer à un trail de 40 kilomètres d’ici là. Cela m’embête.

NOTRE RÉPONSE

Renaud

Le fait de doubler la période d’interruption s’applique à des situations où l’on a arrêté complètement l’entraînement comme après une opération ou une fracture. Dans ces cas-là, il faut laisser le temps aux tissus de bien cicatriser avant de songer à regagner la forme perdue. S’il s’agit d’un simple arrêt de l’activité et que, parallèlement, on a fait l’effort d’entretenir sa condition physique, le retour est beaucoup plus rapide. Dans un mois, vous serez en pleine bourre!

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Les talons sauvages

Vous me ferez deux heures!

Je me suis remis à la course à pied récemment. Après l’entraînement, je ressens souvent une douleur entre le talon et le bas du mollet. J’observe pourtant tous les principes de progressivité dans l’effort avec les phases d’échauffement et de retour au calme. Pourriez-vous me proposer une solution?

Je m’entraîne à raison de 5 séances par semaine dans le but de couvrir mon premier marathon. J’aime surtout les longues sorties et je regrette que, dans votre programme, celles-ci se trouvent limitées à 1 heure et 45 minutes. Je trouve ça trop court. J’envisage donc une autre tactique qui consiste à augmenter de 10 minutes chaque semaine la durée de ma sortie la plus longue de façon à tenir progressivement la durée d’un marathon. Est-ce une bonne idée? Yves Notre réponse

Notre réponse

Ronny

La course sollicite les tendons d’Achille beaucoup plus durement que la marche ou le vélo. Lorsqu’on reprend après une longue absence, les tendons souffrent d’être malmenés. Il faut donc doser habilement ses séances de façon à ne jamais s’entraîner sur des tendons douloureux et prendre l’habitude de bien les étirer à divers moments de la journée. L’exercice classique consiste à se tenir avec l’avant du pied sur le rebord d’une marche et s’exercer à monter et à descendre le talon. On appelle cela le protocole de Stanish.

C’est très bien d’adapter les programmes selon ses envies. Mais soyez tout de même prudent. Les longues sorties laissent des traces dans l’organisme. Elles impliquent de prévoir des journées de récupération peu compatibles avec la poursuite d’un programme établi sur 5 séances par semaine. Je vous conseillerais donc de vous limiter à une sortie extra-longue par mois au cours de laquelle vous donnerez libre cours à votre soif de kilomètres, pendant deux ou trois heures si vous le voulez. A la suite de quoi, vous allégerez la séance du lendemain et vous vous octroyerez un repos complet le surlendemain pour reprendre ensuite le programme là où vous l’aviez laissé.

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ZOOM_PHOTO DANS CHAQUE NUMÉRO, VINCENT ROUSSEAU COMMENTE UNE PHOTO. POUR LA PREMIÈRE FOIS, IL A RETENU L’IMAGE D’UN DE SES ANCIENS RIVAUX, LE KÉNYAN JOHN NGUGI, QUE L’ON VOIT ICI LEVER LE BRAS LORS DE SA VICTOIRE DANS LE 5000 MÈTRES DES JEUX OLYMPIQUES DE SÉOUL EN 1988.

_DE VINCENT ROUSSEAU John Ngugi est âgé de 26 ans lorsqu’il s’impose aux Jeux de Séoul. Sa victoire constitue une grosse surprise. A l’époque, il était surtout connu comme crossman. Il ne possédait aucune référence sur la piste et personne ne le plaçait parmi les favoris. Je me souviens surtout de la façon très étonnante dont il a construit son succès. En fait, il a reproduit exactement la même tactique suicidaire qu’il avait adoptée aux championnats du monde de Rome l’année précédente et qui avait lamentablement échoué puisqu’il avait terminé seulement douzième. Cette tactique consiste à se traîner en queue de peloton pendant trois tours puis placer «une mine» dans le deuxième kilomètre et faire tout exploser. Rendez-vous compte! A Séoul, on l’a chronométré à 58 secondes sur le quatrième tour de piste. Ce sont des temps de passage qu’on voit généralement sur 800 ou sur 1500 mètres. A Rome, cela n’avait servi à rien. Finalement, nous étions revenus dans son sillage. Mais à Séoul, personne ne l’a plus rattrapé et il a terminé avec 30 mètres d’avance. Les médailles d’argent et de bronze revinrent aux Allemands Dieter Baumann (RFA) et Hansjorg Kunze (RDA) que l’on devine dans le flou loin derrière. Dans les dix derniers mètres, ils avaient coiffé le pauvre Portugais Domingos Castro qui, dans les derniers tours, avait été le seul à mener la contre attaque. A l’arrivée, on l’a vu pleurer dans les bras de son frère jumeau, Dioniso qui fut recordman du monde du 20km en 1990. John Ngugi était bâti très différemment des autres coureurs avec un buste tout petit par rapport à des jambes et des bras qui semblaient interminables. Au Kenya, il avait été livreur de lait avant d’entrer dans l’armée. Il avait aussi des cuisses beaucoup plus musclées que ses concurrents. Cela lui conférait une puissance phénoménale qui lui permettait de réussir sur tous les terrains. Ce jour-là, Ngugi a signé son meilleur chrono sur la distance: 13 minutes 11 secondes et 70 centièmes. Les journalistes venus pour l’interroger après sa victoire furent décontenancés par son récit. Il faut reconnaître qu’il n’était pas facile de le comprendre. Et puis surtout il répétait à l’envi à propos de son titre: «je le dois à Castro, je le dois à Castro» Etait-ce une façon de rendre hommage à celui qui avait été son principal rival pendant la course? Pas du tout! En fait, il avait été vexé quelque temps auparavant d’entendre Castro déclarer: «Ngugi ne me fait pas peur. Il ne sait courir que dans la brousse.» Il s’était répété cette phrase en boucle tout au long de l’épreuve et cela lui avait mis la rage au ventre.

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FICHE TECHNIQUE NOM : Vincent Rousseau NÉ LE : 29 juillet 1962 à Mons, Belgique PALMARÈS: Champion du monde de semi-marathon 1993. Record personnel : sur 5000 mètres: 13’10’’99 ; sur 10.000 mètres : 27’23’’18 ; sur marathon : 2 h 7’’ 20. Sportif belge de l’année en 1985 et 1993. Premier homme au monde à descendre deux fois sous les 2 h 8 min au marathon.

S’il a réellement fait cette déclaration «Ngugi ne sait courir que dans la brousse», Domingos Castro avait eu bien tort. Au contraire, le coureur kényan a gagné dans la chaleur, dans le froid, dans la poussière, dans la boue et même dans la neige. Il est le seul athlète de l’histoire à avoir remporté quatre titres consécutifs aux championnats du monde de cross entre 1986 et 1989. Il ajoutera encore un cinquième titre en 1992 avant d’être embourbé dans une triste affaire de dopage. En fait, il avait refusé de passer un test car il ne savait pas que l’on pouvait aussi être contrôlé hors compétition. La sanction initialement fixée à 4 ans fut plus tard divisée par deux pour tenir compte de cette circonstance atténuante. Les juges ont estimé aussi que la fédération kényane aurait dû mieux informer des athlètes tels que Ngugi qui n’avaient pratiquement pas été à l’école et ne comprenaient pas bien la problématique des contrôles inopinés. Cette mésaventure coïncide avec la fin de sa carrière et semble l’avoir beaucoup marqué. Aujourd’hui, il a créé sa propre fondation pour accompagner les jeunes athlètes sur la difficile voie du professionnalisme. La plupart des Africains détestent courir dans le froid. Pour John Ngugi, cela ne posait aucun problème. Il a gagné à Boston en 1992 alors qu’il neigeait à gros flocons! Dans le cross, le grand rival et néanmoins ami de Ngugi s’appelait Paul Kipkoech. En 1985, ils s’étaient engagés l’un et l’autre dans l’armée kényane où ils bénéficiaient des meilleures conditions d’entraînement. Kipkoech fut notamment Champion du monde du 10.000 mètres à Rome en 1987. Ce jour-là, il avait battu l’Italien Francesco Panetta dans un stade qui lui était forcément hostile. La course avait connu un dénouement surréaliste en raison d’une erreur sur le nombre de tours qui restaient à accomplir. De ce fait, beaucoup de coureurs se sont arrêtés à 400 mètres de l’arrivée. Kipkoech est mort, vraisemblablement du sida, en 1995. Ce fut aussi le sort de beaucoup d’autres coureurs talentueux de sa génération comme Richard Chelimo (médaille d’argent du 10.000 mètres à Barcelone), Benson Masya (champion du monde du semi-marathon 1992) et 1,7 million de Kényans au cours de ces 25 dernières années.

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DES CHERCHEURS_QUI CHERCHENT

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es espèces animales et végétales sont assez différentes les unes des autres. Prenons par exemple l’otarie et le grain de riz. Bien que tous deux possèdent environ 30% de gènes communs, on ne peut pas dire qu’ils se ressemblent beaucoup. Pareil pour les hommes et les éponges de mer. Nos génomes sont identiques à 40%. Là encore, on repère difficilement des traits de parentalité. Ah si! Tous les êtres vivants ont tout de même une chose en commun. Ils se rigidifient avec le temps! Voyez comment l’arbrisseau

plie sous le vent conformément à la fable de La Fontaine. En vieillissant, il perdra cette belle souplesse et son tronc se couvrira de bois. Et bien, on observe des processus similaires de durcissement au fil des années pour (presque) toutes les espèces de la création: poissons, oiseaux, insectes, mammifères… Sans oublier les humains! Au début de la vie, un bébé couché sur le dos peut très facilement agripper ses pieds jusqu’à se mordiller les orteils. Une performance impossible pour la majorité des personnes âgées qui peinent

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LES QUATRE CHEMINS

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n peut s’étirer de différentes manières. Voici les quatre écoles qui comptent chacune leurs partisans et leurs détracteurs. 1 D ETIREMENT STATIQUE C’est la méthode la plus connue et la plus utilisée qui consiste à maintenir une position d’étirement pendant 20 à 30 secondes (et plus pour certains étirements profonds). Evitez de l’utiliser avant un entraînement ou une compétition, elle a tendance à diminuer votre tonus musculaire. Or on recherche l’inverse en s’échauffant. 2 D ETIREMENT PASSIF Très proche de la méthode précédente, si ce n’est qu’un partenaire vous aide à maintenir une posture d’étirement. La communication entre les deux protagonistes est essentielle pour ne pas aller trop loin dans l’étirement et risquer de se blesser.

LA RAIDEUR N’EST PAS UNE FATALITÉ avec le temps à nouer leurs lacets ou à se couper les ongles des pieds sans l’aide d’un tiers. Est-ce inéluctable? Non! Grâce à des séances quotidiennes d’assouplissement, certains séniors démontrent que l’on peut parfaitement lutter contre l’ankylose. Il faut seulement faire preuve d’assiduité et de patience. Mais les résultats sont parfois spectaculaires! Donc, si le stretching se fixe pour objectif de conserver l’amplitude gestuelle en dépit des années qui passent, pas d’hésitation, ça marche! Cependant, la plupart des sportifs ne pensent pas à leurs vieux jours lorsqu’ils se penchent en avant pour toucher leurs pointes de pied. Dans leur esprit, ces exercices diminuent le risque de blessures. Ils considèrent aussi les étirements comme une méthode efficace de prévention des courbatures après une grosse séance d’entraînement. Et là, il y aurait à redire!

3 D ETIREMENT BALISTIQUE Cette méthode utilise le moment d’inertie d’un membre pour induire l’étirement d’un muscle de ce membre. On l’appelle également méthode dynamique, en opposition à la méthode statique, car l’étirement se fait dans le mouvement et non pas au cours d’une posture. C’est la méthode à privilégier avant un entraînement ou une compétition. 4 D FACILITATION PROPRIOCEPTIVE NEUROMUSCULAIRE (PNF) Peut-être la plus efficace en termes de gains mais certainement la plus complexe. Difficile à réaliser tout seul chez soi. Elle fait appel aux capacités de contraction et de relâchement d’un muscle pour ensuite l’étirer. Dans sa version simple (ContracterRelâcher-Etirer ou CRE), on aide le sujet à prendre une position bien précise. On lui demande ensuite de contracter le muscle ciblé de manière isométrique. Après une contraction, le muscle a une tendance naturelle à se relâcher et le praticien profite de ce moment propice pour l’étirer complètement. Il existe une variante à cette première version, il s’agit du CRAC pour ContracterRelâcher avec Contraction de l’Antagoniste. Par un réflexe au niveau de la moelle épinière appelé réflexe myotatique, la contraction de l’antagoniste provoquera le relâchement de l’agoniste. Concrètement, si vous voulez étirer les ischios, on vous demandera de les contracter brièvement. Pendant la phase de relâchement post-contraction, le thérapeute étirera les ischios et demandera de contracter le quadriceps en même temps de manière à provoquer un relâchement optimal des ischios.

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DES CHERCHEURS_QUI CHERCHENT Que dit Cochrane?

La course à pied peut sembler anodine comparée à des disciplines spectaculaires comme le rugby ou la boxe. Elle compte cependant parmi les plus grandes pourvoyeuses de blessures. Récemment, un sondage révélait qu’un coureur sur deux s’était blessé du fait de cette activité au cours des douze mois précédents (1). Oui, vous lisez bien, un sur deux! On comprend donc que les coureurs soient aussi soucieux de se protéger des blessures et, dans ce contexte, le stretching s’est institué peu à peu comme l’antidote idéal. Mais est-il efficace? Pour le savoir, c’est très simple. Il suffit de comparer la fréquence des lésions chez ceux qui s’étirent avec ceux qui ne s’étirent pas. Des centaines d’articles scientifiques sont déjà parus sur la question, avec des résultats très divergents, si bien qu’en 2011 la «Collaboration Cochrane» s’est proposée pour faire le point une bonne fois pour toutes (2). Pour ceux qui l’ignorent, Cochrane est une institu-

tion d’origine américaine qui regroupe des milliers de bénévoles dans le monde entier. Ceux-ci passent au crible toutes les études scientifiques répertoriées sur un sujet donné afin d’en sortir des preuves ou, en anglais, des «evidence-based medicine» (EBM). A l’issue de cette méta-analyse, on allait enfin connaître la vérité. Oui ou non, un programme régulier d’étirements permet-il de réduire l’occurrence des lésions? La réponse fut (roulement de tambour)… Non! Lorsqu’on compile tous les résultats, on s’aperçoit que le fait de s’étirer ne diminue pas le risque de blessure. Fermez la boutique!

Les statistiques ne font pas de stretching

A ce stade, un article sur le stretching ressemble un peu à ces polars dans lesquels l’auteur révèle le nom du meurtrier dès le premier chapitre. Le lecteur se demande ce qu’il va raconter pendant les 200 prochaines pages. Après une telle démonstra-

tion, il ne restait donc aux partisans du stretching qu’à rentrer dans les rangs. Eh bien non! Un certain nombre d’entre eux ont plutôt choisi d’entrer en résistance, un peu à la manière des adeptes des médecines douces, et en utilisant d’ailleurs le même type d’arguments. Pour eux le stretching est une chose trop délicate pour être confiée aux statisticiens. D’ailleurs qu’entend-on par stretching? Il existe plusieurs techniques pour étirer un muscle. La question de la charge compte aussi énormément. Combien fait-on de séances par semaine? A quelle intensité? Sur quels groupes musculaires? Dans quelles conditions? Travaille-t-on seul ou sous les conseils d’un spécialiste? Sans tenir compte de ces distinctions, il est possible qu’on ne trouve rien; ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a rien à trouver. Et les blessures? L’étude Cochrane s’intéressait spécifiquement aux lésions qui touchent ce que l’on appelle les «tissus mous» des membres inférieurs. L’expression risque de ne pas

Quand on aborde des questions comme le stretching, l’observation animale est souvent riche d’enseignements. En faisant confiance à leur instinct, canidés et félins savent souvent mieux que nous répondre aux exigences de leur organisme. S’étirent-ils? Oui. Mais toujours de façon brève et généralement à froid après une période de sommeil. 18 ZATOPEK_26

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plaire à ceux qui s’enorgueillissent d’une musculature en béton. Qu’ils se rassurent, les tissus mous désignent en médecine l’ensemble des muscles, tendons, ligaments, fascias et membranes diverses par opposition aux tissus durs (les os et le cartilage). Il reste que cette famille recouvre un très large panel de pathologies, certaines graves, d’autres bénignes ou carrément superficielles dont on ne songerait même pas à parler à son médecin et qui de ce fait ne seront jamais recensées dans les enquêtes de santé. Mais une blessure doit-elle forcément appartenir à une entité pathologique mesurable? Plus simplement, le fait de devoir modifier légèrement son plan d’entraînement à cause d’une sensation de gêne entre-t-il déjà dans la définition? Ce genre de remarques pourrait passer pour de l’ergotage sémantique. Pas du tout!

«Le diable se cache dans les détails», dit un proverbe suisse. En résumé, les partisans du stretching regrettent qu’on érige en vérité universelle un constat établi sur des généralisations. Une petite analogie permet de mieux comprendre leurs griefs. Imaginons un instant qu’on fasse une étude sur la relation possible entre le nombre de chiens dans un pays et la prévalence de l’insomnie dans la population dudit pays. Selon toute vraisemblance, on ne trouvera rien. Pourtant, il existe des

Chacun de nous est un cas unique!

individus allergiques aux poils de chien qui éternuent pendant toute la nuit et qui, de ce fait, n’arrivent pas à dormir. Dans les enquêtes épidémiologiques, l’absence de corrélation ne suffit donc pas à prouver l’inexistence d’une influence. De la même façon qu’une corrélation positive n’indique pas forcément un lien de cause à effet. Il faut avoir ces bémols à l’esprit lorsqu’on analyse les résultats d’une enquête épidémiologique sur un thème aussi difficile à circonscrire que le jogging. Ces précisions ne remettent pas en cause l’excellent travail de Collaboration Cochrane (le top du top en matière d’articles de synthèse scientifique). Simplement, il faut veiller à ne pas sur-interpréter les conclusions et tenir compte aussi des spécificités de chacun. Car nous ne sommes pas tous égaux vis-à-vis du stretching. Il y a dix ans, un article de synthèse

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DES CHERCHEURS_QUI CHERCHENT

Qui est là?

seconds en revanche, un programme spécifique d’étirements serait tout à fait souhaitable et les aiderait à se retrouver dans la catégorie des gens normalement souples, ce qui diminuerait leur risque de se blesser. Plus tard, une répétition des exercices à échéance régulière s’imposerait pour ne pas retomber dans la catégorie des «pas souples du tout». Or beaucoup de coureurs à pied sont dans ce cas. La répétition inlassable d’un même geste sur des faibles amplitudes participe souvent à une forme d’enraidissement musculaire auquel certaines personnes sont évidemment plus sensibles que d’autres. Encore une fois, cela dépend des gens! Quelqu’un de naturellement souple peut parfaitement vivre sur ses acquis sans se soucier de stretching. Et s’il se trouve trop raide un jour, il peut décider de façon tout aussi légitime d’y consacrer quelques

dizaines de minutes par semaine avec des résultats probants, à condition de le faire au moins deux fois par semaine et de travailler tous les principaux groupes musculaires susceptibles de rétraction après des années de course à pied. Il s’agit en l’occurrence des mollets, des quadriceps, des ischios, des abducteurs, des adducteurs et des fessiers. On n’oubliera pas les muscles dorsaux qui eux aussi sont très sollicités dans la vie courante comme en course à pied. Si vous n’avez pas le temps de le faire directement après votre séance, pas de problème, faites-le le soir après le boulot. Aucune donnée scientifique n’indique que s’étirer «à froid» soit moins efficace. Il faut juste faire preuve de plus de prudence et augmenter très progressivement l’amplitude des mouvements, sans jamais franchir le seuil de la douleur.

avait déjà révélé d’étonnantes disparités entre coureurs (3). Il avait montré que les blessures dans le sport touchent préférentiellement deux types de pratiquants: les «très souples» et les «pas souples du tout». Dans ce contexte, les premiers ont sans doute intérêt à lever un peu le pied sur les étirements car, selon la discipline pratiquée, ils pourraient élever le risque de lésions. Pour les

LE HIT-PARADE DES BLESSURES

P

armi les blessures les plus courantes du coureur, certaines sont contrariées par le stretching. Pour d’autres, il ne protège guère. Enfin, on le soupçonne d’élever les risques d’un troisième type de blessures. Voilà le tableau.

Blessures

du stretching Prévalence Efficacité en prévention (%) de ces blessures

1. Fasciite plantaire

17,5

+

2. Tendinopathie rotulienne

12,5

nul

3. Tendinopathie ischios

12,5

+

4. Syndrome bandelette iliotibiale

10,5

++

5. Périostite

9,5

nul

6. Entorse cheville

9,5

--

7. Tendinopathie achilléenne

9,5

+++

8. Blessure ischios

6,7

+

9. Syndrome fémoro-patellaire

5,5

nul

10. Fracture de stress tibia

4,5

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Ne tirez pas sur le sprinteur

Terminons par une note qui possède au moins le mérite de mettre tout le monde d’accord. On sait qu’au cours de l’heure qui suit une séance d’étirement, la force musculaire se trouve temporairement diminuée, tandis que la pression artérielle reste anormalement élevée. Donc si vous ressentez le besoin de vous étirer à l’échauffement, privilégiez les étirements balistiques (avec des grands mouvements des bras et des jambes) plutôt que des étirements passifs qui auront un impact néfaste sur la performance. Les expériences ont montré que cela pénalisait surtout les sprinteurs et les coureurs de demi-fond. Pour les longues distances, le débat redevient contradictoire. Certains spécialistes craignent qu’un gain de souplesse altère l’économie de course. D’autres redoutent exactement le contraire et disent que la rétraction des ischio-jambiers change la

façon de courir et nuit in fine à la performance. Là encore, il se pourrait que les deux analyses soient valides. Tout dépend en somme des caractéristiques de la personne. Dans cette affaire, on comprend qu’un bon stretching ne peut se concevoir qu’à l’échelle individuelle. Comme l’entraînement, du reste. On doit tenir compte du passé, du présent et du futur de l’athlète. Et se méfier des dogmes! Louise Deldicque (KU Leuven) et Marc Francaux (Université catholique de Louvain) (1) K. B. Fields, J. C. Sykes, K. M. Walker, J. C. Jackson. Prevention of running injuries. Current Sports Medicine Reports. 2011; 9(3): 176-182. (2) S. S. Yeung, E. W. Yeung, L. D. Gillespie. Interventions for preventing lower limb soft-tissue running injuries. Cochrane Database of Systematic Reviews. 2011; Issue 7: CD001256. (3) S. B. Thacker, J. Gilchrist, D. F. Stroup, C. D. Kimsey Jr. The Impact of Stretching on Sports Injury Risk: A Systematic Review of the Literature. Med Sci Sports Exerc. 2004; 36(3): 371-378.

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NOUS SOMMES NOMBREUX À RESTER ASSIS PENDANT HUIT, DIX ET MÊME PARFOIS PLUS DE DOUZE HEURES PAR JOUR! ATTENTION AU SYNDROME DE LUCY!

Méfiez-vous de lui ! L

’auteur romantique Alexandre Dumas (1802-1870) était quarteron, c’est-à-dire que, par sa grand-mère martiniquaise, un quart de sang noir (comme on disait à l’époque) coulait dans ses veines. Cela ne l’a pas empêché de mener une brillante carrière littéraire, ni à son métis de père d’atteindre le grade de Général dans l’armée napoléonienne. Il arrivait néanmoins que son ascendance soit raillée dans les dîners mondains. – «Cher Maître», lui dit un jour un convive dans le cadre d’une discussion qui portait sur les colonies. «Vous devez bien connaître les Nègres. Vous avez, si je ne me trompe, un peu de leur sang dans les veines».

voyez, Monsieur, que ma famille commence là où la vôtre finit.» Et Tac! Une saillie d’Alexandre Dumas pouvait faire plus mal qu’un coup d’épée. Cent cinquante ans plus tard, ce sens de la répartie se double même de vertus prémonitoires. Car si l’homme descend du singe, ainsi qu’on résume classiquement les travaux de Darwin, les générations actuelles donnent parfois l’impression d’effectuer le chemin en sens inverse! De fait, nous sommes de plus en plus nombreux à être confrontés à un problème que connaissaient bien nos ancêtres hominidés: celui de se tenir debout, tout simplement!

– «Mais très certainement» répondit Dumas. «Mon père était mulâtre, mon grand-père était un nègre et mon arrière grand-père était un singe. Vous 22 ZATOPEK_26

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Lève-toi et marche!

Imaginez-vous un instant quatre ou cinq millions d’années en arrière au sein d’une bande de singes arboricoles qui, comme vous, sont descendus de leur arbre pour s’aventurer dans la savane. Problème: les hautes herbes vous masquent la vue, ce qui fait de vous un piètre chasseur et une proie facile. La solution? Se lever sur ses pattes arrière et regarder par-dessus la végétation. Cela a l’air simple. Mais Dieu, que l’acquisition de la station verticale a été pénible! Pour la plupart, les animaux quadrupèdes sont incapables d’aligner la jambe dans le prolongement de la cuisse. Il reste toujours un angle au niveau du genou, bien connu des golfeurs qui parlent de «dog leg» (jambe de chien) pour les approches courbes. Les premiers bipèdes ne devaient donc pas avoir très fière allure avec leurs genoux toujours un peu fléchis qui les faisaient sans doute ressembler à des chiens de cirque. Cette position devait aussi être très coûteuse sur le plan énergétique. Il n’y a rien de plus fatigant en effet que de lutter contre les forces de pesanteur en position semi-fléchie. Au fil des millénaires, heureusement, les muscles postérieurs de la jambe se sont allongés sous la double contrainte du redressement et de la croissance de l’espèce pour aboutir aujourd’hui à cette prestance qui suscite l’envie des autres animaux. Fort bien! Seulement, il se trouve que la vie moderne menace à son tour ces options statiques prises en cours d’évolution. Aujourd’hui, nous restons assis l’essentiel du temps avec les jambes le plus souvent repliées sous le siège. On s’expose ainsi à une rétraction progressive des muscles ischios-jambiers qui présage sans doute un retour à des postures simiesques d’ici quelques millénaires. Cette évolution commence à se faire connaître sous le nom de «Syndrome de Lucy» en hommage à notre lointaine grand-mère hominidée dont le squelette (ci-contre) a été découvert en Ethiopie en 1974. Cette jeune Australopithèque périt probablement noyée après s’être perdue dans les marécages. Cela se passait il y a environ 3,5 millions d’années. Son surnom «Lucy» provient de ce que, lors de son exhumation, le tube des Beatles «Lucy in the Sky with Diamonds» passait en boucle à la radio. L’étude minutieuse de son squelette a permis de découvrir un paquet de choses à son sujet. On sait que Lucy mesurait 1,20 mètre et qu’elle se déplaçait sur ses deux pieds. Un manque de souplesse au niveau du bassin la contraignait sans doute à se balancer d’une jambe sur l’autre, de façon assez peu élégante. En cette période charnière du développement, cette bipédie suffisait pourtant à lui conférer

LUCY EST PROBABLEMENT LA FEMELLE HOMINIDÉE SUR LAQUELLE COURENT LE PLUS DE FANTASMES! un avantage sur les autres animaux. D’autant que la locomotion s’est perfectionnée au fil des millénaires. Aujourd’hui, nous sommes capables de nous déplacer sur de longues distances sans trop de fatigue et sans dépenser trop d’énergie. Du moins, jusqu’à aujourd’hui. Car l’oisiveté qui caractérise nos conditions de vie actuelles menace cette belle acquisition. Le «syndrome de Lucy» désigne en effet cette rétraction des muscles ischiojambiers consécutive aux trop longues positions assises. On pourrait trouver amusante cette idée d’une modernité qui force à prendre le chemin inverse d’une évolution orchestrée sur des millions d’années. Mais ce serait manquer de compassion pour tous ceux qui souffrent de pubalgies et de lombalgies à répétition. Ce phénomène est particulièrement sensible chez les coureurs à pied qui alternent les longues heures de travail en position quasiment immobile et des séances d’entraînement qui, par comparaison, exigent une débauche énergétique sans autre transition que les quelques minutes consacrées à l’échauffement (pour ceux qui en font). A la longue, cette alternance produit une rétraction des muscles à l’arrière de la cuisse et un manque de souplesse qui apparaît avec évidence lorsqu’on se penche vers l’avant jambes tendues. Après 40 ans, rares sont ceux qui peuvent encore toucher leurs pointes de pieds. Avec les années, ce syndrome de Lucy peut prendre des formes plus embêtantes: fonte des fesses, accentuation des voussures de la colonne vertébrale, chute des épaules vers l’avant et maux de nuque. Si l’on ne fait rien, l’évolution se poursuit par paliers, l’organisme ayant toujours tendance à aller dans le sens de ses défauts. Ceci dit, on peut aussi choisir de lutter contre ce processus d’affaissement. Cela implique d’étirer méthodiquement les principales masses musculaires et en particulier celles à l’arrière de la cuisse. Le stretching demeure bel et bien l’arme maîtresse pour contrarier Lucy. Gilles Goetghebuer 26_ZATOPEK 23

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BIOMÉCANIQUE_

Messieurs les coureurs, les premiers LE STRETCHING PERMET AUX COUREURS DE REGAGNER DE LA SOUPLESSE. C’EST INCONTESTABLE! PARFOIS MÊME IL AMÉLIORE LEURS PERFORMANCES ATHLÉTIQUES!

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ans l’article précédent, nous faisions connaissance avec le «Syndrome de Lucy» qui désigne le processus de rétraction des muscles ischios-jambiers, lié à un mode de vie trop sédentaire. Ce

syndrome affecte notre posture générale. On se ratatine! Il change aussi notre façon de courir. Pour comprendre ce qui se passe, il faut jeter un œil sur ces planches anatomiques et suivre le parcours de ceux qui composent le groupe musculaire appelé ischios-jambiers: biceps fémoral, semi-tendineux et semi-membraneux. On verra alors qu’ils possèdent des attaches sur le fémur et la hanche, mais aussi sur le tibia et le péroné et forment de ce fait un groupe musculaire bi-articulaire, c’est-à-dire qu’ils interviennent à la

fois dans les mouvements d’extension de la hanche et dans ceux de flexion du genou. En cas de rétraction, ils opposent forcément une

Biceps fémoral Semi-tendineux

Semi-membraneux

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LA LONGUEUR DE LA FOULÉE N’EST PAS DÉTERMINÉE PAR LA TAILLE. A GAUCHE: MO FARAH, 1,75 MÈTRE DE HAUT POUR 2,20 MÈTRES DE FOULÉE A DROITE: CHRIS SOLINSKY, 1,85 MÈTRE DE HAUT POUR 2 MÈTRES DE FOULÉE plus grande résistance à l’avancement de la jambe et, dans la course, l’angle que forment les cuisses sur un plan antéropostérieur aura alors tendance à se fermer progressivement. Les entraîneurs qui possèdent un œil exercé peuvent détecter ce défaut au passage des coureurs. Sinon on procède par le biais d’une analyse cinématographique de la foulée en repérant l’angle qui correspond à l’ouverture maximale des cuisses. Celui-ci varie entre 70 et 120 degrés. On comprend aisément que les angles les plus fermés

correspondent aux foulées les plus courtes. Cette donnée se révèle d’ailleurs beaucoup plus influente que la longueur des jambes proprement dite. Voilà qui contredit une idée largement répandue. La plupart des coureurs et même certains entraîneurs restent persuadés en effet que la longueur de la foulée est déterminée par la taille de l’athlète alors qu’en réalité, celle-ci revêt moins d’importance que son style de course. Prenons l’exemple de deux coureurs qui certes procèdent de façon identique, mais l’un dispo-

sant de jambes de 90 centimètres et l’autre de 70 centimètres seulement. La différence pour une foulée moyenne (+/- 1 mètre) sera d’environ 20 centimètres entre le grand et le petit. Imaginons à présent que l’on change l’angulation des cuisses. On décide alors que le coureur le plus grand, celui qui possède des jambes de 90 centimètres, court avec un angle de cuisses de 85 degrés maximum. On peut calculer la distance parcourue lors d’un pas théorique grâce aux équations du triangle isocèle.

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BIOMÉCANIQUE_

+ 120° + 10° + 35° Base = côté x cosinus de l’angle adjacent x 2 (*). En l’occurrence, celleci vaudra : 90 x cos 47,5 x 2 = 121 centimètres. Comparons avec le cas d’un coureur plus petit (70 centimètres de longueur de jambes) mais plus souple des hanches (ouverture des cuisses de 105°). Chez lui, chaque pas vaudra donc: 70 x cos 37,5 x 2 = 111 centimètres. La différence n’est plus que de dix centimètres. Ajoutons-y le fait qu’ils courent et donc qu’il faut tenir compte aussi de la phase d’envol. On comprend que les différences s’amenuisent à mesure que s’ouvre l’angle formé par les cuisses au moment de l’envol. Chaque degré supplémentaire augmente la longueur de foulée de 2%. Si bien que lorsqu’on relève les longueurs de foulées et la taille des coureurs, on ne trouve pas de corrélation franche. Il arrive même que des petits coureurs comme le Britannique Moh Farah (taille: 175 cm) fassent des pas plus longs (220 cm) que des coureurs beaucoup plus grands, comme l’Américain Chris Solinsky (taille: 185 cm) mais plus raides au niveau des hanches (foulée 200 cm).

La trigonométrie me fait suer!

Notez que cette longueur de foulée ne constitue pas un élément déterminant de la performance en course à pied. Certains athlètes qui courent en faisant des petits pas vont finalement plus vite que d’autres à la foulée plus aérienne mais d’une fréquence moindre. Cependant cette angulation relevée au niveau des cuisses se trouve souvent corrélée à une autre valeur beaucoup plus importante pour déterminer l’efficacité de la course, elle concerne le positionnement du tibia au moment de l’attaque du pied sur le sol. Certains coureurs ont effectivement tendance à vouloir poser le pied loin devant eux, peutêtre pour compenser le raccourcissement de la foulée lié à un trop faible écartement des cuisses. C’est encore plus difficile à percevoir à l’œil nu. Mais l’analyse cinématographique permet de relever des différences énormes selon les coureurs. Pour certains, le pied se trouve devant le genou au moment de la prise d’appui sur le sol. Pour d’autres, il est juste en dessous. D’autres enfin atterrissent la jambe déjà légèrement pliée. Pour objectiver ces différences de style, on relève l’angle que forme la jambe par rapport à une droite fictive qui serait perpendiculaire à la piste. Cet angle varie entre +10 et -15 degrés. Or il faut savoir que, lorsqu’on touche le sol avec le pied trop en avant par rapport au reste du corps, on ralentit sa course comme sur un vélo dont la roue voilée vient, à chaque tour, frot-

Une panne d’hypoténuse

ter contre le patin de frein. On ressent aussi le choc de l’atterrissage beaucoup plus violemment et l’onde remonte le long de la jambe, écrasant les ménisques à la jonction des plateaux tibiaux et des condyles fémoraux, puis grimpe le long du dos, traumatisant au passage les disques intervertébraux. L’usure musculaire aussi est plus importante. Pour ne pas s’effondrer au moment de la prise d’appui, on doit aussi solliciter violemment ses quadriceps ainsi que tous les groupes musculaires qui stabilisent le bassin alors que ceux-ci sont précisément en phase d’étirement. On se retrouve donc dans une situation de contraction excentrique, particulièrement traumatisante pour les fibres. Bref, cette façon de courir est tout à la fois inefficace et traumatisante. En revanche, elle présente l’avantage de garder une foulée relativement longue quand bien même on manque de souplesse de hanche.

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Les tibias ne mentent jamais

A ce stade, on a compris qu’une rétraction des muscles ischios-jambiers liée peut-être aux longues heures passées en position assise entraîne une résistance à l’avancée du genou et donc une course avec une faible amplitude de mouvement que l’on mesure objectivement au niveau du compas des cuisses. Pour conserver une longueur de foulée acceptable, on se trouve alors obligé de chercher le sol loin devant soi et, de ce fait, on se freine à chaque pas et on use davantage ses muscles et les articulations. Dernier point: cette façon de courir implique qu’on relève l’avant du pied en phase d’envol, ce qui peut s’objectiver là encore par une mesure géométrique. Il s’agit de relever l’angle formé entre l’horizontale et la droite qui représente la plante du pied. Selon les coureurs celui-ci peut varier de 0 à 45 degrés. Du point de vue énergétique, la première situation (0°) est évidemment préférable à la seconde (45°). On évite ainsi de devoir contracter chaque fois le muscle tibial antérieur qui, même s’il n’est pas excessivement

gourmand, finit par présenter une addition salée. Dans un marathon, chaque pied tape environ 15.000 fois sur le sol. Pour le muscle tibial antérieur, cela fera donc 15.000 contractions qui exigent de disposer d’oxygène et de substrats énergétiques qui pourraient servir à autre chose. Et il n’y a pas que cela. Là encore, ces contractions répétées se réalisent en phase d’étirement, ce qui induit l’apparition de microtraumatismes et le déclenchement fréquent de processus inflammatoires. Une expérience intéressante consisterait à s’asseoir sur une chaise et à taper les pieds sur le sol, une fois à droite et une fois à gauche, 30.000 fois au total. Après quoi, il est probable qu’on se retrouve incapable de marcher normalement. C’est pourtant le sort que l’on réserve à ses muscles tibiaux lorsqu’on court en relevant exagérément l’avant du pied. Il ne faut plus s’étonner dès lors que l’avant de la cuisse soit si souvent le siège de problèmes comme le célèbre «Syndrome des loges» qui résulte d’une compression des faisceaux dans une aponévrose devenue trop étroite. C’est typiquement le problème

de coureurs qui présentent une angulation importante du pied à l’atterrissage. Peut-on corriger ce défaut par la volonté seule? C’est très difficile! Car lorsqu’un coureur a pris le pli de relever l’avant du pied, il continue de façon réflexe, d’autant qu’au fil des micro-blessures, le muscle lui–même se transformera en perdant de sa souplesse initiale. En revanche, on peut parvenir à un résultat en travaillant l’ensemble de sa statique et en privilégiant les articulations des hanches et des cuisses de façon à lever toutes les petites résistances et redonner de la fluidité aux mouvements. Pour celui qui reste assis toute la journée, la tâche est immense. Mais c’est seulement à ce prix qu’on déjouera le syndrome de Lucy, qu’on se sauvera peutêtre des blessures de pléthore et accessoirement qu’on améliorera ses performances sur marathon. Gilles Goetghebuer (*) Pour connaître l’angle adjacent, il faut se rappeler que l’addition des trois angles d’un triangle vaut toujours 180 degrés et qu’un triangle isocèle possède forcément deux angles identiques de chaque côté de sa base. Dans le cas présent, cela donne: 180 – 85 = 95/2 soit 47,5°

CHAQUE CENTIMÈTRE COMPTE!

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es biomécaniciens qui analysent l’efficacité de la foulée sur base de l’angulation des segments du corps utilisent des caméras capables de produire 300 images à la seconde. Cela permet en outre de mesurer très précisément ce que les chercheurs anglo-saxons appellent le «bounce», c’est-à-dire «la hauteur du bond» en français. A chaque fois que l’on rebondit sur le sol, on élève son centre de masse d’une hauteur qui varie généralement entre 5 et 8 centimètres. Certains coureurs particulièrement doués parviennent à garder le rythme avec des oscillations encore plus faibles. C’était notamment le cas de Belayneh Dinsamo (ci-contre) qui a détenu le record du monde de marathon à la suite de sa victoire à Rotterdam en 1988 (2h06’50’’). Il oscillait sur une hauteur d’à peine 3 centimètres, ce qui lui conférait un

avantage énorme car évidemment l’énergie que l’on dépense à chaque saut augmente avec l’amplitude des oscillations. En limitant la hauteur des sauts, on réduit aussi l’impact au moment de la réception. Rappelons tout de même que ces forces croissent de façon exponentielle. Un coureur de 70 kilos doit résister à des forces de l’ordre de 400 voire 450 kilos chaque fois qu’il pose le pied sur le sol. Un millimètre gagné ou perdu vaut plusieurs dizaines de kilos. Là encore, on observe que les coureurs qui jouissent d’une grande amplitude gestuelle sautent légèrement moins que les autres. Encore un atout à porter à l’actif du stretching! 26_ZATOPEK 27

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Jessica Ennis, médaille d’or à Londres 2012. Les sanglots longs de l’heptathlon.

LES LARMES SONT PLUTÔT RARES DANS LA VIE DE TOUS LES JOURS. ON PLEURE AU CINÉMA, AUX ENTERREMENTS, MAIS PARFOIS AUSSI À LA FIN DES MARATHONS!

Pourquoi tant de L A

l’arrivée d’une course épuisante, il n’est pas rare de voir des participants littéralement submergés par leurs sentiments. Certains fondent en larmes, sans que l’on sache précisément s’il s’agit d’un excès de douleur ou de joie. Peut-être avez-vous déjà été témoin de ces épanchements inattendus? Peut-être même avez-vous personnellement vécu cette curieuse expérience? La combinaison de l’effort, de la fatigue et de la souffrance physique endurée parfois pendant de longues heures plonge le coureur dans un état émotionnel tout à fait inhabituel. On peut

se sentir alors totalement bouleversé par des situations qui, dans un autre contexte, n’auraient suscité aucun émoi. «Tu as vu cet oisillon sur la branche? Comme c’est émouvant!» Certains craquent en retrouvant leur famille sur la ligne d’arrivée. «Bravo Papa!». Et c’est parti pour les pleurs! Parfois même, la vue d’un simple paysage suffit. Il n’est pas rare que des coureurs se transforment en madeleine parce qu’un rayon de soleil perce les nuages. Peut-on donner une explication rationnelle à ce phénomène? La première qui vient à l’esprit repose sur l’idée de grand nettoyage.

Ces larmes nous dégageraient symboliquement de toutes les tensions accumulées pendant la course. L’analyse de leur composition apporte de l’eau au moulin de cette théorie. C’est le cas de le dire! Comme la sueur, les sécrétions des glandes lacrymales sont riches en minéraux (chlore, potassium, calcium) ce qui n’étonnera pas ceux qui ont déjà donné un «bisou magique» sur la joue d’un enfant en pleurs et remarqué en cette occasion que le goût de sel est assez prononcé. (NB: cela marche aussi avec les adultes). Moins connu: les larmes contiennent

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e LARMES aussi des sucres, des enzymes, des virus (notamment ceux des hépatites) et des protéines à des teneurs qui varient d’ailleurs selon le contexte émotionnel. Celles qui coulent après la course sont particulièrement riches en enképhalines. Ce sont des molécules formées d’un nombre limité d’acides

Le mystère des yeux qui coulent!

aminés (maximum 8) qui appartiennent à la grande famille des endorphines, c’est-à-dire toutes ces substances chimiquement proches de la morphine, que le cerveau produit naturellement pour atténuer la douleur. A la fin d’un marathon, elles imprègnent littéralement le cerveau. En définitive, celui-ci profiterait de la reprise en main de l’organisme par le système nerveux parasympathique (*) pour se débarrasser de toute cette drogue anesthésiante devenue inutile. A leur manière, ces larmes participeraient donc au rééquilibrage psychique. Notons au passage que ces

enképhalines n’ont qu’une très courte durée de vie et donc l’instabilité émotionnelle post-effort ne dure jamais plus que quelques minutes. A la suite de quoi, on retrouve son habituelle contenance et on ne comprend pas bien cet accès soudain de sensiblerie. Il arrive même qu’on se sente un peu gêné! (*) Le système nerveux parasympathique est responsable du retour au calme après un épisode d’activité plus intense sous la domination du système nerveux sympathique. Ces deux systèmes utilisent des neurotransmetteurs de types différents: acétylcholine dans le premier cas, adrénaline dans le second. 26_ZATOPEK 29

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Les béliers pleurnichards

Une seconde hypothèse, par forcément incompatible avec la première du reste, relie ces pleurs de fin d’épreuve aux profondes perturbations hormonales qu’induit l’effort de longue durée. Prenons le cas de la testostérone. D’ordinaire, le sport élève sa concentration dans le sang. Mais il arrive aussi qu’au-delà d’une certaine intensité, la relation s’inverse et que des sportifs épuisés affichent des valeurs de l’ordre de quelques nano-grammes par millilitre, inférieures même à celles que l’on trouve chez les femmes. Or des expériences ont montré qu’un tel déficit se traduit par l’apparition de toute une série de symptômes qui varient, certes, selon les individus, mais qui peuvent expliquer la survenue d’irrépressibles crises de larmes.

Certains psychiatres proposent même d’utiliser un nouveau terme pour décrire ce malaise: «le syndrome de l’homme irritable». Cette relation entre humeur dépressive et production testiculaire en berne a été étudiée à l’Université d’Edimbourg sur des moutons. Les chercheurs écossais se sont aperçus que l’agressivité des mâles que l’on associait généralement à un trop plein d’hormones résultait plus souvent de carences hormonales et que les béliers se montraient globalement à la fois plus belliqueux et geignards en hiver, lorsque la production glandulaire est basse, qu’au printemps lorsque leur testostérone se trouve au zénith. A la différence des larmes riches en enképhalines évoquées plus haut, ces larmes-ci expriment plutôt la fragilité, le sentiment d’abandon, le désarroi. Cela n’étonnera qu’à moitié ceux et celles, surtout ceux, qui ont vécu cette curieuse expérience. Dans les pleurs d’aprèscourse, on retrouve en effet ces deux types de sentiments. On peut être triste et joyeux à la fois. C’est même une des rares situations de vie où cette dualité apparaît. Une expérience biologique intéressante consisterait à rehausser artificiellement le taux d’hormones par une prise de stéroïdes anabolisants et mesurer l’impact de ce traitement sur l’émotivité. Il est probable que les pleurs s’atténueraient. Pour le même

résultat, on peut aussi se baser sur le spectacle offert par les sportifs victorieux dans les disciplines fortement gangrénées par le dopage. Force est de constater que les émotions sincères sont plutôt rares chez eux. Les vainqueurs font consciencieusement le petit rituel dominateur: bras au ciel, tour d’honneur et autres banalités d’usage. Mais on est souvent frappé par leur manque d’expression. En clair, ils ont l’air de s’en fiche complètement alors qu’on lit beaucoup plus facilement l’épanouissement sur le visage de ceux qui bouclent n’importe quelle épreuve populaire et passent la ligne avec un sourire radieux!

Après la course, l’animal est triste

LE SPORT LE PLUS CRÉTIN

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Le déni de nictation

es larmes ont pour mission de protéger la cornée des impuretés et infections, mais aussi de l’empêcher de se dessécher. Pour cela, on cligne des yeux de façon réflexe toutes les dix secondes environ. Essayez de vous en empêcher. Vous verrez à quel point c’est difficile! Mais c’est possible. Aux Etats-Unis, on organise même des concours où les participants s’affrontent deux par deux et doivent se fixer dans les yeux le plus longtemps possible sans exécuter le moindre battement de cil. Avec interdiction de parler, de rire, de gesticuler ou de tirer la barbichette. Les meilleurs tiennent plus de 20 minutes. Quant au record du monde, il serait toujours détenu par l’Ecossais Fister McAllister avec 62 jours, deux heures et 56 minutes sans cligner des yeux. Certains disent qu’il était aveugle. D’autres qu’il était dans le coma.

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LE SYNDROME DE VENUS WILLIAMS

L’heptathlonienne ukrainienne Lyudmyla Blonska, suspendue à vie après ses deux contrôles antidopage positifs. Pleure pas la bouche pleine!

Dites-le avec des pleurs

La troisième explication est de nature plus psychologique. Et même anthropologique. Au fil de notre histoire, les larmes sont devenues un moyen pratique d’expression. Elles participent à la communication entre les individus au même titre que le langage, les gestes, les soupirs ou les grognements. Leur nature parfois irrépressible fait également songer à d’autres manifestations corporelles sur lesquelles s’exercent très différemment les influences culturelles. Face aux pleurs, nous réagissons comme pour les rots ou les pets. Certaines sociétés les jugent très sévèrement. D’autres les encouragent ou s’en amusent! En Inde, par exemple, le fait de roter est une façon polie de signifier la satiété. Avant la Première Guerre mondiale, les spectacles du Pétomane Joseph Pujol étaient très courus parmi la bourgeoisie parisienne. Il faut dire que l’artiste était capable de jouer Au Clair de la Lune par le seul

contrôle de l’émanation de ses gaz intestinaux. On ne trouvait pas cela dégoûtant à l’époque. Juste amusant! Bref, la culture se niche partout et les pleurs aussi seront jugés très différemment selon les sociétés et les époques. Quelques exemples? Il semble que, dans l’Antiquité, les hommes chialaient abondamment. Homère décrit des scènes de larmes dans l’Iliade sans que celles-ci n’aient nui à la masculinité de héros comme Ulysse ou Achille. Puis vint Platon qui avait un avis plus tranché sur la question. Pour lui, les gros bouillons étaient l’apanage des femmes et des femmelettes. Ces deux interprétations, platonique ou homérique, continuent aujourd’hui de se disputer les faveurs du public. A notre époque, on reste dans cet état d’esprit. Les hommes pleurent peu en public. Et lorsqu’il arrive tout de même que des

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ertaines personnes sont totalement incapables de produire des larmes et sont obligées dès lors de s’humecter les yeux avec des larmes artificielles pour éviter les blessures de la cornée. Cette maladie est connue sous l’expression “syndrome de Sjögren”, du nom du psychiatre suédois Torsten Sjögren (1896-1974) qui l’a décrite au début du XXe siècle. Parfois, on parle aussi de “syndrome sec” (ou Xeros en grec). Il s’agit d’une affection auto-immune assez peu connue quoique relativement répandue puisque, d’après les associations de malades, elle concernerait à des degrés divers jusqu’à 3% de la population. Pour une raison qui demeure inconnue, la production des lymphocytes B s’emballe et empêche le fonctionnement normal des glandes exocrines. Cela ne concerne pas seulement les larmes. Le patient produit anormalement peu de salive, de sueur, de lubrifiant articulaire et autres sécrétions intimes. La tenniswoman américaine Venus Williams a annoncé récemment qu’elle était victime de ce syndrome.

Achille et le pétomane

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LA THÉORIE DU SINGE AQUATIQUE «Le rire est le propre de l’homme», disait Rabelais. Mais il se trompait. Les chimpanzés par exemple sont tout à fait capables de se fendre la poire. Et s’il fallait trouver une spécificité à l’espèce humaine, les larmes constituent une réponse beaucoup plus convaincante. De fait, aucun animal terrestre ne pleure de chagrin comme nous le faisons. Ce comportement n’a été observé que chez les phoques et les loutres marines, notamment les mamans lorsqu’elles sont confrontées à la situation tragique de la mort de toute une portée. Comment se fait-il que l’homme partage cette particularité avec deux mammifères marins? Une théorie un peu loufoque mais néanmoins séduisante suggère que l’homme serait retourné vivre dans l’élément liquide à une période indéterminée de son évolution. C’est là que nous aurions perdu nos poils et notre odorat. En revanche, on aurait gagné une bonne couche de graisse souscutanée et des glandes lacrymales très productives. A l’origine, celles-ci servaient seulement à rincer les yeux après un bain d’eau salée. Petit à petit, on leur aurait trouvé d’autres avantages. Cette explication connue dans le monde anglo-saxon sous le nom marrant d’«Aquatic Ape Theory» (la théorie du singe aquatique) divise évidemment les paléontologues. Il faut dire qu’elle est purement conceptuelle et qu’à ce jour, elle n’est pas soutenue par le moindre petit bout d’os. Mais elle est marrante, non?

larmes rendent le regard un peu plus brillant que d’habitude, devant un film triste par exemple, ils s’arrangent pour ne rien en laisser paraître. Pour les femmes, le problème se pose en des termes un peu différents. Chez elles, une crise de larmes ne sera pas forcément interprétée comme une faiblesse de caractère. Utilisés à bon escient (c’est-à-dire pas trop souvent), les pleurs peuvent même passer pour une expression de sensibilité ou un gage de sincérité. «Les femmes ont dressé leurs yeux à pleurer», disait déjà Ovide au premier siècle de notre ère. Aujourd’hui encore, elles pleurent quatre à huit fois plus que les hommes en moyenne, si bien que les endocrinologues évoquent une influence de type biologique liée à la présence d’hormones comme la prolactine ou la surproduction d’agents nettoyants comme le lysozyme ou la lactotransferrine, également présents dans le lait maternel. Au début de l’année 2011, une étude israélienne avait même montré que certaines substances inodores présentes dans les larmes des femmes avaient un effet inhibiteur sur la libido des hommes. Bref les larmes remplissent bien d’autres missions que celles qu’on leur attribue classiquement et les influences culturelles continuent de s’exercer quand bien même on se trouve, dans ces moment-là, persua-

dé du contraire. Tout le monde se souvient de l’image de Paula Radcliffe en pleurs lors de son abandon sur marathon aux Jeux olympiques d’Athènes en 2004. Grandissime favorite de l’épreuve, la détentrice du record du monde courait en effet après un premier titre olympique. Mais la chaleur accablante qui régnait sur la course eut raison de ses espoirs. Victime de surchauffe, elle prit la tangente au 36ème kilomètre. Etait-ce des larmes de douleur qui coulaient sur ses joues? Pas du tout! Quelques heures plus tard, l’intéressée expliquait aux journalistes que le sentiment qui prédominait chez elle était celui de la rage et de la frustration de ne pas finir sa course. En clair, la douleur de l’abandon supplantait toutes les autres. Bizarre? Oui et non. Les personnes qui pratiquent des sports d’endurance connaissent bien le sentiment de désarroi qui étreint lorsqu’on est forcé de renoncer. Dans ces moments-là, on perçoit très clairement que la compétition dans laquelle on a choisi de s’engager ne relève pas simplement d’une lutte contre les autres. Il s’agit d’abord et avant tout de livrer un combat contre soi et le seul fait de passer la ligne d’arrivée suffit alors à atténuer le sentiment de tristesse en cas de défaite. L’abandon, en revanche, est perçu comme une trahison, une indignité. Dans ce contexte

PAULA RADCLIFFE, LES TROP CHAUDES LARMES D’ATHÈNES

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La télé fait pleurer

précis, les larmes sont une façon d’adresser à tous un message. «Je n’ai pas failli!» disent-elles. «Je me suis battu jusqu’au bout». La présence d’une caméra exacerbe évidemment ce genre de démonstration. D’ailleurs, c’est dingue le nombre d’athlètes qui se liquéfient littéralement devant les

caméras. Parfois même on soupçonne une stratégie marketing. Lorsqu’on participe à un événement comme les Jeux olympiques et que l’on se trouve noyé dans la masse des 10.000 participants, il faut du talent pour se faire remarquer. Gagner une médaille ne suffit pas. On en distribue 900 au total! Alors on pleure pour exister médiatiquement. Voyez comment les photographes et les télévisions accourent à chaque fois qu’un athlète renifle un peu bruyamment. Les visages se décomposent, les flashes crépitent. Et voilà! En quelques spasmes, le monde entier est au courant de votre infortune. Le côté pervers de tout cela, c’est qu’au bout du compte, on en arrive à penser que seuls les pleurs sont la marque d’une vraie émotion, tandis que ceux qui ne pleurent pas en deviennent presque suspects. Ils sont dopés ou quoi? Gilles Goetghebuer

TU M’AS TRAITÉ DE QUOI, LÀ?

L

e sport exacerbe les émotions. Une petite contrariété peut se transformer en une profonde tristesse. Un bon résultat déclenche parfois des scènes de liesse. Les colères aussi éclatent de façon totalement irrationnelle. L’effort physique libère quantités d’hormones qui, de façon générale, activent le métabolisme La bagarre de Baala et amplifient du même coup les et Mekhissi à Monaco variations de l’humeur. Cela fut particulièrement bien démontré par les chercheurs Zillmann et Bryant lors d’une étude réalisée à l’Université d’Indiana (USA) en 1974. Lors d’une expérience, ils firent pédaler des volontaires sur un ergocycle à fond pendant une minute. A la descente de l’engin, ceux-ci étaient invités à participer à un petit jeu au cours duquel, de façon impromptue, ils se faisaient insulter. On observait alors l’agressivité de ces sujets en la comparant à celle d’un groupe test qui n’avait pas livré d’effort avant l’épisode des injures. Evidemment, la réaction se trouvait décuplée par l’effort. Les sujets en venaient facilement aux mains dans le cadre d’une altercation qui se serait soldée sinon par un haussement d’épaules. 26_ZATOPEK 33

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TÉMOIGNAGES_

L’ARRIVÉE DES ÉPREUVES DE LONGUE HALEINE PRÊTE SOUVENT À DE BIEN CURIEUX SPECTACLES. LES CONCURRENTS PASSENT LA LIGNE PUIS SOMBRENT EN SANGLOTS! Par Olivier Beaufays

Les émotifs anonymes COURIR POUR NE PAS PLEURER VALÉRIE

SOUVENIR DE MA VIE DE MADELEINE JACQUES

«Je pleure facilement dans la vie. Surtout «Quand au trentième kilomètre de depuis que je suis maman. Une véritable mon deuxième marathon, j’ai coméponge! En revanche, je n’ai jamais versé pris que j’allais descendre sous les une larme à l’issue d’un effort éprouvant. quatre heures, j’ai craqué. D’un Pas même après un Ironman! Je ressens coup j’ai repensé à tous les sacriune énorme satisfaction à l’arrivée des fices consentis aux cours des mois épreuves. Un immense bonheur, oui. Mais précédents, aux chamboulements sans larmes de joie. Peut-être que je foncimposés dans ma vie professiontionne à l’envers. J’ai l’impression que la nelle et surtout familiale… Cela m’a course m’aide plutôt à me maîtriser. A mis dans un état d’extrême émotivité prendre du recul sur des événements qui, au point que des larmes se sont sans cela, me tournebouleraient totalemises à couler. Je ne m’y attendais ment. Tenez, pas plus tard que la semaine pas du tout. Depuis lors, j’ai couvert dernière, j’étais sur le point des distances plus longues. de craquer au boulot. Alors, J’ai participé à des épreuves j’ai enfilé mes baskets. Je plus éprouvantes. Mais je suis partie une heure. Et j’en n’ai plus jamais ressenti la «Courir en nature est un révélateur des émotions qui suis revenue gonflée à bloc, même émotion.» nous transportent dans notre quotidien.» les poings serrés. Et les KRISTIN MOEHL, lauréate de l’UTMB en 2009 Suite du dossier yeux bien secs!»

ELLE L’A DIT!

après La Locomotive

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Passe par chez vous... I Cahier régional

Édito Il y a les courses à côté de chez soi auxquelles on aime participer pour s’entraîner et parce qu’il est agréable de concourir dans une ambiance locale. Il y a les courses plus loin en France et au-delà dont la notoriété draine les foules ; on en fait nos objectifs de l’année. Et puis il y a les nouvelles courses, celles qui traduisent l’engouement pour la course à pied et qui ne manquent pas de piquer notre curiosité. Zatopek vous propose sa sélection de printemps, un mix de toutes ces courses, classées par région mais qui finalement gagnent toutes à être “courues”. Dans la partie technique de la Locomotive, vous trouverez les ficelles pour passer d’un format à l’autre. Bonnes courses ! Sophie SARTET

La Loco des Courses page 02 : Île-de-France page 04 : Nord-Ouest page 08 : Nord-Est page 14 : Sud-Est page 18 : Sud-Ouest page 20 : Un peu plus loin

La Loco Technique page 22

Je cours pour ma forme Le rôle de l'animateur page 24

C'EST DU VÉCU

Progresser rime avec diversité page 28

actus science

Alimentation, fatigue et performances page 32

Une image... un mot

Écrivez-nous ! >> contact@zatopekmagazine.com

Zatopek n° 26 I mai / juin / juillet 2013 I


Région Île-de-France La Locomotive I mai / juin / juillet 2013 I

1er mai

25 mai

100% différent

Kit de survie

Marathon et 10 km de Sénart (77)

à v o s ag e n d a s !

La Robinsonnaise Plessis-Robinson (92)

Près de 4000 coureurs sont attendus cette année au départ des trois épreuves : le marathon, le 10 km et une marche nordique de 13 km. Bénévoles vitaminés, parcours plats et roulants, animations musicales, ravitaillement Eco-l'eau et encouragements garantis dans les 10 communes traversées. T-shirt technique, bouteille de jus de pomme, brin de muguet pour tous. Et médaille en verre unique au monde pour les marathoniens : un concentré de confort pour tous les coureurs. Hébergement, pasta party et dossard marathon en « forfait confort » à partir de 60 € par personne. D’où la formule spécifique à Sénart : 40% de plaisir, 20% de confort, 20% de bénévoles, 10% de sourire et 10% d’efforts ! Offre spéciale Clubs : dossards marathon au tarif exclusif de 26 €, à partir de 5 coureurs. n

C’est décidé : le 25 mai prochain, vous allez jouer à Robinson. Rassurezvous, nul besoin d’embarquer sur un navire pour venir fouler le bitume de ce bel îlot fleuri baptisé Le PlessisRobinson. Pas besoin de provisions non plus : les ravitaillements seront amplement suffisants. Ni de vêtements (enfin si, enfilez quand même un short et un maillot, ce n’est pas une course nudiste !) : un tee-shirt est offert à tous les arrivants. Oubliez aussi votre baladeur MP3 : des animations musicales assurent l’ambiance. Et ne croyez pas que vous allez échouer sur une île déserte : ici, on court en peloton serré ! Le « challenge du nombre » récompense d’ailleurs l’équipe ayant le plus de finishers au cumul des 5 et 10 km, deux distances auréolées du label régional FFA. Une course familiale est même organisée sur 1500 m avec une règle simple : parents et enfants doivent franchir la ligne d’arrivée ensemble. Oui, vous vous sentirez un peu Robinson mais juste à cause du nom ! n

Infos et inscription : www.marathon-senart.com

Infos et inscription : www.topchrono.biz/evenement_1946-La-Robinsonnaise

Texte : Organisation

Texte : Marie Paturel

8 juin

15 juin

S’il pleut à la Saint-Médard…

L’ultra version Gérard Bertin

10 bornes de la Saint-Médard Brunoy (91)

24 heures de la Voie Romaine Lillebonne (76)

… peu importe, on aura un dossard ! Pas question de manquer ce rendez-vous populaire parrainé par un ponte de la course à pied : Dominique Chauvelier. A Brunoy, qu’il pleuve ou qu’il vente, plus de 1000 participants prennent le départ d’un tracé mi-urbain mi-forestier et se donnent à fond sous les acclamations des 2500 spectateurs. Alors les dossards vont pleuvoir le 8 juin prochain… et les performances aussi ! L’épreuve phare de la journée, les 10 km labellisés par la FFA et qualificatifs pour les championnats de France, se dérouleront à une heure insolite puisque le départ sera donné à 20 heures. Dans une ambiance festive, l’organisation propose diverses animations. Musique, espaces détente, relaxation et remise en forme… tout est prévu pour que cette Saint-Médard soit une véritable fête familiale et sportive et obéisse à une démarche écoresponsable. Et parce que ces 10 bornes se veulent équitables, les récompenses sont strictement identiques pour les hommes et les femmes. n

On connaît tous les pérégrinations de Gérard Bertin, coureur de l’extrême qui aime relever les défis les plus fous, comme en 2012 où il s’est aligné au départ de la TransEurope (course de 1150 km en 64 jours consécutifs). C’est donc en expert de l’ultrafond que le Lillebonnais organise pour la 3e année les 24 heures de la Voie Romaine dans son fief francilien. Epreuve unique dans la région, ces 24 heures se déroulent sur un parcours plat de 1,3 km dans le parc des Aulnes. Objectif ? Parcourir la plus longue distance possible en 24 heures. Difficultés ? Gérer l’effort sur la durée tout en prenant le temps de s’alimenter, de se changer et de se reposer. Au village, tentes, vestiaires, douches, restauration, kinésithérapeutes, médecin et ambulance assurent la sécurité et le confort des coureurs et des marcheurs. On vous l’a dit : un ultra, ça se gère, que l’on soit concurrent ou organisateur ! Pour ce type d’épreuve, il n’y a pas meilleur chef d’orchestre qu’un ultra-fondeur chevronné ! n

Info et inscription : www.sport-up.fr/saintmedard/2013/

Infos : http://forest18.skyrock.com

Texte : Marie Paturel - Crédits photos : Organisation

Texte : Marie Paturel - Crédits photos : Organisation

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16 juin

16 juin

20e marathon relais Paris Val de Marne - Créteil (94)

Foulées des laveuses Coudray-Montceaux (91)

Le marathon en mode solidaire

Envie d’être lessivé ?

Habituellement, le marathon est une course plutôt solitaire. On n’est jamais aussi seul que sur 42,195 km, surtout autour du 30e kilomètre, lorsque la route donne l’impression de monter, monter… A Créteil, on décline la distance mythique en mode solidaire. L’an dernier, le record de participation avait été battu à plates coutures avec près de 400 équipes au départ et 1600 coureurs classés. Créé en 1993, l’événement obéit à une devise toute simple : « courir pour le plaisir d’être ensemble ». Le principe ? 4 relayeurs. Le premier couvre 12,30 km, tandis que les trois suivants se relaient tous les 8,50 km. Le 4e relayeur récupère ensuite ses 3 coéquipiers pour un dernier tour en commun de 4,40 km. La tradition exige que les coureurs franchissent la ligne d’arrivée main dans la main. Pour la beauté de la photo. Pour celle de l’esprit sportif aussi ! n

Alors venez aux Foulées des Laveuses le 16 juin prochain ! Vous y trouverez : - des tablettes pour y inscrire votre performance, - des formules de plus ou moins longue distance (1 et 1,5 km pour les petits, 7,5 et 15 km pour les adultes), - du liquide (et du solide) sur les ravitaillements, - une belle occasion de vous rincer après avoir transpiré sur le parcours champêtre en bord de Seine, - une étape du Trophée Seine Essore, heu non, Essonne, - une capacité de remplissage limitée avec seulement 800 dossards pour le 15 km et 400 pour le 7,5 km. Cette année, les concurrents sont invités à se déguiser. Le thème ? Tahiti ! Rires et fous rires garantis. n

Infos et inscription : http://laveuses.free.fr

Infos et inscription : www.marathonrelais75-94.com

Texte : Marie Paturel

Texte : Marie Paturel - Crédits photos : Organisation / Régine Gervais

30 juin

Go Sport Running Tour du Château de Versailles Versailles (78) Le running style Louis XIV

Courir dans les allées impeccables du château du Roi Soleil, il fallait oser. A l’époque de Louis XIV, une telle audace aurait sûrement valu un châtiment exemplaire ! Mais les temps ont changé et le Go Sport Running Tour du Château de Versailles n’offusque personne. Surtout qu’une partie des frais d’inscription est reversée au château afin de contribuer à sa rénovation. L’an dernier, la 1ère édition avait réuni 9000 personnes sur la Course Royale (15 km), la Course des Princesses (8 km), la Marche Royale (6 km), la Course du Trianon (3 km), la Course du Château (2 km) et la Course des Chevaliers, épreuve destinée aux plus petits qui, déguisés, doivent relever un sacré défi : battre Marie-José Pérec, marraine de l’événement ! Des animations musicales, des spectacles, un cadre enchanteur, des distances pour tous… La révolution n’aura pas lieu cette année ! n

Infos et inscription : www.gosportrunningchateaudeversailles.com

7 juillet

Trail du Mascaret Caudebec-en-Caux (76) 3, 2, 1… Mascaret !

3, c’est le nombre d’épreuves proposées à Caudebec-en-Caux : un trail de 31 km et 960 m de dénivelé positif, une course nature de 15 km et 430 m D+ et une randonnée pédestre de 15 km. 2, c’est le nombre d’avantages que l’on a à courir ici. Le Trail du Mascaret est unique puisqu’il est le seul de la région à cumuler près de 1000 m de dénivelé positif sur seulement 31 km. C’est aussi une épreuve technique et exigeante. Autant dire que c’est une préparation idéale en vue des grandes échéances du calendrier national ! 1, car c’est 1 des 8 compétitions du Trail Tour 76. D’après ses fans, c’est aussi la plus belle avec la traversée des ruines d’un ancien château-fort, des sentiers forestiers et un passage de rivière à gué. n

Infos et inscription : www.cacauchois.com (rubrique Nos organisations) Texte : Marie Paturel

Texte : Marie Paturel page

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Région Nord-Ouest La Locomotive I mai / juin / juillet 2013 I

5 mai

9 mai

Il fait bon courir

Ça va être le chaos !

12 km du Petit Fougeray (35)

à v o s ag e n d a s !

Trail des Chaos - Le Faouet (56) Pour tous les passionnés de Trail et courses nature, le méga pont de l’Ascension est une excellente occasion de venir découvrir les sentiers escarpés de la vallée de l’Ellé, rivière naturelle et sauvage qui s’écoule au milieu des Chaos. Deux distances sont proposées : l’Ascension de SteBarbe, une boucle de 15 km sur sentier avec la montée au Plateau de Ste-Barbe par le « Chemin des Biquettes », terrain de jeu et d’entrainement de nombreux trailers de la région, et Le Trail des Chaos, une belle balade de 27 km qui vous conduit au cœur de la vallée de l’Ellé. Les parcours sont communs avec une extension de 12 km pour la plus longue distance. Reconnu comme l’un des plus beaux de Bretagne, ce trail fait partie du Challenge Armor-Argoat 2013. n

Info et inscription : www.YaNoo.net Le Petit Fougeray, joli bourg de près de 900 habitants, se trouve à 25 km au sud de Rennes, entre Crevin et Janzé. C'est une commune où il fait bon vivre et courir ! Il existe en effet de nombreux chemins tout autour de la commune, qui permettent de rejoindre les différents villages. Les coureurs de l'Association « Les Espoirs du Petit Fougeray » les connaissent bien et les apprécient beaucoup ! Ils les parcourent toute l'année lors de leurs entrainements hebdomadaires du mercredi et du dimanche matin. Il y a 3 ans, l'association a eu envie de faire connaître ces chemins agréablement vallonnés à d'autres coureurs. De cette envie est née la course nature du Petit Fougeray. Un parcours sympa de 12 km, à travers la campagne, avec plus de 80% de chemins, des faux plats et quelques côtes... histoire de se faire les jambes ! Pour la 4e édition de cette Course Nature, l’organisation a prévu un lot pour chaque participant et autre nouveauté, une garderie pour les enfants le temps de la course. n

Texte : Christophe Faligon

18-19 mai

Trail de Guerlédan (22) L’aventure avant tout

Les 18 et 19 mai prochains, on célèbrera le quinzième anniversaire du trail de Guerlédan à Mur de Bretagne dans les Côtes d'Armor. Avec 6 formules sur 2 jours, chaque trailer trouvera parcours à sa hauteur : 58 km et 1600 m D+, 35 km et 600 m D+, 13 km et 58+13 km pour les plus ambitieux ou 17+18 km pour les duos, sans oublier les "kinders". Cette année, le départ et l’arrivée auront lieu au pied de l'Abbaye de Bon Repos, tandis que le lac de Guerlédan réservera quelques pièges douloureux pour les coureurs. De nombreux trailers se donneront rendez-vous au départ de ce célèbre Trail en grand ouest, étape du Challenge Salomon. n

Infos et inscription : www.courirenbretagne.fr

Info et inscription : www.traildeguerledan.com

Texte : : Christophe Faligon

Texte : Christophe Faligon

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11 mai

25 mai

Le samedi 11 mai prochain, on déroulera le tapis rouge en CentreOuest Bretagne, pour la 9e édition des courses Huelgoat-Carhaix. Le 10 km Poullaouen-Carhaix et le semi-marathon Huelgoat-Carhaix, deux courses en ligne de ville-à-ville, seront au menu des 950 athlètes attendus. Inutile de vous dire que vous serez nombreux à améliorer votre record personnel sur ces parcours performants. Nombreux également à préférer au chrono les magnifiques paysages proposés : lac et forêt domaniale d'Huelgoat, vallées de l'Aulne et de l'Hyères, voie verte, etc... A chacun ses objectifs, à chacun sa façon de courir mais un mot d'ordre commun : convivialité. Les bénévoles sont fin prêts et déjà tout sourire. Ils n'attendent plus que vous ! Attention, les inscriptions seront clôturées dès que la limite des 950 participants sera atteinte. Le petit plus : relevez le défi de SOBHI Sport Brest en pronostiquant votre chrono et gagnez une invitation pour l'édition 2014. n

Les Garciaux dans les filets

Entre Bretagne et Pays de Loire se niche dans les marais une commune du nom de Saint-Perreux, célèbre jadis pour ses anguilles nommées "Garciaux". Les organisateurs de la 4e édition de ce trail des Garciaux ont concocté un parcours sélectif et technique de 28 km et 480 m D+ sur les sites de la Beaulouise et l'île aux pies, avec traversée de cours d'eau et ascension de quelques barreaux d'échelle de meunier. Les novices et les experts en distances courtes préféreront "La Teuzelle", course nature de 7 km le long de l'Oust et de l'Arz, pimentée d’un interlude technique au pont des Fraux. Mais c’est sur la course nature de 14 km que le gros du peloton s'élancera, profitant du magnifique panorama du parcours surplombant la vallée de l'Oust en contrebas. En fin de journée, les athlètes se délecteront du cochon grillé dans le respect de la tradition par les cuisiniers de la commune, suivi d'une soirée dansante disco pour une meilleure récupération après l’effort. Sportez-vous à toute allure, les Garciaux frétillent à l’idée de vous accueillir dans la bonne humeur. Ken Emberr Ganit, Ganeoc'h ! n

Infos et inscription : www.huelgoat-carhaix.com

Infos et inscription : www.traildesgarciaux.com

Texte : Organisation

Texte : Organisation

Courses Huelgoat-Carhaix (29) Trail des Garciaux Vive le ville-à-ville Saint-Perreux (56)

29-30 juin

7 juillet

Un anniversaire raid

Qui sera la locomotive ?

Trail du Raid Normand Duclair (76)

Foulées de la Voie Verte Alençon (61)

Sous label FFA depuis 2 ans, le Trail du Raid Normand se déroulera une fois de plus en nocturne dans les forêts de la Vallée De Seine, soit en individuel soit par équipe de 2 en relais. Deux distances au choix : une grande boucle de 50 km avec 1100 m D+ et un 30 km avec 750 m D+ ouvert au relais. Le parcours est tracé à 90% entre chemins et sentiers avec une arrivée “les pieds dans l'eau”. Cette édition sera l'épreuve phare d'un week-end multisports nature dans le cadre du 20e ANNIVERSAIRE de Sport Aventure Passion avec le 18e Raid Normand, le 15e Raid Normand juniors et une épreuve de 15 km de marche nordique nocturne. A Duclair, ville en bord de Seine, dédiée aux sports nature et située à 30 min de Rouen, chacun devrait donc trouver son bonheur. n

Les Foulées de la Voie Verte seront de retour le dimanche 7 juillet 2013. Entre Pays d’Alençon et Pays Mêlois, les coureurs pourront en découdre sur le 10 kilomètres ou le semi-marathon. Nouveauté 2013 : une course "Jeunes" est prévue pour les 10-15 ans sur une distance de 2 km. Jouez les locomotives, sur l’ancienne ligne de chemin de fer Alençon - Condésur-Huisne, transformée aujourd’hui en voie verte. Faites le choix de votre distance et élancez-vous à destination du lac du Pays Mêlois, théâtre de verdure en forme d’arène qui servira de témoin aux dernières foulées de la course. Performance sportive, cadre naturel et bucolique, bonne humeur et convivialité, tels sont les objectifs de ces épreuves en pleine nature. Bienvenue à la 3e édition des Foulées de la Voie Verte ! n

Infos et inscription : www.raidnormand.eu

Infos et inscription : www.foulees-voie-verte.com

Texte : Organisation

Texte : Organisation

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Région Nord-Ouest La Locomotive I mai / juin / juillet 2013 I

ça a e u lie u…

Nocturne Naturaxtrem - Séné (56) 8e Grégorienne - Sur la route Indispensables du plaisir - St-Grégoire (35) La 2e Nocturne Naturaxtrem a tenu toutes ses promesses le 9 février dernier, lors du Raid Naturaxtrem qui propose depuis 3 ans une course par équipe sur 3 disciplines (trail, VTT et run & bike). Pour survivre à cette épreuve nocturne, il fallait…

Des femmes et du plaisir

Des bottes : Séné est situé dans le Golfe du Morbihan. Rien d’étonnant donc à ce que le parcours flirte avec l’océan ! Les petons des trailers ont été bien mouillés. L’an prochain, qui relèvera le pari de courir en bottes de pluie ? Un chrono : La Nocturne Naturaxtrem est certes un grand moment de convivialité, mais c’est aussi une belle occasion de réaliser une performance. Le chrono était donc un précieux allié pour tous ceux qui couraient après un temps canon ! Le vainqueur, Tony Touminet, pouvait être fier de lui puisqu’il bouclait l’épreuve en 49’35’’. Respect ! n

A Saint-Grégoire, course à pied rime avec féminité. Depuis 8 ans, la ville bretonne accueille une épreuve 100% féminine, ce qui fait d’elle l’une des pionnières en la matière. Et le succès est croissant ! Cette année, ce sont plus de 1190 femmes qui ont bouclé les 7,5 km de La Grégorienne dans une ambiance conviviale et… chaleureuse. Oui, malgré la neige tombée le vendredi et le froid plutôt mordant qui régnait le 20 janvier, les participantes ont relevé le défi. Stéphanie Briand-Viaud s’imposait en 27’43’’ sans jamais avoir été inquiétée par ses poursuivantes. Comme on n’aime guère la ségrégation à Saint-Grégoire, une seconde course est ouverte à ces messieurs : « Sur la route du plaisir », un 10 km labellisé par la FFA, réunissait ainsi 1327 concurrents. Le plus rapide d’entre eux fut Christopher Yris (30’46’’). Nouveauté 2013 : le samedi, une marche de 6 km a rassemblé plus de 200 participants qui ont contribué, par le biais de leurs droits d’inscription, à l’action du Comité féminin 35 pour le dépistage du cancer. n

En savoir plus : http://raidnaturaxtrem.franceserv.com/

En savoir plus : www.courirsg.fr

Texte : Marie Paturel - Crédits photos : Organisation

Texte : Marie Paturel - Crédits photos : Christian Chantreuil

Tout Betton court - Betton (35)

Trail de la rivière et de l’océan Plouhinec (56)

Une frontale : Une loupiotte performante pour suivre l’itinéraire de 13 km et rallier l’arrivée sans se perdre dans les ténèbres !

Enfin… presque

Le nom de cette sympathique épreuve de 10 km est peut-être un peu présomptueux mais il a l’avantage d’être très accrocheur ! Le 27 janvier dernier, ce n’était pas toute la ville de Betton qui courait… et heureusement pour les organisateurs sinon cela aurait été très compliqué à gérer ! Si les 10.500 âmes de cette cité bretonne n’étaient pas au départ des courses proposées en ce dimanche lumineux (10 km + épreuves "Jeunes"), on a quand même recensé près de 1900 participants. Après une petite ondée matinale qui provoqua plus de peur que de mal, le ciel s’éclaircit pour offrir des conditions météorologiques plutôt favorables aux concurrents. Sur un parcours humide mais agréable, Paul Lambart s’est imposé aisément en 33’15’’ tandis que, côté féminin, Nathalie Chevauchée a galopé en tête et bouclé la distance en 37’28’’. n

En chiffres

1000 : Pour sa 4e édition,

En savoir plus : http://toutbettoncourt.free.fr

le Trail de la Rivière et de l’Océan a de nouveau remporté un franc succès, avec près de 1000 participants ! 200 : Parmi les concurrents, on comptait bon nombre de randonneurs puisqu’ils étaient environ 200 à marcher. 2 : C’était le nombre d’épreuves proposées le 27 janvier dernier : un 12 km et un 22 km qui ont permis aux fans de vitesse et d’endurance de trouver parcours à leur pied ! 1,5 : Une heure et demie, tel est le temps qu’il a fallu aux trois premiers pour boucler les 22 km de sentiers côtiers somptueux, de plage et de rochers. Autant dire que la lutte fut serrée ! 5 : Ici, on n’est pas au bord de l’océan pour rien. Les itinéraires ne pouvaient éviter le charme des plages. Ce sont ainsi près de 5 km de sable qu’ont foulé les concurrents du 22 km ! n

Texte : Marie Paturel - Crédits photos : Organisation

En savoir plus : http://trail.plouhinec.free.fr Texte : Marie Paturel - Crédits photos : Organisation

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Région Nord-Est La Locomotive I mai / juin / juillet 2013 I

à v o s ag e n d a s !

2 juin

15 juin

Coupe du Monde et championnat de France de Montagne

Sur les traces du Paris-Colmar

Montée du Grand-Ballon Willer-sur-Thur (68)

La Montée du Lac Blanc Plainfaing (88)

La Montée du Grand-Ballon accueillera pour la deuxième fois (après l’édition 2000) les championnats de France de course en montagne le dimanche 2 juin 2013 à Willer-sur-Thur et à GoldbachAltenbach. La course organisée par l’US Thann Athlétisme servira aussi de support à une manche de la coupe du monde avec la course d’ouverture du Grand-Prix. Trois courses seront au programme de cette journée. Un millier de coureurs sont attendus par les organisateurs de cette grande fête populaire de la course en montagne, ouverte à tous et dont l’objectif consiste à défier le plus haut sommet des Vosges. Du côté de l’élite, les meilleurs coureurs français s’y donnent rendez-vous pour se disputer le titre de champion de France tandis que les meilleurs coureurs mondiaux viendront au grand-Ballon pour l’ouverture de la Coupe du Monde. n

Pour animer et fêter le passage des marcheurs du célèbre Paris-Colmar au sommet du dernier col Vosgien avant de passer en Alsace, les organisateurs vous invitent à la première édition de la montée du Lac Blanc. Cette course nature propose un circuit de 13,5 km entre la vallée Vosgienne et le col du Calvaire ainsi que le Lac Blanc, perché à 1134 m d’altitude. Une ambiance conviviale et festive animera la course en haut du col pour encourager les marcheurs qui termineront un peu plus loin leur périple de 440 kilomètres pour les hommes et de 300 kilomètres pour les femmes. Repas et t-shirt souvenir offert à tous les participants. n

Infos et inscription : www.montee-grandballon.com

Infos et inscription : www.akileine-events.com

Texte : Organisation

Texte : Nicolas Fried

16 juin

Semi de Phalempin (59) Un beau semi

Cette année, on fêtera 27 ans de course à pied à Phalempin. Au tout début du projet de course à pied, les organisateurs se limitaient à 12 km. Mais l'envie de faire plus a très vite pris le dessus et ils sont passés progressivement à 20 km, puis au semi-marathon (21,095 km) actuel. Le 16 juin, la bourgade du nord du canton de Pont-à-Marcq verra donc sa population (5000 âmes) augmenter en l'espace de quelques heures, celui du désormais traditionnel "SemiMarathon". Ils étaient plus de 2500 l'an dernier à profiter du splendide parcours de la course qui emprunte les chemins et sentiers de la forêt domaniale de Phalempin et de la campagne toute proche ! Le "Semi de Phalempin", c'est populaire, certes, mais c'est très sérieux aussi. L'épreuve bénéficie du label international FFA. Elle est donc qualificative pour les championnats de France de la distance. En 2012, les lauriers étaient revenus, chez les hommes, à Pascal Sarvat, vainqueur en 1h05’05”, et chez les féminines à la Lilloise Maryline Pellen en 1h16’56”. n

Info et inscription : www.semi-marathon-phalempin.com Texte : Eric Cornu

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Région Nord-Est

in te r v ie w

Julien Rancon

Le 2 juin prochain se dérouleront lors de la Montée du Grand-Ballon en Alsace les championnats de France de Course en Montagne 2013. L’occasion de rencontrer Julien Rancon, parrain de l’épreuve et double champion de France de course en montagne (2007 et 2012) qui y défendra son titre. Nicolas Fried : Fidèle de l’épreuve et champion de France en titre, quelle fut ta réaction lorsque tu as appris que les prochains championnats de France de Course en Montagne se dérouleront lors de la Montée du Grand-Ballon ? Julien Rancon : Je m’en réjouis car la montée du Grand Ballon est une course que j'apprécie. J'ai aussi beaucoup d'amitié pour Jean-Alain Hann et de respect pour l'organisation qui s'est investie sans compter ces dernières années pour en faire une course phare du calendrier national et mondial. Cela me parait donc être une juste récompense. C'est une bonne chose pour la discipline d'avoir une épreuve de cette envergure en France. Enfin, je trouve que le parcours est vraiment le format idéal pour une course en montée, que ce soit pour les hommes ou les femmes, car ce parcours sollicite les qualités essentielles du coureur de montagne. Je suis donc certain que ce sera un beau et grand championnat de France. Nicolas Fried : Également manche des championnats du Monde de la spécialité, le plateau sera encore une fois des plus relevés cette année et l’occasion d’une grande fête sportive. Julien Rancon : C'est exactement ça et c'est vraiment ce que doit être une telle épreuve : une grande fête de la course en montagne, d'autant plus avec le championnat de France. Le niveau sera vraisemblablement encore plus élevé que les autres années car les meilleurs Français seront là pour se mesurer aux champions étrangers. Quand on est compétiteur, on ne peut que s'en réjouir. En course en montagne, on peut vraiment se féliciter d'avoir un circuit qui regroupe les meilleurs de la spécialité, ce qui n'est pas le cas dans d'autres disciplines. D’autant que, malgré ce niveau mondial, la course reste ouverte à tous, quel que soit leur niveau, et c'est une grande chance de mêler l'élite au reste du peloton. Peu de disciplines permettent ce mélange. Nicolas Fried : En convalescence l'année passée à la même époque, tu as su revenir en forme et t'imposer lors des France 2012 à Gap. Comment te sens-tu en ce début de saison ? Julien Rancon : Pour l'instant, ma préparation se passe pour le mieux. En ce début de saison je voulais retrouver des qualités de vitesse. J'ai participé aux régionaux de cross et au semi-marathon de Paris. Après plusieurs années à faire des courses plus longues en trail, ce travail m'a paru primordial, à la fois dans l'optique du

Grand-Ballon mais aussi pour la suite de la saison et des saisons à venir. Nicolas Fried : Depuis quelques années, tu t’attaques aussi au Trail (Champion de France Trail Court en 2010 et Trail en 2011), sans pour autant abandonner les grands championnats de Course en Montagne. Comment gères-tu ta saison entre deux disciplines à la fois proches et très différentes en termes d'effort et de préparation ? Julien Rancon : Certes, les deux disciplines sont proches si l’on tient compte du terrain et de la nature. Mais physiologiquement, elles sont très différentes. L'an dernier, j’ai connu une longue période de blessure et je n'ai pas pu faire beaucoup de volume en début de saison. Je me suis donc cantonné aux courses de montagne classiques dans un premier temps. Cela m'a donné une excellente base pour la fin de saison en trail, où je n'ai eu qu'à rajouter du volume. Je suis et reste persuadé que la course en montagne est vraiment un atout pour la pratique du trail. D'ailleurs, beaucoup de coureurs de trail passent ou sont passés par la montagne.

Retrouvez l’intégralité de l’interview sur www.alsace-en-courant.com

Site consacré au Trail, à la course à pied nature et en montagne en Alsace et dans le massif vosgien, l'Alsace en courant vous accompagne durant toute votre saison.

> Calendrier > Présentation des courses Plus d'une centaine d'épreuves vécues par l'auteur !

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Région Nord-Est La Locomotive I mai / juin / juillet 2013 I

Stages de course à pied

Quand on s'offre une semaine de course à pied, c’est avant tout pour bouger, se faire plaisir, apprendre et progresser. On attend aussi une ambiance conviviale, un apprentissage de soi et de la course à pied, des échanges vivifiants sur les petits trucs d'entraînement ainsi qu'un regain de souffle lors des séances communes. Pour peu que l'organisation soit à la hauteur, on profite de loisirs (VTT, initiation golf) et de soins câlins (bains bouillonnants, hammam, sauna, piscine, thermes) dans un environnement dédié au sport et au bien-être. Depuis 11 ans, Volodalen organise des stages de course à pied ouverts à la fois à ceux qui aiment courir et à ceux qui aimeraient aimer. Des stages qui vous promettent le plaisir et l'envie de courir : pour vous et/ou pour vos performances. Du lundi au samedi, vous apprendrez tout sur les entraînements, votre foulée, les étirements, les séances qui vous conviennent. L'approche personnalisée est unique tant Cyrille, l'entraîneur qui vous accompagne durant la semaine, est capable d'approcher de manière fine vos besoins et de personnaliser ses conseils. A la fin de la semaine vous saurez si vous êtes un(e) coureur(se) terrien(ne) ou aérien(ne), si vous êtes plutôt taillé vitesse ou durée, si les étirements vous conviennent ou non, quels changements vous pouvez apporter pour "passer" sur 10 km, en trail ou en marathon… n

Réservez dès maintenant votre stage sur www.volodalen.com C'est où ?

Au centre de préparation de Vittel (4 stages en semaine + 1 stage week-end)

C'est quand ?

Les 4 stages en semaine : du 27 mai au 1 juin // du 15 au 20 juillet 2013 // du 29 juillet au 03 août // du 9 au 14 septembre. Nouveauté 2013 : Un stage en altitude se déroulera à Leysin, dans les Alpes suisses, du 01 au 06 juillet 2013. Montagne et paysages grandioses garantis. Le stage week-end : du vendredi 27 au dimanche 29 septembre.

Comment faire ?

Vous pouvez contacter Barbara par téléphone : 09 62 33 75 05 (numéro non surtaxé) ou réserver sur le site www.volodalen.com

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à v o s ag e n d a s !

27 juillet

Trail Volodalen du Lac de Vouglans (39) A plein poumons

Rejoignez l’équipe Volodalen pour la 4e édition du TVLV. Cette année encore, l'organisation vous prépare une pure journée de course nature. Venez respirer l’air des montagnes et des lacs du Jura français sur trois parcours : les 17 km du Tour de Château Richard, les 37 km du Tour du Regardoir et les 71 km du Trail du Lac de Vouglans. Sans oublier la marche de 9 km au fil de l'eau. Vous apprécierez les somptueux belvédères avec vue sur le lac, le vertigineux passage sur le barrage de Vouglans et pourquoi pas, un plongeon bien mérité dans le lac (plage à proximité de l’arrivée). Les familles et les enfants pourront profiter des animations gratuites (accrobranche et canoë) proposées à côté de l'arrivée sur la base nautique de Bellecin. Et un peu plus tard, la « monstre soirée » vous tiendra éveillé jusqu’au bout de la nuit (repas et musique). n

Infos et inscriptions : www.trail-lac-vouglans.org Texte : Organisation


27 juillet

25 août

Trophée de la Vigneronne Colmar (68)

Les Crêtes Vosgiennes Markstein (68)

Pour la 6e année consécutive, l’association du Trophée de la Vigneronne et la Cave Wolfberger vous attendent dans le vignoble de la capitale alsacienne du vin pour une course de 10 km à la fois rapide et populaire. L’an dernier, plus de 500 coureurs ont répondu présent, dont une centaine de jeunes sur 1 km et 2 km. On vient ici pour courir, mais aussi pour passer une bonne soirée estivale. En effet, pour prolonger l’évènement sportif, l’organisation vous propose un grand barbecue lors duquel vous pourrez déguster - avec modération - les meilleurs crus de la cave Wolfberger. Coureurs de la région et des autres régions de France, voici une façon originale de découvrir le vignoble et les vins d’Alsace. n

Doyenne des courses en montagne du massif vosgien, les Crêtes Vosgiennes fêteront cette année leur 37e édition. Une nouvelle occasion de découvrir ou redécouvrir les 12 sommets vosgiens à gravir et à dévaler. Tracé sur la ligne des crêtes entre l’Alsace et la Lorraine, ce parcours devenu mythique emprunte tous types de terrain : chaumes, sentiers à travers les hêtraies, passage technique sur le rocher du Tanet ou tourbière du gazon du Faing. 3 courses au programme : les Crêtes (33 km), les mini-crêtes (13 km) et une randonnée pédestre organisée sur le petit parcours. n

Infos et inscriptions : www.tropheedelavigneronne.fr

Infos et inscriptions : www.cretesvosgiennes.com

Texte : Nicolas Fried

Texte : Nicolas Fried

Trinquez au Trophée

A l’assaut des sommets

22 septembre

Alésia Trail - Alise-Ste-Reine (21) Allez-y à ce trail

Après une édition 2012 courue à guichets fermés, l'organisation se prépare à accueillir près de 1000 trailers le 22 septembre 2013. Plusieurs nouveautés, à commencer par La Tendinix, course de 24 km en individuel ou en relais, tracée sur les sentiers et chemins du site d'Alésia et de la magnifique forêt domaniale de Flavigny-sur-Ozerain (l'un des 100 plus beaux villages de France). Le Vercingétorix, course phare de la journée, a vu sa distance portée à 51 km et 1800 m D+. Son nouveau parcours proposera encore davantage de petits sentiers et vous plongera dans une nature préservée avec plusieurs passages accessibles seulement le jour de la course. Le Vercingétorix est désormais qualificatif (1 pt) pour l'ensemble des courses de The North Face Ultra Trail du Mont-Blanc. L'Oppidum (15 km, 500 D+) et la Mandubienne (34 km, 1100 D+) conservent les tracés et formats qui ont fait leur succès. Les inscriptions sont ouvertes ! n

Infos et inscription : www.alesiatrail.com Texte : Organisation page

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Région Nord-Est La Locomotive I mai / juin / juillet 2013 I

Trail blanc des Vosges Station du Rouge Gazon (88) Des conditions idéales

Record battu pour cette 3e édition puisque 554 coureurs se sont élancés sur 18 km de neige fraîchement tombée sur la station du Rouge Gazon et par une température de -2°, idéale pour ce genre d’épreuve. La réputation de la course ne cesse de s’étendre, bien au-delà des frontières vosgiennes et lorraines. Alsaciens et Francs-Comtois sont venus en masse, rejoints par bon nombre de coureurs normands, bretons, belges, allemands… Plus exotique, on a même recensé une coureuse colombienne ! Le parcours empruntant essentiellement les pistes de ski de fond de la station du Rouge Gazon, les principales difficultés se situaient sur les parties non damées du parcours, avec notamment l’ascension de la piste rouge de ski alpin de la station. Cela n’a pas empêché le vainqueur, Sébastien Spehler, de boucler le parcours en 1h23, soit à 13 km/h de moyenne. Chez les féminines, Alvine Gentilhomme remporte l’épreuve en 1h51. n

ça a e u lie u. ..

20 Bornes de Huningue (68) Une bonne préparation

Inscrites à quelques semaines des grands marathons de printemps, les 20 bornes de Huningue sont une excellente préparation en vue d'un tel objectif. Ils n’étaient pas moins de 326 le 10 mars dernier à parfaire leur préparation sur une boucle entre les villes de Huningue et Rosenau le long du Rhin et de la frontière

En savoir plus : www.courirsurdeslegendes.fr

suisse. Après une première boucle de 4 km, Yemine Beghoul est en tête, suivi de Guillaume Collombet. Beghoul sera malheureusement contraint à l'abandon sur blessure, laissant ainsi Collombet revenir le premier sur Huningue. Il s'impose au terme de ces 20 km en 1h10'14'’. Sur le 5 km, l'AC Huningue, a totalement dominé la course sur ses terres, en s'adjugeant les 3 premières places sous les 16 min et la victoire pour David Eckers en 15'26'’. n

Texte : Organisation – Crédit photo : Christophe Acker

En savoir plus : club.quomodo.com/achuningue Texte et photo : Nicolas Fried

Demi-finale des championnats de France de Cross-Country Nord-Est - Bischwiller (67) A l’offensive !

Comme tous les 4 ans, l'Alsace accueillait les interrégionaux de cross à Bischwiller dans le Bas-Rhin. Belle prestation des Alsaciennes sur le cross long avec une victoire de la Mulhousienne Julie Coulaud, loin devant l'inusable vétérane Line Kuster (PCA), qui prend une 2e place au scratch, suivie à 1” par Elodie Mene du Running Team Schweighouse. L’ancienne internationale Blandine DucretBitzner (S2A) termine 5e et 3e vétérane. En l'absence d'Antoine De Wilde (vainqueur des 4 dernières éditions), le cross long masculin, ultime épreuve de l'après-midi, allait être très ouvert. Parmi les favoris : le Lorrain Georges Burrier et l'Alsacien Pierre Joncheray, tous 2 ayant récemment décroché le

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titre de champion régional. Et les 2 hommes allaient prendre les choses en main dès les premiers tours de ces 11 km tracés, de l'avis de tous, sur un parcours digne d'un vrai cross. Passant tour à tour en tête du groupe de tête, ils ont imprimé le rythme sans pour autant se détacher. Georges Burrier, 2e de la course, avouera même s'être un peu "cramé" lors de ce mano à mano et n’avoir pu répondre dans une petite descente à l'attaque du Franc-Comtois Zouhair Oumoussa (Doubs Sud Athlétisme). Ce dernier, en fin tacticien, était resté à l'abri jusqu'à mi-course avant de lancer son offensive et creuser l'écart pour remporter ces interrégionaux 2013. Pierre Joncheray sera contraint à l'abandon. L'UC Dijon remporte le titre par équipe, notamment grâce à la belle fin de course d'Emmanuel David qui terminera 4e au scratch. Plus tôt le matin, Karim Foulouh (S2A) avait remporté le cross vétéran devant David Antoine et Nouredine Kechad (PCA). n

En savoir plus : http://liguealsace.athle.com/ Texte et photo : Nicolas Fried


Région Sud-Est La Locomotive I mai / juin / juillet 2013 I

4 mai

9 mai

La synthèse de deux mondes

Vue sur le Var

Ultra Boucle de la Sarra Lyon (69) Trois lettres qui bousculent les habitudes : UBS. Loin de la célèbre banque suisse, l’acronyme désigne un nouvel événement running dans la capitale des Gaules : l’Ultra Boucle de la Sarra. « Quoi, encore un ultra ? » pensez-vous peut-être. Oui, il s’agit là d’une épreuve très, très longue. Mais elle n’est ni un ultra-trail, ni une épreuve de grand fond comme les 100 km de Millau. Sur une boucle de 2 km et 900 m de dénivelé positif (dont 563 marches d’escaliers !), les coureurs en mode solo ou relais de trois courront pendant six heures d’affilée. Objectif ? Parcourir la plus longue distance possible. Comme l’affirment les organisateurs eux-mêmes, l’UBS est « la synthèse de deux mondes : la convivialité d’une course horaire et la touche fun d’un urban trail à la lyonnaise ». Tout est dit. n

Infos et inscription : www.ultraboucledelasarra.com

à v o s ag e n d a s !

Aurélien Trail - Saint-Maximin La Sainte-Baume (83) Organisé par le SMAC, l’Aurélien Trail se court dans le magnifique massif du mont Aurélien qui offre des paysages et des vues inoubliables. Il se décline sur deux nouveaux parcours. Le trail de 41 km et 2500 m D+ s’adresse aux coureurs aguerris aux chemins techniques. Dans une garrigue « sauvage », c’est plus de 95% de pistes et sentiers sur plusieurs communes jusqu’à la barre du Mont Aurélien avec une vue magnifique sur la région. La course nature de 15 km et 364 m D+, essentiellement sur pistes forestières, est quant à elle ouverte à tous. C’est une course « nature » facile, pour les amoureux des grands espaces. A l’arrivée, buffet, ambiance conviviale et nombreux lots. Une expérience à ne pas manquer ! n

Infos et inscription : http://saintmaximinathleticclub.com/ Texte : Organisation

Texte : Marie Paturel - Crédits photos : Organisation

11 mai

17, 18 & 19 mai

Un conte de… fous !

Corne d'abondance

Challenge Charles & Alice Crest (26)

Festa Trail Saint-Mathieu-de-Tréviers (34)

Non, ce n’est pas une course réservée aux couples. Ce n’est pas non plus un conte de fées, contrairement à ce que le petit nom de l’événement pourrait laisser penser. Le Challenge Charles & Alice est tout simplement le remplaçant du Challenge Hero : changement de nom (pour cause de rachat de l’entreprise partenaire titre) mais maintien de l’esprit un peu fou qui règne à Crest pendant deux jours. Le temps d’un week-end, la petite bourgade drômoise se transforme en village d’irréductibles runners avec un programme assez dingue. 6 épreuves, des courses enfants et des randonnées, le tout assaisonné d’un inimitable esprit festif. Quant au challenge, il consiste à enchaîner 105 km et 6600 m D+ le samedi et 43 km et 1050 m D+ le dimanche. La récompense est aussi insolite qu’appréciable : les vainqueurs homme et femme du challenge remportent leur poids en compote ! La prochaine fois, si l’on vous demande après quoi vous courez, vous saurez quoi répondre… et vos raisons feront l’unanimité ! n

Infos et inscription : http://www.festatrail.com

Infos et inscription : http://challenge-charlesetalice.fr

Texte : Marie Paturel - Visuel : Organisation

Texte : Marie Paturel - Crédits photos : L. Montico page

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Le Festa Trail propose cette année une offre de courses pléthorique : 120 km (6000 m D+), 42 km en solo ou en relais de deux (1800 m D+), 17 km nocturnes (875 m D+), 12 km 100 % féminin (300 m D+), 3 km déguisés (150 m D+) et des épreuves dédiées aux enfants. Le credo des organisateurs étant de faire découvrir les richesses de leur région aux concurrents, des randonnées commentées de 7 à 12 km sont également proposées. Le bonus vraiment sympa, c’est la palette d’animations qui se dérouleront tout au long du week-end : concerts, repas gastronomique, piquenique du terroir, ateliers pour les petits, spectacle de cirque, œnologie… Non, il n’y a pas que la course à pied dans la vie ! n


25 mai

Le Grand Raid Allibert Trail Cruet (73)

25-26 mai

Ultr’ardèche - Alboussière (07) L’Ultr’ardèche en chiffres

Parce que la routine tue, c’est bien connu, les organisateurs du Grand Raid 73 vous ont mitonné un tout nouveau parcours pour 2013. Au menu ? Toujours 73 km, histoire de rester fidèle au petit nom de baptême et au département savoyard, pour 4800 m de dénivelé positif. Le départ à l’aube (5 heures du matin) promet de belles rencontres aux trailers : dans le parc naturel régional des Bauges, il n’est pas rare de croiser la route d’un chamois, d’un sanglier, d’un chevreuil… ou même d’un dahut ! Les moins matinaux pourront toujours s’élancer à 9 heures sur le Petit Savoyard, épreuve de 23 km et 1450 m D+ qui réservera de jolis panoramas et des foulées agréables sur les sentiers pittoresques des Bauges. Sans oublier l’autre nouveauté de 2013 : la création d’un parcours de 10 km destiné aux marcheurs. Tous à vos bâtons ! n

216 - C’est le nombre de kilomètres qu’il faudra avaler. Amateurs de grand fond, à vos runnings ! 4320 - L’Ardèche est un territoire vallonné. La preuve ? L’Ultr’ardèche propose la bagatelle de 4320 m de dénivelé positif ! 36 - Pour couvrir les 216 km, la barrière horaire est fixée à 36 heures. 6 km/h de moyenne, ça devrait le faire, non ? 186,1 - C’est le nombre de kilomètres que parcourront les concurrents sur les routes pittoresques de l’Ardèche, dont trente sur des voies ferrées… désaffectées, évidemment ! 120 - Et pas un de plus. Sur la ligne de départ, il y aura 120 coureurs seulement. Dès janvier, tous les dossards étaient déjà attribués ! 110 - C’est le prix à payer pour participer, recevoir un t-shirt et bénéficier des ravitaillements, des repas, de l’hébergement et des navettes. n

Infos et inscription : http://www.grandraid73.fr

Infos et inscription : http://ultrardeche.wifeo.com

Texte : Marie Paturel

Texte : Marie Paturel - Crédits photos : Organisation

Y’a du nouveau !

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Région Sud-Est La Locomotive I mai / juin / juillet 2013 I

31 mai, 1er et 2 juin

6666 Occitane - Vailhan (34) Le trail version diabolique !

L’hexakosioihexekontahexaphobie, vous connaissez ? Si vous avez déjà participé à la 6666 Occitane, vous savez peut-être ce que désigne ce mot imprononçable : la peur du nombre 666 qui symbolise la Bête de l'Apocalypse dans la Bible. Bon, d’accord, à Vailhan, la fin du monde n’est pas pour demain. Mais les épreuves qui attendent les concurrents début juin promettent un mélange de souffrance et d’émerveillement ! Le Grand Raid Occitan et ses 148 km pour 7800 m D+, la 6666 Occitane et ses 118 km pour 6666 m D+ et, enfin, la Roquebrune et ses 11,5 km pour 520 m D+ transporteront les trailers dans des paysages époustouflants : garrigue, pinèdes, caillasse, lac du Salagou, gorges, hameaux méditerranéens… Vos jambes souffriront probablement d’hexakosioihexekontahexaphobie mais sûrement pas vos yeux ! n

à v o s ag e n d a s !

28 juillet

Semi Mont-Ventoux Bédoin (84) Courir sur la lune

Infos et inscription : www.6666occitane.fr

En 2012, un peu plus de 400 coureurs s’étaient élancés à l’assaut du géant de Provence, comme on surnomme le Mont-Ventoux, sur un tracé routier de 21,5 km et 1610 m de dénivelé positif. Le vainqueur et fan du cycliste Marco Pantani, Vincent Nardozza, annonçait la couleur avant le départ : son seul objectif était la gagne pour être, comme Marco en 2000, le number one au sommet du col mythique. 1h40’55’’ plus tard, Vincent Nardozza s'affalait après la ligne d'arrivée. Il venait de pulvériser le temps réalisé en 2011 par Jimenez Manuel. Pour la 3e édition, serez-vous de ceux qui vont défier le Mont-Ventoux et atteindre le sommet de ce col au paysage lunaire si particulier ? Un bon coup de chaud en perspective avant le retour en navette sur Bédoin… n

Texte : Marie Paturel

Infos et inscription : www.semimontventoux.com Texte : Organisation

22 septembre

Semi-marathon des Ammonites Digne-les-Bains (04) La course à remonter le temps

Après quelques années de pause, le Semi-Marathon des Ammonites renaîtra les 21 & 22 septembre. Il sera le point d’orgue du Centenaire de la Route de Barles, manifestation célébrant les 100 ans de l’itinéraire emprunté par la compétition. Toute une vallée en fête se mobilisera autour d’animations musicales et de folklore traditionnel bas-alpin, de reconstitutions en costumes et véhicules d’époque, de marchés paysans, de rétrospectives et expositions sur le chantier de construction de la route, et ses évocations au cinéma ou en littérature. Le parcours roulant de ce semi, mesuré à 21,100 km selon les protocoles de la Fédération Française d’Athlétisme, traverse les sites les plus spectaculaires de la Réserve Naturelle Géologique de Haute Provence, la plus grande de ce type en Europe. En outre, pour cette réédition, le Semi-Marathon des Ammonites intègre le 1er Challenge Hors Stade de Provence. n

Infos et inscription : www.semidesammonites.com Texte : Organisation page

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ça à e u lie u… Raidlight Chartreuse Winter Trail Championnats régionaux de Saint-Pierre-de-Chartreuse (38) cross-country - Vénissieux (69) Une première édition réussie

A l’école de la course à pied

Pas facile de se frayer un chemin sur les terres désormais encombrées du trail. Pourtant, le 1er Raidlight Chartreuse Winter Trail est parvenu, les 26 et 27 janvier derniers, à réunir un total de 550 concurrents dans le petit village de Saint-Pierre-de-Chartreuse, plus habitué en hiver à accueillir des skieurs que des coureurs. Le programme était dense avec, le samedi, une épreuve innovante : un kilomètre vertical sur neige. Le lendemain, deux distances étaient proposées : 29 km pour 1500 m D+ et 10 km pour 500 m D+. Alternant les passages en neige profonde (et fraîche !) et les portions plus roulantes, les parcours ont visiblement éprouvé les participants de ces deux trails blancs. Cette épreuve toute de blanc vêtue était la première d’une série de six qui composent le Chartreuse Trail Festival 2013. n

Bon, d’accord, cela n’a rien de franchement glamour : les visages constellés de gouttelettes marron, les jambes couvertes de terre, les chaussures (non pas à talons mais à pointes) affublées d’une gangue de boue. Sans parler des visages rendus quasi méconnaissables par l’effort. Le cross-country n’est pas là pour rendre les runners beaux mais pour leur apprendre l’essentiel de la course à pied ! Aux championnats rhônalpins, tout comme partout ailleurs en France, les leaders ont tenu leur rang en s’appropriant les podiums. Du côté de Lyon, la surprise est pourtant venue du cross long masculin. Derrière deux cadors de la discipline, l’international Hassan Chahdi et Mounir Hsain, le champion de France de course en montagne Julien Rancon a étonné tout le monde en bousculant la hiérarchie habituelle et en arrachant la 3e place. Chapeau ! n

En savoir plus : http://www.stationdetrail.com/Winter-Trail.html

En savoir plus : http://www.athle.fr/ffa.performance (rubrique résultats)

Texte : Marie Paturel - Crédits photos : Raidlight

Texte : Marie Paturel - Crédits photos : Jean-Marc Zins

La Prom’classic -Nice (06)

Natur’Games - Bédoin (84)

7537 - Cela ne s’était encore jamais vu : ils étaient 7537 au départ de l’édition 2013 de la Prom’classic le 6 janvier dernier, sur la fameuse Promenade des Anglais à Nice ! 31 - C’est le pourcentage de femmes participant à l’épreuve. Un taux remarquable pour une course pédestre ! 32’26’’ - Elle s’appelle Christelle Daunay, elle est rapide comme l’éclair (ou presque) et elle détient le record de France sur marathon. Sur la Prom’classic aussi puisqu’elle a battu le meilleur chrono de l’épreuve en bouclant les 10 km en 32’26’’. Chez les hommes, James Theuri s’est imposé en 28’50’’. 25 - C’est le nombre de nations représentées dans le peloton de cette 14e édition avec, en tête des nations les plus représentées, la France, l’Italie et la Suisse. 1 - La Prom’Classic occupe la 1ère place des 10 km en France. Une grande classique, on vous dit ! n

Avec 3 épreuves au programme dont un Kilomètre Vertical, les Natur’Games ont inauguré le Centre Trail Ventoux. Et si la douceur de la nuit avait fait fondre la neige tombée la veille sur les pentes du Mont-Ventoux, il persistait quelques passages délicats sur le parcours du KV qui proposait une montée régulière de 5,5 km pour 1000 m D+. La victoire revint à Julien Navarro (Team New Balance) en 43’11’’. Très attendu, le Centre Trail Ventoux propose 5 parcours permanents au profil différent pour varier les thèmes d’entraînement. L'infrastructure mise en place par le Domaine des Florans accueillant ce centre à Bédoin est adaptée aux sportifs avec, en plus des chambres, des menus spéciaux, une salle de remise en forme (musculation, cardio...), une salle de conférence ainsi qu'une piscine extérieure. De plus, les trailers bénéficient s’ils le veulent des conseils des préparateurs physiques et des coachs OPTISPORT ou de formules de stage. Alors, n’attendez pas les prochains Natur'Games pour découvrir cette plateforme d’entraînement. n

En savoir plus : http://www.promclassic.com

En savoir plus : www.lesflorans.com

Texte : Marie Paturel - Crédits photos : Organisation

Texte : Organisation - Crédit photo : www.universalbikeracing.com

La Prom'classic en chiffre

Nouveau terrain de jeu

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Région Sud-Ouest La Locomotive I mai / juin / juillet 2013 I

5 mai

Trail Urbain Toulousain (31) C’est une première !

Organiser un trail à Toulouse ? Tout le monde en rêvait. Ils l’ont fait. Les membres d’Absolu raid, deux passionnés de trail devant l’éternel, mais aussi excellents pratiquants, déjà organisateurs de quelques épreuves dans la région Midi-Pyrénées, se sont donc lancés dans la grande aventure. La course proposera deux distances : un 10 et un 30 km. Elle partira du centre de Toulouse sur les berges de la Garonne et sera des plus originales avec des passages dans les stations de métro, du monotrace sur l’île du Ramier et même du dénivelé pour gravir Pech David. Le parrain de l’épreuve n’est autre que Julien Chorier qui sera là dès le samedi pour signer des autographes et dédicacer un livre sur le trail lors du salon des partenaires qui se tiendra la veille de la course ! n

à v o s ag e n d a s !

29 juin

Trail de la Biroussanne Sentein (09) Un peu de quiétude

Infos et inscription : www.trailurbaintoulousain.fr

Comment ! Vous ne connaissez pas Sentein ? Ce petit village perdu aux fins fonds d’une vallée ariégeoise ? Il est grand temps de combler cette lacune ! Car si Sentein ne compte qu’une centaine d’âmes au plus beau de la saison, la quiétude qui se dégage d’une visite là-bas va vous requinquer pour le restant de l’année. Mais c’est aussi là que quelques irréductibles passionnés de course à pied se réunissent deux fois par an pour organiser, ici un trail et là une course à pied. Le trail a lieu le 29 juin et se résume à une ascension à près de 2000 m pour aussitôt redescendre sur 18 km seulement. C’est du costaud. La course, elle, a lieu en juillet et s’appelle le Tour du Biros. 17 km en un petit tour pour le moins vallonné autour de la vallée et des villages haut perchés des alentours. Dans les deux cas, le repas qui récompense les coureurs est inoubliable. Les tables sont dressées sur place au centre du village, près du ruisseau ! n

Texte : Rémy Jégard

Infos et inscription : www.trailariege.com Texte : Rémy Jégard

5 juillet

Corrida pédestre de Toulouse (31) Un nouveau record ?

Le nombre d’inscrits sur cette épreuve désormais mythique de la Ville rose ne cesse de croître. L’année dernière, les organisateurs ont accueilli près de 3000 participants. On peut donc logiquement se demander si le record tombera une nouvelle fois cet été… Ça en fera du monde dans les rues de Toulouse du côté de la Place du Capitole. Car si, à un moment, à cause des travaux, il était question de déplacer la zone de départ/arrivée, les organisateurs ont annoncé au mois de février déjà qu’il n’en serait rien et que tout se passerait comme d’habitude en plein centre-ville. L’épreuve instiguée il y a déjà plus de dix ans par Serge Lévy sera aussi une belle occasion de lui rendre un nouvel hommage. L’an dernier, tous les concurrents avaient revêtu le t-shirt jaune qu’il adorait tellement. Il en sera sûrement de même cette année. Rendezvous à 21 h le vendredi 5 juillet pour avoir confirmation ! n

Infos et inscription : www.corridapedestredetoulouse.com Texte : Rémy Jégard page

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24 août

Trail de l’Elan Capianais (33) La course au magnum

Il y a quelques années, Franck Luqué, organisateur de l’épreuve, avait mis sur pied une course sur route où se retrouvaient quelques-uns des meilleurs français de la spécialité du 10 km… Puis il a décidé de se lancer dans l’aventure du trail… Depuis lors, la course a pris une autre ampleur pour devenir une véritable classique d’été dans la région. Elle fait même partie cette année du challenge des trails d’Aquitaine. Pourtant, ceux qui sont venus à la dernière édition s’en souviennent encore : une chaleur caniculaire avait quelque peu perturbé le bon déroulement des compétitions. Espérons que la température soit un cran plus bas cette fois car les récompenses vont couler à flots à Capian avec des bouteilles de vin grand cru pour tout le monde mais aussi un magnum pour les 50 premiers du 20 km… Les bandas animeront toute la journée. C’est la grande fête du village. A ne louper sous aucun prétexte ! n

Infos et inscription : www.elancapianais.com Texte : Rémy Jégard


ça a e u lie u. .. La Buglosienne - Buglose (40) De bon augure

C'est Frédéric Ravert, l'organisateur de la Buglosienne, qui doit être content. Pas moins de 460 coureurs pour une première manche du challenge landais des courses nature et ce dès le mois de janvier et malgré les régionaux de cross. La réussite

Trail de Pécharmant Creysse (24) Eau et boue, peu charmant

En savoir plus : www.runningmag-aquitaine.fr

Les pluies abondantes des semaines précédentes avaient gorgé les sols et les chemins, rendant le terrain de jeu particulièrement difficile. La météo du weekend ne fut pas plus clémente. C’est donc sous les gouttes et sur un sol gras que les trailers se sont élancés. Sur le 11 km de nuit, Constance Lambin du Spiridon Périgord Pourpre s’est imposée chez les féminines en 58’24, tandis que Robert Dajean l’emportait en 42’46 chez les hommes. Sur le combiné 11+11, Jérôme Demaerschalk a pris l’ascendant en terminant en 42’48 avec plus de 4 minutes sur son poursuivant Pierre Danial-Fortin. Chez les femmes, Sandrine Villechanoux a terminé 53 secondes devant sa poursuivante, Corinne Marceteau. Sur le combiné 11+27, Michaël Pluyaud a bouclé le 11 km de nuit en 42’39 avec 1’31 d’avance sur Jean-Michel Rousseau. Et Annie Casteres a terminé en 57’48 avec 18 secondes’ d’avance à ce moment-là sur sa dauphine Cynthia Rodrigues. Sandrine Villechanoux et Jérôme Demaerschalk ont confirmé leur victoire de la veille, en s’imposant sur le 11 km de jour, et ont remporté le combiné 11+11 au scratch. Sur le 27 km de jour, et en l’absence de Lionel Roye, triathlète de renom malheureusement malade, Francis Ingles l’a emporté assez facilement pour la 4e fois consécutive en 1h54’03. Chez les dames, la victoire est revenue à Sylvie Brun, avec un chrono de 2h26’39. n

Texte : Rémy Jégard

En savoir plus : www.spiridonperigordpourpre.fr

est au rendez-vous et c'est de bon augure pour la suite de la saison. Sur le 10 km, Cédric Somivis l'emporte devant Nicolas Duplaa alors que Carine Sourgen s’impose chez les féminines. Sur le 20 km, Benoît Cori du Baztandark domine véritablement les débats en 1h16' contre 1h19' pour son dauphin Sylvain Daudigeos. Sarah Dinclaux est lauréate chez les féminines ! n

Texte : Rémy Jégard

10 km du Valentré - Pradines (46)

L’année du Trail 2012

Sous la bruine

Encore un livre sur le Trail ? Pas tout à fait…

Une matinée grise, bruineuse et tristounette côté météo, mais un temps quasi idéal pour la course à pied. Plus de 410 coureurs (plus des marcheurs) se sont rassemblés à Pradines, pour parcourir les 6 km ou les 10 km du Valentré, épreuve qui marque l'ouverture de l'année des courses hors-stade dans le Lot. Malgré de nombreux championnats départementaux de cross-country se déroulant ce même dimanche et l'absence de quelques cadors habitués à cette course sur route, l’événement a quand même réussi à attirer quelques pointures. A commencer par Arnaud Bessède qui n'a pas raté le coche et s'est imposé sans difficulté sur le 10 km en 33’25, près d'une minute devant un autre Lotois, Alexis Rodriguez. Chez les féminines, Mariam Rességuier, en tête toute la course, a enlevé la victoire en 41’04 devant Pascale Lacoste et la Montalbanaise Nicole Carrendier. n

« L’année du Trail 2012 » n’est pas un livre de comptes rendus, ni de récits… C’est avant tout un recueil de photos et d’anecdotes triées sur le volet invitant le lecteur à se replonger dans les principaux moments forts de l’année 2012. A lire en prenant son temps, en découvrant ici une photo, là un classement… avec une belle préface pleine de lucidité de Julien Chorier. Revivez en textes et en images le Guadarun, les Citadelles, le Mahoraid, l’Euskal trail, la Maxi Race, la Pastourelle, le Pilatrail, l’Arc-en-ciel, l’Ambertrail, l’Ice Trail Tarentaise, la 6000D, le Grand Raid des Pyrénées, l’UTMB, le Grand Trail du Saint-Jacques, le Grand Raid de la Réunion, les Templiers et la SaintéLyon. « L’année du Trail » est écrit et mis en page par Hervé Colin et Rémy Jégard, deux journalistes professionnels passionnés de trail. Prix de vente : 28 € frais de port compris. n

En savoir plus : http://coursetcausse.forumactif.net

Infos et commandes : edisport-edition@orange.fr

Texte : Rémy Jégard

Texte : Rémy Jégard

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Un peu plus loin La Locomotive I mai / juin / juillet 2013 I

20-23 juin

Andorra Ultra Trail Vallnord Le tour de tout un pays

Cette compétition unique offre la possibilité de faire le tour d’Andorre par ses plus hauts sommets et aussi de vivre la magie de la montagne sous la pleine lune. A la combinaison de la longue distance et du fort dénivelé, s’ajoute la technicité du terrain : éboulis, névés, passages avec des cordes. A côté de la Ronda dels Cims, course la plus longue de toute l'histoire du Skyrunning, déjà complète, vous trouvez l’Ultra Mitic, course de 112 km et 9700 m D+, le Celestrail, magnifique course de 83 km et 5000 m D+, exigeante et sauvage, le Trail avec ses 35 km et 2500 m D+, et enfin le Solidaritrail, de 10 km et 750 m D+ ouvert à tous, y compris les personnes handicapées. Dépassement de soi et solidarité sont les deux fers de lance des organisateurs. L’Andorra Trail c’est aussi une grande fête du sport qui réunit les valeurs de la montagne : hospitalité, authenticité, respect de l'environnement et des autres. n

à v o s ag e n d a s !

21 juillet

Eiger Ultra Trail Grindelwald (Suisse)

Plus difficile que la face nord en solo !

Infos et inscription : www.andorraultratrail.com

Grindelwald lance l’Eiger Ultra Trail et crée ainsi le premier ultra trail dans l'Oberland bernois. Un parcours d’exception attend les coureurs : Grosse Scheidegg, First, Berghotel Faulhorn, Schynige Platte, Wengen, Männlichen, Kleine Scheidegg et la traversée sous la face nord de l'Eiger offrent un spectacle grandiose ! Le parcours E101 (101 km et 6700 m de dénivelé positif) s’annonce difficile pour tous les participants. Ueli Steck, l'ambassadeur de l'Eiger Ultra Trail, n’a pas peur de déclarer : « Je pense qu'il me serait plus difficile d'effectuer l'Eiger Ultra Trail que l'Eiger face nord en solo... » Le parcours E51 (51 km, 3100 m D+) grimpe sur le Faulhorn où un panorama somptueux s’offre au regard. Il continue ensuite en direction de la Schynige Platte. Pour ceux qui aiment partager l’effort, l’épreuve est également ouverte aux duos. Enfin, le parcours E16 (16 km, 960 m D+) convient parfaitement aux coureurs qui souhaitent découvrir les plaisirs du trail ou qui préfèrent les courtes distances. n

Texte : Organisation

Infos et inscription : www.eigerultratrail.ch Texte : Marie Paturel - Crédits photos : Organisation

24 août

17 novembre

Matterhorn Ultraks Trail Zermatt (Suisse)

Marathon Divina Pastora Valencia (Espagne)

Au cœur d’une des plus fabuleuses régions de montagne, au pied du majestueux Cervin, omniprésent durant toute la course, le Trail du Matterhorn Ultraks propose trois parcours différents permettant à chacun de vivre l'aventure selon ses capacités physiques et son niveau d'entraînement. Les parcours ont comme point commun de partir et d’arriver Place de la Gare et de traverser toutes les ambiances de Zermatt : décor de glaciers, petits hameaux fleuris ou secteurs forestiers. Un terrain varié, technique… merveilleux ! Et très accessible pour les spectateurs ! Dès sa première édition, la course a séduit la « Skyrunner ® World Series » qui l’a inscrite à son calendrier, promettant ainsi un plateau de champions relevé, Dawa Sherpa et Killian Jornet en tête. Zermatt n’attend plus que vous ! n

En plein essor depuis trois ans, il faut dire que ce marathon a de sérieux atouts à faire valoir, à commencer par ses températures idéales pour pratiquer la course à pied à cette période de l’année. Sans oublier son itinéraire qui profite de l’altimétrie régulière du terrain (point culminant à 23 m au-dessus du niveau de la mer). Le Marathon Divina Pastora Valencia est une excellente opportunité pour faire un chrono, comme le confirment les statistiques de la dernière édition avec 450 athlètes en moins de 3 heures. Valence ne manque pas d’attraits touristiques non plus, avec son quartier portuaire, la zone verte de l’ancien lit du fleuve Turia ou la vieille ville, pour ne citer que ceux-là sur le parcours. Le point d’orgue de la course reste la Cité des Arts et des Sciences, lieu de départ et d’arrivée du marathon et chef-d’œuvre architectural permettant au coureur de finir en courant… sur l’eau ! n

Infos et inscription : www.ultraks.com

Infos et inscriptions : www.maratonvalencia.com/fr

Texte : Organisation - Crédits photos : matterhorn.ultraks.com / Mario Colonel

Texte : Organisation

Une nouvelle course façonnée par les vraies valeurs du Trail

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Courir sur les eaux


Je Cours Pour Ma Forme La Locomotive I mai / juin / juillet 2013 I

Le rôle de l'animateur Chaque semaine les participants du programme "Je Cours Pour Ma Forme" se retrouvent pour une séance de course en commun. Ils sont 10, 15, 20 parfois à profiter des conseils de leur sympathique animateur. L'effet de groupe est un plus. Mais n'est-ce pas un trop ? Dans ce numéro, on imagine une discussion soutenue entre Pierre et François : un partisan et un détracteur de la course en groupe. François : Le programme JCPMF est sans aucun doute une belle initiative qui permet au plus grand nombre de commencer la course à pied à moindre coût et dans une ambiance conviviale. Mais ce programme a une faiblesse. Une fois par semaine, les participants courent en groupes de 10 à 20 personnes. C'est trop, beaucoup trop pour bénéficier de conseils personnalisés et pour progresser à bonne allure.

ou en muscles ? Ais-je une préférence pour le court rapide ou pour le long plutôt lent ? Bien sûr le coach donne le cadre des séances ainsi que le programme à venir, mais il est surtout un compagnon sur le chemin de l'autonomie.

Pierre : JCPMF se veut un programme populaire accessible à tous. Pour atteindre le plus grand nombre, l'argent ne doit pas être un frein. On peut se dire que composer des groupes fournis est une manière de réduire les coûts. C'est en partie vrai. Mais la popularité du programme et l'entaînement en groupe sont une force avant tout. Qui ne s'est jamais senti - au moins une fois - porté par le groupe quand l'envie manquait ? Qui n'a jamais été aidé par les encouragements ou la présence des autres quand la lassitude poussait à arrêter ? François : D'accord avec toi sur cette idée, mais la philosophie du concept "JCPMF" n'est-elle pas d'apprendre dans la progressivité, sans jamais avoir à se confronter à une difficulté extrême ou à ces zones d'effort qui rendent les encouragements déterminants ? Et puis le repérage des zones à utiliser et à éviter n'est-elle pas plus simple lorsqu'on est accompagné de près par un animateur qui prend le temps de s'occuper de nous au lieu de diluer ses interventions entre 20 coureurs ? Pierre : Un courant pédagogique aujourd'hui très fort affirme que le coureur progresse tout autant et pratique plus longtemps lorsqu'il est à l'écoute de ses sensations. Celui qui sait organiser ses séances de manière à trouver des vitesses de course et des styles de séances qui lui conviennent devient plus vite autonome et intègre plus facilement la course à pied à son style de vie. C'est précisément l'objectif implicite du programme JCPMF. N'est-ce pas ? François : Oui et alors ? Pierre : Alors, le rôle de l'animateur JCPMF est notamment de permettre au coureur de repérer trois grandes zones de vitesse et de faire émerger ses préférences. Suis-je plutôt un coureur en cœur

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François : C'est bien cela. Puisque la trajectoire est individuelle, l'énergie de l'animateur doit avant tout être centrée sur l'individu c’est-à-dire le coureur et son originalité. Comment l'animateur peut-il s'y prendre s'il a 20 personnes à chaque session de course ? Pierre : Prenons l'exemple du repérage des trois zones de vitesse pour un coureur débutant. Un "entraîneur technicien" devrait réaliser un test d'effort, repérer la fréquence cardiaque maximale (FCM) de chacun, acheter un cardiofréquencemètre par coureur et préciser les pourcentages de FC correspondant à chaque zone. C'est un lourd travail et un gros investissement financier. "L'animateur pédagogue" donne les repères universels que chaque coureur va décliner dans son vécu. "La première zone correspond à la marche aisée. Vous parlez sans difficulté. Vous accédez à la seconde zone lorsque votre marche s'accélère, en même temps que votre respiration. Vous pouvez encore formuler des phrases complètes et soutenir une conversation. Quant arrive la troisième zone, la course remplace la marche. Vous parlez encore mais la longueur de vos phrases se réduit. Les mots remplacent les structures grammaticales complexes. Votre respiration est plus rapide mais reste profonde. Elle n'est jamais haletante. OK pour vous ? A présent je vous propose d'accélérer pour ressentir ces trois zones en vous." François, tu com-


prends bien que cette manière de faire relie l'universel (ce qui vaut pour tous) et le singulier (ce qui ne vaut que pour un coureur). François : Oui je comprends et conçois toute la puissance de cette pédagogie. Mais imaginons que 4 ou 5 coureurs disent conjointement à l'animateur qu'en dépit des recommandations, ils n'arrivent pas à différencier leurs zones de course. Que peut faire l'animateur ? Pierre : Si les demandes affluent et qu'il n'arrive pas à faire face pendant la séance, l'animateur peut rester après la séance ou en reparler durant la semaine avec les participants. Tu sais, quand on se sent bien avec des personnes, on est content de pouvoir les aider même en dehors des temps réservés. Aider sans se faire manger, demander sans accaparer, c'est toute l'intelligence du groupe qui se joue au sein de chaque animateur et de chaque participant. François : Je comprends, mais ce n'est pas ma conception du coaching sportif. Je continue de croire qu'un coureur apprend plus vite au contact d'un coach compétent qu'un groupe de coureurs au contact du même coach. Pierre : Peut-être. Mais ce que le participant gagne en motivation

par la joie communicative du groupe est sûrement plus important que ce qu'il perd en conseils personnalisés. A ce propos, saistu que des études menées sur les cinq continents, en Europe comme en Amérique, en Australie comme en Afrique, ont montré que les performances des marcheurs et des coureurs s'améliorent quand ils pratiquent en groupe. Inversement, la pratique solitaire augmente la contrainte perçue et diminue les performances. Nous sommes des êtres sociables. Un jardin bien à nous pousse dans notre ventre mais notre maison se construit dans les yeux des autres. Un animateur capable d’éclairer le regard que chaque coureur porte sur l'autre et sur lui-même s'assure à la fois la progression de chacun et celle du groupe. Vouloir opposer l'un et l'autre, le groupe et la personne est une erreur. Pour un animateur qui sait en saisir les complémentarités, la force de l'un (groupe ou coureur) participe à la vigueur de l'autre (coureur ou groupe).

Cyrille Gindre

Organiser ou participer à une session "Je Cours Pour Ma Forme" :

www.jecourspourmaforme.com

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la Loco technique de Volodalen La Locomotive I mai / juin / juillet 2013 I

Progresser rime avec diversité

c'e s t du véc u…

Combien de coureurs estiment qu’une amélioration des performances passe obligatoirement par un entraînement plus dur et/ou plus volumineux ? Pourtant, il existe d’autres options, moins coûteuses en temps et en énergie. Grand adepte de la diversité, Sébastien nous conduit sur les chemins du progrès.

Par conseils-courseapied.com Coureur méthodique et curieux de nature, Sébastien aime analyser et comprendre ses entraînements. La tenue d’un carnet d’entraînement lui permet de déchiffrer ses performances au fil des saisons et d’identifier les recettes du succès et les pentes savonneuses qui mènent à l'échec. Ce détricotage méthodique des séances a conduit à un constat déroutant.

Des progrès déroutants

Après deux années de pratique du 10 km, Sébastien décide à l’automne 2011, de préparer sérieusement un semimarathon. Jusqu’alors, son entraînement était on ne peut plus classique. Persuadé que toute forme de progrès passe par un travail varié à l’entraînement, il s’applique à mixer les séances en portant une attention toute particulière aux footings en endurance fondamentale, au travail de VMA et aux séances à allure spécifique sur 10 km. Il amène ainsi son record à 42’30” sur 10 km (avec 3 séances d'entraînement par semaine). Au moment d’aborder sa préparation pour le semimarathon, Sébastien décide de reprendre les mêmes bases d'entraînement en les adaptant au nouvel objectif. Il augmente la durée des sorties longues et remplace les séances de 10 km par des sorties à l'allure du semi-marathon. Une nouvelle fois, la réussite est au rendez-vous avec un joli chrono de 1h35'03" à l'arrivée. Sur sa lancée, Sébastien s'inscrit au départ d’une course de 10 km qui se déroule 3 semaines après le semi-marathon. Il se sent en forme. Un doute subsiste cependant. Réussira-t-il à tenir le rythme endiablé d’un 10 km alors que ses dernières séances spécifiques "10 km" remontent à l’été 2011 (soit 6 mois auparavant). Sur la ligne de départ, Sébastien est fébrile. Il craint de manquer de "rythme". Son propos traduit son manque d'assurance : "Si j’égale mon record, je serai satisfait". Finalement après un départ prudent (sur les bases de 42’30”), ses sensations

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sont bonnes. Soutenir le rythme de course ne lui pose aucun problème. Le chrono à l’arrivée est au-delà de ses espérances : record battu de plus d’une minute (41’08”). Toujours soucieux d’analyser ses performances, Sébastien reste perplexe face à ce chrono. "Comment ais-je pu battre aussi largement mon record avec dans les jambes, "deux pauvres séances" de travail à allure spécifique 10 km ? Pour battre mon record sur 10 km, ais-je intérêt à opter pour un plan semi-marathon ? Le travail à allure spécifique 10 km ne sert-il donc à rien ? Pourtant la notion de spécificité de l'entraînement est un principe cardinal de l'entraînement ! Que penser ?" Nous allons tenter de lui répondre.

Progrès ou adaptation ?

Prenez une séance de VMA classique (Vitesse Maximale Aérobie) composée de deux séries de dix fois trente secondes d’effort réalisées à 100% de la VMA et entrecoupées de trente secondes de récupération (séances de "30-30"). Proposez cette séance durant quatre semaines à un coureur, en lui demandant de noter ses sensations et le niveau de difficulté perçu. Généralement, le coureur trouvera la séance plus facile au bout de trois ou quatre semaines. Normal, direz-vous, entre temps le potentiel aérobie du coureur a progressé. La même séance est devenue plus facile. Ce n'est pas faux mais ce n'est pas tout-à-fait juste non plus. Sur de courtes périodes d’entraînement, il est difficile d'augmenter significativement son potentiel aérobie. La progression provient avant tout d'adaptations difficiles à classer (nerveuses, musculaires…) qui améliorent l'adaptation de l'organisme à l'effort consenti. Pour s’en convaincre, il suffit de programmer un nouveau test de VMA et de constater que la performance a peu évolué. Autrement dit, on n'arrive pas à montrer que l'organisme du coureur a progressé et pourtant la séance est plus facile. Cet exemple permet de mettre en lumière la composante spécifique d’un entraînement et de comprendre qu’à potentiel aérobie


équivalent, il est tout à fait possible de continuer à améliorer ses performances en course à pied. Ce principe de spécificité est d’ailleurs repris et appliqué dans la plupart des plans d’entraînement à travers la programmation de séances de travail à l'allure spécifique à l'objectif. Souvenons-nous qu'être spécifique, c'est préparer un devoir d'anglais pour la semaine prochaine en passant ses soirées à lire Shakespeare dans le texte plutôt que s'évertuer à décrypter la nuit durant, la seconde loi de la thermodynamique. Autrement dit, je m'entraîne spécifiquement pour le semi-marathon quand je cours à l'allure attendue le jour J et sur des distances qui approchent 21 km.

Quand la routine nuit aux progrès

Le travail spécifique est nécessaire mais insuffisant pour qui souhaite progresser durablement en course à pied. Sébastien l’a bien compris et varie remarquablement ses allures à l’entraînement. S’entraînant trois fois par semaine, il est dans l’obligation de faire des choix : 1 séance à vitesse lente, 1 séance à la VMA et 1 séance à allure spécifique 10 km. Rien de plus logique. Mais après quelques mois de progression, les résultats commencent à stagner. Les chronos sont de plus en plus difficiles à battre. Sébastien s’approche-t-il dangereusement de la performance maximale que son potentiel aérobie lui autorise ? On est en droit de le penser. Préparer sérieusement un semi-marathon aura des effets très bénéfiques pour Sébastien. A répéter toujours la même préparation, il a fini par s’enfermer dans une routine qui, certes, lui permet d’exploiter pleinement son potentiel sur 10 km, mais l’empêche aussi de développer harmonieusement l’ensemble de ses capacités aérobie. Or, plusieurs travaux – dont ceux menés par Christian Delerue – ont mon-

tré que toute faiblesse au niveau des allures lentes ou modérées a des répercussions directes sur les allures rapides. Solliciter davantage ces allures ‘intermédiaires’ fut salutaire à Sébastien. Non seulement il a réussi à atteindre l’objectif fixé sur semi-marathon, mais cerise sur le gâteau, le voilà relancé sur 10 km. L’expérience fut renouvelée quelques mois plus tard avec le même succès (1h29’42” sur semi et 39’24” sur 10 km). Sébastien, on repart de plus belle à l’automne 2013 ?

Perspectives

La trajectoire de Sébastien n’a rien d'unique. Vous vous souvenez sûrement du témoignage de Jérôme publié dans le précédent numéro* de votre magazine préféré. Les allers et retours de Jérôme entre route et trail lui avaient permis de progresser davantage que le confinement sur la route. En tant qu’entraîneur, je croise régulièrement des coureurs dont les propos ressemblent comme deux gouttes d'eau à ceux de Sébastien et de Jérôme. On finirait par croire que s’entraîner moins vite et plus longtemps procure plus d'avantages que courir dans des conditions (allure – terrain) spécifiques. C’est parfois le cas. Dans les faits, les deux types d’entraînement sont nécessaires. C'est à l’entraîneur et/ou à l'athlète de trouver les bons dosages et d'opérer des choix stratégiques – notamment au niveau des courses disputées – et d’enseigner au corps les conditions de l'épreuve à venir (spécificité) sans l'enfermer dans une routine trop étroite pour permettre son évolution à long terme (diversité).

Gilles Dorval

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la Loco technique de Volodalen La Locomotive I mai / juin / juillet 2013 I

Equilibrez vos plans Les différentes phases structurant un plan d’entraînement

Phase de développement général

Durée du plan

Phase de travail spécifique

Phase de relâchement

Durée des différentes phases

10 km

6 à 8 semaines

3 à 4 semaines

3 à 4 semaines

5 à 7 jours

Semi-marathon

8 à 12 semaines

6 à 8 semaines

4 à 5 semaines

1 semaine

Marathon

12 à 16 semaines

6 à 10 semaines

6 semaines

2 semaines

Développer, renforcer l’ensemble des qualités nécessaires à l’amélioration du potentiel du coureur

Rendre le coureur plus efficace et plus performant à l’allure de course visée le jour J

Permettre à l’organisme de récupérer des efforts consentis tout au long de la préparation

Objectifs de chacune des phases

L’entre-deux-courses Exemple de programme d’entraînement suivi par Sébastien lorsqu’il enchaîne un semi-marathon (objectif principal) et un 10 km espacés de 3 semaines. Mardi Footing de 45 min (récupération semi-marathon)

Semaine 1

Jeudi Séance de VMA courte / Footing de 30 min suivi de 2 séries de 8 minutes de 30"-30" à 100% VMA

Dimanche Séance spécifique 10km / Footing de 25 min suivi de 3 fois 1500 m à l’allure visée le jour du 10km

Mardi Footing de 1h

Semaine 2

Jeudi Séance de VMA courte / Footing de 30 min suivi de 10 à 12 fois 300 m à 100%VMA

Dimanche Séance spécifique 10 km / Footing de 25 min suivi de 3 fois 2000 m à l’allure visée le jour du 10 km

Mardi Footing de 1h

Semaine 3

Jeudi

Footing de 1h

Dimanche Le 10 km

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La tête au carré Prénom : Sébastien Sexe : masculin Age : 38 ans Ville : Rennes (35) Etat civil : marié et père de 2 filles Profession : ingénieur Spécialité : la course nature Club : Team CCAP Entraîneur : après avoir suivi les plans du site conseils-courseapied.com pendant 2 ans, j'ai acquis l’autonomie nécessaire pour devenir mon propre entraîneur. Taille : 185 cm Poids : 72 kg VMA : 17,5 km/h Km maxi par semaine : 60 km Nombre de séances : 3 à 5 Principaux objectifs 2013

Meilleur souvenir en course

Le marathon de Nantes en avril Le semi-marathon de "Tout Rennes Court" en octobre Le 10 km Taulé-Morlaix en novembre

Le passage de la ligne d'arrivée de mon premier marathon main dans la main avec ma fille !

Prochaine course

Les 5 derniers kilomètres de mon premier marathon.

Le Trail blanc du Semnoz : une course de nuit dans la neige, idéale pour reprendre.

Dernière course Le 10 km de Tout Betton Court

Records 10 km 39'24" Semi 1h27'40" Marathon 3h19'58"

Débuts en course à pied Régulièrement depuis l'été 2009

Moins bon souvenir Hobby sportif Les matchs de foot... à la télévision.

Hobby non sportif Les activités en famille.

Diététique J'adore les pâtes. La pratique de la course à pied est un bon prétexte pour en manger !

Maxime "Les rêves ne se réalisent pas en restant à ne rien faire. Il faut leur courir après."

Séance préférée La sortie longue du dimanche matin surtout quand elle intègre du travail à allure spécifique semi-marathon ou marathon

Séance détestée Aucune, mais celle où je prends le moins de plaisir est sans conteste la séance de VMA longue

Contenu de la dernière semaine d'entrainement Séance de côtes, footings et test de paliers à la FC (Delerue)

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la Loco technique de Volodalen La Locomotive I mai / juin / juillet 2013 I

On croit parler à autrui quand on parle à soi

L'être humain est doué pour projeter ses attentes, ses besoins ou ses peurs sur ses semblables. Quand cet être est un "leadeur d'opinion" dans un domaine donné, ce mécanisme de projection de soi sur l'autre que soi est parfois cocasse puisqu'une communauté entière peut se mettre à suivre un conseil qui vaut surtout pour l'auteur et ceux qui biologiquement, lui ressemblent. Prenons le cas du physiologiste Tim Noakes et de ses pensées sur l'alimentation du sportif. Dans les années 1990, Tim soutenait que le sportif devait consommer des sucres lents pour courir dans la durée sans calencher. En ceci, il s'inscrivait dans le courant archi-dominant de la diététique sportive actuelle. Celle qui affirme que nos muscles doivent gonfler leurs réserves en sucres pour fonctionner longtemps à haut rendement. Mais entretemps, l'avis de Tim Noakes a radicalement changé. Le chercheur iconoclaste est à présent persuadé que le sportif doit favoriser une alimentation à haute teneur en graisses pour performer et assurer sa bonne santé. "En voilà un changement qu'il est surprenant". A la lecture des arguments que l'homme avance, notre raison est titillée. Mais elle l'est encore plus quand Tim Noakes évoque sa trajectoire personnelle. Tim fait partie des personnes dont le corps est résistant aux sucres, ce qui implique une dégradation métabolique conduisant au diabète quand l'alimentation est à base de sucres et de céréales. Ce fut le cas pour la famille de Tim et pour lui-même. Enfin avant qu'il ne se rende compte de l'impact négatif des sucres sur sa santé et qu'il décide d'y remédier en abandonnant pâtes, riz, pommes de terre, céréales, desserts et toutes autres sources de sucres. Pour Tim, ce virage à 180 degrés a tout changé : perte de poids, regain d’énergie, retour aux performances de ses plus belles années. Voilà de quoi convaincre un homme du bien-fondé d'un tel changement. Mais sommes-nous tous "biologiquement gaulés" comme Tim ? Sûrement pas. D'ailleurs le chercheur sud-africain ne s'y trompe

pas. Il commence chacun de ses écrits sur l'alimentation par la phrase "pour ceux qui comme moi et ma famille sont résistants aux sucres" avant que sa verve nous emporte au point qu'on en viendrait à universaliser le discours. Serait-ce une erreur ? La biologie évolutive a montré que le patrimoine génétique des personnes modifie les effets d'un type d'alimentation. Par exemple, on recommande aux personnes qui veulent faire baisser leur taux de cholestérol de réduire les apports en graisses saturées. Pour

les populations qui présentent une variation génétique sur une protéine donnée (phénotype Apo 3/2), ce conseil est particulièrement inadapté. Autrement dit, rares sont les conseils alimentaires valables et applicables à l'humanité entière. Souvenons-nous de cet effet personne avant de copier stricto sensu les conseils que nous lisons, quand bien même ils viendraient d'un glorieux leader d'opinion. n

On s'annonce comme les autres aimeraient que l'on soit Nos sociétés riches ont pour idéal l'homme et la femme élancés. Un peu comme on aime ce que l'on n'arrive pas à être. L'empreinte commune est si forte qu'elle nous conduit souvent à tricher légèrement sur notre taille et notre poids. C'est en tout cas la conclusion d'une étude menée à Zurich. Plus de 1600 spécialistes en sports d'endurance ont déclaré leur poids et leur taille avant d’être réellement mesurés par les chercheurs. Vous connaissez déjà le résultat. Les sportifs s'annoncent plus grands et plus légers qu'ils ne sont. Un petit mensonge sans importance. n Référence : Estimation bias: body mass and body height in endurance athletes. Knechtle B, Rüst CA, Rosemann T, Knechtle P, Bescos R.

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La fatigue se lit dans nos yeux

S'entraîner, c'est accepter la fatigue qui suit l'amélioration des qualités physiques.

S'entraîner, c'est accepter la fatigue qui suit l'amélioration des qualités physiques. Mais s'entraîner, c'est aussi éviter une fatigue durable, signe d'un corps qui se détruit plutôt qu'il progresse. On comprend que l'équilibre est ténu entre la bonne et la mauvaise fatigue. D'où l'intérêt de posséder des outils fiables de lecture de l'état de fatigue du sportif. C'est notamment le cas de la variabilité cardiaque qui est passée en 15 ans du statut de paramètre dédié au médical à celui d'outil au service de l'athlète (Zatopek n°17). Rappelons que les intervalles de temps qui séparent deux battements de cœur sont rarement identiques, même lorsque l'athlète est au repos. Leur variabilité traduit les

influences du système nerveux autonome, celui qui contrôle les fonctions automatiques de notre corps comme la digestion, la sudation… Ce système comprend une branche qui booste le corps et une autre qui le calme. L'équilibre de ces deux branches induit la variabilité cardiaque et signe le type de fatigue vécue par l'athlète : fatigue de l'excitation (= fatigue de la lutte) ou fatigue du calme (= fatigue de l'inhibition). Et bien, figurez-vous que ces fatigues que l'on peut lire sur nos cardiofréquencemètres, se repèrent aussi dans nos yeux. Selon la luminosité ambiante, nos pupilles s'ouvrent ou se ferment de manière à contrôler l'arrivée de la lumière sur la rétine. A la suite d'une séance d'entraînement, ce mécanisme de dilatation et de rétrécissement des pupilles change. Plus encore, il est accéléré chez les athlètes entraînés en endurance par rapport aux personnes sédentaires. Ces modifications de l'ouverture et de la fermeture des pupilles sont corrélées aux évolutions de la variabilité cardiaque. Autrement dit nos cardiofréquencemètres et nos yeux regardent la même réalité : l'équilibre de notre système nerveux autonome, signe de notre niveau d'adaptation et/ou de fatigue. n Référence : The use of pupillometry in the assessment of cardiac autonomic function in elite different type trained athletes. Kaltsatou A, Kouidi E, Fotiou D, Deligiannis P. Eur J Appl Physiol. 2011 Sep;111(9):2079-87.

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Connaître ou ignorer ses performances ?

Faut-il connaître les temps que l'on réalise à chaque répétition d'une séance de fractionné ?

Plus généralement, a-t-on intérêt à avoir des retours sur les performances que l'on est en train d'accomplir ? Si l'on en croit les conclusions d'une étude finlandaise, la réponse est positive. Des athlètes étaient informés ou non de leurs performances lors de tests de détente. Et bien, figurez-vous que lorsqu'ils connaissaient leur puissance à chaque saut, les athlètes amélioraient leurs performances. Faire et savoir semble donc aider à mieux savoir-faire. n Référence : Positive Effects of Augmented Verbal Feedback on Power Production in NCAA Division 1 Collegiate Athletes. Staub JN, Kraemer WJ, Pandit AL, Haug WB, Comstock BA, Dunn-Lewis C, Maresh

Centré sur la foulée

Pour améliorer l'efficacité de votre foulée vous pouvez débuter un programme de renforcement musculaire adapté. Si l'on en croit les conclusions d'une étude menée à l'université de Munster (Allemagne), vous pouvez aussi centrer votre attention sur l'environnement. Les chercheurs ont en effet constaté que lorsque des coureurs se concentrent sur l'extérieur (environnement), le rendement de leur foulée augmente comparativement à une attention interne (foulée ou respiration). Comment l'expliquer ? Une attention externe permet-elle aux programmes moteur automatisés de fonctionner à plein tandis qu'une attention interne interférerait avec ces programmes peu coûteux en énergie ? Si tel est le cas, il conviendrait de penser "en soi" lorsqu'on apprend et de penser "hors de soi" lorsqu'on performe. n Référence : The effect of attentional focus on running economy. Schücker L, Hagemann N, Strauss B, Völker K. J Sports Sci. 2009 Oct;27(12):1241-8.

La déshydratation aussi se lit dans nos yeux

Un simple regard permet de repérer la déshydratation d'un coureur. Il suffit pour cela de "planter mes yeux dans tes yeux". Si vous trouvez que les yeux de votre compère sont "enfoncés", comme disparus au fond des orbites, il est sûrement déshydraté. Si vous n'êtes pas sûr de votre diagnostic, vous pouvez aussi le pincer pour voir si sa peau a perdu son élasticité. A ce stade de l'investigation, si votre ami coureur ne vous a pas encore envoyé son poing dans l'œil, vous pouvez lui demander s'il a soif et vérifier qu'il est encore capable de cracher. Si tout concorde, vous avez la certitude qu'il est partiellement déshydraté. Le diagnostic est intéressant, non ? Malheureusement, il ne fonctionne pas lorsque le niveau de déshydratation est élevé (supérieur à 3% du poids de corps). Qu'advient-il alors des yeux ? Ressortent-ils exorbités de leurs orbites trop petites ou continuent-ils de s'enfoncer pour finalement se fermer ? C'est un mystère et une preuve de plus que l'essentiel est invisible pour les yeux. n Référence: Sensitivity and specificity of clinical signs for assessment of dehydration in endurance athletes. McGarvey J, Thompson J, Hanna C, Noakes TD, Stewart J, Speedy D. Br J Sports Med. 2010 Aug;44(10):716-9.

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A courir ainsi, "on se mange le cerveau"

La pratique régulière de la course améliore les capacités de mémorisation et d'apprentissage. Mais que sait-on de la structure même du cerveau quand la course devient extrême ? Des chercheurs ont suivi 15 participants à la course TransEurope 2009 (TransEurope-Foot Race), une épreuve d'à peine 4487 km à parcourir en 2 mois soit une moyenne de 70 km environ par jour. Ils ont ainsi pu observer que le poids des coureurs diminuait de 6%. Rien de très étonnant à cela quand on fait le compte des calories brûlées chaque jour. Oui mais cette perte de poids se retrouvait dans les mêmes proportions au niveau du cerveau. Quand on sait que la perte de poids attendue par année au niveau du cerveau n'excède pas 0,2%, on comprend qu'une diminution de 6% de la masse cérébrale ne laisse pas indifférent. D'autant plus que généralement, l'organisme se débrouille pour maintenir les conditions d'approvisionnement du cerveau. Pourtant, quand l'effort devient extrême, les adaptations mises en place par notre organisme (consommation de protéines, hormones de stress) priment sur toute autre considération y compris sur la préservation de sa propre structure. En revanche, bien que la quantité de matière diminue, les fonctions semblent se maintenir ou se recouvrer après l'effort. Preuve que la situation est loin d'être dramatique, 8 mois après l'épreuve, les coureurs avaient retrouvé leur poids corporel et cérébral de base. Le tout sans qu'aucune lésion ne soit détectée. On peut donc courir comme un dératé sans jamais risquer de se trouver un jour, quelque peu décérébré. n Référence : Positive Effects of Augmented Verbal Feedback on Power Production in NCAA Division 1 Collegiate Athletes. Staub JN, Kraemer WJ, Pandit AL, Haug WB, Comstock BA, Dunn-Lewis C, Maresh

Astaxanthine

Mot compliqué que l'on peut s'abstenir de retenir ! Les coureurs sont nombreux à pister le moindre gramme superflu. Pour arriver à leurs fins, ils s'évertuent à manger moins et courir plus. Certains comptent même sur les vertus "anti-poids" d'aliments ou de molécules "miracles". L'ananas, la pomme, les fibres mais aussi des molécules comme la L-carnitine ont eu leur heure de gloire au rang des "brûleurs de calories et de graisses". Avec le temps, les molécules changent mais le processus est toujours le même : "Tel aliment ou telle molécule miracle vous veut du bien ? Profitez-en vite !" La dernière molécule à la mode a un nom à dormir dehors : astaxanthine. Ce pigment est à l'origine de la couleur rosée que prennent les crevettes une fois cuites. La molécule doit sa soudaine notoriété au fait que plusieurs études ont montré qu'une supplémentation en astaxanthine pouvait augmenter l'oxydation des graisses et la performance en course chez des souris. Alors pourquoi pas chez l'homme ? Pour répondre à cette délicate question, des chercheurs de l'Université de Maastricht (Pays-Bas) ont supplémenté des cyclistes et des triathlètes durant 4 semaines tandis que leurs collègues restaient à l'eau fraîche. Le résultat est radical. Rien. Non, rien de rien ! La supplémentation n'améliorait ni les performances des sportifs ni les capacités de leur corps à utiliser les graisses. Même le pouvoir antioxydant de l'organisme n'était pas amélioré alors que l'astaxanthine est habituellement présentée comme un puissant antioxydant. Astaxanthine… voilà au moins un mot compliqué que l'on peut s'abstenir de retenir. n Référence : Astaxanthin Supplementation Does Not Augment Fat Use or Improve Endurance Performance. Res PT, Cermak NM, Stinkens R, Tollakson TJ, Haenen GR, Bast A, van Loon LJ.

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Une image... Un mot. L'image se forme et se transforme au grè des mots et des connaissances qu'ils façonnent. Ce trimestre, on voit Gebre s'étirer.

10 ans ont passé depuis la bulle médiatique autour de l'intérêt ou non des étirements pour s'échauffer et récupérer. Depuis, la pression est un peu retombée mais pas complètement. D'ailleurs, les résultats de nouvelles recherches continuent d'affluer chaque semaine. Quatre études récentes cherchaient à savoir si les étirements limitent les performances et/ou les effets d'entraînement en force, en vitesse et en endurance. Dans les deux premiers cas, la réponse est positive. Les étirements réduisent les performances courtes et explosives.

Et contrairement à ce qu'on imagine, le type d'étirement ne change rien. Statique, balistique, contracté-relâché conduisent tous à la même perte de performance. Sauf pour les coureurs d'endurance. En effet, l'étude consacrée aux spécialistes de la course de durée conclut que ni le rendement de la foulée ni la performance en endurance ne sont affectés par les étirements. Autrement dit, sur 100 m, il vaut mieux ne pas s'étirer tandis que sur 10.000 m – à l’instar de Gebreselassie – on fait ce qui nous plaît. n

Découvrez "Zatopek et Compagnie" Cette BD originale raconte la vie de 10 grands champions de l'histoire de la course à pied : Jesse Owens, Fanny Blankers-Koen, Spyridon Louis, Phidippides, Jim Thorpe, Cathy Freeman, Sebastian Coe, Abebe Bikila, Wilma Rudolph et Emil Zatopek, bien sûr ! Disponible sur www.zatopekmagazine.com page

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Ô TEMPS! SUSPENDS TON VOL SOPHIE «Je pleure souvent. Mais jamais en courant. C’est comme si l’effort intensif me désensibilisait. Remarquez, il vaut mieux que cela se passe ainsi. Quand j’ouvre les vannes, je suis difficile à arrêter et généralement prise d’une sorte d’asthme d’effort qui m’empêche d’avancer. Je pourrais évidemment pleurer aux arrivées. Ce serait sans conséquence sur la performance. Mais là encore cela ne vient pas. Il faut dire qu’à l’arrivée des marathons, l’instant de relâchement ne dure jamais très longtemps. Il y a toujours quelque chose pour vous ramener à la dure réalité: des proches à retrouver dans la foule, des affaires à récupérer, une cérémonie protocolaire ou même, plus cocasse, un contrôle antidopage. C’est la vie, je sais. Mais je rêve parfois d’autre chose.»

LE CHOIX DES LARMES ANAÏS «Quand je me prépare pour un marathon, la fatigue me met parfois à fleur de peau. Après la course par contre, je me contente généralement de verser quelques larmes. J’aimerais pourtant tellement pleurer pour marquer le coup, rendre hommage à ce moment symbolique : la matérialisation de trois mois de préparation intensive. Snif !»

SI MAMAN SI CHRISTINE «Ce qui est étonnant avec les larmes, c’est qu’elles peuvent survenir à n’importe quel moment. Au trail du Golfe du Morbihan, je me suis mise soudainement à pleurer, tellement j’étais frappée par la beauté des paysages et en même temps frustrée par l’idée que je ne pouvais partager cette émotion avec mes proches. Puis ces larmes de joie ont cédé le terrain

quelques heures plus tard à des vraies larmes de désespoir et de solitude. Il faut dire que courir 56 kilomètres toute seule, c’est pesant. Parfois, je me mets aussi à chialer pour des broutilles, comme après une chute au bout de dix minutes de course. Je pense à ma mère. Au savon qu’elle me passerait si elle me voyait pleurnicher de la sorte. J’en pleure de plus belle! J’ai également fondu en larmes à l’arrivée de mon unique marathon. Il a suffi qu’on me remette ma médaille pour que je me liquéfie. Il m’arrive même de pleurer à l’entraînement en rêvant à un thé brûlant ou en imaginant mes enfants confortablement installés à la maison pendant que je m’éreinte des heures sous la pluie. Je me sens bête parfois mais pour dire la vérité, j’aime trop ces émotions pour essayer de me contenir.»

SAVOIE OU SAVOIE PAS? MARC «Les larmes me sont venues une seule fois. Et cela n’a pas duré très longtemps. Je venais de franchir la ligne d’arrivée de l’UTMB quand je me suis effondré dans les bras de mon épouse. Deux Savoyards passant par là lui ont demandé ce que j’avais. Quand elle leur a répondu que j’étais submergé par l’émotion, ils ont commencé à se marrer: «Rien à voir» ont-ils rétorqué. «Il vient de se rappeler qu’il doit aller travailler demain». Cela m’a fait rire. Or il est difficile de rire et pleurer en même temps.»

Y’A PAS DE QUOI ÊTRE FIÈRE CORINNE «La seule fois où j’ai pleuré dans ma vie de coureuse, c’était de rage et de dégoût. Je m’étais fixé un objectif ambitieux. Beaucoup trop ambitieux, vu les conditions météo! J’ai tout de même terminé la course. Mais j’ai choisi de prendre la tangente à 250 mètres de l’arrivée. Je ne voulais pas voir mon nom apparaître dans le classement à une place que je jugeais indigne de moi. Quelle imbécile! Rétrospectivement, un tel comportement me ferait toujours pleurer. Mais pleurer de honte!»

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TÉMOIGNAGES_ DU SANG, DE LA SUEUR ET DES LARMES FRÉDÉRIQUE «Lors des derniers 10km de Malakoff dans les Hauts-de-Seine, je me suis mise à pleurer dès le départ. De rage d’abord de me retrouver en dernière position d’une course que j’avais soigneusement préparée. Tout ça à cause d’un hurluberlu qui m’avait marché sur l’arrière du pied au point de me faire perdre ma chaussure. D’énervement ensuite lorsque j’essuyais les récriminations, parfois les insultes, des autres coureurs alors que je tentais de la récupérer. De douleur enfin en raison de tous les coups reçus tandis que j’essayais de m’extirper de la masse. Il m’a fallu deux bons kilomètres pour ravaler mes larmes.»

UN MOMENT D’ÉVASION LAURE «Je pleure souvent en courant. J’exprime des trucs que je refoule le reste du temps. Il y a quelques temps, j’ai perdu une amie, décédée du cancer. Comme moi, elle avait deux enfants. J’étais dévastée. Pourtant, je n’en laissais rien paraître. «La vie continue», disais-je. Quand je partais courir, toute cette belle contenance s’évanouissait d’un seul coup. Il suffisait que je franchisse le seuil de la porte avec mes baskets aux pieds pour me sentir soudainement submergée par les larmes.»

PARIS, JE T’AIME PASCAL

«C’est l’amour qui a guidé l’ancien sprinteur que je suis vers le marathon puisque c’est un défi que nous nous étions lancés mon épouse et moi. Et l’amour aussi qui m’a aidé à tenir le coup dans les dix derniers kilomètres. Mais que ce fut dur! Heureusement, j’avais mon copain Nico qui faisait de son mieux pour me tirer jusqu’à l’arrivée. Il me parlait, m’encourageait, me distrayait. On n’a jamais connu un lièvre comme celui-là! Je me sentais plein de gratitude envers lui. Et le monde entier. Nous sommes arrivés au bout et alors que je ne m’y attendais

pas du tout, je me suis senti submergé par les émotions. C’était un drôle de mélange. J’étais en même temps fier d’avoir terminé mais déçu d’avoir mis légèrement plus de quatre heures. J’étais heureux d’avoir vécu ce moment avec un ami mais inquiet pour Sophie, mon épouse, encore dans la course et avec qui j’aurais tellement voulu partager cet instant. Toutes ces pensées contradictoires m’ont mis la tête à l’envers et je me suis mis à pleurer comme un môme. Ces pleurs redoublaient même chaque fois que je rencontrais une connaissance, spectacle étonnant qu’un monsieur de plus de 40 ans en sanglot. En plus, je me répétais en essayant d’expliquer chaque fois ce qui m’arrivait et je voyais bien que personne ne comprenait. Bref, j’ai choisi de me mettre à l’écart pour m’épancher en toute tranquillité et offrir une bonne figure pour accueillir Sophie. Chose étrange, ce marathon de Paris devait nous servir de répétition générale avant celui de New York où cette fois Sophie et moi devions courir côte à côte. Ce fut un moment unique là encore. Mais je ne suis pas repassé par la même émotion.»

DIS, TONTON, POURQUOI TU PLEURES? THIERRY «Le marathon de Rotterdam reste mon plus fort souvenir de coureur. C’est la seule fois où j’ai véritablement pleuré. Vers le trentième kilomètre, nous abordions une longue ligne droite au bout de laquelle deux écrans géants diffusaient des messages envoyés par des proches. Je ne pipe pas un mot de néerlandais. Mais je lisais les messages. Cela distrayait dans cette longue ligne droite. Tout à coup, j’ai vu un texte en français qui disait: «Allez Tonton! Plus que ((11-9) x 20/4 x 9/3) + (8 + 15/2)/5 kilomètres! Les Ethiopiens ont libéré les douches. Tu peux y aller.» Je n’ai pas pris la peine de vérifier l’équation. En revanche, j’ai su que cela m’était adressé. Sûrement une idée de ma sœur et de ses deux enfants que je n’avais pourtant pas revus depuis un bail. L’idée qu’ils aient pu penser à moi, cela m’a complètement remué. J’ai pleuré comme un gamin pendant des kilomètres à en oublier mon rythme et mes petites douleurs naissantes. Ce jour-là, j’ai explosé mon record.»

A FOND LA GOMINA! JEAN-FRANÇOIS «Je n’ai pleuré qu’une fois en course. C’était lors des 20km de Bruxelles en 1984. Il pleuvait tellement que le gel de mes cheveux avait fini par couler dans mes yeux.»

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PLUS C’EST LONG, PLUS C’EST BON OLIVIER «Personnellement, je fonds en larmes à l’arrivée de chaque course de plus de 10 heures. Après 20 heures d’effort, c’est pire! Là je me transforme en fontaine vivante. Je ne comprends pas vraiment ce qui m’arrive. Sans doute est-ce l’association de deux états particuliers: la chute brutale de la tension nerveuse à la fin de la course et le sentiment du devoir accompli. Au début, j’étais un peu gêné par ce que l’on pourrait prendre comme une expression de sensiblerie. Là, je me suis fait une raison. Je laisse couler, en espérant quand même ne pas trop me faire remarquer.»

UNE ARRIVÉE DANS LE BROUILLARD VALÉRIE «J’ai pleuré dès ma première course. Moi, l’éternelle dernière du cours d’éducation physique, me retrouver dans ce sas de départ des 10 Kilomètres d’Odyssea aux côtés de milliers d’autres coureuses, j’en ai tiré un incroyable sentiment de fierté, ce qui, chez moi, se traduit immanquablement par des larmes. Alors imaginez ce que j’ai ressenti en bouclant mon premier marathon à Paris l’année passée! Lorsque je suis sortie du Bois de Boulogne et que j’ai vu toute cette foule me séparant de l’Arc de Triomphe, l’émotion a été si vive que j’en ai eu le souffle coupé. J’ai essayé de reprendre mes esprits le mieux possible en respirant profondément et en ravalant mes larmes. Mais je ne voyais presque rien! J’ai finalement coupé la ligne au radar. Puis je me suis effondrée en sanglots. Le spectacle devait sembler curieux. Mais à l’intérieur, je me sentais fière et soulagée»

IL L’A DIT! «Il m’est arrivé de pleurer en course en imaginant la joie d’être vainqueur et de vivre toute l’émotion qui en découle. C’est finalement ça se projeter dans le futur. C’est vivre l’émotion que l’on a imaginée.» KILIAN JORNET, triple vainqueur de l’UTMB

COMPIÈGNE, C’EST FINI GAËTAN «Quand mon copain Jacky m’a appelé pour m’avertir que Serge Girard allait passer près de chez nous, nous nous sommes proposés pour faire un bout de route avec lui. Il faut dire que j’ai toujours beaucoup admiré ce bonhomme. Je me suis mis à l’ultra après la diffusion d’un reportage que la télévision avait consacré à son périple Paris-Tokyo. On est finalement resté deux jours avec lui. On a couvert une distance d’environ 60 kilomètres à ses côtés. Ce fut une expérience inoubliable! Tout se passait comme si nous nous connaissions depuis bien longtemps. Puis la foule qui l’attendait à Compiègne a vite fait de nous ramener les pieds sur terre. Juste le temps de comprendre que la belle histoire se terminait et là j’ai littéralement fondu en larmes, vaincu par la magie de toutes ces heures passées en sa compagnie.»

ET LA TENDRESSE BORDEL? NOLAN «Alors que je devais avoir seize ans, mon grand-père m’a dit un jour: «un homme ne pleure pas». Sans doute cette phrase m’a-t-elle marqué plus que je ne l’aurais souhaité car à partir de ce jour, je ne pense plus avoir versé une seule larme! Pas même quand ma femme m’a quitté. C’était à ce point perturbant d’être ainsi coupé de ses émotions que j’avais entamé une thérapie. Pourtant, rien n’a coulé non plus quand quelques années plus tard ma mère est décédée. Ma fille venait de naître. Je ne voulais pas gâcher la fête. Et puis, je devais de toutes façons m’occuper des autres enfants de ma compagne, organiser l’enterrement entre deux visites à la maternité, remonter le moral des frangins. C’est peut-être moche à dire mais je n’avais ni le temps ni le droit de m’effondrer. Peu à peu la vie a repris son cours et je me suis retrouvé avec un drôle de poids sur le cœur qui ne s’allégeait que lorsque je partais en balade en poussant le landau du bébé. Dans ces moments-là, j’avais l’impression que nous étions à trois: Marion, le ciel et moi. C’est comme ça que je me suis remis à courir. A mesure que j’allongeais les distances, je sentais aussi que je lâchais le frein. Après plusieurs semaines, j’ai enfin pu lâcher un «je t’aime». Et les larmes ont coulé. La vache, qu’est-ce que ça faisait du bien! Depuis lors, je continue de jouer les durs mais dans l’intimité d’un bois ou au détour d’un joli paysage, il m’arrive encore de ressentir ce besoin de pleurer. Cela me rend heureux. Une façon toute personnelle de me sentir en vie et paradoxalement maître de mes émotions.» 26_ZATOPEK 37

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PSYCHOLOGIE_

QUOI DE PLUS ABSURDE QUE DE PAYER POUR PARTICIPER À UNE ÉPREUVE DE COURSE À PIED QUAND ON SAIT QUE L’ON VA SOUFFRIR L’ESSENTIEL DU TEMPS ET PRIER POUR QUE CELA FINISSE LE PLUS VITE POSSIBLE? POUR ASSUMER CET ÉTAT DE CHOSES, LE SENS DE L’HUMOUR EST AUSSI INDISPENSABLE QU’UNE BONNE PAIRE DE CHAUSSURES.

Est-ce que ce monde est sérieux ? C

ommençons par une petite blague. Un athlète demande à son épouse ce qu’elle préfère chez lui: son corps de rêve ou son intelligence hors du commun? Ce à quoi elle répond: «Ce que je préfère chez toi, c’est ton sens de l’humour». D’accord, il n’y a pas de quoi se rouler par terre de rire. Mais cette réplique possède au moins le mérite de traduire fidèlement une situation à laquelle un grand nombre de coureurs se trouve régulièrement confronté, à savoir qu’il est pratiquement impossible de se sortir des incohérences de la vie sans une bonne

dose d’autodérision. L’humour se retrouve ainsi au carrefour de deux processus identitaires: l’individualisation et la socialisation. L’individualisation tout d’abord. Comme coureur, on se trouve souvent en position d’isolement. C’est vrai: on ne mange pas toujours la même chose que les autres, on ne se repose pas aux mêmes heures, on s’absente souvent. On peut même avoir un très mauvais caractère lorsqu’on se trouve privé de sortie. Tout cela n’est pas facile à vivre et l’entourage se venge parfois avec des piques du style. «Tu n’es qu’un

égoïste. Rien ne compte en dehors de ta petite personne et de tes sacrosaints entraînements!» Et ce dialogue, il vous rappelle certainement quelque chose: « – Quoi, tu rentres déjà? – Ben oui, je me suis inscrit à une course pour demain. – Une course! Je ne pige pas qu’on puisse aimer un sport aussi ennuyeux.» Même dépourvues de toute intention malveillante, certaines remarques sont dures à encaisser. «Avec tout le mal que tu te donnes, c’est tout de même moche pour toi de faire un

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1. Dans les pays germaniques, les courses horaires (Stundenlauf) connaissent un grand succès. On court pendant une durée de temps limitée: 1 heure, 12 heures ou 24 heures comme ici à Wörschach en Autriche. Ensuite on s’amuse! 2. “ Dépêche-toi, Maman, on est affamées” dit le panneau tenu par la petite fille de droite. “Et sales” ajoute l’autre. 3. La course à pied rend humble. Même les super héros tombent le masque!

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chrono moins bon que l’année passée.» Le pire, ce sont toutes ces bonnes âmes qui tiennent absolument à vous éclairer sur la dangerosité de la pratique! «Vous faites du marathon, à votre âge!» Elles vous révèlent les statistiques de morts subites dans le sport, persuadées que vous n’en avez probablement jamais entendu parler. C’est franchement «fatigant» (pour ne pas utiliser un terme moins poli). Le coureur peut alors réagir de différentes manières. La plus naturelle consiste à convertir ses proches. C’est quasiment un passage obligé! Que celui qui n’a ja-

mais fait de prosélytisme pour la course à pied lève le doigt. En cas d’échec, on peut opter pour une solution plus radicale qui consiste à rompre avec ses anciens amis et s’infiltrer dans un nouveau groupe qui partage la même passion. Enfin, il reste une troisième solution. Plus difficile mais plus épanouissante. On ne change rien. On reste seul dans sa pratique sportive et on s’efforce de faire courageusement front avec bonne humeur aux marques d’incompréhension et parfois d’hostilité de l’entourage. Dans ce dernier cas, mieux vaut avoir un brin d’esprit

2. 3.

moqueur. L’autodérision est même la clé pour concilier les exigences de sa passion et les frustrations des proches. Dans l’esprit de tous, un type qui rit de lui-même n’est pas complètement irrécupérable. 26_ZATOPEK 39

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PSYCHOLOGIE_ L’impayable Monsieur Bergson Au début du XXe siècle, le philosophe français Henri Bergson consacrait un essai passionnant à la question du rire (1). Il en ressortait plusieurs choses int��ressantes sur ce qui provoque l’hilarité et sur ce qui plombe l’ambiance. «Il n’y a pas de comique en dehors de ce qui est proprement humain», expliquait-il. «Un paysage ne sera jamais risible. On peut rire d’un animal. Mais seulement parce qu’on aura surpris chez lui une attitude d’homme ou une expression humaine.» Il citait ensuite l’élément de surprise comme une autre condition sine qua non du rire! On comprend alors pourquoi la surdité prête souvent à s’amuser alors que la cécité donne plutôt l’envie de pleurer. Dans les deux cas, il s’agit pourtant de handicaps douloureux. Mais l’aveugle avec sa canne blanche et ses lunettes noires laisse planer peu de doute sur son état. S’il prend un poteau de face ou s’il tombe dans une plaque d’égout, on n’éprouvera que de la compassion. En revanche, rien ne trahit la surdité.

Un géant passe. Et les Chinoises rient!

Sa révélation au grand jour s’accompagne donc d’un élément de surprise qui est le principal ressort d’une situation comique. C’est typiquement le cas du Professeur Tournesol à qui l’on dit bonjour et qui répond «Non, merci, jamais entre les repas». Le rire remplit encore une autre fonction importante. Il participe à l’établissement de normes sociales! En riant des matières incongrues, on circonscrit en

somme le domaine des choses sérieuses. Il jouit même d’une efficacité redoutable dans ce domaine. «L’humour est le plus court chemin d’un homme à un autre», dit le dessinateur Georges Wolinski. En se moquant des travers de sa passion, le coureur à pied se place donc hors du champ des comportements présumés raisonnables, ce qui tempère l’éventuelle hostilité de ceux qui, habités sans doute d’un sentiment

LE RIRE MODE D’EMPLOI

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e rire résulte de l’excitation d’une zone très précise du cerveau, laquelle fut mise en lumière de façon accidentelle en 1998 par un neurochirurgien de l’Université de Los Angeles, Yitzhak Fried. Ce jour-là, il manipulait, à l’aide d’une électrode, les zones cérébrales d’une patiente épileptique. Mais alors qu’il trifouillait dans le lobe frontal gauche, la femme se mit à sourire, puis à rire franchement à mesure qu’augmentait l’intensité du courant. Elle trouvait «tellement amusants» tous ces médecins en blouse blanche et «tellement drôles» les images qu’on lui présentait: un bateau, une maison, un train. Depuis lors, d’autres études ont porté sur l’excitation de ce noyau et les cascades de rire qui constituent, semble-t-il, un phénomène universel. Des prédispositions existeraient même à la naissance. Une étude britannique a ainsi montré que les bébés sourds étaient à même d’identifier deux sons: le soupir qui traduit le soulagement, et le rire. Du point de vue sémiologique, le rire sert à manifester l’apaisement en absence de tout danger. La joie qui généralement l’accompagne s’explique par la libération d’endorphines par l’hypothalamus. Ce phénomène se produit aussi en course à pied mais de façon dix fois moins marquée, ce qui fait dire au neurologue Henri Rubinstein que rire une minute apporte autant de soulagement que dix minutes de jogging! «Le rire est un jogging stationnaire», conclut-il (*). (*) Henri Rubinstein, Psychosomatique du rire. Rire pour guérir, Éd. Robert Laffont

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A QUEL MOMENT DEVIENT-ON VRAIMENT COUREUR? Rejoignez-nous sur notre page VOICI UN PETIT QUIZZ COMIQUE POUR LE SAVOIR. BIEN ENTENDU, LE SYNDROME SERA D’AUTANT facebook pour y voir des images PLUS SÉVÈRE QU’ON AURA ACCUMULÉ insolites et élire votre blague DE RÉPONSES AFFIRMATIVES.

préférée sur la course à pied ETES-VOUS UN VRAI COUREUR?  D ans ma corbeille de linge sale, on trouve plus d’affaires de sport que de vêtements usuels J e fais souvent des rêves où je dois me rendre sur une course. Comble de malheur, je suis en retard. Ou j’ai oublié mes affaires. Ou alors je suis tout nu! J’ai tout le temps faim J ’aime la sensation de mal aux jambes au lendemain d’une grosse séance

Je connais la distance d’un marathon au mètre près Je m’énerve quand ma montre GPS reste bloquée sur «recherche de satellite» La diffusion d’un morceau de ma playlist au supermarché me donne l’envie irrépressible de courir Je ne suis pas contre le fait de prendre des vacances… A condition que cela coïncide avec une phase de récupération ou d’affûtage!

J’ai au moins une adresse mail ou un mot de passe contenant le mot «runner» ou «run»

Pour d’autres, les initiales VMA désignent l’expression «Villes et Métiers d’Art». Pas pour moi

lagence.com

Je peux montrer du doigt le trajet de la bandelette ilio-tibiale sur ma cuisse

© Cyril CRESPEAU

Je porte ma montre cardio même en dehors de mes entraînements

J’aime le contact du Lycra® Je sais m’y prendre pour me moucher avec les doigts sans me salir Le vendeur du magasin de chaussures m’appelle par mon prénom.

32ème

édition

A l’étranger, je passe plus de temps à rechercher des itinéraires sympas que des restaurants typiques Q uand ils me voient, les gens me demandent souvent quelle course je prépare J e suis jaloux des coureurs que je croise sur ma route quand moi-même je ne cours pas Je connais toutes les toilettes et fontaines publiques dans un rayon de dix kilomètres C haque fois que je me trouve doublé par un autre coureur à l’entraînement, je me persuade que j’effectue une plus longue sortie que lui

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PSYCHOLOGIE_

APHORISMES ET PÉRILS LES HEURES PASSÉES À COURIR PERMETTENT DE RÉFLÉCHIR ET TROUVER DE BONS MOTS. FLORILÈGE! «Le problème avec le jogging, c’est qu’au moment où vous réalisez que vous n’êtes pas en forme, vous êtes trop loin pour rentrer en marchant.» Franklin Jones, journaliste et humoriste américain (1908-1980)

«Il faut oublier votre dernier marathon avant d’en tenter un autre. Votre esprit ne doit en aucun cas savoir ce qui va arriver.» Frank Shorter, champion olympique de marathon en 1972

«La vie est courte. Courir semble la rendre plus longue.» James Hanson, hommes d’affaires anglais (1922–2004)

«Nous ne pouvons pas tous être des héros. Il faut bien que quelques-uns s’assoient sur le trottoir pour applaudir les coureurs quand ils passent.» Will Rogers, scénariste et humoriste américain (1879-1935)

«Pourquoi le Kenya produit-il autant de grands coureurs? Parce que les panneaux de signalisation indiquent: ‘méfiez-vous des lions’.» Bernard Lagat, champion du monde du 1500 et du 5000 mètres en 2007

«Ca fait mal jusqu’à un certain point et puis, impossible que cela soit pire.» Ann Trason, 14 fois lauréate de la Western States 100 Miles

«La course est relativement simple mais ce n’est pas facile.» Mark Will-Weber, auteur de The Quotable Runner

«Tout le monde est un athlète. La seule différence, c’est que certains s’entraînent et d’autres non.» Docteur George Sheehan, ancien responsable médical chez Runner’s World (1918-1993)

«Camarades, aujourd’hui, nous mourons un peu.» Emil Zatopek, sur la ligne de départ du marathon olympique (1922-2000)

«Décrire l’agonie d’un marathonien à quelqu’un qui n’a jamais couru la distance, c’est comme essayer d’expliquer la couleur à un aveugle de naissance.» Jerome Drayton, lauréat du marathon de Boston en 1977

«Si la Finlande produit tellement de brillants coureurs de fond, c’est parce que le gallon d’essence coûte 2,5 dollars.» Esa Tikkanen, ancien hockeyeur professionnel.

«Si Dieu a inventé des marathons pour empêcher les gens de faire quelque chose de plus stupide, le triathlon a dû le prendre complètement par surprise.» PZ Pearce, fondateur de Champion Sports Medicine

«Sans doute un cerveau et des chaussures sont-ils les éléments essentiels à la réussite du marathon. Mais entre les deux, mieux vaut choisir les chaussures. Plus de gens finissent la course sans cervelle que sans chaussures.» Don Kardong, 4ème du marathon olympique de 1976

«Votre corps vous dira qu’il n’y a aucune raison valable de continuer. Votre seul recours sera de faire appel à votre esprit, qui heureusement fonctionne indépendamment de toute forme de logique.» Tim Noakes, physiologiste de renommée mondiale, qui a accompli plus de 70 marathons et ultras

«Il est vrai que la vitesse tue. Dans la course de fond, elle tue tous ceux qui ne l’ont pas.» Brooks Johnson, champion des Jeux panaméricains en 1963 du relais 4x100

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de culpabilité vis-à-vis de leur propre sédentarité, le regardent faire. Le coureur agit un peu à la manière des fous dont s’entouraient les monarques d’autrefois. Grâce à l’humour, ils jouissaient de pas mal de

liberté pour aborder tous les sujets, y compris les plus fâcheux, alors que la gravité des autres membres de la Cour tenait ces derniers emprisonnés dans les convenances. Bref les coureurs doivent apprendre à rire d’eux-mêmes et de leurs manies pour préserver leur altérité. Certains excellent même dans cet art difficile. A propos, vous connaissez la blague du coureur qui s’entraînait aux aurores tous les dimanches matin? Un jour, le temps exécrable l’oblige à faire demi-tour. Il rentre chez lui et retourne se coucher. «Il fait un temps horrible aujourd’hui», susurre-t-il à l’oreille de sa femme en se glissant sous la couette. «Je sais», répondelle. «Mais ça n’a pas empêché mon idiot de mari d’aller courir.» Olivier Beaufays

La parabole de l’aveugle

(1) Henri Bergson Le Rire, Essai sur la signification du comique, Paris, Payot

PAUVRE HOMME

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e rire permet de lutter contre les infections par la production accrue de globules blancs. Il exerce aussi une action analgésique. «Dans les hôpitaux pour enfants où l’on pratique le rire médecin, la consommation d’antalgiques diminue de 30 à 40 %», écrit le Docteur Rubinstein. Le fait de rire régulièrement améliorerait aussi la circulation sanguine. Mais il ne faut pas exagérer! En 1989, un médecin danois, Ole Bentzen, persuadé des bienfaits de la «rirothérapie» se faisait une petite séance devant le film Un poisson nommé Wanda. Il a ri, tellement ri… qu’il en est mort!

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MACADAM_PEOPLE

Yohann Métay, LE COMIQUE TRAILEUR DANS LE MUSIC-HALL, ON CONNAISSAIT DÉJÀ LE PERSONNAGE DU «COMIQUE TROUPIER»: UN HUMORISTE HABILLÉ EN SOLDAT QUI RACONTE DES BLAGUES MILITAIRES. LE VOICI INCARNÉ PAR YOHANN MÉTAY DANS UNE VERSION LÉGÈREMENT REVISITÉE, CELLE DU COMIQUE TRAILEUR!

Après dix années de professorat en éducation physique, Yohann Métay (37 ans) s’est lancé dans l’aventure du théâtre. Il tourne notamment avec son spectacle intitulé La tragédie du dossard 512 qui raconte son expérience sur l’UTMB en 2006. Infos sur le site www.yohannmetay.com

QU’EST-CE QUI VOUS A PRIS DE FAIRE UN SPECTACLE SUR LE TRAIL? CE SPORT PRÊTE À RIRE SELON VOUS?

Ben oui. Au-delà de la performance sportive, les traileurs sont marqués, comme chacun d’entre nous, par leurs ambivalences. Discutez avec n’importe quel ultra-traileur. Vous serez frappé par le déchirement qu’il subit entre cette recherche de souffrance et l’envie d’y échapper. A un moment, mon personnage se met à pleurer parce qu’il doit reprendre la route et quitter le lieu du ravitaillement: un gymnase chauffé, avec tables de massage et pâtes à volonté. Quand on lui demande pourquoi il repart, il répond: «pour le plaisir de courir.» C’est comique, non? CE NE SONT PAS LES SEULES AMBIVALENCES QUE VOUS RELEVEZ DANS LE DISCOURS DES TRAILEURS.

C’est vrai, je m’amuse aussi de la façon dont on met parfois en avant le fameux «esprit trail» et ses nobles sentiments comme l’amour de la nature, le goût de l’effort ou le côté camaraderie. Alors que, dans la réalité, on se trouve également guidé par des motivations beaucoup plus prosaïques. Dans le spectacle, j’illustre ce décalage avec le départ de l’UTMB. Tout commence de manière très solennelle sur l’air de Conquest of Paradise de Vangelis. Les coureurs se tapent sur l’épaule et se souhaitent bonne chance. Et puis, pan! Dès que le départ est donné, tout le monde se bouscule pour être devant. 44 ZATOPEK_26

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LES TRAILEURS APPRÉCIENT QU’ON SE PAIE LEUR FIOLE?

Ceux qui ont de l’humour, oui. Après, certains traileurs se sont offusqués du portrait que je leur tirais. Ce qu’ils oublient, c’est que je fais moi aussi partie de la confrérie! Toutes les vacheries que je sors me reviennent également en pleine face. C’est d’autant plus dommage, que j’ai préféré accentuer mon côté clownesque plutôt que tracer un portrait-robot du traileur.

ET LES AUTRES? CEUX QUI NE FONT PAS DE TRAIL, ILS NE RISQUENT PAS DE S’ENNUYER UN PEU?

Non, parce qu’on peut voir la pièce sans se focaliser sur la discipline mais en s’intéressant plutôt à ce besoin de reconnaissance qui anime le personnage et aux différents ressorts de l’orgueil. Le plus étonnant pour moi, c’est que malgré la description peu reluisante qui est faite de ce sport, un grand nombre de spectateurs m’ont confié que le challenge les excitait. PARLEZ-NOUS DE VOTRE COSTUME DE SCÈNE…

En fait, ce sont les vêtements que je porte quand je fais du trail, tout simplement. Là encore, c’est marrant de mettre en regard le discours convenu sur la recherche de communion avec la nature et le déploiement technologique qui caractérise l’équipement de nombreux coureurs. On retrouve cet antagonisme dans l’alimentation. On prétend vivre à l’écoute de son corps et on s’impose un tas de privations. Cela explique pourquoi la pièce parle également aux non-sportifs. Il suffit de comparer ces souffrances à celles que l’on traverse quand on fait un régime. Dans ce type de pièce, le danger serait effectivement de s’enfermer dans des «private jokes» avec des références qui seraient comprises des seuls traileurs. Ici, je pense que l’on pourrait garder l’intrigue mais raconter, par exemple, l’histoire d’un plaisancier qui déciderait de participer au Vendée Globe. En spectacle à la SaintéLyon devant un public de connaisseurs

C’EST COMME LES BLAGUES JUIVES EN SOMME. IL FAUT ÊTRE JUIF POUR LES RACONTER.

C’est sûr que le spectacle sur l’UTMB n’aurait pas reçu le même accueil si je n’avais pas fini la course en 2006. L’IDÉE DU SPECTACLE VOUS ESTELLE VENUE EN COURANT?

Par vraiment. Au départ, je voulais écrire un truc sur la quête d’identité. Je pensais m’appuyer sur cette aventure avant de m’apercevoir qu’elle se suffisait à elle-même. L’histoire raconte les pérégrinations d’un personnage un peu fanfaron qui se trouve embringué dans ce projet à la suite d’un pari de bistrot. On le suit tout au long de sa préparation et de la course. Bien sûr, je force un peu le trait. Mais beaucoup de traileurs se reconnaîtront.

VOUS CONTINUEZ À PARTICIPER À DES TRAILS?

Oui. Et j’essaye de garder le même état d’esprit. Même si c’est difficile. Cet été, j’ai fait une drôle d’expérience. Je participais au Grand Raid des Pyrénées, une épreuve de 80 kilomètres dans la montagne. J’étais plutôt bien classé. Et je me suis surpris en train de prendre des risques pour conserver ma place. Je ne me suis pas reconnu. Autant on se rentre dedans entre copains autant j’ai un peu de mal avec l’idée de compétition à tout crin. Comme quoi il faut toujours garder une certaine distance par rapport à soi-même. Cela aide à faire face aux aléas de l’existence. On entend parfois des coureurs qui ont sacrifié des années de vie pour relever le défi de l’UTMB. Imaginez qu’ils se tordent la cheville à la sortie de Chamonix. Il faut de l’humour dans ces cas-là! CELA SE CULTIVE?

Oui, je crois. Et cela se travaille aussi! Pour m’être retrouvé dans des festivals avec de nombreux humoristes, j’ai pu constater qu’ils se moquaient volontiers des autres mais que certains d’entre eux ne maniaient pas l’autodérision avec le même talent. Les traileurs me semblent plus doués. Propos recueillis par Olivier Beaufays 26_ZATOPEK 45

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CARREFOUR DE_LA NUTRITION

PASTA PARTYS, BARRES ÉNERGÉTIQUES, BOISSONS DE L’EFFORT, TOPETTES ET AUTRES GÂTEAUX POUR SPORTIFS. LES COUREURS À PIED CONSOMMENT ÉNORMÉMENT D’ÉNERGIE SOUS FORME DE GLUCIDES. PEUT-ÊTRE MÊME BEAUCOUP TROP!

Vous prenez du sucre?

NON MERCI ! L

a diététique est décidément une science pleine de rebondissements. Après des années passées à encourager les sportifs à consommer des glucides pour se prémunir des pannes énergétiques, voilà qu’on assiste actuellement à un spectaculaire revirement de la part de spécialistes qui prônent désormais la tempérance. Selon eux, l’apport excessif de sucres aurait pour effet de déstabiliser complètement le métabolisme et de favoriser la prise de poids. A la tête de ce mouvement, on trouve encore une fois le

physiologiste sud-africain de l’Université du Cap, Tim Noakes, qui décidément prend un malin plaisir à contredire les certitudes de ses collègues. En l’occurrence, il conteste la réputation faite aux sucres d’être les meilleurs «carburants de l’effort». Certes, les sucres permettent d’apporter un maximum d’énergie en un minimum Tim Noakes remet le couvert

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de temps, tout en générant peu de déchets. Un bon point pour eux! Mais ils sont aussi très lourds à transporter. Chaque gramme de glycogène implique de stocker 2 à 3 grammes d’eau. Et puis surtout, ils offrent une très faible autonomie énergétique. A leur maximum, les réserves en glycogène de l’organisme ne dépassent pas les 500 grammes, soit à peine de quoi tenir une heure d’effort intensif! La taille réduite de ce réservoir constitue d’ailleurs le premier argument de ceux qui mettent en garde contre les excès d’une alimentation glucidique. «Quand les réserves en sucre sont à leur maximum, il ne sert à rien de vouloir en stocker davantage» disent-ils. «C’est comme essayer de remplir un récipient déjà plein. Cela déborde!» Et que deviennent alors ces sucres excédentaires qui ne trouvent plus le moyen d’être mis en réserve? Ils intègrent d’autres filières et se transforment en graisses, tout simplement. Ainsi on peut stocker la graisse par dizaines de kilos, sans jamais parvenir à dépasser le seuil limite de 500 grammes de sucre mis en réserve dans le foie et les muscles. Autant le savoir!

Gloire aux graisses

Comme carburant, la graisse présente des performances bien meilleures que celles du sucre. D’abord, elle est plus riche en énergie. L’oxydation d’un kilo de graisse libère environ huit fois plus d’énergie que celle d’un kilo de sucre. Ensuite, elle est plus abondante. Une dizaine de kilos mis en réserve suffit en théorie pour vivre sans manger pendant plusieurs semaines. Alors on râle souvent contre sa culotte de cheval ou ses poignées d’amour. Mais cette capacité de stocker de l’énergie sous une forme finalement peu encombrante et redoutablement efficace nous a sauvé la vie par le passé. Sans graisse, nous n’aurions jamais pu survivre aux épisodes de famine qui émaillent notre histoire. Pour stocker autant d’énergie avec le glycogène qu’avec la graisse, il aurait fallu que nos ancêtres pèsent environ 500 kilos chacun. Imaginez le tableau! Nous devrions donc nous montrer plus reconnaissants face à cette graisse protectrice plutôt que toujours la vouer aux gémonies. Certes, elle présente le défaut de devenir parfois envahissante et de brûler plus difficilement que le

LA CHUTE DES ANCIENS RÉGIMES

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endant des années, les régimes amaigrissants prônaient de restreindre les produits gras, selon le principe que chaque gramme de graisse apportait 9 Calories alors que c’était seulement 4 pour un gramme de protéines ou de sucre. Par malheur, l’essentiel des saveurs des aliments est contenu dans la graisse. Des générations de candidats à la perte de poids se forcèrent à manger des plats insipides pour un résultat complètement nul. Ainsi les courbes de ventes des aliments light et celles qui illustrent le grossissement de la population se superposent parfaitement. En clair, plus on exclut les graisses et plus on grossit! Plusieurs spécialistes remettent donc en cause les fondements de cette approche. Pour le journaliste scientifique américain Gary Taubes, on a eu tort d’incriminer les graisses comme les principales responsables de la prise de poids. Selon lui, il ne sert à rien de leur faire la chasse et d’exclure de nos assiettes les crèmes, fromages, viandes grasses ou végétaux riches en lipides comme l’avocat. Il recommande au contraire d’en manger régulièrement. En revanche, il est intraitable sur les glucides. Il bannit le sucre blanc, bien sûr, mais Patrick Makau aussi les pâtes, les et sa chope pommes de terre, le riz, le pain, les céréales, le lait, la bière, les jus de fruits, les légumineuses. Sa théorie est la suivante: l’apport de glucides tout au long de la journée entraîne une sécrétion massive d’insuline qui enclenche les processus de stockage. Stoppez les glucides et vous briserez le cercle vicieux. Il nous explique cette théorie dans les pages qui suivent.

Cake en stock! 26_ZATOPEK 47

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CARREFOUR DE_LA NUTRITION sucre, tout en générant davantage de déchets. «On peut cependant améliorer le tirage!», interviennent ces spécialistes qui prônent la réhabilitation des graisses en diététique sportive au détriment du sucre. «Celui qui consomme beaucoup de glucides (riz, pains, pâtes) privilégie cette filière. En d’autres termes, il habitue son corps à consommer préférentiellement ce type de carburant. Tandis que celui qui mange plus de graisses s’entraîne au contraire à consommer davantage de lipides». A l’instar de Tim Noakes, ils sont persuadés qu’un coureur de fond pourrait tirer un avantage de cette réorientation métabolique. Rappelons que sur une épreuve comme le marathon, la performance dépend directement du niveau des réserves en glycogène. Normal! Ce carburant subvient à l’essentiel de l’énergie produite (entre 65 et 80%). La baisse des réserves au cours de l’épreuve oblige la plupart des coureurs à progressivement lever le pied. Bien entendu, si l’on pouvait améliorer la part respective des graisses dans le mélange qui sert de carburant, on parviendrait à économiser le glycogène et donc à prolonger son action. Comment traduire cela en équations? Prenons le cas d’un excellent coureur qui tient une moyenne de 18 km/h pendant 90 minutes en consommant un mélange énergétique à base de 80% de glycogène.

En abaissant sa contribution glycogénique à hauteur de 70%, il pourrait sûrement prolonger son effort à même intensité d’une dizaine, voire d’une vingtaine de minutes. Ses performances accompliraient alors un formidable bond en avant! Voilà pourquoi Noakes prône un changement d’habitudes alimentaires et la réincorporation dans les menus des athlètes d’aliments généralement bannis comme les plats en sauce, les pâtisseries, le chocolat, les glaces et même les frites à la mayonnaise! Disons-le clairement, ce concept suscite de vives critiques parmi les nutritionnistes. Certains contestent l’idée princeps que la carburation dépend du mode d’alimentation. «Ce n’est pas en mangeant du charbon qu’on devient brasero», disent-ils. Et les études leur donnent partiellement raison. En analysant les gaz expirés, il est tout à fait possible de déterminer le type de carburants qui a été utilisé à l’effort. On s’aperçoit alors que lorsque la vitesse de course dépasse 60-70% de la Vitesse Maximale Aérobie (VMA) la production d’énergie passe obligatoirement par la combustion des sucres. Peu importe qu’on ait mangé de la fondue savoyarde à midi. La question se pose très différemment lorsqu’on aborde des durées d’effort beaucoup plus longues comme celles que l’on rencontre dans des épreuves de triathlon ou d’ultra-endurance.

NE DITES PAS, MAIS DITES

B

eaucoup d’idées fausses qui courent sur le sucre tiennent aux différents sens du mot. Dans le grand public, le mot «sucre» se rapporte au sucre blanc (saccharose) que l’on utilise en pâtisserie. Pour les nutritionnistes, le mot «sucre» désigne une classe d’aliments (les glucides) qui comportent le sucre de cuisine, certes, mais aussi l’amidon contenu

L’intensité plus faible permet de jouer sur l’apport de graisses dans le mélange. Plusieurs expériences montrent ainsi qu’une alimentation plus grasse épargne le glycogène et participe donc à améliorer sa performance. De la même façon, on observe que celui qui entreprend un petit jogging à jeun brûle davantage de graisses que le même exercice réalisé deux heures après un bon déjeuner. Le simple fait de boire du café permet aussi de diminuer la part respective des sucres dans la contribution à la production énergétique au profit de celle des graisses. Le retour des mets interdits

dans les pâtes, le fructose des fruits, le lactose du lait, la cellulose de la salade, etc. Certains auteurs utilisent encore l’expression «hydrates de carbone», une terminologie anglo-saxonne qui se réfère à leur formule chimique, ce qui n’est pas tout à fait adéquat puisque tous ces glucides n’ont pas la même structure moléculaire. Quant à la définition la plus poétique, elle a été trouvée par un écolier du livre La Foire aux Cancres de Jean Charles. «Le sucre? C’est ce qui donne un mauvais goût au café quand on oublie d’en mettre.»

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SI LES DENTS LE DISENT!

Une soupe à la grimace!

Mangez comme il faut!

En conclusion de tout ceci, retenons que rien ne change pour tous ceux qui font des séances d’effort de moins de deux heures. Les jours d’entraînement, ils veilleront toujours à rétablir leurs stocks de glycogène avec des plats riches en glucides: pains, riz, pâtes, fécules. Les boissons de l’effort prises en marge des entraînements permettent elles aussi de rester plus performants. Il faut conserver ces bonnes habitudes. On se montrera plus critique pour les fameuses «pasta partys» organisées la veille des épreuves de marathon ou de triathlon. Elles sont sympas, d’accord. Mais n’ont pas beaucoup de sens au plan physiologique. Normalement, les participants ont levé le pied dans les jours qui précèdent la course et se retrouvent donc

avec des stocks énergétiques déjà à leur maximum. Ce n’est pas en se gavant de pâtes la veille qu’ils amélioreront quoi que ce soit. Pour les adeptes des longues distances, les théories de Noakes revêtent davantage d’intérêt. On a dit dans l’article que les stocks de glycogène n’excédaient pas quelques centaines de grammes et qu’il n’existait aucun moyen d’en accumuler davantage. Pour eux, le défi consiste à épargner le plus longtemps possible ce précieux carburant et donc à accroître la part de graisses dans le mélange utilisé à l’effort. Cela passe effectivement par une alimentation plus riche en graisses, comme on le préconisait autrefois. De fait, il n’existe aucune bonne raison de se montrer trop exclusif dans le choix des aliments. Il vaut mieux suivre ses envies! On trouve ainsi des aliments inattendus sur les tables de ravitaillement de ces courses qui se déroulent sur plusieurs dizaines, voire centaines de kilomètres: fromages, salaisons, biscuits salés, cacahuètes, chocolat. Tout s’explique! Igor Risbane

C’est ma dernière pasta-party

Référence: Alan Cooper et al., Sequencing ancient calcified dental plaque shows changes in oral microbiota with dietary shifts of the Neolithic and Industrial revolutions, Nature Genetics (2013)

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a part grandissante du sucre dans l’alimentation constitue un énorme bouleversement dans notre histoire évolutive. A l’époque préhistorique, les hommes ne mangeaient aucun produit sucré, mis à part le miel pour les courageux qui n’hésitaient pas à braver les abeilles. La sédentarisation a constitué un premier choc avec l’adoption d’une alimentation à base de céréales. La part grandissante des glucides finit par représenter jusqu’à 60% de l’apport calorique contre 20 ou 30% précédemment. Le deuxième choc date du développement de l’industrie sucrière à la moitié du XIXe siècle et l’incorporation massive de saccharose dans l’alimentation. Cet événement aussi a laissé des traces comme le suggère une étude australienne publiée récemment dans Nature Genetics. Les auteurs procédèrent à une analyse génétique des bactéries présentes dans la plaque dentaire de 34 squelettes humains issus d’époques différentes. En comparant ces échantillons entre eux, on a constaté un terrible appauvrissement de la flore buccale. Ainsi nos ancêtres chasseurs-cueilleurs du paléolithique abritaient dans leur bouche des bactéries capables de faire efficacement barrage à de nombreuses pathologies qui nous accablent aujourd’hui, notamment les caries. Une première vague de disparition coïncide avec la période de sédentarisation, il y a +/- 7000 ans. Puis une seconde hécatombe se produit à la Révolution Industrielle et la consommation de plus en plus massive de sucres raffinés. Dans nos bouches modernes, les bactéries protectrices sont anormalement rares. Résultat des courses: la denture s’est fragilisée. Cette disparition coïncide aussi avec la flambée des maladies chroniques et auto-immunes. 26_ZATOPEK 49

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RENCONTRE_ LE LIVRE «WHY WE GET FAT» FAIT ACTUELLEMENT SCANDALE AUX ETATS-UNIS. SON AUTEUR, GARY TAUBES S’INTERROGE: «POURQUOI SOMMES-NOUS DEVENUS GROS.» PUIS IL DÉVELOPPE UNE THÉORIE À LA FOIS CHOQUANTE ET SÉDUISANTE. QU’EN PENSEREZ-VOUS?

Objection Monsieur Taubes !

Gary Taubes (57 ans) est un journaliste scientifique américain, régulièrement publié dans des revues prestigieuses comme Science ou Discover. En 2010, il sort un ouvrage consacré à la nutrition sous le titre provocateur «Why We Get Fat» (en français «pourquoi on grossit») qui fait l’effet d’une bombe dans le monde de la nutrition. «Les conclusions de Taubes sont surprenantes au départ mais incroyablement convaincantes au final», résume parfaitement un critique du magazine Newsweek. Best-seller aux Etats-Unis, le livre est désormais disponible en français (Editions Thierry Souccar, 2012). Préparez-vous au choc!

LE TITRE DE VOTRE LIVRE WHY WE GET FAT N’EST PAS SUIVI DE POINT D’INTERROGATION. CELA SIGNIFIE QUE VOUS CONNAISSEZ LA RÉPONSE. QUELLE EST-ELLE?

Mais cette réponse est connue depuis belle lurette. Elle était déjà donnée par le gastronome et écrivain français Brillat-Savarin (1755-1826), l’immortel auteur de l’expression «Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es». Dans son ouvrage La Physiologie du Goût, sorti en 1825 et réédité plusieurs fois par la suite, Brillat-Savarin écrit: «une des causes évidentes de l’embonpoint est dans les farines et fécules dont l’homme fait la base de sa nourriture journalière». Plus loin, il ajoute: «Mangez-les, engraissez, devenez laids, pesants, asthmatiques, et mourez de gras-fondu!» C’est clair, non?

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FARINES ET FÉCULES SERAIENT DONC LA CAUSE DE TOUS NOS MAUX? RAPPELONS TOUT DE MÊME QUE CES DEUX FAMILLES ENGLOBENT TOUS LES ALIMENTS CONSIDÉRÉS COMME ROBORATIFS: PAIN, POMMES DE TERRE, PÂTES, RIZ, CÉRÉALES, ETC.

Il ne s’agit pas de les exclure totalement de notre alimentation, mais d’en restreindre l’apport. Pendant près de deux siècles, cette recommandation paraissait tout à fait légitime aux yeux des médecins qui suivaient fidèlement les préceptes dictés par Brillat-Savarin. Pour lutter contre le surpoids, ils recommandaient effectivement de rationner les aliments riches en glucides. Et cela marchait plutôt bien! Malheureusement, les physiologistes sont entrés dans la danse. Sur base de travaux menés dans les années 60, ils ont observé que les graisses étaient beaucoup plus riches en calories que les sucres et en ont conclu qu’elles constituaient la cause de tous nos maux. Au cours des décennies suivantes, la régulation des graisses est devenue une obsession. On s’est mis à prescrire des régimes pauvres en graisses et riches en glucides. Une aberration! Le résultat? On assiste aujourd’hui à une explosion du nombre d’obèses dans le monde avec les corolaires tragiques que nous connaissons: diabète, hypertension, arthrose, cancer. LES PHYSIOLOGISTES NE SONT PAS SEULS EN CAUSE. DANS VOTRE LIVRE, VOUS POINTEZ ÉGALEMENT LA RESPONSABILITÉ DES INDUSTRIELS DE L’AGRO-ALIMENTAIRE.

On peut observer effectivement que la mise en avant de régimes riches en glucides répond aux intérêts de cette filière qui a vécu une profonde métamorphose après la Guerre. Grâce aux engrais et aux pesticides, les rendements ont augmenté de façon spectaculaire. Au point qu’on ne savait plus quoi faire de toute cette production. Le marketing s’est mis en route. Le marché fut bientôt inondé de produits céréaliers et de sucres raffinés, avec la bénédiction des médecins. Voilà comment j’explique l’explosion de l’obésité dans le monde.

D’AUTRES FACTEURS ONT TOUT DE MÊME CONTRIBUÉ À CETTE ÉVOLUTION, NOTAMMENT LE FAIT QU’ON SOIT DEVENU DE PLUS EN PLUS SÉDENTAIRE.

Non, je ne crois pas. La vogue du jogging a déferlé sur le monde dans les années 70. On s’est mis aussi à pratiquer un tas de disciplines jusqu’alors plutôt confidentielles: le fitness, le tennis, le ski. Mais cela n’a rien changé. Au contraire! J’ai le sentiment que les campagnes encourageant l’exercice ont encore assombri ce tableau. LÀ, CELA DEVIENT DIFFICILE DE VOUS SUIVRE! COMMENT POUVEZ-VOUS AFFIRMER QUE LA PROMOTION DU SPORT FAIT LE LIT DE L’OBÉSITÉ?

Dans son livre The Taste of War, l’historienne Lizzie Collingham explique très bien l’évolution des apports caloriques en fonction des besoins (1). Elle prend l’exemple de la Seconde Guerre mondiale. Dans ce contexte, les mutations sociales surviennent du jour au lendemain. Les hommes sont appelés au front. Les femmes quittent le foyer pour participer à l’effort de guerre en allant travailler dans les usines d’armement. Conséquence directe: les charges de travail se sont considérablement accrues. Pour rappel, un soldat au front peut nécessiter jusqu’à 4738 Calories par jour pour tenir le coup. Même chose pour un ouvrier dans l’industrie lourde. Pourtant on n’a pas observé un changement spectaculaire de corpulence dans la population. Pourquoi? Parce que les gens mangeaient plus, tout simplement!

Céréales killer

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RENCONTRE_ ON NE VA TOUT DE MÊME PAS COMPARER LE QUOTIDIEN D’UN SOLDAT AVEC UNE PERSONNE SOUCIEUSE D’ENTRETENIR SA CONDITION PHYSIQUE PAR UN PROGRAMME D’EXERCICES MODÉRÉ.



Détrompez-vous! Quand on parle de soldats sur le front, tout le monde s’accorde sur le fait qu’ils doivent augmenter leurs apports caloriques. Mais lorsqu’on transpose ce constat sur les recherches concernant l’obésité et la nutrition, on considère ces théories comme des hypothèses et parfois même comme des extrapolations. Regardons les choses ainsi: si demain on vous offre d’aller dîner dans un grand trois étoiles parisien, où vous pourrez manger à volonté tous frais payés, il y a fort à parier que, dès aujourd’hui, vous mangerez beaucoup moins, que sans doute demain vous sauterez le repas du midi, qu’à la place vous irez faire un footing ou passerez une heure ou deux à la salle de fitness et que vous irez au restaurant à pied, histoire de vous mettre en appétit. Et bien, ce concept de «se mettre en appétit» a longtemps fait l’unanimité chez les nutritionnistes. Il faisait même autorité jusqu’à ce que les chercheurs se mettent en tête de promouvoir l’exercice comme moyen pour nous faire perdre du poids. Ce faisant, ils ne tiennent tout simplement pas compte de la fine adéquation qui existe entre la prise d’aliments et les dépenses énergétiques. On se dépense plus, on mange plus. On se dépense moins, on mange moins.

La dépense énergétique explose pendant les guerres. Les corpulences restent les mêmes!

VOUS AUREZ TOUT DE MÊME DU MAL À NOUS PERSUADER QUE LE SPORT NE FAIT PAS MAIGRIR ALORS QUE DES MILLIONS DE PERSONNES DANS LE MONDE EXPÉRIMENTENT QUOTIDIENNEMENT LE CONTRAIRE.

Il existe aussi un tas de contre-exemples. Mais personne ne veut en entendre parler comme à chaque fois qu’un élément contrarie un bel édifice intellectuel. Le sport fait maigrir? Eh bien non, pas toujours. Il suffit de lire les textes de William Banting, un gentleman du XIXe siècle qui exerçait la profession de croque-mort. Banting était obèse et avait essayé toutes les méthodes pour perdre du poids, y compris l’exerWilliam Banting: plus cice physique. Il s’était mis il ramait, plus il grossissait! à l’aviron ce qui, compte

tenu de sa corpulence, prouvait en outre qu’il avait du cran. Il raconte ses expériences dans un livre qui peut être considéré comme l’un des tout premiers ouvrages de conseils diététiques au monde (2). Dégagé de tous les préjugés qui nous encombrent l’esprit aujourd’hui, il avoue en toute franchise que les efforts consentis sur l’eau n’ont pas eu l’effet escompté sur la balance. Au contraire, il avait gagné des kilos en se mettant à ramer. Et ce n’est qu’en suivant un régime pauvre en glucides qu’il a enfin réussi à perdre du poids de manière définitive. Alors, je ne vais pas le contredire tout de même! VOUS ALLEZ PLUS LOIN ENCORE. VOUS DITES QUE LE FAIT D’ÊTRE SPORTIF NOUS ORIENTERAIT VERS UNE NOURRITURE PLUS SUCRÉE ET QU’IN FINE, CELA FAVORISERAIT LA PRISE DE POIDS.

Exactement. En 1989, une étude avait été menée à l’Université de Maastricht par l’équipe du Professeur Janssen (3). Pour cela, il avait réuni un échantillon de personnes parfaitement inactives: celles que l’on appelle communément les «couch potatoes» en anglais (traduction «les patates de divan»), avec pour objectif d’en faire des marathoniens. La progression des résultats fut tout à fait remarquable sur le plan athlétique. En revanche, les résultats sur le poids étaient décevants pour les participants avec une perte moyenne de 2,4 kilos de masse grasse pour les hommes et rien du tout chez les femmes. Un encadrement scientifique très pointu a permis de détailler les processus en action. En fait, les hommes s’étaient mis à manger légèrement plus à mesure que s’élevaient les exigences du programme. Quant aux femmes, elles ont simplement réagi en augmentant la part de glucides dans leur alimentation, sans forcément changer leur apport total de calories (4). On voit par là que le sport ne suffit pas à faire maigrir. D’autres études confortent cette théorie, notamment des travaux menés auprès de populations d’ouvriers dans l’industrie lourde, par exemple les Mexicains travaillant sur des champs pétroliers aux Etats-Unis ou des ouvriers d’usine au Chili. Ces populations souffrent d’un fort taux d’obésité et cela bien qu’elles exercent des professions exigeantes sur le plan de la dépense physique.

D es métiers épuisants ne font pas forcément maigrir.

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RENCONTRE_ QUE FAITES-VOUS ALORS DE CES ÉTUDES QUI ONT DÉMONTRÉ QUE L’ACTIVITÉ PHYSIQUE AUGMENTAIT LA PRODUCTION DE BDNF (BRAIN-DERIVED NEUROTROPHIC FACTORS) UNE HORMONE QUI PRÉSENTE LA PARTICULARITÉ DE DIMINUER L’APPÉTIT CHEZ LES OBÈSES?

Ces études sont passionnantes, en effet. Et je conçois parfaitement qu’on puisse intégrer le sport dans le cadre d’une stratégie de perte de poids. Mais attention à ne pas en faire une religion. Il y a probablement un tas d’autres facteurs qui entrent en ligne de compte et malheureusement beaucoup de ces paramètres nous échappent encore. Combien de temps l’effet anorexigène persiste-t-il? Que se passe-t-il après? Quelles conséquences cela a-t-il sur le métabolisme de base? Dans la plupart des expériences, on observe que l’adoption d’un mode de vie plus sportif entraîne par réaction une réduction des dépenses énergétiques de repos. AU LENDEMAIN DE LA RETRAITE, BEAUCOUP D’ATHLÈTES DE HAUT NIVEAU PRENNENT DU POIDS. PENSEZ-VOUS QUE CELA POURRAIT DÉCOULER DE TOUTES CES ANNÉES PASSÉES À FAIRE LE PLEIN DE GLUCIDES?

Quand on fait régulièrement de l’exercice, on produit moins d’insuline que lorsqu’on est inactif. C’est même un des principaux avantages à mettre à l’actif du sport. Evidemment cela implique de s’entraîner de façon régulière et constante. Or les sportifs professionnels à la retraite ne sont généralement pas dans cet état d’esprit. Ils ont poussé les sacrifices tellement loin au cours de leur carrière qu’ils passent souvent par une période d’abandon complet où ils ne veulent plus entendre parler du moindre effort. Là encore, il se pourrait que des adaptations néfastes se mettent en place avec des épisodes de surproduction d’insuline qui viendraient compliquer encore la difficile transition vers un mode de vie moins dispendieux sur le plan énergétique. Certains disent qu’ils grossissent alors qu’ils ne mangent presque rien. Je les crois volontiers.

H enry Rono n’a plus tout à fait la même silhouette qu’à l’époque de sa gloire

PERSONNELLEMENT, PRATIQUEZ-VOUS UN SPORT? SURVEILLEZ-VOUS VOTRE LIGNE? ET Y A-T-IL DES DENRÉES ALIMENTAIRES QUE VOUS EXCLUEZ?

Oui, je fais du sport. Disons que je me rends dans une salle de fitness au moins une fois par semaine. La course à pied me pose problème en raison d’un genou bourré d’arthrose depuis mes années d’université. A l’époque, je jouais au football américain. Pour ce qui concerne mon régime alimentaire, vous vous en doutez, je restreins les aliments riches en glucides. Au petit-déjeuner, par exemple, je choisirai plutôt des œufs que des céréales. Au déjeuner et au dîner, je préfère la viande et le fromage aux préparations à base de pâtes, riz, pommes de terre et pain. CETTE ALIMENTATION POSE UN PROBLÈME EN TERMES D’ENVIRONNEMENT. ON SAIT QU’UNE CALORIE D’ORIGINE ANIMALE COÛTE BEAUCOUP PLUS CHER À PRODUIRE QU’UNE CALORIE TIRÉE DES VÉGÉTAUX.

Je suis d’accord. On doit penser notre alimentation en fonction de tous les paramètres et j’ai conscience que notre dépendance vis-à-vis des produits animaux est délétère pour l’environnement. Il y a le problème lié au coût énergétique, c’est vrai. Plus tout ce qui concerne la pollution des sols, le dégagement de méthane par les cheptels parfois gigantesques, l’épuisement des réserves d’eau, le détournement des ressources vivrières et la question de la souffrance animale. Je pense néanmoins qu’on doit distinguer ces matières qui appartiennent au domaine de l’éthique des données purement médicales et scientifiques que je réunis dans mon livre. Les arguments de santé ne devraient jamais être manipulés, même lorsqu’on poursuit le but parfaitement respectable au demeurant de préserver l’environnement. J’ai trop souvent l’impression que nous utilisons la science au gré de nos intérêts. Tantôt pour vendre des céréales comme on l’a fait après la guerre. Tantôt pour combattre le réchauffement climatique comme on l’entend souvent aujourd’hui. Propos recueillis par Gilles Goetghebuer et Anna Muratore

(1) Collingham, Lizzie. The Taste of War: World War II and the Battle for Food. Penguin Press HC. (2) Letter on Corpulence, Addressed to the Public, publié à compte d’auteur en 1863, réédité ensuite plusieurs fois par les Editions Harrison de Londres (3) Food intake and body composition in novice athletes during a training period to run a marathon par Janssen et coll., dans l’International Journal of Sports Medicine n°10 en mai 1989. (4) L’étude portait sur 18 hommes et 9 femmes sédentaires, suivis pendant 18 mois. Au terme de la période, les hommes avaient augmenté leur apport calorique (passant de 131 à 159 kJ/kg/ jour), tandis que les femmes restaient autour de 147 kJ/kg/jour. Au sein des deux groupes toutefois, on constatait une augmentation de la part des glucides dans l’assiette, qui était passée de 48% à 52% chez les hommes, de 47% à 55% chez les femmes.

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LES COURSES LES PLUS INFÂMA NTES DE L’HISTOIRE Dossier réalisé par Aurore Braconnier

DANS L’HISTOIRE DE LA COURSE À PIED, VOICI LES ÉPREUVES DONT ON REGRETTE QU’ELLES AIENT EXISTÉ. SEXISTES, RACISTES, ASSASSINES OU SIMPLEMENT IDIOTES. CES COURSES-LÀ FICHENT LA HONTE À TOUS LES AMOUREUX DU SPORT!

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n trouve des choses magnifiques dans la grande histoire de la course à pied. On trouve aussi des choses abjectes, ignominieuses, révoltantes. Songez ainsi qu’au Moyen-âge, on organisait des courses seulement réservées aux prostituées auxquelles on demandait parfois de se dévêtir, histoire de mieux souligner encore l’avilissement de celles que l’on disait prêtes à tout pour un rouleau d’étoffe ou une paire de chaussures.

Lors des Jeux olympiques de Saint-Louis en 1904, rebelote. Cette fois, les organisateurs eurent l’idée débile d’organiser des journées anthropologiques où devaient s’affronter des représentants des peuples considérés comme sauvages.

Plus proche de nous, des courses furent également instituées dans les camps nazis pour humilier les prisonniers, les asservir ou carrément les diviser entre ceux qui seraient immédiatement exécutés et ceux qui auraient le droit de vivre encore un peu. Toutes les histoires que vous trouverez dans les pages qui suivent sont véridiques. Malheureusement!

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SE R U O C LA DES U A B I DES R

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u Moyen-âge, un grand nombre d’épreuves de course à pied voient le jour en marge des foires et des fêtes religieuses. Le public se délecte de ces spectacles souvent rocambolesques. Surtout les courses à thème. Certaines épreuves sont réservées aux Juifs. D’autres aux sexagénaires. Parfois, on fait concourir des hommes contre des animaux, par exemple des bœufs ou des ânes.

Succès garanti! «On rit énormément» témoigne l’historien Platina au retour d’une de ces courses organisée à Rome sous le règne du Pape Paul II (1417-1471). «On rit surtout de voir passer les Juifs épais. On rit tellement, en fait, qu’on peut à peine se tenir debout.» Handicapés et culs-

de-jatte constituent aussi des concurrents très prisés. Cependant, les courses qui rencontrent le plus grand succès sont celles réservées aux femmes. On peut lire le récit d’une de ces compétitions sous la plume de l’auteur britannique Ken Follett dans son chef-d’œuvre Les Piliers de la Terre. «De l’autre côté de la prairie, la course des femmes atteignait son point culminant», écrit-il. Puis il fait le récit du duel que se livrent les deux héroïnes de son livre, Ellen et Aliena, et qui se solde par la victoire de la plus âgée. «Aliena n’en revenait pas. Ellen l’avait

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battue! Elle était très jeune pour être mère d’un garçon de dix-sept ans, mais elle avait quand même dix ans de plus qu’elle». La course se déroule en 1140 lors de la fête de la Saint-Jean à Kingsbridge en Angleterre. Des épreuves similaires voient le jour un peu partout en Europe avec, bien sûr, un grand nombre de variantes locales. En Allemagne, des jeunes filles courent en portant sur leur tête une cruche remplie d’eau qu’il est défendu de tenir avec la main. Ces courses à la cruche existent aussi chez les Basques et en Corse. A Ferrare, une course organisée le jour de la SainteMarie offre de jolies primes. Les concurrentes les plus rapides se voient récompenser d’une pièce d’étoffe en quantité suffisante pour se faire un jupon. La pièce sera en laine rouge pour la première, en coton pour la deuxième et en lin pour la troisième. En Suisse, jusqu’au XVIe siècle, les femmes courent pour un tablier. A Nice, la lauréate reçoit «une came de drap donnée par les consuls». C’est toutefois du côté d’Avignon que l’on déniche le trophée le plus surprenant: un paquet d’aiguillettes. Des aiguillettes! Pour quoi faire? Il faut savoir qu’au Moyen-âge, cet accessoire d’habillement servait à attacher ensemble deux pièces d’un costume, comme le haut de chausse au pourpoint par exemple. Les prostituées étaient évidemment expertes pour en défaire les nœuds. Les successeurs de SaintLouis (1214-1270) auraient alors ordonné aux filles de mauvaise vie d’en porter une en permanence sur les épaules afin qu’on les distingue des femmes prudes dès le premier coup d’œil (1). L’aiguillette devint ainsi un symbole de prostitution bien

avant les mini-jupes, les bottes de cuir et les bas résille. Le choix d’une telle prime n’est pas anodin. La course avignonnaise était effectivement réservée aux prostituées! Elle était loin d’être la seule. A l’époque, de nombreuses villes organisaient des compétitions entre ribaudes. En Italie, ces courses se dotaient parfois d’un but précis: ridiculiser l’ennemi vaincu après une bataille. Pour cela, on reconstituait les traditionnels Palii (courses de chevaux), mais en prenant soin de remplacer les élégants cavaliers par des prisonniers de l’armée adverse et les montures racées, par les prostituées de la ville. Dans sa biographie du Condottiere Castruccio Castracani, Machiavel raconte que le capitaine tomba par hasard sur une de ces courses mêlant «hommes, chevaux et même courtisanes» lorsqu’il fit une halte de plusieurs jours, en 1325, dans la plaine de Peretola. Il semble qu’il se soit beaucoup amusé. Ces courses perdurèrent pendant des siècles malgré les tentatives des ligues de vertu. Ainsi Isabelle d’Este, la première Dame de la Renaissance italienne, maudissait ces distractions. Elle tenta même d’y mettre un terme en remplaçant les filles de joie par des filles de campagne. Ce fut peine perdue! «Il se trouva que les villageoises n’avaient aucun goût pour ce sport ou que leur aspect était sans charme, car on se hâta de revenir aux ribaudes», écrit le journaliste-historien Noël Tamini (2). Et pourquoi pas une course de bourgeoises? Impensable! A l’aube de la Belle Epoque, le code de conduite d’une femme bien née et bien éduquée laissait peu de place à la spontanéité. «En marchant, tenez la tête droite, les paupières baissées, et la vue fixée vers la terre à quatre

toises environ», conseillait le Ménagier de Paris aux épouses en 1393. On aurait trouvé inconvenant qu’elles se libèrent des diktats d’une mode invalidante. Voici la description de l’attelage, faite par le romancier belge Hubert Juin. «Sanglée dans son corset, surchargée de jupons, de brocarts, machinée du dehors au-dedans, voilée, gantée, ayant des postiches sur la tête et des tournures (ou faux-culs) au derrière, la taille étranglée, les fesses descendues, les seins haussés, sorte de navire harnaché pour des batailles navales de plus en plus improbables.» Bref, et n’en déplaise à Isabelle d’Este, les seules femmes admises à courir à cette époque moyenâgeuse étaient celles qui pouvaient montrer leur corps, c’est-à-dire les courtisanes. A Beaucaire, ces dernières devaient même se dévêtir complètement pour avoir le droit de concourir. Un jury composé de bourgeois sélectionnait alors les «fillettes» (encore un nom pour dire prostituées) dotées du plus beau corps. L’ensemble des coureuses étaient ensuite placées sous la protection de Marie-Madeleine, la sainte patronne des courtisanes. Aujourd’hui, ces épreuves ont heureusement disparu. Elles ont même été oubliées. Seule la langue en conserve le vestige. Ne dit-on pas d’une prostituée qu’elle fait le métier de «coureuse»?

(1) Etienne Pasquier, Les Recherches des Recherches et autres œuvres de Me Étienne Pasquier, pour la defense de nos roys, contre les outrages, calomnies & autres impertinences dudit autheur, 1622 (2) Saga des pedestrians, Edior Editions, 2008 26_ZATOPEK 57

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ES É N R U LES JO OGIQUES OL P O R H ANT

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e Baron Pierre de Coubertin n’était pas rassuré à l’approche des troisièmes Jeux olympiques de l’ère moderne. A l’origine, ceux-ci auraient dû se dérouler à Chicago. Mais ils avaient été déménagés à Saint-Louis pour des raisons qui demeurent mystérieuses. Sans doute avait-on voulu coupler leur organisation avec celle d’une Exposition Universelle également prévue à SaintLouis et qui avait été décalée d’un an pour des raisons économiques. Pour le président Theodore Roosevelt qui prit cette décision en 1902, ce changement d’adresse impromptu présentait en outre une série d’avantages. L’événement lui permettait de célébrer du même coup le centenaire de l’achat de la Louisiane à la France. Puis il entendait s’en servir aussi comme vitrine du savoir-faire américain dans la construction automobile et l’électrifica-

tion des villes pour relancer une économie sudiste qui peinait toujours à se sortir de la Guerre de Sécession. De son côté, Coubertin avait peur que toutes ces raisons extra-sportives aient pour effet de dévoyer ses Jeux. Surtout il craignait le désintérêt des masses après une deuxième commémoration difficile où les Jeux avaient été noyés dans la masse des événements organisés en marge de l’Exposition Universelle de Paris. Heureusement, il restait le décor splendide de la ville lumière. Par comparaison, Saint-Louis lui paraissait dépourvue de toute grâce et de toute originalité. «En fait d’originalité, le programme n’en offrait qu’une et plutôt gênante», écrit-il dans ses Mémoires. «C’étaient les deux jours dénommés bizarrement «anthropological days» et dont les concours étaient réservés aux Nègres, aux Indiens, aux Philippins, aux Aïnos,

auxquels on osa adjoindre en plus des Turcs et des Syriens.» Le concept? Que des représentants de ces tribus considérées comme «sauvages» concourent dans des épreuves athlétiques – courses, sauts et lancers – sous l’œil fatigué du grand Geronimo, le guerrier apache devenu saltimbanque. Outre-Atlantique, on se félicitait d’une idée aussi ingénieuse! On disait même que ces journées seraient l’occasion d’avancées scientifiques majeures en donnant l’occasion de comparer les capacités physiques intrinsèques de ces athlètes primitifs. L’un de ces zélateurs écrit: «le sauvage moyen se montrera-t-il léger à la course, précis avec un arc et une flèche et expert dans le lancer de pierre?» Les Patagoniens surtout étaient attendus de pied ferme. «Reconnus pour leur grande taille et leur force», on pensait que leur mode de vie rustique à l’extrême sud du

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continent américain faisait d’eux «des athlètes naturels» capables de tous les exploits. Bien sûr, ces joutes tournèrent à la farce. Notamment parce que les participants n’avaient aucune notion des sports dans lesquels ils devaient exceller. Par exemple, il semble que ce fut très difficile de faire comprendre aux huit concurrents du 100 yards qu’il fallait démarrer au coup de pistolet et continuer sa course jusqu’à la banderole d’arrivée. Un paragraphe du rapport officiel de ces journées félicite en tout cas les arbitres pour leur exceptionnelle patience. Evidemment, tout cela n’avait pas grand-chose à voir avec le sport. Flairant le piège, le membre hongrois du CIO, Ferenc Kémény, tenta de barrer la route à ce projet en vertu de l’article I de la charte olympique qui interdit «Toute discrimination contre un pays ou contre une personne en raison de sa

race, de sa religion, ou de son régime politique.» En vain. Les journées eurent bien lieu les 12 et 13 août 1904; et leurs performances furent dûment enregistrées. C’est ainsi qu’on sait que le 100 yards fut remporté par l’Amérindien, George Mentz en 11 secondes et 4/5èmes alors que le représentant Pygmée avait mis trois secondes de plus. Des observateurs présents firent alors la remarque que n’importe quel Américain normalement constitué aurait battu le jeune Africain avec au moins quarante yards d’écart! Dans l’épreuve du lancer de poids, un autre indien américanisé gagna en expédiant l’engin à 10,31 mètres tandis que le meilleur des Patagoniens envoya le poids à seulement 9,78 mètres. «Ce fut une performance tellement ridicule qu’elle stupéfia tous ceux qui en furent témoins», lit-on sous la plume du rapporteur (1). Au saut sans élan, le champion américain Ray Ewry bondit plus loin que n’importe quel indigène avec élan. Et au lancer de poids de 56 livres (environ 25.4 kilogrammes): «Il peut être probablement dit, sans crainte de contradiction, que jamais avant, dans l’histoire du sport mondial, de telles performances aussi médiocres au lancer de poids n’avaient été enregistrées.» La seconde journée offrit heureusement

une mini-revanche aux indigènes car elle leur proposait des pratiques sportives autochtones. Un Igorot époustoufla notamment tout le monde en grimpant en vingt secondes seulement le long d’une perche d’environ 15 mètres. Un record! Au final, les scientifiques expliquèrent les piètres performances des sauvages par leur manque de motivation, une mauvaise compréhension des épreuves et l’absence d’entraînement. Un rapport «ethnographique» fut néanmoins publié qui classait les races dans l’ordre des performances de leurs représentants. Les Américains arrivaient en tête (évidemment) suivis des Amérindiens puis des indigènes en provenance des différents pays. Les partisans des théories évolutionnistes et assimilationnistes ne pouvaient rêver mieux pour illustrer leurs idées! «Regardant les Pygmées engagés dans un combat de boue, les spectateurs américains, anglais, français et allemands auraient bien pu ressentir que leurs nations étaient moralement en droit d’apporter les sports modernes (et tout aussi bien le reste de la civilisation) aux Philippines, à l’Afrique orientale, à l’Indochine et aux îles du Pacifique», écrit l’historien Allen Guttmann (2). Heureusement, l’idée de tels concours n’a pas survécu aux Jeux de Saint-Louis. Au fil des décennies suivantes, on a observé au contraire la réalisation d’une énième prophétie de Pierre de Coubertin. Mis au courant de cette mascarade, il avait prédit leur disparition lorsque «ces Noirs, ces Rouges, ces Jaunes apprendront à courir, à sauter, à lancer, et laisseront les Blancs derrière eux.» Dont acte. (1) Spalding’s official athletic almanach (2) Guttmann Allen, The Games Must Go on: Avery Brundage and the Olympic Movement, New York, Columbia University Press, 1984, p.20. 26_ZATOPEK 59

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ANS D S E S R LES COU E LA MORT MPS D A C S E L

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a chose est relativement peu connue. Mais on a continué à faire du sport en Europe entre 1940 et 1945. Les armées s’écharpaient sur les champs de bataille. Cela n’empêchait pas la tenue de compétitions et de grandes manifestations gymniques dans les écoles, au sein des mouvements de jeunesse et même dans les camps de prisonniers de guerre: «Oflags» pour les officiers et «Stalags» pour les troufions. Pour ces soldats, le sport permettait de rompre un peu la monotonie d’une longue captivité. Du côté allemand, on voulait montrer que le Reich respectait la Convention de Genève. L’historienne Doriane Gomet (Université d’Angers) a réuni un grand nombre de documents qui attestent de l’existence de ces pratiques dans des disciplines aussi variées que l’escrime, le football, la boxe et évidemment l’athlétisme. Dans les camps de concentration (surtout réservés aux résistants et aux soldats russes) et dans les camps d’extermination (surtout réservés aux Juifs et aux Tziganes), le sport trouvait encore droit de cité. Mais sous des formes très différentes. Plus question ici de pratiques librement consenties. Les déportés étaient obligés de se soumettre à des exercices épuisants et humiliants. Les gardiens organisaient par exemple d’interminables séances de saute-mouton ou de marche en canard au cours desquelles les retardataires écopaient de coups de pied, de coups de crosse, parfois même de coups de

fusil. Ces séances de «Sportmachen» pouvaient prendre les formes les plus insolites. Parfois la torture consistait à rester debout le plus longtemps possible (le «Strafstehen»). Ou alors les prisonniers devaient exécuter des exercices comme sautiller sur place jusqu’à épuisement. «Après l’appel, nous étions obligés de rester dehors sans bouger», raconte BenZvi, un rescapé d’Auschwitz lors du

procès Eichmann en juin 1961. «Vers neuf, dix heures du soir nous devions faire du sport. Ils appelaient cela du «Sportmachen». Ils criaient: «Hinlegen! Auf! Rollen! Hüpfen!» (Couchez-vous par terre! Debout! Retournez-vous! Sautez!). Nous devions aussi rentrer dans le bloc en sautillant, c’était la seule façon de rejoindre nos chambres. Ils appelaient ça «hüpfen» (sautiller). Nous devions mettre les mains sur les hanches et faire des petits bonds». De nombreux témoignages confirment ce récit et l’on sait que des pratiques similaires existaient aussi dans les autres camps. Les plans des baraquements révèlent l’existence

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d’emplacements réservés aux sports avec des terrains de foot et parfois des piscines comme à Auschwitz, Dachau, Mauthausen, Buchenwald, etc. En temps ordinaire, ces infrastructures étaient occupées par les gardiens désireux de garder la forme. Leur fonction militaire les obligeait de passer chaque année des épreuves physiques appelées «Insignes» comme condition pour conserver leur grade. Mais il arrivait qu’on fasse la place aux prisonniers auxquels on imposait toutes sortes de jeux cruels. Il faut savoir qu’à Auschwitz, par exemple, les déportés étaient sélectionnés à la descente des trains. D’un côté ceux

qui seraient immédiatement exécutés; de l’autre, ceux qui pouvaient intégrer le camp et dont les Nazis exploiteraient la force de travail jusqu’à épuisement. En plus d’être affamés et régulièrement battus, ces hommes et ces femmes subissaient des épreuves de sélection sur base d’exercices physiques pour obtenir le droit de rester en vie. On exigeait d’eux par exemple qu’ils sautent par-dessus un fossé ou qu’ils franchissent sans la toucher une canne maintenue à une hauteur de 50 centimètres environ, ce qui constituait bien souvent une

prouesse au-dessus de leurs forces. A Birkenau, on organisait des épreuves de sprint sur 25 mètres. Tous ceux qui chutaient étaient envoyés à la chambre à gaz. Enfin, la méthode la plus classique de sélection consistait à organiser une course où les détenus devaient transporter en courant d’un bout à l’autre du camp, de la terre, du gravier ou des briques dans un pan de leur chemise et franchir ainsi une haie de gardiens et de kapos armés de gourdins ou de fouets qui les matraquaient à chaque passage. Là encore, ces jeux servaient à éliminer les plus faibles tout en satisfaisant les instincts sadiques des bourreaux puisque les courses étaient organisées les dimanches et jours de fête. Les femmes n’étaient pas épargnées par ces tortures. Là encore, on possède des témoignages édifiants sur l’organisation de courses de fond sur des terrains difficiles, notamment des marécages, pour punir l’ensemble des détenues après l’évasion de l’une d’entre elles. Comme les hommes, les détenues étaient aussi soumises à ces «courses des transporteurs». Comme eux, il leur fallait arriver parmi les premières pour espérer avoir la vie sauve. Jusqu’au dimanche suivant!

Référence «Sports et pratiques corporelles chez les déportés, prisonniers de guerre et requis français en Allemagne durant la Seconde Guerre mondiale» thèse soutenue le 28 novembre 2012 à Lyon par Doriane Gomet, enseignant-chercheur à l’IFEPSA (Angers, France) 26_ZATOPEK 61

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HISTOIRE_DU SPORT

BARBEYRAC, L’HOMME QUI A TRAVERSÉ EN COURANT LES CONTINENTS AUSTRALIEN ET AMÉRICAIN, QUAND CE N’ÉTAIT PAS ENCORE À LA MODE, ET EN PLUS… SANS RIEN DIRE À PERSONNE!

DES HISTOIRES PAS

NULLES

Au téléphone, Francis de Barbeyrac, à qui je demandais timidement une entrevue, me répond un peu interloqué: “Mais attendez, Mademoiselle, il doit y avoir une erreur. Je suis un vieux monsieur. Mes histoires n’intéressent plus personne.”

“Laissez-moi en juger”, lui ai-je rétorqué. “Si elles sont nulles, je vous promets de ne rien publier.” Et voilà comment je me suis retrouvée chez lui, dans sa maison de Fontainebleau pour écouter, entourée de ses petitsenfants, des histoires pas nulles. Franchement pas nulles.

MERCI DE VOTRE ACCUEIL!

C’est bien naturel. Mais je ne sais pas trop ce que tu vas pouvoir écrire quand même. Bon, c’est vrai. Dans les années 70, j’ai traversé l’Australie et les Etats-Unis à pied. A part ça… IL ME SEMBLE QUE CE N’EST DÉJÀ PAS SI MAL! D’AUTANT QUE VOUS AVEZ ACCOMPLI CES PÉRIPLES À UNE ÉPOQUE OÙ L’ON NE PARLAIT PAS DE RAID, DE TRAIL OU D’ULTRA-ENDURANCE?

Ah ça, c’est sûr. On me prenait pour un cinglé! Mais j’ai toujours été assez imperméable aux opinions et regards des autres. J’aimais courir, voilà tout. Pour moi, c’était aussi une façon de voir du pays. Vois-tu, je suis issu d’une famille plutôt pauvre de sept enfants en Bretagne. Nous n’avions aucun moyen de transport à l’époque: pas de voiture, pas de moto. Tous les déplacements se faisaient à pied. L’école, les courses, les visites. Bref, nous marchions tout le temps. Et les week-

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ends aussi. Avec des copains, nous avions l’habitude de partir pour des randonnées avec comme défi celui de nous écarter le plus possible de Rennes. Mon premier exploit sportif fut de faire Rennes-Saint-MaloRennes en moins de 24 heures. Nous étions partis de nuit avec un bout de fromage pour tout ravitaillement. Je devais avoir douze ans. ENTRE RENNES ET SAINT-MALO, IL Y A UN PEU PLUS DE 65 KILOMÈTRES! VOS PARENTS N’ÉTAIENT PAS INQUIETS DE VOUS SAVOIR SUR LES ROUTES?

Il faut croire que non! (Il rit). C’était un autre temps. Les familles étaient plus nombreuses qu’aujourd’hui. Les parents peut-être aussi un petit peu moins stressés.

EN COURANT?

Bien sûr, je n’avais toujours pas les moyens de voyager autrement. J’avais fait mes calculs et pointé sur la carte des villes-étapes de manière à couvrir plus ou moins soixante kilomètres par jour. Je partais tôt le matin, j’arrivais donc généralement pour midi et là, je demandais si quelqu’un pouvait m’héberger. En général, cela ne posait pas de problèmes. J’ai dormi dans des mairies, des granges, des maisons privées ou parfois même des chambres d’hôtels qu’on mettait gratuitement à ma disposition grâce à la publicité faite à l’expédition par la presse locale. Trois semaines plus tard, j’avais fait les 1300 kilomètres et j’étais au stade. ETIEZ-VOUS DÉJÀ COMPÉTITEUR À L’ÉPOQUE?

VOUS MARCHIEZ OU VOUS COURIEZ?

Moi, j’ai toujours adoré courir. Je me rappelle qu’en primaire, j’avais un professeur d’EPS que j’estimais beaucoup: Monsieur Roquetin. Il avait remarqué que les grimpers de corde, les sauts de cheval et autres pitreries de ce genre n’étaient pas ma tasse de thé. En revanche, j’étais increvable lorsqu’il s’agissait de courir. Alors il me laissait faire. Je courais seul sur la piste pendant les deux heures de cours. J’adorais cela. VOUS RÊVIEZ DE DEVENIR COUREUR À L’ÉPOQUE?

Pas le moins du monde, je ne savais même pas qu’on pouvait en faire un métier. Non, je voulais être vulcanologue. La vie en a décidé autrement. Né en 1948, j’avais donc vingt ans en 1968. J’aurais dû entrer à l’Université mais tout était sens dessus dessous. Pour certains jeunes de ma génération, ce furent des moments magnifiques. Pas pour moi! Je devais avoir l’esprit de contradiction… Toujours est-il que j’ai voulu fuir ce chaos et tous ces slogans que je trouvais débiles du style «il est interdit d’interdire». Je me suis engagé chez les paras commandos.

Il y avait peu de courses. Alors on lisait le magazine Spiridon pour savoir où cela se passait. Pour s’inscrire, pas besoin de licence ou de certificat médical. On payait 5 francs pour un dossard. Et c’était tout. A l’arrivée nous étions parfois récompensés de nos efforts par des prix tirés au sort. Je me souviens que pour la première édition des 100 kilomètres de Millau, en septembre 1972, j’ai gagné deux œufs durs. CINQUANTE BORNES POUR UN ŒUF DUR! SUR LE PLAN ÉNERGÉTIQUE, L’AUTONOMIE N’EST PAS GARANTIE!

J’étais tout de même content! Les choses valent parfois plus que leur prix. J’ai également pu mesurer cela en Afrique. En 1975, je me retrouve affecté comme commandant de la première compagnie du Groupement Nomade Autonome à Djibouti. Nous étions 180 personnes sur place. Des soldats locaux que l’on appelait des «goumiers». Des types formidables! Ils connaissaient le terrain. Ils savaient où se trouvaient les points d’eau et m’ont enseigné toutes les astuces pour survivre dans le désert. Notre mission consistait à contrôler le trafic d’armes sur la frontière éthiopienne.

QUOI! TOUTE UNE GÉNÉRATION RÊVE DE LIBERTÉ ET VOUS PRENEZ LE CHEMIN INVERSE, CELUI DE L’ORDRE ET DE LA DISCIPLINE.

Je comprends que cela étonne. Mais je n’ai pas eu le sentiment de perdre ma liberté en m’engageant. Au contraire! L’armée m’a proposé un cadre et des perspectives que je ne trouvais pas dans la société civile. De plus, j’ai toujours considéré qu’il valait mieux choisir sa liberté plutôt que de se la laisser imposer par les autres. J’ai donc fait carrière dans le premier régiment de parachutistes d’infanterie de Marine. Puis cela me permettait aussi de continuer à courir et de rencontrer des champions comme Fernand Kolbeck (*). Pendant l’été 1972, j’ai eu envie d’assister aux Jeux olympiques. Je suis parti sur les routes avec une paire de chaussures de volley aux pieds. La semelle était toute fine. Cela me convenait bien. Direction Munich!

Les premiers 100 kilomètres de Millau

La vie quotidienne chez les Goumiers

(*) Dans les années 70, Fernand Kolbeck a réalisé d’excellents chronos sur la piste : 13’48’’ au 5000 mètres et 28’50’’ sur 10.000. Il possède aussi un record de 2h14’ sur marathon. Sur cette distance, il a été sélectionné aux Jeux de Munich en 1972, puis à ceux de Montréal en 1976. En 1979, il remporte le Marathon de Paris. 26_ZATOPEK 63

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HISTOIRE_DU SPORT

Bill, mon copain léopard

L’Australie, ça assoiffe!

avoir mis toutes nos économies dans l’aventure. Arrivés à Darwin, on apprend que, peu de temps auparavant, un autre Français avait tenté la traversée du désert de Simpson et qu’il en était mort de soif. Les responsables de l’armée australienne qui assurent les secours en cas d’accident n’étaient pas très enthousiastes à l’idée de nous voir partir. Heureusement, j’ai pu faire valoir le fait d’appartenir à la Grande Muette et j’ai obtenu les autorisations. Restait le problème de la voiture. Nous sommes tombés sur un vieux nazi qui nous a vendu une Renault délabrée. «Elle est pourrie, je sais. Mais le moteur tiendra jusqu’à Adélaïde.». Il y avait 3200 kilomètres à faire. Il avait raison! COMMENT S’ORGANISAIENT LES JOURNÉES?

SUR PLACE, J’IMAGINE QUE VOUS AVEZ TROUVÉ DES COUREURS POUR PARTAGER VOS SORTIES D’ENTRAÎNEMENT?

Pas vraiment. Enfin, si. J’avais Bill... C’était un léopard que j’avais apprivoisé et qui m’accompagnait partout. Je l’avais appelé Bill. Courir n’était pas ce qu’il préférait du reste. Il devait tout le temps m’attendre. Mais sinon, il était de bonne compagnie. Il m’a fait mal une seule fois. Je m’étais approché trop près alors qu’il était en train de manger. Il a cru que je voulais lui retirer son morceau de viande de la bouche. Il m’a griffé et j’en ai gardé une ou deux cicatrices. (NB: il pointe l’emplacement sur sa cuisse par dessus son jean. Les enfants aussi sont très impressionnés). Mais je ne lui en ai pas voulu. C’était ma faute, après tout. VOUS ÊTES RESTÉ COMBIEN DE TEMPS LÀ-BAS?

Environ deux ans. Puis je suis rentré en France avec un congé de fin de mission de deux mois. Je me suis dit que ce serait amusant de faire la traversée de l’Australie en courant, j’avais vu ce continent sur une carte et je lui trouvais une belle forme, oui vraiment une belle forme! J’en ai parlé à la sœur de la femme de mon frère. Je ne la connaissais pas vraiment. Je l’avais juste rencontrée à deux ou trois occasions. Je ne sais pas vraiment ce qui m’a pris ce jour-là, mais je lui ai proposé de m’accompagner. Encore plus bizarrement, elle a dit oui. ATTENDEZ, VOUS ÊTES EN TRAIN DE ME DIRE QUE VOUS DEMANDEZ À UNE JEUNE FEMME QUE VOUS NE CONNAISSEZ PAS DE FAIRE AVEC VOUS LA TRAVERSÉE DE L’AUSTRALIE EN COURANT, ET ELLE VOUS RÉPOND «D’ACCORD». COMME SI VOUS L’AVIEZ INVITÉE AU CINÉMA?

Oui, c’est à peu près cela. (Il rit) Note, elle n’était pas tenue de courir. Elle devait simplement conduire la voiture d’étape en étape. Le problème c’est qu’elle n’avait pas encore de permis à l’époque. Elle l’a vite passé. Et nous sommes partis, Monique et moi après

Je courais de six heures du matin jusqu’à midi. Là, on se faisait un bivouac avec une toile tendue entre de simples jerricans d’essence pour se protéger du soleil. Le soir je repartais pour boucler la distance: soixante bornes en moyenne. ET POUR LA NOURRITURE?

J’ai remarqué un truc étonnant au cours de tous ces voyages. Le corps possède une réelle intelligence pour savoir ce qui est bon pour lui et ce qui est néfaste. La viande par exemple. On sait que sa digestion nécessite un gros travail au niveau métabolique. Pour ne pas accumuler les fatigues, on en perd très rapidement le goût. A la place, on se trouve naturellement orienté vers des aliments complets, riches en énergie et faciles à assimiler. Tout au long de ces journées, je me nourrissais essentiellement de flocons d’avoine, de lait, de chocolat, de pastèque, de céréales, de tomates. Je buvais aussi beaucoup d’eau et de Coca. En outre, nous n’avions qu’un budget ridicule. Cerveau et porte-monnaie étaient donc en adéquation. IL DEVAIT TOUT DE MÊME Y AVOIR DES MOMENTS DIFFICILES...

Pas vraiment, j’ai beaucoup plus souffert lors d’autres défis qui viendront plus tard dans ma vie. Lors de ce voyage, il ne m’est pas arrivé une seule fois de «réveiller le vieil homme qui sommeille en chacun de nous». C’est une petite expression que j’utilise pour expliquer que les fatigues très intenses peuvent donner à des jeunes de vingt ou trente ans des sensations comparables à celles de la vieillesse. Mais je n’ai rien ressenti de tel en Australie. Le décor était magnifique. Le ciel incroyablement bleu. Je crois que je n’ai jamais vu ailleurs un ciel aussi bleu! Nous étions jeunes, heureux, libres. De retour en France, Monique et moi, nous nous sommes mariés. On s’est dit qu’après avoir vécu 50 jours à deux dans le désert, on pouvait envisager la vie de couple sans trop de crainte, non? De plus, nous avions réussi ensemble notre première mission!

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UNE MISSION POUR QUI? POUR L’ARMÉE?

Pour l’armée, oui. L’armée australienne ne pensait pas que je réussirais ce projet de traversée du continent. Un membre du personnel m’avait donc fait une blague en me confiant un télégramme «urgent» à porter à Adélaïde! Quand je courais seul sur les routes surchauffées, je pensais parfois à ce télégramme que j’apportais de l’autre côté du pays. Cela me motivait. Puis je tenais aussi l’expéditeur au courant de la progression de sa missive. A chaque poste de police, je signais un registre donnant ainsi la preuve que j’étais passé par là. Parfois je laissais un petit billet qui disait: «the French runner was here, he is still running and alive!» Traduction: Le coureur à pied français est passé par ici. Il court toujours et est encore bien vivant.

LA TRAVERSÉE DE L’AUSTRALIE VOUS A MANIFESTEMENT INSPIRÉ. QUELQUES TEMPS PLUS TARD, VOUS DÉCIDEZ DE RÉPÉTER L’OPÉRATION SUR LE CONTINENT NORD-AMÉRICAIN.

J’avais entendu parler d’un coureur anglais, Bruce Tulloh (*) qui avait réalisé cet exploit en 1969. Il avait couvert la distance de Los Angeles à New York, soit 4500 kilomètres en 64 jours. J’avais aussi dans la tête les différentes scènes du livre magnifique La Grande Course de Flanagan qui raconte l’histoire d’une épreuve transcontinentale organisée en 1931 sur le même parcours. Nous sommes en 1979, je travaille alors comme instructeur des élèves officiers à Coëtquidan et je soumets le projet de la traversée à ma hiérarchie et à ma femme! A la différence de Tulloh, je ne voulais pas prendre la route 66 qui passe par les grandes villes. J’avais dessiné un itinéraire plus champêtre et plus authentique. Nous devions partir de Norfolk dans l’Etat de Virginie. L’objectif final restait Los Angeles.

QUELLES SONT LES ANECDOTES QUI VOUS RESTENT D’UNE TELLE AVENTURE?

Je me souviens qu’à Coober Pedy, un bled de mille âmes tout au plus, la maîtresse de l’école m’a présenté aux enfants. Puis elle leur a demandé de me dessiner. J’ai gardé ces dessins. Ils sont la parfaite illustration de toute l’expédition. J’ai aussi en mémoire les expressions de leurs visages, avec de grands yeux qui me regardaient avidement, à la fois interloqués et pétillants. Dans ces moments-là, j’avais l’impression de contribuer à faire ce que je lirais plus tard sous la plume de Paulo Coelho, c’est-à-dire construire ma légende personnelle. Je me demande parfois quelle trace aura laissée cette rencontre dans le cerveau de tous ces gosses. Un autre jour, je me souviens que nous étions en train de faire les courses dans un supermarché avant de reprendre la route, sans intention d’acheter grand-chose pour les raisons que tu sais: le manque d’appétit et le manque d’argent! Mais le gérant à qui nous avions très brièvement fait le récit de notre voyage s’est montré très enthousiaste et il a tenu à nous accompagner dans les rayons. Là-dessus, il se met à remplir notre caddie en riant bruyamment à chaque fois qu’on tentait de lui faire comprendre dans notre anglais sommaire que nous n’avions pas besoin de toutes ces choses et que nous n’avions pas non plus l’argent pour les payer. Il s’en fichait! Il continuait d’empiler les conserves et les boîtes de céréales. «Quel con! Quand est-ce qu’il va comprendre qu’on ne peut pas lui payer toutes ces saloperies?» ai-je dit à Monique. «Mais, regarde, il continue. Quel connard!» On arrive à la caisse, le type se marre toujours et nous parle en français. «Voilà! Le con tenait à vous offrir un plein caddie de saloperies! Vous ne me devez rien. Bonne route, les amis». Nous étions mortifiés! Bien sûr, nous voulions nous excuser. Il riait chaque fois de plus belle. Si Dieu ne l’a pas rappelé à lui, je suis certain qu’il en rit encore.

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Courez selon les pointillés

POURQUOI NORFOLK? CE N’EST PAS SPÉCIALEMENT FOLICHON COMME ENDROIT.

Le principal intérêt de cette ville, c’est qu’elle possède une base de la Navy où nous pouvions être logés gratuitement. En outre, le Ministère de la Défense nous avait trouvé des places dans un avion qui reliait la Californie à Montréal. Cela nous permettait d’économiser en partie le voyage du retour. A l’aller, l’armée française nous offrait l’essence. Pour le reste, on se débrouillait avec des moyens toujours très limités. Chaque accompagnateur y allait un peu de sa poche. Pour la nourriture, nous faisions un pot commun. Et la voiture? Encore Renault! Ils cherchaient alors à commercialiser la R5 aux Etats-Unis! Ils nous en ont confié une. General Motors nous a prêté en plus une Jeep Cherokee. (*) Bruce Tulloh fut aussi champion d’Europe de 5000 mètres à Belgrade en 1962. Il avait la particularité de courir pieds nus. 26_ZATOPEK 65

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HISTOIRE_DU SPORT Les règles des trois tee-shirts

Marche à l’ombre

L.A. Confidential

la liberté que je m’étais octroyée. Mais nous dérivons sur le terrain de la philosophie, là. Pour une raison que j’ignore, je pensais aussi beaucoup aux déportés des camps de la mort. Dans la confusion des sens qui était mon lot quotidien, je me disais parfois que ma course était une façon d’honorer leur mémoire. VOUS AVEZ FINALEMENT RÉUSSI!

LE GRAND LUXE! ET EN OUTRE, PAR RAPPORT À L’AUSTRALIE, L’ÉQUIPE S’ÉTAIT ÉTOFFÉE.

Effectivement. Nous étions accompagnés cette fois par trois nouvelles personnes qui avaient répondu à un appel passé dans le magazine Spiridon. Parmi elles, il y avait Manu, le cousin de la championne portugaise Maria Manuela Machado (*). Un type formidable qui fut d’une aide très précieuse tout au long de cette épreuve. Dieu que ce fut difficile! L’été de l’année 1979 a été caniculaire aux Etats-Unis. J’avais l’impression de courir dans un four! Il faisait parfois jusqu’à 50C°avec 90% d’humidité relative. La chaleur, la fatigue, les tensions dans le groupe. Tout cela faillit avoir raison de la tentative. D’AUTANT QUE CETTE FOIS, VOUS N’AVIEZ PAS POUR MISSION DE LIVRER UN TÉLÉGRAMME.

Si! Nous nous étions tout de même fixé un but symbolique. Lors de notre départ, Monique avait pris un peu d’eau de l’Atlantique dans une bouteille. L’objectif était de verser cette eau dans le Pacifique à notre arrivée. VOUS SUIVIEZ LE MÊME PROGRAMME QU’EN AUSTRALIE?

Non. Là, j’avais prévu de couvrir une distance de 100 kilomètres par jour. Je partais à 4 heures du matin. Je courais 5-6 heures jusqu’à ce que le soleil tape trop fort pour continuer. Alors je m’arrêtais ou je continuais en marchant sous un parapluie. Le soir, je me remettais à la course. Au total, j’essayais de faire 70 kilomètres à la course et 30 à la marche. J’avais aussi trouvé une technique géniale pour ne pas trop souffrir de la chaleur. Je portais trois tee-shirts en coton. Le premier s’imbibe de sueur. Le second permet une évaporation sans ruissellement sur le sol. Le troisième fait écran au soleil.

Eh oui, nous l’avons fait. Nous avons bouclé la distance en 53 jours. Onze de moins que Tulloh! Enfin, c’est ce qui a frappé les journalistes. Personnellement, je n’accorde pas trop d’importance aux chiffres, aux records et tout ce qui s’ensuit. A notre arrivée à Los Angeles, il y avait du monde! Je devais répondre à un tas de questions –or je n’aime pas beaucoup cela-, tandis que Monique se livrait en toute tranquillité à sa mission de rééquilibrage des océans. QU’EST-CE QUI VOUS DÉRANGE DANS LE FAIT DE RACONTER VOTRE AVENTURE ET DE SOULIGNER LE CÔTÉ EXTRAORDINAIRE DE VOTRE PERFORMANCE?

(Silence) Dans la plupart des journaux et magazines, on relate surtout l’actualité sportive par le biais des résultats et des performances. On affiche les chronos, les distances, les moyennes. Tout cela prête à une surenchère médiatique qui nous écarte, à mon avis, des vérités du sport. On ancre dans l’esprit du plus grand nombre que tout cela est hors de sa portée. Or la bonne leçon à tirer de ses exploits serait au contraire qu’on puisse se dire que tout est possible et que chacun peut, avec le talent qui est le sien, s’atteler à de grands objectifs. C’est même essentiel à l’équilibre. L’homme n’a pas besoin de «grand-chose» pour vivre. Mais il lui faut vivre de «grandes choses». Propos recueillis pas Anne-Sophie Girault (*) Maria Manuela Machado fut notamment championne du monde du marathon à Göteborg en 1995.

The End

A QUOI PENSE-T-ON PENDANT TOUTES CES HEURES SOUS LE SOLEIL?

Une idée récurrente était que personne ne m’avait obligé; que c’était mon choix, ma liberté. Je me suis retrouvé dans une position paradoxale: prisonnier de 66 ZATOPEK_26

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